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Partie I
L'ARABIE
SANS PROPHÈTE
Histoire et géographie des peuples arabes
" Le climat (du Hedjaz*)
amaigrit le corps,
dessèche la matière cérébrale,
fortifie le cur,
détruit les pensées généreuses
et prédispose à la haîne "
Masudi, Prairies d'Or 977
*La région de la Mecque ; en arabe, la " Barrière "
§ 11. Présentation.
Avec un constant mépris, les musulmans ont présenté la période précédant l'islam comme un temps marqué par l'obscurantisme, la brutalité, la terreur et la superstition. Il est temps de rejetter cette conception avec force et de soutenir le contraire avec l'appui d'une grande quantité de documents dont très peu sont en fait issus de la période elle-même.
Les Arabes1 d'avant l'islam n'ont pas pris le soin de se présenter à la postérité. Ils ont laissé cette tâche à ceux qui leur rendaient visite de temps à autres et finalement à ceux, devenus musulmans, qui les ont détruits. Ils se sont contentés de vivre, de chanter leurs poésies, de construire leurs villes et temples, d'échanger et se combattre. Aucun n'était parti à la conquête du monde, dans le but de le soumettre en totalité. Ils n'étaient jusque là connus que comme commerçants, mercenaires ou pillards. Ils ont construit durant des siècles une civilisation originale qui, sans être une des plus importantes au monde, n'en mérite pas moins être étudiée.
L'exposé des sources laisse entrevoir un monde soumis à de rudes conditions naturelles, mais aux caractéristiques remarquables, d'une grande vigueur culturelle et religieuse, où l'individu, l'homme et la femme, voire le chameau ont leur place, sous l'égide de divinités plutôt conciliantes.2
L'établissement de l'islam n'a a priori laissé que peu de chances de survie à cet ancien monde. Il n'est resté de la révolution de Muhammad que des vestiges involontaires de trop longues habitudes, ou de secrets objets d'admiration et de respect. Ces quelques pages ne veulent prouver qu'une chose : les populations arabes ont vécu, lutté et prospéré avant l'Hégire.3
Dans les études sur la naissance de l'islam, il manque souvent un exposé des conditions générales dans lesquels s'est construit ce mouvement. Les auteurs habituels4 veulent promouvoir l'idée d'une religion surgie du sable, toute armée, telle Athéna, incomparable et imperfectible, absolument universelle. Ce n'est pas une méthode sérieuse : il faut au contraire établir avec insistance le contexte, le théâtre, la scène arabe dans lesquels l'islam s'est établi, d'autant plus que les sources documentaires sont nombreuses à fournir des renseignements solides et variés.
Chapitre 1
Données
de la géographie
Il existe plusieurs interprétations de ce mot " Arabie "5 : la péninsule arabique6 un espace bien délimité de trois millions de kilomètres, au sens strict, le territoire occupé par les populations de langue arabe, ou l'espace désertique7 occupé par les bédouins8. Après le VIIème siècle, le mot prend un sens nouveau : il correspond à la région d'origine des envahisseurs arabo-musulmans, et bien plus tard, une référence mythique, le centre symbolique d'un monde, un immense sanctuaire9 .
§ 12. Descriptions de l'Arabie.
Avant et après l'irruption de l'islam, des voyageurs, des géographes, ont tenté de se représenter l´étendue et la forme de la péninsule. Vers le sud, les limites sont franches ; vers le nord, l'extension varie selon les critères, qu'ils soient purement géographiques, ethniques, linguistiques.
1. La première description.
Le géographe Hérodote tente une première description de l'Arabie, qui correspond en fait un territoire des Nabatéens. La langue et les façons de vivre servent de critères d'arabité à cette époque.
(Hérodote, Histoires III 5).10
L'Arabie est la seule voie qui donne aux Perses accès en Egypte11. Depuis la Phénicie jusqu'aux frontières de la ville de Cadytis12 , le pays appartient aux Syriens dits Syriens de Palestine ; de Cadytis, ville à mon avis aussi grande que Sardes jusqu'à la ville d'Iénysos, les comptoirs maritimes appartiennent au roi d'Arabie13 ; après Iénysos, c'est de nouveau la terre syrienne jusqu'au lac Serbonis, auprès duquel le mont Casion s'avance dans la mer ; à partir du lac Serbonis, où, dit-on se cache Typhon14, c'est l'Egypte.
2. Catalogue des villes arabes.
Le géographe grec Ptolémée15 intègre l'Arabie dans sa cartographie du monde connu, et répertorie des localités pour la première fois : Yathrib et Makoraba, " Le sanctuaire ".16
(Ptolémée, Géographie VI, 7, 31-37).17
Mokhura, Thoumna, Alouarè, Phalbinu, Salma, Gorda, Marata, Ibirtha, Lathrippa (= Yathrib), Karna, Biabana, Goiratha, Katara, Bayba (ou Rayba), Makoraba (= La Mecque ?)18 , Sata, Masthala, Domana, Attia, palais de Rabana, Khabuata, Olaphia, Inapha, Tiagar, Apa, Agdamu, palais de Karman, Irala, métropole de Naskos, Labris, village de Hiérakôn, Alabana, Khargatha, Lattha, marché de Omanon (= Oman), Marasdu, métropole de Mara, métropole de Nagara (= Najran ?)
3. Les régions de l'Arabie.
Le géographe grec Strabon, au Ier siècle avant J.-C., commence à décrire avec précision le territoire: il bénéficie du témoignage des marchands de la route de l'encens, et des explorateurs romains. Ses informations sont destinées à ceux qui voudront s'emparer de cette terre.
Les populations arabes ont obéi à une répartition simple du territoire : le nord, dans la boucle du Croissant Fertile, le centre, les vastes étendus steppiques, le sud, les montagnes arrosées du Yémen19. Ils se sont répandus jusqu'au nord de la Syrie, ont occupé le Neguev et le Sinaï, jusqu'à occuper la partie orientale de l'Egypte.
(Strabon20 , Géographie XVI, 3, 1).21
Vers le sud22 se trouve l'Arabie toute entière, sans compter les habitants des tentes en Mésopotamie. Dans ces régions qui suivent après la Mésopotamie jusqu'en Syrie Creuse, les Arabes vivant sous la tente occupent la partie la plus proche du fleuve et de la Mésopotamie, et ils sont divisés en petites principautés vivant dans des régions dénudées du fait du manque d'eau. Ils cultivent un peu ou pas du tout, mais possèdent des troupeaux de toute nature, surtout des chameaux. Au dessus de ces peuples, il y a un grand désert. Les parties plus au sud sont occupés par des gens dont on dit qu'ils habitent l'Arabie Heureuse. La partie plus au nord est un désert. A l'est, se trouve le golfe persique, à l'ouest, le golfe arabe ; au sud, la grande mer qui est en dehors de ces golfes, qui dans son ensemble est appelée la Mer Rouge23.
§ 13. Le " Berceau de l'islam ".
L'Arabie obtient un statut tout particulier parce qu'elle devient le lieu de naissance de cette idéologie, dans sa partie la moins développée. Cela devient donc une référence, parfaitement mythique, pour tous les musulmans, d'origines diverses, implantés partout dans le monde. Des auteurs tentent donc de fournir des informations, scientifiques ou folkloriques, sur les conditions matérielles de la naissance de l'islam.
L'ironie est que le territoire, par la faute même d'un islam sclérosant, a été totalement négligé politiquement, et abandonné culturellement par les musulmans eux-mêmes. Il ne reprendra sa place qu'après 1945, très artificiellement, grâce aux énormes, obscènes et fragiles ressources pétrolières.24
1. "La Terre des Arabes".
Ce chroniqueur anonyme conçoit encore le territoire arabe de façon dispersée, après la soumission du territoire à l'islam. C'est encore une accumulation de régions.
(Chronique du Khuzistan 38-39).25
Hasor, que les Ecritures appellent " la tête des royaumes ", appartient aux Arabes, tandis que Médine est appelée ainsi d'après Midian, le quatrième fils d'Abraham donné par Qetura. On l'appelle aussi Yathrib. Et Dumat al Jandal leur appartient, et aussi le territoire du peuple d'Hajar, qui est riche en eau, palmiers et bâtiments fortifiés. Le territoire de Khatt est situé sur la mer près des îles de Qatar, et il est aussi riche ; il est densément couvert de plantes variées. La région de Mazun (= Oman) lui ressemble et il se trouve aussi sur la mer, sur une longueur de plus de cent parasanges26. Appartient aussi aux Arabes le territoire de Tawf, et la cité de Hira27, qui est la capitale du roi Mundhir28 , surnommé " Le Guerrier ".
La gloire des anciens peuples arabes
(ibn Khaldun).29
Ils demeurèrent alors dans les solitudes de leurs déserts, ne sachant plus ce que c'est qu'un empire et l'art de le gouverner, ignorant même, pour leur plus grand ombre, qu'ils avaient autrefois possédé un empire, quand aucun peuple au monde n'eut jamais empire comme celui que détinrent leurs tribus, témoins les dynasties d'Ad, Thamud30, des Amalékites31, de Himyar et des Tobba du Yémen32 .
(Dawud, Hadith 14/ 2685).33
Le prophète fixa le montant de la rançon des gens de l'Arabie d'avant l'islam34 à 400 dirhams35 par tête, le jour de la bataille de Badr36.
2. La clarification musulmane.
L'expansion musulmane permet d'établir une conception plus claire du territoire, dans ce trop célèbre hadith37, prophétique au sens étroit du terme et sans doute créé de toutes pièces, a posteriori : c'est l'espace interdit aux infidèles.
(Malik38, Muwatta 45/17-19).39
Une des dernières que le messager d'Allah
a dites, est : qu'Allah combatte les juifs et les chrétiens. Ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prosternation. Deux religions ne peuvent pas cohabiter sur la terre des Arabes40 .
(Bukhari, Sahih 56/176).41
D'après Sayd ibn Jubayr, ibn Abbas dit42 :
- Le jeudi! ce qu'est le jeudi ! et il se mit à pleurer si fort, que ses larmes mouillaient les cailloux du sol.
- C'est le jeudi, reprit-il, que les souffrances du prophète devinrent plus vives ; alors il dit :
- Qu'on m'apporte de quoi écrire, afin que je mette par écrit ce qui, dans l'avenir, vous préservera de l'erreur.
Une discussion, à ces mots, s'élève ; et la discussion auprès d'un prophète est inconvenante. On déclare que l'envoyé d'Allah avait le délire ; mais lui, dit :
- Laissez-moi, ce qui m'occupe maintenant vaut mieux que ce à quoi vous m'invitez.
Au moment de la mort, il fit des recommandations sur trois points :
- Expulsez, dit-il, de l'Arabie les polythéistes43 ; donnez aux députations qui viendront vers vous, de la même façon que moi-même je leur donnais.
J'ai oublié, dit ibn Abbas, la troisième recommandation.
Yaqub ibn Muhammad a dit :
- Je demandai à al Moghira ibn Abd ar Rahman ce qu'était l'Arabie ; il me répondit :
- C'est la Mecque, Médine, le Yamama et le Yémen44.
Yaqub dit encore : El Ardj est le commencement du Tihama45.
(ibn Asakir, Tarikh Dimashq).46
Abu al Bahili a dit :
- J'ai entendu parler l'apôtre d'Allah qui a dit : en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et m'a dit :
- Ô Muhammad! J'ai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain47.
3. Le point de vue chinois.
Il est légèrement postérieur, mais très éclairant sur les deux cultures : le point de vue est direct, utilitariste, cynique et l'essentiel est vu en peu de mots.48
(Histoire Officielle des T'ang).49
Le pays des Arabes faisait d'abord partie de la Perse50. Les hommes ont des grands nez, sont noirs et barbus. Les femmes sont jolies, mais elles se voilent le visage quand elles sortent. Cinq fois par jours, ils vénèrent Dieu. Ils portent des fourreaux en argent avec des poignards en argent dedans. Ils ne boivent pas de vin et ne font pas de musique. Leur lieu de culte peut contenir plusieurs centaines de personnes.
§ 14. Le critère linguistique.
C'est le premier critère51 , et le plus apparent, même si l'irruption de l'islam a apporté de la confusion à cette situation. Al Hamdani a écrit ce bref mémoire à destination d'un public soucieux de pureté linguistique et avide de savoir quelle était l'état de la péninsule arabique à ce point de vue, puisque celle-ci, à cause de la présence du Coran, notamment, était perçue comme la référence suprême en matière de langue. A partir de ce préjugé52 , une passion pour la langue arabe classique, -celle d'Allah donc- se développe en de multiples ouvrages, grammaires et dictionnaires.53
Le bilan est très surprenant : l'auteur ne cache pas sa déception face aux déformations, aux barbarismes, aux solécismes54 courants parmi les habitants. Mais s'il prend comme référence ultime et artificielle la langue du Corpus coranique, elle-même d'origine diverse, le constat était inévitable.
Il apparaît aussi que l'antique langue himyarite subsiste largement, ce qui ne laisse pas de surprendre à une date aussi tardive.
(al Hamdani, Langues des Habitants de cette péninsule).55
Langues des habitants de cette Péninsule.
1. Les habitants d'ash Shihr et d'al Asa ne parlent pas un arabe correct.
2. Les Mahra parlent d'une manière inintelligible56, comme les étrangers.
3. Les Hadramaut ne parlent pas un arabe correct ; cependant, il arrive qu'on en rencontre certains qui s'expriment convenablement ; le meilleur arabe est celui des Kinda57, des Hamdan et de certains groupes d'as Sadaf.
4. Sarw Madhhij, Marib, Bayban et Harib parlent un arabe correct ; la corruption de la langue y est limitée.
5. Sarw Himyar et Jada ne parlent pas un arabe correct ; dans leur parler, on sent quelque chose d'himyarite. Ils parlent d'une voix traînante et abrègent les mots: ils disent yà bnu m- lamm au lieu de yà bnu 1-amm et sima au lieu de isma.
6. Labj, Abyan et Dathina parlent un arabe plus correct. Les Amiriyyun de Kinda et les Awdiyyun ont le meilleur.
7. A Adan, la langue est dénaturée et mauvaise ; certains, mais non ceux qui sont cultivés, se signalent par la stupidité et la bêtise.
8. Les Banu Majid, les banu Waqid et les al Ashar ont une langue qui n'est pas mauvaise.
9. Les Maafir du bas-pays s'expriment d'une manière inintelligible ; ceux du haut pays parlent mieux ; quant aux Sakasik, ils sont dans la moyenne.
10. Dans le Pays d'al Kala, ceux des hautes terres parlent excellemment, malgré une certaine gêne due à la langue himyarite ; chez ceux du versant, on comprend difficilement.
11. Sahlan, Jayshan, Warakh, al Khadir, as Suhayb et Badr ont une langue comparable à celle de Sarw Himyar.
12. Yahsib et Ruayn parlent un arabe plus correct que Jublan ; quant à la langue de Jublan, on la comprend difficilement.
13. De Haql Qitab à Dhamar, on parle une langue himyarite pure, difficile à comprendre.
14. Le versant de Madhhij, de même que Radman, Qaran avec ses hautes terres, ainsi que Rada, Isbil, Kawman, al Hada, Qayfa et Diqrar parlent un arabe correct.
15. Les Khawlan al Aliya en sont proches.
16. Les Sahmar, Qard, al Jibla, Mulh, Labj, Hamd, Utuma, Watyah, Simh, Anis et Alhan sont dans la moyenne, avec une tendance au charabia58.
17. Haraz, al Akhruj, Shumm, Madih, al Ahbùb, al Jahadib, Sharaf Aqyan, at Tarf, Wadi et al Malal se caractérisent par un mélange, à mi-chemin entre l'arabe correct et le charabia. Parmi ces tribus, notamment chez celles du Hadur, on trouve ce qui est le plus caractéristique dans la langue himyarite de compréhension difficile.
18. Le Pays d'al Ashar ; le Pays de Akk et celui de Hakam ibn Sad, au centre de la Tihama et dans ses dépendances, ont une langue qui n'est pas mauvaise, sauf ceux d'entre eux qui habitent les villages.
19. Dans Hamdan, ceux de Hashid qui occupent la Sara de Hamdan sont mélangés, avec des tribus qui parlent un arabe correct, comme Udhar, Hinwan et Hajur, et d'autres qui parlent d'une manière inintelligible, comme certains Qudam et certains al Jabar.
20. Dans les hautes terres du Pays de Hamdan, le Bawn, y compris al Mashriq et al Khashab, s'exprime dans un arabe mêlé de langue himyarite ; les régions les plus élevées des hautes terres de Hamdàn parlent un arabe plus ou moins correct, les Khaywan parlent un arabe correct. Cependant, parmi eux et jusqu'à Sada, beaucoup parlent himyarite.
21. Le pays de Sufyan ibn Arhab parle un arabe correct sauf dans des tournures telles que am ragul, qayyid ba'irak et ra'aytu ahawak. Partagent avec eux l'emploi du mim à la place du làm (dans al ragul, al bayr et ce qui y ressemble) al Ashar, Akk et certains Hakam parmi les gens de la Tihama.
22. Udhar Matira, Nihm, Murhiba, Dhayban et ceux de Bal Harith qui habitent ar Rahba parlent un arabe correct.
23. Sanaf dans le Jawf supérieur parle un arabe moins correct.
24. Kharfan et Athafit ne sont pas mauvais quant à la correction de leur langue.
25. Les habitants du Jawf parlent un arabe correct, à l'exception de leurs clients de la Tihama, qui vivent mêlés à eux.
26. Le Haut Nihm septentrional, Naman de Murhiba, puis les régions les plus élevées des Banu Aliyyan et celles de Sufyan et de Shakir parlent un arabe correct.
27. Dans le Pays de Wadaa, les Banù Harb ont l'imala dans l'ensemble de leur parler quant aux Banu Sad, ils parlent un arabe plus correct.
28. De Dhamar à Sanaa, on parle un arabe de qualité moyenne: c'est le Pays de Dhu Jura.
29. Chez les habitants de Sanaa, on trouve des restes d'arabe pur et des traits du parler de Himyar. La ville de Sanaa parle plusieurs langues et dialectes ; à chaque quartier correspond une langue ; celui qui habite du côté de Shuub parle différemment de tous les autres.
30. Shibam Aqyan, al-Masani et Tukhla parlent un himyarite pur.
31. Dans Khawlan Sada, les hautes terres parlent un arabe correct ; les brèches (sens incertain) et les basses terres parlent d'une manière inintelligible.
32. Un arabe correct est parlé depuis al Ird dans Wadaa, en passant par Janb, Yam, Zubayd, Banu Harith, les régions qui jouxtent le Pays de Shakir de Najran jusqu'au territoire de Yam, celui de Sinhan, celui de Nahd et des Banu Usama, Anz, Khatham, Hilal, Amir ibn Rabia, la Saradal Hajr, Daws, Ghamid, Yashkur, Fahm, Thaqif, Bajila, Banu Ali, si ce n'est que les régions basses des versants de ces tribus, qui sont entre la Sara de Khawlan et at Ta'if, parlent un arabe moins correct que les régions supérieures.
33. Quant à al Arud, on y parle un arabe correct, sauf dans les villages.
34. Il en est de même au Hejaz, dans les régions basses du Najd et jusqu'en Syrie, jusqu'au Diyar Mudar et au Diyar Rabia, où on parle un arabe correct sauf dans les villages.
Voici en bref quelles sont les langues de la péninsule sans divisions ni catégories.
§ 15. Division climatique.
Les érudits arabes reprennent l'antique tradition grecque de découpage géographique de la terre en fonction des climats. Ici, ibn Khaldun applique la méthode à la péninsule.
(ibn Khaldun, Muqaddima I).59
À l'est de la montagne d'al Muqattam se trouve le désert des Aydhab, qui s'étend dans la cinquième section et arrive, jusqu'à la mer de Suez, c'est-à-dire la mer d'al Qulzum. Cette mer se détache de la mer de l'Inde en allant du sud au nord. Sur son littoral est, dans cette cinquième section se trouve la terre du Hedjaz, qui va de la montagne de Yalamlam jusqu'à Yathrib. Au centre du Hedjaz, il y a la Mecque et, au bord de la mer, la ville de Jedda, qui fait face à Aydhab, située sur la rive ouest de la mer d'al Qulzum.
Dans la sixième section vers l'ouest, le pays du Najd - avec Jurash et Tabala au sud- s'étend vers le nord jusqu'à Ukaz. Au nord du Najd, dans la même section, se trouve le reste de la terre du Hedjaz. Au même niveau que le Najd60 , vers l'est, c'est le pays de Najran et de Janad, plus au nord, c'est le Yamama. Directement à l'est de Najran, on trouve la terre de Saba et de Marib, suivie de terre d'ash Shihr, qui se termine dans la mer du Fars61 , deuxième mer qui sort de la mer Indienne et se dirige vers le nord, comme nous l'avons vu précédemment, retourne vers l'ouest, au niveau de la sixième section. Elle baigne ainsi, à l'est, et, sur sa partie concave, à l'ouest, le territoire de forme triangulaire. Au sud de celui-ci, il y a ville de Qalhat, port d'ash Shihr. Au nord, sur le littoral, il y a le pays d'Oman, suivi par al Bahrayn avec Hajar, à la limite de la sixième section.
Le climat du Hedjaz.
(Masudi, Prairies d'or 977).
Le Hedjaz62 est une barrière entre la Syrie, le Yémen, et les plaines maritimes. Sa température est chaude, ses nuits sont splendides. Ce climat amaigrit le corps, dessèche la matière cérébrale, fortifie le cur, détruit les pensées généreuses et prédispose à la haîne ; c'est une région sèche et stérile, où la vie est rude.
Les vents d'Arabie63: Sarsar, un ouragan.
(Corpus Coranique d'Othman 69/6).
... tandis que les Ad ont été exterminés par un vent mugissant, impétueux.
Le vent Aqim.
(Corpus Coranique d'Othman 51/42).
... chez les Ad, lorsque nous envoyâmes contre eux un vent dévastateur qui ne laisse rien de ce contre quoi il est déchaîné.
Le vent Lawaqih.
(Corpus Coranique d'Othman 15/22) .
Nous avons déchaîné les vents chargés de nuages et avons fait tomber une eau du ciel.
Les vents Mubashshirat.
(Corpus Coranique d'Othman 30/47).
Allah est celui qui déchaîne les vents faisant lever les nuages.
§ 16. La première exploration.
L'empereur Auguste a envoyé Aelius Gallus pour découvrir et contrôler les richesses de l'Arabie. Même si cette tentative est un échec, elle fournit de nombreuses informations sur le territoire. Strabon fait une description précise et romanesque de cette aventure sans équivalent, en bénéficiant du témoignage direct de son ami, le chef de l'expédition64.
(Strabon, Géographie XVI, 22-24).65
Ce qui nous a encore beaucoup appris sur les curiosités de l'Arabie, c'est la récente expédition des Romains, expédition entreprise de nos jours et commandée par Aélius Gallus66. César Auguste67 avait confié à Gallus la mission de sonder les dispositions des Arabes et d'explorer en même temps leur pays (
) il avait entendu vanter la richesse séculaire de ce peuple, qui échange ses parfums, ses pierres précieuses, contre l'or et l'argent des autres nations, sans jamais rien dépenser ni rien écouler au dehors de ce qu'il a ainsi reçu en paiement ; il avait donc tout lieu d'espérer trouver dans les Arabes ou bien des amis riches capables de l'aider de leurs trésors, ou bien de riches ennemis faciles à vaincre et à dépouiller. Et ce qui achevait d'exalter sa confiance, c'est qu'il croyait pouvoir compter sur l'amitié des Nabatéens, qui lui avaient promis de l'assister dans toutes ses entreprises.
Voilà sur quelles assurances Auguste fit partir l'expédition de Gallus ; mais celui-ci se laissa tromper par le ministre du roi nabatéen68 Syllaios, qui, après lui avoir promis de lui servir de guide en personne, d'assurer ses approvisionnements et de lui prêter en tout un loyal concours, ne fit, au contraire, que le trahir, ne lui indiquant jamais la route la plus sûre, soit pour sa flotte le long des côtes, soit pour son armée dans l'intérieur des terres, engageant l'armée dans des chemins impraticables par exemple, ou bien l'amenant, après d'interminables détours, dans des lieux où tout manquait, engageant de même la flotte, au bout d'une longue côté droite et dépourvue d'abris, au milieu de bas-fonds hérissés de rochers à fleur d'eau, où le danger du flux et du reflux, toujours si redoutable pour les vaisseaux romains, se trouvait singulièrement aggravé (
).
Après quinze jours d'une traversée pénible et malheureuse, il arriva à Leukékômé69, qui est le grand marché des Nabatéens : il avait perdu une bonne partie de ses embarcations (quelques-unes même avec leur équipage), mais du fait de la mer uniquement et à cause des difficultés de la navigation ; l'ennemi n'y avait été pour rien, et la responsabilité de ce désastre incombait tout entière à Syllaios, qui, méchamment, avait affirmé que la route de terre jusqu'à Leukékômé n'était point praticable pour une armée (
) Du reste, si pareille trahison avait pu se produire, c'est que le roi Obodas70 , par une négligence commune à tous les rois arabes, s'occupait à peine des affaires publiques, et surtout des affaires militaires, se reposant sur son ministre Syllaios du soin de les conduire et de les administrer. Mais, maintenant, quand je réfléchis aux procédés de Syllaios et à sa façon d'user en tout et toujours de ruse et de perfidie, j'ai idée qu'il s'était proposé pour but, en guidant les Romains dans leur expédition et en les aidant à réduire quelques-unes des forteresses et des tribus de l'Arabie, d'explorer le pays pour son propre compte et d'en rester seul maître quand la faim, la fatigue et les maladies, jointes au bon effet de ses ruses et machinations, l'aurait débarrassé de la présence de ses alliés. Et de fait, quand Gallus atteignit Leukèkômè, son armée était déjà très éprouvée par la stomakakkè71 et la skélotyrbè, maladies du pays, causées, dit-on, par la mauvaise qualité des eaux et des herbes, et caractérisées, la première, par une altération des gencives, et la seconde, par une sorte de paralysie des membres inférieurs ; aussi, fut-il obligé, après avoir passé l'été à Leukékômé, d'y rester encore tout l'hiver pour laisser à ses malades le temps de se remettre.
(
) Gallus put enfin quitter Leukèkômé et se remettre en route avec, son armée ; mais telle était la sécheresse du pays qu'il traversait, qu'il dut faire porter l'eau à dos de de chameaux : c'était encore là un méchant tour de ses guides, et qui retarda singulièrement son arrivée dans les États d'Aréthas, parent d'Obodas. Celui-ci du moins l'accueillit avec bienveillance, il alla même jusqu'à lui offrir de riches présents ; mais Syllaios, par ses trahisons, trouva moyen de lui susciter des embarras, même sur cette terre amie. Ainsi l'armée mit trente jours à la traverser, ne trouvant sur son passage, à cause des mauvais chemins qu'on lui avait fait prendre, que de l'épeautre72, de rares palmiers et du beurre au lieu d'huile. La contrée qu'elle dut franchir tout de suite après - celle-là était peuplée que de nomades et constituait dans sa majeure partie un vrai désert : on l'appelait l'Ararène, et elle avait pour roi Sabos73. Égaré encore une fois par les fausses indications de ses guides, Gallus employa cinquante jours à traverser ce désert et à atteindre la ville de Négrana 74 et l'heureuse contrée qui l'entoure. Le roi du pays s'était enfui et sa ville fut enlevée d'assaut. Six jours après, l'armée arrivait au bord du fleuve de
75 ; les Barbares l'y attendaient et lui livrèrent bataille dix mille des leurs succombèrent et du côté des Romains, deux hommes seulement furent tués ; mais ces Barbares sont très peu belliqueux de leur nature, et rien n'égale la maladresse avec laquelle ils manient leurs différentes armes, l'arc, la lance, l'épée, la fronde, voire même la hache à double tranchant qui était l'arme du plus grand nombre. Plus loin Gallus prit la ville d'Asca que son roi avait également abandonnée ; puis, marchant sur Athrula, il s'en empara sans coup férir, y mit garnison et s'y approvisionna largement surtout en blé et en dattes ; après quoi il poussa en avant jusqu'à Marsiaba 76 , chez les Rhammanites77. (
) Il attaqua cette ville et la bloqua six jours durant, mais le manque d'eau lui fit lever le siège. Il n'était plus là qu'à deux journées de marche du pays des Aromates78 , à ce que donnaient à entendre les rapports des prisonniers.
Son expédition, par la faute de ses guides, lui avait donc pris six grands mois. Il comprit, en effectuant son retour, ce qui s'était passé, et parce qu'on finit par lui révéler la trahison de Syllaios, et parce, que, pour revenir, il ne suivit pas les mêmes chemins. Ainsi, en neuf jours, il avait regagné Négrana où s'était livrée la bataille, une autre marche de onze jours l'amena à une localité dite des Sept-Puits parce qu'il s'y trouve effectivement ce nombre de puits, et de là, traversant une contrée parfaitement paisible, il atteignit le bourg de Shaalla, et, plus loin, sur le bord d'une rivière, celui de Malotha ensuite à franchir un désert, mais un désert où se trouvaient encore quelques puits ou aiguades, et finit par atteindre Egrakômè, localité maritime dépendante du territoire d'Obodas. Or tout ce voyage de retour s'était effectué en soixante jours, quand l'aller avait pris six mois. D'Êgrakômè79 , il fit repasser le golfe à son armée, atteignit Myoshormos en onze jours, franchit rapidement l'espace qui le séparait de Coptos, et, avec tous les hommes valides et transportables qui lui restaient, s'embarqua sur le canal pour Alexandrie.
Il avait perdu tout le reste non par les coups de l'ennemi (les différents combats ne lui ayant coûté en tout que sept hommes), mais par le fait des maladies, des fatigues, de la faim, et des fautes volontaires de ses guides, lesquels furent cause en somme que l'expédition ne profita pas autant qu'elle aurait dû à la connaissance géographique du pays. Quant à Syllaios, le vrai coupable, il subit sa peine à Rome: malgré ses protestations de dévouement, il fut convaincu, non seulement de trahison dans cette dernière circonstance, mais de maint autre méfait antérieur, et eut la tête tranchée.
Chapitre 2
Le désert, milieu de vie
Un désert80 est simplement un espace qui n'est pas occupé par l'homme ; il faut donc écarter l'image populaire des grandes dunes sableuses : en Arabie, du nord au sud, le milieu géographique est particulièrement varié : la montagne, la steppe, les champs de lave, la vallée irriguée. Le sable est le plus souvent remplacé par les grandes étendues rocheuses ou caillouteuses.
Ce monde est ponctué par le seul repère, d'une importance vitale : le point d'eau, la source81, le puits82, sans doute à l'origine de l'irruption du sacré dans ce monde, et ensuite des phénomènes religieux.
L'islam primitif ne décrit pas le désert, qui n'est qu'un espace de transit ou de combat. Il ne faut pas dire trop vite, comme E. Renan, que " Le désert rend monothéiste "83 . Les Arabes ont au contraire développé un monde divin clairement polythéiste84, ponctué de repères et surchargé de sacralité, difficilement perceptible par ceux qui n'y vivent pas.
§ 17. Le désert et la steppe.
Le désert est au sens strict un espace dépourvu d'occupation humaine, quel qu'il soit, si l'on s'en tien tà la définition géographique. Dans le cas de l'Arabie, seul un quart du territoire correspond vraiment à cette définition85 . Ailleurs, on peut trouver des milieux de vie très florissants et densément peuplés, où l'eau, souvent cachée, est pourtant présente86 .
La steppe est un espace de transition, souvent de transformation87 . La définition est plus économique: c'est le domaine de l'élevage extensif. Des humains l'occupent, et ne font pas que la traverser.
1. Définition de la steppe.
Comme souvent pour les choses évidentes, les définitions88 de la steppe sont rares et tardives.
(al Khalil, Kitap al Ayn).
La badiya est une terre où il n'y a pas d'établissement permanent, c'est-à-dire, aucune occupation permanente. Si vous quittez la zone sédentaire pour les terres à pâturages, ou des déserts, vous parlerez des bédouins de la steppe.
2. La traversée du désert.
Il est très peu décrit par les témoignages. En 399 avant J.-C., l'aventurier Xénophon le compare à la mer, et remarque, avec son habitude de chasseur, la faune qui s'y trouve. C'est la première fois qu'un auteur occidental décrit le désert. Il sera suivi par une multitude, fascinée par ces étendues.
(Xénophon, Anabase V 1-3).89
De là, il fait à travers l'Arabie, ayant l'Euphrate à sa droite, trente-cinq parasanges en cinq étapes dans des pays déserts. Dans cette région, la terre était une plaine ininterrompue, unie comme la mer et couverte d'absinthe. S'il s'y trouvait d'autres plantes, arbrisseaux ou roseaux, elles étaient toutes odoriférantes comme des aromates. On n'y voyait aucun arbre ; mais il y avait des bêtes sauvages de toute sorte, quantité d'onagres 90 , beaucoup d'autruches, et aussi des outardes91 et des gazelles. Les cavaliers donnaient quelquefois la chasse à ce gibier. Les onagres, quand on les chassait, gagnaient de vitesse et s'arrêtaient ; car ils courent bien plus vite que les chevaux ; puis, quand les chevaux s'approchaient, ils recommençaient leur manège et les cavaliers ne pouvaient les prendre, à moins de s'échelonner de distance en distance et de chasser en se relayant. La chair de ceux que l'on capturait ressemblait à celle des cerfs, mais elle était plus délicate. Quant aux autruches, personne n'en prit. Les cavaliers qui leur donnaient la chasse y renonçaient vite ; car elles gagnaient beaucoup d'avance en fuyant, parce qu'elles couraient avec leurs pattes et en même temps se soulevaient sur leurs ailes, dont elles se servaient comme d'une voile. Pour les outardes, en les faisant lever brusquement, on peut les attraper ; car elles ont le vol court, comme les perdrix et se fatiguent vite. Leur chair était très agréable.
3. La solitude du bédouin.
Berger ou caravanier, ou héros déchu par sa tribu, les sccènes sont nombreux dans la littérature qui montrent le bédouin isolé dans le désert, seul avec son chameau. Ces longues et totales périodes influent sans doute sur une conception particulière du monde: ce que W. Montgomery Watt appelle " l'humanisme tribal ", et ce que Henri Lammens a décrit avec autant de précisions que de préjugés92.
(Bukhari, Sahih 59/12, 1).
Abu Sayd al Khudri a dit un jour : je vois que tu aimes la vie pastorale et le désert, Quand tu seras au milieu de tes troupeaux ou dans le désert, et que tu feras l'appel à la prière, élève ta voix en le prononçant, car, aussi loin que porte la voix de celui qui appelle à la prière, quiconque l'entendra, djinn93, homme ou objet94 , ne manquera pas de venir témoigner en sa faveur le jour de la résurrection.
4. Le choix du bédouin ?
L'encyclopédiste Masudi expose ici tous les avantages supposés de la vie dans le désert. C'est une vie qui en retour modifie le caractère de cette population, selon lui. Mais il ne faut pas oublier que l'auteur est lui-même un urbain, d'origine persane et que son analyse, aussi subtile soit-elle, est sans doute artificielle et intellectuelle.
(Masudi, Prairies d'Or 1108-9-1112).
Les Arabes virent dans la vie nomade et dans le choix continuel d'une nouvelle région la condition la plus digne d'une race noble et la plus confrome à sa fierté naturelle. A leurs yeux, être maîtres du choix de leur territoire et habiter où bon leur semble vaut mieux que tout autre genre de vie, et c'est pourquoi ils ont adopté le séjour du désert.
Selon une autre opinion, doués par Allah d'aspirations sublimes, de desseins généreux, et de nobles facultés, d'une énergique fierté, cherchant toujours à se soustraire à l'infâmie et à fuir toute honte, les anciens Arabes étudièrent sérieusement les contrées habitables et pesèrent le fort et le faible de chacune. Convaincus, après un examen attentif, que les villes et les demeures bâties par l'homme ne recélaient que des hontes et des vices de toutes sortes, ceux d'entre eux qui se distinguaient par leur expérience et leur discernement déclarèrent:
- Les pays sont, comme le corps humain, exposés aux maladies et aux calamités ; il faut par conséquent opter pour telle ou telle contrée, à raison des conditions de salubrité qu'elle présente, puisque bien souvent l'influence du climat est telle qu'il appauvrit la race qui l'habite et altère la constitution de ses habitants.
Les sages, parmi les Arabes, dirent aussi:
- Les maisons, la vie entre quatre murs sont des entraves à la libre disposition de ce monde, qui arrêtent l'homme dans sa course indépendante, enchainent ses plus nobles ambitions, retiennent ses instincts qui le poussent à rivaliser de noblesse. Il n'y a donc aucun avantage à demeurer dans cette situation. Les abris fixes, disaient-ils encore, et les maisons ralentissent la digestion, entravent le passage de l'air, gênent sa marche et l'empêchent de circuler librement.
En conséquence, ils s'établirent dans les vastes plaines, là où ils n'avaient à redouter ni gêne, ni mal d'aucune sorte ; l'air y était exempt de toute impureté, vivifiani et pur de tout germe pestilentiel ; ce séjour trempait leur caractère, et le passage continuel d'un campement à un autre purifiait leurs inclinations, fortifiait leur tempérament et donnait plus de vigueur à leur esprit, plus de pureté à leur teint et plus de robustesse à leur corps. L'intelligence et la pensée participent en effet de la nature de l'air et des conditions de l'atmosphère ; le désert était à leurs yeux un abri contre les fléaux, les maladies, les accidents et les souffrances ; aussi, en préférant le désert et la vie nomade, les Arabes l'emportent-ils sur tous les autres peuples par la vigueur de leurs nobles instincts, la force de leur caractère et la robustesse de leur tempérament ; nul peuple ne pratique avec plus d'ardeur les devoirs de la protection due aux faibles et ne défend son droit avec plus de chaleur. Ils puisent dans l'air limpide et pur de leur pays la plus grande générosité et les pensées les plus nobles. L'atmosphère des villes contient au contraire des impuretés agglomérées qui, provenant de toutes les eaux croupissantes et corrompues, s'élèvent vers les différentes couches du ciel où elles s'entrechoquent comme des vagues ; l'air conserve ainsi tous les miasmes qui montent vers lui, et c'est pourquoi les poussières s'agglomèrent, provoquant des maladies et des infirmités qui sont le lot des citadins, deviennent inhérentes à leur organisme et se traduisent notamment par la faiblesse du système pileux95 et de la vue96. Parmi tous les peuples dispersés qui vivent à l'état nomade, les Arabes occupent le premier rang, grâce aux avantages particuliers que leur offrent les contrées de leur choix et le soin qu'ils ont mis à les rechercher.
Les Arabes, en faisant choix de leurs campements, distinguent les campements d'hiver de ceux d'été. Parmi eux, il y a les mundjids et les muthims ; les premiers sont ceux qui habitent les plateaux du Nadjd ; les seconds, ceux qui habitent la Tihama. D'autres résident dans les vallées déprimées97 comme celles de Baysan et de Murra, en Syrie, dans la Palestine et la contrée du Jourdain, pays habité par les tribus de Lakhm et de Judham. En outre, toutes les tribus ont des points d'eau autour desquels elles se réunissent, et des terrains de parcours qui leur appartiennent et où elles dressent leur campement ; tels sont les déserts de la Dahna, de la Samawa, les Tihamas, les plateaux98 , les plaines 99 , les dépressions 100 et les ravins101. Il est rare de voir une tribu arabe s'écarter de ses campements ordinaires et des points d'eau qu'on sait lui appartenir, comme ceux de Darij, d'al Aqiqi, d'al Habaa, etc
§ 18. La pluie et la soif.
L'eau102 est décrite sous une forme positive, quand elle favorise la vie dans les oasis, mais aussi sous sa forme dangereuse, quand la pluie103 déclenche des inondations périodiques et désastreuses. Le sanctuaire de la Mecque lui-même, très mal situé sur ce point, subit des destructions considérables et récurrentes104.
Le puits105 est le point de repère fondamental en milieu désertique, et le point de départ de nombreux phénomènes de sacralisation106.
Muhammad n'oublie pas qu'il s'adresse à un public qui a soif perpétuellement, qui vit selon la présence ou l'absence de l'eau: le vocabulaire qu'il emploie pour évoquer la transmission de son message est issu de la notion de pluie.107 Il s'inscrit dans une tradition, car les Arabes antiques demandent avant tout à leurs dieux qu'ils leur apportent une pluie salvatrice, et de ce point de vue, l'Allah que prêche ce personnage est une divinité atmosphérique, et plus précisément de la pluie108 .
1. L'eau, la vraie divinité en Arabie.
L'occupation humaine est exclusivement liée à la présence ou non de l'élément liquide, sousune forme cachée, discrète ou dangereusement surabondante. On en connait les manifestations les plus claires, les oasis, et on oublie les accidents, de subites inondations, qui pourtant leurs marques dans les wadi109.
(Aristote, Météorologiques 1, 12).110
L'eau qui se forme dans les pays chauds et dans les saisons chaudes, devient bien vite tiède elle-même. C'est ainsi qu'en Arabie et en Éthiopie, les pluies tombent l'été et non point l'hiver ; elles y tombent par torrents et plusieurs fois le jour, et la cause en est la même. C'est que le froid se produit très vite par la répercussion, qui est d'autant plus violente que le pays est excessivement chaud.
(Diodore, Bibliothèque III 42, 2-3).111
Après le fond (du golfe)112, il y a un endroit en bordure de la mer qui est tout particulièrement honoré par les indigènes à cause des ressources qu'il présente. Il se nomme la Palmeraie et il contient un grand nombre de ces palmiers, dont les fruits sont extrêmement abondants et qui procurent une jouisssance et des délices extraordinaires. Toute la région voisine est pauvre en eaux vives et son exposition au midi fait qu'elle est torride ; aussi cet endroit couvert d'arbres, qui est situé au milieu d'une région absolument déserte et qui pourvoit à la nourriture, a-t-il été tout naturellement consacré à la divinité par les barbares.113 C'est qu'il y a en grand nombre des sources et des ruisseaux où coule une eau dont la fraîcheur ne le cède en rien à la neige ; ces ruisseaux rendent la terre de leurs deux rives verdoyante et tout à fait agréable.
(Imr ul Qays, Muallaqât ).114
Une inondation dévastatrice. Le poète arabe Imru al Qays décrit une inondation115 dévastatrice sans oublier ses aspects bénéfiques.
Ami ! vois tu cet éclair qui luit comme des paumes brillantes s'agitant dans un épaix nuage, dont la lumière étincelante ressemble à celle de plusieurs lampes de moine, aux mèches gorgées d'huile ?
Je me suis assis avec mes compagnons, entre Dharij116 et El Udhayb117 pour contempler le nuage qui s'enfuyait dans le lointain.
À bien l'observer, j'imaginai que de son côté droit devaient tomber des gouttes de pluie sur le mont Qatan118 et que son côté gauche avait crevé au-dessus des monts Sitar et Iadhbul.
L'eau tomba à torrent sur Kutayfa, déracinant et entraînant d'énormes chênes119 .
Une telle trombe s'abattit sur le mont Qanan qu'elle fit descendre les chamois de leurs demeures.
À Tayma120, le torrent121 emportait jusqu'au moindre tronc de palmier, n'épargnant que les châteaux forts en pierres de taille.
Dès les premières gouttes, le mont Thabir avait pris l'allure d'un seigneur de tribu enveloppé d'un manteau rayé.
Au petit matin, les détritus charriés par le torrent étaient tels, autour de la colline d'El Mujaymir, que son sommet ressemblait au bout conique et arrondi d'un fuseau.
Le nuage avait aspergé de sa pluie fécondante la plaine assoiffée, tel un marchand yéménite sortant de ses malles, pour les étaler, des étoffes aux couleurs luxuriantes.
À l'aube, on entendit s'élever de la vallée la voix des passereaux comme enivrés d'un vin mêlé de poivre.
Le soir, on vit le torrent charrier les cadavres des bêtes, semblables à des racines d'oignons sauvages arrachées avec leur terre boueuse.
(Bukhari, Sahih 78/68, 9).
Anas rapporte qu'un jour de vendredi, un homme vint trouver le prophète à Médine au moment où il faisait son prône122 et lui dire:
- La pluie fait défaut, demande à ton seigneur qu'il fasse pleuvoir.
Le prophète leva les yeux vers le ciel où à ce moment nous ne voyions pas un seul nuage ; il pria pour avoir de la pluie et aussitôt les nuages commencèrent à se rapprocher les uns des autres, puis la pluie se mit à tomber et l'eau dévala dans les ravins de Médine ; la pluie ne cessa de tomber sans s'arrêter jusqu'au vendredi suivant. Alors le même, homme - ou, suivant une variante, un autre - vint trouver le prophète au moment où il faisait son prône et lui dit:
- Nous sommes inondés, invoque ton seigneur afin qu'il retienne les eaux.
Alors le prophète se mit à rire et dit par deux ou trois fois :
- Autour de nous, mais pas sur nous.
Aussitôt les nuages s'écartèrent de Médine à droite et à gauche ; il plut tout autour de nous sans qu'une goutte, d'eau tombât sur Médine. Allah montra ainsi qu'il favorisait son prophète et qu'il exauçait ses prières.
(Muslim, Sahih 9-1495).123
Aïsha, la femme du prophète a dit : Lorsqu'il faisait du vent ou de la brume, on le reconnaissait à l'expression du visage (assombri) du prophète qui se mettait à aller et venir. Mais quand la pluie tombait, il s'apaisait et son inquiétude s'évanouissait. Comme je lui en demandai la raison, il me répondit :
- " Ô Aïsha, j'ai crains qu'il ne soit un châtiment infligé à ma Communauté ".
Et lorsqu'il voyait la pluie, il disait :
- " C'est une miséricorde ".
L'inondation de la Mecque.
(Azraqi, Chroniques de la Mecque I 107).124
Les averses sont puissantes et la Mecque a sa part de pluies torrentielles et d'inondations. L'une d'elles a dévalé sur la Kaba et ses murs se sont craquelés125 , au point que les Quraysh furent très inquiets d'utiliser le lieu tel quel d'une part, et de le reconstruire en risquant qu'un mal ne les atteignent.
Un récapitulatif des cataclysmes.
(J. L. Burckhardt, Travels in Arabia). 126
Le 9 septembre: nous sommes partis tôt, et avons découvert que l'orage d'hier n'était pas allé au delà de la plaine d'Arafat. De tels orages et inondations sont fréquents dans cette région, où les saisons semblent bien moins régulières que sous d'autres latitudes. J'ai appris que dans les hautes montagnes, et à Ta'if, la saison des pluies, bien qu'à peine plus régulière que sous les tropiques africains, l'est pourtant bien plus que dans les bas pays de Jedda et la Mecque, où, même au coeur de l'été, le ciel est obscurci souvent par des orages et de la pluie. Les historiens de la Mecque ont enregistré plusieurs inondations terribles dans cette ville ; les plus désastreuses ont eu lieu dans les années 80, 184, 202, 280, 297, 549, 620, 802, 829. Au cours de celles-ci, la ville entière de la Mecque, le temple, aussi haut que la pierre noire, était sous l'eau, et partout, des maisons furent détruires et des vies perdues. Assamy donne les détails d'un inondation qui a dévasté la Mecque en 1039, ou l'année 1626 de notre ère, où 500 vies furent perdues, et la Kaba dans le temple fut détruit. Une autre inondation terrible advint en 1672.
