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Partie I
L'ARABIE
SANS PROPHÈTE
Histoire et géographie des peuples arabes
« Le climat (du Hedjaz*)
amaigrit le corps,
dessèche la matière cérébrale,
fortifie le cur,
détruit les pensées généreuses
et prédispose à la haîne »
Masudi, Prairies d'Or 977
*La région de la Mecque ; en arabe, la « Barrière »
Avec un constant mépris, les musulmans ont présenté la période précédant l'islam comme un temps marqué par l'obscurantisme, la brutalité, la terreur et la superstition. Il est temps de rejetter cette conception avec force et de soutenir le contraire avec l'appui d'une grande quantité de documents dont très peu sont en fait issus de la période elle-même.
Les Arabes1 d'avant l'islam n'ont pas pris le soin de se présenter à la postérité. Ils ont laissé cette tâche à ceux qui leur rendaient visite de temps à autres et finalement à ceux, devenus musulmans, qui les ont détruits. Ils se sont contentés de vivre, de chanter leurs poésies, de construire leurs villes et temples, d'échanger et se combattre. Aucun n'était parti à la conquête du monde, dans le but de le soumettre en totalité. Ils n'étaient jusque là connus que comme commerçants, mercenaires ou pillards. Ils ont construit durant des siècles une civilisation originale qui, sans être une des plus importantes au monde, n'en mérite pas moins être étudiée.
L'exposé des sources laisse entrevoir un monde soumis à de rudes conditions naturelles, mais aux caractéristiques remarquables, d'une grande vigueur culturelle et religieuse, où l'individu, l'homme et la femme, voire le chameau ont leur place, sous l'égide de divinités plutôt conciliantes.2
L'établissement de l'islam n'a a priori laissé que peu de chances de survie à cet ancien monde. Il n'est resté de la révolution de Muhammad que des vestiges involontaires de trop longues habitudes, ou de secrets objets d'admiration et de respect. Ces quelques pages ne veulent prouver qu'une chose : les populations arabes ont vécu, lutté et prospéré avant l'Hégire.3
Dans les études sur la naissance de l'islam, il manque souvent un exposé des conditions générales dans lesquels s'est construit ce mouvement. Les auteurs habituels4 veulent promouvoir l'idée d'une religion surgie du sable, toute armée, telle Athéna, incomparable et imperfectible, absolument universelle. Ce n'est pas une méthode sérieuse : il faut au contraire établir avec insistance le contexte, le théâtre, la scène arabe dans lesquels l'islam s'est établi, d'autant plus que les sources documentaires sont nombreuses à fournir des renseignements nombreux et solides.
Chapitre 1
Données
de la géographie
Il existe plusieurs interprétations de ce mot « Arabie »5 : la péninsule arabique6 un espace bien délimité de trois millions de kilomètres, au sens strict, le territoire occupé par les populations de langue arabe, ou l'espace désertique7 occupé par les bédouins8. Après le VIIème siècle, le mot prend un sens nouveau : il correspond à la région d'origine des envahisseurs arabo-musulmans, et bien plus tard, une référence mythique, le centre symbolique d'un monde, un immense sanctuaire9 .
§ 1. Descriptions de l'Arabie
Avant et après l'irruption de l'islam, des voyageurs, des géographes, ont tenté de se représenter l´étendue et la forme de la péninsule. Vers le sud, les limites sont franches ; vers le nord, l'extension varie selon les critères, qu'ils soient purement géographiques, ethniques, linguistiques.
1 La première description
Le géographe Hérodote tente une première description de l'Arabie, qui correspond en fait un territoire des Nabatéens. La langue et les façons de vivre servent de critères d'arabité à cette époque.
(Hérodote, Histoires III 5).10
L'Arabie est la seule voie qui donne aux Perses accès en Egypte11. Depuis la Phénicie jusqu'aux frontières de la ville de Cadytis12 , le pays appartient aux Syriens dits Syriens de Palestine ; de Cadytis, ville à mon avis aussi grande que Sardes jusqu'à la ville d'Iénysos, les comptoirs maritimes appartiennent au roi d'Arabie13 ; après Iénysos, c'est de nouveau la terre syrienne jusqu'au lac Serbonis, auprès duquel le mont Casion s'avance dans la mer ; à partir du lac Serbonis, où, dit-on se cache Typhon14, c'est l'Egypte.
2 Catalogue des villes arabes
Le géographe grec Ptolémée intègre l'Arabie dans sa cartographie du monde connu, et répertorie des localités pour la première fois : Yathrib et Makoraba, « Le sanctuaire ».15
(Ptolémée, Géographie VI, 7, 31-37).16
Mokhura, Thoumna, Alouarè, Phalbinu, Salma, Gorda, Marata, Ibirtha, Lathrippa (= Yathrib), Karna, Biabana, Goiratha, Katara, Bayba (ou Rayba), Makoraba (= La Mecque ?)17 , Sata, Masthala, Domana, Attia, palais de Rabana, Khabuata, Olaphia, Inapha, Tiagar, Apa, Agdamu, palais de Karman, Irala, métropole de Naskos, Labris, village de Hiérakôn, Alabana, Khargatha, Lattha, marché de Omanon (= Oman), Marasdu, métropole de Mara, métropole de Nagara (= Najran ?)
3 Les régions de l'Arabie
Le géographe grec Strabon, au Ier siècle avant J.-C., commence à décrire avec précision le territoire : il bénéficie du témoignage des marchands de la route de l'encens, et des explorateurs romains. Ses informations sont destinées à ceux qui voudront s'emparer de cette terre.
Les populations arabes18 ont obéi à une répartition simple du territoire : le nord, dans la boucle du Croissant Fertile, le centre, les vastes étendus steppiques, le sud, les montagnes arrosées du Yémen19.
(Strabon20 , Géographie XVI, 3, 1).21
Vers le sud22 se trouve l'Arabie toute entière, sans compter les habitants des tentes en Mésopotamie. Dans ces régions qui suivent après la Mésopotamie jusqu'en Syrie Creuse, les Arabes vivant sous la tente occupent la partie la plus proche du fleuve et de la Mésopotamie, et ils sont divisés en petites principautés vivant dans des régions dénudées du fait du manque d'eau. Ils cultivent un peu ou pas du tout, mais possèdent des troupeaux de toute nature, surtout des chameaux. Au dessus de ces peuples, il y a un grand désert. Les parties plus au sud sont occupés par des gens dont on dit qu'ils habitent l'Arabie Heureuse. La partie plus au nord est un désert. A l'est, se trouve le golfe persique, à l'ouest, le golfe arabe ; au sud, la grande mer qui est en dehors de ces golfes, qui dans son ensemble est appelée la Mer Rouge23.
§ 2. Le « Berceau de l'islam »
L'Arabie obtient un statut tout particulier parce qu'elle devient le lieu de naissance de cette idéologie, dans sa partie la moins développée. Cela devient donc une référence, parfaitement mythique, pour tous les musulmans, d'origines diverses, implantés partout dans le monde. Des auteurs tentent donc de fournir des informations, scientifiques ou folkloriques, sur les conditions matérielles de la naissance de l'islam.
L'ironie est que le territoire, par la faute même d'un islam sclérosant, a été totalement négligé politiquement, et abandonné culturellement par les musulmans eux-mêmes. Il ne reprendra sa place qu'après 1945, très artificiellement, grâce aux énormes, obscènes et fragiles ressources pétrolières.
1 « La Terre des Arabes »
Ce chroniqueur anonyme conçoit encore le territoire arabe de façon dispersée, après la soumission du territoire à l'islam. C'est encore une accumulation de régions.
(Chronique du Khuzistan 38-39).24
Hasor, que les Ecritures appellent « la tête des royaumes », appartient aux Arabes, tandis que Médine est appelée ainsi d'après Midian, le quatrième fils d'Abraham donné par Qetura. On l'appelle aussi Yathrib. Et Dumat al Jandal leur appartient, et aussi le territoire du peuple d'Hajar, qui est riche en eau, palmiers et bâtiments fortifiés. Le territoire de Khatt est situé sur la mer près des îles de Qatar, et il est aussi riche ; il est densément couvert de plantes variées. La région de Mazun (= Oman) lui ressemble et il se trouve aussi sur la mer, sur une longueur de plus de cent parasanges25. Appartient aussi aux Arabes le territoire de Tawf, et la cité de Hira26, qui est la capitale du roi Mundhir27 , surnommé « Le Guerrier ».
La gloire des anciens peuples arabes
(ibn Khaldun).28
Ils demeurèrent alors dans les solitudes de leurs déserts, ne sachant plus ce que c'est qu'un empire et l'art de le gouverner, ignorant même, pour leur plus grand ombre, qu'ils avaient autrefois possédé un empire, quand aucun peuple au monde n'eut jamais empire comme celui que détinrent leurs tribus, témoins les dynasties d'Ad, Thamud29, des Amalékites30, de Himyar et des Tobba du Yémen31 .
(Dawud, Hadith 14/ 2685).32
Le prophète fixa le montant de la rançon des gens de l'Arabie d'avant l'islam33 à 400 dirhams34 par tête, le jour de la bataille de Badr35.
2 La clarification musulmane
L'expansion musulmane permet d'établir une conception plus claire du territoire, dans ce trop célèbre hadith36, prophétique au sens étroit du terme et sans doute créé de toutes pièces : c'est l'espace interdit aux infidèles.
(Malik37, Muwatta 45/17-19).38
Une des dernières que le messager d'Allah
a dites, est : qu'Allah combatte les juifs et les chrétiens. Ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prosternation. Deux religions ne peuvent pas cohabiter sur la terre des Arabes39 .
(Bukhari, Sahih 56/176).40
D'après Sayd ibn Jubayr, ibn Abbas dit41 :
- Le jeudi, ah ! ce qu'est le jeudi ! et il se mit à pleurer si fort, que ses larmes mouillaient les cailloux du sol.
- C'est le jeudi, reprit-il, que les souffrances du prophète devinrent plus vives ; alors il dit :
- Qu'on m'apporte de quoi écrire, afin que je mette par écrit ce qui, dans l'avenir, vous préservera de l'erreur.
Une discussion, à ces mots, s'élève ; et la discussion auprès d'un prophète est inconvenante. On déclare que l'envoyé d'Allah avait le délire ; mais lui, dit :
- Laissez-moi, ce qui m'occupe maintenant vaut mieux que ce à quoi vous m'invitez.
Au moment de la mort, il fit des recommandations sur trois points :
- Expulsez, dit-il, de l'Arabie les polythéistes ; donnez aux députations qui viendront vers vous, de la même facon que moi-même je leur donnais.
J'ai oublié, dit ibn Abbas, la troisième recommandation.
Yaqub ibn Muhammad a dit :
- Je demandai à al Moghira ibn Abd ar Rahman ce qu'était l'Arabie ; il me répondit :
- C'est la Mecque, Médine, le Yamama et le Yémen42.
Yaqub dit encore : El Ardj est le commencement du Tihama43.
(ibn Asakir, Tarikh Dimashq).44
Abu al Bahili a dit :
- J'ai entendu parler l'apôtre d'Allah qui a dit : en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et m'a dit :
- Ô Muhammad! J'ai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain45.
3 Le point de vue chinois
Il est légèrement postérieur, mais très éclairant sur les deux cultures : le point de vue est direct, utilitariste, cynique et l'essentiel est vu en peu de mots.46
(Histoire Officielle des T'ang).47
Le pays des Arabes faisait d'abord partie de la Perse48. Les hommes ont des grands nez, sont noirs et barbus. Les femmes sont jolies, mais elles se voilent le visage quand elles sortent. Cinq fois par jours, ils vénèrent Dieu. Ils portent des fourreaux en argent avec des poignards en argent dedans. Ils ne boivent pas de vin et ne font pas de musique. Leur lieu de culte peut contenir plusieurs centaines de personnes.
