Partie X



LE COUP-D’ETAT DE
YATHRIB




Établissement d’un État prophétique









Cela , un grand homme? Je n'aperçois en lui
que le comédien de son propre idéal.
Nietzsche , Par de-là le Bien et le Mal 97.


J'ai vécu longtemps mais je n'ai jamais vu
une assemblée ou un rassemblement de gens
plus fidèles à provoquer leur soumission
(...)
un cavalier qui est venu chez eux les a divisés en deux , en disant:
"ça permis! ça interdit! et ce genre de discours.

Poème d'Abu Afak.1




§ 299. — Présentation.

A un échec religieux total répond une réussite politique exceptionnel, dont nous pouvons suivre les étapes jusque dans le Corpus coranique2 . Muhammad fuit une cité où il fait figure de révolté messianique et sectaire. Il intègre une autre, différente en tout, et les sources nous montrent son irrésistible ascension, à force de ruse, d'énergie, de férocité. Ici Muhammad acquiert une réputation remarquable de chef d'Etat.
Mais il faut comme toujours avec les sources musulmanes3 redoubler de prudence. A la première lecture, il apparaît que le séjour médinois est un triomphe constant, et une confirmation perpétuelle de son autorité. C'est oublier que le personnage et sa petite bande de disciples n'a aucun poids au départ, que son influence se construit par la guerre, interne et externe ( un usage de la violence inusité à cette époque) et que jusqu'à la fin, il sera contesté, constraint par exemple de composer avec les chefs tribaux de l'oasis.


Cette ville , au nord de la Mecque , est déjà appelée Médina (ou Médinta en araméen) , avant l’installation de Muhammad. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes4 . La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad5.
En 622 , des Arabes se convertissent , plus ou volontairement , à la doctrine nouvelle , qui est en train de se construire peu à peu , tandis que les juifs résistent vigoureusement.
Pour maintenir sa domination , leur nouveau chef établit une sorte de "constitution" qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Une fois la pacification achevée , Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids contre les tribus voisines.
Après 630 , Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore pour longtemps la capitale du nouvel empire , jusqu'à l'établissement des Ommeyades6 . Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans7 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée8 .
Il s’agit d’un nouveau type de pouvoir , une“Auto-théocratie”: c’est bien sur un néologisme qu’il faut justifier. Une théocratie est un régime politique dont la souveraineté proviendrait d’une puissance surnaturelle à travers ses relais humains: pour résumer , le gouvernement des prêtres , auto-proclamés et auto-recrutés , régime que l’humanité a souvent réussi à éviter , pour son bonheur. Mais la plupart du temps , ce régime n’est pas celui du fondateur de la religion , mais plutôt de ses disciples , ou ses héritiers lointains.
A Médine , le chef est le fondateur et “la chaîne de commandement” est la plus courte possible: le totalitarisme9 en devient manifeste: il ne tire pas sa référence du passé , mais il est sa propre référence , s'élaborant dans l'instant et par des caprices , immédiate et progressive10 , comme une tautologie , qui pourrait faire sourire s’il est ne s’était pas appliquée durant huit à une société humaine.
L’autocrate - dont le pouvoir ne se justifie que par sa propre personne , et sa force , car c’est la définition de ce type- cumule les attributs du pouvoir , dont le plus puissant est le rapport présenté comme mystique avec la puissance surnaturelle , qu’il s’efforce de démontrer à tout moment. Le résultat de ses efforts est un livre nommé “Coran” , lequel , rappelons-le , n’est pas encore rédigé et collecté à cet époque , contrairement aux apparences.

Le but de ce chapitre est de présenter de très nombreux documents concernant l’organisation et la vie à l’intérieur du nouvel Etat , fondé par un homme politique d'un type particulier11. Il s’agit en effet d’un Etat de type nouveau , de type “prophétique” , révolutionnaire12 , qui règle le fonctionnement d’une société. Les institutions sont embryonnaires13 , mais la place du guide , le zèle de ses séides et l’obéissance à ses volontés en tiennent lieu14. Le nouvel organisme politique est de nature totalitaire15 parce qu’il n’admet qu’un seul type d’autorité , théocratique , parce qu’il n’accepte aucune institution en dehors de lui-même , parce qu’il construit une vision du monde particulière , parce qu’il rejette la notion d’autonomie de l’individu , parce qu’il édicte des lois qui n’admettent aucune exception et qui ne s’interdisent aucun domaine de compétence , et parce qu’enfin , se profile peu à peu l’idée d’un être humain nouveau , distinct du reste de l’Humanité , le musulman. C’est l’Umma , la “Communauté” , supérieure et distincte absolument de toutes les autres , familles , tribus ou royaumes.
Un tel programme suscite vite des oppositions , de la part de ceux qui sont en danger: les Juifs et tous ceux qui n’avaient pas compris au premier abord ce que signifiait l’arrivée à Yathrib des musulmans à Muhammad. On peut même ajouter que c’est grace à ces opposants , à la suite de longues luttes , d’ âpres investives , d’actes brutaux que le régime se met en place , et trouve sa forme définitive.
C’est un exemple exceptionnel de formation étatique , exceptionnel voire unique dans l’Histoire de l’Humanité16.

Telle est donc la république islamique de Médine, modèle trop méconnu de tant de structures politiques.17



Le potentat de Médine vu par un historien anglais du XIXème siècle.
(E. Gibbon , Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain X 50) . 18

Du moment où Mahomet fut établi à Médine , il exerça les fonctions de roi et celles de grand-pontife , et ce fut une impiété de ne pas se soumettre aux décrets d'un juge inspiré par la gesse divine. Il reçut en don ou il acheta une petite portion de terre appartenant à deux orphelins ; il y bâtit une maison et une mosquée , plus respectables dans leur grossière simplicité que les dais et les temples des califes assyriens. Il fit graver sur son sceau or ou d'argent son titre d'apôtre ; lorsqu'il faisait la prière et puisqu'il prêchait dans l'assemblée tenue toutes les semaines , il appuyait sur le tronc d'un palmier , et ce ne fut que longtemps rès qu'il se permit l'usage d'un fauteuil ou d'une chaire de bois rossièrement travaillée. Il régnait depuis six ans , lorsque quinze cents musulmans réunis sous les armes renouvelèrent leur serment de fidélité : Mahomet leur promit de nouveau son assistance jusqu'à la mort du dernier d'entre eux ou la dissolution totale de la ligue. C'est dans le même camp que le député de La Mecque vit avec étonnement l'attention des fidèles aux paroles et aux regards du prophète , leur empressement à recueillir , soit ses crachats , soit la partie de ses cheveux qui tombait à terre , soit l'eau qui avait servi à ses ablutions , comme si tous ces objets avaient eu un degré de vertu prophétique.
-« J'ai vu , dit-il , le Chosroês de la Perse et le César de Rome , mais je n'ai jamais vu un roi aussi respecté de ses que Mahomet l'est de ses compagnons. »
La dévote ferveur du fanatisme se manifeste en effet d'une manière plus énergique et plus vraie que la froide et cérémonieuse servilité des cours.






Chapitre 51
Yathrib avant Médine







§ 300. — Présentation.

Cette ville , au nord de la Mecque , est déjà appelée Médina , avant l’installation de Muhammad19. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes. La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad20 .
Son nom le plus ancien , déjà connu de Ptolémée est Yathrib: cet oasis se situe dans le Hedjaz , à 350 Km au nord de la Mecque21. Ce n'est pas un centre urbain , mais plutôt un agrégat de palmeraies , de collines , de villages , de marchés22 et de forteresses23 . Sa population est complexe: deux tribus arabes24 , voisines de trois tribus juives25 , qui pratiquent l'élevage , l'agriculture et l'artisanat. Muhammad découvre donc un situation totalement différente de celle de la Mecque.
En 622 , les Arabes se convertissent , plus ou volontairement , à la doctrine nouvelle , et leur nouveau chef établit une sorte de constitution qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids.
Après 630 , Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore la capitale du nouvel empire26 , jusqu'à l'établissement des Ommeyades27 . Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans28 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée29 .


§ 301. — Situation de Médine.


Médine étant le second centre symbolique du monde musulman , la ville a été parcourue et décrite , identifiée , localisée par les voyageurs et les géographes.

(Abulfeda , Géographie 86).

Médine se trouve dans une plaine: au nord , elle a la montagne d’Ohod , et au midi , celle de Eyr. Elle abonde en palmiers. La plus grande partie de son territoire consiste en marais salins. On y remarque le tombeau de l’apôtre d’Allah ainsi que la mosquée qui l’accompagne. A côté sont ceux d’Abu Bakr et Omar. Médine est entourée d’un mur de brique.

L'agglomération de Médine.
(Yaqubi , Les Pays , p. 149) .

La richesse des habitants de Médine consiste en palmiers , dont. ils leur nourriture et leurs moyens d'existence. Comme impôts , ils versent la dime de la récolte des palmiers et paient la dime aumônière sur le bétail.
Médine est à trois jours de marche de la mer: le port le plus proche est où mouillent les navires de commerce et les vaisseaux qui transportent le blé d'Égypte.
A 6 milles de Médine se trouve Kuba , où résidaient avant l'islam les Aws , et les Khazraj , et où s'arrêta l'envoyé d'Allah avant d'arriver à Médine. A Kuba , il logea chez Kulthum ibn Hidm , puis , après la mort de Kulthum , chez Sad ibn Khaithama Ansàri: la demeure de Sad était voisine de la mosquée de Kubà.
C'est de là qu'il partit pour Médine , où il fit rédiger les "Pactes de 1a fraternité"
30. Puis la population délimita ses quartiers: auparavant les logements étaient séparés les uns des autres , mais dès cet instant les constructions se touchèrent et l'ensemble forma une cité.

Les environs de Médine.
(ibn Jubayr).31

Lundi , au moment du zhur32 , aussitôt après la prière , nous quittâmes Khulays et nous poursuivimes notre route jusqu'au dernier isha33 . Alors nous nous arrêtames pour faire un court somme. Le kus retentit et nous partîmes pour un voyage de nuit qui se prolongea jusque dans la matinée , moment où nous fimes halte pour nous reposer jusqu’au début du zhur , mardi. Puis nous gagnâmes une vallée du nom de Wadi as Samk34 , nom qui ne va guère à ce lieu! Nous y campames au moment du dernier isha et y séjournâmes , mercredi , pour nous ravitailler en eau: on en trouve dans cette vallée dans des mares et parfois en creusant dans le sable. Au début du jour , mercredi , nous levâmes le camp puis nous franchîmes la nuit un versant caillouteux et abrupt où périrent de nombreux chameaux. Nous campâmes dans une plaine où nous dormimes jusqu'à minuit. Nous traversâmes alors un immense désert plat de dunes amoncelées , s'étendant à perte de vue. Alors , les chameaux purent avancer sans être en caravane à cause de la largeur de la route. Nous fîmes une halte pour nous reposer pendant la canicule , jeudi 29 dhu al-hijja.


§ 302. — Les noms de Médine.

Il s'agit de Yathrib, Médina, Médina al Nabi , Médinta , ou Taba. Ou même Tibba , on raconte même qu'il y aurait cent noms différents pour parler de la ville: une outrance des nombres qui trouve son parallèle dans la liste des cent noms d'Allah. Tabah pourrait simplement signifier "La Bonne (ville)".
Le nom de Médine qui est resté pour l'agglomération est peut-être le moins adapté et le moins légitime: mais il devient pour la Tradition Islamique la ville parfaite, celle de l'application de l'ordre musulman.


(Bukhari , Sahih 29- 2).
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d’Allah a dit :
-"J'ai reçu l'ordre de me rendre dans un bourg qui dévorera les autres bourgs ; certains l'appellent Yathrib, mais son nom est Médine, la ville qui expulse de son sein les (malhonnêtes) gens35 comme le soufflet de forge chasse les impuretés du fer."

(Bukhari , Sahih 29/ 3).
Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fûmes en vue de Médine , il s’écria:
-Voici Taba!

(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 28).36
On rapporte d'après le Prophète les paroles suivantes:
-Médine possède dix noms: Tayba, al Bàqiya, al Muwaffiya, al Miskina, al-Mubaraka, al Mahfûfa, al Muharrama, al Adrâ, al-Muslima, al Muqaddasa, ash Sâfiya, al Marzuqa .

(Corpus coranique d'Othman 33 , 13).
La ville est appelée une seule fois par son nom originel dans le texte quand il s'agit de s'adresser à la population, ce qui plaide en faveur de l'authenticité de cet extrait.
Rappelez-vous qu’un parti d’entre eux vous a dit:
-Ô gens de Yathrib! ne restez point! retournez-vous-en!

(Corpus coranique d'Othman 33 , 60).
Le nom est déjà prononcé dans le Coran.
Certes , si les hypocrites , ceux au coeur de qui est un mal et ceux qui tremblent ne cessent point , à Médine...

(Bukhari , Sahih 29-3).
Médine, c'est aussi Tâba (c'est un des nombreux surnoms que porte la ville de Médine.).
Abu Homayd a dit : "Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fûmes en vue de Médine, il s'écria : "Voici Tâba."



§ 303. — L’antiquité de Médine.

Les sources musulmanes tentent de présenter une archéologie37 mythique de cette ville populeuse et active , en distinguant les diverses arrivées de populations. La question centrale reste la cause et l'origine d'une présence juive si marquée en ce lieu.



Les plus anciens habitants de Yathrib.
(Al Isfahani , Kitap al Aghani 19 , p. 94-98).38

Le premier peuple à avoir occupé Médine avant les Banu Israël était un peuple ancien appelé les Amalékites. Ils faisaient peur à toute la région parce qu’ils étaient un peuple puissant et injuste. Les tribus de Haff , Sad , Al Azra , Matruq étaient parmi celles qui ont occupé Médine. Le roi du Hedjaz était issu d’eux , un homme appelé Al Arqam , qui a vécu dans la région de Tayma et Fadak. Les Amalékites ont occupé la ville et ils avaient de nombreux champs et palmeraies.

L’invasion de Yathrib par le roi du Yémen Abu Karib Tiban.39
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 13).40

Quand il vint de l’est , il traversa Médine sans maltraiter les gens , mais laissa là un de ses fils qui fut lâchement assassiné. Alors il revint avec l’intention de détruire la ville et d’exterminer la population et de raser les palmiers41 . (...) Un des hommes des Banu Adiy ibn al Najjar , appelé Akhmar surprit un des hommes de Tubba quand il les menait à Médine , et il le tua parce qu’il l’avait trouvé dans ses palmiers , en train de couper des dattes. Il le frappa avec sa serpe et le tua en disant:
-Les fruits appartiennent à ceux qui les cultivent.
Cela fit enrager les Tubba contre eux et le combat éclata. Les Ansar42 affirment qu’ils les combattaient de jour , et les traitaient en invités la nuit. Tubba fut étonné de cela et disait:
-Par Allah , vous êtes des gens généreux!.



§ 304. — Une guerre civile.

Cette guerre ensanglante l'agglomération quelques années avant l'arrivée du chef des musulmans: il bénéficie donc d'une circonstance favorable , en se présentant comme un arbitre entre les parties. Ce sont les vaincus de la guerre qui font d'abord appel à lui et qui deviennent ses premiers partisans : les nouveaux arrivants pourraient renverser le rapport de force.

On trouve ici tous les futurs protagonistes du séjour de Muhammad à Médine ; il est remarquable que la guerre oppose Juifs et Arabes dans chacun des deux camps: les deux systèmes religieux cohabitent sans difficulté.
Un extrait coranique fait peut-être allusion à cet épisode, qui est traditionnellement daté de l'année 616.


La bataille de Buath.
(ibn Hisham , Conduite de l’envoyé d’Allah 372-3 , 385-6).

Il y avait deux camps: les Banu Qaynuqa et leurs affiliés , alliés aux Khazraj ; et les al Nadir , les Banu Qurayza et les affilis , alliés aux Aws. Quand il y eut une guerre entre les Aws et les Kharaj , les Banu Qaynuqa , allèrent du côté des Khazraj et les al Nadir et Banu Qurayza avec les Aws , chacun aidant ses alliés en contradiction avec ses orgines , de telle façon qu'ils versèrent leur sang les uns les autres , tandis que la Torah étai entre leurs mains , par laquelle ils savaient ce qui leur était permis et interdit. Les Aws et les Khazraj étaient polythéistes adorant les idoles , ne connaissant rien au paradis ou à l'enfer , le réveil et la résurrection , les écritures , le licite et l'illicite.
(...)
A la bataille de Buath , les Aws et les Khazraj combattirent et la victoire alla aux Aws , qui étaient commandés à cette époque par Hudyr ibn Simak al Ashali le père de Usayd ibn Hudayr , les Khazraj étant commandés par Amir ibn al Numan al Bayadi , et tous les deux furent tués.

(Bukhari , Sahih 58/186).
Récit d'Aïsha: Allah a fait en sorte que la bataille de Buath ait lieu avant l'arrivée de l'apôtre d'Allah comme apôtre , pour que quand l'apôtre d'Allah est arrivé à Médine , ces gens étaient déjà bien divisés et leurs chefs avaient été tués ou blessés. Donc , Allah a fait en sorte que cette bataille précède l'arrivée de l'apôtre d'Allah pour qu'ils puissent accepter l'islam.

(Corpus coranique d'Othman 2/79-80).
Par la suite , vous êtes devenus ces Juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement ; vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs , vous les rançonnez.
Or , les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'Écriture et êtes-vous incrédules en une autre ?
Quelle sera la récompense43 de ceux parmi vous qui font cela , sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être , au jour de la résurrection , repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière , le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.

(Tabari , Tafsir 2/86).

ibn Abbas commente ainsi ce verset:
Ce passage signifie: vous prêtez main-forte aux associateurs pour accabler vos coreligionnaires de crime et d’hostilité jusqu’à verser leur sang et les expulser de leur habitat (...) Allah attire ici leur attention sur la anture de leur acte car il leur était interdit dans la Torah de verser le sang de l’un d’entre eux et ils étaient tenus également de payer la rançon pour racheter ceux d’entre eux qui avaient été faits prisonniers par les ennemis.
Or à Médine , ils se répartissaient en deux groupes: d’autre part , les Banu Qaynuqa qui étaient allés des Khazraj , et d’autre part , les Banu Nadir et Banu Qurayza qui étaient alliés des Aws.
Lorsque les Aws et les Khazraj entraient en conflit , les Banu Nadir et les Banu Qurayza soutenaient les premiers , et les Banu Qaynuqa les seconds , en sorte qu’ils combattaient leurs frères et versaient leur sang. Or les uns et les autres détenaient la Torah et savaient ce qui leur était permis et ce qui ne l’était pas , alors que les Aws et les Khazraj s’adonnaient à l’impiété et adoraient les idoles sans rien connaitre du paradis , du feu , de la résurrection et du jour dernier , sans livre et sans discerner les choses interdites et licites44 .
Lorsque le conflit fut terminé , ils rachetaient ceux d’entre eux qui avaient été prisonniers , fidèles en cela à la Torah.
Le faisant , ils respectaient une partie du Livre et en délaissaient un autre.


§ 305. —La société à Yathrib.

Des tribus, des clans, des juifs, des Arabes: un petit monde complexe , coloré, mouvementé , éparpillé dans une vaste oasis au relief et à l'hydrographie complexes.

Les tribus de Médine
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 303).45
Médine était occupée par deux tribus: les Aws et les Khazraj46 . Ces derniers étaient les plus nombreux. Les villages du territoire de Médine47 , comme Khaybar , Qurayza , Wadil Kura et Yanbu étaient habités par des Juifs ou Arabes descendants des Banu Israël , de ceux qui étaient venus de la Syrie et de Jérusalem , fuyant devant Nabuchodonosor , antérieurement à Alexandre. Les Aws et les Khazraj voulaient s’emparer de ces villages , mais ils n’y réussirent pas ; car les Juifs avaient des châteaux forts grands et solides.

Les lettrés de Yathrib.
(Baladhuri , Futuh).48

D'après al Waqidi:
L'écriture de l'arabe était rare chez les Aws et les Khazraj49 .
C'était un juif qui l'avait apprise , et il l'enseignait autrefois aux enfants de Médine. Aussi , lorsque vint l'islam , un certain nombre de gens parmi les Aws et les Khazraj connaissaient l'écriture. C'étaient Sad ibn Ubada ibn Dulaym , al Mundhir ibn Amir , Ubayy ibn Ka'b , Zayd ibn Thabit50 , lequel écrivait l'arabe et l'hébreu51 , Rafi ibn Malik , Usayd ibn Hudayr , Man ibn Adi al Balawi , allié des Ansar , Bashir ibn Sad , Sad ibn al Rabil , Aws ibn Khawli , Abdallah ibn Ubayy l'hypocrite. Ceux d'entre eux qu'on appelait « les parfaits » - un parfait52 étant celui qui , en plus de sa connaissance de l'écriture , connaissait le tir à l'arc et la nage53 - étaient Rafi ibn Malik , Sad ibn Ubada , Usayd ibn Hudayr , Abdallah ibn Ubayy et Aws ibn Khawli. Ceux de Yathrib54 qui , avant l'islam , avaient toutes ces qualités , étaient Suwayd ibn al Samit et Hudayr al Katayb.