2. Le Coran mouillé.
Muhammad compose beaucoup sur le thème de l'eau127 , face à un public structurellement assoifé, qui dans sa vie quotidienne lutte pour en jouir ou s'en préserver. Il suit en cela la tradition des prophètes juifs128, qui ont eux aussi abusé de l'image trop facilement efficace des bienfaits de l'eau, évoqués devant un public déshydraté de manière chronique.
Le thème terrifiant de l'inondation, très amplifié dans l'image du Déluge129, est longuement développé dans le Coran. La légende de Noé semble efficace auprès du public mecquois, qui subi de type de cataclysme périodiquement.
(Corpus coranique d'Othman 21/31).130
les cieux et la terre était un chaos que nous les avons séparés et que, de l'eau, nous avons fait toute choses vivante.
(Corpus coranique d'Othman 14/37).
Allah est celui qui a créé les cieux et la terre, qui a fait descendre du ciel une eau par laquelle il fait pousser des fruits formant une attribution pour vous.
Il vous a soumis le vaisseau afin que celui-ci, sur son ordre, vogue sur la mer.131
Il vous a soumis les rivières.
(Corpus coranique d'Othman 16/10).
C'est lui qui a fait descendre du ciel une eau dont vous tirez de quoi boire et dont vivent les arbustes où est une nourriture par vous donnée.
(Corpus coranique d'Othman 54/11-12).
Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une eau torrentielle ; nous fîmes jaillir la terre en sources et les deux flots se rejoignirent selon un ordre décrété.
(Corpus coranique d'Othman 13/18).
Il a fait descendre une eau du ciel à laquelle des vallées servent de lit, selon leur grandeur.
Le flot débordé a charrié une écume flottante et semblable à celle-ci est l'écume provenant de ce qu'on porte à fusion, dans le feu, pour fabriquer des bijoux et des ustensiles.
Ainsi Allah représente en parabole la vérité et le faux: l'écume du torrent et du métal tondu s'en va, au rebut, tandis que l'eau et les objets utiles aux hommes demeurent sur la terre.
Ainsi Allah propose des paraboles.132
§ 19. La gestion de l'eau.
La rareté de l'eau impose sa gestion stricte, autour des puits, des canaux, des citernes. Cette constante préoccupation est toujours visible dans les textes, à travers divers incidents ou règlements juridiques.
1. Le miracle du puits.
Le point d'accès aux nappes phréatiques est toujours un petit miracle en milieu désertique, et il est considéré comme tel par les populations en bénéficiant. Très vite, le lieu133 est sacralisé, voire divinisé134 par ceux qui bénéficient de ses bienfaits évidents.135
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 742).136
Il dit aux gens de démonter137. Ils dirent qu'il n'y avait pas d'eau là où ils devaient faire halte. Alors il prit une flèche de son carquois, en donna à un de ses compagnons qui descendit dans un des trous d'eau. Il perça le fond et l'eau surgit jusqu'à ce que les chameaux et les hommes soient satisfaits et se reposent là138.
Forage d'un puits en Arabie du Sud.
(Inscription de Sari).139
Lahayat Bariyan ibn Maahir et Dhu Khawlan, grand seigneur140 de Radman et Khawlan a creusé, foré, foré141 , édifié et achevé son puits Nazilal pour sa palmeraie Dhu Bariratan, qui est dans la vallée Ilan, avec Attar Dhu Adam et Amm Dhu Mabraq, maître de Sulaym et de Lamam142.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 150 et 151).
Au cours de la bataille de Badr (Victoire de Muhammad en 624 sur les Mecquois), Muhammad fait combler tous les puits de l'oasis, sauf un, pour gêner son adversaire. Les combats se déroulent autour de ce point d'eau. Un autre sert ensuite de fosse commune pour les tués, au grand étonnement de ses propres troupes143. D'ordinaire, les puits sont des lieux que l'on respecte , dans le code moral des bédouins.
Pendant la nuit, un des ansar144, un homme de la tribu des Najjar, vint trouver le prophète et lui dit:
- Ô apôtre d'Allah, nous ne devons pas rester ici. L'armée quraysh viendra demain à Badr et occupera les puits, et nous n'aurons pas d'eau. Il faut nous y rendre cette nuit, nous établir près du puits le plus rapproché de l'ennemi, creuser un grand réservoir, remplir nos outres, parce que, pendant le combat, nous ne pourrons pas puiser de l'eau ; puis il faut mettre à sec tous les autres puits, afin que, quand ils viendront, ils ne trouvent pas d'eau, tandis que nous en aurons. Le prophète, approuvant cet avis, marcha en avant et fit halte près des puits, dont l'un fut rempli, et les autres mis à sec.
(
) Hamza145 le frappa et d'un coup de sabre, lui trancha une jambe. Aswad tomba, et traîna son corps et la jambe détachée, dont le sang coulait, vers le bassin
Hamza le frappa d'un autre coup et le fit tomber dans l'eau, qui fut mêlée de sang146 .
(
) -Laissez-les, car tout infidèle qui boira de cette eau sera tué.
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps de vingt-quatre chefs 147 des Quraysh soient jetés dans des puits secs de Badr
il s'adressa aux corps des chefs en les appelant par leurs noms: et toi fils d'untel, toi fils d'untel etc
cela ne vous aurait-il pas plu d'obéir plutôt à Allah et son apôtre ?
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps des vingt-quatre chefs des Quraysh soient jetés dans un des puits sales et secs de Badr.
(ibn Sa'd, Tabaqat I 599).148
L'apôtre d'Allah a dit:
- Le meilleur des puits est celui de Bir Ghars. C'est une des sources du ciel et son eau est la meilleure des eaux. L'apôtre d'Allah se ravitaillait en eau là-bas, et il se baignait dans l'eau de Bir Ghars.
Le puits de Zemzem au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhardt, Travels in Arabia). 149
Le bâtiment actuel qui entoure Zemzem se dresse près du Makam Hanbali, et a été construit en 1072 A.H.150 : il est de forme carrée, et de formation massive, avec une entrée au nord, ouvrant sur une pièce qui contient le puits. Cette pièce est joliment ornée de marbres de différentes couleurs ; et à côté, mais séparé par une porte, se trouve une petite pièce avec un réservoir de pierre qui est toujours plein de l'eau de Zemzem ; là viennent les hajji pour boire, en passant la main par une ouverture grillagée de fer, servant de fenêtre, sans entrer dans la pièce. L'embouchure du puitsest entouré d'un mur de 5 pieds de haut, et de 10 de diamètre. Les gens qui puisent l'eau montent dessus, usant de seaux de cuir, une barre de fer les empêchant de tomber. (
)
D'avant l'aube jusqu'à minuit, la pièce du puits est constamment pleine de visiteurs. Chacun peut librement prendre de l'eau pour lui-même, mais le travail est généralement effectué par des gens destinés spécialement à cela, et payés par la mosquée: ils attendent une gratification de la part de ceux qui boivent, bien qu'ils n'osent pas la demander. J'ai été plus d'une fois dans la pièce, durant un quart d'heure avant de pouvoir accéder à l'eau, tant la foule est nombreuse. Des hajji dévôts escaladent parfois le mur, et tirent les seaux pendant des heures, pour expier leurs méfaits.
Avant l'invasion wahhabite, le puits Zemzem appartenait au shérif ; et l'eau devenant ainsi un monopole, elle était achetée à un prix élevé ; mais l'un des premiers ordres de Saoud151 , à son arrivée à la Mecque, a été d'abolir ce trafic, et l'eau a de nouveau été dispensée gratuitement. Les Turcs152 considèrent comme un miracle que l'eau du puits ne s'épuise jamais, malgré les prélévements continuels: il n'y a probablement pas de diminution de sa profondeur ; après un examen précis des cordes des sauts, j'ai trouvé la même profondeur était atteinte aussi bien le matin que le soir. Dans l'enquête, j'ai appris par une personne qui est descendue là du temps des wahhabites, pour réparer la maçonnerie, que l'eau remuait à la surface, et le puits serait donc plutôt alimenté par une ruisseau souterrain. L'eau est lourde, au goût, parfois sa couleur ressemble à celle du lait, et elle est très douce, diffèrant ainsi de celle, saumâtres des autres puits de la ville. Quand elle est tirée, l'eau semble légérement tiède, et elle s'apparente sur ce point aux autres fontaines du Hedjaz.
2. L'irrigation et ses problèmes.
Les tentatives de gestion de l'eau aboutissent à des bouleversements sociaux et juridiques: l'espace est découpé précisément, l'effort humain doit être organisé, le temps doit être compté, et les litiges réglés. C'est l'Arabie du Sud qui monopolise cette technique. On en trouve néanmoins quelques traces dans l'oasis de Médine.153
(Bukhari, Sahih 42/6).
un homme des ansar154 plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra155 qui servaient à l'irrigation des palmiers, l'ansar ayant demandé que Zubayr laissât l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires, l'envoyé d'Allah s'adressa à Zubayr en ces termes:
- Arrose tes arbres, ô Zubayr, mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors, plein de colère, l'ansar s'écria :
- On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
À ces mots, le visage de l'envoyé d'Allah changea de couleur156 :
- Arrose tes arbres, ô Zubayr, reprit-il, puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
- Par Allah! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 157
(Bukhari, Sahih 42/7).
D'après Zuhri, Urwa a dit :
- Zubayr eut une contestation avec un homme des ansar. Le prophète dit :
- Ô Zubayr, creuse et laisse ensuite l'eau couler.
- On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle, s'écria l'ansar.
- Arrose, ô Zubayr, reprit le prophète, jusqu'à ce que l'eau arrive à la hauteur du tronc et alors arrête-toi.
Et Zubayr ajouta :
- Je crois que c'est ma cause de cela que le verset suivant fut révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux 158 .
3. Les oasis.
Autour des points d'accès à l'eau se développe une vie autonome159, dans un cadre souvent verdoyant, qui tranche avec l'aridité ambiante. C'est là que se concentre la population, que se règle les questions importantes, et que s'affrontent les hommes. Une ville peut y naître, mais souvent, l'activité reste strictement agricole.
Dans le Corpus coranique, l'oasis apparaît, mais sous la forme du jardin paradisiaque.160
(Procope, Histoire des Guerres I 19, 8-9).161
Cette côte immédiatement au-delà des limites de la Palestine, est occupé par les Saracènes162, qui sont installés depuis longtemps dans les palmeraies. Ces palmeraies se trouvent dans l'intérieur, s'étendant sur une grande superficie de terre, et il n'y pousse absolument rien en dehors des palmiers. (
) Formellement, l'empereur163 tient seulement les palmeraies, parce que pur lui, posséder réellement le reste du territoire est tout à fait impossible. En effet, la terre est totalement dépourvue d'occupation humaine il y a une extrème sécheresse entre elles, sur des distances d'un périple de dix jours.
(Corpus coranique d'Othman 98/7).
Au contraire, ceux qui auront cru et accompli les uvres pies, ceux-là sont le meilleur de l'humanité.
Leur récompense sera, auprès de leur seigneur, les jardins d'Eden sous lesquels couleront les ruisseaux, où ils resteront, immortels, en éternité.
Allah sera satisfait d'eux et ils seront satisfaits de lui.
(Corpus coranique d'Othman 36/33-4).
Une preuve pour eux est la terre morte, à laquelle nous redonnons la vie, et doù nous faisons sortir des grains dont ils mangent.
Nous y avons mis des jardins de palmiers et de vignes et y avons fait jaillir des sources, afin quils mangent de ses fruits et de ce que leurs mains ont produit.
Ne seront-ils pas reconnaissants ?
(Corpus coranique d'Othman 17/92-94).
Les infidèles ont dit: nous n'aurons pas foi en toi jusqu'à ce que tu fasses jaillir de terre une source ou que tu donnes un jardin contenant palmiers et vignes parmi quoi tu feras en abondance jaillir des ruisseaux.
(Corpus coranique d'Othman 53/17-8).
Il la pourtant vu, lors dune autre descente, près de la Sidrat al Muntaha164, près delle se trouve le jardin de Maawa : au moment où le lotus était couvert de ce qui le couvrait.
La vue na nullement dévié ni outrepassé la mesure.
Il a bien vu certaines des grandes merveilles de son Seigneur.
(Corpus coranique d'Othman 80/ 24-32).
Que l'homme considère sa nouriture!
Nous avons versé l'eau du ciel abondamment, puis nous avons fendu la terre largement, et nous y avons fait pousser graines, vignes, cannes, oliviers, palmiers, jardins touffus, fruits165 et pâturages, objet de jouissance pour vous et vos troupeaux .
Chapitre 3
Les richesses de l'Arabie
La richesse de l'Arabie est essentiellement un fantasme alimenté par la quantité d'épices qui en est tirée ou qui y transite. Mais des régions, au nord et au sud, connaissent une véritable prospérité, due aux profits du commerce ou aux productions agricoles favorisées par des conditions climatiques convenables. Le coeur du territoire, dont le Hedjaz, est bien moins favorisé. La réalité est plus prosaïque : c'est un milieu dur, où faune166 et flore167 sont rares et hostiles168.
Le projet d'Alexandre.169
(Strabon, Géographie XVI 28).170
On pourrait au surplus invoquer, comme un sûr garant de la réalité de cette richesse séculaire des Arabes le témoignage d'Alexandre lui même, puisqu'il avait rêvé, dit-on, après son retour de l'Inde, d'établir chez les Arabes le siège de son empire.
§ 20. Le chameau.
Cet animal171 à l'aspect saugrenu alimente la curiosité des géographes, des naturalistes et l'affection des bédouins eux-mêmes, pour qui l'animal est un véhicule, un art de vivre et un moyen de survie, un objet de culte et même une source d'inspiration poétique172. En Occident, on préfère évoquer naïvement le " Vaisseau du Désert ". Muhammad est lui-même très lié à à sa chamelle, et celle-ci prend parfois les meilleures décisions possibles à sa place173.
Dans le Corpus coranique, le chameau est considéré comme une merveille divine, mais c'est surtout à travers l'exemple para-biblique de la chamelle des Thamud qu'il est évoqué.174
1. La civilisation du chameau.
L'omniprésence de l'animal dans cette culture a conduit à y voir une réservoir de tous les aspects bénéfiques de la vie, dans des conditions toujours difficiles. Il existe d'étonnantes transcriptions poétiques de ce véritable sentiment de dépendance.
(Diodore, Bibliothèque Historique III 45, 3-6).175
Le pays qui est immédiatement voisin de cette région montagneuse est occupé par les Arabes connus sous le nom de Dèbes. Ils élèvent des chameaux et ils utilisent pour tous les besoins essentiels de la vie les services de ces animaux: leurs ennemis, c'est du haut des chameaux qu'ils les combattent, les marchandises, c'est à dos de chameaux qu'ils les transportent, de sorte qu'ils accomplissent aisément toutes leurs affaires ; c'est en buvant leur lait qu'ils pourvoient à leur subsistance et c'est sur des dromadaires qu'ils parcourent l'étendue du pays.
(Clément d'Alexandrie, Pédagogos 3,25, 1).176
Les jeunes, parmi les Arabes, destinés à porter les armes, sont des chameliers. Ils montent leurs chameaux même quand ceux-ci sont en grossesse. Ils se nourrissent et courent en même temps qu'ils portent leurs maîtres et leurs maisons avec. Et si ces barbares manquent d'eau, ils leur donnent leur lait même si eux-mêmes n'ont rien mangé ; ils n'épargnent même pas leur sang177, comme on le dirait de loups enragés. Ils sont plus tempérés de caractère que les barbares, ne devenant pas fous quand on les maltraitent, mais ils courent à travers le désert, courageusement, portant et nourrissant leurs maîtres.
Le " don d'Allah "178
(Corpus coranique d'Othman 16/5-7).
Les chameaux ont par lui été créés pour vous. Pour vous s'y trouvent vêture et utilités et nourriture dont vous mangez179 ; pour vous ils sont orgueil quand vous revenez le soir ou partez le matin ; ils portent vos fardeaux vers une contrée que vous n'atteindriez qu'avec peine180 . En vérité, votre seigneur est bienveillant et miséricordieux.
2. Description naturaliste du chameau.
L'animal permet aux auteurs de dresser un tableau aussi précis que pittoresque, et son étrangeté fascine leur public.
(Pline, Histoire Naturelle VII 26,1).181
On trouve les chameaux en troupeaux en Orient. (
) Toutes les espèces, comme le boeuf, n'ont pas de dents sur la mâchoire supérieure. Ils sont tous employés comme bête de somme, portant des charges sur son dos, et ils peuvent aussi servir de cavalerie de combat. Leur vitesse est la même que celle du cheval mais leur capacité à porter est proportionnée pour chacun à leur force physique (
). Le chameau a une antipathie naturelle pour le cheval182. Il peut endurer la soif pendant quatre jours, et quand vient la possibilité de boire, il boit à la fois pour sa soif passée et celle à venir. (
) Ils vivent cinquante ans et certains atteignent les cent ans. Ces animals sont aussi sujets à des coups de panique.
Caractéristiques du chameau.
(Jahiz, Livre des Animaux VII 43-4, V 432, VII 22, III 434).183
Le chameau184 pénètre dans un marais couvert de végétation ou dans une prairie. Parmi les végétaux, il en est qui sont pour lui comestibles, d'autres qui sont un poison, tout particulièrement en ce qui le concerne; d'autres, enfin, sont tout à fait neutres, ni nutritifs, ni nocifs. Pour se nourrir, il va rechercher telle plante, à tel moment, telle autre à tel autre moment ; tour à tour, l'oseille sauvage185 ou les ronces186 . Parmi ces végétaux, il y en a dont se nourrissent d'autres espèces ; il ne s'en approche pas, même si elles ne lui sont pas hostiles et ne sont pas dangereuses pour lui. Il reconnait certaines à la vue et non à l'odeur, à la différence d'autres qu'il ne reconnaît que par l'odorat. Parfois, le chameau confond et mange, par erreur, de l'aconit187, comme les onguligrades188 le font du laurier-rose189 .
La chamelle190 comprend ce que signifie l'injonction hal et le chameau, la signification de hâh. Le poète en rajaz, pour ridiculiser un homme stupide, a dit:
" Il lance à la chamelle l'injonction réservée au chameau! " .
Quand le chameau est envahi par les tiques191, il s'oppose à ce qu'on le musèle. Si on le débarrasse quelque peu de ces parasites, il en éprouve plaisir et soulagement ; il devient plus docile et le chamelier peut alors seulement lui passer la muselière par la tête.
" Tu es plus sot qu'un poulain ou un chamelon de printemps192, fit-on remarquer à un bédouin. - Sot, lui, répondit-il ? Par Allâh, il est docile, ne se met jamais à l'écart, suit constamment sa mère, tantôt il se penche sur une mamelle tantôt vers une autre. Il sait que lorsqu'elle blatère, elle lui signifie son affection et sa tendresse. Où est donc sa sottise ? "
Les éleveurs de chameaux recherchent des Nubiens, des Barbarins et des Byzantins193 pour s'occuper des bêtes. Ils apprécient ia compétence qu'ils montrent à les nourrir et, de leur côté, les chameaux apprécient d'être pris en charge par eux. Pourtant, bizarrement, si les Byzantins savent s'occuper des chameaux dans le désert, dès que ces derniers passent dans leur territoire, ils périssent.
3. L'affection des chameliers.
L'animal est le point de départ d'un développement métaphorique virtuose: la monture du poète devient aussi une ville, une femme et le monde. Ce morceau poétique est typique de l'expression dense et haletante des anciens Arabes.
(Tarafa, Muallaqat ).194
je la fouette sur la robe rayée du grand chemin elle a les chairs aussi denses qu'un mâle, elle trotte comme l'autruche accourt au-devant du chauve cendreux, elle défie à la course les plus racées ses canons se poursuivent sur la piste domptée.
Elle a passé le printemps sur les deux collines parmi des chamelles aux pis allégés à brouter des parterres que ranime sur les meilleurs sols la seconde pluie de l'année.
Elle revient à l'appel guttural du chamelier, mais se protège avec son porte-houppe des terreurs d'un noirâtre au pelage feutré, on dirait que deux ailes d'aigle blanc l'escortent rivetées de part et d'autre à l'attache de sa queue et tantôt elle en fouette par-derrière mon compagnon et tantôt ses mamelles taries comme une outre fripée.
Son entrecuisse est si parfait de chairs qu'il rappelle un porche monumental et lisse ses côtes se maçonnent à ses vertèbres en arceaux
l'intérieur de son cou s'emboîte sur un dos à étages, on dirait que le flanquent deux gîtes sous un jujubier sauvage et que les cintres s'en recourbent pour lui renforcer le dos ses jarrets se délient puissamment l'un de l'autre comme si elle emportait les deux seaux d'un énergique puisatier.
On dirait d'une voûte que son propriétaire romain se serait juré de coffrer jusqu'à faire tenir sa bâtisse de briques
195 Rousse barbiche, dos résistant longue foulée de l'arrière, balancement des antérieurs des avant-jambes au toron dur et recroisé des avant-bras se croisant en ogive
elle s'incline de biais en courant véloce, la tête grosse, les épaules remontant d'une poussée continue.
Les traces des sangles sur ses flancs ressemblent à des creux d'eau sur la roche lisse d'un plateau de pierrailles convergentes et parfois distinctes comme des empiècements plus clairs sur une tunique déchirée, son long col érectile une fois dressé devient le gouvernail d'une barge remontant le Tigre196 ; son crâne, pareil à un sommet l'attache en tient par une pointe aussi dure qu'une lime ; sa joue: un parchemin syriaque197 ; ses lèvres: un cuir yéménite à la découpe sans bavure ses yeux : deux miroirs blottis dans les grottes d'un frontal de rocher (
) Frémissante et vivace, légère et ramassée dense comme le silex dont on martèle une dalle ; nez percé mufle tendre. La noble bête chaque fois qu'elle en touche le sol accélère si je veux elle baisse l'allure et si je veux la force, par crainte des lacis d'une dure lanière et si je veux sa tête se met à hauteur du pommeau et la voici nageant des avant-bras au rythme d'une autruche.
(Harith ibn Hilliza, Muallaqât ).198
En enfourchant une chamelle rapide comme une autruche longue et cambrée qui ne connaît que les déserts, et qui, pleine de frayeur, entendrait, à la nuit tombante, s'approcher la voix lointaine des chasseurs.
Ses pieds, enfrappant la terre, soulèvent une fine poussière.
Et le désert, derrière elle, se hâte d'engloutir ses pas.
Je la monte, en pleine fournaise, à l'heure où d'autres que moi, accablés par la chaleur, titubent comme des chamelles aveugles.
Lanimal à découper et à dévorer.
(Bukhari, Sahih 57, 1).
Hadith relaté par Ali.
" Javais une chamelle réformée, ma part du butin à Badr. Le prophète mavait par ailleurs donnée une autre chamelle réformée, prélevée sur le quint. Lorsque je mapprêtais à me marier avec Fatima, la fille de lenvoyé dAllah, je métais arrangé avec un orfèvre des Banu Qaynuqa pour quil vienne avec moi cueillir de lidhikhr. Je voulais le vendre aux orfèvres et maider de la sorte à faire face aux dépenses de la noce. Tandis que je ramassais lidhikhr, emplissais et attachait avec des cordes des ballots pour être portés par mes chamelles réformées, celles-ci étaient baraquées à côté dune cabane qui appartenait à un homme des ansar. Après avoir cueilli ce que je voulais cueillir, je constatai en revenant que les bosses de mes chamelles réformées avaient été coupées, les bêtes ayant été éventrées et partie de leur foie disparu. Je ne pus empêcher mon il de pleurer à ce spectacle. Javais dit . Qui a fait cela ? On avait dit . Cest luvre de Hamza ibn Abd el-Muttalib, présentement en compagnie dançars en train de senivrer dans telle maison.
Je courus chez le prophète, auprès duquel se trouvait Zayd ibn Hàritha. Le prophète vit à lexpression de mon visage ce qui métait arrivé. Le prophète ma dit:
-Quas-tu ?
Jai dit .
-Envoyé dAllah, je nai jamais vu un jour comme celui-ci ! Hamza a occis mes chamelles, coupé leur bosse et ouvert leur flanc. Il est à tel endroit, dans une maison où il sadonne à la boisson en compagnie. Le prophète demanda à ce quon lui apportât ses habits puis il shabilla et sélança. Il marcha, suivi de Zayd ibn Hàritha et de moi-même, jusquà la maison où se trouvait Hamza. Il demanda la permission dentrer, qui lui fut accordée. Il vit quils y étaient en train senivrer.
Lenvoyé dAllah avait reproché à Hamza ce quil faisait. Celui-ci était ivre et avait les yeux rougis. Après avoir toisé lenvoyé dAllah, son regard allant des genoux au visage puis du nombril au visage, Hamza dit .
- Nêtes-vous pas les esclaves de mon père ?
Lenvoyé dAllah ne douta plus quil était ivre. Il sortit à reculons et nous sortîmes avec lui.
4. Profession chamelier.
Il ne faut pas oublier que Muhammad a passé la première moitié de sa vie comme obscur chamelier, simple employé d'une entreprise de commerce au long cours, dirigée par une femme. Il n'a pas été le seul durant des siècles, mais c'est lui qui est sans doute le chamelier le plus célèbre de l'Histoire, même s'il préfère se présenter comme un berger, pour des raisons de stricte propagande.199
Adage de chamelier
(Bukhari, Sahih 76/ 505).200
J'ai entendu l'apôtre d'Allah dire :
- Les gens sont comme les chameaux : sur plus de cent, difficile d'en trouver un que l'on puisse monter.
Le bâton du chamelier
Muhammad emploie pour paraphraser un épisode biblique un terme intéressant, qui trahissait sa profession véritable: au lieu d'utiliser le mot " sceptre ", il emploie celui de " bâton de chamelier ", ustensile indispensable et quotidien201 .
(Corpus coranique d'Othman 34/13).
Quand nous eûmes décrété la mort de Salomon, les djinns n'eurent indication de sa mort que parce que la bête de terre202 rongea le sceptre203 sur lequel s'appuyait Salomon.
(Bukhari, Sahih 18/94).
Le prophète prescrit le calme au moment du dévalement. Il y invitait les fidèles en faisant un geste avec son fouet.
ibn Abbâs rapporte qu'il dévala avec le prophète le jour de Arafa. Entendant derrière lui une violente bousculade et les coups qu'on donnait aux chameaux, le prophète fit un geste avec son fouet disant :
-" Ô fidèles, du calme ! la piété ne consiste pas à forcer sa monture."
Les chamelles de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Il avait trois chamelles de course, qui lui servaient de montures : l'une, appelée Qaswa, avait été achetée par Abu Bakr, à la Mecque, et avait été préparée par lui pour l'Hégire. Dans la nuit où ils sortirent de la caverne, Abu Bakr la présenta au prophète, qui voulut la lui acheter. Abu Bakr dit:
-Je te la donne pour rien.
- Je veux en payer le prix, répliqua le prophète.
Abu Bakr dit:
- Apôtre d'Allah, je l'ai payée huit cents dirhams.
Le prophète la lui acheta quatre cents dirhams; il la monta et vint ainsi à Médine. L'autre chamelle était nommée Jadâ; elle avait les oreilles coupées. La troisième portait le nom d'Adhbâ; elle avait les bouts des oreilles coupés. Outre ces trois chamelles, le prophète possédait vingt chamelles de lait, dont dix étaient conduites chaque jour au pâturage et ramenées le soir; les autres restaient près des maisons des neuf femmes du prophète, qui les faisaient traire et recevaient le lait; on en faisait traire une autre pour le prophète. Les noms de ces chamelles étaient : Hasnâ, Samrâ, Arîs, Sadiyya, Bagum, Yasîra, Rayyâ, Jamâ, Barda et Shaqrâ. Cette dernière était celle du prophète. Outre ces vingt chamelles, qu'on ne montait jamais et qui étaient élevées seulement pour le lait, le prophète possédait un grand nombre de dromadaires, sous la garde de cet esclave qui fut tué par les Bédouins.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 228).
Anas raconte quune personne avait demandé à lenvoyé d'Allah un transfert de bien. Lenvoyé d'Allah avait répondu:
-Le petit de la chamelle te sera donné.
La personne a dit:
-Que dois-je faire avec le petit de la chamelle, ô envoyé d'Allah?
Lenvoyé d'Allah répliqua:
-Chaque chameau est le petit dun chameau.
Les chameliers.
(ibn Khaldun, Muqaddima II 2).204
Ceux qui vivent de l'élevage des chameaux se déplacent davantage et pénètrent plus avant dans le désert. En effet, les pâturages, les plantes et les arbres des collines peuvent pas remplacer les arbustes et l'eau salée du dé, dont le chameau a besoin pour son équilibre. En outre, le chameau doit revenir en hiver aux régions désertiques pour fuir les rigueurs du froid et retrouver une température plus clémente, et les chamelles doivent mettre bas dans les sables. Car, de tous les animaux, cefles-ci ont l'accouchement le plus difficile et ont le plus besoin de chaleur. Les chameliers sont donc obligés d'aller très loin à la recherche du fourrage. Souvent, repoussés par les milices hors du pays des collines, ils s'enfoncent encore plus avant dans les déserts pour échapper à la justice et éviter d'actes punis pour leurs actes d'agression. Ils apparaissentainsi comme les hommes les plus farouches. Comparés habitants des villes, ils sont des fauves indomptables des bêtes féroces.
Réglements de comptes entre chameliers.
Les troupeaux de chameaux sont à l'origine de nombreuses guerres tribales, et de punitions expéditives, avant et après l'islam. Quand il s'agit de défendre son troupeau, Muhammad innove dans le sens de l'atrocité. D'ordinaire, ces affaires se règlaient par la négociation. Mais dans le cas présent, les voleurs avaient associer le larcin à l'apostasie, qui est inexcusable, du point de vue musulman
(Muslim, Sahih 16/ 4130).205
des gens appartenant à la tribu d'Urayna vinrent voir le messager d'Allah à Médine et ils trouvèrent le climat malsain ; alors le messager d'Allah leur dit:
- Allez boire l'urine et le lait des chameaux de Sadaqa206.
Ils le firent et allèrent mieux. Puis ils tombèrent sur des bergers, les tuèrent et prirent les chameaux du prophète. La nouvelle vint au messager d'Allah qui envoya des hommes à leur recherche et ils furent amenés devant lui. Il leur fit couper les mains, les pieds, enlever les yeux et les fit jeter sur un sol de pierre jusqu'à ce qu'ils meurent.
5. L'animal sacré.
Un animal omniprésent et vital pour l'homme finit par acquérir un statut supérieur, surnaturel et sacré. Il est là, dans les rites des religions arabes dans l'islam et dans la compilation coranique, trônant, majestueux en dépit de sa laideur. Il est sacrifié dans les rituels les plus importants, notamment ceux de la Mecque:mais la transformation musulmane du pèlerinage a modifié le choix des victimes.207
Le choix rituel des animaux
(Bukhari, Sahih 60, 147).
Bahira est une chamelle dont le lait est gardé pour les idoles et personne n'est autorisé à la traire.
Sayba est une chamelle qu'ils laissent libre pour leurs dieux et elle ne doit rien porter. (
) Wasila est une chamelle qui donne naissance à une chamelle la première fois, puis une autre la deuxième fois. Les gens laissent cette chamelle libre pour les idoles si elle donnait deux chamelles sans chameaux entre les deux.
Hami est un chameau qui sert à la reproduction. Quand il a fini le nombre de saillies208 qui lui sont assignées, on le laisse libre pour les idoles, et on l'exhonère de tout fardeau, et on l'appelle hami.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 32 d).209
L'un de ses fidèles210 vint un jour avec un certain nombre de chameaux pour les consacrer à l'idole et obtenir ainsi sa bénédiction. Or, lorsqu'il approcha les chameaux du rocher, ils furent effarouchés et, courant de tout côté, ils se dispersèrent.
(Bukhari, Sahih 80/4,2).
D'après Anas, l'envoyé d'Allah a dit:
-Allah est plus heureux du repentir d'un de ses adorateurs que l'un d'entre vous ne l'est quand il retrouve son chameau alors qu'il l'a perdu dans le désert.
La chamelle de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1784).211
Al Qaswa était une chamelle des Banu al Harish et a été acheté avec d'autres chameaux par Abu Bakr pour 800 dirhams212.
Le messager d'Allah l'a acheté à Abu Bakr pour 400 dihrams, et il est resté à lui jusqu'à sa mort. C'est le chameau avec lequel il émigré. Quand il est arrivé à Médine, il avait sept ans. Son nom était al Qaswa, al Jada, al Adba. (..) elle avait les oreilles fendues213.
(ibn Sad, Tabaqat I/132).214
J'ai vu la révélation lui venir215 alors qu'il était sur sa chamelle, et celle-ci mugissait et se tordait les jambes de sorte que je craignais qu'elles ne se rompent. Parfois, elle s'asseyait et parfois elle restait debout, les jambes fichées comme des pieux, jusqu'à la cessation de cet état, et cela à cause du poids de la révélation ; et alors la transpiration lui traînait en perles.
La chamelle sacrée.
(Corpus coranique d'Othman 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l'apôtre d'Allah leur dit:
- Ne touchez pas à la chamelle d'Allah, ni à son lait216.
Les Thamud le traitèrent d'imposteur et sacrifièrent la chamelle. Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.
Sur le chameau
M. Tamisier, Voyage en Arabie.217
Pour les guider, on se sert d'un simple licou. On perce les narines de ceux qui ne sont pas très dociles ; on y passe un anneau en métal, où l'on attache un cordon: celui qui les monte le tient à la main, et, au moindre mouvement, ils exécutent la volonté de leur cavalier. Cet animal est doué de moeurs extrêmement douces : il s'attache aisément à son maître ; mais il n'aime pas à en être battu injustement. Si ou le frappe sur la tête, c'est vouloir le tuer, et sur les épaules, le ruiner: il a cette partie du corps extrêmement sensible, et le simple frottement du pied de l'homme qu'il porte suffit pour le châtier lorsqu'il commet quelque faute. On peut lui donner de temps en temps des coups de kurbash218 , mais toujours avec ménagement. Le dromadaire est généralement disposé à marcher selon le désir de son maître ; lorsqu'on le presse trop, il redouble de vitesse et prend tout l'essor dont il est capable - si dans ce moment on le frappe, il fait un nouvel effort, et continue sa marche jusqu'à ce qu'il succombe d'épuisement ; ou bien, dégoùté par les coups qu'il reçoit, il se couche sans vouloir se relever, et tâche de mordre si on l'irrite davantage. Lorsque les hajjin219 sont bien lancés, ils courent les uns avec la tête relevée ; d'autres, au contraire, l'abaissent jusqu'à effleurer le solces derniers sont en général plus solides à la marche. Quelques-uns ont la mauvaise habitude de s'agenouiller tout à coup au plus fort de leur course, et si celui qui les monte n'est pas un fin cavalier, il fait une culbute de vingt ou trente pieds qui n'est jamais sans danger.
Lorsqu'on marche dans le désert, terre de prédilection du hajjin, il faut éviter avec soin les trous à peine apparents formés par les fourmis, et contre lesquels il se casse les jambes s'il vient à s'y enfoncer. On sent facilement l'importance de cette précaution: un voyageur privé de sa monture dans un désert d'une grande étendue, est comme un marin dont le bâtiment sombre en pleine mer.
Le dromadaire, dont les murs sont si douces, devient terrible lorsqu'il est en rut. Il n'écoute plus le frein de son maître ; il se retourne contre lui, tâche de le mordre, et fait tous ses efforts pour le jeter à terre. Il demeure en cet état pendant tout le temps qu'il est amoureux. Le rut est appelé tum220 par les Arabes, parce que, pendant cette époque le dromadaire ne veut ni boire ni manger, et cela dure pendant une période de dix à douze jours au commencement du printemps.
A cette époque, une écume blanchâtre couvre ses lèvres et sa bouche, et il pousse des bramements lugubres. Les femelles, quoique amoureuses aussi, ne sont pas dans cet état ; cependant, généralement, elles ont plus de caprices et sont moins faciles à gouverner que les mâles.
Un individu bien exercé ne fait jamais agenouiller son dromadaire lorsqu'il veut le monter: il prend le pommeau de la selle avec une main, met un pied au-dessus du genou de l'animal, l'autre sur le cou, et de là il se place facilement sur le dos.
La selle s'étend depuis les épaules jusqu'aux hanches, elle est fixée par deux courroies qui sanglent le ventre. Au milieu on laisse la place pour la bosse, qu'on ne tond jamais, afin qu'elle puisse mieux résister au frottement ; car, une fois blessé, cet animal ne se guérit pas facilement, et il lui faut plusieurs mois de repos pour si peu que la plaie soit considérable.
Les Arabes considèrent le chameau comme un des plus grands bienfaits du ciel ; ils comprennent parfaitement que sans lui leur pays serait inhabitable: lui seul est chargé de transporter au loin la fortune et la famille errante de son maître ; il l'accompagne jusque sur le champ de bataille, et le soustrait souvent à une mort presque certaine. Par son infatigable activité, il est le soutien d'une infinité de familles qu'il entretient dans l'abondance, et qui le regardent comme un second père, puisque c'est à son travail et à sa sobriété qu'elles doivent leur bonheur. Aussi l'Arabe reconnaissant ne considère pas le chameau comme un animal esclave, dont. il peut user qu'abuser à volonté ; il voit en 1ui un ami, et un ami qu'il vénère au point qu'il le fait participer, à certaines pratiques religieuses que le prophète a imposées aux vrais croyants.
A cette occasion, je citerai un usage relatif à l'accouplement du mâle et de la femelle. On sait que les musulmans se considèrent comme souillés après s'être approché d'une femme, jusqu'à ce qu'ils se soient purifiés: par une ablution ; eh bien! Les Bédouins croiraient manquer à un devoir religieux si, dans ne circonstance semblable, ils ne jettent pas de l'eau ou du sable sur les organes, génitaux de leurs chameaux ; il en est même qui poussent le préjugé plus loin, en enveloppant le couple avec une toile pendant l'accomplissement de l'acte générateur, et ceux qui sont allés seulement en Égypte peuvent en avoir été témoins.
§ 21. Le cheval.
L'animal est considéré comme un objet de luxe221, avant tout, superbement évoqué par les poètes. Il est le symbole par excellence de l'aristocratie, et suscite pour cela la suspicion de Muhammad. Mais avec le début de l'aventure musulmane, il devient un véhicule de combat et un instrument de la conquête, de plus en plus important222 et qui l'élève au rang de véritable mythe: le célèbre " pur-sang arabe ".On assiste en effet, avec la montée en puissance des troupes musulmanes, d'équipant sur les dépouilles de leurs adversaires, un passage progressif du chameau au cheval, dans la " cavalerie d'Allah ". Le chameau est réservé alors au transport du butin, de plus en plus imposant. C'est peut-être un changement tactique essentiel qui explique , en partie du moins, le succès considérable des invasions arabes au VIIème siècle.
Le chef primitif lui-même préfère voyager à dos de mules223, quand il délaisse ses chamelles: il laisse les chevaux aux jeunes guerriers.
(Dawud, Hadith 14/2540).224
L'envoyé d'Allah avait l'habitude d'appeler une jument comme un étalon.225
Un chevalier rapide.
(Kitap al Aghani XIII 233-4).226
Selon une information de Muhammad ibn al-Hasan, à lui venue de Awf ibn al-Hârith al-Azdi par trois relais :
Awf demanda à son fils Hâjiz :
- Dis-moi, fils, quand as-tu couru le plus vite ?
- Le jour où les Khatham m'ont terrorisé et que je me suis lancé par élans successifs. Et quand les chevaux m'ont fait peur : deux gazelles m'encombraient; en vain les repoussais-je avec les deux mains de ma route, elles m'empêchaient de les gagner à la course tant la sente était étroite, cela jusqu'à ce qu'elle s'élargît; alors nous fûmes au large, et je pus les devancer.
- Y en a-t-il un autre qui t'égale à la course ?
- Je n'ai vu personne le faire, sauf Ataylis Ughaybir des Nuqûm. Si nous courons ensemble, je ne puis le gagner.
(Bukhari, Sahih 56/51).
D'après ibn Omar, l'envoyé d'Allah assigna au cheval deux parts de butin et à son maître une part227.
Les chevaux de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Le prophète avait sept chevaux, qui, selon la coutume des Arabes, portaient chacun un nom. L'un de ces chevaux était appelé Sakb. Le prophète l'avait acheté à un bédouin des Banu Fazâra. C'est le cheval qu'il montait à Ohod, où il n'y avait que deux chevaux: Sakb, celui du prophète, et Mikwâh, celui d'Abu Burda. Un autre avait le nom de Murtajiz; c'était un cheval pur sang, acheté à un Arabe des Banu Murra. Le troisième avait le nom de Lizâz; il avait été envoyé au prophète par Moqawqas. Le quatrième, nommé Lahîf, avait été envoyé par le chef arabe Rabîa ibn Abu Barâ. Le cinquième, Zharib, avait été donné par Farwa ibn Amir, des Banu Judhâm, l'un des princes arabes. Le sixième, Ward, venait de Tamîm al Dâremî; le prophète le donna à Omar. Le septième portait le nom de Yasub.
Poème pour une jument.
(Hubayrah ibn Abd Amnaf).228
Ode à sa jument, Sauterelle.
Les Banu Jusham ibn Bakr m'ont demandé si Sauterelle avait une tache blanche éclatante sur le front, ou si elle était toute blanche.
et le coursier qui se précipite sur eux, portant sur son dos le vieux guerrier blessé, comme un lion.
Quand sa charge l'a portée à travers leurs rangs, elle revient à la charge, et les lances la retiennent et elle ne peut plus avancer.
Trois de ses pattes sont semblables, un rond blanc au niveau du paturon, tant qu'une patte est de couleur unie.
Elle est bai229 , d'une couleur bien assurée, alors que la couleur de shirf230 dans laquelle le cuir est teint doit être imprégnée une seconde fois.
L'entretien du cheval.
(Bukhari, Sahih 56/45).231
Abu Horayra a dit: le prophète a dit:
-Celui qui fait donation perpétuelle d'un cheval dans la voie d'Allah, par un effet de sa foi en Allah et de sa confiance en ses promesses, verra mettre en sa faveur dans la balance, au jour de la résurrection, la nourriture, la boisson, le crottin et l'urine de ce cheval.
Sacrifice de cheval.
(Bukhari, Sahih 72/24, 1-3).
Hisham ibn Urwa a dit: Ma femme Fatima bint al Mundhir rapporte que Asma a dit:
- Au temps du prophète, nous avons saigné un cheval au défaut de l'épaule et nous l'avons mangé232.
Au temps de l'envoyé d'Allah, pendant que nous étions à Médine, nous avons coupé les deux carotides d'un cheval, et nous l'avons mangé.
Au temps de l'envoyé d'Allah nous avons saigné un cheval au défaut de l'épaule et nous l'avons mangé.
§ 22. Le bétail.
Les sources littéraires et épigraphiques évoquent sans cesse les troupeaux233: c'est le capital de la tribu, l'assurance de la survie, et la fierté de la famille. Si une maladie, un fauve ou un pilleur s'empare des moutons ou des chameaux, le groupe peut disparaître. Il est donc sensible aux thèmes eschatologiques.
1. Les animaux domestiques.
Le milieu géographique oblige les populations à concentrer toutes leurs activités autour de leur bétail, le plus diversifié possible, qui peut exploiter les maigres ressources de la steppe et du désert: chameaux, moutons, chèvres, essentiellement. Au cours de l'activité de Muhammad, les mentions de prises de troupeaux montrent à quel point l'élevage est essentiel à cette région.
(Bukhari, Sahih 3/ 28).
D'après Zayd ibn Khalid al Juhani, un homme interrogea le prophète au sujet des objets trouvés.
-Regarde bien, répondit-il, le cordon de l'objet trouvé - ou sa bourse - et aussi son enveloppe. Puis, pendant un an, annonce ta trouvaille ; après quoi fais usage de la chose. Toutefois si son propriétaire vient te trouver, remets-lui l'objet.
-Et s'il s'agit d'un chameau égaré? demanda l'homme.
A ces mots le prophète entra dans une telle fureur que ses joues - ou son visage, suivant une autre version - devinrent cramoisies.
- Qu'as-tu à t'occuper de cetf animal, s'écria-t-il ; il a en lui une réserve de boisson ; il a des pieds, rien ne l'empêche d'aller à l'abreuvoir et de brouter des plantes. Laisse-le donc en sorte qu'il rejoigne son maître234.
- Et si l'animal égaré est un mouton, ajouta l'homme.
- Alors, répondit le prophète, il sera à toi, à ton frère ou au loup.
Les chèvres de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Il avait encore sept chèvres, qu'une femme, nommée Umm Ayman, faisait paître le jour et qu'elle ramenait chaque soir, où l'on avait soin de les traire. Les noms de ces chèvres étaient : Ojwa, Zemzem, Saqbâ, Barka, Itlâl, Itrâf et Darsa.
Les mules et les ânes de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Le prophète possédait trois mules de selle. L'une, envoyée par Muqawqas235 , était nommée Duldul. C'était la première mule qu'on voyait en Arabie, car les Arabes ne connaissaient ni l'usage des mulets, ni la manière de les produire. Une autre mule, grise, donnée par le Négus, portait le nom de Shahbâ. La troisième était blanche et était appelée Fiddha; elle avait été envoyée par Farwa ibn Amir. Le prophète la donna à Abu Bakr. Il avait en outre deux ânes, Ufayr et Yafur; l'un avait été envoyé par Moqawqas236 , l'autre par le Négus.
Les animaux d'élevage dans le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 16/8).
Il a créé le cheval, le mulet, l'âne pour que vous les montiez et comme apparat
Les moutons arabes
(Hérodote, Histoires III 113).
Il y a dans ce pays deux espèces de moutons assez extraordinaires et qu'on ne voit nulle, part ailleurs: les uns ont une longue queue, de trois coudées pour le moins ; si on laissait les bêtes la traîner sur le sol, le frottement, y provoquerait des ulcères, mais tout berger sait travailler le bois, assez dur, moins pour confectionner un petit chariot qu'il attache sous la queue de la bête, en liant la queue sur le chariot. L'autre espèce a une large queue, qui peut même en largeur atteindre une coudée.
(Dawud, Hadith 14/2551).
Il est interdit de monter un animal qui mange ses propres excréments237.
2 Les éleveurs.
Les textes arabes aiment à comparer les mérites des agriculteurs et des éleveurs, aux intérêts contradictoires et aux moeurs différentes. L'un et l'autre groupe nourrissent de solides préjugés réciproques, dont les dits mohammédiens se font l'écho.
(Bukhari, Sahih 54/ 520).238
L'apôtre d'Allah a dit :
La principale source de l'incroyance est à l'est239. Orgueil et arrogance sont les caractéristiques des propriétaires de chevaux et de chameaux, ces bédouins s'occupent de leurs chameaux et ne s'intéressent pas à la religion ; alors que la modestie et la douceur sont les caractéristiques des propriétaires de moutons240.
(Bukhari, Sahih 59/15, 1-2).
L'envoyé d'Allah a dit:
-Il est proche le temps où la meilleure fortune pour l'homme sera la possession d'un troupeau de moutons, qu'il mène paître sur les cimes des montagnes, dans les lieux arrosés par la pluie ; il fuira ainsi avec sa religion loin des troubles241 .
