Partie X



LE COUP-D’ETAT DE
YATHRIB




Établissement d’un État prophétique









Cela , un grand homme? Je n'aperçois en lui
que le comédien de son propre idéal.
Nietzsche , Par de-là le Bien et le Mal 97.


J'ai vécu longtemps mais je n'ai jamais vu
une assemblée ou un rassemblement de gens
plus fidèles à provoquer leur soumission
(...)
un cavalier qui est venu chez eux les a divisés en deux , en disant:
"ça permis! ça interdit! et ce genre de discours.

Poème d'Abu Afak.1


§-233.
Cette ville , au nord de la Mecque , est déjà appelée Médina (ou Médinta en araméen) , avant l’installation de Muhammad. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes2 . La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad3.
En 622 , des Arabes se convertissent , plus ou volontairement , à la doctrine nouvelle , qui est en train de se construire peu à peu , tandis que les juifs résistent vigoureusement.
Pour maintenir sa domination , leur nouveau chef établit une sorte de "constitution" qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Une fois la pacification achevée , Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids contre les tribus voisines.
Après 630 , Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore pour longtemps la capitale du nouvel empire , jusqu'à l'établissement des Ommeyades4 . Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans5 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée6 .
Il s’agit d’un nouveau type de pouvoir , une“Auto-théocratie”: c’est bien sur un néologisme qu’il faut justifier. Une théocratie est un régime politique dont la souveraineté proviendrait d’une puissance surnaturelle à travers ses relais humains: pour résumer , le gouvernement des prêtres , auto-proclamés et auto-recrutés , régime que l’humanité a souvent réussi à éviter , pour son bonheur. Mais la plupart du temps , ce régime n’est pas celui du fondateur de la religion , mais plutôt de ses disciples , ou ses héritiers lointains.
A Médine , le chef est le fondateur et “la chaîne de commandement” est la plus courte possible: le totalitarisme7 en devient manifeste: il ne tire pas sa référence du passé , mais il est sa propre référence , s'élaborant dans l'instant et par des caprices , immédiate et progressive8 , comme une tautologie , qui pourrait faire sourire s’il est ne s’était pas appliquée durant huit à une société humaine.
L’autocrate - dont le pouvoir ne se justifie que par sa propre personne , et sa force , car c’est la définition de ce type- cumule les attributs du pouvoir , dont le plus puissant est le rapport présenté comme mystique avec la puissance surnaturelle , qu’il s’efforce de démontrer à tout moment. Le résultat de ses efforts est un livre nommé “Coran” , lequel , rappelons-le , n’est pas encore rédigé et collecté à cet époque , contrairement aux apparences.

Le but de ce chapitre est de présenter de très nombreux documents concernant l’organisation et la vie à l’intérieur du nouvel Etat , fondé par un homme politique d'un type particulier9. Il s’agit en effet d’un Etat de type nouveau , de type “prophétique” , révolutionnaire10 , qui règle le fonctionnement d’une société. Les institutions sont embryonnaires11 , mais la place du guide , le zèle de ses séides et l’obéissance à ses volontés en tiennent lieu12. Le nouvel organisme politique est de nature totalitaire13 parce qu’il n’admet qu’un seul type d’autorité , théocratique , parce qu’il n’accepte aucune institution en dehors de lui-même , parce qu’il construit une vision du monde particulière , parce qu’il rejette la notion d’autonomie de l’individu , parce qu’il édicte des lois qui n’admettent aucune exception et qui ne s’interdisent aucun domaine de compétence , et parce qu’enfin , se profile peu à peu l’idée d’un être humain nouveau , distinct du reste de l’Humanité , le musulman. C’est l’Umma , la “Communauté” , supérieure et distincte absolument de toutes les autres , familles , tribus ou royaumes.
Un tel programme suscite vite des oppositions , de la part de ceux qui sont en danger: les Juifs et tous ceux qui n’avaient pas compris au premier abord ce que signifiait l’arrivée à Yathrib des musulmans à Muhammad. On peut même ajouter que c’est grace à ces opposants , à la suite de longues luttes , d’ âpres investives , d’actes brutaux que le régime se met en place , et trouve sa forme définitive.
C’est un exemple exceptionnel de formation étatique , exceptionnel voire unique dans l’Histoire de l’Humanité14.

Telle est donc la république islamique de Médine, modèle trop méconnu de tant de structures politiques.





Chapitre 51
Yathrib avant Médine




Cette ville , au nord de la Mecque , est déjà appelée Médina , avant l’installation de Muhammad15. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes. La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad16 .
Son nom le plus ancien , déjà connu de Ptolémée est Yathrib: cet oasis se situe dans le Hedjaz , à 350 Km au nord de la Mecque17. Ce n'est pas un centre urbain , mais plutôt un agrégat de palmeraies , de collines , de villages , de marchés18 et de forteresses19 . Sa population est complexe: deux tribus arabes20 , voisines de trois tribus juives21 , qui pratiquent l'élevage , l'agriculture et l'artisanat. Muhammad découvre donc un situation totalement différente de celle de la Mecque.
En 622 , les Arabes se convertissent , plus ou volontairement , à la doctrine nouvelle , et leur nouveau chef établit une sorte de constitution qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids.
Après 630 , Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore la capitale du nouvel empire22 , jusqu'à l'établissement des Ommeyades23 . Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans24 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée25 .

§ 234-Situation de Médine.
Médine étant le second centre symbolique du monde musulman , la ville a été parcourue et décrite , identifiée , localisée par les voyageurs et les géographes.

(Abulfeda , Géographie 86).

Médine se trouve dans une plaine: au nord , elle a la montagne d’Ohod , et au midi , celle de Eyr. Elle abonde en palmiers. La plus grande partie de son territoire consiste en marais salins. On y remarque le tombeau de l’apôtre d’Allah ainsi que la mosquée qui l’accompagne. A côté sont ceux d’Abu Bakr et Omar. Médine est entourée d’un mur de brique.

L'agglomération de Médine.
(Yaqubi , Les Pays , p. 149) .

La richesse des habitants de Médine consiste en palmiers , dont. ils leur nourriture et leurs moyens d'existence. Comme impôts , ils versent la dime de la récolte des palmiers et paient la dime aumônière sur le bétail.
Médine est à trois jours de marche de la mer: le port le plus proche est où mouillent les navires de commerce et les vaisseaux qui transportent le blé d'Égypte.
A 6 milles de Médine se trouve Kuba , où résidaient avant l'islam les Aws , et les Khazraj , et où s'arrêta l'envoyé d'Allah avant d'arriver à Médine. A Kuba , il logea chez Kulthum ibn Hidm , puis , après la mort de Kulthum , chez Sad ibn Khaithama Ansàri: la demeure de Sad était voisine de la mosquée de Kubà.
C'est de là qu'il partit pour Médine , où il fit rédiger les "Pactes de 1a fraternité"
26. Puis la population délimita ses quartiers: auparavant les logements étaient séparés les uns des autres , mais dès cet instant les constructions se touchèrent et l'ensemble forma une cité.

Les environs de Médine.
(ibn Jubayr).27

Lundi , au moment du zhur28 , aussitôt après la prière , nous quittâmes Khulays et nous poursuivimes notre route jusqu'au dernier isha29 . Alors nous nous arrêtames pour faire un court somme. Le kus retentit et nous partîmes pour un voyage de nuit qui se prolongea jusque dans la matinée , moment où nous fimes halte pour nous reposer jusqu’au début du zhur , mardi. Puis nous gagnâmes une vallée du nom de Wadi as Samk30 , nom qui ne va guère à ce lieu! Nous y campames au moment du dernier isha et y séjournâmes , mercredi , pour nous ravitailler en eau: on en trouve dans cette vallée dans des mares et parfois en creusant dans le sable. Au début du jour , mercredi , nous levâmes le camp puis nous franchîmes la nuit un versant caillouteux et abrupt où périrent de nombreux chameaux. Nous campâmes dans une plaine où nous dormimes jusqu'à minuit. Nous traversâmes alors un immense désert plat de dunes amoncelées , s'étendant à perte de vue. Alors , les chameaux purent avancer sans être en caravane à cause de la largeur de la route. Nous fîmes une halte pour nous reposer pendant la canicule , jeudi 29 dhu al-hijja.


§ 235-Les noms de Médine.
Il s'agit de Yathrib, Médina, Médina al Nabi , Médinta , ou Taba31.

(Bukhari , Sahih 29- 2).
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d’Allah a dit :
-"J'ai reçu l'ordre de me rendre dans un bourg qui dévorera les autres bourgs ; certains l'appellent Yathrib, mais son nom est Médine, la ville qui expulse de son sein les (malhonnêtes) gens32 comme le soufflet de forge chasse les impuretés du fer."

(Bukhari , Sahih 29/ 3).
Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fûmes en vue de Médine , il s’écria:
-Voici Taba!

(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 28).33
On rapporte d'après le Prophète les paroles suivantes:
-Médine possède dix noms: Tayba, al Bàqiya, al Muwaffiya, al Miskina, al-Mubaraka, al Mahfûfa, al Muharrama, al Adrâ, al-Muslima, al Muqaddasa, ash Sâfiya, al Marzuqa .

(Mahomet , Coran 33 , 13).
La ville est appelée une seule fois par son nom originel dans le texte quand il s'agit de s'adresser à la population, ce qui plaide en faveur de l'authenticité de cet extrait.
Rappelez-vous qu’un parti d’entre eux vous a dit:
-Ô gens de Yathrib! ne restez point! retournez-vous-en!

(Mahomet , Coran 33 , 60).
Le nom est déjà prononcé dans le Coran.
Certes , si les hypocrites , ceux au coeur de qui est un mal et ceux qui tremblent ne cessent point , à Médine...

(Bukhari , Sahih 29-3).
Médine, c'est aussi Tâba (c'est un des nombreux surnoms que porte la ville de Médine.).
Abu Homayd a dit : "Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fûmes en vue de Médine, il s'écria : "Voici Tâba."



§ 236-L’antiquité de Médine.

Les sources musulmanes tentent de présenter une archéologie mythique de cette ville populeuse et active , en distinguant les diverses arrivées de populations. La question centrale reste la cause et l'origine d'une présence juive si marquée en ce lieu.



Les plus anciens habitants de Yathrib.
(Al Isfahani , Kitap al Aghani 19 , p. 94-98).34

Le premier peuple à avoir occupé Médine avant les Banu Israël était un peuple ancien appelé les Amalékites. Ils faisaient peur à toute la région parce qu’ils étaient un peuple puissant et injuste. Les tribus de Haff , Sad , Al Azra , Matruq étaient parmi celles qui ont occupé Médine. Le roi du Hedjaz était issu d’eux , un homme appelé Al Arqam , qui a vécu dans la région de Tayma et Fadak. Les Amalékites ont occupé la ville et ils avaient de nombreux champs et palmeraies.

L’invasion de Yathrib par le roi du Yémen Abu Karib Tiban.35
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 13).36

Quand il vint de l’est , il traversa Médine sans maltraiter les gens , mais laissa là un de ses fils qui fut lâchement assassiné. Alors il revint avec l’intention de détruire la ville et d’exterminer la population et de raser les palmiers37 . (...) Un des hommes des Banu Adiy ibn al Najjar , appelé Akhmar surprit un des hommes de Tubba quand il les menait à Médine , et il le tua parce qu’il l’avait trouvé dans ses palmiers , en train de couper des dattes. Il le frappa avec sa serpe et le tua en disant:
-Les fruits appartiennent à ceux qui les cultivent.
Cela fit enrager les Tubba contre eux et le combat éclata. Les Ansar38 affirment qu’ils les combattaient de jour , et les traitaient en invités la nuit. Tubba fut étonné de cela et disait:
-Par Allah , vous êtes des gens généreux!.



§ 237-Une guerre civile.