§ 3 Le critère linguistique
C'est le premier critère49 , et le plus apparent, même si l'irruption de l'islam a apporté de la confusion à cette situation. Al Hamdani a écrit ce bref mémoire à destination d'un public soucieux de pureté linguistique et avide de savoir quelle était l'état de la péninsule arabique à ce point de vue, puisque celle-ci, à cause du Coran, notamment, était perçue comme la référence suprême en matière de langue.
Le bilan est très surprenant : l'auteur ne cache pas sa déception face aux déformations, aux barbarismes, aux solécismes50 courants parmi les habitants.
Il apparaît aussi que l'antique langue himyarite subsiste largement, ce qui ne laisse pas de surprendre à une date aussi tardive.
(al Hamdani, Langues des Habitants de cette péninsule).51
Langues des habitants de cette Péninsule.
1. Les habitants d'ash Shihr et d'al Asa ne parlent pas un arabe correct.
2. Les Mahra parlent d'une manière inintelligible52, comme les étrangers.
3. Les Hadramaut ne parlent pas un arabe correct ; cependant, il arrive qu'on en rencontre certains qui s'expriment convenablement ; le meilleur arabe est celui des Kinda53, des Hamdan et de certains groupes d'as Sadaf.
4. Sarw Madhhij, Marib, Bayban et Harib parlent un arabe correct ; la corruption de la langue y est limitée.
5. Sarw Himyar et Jada ne parlent pas un arabe correct ; dans leur parler, on sent quelque chose d'himyarite. Ils parlent d'une voix traînante et abrègent les mots: ils disent yà bnu m- lamm au lieu de yà bnu 1-amm et sima au lieu de isma.
6. Labj, Abyan et Dathina parlent un arabe plus correct. Les Amiriyyun de Kinda et les Awdiyyun ont le meilleur.
7. A Adan, la langue est dénaturée et mauvaise ; certains, mais non ceux qui sont cultivés, se signalent par la stupidité et la bêtise.
8. Les Banu Majid, les banu Waqid et les al Ashar ont une langue qui n'est pas mauvaise.
9. Les Maafir du bas-pays s'expriment d'une manière inintelligible ; ceux du haut pays parlent mieux ; quant aux Sakasik, ils sont dans la moyenne.
10. Dans le Pays d'al Kala, ceux des hautes terres parlent excellemment, malgré une certaine gêne due à la langue himyarite ; chez ceux du versant, on comprend difficilement.
11. Sahlan, Jayshan, Warakh, al Khadir, as Suhayb et Badr ont une langue comparable à celle de Sarw Himyar.
12. Yahsib et Ruayn parlent un arabe plus correct que Jublan ; quant à la langue de Jublan, on la comprend difficilement.
13. De Haql Qitab à Dhamar, on parle une langue himyarite pure, difficile à comprendre.
14. Le versant de Madhhij, de même que Radman, Qaran avec ses hautes terres, ainsi que Rada, Isbil, Kawman, al Hada, Qayfa et Diqrar parlent un arabe correct.
15. Les Khawlan al Aliya en sont proches.
16. Les Sahmar, Qard, al Jibla, Mulh, Labj, Hamd, Utuma, Watyah, Simh, Anis et Alhan sont dans la moyenne, avec une tendance au charabia54.
17. Haraz, al Akhruj, Shumm, Madih, al Ahbùb, al Jahadib, Sharaf Aqyan, at Tarf, Wadi et al Malal se caractérisent par un mélange, à mi-chemin entre l'arabe correct et le charabia. Parmi ces tribus, notamment chez celles du Hadur, on trouve ce qui est le plus caractéristique dans la langue himyarite de compréhension difficile.
18. Le Pays d'al Ashar ; le Pays de Akk et celui de Hakam ibn Sad, au centre de la Tihama et dans ses dépendances, ont une langue qui n'est pas mauvaise, sauf ceux d'entre eux qui habitent les villages.
19. Dans Hamdan, ceux de Hashid qui occupent la Sara de Hamdan sont mélangés, avec des tribus qui parlent un arabe correct, comme Udhar, Hinwan et Hajur, et d'autres qui parlent d'une manière inintelligible, comme certains Qudam et certains al Jabar.
20. Dans les hautes terres du Pays de Hamdan, le Bawn, y compris al Mashriq et al Khashab, s'exprime dans un arabe mêlé de langue himyarite ; les régions les plus élevées des hautes terres de Hamdàn parlent un arabe plus ou moins correct, les Khaywan parlent un arabe correct. Cependant, parmi eux et jusqu'à Sada, beaucoup parlent himyarite.
21. Le pays de Sufyan ibn Arhab parle un arabe correct sauf dans des tournures telles que am ragul, qayyid ba'irak et ra'aytu ahawak. Partagent avec eux l'emploi du mim à la place du làm (dans al ragul, al bayr et ce qui y ressemble) al Ashar, Akk et certains Hakam parmi les gens de la Tihama.
22. Udhar Matira, Nihm, Murhiba, Dhayban et ceux de Bal Harith qui habitent ar Rahba parlent un arabe correct.
23. Sanaf dans le Jawf supérieur parle un arabe moins correct.
24. Kharfan et Athafit ne sont pas mauvais quant à la correction de leur langue.
25. Les habitants du Jawf parlent un arabe correct, à l'exception de leurs clients de la Tihama, qui vivent mêlés à eux.
26. Le Haut Nihm septentrional, Naman de Murhiba, puis les régions les plus élevées des Banu Aliyyan et celles de Sufyan et de Shakir parlent un arabe correct.
27. Dans le Pays de Wadaa, les Banù Harb ont l'imala dans l'ensemble de leur parler quant aux Banu Sad, ils parlent un arabe plus correct.
28. De Dhamar à Sanaa, on parle un arabe de qualité moyenne: c'est le Pays de Dhu Jura.
29. Chez les habitants de Sanaa, on trouve des restes d'arabe pur et des traits du parler de Himyar. La ville de Sanaa parle plusieurs langues et dialectes ; à chaque quartier correspond une langue ; celui qui habite du côté de Shuub parle différemment de tous les autres.
30. Shibam Aqyan, al-Masani et Tukhla parlent un himyarite pur.
31. Dans Khawlan Sada, les hautes terres parlent un arabe correct ; les brèches (sens incertain) et les basses terres parlent d'une manière inintelligible.
32. Un arabe correct est parlé depuis al Ird dans Wadaa, en passant par Janb, Yam, Zubayd, Banu Harith, les régions qui jouxtent le Pays de Shakir de Najran jusqu'au territoire de Yam, celui de Sinhan, celui de Nahd et des Banu Usama, Anz, Khatham, Hilal, Amir ibn Rabia, la Saradal Hajr, Daws, Ghamid, Yashkur, Fahm, Thaqif, Bajila, Banu Ali, si ce n'est que les régions basses des versants de ces tribus, qui sont entre la Sara de Khawlan et at Ta'if, parlent un arabe moins correct que les régions supérieures.
33. Quant à al Arud, on y parle un arabe correct, sauf dans les villages.
34. Il en est de même au Hejaz, dans les régions basses du Najd et jusqu'en Syrie, jusqu'au Diyar Mudar et au Diyar Rabia, où on parle un arabe correct sauf dans les villages.
Voici en bref quelles sont les langues de la péninsule sans divisions ni catégories.
§ 4. Division climatique
Les érudits arabes reprennent l'antique tradition grecque de découpage géographique de la terre en fonction des climats. Ici, ibn Khaldun applique la méthode à la péninsule.
(ibn Khaldun, Muqaddima I).55
À l'est de la montagne d'al Muqattam se trouve le désert des Aydhab, qui s'étend dans la cinquième section et arrive, jusqu'à la mer de Suez, c'est-à-dire la mer d'al Qulzum. Cette mer se détache de la mer de l'Inde en allant du sud au nord. Sur son littoral est, dans cette cinquième section se trouve la terre du Hedjaz, qui va de la montagne de Yalamlam jusqu'à Yathrib. Au centre du Hedjaz, il y a la Mecque et, au bord de la mer, la ville de Jedda, qui fait face à Aydhab, située sur la rive ouest de la mer d'al Qulzum.
Dans la sixième section vers l'ouest, le pays du Najd - avec Jurash et Tabala au sud- s'étend vers le nord jusqu'à Ukaz. Au nord du Najd, dans la même section, se trouve le reste de la terre du Hedjaz. Au même niveau que le Najd, vers l'est, c'est le pays de Najran et de Janad, plus au nord, c'est le Yamama. Directement à l'est de Najran, on trouve la terre de Saba et de Marib, suivie de terre d'ash Shihr, qui se termine dans la mer du Fars56 , deuxième mer qui sort de la mer Indienne et se dirige vers le nord, comme nous l'avons vu précédemment, retourne vers l'ouest, au niveau de la sixième section. Elle baigne ainsi, à l'est, et, sur sa partie concave, à l'ouest, le territoire de forme triangulaire. Au sud de celui-ci, il y a ville de Qalhat, port d'ash Shihr. Au nord, sur le littoral, il y a le pays d'Oman, suivi par al Bahrayn avec Hajar, à la limite de la sixième section.
Le climat du Hedjaz
(Masudi, Prairies d'or 977).
Le Hedjaz57 est une barrière entre la Syrie, le Yémen, et les plaines maritimes. Sa température est chaude, ses nuits sont splendides. Ce climat amaigrit le corps, dessèche la matière cérébrale, fortifie le cur, détruit les pensées généreuses et prédispose à la haîne ; c'est une région sèche et stérile, où la vie est rude.
§ 5. La première exploration
L'empereur Auguste a envoyé Aelius Gallus pour découvrir et contrôler les richesses de l'Arabie. Même si cette tentative est un échec, elle fournit de nombreuses informations sur le territoire. Strabon fait une description précise et romanesque de cette aventure sans équivalent58.
(Strabon, Géographie XVI, 22-24).59
Ce qui nous a encore beaucoup appris sur les curiosités de l'Arabie, c'est la récente expédition des Romains, expédition entreprise de nos jours et commandée par Aélius Gallus60. César Auguste61 avait confié à Gallus la mission de sonder les dispositions des Arabes et d'explorer en même temps leur pays (
) il avait entendu vanter la richesse séculaire de ce peuple, qui échange ses parfums, ses pierres précieuses, contre l'or et l'argent des autres nations, sans jamais rien dépenser ni rien écouler au dehors de ce qu'il a ainsi reçu en paiement ; il avait donc tout lieu d'espérer trouver dans les Arabes ou bien des amis riches capables de l'aider de leurs trésors, ou bien de riches ennemis faciles à vaincre et à dépouiller. Et ce qui achevait d'exalter sa confiance, c'est qu'il croyait pouvoir compter sur l'amitié des Nabatéens, qui lui avaient promis de l'assister dans toutes ses entreprises.
Voilà sur quelles assurances Auguste fit partir l'expédition de Gallus ; mais celui-ci se laissa tromper par le ministre du roi nabatéen62 Syllaios, qui, après lui avoir promis de lui servir de guide en personne, d'assurer ses approvisionnements et de lui prêter en tout un loyal concours, ne fit, au contraire, que le trahir, ne lui indiquant jamais la route la plus sûre, soit pour sa flotte le long des côtes, soit pour son armée dans l'intérieur des terres, engageant l'armée dans des chemins impraticables par exemple, ou bien l'amenant, après d'interminables détours, dans des lieux où tout manquait, engageant de même la flotte, au bout d'une longue côté droite et dépourvue d'abris, au milieu de bas-fonds hérissés de rochers à fleur d'eau, où le danger du flux et du reflux, toujours si redoutable pour les vaisseaux romains, se trouvait singulièrement aggravé (
).