Juifs et Arabes médinois.
(al Ifsanhani, Kitap al Aghani 19 , 95-97).

Quand les Aws et les Khazraj sont arrivés à Médine , ils se sont installés dans les harras55. Ensuite , ils se sont répandus en dehors: certains se sont réfugiés dans des zones sèches et inhabitées et se sont implantés là ; d’autre se sont réfugiés dans des hameaux déjà établis et ont vécu en commun avec les habitants. Les Aws et Khazraj sont restés là , vivant pauvrement et misérablement de leurs chameaux et chèvres , parce que Médine n’était pas adaptée au paturage. Ils ne possédaient ni palmeraies ni champ cultivable , sauf quelques-uns qui avaient pris quelques palmiers ou champs sans propriétaires. Les fermes les plus prospères appartenaient en fait aux Juifs.

Les liens familiaux de Muhammad avec Médine.
(ibn Khaldun , Livre des Exemples p. 306).56

La mère du prophète , Amina , fille de Wahb , fils de Abd Manaf , fils de Zuhra , l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel57 de son grand-père Abd al Muttalib , les Banu Adi ibn an Najjar , à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.


§ 306. — Les religions à Yathrib.

La situation est bigarrée elle aussi : des idoles arabes dans les maisons, Manat pour les tribus , des rabbins en foule et des synagogues , quelques chrétiens et manichéens. Il n'y a pas de trace d'affrontement religieux avant l'arrivée des musulmans: au contraire, il semble que les relations tribales priment sur l'appartenance religieuse.

Les pèlerins de Yathrib.
(ibn al Kalbi , Livre des Idoles 10 b-d.).58

Aucune tribu n'avait pour Manah autant de vénération que les Aws et les Khazraj (...).
Les Aws , les Khazraj et ceux parmi les Arabes de Yatrib59 et d'autres localités , qui adoptaient leurs usages , allaient en pèlerinage et s'arrêtaient , avec tout le monde , à toutes les stations rituelles. Mais ils ne se rasaient pas la tête et , lorsque commençait la fuite sacrée , ils se rendaient auprès de Manah60, se rasaient la tête dans son sanctuaire et y accomplissaient une visite.

Les cultes de Yathrib.
Il existe un témoignage rare des pratiques religieuses de la cité de Yathrib (future Médine)61.
(1) Il dit: chaque clan des Aws et des Khazraj , (...) avait une idole dans un chambre appartenant à l’ensemble du clan , qu’ils honoraient et vénéraient et à qui ils sacrifiaient.
-les Banu Abd al Ashhal avaient al Harish.
-les Banu Haritha avaient Shakhr.
-les Banu Zafar avaient Shams62 .
-les Banu Muawiya avaient al Banu Ham.
-les Banu Khatma avaient Shafr.
-les Qawaqila avaient al Habs.
-les Banu Umayya vaient Ghayyan.
-les Banu Salima avaient Isaf.
-les Banu Adi ibn an Najjar avaient Samul.
-les Banu Dinar ibn an Najjar avaientHusa.
-les Banu Malik ibn an Najjar avaient at Tamm.
-les Banu Zurayq avaient as Samh.

(2) Chaque noble avaient une de ces idoles. Dans la maison d’Amir ibn al Jamuh , il y avait un idole appelée Saf (...)
Al Bara ibn Marur avait une idole appelée ad Dibaj.
Al Jadd ibn Qays avait une idole appelée az Zabr .63
Les Salima avaient une idole appelée Manaf. (...).

(7) Les Banu al Harith ibn al Khazraj vénéraient une idole appelée Huzam qui était située dans leur maison de prière , elle aussi appelée Huzam , à Buthan.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).64
Abu Darda était la seule personne sur le territoire de son clan à n'avoir pas accepté l'islam. Abdallah ibn Rawaha le poussait à le faire et il refusait. Et c'était pourtant son ami. Il attendit une opportunité favorable , et quand Abu Dadda sortit de chez lui , il entra à l'intérieur et détruisit l'idole , en récitant:
-Je rejette les noms des démons , tous les démons. En vérité , tout ce qui est associé à Allah dans la prière est nul.
Sa femme dit:
-Tu m'as ruiné , ibn Rawaha!65
Ensuite , il sortit. Abu Darda arriva et trouva sa femme en pleurs. Il dit:
-Qu'as-tu donc?
Elle dit:
-Ton ami ibn Rawaha est entré et il dit: "Y a t-il quelque chose de bon dans cette idole qui fait qu'elle va se défendre elle-même?".
Alors il alla voir le prophète et accepta l'islam.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).66
L'islamisation de Kab ibn Ujra était tardive ; il avait une idole dans sa maison. Ubada ibn as Samit était son ami. Un jour , il entra dans la maison de Kab alors que celui-ci était absent et il détruisit l'idole. Quand Kab rentra et vit ce quil avait fait , il dit:
-Cette idole est inutile.

Les fêtes de Médine.
(Dawud , Hadith 3/1130).67

Quand l'apôtre d'Allah est venu à Médine , les gens avaient deux jours durant lesquels ils se consacraient à des joutes.
Il demanda:
-Que signifient ces jours?
Ils répondirent:
-Nous avons coutume de nous livrer à cela dans la période pré-islamique.
L'apôtre d'Allah dit:
-Allah les a substitués pour vous en quelque chose de meilleur que cela: le jour du sacrifice et le jour de rupture du jeûne68 .





Chapitre 52

L’installation des immigrés mecquois






§ 307. — Présentation.

Muhammad arrive à Médine et c’est le début d’une nouvelle ère69. Pour autant , le transfert d’une ville à l’autre est un mouvement long et saccadé. Avec prudence , le chef des musulmans s’installe d’abord dans un faubourg70 de Médine , pour jauger les réactions des autochtones. Il fait ensuite venir par groupes ses partisans , les muhajirun71. Médine est une oasis prospère , mais l’irruption de centaines de personnes , militants religieux accompagnés de leurs familles , ne peut que bouleverser l’équilibre social , économique , et démographique de l’endroit. De tels déséquilibres ne doivent pas être oubliés quand surviennent des événements autrement plus manifestes.
Le problème de la subsistance physique du groupe commande aux premières décisions , notamment celle de pratiquer le pillage des caravanes et des campaments nomades , aussitôt après l’installation72. Il existe peu de témoignages concernant d’autres activités pratiquées par les premiers musulmans autres que la guerre et le partage du butin73.


L’importance de Médine pour les musulmans.
(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 28).74

Voici l'une de ses supériorités sur les autres villes. Wahb ibn Munabbih a dit ceci: «je trouve, dans un livre, que le lieu où émigra le Prophète arabe illettré est une ville dite Tayâbâ, ce qui se commente ainsi: cette ville a été enveloppée de grâce sanctifiante, le Prophète en a sanctifié l'atmosphère, parfumé le sol; elle contient le lieu d'asile du prophète et la place de son tombeau; et quiconque marche dans Médine y perçoit un parfum délicieux.
Au dire d'Abu Bahtari, Médine est l'endroit le plus sublime de toute la terre; ni épidémie, ni Antéchrist n'y pénètrent; au delà de son désert, l'Antéchrist sera englouti. C'est à Médine que le Coran fut révélé, que les prescriptions divines furent établies, que les coutumes traditionnelles furent fixées; c'est à Médine que furent posées les bases de la religion, des traditions, des qualifications juridiques et des obligations, du licite et de l'illicite; on y trouve un des jardins du paradis; le prophète fit une invocation pour attirer les bénédictions divines sur les gens de Médine, pour leur mesurage en sa, en mudd, pour leur marché, leur peu ou prou. Médine renferme des souvenirs de l'envoyé d'Allah, ses mosquées, son tombeau, ceux de ses compagnons, de ses oncles et de ses épouses.



§ 308. — L’entrée dans les meubles.


Les chroniques ont voulu présenter des aspects pittoresques de l’accueil de Muhammad. C’est autant de façons de masquer à la postérité l’attitude du reste de la population de l’oasis. Ces récits sont aussi marqués par l’influence a posteriori des familles de Médine , soucieuses du prestige qui découlait de telle ou telle relation ancienne et privilégiée avec le fondateur de leur religion.


(ibn Sa’d , Tabaqat I 272).75
Le jour où l’apôtre d'Allah est entré à Médine , chaque chose paraissait très brillante.



1. — La halte à Qoba.
Le site de Qoba est plus tard transformé en une mosquée très vénérée ; c’était auparavant un lieu destiné aux ablutions de purification76 .

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 124).

Il s'arrêta à Qoba , près de Médine , et s'assit sur une éminence de terrain , dans l'ombre. Les habitants de Médine , à la nouvelle de son arrivée , se rendirent auprès de lui. Le prophète arriva à Qoba le lundi ; le vendredi77 il y fit la prière , après avoir prononcé le sermon78 . Ensuite il monta sur son chameau.


(ibn Kathir , Tafsir 9).79
Les vertus de la mosquée de Qoba.
Allah a encouragé son prophète à prier dans la mosquée de Qoba , parce que , dès le premier jour , elle a été construite en accord avec Allah et son messager , pour rassembler la parole des croyants , et comme un avant-poste et une forteresse pour l’islam et son peuple.


(ibn Hauqal , Configuration de la Terre 29).80
Quba est hors de la ville à environ deux milles du côté de la qibla ; c'est une agglomération habitée par des ansar, qui ressemble à un village.


Description de Qoba au XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 367).
Koba.- Dans ce village voisin , tous les pèlerins visitent l’endroit où Muhammad s’est d’abord arrêté dans sa venue de la Mecque: il se trouve au sud de la ville , à environ 3/4 d’heure. La route qui y mène passe par une plaine , occupée par des palmiers , et couverte un peu partout de sable blanc. A une demi-heure de la ville , les jardins apparaissent , qui s’étendent sur un espace de 4-5 milles de périmètre , et forme peut-être un des endroits les plus fertiles et agréables de tout le Hedjaz du nord. (...)
Le village est fréquemment visité par les gens de Médine ; des groupes y passent la journée , et des gens malades sont transportés ici pour profiter des bénéfices d’une atmosphère plus douce.
Au milieu de ces bois se trouve la Mesjid de Koba , avec 30-40 maisons. C’est un modeste bâtiment , et bien défraîchi. A l’intérieur , des points précis sont visités , dans lesquels une prière de deux rakat sont faites , et quelques invocations additionnelles sont récitées en honneur de l’endroit.



2. — Choix du domicile.

Le fait que ce soit la chamelle qui choisisse le domicile est une marque d’habilité politique: il fallait éviter de choisir personnellement , pour ne pas créer de jalousies parmi les habitants. Mais on peut être sensible au ridicule de l'épisode.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 335-6).

Itban ibn Malik , Abbas ibn Ubada (...) et d’autres des Banu Salim ibn Awf vinrent lui demander de vivre parmi eux et de profiter de leurs biens et de leur protection. Mais il déclara:
-Laissez-la poursuivre son chemin.
Sa chamelle 81 avait reçu ses ordres d’Allah.
Ils la laissèrent partir jusqu’à ce qu’elle s’arrêta au niveau de la maison des Banu Bayada , où il fut en face de Ziyad ibn Labid et Farwa ibn Amir avec d’autres membres de leur clan. Ils firent la même invitation et reçurent la même réponse. La même chose arriva avec les Banu Sayda quand Sad ibn Ubada et al Mundhir ibn Amir l’invitèrent à rester (...).
Finalement , la chamelle arriva à la maison des Banu Malik ibn al Najjar et elle s’agenouilla au niveau de la porte de sa mosquée82 , qui était à ce moment utilisée comme lieu de séchage de dattes et appartenait à deux orphelins des Banu al Najjar du clan des Banu Malik , et qui étaient sous la protection de Muadh ibn Afra , Sahl et Suhayl les fils d’Amir. Quand elle s’agenouilla , l’apôtre ne descendit pas et elle repartit sur une courte distance. L’apôtre avait relaché ses rênes , ne la dirigeant pas et elle revint sur ses pas , à l’endroit où elle s’était arrêté la première fois. Elle trembla et s’efffondra épuisée sur le sol. L’apôtre descendit et Abu Ayyub Khalid ibn Zayd prit ses bagages dans sa maison , et l’apôtre resta chez lui.
Quand il demanda à qui appartenait le lieu de stockage des dattes , Muadh ibn Afra lui dit que les propriétaires étaient Sahl et Suhayl les fils d'Amir qui étaient orphelins à sa charge et qu’il pouvait l’utiliser comme mosquée et qu’il payerait les jeunes hommes pour celui-ci83.


Un fragment de récit alternatif sur l’arrivée à Médine.
(Wahb b. Munabbih , Sira et Maghazi de l’Envoyé d’Allah PB 15-7).84

L’envoyé d'Allah partit le lundi le premier du mois rabi al awwal et il arriva è al Ghaba, le 15 du mois al awwal, ou il s installa, et il resta le lundi, mardi, mercredi, jeudi, et fit la prière le vendredi a Médine. Les ansar se rassemblèrent autour et ils lui dirent tous:
-Séjourne avec nous, envoyé d'Allah.
Il répondit:
-Retournez vers vos lieux de reunions, je vais passer chez vous et je vais passer vous voir.
Ils se séparerent tous et allèrent vers leurs lieux de reunions.
Le premier chez qui l’envoyé d'Allah passa fut celui des Banu Salma. Ils vinrent devant lui et dirent:
-Reste avec nous, envoyé d'Allah, parce aue notre voisin n’est pas abaissé , notre camarade n’est pas vaincu...

(ibn Sa’d , Tabaqat I 276).
Quand l’apôtre d'Allah voulut quitter Qoba , les Banu Salim l’approchèrent et lui dire , en tenant la bride de sa chamelle:
-Ô apôtre d'Allah , viens chez nous , un peuple bien armé et muni de moyens de défense.
Il dit:
-Laissez-moi , elle85 a reçu des ordres.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 124-5).

Tous voulurent saisir la bride du chameau et dirent :
-Descends chez moi!
Le prophète dit :
-Posez la bride sur le cou du chameau , il sait lui-même où il doit s'arrêter. Le chameau marcha jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la mosquée. Là il se mit à genoux , et le prophète descendit. Ce terrain appartenait à deux orphelins , nommés Sahl et Sohayl. Le prophète alla demeurer dans la maison d'un homme nommé Khalid ibn Zayd , surnommé Abu Ayyub , qui avait une nombreuse famille et point de fortune. Pendant qu'il conduisait le prophète dans sa maison , chacun en particulier invita Muhammad à venir demeurer chez lui ; mais le prophète dit :
-La place d'un homme est là où se trouvent ses vêtements et ses bagages.
Muhammad fit acheter le terrain où son chameau s'était arrêté pour y construire la mosquée , et il demeura dans la maison d'Abu Ayyub jusqu'à ce que la mosquée fut terminée. On construisit une demeure pour le prophète , tout à côté de la mosquée.
En recevant le prophète chez lui , Abu Ayyub disposa le rez-de-chaussée de sa maison pour le prophète , et lui-même demeura sur la terrasse.
On dit à Abu Ayyub :
-Comment as-tu été hier?
Il répondit :
-Comment peut se trouver un homme qui a au-dessus de lui Allah , et au-dessous de lui le prophète d'Allah?


(ibn Sa’d , Tabaqat I 276).
Le premier cadeau offert à l’apôtre d'Allah dans la résidence d’Abu Ayyub a été le cadeau que j’ai apporté: c’était un grand bol de tharid , contenant du pain , du beurre et du lait.



3. — Opérations foncières.

L’arrivée des musulmans provoque des changements matériels dans la communauté médinoise. Ces documents , trop prosaïques , sont rarement présentés.
Au début , le mouvement a dû provoquer des crispations , et l’élimination des tribus juives a laissé de l’espace libre dans l’oasis.


(Samhudi , Wafa al Wafa).86

Le prophète a planté sa tente au cimetière d’al Zubayr et a dit:
-Ceci est votre marché87.
Ensuite , le chef des juif Kab ibn Ashraf88 est arrivé , il est entré et a coupé les cordes.
Alors le prophète a dit:
-En vérité , je vais me déplacer dans un endroit qui sera plus pénible encore pour lui.
Il se déplaça au lieu dit “Marché de Médine”. Là , il dit:
-Ceci est votre marché. Ne le divisez pas et n’imposez pas de taxes sur lui89.


(Samhudi , Wafa al Wafa).90

L’envoyé d'Allah , aussitôt après son arrivée à Médine , a trouvé une grande étendue de terrain à Zuhra , qui appartenait aux gens de Ratij et Husayka. Ils avaient été expulsés de Médine avant l’arrivée du prophète , laissant derrière eux une grande étendue de terrain ; dedans se trouvait une vaste portion de terre sans production agricole et sans arbre91 ; aussi un espace non-irrigué avec des palmiers , appelé al Hashshashina. il en donna une partie à Omar ; le domaine s’appelait Thamg et il acheta la terre adjacente à quelques Juifs. Ce fut un domaine qui suscita l’admiration.




§ 309. — La construction de la mosquée primitive.

Un de premiers actes de Muhammad est la construction de ce qui a vite (trop vite?) été appelé la Mosquée , suivant la tradition syriaque 92. A bien observer sa description , c’est bien plus que cela, et tout autre chose: autour de la salle de prière , on trouve des appartements , et une cour93. Le guide de la communauté , très habilement , matérialise d’emblée la nature de son pouvoir , sous l’apparence d’un petit palais de type nouveau , qui mêle religion , administration , représentation et vie familiale du chef: une confusion elle-aussi de nature totalitaire , que seule l’autorité du chef transcende.
C’est aussi une façon de mobiliser les énergies des nouveaux arrivants et de les unir avec celles des Auxilaires.

Le monument subit les aléas du temps, et destructions puis réparations se succèdent 94 . Mais il reste un centre pour la religiosité des pélerins , dont certains la décrivent encore avec une dévote précision , dans leurs relations de voyage95 .
Actuellement, c'est un bâtiment gigantesque, au style impropable et à l'aspect monstrueux, dont la laideur n'a d'équivalent que son prix.96


1. — Terrain et terrassement.
Le détail macabre de la destruction du cimetière païen et de ses tombes indique la volonté de rejeter totalement le passé , y compris en commettant un acte scandaleux pour les contemporains de Muhammad.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 112).

Muhammad ibn Jarir rapporte un fait qui est fort peu croyable. Il dit :
-Lorsque Muhammad arriva à Médine , il fit construire une mosquée sur l'emplacement d'un verger de dattiers et d'un cimetière , qu'il avait achetés. Il fit arracher les arbres et retirer les cadavres de leurs tombeaux , ensuite il y fit bâtir. Mais cela ne peut pas être ; c'est un fait inouï , et il ne faut pas croire une telle chose du prophète97. Quoique ces morts fussent des infidèles , un lieu d'adoration n'a cependant pas assez d'importance pour qu'on arrache des morts de leurs tombeaux et pour qu'on détruise un champ cultivé. Les hommes intelligents rejettent un tel fait.


(Bukhari , Sahih 30/92).98

Il y avait (à Médine) des tombes de polythéistes , des ruines et des palmiers ; le prophète ordonna de fouiller les tombes , de raser les ruines et de couper les palmiers (pour construire la mosquée).


(ibn Sa’d , Tabaqat I 281).
Il y avait là des tombes datant de la jahiliyya. L’apôtre d'Allah ordonna qu’elles soient fouillées et les ossements soient éparpillés.


(Bukhari , Sahih 58/269).99
... dans ce jardin , il y avait les choses que je vous dis: tombes de païens , terre en désordre avec des trous... et des palmiers-dattiers. L’apôtre d’Allah ordonna que les tombes des païens soient exhumées , que la terre soit nivelée et les palmiers coupés. Les troncs des arbres furent placés pour faire un mur en face de la qibla.

(Bukhari , Sahih 7/48).
-Peut-on fouiller les sépultures des polythéistes des temps anté-islamiques et se servir de ces emplacements pour y bâtir des mosquées. (...)

Anas a dit: Le prophète vint à Médine et descendit dans la partie la plus haute de cette ville chez une tribu qu'on appelait les Banu Amir ibn Awf. Il séjourna au milieu d’eux quatorze nuits , puis il envoya chercher les Banu Najjar. Ceux-ci arrivèrent le sabre en bandoulière et il me semble encore voir le prophète monté sur sa chamelle , Abu Bakr en croupe derrière lui et les notables des Banu Najjar autour d’eux. Ils marchèrent ainsi et arrivèrent à la demeure de Abu Ayyub. Le prophète aimait à prier là où le surprenait l’heure de la prière , il priait (parfois) dans des parcs à moutons.
Il ordonna de bâtir la mosquée et il manda les principaux des Banu Najjar :
-Ô Banu Najjar , leur dit-il , quel prix me demandez-vous de cet enclos.
-Par Allah! répondirent-ils , rien ; nous n'en demanderons aucun prix , sinon à Allah.
Or , ajoute Anas , je vais vous dire ce qu'il avait dans cet enclos ; il y avait des sépultures de polythéistes , des ruines et des palmiers. Le prophète ordonna de fouiller les tombes , de raser les ruines et de couper les palmiers. Cela fait , on aligna les troncs de palmiers comme qibla de la mosquée , et on les encastra dans deux chambranles en pierres. Puis on commenca à apporter des pierres en chantant , le prophète se joignant aux autres et disant :
-Ô Allah , il n'y a d'autre bien que celui de l'autre monde. Pardonne aux ansar et aux muhajirun100.