Cette guerre ensanglante l'agglomération quelques années avant l'arrivée du chef des musulmans: il bénéficie donc d'une circonstance favorable , en se présentant comme un arbitre entre les parties. Ce sont les vaincus de la guerre qui font d'abord appel à lui et qui deviennent ses premiers partisans : les nouveaux arrivants pourraient renverser le rapport de force.

On trouve ici tous les futurs protagonistes du séjour de Muhammad à Médine ; il est remarquable que la guerre oppose Juifs et Arabes dans chacun des deux camps: les deux systèmes religieux cohabitent sans difficulté.
Un extrait coranique fait peut-être allusion à cet épisode.


La bataille de Buath (c. 616).
(ibn Hisham , Conduite de l’envoyé d’Allah 372-3 , 385-6).

Il y avait deux camps: les Banu Qaynuqa et leurs affiliés , alliés aux Khazraj ; et les al Nadir , les Banu Qurayza et les affilis , alliés aux Aws. Quand il y eut une guerre entre les Aws et les Kharaj , les Banu Qaynuqa , allèrent du côté des Khazraj et les al Nadir et Banu Qurayza avec les Aws , chacun aidant ses alliés en contradiction avec ses orgines , de telle façon qu'ils versèrent leur sang les uns les autres , tandis que la Torah étai entre leurs mains , par laquelle ils savaient ce qui leur était permis et interdit. Les Aws et les Khazraj étaient polythéistes adorant les idoles , ne connaissant rien au paradis ou à l'enfer , le réveil et la résurrection , les écritures , le licite et l'illicite.
(...)
A la bataille de Buath , les Aws et les Khazraj combattirent et la victoire alla aux Aws , qui étaient commandés à cette époque par Hudyr ibn Simak al Ashali le père de Usayd ibn Hudayr , les Khazraj étant commandés par Amir ibn al Numan al Bayadi , et tous les deux furent tués.

(Bukhari , Sahih 58/186).
Récit d'Aïsha: Allah a fait en sorte que la bataille de Buath ait lieu avant l'arrivée de l'apôtre d'Allah comme apôtre , pour que quand l'apôtre d'Allah est arrivé à Médine , ces gens étaient déjà bien divisés et leurs chefs avaient été tués ou blessés. Donc , Allah a fait en sorte que cette bataille précède l'arrivée de l'apôtre d'Allah pour qu'ils puissent accepter l'islam.

(Mahomet , Coran 2/79-80).
Par la suite , vous êtes devenus ces Juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement ; vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs , vous les rançonnez.
Or , les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'Écriture et êtes-vous incrédules en une autre ?
Quelle sera la récompense39 de ceux parmi vous qui font cela , sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être , au jour de la résurrection , repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière , le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.

(Tabari , Tafsir 2/86).

ibn Abbas commente ainsi ce verset:
Ce passage signifie: vous prêtez main-forte aux associateurs pour accabler vos coreligionnaires de crime et d’hostilité jusqu’à verser leur sang et les expulser de leur habitat (...) Allah attire ici leur attention sur la anture de leur acte car il leur était interdit dans la Torah de verser le sang de l’un d’entre eux et ils étaient tenus également de payer la rançon pour racheter ceux d’entre eux qui avaient été faits prisonniers par les ennemis.
Or à Médine , ils se répartissaient en deux groupes: d’autre part , les Banu Qaynuqa qui étaient allés des Khazraj , et d’autre part , les Banu Nadir et Banu Qurayza qui étaient alliés des Aws.
Lorsque les Aws et les Khazraj entraient en conflit , les Banu Nadir et les Banu Qurayza soutenaient les premiers , et les Banu Qaynuqa les seconds , en sorte qu’ils combattaient leurs frères et versaient leur sang. Or les uns et les autres détenaient la Torah et savaient ce qui leur était permis et ce qui ne l’était pas , alors que les Aws et les Khazraj s’adonnaient à l’impiété et adoraient les idoles sans rien connaitre du paradis , du feu , de la résurrection et du jour dernier , sans livre et sans discerner les choses interdites et licites40 .
Lorsque le conflit fut terminé , ils rachetaient ceux d’entre eux qui avaient été prisonniers , fidèles en cela à la Torah.
Le faisant , ils respectaient une partie du Livre et en délaissaient un autre.


§ 238-La société à Yathrib.
Des tribus, des clans, des juifs, des Arabes: un petit monde complexe , coloré, mouvementé , éparpillé dans une vaste oasis au relief et à l'hydrographie complexes.

Les tribus de Médine
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 303).41
Médine était occupée par deux tribus: les Aws et les Khazraj42 . Ces derniers étaient les plus nombreux. Les villages du territoire de Médine43 , comme Khaybar , Qurayza , Wadil Kura et Yanbu étaient habités par des Juifs ou Arabes descendants des Banu Israël , de ceux qui étaient venus de la Syrie et de Jérusalem , fuyant devant Nabuchodonosor , antérieurement à Alexandre. Les Aws et les Khazraj voulaient s’emparer de ces villages , mais ils n’y réussirent pas ; car les Juifs avaient des châteaux forts grands et solides.

Les lettrés de Yathrib.
(Baladhuri , Futuh).44

D'après al Waqidi:
L'écriture de l'arabe était rare chez les Aws et les Khazraj45 .
C'était un juif qui l'avait apprise , et il l'enseignait autrefois aux enfants de Médine. Aussi , lorsque vint l'islam , un certain nombre de gens parmi les Aws et les Khazraj connaissaient l'écriture. C'étaient Sad ibn Ubada ibn Dulaym , al Mundhir ibn Amr , Ubayy ibn Ka'b , Zayd ibn Thabit46 , lequel écrivait l'arabe et l'hébreu47 , Rafi ibn Malik , Usayd ibn Hudayr , Man ibn Adi al Balawi , allié des Ansar , Bashir ibn Sad , Sad ibn al Rabil , Aws ibn Khawli , Abdallah ibn Ubayy l'hypocrite. Ceux d'entre eux qu'on appelait « les parfaits » - un parfait48 étant celui qui , en plus de sa connaissance de l'écriture , connaissait le tir à l'arc et la nage49 - étaient Rafi ibn Malik , Sad ibn Ubada , Usayd ibn Hudayr , Abdallah ibn Ubayy et Aws ibn Khawli. Ceux de Yathrib50 qui , avant l'islam , avaient toutes ces qualités , étaient Suwayd ibn al Samit et Hudayr al Katayb.

Juifs et Arabes médinois.
(al Ifsanhani, Kitap al Aghani 19 , 95-97).

Quand les Aws et les Khazraj sont arrivés à Médine , ils se sont installés dans les harras51. Ensuite , ils se sont répandus en dehors: certains se sont réfugiés dans des zones sèches et inhabitées et se sont implantés là ; d’autre se sont réfugiés dans des hameaux déjà établis et ont vécu en commun avec les habitants. Les Aws et Khazraj sont restés là , vivant pauvrement et misérablement de leurs chameaux et chèvres , parce que Médine n’était pas adaptée au paturage. Ils ne possédaient ni palmeraies ni champ cultivable , sauf quelques-uns qui avaient pris quelques palmiers ou champs sans propriétaires. Les fermes les plus prospères appartenaient en fait aux Juifs.

Les liens familiaux de Muhammad avec Médine.
(ibn Khaldun , Livre des Exemples p. 306).52

La mère du prophète , Amina , fille de Wahb , fils de Abd Manaf , fils de Zuhra , l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel53 de son grand-père Abd al Muttalib , les Banu Adi ibn an Najjar , à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.


§ 239-Les religions à Yathrib.
La situation est bigarrée elle aussi : des idoles arabes dans les maisons, Manat pour les tribus , des rabbins en foule et des synagogues , quelques chrétiens et manichéens. Il n'y a pas de trace d'affrontement religieux avant l'arrivée des musulmans.


Les pèlerins de Yathrib.
(ibn al Kalbi , Livre des Idoles 10 b-d.).54

Aucune tribu n'avait pour Manah autant de vénération que les Aws et les Khazraj (...).
Les Aws , les Khazraj et ceux parmi les Arabes de Yatrib55 et d'autres localités , qui adoptaient leurs usages , allaient en pèlerinage et s'arrêtaient , avec tout le monde , à toutes les stations rituelles. Mais ils ne se rasaient pas la tête et , lorsque commençait la fuite sacrée , ils se rendaient auprès de Manah56 , se rasaient la tête dans son sanctuaire et y accomplissaient une visite.

Les cultes de Yathrib.
Il existe un témoignage rare des pratiques religieuses de la cité de Yathrib (future Médine)57.
(1) Il dit: chaque clan des Aws et des Khazraj , (...) avait une idole dans un chambre appartenant à l’ensemble du clan , qu’ils honoraient et vénéraient et à qui ils sacrifiaient.
-les Banu Abd al Ashhal avaient al Harish.
-les Banu Haritha avaient Shakhr.
-les Banu Zafar avaient Shams58 .
-les Banu Muawiya avaient al Banu Ham.
-les Banu Khatma avaient Shafr.
-les Qawaqila avaient al Habs.
-les Banu Umayya vaient Ghayyan.
-les Banu Salima avaient Isaf.
-les Banu Adi ibn an Najjar avaient Samul.
-les Banu Dinar ibn an Najjar avaientHusa.
-les Banu Malik ibn an Najjar avaient at Tamm.
-les Banu Zurayq avaient as Samh.

(2) Chaque noble avaient une de ces idoles. Dans la maison d’Amir ibn al Jamuh , il y avait un idole appelée Saf (...)
Al Bara ibn Marur avait une idole appelée ad Dibaj.
Al Jadd ibn Qays avait une idole appelée az Zabr .59
Les Salima avaient une idole appelée Manaf. (...).

(7) Les Banu al Harith ibn al Khazraj vénéraient une idole appelée Huzam qui était située dans leur maison de prière , elle aussi appelée Huzam , à Buthan.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).60
Abu Darda était la seule personne sur le territoire de son clan à n'avoir pas accepté l'islam. Abdallah ibn Rawaha le poussait à le faire et il refusait. Et c'était pourtant son ami. Il attendit une opportunité favorable , et quand Abu Dadda sortit de chez lui , il entra à l'intérieur et détruisit l'idole , en récitant:
-Je rejette les noms des démons , tous les démons. En vérité , tout ce qui est associé à Allah dans la prière est nul.
Sa femme dit:
-Tu m'as ruiné , ibn Rawaha!61
Ensuite , il sortit. Abu Darda arriva et trouva sa femme en pleurs. Il dit:
-Qu'as-tu donc?
Elle dit:
-Ton ami ibn Rawaha est entré et il dit: "Y a t-il quelque chose de bon dans cette idole qui fait qu'elle va se défendre elle-même?".
Alors il alla voir le prophète et accepta l'islam.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).62
L'islamisation de Kab ibn Ujra était tardive ; il avait une idole dans sa maison. Ubada ibn as Samit était son ami. Un jour , il entra dans la maison de Kab alors que celui-ci était absent et il détruisit l'idole. Quand Kab rentra et vit ce quil avait fait , il dit:
-Cette idole est inutile.

Les fêtes de Médine.
(Dawud , Hadith 3/1130).63

Quand l'apôtre d'Allah est venu à Médine , les gens avaient deux jours durant lesquels ils se consacraient à des joutes.
Il demanda:
-Que signifient ces jours?
Ils répondirent:
-Nous avons coutume de nous livrer à cela dans la période pré-islamique.
L'apôtre d'Allah dit:
-Allah les a substitués pour vous en quelque chose de meilleur que cela: le jour du sacrifice et le jour de rupture du jeûne64 .