Après quinze jours d'une traversée pénible et malheureuse, il arriva à Leukékômé63, qui est le grand marché des Nabatéens : il avait perdu une bonne partie de ses embarcations (quelques-unes même avec leur équipage), mais du fait de la mer uniquement et à cause des difficultés de la navigation ; l'ennemi n'y avait été pour rien, et la responsabilité de ce désastre incombait tout entière à Syllaios, qui, méchamment, avait affirmé que la route de terre jusqu'à Leukékômé n'était point praticable pour une armée (
) Du reste, si pareille trahison avait pu se produire, c'est que le roi Obodas64 , par une négligence commune à tous les rois arabes, s'occupait à peine des affaires publiques, et surtout des affaires militaires, se reposant sur son ministre Syllaios du soin de les conduire et de les administrer. Mais, maintenant, quand je réfléchis aux procédés de Syllaios et à sa façon d'user en tout et toujours de ruse et de perfidie, j'ai idée qu'il s'était proposé pour but, en guidant les Romains dans leur expédition et en les aidant à réduire quelques-unes des forteresses et des tribus de l'Arabie, d'explorer le pays pour son propre compte et d'en rester seul maître quand la faim, la fatigue et les maladies, jointes au bon effet de ses ruses et machinations, l'aurait débarrassé de la présence de ses alliés. Et de fait, quand Gallus atteignit Leukèkômè, son armée était déjà très éprouvée par la stomakakkè65 et la skélotyrbè, maladies du pays, causées, dit-on, par la mauvaise qualité des eaux et des herbes, et caractérisées, la première, par une altération des gencives, et la seconde, par une sorte de paralysie des membres inférieurs ; aussi, fut-il obligé, après avoir passé l'été à Leukékômé, d'y rester encore tout l'hiver pour laisser à ses malades le temps de se remettre.
(
) Gallus put enfin quitter Leukèkômé et se remettre en route avec, son armée ; mais telle était la sécheresse du pays qu'il traversait, qu'il dut faire porter l'eau à dos de de chameaux : c'était encore là un méchant tour de ses guides, et qui retarda singulièrement son arrivée dans les États d'Aréthas, parent d'Obodas. Celui-ci du moins l'accueillit avec bienveillance, il alla même jusqu'à lui offrir de riches présents ; mais Syllaios, par ses trahisons, trouva moyen de lui susciter des embarras, même sur cette terre amie. Ainsi l'armée mit trente jours à la traverser, ne trouvant sur son passage, à cause des mauvais chemins qu'on lui avait fait prendre, que de l'épeautre66, de rares palmiers et du beurre au lieu d'huile. La contrée qu'elle dut franchir tout de suite après - celle-là était peuplée que de nomades et constituait dans sa majeure partie un vrai désert : on l'appelait l'Ararène, et elle avait pour roi Sabos67. Égaré encore une fois par les fausses indications de ses guides, Gallus employa cinquante jours à traverser ce désert et à atteindre la ville de Négrana 68 et l'heureuse contrée qui l'entoure. Le roi du pays s'était enfui et sa ville fut enlevée d'assaut. Six jours après, l'armée arrivait au bord du fleuve de
69 ; les Barbares l'y attendaient et lui livrèrent bataille dix mille des leurs succombèrent et du côté des Romains, deux hommes seulement furent tués ; mais ces Barbares sont très peu belliqueux de leur nature, et rien n'égale la maladresse avec laquelle ils manient leurs différentes armes, l'arc, la lance, l'épée, la fronde, voire même la hache à double tranchant qui était l'arme du plus grand nombre. Plus loin Gallus prit la ville d'Asca que son roi avait également abandonnée ; puis, marchant sur Athrula, il s'en empara sans coup férir, y mit garnison et s'y approvisionna largement surtout en blé et en dattes ; après quoi il poussa en avant jusqu'à Marsiaba 70 , chez les Rhammanites71. (
) Il attaqua cette ville et la bloqua six jours durant, mais le manque d'eau lui fit lever le siège. Il n'était plus là qu'à deux journées de marche du pays des Aromates
72 , à ce que donnaient à entendre les rapports des prisonniers.
Son expédition, par la faute de ses guides, lui avait donc pris six grands mois. Il comprit, en effectuant son retour, ce qui s'était passé, et parce qu'on finit par lui révéler la trahison de Syllaios, et parce, que, pour revenir, il ne suivit pas les mêmes chemins. Ainsi, en neuf jours, il avait regagné Négrana où s'était livrée la bataille, une autre marche de onze jours l'amena à une localité dite des Sept-Puits parce qu'il s'y trouve effectivement ce nombre de puits, et de là, traversant une contrée parfaitement paisible, il atteignit le bourg de Shaalla, et, plus loin, sur le bord d'une rivière, celui de Malotha ensuite à franchir un désert, mais un désert où se trouvaient encore quelques puits ou aiguades, et finit par atteindre Egrakômè, localité maritime dépendante du territoire d'Obodas. Or tout ce voyage de retour s'était effectué en soixante jours, quand l'aller avait pris six mois. D'Êgrakômè73 , il fit repasser le golfe à son armée, atteignit Myoshormos en onze jours, franchit rapidement l'espace qui le séparait de Coptos, et, avec tous les hommes valides et transportables qui lui restaient, s'embarqua sur le canal pour Alexandrie.
Il avait perdu tout le reste non par les coups de l'ennemi (les différents combats ne lui ayant coûté en tout que sept hommes), mais par le fait des maladies, des fatigues, de la faim, et des fautes volontaires de ses guides, lesquels furent cause en somme que l'expédition ne profita pas autant qu'elle aurait dû à la connaissance géographique du pays. Quant à Syllaios, le vrai coupable, il subit sa peine à Rome: malgré ses protestations de dévouement, il fut convaincu, non seulement de trahison dans cette dernière circonstance, mais de maint autre méfait antérieur, et eut la tête tranchée.
Chapitre 2
Le désert, milieu de vie
Un désert74 est simplement un espace qui n'est pas occupé par l'homme ; il faut donc écarter l'image populaire des grandes dunes sableuses : en Arabie, du nord au sud, le milieu géographique est particulièrement varié : la montagne, la steppe, la vallée irriguée. Le sable est le plus souvent remplacé par les grandes étendues rocheuses ou caillouteuses.
Ce monde est ponctué par le seul repère, d'une importance vitale : le point d'eau, la source75, le puits76.
L'islam primitif ne décrit pas le désert, qui n'est qu'un espace de transit ou de combat. Il ne faut pas dire trop vite, comme E. Renan, que « Le désert rend monothéiste »77 . Les Arabes ont au contraire développé un monde divin clairement polythéiste78.
§ 6. Le désert et la steppe
Le désert est au sens strict un espace dépourvu d'occupation humaine, quel qu'il soit, si l'on s'en tien tà la définition géographique. Dans le cas de l'Arabie, seul un quart du territoire correspond vraiment à cette définition79 . Ailleurs, on peut trouver des milieux de vie très florissants et densément peuplés, où l'eau, souvent cachée, est pourtant présente80 .
La steppe est un espace de transition, souvent de transformation81 . La définition est plus économique : c'est le domaine de l'élevage extensif. Des humains l'occupent, et ne font pas que la traverser.
1 Définition de la steppe
Comme souvent pour les choses évidentes, les définitions82 de la steppe sont rares et tardives.
(al Khalil, Kitap al Ayn).
La badiya est une terre où il n'y a pas d'établissement permanent, c'est-à-dire, aucune occupation permanente. Si vous quittez la zone sédentaire pour les terres à pâturages, ou des déserts, vous parlerez des bédouins de la steppe.
2 La traversée du désert
Il est très peu décrit par les témoignages. En 399 avant J.-C., l'aventurier Xénophon le compare à la mer, et remarque, avec son habitude de chasseur, la faune qui s'y trouve. C'est la première fois qu'un auteur occidental décrit le désert. Il sera suivi par une multitude, fascinée par ces étendues.
(Xénophon, Anabase V 1-3).83
De là, il fait à travers l'Arabie, ayant l'Euphrate à sa droite, trente-cinq parasanges en cinq étapes dans des pays déserts. Dans cette région, la terre était une plaine ininterrompue, unie comme la mer et couverte d'absinthe. S'il s'y trouvait d'autres plantes, arbrisseaux ou roseaux, elles étaient toutes odoriférantes comme des aromates. On n'y voyait aucun arbre ; mais il y avait des bêtes sauvages de toute sorte, quantité d'onagres 84 , beaucoup d'autruches, et aussi des outardes85 et des gazelles. Les cavaliers donnaient quelquefois la chasse à ce gibier. Les onagres, quand on les chassait, gagnaient de vitesse et s'arrêtaient ; car ils courent bien plus vite que les chevaux ; puis, quand les chevaux s'approchaient, ils recommençaient leur manège et les cavaliers ne pouvaient les prendre, à moins de s'échelonner de distance en distance et de chasser en se relayant. La chair de ceux que l'on capturait ressemblait à celle des cerfs, mais elle était plus délicate. Quant aux autruches, personne n'en prit. Les cavaliers qui leur donnaient la chasse y renonçaient vite ; car elles gagnaient beaucoup d'avance en fuyant, parce qu'elles couraient avec leurs pattes et en même temps se soulevaient sur leurs ailes, dont elles se servaient comme d'une voile. Pour les outardes, en les faisant lever brusquement, on peut les attraper ; car elles ont le vol court, comme les perdrix et se fatiguent vite. Leur chair était très agréable.
3. La solitude du bédouin
Berger ou caravanier, ou héros déchu par sa tribu, les sccènes sont nombreux dans la littérature qui montrent le bédouin isolé dans le désert, seul avec son chameau. Ces longues et totales périodes influent sans doute sur une conception particulière du monde: ce que W. Montgomery Watt appelle « l'humanisme tribal », et ce que Henri Lammens a décrit avec autant de précisions que de préjugés86.
(Bukhari, Sahih 59/12, 1).
Abu Sayd al Khudri a dit un jour : je vois que tu aimes la vie pastorale et le désert, Quand tu seras au milieu de tes troupeaux ou dans le désert, et que tu feras l'appel à la prière, élève ta voix en le prononçant, car, aussi loin que porte la voix de celui qui appelle à la prière, quiconque l'entendra, djinn87, homme ou objet88 , ne manquera pas de venir témoigner en sa faveur le jour de la résurrection.
4. Le choix du bédouin ?
L'encyclopédiste Masudi expose ici tous les avantages supposés de la vie dans le désert. C'est une vie qui en retour modifie le caractère de cette population, selon lui. Mais il ne faut pas oublier que l'auteur est lui-même un urbain et que son analyse est sans doute artificielle et intellectuelle.
(Masudi, Prairies d'Or 1108-9-1112).
Les Arabes virent dans la vie nomade et dans le choix continuel d'une nouvelle région la condition la plus digne d'une race noble et la plus confrome à sa fierté naturelle. A leurs yeux, être maîtres du choix de leur territoire et habiter où bon leur semble vaut mieux que tout autre genre de vie, et c'est pourquoi ils ont adopté le séjour du désert.
Selon une autre opinion, doués par Allah d'aspirations sublimes, de desseins généreux, et de nobles facultés, d'une énergique fierté, cherchant toujours à se soustraire à l'infamie et à fuir toute honte, les anciens Arabes étudièrent sérieusement les contrées habitables et pesèrent le fort et le faible de chacune. Convaincus, après un examen attentif, que les villes et les demeures bâties par l'homme ne recélaient que des hontes et des vices de toutes sortes, ceux d'entre eux qui se distinguaient par leur expérience et leur discernement déclarèrent:
- Les pays sont, comme le corps humain, exposés aux maladies et aux calamités ; il faut par conséquent opter pour telle ou telle contrée, à raison des conditions de salubrité qu'elle présente, puisque bien souvent l'influence du climat est telle qu'il appauvrit la race qui l'habite et altère la constitution de ses habitants.
Les sages, parmi les Arabes, dirent aussi:
- Les maisons, la vie entre quatre murs sont des entraves à la libre disposition de ce monde, qui arrêtent l'homme dans sa course indépendante, enchainent ses plus nobles ambitions, retiennent ses instincts qui le poussent à rivaliser de noblesse. Il n'y a donc aucun avantage à demeurer dans cette situation. Les abris fixes, disaient-ils encore, et les maisons ralentissent la digestion, entravent le passage de l'air, gênent sa marche et l'empêchent de circuler librement.