2. —L’érection du monument.

Le monument est peut-être un peu fort , pour un modeste bâtiment de terre séchée, qui disparaît vite sous les effets conjugués des intempéries et des réparations et transformations intempestives . C’est l’occasion de voir des musulmans travailler , en commun et dans la joie. Le tableau est donc populaire et naïf.


(Baladuri , Livre des Conquêtes I 6).

Abu Umamah conduisait la prière du vendredi pour ses fidèles dans sa mosquée , qu’utilisait aussi le prophète.
Le prophète demanda ensuite à Assad de lui vendre un lot de terre contigu à la mosquée.
Assad proposa de lui offrir et de payer aux orphelins101.
Mais le prophète refusa et paya dix dinars.
Sur ordre du prophète des briques furent préparées et servirent à construire la mosquée.
Ses fondations étaient constituées de pierres. Son toit était de palmes , ses colonnes faites de troncs d’arbres. Quand Abu Bakr fut calife , il ne fit aucun changement.


Les chansons sur la construction de la mosquée.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 337).

L’apôtre ordonna qu’une mosquée soit construite , et il resta chez Abu Ayyub jusqu’à ce que la mosquée et les habitations annexes soient terminées. L’apôtre se joignit aux travaux pour encourager les musulmans au labeur et les émigrés et les auxiliaires ont travaillé dur102. Un des musulmans chantait:
Si je m’assois alors que le prophète travaille
Il sera dit que nous avons paressé.

Pendant qu’ils travaillaient , les musulmans chantaient un vers rajaz103 :
Il n’y a pas de vie sinon la vie dans l’autre monde
ô Allah , aie pitié des auxiliaires et des émigrés.

L’apôtre le chantait104 de cette façon:
Il n’y a pas de vie sinon la vie dans l’autre monde
ô Allah , aie pitié des émigrés et des auxiliaires105 .

(...)
Ali a composé un vers rajaz sur ce jour:
Il y en a un qui travaille jour et nuit
pour nous construire une mosquée de brique et d’argile
et un autre qui finira en poussière!106


Malheureux maçon.
(Bukhari , Sahih 56/17).

....
Abdallah: Allez trouver Abu Sayd et écoutez ses hadiths.
-Nous allames donc le trouver , dit Iqrima , et le trouvâmes lui et son frère dans un jardin enclos qui leur appartenait , occupés à arroser. Lorsqu'il nous aperçut , il vint , s'accroupit en tenant ses genoux , s'assit et nous dit :
-Nous portions les briques crues de la mosquée une par une , tandis que Ammar les portait deux par deux. Le prophète venant à passer auprès de lui , lui essuya la poussière de la tête et dit :
-Malheureux Ammar! la troupe des injustes107 le tuera! Ammar les appellera à Allah et ils l'appelleront à l'enfer.

La très lente édification.
(ibn Battuta , Voyages).108
L'envoyé d'Allah arriva près de la noble Médine où a pris fin sa fuite , le lundi 13 rabi al awwal. Il logea alors chez les Banu Amir ibn Awf pendant vingt deux nuits (on dit aussi quatorze ou encore quatre). Puis il se rendit à Médine et logea chez les Banu an Najjar de la demeure d'Abu Ayyub al Ansari où il séjourna un mois jusqu'à ce qu'il eut construit ses habitations et sa mosquée. L'endroit où fut édifiée la mosquée était un enclos appartenant à Sahl et Suhayl (...) qui étaient orphelins , sous la tutelle d'Assad Zurara ou , dit-on , Abu Ayyub. Le prophète acheta ou , dit-on , Abu Ayyub en dédommagea les deux orphelins ou encore ils donnèrent l'enclos au prophète.
Muhammad édifia donc la mosquée et y travailla avec ses compagnons. Il l'entoura d'un mur d'enceinte , mais ne la couvrit pas de toit reposant sur des colonnes. Il lui donna forme carrée , de cent coudées de côté ; cependant , on que la largeur était moindre. La hauteur du mur d’enceinte était de la taille d'un homme. Mais lorsqu'il fit chaud , les compagnons du prophète parlèrent de couvrir la mosquée. Muhammad érigea donc des colonnes en troncs de palmier et fit un toit à l'aide de palmes. Lorsqu’il plut , la mosquée fut inondée
109. Les compagnons parlèrent alors au prophète de faire un toit en boue séchée. Muhammad leur dit:
-Que non! Il nous suffira cabane comme celle de Moïse ou d'une couverture , ce qui serait plus proche de la vérité.
On lui demanda ce qu’était la couverture de Moïse.
-Quand il se levait , sa tête touchait le toit.
Il perça trois portes , puis obstrua la porte sud , lorsque la qibla
110 changea de direction. La mosquée demeura en cet état durant les vies du prophète et Abu Bakr.

(ibn Hawqal , Configuration de la Terre 29).111

La mosquée se trouve environ au centre de la cité. La tombe du prophète, est placée dans la partie orientale de la mosquée, près de la qibla et non loin du mur oriental, dans un édicule assez haut, dont la toiture est séparée par un espace libre du toit de la mosquée. Cet édicule n'a pas de porte, et deux cellules y sont attenantes. La chaire sur laquelle prêchait le prophète, est ouverte d'une autre chaire. Le parterre est en avant de la chaire, qu'il sépare de la tombe.

Querelle de minarets.
(ibn Battuta , Voyages).112
Sous Omar ibn al Khattab , la mosquée fut agrandie.
-N'aurais-je entendu le prophète dire qu'il fallait agrandir que je ne l'aurais fait , dit-il.
Il démolit les colonnes en bois pour les remplacer par des colonnes en briques cuites. Il fit des fondations en pierre , d'une taille d'homme et perça six portes , deux de chaque côté , sauf sur la face sud. Il dit que l'une d'entre devait être réservée aux femmes et ne l'emprunta plus à sa mort. Puis il émit l'avis suivant:
-Si nous agrandissions la mosquée jusqu'au cimetière , elle serait toujours la mosquée de l'envoyé d'Allah.
Omar voulut , l'agrandir , empiéter sur un terrain qui appartenait à Abbas , oncle paternel du prophète , mais celui-ci refusa de céder. La maison construite sur ce terrain avait une itière qui se déversait dans la mosquée , Omar la supprima parce qu'il pensait qu'elle gênait les fidèles. Abbas le querella à ce sujet. Ce fut Ubayy ibn Kab qui fut choisi comme arbitre par les deux antagonistes qui vinrent le trouver , mais Ubayy ne les reçut qu'un long moment après , parce que sa servante lui lavait la tête , comme ils l'apprirent après avoir été introduits. Omar voulut parler , mais Ubayy lui dit:
-Laisse Abu al Fadl parler le premier au nom de sa parenté avec l'envoyé d’Allah.
Al Abbas dit donc:
-Il s'agit d'un terrain tracé par le prophète. J'y ai bâti une maison avec lui et j'ai monté sa gouttière en grimpant sur les épaules du prophète. Omar avait enlevé la gouttière et veut que mon terrain serve à l'agrandissement le la moquée.
Ubayy dit alors eu connaissance de ce que prétend al Abbas et j'ai entendu le prophète dire:
-David voulut édifier 1a maison d’Allah , or , il y avait à l'emplacement choisi une maison appartenant à deux orphelins a qui il demanda de vendre , ceux-ci refusèrent ; mais sur son insistance acceptèrent enfin. Puis les deux orphelins se rendirent coupables d'une fraude. La vente fut annulée et la maison rachetée. Mais les orphelins firent encore annuler. David trouva que le prix en était trop élevé. Alors Allah lui inspira que , s'il la payait sur sa propre fortune , lui seul savait ce qu'il avait à faire , toutefois s'il la payait sur le bien public , il devrait satisfaire les orphelins , car la maison qui devait être acquise sans que la moindre injustice commise , était bien celle d’Allah et il lui défendait de construire lui-même. David demanda donc à Allah de confier son édification à Salomon. C'est alors qu’Omar demanda qui lui certifierait que le prophète avait ces paroles. Ubayy alla donc trouver un groupe qui lui confirmèrent la chose. Alors Omar lui fit remarquer que si Ubayy avait été le seul à dire cela , il l'aurait cru mais qu’il avait préféré recevoir une confirmation.
Il ajouta à l’adresse de Abbas:
-Tu ne remettras la gouttière qu'en grimpant sur mes épaules.
Al Abbas ajouta:
-Puisque la propriété de la maison a été certifiée mienne , j'en fais aumône pour l'amour d’Allah.
Omar la démolit et agrandit la mosquée grace à ce terrain.
Plus tard , Othman l'agrandit encore. Il s'occupa de sa construction avec ardeur , prit lui-même en charge les travaux et y passait la journée. Il la blanchit , l’embellit en pierres sculptées , l'élargit de tous les côtés , sauf du côté est. Il érigea , dans la mosquée , des piliers de pierre consolidés par des colonnes en fer et en plomb. Il la recouvrit d'un toit en teck
113 et construisit un mihrab114. Cependant on dit que c'est Marwan qui , le premier , construisit un dans la mosquée , ou encore Omar ibn abd al Aziz , sous le califat d'al Walid.

Une description médiévale.
(ibn Jubayr , Relations de voyage).115

La mosquée du prophète (...).

La mosquée bénie est de forme rectangulaire , elle est entourée sur les quatre côtés de galeries qui lui font enceinte. L'intérieur est entièrement occupé ar une cour recouverte de sable et de gravier. La face sud a cinq galeries116 qui s'étirent d'est en ouest , la face nord a aussi cinq galeries du même genre , la face est en a trois et la face ouest quatre.
La rawda
117 sainte est à l'extrémité sud-est. Elle occupe deux galeries du côté de la cour , en profondeur , et un peu plus de quatre empans de la troisième. Elle a cinq angles et cinq faces. Sa forme est si merveilleuse qu'on ne pourrait la dessiner , ni la représenter. Les quatre faces accessibles sont écartées de la qibla d'une façon parfaite ce qui ne permettrait à quiconque de les prendre pour qibla , car il s'en éloignerait. (...)
La rawda occupe aussi , vers l'est , la profondeur de deux galeries à l’ intérieur desquelles elle s'ordonne en six nefs. La largeur de la face sud est de vingt-quatre empans
118 et celle de la face est trente. Entre l'angle est et l'angle nord , la face mesure trente-cinq empans , entre l'angle nord et l'angle ouest trente-neuf et entre l'angle ouest et l'angle sud vingt-quatre. Sur cette dernière face , on voit un coffre en ébène marqueté en bois de santal et recouvert de plaques d'argent en forme d'étoiles. Ce coffre est placé en face de la tête du prophète. Il a cinq empans de long , trois de large et quatre de haut. Sur la face entre l'angle nord et l'angle ouest , il y a un endroit recouvert d'un voile flottant qu'on dit être celui où est descendu Gabriel. L'ensemble des côtés de la Rawda vénérée a deux cent soixante-douze empans. Ils sont recouverts de marbre joliment taillé et d'excellente qualité. Ce revêtement arrive à un tiers ou un peu moins de la hauteur , le deuxième tiers du mur vénéré étant recouvert sur une hauteur d'un demi-empan d'un enduit de musc et de parfum qui a noirci , s'est écaillé et a épaissi au long des jours et des ans. Au-dessus , on voit des grilles en bois qui vont jusqu'au plafond car le haut de la rawda bénie touche le plafond de la mosquée. Les tentures arrivent à la hauteur du revêtement en marbre ; elles sont couleur bleu azur avec des dessins blancs octogonaux et carrés à intérieur desquels on voit des cercles et des ints blancs qui en font le tour. C'est un ensemble beau à voir de forme merveilleuse. Dans la partie supérieure court un rideau tirant sur le blanc.
Sur la face sud , devant le noble visage du prophète on voit un clou en argent devant lequel les fidèles se tiennent pour saluer Muhammad
119. Au pied du prophète est la tête d'Abu Bakr as Siddiq tandis que celle de Omar al Faruq touche aux épaules d'Abu Bakr as Siddiq120 . Le musulman se tient le dos urné à la qibla , face au noble visage et salue. Puis il se dirige , à droite , vers le visage d'Abu Bakr , puis vers celui Omar.
Vis-à-vis de cette face vénérée brulent près de vingt lampes d'argent suspendues dont deux sont en or. Au nord de la rawda sainte , on voit un petit bassin en marbre portant à sa qibla le dessin d'un mihrab On dit que c'était la chambre de Fatima encore son tombeau. Mais Allah seul sait la vérité.
À droite de la vénérable Rawda et à quarante-deux pas , dresse la noble chaire
121 ; elle se trouve dans le bassin. qui a vingt quatre pas de long , six de large et un empan de profondeur ; il est entièrement en marbre. Entre ce bassin et la petite rawda qui se trouve entre le noble tombeau et la chaire et qui est selon la Tradition un des parterres du Paradis , il y a huit pas. Les èles se bousculent dans cette rawda pour célébrer la prière et c'est avec raison. En face du côté de la qibla , se dresse un pilier qu'on dit recouvrir les restes du tronc de palmier qui gémissait vers le prophète et dont un morceau est apparent dans le pilier. Les fidèles le baisent et s'empressent de rer la bénédiction en le touchant et en s'y frottant les joues. Ce coffre se trouve sur le bord de la Rawda , au sud.
La noble chaire a environ une taille d'homme ou davantage de hauteur , cinq empans de largeur et cinq pas de longueur. Elle comporte huit marches. Sa porte est fermée: c’est une grille en bois qu'on ouvre le vendredi ; elle mesure quatre empans et demi. Le minbar est recouvert de bois d'ébène. Le haut de la chaire où le prophète s'asseyait , est visible. On l' recouvert d'une planche d'ébène mobile ; elle est là pour empêcher les fidèles de s'asseoir dans la chaire. Ils gliss donpc la main sous la planche , puis s'en frottent le corps pour s'attirer la bénédiction d'avoir touché ce siège béni.
Au sommet du pied droit du minbar , là où le prédicateur pose la main quand il prêche , on voit un anneau d'arge creux et long qui ressemble , pour la forme , au dé que tailleur met au doigt , mais qui est plus grand et qui mobile et tourne sur lui-même. (...) La noble mosquée a cent quatre-vingt-seize pas de long et cent vingt-six de large. Elle a deux cent quatre-vingt dix piliers sur lesquels repose diretement le plafond , par l'intermédiaire d'arcs qui les prolongeraient ; ils ressemblent donc à des étais considérables. Ils sont en pierre taillées , pièce à pièce , assemblées et creusées pour s’encastrer l'une dans l'autre et jointes avec du plomb fondu pour former un énorme pilier revêtu d'un enduit de chaux qui a été poli et poncé parfaitement jusqu'à le faire ressembler du marbre blanc.
Parmi les cinq galeries dont nous avons parlé , celle qui touche la qibla est entourée d'une maqsura qui la clôt dans le sens de la largeur d'ouest en est. Le mihrab s'y trouve. L'imam122 célèbre la prière dans la petite rawda a côté du coffre. Entre la maqsura , la rawda et le saint tombeau on voit un grand lutrin
123 vernis sur lequel repose un énorme exemplaire du Coran enserré dans une couverture avec fermoir. C'est un des quatre exemplaires qu'a envoy Uthman ibn Affan dans le royaume. En face de la maqsura , du côté de l'est , on voit deux grandes armoires: elles renferment des livres et des exemplaires coraniques , legs pieux constitués au bénéfice de la mosquée bénie.
Dans la deuxième travée , du côté de l'est également , on voit dans le sol une trappe fermée par une serrure ; elle donne sur un souterrain auquel on accède par des degrés et qui aboutit à l'extérieur de la mosquée à la maison d'Abu Bakr as Siddiq. C'était un chemin que Aïsha prenait. En face , se trouvaient la maison de Omar ibn al Khattab et celle de son fils Abd Allah. Cette ouverture est sûrement al khawkha qui conduisait à la maison d'Abu Bakr et le prophète a ordonné de conserver tout particulièrement.
En face de la sainte rawda , il y a aussi un grand coffre dans lequel sont serrés les cierges et les candélabres qu'on me devant la Rawda chaque nuit. A l'est on voit une pièce faite en bois , qui est l'endroit où un gardien de la mosquée bénie passe la nuit. Ces gardiens sont des eunuques abyssins et slaves dont l'allure est élégante , les vêtements et la tenue soignés. Le muezzin qui est appointé la mosquée est un descendant de Bilal
124.
Au nord de la cour , se dresse une grande qubba
125 récente neuve du nom de Qubba az-Zayt126: elle est isée comme resserre pour tout le matériel nécessaire à la mosquée bénie. En face de cette qubba , dans la cour , poussent quinze palmiers. Dans la partie supérieure du mirhab qui se trouve dans le mur de la qibla , a l'intérieur la maqsura127 on voit une pierre jaune carrée d'un empan côté qui brille et luit et qu'on dit être le miroir de Khosroès128. Au-dessus , à l'intérieur du mihrab , on voit un clou enfoncé dans le mur auquel est pendue une espèce de petit pot fait d'on ne sait quelle matière. On prétend que c'est aussi le gobelet de Khosroès.
La moitié inférieure du mur de la qibla est revêtue de marbre lambrissé de couleurs et d'agencement différent formant une splendide marqueterie. La moitié supérieure entièrement recouverte de petits cubes dorés appelés ayfisa
129 que les artistes ont réalisés merveilleusement et qui reproduisent des arbres d'espèces différentes dont les branches ploient sous les fruits. l'oute la mosquée ainsi décorée , toutefois la décoration du mur de la qibla plus riche ainsi que celle du mur donnant sur la cour du côté de la qibla et du côté du nord ; les murs ouest et egt urnés vers la cour sont nus et blancs , ornés de décors en stalactites , décorés d'un bandeau peint de couleurs variées. Mais il serait trop long de décrire et de parler de la splendeur de cette mosquée bénie qui renferme le tombeau pur saint dont l’emplacement est plus noble et l'endroit plus vénéré que toute la décoration de la mosquée. Le sanctuaire béni a dix-neuf portes toutes fermées sauf quatre: à l'ouest Bab130 ar Rahma131 et Bab al Khashiya132 et à l'est Bab Jibril133 et Bab ar Rakba134. La porte Jibril135 fait face à la maison de Uthman136 où il mourut en martyr. (...) En face de la rawda vénérable , on voit une grille en fer ouverte sur le tombeau du prophète d'où s'exhalent souffles et parfums. Au sud , il n'y a qu une petite porte fermée , au nord quatre , à l'ouest cinq et à l'est cinq , toutes fermées. Avec les quatre qui restent ouvertes , cela fait donc dix-neuf portes.
La mosquée bénie a trois minarets: l'un à l'angle attenant à la qibla , et deux petits en forme de tours , dans les deux angles nord. Le premier seulement a la forme d'un minaret
137.


§ 310. — Mauvais départ.

Les débuts sont donc difficiles: Muhammad doit assurer la survie de la communauté , en se conciliant les autochtones , et en organisant l’hébergement , l’approvisionement et les occupations de ses fidèles qui supportent mal un climat trop humide. Les allusions aux maladies des émigrés sont un écho de cette situation précaire , où la communauté aurait pu disparaître.



1. — Les maladies.

Les cas ne sont pas décrits , mais on pense bien sûr à la malaria , qui accueille les immigrants138. Elles épargnent le guide suprême de la révolution islamique, que la Tradition Islamique tient à présenter comme pourvu de protection divine, de nature supérieure.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 413-5).
Quand l’apôtre d'Allah est venu à Médine , c’était l’endroit du monde le plus infesté de maladies , et les compagnons de l’apôtre d'Allah en ont beaucoup souffert , et Allah a préservé l’apôtre d'Allah. Amir ibn Fuhayra et Bilal , affranchis d’Abu Bakr , étaient avec lui dans une maison quand la fièvre les a atteint , et je suis venue139 les visiter , parce que le voile n’avait pas été ordonné à notre encontre140 . Seul Allah sait comme ils ont souffert de la fièvre.
(...)
Quand l’apôtre d'Allah est venu à Médine avec ses compagnons , la fièvre de Médine les frappa très fort et ils en furent très malades , à tel point qu’ils ne pouvaient prier en position assise (mais Allah en a préservé l’apôtre d'Allah)141.
L’apôtre d'Allah est sorti vers eux quand ils priaient ainsi , et il leur dit:
-Savez vous que la prière assise est inférieure de moitié en valeur à celle faite debout?
Alors les musulmans ont péniblement essayé de se remettre sur leurs pieds , en dépit de leur faiblesse et de leur maladie , à la recherche de la bénédiction.
Ensuite , l’apôtre d'Allah prépara la guerre en réponse à l’ordre d’Allah de combattre les ennemis et de combattre les polythéistes qui étaient alliés avec ceux qu’Allah ordonnait de combattre. C’était treize ans après son appel.