Chapitre 52

L’installation des immigrés mecquois




Muhammad arrive à Médine et c’est le début d’une nouvelle ère65. Pour autant , le transfert d’une ville à l’autre est un mouvement long et saccadé. Avec prudence , le chef des musulmans s’installe d’abord dans un faubourg66 de Médine , pour jauger les réactions des autochtones. Il fait ensuite venir par groupes ses partisans , les muhajirun67. Médine est une oasis prospère , mais l’irruption de centaines de personnes , militants religieux accompagnés de leurs familles , ne peut que bouleverser l’équilibre social , économique , et démographique de l’endroit. De tels déséquilibres ne doivent pas être oubliés quand surviennent des événements autrement plus manifestes.
Le problème de la subsistance physique du groupe commande aux premières décisions , notamment celle de pratiquer le pillage des caravanes et des campaments nomades , aussitôt après l’installation68. Il existe peu de témoignages concernant d’autres activités pratiquées par les premiers musulmans autres que la guerre et le partage du butin69.

L’importance de Médine pour les musulmans.
(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 28).70

Voici l'une de ses supériorités sur les autres villes. Wahb ibn Munabbih a dit ceci: «je trouve, dans un livre, que le lieu où émigra le Prophète arabe illettré est une ville dite Tayâbâ, ce qui se commente ainsi: cette ville a été enveloppée de grâce sanctifiante, le Prophète en a sanctifié l'atmosphère, parfumé le sol; elle contient le lieu d'asile du prophète et la place de son tombeau; et quiconque marche dans Médine y perçoit un parfum délicieux.
Au dire d'Abu Bahtari, Médine est l'endroit le plus sublime de toute la terre; ni épidémie, ni Antéchrist n'y pénètrent; au delà de son désert, l'Antéchrist sera englouti. C'est à Médine que le Coran fut révélé, que les prescriptions divines furent établies, que les coutumes traditionnelles furent fixées; c'est à Médine que furent posées les bases de la religion, des traditions, des qualifications juridiques et des obligations, du licite et de l'illicite; on y trouve un des jardins du paradis; le prophète fit une invocation pour attirer les bénédictions divines sur les gens de Médine, pour leur mesurage en sa, en mudd, pour leur marché, leur peu ou prou. Médine renferme des souvenirs de l'envoyé d'Allah, ses mosquées, son tombeau, ceux de ses compagnons, de ses oncles et de ses épouses.



§ 240- L’entrée dans les meubles.

Les chroniques ont voulu présenter des aspects pittoresques de l’accueil de Muhammad. C’est autant de façons de masquer à la postérité l’attitude du reste de la population de l’oasis. Ces récits sont aussi marqués par l’influence a posteriori des familles de Médine , soucieuses du prestige qui découlait de telle ou telle relation ancienne et privilégiée avec le fondateur de leur religion.


(ibn Sa’d , Tabaqat I 272).71
Le jour où l’apôtre d'Allah est entré à Médine , chaque chose paraissait très brillante.


1-La halte à Qoba.
Le site de Qoba est plus tard transformé en une mosquée très vénérée ; c’était auparavant un lieu destiné aux ablutions de purification72 .

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 124).

Il s'arrêta à Qoba , près de Médine , et s'assit sur une éminence de terrain , dans l'ombre. Les habitants de Médine , à la nouvelle de son arrivée , se rendirent auprès de lui. Le prophète arriva à Qoba le lundi ; le vendredi73 il y fit la prière , après avoir prononcé le sermon74 . Ensuite il monta sur son chameau.


(ibn Kathir , Tafsir 9).75
Les vertus de la mosquée de Qoba.
Allah a encouragé son prophète à prier dans la mosquée de Qoba , parce que , dès le premier jour , elle a été construite en accord avec Allah et son messager , pour rassembler la parole des croyants , et comme un avant-poste et une forteresse pour l’islam et son peuple.


(ibn Hauqal , Configuration de la Terre 29).76
Quba est hors de la ville à environ deux milles du côté de la qibla ; c'est une agglomération habitée par des ansar, qui ressemble à un village.


Description de Qoba au XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 367).
Koba.- Dans ce village voisin , tous les pèlerins visitent l’endroit où Muhammad s’est d’abord arrêté dans sa venue de la Mecque: il se trouve au sud de la ville , à environ 3/4 d’heure. La route qui y mène passe par une plaine , occupée par des palmiers , et couverte un peu partout de sable blanc. A une demi-heure de la ville , les jardins apparaissent , qui s’étendent sur un espace de 4-5 milles de périmètre , et forme peut-être un des endroits les plus fertiles et agréables de tout le Hedjaz du nord. (...)
Le village est fréquemment visité par les gens de Médine ; des groupes y passent la journée , et des gens malades sont transportés ici pour profiter des bénéfices d’une atmosphère plus douce.
Au milieu de ces bois se trouve la Mesjid de Koba , avec 30-40 maisons. C’est un modeste bâtiment , et bien défraîchi. A l’intérieur , des points précis sont visités , dans lesquels une prière de deux rakat sont faites , et quelques invocations additionnelles sont récitées en honneur de l’endroit.



2-Choix du domicile.
Le fait que ce soit la chamelle qui choisisse le domicile est une marque d’habilité politique: il fallait éviter de choisir personnellement , pour ne pas créer de jalousies parmi les habitants.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 335-6).

Itban ibn Malik , Abbas ibn Ubada (...) et d’autres des Banu Salim ibn Awf vinrent lui demander de vivre parmi eux et de profiter de leurs biens et de leur protection. Mais il déclara:
-Laissez-la poursuivre son chemin.
Sa chamelle 77 avait reçu ses ordres d’Allah.
Ils la laissèrent partir jusqu’à ce qu’elle s’arrêta au niveau de la maison des Banu Bayada , où il fut en face de Ziyad ibn Labid et Farwa ibn Amir avec d’autres membres de leur clan. Ils firent la même invitation et reçurent la même réponse. La même chose arriva avec les Banu Sayda quand Sad ibn Ubada et al Mundhir ibn Amir l’invitèrent à rester (...).
Finalement , la chamelle arriva à la maison des Banu Malik ibn al Najjar et elle s’agenouilla au niveau de la porte de sa mosquée78 , qui était à ce moment utilisée comme lieu de séchage de dattes et appartenait à deux orphelins des Banu al Najjar du clan des Banu Malik , et qui étaient sous la protection de Muadh ibn Afra , Sahl et Suhayl les fils d’Amir. Quand elle s’agenouilla , l’apôtre ne descendit pas et elle repartit sur une courte distance. L’apôtre avait relaché ses rênes , ne la dirigeant pas et elle revint sur ses pas , à l’endroit où elle s’était arrêté la première fois. Elle trembla et s’efffondra épuisée sur le sol. L’apôtre descendit et Abu Ayyub Khalid ibn Zayd prit ses bagages dans sa maison , et l’apôtre resta chez lui.
Quand il demanda à qui appartenait le lieu de stockage des dattes , Muadh ibn Afra lui dit que les propriétaires étaient Sahl et Suhayl les fils d'Amir qui étaient orphelins à sa charge et qu’il pouvait l’utiliser comme mosquée et qu’il payerait les jeunes hommes pour celui-ci79.


Un fragment de récit alternatif sur l’arrivée à Médine.
(Wahb b. Munabbih , Sira et Maghazi de l’Envoyé d’Allah PB 15-7).80

L’envoyé d'Allah partit le lundi le premier du mois rabi al awwal et il arriva è al Ghaba, le 15 du mois al awwal, ou il s installa, et il resta le lundi, mardi, mercredi, jeudi, et fit la prière le vendredi a Medine. Les ansar se rassemblèrent autour et ils lui dirent tous:
-Séjourne avec nous, envoyé d'Allah.
Il répondit:
-Retournez vers vos lieux de reunions, je vais passer chez vous et je vais passer vous voir.
Ils se séparerent tous et allèrent vers leurs lieux de reunions.
Le premier chez qui l’envoyé d'Allah passa fut celui des Banu Salma. Ils vinrent devant lui et dirent:
-Reste avec nous, envoyé d'Allah, parce aue notre voisin n’est pas abaissé , notre camarade n’est pas vaincu...

(ibn Sa’d , Tabaqat I 276).
Quand l’apôtre d'Allah voulut quitter Qoba , les Banu Salim l’approchèrent et lui dire , en tenant la bride de sa chamelle:
-Ô apôtre d'Allah , viens chez nous , un peuple bien armé et muni de moyens de défense.
Il dit:
-Laissez-moi , elle81 a reçu des ordres.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 124-5).

Tous voulurent saisir la bride du chameau et dirent :
-Descends chez moi!
Le prophète dit :
-Posez la bride sur le cou du chameau , il sait lui-même où il doit s'arrêter. Le chameau marcha jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la mosquée. Là il se mit à genoux , et le prophète descendit. Ce terrain appartenait à deux orphelins , nommés Sahl et Sohayl. Le prophète alla demeurer dans la maison d'un homme nommé Khalid ibn Zayd , surnommé Abu Ayyub , qui avait une nombreuse famille et point de fortune. Pendant qu'il conduisait le prophète dans sa maison , chacun en particulier invita Muhammad à venir demeurer chez lui ; mais le prophète dit :
-La place d'un homme est là où se trouvent ses vêtements et ses bagages.
Muhammad fit acheter le terrain où son chameau s'était arrêté pour y construire la mosquée , et il demeura dans la maison d'Abu Ayyub jusqu'à ce que la mosquée fut terminée. On construisit une demeure pour le prophète , tout à côté de la mosquée.
En recevant le prophète chez lui , Abu Ayyub disposa le rez-de-chaussée de sa maison pour le prophète , et lui-même demeura sur la terrasse.
On dit à Abu Ayyub :
-Comment as-tu été hier?
Il répondit :
-Comment peut se trouver un homme qui a au-dessus de lui Allah , et au-dessous de lui le prophète d'Allah?


(ibn Sa’d , Tabaqat I 276).
Le premier cadeau offert à l’apôtre d'Allah dans la résidence d’Abu Ayyub a été le cadeau que j’ai apporté: c’était un grand bol de tharid , contenant du pain , du beurre et du lait.


3-Opérations foncières.
L’arrivée des musulmans provoque des changements matériels dans la communauté médinoise. Ces documents , trop prosaïques , sont rarement présentés.
Au début , le mouvement a dû provoquer des crispations , et l’élimination des tribus juives a laissé de l’espace libre dans l’oasis.


(Samhudi , Wafa al Wafa).82

Le prophète a planté sa tente au cimetière d’al Zubayr et a dit:
-Ceci est votre marché83.
Ensuite , le chef des juif Kab ibn Ashraf84 est arrivé , il est entré et a coupé les cordes.
Alors le prophète a dit:
-En vérité , je vais me déplacer dans un endroit qui sera plus pénible encore pour lui.
Il se déplaça au lieu dit “Marché de Médine”. Là , il dit:
-Ceci est votre marché. Ne le divisez pas et n’imposez pas de taxes sur lui85.


(Samhudi , Wafa al Wafa).86

L’envoyé d'Allah , aussitôt après son arrivée à Médine , a trouvé une grande étendue de terrain à Zuhra , qui appartenait aux gens de Ratij et Husayka. Ils avaient été expulsés de Médine avant l’arrivée du prophète , laissant derrière eux une grande étendue de terrain ; dedans se trouvait une vaste portion de terre sans production agricole et sans arbre87 ; aussi un espace non-irrigué avec des palmiers , appelé al Hashshashina. il en donna une partie à Omar ; le domaine s’appelait Thamg et il acheta la terre adjacente à quelques Juifs. Ce fut un domaine qui suscita l’admiration.




§ 241-La construction de la mosquée.

Un de premiers actes de Muhammad est la construction de ce qui a vite été appelé la Mosquée , suivant la tradition syriaque 88. A bien observer sa description , c’est bien plus que cela: autour de la salle de prière , on trouve des appartements , et une cour89. Le guide de la communauté , très habilement , matérialise d’emblée la nature de son pouvoir , sous l’apparence d’un petit palais de type nouveau , qui mêle religion , administration , représentation et vie familiale du chef: une confusion elle-aussi de nature totalitaire , que seule l’autorité du chef transcende.
C’est aussi une façon de mobiliser les énergies des nouveaux arrivants et de les unir avec celles des Auxilaires.