En conséquence, ils s'établirent dans les vastes plaines, là où ils n'avaient à redouter ni gêne, ni mal d'aucune sorte ; l'air y était exempt de toute impureté, vivifiani et pur de tout germe pestilentiel ; ce séjour trempait leur caractère, et le passage continuel d'un campement à un autre purifiait leurs inclinations, fortifiait leur tempérament et donnait plus de vigueur à leur esprit, plus de pureté à leur teint et plus de robustesse à leur corps. L'intelligence et la pensée participent en effet de la nature de l'air et des conditions de l'atmosphère ; le désert était à leurs yeux un abri contre les fléaux, les maladies, les accidents et les souffrances ; aussi, en préférant le désert et la vie nomade, les Arabes l'emportent-ils sur tous les autres peuples par la vigueur de leurs nobles instincts, la force de leur caractère et la robustesse de leur tempérament ; nul peuple ne pratique avec plus d'ardeur les devoirs de la protection due aux faibles et ne défend son droit avec plus de chaleur. Ils puisent dans l'air limpide et pur de leur pays la plus grande générosité et les pensées les plus nobles. L'atmosphère des villes contient au contraire des impuretés agglomérées qui, provenant de toutes les eaux croupissantes et corrompues, s'élèvent vers les différentes couches du ciel où elles s'entrechoquent comme des vagues ; l'air conserve ainsi tous les miasmes qui montent vers lui, et c'est pourquoi les poussières s'agglomèrent, provoquant des maladies et des infirmités qui sont le lot des citadins, deviennent inhérentes à leur organisme et se traduisent notamment par la faiblesse du système pileux89 et de la vue90. Parmi tous les peuples dispersés qui vivent à l'état nomade, les Arabes occupent le premier rang, grâce aux avantages particuliers que leur offrent les contrées de leur choix et le soin qu'ils ont mis à les rechercher.
Les Arabes, en faisant choix de leurs campements, distinguent les campements d'hiver de ceux d'été. Parmi eux, il y a les mundjids et les muthims ; les premiers sont ceux qui habitent les plateaux du Nadjd ; les seconds, ceux qui habitent la Tihama. D'autres résident dans les vallées déprimées91 comme celles de Baysan et de Murra, en Syrie, dans la Palestine et la contrée du Jourdain, pays habité par les tribus de Lakhm et de Judham. En outre, toutes les tribus ont des points d'eau autour desquels elles se réunissent, et des terrains de parcours qui leur appartiennent et où elles dressent leur campement ; tels sont les déserts de la Dahna, de la Samawa, les Tihamas, les plateaux92 , les plaines 93 , les dépressions 94 et les ravins95. Il est rare de voir une tribu arabe s'écarter de ses campements ordinaires et des points d'eau qu'on sait lui appartenir, comme ceux de Darij, d'al Aqiqi, d'al Habaa, etc
§ 7. La pluie et la soif
L'eau96 est décrite sous une forme positive, quand elle favorise la vie dans les oasis, mais aussi sous sa forme dangereuse, quand la pluie97 déclenche des inondations périodiques et désastreuses. Le sanctuaire de la Mecque lui-même, très mal situé sur ce point, subit des destructions considérables et récurrentes98.
Le puits99 est le point de repère fondamental en milieu désertique, et le point de départ de nombreux phénomènes de sacralisation100.
Muhammad n'oublie pas qu'il s'adresse à un public qui a soif perpétuellement, qui vit selon la présence ou l'absence de l'eau: le vocabulaire qu'il emploie pour évoquer la transmission de son message est issu de la notion de pluie.101 Il s'inscrit dans une tradition, car les Arabes antiques demandent avant tout à leurs dieux qu'ils leur apportent une pluie salvatrice, et de ce point de vue, l'Allah que prêche ce personnage est une divinité atmosphérique, et plus précisément de la pluie102 .
1-L'eau.
L'occupation humaine est exclusivement liée à la présence ou non de l'élément liquide, sousune forme cachée, discrète ou dangereusement surabondante. On en connait les manifestations les plus claires, les oasis, et on oublie les accidents, de subites inondations, qui pourtant leurs marques dans les wadi103.
(Diodore, Bibliothèque III 42, 2-3).104
Après le fond (du golfe)105, il y a un endroit en bordure de la mer qui est tout particulièrement honoré par les indigènes à cause des ressources qu'il présente. Il se nomme la Palmeraie et il contient un grand nombre de ces palmiers, dont les fruits sont extrêmement abondants et qui procurent une jouisssance et des délices extraordinaires. Toute la région voisine est pauvre en eaux vives et son exposition au midi fait qu'elle est torride ; aussi cet endroit couvert d'arbres, qui est situé au milieu d'une région absolument déserte et qui pourvoit à la nourriture, a-t-il été tout naturellement consacré à la divinité par les barbares.106 C'est qu'il y a en grand nombre des sources et des ruisseaux où coule une eau dont la fraîcheur ne le cède en rien à la neige ; ces ruisseaux rendent la terre de leurs deux rives verdoyante et tout à fait agréable.
Une inondation dévastatrice. Le poète arabe Imru al Qays décrit une inondation107 dévastatrice sans oublier ses aspects bénéfiques.
(Imr ul Qays, Muallaqât ).108
Ami ! vois tu cet éclair qui luit comme des paumes brillantes s'agitant dans un épaix nuage, dont la lumière étincelante ressemble à celle de plusieurs lampes de moine, aux mèches gorgées d'huile ?
Je me suis assis avec mes compagnons, entre Dharij109 et El Udhayb110 pour contempler le nuage qui s'enfuyait dans le lointain.
À bien l'observer, j'imaginai que de son côté droit devaient tomber des gouttes de pluie sur le mont Qatan111 et que son côté gauche avait crevé au-dessus des monts Sitar et Iadhbul.
L'eau tomba à torrent sur Kutayfa, déracinant et entraînant d'énormes chênes112 .
Une telle trombe s'abattit sur le mont Qanan qu'elle fit descendre les chamois de leurs demeures.
À Tayma113, le torrent114 emportait jusqu'au moindre tronc de palmier, n'épargnant que les châteaux forts en pierres de taille.
Dès les premières gouttes, le mont Thabir avait pris l'allure d'un seigneur de tribu enveloppé d'un manteau rayé.
Au petit matin, les détritus charriés par le torrent étaient tels, autour de la colline d'El Mujaymir, que son sommet ressemblait au bout conique et arrondi d'un fuseau.
Le nuage avait aspergé de sa pluie fécondante la plaine assoiffée, tel un marchand yéménite sortant de ses malles, pour les étaler, des étoffes aux couleurs luxuriantes.
À l'aube, on entendit s'élever de la vallée la voix des passereaux comme enivrés d'un vin mêlé de poivre.
Le soir, on vit le torrent charrier les cadavres des bêtes, semblables à des racines d'oignons sauvages arrachées avec leur terre boueuse.
(Bukhari, Sahih 78/68, 9).
Anas rapporte qu'un jour de vendredi, un homme vint trouver le prophète à Médine au moment où il faisait son prône115 et lui dire:
- La pluie fait défaut, demande à ton seigneur qu'il fasse pleuvoir.
Le prophète leva les yeux vers le ciel où à ce moment nous ne voyions pas un seul nuage ; il pria pour avoir de la pluie et aussitôt les nuages commencèrent à se rapprocher les uns des autres, puis la pluie se mit à tomber et l'eau dévala dans les ravins de Médine ; la pluie ne cessa de tomber sans s'arrêter jusqu'au vendredi suivant. Alors le même, homme - ou, suivant une variante, un autre - vint trouver le prophète au moment où il faisait son prône et lui dit:
- Nous sommes inondés, invoque ton seigneur afin qu'il retienne les eaux.
Alors le prophète se mit à rire et dit par deux ou trois fois :
- Autour de nous, mais pas sur nous.
Aussitôt les nuages s'écartèrent de Médine à droite et à gauche ; il plut tout autour de nous sans qu'une goutte, d'eau tombât sur Médine. Allah montra ainsi qu'il favorisait son prophète et qu'il exauçait ses prières.
(Muslim, Sahih 9-1495).116
Aïsha, la femme du prophète a dit : Lorsqu'il faisait du vent ou de la brume, on le reconnaissait à l'expression du visage (assombri) du prophète qui se mettait à aller et venir. Mais quand la pluie tombait, il s'apaisait et son inquiétude s'évanouissait. Comme je lui en demandai la raison, il me répondit :
- « Ô Aïsha, j'ai crains qu'il ne soit un châtiment infligé à ma Communauté ».
Et lorsqu'il voyait la pluie, il disait :
- « C'est une miséricorde ».
L'inondation de la Mecque.
(Azraqi, Chroniques de la Mecque I 107).117
Les averses sont puissantes et la Mecque a sa part de pluies torrentielles et d'inondations. L'une d'elles a dévalé sur la Kaba et ses murs se sont craquelés118 , au point que les Quraysh furent très inquiets d'utiliser le lieu tel quel d'une part, et de le reconstruire en risquant qu'un mal ne les atteignent.
Un récapitulatif des cataclysmes.
(J. L. Burckhardt, Travels in Arabia). 119
Le 9 septembre: nous sommes partis tôt, et avons découvert que l'orage d'hier n'était pas allé au delà de la plaine d'Arafat. De tels orages et inondations sont fréquents dans cette région, où les saisons semblent bien moins régulières que sous d'autres latitudes. J'ai appris que dans les hautes montagnes, et à Ta'if, la saison des pluies, bien qu'à peine plus régulière que sous les tropiques africains, l'est pourtant bien plus que dans les bas pays de Jedda et la Mecque, où, même au coeur de l'été, le ciel est obscurci souvent par des orages et de la pluie. Les historiens de la Mecque ont enregistré plusieurs inondations terribles dans cette ville ; les plus désastreuses ont eu lieu dans les années 80, 184, 202, 280, 297, 549, 620, 802, 829. Au cours de celles-ci, la ville entière de la Mecque, le temple, aussi haut que la pierre noire, était sous l'eau, et partout, des maisons furent détruires et des vies perdues. Assamy donne les détails d'un inondation qui a dévasté la Mecque en 1039, ou l'année 1626 de notre ère, où 500 vies furent perdues, et la Kaba dans le temple fut détruit. Une autre inondation terrible advint en 1672.
2 L'eau dans le Coran
Muhammad compose beaucoup sur le thème de l'eau, face à un public qui dans sa vie quotidienne lutte pour en jouir ou s'en préserver. Il suit en cela la tradition des prophètes juifs120, qui ont eux aussi abusé de l'image trop facilement efficace des bienfaits de l'eau, évoqués devant un public assoiffé.
Le thème terrifiant de l'inondation, très amplifié dans l'image du Déluge121, est longuement développé dans le Coran. La légende de Noé semble efficace auprès du public mecquois, qui subi de type de cataclysme périodiquement.
(Mahomet, Coran 21/31).122
les cieux et la terre était un chaos que nous les avons séparés et que, de l'eau, nous avons fait toute choses vivante.
(Mahomet, Coran 14/37).
Allah est celui qui a créé les cieux et la terre, qui a fait descendre du ciel une eau par laquelle il fait pousser des fruits formant une attribution pour vous.
Il vous a soumis le vaisseau afin que celui-ci, sur son ordre, vogue sur la mer.123
Il vous a soumis les rivières.
(Mahomet, Coran 16/10).
C'est lui qui a fait descendre du ciel une eau dont vous tirez de quoi boire et dont vivent les arbustes où est une nourriture par vous donnée.
(Mahomet, Coran 54/11-12).
Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une eau torrentielle ; nous fîmes jaillir la terre en sources et les deux flots se rejoignirent selon un ordre décrété.
(Mahomet, Coran 13/18).
Il a fait descendre une eau du ciel à laquelle des vallées servent de lit, selon leur grandeur.
Le flot débordé a charrié une écume flottante et semblable à celle-ci est l'écume provenant de ce qu'on porte à fusion, dans le feu, pour fabriquer des bijoux et des ustensiles.
Ainsi Allah représente en parabole la vérité et le faux: l'écume du torrent et du métal tondu s'en va, au rebut, tandis que l'eau et les objets utiles aux hommes demeurent sur la terre.