(Malik , Muwatta 45/4 , 14).142

Quand l’apôtre d'Allah est arrivé à Médine , Abu Bakr et Bilal ont été atteints par une fièvre. Je143 les ai visités et j’ai dit:
-Père , que se passe t-il? Bilal , que se passe t-il?
(...)
Quand la fièvre d’Abu Bakr s’est aggravée , il144 a déclaré:
-Chaque homme est frappé parmi les siens le matin , la mort est plus proche que le lacet d’une sandale.
(...)
Il dit:
-Ô Allah! Fais nous aimer Médine autant que la Mecque , ou même plus.

(Bukhari , Sahih 75/8).

Aïsha a dit: Quand l’envoyé d'Allah arriva à Médine , Abu Bakr et Bilal furent pris de la fièvre. J'entrai chez eux et je dis:
-Mon cher père , comment te trouves-tu ? Ô Bilal , comment te trouves-tu ?
Lorsque Abu Bakr avait un accès de fièvre , il récitait ce vers:
Pour tout homme , au moment où on lui dit bonjour au milieu des siens ,
la mort est plus proche que les cordons de sa chaussure.


Quand son accès de fièvre cessait Bilal disait ces vers:
Ah! plut à Allah que je pusse passer une nuit dans une vallée au milieu d'idzkhir145 et de
jaltl146.
Ou encore que je pusse boire de l'eau de Mijanna147 ou bien apercevoir Chama et Tafil148.


Aïsha a dit:
J'allai trouver l'envoyé d'Allah et l'informai de cela.
-Ô envoyé d'Allah , s'écria-t-il , fais-nous aimer Médine comme nous aimons la Mecque ou plus encore. Ô envoyé d'Allah , fais que ce pays soit sain , que son modd et son sa149 soient bénis pour nous ; emporte la fièvre de Médine et mets-la à Jobfa150.

(Bukhari , Sahih 29-12).
Aïsha a dit : "Lorsque l'envoyé d'Allah se rendit à Médine, Abu Bakr et Bilâl eurent la fièvre. Chaque fois que Abu Bakr avait un accès de fièvre, il disait :
-Tout homme à qui sa famille souhaite le bonjour à la mort plus près de lui que les cordons de ses sandales.

 Quant à Bilâl, aussitôt que son accès de fièvre était terminé, il élevait sa voix dolente et disait :
-Hélas ! plût au Ciel que je fusse sûr de passer encore une nuit dans quelque vallée, entouré de souchet et de chiendent, ou de boire encore les eaux de Madjanna, ou de voir encore les montagnes de Shâma et de Tafîl.

"Ô Allah, ajoutait-il, maudis Shayba ibn Rabîa, 'Atba ibn Rabîa et Omayya ibn Khalaf151 qui m'ont fait sortir de mon pays pour venir au pays de la pestilence."

"L'envoyé de Allah dit ensuite : "Ô mon Allah, fais que nous ayons pour Médine l'affection que nous avons pour la Mecque ou une affection plus vivre encore. Ô mon Allah, bénis pour nous dans cette ville nos et nos modd152 (c'est à dire : "donne-nous l'abondance.) Fais que cette ville soit saine pour nous et transporte ses fièvres à El Johfa."

"Quand nous arrivâmes à Médine, ajoute Aïsha, cette ville était une de plus malsaines de la terre de Allah. Le torrent de Bothân roulait des eaux fétides."

D'après Aslam, 'Omar a dit : "Ô Allah, fais-moi la faveur d'être martyr dans ta voie et fais que je meure dans la ville de ton envoyé."


(Bukhari , Sahih 52/30)
...Umm al Ala , une des femmes des ansar qui avait prêté serment de fidélité au prophète , lui a raconté ceci153 :
-Lorsque les ansar tirèrent aus sort pour loger les muhajir , le sort nous attribua Othman ibn Mazun. Ce muhajir , continua Umm al Ala , après être resté chez nous un certain temps , tomba malade ; nous le soignâmes jusqu’au jour où il mourut et nous l’ensevelîmes dans ses vêtements.


2. — Heureux événements.

Cette naissance est mise en valeur: c’est le premier né dans la communauté des musulmans154 , l’Umma , récemment constituée. Les enfants155 sont très rarement mentionnés dans les textes musulmans anciens, que nous présentons ici.156 Essentiellement, les enfants que l'on trouve ici ne sont que les garçons, les seuls vraiment utiles et importants. Le Corpus coranique suit la même tendance.

(Bukhari , Sahih 58/249).157
Le premier enfant qui est né en terre musulmane parmi les émigrants158 a été Abdullah ibn Az Zubayr159.
Ils l'apportèrent au prophète. Le prophète prit une datte et après l'avoir mâchée , il mit le jus dans sa bouche160 . Donc , la première chose qui vint dans le ventre de l'enfant fut la salive du prophète. 

(Bukhari , Sahih 71/1 , 3).
Urwa rapporte que Asma bint Abu Bakr devint enceinte de Abdallah ibn Zubayr à La Mecque.
-Je quittai La Mecque , dit-elle , au moment de la fin de ma grossesse et me rendis à Médine. Arrivée à Qoba161 , j'accouchai en cet endroit ; j'apportai l'enfant à l'envoyé d'Allah qui le prit sur ses genoux. Puis il demanda une datte , la macha et cracha dans la bouche de l'enfant. La première chose qui pénétra dans son ventre fut donc la salive de l'envoyé d'Allah. Ensuite le prophète lui frotta l'intérieur de la gorge avec la datte , puis il fit une invocation et bénit l'enfant162 . Ce fut le premier enfant né parmi les musulmans. On éprouva une joie excessive de cette naissance , parce que l'on avait dit que les Juifs avaient ensorcelé les musulmans en sorte qu’ils n’auraient plus d’enfants.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 114-5)
Quand Zubayr arriva à Médine , sa femme Asma était enceinte , et Abdallah ibn Zubayr , naquit à Médine. Les Juifs de Khaybar prétendaient avoir jeté un sort sur tous les partisans de la religion de Muhammad , tant sur ceux qui étaient venus de la Mecque que sur ceux de Médine163. Il ne leur naitra pas d'enfants , avaient-ils dit , ni mâles , ni femelles ; et ils avaient fait dire aux habitants de la Mecque:
-Soyez contents , nous avons enrayé la descendance de Muhammad et de ses adhérents: quand il mourra , sa race sera éteinte. Les Mecquois en furent très heureux , tandis que les compagnons du prophète , étant informés de cela , furent affligés. Muhammad leur dit:
-Ne vous affligez pas , car Allah m'a donné la promesse que ma religion durera jusqu'au jour de la résurrection ; vous aurez des enfants et des descendants.
Or , cette même année , naquit , parmi les réfugiés , Abdallah ibn Zubayr , ce que les musulmans firent valoir très haut ; car les paroles de Muhammad furent justifiées parmi eux , tandis que les Juifs reçurent un démenti.


3. — L’aide aux muhajirun.


Les centaines de personnes arrivées souffeent dans une oasis déjà peuplée. En attendant la mise en place des expéditions de pillage , elle est en position de parasite. Muhammad exhorte donc les ansar à les aider financièrement. Des allusions sont perceptibles dans le Coran.

(Corpus coranique d'Othman 2/273-5).164
Si vous donnez ouvertement vos aumônes , combien elles sont bonnes!
Mais si vous les cachez en les donnant aux besogneux , c'est mieux pour vous et efface pour vous une partie de vos mauvaises actions.
Allah , de ce que vous faites , est bien informé.
Diriger ces infidèles ne t'incombe pas , prophète!
Mais Allah dirige qui il veut.
Ce que vous dépensez en bonnes œuvres est pour vous-mêmes , et vous ne dépensez que pour rechercher la face d'Allah.
Ce que vous dépensez en bonnes œuvres vous sera exactement rendu et vous ne serez point lésés.
Aux besogneux165 qui ont été réduits à la misère par leur œuvre dans le chemin d'Allah166 , qui ne peuvent se déplacer sur la terre , que le Sans-Loi juge riches à cause de leur abstinence , que tu reconnais à leur aspect , qui ne demandent point l'aumône aux gens , avec importunité , à ces besogneux revient ce que vous dépensez en bonnes œuvres , car Allah les connait bien.
Ceux qui , en aumône , dépensent leurs biens , la nuit et le jour , en secret et en public , auront leur rétribution auprès de leur seigneur.
Nulle crainte sur eux , et ils ne seront point attristés.

Le soutien financier d’Abd al Rahman ibn Awf.
Selon l’exégèse , c’est ce personnage qui est mentioné dans cet extrait du Coran.

(Corpus coranique d'Othman 9/80).

Ce sont là ceux qui critiquent et les croyants faisant de bon gré des aumônes et ceux qui , se trouvant seulement leur nécessaire , font de maigres dons.
Ils se moquent d’eux , mais Allah se moquera d’eux dans l’au-delà , et ils auront un tourment cruel.

Menaces contre les avares.
(Corpus coranique d'Othman 3/175-6).

Que ceux qui sont avares de la faveur qu’Allah leur a accordée ne considèrent pas cela comme un bien pour eux.
C’est au contraire un mal.
Au jour de la résurrection , ils recevront , autour du cou , ce dont ils auront été avares.
A Allah l’héritage des cieux et de la terre.
Allah , de ce que vous faites , est bien informé.

(Hanbal , Musnad 5/451).167

Quand l’apôtre d’Allah a émigré à Médine , je suis venu le voir , comme tout le monde. Il était assis parmi un groupe de gens quand je suis arrivé , et il disait:
-Je jure par Allah que quelqu’un avec un tel visage ne peut pas mentir.
Sans délais , je me suis déclaré de sa croyance.

(Muslim, Sahih 3318).168
'Anas ibn Mâlik a dit:
Quand les Muhâjirûn, venus de La Mecque, arrivèrent à Médine, ils ne possédaient rien, tandis que les 'Ansâr avaient des terres et des palmerais. Chaque année, les 'Ansâr partagèrent chaque année avec eux la moitié des fruits de leurs biens, comme salaire de leur travail. La mère de 'Anas ibn Mâlik, surnommée 'Umm Sulaym, était également la mère de `Abd-Allah ibn 'Abî Talha, celui-ci et 'Anas étaient donc des frères utérins. La mère de 'Anas ayant donné les fruits d’un palmier à l'Envoyé d'Allah , celui-ci les donna à son tour à son affranchie, 'Umm 'Ayman, la mère de 'Usâma ibn Zayd. D'après Ibn Shihâb, 'Anas ibn Mâlik m’a raconté que le prophète , après avoir terminé le combat mené contre les gens de Khaybar, rentra à Médine. Alors les Muhâjirûn rendirent aux Ansâr leur dons et le prophète rendit à la mère de 'Anas les fruits de son palmier qu'elle lui avait donnés. Enfin l'Envoyé d'Allah donna à 'Umm 'Ayman, à la place (des fruits) de ces palmiers, des fruits de son propre clos (de Médine).



§ 311. — Les musulmans au travail?

Les mentions d’activités économiques auxquelles se consacrent les musulmans de Médine sont très rares , hormis bien sur les expéditions de pillage. Voici une de ces rares allusions169 , parmi d’autres qui insistent plutôt sur la domination des Juifs dans ces domaines. Fondamentalement , l’islam primitif reste très méprisant envers les activités agricoles , qui sont laissés aux inférieurs170. Il ne faut pas oublier que toute cette littérature de la Tradition Islamique a été rédigée à une époque impériale, celle des Abbassides, où la production économique est sensée reposer sur les groupes inférieurs de la société.

(Bukhari , Sahih 34/1 , 1).171
Sayd ibn El Nosayyib et Abu Salama ibn Abderrahman racontent que Abu Hurayra a tenu le discours suivant: Vous dites:
-Abu Hurayra fournit un grand nombre de traditions relatives à l’envoyé d'Allah , et vous ajoutez: pourquoi les muhajirun et les ansar ne rapportent-ils point sur l'envoyé d'Allah autant de traditions que Abu Hurayra?
- C'est que mes frères , les muhajirun , s'occupaient de trafiquer sur les marchés , tandis que moi je restais toujours auprès de l'envoyé d'Allah , me contentant d'avoir de quoi apaiser ma faim. J'étais donc là alors qu'ils étaient absents et je meublais ma mémoire tandis que la leur restait vide. Quant à nos frères , les ansar , ils donnaient tous leurs soins aux travaux des champs pendant que moi , je demeurais pauvre au milieu des autres pauvres de la Soffa172 et j'emmagasinais des traditions au moment où eux ne pouvaient en faire autant.

(Bukhari , Sahih 42/6).
...un homme des ansar plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra173 qui servaient à l'irrigation des palmiers , l'ansar ayant demandé que Zubayr laissât l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires , l'envoyé d'Allah s'adressa à Zubayr en ces termes:
-Arrose tes arbres , ô Zubayr , mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors , plein de colère , l'ansar s'écria :
-On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
-A ces mots le visage de l’envoyé d'Allah changea de couleur:
-Arrose tes arbres , ô Zubayr , reprit-il , puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
-Par Allah! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non , j'en jure par ton seigneur , non , ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 174 .

(Bukhari , Sahih 78/74).

Jabir ibn Abdallah a dit que Moaz ibn Jabal priait avec le prophète , puis allait trouver ses gens et faisait de nouveau laprière avec eux. Il avait commencé la lecture de la Vache175 et comme cela durait longtemps , un homme pressé fit une prière très courte. Moaz , ayant appris cela , dit que cet homme était un munafiq176. L'homme , ayant appris la chose , alla trouver le prophète et lui dit:
-Ô envoyé d'Allah , nous sommes des gens qui travaillons de nos mains , et qui arrosons nos terres à l’aide de nos chameaux , or Moaz hier a fait la prière avec nous et a entamé la lecture de la Vache. Aussi ai-je rapidement fait ma prière ; or , aujourd’hui il prétend que je suis un munafiq.
-Ô Moaz , dit le prophète -à trois reprises différentes177 - , veux-tu donc provoquer des complications , récite donc:
J'en jure par le soleil et sa clarté 178 , ou: Proclame le nom élevé de ton seigneur 179 ,
ou des sourates analogues180.


§ 312. — La législation économique, miroir de la vie quotidienne.

Les hadiths contiennent un grand nombre de prescriptions extrêmmement précises et matérielles, ayant trait à des affaires de la vie quotidienne et locale , très locale , à Médine . Les textes fleurent bon le terroir et la datte fraiche , les négociations de maquignons , les affaires d'irrigation181 , des querelles de minarets. Il n'est presque pas nécessaire d'ajouter , avec certitude , qu'aucune de ces règles ne provient de Muhammad lui-même: cette législation à la petite semaine s'est constituée peu à peu , au gré de la fantaisie , des hasards de la mémoire , des audaces de la mauvaise foi , pendant plusieurs siècles.182


(Ibn Hanbal, Musnad, v. 5, p. 27).
Celui qui fait en sorte d’augmenter les tarifs sur les marchés des musulmans, le tout puissant a le droit de lui réserver un domaine dans un grand feu le jour du jugement.

(Ibn Hambal, Musnad v. 2, p. 33).
Celui qui conserve des biens comestibles pendant 40 jours doit savoir qu’il l’a pas de relation avec le tout puissant, et le tout puissant n’a pas de relation avec lui.

(Muslim , Sahih 22).

2896.

Contrat d'arrosage et plantation de la terre contre une partie du produit.
..."L'envoyé d'Allah exigea des gens de Khaybar la moitié des produits du sol : fruits ou grains".

2904.
Mérite de la plantation et de la semence.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Chaque fois qu'un musulman plante un arbre ou sème une semence, il aura à son actif comme aumône tout ce qui aura été mangé du produit de cette plante par un oiseau, un homme ou un quadrupède".

2906.
Remise d'une redevance à la suite d'un fléau.
... l'envoyé d'Allah a interdit la vente des dattes tant qu'ils ne sont pas encore mûres. Et, comme on demanda à Anas :
-"Comment elles deviennent mûres?".
Il répondit :
-"Quand elles deviennent rouges ou jaunes".
Puis, il ajouta :
-"Ne vois-tu pas que si Allah empêche le fruit (de mûrir), comment l'un de vous prendra-t-il injustement le bien d'autrui".

2911.
Recommandation de faire une remise d'une dette.
L'envoyé d'Allah entendit près de la porte le bruit d'une contestation entre deux hommes qui élevaient la voix. L'un d'eux demanda qu'on réduisît sa dette ou qu'on lui accordât des facilités de payement; alors que l'autre dit :
-"Non, par Allah! Je n'en ferai rien".
L'envoyé d'Allah sortit et, se dirigeant vers eux, dit :
-"Où est celui qui jure par Allah qu'il ne fera pas une bonne action?".
-"Moi, ô envoyé d'Allah", répondit l'un d'eux et il ajouta : "Je lui accorde celle des deux options (réduction de la dette ou facilités de paiement) qu'il préfère".

2912.
Ka'b ibn Mâlik rapporte qu'il demandait le règlement d'une dette qu'il avait sur ibn 'Abu Hadrad. La scène se passait dans la mosquée du temps de l'envoyé d'Allah . Comme tous deux élevèrent la voix, l'envoyé d'Allah , qui était dans sa chambre, les entendit; et vint les trouver. Soulevant le rideau de sa chambre, il interpella Ka'b ibn Mâlik.
- "Hé! Ka'b", s'écria-t-il.
- "Me voici, ô envoyé d'Allah", répondit Ka'b.
Le prophète lui fit de la main signe de réduire la dette à sa moitié.
-"C'est fait, ô envoyé d'Allah", dit Ka'b.
- "Maintenant, dit l'envoyé d'Allah au débiteur, lève-toi et paye-lui".

2913.
Le vendeur trouvant sa marchandise chez l'acheteur qui fait faillite, a le droit de la récupérer.
J'ai entendu l'envoyé d'Allah dire :
-"Celui qui trouve un bien intact qui lui appartenait chez un homme en déconfiture, a plus de droit de le récupérer que tout autre".

2917.
Mérite de celui qui accorde un délai à un autre qui se trouvait en gêne.
...l'envoyé d'Allah a dit : Ayant recueilli l'âme d'un homme qui vivait avant vous, les anges lui demandèrent :
-"As-tu fait un bien quelconque?"
Il leur répondit :
-"Non".
Ils répliquèrent :
-"Souviens-toi".
Il leur dit :
-"Je faisais des prêts aux gens et alors, je demandais à mes commis d'accorder un délai à l'homme gêné et de faire remise à l'homme aisé".
Allah à Lui la puissance et la gloire dit aux anges :
-"Faites-lui une remise (de ses péchés)".

2921.
... L'envoyé d'Allah a dit :
-"On (c'est Allah qu'il faut entendre par ce pronom indéfini) demanda son compte à un homme qui vivait avant vous. On trouva qu'il n'avait fait aucun bien, sauf qu'il faisait du commerce et qu'il était riche, alors il ordonnait à ses commis de faire des réductions à ceux qui étaient dans la gêne". Allah, à lui la puissance et la gloire, dit :
- "C'est nous qui avons plus de droit d'agir de la sorte, accordez à cet homme le pardon de ses fautes!"

2922.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Il y avait un homme qui prêtait les gens et qui disait à son commis :
"Quand tu trouves un homme insolvable, fais-lui grâce (de sa dette), afin que Allah nous fasse grâce".
Cet homme ayant rencontré Allah, celui-ci lui fait grâce.

2924.
Interdiction du retardement de s'acquitter d'une dette, la validité du mandat et son acceptation.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"L'homme solvable qui tarde à s'acquitter commet une iniquité et si un homme riche parmi vous reçoit une délégation de créance sur un homme insolvable, il doit l'accepter".

2927.
Interdiction de la vente et de la retenue d'un superflu d'eau dans un désert pour différents buts et interdiction de vendre la saillie d'un étalon.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"On ne doit pas refuser le superflu de l'eau, pour ne pas empêcher le pâturage de pousser".

2930.
Interdiction de se servir du prix du chien, du salaire du devin et du gain de la prostituée. Interdiction de vendre le chat.
... , l'envoyé d'Allah a interdit de prélever un prix pour un chien, une rétribution pour la fornication et un salaire pour la divination.

2934.
Ordre de tuer les chiens puis son abrogation, interdiction d'élever des chiens à moins qu'ils ne soient pour garder la plantation et les troupeaux ou pour la chasse
... l'envoyé d'Allah ordonna de tuer les chiens.

2940.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Quiconque se sert d'un chien, à moins que ce ne soit un chien de berger ou un chien de chasse, diminue son contingent de bonnes œuvres chaque jour de deux qîrât"183 .

2947.
... , l'envoyé d'Allah a dit : "Quiconque détient un chien, à moins qu'il ne soit un chien de chasse, de troupeau ou de champ, se verra retrancher chaque jour deux qîrât de (la récompense de) ses œuvres".

2951.
D'après Sufyân ibn Abu Zuhayr , j'ai entendu l'envoyé d'Allah dire :
-"Quiconque possède un chien dans un autre but que la garde de ses champs ou de ses troupeaux, verra la récompense de ses œuvres diminuée journellement d'un qîrât".