Le monument subit les aléas du temps, et destructions puis réparations se succèdent 90 . Mais il reste un centre pour la religiosité des pélerins , dont certains la décrivent encore avec une dévote précision , dans leurs relations de voyage91 .


1-Terrain et terrassement.
Le détail macabre de la destruction du cimetière païen et de ses tombes indique la volonté de rejeter totalement le passé , y compris en commettant un acte scandaleux pour les contemporains de Muhammad.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 112).

Muhammad ibn Jarir rapporte un fait qui est fort peu croyable. Il dit :
-Lorsque Muhammad arriva à Médine , il fit construire une mosquée sur l'emplacement d'un verger de dattiers et d'un cimetière , qu'il avait achetés. Il fit arracher les arbres et retirer les cadavres de leurs tombeaux , ensuite il y fit bâtir. Mais cela ne peut pas être ; c'est un fait inouï , et il ne faut pas croire une telle chose du prophète92. Quoique ces morts fussent des infidèles , un lieu d'adoration n'a cependant pas assez d'importance pour qu'on arrache des morts de leurs tombeaux et pour qu'on détruise un champ cultivé. Les hommes intelligents rejettent un tel fait.


(Bukhari , Sahih 30/92).93

Il y avait (à Médine) des tombes de polythéistes , des ruines et des palmiers ; le prophète ordonna de fouiller les tombes , de raser les ruines et de couper les palmiers (pour construire la mosquée).


(ibn Sa’d , Tabaqat I 281).
Il y avait là des tombes datant de la jahiliyya. L’apôtre d'Allah ordonna qu’elles soient fouillées et les ossements soient éparpillés.


(Bukhari , Sahih 58/269).94
... dans ce jardin , il y avait les choses que je vous dis: tombes de païens , terre en désordre avec des trous... et des palmiers-dattiers. L’apôtre d’Allah ordonna que les tombes des païens soient exhumées , que la terre soit nivelée et les palmiers coupés. Les troncs des arbres furent placés pour faire un mur en face de la qibla.

(Bukhari , Sahih 7/48).
-Peut-on fouiller les sépultures des polythéistes des temps anté-islamiques et se servir de ces emplacements pour y bâtir des mosquées. (...)

Anas a dit: Le prophète vint à Médine et descendit dans la partie la plus haute de cette ville chez une tribu qu'on appelait les Banu Amir ibn Awf. Il séjourna au milieu d’eux quatorze nuits , puis il envoya chercher les Banu Najjar. Ceux-ci arrivèrent le sabre en bandoulière et il me semble encore voir le prophète monté sur sa chamelle , Abu Bakr en croupe derrière lui et les notables des Banu Najjar autour d’eux. Ils marchèrent ainsi et arrivèrent à la demeure de Abu Ayyub. Le prophète aimait à prier là où le surprenait l’heure de la prière , il priait (parfois) dans des parcs à moutons.
Il ordonna de bâtir la mosquée et il manda les principaux des Banu Najjar :
-Ô Banu Najjar , leur dit-il , quel prix me demandez-vous de cet enclos.
-Par Allah! répondirent-ils , rien ; nous n'en demanderons aucun prix , sinon à Allah.
Or , ajoute Anas , je vais vous dire ce qu'il avait dans cet enclos ; il y avait des sépultures de polythéistes , des ruines et des palmiers. Le prophète ordonna de fouiller les tombes , de raser les ruines et de couper les palmiers. Cela fait , on aligna les troncs de palmiers comme qibla de la mosquée , et on les encastra dans deux chambranles en pierres. Puis on commenca à apporter des pierres en chantant , le prophète se joignant aux autres et disant :
-Ô Allah , il n'y a d'autre bien que celui de l'autre monde. Pardonne aux ansar et aux muhajirun95.



2-L’érection du monument.

Le monument est peut-être un peu fort , pour un modeste bâtiment de terre séchée, qui disparaît vite sous les effets conjugués des intempéries et des réparations et transformations intempestives . C’est l’occasion de voir des musulmans travailler , en commun et dans la joie. Le tableau est donc populaire et naïf.


(Baladuri , Livre des Conquêtes I 6).

Abu Umamah conduisait la prière du vendredi pour ses fidèles dans sa mosquée , qu’utilisait aussi le prophète.
Le prophète demanda ensuite à Assad de lui vendre un lot de terre contigu à la mosquée.
Assad proposa de lui offrir et de payer aux orphelins96.
Mais le prophète refusa et paya dix dinars.
Sur ordre du prophète des briques furent préparées et servirent à construire la mosquée.
Ses fondations étaient constituées de pierres. Son toit était de palmes , ses colonnes faites de troncs d’arbres. Quand Abu Bakr fut calife , il ne fit aucun changement.


Les chansons sur la construction de la mosquée.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 337).

L’apôtre ordonna qu’une mosquée soit construite , et il resta chez Abu Ayyub jusqu’à ce que la mosquée et les habitations annexes soient terminées. L’apôtre se joignit aux travaux pour encourager les musulmans au labeur et les émigrés et les auxiliaires ont travaillé dur97. Un des musulmans chantait:
Si je m’assois alors que le prophète travaille
Il sera dit que nous avons paressé.

Pendant qu’ils travaillaient , les musulmans chantaient un vers rajaz98 :
Il n’y a pas de vie sinon la vie dans l’autre monde
ô Allah , aie pitié des auxiliaires et des émigrés.

L’apôtre le chantait99 de cette façon:
Il n’y a pas de vie sinon la vie dans l’autre monde
ô Allah , aie pitié des émigrés et des auxiliaires100 .

(...)
Ali a composé un vers rajaz sur ce jour:
Il y en a un qui travaille jour et nuit
pour nous construire une mosquée de brique et d’argile
et un autre qui finira en poussière!


Malheureux maçon.
(Bukhari , Sahih 56/17).

....
Abdallah: Allez trouver Abu Sayd et écoutez ses hadiths.
-Nous allames donc le trouver , dit Iqrima , et le trouvâmes lui et son frère dans un jardin enclos qui leur appartenait , occupés à arroser. Lorsqu'il nous aperçut , il vint , s'accroupit en tenant ses genoux , s'assit et nous dit :
-Nous portions les briques crues de la mosquée une par une , tandis que Ammar les portait deux par deux. Le prophète venant à passer auprès de lui , lui essuya la poussière de la tête et dit :
-Malheureux Ammar! la troupe des injustes101 le tuera! Ammar les appellera à Allah et ils l'appelleront à l'enfer.

La très lente édification.
(ibn Battuta , Voyages).102
L'envoyé d'Allah arriva près de la noble Médine où a pris fin sa fuite , le lundi 13 rabi al awwal. Il logea alors chez les Banu Amir ibn Awf pendant vingt deux nuits (on dit aussi quatorze ou encore quatre). Puis il se rendit à Médine et logea chez les Banu an Najjar de la demeure d'Abu Ayyub al Ansari où il séjourna un mois jusqu'à ce qu'il eut construit ses habitations et sa mosquée. L'endroit où fut édifiée la mosquée était un enclos appartenant à Sahl et Suhayl (...) qui étaient orphelins , sous la tutelle d'Assad Zurara ou , dit-on , Abu Ayyub. Le prophète acheta ou , dit-on , Abu Ayyub en dédommagea les deux orphelins ou encore ils donnèrent l'enclos au prophète.
Muhammad édifia donc la mosquée et y travailla avec ses compagnons. Il l'entoura d'un mur d'enceinte , mais ne la couvrit pas de toit reposant sur des colonnes. Il lui donna forme carrée , de cent coudées de côté ; cependant , on que la largeur était moindre. La hauteur du mur d’enceinte était de la taille d'un homme. Mais lorsqu'il fit chaud , les compagnons du prophète parlèrent de couvrir la mosquée. Muhammad érigea donc des colonnes en troncs de palmier et fit un toit à l'aide de palmes. Lorsqu’il plut , la mosquée fut inondée
103. Les compagnons parlèrent alors au prophète de faire un toit en boue séchée. Muhammad leur dit:
-Que non! Il nous suffira cabane comme celle de Moïse ou d'une couverture , ce qui serait plus proche de la vérité.
On lui demanda ce qu’était la couverture de Moïse.
-Quand il se levait , sa tête touchait le toit.
Il perça trois portes , puis obstrua la porte sud , lorsque la qibla
104 changea de direction. La mosquée demeura en cet état durant les vies du prophète et Abu Bakr.

(ibn Hawqal , Configuration de la Terre 29).105

La mosquée se trouve environ au centre de la cité. La tombe du prophète, est placée dans la partie orientale de la mosquée, près de la qibla et non loin du mur oriental, dans un édicule assez haut, dont la toiture est séparée par un espace libre du toit de la mosquée. Cet édicule n'a pas de porte, et deux cellules y sont attenantes. La chaire sur laquelle prêchait le prophète, est ouverte d'une autre chaire. Le parterre est en avant de la chaire, qu'il sépare de la tombe.

Querelle de minarets.
(ibn Battuta , Voyages).106
Sous Omar ibn al Khattab , la mosquée fut agrandie.
-N'aurais-je entendu le prophète dire qu'il fallait agrandir que je ne l'aurais fait , dit-il.
Il démolit les colonnes en bois pour les remplacer par des colonnes en briques cuites. Il fit des fondations en pierre , d'une taille d'homme et perça six portes , deux de chaque côté , sauf sur la face sud. Il dit que l'une d'entre devait être réservée aux femmes et ne l'emprunta plus à sa mort. Puis il émit l'avis suivant:
-Si nous agrandissions la mosquée jusqu'au cimetière , elle serait toujours la mosquée de l'envoyé d'Allah.
Omar voulut , l'agrandir , empiéter sur un terrain qui appartenait à Abbas , oncle paternel du prophète , mais celui-ci refusa de céder. La maison construite sur ce terrain avait une itière qui se déversait dans la mosquée , Omar la supprima parce qu'il pensait qu'elle gênait les fidèles. Abbas le querella à ce sujet. Ce fut Ubayy ibn Kab qui fut choisi comme arbitre par les deux antagonistes qui vinrent le trouver , mais Ubayy ne les reçut qu'un long moment après , parce que sa servante lui lavait la tête , comme ils l'apprirent après avoir été introduits. Omar voulut parler , mais Ubayy lui dit:
-Laisse Abu al Fadl parler le premier au nom de sa parenté avec l'envoyé d’Allah.
Al Abbas dit donc:
-Il s'agit d'un terrain tracé par le prophète. J'y ai bâti une maison avec lui et j'ai monté sa gouttière en grimpant sur les épaules du prophète. Omar avait enlevé la gouttière et veut que mon terrain serve à l'agrandissement le la moquée.
Ubayy dit alors eu connaissance de ce que prétend al Abbas et j'ai entendu le prophète dire:
-David voulut édifier 1a maison d’Allah , or , il y avait à l'emplacement choisi une maison appartenant à deux orphelins a qui il demanda de vendre , ceux-ci refusèrent ; mais sur son insistance acceptèrent enfin. Puis les deux orphelins se rendirent coupables d'une fraude. La vente fut annulée et la maison rachetée. Mais les orphelins firent encore annuler. David trouva que le prix en était trop élevé. Alors Allah lui inspira que , s'il la payait sur sa propre fortune , lui seul savait ce qu'il avait à faire , toutefois s'il la payait sur le bien public , il devrait satisfaire les orphelins , car la maison qui devait être acquise sans que la moindre injustice commise , était bien celle d’Allah et il lui défendait de construire lui-même. David demanda donc à Allah de confier son édification à Salomon. C'est alors qu’Omar demanda qui lui certifierait que le prophète avait ces paroles. Ubayy alla donc trouver un groupe qui lui confirmèrent la chose. Alors Omar lui fit remarquer que si Ubayy avait été le seul à dire cela , il l'aurait cru mais qu’il avait préféré recevoir une confirmation.
Il ajouta à l’adresse de Abbas:
-Tu ne remettras la gouttière qu'en grimpant sur mes épaules.
Al Abbas ajouta:
-Puisque la propriété de la maison a été certifiée mienne , j'en fais aumône pour l'amour d’Allah.
Omar la démolit et agrandit la mosquée grace à ce terrain.
Plus tard , Othman l'agrandit encore. Il s'occupa de sa construction avec ardeur , prit lui-même en charge les travaux et y passait la journée. Il la blanchit , l’embellit en pierres sculptées , l'élargit de tous les côtés , sauf du côté est. Il érigea , dans la mosquée , des piliers de pierre consolidés par des colonnes en fer et en plomb. Il la recouvrit d'un toit en teck
107 et construisit un mihrab108. Cependant on dit que c'est Marwan qui , le premier , construisit un dans la mosquée , ou encore Omar ibn abd al Aziz , sous le califat d'al Walid.