Ainsi Allah propose des paraboles.124
§ 8. La gestion de l'eau
La rareté de l'eau impose sa gestion stricte, autour des puits, des canaux, des citernes. Cette constante préoccupation est toujours visible dans les textes, à travers divers incidents ou règlements juridiques.
1 Le miracle du puits
Le point d'accès aux nappes phréatiques est toujours un petit miracle en milieu désertique, et il est considéré comme tel par les populations en bénéficiant. Très vite, le lieu est sacralisé, voire divinisé125 par ceux qui bénéficient de ses bienfaits évidents.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 742).126
Il dit aux gens de démonter127. Ils dirent qu'il n'y avait pas d'eau là où ils devaient faire halte. Alors il prit une flèche de son carquois, en donna à un de ses compagnons qui descendit dans un des trous d'eau. Il perça le fond et l'eau surgit jusqu'à ce que les chameaux et les hommes soient satisfaits et se reposent là128.
Forage d'un puits en Arabie du Sud.
(Inscription de Sari).129
Lahayat Bariyan ibn Maahir et Dhu Khawlan, grand seigneur130 de Radman et Khawlan a creusé, foré, foré131 , édifié et achevé son puits Nazilal pour sa palmeraie Dhu Bariratan, qui est dans la vallée Ilan, avec Attar Dhu Adam et Amm Dhu Mabraq, maître de Sulaym et de Lamam132.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 150 et 151).
Au cours de la bataille de Badr (Victoire de Muhammad en 624 sur les Mecquois), Muhammad fait combler tous les puits de l'oasis, sauf un, pour gêner son adversaire. Les combats se déroulent autour de ce point d'eau. Un autre sert ensuite de fosse commune pour les tués, au grand étonnement de ses propres troupes133. D'ordinaire, les puits sont des lieux que l'on respecte , dans le code moral des bédouins.
Pendant la nuit, un des ansar134, un homme de la tribu des Najjar, vint trouver le prophète et lui dit:
- Ô apôtre d'Allah, nous ne devons pas rester ici. L'armée quraysh viendra demain à Badr et occupera les puits, et nous n'aurons pas d'eau. Il faut nous y rendre cette nuit, nous établir près du puits le plus rapproché de l'ennemi, creuser un grand réservoir, remplir nos outres, parce que, pendant le combat, nous ne pourrons pas puiser de l'eau ; puis il faut mettre à sec tous les autres puits, afin que, quand ils viendront, ils ne trouvent pas d'eau, tandis que nous en aurons. Le prophète, approuvant cet avis, marcha en avant et fit halte près des puits, dont l'un fut rempli, et les autres mis à sec.
(
) Hamza135 le frappa et d'un coup de sabre, lui trancha une jambe. Aswad tomba, et traîna son corps et la jambe détachée, dont le sang coulait, vers le bassin
Hamza le frappa d'un autre coup et le fit tomber dans l'eau, qui fut mêlée de sang136 .
(
) -Laissez-les, car tout infidèle qui boira de cette eau sera tué.
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps de vingt-quatre chefs 137 des Quraysh soient jetés dans des puits secs de Badr
il s'adressa aux corps des chefs en les appelant par leurs noms: et toi fils d'untel, toi fils d'untel etc
cela ne vous aurait-il pas plu d'obéir plutôt à Allah et son apôtre ?
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps des vingt-quatre chefs des Quraysh soient jetés dans un des puits sales et secs de Badr.
(ibn Sa'd, Tabaqat I 599).138
L'apôtre d'Allah a dit:
- Le meilleur des puits est celui de Bir Ghars. C'est une des sources du ciel et son eau est la meilleure des eaux. L'apôtre d'Allah se ravitaillait en eau là-bas, et il se baignait dans l'eau de Bir Ghars.
Le puits de Zemzem au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhardt, Travels in Arabia). 139
Le bâtiment actuel qui entoure Zemzem se dresse près du Makam Hanbali, et a été construit en 1072 A.H.140 : il est de forme carrée, et de formation massive, avec une entrée au nord, ouvrant sur une pièce qui contient le puits. Cette pièce est joliment ornée de marbres de différentes couleurs ; et à côté, mais séparé par une porte, se trouve une petite pièce avec un réservoir de pierre qui est toujours plein de l'eau de Zemzem ; là viennent les hajji pour boire, en passant la main par une ouverture grillagée de fer, servant de fenêtre, sans entrer dans la pièce. L'embouchure du puitsest entouré d'un mur de 5 pieds de haut, et de 10 de diamètre. Les gens qui puisent l'eau montent dessus, usant de seaux de cuir, une barre de fer les empêchant de tomber. (
)
D'avant l'aube jusqu'à minuit, la pièce du puits est constamment pleine de visiteurs. Chacun peut librement prendre de l'eau pour lui-même, mais le travail est généralement effectué par des gens destinés spécialement à cela, et payés par la mosquée: ils attendent une gratification de la part de ceux qui boivent, bien qu'ils n'osent pas la demander. J'ai été plus d'une fois dans la pièce, durant un quart d'heure avant de pouvoir accéder à l'eau, tant la foule est nombreuse. Des hajji dévôts escaladent parfois le mur, et tirent les seaux pendant des heures, pour expier leurs méfaits.
Avant l'invasion wahhabite, le puits Zemzem appartenait au shérif ; et l'eau devenant ainsi un monopole, elle était achetée à un prix élevé ; mais l'un des premiers ordres de Saoud141 , à son arrivée à la Mecque, a été d'abolir ce trafic, et l'eau a de nouveau été dispensée gratuitement. Les Turcs142 considèrent comme un miracle que l'eau du puits ne s'épuise jamais, malgré les prélévements continuels: il n'y a probablement pas de diminution de sa profondeur ; après un examen précis des cordes des sauts, j'ai trouvé la même profondeur était atteinte aussi bien le matin que le soir. Dans l'enquête, j'ai appris par une personne qui est descendue là du temps des wahhabites, pour réparer la maçonnerie, que l'eau remuait à la surface, et le puits serait donc plutôt alimenté par une ruisseau souterrain. L'eau est lourde, au goût, parfois sa couleur ressemble à celle du lait, et elle est très douce, diffèrant ainsi de celle, saumâtres des autres puits de la ville. Quand elle est tirée, l'eau semble légérement tiède, et elle s'apparente sur ce point aux autres fontaines du Hedjaz.
2 L'irrigation et ses problèmes
Les tentatives de gestion de l'eau aboutissent à des bouleversements sociaux et juridiques: l'espace est découpé précisément, l'effort humain doit être organisé, le temps doit être compté, et les litiges réglés. C'est l'Arabie du Sud qui monopolise cette technique. On en trouve néanmoins quelques traces dans l'oasis de Médine.143
(Bukhari, Sahih 42/6).
un homme des ansar144 plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra145 qui servaient à l'irrigation des palmiers, l'ansar ayant demandé que Zubayr laissât l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires, l'envoyé d'Allah s'adressa à Zubayr en ces termes:
- Arrose tes arbres, ô Zubayr, mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors, plein de colère, l'ansar s'écria :
- On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
À ces mots, le visage de l'envoyé d'Allah changea de couleur146 :
- Arrose tes arbres, ô Zubayr, reprit-il, puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
- Par Allah! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 147
(Bukhari, Sahih 42/7).
D'après Zuhri, Urwa a dit :
- Zubayr eut une contestation avec un homme des ansar. Le prophète dit :
- Ô Zubayr, creuse et laisse ensuite l'eau couler.
- On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle, s'écria l'ansar.
- Arrose, ô Zubayr, reprit le prophète, jusqu'à ce que l'eau arrive à la hauteur du tronc et alors arrête-toi.
Et Zubayr ajouta :
- Je crois que c'est ma cause de cela que le verset suivant fut révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux 148 .
3 Les oasis
Autour des points d'accès à l'eau se développe une vie autonome149, dans un cadre souvent verdoyant, qui tranche avec l'aridité ambiante. C'est là que se concentre la population, que se règle les questions importantes, et que s'affrontent les hommes. Une ville peut y naître, mais souvent, l'activité reste strictement agricole.
(Procope, Histoire des Guerres I 19, 8-9).150
Cette côte immédiatement au-delà des limites de la Palestine, est occupé par les Saracènes151, qui sont installés depuis longtemps dans les palmeraies. Ces palmeraies se trouvent dans l'intérieur, s'étendant sur une grande superficie de terre, et il n'y pousse absolument rien en dehors des palmiers. (
) Formellement, l'empereur152 tient seulement les palmeraies, parce que pur lui, posséder réellement le reste du territoire est tout à fait impossible. En effet, la terre est totalement dépourvue d'occupation humaine il y a une extrème sécheresse entre elles, sur des distances d'un périple de dix jours.
Chapitre 3
Les richesses de l'Arabie
La richesse de l'Arabie est essentiellement un fantasme alimenté par la quantité d'épices qui en est tirée ou qui y transite. Mais des régions, au nord et au sud, connaissent une véritable prospérité, due aux profits du commerce ou aux productions agricoles. Le coeur du territoire, dont le Hedjaz, est bien moins favorisé. La réalité est plus prosaïque : c'est un milieu dur, où faune et flore153 sont rares et hostiles154.
Le projet d'Alexandre155
(Strabon, Géographie XVI 28).156
On pourrait au surplus invoquer, comme un sûr garant de la réalité de cette richesse séculaire des Arabes le témoignage d'Alexandre lui même, puisqu'il avait rêvé, dit-on, après son retour de l'Inde, d'établir chez les Arabes le siège de son empire.
§ 9 Le chameau
Cet animal157 à l'aspect saugrenu alimente la curiosité des géographes, des naturalistes et l'affection des bédouins eux-mêmes, pour qui l'animal est un véhicule, un art de vivre et un moyen de survie, un objet de culte et même une source d'inspiration poétique158. En Occident, on préfère évoquer naïvement le « Vaisseau du Désert ». Muhammad est lui-même très lié à à sa chamelle, et celle-ci prend parfois les meilleures décisions possibles à sa place159.
1- La civilisation du chameau.
L'omniprésence de l'animal dans cette culture a conduit à y voir une réservoir de tous les aspects bénéfiques de la vie, dans des conditions toujours difficiles. Il existe d'étonnantes transcriptions poétiques de ce véritable sentiment de dépendance.
(Diodore, Bibliothèque Historique III 45, 3-6).160
Le pays qui est immédiatement voisin de cette région montagneuse est occupé par les Arabes connus sous le nom de Dèbes. Ils élèvent des chameaux et ils utilisent pour tous les besoins essentiels de la vie les services de ces animaux: leurs ennemis, c'est du haut des chameaux qu'ils les combattent, les marchandises, c'est à dos de chameaux qu'ils les transportent, de sorte qu'ils accomplissent aisément toutes leurs affaires ; c'est en buvant leur lait qu'ils pourvoient à leur subsistance et c'est sur des dromadaires qu'ils parcourent l'étendue du pays.
(Clément d'Alexandrie, Pédagogos 3,25,1).161
Les jeunes, parmi les Arabes, destinés à porter les armes, sont des chameliers. Ils montent leurs chameaux même quand ceux-ci sont en grossesse. Ils se nourrissent et courent en même temps qu'ils portent leurs maîtres et leurs maisons avec. Et si ces barbares manquent d'eau, ils leur donnent leur lait même si eux-mêmes n'ont rien mangé ; ils n'épargnent même pas leur sang162, comme on le dirait de loups enragés. Ils sont plus tempérés de caractère que les barbares, ne devenant pas fous quand on les maltraitent, mais ils courent à travers le désert, courageusement, portant et nourrissant leurs maîtres.
Le « don d'Allah »
(Mahomet, Coran 16/5-7).
Les chameaux ont par lui été créés pour vous. Pour vous s'y trouvent vêture et utilités et nourriture dont vous mangez163 ; pour vous ils sont orgueil quand vous revenez le soir ou partez le matin ; ils portent vos fardeaux vers une contrée que vous n'atteindriez qu'avec peine. En vérité, votre seigneur est bienveillant et miséricordieux.