2952.
Gain licite de celui qui fait les saignées.
Anas ibn Mâlik, interrogé au sujet du salaire des ventouses, répondit :
-"L'envoyé d'Allah se fit mettre des ventouses par Abu Tayba et lui donna (pour salaire) deux de nourriture, ordonna à ses maîtres de diminuer la redevance qu'ils exigeaient de lui et dit :
-"Le remède le plus approprié, c'est l'application des ventouses, ou c'est votre meilleur remède".

2958.
Interdiction de la vente du vin.
'Aïsha a dit : Quand les derniers versets de la sourate Al Baqara furent révélés, l'envoyé d'Allah sortit de son appartement et les récita aux fidèles. Ensuite, il prohiba le commerce du vin.184

2961.
ayant appris que Samura avait vendu du vin, (il)185 s'écria : "Qu’ Allah maudisse Samura! Ne sait-il donc pas que l'envoyé d'Allah a dit :
-Que Allah maudisse les juifs! Bien qu'on leur ait interdit l'usage des graisses (des animaux crevés) et ils les ont fait fondre et les ont vendues".

2962.
... l'envoyé d'Allah a dit : "Que Allah maudisse les juifs! Bien que Allah leur ait interdit l'usage des graisses (des animaux crevés), ils les ont vendues et en ont mangé le prix".

2964.
L'intérêt usuraire.
... , l'envoyé d'Allah a dit : "Ne vendez l'or contre l'or qu'égalité à égalité et que l'un de vous n'en donne pas plus que l'autre. Ne vendez l'argent contre l'argent qu'égalité à égalité et que l'un de vous n'en donne pas plus que l'autre. Ne vendez aucun de ces (métaux précieux) non présents contre un objet présent".

2968.
Change et vente de l'or contre l'argent.186
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"Echanger l'argent contre l'or, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger du froment contre du froment, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger de l'orge contre l'orge, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément. Echanger des dattes contre des dattes, comporte de l'usure à moins que l'échange ne soit fait simultanément".

2975.
Interdiction de la vente de l'argent contre l'or à terme.
... L'un de mes associés avait vendu des dirhams en argent livrables à terme - ou au Hajj (temps de la livraison). Il vint me raconter cette affaire.
- "Une telle transaction est défendue", m'écriai-je.
- "J'ai fait cette vente au marché et personne n'y a trouvé à redire", répondit mon associé. Alors j'allai trouver al Barâ ibn Azib pour le questionner à ce sujet.
- "Quand le prophète vint à Médine, répondit celui-ci, nous pratiquions ce mode de vente. Mais le prophète dit :
-Si le paiement est fait sur place, il n'y aura aucun inconvénient, mais si le paiement est différé à terme, ce sera de l'usure. Va trouver Zayd ibn Arqam et questionne-le là-dessus, car il est un grand négociant".
J'allai alors interroger Zayd ibn Arqam qui me donna la même réponse.

2977.
Abu Bakra a dit : l'envoyé d'Allah a interdit la vente de l'argent contre l'argent et de l'or contre l'or à moins qu'il ne soit égalité à égalité. Il nous a ordonnés d'acheter l'argent contre l'or comme bon nous semble et d'acheter l'or contre l'argent comme bon nous semble. Un homme lui demanda (au sujet du mode du paiement).
-"De main en main", lui répondit-il. C'est ce que j'ai entendu (de l'envoyé d'Allah)".

2983.
Vente de la nourriture égalité à égalité.
... l'envoyé d'Allah installa un agent des Banû 'Adî Al-Ansâri, à Khaybar. Cet agent ayant venu avec des dattes d'une bonne espèce dite janîb, l'envoyé d'Allah lui demanda si toutes les dattes de Khaybar étaient de cette qualité.
- "Non, par Allah, ô envoyé d'Allah, répondit l'agent; en échange d'un sâ de ces dattes, nous vendons deux d'une mauvaise qualité dite jam".
- "Ne fais plus cela, répondit l'envoyé d'Allah , mais égalité à égalité, ou plutôt vends ces dattes (de qualité médiocre) contre de l'argent, puis de cet argent achète de dattes (de bonne qualité). C'est ainsi qu'on pèse".

2985.
... Bilâl ayant apporté au prophète des dattes (de bonne qualité) dites barnî, l'envoyé d'Allah lui demanda d'où provenaient ces dattes.
- "J'avais, répondit Bilâl, des dattes de mauvaise qualité et j'en ai vendu deux sâ' contre un sa' de barnî pour servir le prophète ".
L'envoyé d'Allah s'écria alors :
-"Hélas! Mais c'est de l'usure pure! N'agis plus ainsi et, si tu veux acheter des dattes barnî, vends les dattes de qualité médiocre contre de l'argent et achète ensuite des dattes de qualité supérieure".

2988.
Abu Nadra a dit : J'ai interrogé ibn 'Abbâs sur le troc de l'or contre l'or, de l'or contre l'argent ou de l'argent contre l'or. Il m'a dit :
-"L'échange serait-il de main à main?".
Quand j'ai répondu par l'affirmative, il a dit :
-"Il n'y a pas de mal à le faire".
J'ai informé alors Abu Sa'îd, en disant :
-"J'ai interrogé ibn 'Abbâs sur le troc de l'or contre l'or, de l'or contre l'argent ou de l'argent contre l'or. Il m'a dit :
-"L'échange serait-il de main à main?".
Quand j'ai répondu affirmativement, il a dit :
-"Il n'y a pas de mal à le faire".
Abu Sa'îd a dit :
-"Est-ce qu'il a dit cela vraiment?! Je lui écrirai à propos de cela : il ne doit pas vous faire des fatwas.
Par Allah, un jour quelques jeunes gens ont apporté des dattes à l'envoyé d'Allah . L'ayant méconnu, le prophète a dit :
-Il semble que ces dattes ne sont pas le produit de notre terre.
L'un d'eux a dit :
-La datte de notre terre, ou notre datte cette année était mauvaise, j'ai alors pris cela (la datte de bonne qualité) contre une grande quantité de la nôtre'.
Le prophète s'écria donc :
-'C'est de l'usure. N'agis jamais de la sorte. Au cas où tu aurais des doutes sur la qualité de tes dattes, vends-les, puis achète les dattes bonnes que te semblent'.

2990.
... "Dinar contre dinar et dirham contre dirham , égalité à égalité, celui qui donne davantage ou demande davantage est, en effet, un usurier".
Je lui fis observer qu'ibn 'Abbâs ne s'était pas exprimé ainsi.
-"Alors, dit Abu Sa'îd, je rencontrai ibn 'Abbâs et lui demandai s'il avait entendu cette prescription de la bouche de l'envoyé d'Allah ou s'il l'avait trouvée dans le livre de Allah, à Lui la puissance et la gloire".
-"Je n'ai pas entendu cela de la bouche de l'envoyé d'Allah et je ne l'ai pas trouvé dans le livre de Allah, répondit-il, mais, c'est Usâma ibn Zayd qui m'a informé que le prophète avait dit : Il n'y a usure à moins qu'il n'y ait terme".

2991.
... le prophète a dit : "Il n'y a usure à moins qu'il n'y ait terme".

2996.
Le fait de prendre ce qui est licite et d'éviter les choses douteuses.
... il a entendu l'envoyé d'Allah dire (et An-Nu'mân mit ses doigts sur ses oreilles) :
-"Certes ce qui est licite est évident ainsi que ce qui est illicite. Mais entre ces deux catégories, il y a des choses sur lesquelles on peut avoir des doutes et que peu de gens les connaissent. Celui qui se garde des choses douteuses, préserve sa religion et son honneur. Celui qui y tombe, commet ainsi un acte illicite, comme un pâtre qui mène son troupeau paître autour d'un enclos risquant d'y pénétrer. N'est-ce pas chaque souverain a un domaine réservé! Or l'enclos de Allah sont ses interdictions. En vérité, il y a dans le corps humain un organe, s'il est sain, le corps tout entier sera sain, mais s'il est corrompu, tout le corps le sera entièrement. Eh bien il s'agit du cœur".

3003.
Emprunter quelque chose puis s'acquitter de sa dette de la meilleure façon.
"Le meilleur de vous est celui qui s'acquitte le mieux ses dettes".
... Un homme étant venu réclamer rudement le règlement de sa créance à l'envoyé d'Allah . Sur ce, les compagnons du prophète voulurent le châtier. Et le prophète de dire :
-"Le créancier a le droit de réclamer son dû. Qu'on lui achète un chameau (d'un certain âge) et qu'on le lui donne".
-"Mais on n'en trouva qu'un meilleur chameau d'un âge plus avancé".
-"Eh bien! qu'on le lui donne!, s'écria le prophète, les meilleurs d'entre vous sont ceux qui s'acquittent le mieux de leurs dettes".

3007.
Le gage et son autorisation étant en voyage ou dans la ville.
D'après 'Aïsha, l'envoyé d'Allah , ayant acheté des grains d'un juif à terme, lui donna sa cotte de mailles en fer comme gage.

3010.
Le prêt.
ibn 'Abbâs a dit : Quand le prophète arriva à Médine, les gens prêtaient sur les fruits pour un an ou deux ans.
- "Que celui qui prête sur des dattes, dit alors le prophète, le fasse après avoir déterminer la mesure, le poids et le terme".

3014.
Interdiction de jurer dans la vente.
... J'ai entendu l'envoyé d’ Allah dire :
-"Le serment fait accroître le débit de la marchandise, mais fait disparaître la bénédiction du bénéfice".

3016.
Retrait.
... L'envoyé d'Allah a dit :
-"Celui qui a un associé à un terrain, une demeure ou une palmeraie, n'a pas le droit de vendre avant de lui proposer l'achat. Si son associé veut acheter, qu'ils concluent l'achat; et s'il refuse, le partenaire aura le droit de disposer du bien".

3019.
Plantation du bois dans le mur du voisin.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"Que l'un de vous n'empêche pas son voisin de planter une poutre dans son mur".

3020.
Interdiction de l'injustice et de la violation d'un terrain, ou d'autre chose.
... L'envoyé d'Allah a dit : "Celui qui s'approprie injustement d'un empan d'un terrain, Allah lui en fera un collier (de la pesanteur) de sept terres".

3025.
D'après 'Aïsha , L'envoyé d'Allah a dit :
-"Celui qui s'approprie injustement d'un empan de terre, on lui en fera un collier (de la pesanteur) de sept terres".

3026 .
La largeur d'une route en cas de dispute.
... le prophète a dit :
-"Lorsque vous vous disputez au sujet de la largeur d'un chemin (séparant deux propriétés différentes), faites qu'elle soit de sept coudées".
 






Chapitre 53

La prise du pouvoir



Technique du coup-d’Etat dans une oasis



§ 313. — Présentation.

En arrivant à Médine , la secte des musulmans devient l'outil d'un totalitarisme, et du point de vue musulman, une religion: c’est pour cela que l’année 622 est considérée comme le début du comput musulman. Ce n’est pas encore l’islam: c’est la Religion , la religion de Vérité , ou la religion d’Abraham.187
A la Mecque , la nouvelle croyance et son porte-parole étaient contestés. A Médine , Muhammad espère obtenir des conditions plus favorables: la société est plus diversifiée , l’autorité politique moins forte , et l’influence juive semble préparer les esprits à une forme de monothéisme.
Après son intrusion , l’idée politique essentielle de Muhammad est la fondation d’une nouvelle organisation , l’umma188 , distincte et autres et soumise exclusivement à la volonté divine , évidemment par l’intermédiaire de son prophète. Il faut donc bouleverser les règles habituelles de fonctionnement de la société. Mais comme il n’intervient pour l’instant qu’en tant que corps étranger , avec la fonction officielle d’arbitre189 , il doit établir une base ferme à patir de laquelle il pourra asseoir son pouvoir. Cette base serait une convention190 , appelée “La constitution de Médine”. C’est certainement le document le plus important de toute l’histoire musulmane. Il est néanmoins très rarement publié.


§ 314. — La prise de contrôle des Banu Najjar.

Muhammad profite d’un coup du sort pour prendre le pouvoir sur une petite tribu , dont on ne sait si elle est juive ou arabe191. C’est une répétition en petit de ce qui adviendra plus tard. Il s’agit de la tribu avec laquelle son clan avait de lointains liens familiaux , remontant à son grand-père.

De l'histoire ancienne.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 88).

Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir , un des Adiyy ibn al Najjar192. Avant , elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Awf ibn Amir ibn Malik ibn Aws193 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens , elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme , elle le quittait.
Hashim , elle donna Abdul Muttalib , qu'elle appela Shayba.

(ibn Khaldun , Livre des Exemples p. 306).194

La mère du prophète , Amina bint Wahb ibn Abd Manaf ibn Zuhra , l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel 195 de son grand-père Abd al Muttalib , les Banu Adi ibn an-Najjar , à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.196

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 346).
Au cours des mois de la construction de la mosquée , Abu Umama Asad ibn Zurara est mort ; il fut pris par la diphthérie et de râclements de gorge.
... l’apôtre a dit:
-Quel malheur que la mort d’Abu Umama! Les Juifs et les Arabes munafiqun197 diront sans doute: “s’il est prophète , son compagnon ne serait pas mort” mais vraiment je n’ai pas de pouvoir d’Allah concernant mes compagnons et moi-même.
... Quand Abu Umama est mort , les Banu al Najjar sont venus voir l’apôtre , parce qu’Abu Umama était leur chef , qu’il tenait un rang élevé , que l’apôtre connaissait , et qu’il pouvait nommer quelqu’un parmi eux pour le remplacer ; à cela , l’apôtre répondit:
-Vous êtes mes oncles maternels , nous sommes de la même famille , donc je serai votre chef.
L’apôtre ne voulait pas préférer l’un ou l’autre. Alors , les Banu Najjar se sont considérés comme très honorés d’avoir l’apôtre comme leur chef.

(Bukhari , Sahih 78/47).
Abu Osayd as Saydi rapporte que le prophète a dit:
-La meilleure famille des ansar est celle des Banu Najjar.


§ 315. — ”La constitution de Médine”.

La plupart des historiens estiment que le document198 transmis par ibn Ishaq et ibn Hisham est authentique199 . On hésite en revanche sur la date 200 de la rédaction et sur son unité201 ; elle correspond à la première phase de l’implantation de Muhammad , quand son pouvoir n’est pas absolu , et quand les tribus juives sont censées accepter de bon gré la nouvelle doctrine. Par conséquent , le texte ne présente pas encore les marques de l’autoritarisme qui sera à l’oeuvre par la suite. Il n’est encore qu’un cadre , un point de départ. Mais déjà , on distingue les prémisses de l’expansion de cette puissance.
Dans le fond , la convention précise les rapports entre les différents éléments de la population de Médine: les muhajirun , les ansar , autochtones convertis (ou “munafiqun”) , et même païens et les tribus juives. Les rapports avec les Juifs sont définis mais assez vaguement pour qu’ils soient considérés comme à l’écart du groupe.
La société musulmane primitive - et idéale- possède une structure archaïque , constituée de communautés agrégées , aux droits inégaux , et la notion d’individu lui est totalement étrangère. Le seul indice de solidarité réside dans le paiement du prix du sang202.
Elle règle aussi les relations avec l’étranger , considéré dès ce moment comme absolument différent , ce qui est signifié dans l’article suivant (§ 1): “Ils forment une communauté unique203 distincte des autres peuples”. C’est peut-être l’origine véritable de ce document: présenter un front uni du groupe face à un monde présumé hostile ou qui va bientôt le devenir (§ 15 et 17 ,19 ,21) pour ensuite le combattre204 .
La solidarité tribale subsiste car elle reste le lien le plus viscéral , mais elle est en partie remplacée par celle ayant pour critère exclusif la religion: l’islam et l’autorité de Muhammad forme un nouveau ciment et le stade de l’arbitrage205 est largement dépassé , ne serait ce qu’en sa qualité d’initiateur et rédacteur du document206 . Mais il n’y a pas encore de trace de son autoritarisme et de ses ambitions totalitaires: C’est Muhammad “première période” qui se satisfait d’être considéré comme “Messager d’Allah” (§ 47).
Le document juridique ainsi rédigé scelle le fonctionnement de la nouvelle société ; pour autant , il ne réapparaît pas dans la course des événements: comme s’il n’avait servi à rien , comme s’il n’avait été qu’un document pour l’Histoire , au lieu d’être un document historique.
On note simplement qu’il a pu servir de prétexte à l’élimination ultérieure des tribus juives207. Il est simplement remplacé dans les faits par les décisions de Muhammad.


1. — Le texte de la constitution.

0-Présentation du document.


(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 341-4).208
Le messager d’ Allah209 (que Allah le bénisse et le protège!210 ) rédigea un écrit211 ayant trait aux muhajirun et aux ansar212 , écrit par lequel il établissait un traité213 et une alliance214 avec les Juifs , les confirmait dans leur religion215 et leurs possessions , leur donnant certains droits et les obligeant à certains devoirs.


1-Le traité communautaire.216


Au nom d’Allah217 , le miséricordieux , le compatissant!
Ceci est un écrit218 de Muhammad le prophète219 , concernant les croyants220 , les musulmans221 Quraysh222 , ceux de Yathrib , ceux qui les suivent , qui leur sont attachés et qui combattent avec eux223.

§ 1. Ils forment une communauté224 unique distincte des autres peuples225.

§ 2. Les Émigrants Quraysh226 , proportionnellement à leur condition première227 , doivent payer en commun la compensation pour le sang versé par groupe et ils rançonnent leurs prisonniers (le faisant) avec droiture et justice entre croyants.

§ 3. Banu Awf228 , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers229 , le faisant avec droiture et justice entre croyants230.

§ 4. Banu Harith , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.

§ 5. Banu Saydah proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.

§ 6. Banu Jusham , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.

§ 5. Banu Najjar , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.

§ 8. Banu Amir ibn Awf , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.

§ 9. Banu Nabit , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.


§ 10. Banu Aws , proportionnellement à leur condition première , paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé , et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers , le faisant avec droiture et justice entre croyants.
231
.

§ 11. Les croyants ne doivent pas laisser sans secours celui qui est endetté232 et qui est parmi eux , mais doivent lui donner de l'aide selon ce qui est juste , pour payer une rançon ou une compensation pour le sang versé.

§ 12. Un croyant ne doit pas prendre comme confédéré le client d'un autre croyant sans que celui-ci soit consentant.

§ 13. Les croyants imbus de la crainte de Allah233 s'opposent à quiconque parmi eux agit mal , ou prémédite une action contraire à la justice ou à l'honneur , un acte d'hostilité ou de corruption qui serait dirigé contre les croyants ; que les mains des croyants soient unies contre lui , même si le coupable est le fils de l'un d'entre eux.

§ 14. Un croyant ne tue pas un autre croyant à cause d'un incroyant234 et ne donne pas de l'aide à un incroyant contre un croyant235.

§ 15. La sécurité236 d’Allah est une ; la faveur d'une protection accordée à son prochain (ou à son voisin) par le moindre des croyants crée à celui-ci une obligation ; les croyants sont les patrons (ou clients) les uns des autres à l'exclusion des autres personnes237 .

§ 16. Si quelqu'un parmi les Juifs238 nous suit , il a droit à la même aide , au même appui (que les croyants) , à condition que ceux-ci239 ne soient pas lésés par lui et qu'il n'aide pas d'autres gens contre eux240.

§ 17. La paix241 des croyants est une ; aucun croyant ne fait la paix en dehors d'un autre croyant , lors d'un combat qui a lieu dans la voie d’Allah242 , excepté dans la mesure où l'égalité et la justice sont maintenues entre les croyants243.

§ 18. Dans chaque expédition entreprise avec nous , les différentes parties présentes se relaient à tour de rôle244.

§19. Les croyants peuvent se remplacer l'un l'autre pour exercer la vengeance quand un homme a versé son sang dans la voie d’ Allah245. Les croyants imbus de la crainte de Allah sont guidés par l'inspiration la meilleure et la plus droite246.


2-Le complément du traité communautaire.

§ 20. Aucun idolâtre247 ne doit donner sa protection en tant que voisin , que ce soit pour des biens ou pour une personne , à un Quraysh248 , et il ne peut davantage intervenir en faveur d'un Quraysh vis-à-vis d'un croyant249.

§ 21. Lorsque quelqu'un tue un croyant sans raison , il est alors passible de mort , en représailles , sauf si le représentant de l'homme assassiné se déclare satisfait250. Les croyants s'opposent tous au meurtrier251 ; rien d'autre ne peut-leur être permis que de s'opposer à lui.

§ 22. Il ne peut être permis à un croyant qui a donné son accord à ce qui est écrit dans ce document252 et qui croit en Allah et au dernier jour , d'aider un malfaiteur253 ou de l'héberger , car sur cet homme se porterait alors la malédiction d’Allah et sa colère au jour de la résurrection des morts254 , et rien ne sera accepté de lui pour effacer sa faute ou la racheter.

§ 23. Quand survient entre vous un différend , remettez-vous-en255 à Allah et à Muhammad256.


3- Le traité sur le statut des Juifs dans la communauté.