Une description médiévale.
(ibn Jubayr , Relations de voyage).109

La mosquée du prophète (...).

La mosquée bénie est de forme rectangulaire , elle est entourée sur les quatre côtés de galeries qui lui font enceinte. L'intérieur est entièrement occupé ar une cour recouverte de sable et de gravier. La face sud a cinq galeries110 qui s'étirent d'est en ouest , la face nord a aussi cinq galeries du même genre , la face est en a trois et la face ouest quatre.
La rawda
111 sainte est à l'extrémité sud-est. Elle occupe deux galeries du côté de la cour , en profondeur , et un peu plus de quatre empans de la troisième. Elle a cinq angles et cinq faces. Sa forme est si merveilleuse qu'on ne pourrait la dessiner , ni la représenter. Les quatre faces accessibles sont écartées de la qibla d'une façon parfaite ce qui ne permettrait à quiconque de les prendre pour qibla , car il s'en éloignerait. (...)
La rawda occupe aussi , vers l'est , la profondeur de deux galeries à l’ intérieur desquelles elle s'ordonne en six nefs. La largeur de la face sud est de vingt-quatre empans
112 et celle de la face est trente. Entre l'angle est et l'angle nord , la face mesure trente-cinq empans , entre l'angle nord et l'angle ouest trente-neuf et entre l'angle ouest et l'angle sud vingt-quatre. Sur cette dernière face , on voit un coffre en ébène marqueté en bois de santal et recouvert de plaques d'argent en forme d'étoiles. Ce coffre est placé en face de la tête du prophète. Il a cinq empans de long , trois de large et quatre de haut. Sur la face entre l'angle nord et l'angle ouest , il y a un endroit recouvert d'un voile flottant qu'on dit être celui où est descendu Gabriel. L'ensemble des côtés de la Rawda vénérée a deux cent soixante-douze empans. Ils sont recouverts de marbre joliment taillé et d'excellente qualité. Ce revêtement arrive à un tiers ou un peu moins de la hauteur , le deuxième tiers du mur vénéré étant recouvert sur une hauteur d'un demi-empan d'un enduit de musc et de parfum qui a noirci , s'est écaillé et a épaissi au long des jours et des ans. Au-dessus , on voit des grilles en bois qui vont jusqu'au plafond car le haut de la rawda bénie touche le plafond de la mosquée. Les tentures arrivent à la hauteur du revêtement en marbre ; elles sont couleur bleu azur avec des dessins blancs octogonaux et carrés à intérieur desquels on voit des cercles et des ints blancs qui en font le tour. C'est un ensemble beau à voir de forme merveilleuse. Dans la partie supérieure court un rideau tirant sur le blanc.
Sur la face sud , devant le noble visage du prophète on voit un clou en argent devant lequel les fidèles se tiennent pour saluer Muhammad
113. Au pied du prophète est la tête d'Abu Bakr as Siddiq tandis que celle de Omar al Faruq touche aux épaules d'Abu Bakr as Siddiq114 . Le musulman se tient le dos urné à la qibla , face au noble visage et salue. Puis il se dirige , à droite , vers le visage d'Abu Bakr , puis vers celui Omar.
Vis-à-vis de cette face vénérée brulent près de vingt lampes d'argent suspendues dont deux sont en or. Au nord de la rawda sainte , on voit un petit bassin en marbre portant à sa qibla le dessin d'un mihrab On dit que c'était la chambre de Fatima encore son tombeau. Mais Allah seul sait la vérité.
À droite de la vénérable Rawda et à quarante-deux pas , dresse la noble chaire
115 ; elle se trouve dans le bassin. qui a vingt quatre pas de long , six de large et un empan de profondeur ; il est entièrement en marbre. Entre ce bassin et la petite rawda qui se trouve entre le noble tombeau et la chaire et qui est selon la Tradition un des parterres du Paradis , il y a huit pas. Les èles se bousculent dans cette rawda pour célébrer la prière et c'est avec raison. En face du côté de la qibla , se dresse un pilier qu'on dit recouvrir les restes du tronc de palmier qui gémissait vers le prophète et dont un morceau est apparent dans le pilier. Les fidèles le baisent et s'empressent de rer la bénédiction en le touchant et en s'y frottant les joues. Ce coffre se trouve sur le bord de la Rawda , au sud.
La noble chaire a environ une taille d'homme ou davantage de hauteur , cinq empans de largeur et cinq pas de longueur. Elle comporte huit marches. Sa porte est fermée: c’est une grille en bois qu'on ouvre le vendredi ; elle mesure quatre empans et demi. Le minbar est recouvert de bois d'ébène. Le haut de la chaire où le prophète s'asseyait , est visible. On l' recouvert d'une planche d'ébène mobile ; elle est là pour empêcher les fidèles de s'asseoir dans la chaire. Ils gliss donpc la main sous la planche , puis s'en frottent le corps pour s'attirer la bénédiction d'avoir touché ce siège béni.
Au sommet du pied droit du minbar , là où le prédicateur pose la main quand il prêche , on voit un anneau d'arge creux et long qui ressemble , pour la forme , au dé que tailleur met au doigt , mais qui est plus grand et qui mobile et tourne sur lui-même. (...) La noble mosquée a cent quatre-vingt-seize pas de long et cent vingt-six de large. Elle a deux cent quatre-vingt dix piliers sur lesquels repose diretement le plafond , par l'intermédiaire d'arcs qui les prolongeraient ; ils ressemblent donc à des étais considérables. Ils sont en pierre taillées , pièce à pièce , assemblées et creusées pour s’encastrer l'une dans l'autre et jointes avec du plomb fondu pour former un énorme pilier revêtu d'un enduit de chaux qui a été poli et poncé parfaitement jusqu'à le faire ressembler du marbre blanc.
Parmi les cinq galeries dont nous avons parlé , celle qui touche la qibla est entourée d'une maqsura qui la clôt dans le sens de la largeur d'ouest en est. Le mihrab s'y trouve. L'imam116 célèbre la prière dans la petite rawda a côté du coffre. Entre la maqsura , la rawda et le saint tombeau on voit un grand lutrin
117 vernis sur lequel repose un énorme exemplaire du Coran enserré dans une couverture avec fermoir. C'est un des quatre exemplaires qu'a envoy Uthman ibn Affan dans le royaume. En face de la maqsura , du côté de l'est , on voit deux grandes armoires: elles renferment des livres et des exemplaires coraniques , legs pieux constitués au bénéfice de la mosquée bénie.
Dans la deuxième travée , du côté de l'est également , on voit dans le sol une trappe fermée par une serrure ; elle donne sur un souterrain auquel on accède par des degrés et qui aboutit à l'extérieur de la mosquée à la maison d'Abu Bakr as Siddiq. C'était un chemin que Aïsha prenait. En face , se trouvaient la maison de Omar ibn al Khattab et celle de son fils Abd Allah. Cette ouverture est sûrement al khawkha qui conduisait à la maison d'Abu Bakr et le prophète a ordonné de conserver tout particulièrement.
En face de la sainte rawda , il y a aussi un grand coffre dans lequel sont serrés les cierges et les candélabres qu'on me devant la Rawda chaque nuit. A l'est on voit une pièce faite en bois , qui est l'endroit où un gardien de la mosquée bénie passe la nuit. Ces gardiens sont des eunuques abyssins et slaves dont l'allure est élégante , les vêtements et la tenue soignés. Le muezzin qui est appointé la mosquée est un descendant de Bilal
118.
Au nord de la cour , se dresse une grande qubba
119 récente neuve du nom de Qubba az-Zayt120: elle est isée comme resserre pour tout le matériel nécessaire à la mosquée bénie. En face de cette qubba , dans la cour , poussent quinze palmiers. Dans la partie supérieure du mirhab qui se trouve dans le mur de la qibla , a l'intérieur la maqsura121 on voit une pierre jaune carrée d'un empan côté qui brille et luit et qu'on dit être le miroir de Khosroès122. Au-dessus , à l'intérieur du mihrab , on voit un clou enfoncé dans le mur auquel est pendue une espèce de petit pot fait d'on ne sait quelle matière. On prétend que c'est aussi le gobelet de Khosroès.
La moitié inférieure du mur de la qibla est revêtue de marbre lambrissé de couleurs et d'agencement différent formant une splendide marqueterie. La moitié supérieure entièrement recouverte de petits cubes dorés appelés ayfisa
123 que les artistes ont réalisés merveilleusement et qui reproduisent des arbres d'espèces différentes dont les branches ploient sous les fruits. l'oute la mosquée ainsi décorée , toutefois la décoration du mur de la qibla plus riche ainsi que celle du mur donnant sur la cour du côté de la qibla et du côté du nord ; les murs ouest et egt urnés vers la cour sont nus et blancs , ornés de décors en stalactites , décorés d'un bandeau peint de couleurs variées. Mais il serait trop long de décrire et de parler de la splendeur de cette mosquée bénie qui renferme le tombeau pur saint dont l’emplacement est plus noble et l'endroit plus vénéré que toute la décoration de la mosquée. Le sanctuaire béni a dix-neuf portes toutes fermées sauf quatre: à l'ouest Bab124 ar Rahma125 et Bab al Khashiya126 et à l'est Bab Jibril127 et Bab ar Rakba128. La porte Jibril129 fait face à la maison de Uthman130 où il mourut en martyr. (...) En face de la rawda vénérable , on voit une grille en fer ouverte sur le tombeau du prophète d'où s'exhalent souffles et parfums. Au sud , il n'y a qu une petite porte fermée , au nord quatre , à l'ouest cinq et à l'est cinq , toutes fermées. Avec les quatre qui restent ouvertes , cela fait donc dix-neuf portes.
La mosquée bénie a trois minarets: l'un à l'angle attenant à la qibla , et deux petits en forme de tours , dans les deux angles nord. Le premier seulement a la forme d'un minaret
131.


§ 242- Mauvais départ.

Les débuts sont donc difficiles: Muhammad doit assurer la survie de la communauté , en se conciliant les autochtones , et en organisant l’hébergement , l’approvisionement et les occupations de ses fidèles qui supportent mal un climat trop humide. Les allusions aux maladies des émigrés sont un écho de cette situation précaire , où la communauté aurait pu disparaître.