L'envoyé d'Allah a dit:
-La tête de l'infidélité se trouve en Orient242 ; l'orgueil, la présomption se recontrent chez les possesseurs de chevaux et de chameaux, à la voix rude, qui habitent les tentes de poils ; la paix243 existe chez les possesseurs de moutons.
Bergers et bergères.
(Bukhari, Sahih 67/90)244
le prophète a dit :
- Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Le prince est un berger ; l'homme est un berger vis-à-vis de ceux qui sont sous son toit ; la femme est une bergère pour la maison de son mari. Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau.
(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 283).245
Selon ibn Omar, le prophète a dit :
- Vous êtes tous des bergers et vous êtes tous responsables de l'objet de votre garde. Le chef est un berger, l'homme est le berger de sa propre famille, la femme est la bergère de la maison de son mari et de ses enfants. Vous êtes tous bergers et vous êtes tous responsables de l'objet de votre garde .
Le chantage sur le peuple des Hawazin
(Bukhari, Sahih 64/54,5).
Marwan et El Miswar ibn Makhrama racontent que l'envoyé d'Allah se leva lorsque la députation des Hawâzin, devenus musulmans, vint le trouver, comme les Hawazin demandaient qu'on leur rendit leurs troupeaux et leurs captifs, l'envoyé d'Allah leur répondit :
- J'ai avec moi les fidèles que vous voyez, et quand je parle j'aime par-dessus tout dire la vérité. Choisissez donc l'un de ces deux partis: Ou vos captifs, ou vos troupeaux246. Je vous ai attendus (avant d'en disposer).
Le prophète avait en effet attendu leur venue pendant dix et quelques jours après son retour de Ta'if. Quand ils virent que l'envoyé d'Allah, ne leur rendrait que l'une des deux choses, ils déclarèrent qu'ils optaient pour les captifs. Alors l'envoyé d'Allah se leva au milieu des musulmans ; il loua l'envoyé d'Allah autant qu'il en est digne et, passant au fait, il dit:
- Nos frères sont venus à nous pleins de repentir, aussi j'estime que je dois leur rendre leurs captifs. Que ceux d'entre vous qui veulent accepter cette restitution sans indemnité, le fassent. Quant à ceux d'entre vous qui désirent jouir de leur butin, mais qui acceptent que je les en indemnise sur le premier butin que Allah fera tomber entre nos mains, qu'ils le disent.
Les fidèles répondirent à la fois :
- Ô envoyé d'Allah, nous acceptons la restitution sans indemnité.
-Je ne puis savoir ainsi, reprit le prophète, ceux qui acceptent et ceux qui n'acceptent pas. Rentrez chez vous, et vos chefs me feront connaître votre décision.
Les fidèles rentrèrent chez eux, où leurs chefs les consultèrent, et revinrent ensuite trouver l'envoyé d'Allah et lui annoncèrent que tous accepteraient la restitution sans indemnité.
- Tel est, dit ibn Shihab, ce que j'ai appris au sujet des captifs des Hawazin247.
La concurrence entre nomades et sédentaires.248
(ibn Sa'd, Tabaqat I 18).
(Muhammad) a dit:
- Adam avait quatre enfants, deux couples de jumeaux, fille et garçon. La soeur née avec le paysan était jolie et l'autre, née avec le berger, était laide. Alors le paysan a dit:
- J'ai des droits sur elle.
Le berger répliqua:
- Non! Moi j'ai des droits sur elle.
- Honte à toi! Tu veux la préséance à cause de sa beauté. Allons, faisons chacun une offrande. Si ton offrande est acceptée, tu auras les droits sur elle, si c'est la mienne, c'est moi.
Les deux firent des offrandes. Le berger offrit un bélier blanc avec de grands yeux, des cornes puissantes, alors que le paysan apporta de la nourriture. Le bélier fut agréé et fut gardé dans le paradis pour quarante automnes et c'est ce bélier qui a été sacrifié par Abraham.249
Le paysan dit alors:
- Je vais te tuer!
Le berger dit:
- Même si tu étires ton bras pour m'atteindre, je n'étirerai pas mon bras pour te tuer. Je crains Allah, seigneur des mondes. Je préfère que tu portes la punition de ce péché fait contre moi et ton péché, et que tu résides chez les propriétaires du feu. " C'est la résidence des méchants "250 .
Alors l'autre le tua.
3. Les produits de l'élevage.
Ce sont des produits précieux et peu imposants, qu servent dans les échanges avec les populations sédentaires: lait, viande, cuir, laine
Le lait
(Muslim, Sahih 18/4284).251
L'envoyé d'Allah a dit:
- Personne parmi vous ne doit tirer le lait de l'animal d'un autre sauf avec sa permission. Aimez-vous que votre maison soit dévastée, que les poutres soient brisées, et le garde-manger déplacé? Vraiment, les trésors qu'on tire de ceux qui gardent des animaux sont les mamelles des animaux qui les nourissent. Personne d'entre vous ne doit tirer le lait d'un animal appartenant à un autre.
Métaphore intestinale.
(Malik, Muwatta 49/ 10).252
Le messager d'Allah avait donné l'hospitalité à un infidèle. Le messager d'Allah ordonna qu'on amène une brebis et elle fut traite. Il but son lait. Une autre vint et il but son lait. Une autre encore, jusqu'à ce qu'il ait bu le lait de sept brebis. Le matin, il était devenu musulman. Alors le messager d'Allah ordonna d'amener une brebis pour lui. Elle fut traite et il but son lait. Il en demanda une autre pour lui et il ne put finir le lait. Alors le messager d'Allah dit :
- Le croyant boit avec un seul intestin, l'infidèle boit avec sept intestins253.
(Corpus coranique d'Othman 16/68).
En vérité, vous avez certes un enseignement dans vos troupeaux !254
Nous vous abreuvons d'un lait pur, exquis pour les buveurs, venant de ce qui, dans leurs ventres, est entre un aliment digéré255 et du sang.
Le poil et la peau.
(Corpus coranique d'Othman 16/82).
Allah vous a procuré, dans vos tentes, un lieu habitable.
Il vous a procuré, dans la peau de vos troupeaux des tentes que vous trouvez légères le jour où vous vous déplacez ou le jour où vous vous fixez.
Il vous a procuré, dans leur laine, leur poil ou leur crin des effets et des objets d'une certaine durée.
La viande.
(Bukhari, Sahih 64/12, 2).
lorsque Abu Sayd ibn Malik al Khodri revint d'expédition, sa femme lui présenta de la viande qui venait des sacrifices.
- Je ne mangerai pas de cette viande, s'écria t-il, avant de m'être renseigné.
Il se rendit alors chez son frère utérin, Qutada ibn en Numan, qui avait assisté à Badr, et il lui posa la question.
- Il est survenu, répondit-il, une décision infirmant la défense256 de manger de la viande provenant des sacrifices après trois jours de leur durée.
§ 23. La faune sauvage.
Le désert n'est pas vide pour tout le monde et un oeil exercé y décèle la présence de nombreux animaux, minuscules ou plus imposants257. Les questions relatives à la chasse de ses animaux peuvent devenir vitales, quand les communautés humaines connaissent des périodes de disette.258
Il faudrait aussi ajouter à ce monde animal toutes les créatures imaginaires que le bédouin espère ou craint de rencontrer.259
Faune et gibier du désert.
(C. Doughty, Voyages dans l'Arabie Déserte).260
Ne se nourrissant que de laitage, les Arabes sont toujours bien aises d'avaler ne fût-ce qu'une bouchée de petit gibier. Outre le lièvre du désert, que les rahlas font souvent détaler sur leur passage, ils placent le thob261 par-dessus tout, qu'ici ils nomment plaisamment, " Maître Hamed, cheikh des animaux sauvages " et dont ils disent que c'est un être humain, zilla-mi, - c'est leur façon espiègle de sourire et de jouer - et ils en veulent pour preuve ses petites mains à cinq doigts. Ils ne mangent pas les paumes, ni les sept anneaux épineux postérieurs de la longue queue de cheikh Hamed, dont ils disent que c'est " de la chair humaine. " Il se nourrit surtout d'un odorant buisson du Najd, el arrafej. Son corps largement étalé et aplati, se termine par une queue traînante d'une longueur équivalente, où j'ai compté vingt-trois anneaux. Il est de couleur noirâtre et tacheté de vert, au-dessus d'un ventre jaunâtre et teme. De sa peau, les nomades font de petites gourdes à lait pour les bergers. Avec ses robustes mains, ce saurien homoncule se creuse un terrier sous le dur sol graveleux, où il passe tout l'hiver à rêver. Lorsqu'il a trouvé le trou de Hamed, le chasseur de thob, y enfonce un long roseau, garni d'un crochet en fer et il le ramène. On lui tranche la gorge et on jette sa carcasse, entière, sur la braise. Grillé de la sorte, ils considèrent que c'est un rôt délicat, son ennemi, mortel chez les animaux, " qui le mine et le dévore, est, disent-ils, le thurban ", dont je ne sais si c'est un animal vivant ou une créature fabuleuse. La jerboa ou rat sauteur262, est une petite créature blanche et éthérée des grands déserts sans eau, d'une pitoyable beauté. Ces créatures inférieures du désert passent toute la journée sous terre, elles ne boivent jamais. Les fejîr de ces régions mangent du hérisson, qu'ils appellent kunfuth, et abu shawk, " le père des piquants ", mais il est dédaigné par leurs voisins,bien qu'ils soient de la même souche annezi. Selim rapporta un hérisson qu'il avait assommé, il fit rôtir le " Piquant " sur la braise, le déchiqueta et en distribua des parts égales à tous. Je donnai de petits morceaux de celle qui m'échut à un lévrier famélique, mais après avoir flairé la viande, le chien la refusa. Lorsque par la suite je racontai cette histoire dans des tribus voisines, ils rirent avec malice de ce que les Fukara mangeaient ce dont les chiens ne voulaient pas. Tous les nomades mangent du porc-épic, et du wabbar. Ce dernier animal a le corps aussi épais que celui d'un gros lièvre, et ressemble au grand rat des Alpes. Ils vont ensemble par deux ou quatre, six, huit ou dix ensemble. On trouve le wabbar sur les piémonts des montagnes gréseuses, où il se nourrit d'herbe tendre, et des feuilles du gommier263, arbre auquel il grimpe avec agilité, en s'appuyant sur ses pieds palmés dépourvus de griffes. Les pattes antérieures ont quatre orteils, les pattes postérieures trois. Sa chair est grasse et tendre. On ne les voit pas s'asseoir sur l'arrière-train. Le pelage est gris, et semblable à la fourrure de l'ours.
Il est rare que des chasseurs nomades tuent un loup avec leur fusil, mais s'il en tombe un sous leurs balles, les Bédouins le mangent (on mangeait du loup dans l'Europe médiévale). Les Arabes prêtent des vertus médicinales à sa chair, " très bonne disent-ils pour les douleurs de jarret", qui sont très communes chez eux, qui vont jambes et pieds nus en toute saison. Zeyd avait mangé du loup, mais il concédait qu'il appartenait, à la race des chiens, " Hein, billah (me répondit-il), la mère du loup est la tante du chien. " Leurs lévriers attrapent souvent le renard, hosseni ; les fejîr en mangent. Sa chair est " tendre et vient tout de suite après celle du lièvre. " Ils mangeront même de la puante hyène, lorsqu'ils peuvent l'attraper, et ils en disent, " elle est bonne à manger. " Le bedan de montagne (la chèvre sauvage des Écritures264, pl. bedûn, waûl chez les Kahtân, comme en Syrie), fait partie du gros gibier du désert, mais il en tombe rarement sous les coups de fusil de ces pasteurs qui vivent sous la tente. Ses cornes massives atteignent une palme de large. J'en ai vu longues de deux pieds et demi. Elles croissent en arrière sur l'échine, jusqu'aux hanches. La bête est-elle forcée, qu'elle se jettera tête la première sur ses assaillants, les obligeant à reculer, ainsi que le relatent tous ceux, qui la chassent. Elle n'est pas de la même espèce que le bouquetin des Alpes en Europe. Les plaines sont le domaine de la gazelle, ghrazel, pl. ghrazlan. Les Arabes disent plus souvent thobbi (la tabitha du Nouveau Testament265). Dans les grandes plaines sablonneuses, elles sont blanches, et d'un gris bistré sur le noir Harra266 : ce sont les chevreuils des Ecritures267.
Il y a encore une noble créature sauvage des déserts d'Arabie, qui était jusqu'à maintenant inconnue chez nous, le wothihi ou " vache sauvage " déjà mentionnée. J'en ai vu plus tard un mâle et une femelle qui vivaient à Hâyll. C'est une antilope, Beatrix, parente des beaux animaux d'Afrique. Il ne semble pas que ce soit le " buf sauvage " de Moïse. Mais n'est-ce pas le (Hébr.) reem, l'unicorne des traducteurs de la Septante268. Ses cornes sont comme les fines verges dont nous avons vu, dans notre enfance, qu'elles représentaient " les cornes des unicornes ". Nous lisons dans la parabole de Balaam, " El269 les a fait sortir d'Égypte, et leur force est semblable à celle du reem270 " et dans la bénédiction des tribus par Moïse, " Les cornes de Joseph sont les deux cornes du reem " Le caractère opiniâtre de cette velox créature sauvage est tout particulièrement souligné dans Job : " Le reem voudra-t-il bien nous servir, et gardera-t-il le joug dans votre sillon. Il est dangereux de s'approcher d'un wothîhi blessé ; d'un coup de ses cornes acérées cette antilope peut transpercer le corps d'un homme. Les chasseurs attendent donc les derniers soubresauts de leur proie pour se précipiter et lui trancher la gorge. Attribuer une corne unique à un double front relève de l'obscurantisme monastique en matière de sciences naturelles ! Nous ne péchons pas moins par excès en donnant des ailes aux images païennes des dieux et des anges. Ils devraient avoir eux aussi deux paires de membres antérieurs ! Les wothîhi ne se rendent qu'aux chasseurs les plus acharnés : ils vont de compagnie dans le désert sans eau par troupes de trois et cinq ensemble.
Entre autres vermines, il y a maints serpents et vipères. Ces tribus de nomades ne mangent d'aucun. Le jelami est ce petit lézard brun du désert qui sursaute à chaque pas. Les scorpions se cachent sous les pierres fraîches. J'en ai trouvé dans ma tente, sur mes vêtements, mais aucun ne m'a jamais piqué. J'ai vu maints adultes et enfants en être mordus, mais la piqûre n'est pas dangereuse. On fait appel à un devin pour " lire " sur eux. La région blessée s'engourdit et palpite et elle est douloureuse jusqu'au troisième jour, mais il n'y a pas d'enflure notable. Nombreuses sont les cités, sous ces sables désertiques, de fourmis ramasseuses de graines. J'ai mesuré la longueur de certaines de leurs pistes enchevêtrées, elle était de quatre-vingt-cinq pas. Parcourir cette distance en toute hâte, et revenir chargés comme des chameaux, équivaut pour ces petits corps industrieux à un voyage d'une journée en été.
Parmi les autres grands prédateurs sauvages, le plus commun est la thubba, la hyène. Vient ensuite le nimmr, un léopard, bringé de noir et de brun et tacheté. Peu commun est le fahad, un chat sauvage pas plus gros qu'un renard ; il est bringé de rouge et de brun, et tacheté. Nos Bédouins se souvenaient qu'un jeune fahad avait été élevé chez les Bishr, lequel (ils ont des pieds merveilleusement rapides) avait été utilisé par son maître nomade pour attraper des gazelles à la course. Les géniteurs de tous les pays arabes (et aussi bien ceux des sectes chrétiennes de la Syrie) entretiennent cette curieuse superstition que si un enfant est d'apparence souffreteuse, d'entendement infinne ou si ses frères sont morts avant lui, ils lui donneront le nom d'un animal sauvage (spécialement, loup, léopard, glouton), afin que son humaine fragilité puisse emprunter ne serait-ce qu une parcelle du tempérament de la race de ces animaux. On voit souvent des faucons271 et des busards décrire des cercles dans le ciel du désert, ainsi qu'al agab, un petit aigle noir, et ar rakham, le petit milan blanc. Lorsqu'ils sont dans les airs, ils ressemblent à des mouettes. Je n'ai pas vu de vautours, ni de grands aigles dans le désert (hormis dans le Sinaï). Ce sont là presque toutes les créatures vivantes, et il n'y en a guère d'autres dans les déserts d'Arabie.
La bête de la terre.272
(Corpus Coranique d'Othman 27/ 84).
Quand la parole tombera sur eux, nous ferons pour eux sortir de terre une bête qui leur parlera et dira que les hommes n'étaient point convaincus de nos signes.
L'araignée.273
(Corpus coranique d'Othman 29/40).
L'exemple de ceux qui prennent des patrons en dehors d'Allah est celui de l'araignée qui s'est donnée sa toile pour demeure.
Les fourmis.274
(Corpus Coranique d'Othman 27/18).
Quand enfin elles arrivèrent à la vallée des fourmis, une fourmi dit:
-Entrez, fourmis, dans vos demeures, de peur que Salomon et ses troupes ne vous écrasent sans le savoir.
Les cailles.
(Corpus Coranique d'Othman 2/54).275
... nous (...) fîmes descendre sur vous la manne276 et les cailles.
Le corbeau.277
(Corpus coranique d'Othman5/34).
Allah fit surgir un corbeau qui gratta la terre afin de lui faire voir comment ensevelir la dépouille de son frère.278
Le serpent-dragon.279
(Corpus coranique d'Othman 7/104).
Moïse jeta son bâton: et soudain, ce fut un dragon véritable!
§ 24. Glucides et friandises.
Les habitants du désert ont la chance de posséder une ressource très commode de calories, qui permet la survie dans les moments difficiles: la datte, de qualité et de conservation variées.
Le miel est aussi un aliment très apprécié, mais plus rare.
1. Le palmier.
Cet arbre280, regroupé en nombre, constitue autant un milieu de vie favorable, dans les oasis, et une source énergétique considérable sur le plan alimentaire. C'est " La tante et la mère des Arabes "281. Il servira aussi de support d'écriture282 , de couverture pour les toits et pour les sols, de soutiens pour les murs283 et de fouets
Il est aussi sacralisé, voire même divinisé, dans certains cas284 .
Voici quelques textes divers mentionnant les palmiers en tant qu'arbres : une description naturaliste très détaillée, une devinette un peu niaise et un cas célèbre de vandalisme prophétique.
Description du palmier et de ses dattes.
(Pline, Histoire Naturelle XIII 29, 33-34).285
Il existe également de grands palmiers qui forment une forêt, leur tronc même donnant naissance sur tout leur pourtour à une multitude de feuilles pointues disposées en dents de peigne
Le noyau des dattes est fusiforme et non arrondi comme l'olive ; de plus il est fendu sur le dos par une cicatrice bordée de bourrelets et porte généralement du côté ventral un ombilic, par où s'échappera la jeune racine. Au semis, on les place par deux côte à côte, le dos en dessus, et, sur eux, deux autres disposés de même, cela parce que chaque plantule isolée serait trop faible, tandis qu'à quatre elles se soudent ensemble.
Le noyau est séparé de la pulpe par de nombreuses membranes blanches, tandis que d'autres adhèrait à la chair, et il n'est rattaché à celle-ci, à travers l'espace libre, que par un filament à son extrémité. La pulpe mûrit en une année.
On dit qu'en Arabie les dattes sont douceâtres et fades, quoique Juba286 mette au-dessus de toutes, pour la saveur, la datte du pays des Arabes Scénites287, appelée par eux dabla.
Une devinette de Muhammad.
(Bukhari, Sahih 3/ 58, 59, 60, 61, 62 et 72).
L'apôtre d'Allah a dit:
-Parmi les arbres, il y a un arbre dont les feuilles ne tombent pas et qui est comme un musulman. Dites-moi le nom de l'arbre.
Chacun se mit à réfléchir aux arbres du désert. J'ai pensé au palmier-dattier, mais je me suis senti trop timide pour répondre. Les autres ont donc demandé:
-Mais quel est cet arbre, ô apôtre d'Allah?
Il répondit:
-C'est le palmier-dattier.288
Le destin de la palmeraie de la tribu juive des Banu Nadir.
D'ordinaire, dans ce milieu de vie difficile, les bédouins respectent les moyens de subsistance, y compris celles des adversaires, dont on peut toujours profiter. Il y existe pourtant de peu glorieuses exceptions de saccages, de destructions radicales, dont on devine qu'elle ont suscité le scandale289 .
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 218).290
Il ordonna de couper les dattiers, et lorsque, après avoir toute une journée abattu les arbres, on se disposa à continuer pendant plusieurs jours, les juifs crièrent du haut de la forteresse:
-Ô Muhammad, s'il nous est permis de donner un avis, nous te dirons que ces arbres nous appartiennent, et, s'ils doivent t'appartenir, ils te seront utiles ; pourquoi donc les couper ?
Le prophète répondit :
-C'est Allah qui l'ordonne.
Ils lui répliquèrent :
-Allah n'ordonne pas les crimes, et couper des arbres est un crime.
Allah révèla le verset suivant :
c'est avec la permission d'Allah que vous avez coupé un certain nombre de palmiers et que vous en avez laissé debout un certain nombre
291
Ensuite, le prophète défendit de couper d'autres palmiers292.
2. Les dattes.
Qu'elle soit sur les arbres ou dans les crottes de chameau, la datte293 , on la retrouve partout ; c'est avant tout un produit riche en calories et peu encombrant, emporté par les pillards musulmans dans toutes leurs expéditions. A la lecture des documents, on a parfois l'impression que les dattes ont pu constituer, à défaut, un véritable aliment de base, et de survie, pour des communautés.
Muhammad est intarissable et compétent en matière de dattes : il légifère, vante les qualités de telle ou telle espèce et compare avec tendresse Aïsha à une datte couverte de beurre294.
La récolte de dattes.
(Inscription de Ikma).295
N-m-r296 Q-r-m-l-h a offert le sacrifice à Dhu Gabat, à K-h-l, en faveur de sa récolte de dattes à B-n-l et à Tym-m. Il a été satisfait de lui et l'a aidé. Alors il a été satisfait de lui.
Les dattes dans le Coran.297
(Corpus coranique d'Othman 6/99).
Tandis que de la spathe298 du palmier sortent des régimes de dattes299 à portée de main
La récolte de dattes : conseils de Muhammad.
(Dawud, Hadith 14, 2616).
J'étais un enfant, et je jetais des pierres dans les palmiers des ansar 300. Alors ils m'ont amené devant le prophète qui a dit:
-Garçon, pourquoi jettes tu des pierres aux palmiers?
J'ai dit:
-Pour manger des dattes.
Il a dit:
-Ne jette pas de pierres aux palmiers, mais mange celles qui sont tombées.
Il essuya sa tête et ajouta :
-Allah, remplis son ventre
Législation sur les dattes.
(ibn Sad, Tabaqat n°70).301
Voici un écrit de Muhammad, envoyé d'Allah à l'adresse de la tribu des Bariq.
Que leurs régimes de fruits ne seront pas coupés, ni leur territoire pris pour servir de pâturage au printemps ou en été, si ce n'est par demande adressée à Bariq.
Et quiconque parmi les musulmans passera par leur pays en temps de détresse ou de disette y aura droit à l'hospitalité trois jours durant. Lors donc que leurs fruits arriveront à maturité, le passant aura droit de ramasser ceux tombés à terre, afin d'en avoir le ventre rebondi ; mais sans qu'il puisse toutefois s'en approvisionner302.
Dettes et dattes.
(Bukhari, Sahih 64/ 18, 2-3).
Jabir ibn Abdallah rapporte que son père, qui périt martyr au combat de Ohod, laissa des dettes et six filles. Lorsque le moment de la récolte des dattes fut venu, raconte Jabir, j'allai trouver l'envoyé d'Allah et lui dis :
-Tu sais que mon père a péri martyr au combat de Ohod et qu'il a laissé de nombreuses dettes. Je voudrais que ses créanciers te voient.
-Va, répondit le prophète, et dispose chaque espèce de dattes en tas séparés.
Je fis ce qu'il m'avait dit et le priai ensuite de venir. Quand les créanciers le virent, ils semblèrent plus exigeants à ce moment. Voyant comment ils agissaient, le prophète tourna trois fois autour du plus gros tas et s'assit ensuite sur ce tas en me disant :
-Appelle maintenant tes créanciers.
Il ne cessa de leur donner des mesures de dattes jusqu'à ce que, grâce à Allah, les dettes de mon père fussent payées. Je me serais estimé satisfait qu'Allah eût payé les dettes de mon père, même si je n'avais plus eu une seule datte à rapporter à mes murs. Or Allah avait épuisé tous les tas, sauf celui sur lequel le prophète était assis, qui me parut n'avoir pas diminué du tout, même d'une seule datte303.
Les dattes au mariage.
(Bukhari, Sahih 67/77).
Lorsque Abu Osayd as Saydi se maria, il invita le prophète et ses compagnons à la noce. Le repas et le service furent faits par la nouvelle mariée, Umm Osayd. Elle fit tremper des dattes dans un pot en grès304 toute la nuit et quand le prophète eut achevé de manger, elle lui présenta ces dattes et le fit boire en les lui offrant305.
Faim de dattes.
(Bukhari, Sahih 70/6, 3).
Aïsha a dit: le prophète mourut au moment où nous pouvions enfin apaiser notre faim avec les deux choses noires: les dattes et l'eau.
Recettes.
(Bukhari, Sahih 74/11,2-3).
Jabir a dit : le prophète a interdit de mêler le raisin sec avec les dattes, avec des dattes et des dattes vertes avec des dattes mûres.
Abu Qatada a dit : le prophète a interdit de mêler des dattes mûres avec des dattes vertes et des dattes avec le raisins secs. Qu'on fasse macérer séparément chacune des choses.306
La conquête des dattes.
(Bukhari, Sahih 59/ 547).307
Quand Khaybar a été conquis308, nous avons dit :
-Nous mangerons tout ce que nous voulons comme dattes !309
(Bukhari, Sahih 59/ 548).310
Nous manquions de dattes jusqu'à la conquête de Khaybar.
La datte comme indice.
(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
Sur son chemin vers Médine, Abu Sufyan tombe sur une partie des Khuzaa311 sur le retour. Il était certain qu'ils étaient allés chez Muhammad. Mais quand il leur demanda, le chef répondit qu'il était allé négocier une vengeance de sang entre gens de sa tribu.
Le soir, Abu Sufyan continua son chemin, et il se mit à examiner le crottin des chameaux et il y trouva des noyaux de dattes de Médine. Il dit alors:
-Ces gens-là se sont sûrement rendus à Médine, ce matin même.
(Tafsir al Jalalayn 92).312
ibn Abbas rapporte: Un homme avait un palmier dont une partie était penchée vers une maison d'un homme pauvre et père de famille. Quand cet homme venait pour cueillir les dattes, il y montait, et il arrivait que quelques dattes tombaient dans l'espace de cette maison et les enfants de son propriétaire les prenaient. Cet homme descendait et les leur arrachaient de leurs mains; la chose arrivait au point où il introduisait les doigts dans la bouche de celui qui commençait à les mâcher. Le pauvre se plaignit du comportement de cet homme auprès du prophète qui après l'avoir entendu lui dit:
-"Tu peux disposer".
Puis, en rencontrant le propriétaire, il lui dit:
-"Donne-moi ton palmier penché vers la demeure d'Untel et tu auras, en échange, un palmier au Paradis".
Et l'homme de répondre:
-"Je possède beaucoup de palmiers, mais les dattes de celui-ci me plaisent le plus".
Un troisième homme qui entendait la conversation, vint dire au messager d'Allah :
-"Si j'achète ce palmier [pour te le donner] aurai-je au Paradis ce que tu lui as promis?
-Certes oui, lui répondit-il."
Cet homme partit et, ayant trouvé le propriétaire du palmier, ce dernier lui dit:
-"Es-tu au courant que Muhammed m'a proposé de me donner un palmier au Paradis contre celui qui se trouve penché vers la maison d'Untel? Mais j'ai refusé parce que ses dattes me plaisent le plus."
Et l'autre de lui proposer:
-"Veux-tu le vendre?
-Non, répliqua l'homme, à moins qu'on me donne, en contrepartie, ce que j'exige. Et je crois que personne ne l'échangera contre ce que je demande.
-Contre quoi tu veux l'échanger?
-Contre quarante palmiers.
-Tu exagères!"
Puis, après quelques instants, il ajouta:
-"Je te donne ces quarante palmiers à condition d'appeler des témoins." Le propriétaire du palmier convoqua alors certains de ses contribules pour être témoins de ce troc. L'acheteur se rendit aussitôt chez le messager d'Allah et lui dit:
-"Ô messager d'Allah, ce palmier est devenu désormais le mien, je te l'offre pour en disposer". Le messager d'Allah alla trouver ensuite le pauvre et lui dit:
-"Ce palmier est a toi et à tes enfants". A cette occasion, Allah fit descendre le sourate de la Nuit.
3. Le miel.
Le miel 313est l'autre produit sucré offert aux Arabes, considéré comme friandise et une panacée.314
(Corpus coranique d'Othman 16/70-72).
Ton seigneur a révélé aux abeilles315 :
-Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres et ce qu'élèvent les hommes.
Mangez en outre de tous les fruits et dociles, empruntez les chemins du seigneur!
Du ventre des abeilles316 sort une liqueur de différents aspects où se trouve une guérison pour les hommes.
En vérité, en cela est certes un signe pour un peuple qui réfléchit.
§ 25. Les parfums et les épices.
C'est par cette ressource que l'Arabie est connue à l'extérieur317 . Les géographes constituent de longues listes de ces produits très appréciés. C'est pour cette raison que l'Arabie est sujette aux convoitises extérieures, et surtout sa partie méridionale.318
1. L'odeur de l'Arabie.
La description d'Hérodote reste " merveilleuse ". L'odeur est si forte qu'elle semble se répandre dans le monde entier. Mais le célèbre géographe ne s'est jamais rendu sur les lieux; il se fait l'écho de témoignages, et d'une grande réputation.
(Hérodote, Histoires III 107-113).319
Du côté du midi maintenant, l'Arabie est la dernière des terres habitées ; on y trouve, et là seulement, l'encens, la myrrhe, la cannelle, le cinname, et le laudanum. Mais pour récolter ces produits (sauf la myrrhe), les Arabes doivent se donner beaucoup de mal. Ils recueillent l'encens en faisant brûler du styrax320 , une gomme dont les Phéniciens font le commerce avec la Grèce, car les arbres qui donnent l'encens sont gardés par des serpents ailés, petits et de couleurs diverses (ceux-là mêmes qui envahissent l'Égypte), massés nombreux autour de chaque arbre ; rien ne peut les en écarter, sinon la fumée du styrax (
).
Les Arabes prétendent même qu'ils envahiraient la terre entière s'il ne se produisait pour eux ce qui arrive, comme je le savais déjà, aux vipères. Sans doute la divine providence a-t-elle, dans sa sagesse - ainsi d'ailleurs qu'on peut s'y attendre -, donné aux animaux craintifs et bons à manger une fécondité exceptionnelle pour en sauvegarder l'espèce, et peu de fécondité aux animaux féroces et malfaisants.
Voilà comment on récolte l'encens ; pour la cannelle, les Arabes s'enveloppent le corps tout entier et le visage, sauf les yeux, dans des peaux de bufs ou d'autres bêtes, avant d'aller la récolter ; elle pousse dans un lac peu profond, mais dont la rive et les eaux servent de demeure à des bêtes pourvues d'ailes, fort semblables à nos chauves-souris, qui poussent des cris effrayants et sont d'une force redoutable ; il faut protéger ses yeux contre leurs attaques pour pouvoir recueillir la cannelle.
La manière dont les Arabes se procurent le cinname est plus curieuse encore. Où pousse-t-il et dans quel sol? Ils n'en peuvent rien dire ; toutefois, certains prétendent, non sans vraisemblance, qu'il croit dans les régions où fut élevé Dionysos321. Des oiseaux de grande taille transportent, dit-on, ces morceaux d'écorces desséchées que nous appelons cinname, d'un nom pris au phénicien ; ils les apportent à leurs nids, qui sont faits de boue et accrochés à des falaises escarpées, absolument inaccessibles à l'homme.
Les Arabes ont donc trouvé une ingénieuse façon de les obtenir: ils découpent en quartiers aussi gros que possible les bufs, ânes et autres bêtes de somme qui viennent à mourir, pour les transporter dans la région voulue et les disposer près des nids ; puis ils s'en vont à l'écart. Les oiseaux s'abattent aussitôt sur cette viande et l'emportent, dans leurs nids qui s'effondrent, trop faibles pour en soutenir le poids. Les Arabes viennent alors ramasser le cinname qui, recueilli par leurs soins, est ensuite expédié dans les autres pays.
Le laudanum (les Arabes disent ladanon) s'obtient d'une manière encore plus curieuse. Son odeur est des plus suaves, mais il vient d'un endroit des plus malodorants: on le trouve dans la barbe des boucs où il se forme, comme la gomme sort de certains arbres. Il entre dans la composition de nombreux parfums, et les Arabes s'en servent de préférence pour leurs fumigations.
Nous n'en dirons pas plus sur les parfums, mais de l'Arabie entière s'exhale une odeur divinement suave.
L'encens et la myrrhe, produits d'exportation.
(Extrait de l'hymne delphique à Apollon I).322
Une inscription du sanctuaire de Delphes rappelle l'usage très répandu de ces produits rares et chers, jusque dans la liturgie.
Péan323 et hyporkhème324 en l'honneur du dieu qu'a composés Athénaios.
Ecoutez vous qui avez reçu en partage l'Hélicon aux bois profonds, filles aux beaux bras de Zeus retentissant, accourez pour charmer de vos chants Phoibos à la chevelure d'or, qui, sur la bouble crête de cette roche parnassienne, accompagnée de nobles Delphiennes, s'achemine vers les ruiseaux de Castalie aux belles eaux, sur le promontoire de Delphes, le sommet prophétique.
Voici l'Attique, la grande cité325 qui, grâce aux prières de la guerrière Tritonide, habite un sol à l'abri de toute atteinte.
Et, sur les autels, Héphaïstos consume les cuisses des jeunes taureaux ; et pendant que vers l'Olympe s'élève la vapeur d'Arabie, le clair lotus au son frémissant fait entendre son chant aux phrasés changeants et la cithare d'or, de sa belle voix, répond aux hymnes.
2. L'exploitation des parfums.
Ce produit si rare et particlier a suscité la curiosité des observateurs occidentaux, qui en rajoute un peu dans le genre merveilleux.
(Diodore, Bibliothèque Historique III 46,2-4 ; 47,1-2).326
Un parfum naturel l'imprègne tout entière327, parce que presque toutes les plantes qui ont les meilleures senteurs poussent sans interruption dans ce pays. Sur la côte poussent ce qu'on appelle le baumier, le laurier-casse et une autre plante dont la nature est particulière: fraîchement coupée, elle offre aux yeux la vue la plus charmante, mais, si on laisse passer du temps, elle se défraîchit très vite. A l'intérieur du pays, on trouve des forêts épaisses où poussent de grands arbres à encens et à myrrhe328 , ainsi que des palmiers, des roseaux des arbres à cinnamome et ceux qui exhalent des parfums semblables: il n'est pas possible, en effet, d'énumérer les particularités et la nature de chacun d'entre eux, à cause de leur nombre et de la surabondance des senteurs qui résultent de leur accumulation. C'est, en effet, manifestement une chose divine et qui dépasse le pouvoir des mots que ce parfum qui envahit les sens de chacun et les émeut. Car même aux navigateurs qui passent, serait-ce très loin de la côte, il ne manque pas de leur faire partager une telle jouissance : durant l'été, quand il y a un vent de terre, il arrive que les parfums exhalés par les arbres à myrrhe et les autres plantes odoriférantes pénètrent jusque dans les proches régions de la mer ; en effet, contrairement à ce qui se passe chez nous, ce parfum n'a pas son arôme naturel vieilli, pour avoir été conservé, mais sa force est au plus haut point de son développement et de sa fraîcheur et elle pénètre jusqu'aux parties les plus subtiles des sens. Et, comme la brise transporte les effluves des plantes les plus parfumées, les navigateurs qui approchent de la côte sont assaillis par un mélange fait des meilleures odeurs, délicieux et abondant, en même temps que salubre et exotique: le produit de ces arbres, en effet, n'a pas été coupé et n'a donc pas encore exhalé le plus fort de son parfum ; il n'a pas non plus été conservé dans des récipients faits d'une matière étrangère, mais le parfum provient de la plante dans toute la fraicheur de sa jeunesse et au moment où sa nature divine conserve la floraison intacte ; voilà pourquoi, ceux qui peuvent respirer ce mélange unique pensent goûter l'ambroisie329 de la légende, parce que l'extraordinaire qualité des parfums ne permet pas de trouver une autre appellation adéquate.
Et pourtant, ce n'est pas un bonheur sans faille et entièrement enviable que la fortune a accordé à ces hommes: à des bienfaits si considérables, elle a joint quelque chose de nuisible, pour servir d'avertissement à ceux que la jouissance continue des biens habitue à mépriser les dieux. En effet, ces bois si parfumés sont infestés de serpents, à la couleur pourpre, longs d'un empan330 et qui font des morsures absolument incurables ; pour mordre, ils s'élancent sur leurs victimes et, sautant très haut, ils mordent la peau jusqu'au sang. D'autre part, un phénomène particulier aux habitants du pays se produit chez ceux dont le corps est affaibli par une longue maladie. En effet, comme le corps s'imprègne d'une substance pure et pénétrante et que cela transforme les masses compactes en tissus poreux, il s'ensuit une dissolution difficile à soigner. Aussi, on fait brûler auprès de ces malades du bitume et de la barbe de bouc pour combattre par des substances opposées l'excès des parfums. Les bonnes choses, en effet, si elles sont mesurées en quantité et en ordre, sont utiles et agréables à l'homme ; mais si elles sont dépourvues de la juste proportion et de l'opportunité, elles présentent un bien inutile.
3. Le goût pour les parfums.
Les sources musulmanes insistent sur la popularité de ce produit, tant pour l'usage corporel que pour les fumigations de l'espace. C'est un milieu de vie où l'eau est rare, les bains peu fréquents331 , et le bétail omniprésent et proche.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 181).
Kab332 avait une chevelure qui lui tombait sur le cou. Elle était parfumée de musc et d'ambre. A chaque instant Silkan lui prenait la tête, l'attirait vers lui et en respirait les parfums, en disant:
-Quelle délicieuse odeur!
Lorsqu'une bonne partie de la nuit fut passée, Kab dit:
-Déposez quelques-unes de vos armes pour que nous les mettions de côté.
Silkan dit:
-Allons nous promener un peu dans ce verger, pour chasser notre chagrin ; nous te remettrons ensuite les armes, que tu pourras emporter dans ta maison, et demain nous amènerons des bêtes de somme pour chercher les vivres.
Kab se leva et alla avec eux, tout en causant. Silkan, de temps en temps, passait dans la chevelure de Kab sa main, qu'il portait ensuite à son nez pour en respirer l'odeur. Quand ils furent arrivés au milieu du verger, Silkan saisit fortement Kab par les cheveux et dit :
-Chargez !
Muhammad ibn Maslama, le serra également, et Harith ibn Aws, vint à leur aide, et tous les trois le maintinrent ainsi. Les autres prirent leurs sabres et le frappèrent. Quelqu'un du château, apprenant cet événement, donna l'alarme ; on alluma des torches, et la femme de Kab jetait des cris du haut de la terrasse.
Elle fut tuée par les Arabes333, qui se retirèrent ensuite.
(ibn Sad, Tabaqat I 11).
Parmi les choses de votre monde m'ont été rendus chers les femmes et le parfum ;334 et la fraîcheur de mon oeil335 est dans la prière.
Chapitre 4
Ismaël et les siens
Les sources bibliques et mésopotamiennes
En voilà assez sur le théâtre géographique et naturel. Les hommes qui ont habité ces terres durant des milliers d'années se sont regroupés en vastes unités ethniques. Les premières sources proviennent des écrits bibliques et en parallèle des inscriptions mésopotamiennes: des informations précieuses mais aussi un regard extérieur, subjectif et agressif.
§ 26. La "Bible".
La Bible336 présente la conception traditionnelle de l'origine des populations arabes337 : Ismaël338 serait le fils d'Abraham et de sa première femme Agar339. Les musulmans seront longuement mentionés sous le nom d'Ismaélites ou Agarites par les observateurs chrétiens340 , du temps où ils les considéraient encore comme une étrange hérésie, plus brutale que les autres. Le conditionnel est de rigueur dans ces affaires-là: l'existence réelle de ces personnages est pour le moins douteuses: aucun document historique ne l'atteste et l'attitude la plus prudente consiste à les considérer comme des figures légendaires.
Les Arabes, de leur côté, sont régulièrement cités dans les textes, comme des voisins et des concurrents.341
1. Le texte de référence : la Genèse.
La Genèse présente clairement la relation - et l'opposition - des populations juives et arabes. Le thème est maintes fois repris et utilisé par les deux parties, alors qu'à l'évidence, l'épisode ne correspond strictement à aucune réalité historique.342
La Bible considère Agar comme la deuxième femme d'Abraham, ils se marièrent avec l'accord de Sarah343 sa première épouse pour que Agar ait son premier fils, Ismaël, treize ans avant moment de la naissance d'Isaac. Pour la Torah, Agar ("étrangère" en hébreu) n'est que l'esclave égyptienne de Sarah et la concubine d'Abraham.Elle n'est pas citée dans le Coran. Elle est connue de la tradition musulmane sous ce nom d'Hajar.
Hagar pourrait être en réalité une figure inventée pour représenter la population arabe de la région de Gerrha, proche de la Mésopotamie.344
La postérité d'Agar: Ismaël.
(Genèse 16,4 ; 17,19-20).345
Celui-ci alla vers Agar346 , et elle conçut. (
) Agar enfanta un fils à Abraham et Abraham appela le nom de son fils qu'Agar lui avait enfanté Ismaël. Abraham était âgé de quatre-vingt six ans, quand Agar enfant Ismaël à Abraham. (
)
Et Dieu dit:
-Bien sûr, Sara, ta femme, t'engendrera un fils, tu l'appeleras du nom d'Isaac, j'établirai mon alliance avec lui, alliance à jamais347 pour sa postérité après lui. Quant à Ismaël, je t'ai exaucé: voici, je l'ai béni, je le rendrai fécond et je le multiplierai extraordinairement ; il engendrera douze princes348 et je ferai de lui une grande nation.
La version biblique de la division entre Hébreux et Arabes.
Sur la demande de sa nouvelle femme Sara, Abraham rejette Agar et Ismaël, au profit du nouveau fils, Isaac, à l'origine du peuple juif.
(Genèse 21,14-21).
Abraham se leva de bon matin et, ayant pris du pain et une outre d'eau, il les donna à Agar, lui mit l'enfant sur l'épaule et la renvoya. Elle s'en alla et erra çà et là dans le désert de Bersabée349. Quand l'eau de l'outre fut épuisée, elle laissa tomber l'enfant au pied d'un des arbrisseaux, et elle alla s'asseoir en face à la distance d'un trait d'arc, car, disait-elle:
-Je ne peux pas voir mourir l'enfant.
Comme elle s'était assise en face, l'enfant se mit à pleurer bruyamment. Et Dieu entendit la voix de l'enfant et l'ange de Dieu appela des cieux Agar et lui dit :
-Qu'as-tu Agar? ne te laisse pas abattre ; car Dieu a entendu la voix de l'enfant là, où il est. Lève-toi et relève l'enfant ; tiens-le ferme en ta main ; car je ferai de lui un grand peuple.
Puis Dieu lui ouvrit les yeux et elle vit un puits ; elle y alla et remplit l'outre d'eau et fit boire l'enfant. Et Dieu était avec l'enfant et celui-ci grandit, habita dans le désert et devint tireur à l'arc. Il habita dans le désert de Pharan350 (
).
Les Hagarènes dans la Bible
(1 Chroniques 5:10).
Du temps de Saül, ils firent la guerre aux Hagaréniens, qui tombèrent entre leurs mains ; et ils habitèrent dans leurs tentes, sur tout le côté oriental de Galaad.
(1 Chroniques 5:19-20).
Ils firent la guerre aux Hagaréniens, à Jethur, à Naphisch et à Nodab.
Ils reçurent du secours contre eux, et les Hagaréniens et tous ceux qui étaient avec eux furent livrés entre leurs mains. Car, pendant le combat, ils avaient crié à Dieu, qui les exauça, parce qu'ils s'étaient confiés en lui.
(Psaumes 83 : 7).
Les tentes d'Édom et les Ismaélites, Moab et les Hagaréniens
2. La genèse d'une légende musulmane.
Muhammad, et sans doute d'autres Arabes avant lui, au contact des Juifs, ont détourné cet aspect subalterne de l'époque des Hébreux. Le phénomène est tout à fait banal : un peuple à la recherche d'origine mythique s'approprie des pans de la tradition d'un autre peuple, pour le déformer et la faire sienne, sous une forme involontairement parodique.351
La récupération coranique du personnage d'Ismaël.
(Corpus coranique d'Othman 19/55-56).
Et mentionne, dans l'Ecriture, Ismaël qui fut sincère en sa promesse et fut apôtre et prophète, il ordonnait à sa famille la prière et l'aumône et il fut agréé devant son seigneur352.
(ibn Sa'd, Tabaqat I 44).
Le prophète a dit:
-Tous les Arabes sont les descendants d'Ismaïl ibn Ibrahim.
La persistance du mythe d'Ismaël.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 3).
Le mythe doit renforcer la tradition abrahamique dans le sanctuaire païen de la Mecque, et doit en faire un centre important de l'origine des Arabes, ce qu'il n'est certainement pas: il est un sanctuaire régional, dans la partie la moins favorisée de l'Arabie.
Selon la tradition, Ismaël a vécu 130 ans et quand il est mort, il a été enterré dans les saints enclos de la Ka'ba à côté de sa mère Hagar.
(Bukhari, Sahih 55/582).
Le prophète a dit: qu'Allah accorde sa miséricorde sur la mère d'Ismaël! Si elle n'avait pas rempli son outre avec l'eau du puits de Zamzam353, Zamzam aurait été un fleuve inondant la surface de la terre354 . (
)
Abraham avait amené Ismaël et sa mère à la Mecque, alors qu'elle allaitait Ismaël et qu'elle avait une outre avec elle.
L'origine mythique de l'excision.355
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 83).
Or Abraham acquit de grandes richesses et il désira avoir de Sara un enfant: mais il n'en eut aucun. Sara dit alors à Abraham:
-Tu n'auras point d'enfants de moi: si tu veux, je te donnerai Agar, peut-être auras-tu d'elle un enfant.
Abraham répondit:
-J'y consens.
Sara lui donna ensuite Agar et, peu de temps après, il eut d'elle un fils qu'il nomma Ismaël. Lorsque Agar accoucha d'Ismaël, Abraham fut rempli de joie, mais Sara éprouva de la colère et une violente jalousie. N'étant plus maîtresse d'elle-même, elle eut des querelles et des disputes avec Abraham et elle lui dit des injures. Ensuite elle dit avec serment:
-Je couperai une partie quelconque du corps d'Agar, ou une main, ou un pied, ou une oreille, ou le nez.