§ 24. Les Juifs supportent les frais de la guerre257 en même temps que les croyants aussi longtemps qu'ils demeurent en guerre.

§ 25. Les Juifs des Banu Awf258 forment une communauté259 semblable à celle des croyants. Que les Juifs aient leur religion260 et que les croyants aient la leur261 , cela s'applique aussi bien à leurs clients262 qu'à eux-mêmes , à l'exception de celui qui aurait mal agi263 ou qui se serait conduit en traître , il n'attire le mal que sur lui-même et sur sa famille.264

§ 26. Pour les Juifs des Banu Najjar , il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.

§ 27. Pour les Juifs des Banu Harith , il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.

§ 28. Pour les Juifs des Banu Saydah , il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.

§ 29. Pour les Juifs des Banu Jusham , il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.

§ 30. Pour les Juifs des Banu Aws , il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.


4- Premier complément du traité sur le statut des Juifs.

§ 31. Pour les Juifs des Banu Thalabah , il en est comme pour ceux de Banu Awf , à l'exception de celui qui aurait mal agi ou qui se serait conduit en traitre ; il n'attire le mal que sur lui-même et sur sa famille265 .

§ 32. Ceux de Jafnah266 , subdivision de Thalabah , sont comme eux.

§ 33. Pour Banu Shutaybah , il en est comme pour les Juifs des Banu Awf ; les agissements loyaux ont le pas sur la traîtrise267 .


5- Second supplément au traité sur le statut des Juifs.


§ 34. - Les clients268 des Thalabah269 sont comme pour eux.

§ 35. Les bilanah270 de certains Juifs sont comme pour les Juifs des Banu Awf ; les agissements loyaux ont le pas sur la traîtrise .

§ 36. Nul d'entre eux ceux appartenant à 1'ummah ne peut partir en guerre271 sans la permission de Muhammad272 mais il ne lui est pas défendu de se venger des blessures reçues273 . Si quelqu'un agit avec témérité274 , cela ne retombe que sur lui-même et sa famille275 , sauf quand un homme a été lésé. Allah sera le parti le plus loyal en ce qui concerne les clauses de ce document276.

36b. Un homme ne doit pas se conduire avec traîtrise avec son allié277 .

§ 36c. Le soutien est dû à une personne qui est maltraitée.
).278


6- Réaffirmation du statut des Juifs dans la communauté.


§ 37. C'est aux Juifs de supporter leurs dépenses et aux musulmans de payer les leurs. Parmi eux c'est-à-dire l'un vis-à-vis de l'autre il y a de l'entr'aide contre quiconque entre en guerre avec le peuple de ce document. Un homme n'est pas coupable de trahison à cause d'un acte de son confédéré. Entre eux existe une amitié sincère et une façon d'agir loyale et non la trahison.

§ 38. Les Juifs supporteront les frais en même temps que les croyants aussi longtemps que durera la guerre.


7-La protection de Yathrib comme enclave sacrée.279

§ 39. La vallée de Yathrib est sacrée pour le peuple de ce document280.

§ 40. Le voisin protégé281 , tient la place du protecteur lui-même , à condition qu'il ne fasse aucun mal et qu'il n'agisse pas traitreusement.

§ 41. Aucune femme ne peut obtenir la protection au titre de voisin sans le consentement des siens282.

§ 42. Quand , parmi le peuple de ce document283 , il arrive quelque incident trouble284 ou querelle dont on craint qu'il n'amène un désastre285 pour ce peuple , qu'on s'en remette286 à Allah et à Muhammad , le messager d’ Allah. Allah est le plus scrupuleux et le plus loyal exécuteur de ce qui est stipulé dans ce document287.

§ 43. - Aucune protection ne doit être accordée aux Quraysh ni à ceux qui les aident288.

§ 44 - Parmi eux existe une entraide contre quiconque attaquerait soudainement Yathrib.

§ 45 - Quand ils sont réunis pour conclure et accepter un traité , ils doivent le conclure et l'accepter ; quand eux , à leur tour , lancent un appel pour la même chose , c'est à eux sur les croyants , sauf pour quiconque entre en guerre à propos de religion , car (il incombe) à chacun d'avoir sa part de leur côté qui est vers eux289.

§ 46 -Les Juifs de al Aws , à la fois leurs clients et eux-mêmes , sont dans la même position que celle du peuple de ce document. Une façon d'agir loyale a le pas sur la trahison.

§ 47 - Une personne qui est coupable ne l'est que vis-à-vis d'elle-même. Allah est le plus loyal et le plus sur exécuteur de ce qui se trouve dans ce document. Cet écrit n'est pas fait pour protéger un malfaiteur ou un traitre290. Celui qui sort est en sécurité , celui qui se tient assis sans bouger est en sécurité dans Médine , sauf celui qui fait le mal et agit en traitre. Allah est le voisin protecteur291 de celui qui agit loyalement et qui craint Allah , et Muhammad est le Messager d’Allah292.


2. — Données complémentaires sur la “Constitution”.

Des documents annexes tentent de présenter les circonstances de rédaction et d’application du document , qui laisse au demeurant peu de traces , tel un fantôme.

(Baladuri , Livre des Conquêtes I 16).293
On dit qu’à l’arrivée du prophète à Médine , il écrivit un accord et fit un pacte avec les Juifs de Yathrib.

(Dawud , Hadith 19/23).
Cette convention fut conclue après la bataille de Badr et après la mort de Kab ibn al Ashraf.


Allah , affidé , et garant.294
(Corpus coranique d'Othman 59/23).
Il est Allah - nulle divinité excepté lui - , le roi , le très saint , le Salut (?) , le pacificateur295 , le préservateur , le Puissant , le Violent , le Superbe.
Combien Allah est plus glorieux que ce qu'ils lui associent !

L’allusion coranique: l’accusation de rupture du pacte par les Juifs.
(Corpus coranique d'Othman 2/77-80).

Et rappelez-vous quand nous fîmes alliance avec les fils d’Israël en leur disant: vous n’adorez qu’Allah. marquez de la bienfaisance vos père et mère , ainsi qu’au proche , aux orphelins , aux pauvres!
Dites du bien aux hommes!
Accomplissez la prière et donnez l’aumône296 !
Par la suite , vous vous êtes détournés et vous êtes écartés , sauf un petit nombre , parmi vous.
Rappelez-vous quand nous fimes alliance avec vous , vous disant: vous ne répandrez pas mutuellement votre sang.
Vous ne vous expulserez pas mutuellement de vos habitats.
Vous avez confessé cette alliance et en portez témoignage.
Par la suite , vous êtes devenus ces Juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement ; vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat297 et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs , vous les rançonnez. or , les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'êcriture et êtes-vous incrédules en une autre ? quelle sera la “récompense” de ceux parmi vous qui font cela , sinon l'opprobre298 en la vie immédiate et d'être , au jour de la résurrection , repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière , le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.


(Corpus coranique d'Othman 33/13).
Rappelez-vous quand un parti d'entre eux vous dit:
-Ô gens de Yathrib299 ! , ne restez point! retournez-vous-en!
Rappelez-vous quand une fraction d'entre eux demanda la permission au prophète de se retirer , en disant:
-Nos demeures sont sans défense! Elles n'étaient point sans défense ! Ils voulaient seulement fuir.
Si Yathrib300 avait été forcée , et si , ensuite , on leur avait réclamé le reniement301 de leur foi , ils l’eussent accordé , mais ne seraient demeurés que peu de temps , dans Yathrib.
Ils avaient certes fait pacte antérieurement , avec Allah , de ne point tourner le dos.
Or , du pacte conclu avec Allah , il sera demandé compte.


(Corpus coranique d'Othman 13/20-26).

Eh quoi ! celui qui sait que ce qu'on a fàit descendre de ton seigneur vers toi , prophète! , est la vérité , celui-là est-il comme celui qui est aveugle?
Seuls réfléchissent ceux doués d'esprit.
Ceux qui tiennent fidèlement le pacte d'Allah et ne violent point l'alliance , qui maintiennent le lien qu'Allah a ordonné de maintenir , qui redoutent leur seigneur et craignent le détestable rendement de compte , ceux qui auront été constants à rechercher la face de leur seigneur , qui auront accompli la prière et fait dépense en secret et en public sur ce que nous leur avons attribué , qui auront répondu au mal.
Par le bien , ceux-là auront l'inéluctable demeure :
les jardins d'Éden où ils entreront ainsi que ceux qui furent saints parmi leurs pères , leurs épouses et leur descendance.
Les anges entreront par chaque porte auprès d'eux , disant:
-Salut sur vous , en prix d'avoir été constants !
Combien agréable est l'inéluctable demeure!
Au contraire , ceux qui violent le pacte d'Allah après son alliance , qui tranchent les liens qu'Allah a ordonné de maintenir , qui sèment le scandale sur la terre , sur ceux-là la malédiction! à ceux-là la détestable demeure !


(ibn Sad , Tabaqat I 486)

Amir a dit: j’ai lu sur le fourreau de Dhul Faqar , le sabre302 de l’apôtre d'Allah: “s’acquitter du prix du sang versé est un devoir pour les croyants et dans l’islam , on ne délaisse pas quelqu’un qui n’a pas de famille , et on ne tue pas un musulman pour venger la mort d’un infidèle”.


(Waqidi , Kitab al Maghazi)303.

Quand l’envoyé d'Allah vint à Médine , les Juifs , tous ensemble , firent une trêve304 avec lui , et entre lui et eux , il écrit un document305. L’envoyé d'Allah fit une affiliation de chaque tribu306 avec ses alliés307 , et il plaça entre lui-même et eux un garantie mutuelle. Il fit aussi un notification les concernant , pour qu’ils n’assistent pas un ennemi contre lui.
Quand l’envoyé d'Allah eut le dessus sur les gens de Badr , et revint à Médine , certains Juifs brisèrent308 ce qui avait été créé entre eux et l’envoyé d'Allah par le moyen de ce traité309.


(Waqidi , Kitab al Maghazi)310 .

L’envoyé d'Allah vint à Médine , et ses habitants constituaient alors un ensemble mélangé , constitué de musulmans , que l’appel311 à l’islam avait unis312 , (et?313 ) en partie des gens possèdant cottes de mailles et forts , en partie des alliés unis avec les deux tribus des Aws et des Khazraj. L’envoyé d'Allah espérait , quand il arriva à Médine , établir la paix entre eux tous , en créant une collectivité314 , et faire la paix avec eux. Un homme pouvait alors être musulman et avoir un père païen315 .

Une allusion au document?316
(Bukhari , Sahih 58/10 , 1).

Yazid ibn Sharik a dit: Ali nous dit dans son prêche:
-Nous autres n'avons aucun texte que nous récitions en dehors du livre d’Allah , et de ce qui se trouve consigné sur ce feuillet. Il contient des prescriptions relatives aux blessures , et à l’age des chameaux de composition pécuniaire ; il établit le caractère sacré du territoire de Médine entre Ayr et tel endroit. Celui qui y commettra quelque infraction ou donnera tsile à celui qui en aura commis une aura contre lui tout à la fois la malédiction d’Allah , celle des anges et celle des hommes ; et on n'acceptera de ce coupable , ni repentir , ni expiation. Celui qui se choisira d'autres patrons , que ses patrons aura contre lui la même malédiction. Les musulmans sont solidaires en matière de protection ; et celui qui n'observera pas l'engagement de protection d'un musulman aura contre lui la même malédiction.

Le résumé d'Ali.317
(Bukhari , Sahih 58/17 , 2).

Ali a dit: Nous n'avons rien consigne par écrit du prophète ; nous n'avons que le Coran et les enseignements contenus dans ce feuillet ; il contient la déclaration par le prophète du caractère sacré du territoire de Médine depuis el Ayr , jusqu'à tel point. Celui qui , dans ces limites , commettra quelque infraction ou donnera asile à celui qui en aura commis une , aura contre lui tout à la fois la malédiction d’Allah , celle des anges et celle des hommes ; et on n'acceptera de ce coupable ni repentir , ni expiation. Les musulmans sont solidaires pour ce qui concerne la protection ; le plus infime d'entre eux peut l'accorder ; et celui qui n'observe pas l'engagement de protection d'un musulman aura contre lui tout à la fois la malédiction d’Allah , celle des anges et celle des hommes ; et l'on n'acceptera de ce coupable ni repentir ni expiation. Enfin celui qui se choisira des patrons sans l'autorisation de ses vrais patrons aura contre lui tout à la fois la malédiction d’Allah , celle des anges et celle des hommes , et l'on n'acceptera de lui ni repentir , ni expiation.


§ 316. "La meilleure communauté au monde".

Voici une petite somme de documents qui mentionnent la naissance de ce nouveau genre politique , l’Umma318. Ce sont surtout des extraits du Coran , où Muhammad aurait consigné un certain nombre de réflexions , admonestations et exhortations , qui toutes , tendent à donner à la communauté un statut supérieur et à ses membres une position dominante319 .Ces extraits doivent consolider la “constitution” en lui donnant une apparence de sacralité et l’autorité absolue du chef est aussi rappelée avec constance.
La communauté est certes celle de Médine , mais elle est l’archétype exacte de la communauté de tous les musulmans. Exclusivité et supériorité sont les caractères fondamentaux de la première et de la seconde. C’est ainsi que la notion de Communauté , toujours d’actualité , s’oppose absolument à la notion d’Humanité.
Le lecteur sera bien avisé de se souvenir que cette communauté que l'on présente ici est le résultat d'une reconstitution très éloignée dans le temps: l'islam de la période impériale s'invente un concept unificateur, de nature mythique en espérant lutter contre toutes les tendances centripètes qui l'affligent.


(ibn Kathir , Tafsir 10).
Le sens du mot Ummah.
Le mot Ummah est employé par le Coran et la Sunna dans plusieurs significations. Parfois , quand il est utilisé , il signifie même une période de temps.
...
Le mot Ummah est aussi employé pour parler d’une religion et de la foi religieuse. C’est aussi ce qu’Allah dit à propos des polythéistes.
...
Le sens du mot ici320 est celui de ces gens qui ont un messager envoyé parmi eux. Le sens de Ummah dans ce contexte inclut les croyants et les incroyants parmi eux.
...
Le mot Ummah est aussi utilisé pour signifier une secte ou un parti321 .


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 117).

Omar dit :
-Comptons à partir du jour où le prophète effectua sa fuite à Médine ; car en cette année se manifesta le pouvoir de l'islam , la vérité s'affermit et l'erreur fut confondue ; aucun fait plus important que celui-là n'est survenu dans le monde. Par conséquent , l'année de la Fuite322 fut établie comme ère.


(Corpus coranique d'Othman 8/73-74).

Ceux qui croient , qui ont émigré et mené combat , de leurs biens et de leurs personnes , dans le chemin d'Allah , ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus323 , - tous ceux-là sont affiliés les uns aux autres324.
Avec ceux qui croient , mais n'ont pas émigré , vous n'aurez aucune affiliation jusqu'à ce qu'ils émigrent ; s'ils vous demandent secours , eu égard à la religion , à vous de les secourir sauf contre des gens entre lesquels et vous existe une alliance325.
Allah , sur ce que vous faites , est clairvoyant.
Ceux qui sont infidèles sont affiliés les uns aux autres. Si vous n'assistez pas les croyants326 non encore émigrés327 , il y aura tentation d'abjurer sur la terre et grand scandale.
Ceux qui croient , qui ont émigré et mené combat dans le chemin d'Allah , ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus , - tous ceux-là sont véritablement les croyants328.
A eux pardon et généreuse attribution , dans l'au-delà.

(Reprise du Corpus coranique 8/ 76 dans la vulgate d'Othman).329
Ceux qui , ayant cru par la suite , ont émigré et mené combat avec vous , ceux-là sont aussi des vôtres.
Toutefois , ceux liés par la consanguinité sont mutuellement plus proches , dans la prescription d'Allah330.
Allah , sur toute chose , est omniscient.


(Corpus coranique d'Othman 2/122).
Seigneur! fais de nous des soumis à toi , et de notre descendance , fais une communauté soumise à toi!
Fais nous voir nos pratiques cultuelles!


(Corpus coranique d'Othman 22/35).
A chaque communauté , nous avons donné une pratique cultuelle331 pour que ses membres invoquent le nom d’Allah sur la bête de troupeaux qu’il leur a attribué.
Votre divinité est une divinité unique.
Soumettez-vous!

(Corpus coranique d'Othman 22/66).
A chaque communauté nous avons donné une pratique cultuelle que se membres suivent.
Qu’ils ne se disputent point contre toi au sujet de l’ordre!

(Corpus coranique d'Othman 6/42).

Certes nous avons envoyé des messages à des communautés avant toi , prophète! et nous les avons frappées d’infortune et de malheur , espérant que peut-être elles s’humilieraient.


(Corpus coranique d'Othman 9/100)
Allah e été satisfait des précesseurs des premiers parmi les émigrés et des auxiliaires , ainsi que de ceux qui suivirent en leur bienfaisance.

(Corpus coranique d'Othman 2/137).
Ainsi nous avons fait de vous , croyants , une communauté éloignée des extrêmes332 , pour que vous soyez témoins à l’encontre des hommes et que l’envoyé soit témoin à votre encontre.

(Corpus coranique d'Othman 98/4-5).

C’est là la communauté immuable333. Ceux qui auront été incrédules , parmi les détenteurs de l’Ecriture et les associateurs334 , seront dans le feu de la Géhenne où , immortels , ils demeureront.
Ceux-là sont le pire de l’humanité.

(Corpus coranique d'Othman 23/52-3).

Cette communauté qui est la vôtre est vraiment une communauté unique335.

(Corpus coranique d'Othman 3/100-6).
Que surgisse de vous une communauté dont les membres appellent au bien , ordonnent le convenable , interdisent le blâmable , et demandent aide à Allah contre ce qui les frappe!
Ceux-là sont les bienheureux.
(...)
Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes336 : vous ordonnez le convenable337 , interdisez le blâmable338 et croyez en Allah339 .

(Corpus coranique d'Othman 18/102).
Ceux qui sont infidèles pensent-ils qu’ils pourront prendre mes serviteurs comme patrons , en dehors de moi?
Nous avons préparé la Géhenne , en partage , aux infidèles.

(Corpus coranique d'Othman 9/85-6).
Jamais tu ne prieras sur celui d’entre eux qui sera mort340 , et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe.341
Ces gens sont infidèles envers Allah et son envoyé342 , et ils meurent pervers343 .
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait!
Allah veut seulement , de leur fait , les tournmenter en la vie immédiate...

(Corpus coranique d'Othman 9/114).
Il n’est ni du prophète ni des croyants de demander pardon à Allah pour les associateurs -fussent-ils leurs proches- après que s’est manifesté aux croyants et au prophète que ces associateurs seront les hôtes de la fournaise.

(Corpus coranique d'Othman 5/104).
Ô vous qui croyez! N’ayez cure que de vous-même.
Celui qui est égaré ne saurait vous nuire quand vous êtes dans la bonne direction.
Vers Allah sera votre retour , à tous , et il vous avisera de ce que vous faisiez.

Muhammad coiffeur visagiste.
(Muslim , Sahih 2/ 500).
344
Le messager d'Allah a dit :
- Agissez contre les polythéistes , rasez bien la moustache et laissez pousser la barbe.345  

(Bukhari , Sahih 72/ 780).346
Le prophète a dit :
- Faites l'inverse des païens. Gardez la barbe , mais coupez court la moustache. 

(Muslim , Sahih 2/ 501).347
Le messager d'Allah a dit :
- Coupez bien la moustache , laissez pousser la barbe et vous agissez ainsi contre les adorateurs du feu. 

Les musulmans idéaux.
(Tirmidhi , Hadith Qudsi 180).348
Tirmidhi a rapporté de son côté ce hadith dans son Sahîh , chapitre sur l'ostentation et la recherche de la renommée.
Abu Hurayra a dit: Le messager d’Allah m'a rapporté ceci: Au Jour de la résurrection , Allah descendra vers les gens pour juger entre eux. Chaque communauté s'agenouillera alors. Les premiers à être jugés seront: un homme qui avait appris par cœur le Coran , un homme qui avait été tué dans la voie d'Allah et un homme qui avait été comblé de richesses. Allah dira à celui qui avait appris le Coran:
-Ne t'ai-je pas appris ce que J'ai révélé à mon messager?
L’homme répondra:
-Oui , Seigneur!
I1 lui dira:
-Et qu'as-tu fais de ce que tu as appris?
I1 répondra:
-Je passais mes nuits et mes jours dans sa récitation.
Allah lui dira:
-Tu as menti! , et les anges lui diront la même chose.
Il lui dira:
-Tu as plutôt voulu que les gens disent: « Untel est un récitateur ». Or , cela a été dit! .
On amènera ensuite l'homme comblé de richesses , et Allah lui dira:
-Ne t'ai-Je pas comblé de richesses au point de te passer de n'importe quel autre homme?
I1 répondra:
- Oui , Seigneur!
Il lui dira:
-Qu'as- tu fais de ce que je t'ai donné?
Il répondra:
-Je rendais visite à mes parents et proches et je dépensais en leur faveur.
Il lui dira:
-Tu as menti! , et les anges lui diront la même chose.
Il lui dira:
-Tu as plutôt voulu que les gens disent: «Untel est généreux». Or , cela a été dit.
On amènera ensuite celui qui a été tué dans la voie d'Allah , et Allah lui dira:
-Pour quelle cause as-tu été tué?
Il répondra:
-Tu m'as ordonné de lutter dans ta voie et j'ai lutté jusqu'à ce que je fus tué.
Allah lui dira:
-Tu as menti! , et les anges lui diront la même chose.
Il lui dira:
-Tu as plutôt voulu que les gens disent: « Untel est brave ». Or , cela a été dit.
Abu Hurayra ajoute: Le messager d'Allah me donna ensuite une tape sur mes genoux en me disant:
-Ô Abu Hurayra! Ces trois hommes seront les premières créatures d'Allah , avec lesquelles le feu sera allumé le Jour de la résurrection.