1-Les maladies.
Les cas ne sont pas décrits , mais on pense bien sûr à la malaria , qui accueille les immigrants132.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 413-5).
Quand l’apôtre d'Allah est venu à Médine , c’était l’endroit du monde le plus infesté de maladies , et les compagnons de l’apôtre d'Allah en ont beaucoup souffert , et Allah a préservé l’apôtre d'Allah. Amir ibn Fuhayra et Bilal , affranchis d’Abu Bakr , étaient avec lui dans une maison quand la fièvre les a atteint , et je suis venue133 les visiter , parce que le voile n’avait pas été ordonné à notre encontre134 . Seul Allah sait comme ils ont souffert de la fièvre.
(...)
Quand l’apôtre d'Allah est venu à Médine avec ses compagnons , la fièvre de Médine les frappa très fort et ils en furent très malades , à tel point qu’ils ne pouvaient prier en position assise (mais Allah en a préservé l’apôtre d'Allah)135.
L’apôtre d'Allah est sorti vers eux quand ils priaient ainsi , et il leur dit:
-Savez vous que la prière assise est inférieure de moitié en valeur à celle faite debout?
Alors les musulmans ont péniblement essayé de se remettre sur leurs pieds , en dépit de leur faiblesse et de leur maladie , à la recherche de la bénédiction.
Ensuite , l’apôtre d'Allah prépara la guerre en réponse à l’ordre d’Allah de combattre les ennemis et de combattre les polythéistes qui étaient alliés avec ceux qu’Allah ordonnait de combattre. C’était treize ans après son appel.

(Malik , Muwatta 45/4 , 14).136

Quand l’apôtre d'Allah est arrivé à Médine , Abu Bakr et Bilal ont été atteints par une fièvre. Je137 les ai visités et j’ai dit:
-Père , que se passe t-il? Bilal , que se passe t-il?
(...)
Quand la fièvre d’Abu Bakr s’est aggravée , il138 a déclaré:
-Chaque homme est frappé parmi les siens le matin , la mort est plus proche que le lacet d’une sandale.
(...)
Il dit:
-Ô Allah! Fais nous aimer Médine autant que la Mecque , ou même plus.

(Bukhari , Sahih 75/8).

Aïsha a dit: Quand l’envoyé d'Allah arriva à Médine , Abu Bakr et Bilal furent pris de la fièvre. J'entrai chez eux et je dis:
-Mon cher père , comment te trouves-tu ? Ô Bilal , comment te trouves-tu ?
Lorsque Abu Bakr avait un accès de fièvre , il récitait ce vers:
Pour tout homme , au moment où on lui dit bonjour au milieu des siens ,
la mort est plus proche que les cordons de sa chaussure.


Quand son accès de fièvre cessait Bilal disait ces vers:
Ah! plut à Allah que je pusse passer une nuit dans une vallée au milieu d'idzkhir139 et de
jaltl140.
Ou encore que je pusse boire de l'eau de Mijanna141 ou bien apercevoir Chama et Tafil142.


Aïsha a dit:
J'allai trouver l'envoyé d'Allah et l'informai de cela.
-Ô envoyé d'Allah , s'écria-t-il , fais-nous aimer Médine comme nous aimons la Mecque ou plus encore. Ô envoyé d'Allah , fais que ce pays soit sain , que son modd et son sa143 soient bénis pour nous ; emporte la fièvre de Médine et mets-la à Jobfa144.

(Bukhari , Sahih 29-12).
Aïsha a dit : "Lorsque l'envoyé d'Allah se rendit à Médine, Abu Bakr et Bilâl eurent la fièvre. Chaque fois que Abu Bakr avait un accès de fièvre, il disait :
-Tout homme à qui sa famille souhaite le bonjour à la mort plus près de lui que les cordons de ses sandales.

 Quant à Bilâl, aussitôt que son accès de fièvre était terminé, il élevait sa voix dolente et disait :
-Hélas ! plût au Ciel que je fusse sûr de passer encore une nuit dans quelque vallée, entouré de souchet et de chiendent, ou de boire encore les eaux de Madjanna, ou de voir encore les montagnes de Shâma et de Tafîl.

"Ô Allah, ajoutait-il, maudis Shayba ibn Rabîa, 'Atba ibn Rabîa et Omayya ibn Khalaf145 qui m'ont fait sortir de mon pays pour venir au pays de la pestilence."

"L'envoyé de Allah dit ensuite : "Ô mon Allah, fais que nous ayons pour Médine l'affection que nous avons pour la Mecque ou une affection plus vivre encore. Ô mon Allah, bénis pour nous dans cette ville nos et nos modd146 (c'est à dire : "donne-nous l'abondance.) Fais que cette ville soit saine pour nous et transporte ses fièvres à El Johfa."

"Quand nous arrivâmes à Médine, ajoute Aïsha, cette ville était une de plus malsaines de la terre de Allah. Le torrent de Bothân roulait des eaux fétides."

D'après Aslam, 'Omar a dit : "Ô Allah, fais-moi la faveur d'être martyr dans ta voie et fais que je meure dans la ville de ton envoyé."


(Bukhari , Sahih 52/30)
...Umm al Ala , une des femmes des ansar qui avait prêté serment de fidélité au prophète , lui a raconté ceci147 :
-Lorsque les ansar tirèrent aus sort pour loger les muhajir , le sort nous attribua Othman ibn Mazun. Ce muhajir , continua Umm al Ala , après être resté chez nous un certain temps , tomba malade ; nous le soignâmes jusqu’au jour où il mourut et nous l’ensevelîmes dans ses vêtements.


2-Heureux événements.
Cette naissance est mise en valeur: c’est le premier né dans la communauté des musulmans , l’Umma , récemment constituée. Les enfants sont très rarement mentionnés dans les textes musulmans.

(Bukhari , Sahih 58/249).148
Le premier enfant qui est né en terre musulmane parmi les émigrants149 a été Abdullah ibn Az Zubayr150.
Ils l'apportèrent au prophète. Le prophète prit une datte et après l'avoir mâchée , il mit le jus dans sa bouche151 . Donc , la première chose qui vint dans le ventre de l'enfant fut la salive du prophète. 

(Bukhari , Sahih 71/1 , 3).
Urwa rapporte que Asma bint Abu Bakr devint enceinte de Abdallah ibn Zubayr à La Mecque.
-Je quittai La Mecque , dit-elle , au moment de la fin de ma grossesse et me rendis à Médine. Arrivée à Qoba152 , j'accouchai en cet endroit ; j'apportai l'enfant à l'envoyé d'Allah qui le prit sur ses genoux. Puis il demanda une datte , la macha et cracha dans la bouche de l'enfant. La première chose qui pénétra dans son ventre fut donc la salive de l'envoyé d'Allah. Ensuite le prophète lui frotta l'intérieur de la gorge avec la datte , puis il fit une invocation et bénit l'enfant153 . Ce fut le premier enfant né parmi les musulmans. On éprouva une joie excessive de cette naissance , parce que l'on avait dit que les Juifs avaient ensorcelé les musulmans en sorte qu’ils n’auraient plus d’enfants.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 114-5)
Quand Zubayr arriva à Médine , sa femme Asma était enceinte , et Abdallah ibn Zubayr , naquit à Médine. Les Juifs de Khaybar prétendaient avoir jeté un sort sur tous les partisans de la religion de Muhammad , tant sur ceux qui étaient venus de la Mecque que sur ceux de Médine154. Il ne leur naitra pas d'enfants , avaient-ils dit , ni mâles , ni femelles ; et ils avaient fait dire aux habitants de la Mecque:
-Soyez contents , nous avons enrayé la descendance de Muhammad et de ses adhérents: quand il mourra , sa race sera éteinte. Les Mecquois en furent très heureux , tandis que les compagnons du prophète , étant informés de cela , furent affligés. Muhammad leur dit:
-Ne vous affligez pas , car Allah m'a donné la promesse que ma religion durera jusqu'au jour de la résurrection ; vous aurez des enfants et des descendants.
Or , cette même année , naquit , parmi les réfugiés , Abdallah ibn Zubayr , ce que les musulmans firent valoir très haut ; car les paroles de Muhammad furent justifiées parmi eux , tandis que les Juifs reçurent un démenti.

3-L’aide aux muhajirun.
Les centaines de personnes arrivées souffeent dans une oasis déjà peuplée. En attendant la mise en place des expéditions de pillage , elle est en position de parasite. Muhammad exhorte donc les ansar à les aider financièrement. Des allusions sont perceptibles dans le Coran.

(Mahomet , Coran 2/273-5).155
Si vous donnez ouvertement vos aumônes , combien elles sont bonnes!
Mais si vous les cachez en les donnant aux besogneux , c'est mieux pour vous et efface pour vous une partie de vos mauvaises actions.
Allah , de ce que vous faites , est bien informé.
Diriger ces infidèles ne t'incombe pas , prophète!
Mais Allah dirige qui il veut.
Ce que vous dépensez en bonnes œuvres est pour vous-mêmes , et vous ne dépensez que pour rechercher la face d'Allah.
Ce que vous dépensez en bonnes œuvres vous sera exactement rendu et vous ne serez point lésés.
Aux besogneux156 qui ont été réduits à la misère par leur œuvre dans le chemin d'Allah157 , qui ne peuvent se déplacer sur la terre , que le Sans-Loi juge riches à cause de leur abstinence , que tu reconnais à leur aspect , qui ne demandent point l'aumône aux gens , avec importunité , à ces besogneux revient ce que vous dépensez en bonnes œuvres , car Allah les connait bien.
Ceux qui , en aumône , dépensent leurs biens , la nuit et le jour , en secret et en public , auront leur rétribution auprès de leur seigneur.
Nulle crainte sur eux , et ils ne seront point attristés.

Le soutien financier d’Abd al Rahman ibn Awf.
Selon l’exégèse , c’est ce personnage qui est mentioné dans cet extrait du Coran.

(Mahomet , Coran 9/80).

Ce sont là ceux qui critiquent et les croyants faisant de bon gré des aumônes et ceux qui , se trouvant seulement leur nécessaire , font de maigres dons.
Ils se moquent d’eux , mais Allah se moquera d’eux dans l’au-delà , et ils auront un tourment cruel.

Menaces contre les avares.
(Mahomet , Coran 3/175-6).

Que ceux qui sont avares de la faveur qu’Allah leur a accordée ne considèrent pas cela comme un bien pour eux.
C’est au contraire un mal.
Au jour de la résurrection , ils recevront , autour du cou , ce dont ils auront été avares.
A Allah l’héritage des cieux et de la terre.
Allah , de ce que vous faites , est bien informé.

(Hanbal , Musnad 5/451).158

Quand l’apôtre d’Allah a émigré à Médine , je suis venu le voir , comme tout le monde. Il était assis parmi un groupe de gens quand je suis arrivé , et il disait:
-Je jure par Allah que quelqu’un avec un tel visage ne peut pas mentir.
Sans délais , je me suis déclaré de sa croyance.


§ 243-Les musulmans au travail?

Les mentions d’activités économiques auxquelles se consacrent les musulmans de Médine sont très rares , hormis bien sur les expéditions de pillage. Voici une de ces rares allusions159 , parmi d’autres qui insistent plutôt sur la domination des Juifs dans ces domaines. Fondamentalement , l’islam primitif reste très méprisant envers les activités agricoles , qui sont laissés aux inférieurs160.

(Bukhari , Sahih 34/1 , 1).161
Sayd ibn El Nosayyib et Abu Salama ibn Abderrahman racontent que Abu Hurayra a tenu le discours suivant: Vous dites:
-Abu Hurayra fournit un grand nombre de traditions relatives à l’envoyé d'Allah , et vous ajoutez: pourquoi les muhajirun et les ansar ne rapportent-ils point sur l'envoyé d'Allah autant de traditions que Abu Hurayra?
- C'est que mes frères , les muhajirun , s'occupaient de trafiquer sur les marchés , tandis que moi je restais toujours auprès de l'envoyé d'Allah , me contentant d'avoir de quoi apaiser ma faim. J'étais donc là alors qu'ils étaient absents et je meublais ma mémoire tandis que la leur restait vide. Quant à nos frères , les ansar , ils donnaient tous leurs soins aux travaux des champs pendant que moi , je demeurais pauvre au milieu des autres pauvres de la Soffa162 et j'emmagasinais des traditions au moment où eux ne pouvaient en faire autant.