Mais, après avoir réfléchi, elle dit:
-C'est moi qui ai commis cette faute, car j'ai donné Agar à Abraham. Il ne serait pas juste de couper à cette jeune fille une partie de son corps, ni de la tuer, mais j'ai juré, et il faut absolument que je lui coupe quelque chose.
Après y avoir pensé, elle dit:
-Je la circoncirai pour l'empêcher de rechercher les hommes.356
Lorsque Sara eut excisé357 Agar, Allah imposa la excision à la famille d'Abraham, et à toutes les personnes qui suivraient la religion d'Abraham, de sorte que Sara elle-même fut obligée de s'exciser, et Abraham également. Or on dit que, lorsque Sara subit cette opération, elle avait soixante-dix ans, et Abraham était plus âgé qu'elle de dix ans.
On rapporte les paroles suivantes du prophète. Il y avait de son temps une femme nommée Umm Atiya: elle passa près du prophète qui lui dit:
-Ô Umm Atiya, où vas-tu?
Elle répondit:
-Ô apôtre de Allah, je vais exciser.
Le prophète dit alors à Umm Atiya des paroles dont le sens était:
-Lorsque tu excises une femme, ne lui coupe pas trop de chair, afin qu'elle conserve la beauté de son visage, car, lorsqu'on coupe trop de chair à une femme, la beauté de son visage disparait, elle n'est plus désirable aux yeux des hommes358 .
(Le Livre des Ruses 136).359
Abraham usa de ruse avec Sarah et Hagar. En effet, Sarah ressentit de la jalousie à l'égard de Hagar, enceinte d'Ismaël et fit le serment suivant:
-Je jure de lui couper un membre, par Allah, à cette femme.
Puis lorsque Abraham vint la trouver, elle lui fit part de ce qu'elle avait dit:
-En quels termes, demanda celui-ci, as-tu prononcé ton serment?
-J'ai dit : " Je jure par Allah de lui couper un membre à cette femme ".
-Tupratiqueras sur elle l'excision et ainsi tu seras quitte de ton serment.
Hagar fut donc la première femme à être circoncise.
3. L'interprétation byzantine.
Les chrétiens byzantins ou non360 à leur tour observent les prétentions musulmanes. Ils en tient surtout des commentaires étymologiques.
(Pseudo-Athanasios, Apocalypse 9,8).361
Le nom de cette nation est Sarasins, et elle vient des Ismaélites, les fils d'Hagar, servante d'Abraham.
(Sozomène, Histoire Ecclésiastique VI 8, 1-13).362
La tribu des Sarasins prend ses orgines d'Ismaël le fils d'Abraham et a ce nom de ce fait: les anciens les appellent Ismaélites à cause de leur ancêtre. Evitant l'accusation de batârdise et de basse naissance de la mère d'Ismaël, ils s'appellent eux-même Sarasins comme s'ils descendaient de la femme d'Abraham, Sarah. Possédant cette sorte d'origine, ils sont circoncis comme les Hébreux et refusent la viande de porc et observent pour eux-mêmes de nombreux règles de ces derniers.363
§ 27. Les sources cunéiformes.
Le contact souvent violent avec les puissances mésopotamiennes364 fournit les première informations sûres concernant les populations arabes, sur des tablettes cunéiformes365 et des inscriptions monumentales : on découvre à ce moment le début de l'onomastique arabe et le fond le plus ancien de leur panthéon.
1. Les Arabes et l'impérialisme assyrien.
Les bas-reliefs d'Assur ou Khorsabad décrivent longuement les populations arabes, sous forme de chameliers attaquant ou fuyant face aux armées assyriennes366. Les textes aiment aussi décompter les victoires et les butins immenses prélevés sur les ennemis nomades.
(Annales de Esarhaddon, 680-669).367
Après Wahb, qui a poussé les Arabes à la révolte contre Iata parce qu'il voulait devenir roi lui-même, mais moi, Esarhaddon, roi d'Assyrie, roi des quatre rivages de la terre, qui aime la justice et pour qui la fausseté est une abomination, j'ai envoyé mon armée pour aider Iata et ils ont défait les Arabes. Ils ont jeté Wahb et les guerriers de son entourage dans les fers et me les ont apportés. J'ai mis des carcans sur eux et je les ai attachés au niveau de la porte.
(revers) J'ai amené avec un lourd butin vers l'Assyrie
comme un porc368, je l'ai attaché à la porte de
Comme pour Hazael, roi d'Arabie, ma splendeur respectable l'a soumis et il m'a apporté de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et (
) il a baisé mes pieds. Je lui ai imposé (de me donner) 65 chameaux en plus que le tribut imposé à son père. Après, Hazael est mort et Iata, son fils s'est assis dsur le trône et j'ai imposé sur lui un tribut supplémentaire de 10 mines d'argent, 1000 pierres birûte, 50 chameaux en plus. Wahb, pourtant, a poussé tous les Arabes à la révolte contre Iata et (
) Mais moi, Esarhadon, pour qui la fausseté est une abomination, j'ai envoyé un contingent d'archers montés sur des chevaux de mon armée, j'ai pacifié (le pays) des Arabes et je les ai forcés à se soumettre à nouveau à Iata. Ils ont amené Wahb avec les autres chefs et ils les ont attachés sur le côté gauche de la porte des forgerons
2. La reine des Arabes.
Déjà à cette époque reculée, on repère la présence de femmes exerçant le pouvoir369 , une constante dans l'Histoire des Arabes jusqu'au moment de l'irruption de Muhammad.370
(Inscription de Tiglath-Pileser III, 744-727).371
.de même pour Shamsi, la reine des Arabes, au mont Saqurri, j'ai battu 9400 hommes de son peuples. Son camp au complet ; 1000 personnes, 30 0000 chameaux, 20 000 bêtes
5 000 sacs d'épices
les piédestals de ses dieux, les armes et serviteurs de sa déesse372 et ses biens, je m'en suis emparé. Et elle, pour sauver sa vie, elle s'est enfuie comme une ânesse, dans le désert, dans un endroit aride. Le reste de ses biens et de ses tentes, ce qui faisait le salut de son peuple, je l'ai brûlé. et elle, saisie par mes armes puissantes, elle m'a apporté ses chameaux, ses chamelles et leurs petits, jusqu'en Assyrie en ma présence. J'ai nommé un gouverneur et 10 000 hommes auprès d'elle.
Chapitre 5
L'Arabie du nord
Cette partie de l'Arabie373 , en contact direct avec la Palestine et la Mésopotamie, est bien connue des historiens374 . Mais le territoire occupé par les populations arabes dépasse encore ce cadre vers la Syrie, dont la partie orientale peut aussi être considérée comme une autre Arabie375. Il déborde aussi du côté occidental, puisqu'il intègre la péninsule du Sinaï et la frange orientale de l'Egypte.
C'est la partie de l'Arabie la mieux connue dans l'antiquité, celle des circuits commerciaux , celle qui est intégrée à l'empire romain376 , celle qui est en contact avec les autres populations, et qui, par leur contact, constitue de brillantes civilisations377. Ce sont les mêmes dont Muhammad se plait à décrire longuement l'anéantissement, comme si l'idée même de civilisation lui était devenue insupportable: il se fait l'écho des vieilles rancoeurs bédouines confrontés aux réussites impressionnantes de leurs cousins plus favorisés.
§ 28. Madian.
C'est un peuple d'Arabie occidentale, à localiser autour de l'oasis de Madyan, au sud-est du golfe d'Aqaba. Par leur situation, ils sont au contact direct des populations du Proche-Orient378 . De nombreux travaux se sont attachés à localiser ce mystérieux peuple de Madyan.
1. Les Madianites dans la Bible.
L'Ancien Testament présente les Madianites comme le peuple adversaire-type des Hébreux. Il est donc mentionné de très nombreuses fois dans le texte.
(Juges 6, 3-6).379
Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux de Yahweh, et Yahweh les livra aux mains de Madian pendant sept ans, et la main de Madian s'appesantit sur Israël ; c'est pour échapper à Madian que les fils d'Israël se firent les antres qui sont dans les montagnes, les cavernes et les hauteurs fortifiées380. Toutes les fois qu'Israël avait semé, Madian montait, avec Amalek381 et les fils de l'Orient, ils montaient contre lui. Ils campaient en face d'eux, dévastaient les produits de la terre jusqu'à Gaza, et ne laissaient aucune subsistance en Israël, ni brebis, ni bufs, ni ânes.
Car ils montaient, eux et leurs troupeaux, et amenaient leurs tentes, nombreuses comme des sauterelles382 ; quant à eux et à leurs troupeaux, ils étaient sans nombre. Et ils venaient dans le pays pour le ravager. Ainsi Israël fut-il très appauvri à cause de Madian ; et les fils d'Israël crièrent à Yahweh.
2. Les Maddenoi face aux Romains.
Les Madianites sont aussi connus, semble t-il, comme faisant partie des peuplades nomades menaçant les frontières de l'empire romain.
(Procope, Histoire des Guerres I 19, 14).383
Près de ce peuple, il y a d'autres Saracènes qui possèdent la côte, qui sont appelés Maddenoi et qui sont soumis aux Himyarites.
3. La malédiction contre le peuple des Madian.
Les Madian et leur destruction supposée servent de support mythologique aux malédictions coraniques384 . L'observation des ruines de leurs civilisations, par les caravaniers arabes (dont Muhammad lui même) a suscité ce type de développement mythologique.
(Corpus coranique d'Othman 29/35-37).
Aux Madian, nous leur avons envoyé leur contribule385 Shu'ayb386 qui dit:
-Ô mon peuple! Adorez Allah!
Escomptez le dernier jour!
Ne vous élevez pas sur la terre en semeurs de scandales!
Ils le traitèrent d'imposteur.
Le cataclysme les emporta et, au matin, ils se trouvèrent gisants, dans leurs demeures.
Le thème des cités anéanties.387
(Tabari, Tafsir 7/4-9).388
Commentaire des versets 4 et 5: Châtiment et fin des communautés antérieures. -
Combien de cités 389 avons-nous anéanties 390 !
Allah dit en quelque sorte à son prophète: mets en garde contre mon courroux ceux qui adorent autre que moi et me donnent quelque divinité ou idole pour équivalent afin que je ne les frappe pas de mon châtiment, car je les ferais périr comme j'ai fait périr les communautés antérieures. En effet, avant eux, que de fois j'anéantis certaines cités, y faisant périr les habitants qui m'avaient désobéi, qui avait rejeté mes envoyés et adoré autre que moi.
Tabari précise: Si quelqu'un remarque que Allah dit ici qu'il anéantit des cités 391 , et s'il nous demande où est la preuve que cela signifie qu'il fit périr les habitants de ces cités, nous répondrons que les cités ne sont justement appelées ainsi que parce que des habitants vivent dans les maisons qui les constituent. Anéantir ces maisons, c'est donc aussi faire périr ceux qui y vivent392 .
(Tabari, Tafsir 7/91).
Ce fut le terrible ébranlement393 que provoqua le châtiment divin
.
Allah missionna Shuayb vers les gens de Madyan et vers les gens du Fourré 394 (
).
- le terme ayka désignant une sorte de " marais" 395 couvert d'arbres .
En plus de leur impiété, ils lésaient les gens dans les poids et mesures. Shu'ayb les invita à se réformer, mais ils le traitèrent d'imposteur. Il leur tint les propos rappelés dans le Coran et ils lui répliquèrent comme cela s'y trouve mentionné. Dans leur outrance à le démentir, ils lui demandèrent même de manifester le châtiment dont il les avertissait. Aussi, Allah ouvrit contre eux une des portes de la Géhenne396 et la chaleur fut telle qu'elle commença à les faire périr, ni l'ombre ni l'eau ne leur étant plus du moindre secours. C'est alors qu'Allah envoya vers eux un nuages porteur d'un vent frais et parfumé.
Dès qu'ils commencèrent à en ressentir la fraîcheur et le parfum, ils s'appelèrent mutuellement à se précipiter sous le nuage pour s'y mettre à l'abri. Tous, hommes, femmes et enfants se rassemblèrent dans l'ombre de ce nuage et c'est à ce moment-là que ce nuage s'abattit sur eux et les anéantit, ce qui est évoqué dans le passage : Le châtiment du " jour de l'ombre" les saisit 397 .
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 32).398
Madyan sur le littoral de la mer Rouge399 , se trouve à six étapes et en face de Tabuk. Madyan est plus importante que Tabuk. On y voit le puits dans lequel Moïse a puisé de l'eau pour abreuver le bétail de Shu'ayb. C'est un puits recouvert d'une construction. L'eau potable provient d'une source qui coule à leur disposition. Madyan est le nom de la tribu à laquelle appartenait Shu'ayb, et le village a été appelé de leur nom, Allah n'a-t-il pas dit:
Nous avons envoyé vers les Madyanites leur frère Shu'ayb. 400
§ 29. Les Thamoudéens.
Ce peuple (les THAMUD) a laissé de nombreux vestiges archéologique dans la région d'Hégra, sous la forme de tombes et monuments rupestres401. Au moment de l'expansion du royaume nabatéen, Hégra402 devient un poste militaire de première importance, sur sa frontière sud.
Il reste pour les musulmans l'exemple d'un peuple puni pour son incroyance, jusqu'à nos jours, à cause de leur présence répétée dans le Corpus Coranique.403
1. La répression des Thamoudéens par les Assyriens.
A côté des cataclysmes mythiques qui les accablent dans la Bible et le Coran, les Thamud ont subi un désastre véritable, celui causé par les armées assyriennes, réputées les plus brutales de l'Histoire antique.
(Sargon II ,Inscription de721-705).404
Selon un oracle digne de foi donné par mon seigneur Assur405, j'ai écrasé les tribus de Tamud, Ibadidi, Marsimanu, et Hayapa, les Arabes qui vivent, au loin, dans le désert, qui ne connaissent ni dirigeant ni gouverneur, et qui n'ont jamais donné de tribut à aucun roi. J'ai déporté les survivants et je les ai installé en Samarie406.
2. Les Thamoudéens voisins de Rome.
Les Thamoudéens ont servi dans l'armée romaine dans des unités auxiliaires, en Orient et en Egypte, comme chameliers et archers à cheval. Ils sont aussi connus comme des voisins nomades, difficiles à assimiler par l'Empire.407
Géographie des Thamoudéens.
(Pline, Histoire Naturelle 16, 32).408
Puis viennent les Hemnatai, les Aualitai, les villes de Domata et Hegra409, les Tamudai.
Les Thamoudéens au service de Rome.
(Inscription).410
Pour le bien-être des dirigeants du monde entier, Marcus Aurélius Antoninus411 et Lucius Aurélius Vérus, vainqueurs des Arméniens. Voici le temple qui a été construit par l'unité de la tribu des Thamud et les officiers de cette unité, pour qu'il soit édifié par leurs mains un endroit de vénération pour toujours
avec le soutien d'Anthistius Adventus le gouverneur.
3. Les Thamoudéens dans le Coran.
Les gens de Thamud ont laissé une forte impression auprès des autres Arabes ; leur souvenir ne s'est pas perdu, et surtout, leurs vestiges ont attisé les imaginations. Les caravanes de la Mecque passent chaque année à proximité ; Muhammad, qui a parcouru la région dans sa jeunesse, a forcément été le témoin oculaire de leurs ruines, décrites avec une précision suffisante dans le Coran412 . A partir de ses observations, en confondant tombes et habitations413 , il reconstitue un fond mythique concernant cet ancien peuple afin de terroriser ses disciples à bon compte. C'est le point de départ pour la diabolisation outrancière de ce peuple ancien.
Le nom d'Hijr évoque la notion d'interdit, de péché, et le texte use abondamment de ce rapprochement. De nos jours, la région a conservé cette réputation négative, et les nomades , par superstition, refusent de l'approcher ou d'y stationner.
(Corpus coranique d'Othman 89/8).
Certes les hommes d'al Hijr414 ont traité les envoyés d'imposteurs.
Nous leur avons apporté nos signes et ils se sont détournés.
Ils creusèrent, tranquilles, des demeures, dans les montagnes415 .
Mais le cri416 les prit au matin.
Et à rien ne leur servit ce qu'ils possédaient.
Ne sais-tu pas comment il a traité les Thamud qui creusèrent le roc dans la vallée?
(Corpus coranique d'Othman 11/70-1).
Le cri emporta ceux qui avaient été injustes et, au matin, dans leurs demeures, ils se trouvaient gisants comme s'ils n'y avaient pas élu séjour.
Oui! les Thamud furent infidèles envers leur seigneur!
Oui! Arrière aux Thamud!
Les palais des Thamud.
(Corpus coranique d'Othman 7/72).
Souvenez vous que le seigneur a fait de vous les derniers détenteurs de la terre417 après les Ad, qu'il vous a installés sur la terre, des plaines de laquelle vous élevez des châteaux tandis que vous creusez des demeures dans les montagnes.
Souvenez-vous des bienfaits d'Allah et ne vous répandez point sur la terre en semeurs de scandales!
Les tombes rupestres des Thamud.
(Corpus coranique d'Othman 26/148-50).
Serez-vous laissés éternellement parmi ce qui est ici-bas, en sécurité, parmi des jardins, des sources, des champs de céréales et des palmiers aux régimes pendants418 .
Continuerez-vous à creuser des demeures avec art, dans les montagnes?419
Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi420 .
(Corpus coranique d'Othman 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l'apôtre d'Allah leur dit:
-Ne touchez pas à la chamelle d'Allah, ni à son lait421.
Les Thamud le traitèrent d'imposteur et sacrifièrent la chamelle.
Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.
(ibn Kathir, Tafsir 7).422
Les érudits du Tafsir et des généalogies disent que la tribu des Thamud vient de Thamud ibn Athir ibn Iram ibn Sam ibn Nuh, et qu'il est le frère de Yadis ibn Athir, comme pour la tribu de Tasmn et ils sont parmi les Arabes anciens, al Aribah, du temps d'Ibrahim. Thamud est venu après Ad. Ils habitaient entre la région du Hedjaz et Ash Sham.
(Tafsir al Jalalayn 91).
Les Thamud, par leur transgression, ont crié au mensonge: Les Thamud ont mécru en leur prophète Sâlih à cause de leur tyrannie et de leur injustice.
Lorsque le plus misérable d'entre eux se leva (pour tuer la chamelle): Le plus misérable d'entre eux, appelé Qidar, se porta volontiers à égorger la chamelle avec leur assentiment.
Le messager d'Allah leur avait dit: la chamelle d'Allah! Laissez-la boire : Sâlih, le prophète d'Allah, leur dit: "Laissez la chamelle boire le jour qui lui a été consacré".
Mais, ils le traitèrent de menteur, et la tuèrent. Leur seigneur les détruisit donc, pour leur péché et étendit Son châtiment sur tous. : mais ils le traitèrent d'imposteur en les mettant en garde contre le supplice d'Allah s'ils enfreignent Ses ordres. Mais, quand même, ils tuèrent la chamelle pour que l'eau soit à eux seuls. C'est alors que leur seigneur leur infligea son châtiment sans en épargner personne.
4. Les Thamoudéens selon Muhammad.
La région de Thamud, autour de Hegra a été considérée comme maudite pendant des siècles et jusqu'aujourd'hui423 . Tous les voyageurs, avant et après Muhammad tiennent à le signaler et les récits les plus fantaisistes surgissent alors: l'ancien peuple des Thamud est largement attesté, par des documents fort variés.
(Poème de an Numan).424
Que sont les habitants de Diyar en comparaison du peuple de Noé425 , et Ad et Thamud après eux?
Pendant qu'ils étaient assis sur sièges et tapis, leur peau est devenue poussière.
Les médecins vinrent les visiter, mais leurs médicaments les déçurent.
Un homme bien portant qui visitait à midi un malade était bientôt plus près de la mort que celui qu'il visitait.
Mais l'affaire ne fut pas terminée avec cela ; non, après tout cela vint la fatale punition426 .
Une survivante des Thamud.
(Tabari, Tafsir VIII 148/151).
Il ne resta plus de Thamud ni grand ni petit qui ne fut pas anéanti, à l'exception d'une faible jeune fille, qui fut appelée " Aux Pieds Légers ", al Kabiya, fille de as Silq. C'était une incroyante et une rude adversaire de Salih427 . Allah ne lui libéra les pieds qu'après avoir vu toute la punition ; elle se hâta si vite sur la route qu'aucun être n'a jamais couru comme elle ; elle arriva ainsi chez les habitants de Qurh et raconta la punition qu'elle avait vue et ce qui était arrivé à Thamud. Elle demanda ensuite de l'eau et quand on lui eut donné de l'eau, et qu'elle eut bu, elle mourut sur place.428
(Muslim, Sahih 5/2319 et 2320).429
. il dit aussi: si je les trouve, je les tuerais certainement, comme ont été tués les gens de Thamud.
Le passage de Muhammad.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 898-9).
Quand l'apôtre passa à côté d'al Hijr430, il s'arrêta, et ses hommes allèrent prendre de l'eau au puit. Comme ils le faisaient, l'apôtre leur dit:
-Ne buvez pas cette eau, et ne l'employez pas pour vos ablutions. Si vous en avez utilisé pour la pâte, donnez-la aux chameaux et n'en mangez pas. Ne laissez aucun partir seul la nuit, ou donnez lui un compagnon.
Les hommes firent ainsi qu'il leur avait été dit, sauf deux de la tribu des Banu Sayda: l'un se leva pour se soulager, et l'autre, pour aller voir son chameau. Le premier fut presque étranglé sur le chemin, et l'autre, emporté par un coup de vent qui l'envoya dans les montagnes des Tayyi.431
(Bukhari, Sahih 60/225).
Récit d'Abdullah ibn Umar: Alors que nous étions en marche pour la bataille de Tabuk432 , nous avons atteint les régions des gens d'al Hijr, et l'apôtre d'Allah a dit à propos de ces gens:
-N'entrez pas dans les habitations de ces gens, à moins d'entrer ne pleurant. Parce que sinon, si vous n'entrez pas ne pleurant, vous serez affligés de ce qui les a affligé.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).433
J'ai entendu ce qu'a dit Az Zuhri:
-Quand l'apôtre est passé par al Hijr, il a couvert son visage avec sa cape et a ordonné à son chameau:
-Ne va pas parmi les maisons de ceux qui ont péchés, ou alors va vite, de crainte de rencontrer le même destin qui les a accablés.434
Visite d'un voyageur musulman sur le site d'Hégra.
(ibn Battuta, Relations de voyages).435
Le cinquième jour après le départ de Tabuk, la caravane parvient au puits d'al Hijr, dans le Hijr des Thamûd, puit où l'eau est abondante ; aucun pèlerin ne s'y abreuve, malgré sa soif abondante, pour faire comme le prophète lorsqu'il passa près de ce puits quand il partit en expédition contre Tabuk ; il hâta le pas de sa chamelle, ordonna qu'aucun ne s'abreuve de cette eau. Ceux qui s'en étaient servis pour boulanger donnèrent la pâte aux chameaux. C'est là que se trouvent les demeures des Thamud creusées dans des montagnes de roc rouge avec des seuils sculptés et qu'on croirait construites récemment. Les ossements cariés de ce peuple sont à l'intérieur des demeures436. C'est une leçon à méditer.
Localisation d'al Hijr.
(Abulfeda, Géographie 88).437
Hijr, lieu rocailleux.438
La sitation de Hijr est au milieu de gorges, à une journée de Wadil Qura439 . (
) Ces gorges portent le nom de Atsalib, Roches Fendues. J'ajouterai que Hijr est un lieu de station pour les pèlerins de Syrie.440
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 31).441
Hidjr est un petit bourg, peu peuplé, à une journée de marche de Wadil-Qura, au milieu des montagnes. C'est là que résidait Thamud, dont Allah dit : " Tandis que vous creusez des demeures dans les montagnes.442 "
Abu Ishaq Farisi a précisé que leurs demeures, creusées à l'intérieur des montagnes, étaient analogues aux nôtres. Ces montagnes portent le nom d'Athalib. Ce sont des montagnes qui, à vue d'il, se touchent, mais lorsqu'on se trouve au milieu, chaque tronçon forme un piton isolé autour duquel le voyageur peut tourner. En avant de ces montagnes se développent des collines de sable, dont on ne peut atteindre le sommet qu'avec les plus grandes difficultés. Il y a là aussi le puits de Thamud, dont Allah dit à propos de la chamelle :
" Elle aura sa portion d'eau un jour, et vous aurez la vôtre un autre jour fixe. "443
§ 30. Les Ad.
L'autre grand peuple maudit, les Ad, n'a pas laissé autant de traces444. On pense au site d'un temple nabatéen découvert à l'est d'Aqaba. Aram et Iram445 seraient tous deux des termes renvoyant à l'ancienne présence des Araméens446 dans la région. Des sources musulmanes situent l'origine des Ad vers le sud de la péninsule.
C'est ce type de verset, parmi d'autres447 , qui a fait penser que des extraits coraniques sont certainement beaucoup plus anciens que l'époque de la dite " révélation" .
(Corpus coranique d'Othman 89/5-7).
Ne vois-tu pas comment on seigneur a traité les Ad d'Aram, posesseurs de tentes, d'Iram aux colonnes448, peuple tel qu'il n'en fut pas créé de pareil dans le monde?
(ibn Battuta, Livre des Exemples).449
Voici un autre exemple encore plus invraisemblable et plus enraciné dans l'erreur. C'est celui que colportent les exégètes du Coran lorsqu'ils expliquent cette parole de Allah dans la sourate al-Fajr:
Ne vois-tu pas comment ton Seigneur a traité les Ad d'Iram aux colonnes450 ?
Ils font du mot Iram le nom d'une ville dont il eft dit qu'elle a des piliers ou colonnes. Ils rapportent que Ad ibn Us ibn Iram, avait eu deux fils, Shadid et Shaddad, qui régnèrent après lui. Shadid mourut, tout le pouvoir échut alors à Shaddad, et les rois lui furent soumis.
Ayant entendu une description du paradis, il dit:
-Je bâtirai un lieu pareil.
Il édifia la ville d'Iram dans le désert d'Aden en trois cents ans. On raconte que c'était une grande ville. Ses palais étaient d'or et d'argent, ses colonnes d'émeraude et de saphir. On y trouvait toutes sortes d'arbres et des rivières qui coulaient librement. Lorsque son édification fut terminée, Shaddâd voulut s'y rendre avec les habitants de son royaume. Mais à un jour et une nuit de marche de la ville, Allah envoya contre eux une clameur du ciel, et tous périrent. (
)
Mais depuis, de cette ville, on n'entendit plus parler nulle part. Le désert du Yémen où elle aurait été édifiée se situe au centre de ce pays. Or, c'est une région qui n'a pas cessé d'être habitée ; les voyageurs et les guides l'explorent dans toutes les directions. On n'a jamais rapporté aucune information au sujet de cette ville. Aucun historien, aucune nation n'en parle451.
Iram.
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, introduction I).452
Un récit plus invraisemblable que le précédent, et qui paraît être encore davantage un produit de limagination, est celui que nous font les commentateurs, dans leur explication de la sourate de lAurore , relativement à cette parole du Allah très haut : Nas-tu pas vu de quelle manière ton seigneur traita Aad dIrem dhat el-Eïmad. Ils supposent que le mot Irem est le nom dune ville ornée deïmad, cest--à-dire, de colonnes. Suivant eux, Aad, fils dAous , fils dIrem, eut deux fils, savoir : Chedîd et Cheddad, qui régnèrent après lui. Chedîd, étant mort, laissa le trône à Cheddad, auquel se soumirent tous les rois de ces contrées. Ce prince, ayant entendu faire la description du paradis, déclara quil en construirait un semblable. Il bâtit, en effet, dans les déserts dAden, une ville dont la construction exigea trois cents ans de travaux : Cheddad vécut jusquà lâge de neuf cents ans. Cétait une ville immense, dont les palais étaient bâtis en or et en argent ; les colonnes étaient démeraudes et de rubis ; on y voyait des arbres de toute espèce et des eaux jaillissantes. Lorsque les travaux furent achevés, le roi sy dirigea accompagné de ses sujets. Il en était encore à la distance dun jour et dune nuit de marche, lorsque Dieu lança contre eux, du haut du ciel, un cri effroyable, qui les fit mourir tous. Voilà ce que racontent Taberi, Thaalebi, Zamakhcheri et autres commentateurs. Ils rapportent aussi quun des compagnons du Prophète, le nommé Abd Allah Ibn Kilaba, étant sorti pour chercher des chameaux qui lui appartenaient, découvrit par hasard cette ville, doù il emporta tout ce quil put. Le khalife Moaouîa, ayant appris cette nouvelle, fit venir Abd Allah qui lui raconta ce quil avait vu. Ensuite il envoya chercher Kâb el-Ahbar et linterrogea à ce sujet. Kâb lui répondit : " Cest là Irem dhat el-Eïmad ; elle doit être visitée sous votre règne par un musulman à teint rouge clair, petit de taille, ayant une tache noire au-dessous du sourcil et une autre sur le cou. Cet homme sortira pour aller à la recherche de ses chameaux. " Se retournant alors, et apercevant Ibn Kilaba, il sécria : " Par Allah ! voilà justement lhomme dont jai parlé. "
Depuis cette époque on na jamais entendu dire quune pareille ville existât dans aucune contrée du monde. Les déserts dAden, où lon prétend quelle avait été construite, occupent le milieu du Yémen. Or cette province a été constamment habitée ; ses routes ont été parcourues dans toutes les directions par des caravanes et par des guides de voyageurs, et cependant on na jamais obtenu le moindre renseignement sur cette ville ; aucun narrateur, aucun peuple nen a fait mention. Si lon disait quelle était tombée en ruines et avait disparu, ainsi que bien dautres monuments des temps anciens, ce serait répondre dune manière assez plausible ; mais le récit fait par ces auteurs indique quelle est une ville encore existante. Suivant dautres, la ville dont il sagit est Damas ; ils se fondent sur loccu-pation de cette capitale par la tribu dAad. Enfin quelques-uns poussent lextravagance au point de prétendre quIrem est invisible et ne peut être aperçue que par des hommes habitués aux exercices de haute dévotion, ou par des magiciens. On peut regarder toutes ces assertions comme autant de fables.
Les interprètes ont adopté ce conte afin de pouvoir rendre raison de la construction grammaticale suivant laquelle les mots dhat el-eïmad servent de qualificatif au mot Irem, et, comme ils attribuent au terme eïmad le sens de colonnes, il sensuivait quIrem était un édifice. Cette explication leur fut inspirée par la leçon quadopta Ibn ez-Zobeïr, et suivant laquelle on prononce Aadi Irem, où lantécédent gouverne son complément au génitif et ne porte plus le tenouîn . Ce fut alors quils adoptèrent ces histoires qui ressemblent à des contes faits à plaisir, à ces explications attribuées à Sîfawaih et que lon a mises au nombre des anecdotes divertissantes. Du reste, eïmad désigne les poteaux de tentes ; si lon veut entendre, par ce mot, des colonnes, cela ne serait pas invraisemblable, vu que les Aadites, en général, avaient la réputation délever beaucoup dédifices et de colonnes, et dêtre doués dune force prodigieuse. Il ne faut pas supposer que, dans la phrase déjà citée, ce terme soit employé comme le nom propre dun certain édifice situé dans telle ou telle ville. Si lon admet que le premier des deux noms régit lautre au génitif, ainsi que cela se trouve dans la leçon dIbn ez-Zobeïr, il faut y voir le même genre de rapport dannexion qui a lieu entre le nom dune tribu et celui dune de ses branches, comme par exemple : Coreïch-Kinana, Elîas-Moder, Rebîah-Niza. Alors on na pas besoin de faire une supposition invraisemblable et de létayer par des histoires apocryphes. Loin du livre de Allah la profanation dêtre expliqué au moyen de contes où il ny a pas lombre de la vérité !
(Tabari, Tafsir 7/65).
A l'époque où Allah suscita Hud453 parmi eux, la région où les Ad faisaient leur halte et se regroupaient était la région des Aqhaf, bandes de sable s'étendant au Yémen de Oman jusqu'au Hadramut. Toutefois les Ad se répandirent dans tout le pays des Arabes
§ 31. Les Nabatéens.
Ce célèbre peuple de commerçants454 a aussi laissé de nombreuses traces de sa prospérité dans la région de Pétra, sous la forme de tombes rupestres monumentales.455 Les textes musulmans les mentionnent parfois, alors qu'ils sont été remplacés à ce moment par les Arabes Ghassanides456.
Ce sont sans doute les seuls Arabes de l'Antiquité connus du grand public, qui d'ailleurs ne connait pas le arabité. Le malentendu vient évidemment du style de l'architecture employée dans leurs tombes. L'aire de peuplement de ces nomades s'étend jusqu'au Sinaï457 et en Afrique.458
1. La région de la Nabatène.
Les premières descriptions insistent sur les lieux qui tiennent de refuge à ce peuple, des rochers, des déserts, qui leur servent aussi de base pour leurs déprédations. Ils semblent hors de tout contrôle, du moins jusqu'à l'empire romain.
(Diodore, Bibliothèque Historique II 48 ; III 43, 4-5).459
Nous allons parler maintenant des autres contrées de l'Asie dont nous n'avons pas encore fait mention ; commençons par l'Arabie. Ce pays est situé entre la Syrie et l'Egypte ; de nombreuses peuplades se le distribuent. Les Arabes qui habitent la partie orientale, et qui sont connus sous le nom de Nabatéens, occupent une région déserte, sans eau et très peu fertile, ils vivent de brigandage en pillant les territoires voisins, Ils sont difficiles à dompter dans les combats: ils ont creusé dans leurs plaines des puits qui ne sont connus que d'eux, et se mettent à l'abri du danger en se réfugiant dans l'intérieur du pays privé d'eau, ils trouvent ainsi abondamment à boire, tandis que les étrangers qui les poursuivent meurent de soif dans ces sables arides, ou sont fort heureux de revenir chez eux après bien des fatigues. C'est ce qui expliqué pourquoi les Arabes de cette contrée sont inexpugnables - ils n'obéissent à aucun maître, et n'ayant jamais voulu reconnaître l'autorité de souverains étrangers, ils conservent une indépendance absolue. Les Assyriens, les rois des Mèdes, les rois des Perses et des Macédoniens, malgré leurs forces et leur adresse, furent impuissants à réduire les Arabes en esclavage. Il existe dans le pays des Nabatéens un rocher immense, forteresse naturelle ; on n'y monte que par un sentier étroit, quelques hommes y passent à peine en se dépouillant de leurs armes. Il y a aussi un grand lac qui produit beaucoup d'asphalte460 dont ils tirent de grands revenus. Ce lac a cinq cents stades de longueur sur soixante de large ; son eau est fétide et amère, aucun poisson ni animal aquatique ne peut y vivre. Bien que ce lac reçoive un grand nombre de fleuves dont l'eau est excellente, sa mauvaise odeur persiste.
(
)
Quand on a longé en naviguant ce pays, à la suite, se présente le golfe Lainitès , entouré de nombreux villages qu'habitent les Arabes appelés Nabatéens. Ils occupent une partie importante de la côte et une aussi grande partie du pays qui s'étend vers l'intérieur ; ils forment un peuple plus considérable qu'on ne peut le dire et ont des troupeaux de bétail plus nombreux qu'on ne peut le croire. Ce peuple, autrefois, vivait en observant la justice et en se contentant de la nourriture procurée par les troupeaux, mais, par la suite, quand les rois d'Alexandrie461 eurent ouvert la voie maritime aux marchands, les Nabatéens s'attaquèrent aux naufragés et équipèrent des bateaux-pirates pour piller les navigateurs
2. Moeurs des Nabatéens.
Le géographe s'attarde sur leurs habitudes de banquet et les moeurs sexuelles, ce qui attire l'attention du public : l'impression d'ensemble est plutôt celle d'une communauté tranquille, licencieuse, sympathique.
(Strabon, Géographie XVI 26).462
Les Nabatéens sont sobres et parcimonieux au point que la loi chez eux frappe d'une amende celui, qui a écorné son bien et décerne au contraire des honneurs à celui qui l'a augmenté. Comme ils ont peu d'esclaves463, ils sont servis habituellement par des parents, à charge de revanche bien entendu ; bien souvent il leur arrive aussi de se servir eux-mêmes, et cette nécessité s'étend jusqu'aux rois. Es prennent leurs repas par tables de treize, et à chaque table sont attachés deux musiciens. Le roi a une grande salle lui lui sert à donner de fréquents banquets. Dans ces banquets personne ne vide plus de onze coupes (l'usage est, chaque fois qu'on a bu d'échanger contre une autre la coupe d'or que l'on vient de vider)464.
La dîme des Nabatéens.465
(Malik, Muwatta 17, 4, 9).
Comme jeune homme, je travaillais avec Abdullah ibn Oqba (
) au marché de Médine, du temps d'Omar466 (..) et nous avions coutûme de prélever une dîme467 sur les Nabatéens.
Lagronomie nabatéenne.468
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, Livre III).469
Le livre dont on attribue la composition aux savants du peuple nabatéen, celui qui a pour titre lAgriculture nabatéenne et qui fut un des ouvrages des Grecs que lon traduisit (en arabe), renferme une foule de renseignements (touchant ces matières) ; mais les musulmans en ayant pris connaissance, et sachant que la porte de la magie était fermée pour eux et que létude de cet art leur était défendue, se bornèrent à en accepter la partie qui traitait des plantes sous le point de vue de leur mise en terre, des soins quon doit leur donner et de ce qui se présente dans de pareils cas ; aussi rejetèrent-ils les passages qui traitaient de lautre art (la magie). Ibn el-Aouwam fit un abrégé de ce livre, en se conformant au plan (que les musulmans avaient adopté), et dès lors lautre branche de cet art , (cest-à-dire la magie) tomba dans loubli. Maslema en a cependant reproduit, dans ses écrits, les principaux problèmes, ainsi que nous lindiquerons dans le chapitre où nous parlerons de la magie.
3. La population nabatéenne.
E. Renan a été un des tout premiers à publier les textes tirés des inscriptions funéraires nabatéennes, mettant ainsi en lumière, de façon précoce, cette population.470
Inscriptions funéraires nabatéennes (Madayn Saleh).471
N°. 1.
De l'an 41 de J.-C.472
Ceci est le mesgeda473 qu'a fait élever Seruh, fils de Tuka, à Aera de Bosra474 , grand dieu475 . Dans le mois de nisan de l'an 1 du roi Malkhos476.
N°. 2.
De l'an 2 de J.-C.
C'est ici le caveau que firent faire Kamkam, fils de Tuallat, fils de Taharam, et Koleybat sa fille pour eux, pour leurs enfants et leurs descendants, au, mois de tebeth de l'année neuvième de Aréthas477 , roi des Nabatéens, aimant son peuple. Que Dusarès et Martaba et Allat
et Manat et Kays478 maudissent celui qui vendrait ce caveau, ou l'achèterait, ou le mettrait en gage, ou le donnerait ou en tirerait les corps, ou celui qui y enterrerait d'autres que Camcam et sa fille et leurs descendants. Et celui qui ne se conformerait pas à ce qui est ici écrit, qu'il en soit justiciable devant Dusarès et Hobal et Manat, gardiens de ce lieu, et qu'il paye une amende de mille selayn à l'exception de celui qui produirait un écrit de Kamkam ou de Koleybat, sa fille, ainsi conçu : " Qu'un tel soit admis dans ce caveau. "
Wahbelahi, fils de Abdobodat, a fait.
N°. 3.
De l'an 40 de J.-C.
Ceci est le caveau qu'a fait faire Mati, le stratège479 , fils d'Euphronios, l'éparque480 , pour lui- même et pour ses enfants, et pour Vaal, sa femme, et pour ses fils, dans le mois de hisan de l'année quarante-huitième de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple. Que personne n'ose ni vendre, ni mettre en gage, ni louer ce caveau-ci.
Wahbelahi, fils de Abdobodat, a fait. À perpétuité.
N°. 4.
Date illisible, vers 25 après J.-C.
Ce caveau a été fait construire par Seli, fils de Riswa, pour lui et pour ses fils et pour ses descendants en ligne légitime. Que ce caveau ne soit point vendu, qu'il ne soit point mis en gage, et quiconque fera autrement que ce qui est marqué ici, il sera redevable au dieu Dusarès, notre Seigneur, de mille selayn
Dans le mois de nisan de l'année de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple. Aftah le tailleur de pierre a fait.
N°. 5.
Date illisible, au moins pour le premier chiffre, peut-être de l'an 16 après J.-C.
Ce caveau a été fait construire par Taymelahi, fils de Hamlat, pour lui-même, et il a donné ce caveau à Ammah, sa femme, fille de Golhom. En vertu de l'acte de donation qui est dans sa main, elle peut en faire ce qu'elle voudra. En l'année 3 de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple..
N°. 6. (de l'an 3, 13, 23 ou 33 de J-C).
Ceci est le caveau que et à leurs descendants et à quiconque viendra
tout homme qui
et quiconque le mettra en gage
Et quiconque fera autrement que ce qui est écrit aura sur lui le double de la valeur de tout ce lieu-ci, et la malédiction de Dusarès et de Manât. Dans le mois de nisan de l'an
. de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple. Et quiconque
. dans ce caveau ou changera quelque chose à ce qui est écrit, il aura à payer à Dusarès mille selayn
.
Aftah [le tailleur de pierre a fait].
N°. 7.
De l'an 3 avant J.-C.
C'est ici le caveau que fit Khaled, fils de Xanten, pour lui et pour Sayd, son fils, et pour les frères quels qu'ils soient de ce dernier, enfants mâles qui naîtraient à Khaled, et pour leurs fils et leurs descendants, par descendance légitime, à perpétuité. Et que soient enterrés dans ce caveau les enfants de Sayd
Solaymat, fille de Khaled
tout homme, hors Sayd et ses frères mâles, et leurs enfants et leurs descendants, qui vendra ce caveau et en écrira une donation ou à n'importe qui, excepté celui qui aurait un écrit en forme dans sa main,
. Celui qui ferait autrement que ceci devra au dieu Dusarès, notre Seigneur, une amende de cinquante selayn d'argent
notre Seigneur
Kays. Dans le mois de nisan de la quatrième année de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple. Duma et Abdobodat, sculpteurs.
N° 8.
Date illisible vers l'époque même de notre ère.
Ceci est le caveau que firent Anam, fils de Gozayat, et Arsacès481 , fils de Tataym le stratège.
et Kalba, son frère. À Pnamou appartiendra le tiers de ce caveau et sépulcre, et à Arsacès
les deux autres tiers de ce caveau et sépulcre, et la moitié des niches du côté est et les loculi [qui y sont]. À Anemu appartiendra la moitié des niches du côté sud, et les loculi482 qui y sont. (Ces loculi appartiendront) à eux et à leurs enfants en ligne légitime. Dans le mois de tebeth
de l'année
de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple. Le tailleur de pierre a fait
N°. 9.
De l'an 16 de J.-C.
Ce loculus a été fait par Tusuh, fils de
pour lui, de son vivant, et pour ses filles.
Et quiconque le
ou le tirera hors de la fosse,
qu'il paye à notre Seigneur Aréthas, roi des Nabatéens, ami de son peuple, mille selayn
. ; et au dieu Dusarès, seigneur de tous les dieux. Celui qui
la fosse
la malédiction de Dusarès et de tous les dieux.
Dans le mois de
de l'année 23 de Aréthas roi des Nabatéens, ami de son peuple.
N°. 10.
De l'an 77 après J.-C.
Ceci est le caveau de Hoynat fille d'Abdobodat, pour elle, pour son fils et ses descendants, et pour ceux qui produiront en leur main, de la main de Hoynat, un écrit en cette forme " Qu'un tel soit enterré en tel caveau." Ce caveau a appartenu à Abdobodat,
à Hoynat ou Abdobodat fils de Malikat, soit Abdobodat soit Hoynat, soit tous ceux qui
ce caveau l'écrit que voici : " Qu'il soit enterré dans ce caveau, à côté d'Abdobodat. " Que personne n'ose vendre ce caveau, ni le mettre en gage, ni
dans ce caveau. Et quiconque fera autrement, qu'il doive à Dusarès et à Manât mille selayn d'argent, et autant à notre Seigneur Dabel, roi des Nabatéens. Dans le mois d'iyyar de l'année deuxième de Dabel, roi des Nabatéens.
N°. 11.
De l'an 61 de J.-C.
Ceci est le caveau qu'a fait construire Hoynat, fille de Wahb, pour elle-même, et pour ses enfants et ses descendants, à perpétuité. Et que personne n'ose le vendre, ou le mettre en gage, ou écrire dans ce caveau-ci, et quiconque fera autrement que ceci, que sa part
En l'année vingt et unième du roi Malkhos 483 , roi des Nabatéens.
N°. 12.
(Date illisible, antérieure à l'an 40 de notre ère).
Ce caveau a été fait par Maénat et Higr, fils de Amiérah, fils de Wahb, pour eux et leurs enfants et leurs descendants, Maénat
une part de ce caveau-ci
dans le lieu
de Higr
une part
Maénat
il devra au dieu Dusarès mille selayn d'argent
la malédiction de Dusarès. Dans le mois de tisri de l'année de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple.
N°. 13.
De l'an 6 de J.-C.
Cette fosse
sa fille
tous ceux qui y seront enterrés dans toutes les fosses qui sont dans ce caveau autres que autre que cette fosse-ci
il devra à Dusarès cent selayn
et à notre Seigneur le roi Aréthas tout autant. Dans le mois de thebet de l'année 13 de Aréthas, roi des Nabateens, aimant son peuple.
N°. 14.
De l'an 40 de J.-C.
C'est ici le caveau de Sabu, fils de Moqimu, et de Maykat, son fils, leurs enfants et leurs descendants légitimes, et de quiconque apportera dans sa main, de la part de Sabu et de Meikat, un écrit
qu'il y soit enterré,
enterré
Sabu. En l'année quarante-huitième de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple.
N°. 15.
An 49 de J.-C.
C'est ici le caveau de Banu, fils de Sayd, pour lui-même et ses enfants et ses descendants et ses asdaq. Et que personne n'ait le droit de vendre ou de louer ce caveau. À perpétuité. En l'année neuvième du roi Malkhos, roi des Nabatéens. Hono
[fils de] Obaydat, sculpteur.
N°. 16.
(Date illisible, entre 40 et 75 après J.-C).
Caveau destiné à Abda, à Aliel, à Géro, fils de Aut, et à Ahadilu, leur, mère, fille de Hamin, et à quiconque produira en sa main un écrit ainsi conçu : " Qu'il soit enterré dans mon tombeau. À eux et à leurs descendants. En l'année neuvième de Malkhos.
N°. 17.
(Non datée).
Ceci est le loculus qu'a fait Tahged pour Mesalmana, son frère, et pour Mahmit, sa fille. Qu'on n'ouvre pas sur eux durant l'éternité.
N°. 18.
De l'an 17 après J.-C.
Ceci est le caveau et tombeau que fit construire Maénat fils d'Anhan, pour lui-même et ses fils et ses filles et leurs enfants. En l'année vingt-quatrième de Aréthas, roi des Nabatéens, aimant son peuple.
N°. 19.
De l'an 79 après J.-C.
Ceci est le caveau d'Anilat, fils de Malikat, pour lui et pour ses enfants après lui. En l'année quatrième de Dabel, roi des Nabatéens.