2 Description naturaliste du chameau
L'animal permet aux auteurs de dresser un tableau aussi précis que pittoresque, et son étrangeté fascine leur public.
(Pline, Histoire Naturelle VII 26,1).164
On trouve les chameaux en troupeaux en Orient. (
) Toutes les espèces, comme le boeuf, n'ont pas de dents sur la mâchoire supérieure. Ils sont tous employés comme bête de somme, portant des charges sur son dos, et ils peuvent aussi servir de cavalerie de combat. Leur vitesse est la même que celle du cheval mais leur capacité à porter est proportionnée pour chacun à leur force physique (
). Le chameau a une antipathie naturelle pour le cheval165. Il peut endurer la soif pendant quatre jours, et quand vient la possibilité de boire, il boit à la fois pour sa soif passée et celle à venir. (
) Ils vivent cinquante ans et certains atteignent les cent ans. Ces animals sont aussi sujets à des coups de panique.
Caractéristiques du chameau
(Jahiz, Livre des Animaux VII 43-4, V 432, VII 22, III 434).166
Le chameau167 pénètre dans un marais couvert de végétation ou dans une prairie. Parmi les végétaux, il en est qui sont pour lui comestibles, d'autres qui sont un poison, tout particulièrement en ce qui le concerne; d'autres, enfin, sont tout à fait neutres, ni nutritifs, ni nocifs. Pour se nourrir, il va rechercher telle plante, à tel moment, telle autre à tel autre moment ; tour à tour, l'oseille sauvage168 ou les ronces169 . Parmi ces végétaux, ü y en a dont se nourrissent d'autres espèces ; il ne s'en approche pas, même si elles ne lui sont pas hostiles et ne sont pas dangereuses pour lui. Il reconnait certaines à la vue et non à l'odeur, à la différence d'autres qu'il ne reconnaît que par l'odorat. Parfois, le chameau confond et mange, par erreur, de l'aconit170, comme les onguligrades171 le font du laurier-rose172 .
La chamelle173 comprend ce que signifie l'injonction hal et le chameau, la signification de hâh. Le poète en rajaz, pour ridiculiser un homme stupide, a dit:
« Il lance à la chamelle l'injonction réservée au chameau! » .
Quand le chameau est envahi par les tiques174, il s'oppose à ce qu'on le musèle. Si on le débarrasse quelque peu de ces parasites, il en éprouve plaisir et soulagement ; il devient plus docile et le chamelier peut alors seulement lui passer la muselière par la tête.
« Tu es plus sot qu'un poulain ou un chamelon de printemps175, fit-on remarquer à un bédouin. - Sot, lui, répondit-il ? Par Allâh, il est docile, ne se met jamais à l'écart, suit constamment sa mère, tantôt il se penche sur une mamelle tantôt vers une autre. Il sait que lorsqu'elle blatère, elle lui signifie son affection et sa tendresse. Où est donc sa sottise ? »
Les éleveurs de chameaux recherchent des Nubiens, des Barbarins et des Byzantins176 pour s'occuper des bêtes. Ils apprécient ia compétence qu'ils montrent à les nourrir et, de leur côté, les chameaux apprécient d'être pris en charge par eux. Pourtant, bizarrement, si les Byzantins savent s'occuper des chameaux dans le désert, dès que ces derniers passent dans leur territoire, ils périssent.
3 L'affection des chameliers
L'animal est le point de départ d'un développement métaphorique virtuose: la monture du poète devient aussi une ville, une femme et le monde. Ce morceau poétique est typique de l'expression dense et haletante des anciens Arabes.
(Tarafa, Muallaqat ).177
je la fouette sur la robe rayée du grand chemin elle a les chairs aussi denses qu'un mâle, elle trotte comme l'autruche accourt au-devant du chauve cendreux, elle défie à la course les plus racées ses canons se poursuivent sur la piste domptée.
Elle a passé le printemps sur les deux collines parmi des chamelles aux pis allégés à brouter des parterres que ranime sur les meilleurs sols la seconde pluie de l'année.
Elle revient à l'appel guttural du chamelier, mais se protège avec son porte-houppe des terreurs d'un noirâtre au pelage feutré, on dirait que deux ailes d'aigle blanc l'escortent rivetées de part et d'autre à l'attache de sa queue et tantôt elle en fouette par-derrière mon compagnon et tantôt ses mamelles taries comme une outre fripée.
Son entrecuisse est si parfait de chairs qu'il rappelle un porche monumental et lisse ses côtes se maçonnent à ses vertèbres en arceaux
l'intérieur de son cou s'emboîte sur un dos à étages, on dirait que le flanquent deux gîtes sous un jujubier sauvage et que les cintres s'en recourbent pour lui renforcer le dos ses jarrets se délient puissamment l'un de l'autre comme si elle emportait les deux seaux d'un énergique puisatier.
On dirait d'une voûte que son propriétaire romain se serait juré de coffrer jusqu'à faire tenir sa bâtisse de briques
178 Rousse barbiche, dos résistant longue foulée de l'arrière, balancement des antérieurs des avant-jambes au toron dur et recroisé des avant-bras se croisant en ogive
elle s'incline de biais en courant véloce, la tête grosse, les épaules remontant d'une poussée continue.
Les traces des sangles sur ses flancs ressemblent à des creux d'eau sur la roche lisse d'un plateau de pierrailles convergentes et parfois distinctes comme des empiècements plus clairs sur une tunique déchirée, son long col érectile une fois dressé devient le gouvernail d'une barge remontant le Tigre179 ; son crâne, pareil à un sommet l'attache en tient par une pointe aussi dure qu'une lime ; sa joue: un parchemin syriaque180 ; ses lèvres: un cuir yéménite à la découpe sans bavure ses yeux : deux miroirs blottis dans les grottes d'un frontal de rocher (
) Frémissante et vivace, légère et ramassée dense comme le silex dont on martèle une dalle ; nez percé mufle tendre. La noble bête chaque fois qu'elle en touche le sol accélère si je veux elle baisse l'allure et si je veux la force, par crainte des lacis d'une dure lanière et si je veux sa tête se met à hauteur du pommeau et la voici nageant des avant-bras au rythme d'une autruche.
(Harith ibn Hilliza, Muallaqât ).181
En enfourchant une chamelle rapide comme une autruche longue et cambrée qui ne connaît que les déserts, et qui, pleine de frayeur, entendrait, à la nuit tombante, s'approcher la voix lointaine des chasseurs.
Ses pieds, enfrappant la terre, soulèvent une fine poussière.
Et le désert, derrière elle, se hâte d'engloutir ses pas.
Je la monte, en pleine fournaise, à l'heure où d'autres que moi, accablés par la chaleur, titubent comme des chamelles aveugles.
4 Profession chamelier
Il ne faut pas oublier que Muhammad a passé la première moitié de sa vie comme chamelier, simple employé d'une entreprise de commerce au long cours. Il n'a pas été le seul durant des siècles, mais c'est lui qui est sans doute le chamelier le plus célèbre de l'Histoire, même s'il préfère se présenter comme un berger, pour des raisons de stricte propagande.182
Adage de chamelier
(Bukhari, Sahih 76/ 505).183
J'ai entendu l'apôtre d'Allah dire :
- Les gens sont comme les chameaux : sur plus de cent, difficile d'en trouver un que l'on puisse monter.
Le bâton du chamelier
Muhammad emploie pour paraphraser un épisode biblique un terme intéressant, qui trahissait sa profession véritable: au lieu d'utiliser le mot « sceptre », il emploie celui de « bâton de chamelier », ustensile indispensable et quotidien184 .
(Mahomet, Coran 34/13).
Quand nous eûmes décrété la mort de Salomon, les djinns n'eurent indication de sa mort que parce que la bête de terre185 rongea le sceptre186 sur lequel s'appuyait Salomon.
(Bukhari, Sahih 18/94).
Le prophète prescrit le calme au moment du dévalement. Il y invitait les fidèles en faisant un geste avec son fouet.
ibn Abbâs rapporte qu'il dévala avec le prophète le jour de Arafa. Entendant derrière lui une violente bousculade et les coups qu'on donnait aux chameaux, le prophète fit un geste avec son fouet disant : « Ô fidèles, du calme ! la piété ne consiste pas à forcer sa monture.«
Les chamelles de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Il avait trois chamelles de course, qui lui servaient de montures : l'une, appelée Qaswa, avait été achetée par Abu Bakr, à la Mecque, et avait été préparée par lui pour l'Hégire. Dans la nuit où ils sortirent de la caverne, Abu Bakr la présenta au prophète, qui voulut la lui acheter. Abu Bakr dit:
-Je te la donne pour rien.
- Je veux en payer le prix, répliqua le prophète.
Abu Bakr dit:
- Apôtre d'Allah, je l'ai payée huit cents dirhams.
Le prophète la lui acheta quatre cents dirhams; il la monta et vint ainsi à Médine. L'autre chamelle était nommée Jadâ; elle avait les oreilles coupées. La troisième portait le nom d'Adhbâ; elle avait les bouts des oreilles coupés. Outre ces trois chamelles, le prophète possédait vingt chamelles de lait, dont dix étaient conduites chaque jour au pâturage et ramenées le soir; les autres restaient près des maisons des neuf femmes du prophète, qui les faisaient traire et recevaient le lait; on en faisait traire une autre pour le prophète. Les noms de ces chamelles étaient : Hasnâ, Samrâ, Arîs, Sadiyya, Bagum, Yasîra, Rayyâ, Jamâ, Barda et Shaqrâ. Cette dernière était celle du prophète. Outre ces vingt chamelles, qu'on ne montait jamais et qui étaient élevées seulement pour le lait, le prophète possédait un grand nombre de dromadaires, sous la garde de cet esclave qui fut tué par les Bédouins.
Les chameliers
(ibn Khaldun, Muqaddima II 2).187
Ceux qui vivent de l'élevage des chameaux se déplacent davantage et pénètrent plus avant dans le désert. En effet, les pâturages, les plantes et les arbres des collines peuvent pas remplacer les arbustes et l'eau salée du dé, dont le chameau a besoin pour son équilibre. En outre, le chameau doit revenir en hiver aux régions désertiques pour fuir les rigueurs du froid et retrouver une température plus clémente, et les chamelles doivent mettre bas dans les sables. Car, de tous les animaux, cefles-ci ont l'accouchement le plus difficile et ont le plus besoin de chaleur. Les chameliers sont donc obligés d'aller très loin à la recherche du fourrage. Souvent, repoussés par les milices hors du pays des collines, ils s'enfoncent encore plus avant dans les déserts pour échapper à la justice et éviter d'actes punis pour leurs actes d'agression. Ils apparaissentainsi comme les hommes les plus farouches. Comparés habitants des villes, ils sont des fauves indomptables des bêtes féroces.
Réglements de comptes entre chameliers.
Les troupeaux de chameaux sont à l'origine de nombreuses guerres tribales, et de punitions expéditives, avant et après l'islam. Quand il s'agit de défendre son troupeau, Muhammad innove dans le sens de l'atrocité. D'ordinaire, ces affaires se règlaient par la négociation. Mais dans le cas présent, les voleurs avaient associer le larcin à l'apostasie, qui est inexcusable, du point de vue musulman
(Muslim, Sahih 16/ 4130).188
des gens appartenant à la tribu d'Urayna vinrent voir le messager d'Allah à Médine et ils trouvèrent le climat malsain ; alors le messager d'Allah leur dit:
- Allez boire l'urine et le lait des chameaux de Sadaqa189.
Ils le firent et allèrent mieux. Puis ils tombèrent sur des bergers, les tuèrent et prirent les chameaux du prophète. La nouvelle vint au messager d'Allah qui envoya des hommes à leur recherche et ils furent amenés devant lui. Il leur fit couper les mains, les pieds, enlever les yeux et les fit jeter sur un sol de pierre jusqu'à ce qu'ils meurent.