Des fourmis musulmanes.
(En Nisay , Hadith Qudsi 200).

...le prophète a dit:
-Une fourmi349 a piqué un prophète , et il ordonna qu’on brûle toute la fourmillière. Allah lui révéla alors: “Est-ce parce que tu as été piqué par une fourmi que tu as brûlé toute une communauté qui chante la gloire d’Allah”.

Les devoirs de l’Umma pour un théoricien du jihad.
(Ayman al Zawahiri, L’Allégance et la Rupture).350

En conclusion, nous appelons notre umma, et surtout ses jeunes combattants, à l'endurance et à la certitude, l'endurance pour porter les charges de la religion, et notamment le sommet351 de ses obligations : le jihad dans la voie d'Allah. Allah (qu'Il soit exalté !) a dit : Ô vous qui croyez ! Soyez patients ! Encouragez-vous mutuellement à la patience ! Soyez fermes ! Craignez Allah ! Peut-être serez-vous heureux ! (La famille d’Imran).352
ainsi qu’à la certitude de la promesse d'Allah (qu'il soit exalté!)
Car il a dit (qu'Il soit exalté Allah a écrit : « Moi et mes prophètes, nous vaincrons sûrement ! » Allah est fort et puissant! (La dispute)353 .
Muslim"' a rapporté un hadith qu'il tenait Oqba ibn Amir (qu’ Allah l'agrée !) : « J'ai entendu le messager d'Allah (que la prière et le salut d'Allah soient sur lui) dire : "Une partie de ma communauté continuera à combattre pour Allah, en vainquant ses ennemis, sans souffrir de
ceux qui s’y opposent, et ce jusqu'au jugement dernier"
Enfin, notre dernière parole sera pour louer Allah, Seigneur les mondes, et lui demander qu'il accorde paix et salut à notre eigneur Mohammad, sa famille et ses compagnons.

L’Umma et ses ennemis vue par les combattants du jihad.
(Epître III du “Manuel d’al Qaïda).354

PRÉAMBULE. L'ISLAM... LA NATION MUSULMANE
Cette Nation s'est toujours située à mi-chemin entre l'Est et l'Ouest entre le Nord et le Sud... Elle fut un juste milieu en tout... À l'inverse de l'Occident qui a été fondé, depuis le début de son histoire, sur la domination et le nationalisme... sur l'exploitation des classes et la prééminence d'une classe, en l'occurrence les nobles et les aristocrates... sur la domination d'une race sur les autres: tantôt les Romains, tantôt les Allemands, puis les Français et les Anglais, avant d'arriver aux Américains...
Les pays de l'Est en revanche, vivaient à l'opposé et à contre-courant de cet Ouest. Ils ont introduit une révolution dans l'histoire de l'humanité en mettant les laissés-pour- compte et les brigands au pouvoir. Mais cette classe a voulu réaliser l'égalité en toute chose parrni les humains, qu'ils ont réduits à leurs besoins vitaux, tels des animaux (l'alimentation, l'habitation, la reproduction). De ce projet est née une théorie noire, le communisme, qui a écrasé l'humain et l'a transformé en animal domestiqué. Elle lui a fait perdre son humanité, par laquelle Allah l'a distingué des autres êtres...
L'islam est à l'opposé de tout cela. Il est la voie unique qui permet de se comporter avec l'humain en tant qu'humain. Il a permis de fonder pour ses fidèles une société vertueuse, régie par la justice divine. Il a aboli les distinctions de classes parmi eux. Désormais, il n'existe aucune différence entre le riche et le pauvre, ni entre le noble et l'humble. Les relations sociales sont fondées sur la miséricorde et la solidarité au point que le riche ne peut profiter de son sommeil ni apprécier sa nourriture s'il sait que son voisin pauvre souffre de la faim... C'est ainsi qu'était la société musulmane.
Ensuite, lorsque l'islam est parti à la conquête du monde, ce fut pour sauver l'humanité et l'élever à sa noblesse et à sa miséricorde. Il a réuni ainsi, sous un même toit toutes les races, les ethnies et les nationalités. Je dis bien: Toutes ! Sous une même bannière, sans distinctions, ni privilèges. Un Allah unique, une seule doctrine, une même Nation. Seule la piété fait la différence.
Ainsi, l'Ouest est parti de sa prétention et de son caractère arrogant pour faire des distinctions entre les humains. Il les a réduits à l'état d'esclavage, a usurpé leurs richesses et s'est fait proclamer « race supérieure », en considérant les autres comme des esclaves...
À l'Est, ils sont partis de la bassesse et de la haine pour effacer l'humanité des êtres. Ils ont réduit les humains à des troupeaux de bêtes, qui n'ont d'autre objectif que la satisfaction de leurs désirs les plus vils...
À l'inverse, l'islam est parti avec son enseignement divin , il pour guider l'humanité vers la volonté de son Créateur. Il a libéré les humains de l'esclavage et les a élevés à l'adoration du Seigneur. Il a élevé la nature des êtres et ses habitudes en leur évitant le péché et la déviation. Devant Allah, nulle différence. Il n'y a que la justice sous le soleil de l'islam...
C'est cela l'islam véritable, notre religion que nous devons connaître avant de partir à la rencontre de notre Nation et du monde entîer...
Et c'est par là que je commencerai: Si telles sont les qualités de cette Nation et telle est sa vision des humains; si son hostilité aux autres est motivée par des raisons spirituelles et non pas par des conflits concernant le partage des richesses ni du pouvoir ni la satisfaction des viles envies, alors cette Nation-là est digne d'être la première et l'exemple. Mais pour cela, encore une fois, il lui faut s'attacher à sa religion. Il faut que cette religion soit son moteur. C'est pourquoi nous devons aujourd'hui la vivifier en elle, la préparer de nouveau à être un exemple. Car il n'est pire Nation qu'une nation sans religion qui l'anime...
Question: Comment faire pour mobiliser la Nation psychologiquement et moralement afin qu'elle entre en guerre et qu'elle en assume les conséquences ?
Allah a fait don à la Nation et au monde en réunissant, à ce moment de l'histoire justement, tous les éléments qui rendent la Nation prête psychologiquement et moralement à s'engager dans la guerre et à en assumer les conséquences. Car Al-Qaïda a faitdes miracles. Toutce que l'Occident judéo-croisé a détruit en un siècle, tout ce qu'îl a fait pour déchirer, éparpiller et diviser l'unité de la Nation, pour aliéner sa religion, assassiner ses symboles et ses cadres, tout cela Al-Qaïda l'a réparé en quatre ans: de l'attentat contre l'ambassade de Nairobi à l'attaque contre le Pentagone... Depuis, il n'y a plus qu'unité, solidarité, retour à la religion, symboles vifs, jeunes, actifs... Qu'Allah les bénisse tous!


La communauté musulmane pour un “théologien modéré”.
(S. H. Boubakeur, Traité moderne de théologie islamique, Paris 2003 , p. 50).

La nationalité musulmane est une supranationalité, essentiellement morale et indivisible, fondée sur l'accord des âmes et des cœurs. Elle est au-dessus de toutes les nationalités fondées sur la race, la langue, la politique, l'intérêt, les données de l'histoire ou de la géographie. la foi exige du croyant le devoir de s'y comporter, non comme un individu égdiste ou isolé, mais en membre d'une communauté dont il partage les joies et les amertumes, « une communauté de juste milieu »; « la meilleure des communautés surgie parmi les hommes, ordonnant le bien et interdisant le mal ». La communauté musulmane actuelle est, de par sa foi, l'héritière et la continuatrice des communautés précédentes. Au fond, il s'agit d'une « seule et unique communauté adorant le même Dieu », et se perpétuant à travers les générations. Les croyants d'hier (salaf)355 et ceux d'aujourd'hui (khalaf) appartiennent, en dehors du temps et de l'espace à la même famille spirituelle dont les vivants et les morts sont liés à Dieu et entre eux par un lien indissoluble. C'est pourquoi, on associe dans la supplique de miséricorde finale de chaque prière « les croyants et les croyantes, les Musulmans et les Musulmanes, vivants et morts ». Autant dire qu'une rupture avec Dieu signifie aussi la rupture du mécréant, de l'apostat, de l'incrédule, de l'hérétique avec la communauté du Prophète (zumrat Muhammad) dans sa totalité.


§ 317. —"Le principe du chef".

Le Coran abonde en exhortation à l’obéissance envers le chef356 , selon un processus qui semble bien sectaire. La rhétorique357 y est efficace et brutale.
Cet amas de textes a été composé pour magnifier le pouvoir du chef Muhammad, et par contre-coup, de ses successeurs les califes, soumis eux-mêmes à de gravex crises d'autorité.


(Corpus coranique d'Othman 9/72).
Les croyants et les croyantes sont au contraire des affiliés les uns pour les autres.
Ils ordonnent le convenable et interdisent le blâmable.
Ils accomplissent la prière et donnent l’aumône.
Ils obéissent à Allah et son apôtre.
A ceux là , Allah fera miséricorde.
Allah est puissant et sage.

(Corpus coranique d'Othman 10/48)
Chaque communauté aura son apôtre et quand son apôtre viendra , il sera décidé entre eux , avec équité , et ils ne seront point lésés.


(Corpus coranique d'Othman 13/29-Version de la Vulgate d'Othman).
Ainsi , prophète , nous t’avons envoyé dans une communauté avant laquelle furent d’autres communautés , afin que tu communiques à ces gens ce que nous t’avons révélé alors qu’ils sont incrédules en le bienfaiteur358.

(Corpus coranique d'Othman 13/29-Version extra-canonique d'ibn Masud et ibn Ubayy).
On leur a envoyé des messagers et nous avons fait descendre les écritures dans la langue de leur peuple pour qu'ils puissent la transmettre et l'expliquer.


(Corpus coranique d'Othman 35/22).
Nous t’avons envoyé , prophète! avec la vérité , en annonciateur et en avertisseur.
Il n’est aucune communauté chez qui ne soit passé un avertisseur359.

(Corpus coranique d'Othman 5/52-3).
Prophète , nous avons fait descendre vers toi l’Ecriture , est antérieur à elle et en proclamant l’authenticité.
Arbitre donc entre tous ces gens au moyen de ce que Allah a fait descendre!
Ne suis point leurs doctrines pernicieuses t’écartant de la vérité venue à toi!
A tous , nous avons donné une règle et une voie.
Si Allah avait voulu , il aurait fait de vous une autorité unique.
Il en l’a pas toutefois pas fait pour vous éprouver en qu’il vous a donné...

(Corpus coranique d'Othman 49/10).
Les croyants sont seulement des frères.
Etablissez donc la concorde entre vous frères et soyez pieux envers Allah.
Peut-être vous fera t-il miséricorde.

(Corpus coranique d'Othman 9/72).
Les croyants et les croyantes sont au contraire des affiliés les uns aux autres.
Ils accomplissent la prière et donnent l’aumône360.
Ils obéissent à Allah et à son apôtre.
A ceux-là , Allah fera miséricorde.
Allah est puissant et sage.

(Corpus coranique d'Othman 7/180).
Parmi ceux que nous avons créés , se trouve une commnauté qui se dirige bien , grâce à la vérité , et qui grâce à elle , est dans le juste.361

(Corpus coranique d'Othman 48/29).
Muhammad est l’envoyé d’Allah.
Ceux qui sont avec lui sont violents à l’égard des infidèles et compatissants entre eux.362

L'ordre imposé aux pigeons de la maison de Muhammad.
(Hanbal , Musnad363 4/112).

Aïsha a dit: nous avions dans notre maison une sorte de pigeon. Quand l’apôtre d'Allah était à la maison , il se tenait tranquille mais dès qu’il sortait , il se mettait à bouger et piailler sans cesse.

Théorie du pouvoir politique.
(ibn Taimiya , Traité de droit public 5).

Le représentant de l'autorité est , en effet , pour ses sujets , comme un berger pour ses moutons. Le prophète a dit:
-Chacun de vous est berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. L'enfant , it la tête des biens de son père , est berger et il est responsable de son troupeau. L'esclave est le berger des biens de son maître et il est responsable de son troupeau. N'êtes-vous donc pas tous bergers et chacun de vous n’est-il pas responsable de son troupeau?
Les deux sahih364 apportent cette tradition.
Le prophète a dit également:
Il n'est aucun berger , à qui Allah aura confié un troupeau , qui , mourant an jour que la destinée lui a fixé , ne se voit , s'il n'a pas respecté son dépôt , interdire les parfums du paradis.
Muslim rapporte cette tradition.
Abu Muslim al Haulani365 entra un jour chez Muawiya ibn Abi Sufyan:
-Salut homme à gages , s'écria-t-il.
- Dis:Salut ô émir , lui cria-t-on.
-Ô homme à gages , répéta-t-il.
-Ô émir.
-Ô homme à gages.
-Laissez donc tranquille Abu Muslim , dit Muawiya ; mieux que quiconque il sait ce qu'il dit.
Abu Muslim s'expliqua:
-Tu n'es qu'un homme à gages. Le Maître de ces moutons t'a pris à gages pour que tu les surveilles. Si tu enduis de goudron ceux qui'ont la gale , si tu donnes des remèdes à ceux qui sont malades , si tu mets les premiers au service des derniers , leur maître n'oubliera pas ton salaire. Mais si tu ne prends pas soin des moutons galeux , si tu ne soignes pas ceux qui sont malades et si tu ne mets pas les premiers au service des derniers , leur maître te punira.

Le rejet du débat.
Les questions à Muhammad...
(ibn Batta366 , La Profession de foi 21).367

Le prophète réprouvait les questions trop fréquentes et interdisait les propos qui induisent en erreur368 . Il faut comprendre par ce dernier terme , dit-on, les questions par trop subtiles et difficiles.
Le prophète a dit:
-Laissez-moi tranquille tant que je ne vous demande rien.
Le prophète a dit:
-Le musulman qui commet le plus grand crime369 contre les musulmans est celui qui pose une question au sujet d’une chose qui n’avait pas été interdite et qui le fut précisément à cause de sa question.


La place de Muhammad dans la doctrine.
S. H. Boubakeur, Traité moderne de théologie islamique, Paris 2003 , p. 113).

... il est absolument impossible de détacher Muhammad de leur profession de foi, alors qu’il est si facile aux chrétiensde reconnaître le charisme d’Ismaël et de conclure à la mission divine de notre Prophète. Il n’y a pas d’islam sans Muhammad)!


§ 318. — Politique de cohésion sociale.

Les mauvaises conditions de vie des nouveaux arrivants contraignent Muhammad à favoriser les fraternisations370 et subventions entre muhajirun et indigènes. Les indigènes sont eux-mêmes divisés entre deux tribus: le risque de discorde est donc permanente: émigrés/indigènes , Aws/Khazraj , Arabes/Juifs...


1. La fraternisation des deux groupes mohammédistes.

La pratique rappelle les traditions chrétiennes de la messe. Pour survivre dans la concorde , Muhammad impose des cérémonies de communion , qui font de chacun le frère symbolique d'un autre , par la religion371 . Elles sont indispensables , pour reconstituer les liens tribaux détruits , et empêcher un éclatement , qui , tant que les raids ne rapportent pas de butin , est toujours possible.
Il est inédit dans cette société de créer une nouvelle unité ethnique. Cela ne peut être fait que sous la houlette d'un dieu particulièrement puissant et sous la férule d'un dirigeant énergique.
L'ensemble des documents prouvent que l'union est très artificielle et que les dissenssions apparaissent constamment, et elles éclatent à la mort du chef.


(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 344).

L’apôtre d'Allah institua la fraternité entre les muhajirun et les ansar , et il a dit , à ce que je sais - et je dois en appeler à Allah pour ne pas lui attribuer des mots qui ne sont pas de lui-:
-Que chacun prenne un frère en Allah.
Il prit pour lui Ali dans ses mains , et a dit:
-C’est mon frère.
C’est ainsi que l’apôtre d'Allah , le seigneur des envoyés et chef des "craignant-Allah"372 , apôtre du seigneur des mondes , le sans égal et inégalé373 , et Ali ibn Talib , devirent frères.
Hamza , le lion374 d’Allah et le lion de l’apôtre et son oncle375 , devint le frère de Zayd ibn Haritha , l’affranchi de l’apôtre d'Allah.

(Muslim , Sahih 44/4593).
Récit rapporté d'après Anas ibn Mâlik : D'après Asim : J'ai dit à Anas : "As-tu eu courant que l'envoyé d'Allah avait dit : Pas d'alliance (de fraternité) en islam".
- "L'envoyé d'Allah , répondit Anas, a établi le lien de fraternité entre les ansar et les Quraysh376 dans sa demeure".

(Bukhari , Sahih 63/3 , 1).
Lorsqu'on fut arrivé à Médine , l'Apôtre d'Allah établit un lien de fraternité entre Abderrahman ibn Awf et Sad ibn Rabi.
-Je suis le plus riche des ansar , dit alors ce dernier à Abderrahman , prends la moitié de ma fortune. J'ai deux femmes ; vois celle des deux qui te plaît , dis-moi son nom afin que je la répudie , et , lorsqu'elle aura achevé le temps de sa retraite légale , tu l'épouseras.
-Allah bénisse pour toi (seul) ta famille et ta fortune! Où se trouve votre marché ?
On lui indiqua le marché des Qaynuqa377 . Il (s'y rendit et) ne revint pas sans rapporter un profit consistant en fromage et en graisse. Il continua ainsi tous les matins. Un jour il vint portant sur lui des traces de (parfums) jaunes378 :
-Qu'est-ce à dire ? demanda le prophète.
-Je me suis marié , répondit-il.
-Et combien lui as-tu donné ? reprit le prophète.
- Un noyau d'or - ou le poids en or d'un noyau.

(Bukhari , Sahih 78/67 , 2).
Asim rapporte qu’il a dit à Anas ibn Malik:
-Est il venu jusqu’à toi que le prophète a dit: “Pas d’alliance dans l’islam379.
-Le prophète , répondit-il , a fait allier dans ma maison les Quraysh et les ansar.

(Bukhari , Sahih 85/16).
Sayd ibn Jubayr rapporte qu’au sujet de ces mots du Coran:
A chacun nous avons désigné des héritiers... et par ceux avec qui vous avez formé un pacte...380
ibn Abbas a dit:
-Quand les muhajirun arrivèrent à Médine , les ansar héritaient des muhajirun381 , excluant les cognats382 et cela à cause des liens de fraternité383 que le prophète avait établis entre eux.
Après qu’eut été révélé le verset:
-A chacun nous avons désigné des héritiers , les mots et par ceux avec qui vous avez formé un pacte , furent abrogés384 .

(Bukhari , Sahih 2/5).
Le meilleur islam consiste à donner à manger à ceux qui ont faim et à donner le salut à ceux que l'on connaît et aussi à ceux que l'on ne connaît pas385.

(Bukhari , Sahih 2/6).
Aucun de vous ne devient véritablement croyant s'il ne désire pour son frère , ce qu'il désire pour lui-même386.

(Bukhari , Sahih 78/44).
Abdallah rapporte que l’envoyé d'Allah a dit:
Injurier un musulman est une turpitude
387 ; le combattre , c’est être infidèle388 .

Une parole exceptionnelle.
(Bukhari , Sahih 70/1 ,1).

Abu Musa al Ashar rapporte que le prophète a dit:
-Donnez à manger à qui a faim ; visitez les malades et délivrez les prisonniers389 .

La fraternisation390 .
(ibn Sa’d , Tabaqat I 279).
Quand l’apôtre d'Allah est arrivé à Médine , il a établi la fraternité entre certains des muhajirun et certains autres ; il a aussi établi la fraternité entre les muhajirun et les ansar. Il a établi la fraternité de telle façon qu’ils se soutiennent les uns les autres et qu’ils sympathisent les uns envers les autres dans ce qui est bien , et qu’ils héritent de leurs propriétés réciproques , au détriment de la parenté.

(Corpus coranique d'Othman 49/10).
Les croyants sont seulement391 des frères.


2. — La persistance de la mésentente.

En dépit des exhortations , et des cérémonies , la mésentente a perduré entre les groupes , et de nombreux documents l’évoquent sans le vouloir.
A la mort de Muhammad , la dissension s’expose au grand jour.


(Bukhari , Sahih 65/63 , 6).