N°. 20. Date illisible.
Ceci est le caveau de Higr, fils de
et de
ilat, pour eux-mêmes et pour leurs enfants et leurs descendants . En l'année
N°. 21. Non datée.
Ce caveau est pour Sakinat, fils de Tamrat et ses fils et ses filles et leurs enfants.
N°. 22.
Pour Hayl, fils de Duna, (et) ses descendants.
4. Une attaque des Macédoniens contre la Nabatène.
L'historien Diodore de Sicile évoque assez longuement un épisode connexe des luttes entre les Diadoques déchirant l'empire d'Alexandre: Antigone le Borgne tente une excursion contre les Nabatéens, en 312 avant J.-C. L'auteur profite de l'occasion pour se livrer à quelques observations ethnologiques. On remarquera que les assaillants adaptent leur tactique à celle des combattants arabes.
(Diodore, Bibliothèque Historique 19, 114).484
Antigone, après avoir recouvré sans lutte toute la Syrie et la Phénicie, projeta une expédition contre le territoire des Arabes qu'on appelle Nabatéens. Puisque ce peuple, jugeait-il, était hostile à ses intérêts, il choisit parmi ses amis Athénaios, auquel il donna quatre mille fantassins légers et six cents cavaliers capables de se déplacer très rapidement, avec ordre d'attaquer les barbares par surprise et de razzier tout le petit bétail.
Pour ceux qui les ignorent, il est utile de rapporter les usages de ces Arabes, grâce auxquels, semble-t-il, ils sauvegardent leur liberté. Ils vivent en plein air et appellent patrie ce territoire sans habitations, qui n'a ni rivières ni sources abondantes pouvant ravitailler en eau une armée ennemie. Ils ont pour coutume de ne pas semer de grains, de ne pas planter d'arbres fruitiers, de ne pas boire de vin et de ne pas construire de maisons. Si quelqu'un est pris à agir autrement, le châtiment est la mort. Ils suivent cette coutume parce qu'ils croient que, pour pouvoir en jouir, les possesseurs de ces biens se laisseront aisément contraindre par les puissants à exécuter leurs ordres. Certains élèvent des chameaux, d'autres du petit bétail qu'ils font paître dans le désert. Des nombreuses tribus arabes qui font paître leurs bêtes dans le désert, ceux-ci sont de loin les plus riches, quoique leur nombre ne dépasse guère dix mille. Un grand nombre d'entre eux a, en effet, pour coutume de transporter jusqu'à la mer l'encens, la myrrhe et les plus précieux des aromates que leur remettent ceux qui les acheminent depuis l'Arabie dite " heureuse ". Ils aiment passionnément la liberté, et lorsqu'une forte troupe ennemie s'avance, ils s'enfuient dans le désert qui leur sert de forteresse : le manque d'eau le rend inaccessible aux autres, mais, pour eux seuls qui ont creusé dans la terre des réservoirs revêtus d'un enduit de chaux, il est un asile sûr. Le sol y étant tantôt argileux, tantôt constitué d'une roche tendre, ils y creusent de grands trous ; ils leur donnent un orifice minuscule mais ils l'élargissent au fur et à mesure qu'ils creusent, si bien qu'à la fin, la dimension obtenue est celle d'un plèthre485 de chaque côté. Après avoir rempli ces réservoirs d'eau de pluie, ils en bouchent les ouvertures et égalisent le sol tout autour tout en laissant des signes connus d'eux, mais imperceptibles pour les autres. Ils ne donnent à boire au petit bétail que tous les trois jours pour qu'il n'ait pas sans cesse besoin d'eau en cas de fuite dans le désert. Eux-mêmes se nourrissent de viande et de lait et des plantes sauvages comestibles. Leur pays produit, en effet,du poivre et du miel en abondance, celui qu'on appelle sauvage et qui coule des arbres mêlé d'eau, il leur sert de boisson486 . Il y a d'autres tribus arabes dont certaines, même, cultivent le sol, mêlées aux populations qui payent tribut, et vivent exactement comme les Syriens, mais n'habitent pas dans des maisons.
Voilà donc les murs des Arabes. Comme approchait le moment d'une réunion générale à laquelle les gens d'alentour ont coutume de se rencontrer, les uns pour vendre des marchandises, les autres pour acheter ce qui leur sera utile, ils partirent pour celle-ci en laissant sur un tertre rocheux leurs biens et les personnes âgées, sans compter les enfants et les femmes. Cette place était extrêmement forte bien que sans murailles et se trouvait à deux jours de marche du pays habité. Athénaios, qui avait guetté cette occasion, se dirigea en hâte vers le rocher, avec ses troupes équipées à la légère. Après avoir parcouru deux mille deux cents stades depuis l'éparchie487 d'Idumée488 en trois jours et autant de nuits, ils n'attirèrent pas l'attention des Arabes et se rendirent maîtres du tertre rocheux, au milieu de la nuit. Sans perdre de temps, ils tuèrent ou capturèrent les occupants, laissant sur place quelques blessés, et ils rassemblèrent la plus grande partie de l'encens et de la myrrhe ainsi qu'environ cinq cents talents d'argent. Ils n'y passèrent que le temps d'une garde, puis repartirent en hâte, car ils pensaient être poursuivis par les Barbares. Après avoir parcouru deux cents stades, ils établirent leur camp ; ils étaient exténués et assurèrent négligemment les gardes comme s'ils pensaient que l'ennemi ne pourrait venir avant deux ou trois jours.Mais les Arabes, prévenus par ceux qui avaient vu l'armée, se regroupèrent sur-le-champ et, abandonnant la réunion, ils arrivèrent au tertre rocheux. Informés par les blessés de ce qui s'était passé, ils se précipitèrent à la poursuite des Grecs. Athénaios et les siens avaient établi leur camp sans précautions et dormaient, assommés par la fatigue ; aussi quelques prisonniers s'enfuirent-ils à leur insu. Ils renseignèrent les Nabatéens sur la situation des ennemis et ceux-ci attaquèrent le camp vers la troisième garde au nombre de huit mille, au moins. La plupart des hommes d'Athénaios, qui étaient encore couchés, furent égorgés, les autres, qui s'éveillaient et couraient aux armes, furent abattus à coups de javelots. Finalement, tous les fantassins furent tués et, parmi les cavaliers, cinquante environ se sauvèrent, blessés pour la plupart. Voilà donc comment Athénaios et ses hommes, après un premier succès, connurent ainsi ensuite l'échec par leur propre imprudence, car le manque d'application et de précaution suit toujours le succès. C'est pourquoi certains pensent avec raison qu'il est plus facile de se comporter de façon avisée en cas de malheur qu'avec sagesse en cas de très grande réussite. L'un, en eff et, vous force à être vigilant, par peur de l'avenir, tandis que l'autre, à cause de la bonne fortune précédente, pousse à ne prendre aucune précaution.
§ 32. Palmyre
L'oasis de Palmyre489 connait sous l'empire romain une prospérité exceptionnelle dont témoignent les multiples monuments de la cité. Au troisième siècle après J.-C. , Elle tente même de créer un véritable empire, sous le règne de la prestigieuse reine Zénobie490. Cette extraordinaire personnalité mérite que l'on présente de longs textes d'origine romaine.
1. La prospérité des caravaniers.
Cette " Venise des Sables " contrôle le commerce caravanier entre Orient et Occident. Elle est une étape entre la Méditerranée et le golfe persique. De multiples inscriptions et reliefs attestent de l'opulence et du prestige d'une classe de grands marchands.
Un chef de caravanes.
(Inscription honorifique de 193 après J.-C.).491
Cette statue est celle de Taymarsô, fils de Taymè, fils de Mokimô, fils de Garba, chef de caravane, que lui ont élevé les caravaniers qui sont montés avec lui de Spasinou Kharax492, parce qu'il leur a épargné une dépense de 300 deniers d'or ancien poids, et qu'il leur a été agréable ; pour l'honorer, lui et ses fils Yaddai et Zabidbôl, au mois de nisan493 l'an 504.
Un notable de Palmyre .
(Inscription de 132 après J.-C.) .
En l'honneur de Soados, fils de Bôliadès, petit-fils de Soados, homme pieux et ami de sa patrie, qui en de nombreuses et grandes occasions assista noblement et généreusement les commerçants, les caravanes et ses concitoyens établis à Vologésiade494 , qui se montra touiours généreux de sa vie et de sa fortune pour les intérêts de sa patrie, et qui fut honoré pour cette raison par des arrêtés, des décrets et des statues au nom de l'Etat, ainsi que par des lettres et un édit de Publicius Marcellus, le très illustre seigneur consulaire. Etant donné qu'il a sauvé la caravane récemment arrivée de Vologésiade du grand danger qui la menaçait, cette même caravane lui a élevé quatre statues en reconnaissance de sa valeur, de sa noblesse et de sa piété, l'une ici même, dans le sanctuaire de Zeus, une dans le bois sacré495, une dans le sanctuaire d'Arès et la quatrième dans le sanctuaire d'Atargatis, par l'entremise des chefs caravaniers Agegos, fils de Iaribôlès, et Thaymarsos, fils de Thaymarsos, l'an 443, au mois de Péritios.
2. Zénobie.
Les textes romains ont laissé le portrait fasciné de la reine Zénobie, personnalité exceptionnelle du IIème siècle après J.-C. , au moment de l'apogée de ce royaume oriental et arabe.496
Son portrait.
(Histoire Auguste).497
Elle était, dit-on, si chaste qu'elle n'avait de relations sexuelles avec son mari que dans un but de procréation. En effet, une fois qu'elle avait couché avec lui, elle refusait tout rapport jusqu'à ses prochaines règles pour voir si elle était enceinte. Dans le cas contraire, elle lui permettait de tenter à nouveau d'avoir un enfant. Elle vivait au milieu d'un faste royal. Elle se faisait adorer plutôt à la manière perse et ses banquets se déroulaient selon le cérémonial des rois de Perse. Mais c'est à la manière des empereurs romains qu'elle se présentait aux assemblées des soldats, coiffée d'un casque et portant une écharpe de pourpre dont les franges laissaient à leur extrémité pendre des pierreries, tandis qu'était fixée au centre en guise de broche féminine une gemme en forme d'escargot, ses bras étaient souvent nus. Elle avait le visage basané, le teint foncé498 , des yeux noirs d'une exceptionnelle vivacité, un esprit extraordinaire, un charme incroyable. Sa dentition était d'une telle blancheur que beaucoup croyaient que des perles lui tenaient lieu de dents. Sa voix avait un timbre éclatant et viril. Elle affichait, quand la nécessité l'exigeait, la rigueur propre aux tyrans, mais quand l'équité le demandait, la clémence propre aux bons princes. Elle était d'une générosité mesurée, gérait ses trésors avec une économie rare chez une femme ; elle utilisait un carrosse, rarement une voiture pour dames, mais se déplaçait le plus souvent à cheval. Il lui arrivait, dit-on, souvent de faire avec ses fantassins des marches de trois ou quatre milles. Elle chassait avec une fougue toute espagnole. Elle buvait fréquemment avec ses généraux, bien qu'elle fût sobre par ailleurs ; elle buvait aussi avec des Perses et des Arméniens pour les faire rouler sous la table. Elle utilisait pour ses banquets des vases à boire en or rehaussés de pierreries ainsi que d'autres ressemblant à ceux dont se servait Cléopâtre. Elle avait pour son service des eunuques d'âge avancé mais fort peu de filles. Elle avait obligé ses fils à parler latin, si bien qu'ils ne s'exprimaient en grec qu'avec difficulté et rarement. Pour sa part, elle n'avait pas une connaissance parfaite de la langue latine et était en la parlant paralysée par la timidité. En revanche elle parlait l'égyptien à la perfection. Elle était si versée dans l'histoire d'Alexandrie et de l'Orient qu'elle en composa, dit-on, un abrégé. Quant à l'histoire romaine, elle l'avait lue en grec.
Son époux.
(Histoire Auguste, in " Les Trente tyrans" 15).
Si, après la capture de Valérien et au milieu de l'épuisement des forces de l'État romain, Odénath, prince de Palmyre, ne s'était pas emparé du pouvoir, tout aurait été perdu en Orient. Aussi commença-t-il par prendre le titre de roi puis, accompagné de sa femme Zénobie, son fils aîné nommé Hérodès et ses fils cadets Hérennianus et Timolaos, il réunit une armée et se lança contre les Perses. Il soumit d'abord à son autorité Nisibis et la plus grande partie de l'Orient avec toute la Mésopotamie, après quoi il vainquit le roi en personne et le contraignit à s'enfuir. Il poursuivit enfin Sapor jusqu'à Ctésiphon499 et, après avoir fait main basse sur ses concubines ainsi que sur un énorme butin, il se dirigea vers l'Orient. Il espérait pouvoir abattre Macrien qui venait d'usurper le pouvoir en s'opposant à Gallien ; mais comme Macrien, déjà parti affronter Auréolus et Gallien, avait trouvé la mort, il tua son fils Quiétus, tandis que Ballista, à ce que beaucoup affirment, s'attribuait le titre impérial pour éviter d'être lui aussi mis à mort. Néanmoins, après avoir en grande partie stabilisé la situation en Orient, Odénath fut assassiné par son cousin Maeonios - qui s'était également emparé du pouvoir - ainsi que son fils Hérodès qui, de retour de Perse, avait été aussi proclamé empereur en même temps que son père. Je crois que les dieux en voulaient à l'État puisque après la mort de Valérien ils ne consentirent pas à sauver Odénath. Or il est certain que ce dernier, aidé de sa femme Zénobie, aurait relevé non seulement l'Orient, auquel il avait déjà restitué sa situation antérieure, mais absolument toutes les parties de l'univers. C'était un guerrier énergique et qui, comme l'affirment un grand nombre d'écrivains, s'était acquis une célébrité durable par ses fameux talents de chasseur : dès sa jeunesse, en effet, il prodigua sa sueur en occupations viriles, capturant lions, léopards, ours et autres animaux des forêts ; il aimait vivre dans les bois et les montagnes, et supportait la chaleur, la pluie et tous les désagréments inhérents aux plaisirs de la chasse. Endurci par ces pratiques, il put, pendant les guerres contre les Perses, subir le soleil et la poussière. Son épouse les tolérait tout aussi bien et passait même, dans l'esprit de beaucoup, pour être encore plus intrépide que son mari ; c'était la plus noble de toutes les femmes d'Orient et, comme l'affirme Comélius Capitolinus, la plus belle.
Son empire.
(Histoire Auguste, Vie d'Aurélien 22-28).
Après avoir donc réglé ce qui concernait les fortifications, l'état de la ville et l'administation civile, Aurélien500 se tourna contre les Palmyréniens, c'est-à-dire Zénobie, qui , au nom de ses fils, tenait l'empire d'orient.(
)
Puis un engagement décisif contre Zénobie et son allié Zabdas501 se déroula en une grande bataille près d'Emèse. (
)
Aurélien se dirigea ensuite vers Palmyre pour prendre la ville d'assaut et mettre ainsi un terme à ses harassantes entreprises. Mais, en cours de route, il dut faire face à de nombreux incidents provoqués par des brigands syriens qui ne cessaient de harceler son armée, et, pendant le siège, il courut un grave danger puisqu'il fut même blessé par une flèche.
Nous possédons une lettre qu'il adressa à Musapor, et dans laquelle, sans souci de la réserve inhérente à la dignité impériale, il fait des confidences sur les difficultés de cette guerre:
Les Romains disent que je fais seulement la guerre contre une femme, comme si Zénobie était toute seule à se battre contre moi, et avec ses seules forces personnelles ; or le nombre des ennemis est aussi grand que si je devais me battre contre un homme, sauf qu'ils sont placés sous le commandement d'une femme qui, par suite de sa mauvaise conscience et de la crainte qu'elle éprouve, est un adversaire bien pire. Il est impossible de préciser quelle quantité de flèches, quel appareil militaire, quelle quantité de javelots et de pierres se trouvent ici ; il n'est pas une fraction de mur qui ne soit occupée par deux ou trois ballistes502 , il y a aussi des machines qui lancent des projectiles enflammés. Que dire de plus ? Elle est peureuse comme une femme mais combat comme un homme qui redoute le châtiment. J'ai néanmoins la ferme conviction que les dieux, qui n'ont jamais refusé leur assistance à nos entreprises, accorderont leur aide à l'État romain.
Finalement, exténué et découragé par ses revers, il envoya à Zénobie une lettre par laquelle il lui demandait de se rendre tout en lui promettant la vie sauve ; en voici la copie :
Aurélien, empereur du monde romain et nouveau conquérant de l'Orient, à Zénobie et à tous ceux que lie à elle une entente militaire. C'est de votre propre initiative que vous auriez dû faire ce que ma lettre vous impose maintenant. Je vous ordonne en effet de vous rendre en vous offrant en échange la vie sauve, à la condition, Zénobie, que tu ailles vivre avec les tiens, dans le lieu que je t'assignerai, en accord avec le très noble Sénat. Vous devrez verser au Trésor de Rome pierreries, or, argent, soie, chevaux, chameaux. Les Palmyréniens conserveront leur statut.
Au reçu de cette lettre, Zénobie répondit sur un ton plus arrogant et plus insolent qu'il ne convenait à sa situation, dans l'intention, à mon avis, d'intimider son adversaire. Je donne également ici le texte de sa lettre :
Zénobie, reine d'Orient, à Aurélien Auguste. Jamais personne avant toi n'a demandé par lettre ce que tu réclames. C'est par la seule valeur que tout doit se régler en matière de guerre.
Tu exiges ma reddition comme si tu ignorais que Cléopâtre a préféré mourir en reine plutôt que de continuer à vivre dans un rang quelconque. Les renforts perses ne nous manquent pas: nous les attendons incessamment ; nous avons de notre côté les Sarrasins et les Arméniens. Des brigands syriens ont eu raison de ton armée, Aurélien. C'est tout dire ! Lorsque arriveront donc ces forces dont j'attends la venue de toutes parts, tu abandonneras sûrement cette morgue avec laquelle tu m'intimes l'ordre de me rendre, comme si tu étais vainqueur, sur tous les fronts.
Nicomaque affirme avoir traduit du syrien en grec cette lettre que Zénobie avait personnellement dictée. Quant à la lettre précédente, elle avait été écrite en grec.
Quand il reçut cette missive, Aurélien, loin d'éprouver la honte, laissa éclater sa fureur et, rassemblant aussitôt son armée et ses généraux, assiégea Palmyre de toutes parts ; avec l'énergie qui le caractérisait, il ne laissa de côté aucun détail qui pût passer pour un défaut de mise au point ou de prévoyance. Il intercepta les renforts envoyés par les Perses, corrompit les troupes auxiliaires sarrasines et arméniennes et les fit passer de son côté en usant à la fois de violence et de diplomatie. Après de vifs assauts503 , il finit par triompher de cette femme si puissante. Zénobie, vaincue, s'enfuyait donc avec des chameaux - qu'on appelle là-bas dromadaires504 - et tentait de gagner la Perse lorsqu'elle fut capturée par des cavaliers envoyés à ses trousses et qui la remirent au pouvoir d'Aurélien. Aussi Aurélien, victorieux et désormais maître de tout l'Orient - tout en gardant Zénobie prisonnière -, prit-il à l'encontre des Perses, des Arméniens et des Sarrasins, avec beaucoup de morgue et d'insolence, les mesures qu'exigeait la situation. C'est à ce moment que furent introduits les vêtements incrustés de pierreries que nous voyons dans le temple du Soleil, les étendards perses ornés d'un dragon et les tiares perses, ainsi que ce type de pourpre que plus aucun peuple depuis ne nous a fourni et que le monde romain n'a plus jamais vu. Aussi me parait-il souhaitable d'en dire quelques mots.
Vous vous souvenez en effet qu'il y avait dans le temple de Jupiter Très Bon Très Grand situé au Capitole un court manteau de laine dont la teinte pourpre était telle que, lorsque les matrones et même Aurélien s'en approchaient avec leurs propres vêtements de pourpre, ils avaient l'air d'avoir pris la couleur de la cendre, en comparaison de cette divine brillance. Le roi des Perses qui l'avait fait venir du fin fond des Indes l'aurait, dit-on, offert en présent à Aurélien en lui écrivant:
Accepte cette pourpre qui est d'usage chez nous.
Mais c'était faux, car plus tard Aurélien, Probus et plus récemment Dioclétien firent activement rechercher ce type de pourpre en envoyant les spécialistes les plus qualifiés, sans qu'ils réussissent à le trouver. On prétend cependant qu'on obtient une telle pourpre à partir de la sandyx505 indienne si elle est convenablement traitée.
Cependant, pour en revenir à notre propos, il y eut une grande effervescence chez les soldats qui réclamaient tous que Zénobie fût châtiée. Mais Aurélien, jugeant inconvenant de mettre à mort une femme, fit tuer un grand nombre de ceux qui l'avaient poussée à déclencher, à organiser et à mener la guerre et réserva la femme à son triomphe pour qu'elle fût exhibée aux yeux du peuple romain. Parmi ceux que l'on exécuta fut, dit-on, péniblement ressenti le cas du philosophe Longinus qui passe pour avoir été le professeur de grec de Zénobie. On prétend d'ailleurs que, si Aurélien le fit mettre à mort, c'est parce qu'il se murmurait que cette lettre si insolente de Zénobie avait été dictée sur ses conseils, alors qu'en réalité elle avait été rédigée en syriaque.
Chapitre 6
L' Arabie centrale
C'est la partie la plus pauvre et la moins connue, correspondant au Hedjaz506 et au Najd actuels507 . Une route commerciale traverse cette zone et atteint les localités de Yathrib et de la Mecque ; le reste de la population est nomade et vit sous la tente: ce sont les Bédouins508, pour eux-mêmes, et des Saracènes509, pour les Grecs. Les voyageurs n'y font que passer, rapidement et n'y trouvent rien de notable à observer, à l'exception de quelques oasis.
C'est une chance pour Muhammad d'avoir initié puis développé son mouvement dans la partie la moins riche, la moins évoluée et la moins peuplée de la péninsule. Il y a donc peu à dire sur cette région, en comparaison avec les terres développées de Syrie et du Yémen. Ce déséquilibre notable a persisté à travers l'Histoire jusqu'à nos jours. C'est à travers l'islam que la région centrale a pu prendre sa revanche.
§ 33. Description géographique.
W.-G. Palgrave, Une année dans lArabie centrale 1862-1863 chap. II).510
Le principal est au milieu et sappelle naturellement les Hautes-Terres ou le Nedjed. Ainsi, au point de vue de la géographie physique, cette désignation comprend non seulement lÉtat des vouahabites quon nomme le Nedjed, mais encore le Cacim et le Chomeur ; peut-être y pourrait-on rattacher le Djôf.
Quoi quil en soit, le plateau central tient de son altitude un climat fortifiant et relativement tempéré, même sous le tropique du Cancer ; ses ouadis ou ses vallées, arrosées par des eaux plus ou moins courantes et plus ou moins longues suivant les saisons, sont pleines de fraîcheur et de vie. Beaucoup de villes et dinnombrables villages y sont entourés de champs en culture et de jardins, ou presque ensevelis au milieu des forêts de dattiers. Or, ces hautes terres forment un peu moins de la moitié de la presquîle ; en y joignant toutes les régions fertiles du littoral, on démontre quenviron les deux tiers de lArabie sont propres à la culture, et quainsi le vrai désert, le pays sablonneux ou pierreux, absolument stérile et inhabitable, est réduit à un tiers de la péninsule.
Néanmoins le désert est incontestablement et malheureusement un des traits les plus importants de lArabie et, à ce titre, il réclame quelque description plus étendue ; voici donc les principaux caractères des parties que nous en avons traversées.
Le désert pierreux de la Syrie, qui sétend de la Mer Morte au Djôf et à la vallée de lEuphrate, ne laisse guère, même en hiver, arriver de sources à la surface ; au printemps, quelque rare végétation y pousse malgré lui ; en été, ses solitudes ont laspect le plus sec et le plus désolé. Quelques chaînes de collines et de monticules varient à peine sa vaste et plate uniformité.
Entre le Djôf et les premiers gradins du Chomeur sétale le premier néfoud, ou le premier bras de cet océan de sable quon appelle le Dâna et qui fait, au milieu de la fertilité du plateau central, de fréquentes irruptions, dont plusieurs le coupent presque entièrement. Les Arabes comptent des vingtaines de néfouds ; mais le nombre peut en être réduit à quatre, dont le voyageur, parti de louest pour se rendre à lest, doit traverser deux au moins et souvent trois. Ainsi, outre celui qui sépare le Djôf du Chomeur, nous en avons passé un entre le Cacim et le Nedjed, et un autre du Nedjed au Haça. Chacun des trois nous a semblé plus difficile que lautre. Le sable nous y paraissait de plus en plus léger et mobile. Nos montures, pour avancer, en labouraient la molle surface de plus en plus péniblement. La chaleur y est torride ; la lumière, éblouissante. On y erre avec une résignation désespérée. Le sable y est si léger, et les coups de vent si capricieux, aujourdhui amoncelant de vastes collines, à la place desquelles seront creusées demain de profondes vallées, que les caravanes les plus nombreuses peuvent y être englouties sans laisser aucun vestige de leur passage.
Ces gigantesques ondulations de sable peuvent-elles être attribuées en partie au mouvement de rotation du globe qui se communiquerait imparfaitement à la substance poudreuse et désagrégée répandue à sa surface ? Mais comment encore expliquer ces entonnoirs, ces excava-tions en forme de cratère, creusés dans le vaste désert ? Jen ai vu dans les néfouds et dans le Dana, au nord et au sud de lArabie, toutes affectant la même forme exactement circulaire et nayant lair de pouvoir être attribuées ni à la nature particulière du sable ni à aucun phénomène météorologique local. Réparties dune façon fort irrégulière, elles sont si étendues que le sable soulevé par les tempêtes ne peut pas les combler.
§ 34. La société des Bédouins
Les informations sont trop rares et partiels pour arriver à un tableau cohérent de la société des nomades. C'est de plus un regard occidental -ou biblique- qui se porte sur eux511.
1. Témoignages anciens.
(Pline Histoire Naturelle VI 32).512
Concernant l'étendue de son territoire, l'Arabie n'est inférieure à aucun autre
Voisinant les nomades et tribus qui harcèlent le territoire des Chaldéens, il y a les Arabes Scénites, eux aussi un peuple nomade, mais qui prennent leur nom de leurs tentes faites de peaux de chèvres, qu'ils plantent partout où ils veulent
Les Arabes sont coiffés de mitres ou d'autres choses, sur des cheveux longs ; ils se rasent la barbe et portent la moustache513 ; même si d'autres laissent leurs barbes non rasées. C'est assez étrange à dire, mais de ses innombrables tribus, une moitié vit du commerce et l'autre vit du brigandage514. Pris dans leur ensemble, ils sont les plus riches peuples du monde, parce que les grandes richesses de Rome et des Parthes sont amassées entre leurs mains, et puisqu'ils vendent le produit qu'ils obtiennent de la mer ou de leurs forêt, et n'achètent rien en retour.
(Isaïe 31,13).
Oracle dans la steppe.
Dans les taillis, dans la steppe, vous passez la nuit, caravanes de Dédanites.
(Ezéchiel 27, 20).
Dédan faisait commerce avec toi de couvertures de cheval.
La généalogie des Arabes du centre de la péninsule.
(ibn Kathir, Sira 62-3).515
Adnan avait deux fils : Muadd et Akk.
Adnân avait aussi un fils du nom d'El Hârith et un autre appelé El Mudhhab. On rapporte aussi qu'il avait un autre fils du nom d'Ed Dehâk, mais certains rapportent que ce Ed Dehâk était le fils de Muadd et non de Adnân.
On rapporte également que Aden - nom qui fut donné à la ville de Aden - ainsi que Abian étaient des fils de Adnân. C'est aussi l'avis de Tabâri.
Akk épousa une femme des Ashar et habita leur pays, dans la région du Yémen. Leur langue s'unifia alors, au point que certains habitants du Yémen prétendaient faire partie d'eux, en disant: Akk ibn Adnân ibn Abdullah ibn El Azd ibn Yaghût.
Muâdd, lui, avait quatre fils : Nizâr, Qadhâa, Qans et Iyyâd. Dadhâa était son aîné, et c'est par son prénom qu'il était surnommé. Nous avons déjà montré les divergences concernant Qadhâa, mais c'est cela qui est juste aux yeux d'ibn Ishâq et autres, et Allah est plus savant.
On rapporte que les descendants de Qans disparurent tous, et il ne resta personne parmi eux, sauf que Numân ibn Mundhir qui était le gouverneur de Hira, sous le règne de Khosroês, faisait partie de sa lignée, selon un groupe d'historiens. On a dit par contre qu'il appartenait à Himyar, comme nous l'avons vu plus haut, et Allah est plus savant.
Quant à Nizâr, il eut pour fils Rabia, Mudharr et Anmâr. ibn Hisham rapporte que Iyyâd était le fils de Nizâr.
Iyyâd et Mudhar étaient des frères qui avaient la même mère, Sawda bint Akk ibn Adnân. Quant à la mère de Rabia et d'Anmâr, elle s'appelait Shuqayqa bint Akk ibn Adnân. D'autres sources rapportent qu'elle s'appelait Juma bint Akk ibn Adnân.
ibn Ishâq rapporte que Mudharr ibn Nizâr eut deux fils : Ilyâs et Aylân.
Ilyâs eut pour enfants : Mudriqa, Tâbikha et Qama. Quant à leur mère, elle s'appelait Khindaf bint Imrân ibn al Hâf ibn Khuzhâa.
ibn Ishâq ajoute que Mudriqa eut pour fils Khuzayma et Hudhayl. Quant à leur mère, elle était originaire de Khuzhâa.
Khuzayma, lui, eut pour enfants : Qinâna, Asad, Asadati et al Hawn.
Quant à Qinâna, il eut pour enfants : Enandhr, Mâlik, Abd Manât et Milkân.
Tabari y a ajouté Amer, al Hârith, an Nadhîr, Ghanem, Sad, Awf, Djarûla, al Jarâl et Ghazwân.
2. Les oasis.
De façon quasi accidentelle, la littérature antique cite quelques points de repères dans le désert, dont la localisation reste problématique.
Courte description d'une région minière.
(Agatharkhidès de Cnide, 200-130).516
A travers le centre de leur territoire, il y a une rivière qui a trois lits. Elle dépose de la poussière d'or en si grande quantité que la boue accumulée à l'embouchure brille à grande distance. Les habitants de cet endroit ne savent pas comment travailler le métal. Ils sont très hospitaliers, pas pour tout le monde, mais pour tous ceux qui viennent du Péloponnèse et de Béotie. C'est dû à une histoire mythique liée à Héraklès.
Un sanctuaire.
(Diodore, Bibliothèque Historique III 43, 1-2).517
On voit aussi un autel de pierre dure (dans la Palmeraie) ; d'époque ancienne, il porte une inscription en caractère antiques et inconnus. Pour prendre soin du sanctuaire, il y a un homme et une femme, qui exercent le sacerdoce à vie
.
Dans la palmeraie mentionnée plus haut, on célébrait tous les quatre ans un panégyrie518 et les peuples voisins avaient l'habitude d'y venir de tous côtés, pour sacrifier aux dieux du sanctuaire des hécatombes de chameaux bien engraissés, ainsi que pour remporter dans leurs patries de l'eau de cet endroit, parce que, selon la tradition, cette boisson procurait la santé à ceux qui l'absorbaient. Alors que les Maranites s'étaient rendus pour ces raisons à la panégyrie, les Garindanes égorgèrent ceux qui avaient été laissés au pays, firent périr dans une embuscade les pèlerins revenant de la panégyrie, puis, ayant vidé le pays de ses habitants, ils se partagèrent au sort ces plaines, qui étaient fertiles et qui produisaient en abondance des pâturages pour le bétail.
3. Le royaume de Kinda.
De 450 à 600 environ, une puissante confédération tribale s'est mise en place au centre de l'Arabie, autour du groupe des Kinda, sous le nom de Kinda Royaux519. Au-delà de leur influence politique, qui resta très fluctuante, cette tentative d'unification arabe par les Kinda est un peu la préfiguration politique de ce que va réussir Muhammad sur le plan religieux. Mais les Kinda ne consolident pas leur puissance d'une croyance particulière, vigoureuse et rigoureuse, en transformant un sanctuaire local: leur domination sera donc éphémère.
Ils sont vaguement chrétiens, au contact d'Hira, poussent les populations vers la sédentarité, et se révèlent aussi sur le plan culturel: le plus célèbre des poètes arabes, Imr ul Qays, est issu de leurs rangs.
Ils seront islamisés de force et tenteront furieusement de retrouver leur indépendance, notamment sous Othman520. Le célèbre philosophe al Kindi est issu de ce groupe tribal.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 101-2).
Chaque année, à l'époque du pèlerinage, le prophète abordait les Arabes venus de tous côtés, et leur proposait sa religion. Il espérait que quelqu'un d'entre eux croirait en lui et l'emmènerait dans sa tribu, pour qu'il y pût adorer Allah et qu'il fût délivré des gens de la Mecque et des Quraysh. Mais aucun de ceux à qui il s'adressait ne répondait à son appel ; ou si quelqu'un croyait, il n'osait pas le recevoir, par crainte des habitants de la Mecque. Il se présenta aux Banu Kinda, qui formaient une tribu fort considérable et étaient d'une grande autorité parmi les Arabes ; mais ils le refusèrent
La délégation des chrétiens de Kinda.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 953).
Al Ashath ibn Qays vint voir l'apôtre d'Allah avec une délégation de Kinda. Ils étaient 80 cavaliers de Kinda, et sont arrivés jusqu'à la mosquée521 . Ils avaient peigné leurs mèches et noirci leurs yeux avec du kohl522 , et ils portaient des robes rayées avec de la soie523. L'apôtre d'Allah leur demanda s'ils avaient accepté l'islam. Ils lui dirent qu'ils s'étaient soumis. Il leur demanda alors pourquoi ils avaient de la soie autour de leurs cous. Alors ils la déchirèrent et la jetèrent.
Inscription de Qaryat al-Faw, capitale of Kinda (-Ier siècle).524
Igl fils de Hafam a construit pour son frère Rabibil fils de Hafam la tombe: pour lui et pour son enfant et sa femme, et ses enfants et les enfants de ses enfants et leurs épouses, les membres du peuple de Ghalwan. Et il la placé sous la protection (des dieux) Kahl et Lah et Athar al Shariq contre quiconque de fort ou faible, et quiconque qui voudrait la vendre ou la gager, pour léternité et sans dérogation, aussi longtemps que le ciel donne la pluie et la terre donne de lherbe.
Chapitre 7
L'Arabie du sud
§ 35. Présentation.
Cette partie du territoire525 , correspondant au Yémen526 actuel, est considérée par les voyageurs comme la plus riche, la plus peuplée et la plus développée527 . Elle bénéficie notamment des derniers effets de la mousson asiatique.
S'y trouvent les peuples sabéens528 et himyarites529, reliés au monde par la route de l'encens et sous l'influence des puissances éthiopiennes. Le nom de la reine de Saba reste attaché, dans toutes les cultures, à la renommée de l'Arabie dit " heureuse ".
Des recherches archéologiques, numismatiques530 et épigraphiques ont été menées depuis le début du XXème siècle dans la région, très fructueuses. Elles ont mis à jour l'existence de puissants royaumes, de systèmes socio-économiques très complexes531 , et une intense vie religieuse et culturelle532 . La révolution musulmane, sur des siècles, inverse les rôles, modifie les équilibres: l'Arabie du sud voit son prestige s'effondrer au profit du centre occidental de la péninsule. Un mouvement politico-religieux a réussi à modifier une situation économique et culturelle.
(Strabon, Géographie XVI 4, 25).533
On partage l'Arabie Heureuse tout entière en cinq royaumes: le premier comprend, les défenseurs de la communauté ; le second les agriculteurs, qui procurent aux autres le blé, et le troisième les artisans ; le quatrième produit la myrrhe et le cinquième l'encens534 .
§ 36. La reine de Saba
C'est la figure emblématique de la région: on dit encore du sud de l'Arabie que c'est " le Royaume de la reine de Saba ". La légende a certainement un fond de réalité, comme synthèse de traditions distinctes.535
La reine de Saba en visite à la cour de Salomon.
(Livre des Rois I, 10, 1-13).
La reine de Saba536, ayant appris la renommée dont jouissait Salomon537 , à la gloire de Yahweh, vint pour l'éprouver par des énigmes. Elle vint à Jérusalem, avec un cortège très considérable, des chameaux chargés d'aromates, d'or en très grande quantité et de pierres précieuses. Etant arrivée auprès de Salomon, elle dit tout ce qu'elle avait en son cur, et Salomon donna explication à tout ce qu'elle proposait : il n'y eut rien qui restât caché au roi et qu'il ne sût lui expliquer. La reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon, le palais qu'il avait bâti, les mets de sa table, la demeure de ses officiers, la tenue de ses serviteurs et leurs vêtements, ses échansons, les holocaustes538 qu'il offrait dans la maison du Seigneur, et elle en perdait la respiration, Et elle dit au roi :
-C'était donc bien vrai ce que j'ai entendu dire dans mon pays de toi et de ta sagesse! Je n'en croyais pas le récit avant d'être venue et de voir de mes yeux, et voici que je n'en avais pas appris la moitié. Tu surpasses en sagesse et en magnificence ce que j'avais entendu par la renonmée. Heureux tes sujets, heureux tes serviteurs, qui se trouvent constamment en ta présence et entendent ta sagesse! Béni soit Yahvé, ton dieu539, qui s'est complu en toi, qui t'a placé sur le trône par l'amour qu'il porte à jamais à Israël, et qui t'a établi roi pour faire droit et justice!540
Elle donna au roi cent vingt talents d'or, des aromates en grande quantité et des pierres précieuses. jamais plus il n'arriva autant d'aromates qu'en avait donnés la reine de Saba au roi Salomon.
Les vaisseaux de Hiram, qui apportaient l'or d'Ophir, amenèrent aussi d'Ophir du bois de santal en grande quantité et des pierres précieuses. Avec le bois de santal, le roi fit des balustrades pour la maison de Yahvé et pour le palais royal, ainsi que des harpes et des lyres pour les chantres. Il n'arriva plus ainsi de bois de santal et on n'en a plus revu jusqu'à ce jour. Le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu'elle désira et demanda, sans compter ce qu'il donna selon sa munificence qu'il convenait au roi Salomon. Elle s'en retourna donc et s'en alla dans son pays avec ses serviteurs.
( 2 Targum Schéni d'Esther).541
En ce moment on rechercha la huppe542 parmi les oiseaux qui y fut absente, et le roi en colère commanda de l'amener devant lui afin de la punir sévèrement. La huppe se présenta alors devant le roi et lui dit :
-Voici depuis trois mois que je recherche dans le monde entier pour voir s'il ne se trouve quelque part des gens qui ne rendent pas hommage à ta Majesté. J'ai observé certain pays dont la capitale appelée Kitor se trouve en Orient, dont la terre contient de l'or fin et l'argent est répandu dans les rues comme de la poussière
Et j'ai vu certaine femme qui y gouverne et on la nomme la Reine de Saba. Si cela te convient, le vais faire un effort, je me rendrai dans la ville de Kitor au royaume de Saba, dont j'enchaînerai les princes, je mettrai les fers à leurs gouvernants et je les amènerai devant ta majesté.
Cette proposition fut agréée par le roi ; on appela les scribes et l'on rédigea une lettre, qu'on attacha aux ailes de la huppe. Cette dernière s'éleva dans les hauteurs parmi les oiseaux, et toute la gent ailée vola ensemble vers la ville de Kitor, dans le pays Saba. Or, un matin sortit la reine de Saba pour se prosterner devant le soleil, suivant son habitude. Mais l'armée des oiseaux ayant couvert le ciel en obscurcissant le soleil, la reine porta sa main à ses vêtements pour les déchirer, demeurant ahurie. Sur ces entrefaites la huppe descendit sur le sol, la reine aperçut la lettre attachée aux ailes de l'oiseau visiteur, la prit et lut son contenu :
-De la part du roi Salomon, salut à toi, salut à tes ministres! Tu dois savoir que Dieu m'a établi Roi sur tous les animaux de la terre, sur tous les oiseaux du ciel, sur les génies, les esprits et les démons, et que tous les rois de l'Orient, de l'Occident, du Midi et du Nord viennent me présenter leurs hommages543 . Si vous êtes disposés à en faire autant et à venir me saluer, je vous recevrai avec des grands honneurs devant les rois et vassaux qui m'entourent. Mais si vous ne vous décidez pas à venir me rendre hommage, je vous ferai envahir par mes serviteurs, mes armées et mes régiments de cavalerie.
... En entendant la teneur de la missive, la reine déchira ses vêtements544 , fit appeler ses amiraux et ordonna de charger ses vaisseaux de précieux bois, de perles et de pierres fines. . . et les envoya avec une lettre à Salomon, de la ville de Kitor au pays d'Israël.
Et au bout de trois ans, la reine de Saba arriva devant Salomon
Ce fut Benayahou, fils de Iehoyada, qui la conduisit au Palais du roi. Pour la recevoir, le roi s'assit dans une salle dont le parquet était en cristal. En y pénétrant, la reine de Saba eut l'illusion d'y voir un bassin d'eau ; elle retroussa sa robe pour y passer et fit découvrir les poils de ses jambes. Le roi lui dit :
-Ta beauté est bien celle d'une femme, mais tes poils sont plutôt ceux d'un homme
La version coranique de la tradition biblique.
Le texte coranique s'empare à son profit de cet épisode biblique particulièrement célèbre et agréable, en confondant la reine biblique avec une autre, plus réelle, ayant régné vers 330 dans le pays himyarite545. Dans ce cas, la nature parodique du corpus coranique apparaît clairement.
La morale qu'il tire de cette fable est simple: la reine de Saba se convertit forcément à l'islam
546 Elle se soumet aussi à Salomon, et cette mise au pas d'une arrogante comble d'aise le public masculin et plutôt misogyne.
(Corpus coranique d'Othman 27/24-45).547
J'ai trouvé qu'une femme est leur reine, que de toute chose elle a été comblée et qu'elle a un trône magnifique. Je l'ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil548, à l'exclusion d'Allah.
Le démon a paré pour eux leurs actions de fausses apparences, les a détournés du chemin et ils ne sont pas dans la bonne direction.
Que ne se prosternent-ils devant Allah qui fait sortir ce qui est latent, dans le ciel et sur la terre, et qui sait ce que vous cachez et ce que vous divulguez!
Allah - nulle divinité sauf lui - est le seigneur du trône magnifique549 .
Salomon dit: Nous allons voir si tu dis vrai ou si tu es parmi les menteurs.
Pars avec cette missive et lance-la aux Saba, puis tiens-toi à l'écart et regarde ce qu'ils répliqueront.
La huppe accomplit sa mission et la Reine dit:
-Ô Conseil! on m'a lancé une noble missive. Elle est de Salomon et dit:
Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieux.550
Ne soyez pas superbes envers moi et venez à moi soumis.551
-Ô Conseil552 ! , continua la reine, inspirez-moi en cette affaire. Je ne déciderai rien dont vous ne me soyez témoins.
-Nous sommes, répondit le conseil, gens de force et de courage redoutable. L'affaire relève de toi. Considère ce que tu dois ordonner!
La reine dit:
-Quand les rois entrent dans une cité, ils la saccagent et font, des nobles qui l'habitent, des misérables. Ainsi font les rois. Moi au contraire, je vais envoyer un présent à Salomon et à son peuple et j'attendrai ce que rapporteront mes émissaires.
Quand ceux-ci vinrent à Salomon, celui-ci dit:
-Vous m'apportez des richesses mais ce qu'Allah m'a donné vaut mieux que ce qu'il vous a donné. Bien loin de le croire, vous vous réjouissez de présents semblables. Retournez vers les vôtres! Je marcherai certes contre eux avec des troupes auxquelles ils ne résisteront pas et nous les chasserons de leur pays, misérables et avilis.
Puis se tournant, il dit:
-Conseil! qui de vous m'apportera le trône de la reine avant que ses gens ne viennent à moi soumis ?
Un rebelle des djinns553 dit alors:
-Moi, je l'apporterai avant que tu ne te lèves de ta place. En vérité, j'ai certes force de le faire et je suis fidèle.
Salomon dit :
-Je veux plus prompt que lui.
Celui qui avait connaissance de l'Écriture dit: Moi je te l'apporterai avant que ton regard soit revenu vers toi.
Quand Salomon vit le trône posé près de lui, il s'écria.:
-Ceci vient de la faveur de mon seigneur afin qu'il éprouve si je serai reconnaissant ou ingrat. Celui qui est reconnaissant l'est pour soi-même. Celui qui est ingrat
Mon seigneur est suffisant à soi-même et généreux.
Il ajouta:
-Rendez ce trône méconnaissable à la reine. Nous regarderons si elle est dans la bonne direction ou du nombre de ceux qui n'y sont pas.
La reine étant venue, on lui dit:
-Ton trône est-il ainsi ?
- Il semble que c'est lui , répondit-elle. On nous a donné la science avant ceci et nous avons été soumis à Allah554. Elle fut détournée par ce qu'elle adorait en dehors d'Allah et elle fut parmi un peuple infidèle.
On lui dit encore:
-Entre dans le palais!
L'ayant vu, elle cru que c'était une pièce d'eau et retroussant sa robe, elle découvrit ses mollets555.
Salomon dit:
-C'est un palais dallé de cristal.
-Seigneur, dit-elle, je me suis fait tort à moi-même. Avec Salomon, je me soumets à Allah556 , seigneur des mondes.
(Tafsir al Jalalayn 27).
Puis il passa en revue les oiseaux et dit: Pourquoi ne vois-je pas la huppe? est-elle parmi les absents? : Salomon passa en revue les oiseaux, mail il ne vit pas parmi eux la huppe. Cette huppe qui a la faculté de voir l'eau sous la terre et creuse la terre de son bec afin que les démons viennent en puiser et la donner à Salomon pour faire sa prière. Il dit: "Pourquoi ne vois-je pas la huppe? Serait-elle absente?
Je la châtierai sévèrement! ou je l'égorgerai! ou bien elle m'apportera un argument explicite: Je la punirai - en déplumant sa tête et sa queue et en l'exposant au plein soleil pour que les insectes la dévorent -, ou je l'égorgerai à moins qu'elle ne me présente une excuse valable pour justifier son absence"
(...)
Peu de temps après, la huppe arriva devant Salomon, en levant la tête et baissant sa queue et ses ailes par soumission. Il lui pardonna son absence et lui demanda la raison. Et la huppe de répondre:
-"J'ai embrassé de mon savoir ce qui a échappé au tien et je t'apporte une nouvelle certaine de Saba' - une tribu au Yémen qui porte le nom de son ancêtre -.
(Tafsir al Jalalayn 27).
Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l'eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors, Salomon lui dit:
-Ceci est un palais pavé de cristal.
- Elle dit: seigneur, je me suis fait du tort à moi- même: Je me soumets avec Salomon à Allah, seigneur de l'univers : On dit à la reine:
-"Entre dans le palais".