5 L'animal sacré
Un animal omniprésent et vital pour l'homme finit par acquérir un statut supérieur, surnaturel et sacré. Il est là, dans les rites des religions arabes dans l'islam et dans la compilation coranique, trônant, majestueux en dépit de sa laideur.
Le choix rituel des animaux
(Bukhari, Sahih 60, 147).
Bahira est une chamelle dont le lait est gardé pour les idoles et personne n'est autorisé à la traire.
Sayba est une chamelle qu'ils laissent libre pour leurs dieux et elle ne doit rien porter. (
) Wasila est une chamelle qui donne naissance à une chamelle la première fois, puis une autre la deuxième fois. Les gens laissent cette chamelle libre pour les idoles si elle donnait deux chamelles sans chameaux entre les deux.
Hami est un chameau qui sert à la reproduction. Quand il a fini le nombre de saillies190 qui lui sont assignées, on le laisse libre pour les idoles, et on l'exhonère de tout fardeau, et on l'appelle hami.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 32 d).191
L'un de ses fidèles192 vint un jour avec un certain nombre de chameaux pour les consacrer à l'idole et obtenir ainsi sa bénédiction. Or, lorsqu'il approcha les chameaux du rocher, ils furent effarouchés et, courant de tout côté, ils se dispersèrent.
(Bukhari, Sahih 80/4,2).
D'après Anas, l'envoyé d'Allah a dit:
-Allah est plus heureux du repentir d'un de ses adorateurs que l'un d'entre vous ne l'est quand il retrouve son chameau alors qu'il l'a perdu dans le désert.
La chamelle de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1784).193
Al Qaswa était une chamelle des Banu al Harish et a été acheté avec d'autres chameaux par Abu Bakr pour 800 dirhams194.
Le messager d'Allah l'a acheté à Abu Bakr pour 400 dihrams, et il est resté à lui jusqu'à sa mort. C'est le chameau avec lequel il émigré. Quand il est arrivé à Médine, il avait sept ans. Son nom était al Qaswa, al Jada, al Adba. (..) elle avait les oreilles fendues195.
(ibn Sad, Tabaqat I/132).196
J'ai vu la révélation lui venir197 alors qu'il était sur sa chamelle, et celle-ci mugissait et se tordait les jambes de sorte que je craignais qu'elles ne se rompent. Parfois, elle s'asseyait et parfois elle restait debout, les jambes fichées comme des pieux, jusqu'à la cessation de cet état, et cela à cause du poids de la révélation ; et alors la transpiration lui traînait en perles.
La chamelle sacrée
(Mahomet, Coran 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l'apôtre d'Allah leur dit:
- Ne touchez pas à la chamelle d'Allah, ni à son lait198.
Les Thamud le traitèrent d'imposteur et sacrifièrent la chamelle. Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.
Sur le chameau
M. Tamisier, Voyage en Arabie.199
Pour les guider, on se sert d'un simple licou. On perce les narines de ceux qui ne sont pas très dociles ; on y passe un anneau en métal, où l'on attache un cordon: celui qui les monte le tient à la main, et, au moindre mouvement, ils exécutent la volonté de leur cavalier. Cet animal est doué de moeurs extrêmement douces : il s'attache aisément à son maître ; mais il n'aime pas à en être battu injustement. Si ou le frappe sur la tête, c'est vouloir le tuer, et sur les épaules, le ruiner: il a cette partie du corps extrêmement sensible, et le simple frottement du pied de l'homme qu'il porte suffit pour le châtier lorsqu'il commet quelque faute. On peut lui donner de temps en temps des coups de kurbash200 , mais toujours avec ménagement. Le dromadaire est généralement disposé à marcher selon le désir de son maître ; lorsqu'on le presse trop, il redouble de vitesse et prend tout l'essor dont il est capable - si dans ce moment on le frappe, il fait un nouvel effort, et continue sa marche jusqu'à ce qu'il succombe d'épuisement ; ou bien, dégoùté par les coups qu'il reçoit, il se couche sans vouloir se relever, et tâche de mordre si on l'irrite davantage. Lorsque les hajjin201 sont bien lancés, ils courent les uns avec la tête relevée ; d'autres, au contraire, l'abaissent jusqu'à effleurer le solces derniers sont en général plus solides à la marche. Quelques-uns ont la mauvaise habitude de s'agenouiller tout à coup au plus fort de leur course, et si celui qui les monte n'est pas un fin cavalier, il fait une culbute de vingt ou trente pieds qui n'est jamais sans danger.
Lorsqu'on marche dans le désert, terre de prédilection du hajjin, il faut éviter avec soin les trous à peine apparents formés par les fourmis, et contre lesquels il se casse les jambes s'il vient à s'y enfoncer. On sent facilement l'importance de cette précaution: un voyageur privé de sa monture dans un désert d'une grande étendue, est comme un marin dont le bâtiment sombre en pleine mer.
Le dromadaire, dont les murs sont si douces, devient terrible lorsqu'il est en rut. Il n'écoute plus le frein de son maître ; il se retourne contre lui, tâche de le mordre, et fait tous ses efforts pour le jeter à terre. Il demeure en cet état pendant tout le temps qu'il est amoureux. Le rut est appelé tum202 par les Arabes, parce que, pendant cette époque le dromadaire ne veut ni boire ni manger, et cela dure pendant une période de dix à douze jours au commencement du printemps.
A cette époque, une écume blanchâtre couvre ses lèvres et sa bouche, et il pousse des bramements lugubres. Les femelles, quoique amoureuses aussi, ne sont pas dans cet état ; cependant, généralement, elles ont plus de caprices et sont moins faciles à gouverner que les mâles.
Un individu bien exercé ne fait jamais agenouiller son dromadaire lorsqu'il veut le monter: il prend le pommeau de la selle avec une main, met un pied au-dessus du genou de l'animal, l'autre sur le cou, et de là il se place facilement sur le dos.
La selle s'étend depuis les épaules jusqu'aux hanches, elle est fixée par deux courroies qui sanglent le ventre. Au milieu on laisse la place pour la bosse, qu'on ne tond jamais, afin qu'elle puisse mieux résister au frottement ; car, une fois blessé, cet animal ne se guérit pas facilement, et il lui faut plusieurs mois de repos pour si peu que la plaie soit considérable.
Les Arabes considèrent le chameau comme un des plus grands bienfaits du ciel ; ils comprennent parfaitement que sans lui leur pays serait inhabitable: lui seul est chargé de transporter au loin la fortune et la famille errante de son maître ; il l'accompagne jusque sur le champ de bataille, et le soustrait souvent à une mort presque certaine. Par son infatigable activité, il est le soutien d'une infinité de familles qu'il entretient dans l'abondance, et qui le regardent comme un second père, puisque c'est à son travail et à sa sobriété qu'elles doivent leur bonheur. Aussi l'Arabe reconnaissant ne considère pas le chameau comme un animal esclave, dont. il peut user qu'abuser à volonté ; il voit en 1ui un ami, et un ami qu'il vénère au point qu'il le fait participer, à certaines pratiques religieuses que le prophète a imposées aux vrais croyants.
A cette occasion, je citerai un usage relatif à l'accouplement du mâle et de la femelle. On sait que les musulmans se considèrent comme souillés après s'être approché d'une femme, jusqu'à ce qu'ils se soient purifiés: par une ablution ; eh bien! Les Bédouins croiraient manquer à un devoir religieux si, dans ne circonstance semblable, ils ne jettent pas de l'eau ou du sable sur les organes, génitaux de leurs chameaux ; il en est même qui poussent le préjugé plus loin, en enveloppant le couple avec une toile pendant l'accomplissement de l'acte générateur, et ceux qui sont allés seulement en Égypte peuvent en avoir été témoins.
§ 10. Le cheval
L'animal est considéré comme un objet de luxe203, avant tout, superbement évoqué par les poètes. Il est le symbole par excellence de l'aristocratie, et suscite pour cela la suspicion de Muhammad. Mais avec le début de l'aventure musulmane, il devient un véhicule de combat et un instrument de la conquête, de plus en plus important204 et qui l'élève au rang de véritable mythe: le célèbre « pur-sang arabe ». Le chef lui-même préfère voyager à dos de mules205 : il laisse les chevaux aux jeunes guerriers.
(Dawud, Hadith 14/2540).206
L'envoyé d'Allah avait l'habitude d'appeler une jument comme un étalon.207
Un chevalier rapide
(Kitap al Aghani XIII 233-4).208
Selon une information de Muhammad ibn al-Hasan, à lui venue de Awf ibn al-Hârith al-Azdi par trois relais :
Awf demanda à son fils Hâjiz :
- Dis-moi, fils, quand as-tu couru le plus vite ?
- Le jour où les Khatham m'ont terrorisé et que je me suis lancé par élans successifs. Et quand les chevaux m'ont fait peur : deux gazelles m'encombraient; en vain les repoussais-je avec les deux mains de ma route, elles m'empêchaient de les gagner à la course tant la sente était étroite, cela jusqu'à ce qu'elle s'élargît; alors nous fûmes au large, et je pus les devancer.
- Y en a-t-il un autre qui t'égale à la course ?
- Je n'ai vu personne le faire, sauf Ataylis Ughaybir des Nuqûm. Si nous courons ensemble, je ne puis le gagner.
(Bukhari, Sahih 56/51).
D'après ibn Omar, l'envoyé d'Allah assigna au cheval deux parts de butin et à son maître une part209.
Les chevaux de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Le prophète avait sept chevaux, qui, selon la coutume des Arabes, portaient chacun un nom. L'un de ces chevaux était appelé Sakb. Le prophète l'avait acheté à un bédouin des Banu Fazâra. C'est le cheval qu'il montait à Ohod, où il n'y avait que deux chevaux: Sakb, celui du prophète, et Mikwâh, celui d'Abu Burda. Un autre avait le nom de Murtajiz; c'était un cheval pur sang, acheté à un Arabe des Banu Murra. Le troisième avait le nom de Lizâz; il avait été envoyé au prophète par Moqawqas. Le quatrième, nommé Lahîf, avait été envoyé par le chef arabe Rabîa ibn Abu Barâ. Le cinquième, Zharib, avait été donné par Farwa ibn Amir, des Banu Judhâm, l'un des princes arabes. Le sixième, Ward, venait de Tamîm al Dâremî; le prophète le donna à Omar. Le septième portait le nom de Yasub.
Poème pour une jument.
(Hubayrah ibn Abd Amnaf).210
Ode à sa jument, Sauterelle.
Les Banu Jusham ibn Bakr m'ont demandé si Sauterelle avait une tache blanche éclatante sur le front, ou si elle était toute blanche.
et le coursier qui se précipite sur eux, portant sur son dos le vieux guerrier blessé, comme un lion.
Quand sa charge l'a portée à travers leurs rangs, elle revient à la charge, et les lances la retiennent et elle ne peut plus avancer.
Trois de ses pattes sont semblables, un rond blanc au niveau du paturon, tant qu'une patte est de couleur unie.
Elle est bai211 , d'une couleur bien assurée, alors que la couleur de shirf212 dans laquelle le cuir est teint doit être imprégnée une seconde fois.
L'entretien du cheval.
(Bukhari, Sahih 56/45).213
Abu Horayra a dit: le prophète a dit:
-Celui qui fait donation perpétuelle d'un cheval dans la voie d'Allah, par un effet de sa foi en Allah et de sa confiance en ses promesses, verra mettre en sa faveur dans la balance, au jour de la résurrection, la nourriture, la boisson, le crottin et l'urine de ce cheval.
Sacrifice de cheval.
(Bukhari, Sahih 72/24, 1-3).
Hisham ibn Urwa a dit: Ma femme Fatima bint al Mundhir rapporte que Asma a dit:
- Au temps du prophète, nous avons saigné un cheval au défaut de l'épaule et nous l'avons mangé214.
Au temps de l'envoyé d'Allah, pendant que nous étions à Médine, nous avons coupé les deux carotides d'un cheval, et nous l'avons mangé.
Au temps de l'envoyé d'Allah nous avons saigné un cheval au défaut de l'épaule et nous l'avons mangé.