(Bukhari , Sahih 42/6).
...un homme des ansar plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra163 qui servaient à l'irrigation des palmiers , l'ansar ayant demandé que Zubayr laissât l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires , l'envoyé d'Allah s'adressa à Zubayr en ces termes:
-Arrose tes arbres , ô Zubayr , mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors , plein de colère , l'ansar s'écria :
-On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
-A ces mots le visage de l’envoyé d'Allah changea de couleur:
-Arrose tes arbres , ô Zubayr , reprit-il , puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
-Par Allah! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non , j'en jure par ton seigneur , non , ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 164 .

(Bukhari , Sahih 78/74).

Jabir ibn Abdallah a dit que Moaz ibn Jabal priait avec le prophète , puis allait trouver ses gens et faisait de nouveau laprière avec eux. Il avait commencé la lecture de la Vache165 et comme cela durait longtemps , un homme pressé fit une prière très courte. Moaz , ayant appris cela , dit que cet homme était un munafiq166. L'homme , ayant appris la chose , alla trouver le prophète et lui dit:
-Ô envoyé d'Allah , nous sommes des gens qui travaillons de nos mains , et qui arrosons nos terres à l’aide de nos chameaux , or Moaz hier a fait la prière avec nous et a entamé la lecture de la Vache. Aussi ai-je rapidement fait ma prière ; or , aujourd’hui il prétend que je suis un munafiq.
-Ô Moaz , dit le prophète -à trois reprises différentes167 - , veux-tu donc provoquer des complications , récite donc:
J'en jure par le soleil et sa clarté 168 , ou: Proclame le nom élevé de ton seigneur 169 ,
ou des sourates analogues170.


§ 244-La législation économique, miroir de la vie quotidienne.

Les hadiths contiennent un grand nombre de prescriptions extrêmmement précises et matérielles, ayant trait à des affaires de la vie quotidienne et locale , très locale , à Médine . Les textes fleurent bon le terroir et la datte fraiche , les négociations de maquignons , les affaires d'irrigation , des querelles de minarets. Il n'est presque pas nécessaire d'ajouter , avec certitude , qu'aucune de ces règles ne provient de Muhammad lui-même: cette législation à la petite semaine s'est constituée peu à peu , au gré de la fantaisie , des hasards de la mémoire , des audaces de la mauvaise foi , pendant plusieurs siècles.

(Muslim , Sahih 22).

2896.

Contrat d'arrosage et plantation de la terre contre une partie du produit.
..."L'envoyé d'Allah exigea des gens de Khaybar la moitié des produits du sol : fruits ou grains".

2904.
Mérite de la plantation et de la semence.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Chaque fois qu'un musulman plante un arbre ou sème une semence, il aura à son actif comme aumône tout ce qui aura été mangé du produit de cette plante par un oiseau, un homme ou un quadrupède".

2906.
Remise d'une redevance à la suite d'un fléau.
... l'envoyé d'Allah a interdit la vente des dattes tant qu'ils ne sont pas encore mûres. Et, comme on demanda à Anas :
-"Comment elles deviennent mûres?".
Il répondit :
-"Quand elles deviennent rouges ou jaunes".
Puis, il ajouta :
-"Ne vois-tu pas que si Allah empêche le fruit (de mûrir), comment l'un de vous prendra-t-il injustement le bien d'autrui".

2911.
Recommandation de faire une remise d'une dette.
L'envoyé d'Allah entendit près de la porte le bruit d'une contestation entre deux hommes qui élevaient la voix. L'un d'eux demanda qu'on réduisît sa dette ou qu'on lui accordât des facilités de payement; alors que l'autre dit :
-"Non, par Allah! Je n'en ferai rien".
L'envoyé d'Allah sortit et, se dirigeant vers eux, dit :
-"Où est celui qui jure par Allah qu'il ne fera pas une bonne action?".
-"Moi, ô envoyé d'Allah", répondit l'un d'eux et il ajouta : "Je lui accorde celle des deux options (réduction de la dette ou facilités de paiement) qu'il préfère".

2912.
Ka'b ibn Mâlik rapporte qu'il demandait le règlement d'une dette qu'il avait sur ibn 'Abu Hadrad. La scène se passait dans la mosquée du temps de l'envoyé d'Allah . Comme tous deux élevèrent la voix, l'envoyé d'Allah , qui était dans sa chambre, les entendit; et vint les trouver. Soulevant le rideau de sa chambre, il interpella Ka'b ibn Mâlik.
- "Hé! Ka'b", s'écria-t-il.
- "Me voici, ô envoyé d'Allah", répondit Ka'b.
Le prophète lui fit de la main signe de réduire la dette à sa moitié.
-"C'est fait, ô envoyé d'Allah", dit Ka'b.
- "Maintenant, dit l'envoyé d'Allah au débiteur, lève-toi et paye-lui".

2913.
Le vendeur trouvant sa marchandise chez l'acheteur qui fait faillite, a le droit de la récupérer.
J'ai entendu l'envoyé d'Allah dire :
-"Celui qui trouve un bien intact qui lui appartenait chez un homme en déconfiture, a plus de droit de le récupérer que tout autre".

2917.
Mérite de celui qui accorde un délai à un autre qui se trouvait en gêne.
...l'envoyé d'Allah a dit : Ayant recueilli l'âme d'un homme qui vivait avant vous, les anges lui demandèrent :
-"As-tu fait un bien quelconque?"
Il leur répondit :
-"Non".
Ils répliquèrent :
-"Souviens-toi".
Il leur dit :
-"Je faisais des prêts aux gens et alors, je demandais à mes commis d'accorder un délai à l'homme gêné et de faire remise à l'homme aisé".
Allah à Lui la puissance et la gloire dit aux anges :
-"Faites-lui une remise (de ses péchés)".

2921.
... L'envoyé d'Allah a dit :
-"On (c'est Allah qu'il faut entendre par ce pronom indéfini) demanda son compte à un homme qui vivait avant vous. On trouva qu'il n'avait fait aucun bien, sauf qu'il faisait du commerce et qu'il était riche, alors il ordonnait à ses commis de faire des réductions à ceux qui étaient dans la gêne". Allah, à lui la puissance et la gloire, dit :
- "C'est nous qui avons plus de droit d'agir de la sorte, accordez à cet homme le pardon de ses fautes!"

2922.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Il y avait un homme qui prêtait les gens et qui disait à son commis :
"Quand tu trouves un homme insolvable, fais-lui grâce (de sa dette), afin que Allah nous fasse grâce".
Cet homme ayant rencontré Allah, celui-ci lui fait grâce.

2924.
Interdiction du retardement de s'acquitter d'une dette, la validité du mandat et son acceptation.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"L'homme solvable qui tarde à s'acquitter commet une iniquité et si un homme riche parmi vous reçoit une délégation de créance sur un homme insolvable, il doit l'accepter".

2927.
Interdiction de la vente et de la retenue d'un superflu d'eau dans un désert pour différents buts et interdiction de vendre la saillie d'un étalon.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"On ne doit pas refuser le superflu de l'eau, pour ne pas empêcher le pâturage de pousser".

2930.
Interdiction de se servir du prix du chien, du salaire du devin et du gain de la prostituée. Interdiction de vendre le chat.
... , l'envoyé d'Allah a interdit de prélever un prix pour un chien, une rétribution pour la fornication et un salaire pour la divination.

2934.
Ordre de tuer les chiens puis son abrogation, interdiction d'élever des chiens à moins qu'ils ne soient pour garder la plantation et les troupeaux ou pour la chasse
... l'envoyé d'Allah ordonna de tuer les chiens.

2940.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Quiconque se sert d'un chien, à moins que ce ne soit un chien de berger ou un chien de chasse, diminue son contingent de bonnes œuvres chaque jour de deux qîrât"171 .

2947.
... , l'envoyé d'Allah a dit : "Quiconque détient un chien, à moins qu'il ne soit un chien de chasse, de troupeau ou de champ, se verra retrancher chaque jour deux qîrât de (la récompense de) ses œuvres".

2951.
D'après Sufyân ibn Abu Zuhayr , j'ai entendu l'envoyé d'Allah dire :
-"Quiconque possède un chien dans un autre but que la garde de ses champs ou de ses troupeaux, verra la récompense de ses œuvres diminuée journellement d'un qîrât".

2952.
Gain licite de celui qui fait les saignées.
Anas ibn Mâlik, interrogé au sujet du salaire des ventouses, répondit :
-"L'envoyé d'Allah se fit mettre des ventouses par Abu Tayba et lui donna (pour salaire) deux de nourriture, ordonna à ses maîtres de diminuer la redevance qu'ils exigeaient de lui et dit :
-"Le remède le plus approprié, c'est l'application des ventouses, ou c'est votre meilleur remède".

2958.
Interdiction de la vente du vin.
'Aïsha a dit : Quand les derniers versets de la sourate Al Baqara furent révélés, l'envoyé d'Allah sortit de son appartement et les récita aux fidèles. Ensuite, il prohiba le commerce du vin.172

2961.
ayant appris que Samura avait vendu du vin, (il)173 s'écria : "Qu’ Allah maudisse Samura! Ne sait-il donc pas que l'envoyé d'Allah a dit :
-Que Allah maudisse les juifs! Bien qu'on leur ait interdit l'usage des graisses (des animaux crevés) et ils les ont fait fondre et les ont vendues".

2962.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Que Allah maudisse les juifs! Bien que Allah leur ait interdit l'usage des graisses (des animaux crevés), ils les ont vendues et en ont mangé le prix".

2964.
L'intérêt usuraire.
... , l'envoyé d'Allah a dit : "Ne vendez l'or contre l'or qu'égalité à égalité et que l'un de vous n'en donne pas plus que l'autre. Ne vendez l'argent contre l'argent qu'égalité à égalité et que l'un de vous n'en donne pas plus que l'autre. Ne vendez aucun de ces (métaux précieux) non présents contre un objet présent".

2968.
Change et vente de l'or contre l'argent.174
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"Echanger l'argent contre l'or, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger du froment contre du froment, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger de l'orge contre l'orge, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger des dattes contre des dattes, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément".

2975.
Interdiction de la vente de l'argent contre l'or à terme.
... L'un de mes associés avait vendu des dirhams en argent livrables à terme - ou au Hajj (temps de la livraison). Il vint me raconter cette affaire.
- "Une telle transaction est défendue", m'écriai-je.
- "J'ai fait cette vente au marché et personne n'y a trouvé à redire", répondit mon associé. Alors j'allai trouver al Barâ ibn Azib pour le questionner à ce sujet.
- "Quand le prophète vint à Médine, répondit celui-ci, nous pratiquions ce mode de vente. Mais le prophète dit :
-Si le paiement est fait sur place, il n'y aura aucun inconvénient, mais si le paiement est différé à terme, ce sera de l'usure. Va trouver Zayd ibn Arqam et questionne-le là-dessus, car il est un grand négociant".
J'allai alors interroger Zayd ibn Arqam qui me donna la même réponse.

2977.
Abu Bakra a dit : l'envoyé d'Allah a interdit la vente de l'argent contre l'argent et de l'or contre l'or à moins qu'il ne soit égalité à égalité. Il nous a ordonnés d'acheter l'argent contre l'or comme bon nous semble et d'acheter l'or contre l'argent comme bon nous semble. Un homme lui demanda (au sujet du mode du paiement).
-"De main en main", lui répondit-il. C'est ce que j'ai entendu (de l'envoyé d'Allah)".


2983.
Vente de la nourriture égalité à égalité.
... l'envoyé d'Allah installa un agent des Banû 'Adî Al-Ansâri, à Khaybar. Cet agent ayant venu avec des dattes d'une bonne espèce dite janîb, l'envoyé d'Allah lui demanda si toutes les dattes de Khaybar étaient de cette qualité.
- "Non, par Allah, ô envoyé d'Allah, répondit l'agent; en échange d'un sâ de ces dattes, nous vendons deux d'une mauvaise qualité dite jam".
- "Ne fais plus cela, répondit l'envoyé d'Allah , mais égalité à égalité, ou plutôt vends ces dattes (de qualité médiocre) contre de l'argent, puis de cet argent achète de dattes (de bonne qualité). C'est ainsi qu'on pèse".