Le parquet était de verre transparent sous lequel coulait un cours d'eau douce. Salomon avait ordonné de le faire de la sorte car on lui avait rapporté que les jambes et les pieds de la reine étaient pareils à ceux d'un âne. Lorsque la reine aperçut cela, en le prenant pour une pièce d'eau, elle découvrit les jambes alors que Salomon était en face d'elle sur son lit de repos. Il vit qu'elle avait de belles jambes. Il lui dit:
-"C'est un pavé de cristal".
Il l'appela alors à se soumettre à Allah. Elle répondit:
- "seigneur, je me suis fait tort à moi-même en adorant un autre que toi, et je me soumets avec Salomon au seigneur des mondes".
Salomon voulut épouser la reine, mais il répugna les poils de ses jambes. Les démons firent alors un produit dépilatoire et elle put s'en débarasser. Salomon se maria avec elle, l'aima et la maintint sur son royaume. On a rapporté qu'il devint roi à l'âge de treize ans et mourut à l'âge de cinquante trois. Gloire à Celui dont la royauté ne cesse jamais.
Les Saba dans le Corpus coranique.
(Tafsir al Jalalayn 34).
Il y avait, assurément, pour la tribu de Saba qui était l'un des ancêtres arabes- dans leur contrée, un signe témoignant du pouvoir d'Allah le Très Haut: deux jardins à droite et à gauche de la vallée où ils vivaient. Il leur fut dit:
-"Mangez ce que votre seigneur vous a accordé et soyez reconnaissants envers Lui pour Ses bienfaits".
Une bonne contrée qui n'était pas marécageuse et où il n'y avait ni mouches, ni moustiques, ni puces, ni scorpions, ni serpents. Si un voyageur arriva à cette contrée en sorte que ses vêtements grouillaient de poux, ceux-ci moururent à cause de son bon atmosphère. Voici un excellent pays et un seigneur pardonneur. Ali ibn Rabah rapporte: Un homme m'a raconté que Farwa ibn Musayk Al-Ghatafani vint auprès du messager d'Allah et lui dit:
-"Ô prophète d Allah! La tribu de Saba est un peuple qui avait une grande puissance du temps de l'Ignorance et je crains qu'ils n'apostasient. Dois-je les combattre?
-Jusqu'à présent on ne m'a rien révélé à leur sujet, lui répondit-il." Alors ce verset fut descendu: "Il y avait assurément, pour la tribu de Saba..."
Le mythe au XXIème siècle: Un archéologue sur la piste de la reine de Saba
(Pierre Bocev, Le Figaro 10/05/2008)
Helmut Ziegert, chercheur allemand, se déclare certain d'avoir localisé en Éthiopie l'endroit qui abritait, selon la Bible, les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï.
Un chercheur allemand, l'archéologue Helmut Ziegert, est persuadé d'avoir découvert les vestiges du palais construit il y a trois millénaires pour la reine de Saba.
Personnage mythique s'il en est. L'amie, ou alors l'épouse, à moins que ce ne soit la concubine, du roi Salomon. La femme qui selon la Bible est venue le voir à Jérusalem avec des "chameaux chargés d'aromates, d'or en grande quantité et de pierres précieuses". Qui en a eu un fils, Menelek, dont deux cent vingt-cinq générations plus tard, Haïlé Sélassié, le dernier empereur d'Éthiopie emporté en 1974 par la révolution afro-marxiste, s'est toujours réclamé.
Autant dire que les fouilles du professeur Ziegert, alerte septuagénaire à la culture encyclopédique, ne laissent pas indifférent. C'est à Aksum, en Éthiopie, qu'il s'achar?ne de?puis bientôt quinze ans à coups de pinceau et de spatule.
C'est là, selon un communiqué de l'Université de Hambourg, qu'il a "découvert le palais de la reine de Saba, datant du Xe siècle avant Jésus-Christ" . L'en?droit où "pourrait aussi avoir été gardée un temps" la non moins emblématique Ar?che d'alliance, mythe fondateur s'il en est du monothéisme judéo-chrétien. Ce serait le coffre en bois d'acacia, recouvert d'or, contenant les dix commandements tels que révélés à Moïse. L'objet de la quête d'Indiana Jones dans les Aventuriers de l'arche perdue en 1981.
Des restes de sacrifices rituels
Ce qui a été concrètement trouvé, le 10 janvier dernier, est un fossé d'un mètre de large, deux mètres de long et un mètre et demi de profondeur. "Je suis sûr qu'il s'agit du palais de la reine de Saba", assure l'archéologue qui en veut pour preuve "une série de détails, la datation, et l'orientation des murs mis au jour".
Ce premier palais, selon l'expert, a été rapidement détruit pour faire place à un autre édifice reconstruit dans une autre configuration, orientée vers l'étoile de Sirius et ce sur ordre de Menelek, le fils de la reine de Saba et de Salomon devenu adorateur de cette constellation céleste. Pour preuve, des restes de sacrifices rituels et, à en croire le chercheur hambourgeois, la "tradition orale millénaire".
Il se dit sûr que l'Arche d'alliance y "a été conservée pendant une période plutôt longue". Voire, dans une déclaration citée par l'hebdomadaire Der Spiegel, qu'"elle est toujours à Aksum", mais dans un édifice datant du IVe siècle de notre ère. Pas dans les caves du Vatican en tout cas, comme le veut une des innombrables hypothèses sur les Tables de la Loi. L'arc de triomphe de l'empereur Titus conquérant de Jérusalem, fait-il valoir, ne reproduit pas l'arche sainte parmi les trésors dérobés.
Tout le monde n'est pas convaincu pour autant. Orientaliste de renom, Ricardo Eichmann estime par exemple que "la reine de Saba est aussi réelle que le roi Arthur" . Mais au moins depuis le grand tableau kitsch The Queen of Sheba peint par l'Autrichien orientaliste Rudolf Ernst à l'orée du XXe siècle, l'estampe spectaculaire d'Edmond Dulac datant de 1911 ou depuis que Saba a pris les traits de Gina Lollobrigida en 1959 dans le péplum coloré de King Vidor avec Yul Brynner, il est permis d'en rêver. Et Helmut Ziegert nous y invite.
§ 37. La richesse des Sabéens.
C'est un véritable lieu commun, qui repose sûrement sur des réalités économiques: lieu de transit des marchandises, de production de parfums, et d'irrigation: tout concourt à faire de ce lieu l'Arabie Heureuse dont on entendait tant parler.
(Diodore, Bibliothèque Historique III 47, 4-8).557
Après ces peuples, il y a ceux qu'on appelle les Carbes et, après eux, les Sabéens, le plus nombreux des peuples arabes. Ils occupent l'Arabie dite Heureuse558 qui produit la plupart de ce que nous nommons les biens de la terre et qui nourrit une quantité inouïe de troupeaux d'espèces variées. (
) Ce peuple a une capitale qu'il appelle Sabai, et qui est bâtie sur une montagne. Ses rois se succèdent héréditairement et la multitude leur décerne des honneurs où se mêlent le bien et le mal. Si en effet ils paraissent mener une vie bienheureuse, parce que, placés au-dessus de tous, ils ne rendent aucun compte de leurs actes, en revanche on les tient pour infortunés dans la mesure où il leur est interdit de sortir jamais de leur palais, sous peine d'être lapidés par la foule, conformément à certain oracle antique.
Ce peuple surpasse non seulement les Arabes du voisinage mais aussi l'ensemble des hommes par son opulence et par le luxe qu'il déploie dans chaque domaine. En effet, quand ils échangent ou vendent leurs marchandises, pour le plus petit poids des denrées ils obtiennent les prix les plus élevés parmi tous ceux qui font du commerce pour obtenir de l'argent en retour. Aussi, comme depuis toujours leur éloignement les a tenus à l'abri du pillage et qu'ils sont inondés par des quantités d'or et d'argent (et surtout à Sabai, où se trouve le palais royal), ils possèdent des coupes ciselées en or et en argent de toutes sortes, des lits et des trépieds aux pieds d'argent, et tout le reste de leur mobilier est d'un luxe incroyable ; et ils ont des cours entourées de puissantes colonnes, dont les unes sont recouvertes d'or et les autres portent des figures d'argent sur leurs chapiteaux. Comme ils ont compartimenté les plafonds et les portes pour y mettre, près les unes des autres, des phiales559 d'or serties de pierres précieuses, ils ont rendu admirable jusque dans le détail par leur luxe l'architecture de leurs maisons ; ils ont employé pour la décoration tantôt l'argent et l'or, tantôt l'ivoire et les pierres les plus magnifiques, tantôt encore les matières les plus prisées chez les hommes560 . C'est que depuis bien longtemps ce peuple connait une prospérité sans nuages parce qu'il est totalement à l'écart de ceux que leur propre convoitise conduit à considérer comme une bonne aubaine la richesse d'autrui.
(Pline, Histoire Naturelle VI 32).561
et les Sabéens, la tribu la plus connue de toutes celles d'Arabie, à cause de l'encens. ; ces peuples vont d'une mer à l'autre. Les villes qui leur appartiennent sur la Mer Rouge sont Maranè, Marma, Corolia et Sabatha ; et à l'intérieur, Nascos, Cardava, Carnos et Thomala, d'où partent les épices pour l'extérieur. Une partie de ce peuple s'appelle les Atramitai562 dont la capitale, Sabota, a soixante temples dans ses murs. La capitale royale de toute la région est Mariaba563, qui se trouve dans une baie de 94 miles
(Masudi, Prairies d'Or 1252).564
Ceux qui ont écrit l'histoire des temps reculés disent que la terre de Saba était une des plus fertiles du Yémen, des plus humides, des mieux arrosées, des plus abondantes en jardins et en vergers, des plus riches en vastes pâturage, avec de beaux et solides bâtiments, des rangées d'arbres, un réseau très dense de canaux et des cours d'eau très ramifiés. Un cavalier forçant les étapes mettait plus d'un mois à traverser ces riches cultures qui s'étendaient autant en largeur qu'en longueur. Le voyageur à cheval ou à pied qui parcourait cette suite ininterrompue de jardins ne voyait pas d'un bout à l'autre la face du soleil et ne quittait pas l'ombre, tant la terre etait couverte d'une puissante végétation arborescente qui l'envahissait et l'enlaçait, pour ainsi dire, tout entière. Les habitants menaient la vie la plus agréable et la plus douce, l'existence la plus facile et la plus prospère sur une terre on ne peut plus fertile, jouissant d'un climat sain, d'une atmosphère pure et d'eaux coulant en abondance; leur puissance était très grande, leur union complète, leur empire parvenu au plus haut point de prospérité.
Leur pays était devenu proverbial sur toute la terre. Pour eux, ils se montraient fidèles sectateurs des plus nobles vertus et ne se lassaient pas d'aspirer à surpasser par leur mérite, autant qu'il était en eux et qu'ils avaient le pouvoir de le faire, les hommes de toutes les conditions et de tous les pays. Cet état de prospérité dura aussi longtemps qu'il plut à Allah ; aucun roi ne leur résista qui ne fût défait ; aucun tyran ne marcha contre eux avec ses armées qui ne fût mis en déroute ; toutes les régions leur étaient soumises ; tous les hommes reconnaissaient leurs lois ; ils étaient comme le diadème sur le front de l'univers.
(Ammien Marcelin, Histoires 23, 6, 45-47).565
Les Parthes566 sont voisins vers l'est et le sud des Arabes heureux, ainsi appelés parce qu'ils sont riches en végétaux et en troupeaux, en palmiers et en parfums de toutes sortes. Une grande partie de leur pays est baignée à droite par la mer Rouge, à gauche ils sont bornés par la mer Persique: aussi ils bénéficient des richesses des deux éléments. Il y a là beaucoup de mouillages et de ports à l'abri, des places de commerce nombreuses à se toucher et plusieurs splendides et riches résidences royales, des sources très saines d'eaux naturellement chaudes, une multitude manifeste de rivières et de fleuves. Enfin le climat y est si salutaire que, pour l'observateur objectif, il ne semble rien manquer à ce peuple pour être parfaitement heureux. Il possède en quantité des villes intérieures et maritimes, des vallées et des champs fertiles.567
L'alimentation des ouvriers de Marib.
(Inscription d'Abraha).568
L'approvisionnement des ouvriers de la digue de Marib est connu en détail par une longue inscription du célèbre roi Abraha569. Les quantités mentionnées donnent la mesure de la richesse immense du royaume.
Alors vinrent à lui l'ambassade du Négus, et l'ambassade du roi des Rum, et l'ambassade du roi des Perses, et l'envoyé d'al Mundhir570 , et un envoyé de Hârith ibn Jabalah571 , et un envoyé d'Abu Karib ibn Jabalah, ainsi que les envoyés de tous ceux qui cherchaient son amitié, grâce au Tout-Miséricordieux572
et le roi restaura le mur bâti par Yafur à Saba
Ce qu'il acheva de la construction avec l'aide des tribus, avait 45 aunes de long, 35 de haut, et 14 de large ; et il construisit la digue, la muraille, les canaux
Ce que le roi dépensa depuis le jour où il se chargea des opérations, de la célébration dans l'église, du mur de retenue et de la digue fut: 50 806 mesures de farine et 26 000 de dattes en mesure de Yadail ; pour la viande, 3000 vaches et animaux de boucherie, plus le petit bétail, 207 000 têtes ; 300 000 outres de vin de diverses sortes et 11 000 de vin de datte. Et il termina le travail de construction en 58 jours, après un arrêt de 11 mois dû à la peste, au mois de dhu mawn .
§ 38. Les villes de l'Arabie Heureuse.
Le pays est très peuplé, surtout si on le compare avec le reste de l'Arabie, et ceci grâce au système d'irrigation. Des aglomérations importantes ont pu naître, puisque l'agriculture est intensive. Ces centres urbains font forte impression auprès des autres Arabes. Il faut y ajouter des palais, et autres sanctuaires, qui restent à découvrir, ou à recenser.
La capitale Marib.
(Corpus coranique d'Othman 34/14).
Certes, les Saba, dans leur habitat573 , avaient un signe.
C'étaient deux jardins574 à dextre et senestre575.
Mangez de l'attribution de votre seigneur et soyez-lui reconnaissants!
Ce pays est un pays délicieux576 .
Allah est un seigneur absoluteur.
Le palais des rois de Saba.
(Inscription de Bayt al Ashwal, 384 après J.-C.).577
Malkikarib Yuhamin et ses fils Abikarib Asad et Dhara Amar Ayman, rois de Saba, dhu Raydhan, Hadramut et Yamnat, ont construit, posé les fondations et achevé leur palais Kalam, des fondations au faîte, avec le soutien de leur seigneur, le seigneur du ciel au mois de dhul diwan, de l'an 493.
La beauté de Sanaa578 .
(Poème de Adi).579
Je n'ai jamais rien vu de pareil à la jeunesse.
Grâce au mensonge des jours, elle oublie leur dénouement ;
elle oublie la lice et les frères, et comment ils ont supporté les attaques du sort.
Qu'espèrent donc les hommes, quand ils cherchent le bonheur, quand l'amour de la vie est leur unique souci ?
Ils croient que les coups du sort ne les atteindront pas et pourtant la malignité du destin les atteint.
Qui était pareille à Sanaa, bâtie par des gouverneurs d'empire580 et des hommes qui prodiguaient leurs biens ?
Son architecte l'avait élevée jusqu'aux nues, ses palais ruisselaient de parfums.
Elle était ceinturée de montagnes pour les quelles les traîtres ne trouvaient pas d'accès et leurs crêtes ne pouvaient pas être franchies.
Et le cri du hibou y était familier quand le soir les joueurs de flûte leur répondaient.
Le revirement du destin poussa contre elle l'armée des Banu Ahrar,
les troupes de cavaliers l'assaillirent.
Ils furent remplacés par des mulets porteurs de ruine.
Les jeunes renards en vinrent à la parcourir.
Description ultérieure de Marib.
(Abulfeda, Géographie 96).581
Marib est aujourd'hui en ruines. C'était la capitale des Tubba du Yémen. Sa situation est à l'extrémité des montanges du Hadramut. C'est là que se trouve la digue582.
Marib est la ville de Saba.
§ 39. Arabie Heureuse et convoitée.
La pointe sud de l'Arabie se trouve au centre de plusieurs zones d'influences, et en subit les conséquences. Sa richesse intrinsèque, renforcée par les avantages du commerce, en font une cible de choix: c'est la rançon de son succès.583 Les empires y trouvent un terrain idéal d'affrontement.584
Il reste peu de choses, de nos jours, de cette grandeur passée, sinon un immense patrimoine pillé à grande échelle.
Dédicace d'un guerrier himyarite à la déesse Soleil.585
(M.A.F.R.A.Y. al Misal 2/3-11).586
Elle l'a fait revenir et l'a sauvé de la plaine de Dhu Hurmat, lors de la bataille où son seigneur Karibil Ayfal, roi de Saba et de Dhu Raydan avec son armée, l'armée de Himyar, l'emporta sur Ilisharah Yahdub, roi de Saba, et son armée, l'armée de Saba, et ils combattirent et affrontèrent le roi de l'aube à la fin du jour587 dans la plaine de Dhu Hurmat. Ensuite, ils s'en revinrent avec de bonnes prises et des victimes, hommes et chevaux tués au combat et vivants, notamment Yahmad ibn Murathid et son cheval, grand seigneur588 de la tribu Bakil de Amran, notamment Sadalaw ibn Qadman et son cheval Yarkham, qui fut ramené vivant avec tout son harnachement et tout son équipement589, notamment un officier de Hamdan avec le cheval qu'il montait en campagne, qu'il ramena vivant, sans parler des blessés, hommes, chevaux de monte et fantassins, ainsi qu'un certain nombre de hauts faits réalisés par l'armée de Himyar placée sous ses ordres ; après cette victoire, le roi de Saba, avec son armée, revint à trois reprises et retourna ehez lui ; quant à leur seigneur Karibil Ayfa et à son armée, l'armée de Himyar, ils restèrent là autant de jours qu'il leur plut puis ils revinrent à la ville de Hakir avec des trophées, hommes et chevaux vivants et tués.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 47).590
L'Arabie Heureuse est l'objet de nombreuses convoitises: ibn Hisham, retranscrit avec ironie une inscription ancienne. Le texte est révélateur des préjugés qui touchent ces peuples.
On dit qu'il y a un rocher au Yémen, où se trouve une inscription591 en écriture d'Arabie du sud592, des temps les plus anciens:
A qui appartient le royaume de Dhimar593 ?
Aux Himyarites, les justes.594
A qui appartient le royaume de Dhimar?
Aux Abyssins, les méchants.595
A qui appartient le royaume de Dhimar?
Aux Perses, les libres.596
A qui appartient le royaume de Dhimar?
Aux Quraysh, les marchands597.
(Masudi, Prairies d'or 1032).
Tels sont les rois qahtanites598 , abyssins et perses qui ont régné sur le Yémen. En outre, un descendant d'Abraham, l'ami d'Allah599, a gouverné ce pays, et il est compté parmi ses souverains. Il se nommait Hunayba ibn Umaym ; il jouit d'une puissance considérable et vécut un grand nombre d'années. Il est cité dans les poésies d'Imrul Qays600 .
La plupart des rois du Yémen, tels que les Dhu Sahr, les Dhu Kil, les Dhu Asbah, les Dhu Yazan, habitaient la ville de Zafar ; très peu d'entre eux se fixèrent dans d'autres villes. On lisait l'inscription suivante, en caractères primitifs, sur une pierre noire placée au-dessus de la porte de Zafar :
Le jour où Zafar fut bâtie, on lui dit: A qui appartiens-tu?
-Aux illustres Himyarites.
Puis on lui demanda Et ensuite?
- J'appartiendrai aux méchants Abyssins.
Puis on lui demanda Et ensuite?
- J'appartiendrai aux nobles Perses.
Puis on lui demanda Et ensuite?
- J'appartiendrai aux Quraysh qui font du commerce.
Puis on lui demanda Et ensuite?
-J'appartiendrai aux Himyarites de Suhar.
Mais ces gens n'y resteront pas longtemps,
car le moment de sa construction ne
sera pas éloigné de celui de sa ruine,
Par des lions que la mer jettera au milieu d'eux
et qui allumeront l'incendie au sommet des maisons.
§ 40. Jugements sur l'Arabie du sud.
L'islam a porté un regard ambivalent sur ce territoire: l'Arabie du sud, porteuse de cultures bien supérieures, a suscité la jalousie des Arabes bédouins et pauvres d'Arabie centrale. Muhammad s'en fait l'écho, à travers le thème de la punition de ces peuples601. Mais les premiers temps de l'islam ont aussi bénéficié de l'apport économique et démographique de ce que qui s'est appelé le Yémen, d'où des avis plus positifs.
La préférence yéménite.602
(Bukhari, Sahih 61/1, 3).
Abu Salama ibn Abder Rahman rapporte que Abu Horayra a dit: j'ai entendu l'envoyé d'Allah prononcer ces mots :
-La gloriole et la vanité se trouvent chez les braillards qui couchent sous la tente en poils de chameau603 ; la dignité se rencontre chez les gens qui ont des moutons. La foi est yéménite ; la sagesse est yéménite.
-Le Yémen, dit al Bukhari604, a été ainsi nommé parce qu'il se trouve à la droite605 de la Kaba.
Punition du peuple yéménite.
(Corpus coranique d'Othman 44/36-7).
Ces impies seraient-ils meilleurs que le peuple de Tobba606 et que leurs prédécesseurs que nous fîmes périr parce qu'en vérité ils étaient coupables.
(Corpus coranique d'Othman 34/18).
Nous les fîmes passer en légendes et les déchirâmes en mille morceaux.
En vérité, en cela sont certes des signes pour tout homme très constant et très reconnaissant.
Chapitre 8
Le miroir des Arabes
Epilogue
§ 41. Deux ré-inventions de l'arabité.
Voici deux textes importants, et bien que postérieurs, qui illustrent l'image que les Arabes musulmans ont construit de leur arabité pré-islamique: période obscure et barbare. Ce n'est alors que parle moyen de l'islam, leur invention, l'invention d'un des, que les Arabes peuvent ensuite se prévaloir d'une supériorité absolue sur tous les autres peuples.
Caricature de la Jahiliyya607
(pamphlet musulman anonyme).608
En fait, Muhammad (
) fut un prophète qu'Allah à une nation609 qui n'avait encore reçu aucun livre ni aucun prophète, nation d'ignorants d'une ignorance telle qu'ils ne savaient point qu'ils eussent un Seigneur ni qu'après la mort vint un jugement, égarés forgeant des mensonges, ennemis se haïssant et se disputant autour d'un puits, ne pratiquant point l'obéissance à Allah et ne l'honorant point avec empressement, adorant les idoles, mangeant les animaux morts sans les égorger et déclarant licite ce qui est interdit, répugnant à suivre la direction et se complaisant dans leur égarement, se tuant les uns les autres et versant leur sang, déclarant licites les unions interdites, ne respectant point les liens de parenté et faisant périr leurs enfants, plongés dans le malheur des pires souffrances, des plus pénibles efforts et de la plus dure des vies, jusqu'à ce que Allah leur eut envoyé ce prophète par miséricorde envers eux et comme preuve à leur intention. Lui, alors, les invita à se tourner vers Allah et les guida vers lui, leur fit distinguer clairement le licite de l'illicite, les empêcha d'associer à Allah les idoles et de commettre les fautes et manquements que les prophètes leur avaient déjà interdits, leur imposa la prière, le jeune, l'aumône, la piété, la crainte de Allah, l'observance des liens de parenté et la fidélité au pacte conclu avec Allah, leur interdit la rébellion, l'injustice, la trahison, la fornication, le vol et le brigandage. Il nous a ordonné d'adorer Allah seul sans rien lui associer, de ne reconnaitre à côté de lui aucune divinité, de n'adorer ni le soleil ni la lune ni les idoles ni la croix ni aucune image et de ne point prendre les uns et les autres de seigneurs en dehors de Allah, si bien que nous avons cru en lui et lui avons fait confiance. C'est alors que Allah a mis l'union dans nos curs, nous a fait triompher de nos ennemis et nous a sauvés de la division. Il n'est certes que les prophètes, les envoyés d'Allah et les meilleurs de des serviteurs pour guider ainsi vers le bien, l'ordonner -et y exhorter tout en interdisant les fautes et les manquement. De plus, Allah nous a commandés par la bouche de Muhammad, de combattre ceux610 qui donnent des associés à Allah
Le discours aux Perses.611
(Bukhari, Sahih 28/1, 3).
Omar nous invita à nous mettre en campagne, et plaça à notre tête an Numan ibn Moqarrin ; arrivés en pays ennemi, nous avons vu s'avancer contre nous le préfet de Khosroès avec une armée de 40 000 hommes. Alors, un interprète apparut et nous cria:
-Que l'un d'entre vous vienne me parler!
-Demande ce que tu voudras, lui répondit al Mughira
-Qu'êtes-vous? reprit l'interprète.
-Nous sommes des Arabes, repartit al Mughira ; nous étions dans une détresse affreuse, dans une infortune affreuse, suçant des bouts de cuir et des noyaux de dattes pour tromper notre faim, noirs revêtant de poils et de peaux, adorant les arbres et les pierres ; et, là-dessus, le Maître des cieux, le Maître des terres nous a envoyé, un prophète de notre peuple, dont nous connaissions le père et la mère612 ; et notre prophète, envoyé de notre seigneur, nous a ordonné de vous combattre jusqu'à ce que vous adoriez Allâh seul, ou que vous payiez la capitation. Et notre prophète, par la mission divine qu'il a recue de notre Seigneur, nous a informés que ceux d'entre nous qui mourraient iraient au paradis de délices, si beau que jamais l'on n'a rien vu de pareil et que les survivants d'entre nous deviendraient vos maîtres.
Annexe:
les Grecs et les Arabes.
§ 42. Refutatio.
En mai 2008, Monsieur Y. Seddik a voulu ajouter sa contribution dans la suite de critiques qui ont assailli le livre de S. Gouguenheim Aristote au Mont-Saint-Michel. Mais il a décidé dinnover en prenant appui sur la période précédant de loin celle qui est en jeu dans la polémique actuelle: les contacts entre Grecs et Arabes durant lAntiquité (même sil déborde largement de son projet). Il y a en fait assez peu à dire sur le sujet, ce qui nempêche pas lauteur daccumuler des exemples pris de manière erratique. La densité des erreurs (factuelles, dinterprétation, sans parler du style) commises dans son court texte nécessite une méthode fastidieuse mais systématique: une correction, comme sil sagissait dune copie universitaire, ou une refutatio, au sein dune université médiévale.
Evoquant la glorieuse carrière de cet auteur, la rédaction de Télérama néglige une partie de son oeuvre: il est aussi linitiateur dun projet amusant, un Coran en bandes dessinées. Mais les autorités religieuses tunisiennes ont fait cesser rapidement cette fantaisie, en 1992. Cest un facétieux, donc, à défaut d'être un intellectuel. A moins qu'il n'incarne une figure à la fois contemporaine et mythique: celle de l'intellectuel musulman.
Grecs et Arabes : déjà dantiques complicités.
La complicité nest pas un concept historique, mais elle peut toujours évoquer une connivence au cours d'un quelconque méfait.
Dans cette affaire, le merveilleux apport grec, si fécond, si vivifiant, est finalement oublié. Récupéré, transmis, détruit, interprêté, négligé, exploité, rejeté par les uns ou les autres: quel que soit son destin, il doit toujours être étudié et lon devrait sans cesse en rappeler le contenu.
Du point de vue de lAntiquité, la question du transfert ultérieur du savoir nexiste pas: cest une évidence, mais puisque Youssef Seddik a décidé dappeler le monde ancien à la rescousse, il suffit de dire que la pure logique oblitère demblée ce projet absurde. Mais sil sagit didéologie, tout est alors permis...
" Ce répugnant
Le mot est à proscrire dans un échange qui se veut scientifique. Une charogne est répugnante, et non le discours de l'adversaire.
dessein de raturer les Arabes de la surface visible de lHistoire
Le style vise à loriginalité, mais cest peut-être aussi que le texte est finalement très mal écrit, au point que le propos en devient parfois inintelligible. Mais ce nest quun début.
nest ni nouveau ni original :
On sattend alors à des exemples dauteurs ayant tenu de tels propos. Ce sera bien autre chose: des faits réels, difficilement contestables en soi, qui sont inexploités: ils doivent impressionner le lecteur et rien de plus.
le grand Saladin, icône en Occident médiéval du " preux chevalier "
Saladin fut un grand chef militaire, efficace, féroce, pieux et charismatique, qui est avant tout une icône du jihad et une référence mythique, toujours active, comme unificateur dans le monde musulman.
Comme point de départ de la légende, Saladin était quelquun avec qui il était possible de passer des accords et qui les respectait. Dès lors, les croisés ont été touchés par une forme de générosité, délégance, et de grandeur provenant du personnage (et en absence dautres candidants), ils ont développé un mythe le concernant. Magnifier lennemi est aussi un moyen de rehausser son propre prestige, et cela correspondait aux canons de la production littéraire de lépoque (surtout quand cet ennemi vous a largement vaincu).
Mais un mythe reste un mythe et son intégration à un discours historique ne peut se faire que sil est identifié comme tel: il ne faut pas frémir en public au moment de son évocation.
A signaler par ailleurs, par un cruel contrepoint: la littérature issue de la cour de Saladin recèle une accumulation de réflexions scabreuses, brutales, misogynes et intolérantes (cf. Imad ad Din al Isfahani), notamment contre les Francs et surtout leurs épouses. On est bien loin de la poésie courtoise, et on évite de nos jours la lecture de ces textes.
Et puis pourquoi pas le roi de Jérusalem, Baudoin IV le Grand? Il a vaincu deux fois le Grand Saladin, quand même! Malgré la lèpre!
Ou même, Godefroy de Bouillon le Grand? Il a conquis Jérusalem, avant que Saladin ne reprenne Jérusalem!
, nétait pas arabe mais kurde.
Cest très bien, il est kurde, et tout étudiant de première année dHistoire le sait. Il était surtout musulman, sunnite (féroce massacreur de shiites et dhérétiques), très à cheval sur la doctrine, et il est connu sous son nom arabe et musulman; on ne revendique guère son origine kurde dans le monde arabe. Sil était dorigine kurde, il ne sest pas présenté ainsi (les Kurdes de maintenant nen font pas leur héros national), et na pas utilisé sa culture, ou sa langue kurde, pour simposer. Il a en revanche utilisé la religion, sous sa forme la plus orthodoxe, comme facteur dunité contre les croisés. Ce fut un succès.
Târîq Ibn Ziâd, lhyponyme
Finalement, le savoir grec, on ne sait peut-être pas qui la transmis, mais il nest pas arrivé partout et chez tout le monde : le mot hyponyme nexiste ni en français ni en grec (sous-nom?); à moins que cela soit une déformation de éponyme.
Qui sont les Barbares?, sinterrogeait Y. Seddkik dans un ouvrage passé; les barbares, étymologiquement, sont ceux qui ignorent la langue grecque et la maltraite.
de Gibraltar, auteur dune victoire éclair
Un bel exemple de guerrier, auteur de bien belles victoires bien loin de lArabie, dans le cadre de fructueux échanges culturels. Il est présenté comme un auteur, celui dune oeuvre destructrice.
en Ibérie
Le terme est totalement anachronique: parce quon parle dHispanie à ce moment-là en tant quespace géographique (Ibéria est dorigine grecque, mais cela nexcuse rien).
sur les Wisigoths, était berbère
Il nétait pas arabe (selon lanthroponymie, seule une infime minorité de ses troupes létait à ce moment de la conquête), et dimpérieuses motivations ont amené laimable héros et ses troupes à franchir les Colonnes dHercule pour initier la destruction du royaume chrétien des Wisigoths. Tant pis pour les Wisigoths: de médiocre culture, ils doivent seffacer pour faire place nette à la si prestigieuse, exhaltante, exemplaire Andalousie.
. Ishâq Ibn Huneyn, immense traducteur des uvres grecques en arabe
Pour commencer, rendre à César ce qui est à César: cest Huneyn ibn Ishaq (809-873), et non Ishaq ibn Huneyn. Il est plus encore immense sil retrouve son véritable nom... Il a traduit en araméen et en arabe, assisté de son fils (Y. Seddik la confondu avec son illustre père).
des oeuvres grecques: cela implique une globalité doeuvres que limmense personnage a traduite. Le courageux Huneyn ibn Ishaq a t-il à lui seul traduit toute la littérature grecque? Lauteur ne peut assurément pas le penser. Le français est une langue qui a ses subtilités.
Sans vouloir en aucune façon atténuer le prestige de limmense traducteur, il faut rappeler quil a concentré son activité autour des oeuvres médicales, étant lui-même pharmacien de formation.
nétait que syriaque
Le que serait il le signe dune dépréciation? ou serait-ce une façon de manier lironie?
Syriaque signifie que sa langue maternelle est laraméen, et quil traduit en arabe
Une remarque néanmoins: quand les Romains -du moins lélite culturelle, mettons, la famille des Scipions- ont voulu accéder au prestigieux savoir grec, ils nont pas exigé quon leur apporte des traductions: ils ont simplement fait leffort dapprendre le grec, alors quils étaient les conquérants de lOrient grec. Cicéron, voulant sinitier au stoïcisme, en est lexemple parfait. Auguste (cest un peule calife des Romains, car il faut dire les choses ainsi pour être compris de quelques-uns) lui aussi savait le grec, et nhésitait pas à sexprimer, même de manière malhabile.
De toute façon, le grec et le latin ne seront bientôt plus enseignés...
, chrétien qui plus est.
pas qui plus est: un syriaque nest que très rarement musulman. Il se définit à lorigine par la langue et la religion. Mais laissons aux médiévistes le soin destimer la part de telle ou telle communauté dans ce mouvement.
On remarquera que le trio présenté ici regroupe deux prestigieux guerriers musulmans et un intellectuel chrétien. Lordre aussi est aussi intéressant: Saladin toujours aussi Grand obtient la première place. Il y a, dans un texte, ce que lon veut dire, et ce que lon exprime.
Voilà parmi tant dautres exemples ce qui tend à réduire à néant la notion même darabité.
Cest un très court catalogue composé de trois personnages, présentés avec maladresse (un Kurde et un Berbère musulmans -islamistes si lon prend la terminologie actuelle, et un Arabe chrétien, apothicaire de son état, et traducteur forcené...), qui fait aboutir lauteur à ce jugement péremptoire et dépassé.
A ce stade de la confusion, on peut légitimement sinterroger sur la nature de la thèse quil prétend défendre.
Il sagit tout au plus, et surtout dès lavènement de lislam,
Le mot islam est enfin écrit.
Avènementa quelque chose de majestueux. On aurait aussi pu dire: irruption, invention, création.
détablir lidée que ces " gens-là " nétaient quune poussière de bédouins dont la gestion de lespace et du temps se reconnaît de léphémère
Il savère que la gestion du temps et de lespace par les Bédouins dArabie est toute particulière, bien étudiée, et cest celle de la survie dans un milieu naturel particulièrement difficile, où léphémère existe hélas, avec son cortège dangoisse et de courage: cest ce quexprime justement la poésie de ces gens-là.
En comparaison de Byzance, de la Perse, de lEthiopie, des royaumes sud-arabiques, lakhmides et ghassanides (royaumes arabes chrétiens), ces bédouins dArabie centrale sont effectivement des grains de sable, et cest parmi ces populations que fermentera le phénomène islamique.
Il ne faut pas écrire ces gens-là: cest une formule méprisante.
et ne peut donc ni bâtir ni instituer ni rien avoir à transmettre au monde.
Assurément, Y. Seddik exprime là de regrettables préjugés. Comment en est-il arrivé à ce point?
Aucun peuple sur Terre na reçu de mission sacrée, pour bâtir, instituer, transmettre au monde. Personne ne peut reprocher à une communauté humaine de ne pas développer de tels projets:à ce moment, ces bédouins tentaient avant tout de survivre.
Un anthropologue devrait le comprendre.
Ces hommes navaient même pas droit pendant des siècles à se faire nommer par ce vocable dArabes quils se donnaient à eux-mêmes
Arabes, cest-à-dire nomades, les traverseurs, ceux du désert: le terme est descriptif, neutre, technique, évoquant le genre de vie. Le vocable est employé par eux-mêmes de manière rarissime, étant donné lémiettement politique de la région. Dans ce domaine, cest essentiellement lépigraphie qui peut être un secours pour lhistorien.
Le fait dêtre qualifié par un hétéro-ethnonyme est dune grande banalité dans lHistoire ancienne (cest le cas pour les Berbères/Kabyles), surtout si les rapports avec les autres populations sexpriment par des activités de commerce et de brigandage, comme nous le montrent les sources, qui hésitent longtemps sur la dénomination.
Il nest par ailleurs pas question de droit et de justice quand on tente de présenter un raisonnement historique. On ne les a pas privés dun droit: la documentation, les événements, la géographie se sont imposés à eux.
: ils nétaient que " Sarrasins "
Sarakènoi, gens de la tente: cela na rien de péjoratif. Jean de Damas en fait les fils de Sara, la femme dAbraham.
ou " païens "
Du point de vue chrétien, sur le plan religieux, avec le vocabulaire dont disposaient les chrétiens, il est leur difficile de les nommer autrement: les textes (comme celui de Jean de Damas, dont on parlera plus loin), les qualifient de païens, ou plutôt didolâtres et dhérétiques: ils adorent effectivement des idoles, et quand ils vénèrent une divinité suprême, ce nest pas sous la forme purement chrétienne ou juive: lArabie dalors était vue comme la terre des hérésies.
Abord, longtemps après Muhammad, ils ne changeront pas leur position à ce sujet: cela décevra sans doute Y. Seddik, il sera tout à fait impossible de parler de musulmans parce que le mot napparaît pas. On se contentera de la conception vague et englobante de croyants. Ensuite, et plus globalement, cela choquera sans doute Y. Seddik, mais le christianisme ne reconnait pas lislam comme une nouvelle religion, puisque ce serait simplement se soumettre et même seffacer devant elle.
Et comment les musulmans mentionnaient-ils les chrétiens en retour? Etaient-ils appelés chrétiens? En aucun façon, car ce serait évoquer la figure du Christ (le fils de Dieu), qui nest pas reconnue par les musulmans: il est pour eux un des innombrables prophètes musulmans. Ils seront donc les nasara (peut-être à partir du village de Nazareth).
Les deux ensembles ne se reconnaissent pas en tant que ce quils sont, déjà dans le vocabulaire employé.
Il serait temps de cesser ces postures de victimisation, et de revenir à de véritables raisonnements historiques.
pour ces hordes
Encore un mot à la connotation mal maîtrisée: il est dorigine turque (et/ou hunnique), et il évoque en Europe une masse informe, barbare et violente. Ceux qui sont parvenus en Palestine étaient constitués en une force militaire. Les armées arabes qui sont parties de Médine, qui ont chevauché jusquà Autun, ou contre les Chinois, sont-elles aussi des hordes pour Y. Seddik?
de croisés qui allaient leur disputer une sépulture du Christ dont ils avaient toujours protégé et défendu la sacralité.
leur disputer: il y a donc deux revendications de souveraineté. Les chrétiens osent donc disputer le lieu aux musulmans? Y. Seddik a mal choisi son mot.
Ce nest pas une sépulture parmi dautres, mais La sépulture pour les chrétiens, et celle du Christ fils de Dieu pour les chrétiens et Jésus fils de Marie pour les musulmans: ce nest pas la même figure religieuse.
En 1009, le calife al Hakim a fait détruire le Saint Sépulcre, mais peu importe. Lessentiel était en fait que le bâtiment soit surplombé par le Dôme du Rocher, décoré de messages clairement menaçants à lencontre des chrétiens.
Ajoutons que la Sunna maudit clairement ceux qui construisent des sanctuaires sur les tombes des prophètes (ce serait pour la Tradition musulmane une des dernières paroles de Muhammad).
Car, la réplique à Sylvain Gouguenheim et à son fumeux pamphlet devrait commencer bien avant la querelle quil ramène sur la transmission à lEurope renaissante dAristote et de lhellénité du savoir.
Fumeux: on parlera de bûchers à la fin...
Voici donc quarrive lAntiquité, le domaine détude des antiquisants, mais toute personne compétente et de bonne volonté y est la bienvenue.
Le mot hellénité nexiste pas en français: hellénisme ou à la rigueur grécité.
Dabord par la dénonciation de cette réduction raciste de lArabe au bédouin.
Le mot raciste est lâché, avec légèreté. Pour ce qui est de lAntiquité, où Y. Seddik veut nous emmener, les Arabes et les Bédouins appartiennent à la même culture, même si leurs modes de vie divergent, entre Arabes des villes et Arabes de la steppe (badiya). Ne voir dans la figure du bédouin quune forme inférieure de larabité est un préjugé très contestable.
Une telle dénonciation est inscrite à plusieurs reprises à même le Coran.
Le Coran, ouvrage dénonciateur, réducteur, discriminant: ce nest pas moi qui oserais lécrire.
Cela dit, le fait de considérer comme preuve définitive le corpus coranique est dune remarquable maladresse si lon se place du point de vue de lAntiquité, et le texte napprend au final que peu de choses sur les Arabes. Mais si lauteur na pas autre chose en vue, laissons-le faire. Rappelons seulement que le texte sexprime de manière très agressive envers les tribus bédouines, presque placides, essentiellement accusées de ne pas participer avec assez de zèle au jihad instauré par Muhammad (au moment de lexpédition de Tabuk, pour la Sunna).
Le geste de baptiser la première capitale de lislam, du vivant même du prophète, par le vocable " Médine " ( La Cité),
Baptiser dans le sens de dénommer nest pas un geste, si lon veut encore sexprimer avec précision.
Si le mot capitale est employé, cest que nous avons bien affaire pour Y. Seddik à un Etat. Les institutions en sont en fait tout à fait embryonnaires, mais en effet, cest un Etat, de type théocratique.
Le nom de Médina (ou Médinta) proviendrait selon les spécialistes davant larrivée du personnage à Yathrib. Il faudra aussi ne pas oublier quelle est une ville juive, plus encore quune ville arabe.
Médina sera davantage la ville que la cité, ce que confirme ce qui suit: des errements gravissimes au regard de lHistoire antique.
montre à quel point lidée dune " polis " constituait lhorizon du projet islamique.
Le mot polis nest absolument pas à sa place ici. LAntiquité grecque et son institution de la polis ont disparu depuis longtemps: la ville byzantine la remplacée définitivement.
Médine (ou Yathrib de son nom primitif) ne correspond en rien à ce projet. LUmma sy établit, et son fonctionnement nest absolument pas à celui du modèle grec: au début, une théocratie tribale, régie par une sorte de pacte. Tout historien de lAntiquité ne peut que frémir devant de telles propos qui à eux seuls devraient susciter une pétition! Ils annulent des siècles deffort de compréhension des modèles politiques inventés dans lAntiquité...
A la rigueur, si lon veut absolument risquer un périlleux parallèle, il sera fourni par la ville la moins musulmane qui soit du temps de Muhammad, son ennemie intime, cest-à-dire la Mecque. Là, il se trouve des institutions, un conseil et des sortes de magistratures, au service dune aristocratie marchande que le prophète combat avec férocité pendant huit ans.
Mieux : le touriste, aujourdhui,
Le touriste est encore une espère rare en Arabie Saoudite, sil nest pas pèlerin; et sil est pèlerin, il évitera la région dHégra, toujours considérée comme maudite; il se consolera à la Mecque et à Médine, zones aujourdhui encore interdites aux non-musulmans, considérés comme impurs.
à travers les vestiges de la ville dal-Hijr, au nord-ouest de lArabie Saoudite (ville qui donne son nom à la sourate XIV du Coran),
Y. Seddik a déjà commis une aberration et il a le mauvais goût de prendre ensuite pour le pire exemple qui soit: le site d al Hijr, était autrefois une nécropole et non une ville: lagglomération antique se développait autour des monuments funéraires, sous des formes fragiles, temporaires, éphémères. Le plus amusant est que ces tombes rupestres ont certainement été à lorigine dun persistant malentendu pour les populations postérieures: en découvrant des débris humains dans ces faux domiciles, ils ont imaginé le mythe horrifiant dun peuple maudit par une divinité. Cest probablement ainsi que se sont développés par la suite des récits concernant les maudits dans le Coran (Ad ou Thamud).
Il se trompe donc, mais la faute est superbe car cest une erreur de prophète.
peut admirer des édifices à frontons et colonnes dans la pure tradition architecturale grecque.
Tout ce qui a fronton et colonnes nest pas grec: ici le style sera une adaptation , que lon peut qualifier, et cest déjà peu satisfaisant, d hellénistique. La soit-disante pure tradition architecturale grecque ignore la tradition rupestre, que pratique plutôt les cultures anatoliennes -et arabes-.
Lheureuse et profonde complicité des espaces grecs et arabes est bien plus étonnante et beaucoup plus ancienne dans lénorme puzzle de lhistoire ancienne, très loin aujourdhui dêtre reconstituée et dont historiens, archéologues et épigraphistes ne disposent que de rares pièces.
Pour ce qui concerne lAntiquité, les contacts culturels ont été très restreints entre les sphères culturelles grecque et arabe, surtout si lon la compare avec dautres échanges: la documentation grecque est finalement plétorique, et les indices dinfluence réciproque restent infimes. La disposition géographique des deux espaces lexplique largement.
Cela nempêche pas que se soient établis, vers la fin de lAntiquité, sur leurs marges respectives, des cultures mêlant les deux influences (Nabatène, Palmyre) et qui ont laissé de splendides vestiges. Au-delà, il faudra chercher. Létat lacunaire de la documentation nest pas un argument: lAntiquité nest un désert que pour celui qui ne sait pas chercher.
Les choses auraient pu être différentes pour lépoque hellénisitique, mais Alexandre le Grand a évité lArabie et la mort lempêche de mener à bien son projet dinvasion. Pas de communauté arabe dans le monde grec, pas de cité grecque en Arabie avant Rome. Le point est important: si le conquérant avait pénétré la péninsule, elle aurait été pleinement intégrée au monde hellénistique, et naurait pas vécu en marge pendant un millier dannées, avant se faire son retour fracassant dans lHistoire mondiale.
Connaissances limitées des Grecs sur les Arabes, mentions rares dans la littérature (topos du guerrier sauvage et pillard et senteurs des parfums, jusque dans Eschyle, qui les localisent près du Caucase): le bilan est maigre et ne correspond en aucune façon à une quelconque complicité: pas même de connaissances réciproques et pronfondes. Nous faisons face ici à une situation bien plus simple que celle des relations qui se développent ensuite au Moyen-Âge, et suscitent actuellement la polémique.
LHistoire ancienne est , soit dit en passant , un puzzle que pour ceux qui ny connaissent rien.
Les chercheurs disposent tout de même dune documentation, qui sacroît dailleurs considérablement, y compris en Arabie.
Avant de contester aux Arabes leur rôle de médiateurs et de passeurs, il convient pour la sérénité et lhumilité du savant de se poser des questions auxquelles létat des matériaux et des recherches dont lhumanité dispose ne permet pas de répondre.
Le procédé consistant à poser des questions présentées comme forcément sans réponse nest pas une méthode digne dun scientifique.
Lignorance , cest un fait assuré, ne permet pas de répondre, et cest de ce poids qu il me sera agréable de soulager Y. Seddik.