§ 11. Le bétail
Les sources littéraires et épigraphiques évoquent sans cesse les troupeaux215: c'est le capital de la tribu, l'assurance de la survie, et la fierté de la famille. Si une maladie, un fauve ou un pilleur s'empare des moutons ou des chameaux, le groupe peut disparaître. Il est donc sensible aux thèmes eschatologiques.
1 Les animaux domestiques
Le milieu géographique oblige les populations à concentrer toutes leurs activités autour de leur bétail, le plus diversifié possible, qui peut exploiter les maigres ressources de la steppe et du désert: chameaux, moutons, chèvres, essentiellement. Au cours de l'activité de Muhammad, les mentions de prises de troupeaux montrent à quel point l'élevage est essentiel à cette région.
Bukhari, Sahih 3/ 28 :
D'après Zayd ibn Khalid al Juhani, un homme interrogea le prophète au sujet des objets trouvés.
-Regarde bien, répondit-il, le cordon de l'objet trouvé - ou sa bourse - et aussi son enveloppe. Puis, pendant un an, annonce ta trouvaille ; après quoi fais usage de la chose. Toutefois si son propriétaire vient te trouver, remets-lui l'objet.
-Et s'il s'agit d'un chameau égaré? demanda l'homme.
A ces mots le prophète entra dans une telle fureur que ses joues - ou son visage, suivant une autre version - devinrent cramoisies.
- Qu'as-tu à t'occuper de cet animal, s'écria-t-il ; il a en lui une réserve de boisson ; il a des pieds, rien ne l'empêche d'aller à l'abreuvoir et de brouter des plantes. Laisse-le donc en sorte qu'il rejoigne son maître216.
- Et si l'animal égaré est un mouton, ajouta l'homme.
- Alors, répondit le prophète, il sera à toi, à ton frère ou au loup.
Les chèvres de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336)
Il avait encore sept chèvres, qu'une femme, nommée Umm Ayman, faisait paître le jour et qu'elle ramenait chaque soir, où l'on avait soin de les traire. Les noms de ces chèvres étaient : Ojwa, Zemzem, Saqbâ, Barka, Itlâl, Itrâf et Darsa.
Les mules et les ânes de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336).
Le prophète possédait trois mules de selle. L'une, envoyée par Moqawqas, était nommée Duldul. C'était la première mule qu'on voyait en Arabie, car les Arabes ne connaissaient ni l'usage des mulets, ni la manière de les produire. Une autre mule, grise, donnée par le Négus, portait le nom de Shahbâ. La troisième était blanche et était appelée Fiddha; elle avait été envoyée par Farwa ibn Amir. Le prophète la donna à Abu Bakr. Il avait en outre deux ânes, Ufayr et Yafur; l'un avait été envoyé par Moqawqas217 , l'autre par le Négus.
Les animaux d'élevage dans le Coran
Mahomet, Coran 16/8 :
Il a créé le cheval, le mulet, l'âne pour que vous les montiez et comme apparat
Les moutons arabes
Hérodote, Histoires III 113 :
Il y a dans ce pays deux espèces de moutons assez extraordinaires et qu'on ne voit nulle, part ailleurs: les uns ont une longue queue, de trois coudées pour le moins ; si on laissait les bêtes la traîner sur le sol, le frottement, y provoquerait des ulcères, mais tout berger sait travailler le bois, assez dur, moins pour confectionner un petit chariot qu'il attache sous la queue de la bête, en liant la queue sur le chariot. L'autre espèce a une large queue, qui peut même en largeur atteindre une coudée.
Dawud, Hadith 14/2551 :
Il est interdit de monter un animal qui mange ses propres excréments218.
2 Les éleveurs
Les textes arabes aiment à comparer les mérites des agriculteurs et des éleveurs, aux intérêts contradictoires et aux moeurs différentes. L'un et l'autre groupe nourrissent de solides préjugés réciproques, dont les dits mohammédiens se font l'écho.
(Bukhari, Sahih 54/ 520).219
L'apôtre d'Allah a dit :
La principale source de l'incroyance est à l'est220. Orgueil et arrogance sont les caractéristiques des propriétaires de chevaux et de chameaux, ces bédouins s'occupent de leurs chameaux et ne s'intéressent pas à la religion ; alors que la modestie et la douceur sont les caractéristiques des propriétaires de moutons221.
(Bukhari, Sahih 59/15, 1-2).
L'envoyé d'Allah a dit:
-Il est proche le temps où la meilleure fortune pour l'homme sera la possession d'un troupeau de moutons, qu'il mène paître sur les cimes des montagnes, dans les lieux arrosés par la pluie ; il fuira ainsi avec sa religion loin des troubles222 .
L'envoyé d'Allah a dit:
-La tête de l'infidélité se trouve en Orient223 ; l'orgueil, la présomption se recontrent chez les possesseurs de chevaux et de chameaux, à la voix rude, qui habitent les tentes de poils ; la paix224 existe chez les possesseurs de moutons.
Bergers et bergères
Bukhari, Sahih 67/90 :225
le prophète a dit :
- Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Le prince est un berger ; l'homme est un berger vis-à-vis de ceux qui sont sous son toit ; la femme est une bergère pour la maison de son mari. Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau.
(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 283).226
Selon ibn Omar, le prophète a dit :
- Vous êtes tous des bergers et vous êtes tous responsables de l'objet de votre garde. Le chef est un berger, l'homme est le berger de sa propre famille, la femme est la bergère de la maison de son mari et de ses enfants. Vous êtes tous bergers et vous êtes tous responsables de l'objet de votre garde .
Le chantage sur le peuple des Hawazin
(Bukhari, Hadith 64/54,5).
Marwan et El Miswar ibn Makhrama racontent que l'envoyé d'Allah se leva lorsque la députation des Hawâzin, devenus musulmans, vint le trouver, comme les Hawazin demandaient qu'on leur rendit leurs troupeaux et leurs captifs, l'envoyé d'Allah leur répondit :
- J'ai avec moi les fidèles que vous voyez, et quand je parle j'aime par-dessus tout dire la vérité. Choisissez donc l'un de ces deux partis: Ou vos captifs, ou vos troupeaux227. Je vous ai attendus (avant d'en disposer).
Le prophète avait en effet attendu leur venue pendant dix et quelques jours après son retour de Ta'if. Quand ils virent que l'envoyé d'Allah, ne leur rendrait que l'une des deux choses, ils déclarèrent qu'ils optaient pour les captifs. Alors l'envoyé d'Allah se leva au milieu des musulmans ; il loua l'envoyé d'Allah autant qu'il en est digne et, passant au fait, il dit:
- Nos frères sont venus à nous pleins de repentir, aussi j'estime que je dois leur rendre leurs captifs. Que ceux d'entre vous qui veulent accepter cette restitution sans indemnité, le fassent. Quant à ceux d'entre vous qui désirent jouir de leur butin, mais qui acceptent que je les en indemnise sur le premier butin que Allah fera tomber entre nos mains, qu'ils le disent.
Les fidèles répondirent à la fois :
- Ô envoyé d'Allah, nous acceptons la restitution sans indemnité.
- Je ne puis savoir ainsi, reprit le prophète, ceux qui acceptent et ceux qui n'acceptent pas. Rentrez chez vous, et vos chefs me feront connaître votre décision.
Les fidèles rentrèrent chez eux, où leurs chefs les consultèrent, et revinrent ensuite trouver l'envoyé d'Allah et lui annoncèrent que tous accepteraient la restitution sans indemnité.
- Tel est, dit ibn Shihab, ce que j'ai appris au sujet des captifs des Hawazin228.
La concurrence entre nomades et sédentaires.
(ibn Sa'd, Tabaqat I 18).
(Muhammad) a dit:
- Adam avait quatre enfants, deux couples de jumeaux, fille et garçon. La soeur née avec le paysan était jolie et l'autre, née avec le berger, était laide. Alors le paysan a dit:
- J'ai des droits sur elle.
Le berger répliqua:
- Non! Moi j'ai des droits sur elle.
- Honte à toi! Tu veux la préséance à cause de sa beauté. Allons, faisons chacun une offrande. Si ton offrande est acceptée, tu auras les droits sur elle, si c'est la mienne, c'est moi.
Les deux firent des offrandes. Le berger offrit un bélier blanc avec de grands yeux, des cornes puissantes, alors que le paysan apporta de la nourriture. Le bélier fut agréé et fut gardé dans le paradis pour quarante automnes et c'est ce bélier qui a été sacrifié par Abraham.229
Le paysan dit alors:
- Je vais te tuer!
Le berger dit:
- Même si tu étires ton bras pour m'atteindre, je n'étirerai pas mon bras pour te tuer. Je crains Allah, seigneur des mondes. Je préfère que tu portes la punition de ce péché fait contre moi et ton péché, et que tu résides chez les propriétaires du feu. « C'est la résidence des méchants »230 .
Alors l'autre le tua.
3 Les produits de l'élevage
Ce sont des produits précieux et peu imposants, qu servent dans les échanges avec les populations sédentaires: lait, viande, cuir, laine
Le lait
(Muslim, Hadith 18/4284).231
L'envoyé d'Allah a dit:
- Personne parmi vous ne doit tirer le lait de l'animal d'un autre sauf avec sa permission. Aimez-vous que votre maison soit dévastée, que les poutres soient brisées, et le garde-manger déplacé? Vraiment, les trésors qu'on tire de ceux qui gardent des animaux sont les mamelles des animaux qui les nourissent. Personne d'entre vous ne doit tirer le lait d'un animal appartenant à un autre.
Métaphore intestinale
(Malik, Muwatta 49/ 10).232
Le messager d'Allah avait donné l'hospitalité à un infidèle. Le messager d'Allah ordonna qu'on amène une brebis et elle fut traite. Il but son lait. Une autre vint et il but son lait. Une autre encore, jusqu'à ce qu'il ait bu le lait de sept brebis. Le matin, il était devenu musulman. Alors le messager d'Allah ordonna d'amener une brebis pour lui. Elle fut traite et il but son lait. Il en demanda une autre pour lui et il ne put finir le lait. Alors le messager d'Allah dit :
- Le croyant boit avec un seul intestin, l'infidèle boit avec sept intestins233.
(Mahomet, Coran 16/68).
En vérité, vous avez certes un enseignement dans vos troupeaux !234
Nous vous abreuvons d'un lait pur, exquis pour les buveurs, venant de ce qui, dans leurs ventres, est entre un aliment digéré235 et du sang.
Le poil et la peau
(Mahomet, Coran 16/82).
Allah vous a procuré, dans vos tentes, un lieu habitable.
Il vous a procuré, dans la peau de vos troupeaux des tentes que vous trouvez légères le jour où vous vous déplacez ou le jour où vous vous fixez.
Il vous a procuré, dans leur laine, leur poil ou leur crin des effets et des objets d'une certaine durée.
La viande
(Bukhari, Sahih 64/12, 2).
lorsque Abu Sayd ibn Malik al Khodri revint d'expédition, sa femme lui présenta de la viande qui venait des sacrifices.
- Je ne mangerai pas de cette viande, s'écria t-il, avant de m'être renseigné.
Il se rendit alors chez son frère utérin, Qutada ibn en Numan, qui avait assisté à Badr, et il lui posa la question.
- Il est survenu, répondit-il, une décision infirmant la défense236 de manger de la viande provenant des sacrifices après trois jours de leur durée.
§ 12. La faune sauvage
Le désert n'est pas vide pour tout le monde et un oeil exercé y décèle la présence de nombreux animaux, minuscules ou plus imposants237 . Les questions relatives à la chasse de ses animaux peuvent devenir vitales, quand les communautés humaines connaissent des périodes de disette.238
Faune et gibier du désert.
C. Doughty, Voyages dans l'Arabie Déserte :239
Ne se nourrissant que de laitage, les Arabes sont toujours bien aises d'avaler ne fût-ce qu'une bouchée de petit gibier. Outre le lièvre du désert, que les rahlas font souvent détaler sur leur passage, ils placent le thob
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