2985.
... Bilâl ayant apporté au prophète des dattes (de bonne qualité) dites barnî, l'envoyé d'Allah lui demanda d'où provenaient ces dattes.
- "J'avais, répondit Bilâl, des dattes de mauvaise qualité et j'en ai vendu deux sâ' contre un sa' de barnî pour servir le prophète ".
L'envoyé d'Allah s'écria alors :
-"Hélas! Mais c'est de l'usure pure! N'agis plus ainsi et, si tu veux acheter des dattes barnî, vends les dattes de qualité médiocre contre de l'argent et achète ensuite des dattes de qualité supérieure".

2988.
Abu Nadra a dit : J'ai interrogé ibn 'Abbâs sur le troc de l'or contre l'or, de l'or contre l'argent ou de l'argent contre l'or. Il m'a dit :
-"L'échange serait-il de main à main?".
Quand j'ai répondu par l'affirmative, il a dit :
-"Il n'y a pas de mal à le faire".
J'ai informé alors Abu Sa'îd, en disant :
-"J'ai interrogé ibn 'Abbâs sur le troc de l'or contre l'or, de l'or contre l'argent ou de l'argent contre l'or. Il m'a dit :
-"L'échange serait-il de main à main?".
Quand j'ai répondu affirmativement, il a dit :
-"Il n'y a pas de mal à le faire".
Abu Sa'îd a dit :
-"Est-ce qu'il a dit cela vraiment?! Je lui écrirai à propos de cela : il ne doit pas vous faire des fatwas.
Par Allah, un jour quelques jeunes gens ont apporté des dattes à l'envoyé d'Allah . L'ayant méconnu, le prophète a dit :
-Il semble que ces dattes ne sont pas le produit de notre terre.
L'un d'eux a dit :
-La datte de notre terre, ou notre datte cette année était mauvaise, j'ai alors pris cela (la datte de bonne qualité) contre une grande quantité de la nôtre'.
Le prophète s'écria donc :
-'C'est de l'usure. N'agis jamais de la sorte. Au cas où tu aurais des doutes sur la qualité de tes dattes, vends-les, puis achète les dattes bonnes que te semblent'.

2990.
... "Dinar contre dinar et dirham contre dirham , égalité à égalité, celui qui donne davantage ou demande davantage est, en effet, un usurier".
Je lui fis observer qu'ibn 'Abbâs ne s'était pas exprimé ainsi.
-"Alors, dit Abu Sa'îd, je rencontrai ibn 'Abbâs et lui demandai s'il avait entendu cette prescription de la bouche de l'envoyé d'Allah ou s'il l'avait trouvée dans le livre de Allah, à Lui la puissance et la gloire".
-"Je n'ai pas entendu cela de la bouche de l'envoyé d'Allah et je ne l'ai pas trouvé dans le livre de Allah, répondit-il, mais, c'est Usâma ibn Zayd qui m'a informé que le prophète avait dit : Il n'y a usure à moins qu'il n'y ait terme".

2991.
... le prophète a dit : "Il n'y a usure à moins qu'il n'y ait terme".

2996.
Le fait de prendre ce qui est licite et d'éviter les choses douteuses.
... il a entendu l'envoyé d'Allah dire (et An-Nu'mân mit ses doigts sur ses oreilles) :
-"Certes ce qui est licite est évident ainsi que ce qui est illicite. Mais entre ces deux catégories, il y a des choses sur lesquelles on peut avoir des doutes et que peu de gens les connaissent. Celui qui se garde des choses douteuses, préserve sa religion et son honneur. Celui qui y tombe, commet ainsi un acte illicite, comme un pâtre qui mène son troupeau paître autour d'un enclos risquant d'y pénétrer. N'est-ce pas chaque souverain a un domaine réservé! Or l'enclos de Allah sont ses interdictions. En vérité, il y a dans le corps humain un organe, s'il est sain, le corps tout entier sera sain, mais s'il est corrompu, tout le corps le sera entièrement. Eh bien il s'agit du cœur".

3003.
Emprunter quelque chose puis s'acquitter de sa dette de la meilleure façon.
"Le meilleur de vous est celui qui s'acquitte le mieux ses dettes".
... Un homme étant venu réclamer rudement le règlement de sa créance à l'envoyé d'Allah . Sur ce, les compagnons du prophète voulurent le châtier. Et le prophète de dire :
-"Le créancier a le droit de réclamer son dû. Qu'on lui achète un chameau (d'un certain âge) et qu'on le lui donne".
-"Mais on n'en trouva qu'un meilleur chameau d'un âge plus avancé".
-"Eh bien! qu'on le lui donne!, s'écria le prophète, les meilleurs d'entre vous sont ceux qui s'acquittent le mieux de leurs dettes".

3007.
Le gage et son autorisation étant en voyage ou dans la ville.
D'après 'Aïsha, l'envoyé d'Allah , ayant acheté des grains d'un juif à terme, lui donna sa cotte de mailles en fer comme gage.

3010.
Le prêt.
ibn 'Abbâs a dit : Quand le prophète arriva à Médine, les gens prêtaient sur les fruits pour un an ou deux ans.
- "Que celui qui prête sur des dattes, dit alors le prophète, le fasse après avoir déterminer la mesure, le poids et le terme".

3014.
Interdiction de jurer dans la vente.
... J'ai entendu l'envoyé d’ Allah dire :
-"Le serment fait accroître le débit de la marchandise, mais fait disparaître la bénédiction du bénéfice".

3016.
Retrait.
... L'envoyé d'Allah a dit :
-"Celui qui a un associé à un terrain, une demeure ou une palmeraie, n'a pas le droit de vendre avant de lui proposer l'achat. Si son associé veut acheter, qu'ils concluent l'achat; et s'il refuse, le partenaire aura le droit de disposer du bien".

3019.
Plantation du bois dans le mur du voisin.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"Que l'un de vous n'empêche pas son voisin de planter une poutre dans son mur".

3020.
Interdiction de l'injustice et de la violation d'un terrain, ou d'autre chose.
... L'envoyé d'Allah a dit : "Celui qui s'approprie injustement d'un empan d'un terrain, Allah lui en fera un collier (de la pesanteur) de sept terres".

3025.
D'après 'Aïsha , L'envoyé d'Allah a dit :
-"Celui qui s'approprie injustement d'un empan de terre, on lui en fera un collier (de la pesanteur) de sept terres".

3026 .
La largeur d'une route en cas de dispute.
... le prophète a dit :
-"Lorsque vous vous disputez au sujet de la largeur d'un chemin (séparant deux propriétés différentes), faites qu'elle soit de sept coudées".
 







Chapitre 53

La prise du pouvoir



Technique du coup-d’Etat dans une oasis


En arrivant à Médine , la secte des musulmans devient une religion: c’est pour cela que l’année 622 est considérée comme le début du comput musulman. Ce n’est pas encore l’islam: c’est la Religion , la religion de Vérité , ou la religion d’Abraham.175
A la Mecque , la nouvelle croyance et son porte-parole étaient contestés. A Médine , Muhammad espère obtenir des conditions plus favorables: la société est plus diversifiée , l’autorité politique moins forte , et l’influence juive semble préparer les esprits à une forme de monothéisme.
Après son intrusion , l’idée politique essentielle de Muhammad est la fondation d’une nouvelle organisation , l’umma176 , distincte et autres et soumise exclusivement à la volonté divine , évidemment par l’intermédiaire de son prophète. Il faut donc bouleverser les règles habituelles de fonctionnement de la société. Mais comme il n’intervient pour l’instant qu’en tant que corps étranger , avec la fonction officielle d’arbitre177 , il doit établir une base ferme à patir de laquelle il pourra asseoir son pouvoir. Cette base serait une convention178 , appelée “La constitution de Médine”. C’est certainement le document le plus important de toute l’histoire musulmane. Il est néanmoins très rarement publié.


§ 245- La prise de contrôle des Banu Najjar.

Muhammad profite d’un coup du sort pour prendre le pouvoir sur une petite tribu , dont on ne sait si elle est juive ou arabe179. C’est une répétition en petit de ce qui adviendra plus tard. Il s’agit de la tribu avec laquelle son clan avait de lointains liens familiaux , remontant à son grand-père.

De l'histoire ancienne.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 88).

Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir , un des Adiyy ibn al Najjar180. Avant , elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Awf ibn Amir ibn Malik ibn Aws181 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens , elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme , elle le quittait.
Hashim , elle donna Abdul Muttalib , qu'elle appela Shayba.

(ibn Khaldun , Livre des Exemples p. 306).182

La mère du prophète , Amina bint Wahb ibn Abd Manaf ibn Zuhra , l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel 183 de son grand-père Abd al Muttalib , les Banu Adi ibn an-Najjar , à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.184

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 346).
Au cours des mois de la construction de la mosquée , Abu Umama Asad ibn Zurara est mort ; il fut pris par la diphthérie et de râclements de gorge.
... l’apôtre a dit:
-Quel malheur que la mort d’Abu Umama! Les Juifs et les Arabes munafiqun185 diront sans doute: “s’il est prophète , son compagnon ne serait pas mort” mais vraiment je n’ai pas de pouvoir d’Allah concernant mes compagnons et moi-même.
... Quand Abu Umama est mort , les Banu al Najjar sont venus voir l’apôtre , parce qu’Abu Umama était leur chef , qu’il tenait un rang élevé , que l’apôtre connaissait , et qu’il pouvait nommer quelqu’un parmi eux pour le remplacer ; à cela , l’apôtre répondit:
-Vous êtes mes oncles maternels , nous sommes de la même famille , donc je serai votre chef.
L’apôtre ne voulait pas préférer l’un ou l’autre. Alors , les Banu Najjar se sont considérés comme très honorés d’avoir l’apôtre comme leur chef.

(Bukhari , Sahih 78/47).
Abu Osayd as Saydi rapporte que le prophète a dit:
-La meilleure famille des ansar est celle des Banu Najjar.


§ 246-”La constitution de Médine”.

La plupart des historiens estiment que le document186 transmis par ibn Ishaq et ibn Hisham est authentique187 . On hésite en revanche sur la date 188 de la rédaction et sur son unité189 ; elle correspond à la première phase de l’implantation de Muhammad , quand son pouvoir n’est pas absolu , et quand les tribus juives sont censées accepter de bon gré la nouvelle doctrine. Par conséquent , le texte ne présente pas encore les marques de l’autoritarisme qui sera à l’oeuvre par la suite. Il n’est encore qu’un cadre , un point de départ. Mais déjà , on distingue les prémisses de l’expansion de cette puissance.
Dans le fond , la convention précise les rapports entre les différents éléments de la population de Médine: les muhajirun , les ansar , autochtones convertis (ou “munafiqun”) , et même païens et les tribus juives. Les rapports avec les Juifs sont définis mais assez vaguement pour qu’ils soient considérés comme à l’écart du groupe.
La société musulmane primitive - et idéale- possède une structure archaïque , constituée de communautés agrégées , aux droits inégaux , et la notion d’individu lui est totalement étrangère. Le seul indice de solidarité réside dans le paiement du prix du sang190.
Elle règle aussi les relations avec l’étranger , considéré dès ce moment comme absolument différent , ce qui est signifié dans l’article suivant (§ 1): “Ils forment une communauté unique191 distincte des autres peuples”. C’est peut-être l’origine véritable de ce document: présenter un front uni du groupe face à un monde présumé hostile ou qui va bientôt le devenir (§ 15 et 17 ,19 ,21) pour ensuite le combattre192 .
La solidarité tribale subsiste car elle reste le lien le plus viscéral , mais elle est en partie remplacée par celle ayant pour critère exclusif la religion: l’islam et l’autorité de Muhammad forme un nouveau ciment et le stade de l’arbitrage193 est largement dépassé , ne serait ce qu’en sa qualité d’initiateur