Comment se fait-il en effet que, aussi loin que la mémoire puisse remonter, ce que les orientalistes appellent " le domaine arabe " ne connait en matière de monnaie que deux entités désignées de deux mots grecs : le dinar (qui donne denier en français)
Denier est un mot latin et non grec. Mais ce nest pas tout: il est très probable que la forme matérielle de ce dinar corresponde à la monnaie dor sassanide, denar (rare, mais linfluence sassanide pénêtre loin en Arabie), plutôt quà lunité byzantine, plus commun. Avant lislam, lArabie est très largement soumise au pouvoir des Perses, même si les sources musulmanes affectent de lignorer.
pour la pièce dor, et le drachme pour la pièce dargent, dirham, deux mots qui se trouvent dans le Coran ?
La numismatique permet ébaucher une réponse: les Arabes, qui ne possèdent plus à ce moment de tradition monétaire, sont placés entre les zones dinfluences byzantines et perses sassanides. Leurs contacts entre eux sont commerciaux, et les marchands arabes employent alors des unités dor byzantines et dargent et dor du côté des Perses. Le mot dirham est à ce moment un mot grec (drachme) emprunté par les Perses (drahm), et la réalité de la monnaie est perse, par la forme; seul subsiste létalon monétaire. Y. Siddik a laissé échapper à ce moment un argument qui pourrait entrer dans lillustration de sa thèse: les peuples dArabie du Sud ont longtemps copié les monnaies grecques, notamment la plus célèbre dentre elles, la Chouette athénienne (en la déformant fortement).
Le dihram, lui, est ensuite intégré au roman coranique de Joseph, sensé se dérouler en des temps et des lieux où la monnaie nexiste pas encore.
Il serait bon de rappeler une fois de plus que la référence coranique ne doit pas systématiquement devenir un argument dautorité ( si elle doit lêtre, ce ne sera que pour les musulmans qui le veulent bien, et seulement pour ceux-là).
Et comment expliquer ces nombreux emprunts coraniques au lexique grec,
Nombreux, cest beaucoup dire: une vingtaine. Cela suffit déjà à démentir le témoignage coranique et la tradition musulmane qui cherche à défendre la thèse indéfendable dun ouvrage écrit en pur arabe. Tout ceci a été traité par le savant Arthur Jeffery dans un ouvrage classique, qui recense les différentes influences linguistiques. La place du grec est réduite en comparaison du persan, de lhébreu ou de laraméen.
tels que " sema " (signe ou marque doù " sémantique "),
Cela vient du grec, et presque certainement du grec du Nouveau Testament, sèmeion. Le mot est repris par la tradition juive. La langue arabe laurait employé pour désigner le marquage du bétail.
ou " zukhruf, " encore une fois lintitulé dune sourate (de " zoghrophiô "
Il faut le transcrire avec exactitude: zôghrapheo, si lon veut montrer un minimum de respect pour cette langue. Mais A. Jeffery estime de son côté que le mot provient de laraméen.
, " je peins ", " je décore ", " jenjolive ").
Le sens réel est celui de la reproduction peinture dun objet vivant. Sil sagit du grec.
Et puis, comment lire cette inscription en grec sur un ex-voto de lîle de Délos où il est dit quun commerçant arabe et son ami grec ont offert une libation, le premier à Appolon
Main dans la main, de retour de Mykonos, Abd al Uzza et Athénaios... Soyons sérieux.
Comment la lire? Comme ce qui va suivre, voyons et sûrement pas comme Y. Seddik se propose de le faire.
Linscription (éditée par Ryckmans) A Wadd et aux divinités de Mayn, est bilingue: cela ne signifie pas que deux personnes distinctes en soient les auteurs, et leur degré dintimité ne peut pas être décelé à partir dun texte aussi court. A moins que lépigraphie ne devienne romanesque et à moins Y. Seddik ne soit en fait le meilleur ou le pire épigraphiste au monde.
Elle a été gravée sur un autel : ce sont des sacrifices que lon pratique autour des autels et non des libations.
Deux L à Apollon, comme dans Allah: facile de se rappeler.
et le second à Wadd, léquivalent du Dieu hellène dans le panthéon arabique
Il se faut se garder dimaginer que le polythéisme est construit sur des équivalences. Ainsi, Wadd, dieu sud-arabique, dont le nom évoque la notion d amour, ne correspond en rien à lApollon des Grecs. Le panthéon sud-arabique ne manque dailleurs pas de dieux solaires qui auraient mieux fait laffaire à Délos pour flatter les Déliens.
Il faut prendre garde aussi à ne pas écrire, par habitude, le mot Dieu avec majuscule quand on traite des affaires de lAntiquité: anachronisme et préjugé.
, divinité curieusement citée dans la bouche du très biblique Noé dans le Coran ?
Cela na rien de curieux, ou même de miraculeux puisque le Coran est le réceptacle dune multitude dinfluences culturels proche-orientales.
Noé dans le Coran nest pas très biblique: il est très coranique en revanche et il critique ses contemporains qui osent adorer devant lui le dieuAmour.
Enfin, et toujours à titre seulement dexemple,
Laccumulation dexemples ne constitue pas une argumentation.
par quel " miracle " les Dioscures (ces dieux dynamiseurs du monde, venus tout droit de la tradition védique)
Aucun miracle, on peut en être assuré. Les Dioscures, Enfants de Zeus, ne proviennent pas du Veda: ces dieux grecs et les dieux indiens sont issus en commun de la tradition indo-européenne: il nexiste pas de relation de génération entre les deux.
Le mot dynamiseur est aussi une invention de Y. Seddik. Il suffit de les considérer comme des protecteurs de la jeunesse, fonction populaire et plus répandue que cette conception cosmologique et fantasque qui est présentée ici.
se voient porter dans les temples de Samothrace le nom de " Cabires ", mot qui signifie en arabe depuis toujours et aujourdhui encore, les " grands " ?
La question nest pas vraiment tranchée, mais les Cabires nont sans doute pas de rapport avec les Dioscures: ils font partie dun groupe variable de dieux collectifs, liés sûrement au travail du feu, comme les Dactyles.
Létymologie est probablement sémitique. Si cest le cas, ce nest pas larabe qui donne son nom à ces génies, mais bien le phénicien, qui a eu une indubitable influence sur la culture grecque à ses débuts.
Il ny a pas des temples sur Samothrace pour les Cabires: un sanctuaire unique suffit, le Cabireion.
Il est stupide quun historien, même quand il est spécialiste dune époque ou dune période,
Être spécialiste dune période, finalement, ce nest pas si mal.
Distinguer époque et période. A développer si lon na rien dautre à faire. Ne pas employer le mot stupide à la légère.
sengage à asséner ces vérités comme si son sujet venait à la pensée et à la lisibilité, tout habillé de vérité et dun ex nihilo historique. Par ailleurs, lentreprise de ce médiéviste est frappée dune amnésie bien plus dangereuse quand il sagit dun historien contemporain.
Sylvain Gouguenheim oublie en effet, ou feint doublier, que lespace du savoir arabe dont il parlait nétait pas régi par les normes et les frontières des nationalités et des appartenances territoriales, ethniques ou religieuses.
Je ne me risquerai pas à parler de nationalité à ces hautes époques. Cest peut-être un excès de prudence digne dun historien. Cest un espace, si lon suit Y. Seddik, qui na ni norme et ni frontière: est-ce le monde?
Pour redevenir sérieux, passer sous silence, au moins pour lOrient, la zone de contact avec lempire byzantin est une grave erreur.
La grande majorité des théoriciens de la grammaire arabe étaient persans.
Y. Seddik reprend la méthode initiale: cet exemple conçu comme décisif est laissé sans commentaire. La langue persane est indigne dintérêt à ce moment de lHistoire? Hommage au génie de la langue arabe? Hommage au génie persan de la grammaire? Il y a sûrement dautres explications, que le lecteur doit découvrir.
Les jurisconsultes qui ont fait passer les prescriptions coraniques dans les sommes juridiques venaient de tous les horizons du vaste empire.
Ces trois derniers mots sentent bon laventure et la bannière claquant au vent; pour tout dire, cest beau.
Cette immense population de jurisconsultes se rassemblent donc dans un vaste mouvement unanime, dans un seul but, qui consiste à faire passer les idées coraniques (et la Sunna) dans le droit . Tous vers le Coran, et le Droit, à soccuper de la même chose: voilà une situation exemplaire de la diversité tant chantée du monde musulman.
Lintérêt du passage nest pas dans la réalité passée quil tente de présenter, mais dans lémotion que ressent lauteur à ce moment: on tient là non pas un fait datant de mille ans, mais un fait concernant cette année, la psychè laissée sans contrôle dun intellectuel contemporain.
Médecins, chimistes et alchimistes, géographes, philosophes et théologiens de Fès, Kairouan, Alexandrie, Moussoul ou Bagdad ne se reconnaissaient que dune appartenance commune, celle qui leur faisait consigner en arabe leur pensée et leurs découvertes.
Deux belles gradations qualitatives, qui font finir par la mention de théologiens et de Bagdad. Cette dernière posséde un nom perse, en lhonneur dAhura Mazda, et Y. Seddik, qui semble apprécier les étymologies, nen dit mot.
Quelle est donc cette appartenance commune? Quelle est cette force qui les pousse à employer la langue arabe? Ny aurait-il pas quelque rapport avec un quelconque système religieux, puisque larabité nest plus en jeu? Y. Seddik préfère en rester là: il ne faut pas avoir honte décrire le mot islam...
Peu importe quils aient été musulmans ou chrétiens, sabéens ou juifs.
Non, non: peu nimporte pas, pour de multiples raisons, pour eux, et au regard de lhistorien. Mais notons simplement que cette généreuse déclaration doecuménisme est agréable à entendre, quand bien même on devine quelle est un jugement de valeur anachronique, totalitaire et mal intentionné.
Par ailleurs, on ne sait quasiment rien de sûr à propos des sabéens, qui ont disparu à lépoque classique quévoque Y. Seddik. Mais puisquils sont nommés dans le Coran...
Dès le début de lislam, un des pères fondateurs de lEglise, Saint Jean Damascène (676-749)
Cest juste, mais Y. Seddik arrive à cette vérité malgré lui: lépoque de Jean correspond au véritable début de lislam, quand la doctrine, confrontée au christianisme, sédifie et se développe.
Jean de Damas incarne une des ironies les plus mordantes de lHistoire: la première source (chronologiquement bien attestée) concernant cette nouvelle religion est dorigine chrétienne (et très défavorable).
A propos de cet auteur: il nest pas père fondateur; il est père et docteur: il na pas fondé le christianisme!
, de son vrai nom Mansour Ibn Sarjûn, était tout à la fois vizir auprès du calife Marwân et grand pourfendeur de ce quil appelait lhérésie islamique,
Vizir: choisi pour ses qualités, connaissant plusieurs langues, capable de faire ce que les autres ne peuvent faire, et sous les ordres de son maître musulman.
Vizir et pourfendeur? Pas tout à la fois, et cest là le secret de sa survie: il a rédigé son ouvrage après avoir fait retraite dans un monastère, puique le calife a décidé vers 720 de rejeter les chrétiens de son administration, dont Mansour-Jean. Il abandonne alors son vrai nom et prend celui de Jean, Yahya, sous lequel il est connu. Sil avait commis la maladresse de présenter ses pensées à son maître, il aurait sans doute perdu la tête qui lui servait à penser. Il a écrit son oeuvre en grec, et non en arabe, et cette précaution supplémentaire nétait pas inutile.
Lhérésie? On aimerait en savoir davantage sur cette étonnante conception des choses, qui ne doit pas seulement venir de lingratitude ou de lamertume de Jean (mais sur cette question de lorigine hérétique de leur religion, les musulmans restent peu curieux). Ce témoin incomparable intègre effectivement sa description de lislam dans un Traité sur les Hérésies, issues du christianisme: donc, à la rigueur, cest une hérésie chrétienne; cependant, dans le traitement quil fait de lhérésie 100, il préfère insister sur leur paganisme impénitent, et les tourner en ridicule.
islamique? Il y a plus gênant encore: en réalité, Jean nemploie jamais les mots islam, islamique, musulman: il se réfère seulement aux Arabes, sous le nom dIsmaélites, dAgarènes et de Sarrasins. Cest un point très remarquable et il suffit davoir lu une seule fois Jean Damascène pour sen rendre compte. Cette absence de référence à lislam est en soi un gros problème, il faut le souligner. Mais Y. Seddik a dautres tourments en tête. Mais si lon y songe, les choses seraient tellement plus simples si Jean avait mentionné lislam, une seule fois, plus d un siècle après l Hégire (ou plutôt, lAnnée des Arabes)...
sans que cela lait conduit au bûcher, comme il était dusage en Europe jusquaux époques chantées par Sylvain Gouguenheim, et pour beaucoup moins que cela ".
La Sunna interdit strictement le bûcher (mais Ali aurait commis cette bévue de brûler quelques zindiq -hérétiques-) et préfère la décapitation, la lapidation, la crucifixion. Cette interdiction se réfère à un forme de logique un peu démente: un malfaisant brûlé ne peut plus être brûlé dans lenfer qui lui est promis. On peine à chercher ici un quelconque progrès. Et puis le bois est rare en Arabie...
En passant, cest bien plus tard, aux XII-XIIIèmes siècles que le bûcher se généralise en Occident.
Quon me pardonne de finir sur cette note nauséabonde. Le traitement du sujet limposait, puisque Y. Seddik en a fait la coda de son intervention. Celle-ci part ainsi en fumée.
Cest bien dommage: cela pourrait mempêcher de faire à mon tour un final, en prolongement des propos de lauteur: linfluence culturelle grecque se repère aisément après la mort de Muhammad, donc dans ce qui est théoriquement lislam: la langue grecque (qui nest plus celle de Démosthène, certes), apparaît dans la chancellerie des califes ommeyades et cest par exemple en grec que sous légide du calife, un certain Abdallah (Serviteur de Dieu) fait rénover les thermes de la ville palestinienne de Gadara, en 662. Linscription est de plus ornée dune croix, tout comme les pièces du premier monnayage de lempire musulman des Ommeyades. Cest sur ces points, et dautres encore, quun historien, ou même un philosophe, ou pourquoi pas un anthropologue, devrait sattarder, car il y aurait alors beaucoup à dire sur les relations entre Grecs et Arabes.
Y. Seddik
Le texte original de Youssef SEDDIK, publié le 2 mai 2008, est disponible sur le site Internet de Télérama, à cette adresse :
http://www.telerama.fr/idees/grecs-et-arabes-deja-d-antiques-complicites,28445.php
1 Le mot est ARAB en langue arabe, à partir de la racine R-B ; en syriaque, ARABAYA, en grec, Arabioi ; l'Arabie, vue de l'extérieur, est la BETH ARABAYA ou ATRO ARBOYE " Maison des Arabes " en syriaque, et Arvastan pour le persan ; T. Khalifi, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Arabs.
2 La présentation du panthéon et de la religion se trouve dans les parties III et IV.
3 M. J. Kister, Studies in Jahiliyya and Early Islam, Londres 1980 ; Society and Religion from Jahilliya to Islam, Londres 1990 ; Al Ansay A. R.,Qaryat al Fau. A Portrait of Pre-Islamic Civilisation in Saudi Arabia, Riyad 1957-1982 (sur la seule fouille véritable entreprise sur ce territoire) ; résumé commode de A. Grohmann, Encyclopédie de l'Islam, s.v. al Arab, 540-543 ; The Arabs and Arabia on the Eve of islam (The Formation of the Classical Islamic World 3), Aldershot 1999 ; étude pionnière de A. P. Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, pendant l'époque de Mahomet et jusqu'à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane, Paris 1847-1848 ; M. Rodinson, " L'Arabie avant l'islam ", in : Histoire universelle, tome II, Paris : Gallimard (Encyclopédie de la Pléiade), 3-36 et 1637-1642, 1957 (à compléter avec la bibliographie générale).
4 A l'exception notable de M. Rodinson, dans son étude sur Mahomet, qui nous sert de modèle évident.
5 M. Sartre, " Arabie, Arabies ", in L'Arabie Chrétienne (Dossiers de l'Archéologie 309, 2006).
6 JAZIRAT AL ARA ("l'Île des Arabes"); G. Rentz, "Djazirat al-`Arabiya." in H.A.R Gibb et al. (eds.), Encylopaedia of Islam, 1. (2d ed.) Leiden, 1960. Aussi BILADU 'L-'ARAB , 'ARABISTAN ; H.A.R. Gibb, "'Arabiyya." in H.A.R. Gibb et al. (eds.), Encyclopaedia of Islam (2d ed.) Leiden, 1960; N. Groom, Dictionary of arabic topography and placenames, Londres 1983.
7 R. Montagne, La civilisation du désert, Paris 1947 ; J. B. Philby, The Background of Islam, Alexandrie 1947.
8 BADW.
9 La conception de l'Arabie Saoudite comme sanctuaire exclusif, écartant toutes les autres confessions, reste la doctrine inamovible du régime saoudien ; A.Al-Yassini, Religion and State in the Kingdom of Saudi Arabia. Boulder 1985 ; J. Kostiner, The Making of Saudi Arabia, 1916-1936: From Chieftaincy to Monarchical State, New York 1993.
10 Ed. A. Barguet, 1964.
11 Par la région du Sinaï.
12 Gaza.
13 Sans doute les Nabatéens de Pétra.
14 Monstre à cent têtes de la mythologie grecque.
15 W. Plate, Ptolemy's knowledge of Arabia : especially of Hadhramaut and the wilderness El-Ahkaf, Londres 1845; A. Berthelot, LArabie antique, daprès Ptolémée, Mélanges Desrousseaux, 1937; G. W. B. Bowersock, "The Three Arabias in Ptolemys Geography, "Géographie historique au Proche-Orient, P.-L. Gatier, B. Helly, J.-P. Rey-Coquais, eds. , 1988.
16 Cf. partie VI.
17 Ed. Nobbe, 1966.
18 L'attribution n'est pas certaine pour l'ensemble des historiens. Autre possibilité: le MEKWRAB correspond au palais dans les langues sud-arabiques.
19 On négligera ici les Arabes du golfe persique, qui n'interviennent pas encore beaucoup dans cette Histoire.
20 L'auteur écrit sous le règne d'Auguste.
21 Trad. Tardieu (éd. Garnier).
22 De l'Euphrate.
23 Erythrée ; le rapport avec la terminologie moderne n'est pas évident ; le " golfe arabe" doit correspondre avec la Mer d'Oman.
24 Le pétrole est donc devenu naturellement "le don d'Allah".
25 Cité par R. Hoyland, Seeing Islam as Others Saw it, Princeton 1996 ; le document date d'environ 650 ap. J.-C ; éd. Guidi, " Chronicum Anonymum" , Corp. Script. Christ. Or. 62-3, Paris 1903.
26 FARSAKH ; unité de distance perse, correspondant à une heure de marche.
27 Cf. partie VI.
28 Plusieurs souverains lakhmides ont porté ce nom ; cf. partie VI.
29 Ed. J.Sauvaget, Historiens Arabes, p. 146.
30 Peuples du nord, maudits par le texte coranique.
31 Tribu arabe mythique, déjà mentionnée dans la Bible; Th. Noldecke, Über die Amalekiter und einige andere Nachbarvölker der Israeliten. Orient und Occident II, 1864, .
32 Peuples du sud ; Tobba est sans doute le nom du titre royal.
33 Récit de Abdullah ibn Abbas.
34 C'est-à-dire " avant la soumission" .
35 Drachme, monnaie d'argent ; la somme est considérable: la rançon ne peut être payée que par les familles aristocratiques.
36 Cf. partie XIV.
37 Récit attribué à Muhammad ; cf. partie XII.
38 Traditionniste mort vers 795.
39 Récit de Yahya.
40 Le hadith a été rédigé pour justifier l'expulsion, des populations arabes chrétiennes et juives ; A. Ferré, " Muhammad a t-il exclu de l'Arabie les juifs et les chrétiens?" , Islamochristiana 16, 1990. L'interdiction reste en principe valable en Arabie Saoudite, où ce hadith est souvent rappelé, pour empêcher l'établissement de lieux de cultes impurs ; il a donné lieu à des débats interminables à la suite de l'arrivée des troupes occidentales dans le royaume saoudien au moment de l'invasion du Koweit par l'Irak, et justifie aussi les nombreuses attaques terroristes contre les occidentaux présents dans le royaume.
41 Bukhari, Sahih (" L'Authentique" ), Les Traditions Islamiques, éd. V. Houdas & W. Marçais, Paris, 1900-1904. L'ouvrage a été réédité vers 1984.
42 Pour les circonstances, celle de l'agonie de Muhammad, cf. partie 19.
43 Le terme peut concerner les infidèles en général, y compris les chrétiens et les juifs.
44 Ne pas confondre les deux régions: le Yamama se situe dans l'est du territoire.
45 La plaine côtière occidentale.
46 Tarikh Dimashq 1, 378 ("Histoire de Damas") ; trad. A. L. de Prémare, Les Fondations de l'islam. Entre écriture et histoire ", Paris 2002.
47 La métaphore géographique considère donc la Syrie comme une terrre à conquérir et piller, et le Yémen, un réservoir démographique, ce qui est une considération assez juste (cf. l'origine de la famille Ben Laden). Le Yémen bénéficie d'un a priori favorable ; I. Shahid, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Syria.
48 Cf. partie XIII sur le point de vue chinois sur le jihad, à la suite du texte.
49 Cité par R. Hoyland, Seeing islam as others saw it, Princeton 1996 ; H. S. H. Behbehani, " Arab-chinese military encounters : two cases studies 715-751" , ARAM 1 1989.
50 Très importante remarque, oubliée depuis par les historiens ; cf. partie VI, sur l'influence sassanide sur l'Arabie.
51 D. Mascitelli, L'Arabo in epoca preislamica: formazione di una lingua (Arabia Antica 4), Pise 2006; M.C.A. Mc Donald, Reflection on the linguistic map of pre islamic Arabia, Arabian Archaeology and Epigraphy 11, 2000 , et H. Jennsen, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. arabic language; B. Ingham, Arabian diversions : studies on the dialects of Arabia, Londres 1997; K. Vollers, Volkssprache und Schriftsprache im alten Arabien, Straßburg , 1900; G. Bohas, The Arabic linguistic tradition , London 1990; P.Stein , Zur Dialektgeographie des Sabäischen, Journal of Semitic Studies 2004 49; D. Caubet, M. Vanhove, Actes des premières journées internationales de dialectologie arabe, Paris 1994; Ch. Robin, Les langues de la pénisule arabique, RMMM 61, 1991-3; A.F. Beeston, Languages of pre islamic Arabia, Arabica 28, 1981; M.Mc Donald, Old Arabic (Epigraphic). In Kees Versteeg (ed.), Encyclopedia of Arabic Language and Linguistics. Vol. III. Leiden: Brill 2008 [2007]. pp. 464-477; id. , Ancient North Arabian, in R.D. Woodard (ed.), The Cambridge Encyclopaedia of the World's Ancient Languages. Cambridge 2004; J. Ryckmans, "Alphabets, scripts and languages in pre-islamic arabian epigraphical evidence", Studies in the History of Arabia II, Pre-islamic Arabia, Riyad 1984; J.Owens, Arabic dialect history and historical linguistic mythology, Journal of the American Oriental Society 123, 2003; Peter Stein, Zur Dialektgeographie des Sabäischen, Journal of Semitic Studies 49, 2004; J. Owens, Arabic dialect history and historical linguistic mythology, Journal of the American Oriental Society 123, 2003; Ch. Sarauw, Die altarabische Dialektspaltung, ZA 21, 1908; Joshua Blau, The role of the Bedouins as Arbiters in linguistic questions and the Mas'ala Az-Zunburiyya; What the Koran Really Says : Language, Text & Commentary, ed. Ibn Warraq. (réed.) New Delhi, 2006.
52 Le Corpus coranique n'est certainement pas un modèle de pureté et de perfection linguistique (l'idée de perfection linguistique étant déjà une chimère); cf. partie 6 sur le vocabulaire.
53 Parmi les premeirs dictionnaires: Le al-Khalil, appelé Kitibu'l 'Ain; le Jamharah, de Ibn Duraid, mort en A.H. 321;le Tahzib, de al-Azhari mort en A.H. 370; le Muhit, de le Sahib Ibn 'Abbad, mort en A.H. 885; le Mujunal, de Ibn Faris mort en A.H. 306; le Sihah, de al-Jauhari, mort en A.H. 398; le Jami', de al-Qa'zzaz, mort en A.H. 412; le Mu'ab, de Abu Ghalib, mort en A.H. 436; le Muhkam, de Ibn Sidah, mort en A.H. 458; le Asas, de ar-Zamakhshari, mort en A.H. 538; le Mughrib, de al-Mutarrizi, mort en A.H. 610; le 'Uhab, de as-Sighani, mort en A.H. 660; le Lisanu'l-'Arab, de, Ibn Mukarram, mort en A.H. 711; le Tahzibu 't-Tahzib, de Mahmud at-Tanakhi, mort en A.H. 723; le Misbah, de Ahmad Ibn Muhammad al-Faiyumi, compiled en A.H. 734; le Mughni '-Labib, de Ibn Hishim, mort en A.H. 761; le Qarmus, de al-Faizuzabadi, mort AH 816.
54 Déformation extrème d'une langue jusqu'à la rendre parfaitement incompréhensible.
55 D. H. Müller, al Hamdani. Geographie der arabischen Halbinsel, Leiden 1884-1885 ; trad. Robin 1992, p. 104-5: Le texte date du Xème siècle après J.-C.
56 GUMT.
57 Une des tribus les plus prestigieuses, occupant le centre de l'Arabie.
58 L'étymologie de ce mot français est étonnante : au prix d'un détour par l'Auvergne et l'Espagne, on retrouve le terme al Arabiya.
59 Muqaddima I, p. 284, éd. de la Pléiade, trad. Cheddadi.
60 "Haut", les hauts plateaux à l'est du Hedjaz.
61 Le golfe persique.
62 La région de la Mecque : on se demande légitimememt pourquoi cet encyclopédiste a voulu se livrer à une telle observation anthropologique. Aurait-il oublié qui était le plus illustre des enfants de la région ? Comme dit le proverbe allemand : " Der Teufel steckt im Detail/Le diable se cache dans les détails ".
63 Corpus coranique 7/57, 14/18, 15/22, 17/68, 21/81, 25/48, 27/63, 29/40, 30/46, 30/48, 30/51, 33/9, 34/12, 35/9, 38/36, 41/16, 45/5, 46/24, 51/1-4, 51/41, 52/27, 54/19, 67/17, 69/6, 78/14.
64 J.Pirenne, Le royaume sud-arabe de Qataban et sa datation, Louvain 1961, p. 93-140.
65 Ed. Tardieu , Paris, 1931.
66 Celui-ci est aussi un ami personnel du naturaliste Pline l'Ancien; cf. J. Pirenne, L'expédition d'Aelius Gallus en Arabie du sud, in Le royaume sud-arabe de Qataban et sa datation, Londres, 1961; H. von Wissmann, Die Geschichte des Sabäerreichs und des Feldzug des Aelius Gallus, Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, t. 9.1, Berlin-New York, 1976; S. Jameson , Chronology of the campaigns of Aelius Gallus and C. Petronius, Journal of Roman Studies, 58, 1968; S. E. Sidebotham, Aelius Gallus and Arabia, Latomus, 45, 1986; C. Marek, Die Expedition des Aelius Gallus nach Arabien im Jahre 25 v.Chr., Chiron, 23, 1993; R. Simon, Aelius Gallus Campaign and the Arab Trade in the Augustan Age, Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, 55 (4), 2002;N. Groom, "The Roman Expedition into South Arabia." Bulletin of the Society for South Arabian Studies 1 1996;B. S. J. Isserlin, The Expedition of Aelius Gallus and Other Aspects of Roman Penetration into Arabia, Studies in the History of Arabia, Volume II: Pre-Islamic Arabia, Riyadh 1984;S. E. Sidebotham, "Aelius Gallus and Arabia." Latomus 45,1986; R. Fazy, Autour dune expédition romaine en Arabie Heureuse sous Auguste?, Bulletin de la société suisse des amis de lExtrême-Orient, 5, 1943..
67 Il s'agit de l'empereur Auguste.
68 Arèthas, al Harith : " Le riche " ou " Le laboureur ".
69 " Village Blanc " : Haura ? Le site semble être en cours d'identification et d'exploration ; G. R. Puin, Leuke Kome/ Laykah, die Arser/Ashab al Rass und vorislamischer Namen in Koran. Ein weg aus dem Dickicht? in K.H. Ohlig, G.R. Puin, Die dunklen Anfänge, Neue Forschungen zur Entstehung und frühen Geschichte des Islam, Berlin 2007.
70 Le nom arabe classique Ubayda ou Obeyd.
71 La dysenterie, mot-à-mot " mal de ventre ".
72 Variété de blé dur.
73 Contamination possible du nom du pays, le Saba.
74 Najran ?
75 Le mot est mutilé.
76 Saba ?
77 Le nom rappelle déjà le nom de dieu Rahman, Miséricordieux (ou " généreux "), honoré dans ces régions ; cf. partie IV.
78 L'Arabie Heureuse.
79 Hegra, capitale des Thamoudéens?
80 SHARA; (coll.), Le désert, image et réalité. Actes du colloque de Cartigny, Louvain 1989; A. Haldar, The Notion of the Desert in Sumero-Accadian and West-Semitic Religions, Uppsala-Leipzig, 1950
81 AYN ; M. Radscheit, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. springs and fountains.
82 BIR.
83 Ce très grand savant, courageux et décisif dans les études critiques du christianisme, est de ceux qui ont toujours manqué à l'examen scientifique de l'islam ; sur ce dernier sujet, Renan s'est d'ailleurs montré bien moins lucide que ces contemporains , à force de se confontrer aux plus réactionnaires des chrétiens de l'époque : on ne peut pas briller sous toutes les latitudes.
84 Cf. partie IV ; contrairement à ce que pouvait penser ce brillant historien français du XIXème siècle, le nomade est condamné à trouver des repères les plus menus soient-ils, dans son espace, tenant lieux d'axes, de degrés, de limites. C'est le premier stade de la sacralisation. Le peuple mongol la laisser perdurer ces usages jusqu'à nos jours.
85 " Le Quart vide" , au sud est de la péninsule.
86 On verra plus loin que, contrairement l'idée reçue, il pleut en Arabie, et parfois sans mesure.
87 C'est-à-dire, de destruction par les troupeaux.
88 BADAW BADWAN ; cf. sv. Badiya (VIII ième siècle)
89 Ed. Chambry, Paris, 1936.
90 Ânes sauvages.
91 Gros volatile proche de la pintade.
92 L'auteur est un jésuite belge, qui néanmoins connait parfaitement son sujet.
93 Cf. partie IV.
94 Vestige erratique d'une très ancienne conception animiste. La Tradition musulmane, dans le flot d'information qu'elle diffuse, laisse subsister de telles étrangetés.
95 Synonyme de virilité: les eunuques imberbes sont le contre-exemple absolu.
96 C'est sans doute une des premières description de la pollution urbaine dans l'Histoire humaine.
97 GHAWR.
98 NADJ.
99 BIQA.
100 QA.
101 WIHAD.
102 MA, pl. MIYAH, AMWAH (heb. mayim) et MAU I MATER, eau de pluie, MAU AL AYN, eau de source, MAU AL BIR, eau de puit, MAU AL BAHR, eau de mer ; Encyclopédie de l'Islam2 V p. 866 (coll.) ; H. Toelle, Le Coran revisité : le feu, l'eau, l'air, la terre, Damas 1999 ; A. H. Johns, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. water ; D. Masson, L'eau, le feu, la lumière : d'après le Coran et les traditions monothéistes, Paris 1986 ; D. M. Varisco, " The rain period in pre-islamic Arabia ", Arabica 34, 1987; H. A. Amery, and A. T. Wolf (ed.), Water in the Middle East: A Geography of Peace, Austin, 2000; C. Chesnot, La bataille de l'eau au Proche-Orient, Paris, 1993; A. Issar, Water Shall Flow from the Rock: Hydrogeology and Climate in the Lands of the Bible, new York, 1990; Jacqueline Chabbi , "L'eau et le désert dans l'imaginaire du Coran", in Les mythes de l'eau et de l'océan, Oceanis, 21 , 1995; Z. al-Muheisen, "L'Eau à Pétra." Le Monde de la Bible 14, 1980; id. , "Maîtrise de l'Eau et Agriculture en Nabatène: L'Exemple de Pétra." Aram 2,1990.
103 GHAYTH, RAHIL, MATAR; Corpus coranique 2/163, 2/265, 6/99, 7/57, 8/11, 10/24, 13/17, 14/32, 15/22, 16/65, 18/45, 20/53, 22/5, 22/63, 23/18, 24/43, 25/48, 27/60, 29/63, 30/24, 30/48, 31/10, 31/34, 32/27, 35/27, 39/21, 40/13, 41/39, 42/28, 42/33, 43/11, 45/5, 46/24, 50/9, 56/69, 57/20, 78/14, 80/25; nuages: 7/57, 7/160, 24/40, 24/43, 25/25, 30/48, 35/9, 52/44, 56/69.
104 Cf. partie IX.
105 BIR (BEER en hébreu) ; le mot revient souvent dans la toponymie.
106 J. Kraemer, Encyclopédie de l'Islam2 I p. 1266-7 ; E. Braunlich, " The well in ancient Arabia ", Islamica 1, 1925; P. Courbon Les puits nabatéens de Madain Salih Arabie Saoudite, Arabian archaeology and epigraphy ,19 2008 .
107 ANZALA ; la " descente " des " révélations " de Muhammad appartient à la même racine: le phénomène " pleut " littéralement sur lui.
108 La pluie est longuement évoquée et décrite dans le Corpus coranique 2/163, 2/265, 6/99, 7/57, 8/11, 10/24, 13/17, 14/32, 15/22, 16/65, 18/45, 20/53, 22/5, 22/63, 23/18, 24/43, 25/48, 27/60, 29/63, 30/24, 30/48, 31/10, 31/34, 32/27, 35/27, 39/21, 40/13, 41/39, 42/28, 42/33, 43/11, 45/5, 46/24, 50/9, 56/69, 57/20, 78/14, 80/25. Les prières musulmanes pour faire venir la pluie restent assez populaires ; on a vu en 2007 d'augustes dignitaires religieux procéder à ces incantations dans la très républicaine capitale turque, Ankara
Sans véritable succès, faut-il le préciser?
109 Vallées sèches.
110 Trad. J. B. Saint Hilaire, Paris 1863.
111 Ed. Budé.
112 Aqaba?
113 Les populations ne parlant pas grec.
114 Ed. Schmidt 1998, p. 42-43.
115 TUFAN.
116 Ville du Yémen.
117 Point d'eau de la tribu des Tamin; U. Thilo, Die Ortsnamen in der altarabischen Poesie. Ein Beitrag zur vor- und frühislamischen Dichtung und zur historischen Topographie Nordarabiens, Wiesbaden 1958.
118 Montagne des Banu Asad.
119 Licence poétique: même si l'Arabie a été pourvue oasis, la mention de ces arbres laisse dubitatif.
120 Grande cité arabe du nord-ouest.
121 SAYL.
122 Sermon.
123 Source internet: Compendium of Muslim Texts du msa-usc (Muslim Students Association / University of South University).
124 Al Azraqi, Die Geschichte der Stadt Mekka, éd. F. Wüstenfeld, Die Chroniken der Stadt Mekka I, Leipzig 1858. L'auteur est un des très rares auteurs d'origine arabe et plus précisément mecquoise.
125 Ils sont en terre crue.
126 Ed. Londres 1829, p. 93.
127 Corpus coranique 47/15, 56/31, 56/68, 67/30, 77/27, 88/17, pour l'eau. Pour la pluie, cf. plus haut.
128 D. Masson, Monothéisme coranique et monothéisme biblique, Paris 1976, p. 482-6.
129 KARB.
130 Corpus coranique, ed. R. Blachère, Paris 1999.
131 Sur Allah considéré comme un dieu protecteur des marins, cf. partie IV. La mer est souvent évoquée dans le Corpus Coranique en 2/50, 2/164, 5/96, 6/59, 6/63, 7/138, 7/163, 10/22, 10/90, 14/32, 16/14, 17/66, 17/67, 17/70, 18/60, 18/61, 18/63, 18/79, 18/109, 20/77, 22/65, 24/40, 26/63, 27/63, 30/41, 31/27, 31/31, 42/33, 45/12, 52/6, 55/24, 81/6. Les navires le sont aussi en 2/164, 10/22, 14/32, 16/14, 17/66, 18/71, 18/79, 22/65, 23/22, 29/65, 30/46, 31/31, 35/12, 36/41, 37/140, 40/80, 42/32, 43/12, 45/12, 55/24.
132 Muhammad n'a certes pas le talent parabolique des prophètes d'Israël ou des évangélistes : ici comptent les observations du quotidien, et la fascination pour le travail du métal.
133 BIR.
134 Cf. partie IV ; les wahhabites, au début du XXème siècle, n'hésitaient pas à combler les puits, pour éviter que les bédouins ne reviennent à d'inévitables pratiques de dévotion.
135 Paul Courbon, Les puits nabatéens de Mad in Ali (Arabie Saoudite), Arabian Archaeology and Epigraphy 2008-19
136 ibn Hisham, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. A. Guillaume, Oxford 1967. Réédité plusieurs fois depuis, notamment au Pakistan.
137 La scène se déroule au cours d'une expédition de pillage ; cf. partie XIII.
138 Un des nombreux exemples de comportements magiques de Muhammad ; cf. partie III.
139 MAFRAY Sari 7, inédit, trad. Robin 1992, p. 100.
140 QAYL.
141 Sic: le même verbe est écrit deux fois, en qatabanite et en sabéen.
142 Deux divinités sud-arabes.
143 Cf. partie XIV.
144 Un " auxiliaire ", habitant de Médine converti à l'islam.
145 L'oncle de Muhammad, modèle du héros guerrier pour les musulmans
146 C'est un cas de pollution par l'impureté la plus grave. Mais le concept de jihad (cf. partie XIII) en annule la gravité au point de vue musulman, puisqu'il s'agit du meurtre d'un infidèle.
147 SAYYID
148 ibn Sa'd, Tabaqat I-II, éd. Moinul Haq, Karachi (sans date).
149 Ed. Londres, 1829, p. 143.
150 Année de l'Hégire (622).
151 L'inspirateur de la révolte puritaine des Wahhabites; sur ce mouvement et ses conséquences, cf. L. A. De Corancez, History of the Wahabis (Founders of Saudi Arabia), Garnet Pub, 1997; S. Haj, Reordering Islamic Orthodoxy: Muhammad ibn 'Abdul Wahhab, The Muslim World 92 , 2002 ; W. F. Smalley, The Wahhabis and ibn Sa'ud, The Muslim World 22, 1932; Adel-Theodor Khoury, Un Modèle d'Etat islamique : l'Arabie Saoudite, Munich, 1983; J.S. Habib, Ibn Sa'ud's Warriors of Islam: The Ikhwan of Najd and Their Role in the Creation of the Sa'udi Kingdom, 1910-1930. Leiden, 1978.
152 Les Ottomans occupent la Mecque à cette époque.
153 Cf. partie X.
154 Un habitant de Médine, contre un émigré mecquois.
155 La zone aride autour de Médine.
156 La formule signifie traditionnellement que le personne rentre en colère.
157 Corpus coranique 4/68.
158 Corpus coranique 4/68.
159 Le mot serait d'origine égyptienne démotique.
160 Cf. parties 5 et 14.
161 Ed. Dewing, 1961; Procopius, History of the Wars , 7 vols., tr. H. B. Dewing, Cambridge, Mass. 1914; reprint ed., 1953-54.
162 Un des noms donnés par les Grecs aux Arabes, " les gens de la tente "?; cf. K.H. Ohlig, Hinweise auf eine neue Religion, in id., Der Frühe Islam, ein historisch-kritische Rekonstruktion anhand Zeitgenössischen Quellen, Berlin 2007 , p. 229. Autre explication du terme, qui semble plus assurée: SARQIYYUM, "les Orientaux"; cf. Fergus Millar, Hagar, Ishmael, Josephus, and the Origin of Islam , JJS 44,1983
163 Justinien I.
164 Le traducteur ne traduit pas, par scrupule religieux; ce nest en aucune façon un scientifique.
165 FAKIHA.
166 Mohammed Hocine Benkheira, Catherine Mayeur-Jaouen, Jacqueline Sublet, L'animal en islam, Paris, 2005
167 H. Toelle, Quel usage le Coran fait-il de la flore dArabie?, Arabica 47, 2000; A. Mohammad Migahid, Flora of Saudi Arabia, Riyad ?; E. Blatter, Flora Arabica, the Botanical exploration of Arabia, Calcutta 1921-1936; K.H. Batanouny. Natural history of Saudi Arabia : a bibliography, Jeddah 1978; H. Ullrich Baierle, A. M. El-Sheikh, W. Frey, Vegetation und Flora im mittleren Saudi-Arabien , Wiesbaden, 1985;H. C. Hart, Some Account of the Fauna and Flora of Sinai, Petra, and Wady 'Arabah, Londres 1891
168 A. al Hubaïshi & K. Müller-Hohenstein, An Introduction to the Vegetation of Yemen, Eschborn 1984 ; S. Collennette, An Illustrated Guide to the Flowers of Saudi Arabia, Londres 1986.
169 P. Högemann, Alexander und Arabien, Munich 1985; C. Arnold-Biucchi, Arabien Alexanders, Mnenata, Papers Waggoner, New York 1991; avant sa mort, Alexandre le Grand avait prévu de s'emparer de l'Arabie du Sud, par voie maritime.
170 Ed. Tardieu, Garnier/Flammarion.
171 Camelus dromaderius ; cf. R. W. Bulliet, The camel and the well, Cambridge, Mass, 1975 ; G. Curasson, Le chameau et ses maladies, Paris, 1947. ; B. Faye, Guide de l'élevage du dromadaire, éd. Sanofi, Libourne (France) 1997; R. G. Khoury, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. camel; A. Pesce, The camel in Saudi Arabia : marvel of the desert Jiddah 1984; H. Field, Camel brands and graffiti from Iraq, Syria, Jordan, Iran, and Arabia, Baltimore 1952 ; A. Glyn-Leonard, The Camel, Londres 1894; W. Torry, "Life in the camel's shadow", Natural History 1974; M.C.A. Macdonald, Camel hunting or camel raiding?, Arabian Archaeology and Epigraphy 1, 1990; S. Abboud Jasim, The excavation of a camel cemetery at Mleiha, Sharjah, U. A. E, id. 1999-10; D.F. Graf, Camels, roads and wheels in late antiquity, Donum Amiticiae, in Electrum 1, 1997; L.E. Sweet, Camel raiding of orth arabian bedouin: a mechanism of ecological adaptation, American Anthropologist 67, 1965; J. P. Free, Abrahams camels, Journal of the Near East Studies 3, 1944; S.B. Downey, A camel procession from Dura-Europos, AAS 1970; I. Parlasca, Die Nabatäischen Kamelterrakotten: Ihre Antiquarischen und Religionsgeschichtlichen Aspekte. Petra: Neue Ausgrabungen und Entdeckungen, Munich, 1986; J. Retso, "The Domestication of the Camel and the Establishment of the Frankincense Road from South Arabia." Orientalia Suecana 40 1991;H.-P. et M. Ürpmann, The Appearance of the Domestic Camel in South-east Arabia, The Journal of Oman Studies 12, 2002; G. Curasson, Le chameau et ses maladies, Paris, 1947; B. Faye, Guide de lélevage du dromadaire, Libourne 1997 ; H. Field, Camel Brands and Graffiti from Iraq, Syria, Jordan, Iran and Arabian, Baltimore, 1952, Supplement du Journal of the American Oriental Society 15; G. Saint Martin, Bibliographie sur le Dromadaire et le Chameau Maisons-Alfort , 1990; Leonard, Arthur G., The Camel, New York 1894 ; Michael Ripinsky, Camel Ancestry and Domestication in Egypt and the Sahara, Archaeology 36, 1983; id., The Camel in Ancient Arabia, Antiquity 49, 1975; id., Pleistocene Camel Distribution in the Old World, Antiquity, 56, 1982; Knut Schmidt-Nielsen, The Psychology of the Camel, Scientific American 201.6, Décembre 1959; Gauthier-Pilters, Hilda and Dagg, The Camel, Chicago, 1981 .
172 Il s'agit bien sûr du dromadaire, pourvu d'une seule bosse (du grec dromas, coureur) ; cf. Watt 1958, p. 21 ; l'animal a suscité une grande variété dans le vocabulaire: JAMAL au masculin, NAQA au féminin, FARASH pour les jeunes, ISHAR, pour les femelles pleines, NAAM, collectif pour les troupeaux. Le chameau stricto sensu est l'animal à deux bosses, connu surtout sous l'appelation de "chameau bactrien".
173 Cf. son installation à Médine en 622.
174 Corpus coranique 7:73, 11:64, 26:155, 54:26, 91:13.
175 Ed. CUF, trad. B. Bommelaer, Paris 2002.
176 Ed. Marrou, 1960-1970.
177 Allusion à l'habitude des Bédouins de se nourrir du sang de l'animal en lui sectionnant un veine du cou.
178 La formule est actuellement employée pour désigner le pétrole. Le chameau n'est plus qu'un vestige.
179 La viande de chameau est autorisée clairement dans le Coran (6/144), au contraire de la législation juive : Muhammad ne veut pas priver ses sujets d'un tel apport de protéines. Il autorise aussi cette viande parce que le chameau reste encore un animal privilégié dans les sacrifices.
180 Allusion au commerce par caravanes; cf. partie II.
181 Ed. CUF, trad. A. Ernout, Paris 1952.
182 C'est une donnée importante pour la mise au point de tactiques dans les combats en Arabie: on doit prévoir l'affrontement entre les deux types de cavalerie.
183 Ed. L. Souami, Le cadi et la mouche, Paris 1988.
184 BAHIR.
185 HAMD.
186 KHULLA.
187 BISH.
188 HAFIR.
189 DIFLA.
190 NAQA.
191 QURAD.
192 RUBA.
193 RUM.
194 J. Berque, Les dix grandes odes arabes de l'Anté-islam, Paris 1995, p. 32-33.
195 Innovation architecturale typiquement romaine, qui impressionne les Bédouins.
196 Fleuve de Mésopotamie, qui borde Ctésiphon/Bagdad.
197 La langue des chrétiens arabes parlant araméen.
198Ed. J. J. Schmidt, Les Mualaqat, Paris 1998, p. 89.
199 Cf. la remarque sur le fait que tous les prophètes auraient été bergers. C'est une généralité stupide: les Hébreux ont largement utilisé le chameau, comme le prouvent les énormes quantités d'ossements trouvés sur les sites archéologiques israéliens.
200 Récit d'Abdullah ibn Umar.
201 ASA ; Un de ses bâtons est conservé comme relique dite " véritable" , au musée de Topkapi, à Istanbul. dans le Coran, le bâton est l'objet qui est associé à Moïse, pasteur de son peuple.
202 AL ARADA: la termite, sans doute.
203 MINSAA.
204 Ed. de la Pléiade, trad. Cheddadi, p. 372.
205 Récit d'Anas.
206 Sur les conseils médicaux hasardeux de Muhammad, cf. partie XII.
207 Cf. parties 3 et 6.
208 Rapports sexuel pour le bétail.
209 ibn Kalbi, Livre des idoles (trad. W. Atallah), Paris 1969
210 De l'idole Sa'd.
211 Ed. State of New York University.
212 Une monnaie d'argent de 4 grammes, environ. A cette époque, elle provient sans doute de l'empire sassanide ; cf. partie VI.
213 Procédé de marquage rituel des animaux, interdit par le Coran.
214 Ed. Bewley.
215 Le phénomène de WAHY, inspiration, souffle direct.
216 Rite de l'animal tabou, interdit plus tard par l'islam, et plus largement du statut sacré de certains animaux dans l'ancienne religion arabe ; cf. partie III ; c'est un indice parmi d'autres des liens conservés par Muhammad avec la religion traditionnelle.
217 Ed. Paris 1840, p. 174-180 et 262-263.
218 Cravache ; mot turc?
219 Dromadaires.
220 " Jeûne ".
221 Cf. J.P. Digard (ed.), Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d'orient et d'occident, Paris 2002; K.W. Ammon, Historical Reports on Arab Horse Breeding and the Arabian Horse : Collected Reports from Early Travellers to Arabia, Hildesheim 1993; M. McDonald, Hunting, Fighting and Raiding. The Horse in Pre-Islamic Arabia, in D. G. Alexander (ed.), Furusiya. The horse in the art of the Near East 1. Riyadh. 1996; J. Ryckmans, Lapparition du cheval en Arabie ancienne, Ex Oriente Lux 17, 1963; C. R. Raswan, Vocabulary of bedouin words concerning horses, Journal of the Near East Studies 4, 1945; Ali ben Abderrahman, La parure des cavaliers et l'insigne des preux (XIVe siècle), tr.Louis Mauvy; Carl-R. Raswan, Der Araber Und Sein Pferd , Stuttgart, 1930; W. Boutros Ghali, La Tradition chevaleresque des Arabes , Paris, 1919; Lady WENTWORTH, The authentic Arabian horse , Londres 1962.
222 Cf. partie 16.
223 S. Bashear, Riding beast on divine missions: an examination of the ass and camel traditions, Journal of Semitic Studies 37/1, 1991.
224 Source internet : Compendium of Muslim Texts , msa-usc (Muslim Students Association / University of South California).
225 La misogynie musulmane, et le culte de la virilité se manifestent dans les circonstances les plus incongrues.
226 Trad. J. Berque, Musiques sur le Fleuve (Kitab al Aghani), Paris 1995.
227 Les cavaliers dépensent davantage pour leur monture, son alimentation et son entretien. Mais ce sont aussi des aristocrates, qui exigent plus que les autres.
228 Appelé aussi al Kalhabah ; C.J. Lyall, The Mufaddaliyat, Oxford, 1918, II, II 3.
229 Couleur brun-rouge.
230 Colorant rouge.
231 Le hadith veut encourager les guerriers dans l'entretien, fort coûteux de cet animal exigeant et fragile. Il doit dater de la période des fulgurantes conquêtes arabes.
232 C'est la technique de sacrifice d'un animal qui est préconisé d'ordinaire ; mais le choix de l'animal est exceptionnel. Ce hadith a dû être composé pour justifier un comportement inédit, dans un moment d'urgence. La saignée permet simplement aux participants d'étancher leur soif par le sang de l'animal , sans le tuer.
233 BAQAR, " bovidés " ; DAN, " ovins " ; MAYZ, " caprins ", et plus généralement, ANAM.
234 La perte d'une bête devait être un motif souvent invoqué par les éleveurs pour s'abstenir de pratiquer le jihad.
235 Considéré comme le "chef" des coptes; cf. partie 17.
236 Sur ce personnage, cf. partie XIX.
237 On hésite encore à l'identifier selon ce vague préjugé. L'excrément est la matière suprêmement impure, mais celle-ci est très souvent mentionnée dans les textes musulmans (cf. partie 13), et de toute origine. D'aucuns songent aux volailles ou aux porcs
238 Récit d'Abu Hurayra.
239 Depuis Médine et la Mecque, les principaux ennemis bédouins sont situés à l'est ; mais la sentence peut s'appliquer à tout ennemi ultérieur: Abbassides, Turcs, Perses, Mongols etc., mais aussi les hérétiques des premiers siècles, tout aussi dangereux, tels que les Kharijites.
240 Il existe au début de la prédiction de Mahomet une forte opposition entre les bédouins nomades et les Arabes sédentaires des villes. Muhammad est un berger dans sa jeunesse ; l'est désigne le centre désertique de l'Arabie. En fait, ce texte de sociologie, au demeurant assez simpliste, évoque une antique lutte entre les deux activités écononiques, la MUFAKHARA.
241 On retrouve dans cet extrait le bucolisme biblique des premiers prophètes hébreux: une sorte d'Arcadie anté-diluvienne, exempte d'affrontements fratricides.
242 Les ennemis bédouins de Muhammad sont tous implantés dans l'Est, par rapport à la Mecque: les Hawazin, les Kinda etc.
243 SALAM: une paix de soumission. C'est la paix correspondant à la soumission à l'islam.
244 Le hadith est important : il file une métaphore de la société musulmane idéale, comme une succession d'autorités et de soumissions. À noter aussi que la femme est astreinte à la gestion de la maison, comme dans toutes les sociétés archaïques.
245 Source internet : www.risala.net.
246 Le choix proposé est particulièrement pervers: les vaincus choisissent bien entendu leurs familles, mais la perte de leur troupeaux met en danger l'ensemble de leur communauté.
247 On notera l'insensibilité totale des sources concernant le destin des individus nomades.
248 Sur cette constante historique, cf. partie 2.
249 IBRAHIM.
250 Citation de Corpus coranique 5/28-9.
251 LABAN.
252 Récit de Yahya.
253 Il faut montrer que les infidèles sont des goinfres, et que le guerrier musulman sait supporter la faim au cours des premiers temps du jihad.
254 ANAM.
255 Les excréments , sans doute ; les exégètes et les traducteurs tentent de camoufler cet aspect peu ragoûtant du texte.
256 La double négation autorise le fidèle.
257 H. Eisenstein, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. animal life; on distingue les animaux intelligents et ceux qui ne réfléchissent pas: HAIWAN NATIQ, HAIWAN SUKIT. Il faut ajouter à ce bestiaire la huppe, petit oiseau évoqué dans un contexte biblique; cf. plus bas.
258 A.A. Ambrons, " Gestaltung und Funktionen der Biosphäre im Koran" , Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft 140, 1990 ; H. Eisenstein, Einführung in die arabische Zoographie. Das tierkundliche Wissen in der arabisch-islamischen Literatur, Berlin 1991.
259 Cf. les divinités collectives du panthéon arabe (en particulier les djinns), partie 4.
260 Trad. J. C. Reverdy, Paris 2007 , p. 420-423.
261 Le lézard.
262 La gerboise, en français. Le mot vient donc directement de l'arabe.
263 Un acacia dont on tire la gomme dite " arabique ".
264 Deutéronome 14/4.
265 Actes 9/36.
266 Les zones de terrains volcaniques arides.
267 Gen. 49/21.
268 Nombres 23/22.
269 Le Dieu des Hébreux.
270 Nombres 23/22.
271 BAZ, SAQR.
272 DABBATU 'L-ARZ, ou le "reptile"; la bête est maléfique; cf. Hannelore Schönig, Aids als das Tier (Dabba) Der Islamischen Eschatologie , Die Welt des Islam 30, 1990: une étonnante interprétation coranique d'un fléau contemporain...
273 AL 'ANKABUT.
274 AN NAML; Harun Yahya, Le miracle de la fourmi, Lyon, 2003.
275 La caille est présente avec la manne, dans des récits pseudo-bibliques.
276 Le tamaris mannifère produit une matière sucrée appelée manne.
277 GURAYB.
278 Abel.
279 HAYYAH, SUBAN; les traducteurs hésitent.
280 Phoenix dactylifera et en arabe, NAKHL.
281 Rodinson, p. 32.
282 Cf. pour la transcription du texte coranique.
283 Cf. la mosquée de Médine.
284 Cf. partie IV ; H. Danthine, Le palmier-dattier et les arbres sacrés dans l'iconographie de l'Asie occidentale ancienne I-II, Paris 1937. Il apparaît encore dans l'héraldique de l'Arabie Saoudite.
285 Ed. C.U.F.
286 Le célèbre roi numide, agronome à ses heures.
287 Equivalent de " Saracènes ".
288 Récit d'ibn Umar: ce hadith très commun et touchant de naïveté a été écrit pour inciter les jeunes musulmans à s'instruire des choses religieuses. Il est donc répété de nombreuses fois dans les recueils.
289 Sur les circonstances, cf. partie XI.
290 Tabari, Histoire des prophètes. Mohamed, Sceau des prophètes, Paris 1980 (trad. Zotenberg). Il s'agit de la version persane abrégée et largement adaptée. Pour la version arabe, il faut recourir à l'édition de l'Université de New York, utilisée ici pour complèter celle-ci.
291 Corpus coranique, 59/5
292 Il renouvelle pourtant l'exaction au moment de siège de Ta'if.
293 TAMR, la datte naturelle; BUSR, la datte un peu sèche; RUTB, datte vraiment sèche.
294 Cf. partie IX.
295 S. Farès-Drappeau, Dédan et Lihyan : Histoire des Arabes aux confins des pouvoirs perse et hellénistique (IVe-IIe s. avant l'ère chrétienne), Lyon 2005. p. 102; A. van den Branden, La chronologie de Dedan et de Lihyan, Bibliotheca Orientalis 1957; W. Caskel, Das altarabische Konigreich Lihyan, Krefeld, 1950.
296 Texte présenté sans voyelles, selon la règle pour les langues sémitiques.
297 Corpus coranique 36/34, 50/10, 55/11, 55/68, 59/5, 80/29.
298 TAL ; Feuille en forme de sac.
299 QINWAN.
300 " Auxiliaires" : habitants de Médine.
301 Ed. Hamidullah, Corpus des Traités et Lettres Diplomatiques, Paris 1935, n°105 du recueil. Ce corpus sera utilisé ici quoiqu'il soit complètement apocryphe (disons "pseudauthentiques"), en dépit des convictions de son auteur.
302 Il doit tout manger sur place, sinon l'acte est considéré comme un vol.
303 Exemple d'un miracle un peu superficiel, élaboré sous influence chrétienne (la fable de la multiplication des pains par le Christ).
304 En argile imperméable.
305 Les dattes très légèrement fermentées sont considérées comme licites ; ce type d'information est scruté avec attention par les docteurs de la foi et par de pieux ivrognes.
306 La macération pouvant provoquer un phénomène d'alcoolisation, elle doit être bien surveillée, d'où ces récits très détaillés sur des moments de la vie quotidienne : on devine le caractère apocryphe de ces textes, inventés quand le besoin et la soif s'en font sentir.
307 Récit d'Aïsha.
308 Cf. partie XIII.
309 Aspect anecdotique d 'un opération militaire de grande importance. Ici l'on aperçoit la joie simple et fraîche des premiers musulmans.
310 Récit d'ibn Umar.
311 Non-musulmans.
312 Source internet: site eeqra.com
313 ASAL ; D. Waines, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. honey; G. Canova, Api e apicoltori nello Yemen orientale, Quaderni di Studi Arabi 14, 1996
314 Si l'on s'en tient au texte coranique, le produit semble être soit une déjection de l'insecte, soit une vomissure : dans les deux cas, un produit impur. Pour conjurer cette conception (erronée du point de vue entomologique), la tradition islamique crée de toutes pièces un volumineux dossier favorable au miel, conçu comme délice terrestre et panacée universelle ; cf. K. Remke, " A frothy buble : spontaneous generation in the medieval islamic tradition ", Journal of Semitic Studies 35, 1990/
315 AWHA RABBUKA ILA AL NAHL ; AL NAHL est le nom de la sourate 16, à partir de cette sympathique description, qui est assurément un des passages les plus charmants et anodins du texte coranique. Il est aussi surprenant de constater que les abeilles, des animaux, sont aussi les destinataires d'une révélation divine. Est-ce dû au fait que ce sont des animaux sociaux?
316 C'est une sottise de plus, que n'ont pas fait les naturalistes grecs: le miel est produit dans la partie supérieure du corps de l'insecte.
317 AL RAYHAN.
318 F.Stark, La route de l'encens : un voyage dans l'Hadramaout, Paris 1992; A. Avanzini (ed.), Profumi d'Arabia. Atti del Convegno. Saggi di Storia Antica 11. Roma, 1997. ; M. McDonald, Trade Routes and Trade Goods at the Northern End of the 'Incense Road' in the First Millennium B.C., in. id; G. W. Heck, Arabia without spices: an alternate hypothesis, Journal of the American Oriental Society 123, 2003; A. King,The importance of imported aromatics in arabic culture. Illustration from pre-islamic and early islamic poetry, Journal of the Near East Studies 67, 2008; Michal Dayagi-Mendels, Perfumes and Cosmetics in the Ancient World, Jerusalem 1989.
319 Trad. A: Barguet.
320 Ou " storax" , selon les sources.
321 Cf. partie IV.
322 Trad. Th. Reinach, Bulletin de Correspondance Hellénique 1893.
323 Chant guerrier.
324 Pantomime.
325 Athènes.
326 Ed. CUF.
327 L'Arabie Heureuse.
328 Commiphora myrrha, une résine-gomme produite par un arbuste; le nom est grec, composé à partir d'une racine sémitique évoquant l'amertume (MRR).
329 La boisson des dieux dans la mythologie grecque.
330 25 centimètres environ.
331 Le hamam est un emprunt aux " Romains ", au moment de la conquête du Proche-Orient.
332 Un poète juif assassiné sur ordre de Muhammad (cf. partie XI).
333 Détail qui rappelle que les victimes sont juives.
334 Cette tradition est restée célèbre ; le goût pour les parfums est partagés par tous les Arabes antiques ; le goût pour les femmes a été pratiqué par ce personnage au-delà des normes de l'époque. Le public musulman masculin éprouve une grande émotion grâce à ce propos banal et naïf. L'image est souvent reproduite par les vulgarisateurs musulmans ou islamophiles pour rendre sympathique au public occidental la "figure du Prophète".
335 Le bonheur.
336 J.A. Montgomery, Arabia and the Bible, Philadelphie 1934 ; P. Cardinal, " La Bible et L'Arabie ", Revue des Etudes Palestiniennes 26, 1986.
337 R. Dagorn, La geste d'Ismael d'après l'onomastique et la tradition arabes, Paris 1981 ; I. Ephal , Ishmael and Arabs , Journal of Near Eastern Studies 33, 1976.;R . Firestone, Journeys into Holy lands : the evolution of the Abraham-Ismael legends in islamic exegesis, Albany, 1990. Mais Muhammad ne fait pas figurer l'histoire d'Agar et Sarah dans le Coran ; R. Paret, Encyclopédie de l'Islam2 III p. 192-3 ; R. Firestone, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Ishmael; K. Athamina, Abraham in Islamic Perspective Reflections on the Development of Monotheism in Pre-Islamic Arabia, Der Islam 81-2, 2004; Habib Affes (isl.), Ismaël, Paris, 2004 (ouvrage pour la jeunesse); E. A. Knauf, Ismael: Untersuchungen zur Geschichte Palastinas und Nordarabien im 1.Jahrtausend v.Chr. Wiesbaden, 1985; S.P. Brock, S. Hopkins, A verse homily on Abraham and Sarah in Egypt, syriac original with early arabic translation, Le Muséon 105, 1992; R. Firestone, Journey in Holy Lands: The Evolution of the Abraham-Ishmael Legend in Islamic Exegesis, Albany, 1990 .
338 " Dieu entend ", en hébreu ; cf. Genèse 16, 11.
339 Le nom formé sur la racine HGR sera rapproché du mot Hégire, cf. Prémare 2002, p. 37.
340 K.H. Ohlig, Hinweise auf eine neue Religion, in id., Der Frühe Islam, ein historisch-kritische Rekonstruktion anhand Zeitgenössischen Quellen, Berlin 2007, p. 232: Die biblisch-genealogischen Benennungen der Araber, Ismaeliten und Hagarener/Hagariten; Diana L. Hayes, Hagar's daughters : womanist ways of being in the world. Series:Madeleva lecture in spirituality, New York, 1995
341 Commerce des Arabes dans Isée 60/6; Jeremie 6/20; Ezekhiel 27/21-24; Javan/ étape de commerce dans Ezekiel 27/13,19; Ramaah, un toponyme arabe dans Ezekhiel 27/22; Séphar, une montagne dans Genèse 10/30; Tema, un peuple arabe descendant dIsmael dans Job 6/19; Isée 21/14; Jérémie 25/23; tentes arabes dans Isée 13/20; invasions arabes dans 2 Chroniques 21/16,17; tributaires de Salomon dans 2 Chroniquees 9/14; tributaires de Jehoshaphat dans 2 Chroniques 17/11; exportations dans Ezekhiel 27/21; prophéties contre les Arabes dans Isée 21/13 et Jérémie 25/24; visite de Paul dans Galates 1/17
342 Sur les rapports conflictuels entre Bible et réalités historiques, cf. I. Finkelstein, N. A. Silberman, La Bible dévoilée, les nouvelles révélations de l'archéologie, Paris 2002.
343 Gordon Newby, "Sarahs Identity in Islamic Exegetical Tradition." Muslim World 80, 1990.
344 Les gens de Gerrha dans A.S.F. Gow and A.F. Scholfield, Nicander, The poems and Poetical Fragments , Cambridge, 1952, p. 111
345 Traduction Oecuménique de la Bible (TOB).
346 R. Firestone, The problem of Sarah's identity in islamic exegetical tradition, The Muslim World 80, 1990; F. Millar, Hagar, Ishmael, Josephus and the origins of islam, Journal of Jewish Studies 44, 1993..
347 A. Caquot, Lalliance avec Abram, Semitica 12-1962.Abram est le nom le plus ancien du personnage; cf. William Foxwell Albright, The Names Shaddai and Abram, Journal of Biblical Literature 1935.
348 Ce nombre apparaît fréquemment dans les mythes proche-orientaux.
349 Beersheva en Israël actuel, " Les Sept Puits ".
350 Désert du Sinaï.
351 F. Millar, " Hagar, Ishmael, Josephus and the origins of islam ", JJS 44, 1993.
352 Le texte coranique occulte le thème du rejet par Abraham , délicat à traiter pour la théologie.
353 Le puits sacré du sanctuaire de la Mecque ; cf. partie IX.
354 Réminiscence évidente du mythe du Déluge.
355 Sur la question de l'excision, cf. parties II et XII.
356 La formule est particulièrement révélatrice des préjugés touchant les femmes en ce temps. Mais les auteurs des textes sont maculins, ainsi que l'essentiel du public, qui s'y retrouvait.
357 Dans le texte, traduit au XIXème siècle," circoncis ".
358 L'essentiel reste le point de vue et l'avantage des hommes.
359 Ed. R. Khawam, Paris 1976: dans ce texte plus tardif, le thème apparaît à nouveau: il ne semble toujours pas gêner le public des lecteurs.
360 Cf. Jean Damascène, cité plus loin.
361 Cité par R. Hoyland, Seeing islam as Others saw it, Princeton 1996.
362 Ed. A.J. Festugière, B. Grillet, Paris 2005.
363 Cf. partie XII.
364 P. Amiet, L'Antiquité Orientale, Paris 1995.
365 " En forme de clou ", d'après l'apparence triangulaire des lettres ; L.-J. Bord et R. Mugnaioni, L'écriture cunéiforme, Paris 2001.
366 M. Weippert, " Die Kämpfe des assyrischen Königs Assurbanipal gegen die Araber ", Welt des Orients 7, 1973-4; R. Livingstone, Arabian in Babylonia , Babylonian in Arabia: some reflections à propos new and old evidences , in T.Fahd (ed.) LArabie Pré-islamique, Strasbourg, 1981; R. Zadok , Arabs in Babylonia in the 6th century BC, Journal of the American Oriental Society 94, 1979; D. T. Potts, Tayman and the assyrian empire, Arabian Archaeology and Epigraphy 2, 1991; W. L. Reed, Ancient Records from north Arabia, Toronto 1970; H. Hayajneh, First evidence of Nabonidus in the Ancient North Arabian inscriptions from the region of Tayma, PSAS 31 2001; W.W. Müller, S. al-Said, Der babylonische König Nabonid in taymanitischen Inschrift en in Neue Beiträge zur Semitistik Wiesbaden 2002; H. Schaudig, Inschriften Nabonids von Babylon und Kyros'des Großen samt den in ihrem Umfeld entstandenen Tendenzschriften, Textausgabe und Grammatik, Münster 2001; Abu al-Hasan, H. al-Ansary, Tayma. Crossroads of Civilizations, Riyadh 2002; Rashid Sub hi Anwar, Einige Denkmäler aus Têmâ und der Babylonische Einfluss, Baghdader Mitteilungen, 7, 1974;Paul-Alain Beaulieu, The Reign of Nabonidus, King of Babylon, 556-539 BC., New Haven, 1989; W.W. Müller, S. al-Said, Der babylonische König Nabonid in taymanitischen Inschriften, in N. Nebes, ed., Neue Beiträge zur Semitistik, Wiesbaden, 2002; David F. Graf, Arabia During Achaemenid Times, in Achaemenid History IV: Centre and Periphery-Proceedings of the Groningen 1986 Achaemenid History Workshop , ed. Heleen Sancisi-Weeerdenburg and Amelie Kuhrt, Leiden 1990 .
367 J. Pritchard, Ancient Near Eastern Texts relative to the Ancient Testament, Princeton 1955, p. 291; Rykle Borger, Die Inschriften Asarhaddons Königs von Assyrien, Archiv für Orientforschung 1956.
368 L'animal est considéré comme tabou dans de nombreuses cultures au Proche-Orient ; S. Reinach, " Les interdictions alimentaires et la loi mosaïque" , Cultes, Mythes et Religions, Tome II, Éd. Ernest Leroux, Paris, 1906, pp. 12-17.
369 Nadia Abbott. " Pre-Islamic Arab Queens," The American Journal of Semitic Languages and Literatures, Vol. 58, No. 1., 1941), pp. 1-22.
370 Cf. partie II pour un catalogue des sources.
371 H. Tadmor, The Inscriptions of Tiglath-Pileser III, Jerusalem, 1994, p. 229.
372 Première allusion à l'hénothéisme: coexistence des concepts de polythéisme et de monothéisme ; la reine reconnait plusieurs dieux mais en priviligie un en particulier ; il s'agit d'ailleurs d'une puissance féminine.
373 F. Briquel-Chatonnet : " Les Arabes en Arabie du nord et au Proche-Orient avant l'Hégire ", L'Arabie antique de Karib'îl à Mahomet. Nouvelles données sur l'histoire des Arabes grâce aux inscriptions, ed. Christian Robin, Revue du Monde musulman et de la Méditerranée, n° 61, 1991/3.; H. I. MacAdam, Studies in the history of the Roman province of Arabia : the Northern sector , Oxford 1986; F. V. Winnett, W. L. Reed. Ancient records from North Arabia, Toronto 1970; A. Musil, Arabia Petraea. Band III : topographischer Reisebericht, Hildesheim 1989; J. Euting, Nabatäische Inschriften aus Arabien , Berlin 1885; A. Sima, Die lihyanischen Inschriften von al-'Ubayb (Saudi-Arabien) , Rahden, 1999; R.E. Brünnow , A. von Domaszewski , Die Provincia Arabia. Auf Grund zweier in den Jahren 1897 und 1898 unternommenen Reisen und der Berichte früherer Reisender (3 volumes). Strasbourg, 1904-1909; M. Sartre, Bostra. Capitale de l'Arabie romaine, Archeologia 1976; S. Al-Meghad, Le rôle de la ville de Bosra dans l'histoire de la Jordanie aux epoques nabatéenne et romaine, Studies in the History and Archaeology of Jordan, Amman, 1982;S.A. Mougdad, Bosra. Guide historique et archéologique, Damas, 1974 ; H.G. Pflaum, Les gouverneurs de la province romaine d'Arabie de 193 à 305, Syria 1957; P.-L. Gatier, "Philadelphie et Gérasa du royaume nabatéen à la province romaine d'Arabie", Géographie Historique au Proche-Orient, Actes de la table ronde Valbonne, septembre 1985, Paris, 1988; M. McDonald, " Les Arabes en Syrie " ou " La pénétration des Arabes en Syrie ". A question of perceptions, in La Syrie hellénistique. Topoi Supplément 4. Paris 2003; id., North Arabia in the First Millennium BCE, in J.M. Sasson (ed.), Civilizations of the Ancient Near East II. New York 1995. .
374 Cf. les héroïques missions de deux étonnants personnages, au début du XXème siècle: RR. PP. A. Jaussen et R. Savignac - Mission archéologique en Arabie (Publication de la Société des fouilles archéologiques), 3 tomes [Tome I : De Jérusalem au Hedjaz Médaine-Saleh (mars-mai 1907), Paris, 1909 ; Tome II : El-'Ela, D'Hégra à Teima, Harrah de Tebouk, Paris, 1914 avec un Atlas (153 planches, cartes et plans) et un supplément au volume II : Les coutumes des Fuqarâ ; Tome III : Les châteaux arabes, Quseir 'Amra, Kharâneh et Tûba, Paris, 1922], Paris (P. Geuthner) - Le Caire (Institut Français d'Archéologie Orientale), 1997.
375 Ouvrage classique de R. Dussaud, La pénétration des Arabes en Syrie avant l'islam, Paris, 1955 ; nouvelle publication sur le sujet: S. Fares-Drappeau, Dédan et Lihyan, Histoire des Arabes aux confins des pouvoirs perse et hellenistiques (IVe-IIe siècle avant l'ère chrétienne), Lyon 2005.
376 G. W. B. Bowersock, Roman Arabia , Cambridege Mass., 1983; id., "Naming a Province: More on New Arabia, "Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 56, 1984; id., "Limes Arabicus," Harvard Studies in Classical Philology 80, 1976; id. , "The Annexation and Initial Garrison of Arabia," Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 5, 1970; id., "A Report on Arabia Provincia," Journal of Roman Studies 61, 1971; J. M. C. Bowsher, The Frontier Post of Medain Saleh. The Defence of the Roman and Byzantine East, Oxford, British Archaeological Reports 1986
377 Les Arabes du Nord sont désignés à travers leur ancêtre mythique Adnan.
378 H. S. J. Philby, The land of Midian, Londres, 1957 ; M. Gil, " The origin of the jews of Yathrib ", p. 212-3, Jerusalem Studies in Arabic and Islam 4, 1984 ; M. Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 392-3 ; R. Burton, The Gold Mines of Midian, Londres, 1878; idem, The Land of Midian Revisited, Londres 1879 ; Clines, David J. Sawyer, " Midian, Moab and Edom: The History and Archaeology of Late Bronze and Iron Age Jordan and North-West Arabia ", Journal for the Study of the Old Testament, Supplement Series, no. 24, 1983 ; A. S. Marmadji (ed.), Textes géographiques arabes sur la Palestine, Paris 1951 ; R. Firestone, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Midian; J. F.A. Sawyer , D. J.A. Clines, Midian, Moab and Edom : the history and archaeology of late bronze and iron age Jordan and north-west Arabia, Londres, 1983; J. F. A. Sawyer, D. J. A. Clines. Midian, Moab and Edom: The History of Archaeology of late Bronze and Iron Age Jordan and Northwest Arabia. Sheffield, 1983; E.A. Knauf, Midian, Wiesbaden, 1988; William J. Dumbrell, The Midianites and their Transjordanian Sucessors (Th. D. Dissertation, Harvard University, 1970) .
379 Ajouter Exode 3/1.
380 Les pillages des tribus de Madian sont vues dans l'histoire des Hébreux comme une punition divine. A partir de ce point se construit leur mauvaise réputation, que le Corpus coranique reprend finalement.
381 Dans la Genèse (36:12 ) et les Chroniques (1 Chr 1:36), Amalek est le fils d'Éliphaz et le petit-fils d'Ésaü et le chef d'une tribu édomite, les Amalécites, qui attaquent les Hébreux dans le Sinaï; Th. Nöldeke, Über die Amalekiter und einige andere Nachbarvölker der Israeliten, Orient und Occident II, 1864.
382 J . T h o m p s o n , " J o e l ' s L o c u s t s i n t h e L i g h t o f N e a r E a s t e r n P a r a l l e l s ", JNES 1 4, 1 9 5 5 .
383 Ed. Loeb.
384 Corpus coranique 7/85-93, 9/70, 11/84-96, 15/78, 20/40, 22/44, 26/176, 26/160-173, 27/54-57, 28/22-23, 28/45, 29/36, 50/14.
385 Membre de la même tribu.
386 Cf. partie II.
387 AL MUTAFIKAT ; A.L. De Prémare, " Le thème des peuples anéantis dans quelques textes primitifs ", RMMM 48-9, 1988; Harun Yahya (isl.), Les nations disparues, Paris, 2001
388 Ed. P. Godé, Paris, 1983.
389 QARIYA.
390 AHLAKNÂ.
391 QURA.
392 L'interprétation de Tabari, le plus prestigieux des commentateurs du Coran, est confondante de logique et d'inhumanité.
393 ZALZALA.
394 ASHÂBU AYKA : ils sont associés au peuple de Madian ; la localisation reste débattue, d'Arabie jusau'en Palestine ; G. R. Puin, Leuke Kome/ Laykah, die Arser/Ashab al Rass und vorislamischer Namen in Koran. Ein weg aus dem Dickicht? in K.H. Ohlig, G.R. Puin, Die dunklen Anfänge, Neue Forschungen zur Entstehung und frühen Geschichte des Islam, Berlin 2007; A.F.L. Beeston, The men of the Tanglewood in the Quran, Journal of Semitic Studies 13, 1968.
395 GHÎDA.
396 L'enfer, mot issu de la tradition juive; cf. partie V.
397 Corpus coranique 26/189.
398 ibn Hauqal, KITAP SURAT AL ARD, ed. Kramers/Wiet, Beyrouth 1964.
399 AL-BAHRU AHMAR, ou simplement la mer, dans le Corpus coranique 10/90, ou BAHRU I-QULZUM, dans Corpus coranique 2/47.
400 Corpus coranique 7/83.
401 A. van Den Branden, Histoire de Thamoud, Beyrouth, 1966 ; id. , Les inscriptions thamoudéennes, Louvain, 1950 ; F.V. Winnett, A Study of the Lihyanite and Thamudic Inscriptions, University of Toronto Press, Oriental Series No. 3; E. Littmann, Thamud und Safa, Studien zur altnordarabischen Inschriftkunde, Leipzig 1940; M. Abdelaziz, & S. Maadi, Nouvelles inscriptions Thamudiennes du sud de la Jordanie, Ancient Near Eastern Studies 43, 2006; N. Tsafrir, New Thamudic Inscriptions from the Negev, Le Muséon 109-1996; A. van den Branden, Essai de solution du problème thamoudéen, Bibliotheca Orientalis 1958; E. Littman,Thamud und Safa, Leipzig, 1940.
402 D.T. Potts, Hegra before the Nabataeans, Arabian Archaeology and Epigraphy 4, 1993; A. Negev, The nabatean necropolis at Egra, Revue Biblique 83-1976
403 Corpus Coranique 7/73, 9/70, 11/61, 11/95, 14/9, 15/80, 17/59, 22/42, 25/38, 26/141, 27/45-52, 29/38, 38/13, 40/31, 41/13, 41/17, 50/12, 51/43, 53/51, 54/23-31, 69/4, 69/5, 85/18, 89/9, 91/11.
404 The Inscriptions of Sargon II, part I, ed. De Lie, 1929.
405 Le dieu national des Assyriens, première attestation historique d'une divinité dans un religion à tendances monothéistes, en parallèle avec le Yahvé des Hébreux.
406 Cette information étrangement passée inaperçue, rappelle que le peuplement du territoire de l'ancien Israël était certainement plus variée que ce qu'en disent les textes bibliques.
407 A. Abel, Lempreinte de Rome sur lArabie pré-islamique, RB Ph H. 48, 1970; D.F. Graf, Nomads and the arabian frontier: the epigraphic perspective, Limes 18, 2002..
408 Ed. Loeb.
409 L'Hijr des textes musulmans ; c'est le titre de la sourate 15 du Coran; Angelika Neuwirth, "Referentiality and textuality in surat al-Hijr. Some observations on the quranic canonical proecess and the emergence of a community". Issa J. Boullata (ed.), Literary Structures of Religious Meaning in the Quran. Londres 2000. HIJR évoque l'idée de " cercle " et aussi d' "interdit " ; on retrouve le mot dans celui de l'enclos sacré de la Mecque ; cf. F.S. Vidal, Encyclopédie de l'Islam2 III, p. 377-8 et T. P. Harrison , Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Hijr.
410 Bulletin de l'Institut d'Archéologie 10, 1972, p. 55.
411 Marc-Aurèle, et le co-empereur Lucius Vérus.
412 Corpus coranique 7/73, 9/70, 11/61, 11/95, 14/9, 15/80, 17/59, 22/42, 25/38, 26/141, 27/45-52, 29/38, 38/13, 40/31, 41/13, 41/17, 50/12, 51/43, 53/51, 54/23-31, 69/4, 69/5, 85/18, 89/9, 91/11
413 J. Teixidor, Le campement: ville des Nabatéens, Semitica 43/44-1992
414 Le site d'Hégra (en grec, Hijra en nabatéen), exploré par les missionnaires Jaussen et Savignac de 1907 à 1910, pour le compte de l'école biblique de Jérusalem ; cf. Mission archéologique en Arabie (mars-mai 1907). I. De Jérusalem au Hedjaz Médain-Saleh. II., Le Caire 1997. Le mot arabe AL HIJR a donné son titre à la sourate n° 15 du Corpus coranique.
415 JABU AL SAKHRA BIL WADI.
416 SAYHA : manifestation de la colère divine.
417 ARD.
418 Les dattes.
419 YANHITUN MIN AL JIBAL BUYUTAN AMININ.
420 Muhammad (lui ou ses sources orales) a dû observer les tombeaux de cette civilisation, sur le chemin de la Syrie, dans ses voyages de jeunesse ; il les a confondus avec les habitations de ces populations anciennes ; elles vivaient elles-mêmes dans un habitant périssable.
421 Rite de l'animal tabou, interdit plus tard par l'islam ; cf. partie III.
422 Source: risala.net.
423 Ceci a favorisé la conservation du site.
424 Chu'ara an Nasraniyya 471 , ed. Cheikho.
425 NUH.
426 Si le poème est authentique, il prouve que le thème de la destruction des villes antiques est largement répandu dans le milieu arabe avant même la mise en forme du texte coranique.
427 I. Kawar, The last days of Salih, Arabica 5-1958; J.Halévy, "Le prophète Salih", Journal Asiatique 1905-1.
428 Cas typique de développement folklorique à partir d'un thème coranique ; Tabari évite souvent de retranscrire ces fables. Mais il écrit aussi pour un public friand de ces choses.
429 Récit d'Abû Sayd al Khudri.
430 Durant l'expédition de Tabuk, contre les Byzantins ; deuxième tentative d'invasion de la Palestine.
431 Puissante tribu du nord de l'Arabie, qui donnera longtemps son nom à l'ensemble des Arabes, pour leurs voisins, sous la forme " Tayaye ".
432 Cf. partie XIX.
433 Sira, n. 862 (ed. Guillaume) ; ce sont les remarques de l'auteur sur son travail et sur celui d'ibn Ishaq, sa source.
434 Muhammad parle à son chameau, qui le comprend.
435 Ed. de la Pléiade, p. 469/70, trad. A. Cheddadi.
436 Il s'agit presque d'une exploration archéologique avant la lettre, aux interprétations erronées: comme il s'agit de tombes, la présence d'ossements est normal. On assiste ici à la construction d'un mythe à partir d'indices matériels.
437 Ed. Reinaud, Paris, 1848, II.
438 C'est le sens du mot en arabe: l'endroit rocheux, rupestre.
439 La vallée des Villes, au nord de Médine.
440 Il semble contredire le reste de la tradition qui fait de ce lieu un endroit maudit.
441 ibn Hauqal, KITAP SURAT AL ARD, ed. Kramers/Wiet, Beyrouth 1964.
442 Corpus coranique 7/72.
443 Corpus coranique 26/155.
444 Les commentateurs estiment que Iram et Aram sont en fait le même mot ( la forme 'RM permet les deux lectures); souvenir de l'ancienne implantation des Araméens? Les colonnes font penser aux tombes nabatéennes ; Cf. le sanctuaire découvert par le R.P. Savignac (" Le sanctuaire d'Allat à Iram ", Revue Biblique 1932) ; cf ; J.E. Bencheikh, " Iram ou la clameur de Dieu, le mythe et le verset ", Revue d'Etudes des Mondes Méditerranées et Musulans 58, 1990, p. 70 ; W. Caskel, The bedouinization of Arabia ", American Anthropologist 56, 1954 ; R. B. Sergeant, " Hud and other pre islamic prophets of Hadramawt" , Le Museon 46, 1954 ; R. Tottoli, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Ad; sur une application du mythe à un contexte contemporain, cf. D. Cook,"America, the Second Ad: The Perception of the United States in Modern Muslim apocalyptic literature." Yale Center for International and Area Studies Publications, 5, 2002; Irène Bonifassi Rekad (isl.), Houd et la destruction du peuple de Âd, Paris, 2003 (ouvrage pour la jeunesse); J. Halévy, "Houd et Choaib", Journal Asiatique 1903-1.
445 Des exégètes ont localisé Iram à Damas (Jalil al din Suyuti).
446 Les Araméens, peuple sémitique signalé dès le XIVème siècle av. J.-C. par les archives de Tell el-Amarna puis d'Ougarit, s'installent après la ruine de l'empire Hittite au XIIIème siècle av. J.-C. en Mésopotamie du Nord, en Syrie et au Liban.Ils sont indirectement connus par l'intermédiaire des peuples auxquels ils se sont heurtés, comme les Assyriens, qui les soumirent au VIIIe siècle av. J.-C. Les Araméens apparaissent comme des tribus nomades des steppes, où ils peuvent trouver des pâturages pour leurs troupeaux. Leur langue leur a survécu, est devenue une langue officielle de l'empire perse et la base du syriaque, encore utilisé de nos jours.
447 Corpus coranique 7/65, 7/74, 9/70, 11/50-60, 22/42, 25/38, 26/123-140, 29/38, 38/12, 41/15-16, 46/21-26, 50/13, 51/41, 53/50, 54/18-21, 69/4, 69/6, 89/6.
448 IRAM DHATT AL IMAD; S. Farès-Drappeau, Wadi Iram: un lieu du culte et de rassemblement des tribus arabes dans l'antiquité. Les premiers résultats de la mission épigraphique 1997, ARAM 8-1996
449 Introduction, p. 18-19, ed. de la Pléiade, trad. A. Cheddadi.
450 Corpus coranique 89/6-7.
451 ibn Battuta, grand bavard, arrive à écrire sur ce qu'il ne sait pas ; on remarquera l'absence totale de sens critique face à des histoires remplies de merveilleux. La réflexion s'arrête là où commence le sacré, l'interdit, c'est-à-dire très tôt. L'importance et l'originalité de cet auteur sont largement surévaluées par l'Occident, qui peine à distinguer des penseurs islamiques de réelle envergure, capables de conceptions révolutionnaires. La chance d'ibn Battuta, et celle aussi d'ibn Khaldun, est d'exister dans un quasi-désert. R o s s E . D u n n , T h e A d v e n t u r e s o f I b n B a t t u t a : A M u s l i m T r a v e l e r o f t h e F o u r t e e n t h C e n t u r y , B e r k e l e y , 1 9 9 0 .
452 Trad. De Slane 1863.
453 Cf. partie II.
454 T. Fahd, Encyclopédie de l'Islam2 VII p. 835-9.
455 A. Kammerer, Pétra et la Nabatène, Paris, 1929 ; L. Nehmé, F. Villeneuve, Pétra, métrople de l'Arabie antique, Paris, 1999 ; M.G.A. Guzzo, E. E. Schneider, Pétra, Paris, 1997; M. Sartre, Rome et les Nabatéens à la fin de la République, Revue des Etudes Anciennes 81, 1979; id. , Les Arabes nomades du Nord-Ouest aux époques hellénistique et romaines, in (coll.), Le désert, image et réalité. Actes du colloque de Cartigny, Louvain 1989; L. Nehmé, Th. Arnoux, J.-Cl. Bessac, J.-P. Braun, J.-M. Dentzer, A. Kermorvant, I. Sachet , L. Tholbecq, Mission archéologique de Madain Salih (Arabie Saoudite) : Recherches menées de 2001 à 2003 dans l'ancienne Hijrsa des Nabatéens, Arabian Archaeology and Epigraphy 2006-17; L. Mildenberg, Once Again, Petra on the Frankincense Road?, ARAM 8-1996; R. Wenning, Petra and Hegra, What Makes the Difference?, ARAM 8-1996; M. M. Janif, Sacred Time in Petra and Nabataea. Some Perspectives, ARAM 19-2007; D.F. Graf, "The origins of the Nabataeans", ARAM 2, 1990; A. Negev, "The early beginnings of the nabataean realm", PEQ 108, 1976; id, "The Nabataeans and the provincia of Arabia", ANRW II 8 1977; R. Wenning, Die Nabatäer, Denkmäler und Geschichte, Fribourg 1987; Glen Markoe (ed.), Petra rediscovered: lost city of the Nabataeans, New York 2003; E. C. Broome, Nabaiati, Nebaioth and the Nabataeans: the linguistic problem, Journal of Semitic Studies 18, 1973; J. F. Healey, "Were The Nabataeans Arabs?", ARAM 1, 1989; M. Abdul-Latif Abdul-Karim, "Lexical, Historical And Literary Sources Of The Nabataeans In The Arab Tradition", ARAM 2, 1990; A. Negev, Nabatean Archaeology Today, New York 1986.
456 Cf. partie VI.
457 P.-L. Gatier, "Les traditions et l'histoire du Sinaï du 4 e au 7 e siècle", L'Arabie préislamique et son environnement historique et culturel ,Actes du colloque Strasbourg, juin 1987, Leiden, 1989; U. Avner, "Ancient Cult Sites in the Negev and Sinai Deserts." Tel Aviv 11, 1984 .
458 E. Littman & D. Meredith, "Nabataean Inscriptions From Egypt", Bulletin Of The School Of Oriental And African Studies 15, 1953, id. "Nabataean Inscriptions From Egypt - II", id. 16, 1954; L. Nehmé, "Cinq Graffiti nabatéens du Sinaï", Semitica 50, 2000
459 Ed. CUF.
460 Une des premières attestations du pétrole et de son exploitation.
461 La dynastie macédonienne des Ptolémées.
462 Ed. Tardieu, Paris 1931.
463 Remarque importante, dans le cas d'un peuple de l'antiquité.
464 Usage rituel du vin dans les banquets.
465 Le peuple lui-même a disparu depuis longtemps, mais son nom subsiste dans les textes musulmans, sans qu'on sache à quelle population il s'applique.
466 Le deuxième calife, à partir de 634.
467 Taxe de 10 %.
468 Toufic Fahd (ed.), L'Agriculture nabatéenne : traduction en arabe attribuée à Abu Bakr Ahmad b. Àli al-Kasdani connu sous le nom d'Ibn Wahsiyya (IVXe siècle), Damas, 1998
469 Trad. De Slane 1863.
470 M.C.A. Macdonald, Personal names in the nabataean realm: a review article, Journal of Semitic Studies 44, 1999; Hussein Al-Qudrah Mahdi Abdelaziz, Kinship terms in the Nabataean inscriptions, Arabian archaeology and epigraphy , 19 2008; F. Al-Khraysheh, Die Personennamen in den Nabatäischen Inschriften des Corpus Inscriptionum, Marbourg,1986
471 Traductions d'E. Renan, dans " Documents Epigraphiques recueillis dans le nord de l'Arabie par C. Doughty "; J. F. Healey, S. al-Theeb, The Nabataean Tomb Inscriptions Of Mada'in Salih, (Journal Of Semitic Studies Supplement I 1993); Solaiman Abdal Rahman al-Theeb, Aramaic And Nabataean Inscriptions From North-West Saudi Arabia, Riyad 1993.
472 La datation est celle de l'éditeur.
473 Lieu de prière ; le mot a ensuite donné MESJID en arabe, ou mosquée.
474 Bostra, capitale de l'Arabie romaine.
475 C'est une habitude sémitique que de donner aux divinités des dimensions, des ordres de grandeur. On la retrouve dans le "Allah ou akbar" clamé par des musulmans.
476 Malik.
477 Al Harith: "le Prospère".
478 Cf. le dictionnaire des dieux arabes, partie IV.
479 Commandant militaire.
480 Adjoint d'un gouverneur.
481 Nom parthe.
482 "Petits lieux" en latin: de petits caveaux sans doute.
483 MALEK , le titre royal.
484 Ed. C.U.F., trad. F. Bizière; F.M. Abel, "L'expédition des Grecs à Pétra en 312 avant J-C", Revue Biblique 46, 1937.
485 Mesure de distance: environ 30 mètres.
486 Larbre concernée doit être le tamaris mannifère, qui produit une matière sucrée appelée manne.
487 Subdivision administrative.
488 Région situé au sud-est de la Palestine, peuplée dArabes.
489 Palmyre est le nom grec, Tadmor, le nom indigène; J. F. Healey, Palmyra and the Arabian Gulf Trade, ARAM 8-1996; J. Teixidor, Cultes tribaux et religion civique à Palmyre, Revue dHistoire des Religions 1980; J. Teixidor (ed.), Un port romain du desert, Palmyre et son commerce d'Auguste a Caracallain SEMITICA XXXIV Cahiers publiés par l'Institut d'Études Sémitiques. Paris, 1984 ; F. Briquel-Chatonnet. Palmyre : une cité pour les nomades. Semitica 43-44, 1995
490 C'est l'hellénisation d'un anthroponyme féminin très banal pour les Arabes, ZEYNEP, cf. le nom de deux femmes et d'une fille de Muhammad.
491 J. Cantineau, Inventaire des inscriptions de Palmyre, Beyrouth, III p. 36.
492 Comptoir grec installé au niveau du Koweit.
493 Les noms des mois sont typiquement arabes, et sont encore en usage de nos jours.
494 Ville parthe en Mésopotamie.
495 Alsos grec, ou HIMA arabe.
496 D.F. Graf, Zenobia and the Arabs, The eastern frontier of the roman empire, BAR Int. Ser. 553, 1989; G. W. B. Bowersock, "Hellenism of Zenobia, "Greek Connections: Essays on Culture and Diplomacy, the Brademas lectures, 1976-1986, John T. A. Koumoulides, ed. , 1987; Richard Stoneman, Palmyra and its Empire: Zenobias Revolt Against Rome, Ann Arbor, 1994.
497 Ed. Chastagnol, Paris, 1994.
498 Ces détails tranchent avec le canon de la beauté fémimine de l'époque: Zénobie est décrite comme une femme active, vivant à l'extérieur des maisons, séparée des femmes.
499 La capitale sassanide ,qui deviendra Bagdad.
500 Empereur romain de la fin du IIIème siècle après J.-C., qui réussit à réunifier l'empire ; il avait confié la défense de l'Orient à Palmyre, contre les Perses et doit ensuite rétablir son autorité.
501 Zubayd.
502 Catapultes.
503 E. Will, Le sac de Palmyre, in Mélanges d'archéologie |