Sufyan rapporte que Amir a entendu Jabir ibn Abdallah faire le récit suivant:
-Nous étions en expédition - une fois Sufyan a dit: avec une troupe- lorsqu'un homme des muhajir frappa de la main un homme des ansar . Aussitôt l'ansar s'écria :
-A moi les ansar!
Le muhajir , de son côté , cria aussi :
-A moi les muhajirun!
En entendant ces cris , l'envoyé d'Allah dit:
-Que signifient ces appels du paganisme?
-envoyé d'Allah , lui répondit-on , un homme des muhajirun a frappé de la main un homme des ansar .
-N'ayez pas de telles paroles , répliqua-t-il ce sont de vilaines paroles.
Abdallah ibn Ubayy , ayant entendu ces appels , dit:
-Auront-ils répondu à ces appels? Eh bien! Par Allah! si nous revenons à Médine , le plus noble de nous deux chassera le plus vil.
Ce propos parvint aux oreilles du prophète. Omar se leva aussitôt et dit :
-Ô envoyé d'Allah , permets-moi de trancher la tête de cet munafiq392 .
-Laisse-le tranquille , répondit le prophète , il ne faut pas qu'on puisse raconter que Muhammad tue ses ompagnons.
Quand ils arrivèrent à Médine , les ansar étaient plus nombreux que les muhajirun ; plus tard , ce furent les muhajirun qui furent les plus nombreux.
J'ai , ajoute Sufyan , appris ce hadith de Amir , et Amir a dit: J'ai entendu Jabir (dire) :
-Nous étions avec le prophète.

(Muslim , Sahih 43/4347).

D'après 'Abdullâh ibn Az-Zubayr , un homme des Ansâr plaida devant le prophète contre Az-Zubayr au sujet des canaux de "Harra" qui servaient à l'irrigation des palmiers. L'homme des 'Ansâr demanda qu' Az Zubayr laissât l'eau couler pour en toucher une part, mais celui-ci refusa. Quand on porta le procès devant l'envoyé d'Allah , il s'adressa à Az-Zubayr en ces termes :
"Arrose, ô Zubayr, puis laisse couler l'eau chez ton voisin".
Alors, plein de colère, l'homme des 'Ansâr s'écria :
-"Est-ce parce qu'il est le fils de ta tante paternelle?".
A ces mots, le visage de l'envoyé d'Allah rougit de colère :
-"Arrose (tes arbres), ô Zubayr, reprit-il, puis garde l'eau jusqu'à ce qu'elle s'en retourne aux racines (de façon à ce qu'elle ne passe pas par le terrain du voisin)".
Et Az-Zubayr dit alors : "Par Allah! Je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant fut révélé : Non!... Par ton Seigneur! Ils ne seront croyants aussi longtemps qu'ils ne t'auront demandé de juger de leurs disputes et qu'ils n'auront éprouvé nulle angoisse...

(Corpus coranique d'Othman 49/9-12).
Si deux partis de croyants se combattent , rétablissez entre eux la concorde!
Si l'un d'eux persiste en sa rébellion393 contre l'autre , combattez le parti qui est rebelle , jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre d'Allah!
S'il s'incline , établissez la concorde entre eux , avec justice , et soyez équitables!
Allah aime ceux qui pratiquent l'équité.
Les croyants sont seulement des frères.
Êtablissez donc la concorde entre vos frères et soyez pieux envers Allah !
Peut-être vous sera-t-il fait miséricorde.
Ô vous qui croyez ! , que certains ne se moquent pas de cer-tains autres: peut-être les moqués sont-ils meilleurs que les moqueurs.
Que les femmes ne se moquent point d’autres femmes: peut-être les moquées sont-elles meilleures que les moqueuses.
Ne vous calomniez point et ne vous vexez point par des appellations injurieuses!
Combien détestable est le nom de “pervers” après qu'on a reçu la foi!
Ceux qui ne reviendront pas de leur faute , ceux-là seront les injustes.
Ô vous qui croyez! , évitez de trop conjecturer sur autrui!
Certaines conjectures sont péchés.
N'espionnez pas!
N'intriguez pas les uns contre les autres!
L'un de vous aimerait-il à manger la chair de son frère mort?
Vous l'auriez en horreur!
Soyez pieux envers Allah.
En vérité , Allah est révocateur et miséricordieux.

Le mépris pour les Médinois.
(Bukhari , Sahih 67/83).

-Allah est grand , m’écriai-je , en restant debout394. Autrefois , nous autres gens de Quraysh , tu aurais pu le voir , nous dominions nos femmes , et voici qu’en arrivant à Médine , nous avons trouvé des gens qui se laissaient dominer par leurs femmes.
Le prophète ayant souri à ces mots , je poursuivis...

(Tabari , Tafsir 3/99).395
..D'après un propos de Zayd ibn Aslam : Un certain Shas ibn Qays , d'origine juive qui avait vieilli dans l'Ignorance 396 et s'était endurci dans l'impiété éprouvait une terrible haîne à l'égard des musulmans. Passant un jour près d'un groupe d' ansar appartenant aux deux clans médinois des Aws et des Khazraj , il fut profondément irrité de les voir unis et en bons termes et de constater leur parfaite entente sur l'islam après qu'ils se furent tant querellés à l'époque de l'Ignorance.
Cet homme se dit alors qu'il n'aura de cesse tant qu'il n'aura pas brisé leur union ; aussi s'adressa-t-il à un jeune juif qui l'accompagnait pour lui demander de participer à leur réunion et de s'arranger pour leur remémorer leurs anciennes inimitiés , en particulier le conflit de Buath qui fut l'un des derniers et des plus sanglants et où les Aws l'emportèrent sur les Khazraj.
Pour faciliter cette entreprise , il lui apprit même quelques-uns de ces vers fameux qui avaient alors servi à animer le conflit et qui ne manqueraient pas de le raviver si quelqu'un les déclamait en présence de membres de l'un ou de l'autre camp397 .
Le jeune homme agit comme convenu en sorte que la discussion s'envenima et s'amplifia. Deux hommes appartenant à chacun des clans allèrent jusqu'à se défier : Aws ibn Qayza , l'un des Banu Haritha du clan des Aws et Jabbar ibn Sakhr , l'un des Banu Salma du clan des Khazraj. La colère se répandit dans les deux clans qui se rassemblèrent à nouveau , chacun pour défendre son ancienne cause: la bataille fut décidée. Le bruit de cette agitation parvint à l'envoyé qui se rendit avec quelques-uns de ses compagnons muhajirun auprès des ansar des deux clans pour calmer leurs ardeurs et les ramener à la raison , il leur dit ceci :
- Ô communauté de Musulmans ! Allah ! Allah ! Est-ce donc pour la cause de l'époque de la jahiliyya que vous allez revenir en impies à vos anciennes habitudes alors même que je suis au milieu de vous et qu'Allah vous a guidés pour vous amener à la soumission398?
Par “l’islam” , il vous a honorés , dégagés de l'emprise de l'Ignorance , sauvés de l'impiété , et par “1’islam” , il a établi la concorde entre vous !
Zayd ibn Aslam ajoute: Ils comprirent alors que c'était là une tentative de Satan pour les pousser à se quereller et une ruse de la part de leurs ennemis. Aws et Khazraj jetèrent les armes et , profondément émus , se donnèrent l'accolade puis se retirèrent avec l'envoyé d'Allah - ... - prêts à l'écouter et à lui obéir ; Allah venait d'étouffer 399 la ruse de son ennemi , Shas ibn Qays , et de faire avorter sa tentative.
C'est au sujet de ce personnage et de ses actions qu'Allah révéla les versets suivants:
Ô Gens du Livre ! Pourquoi êtes-vous impies à l'égard des Signes d'Allah alors qu'Allah est Témoin de ce que vous faites ?... Pourquoi détournez-vous ceux qui croient de la Voie d'Allah...? 400
Puis au sujet de Aws ibn Qayza , de Jabbar ibn Sakhr et des autres membres de chacun des clans qui agirent comme ils le firent en revenant aux vieilles habitudes que Shas ibn Qays avait momentanément réussi à réveiller en eux , Allah révéla les versets suivants :
Ô vous qui croyez ! Si vous obéissez à une fraction de ceux qui reçurent le Livre , ils vous feront redevenir impies après que vous ayez eu la foi...
jusqu'au passage ...
et ceux-là auront un châtiment immense
401.

(Tabari , Tafsir 5/90).
D'autres commentateurs disent que ce verset fut révélé à cause de Sad ibn Abu Waqqas qui s'était querellé avec quelqu'un en compagnie de qui il avait bu et que ce dernier frappa au point de lui blesser le nez.
... Musib ibn Sad rapporte que son père Sad a dit: L'un des ansar avait préparé un repas auquel il nous convia. Nous bumes du vin au point de nous enivrer. Les ansar et les Quraysh se mirent à se prévaloir les uns devant les autres de la supériorité de leur mérite. Les ansar affirmèrent être les meilleurs et l'un d'entre eux saisit une lanière de peau de chameau et en frappa le nez de Sad qu'il déchira au point que Sad garda à partir de ce moment-là le nez en saillie. C'est alors que fut révélé ce verset... .
D'autres commentateurs enfin disent que ce verset fut révélé à propos de deux tribus d'ansar.
... ibn Abbas a dit: L'interdiction du vin fut révélée à propos de deux des tribus des ansar. Des hommes de ces tribus avaient bu jusqu'à ébriété au point de se livrer à des frivolités les uns avec les autres. Lorsqu'ils reprirent leurs esprits , chacun d'eux aperçut sur son visage et sur sa barbe les traces402 de l'état où ils s'étaient mis et se dit :
-Voilà ce que ce frère a fait avec moi !
Or ils étaient frères en islam et il n'y avait pas la moindre haîne dans le cœur des uns envers les autres. Chacun pensait pourtant à ce moment-là :
-Par Allah ! Si untel avait été plus délicat et plus miséricordieux avec moi , il n'aurait pas fait cela !
C'est ainsi que des idées fielleuses s'insinuèrent en leur cœur et c'est alors qu'Allah révéla : Les boissons enivrantes , les jeux de hasard... jusqu'aux termes ... Or donc allez-vous cesser ?. Toutefois des gens qui s'occupaient de ce qui ne les regardait pas dirent :
- Ces choses sont une abomination et pourtant elles ont été absorbées par untel qui a été tué à la Journée de Badr et aussi par untel qui le fut à la journée d’Ohod...

L’inégalité de traitement.
(Corpus coranique d'Othman 59/8-10).

Ce butin appartient aux émigrés besogneux403 qui ont été expulsés404 de leurs habitats405 et de leurs biens406 , étant en quête d'une faveur407 et d'un agrément408 d'Allah et portant secours409 à Allah ainsi qu'à son apôtre. Ceux-là sont les véridiques410 .
Ceux qui sont installés à Médine411 et en la foi , avant la venue des émigrés , aimeront412 ceux qui ont émigré vers eux. Ils ne trouveront en leurs cœurs nulle envie pour ce qui a été donné à ces émigrés. A eux-mêmes , ils les préféreront , même si pénurie existe chez eux.
Ceux qui se préservent de la lâdrerie413 de leur âme , ceux-là seront les bienheureux.
Et ceux qui sont venus après eux en disant :
-Seigneur! , pardonne-nous ainsi qu'à nos frères qui nous ont devancés dans la foi!
Ne mets point rancune en nos cœurs contre ceux qui ont cru avant nous!
Seigneur! , tu es indulgent et miséricordieux.


3. — Un discret rapatriement.

Un étonnant silence: les musulmans réfugiés en Abyssinie sont revenus au bercail que très tard , bien après l’installation à Médine , vers 628. On ne sait presque rien de ce retour si tardif , sauf qu’il n’est pas le signe d’un grand empressement de la part des exilés à réintégrerla communauté dominée par Muhammad.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 93).
L'aventure de la prosternation des infidèles s'était répandue en Abyssinie. On disait que les Quraysh avaient cru en Muhammad et qu'ils avaient adoré Allah , sauf Walid ibn Mughira , qui , trop vieux pour pouvoir se prosterner , avait pris une poignée de terre et l'avait placée sur son front. En conséquence , quelques-uns des adhérents du prophète qui étaient en Abyssinie revinrent , tandis que quelques-uns y restèrent jusqu'à la cinquième année après la fuite à Médine , jusqu'à la prise de Khaybar.

(ibn Hisham , Conduite de l’envoyé d’Allah 778-787).
Voici les noms des compagnons du prophète qui sont restés en Abyssinie jusqu’à ce qu’il envoie Amir ibn Ummaya al Damri au Négus pour les récupérer dans deux navires , et qui l’ont ensuite rejoint à Khaybar , après la trêve d’al Hodaydiyya.
(...)
Le nombre total de ceux qui n’étaient pas à Badr et qui ne sont pas venus avec l’envoyé d'Allah à la Mecque , ceux qui sont venus après , et ceux que le Négus n’a pas renvoyé dans les deux navires était de 34 hommes.
(...)
Le nombre total des femmes qui ont émigré en Abyssinie , celles qui sont revenues et celles qui sont mortes était de 16 femmes...


§ 319. — La sacralisation de Médine.

Muhammad reprend ici une tradition païenne , qui accorde à certains territoires un statut de protection privilégiée , ou tabou , comme si Médine était un sanctuaire à part entière414 . Mais là , c’est plutôt un support géographique à la théocratie, et une mesure de protection du régime en place.
La conséquence la plus grave est que tout acte considéré comme contraire aux intérêts de Muhammad et de son groupe est considéré d’un point de vue religieux , comme un sacrilège , et puni comme tel. Le modèle de Muhammad est bien sur le territoire sacré de la Mecque , le Haram415 , qu’il vient de quitter.


(Hanbal , Musnad 3/ 242-2)
D’après Anas , l’apôtre d'Allah a dit:
Médine est une enclave sacrée de là à là. Celui qui commet une agression et y donne refuge à un agresseur , que la malédiction d’Allah , de ses anges et de tous les hommes descende sur lui. Allah n’acceptera pas que cette malédiction soit détournée ou compensée en sa faveur.

(Bukhari , Sahih 30/ 91).416

Le prophète a dit:
Médine est un sanctuaire de là à là. Ses arbres ne seront pas coupés et aucune hérésie ne sera tentée ni aucun péché commis. Si quelqu’un innove en religion ou commet des méfaits , il encourt la malédiction d’Allah , des anges et du peuple entier.

(Bukhari , Sahih 30/ 95).417
L’apôtre d’Allah a dit: j’ai donné l’ordre d’émigrer dans une ville qui pourra avaler les autres villes , qui est appelée Yathrib et c’est Médine , et cela expulsera les mauvaises gens comme un four enlève les impuretés du fer.

(Bukhari , Sahih 29-10).

D'après Jâbir, un bédouin vint trouver le prophète et lui prêta serment de fidélité pour l'islam. Le lendemain, ce bédouin, ayant la fièvre, revint et dit par trois fois :
-"Relève-moi de mon serment."
Le prophète refusa en disant :
-"Médine est comme le soufflet de forge ; elle expulse ses impuretés et elle affine ses vertus."

Zayd ibn Thâbit a dit : Quand l'envoyé d’Allah partit pour Ohod, un certain nombre de ceux qui l'accompagnaient l'abandonnèrent.
-Il faut les tuer, disaient certains fidèles.
- Il ne faut pas tuer, disaient certains autres.
Alors fut révélé ce verset : Pourquoi vous diviser en deux partis au sujet des hypocrites ? 418 Et le prophète ajouta : "Médine se débarrasse des hommes (méchants) comme le feu chasse les impuretés du fer."

(Bukhari , Sahih 56/181).

Hudhayfah rapporte que le prophète nous a dit:
Ecrivez pour moi les noms de tous ceux qui reconnaissent l’islam. Nous lui écrivîmes les noms de 1500 personnes419 .

(Bukhari , Sahih 29-4).
Sayd ibn El Mosayyab rapporte que Abu Hurayra disait : "Je verrais des gazelles brouter dans Médine que je ne les effaroucherais pas, car l'envoyé d'Allah a dit :
-"L'espace entre les deux champs de pierres est un territoire sacré."

(Bukhari , Sahih 29-1).
Anas rapporte que le prophète a dit : "Le territoire de Médine est sacré de tel à tel endroit ; on n'y doit point couper les arbres ni y commettre aucune transgression. Celui qui s'en rendra coupable aura contre lui la malédiction d'Allah, celle des anges et celle des hommes tout à la fois."

Anas a dit : "Quand le prophète arriva à Médine, il donna ordre de construire la mosquée.
-"Ô Banu Najjâr420 , dit-il, fixez-moi un prix, répondirent-ils ; nous ne le demanderons qu'à Allah."
Alors le prophète ordonna de fouiller les tombeaux des polythéistes, de les détruire, d'égaliser le sol, puis il fit couper les palmiers dont les troncs furent placés en rangs du côté de la qibla de la mosquée."

D'après Abu Hurayra, le prophète a dit :
-"Sur ma demande, tout l'espace entre les deux champs de pierres de Médine est territoire sacré."
Abu Hurayra ajoute : "Le prophète alla trouver les Banu Hâritha :
-"Ô Banu Hâritha, leur dit-il, il me semble que vous êtes sortis du territoire sacré."
Puis, se retournant, il ajouta :
-"Non, vous y êtes encore."

Ali a dit :
-"Nous n'avons autre chose que le livre d’Allah et cette charte qui vient du prophète et qui déclare que le territoire de Médine est sacré dans l'espace compris entre Ayr et tel endroit. Celui qui y commettra quelque transgression, ou qui donnera asile à celui qui en aura commis une, aura contre lui tout à la fois la malédiction de Allah, celle des anges et celle des hommes, et on n'acceptera de ce coupable ni repentir, ni expiation."
Il dit encore :
-"La sécurité y sera la même pour tous les musulmans. Celui qui attentera à un musulman aura à la fois contre lui la malédiction de Allah, celle des anges et celle des hommes ; on n'acceptera de lui ni repentir, ni expiation. Celui qui se sera placé sous la protection de quelqu'un sans avoir obtenu d'autorisation de ses anciens patrons aura contre lui la malédiction de Allah, celle des anges et celle des hommes ; on n'acceptera de lui ni repentir, ni expiation."

Le haram de Médine.
(al Mataryi , Histoire de Médine ).421
Le prophète m’a envoyé dresser des piliers sur les extrémités du haram de Médine. A Mushayrib , un montagne à gauche de Dhat al Jaysh ; entre là et Khalyaq se trouve al Dabuah. A l’extrémité de Makheed , les montagnes de Makheed sont sur la route de la Syrie. A al Hufayya , dans la forêt d’al Ghabah au nord de Médine. A Dhul Ushayra , sur le chemin de la montagne d’al Hufayya. A Taym , une montagne à l’est de Médine.
Au total , cela faisait une journée de trajet en long et en large.

La sacralité de la Médine au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 360).
Selon un précepte strict de Muhammad , cette partie du territoire de Médine qui intègre la ville dans un périmètre de douze miles , ayant sur le côté sud Jebel Ayre , et sur le côté nord Jebel Thor (une petite montagne juste derrière le Jebel Ohod) , comme bornes , serait considérée comme sacrée ; personne ne devrait y être tué , sauf les agresseurs et les ennemis , comme auto-défense , ou les infidèles qui pourraient la polluer ; et aucun gibier ne peut être tué , ni les arbres coupés sur tout ce territoire saint. Cette interdiction , néanmoins , est à présent complètement mise de côté: les arbres sont coupés , des combats sanglants se passent dans la ville et ses environs ; et bien qu’un fidèle avoué d’une autre religion que celles des Mahométans ne soit pas autorisé à entrer dans la ville , il existe des cas repérés durant mon séjour (...) de présence de Grecs chrétiens employés au commissariat de l’armée de Tusun Pasha...



§ 320. — La supériorité de Médine.

Quelques hadiths qui doivent tous dater d'après Muhammad , quand les villes de la Mecque et de Médine se disputent l'hégémonie dans le nouvel empire musulman422, en une sorte de querelle de minarets. Médine devient pour assez longtemps la capitale théorique de l'empire musulman, au début de son expansion militaire et le butin y afflue.

(Bukhari , Sahih 29-5).

Abu Hurayra rapporte qu'il a entendu l'envoyé de Allah dire :
-"On abandonnera Médine malgré tous les avantages qu'elle renferme423 ; on n'y verra plus que des animaux cherchant leur nourriture - et, par ces animaux, il entendait les fauves et les oiseaux. - Les derniers ressuscités (au jour suprême) seront deux bergers des Mozayna qui, voulant gagner Médine en excitant de la voix leurs moutons, trouveront cette ville déserte et tomberont morts la face contre terre quand ils arriveront au défilé de l'Adieu."

Sufyan ibn Abu Zuhayr rapporte qu'il a entendu l'envoyé de Allah dire :
-"Le Yémen sera conquis. Il y aura alors des gens (de Médine) qui y émigreront avec leurs troupeaux et qui s'éloigneront avec leurs familles et tous ceux qui leur obéissent. Pourtant, Médine vaudrait mieux pour eux, s'ils savaient. La Syrie sera conquise. Il y aura alors des gens qui y émigreront avec leurs troupeaux et qui s'éloigneront avec leurs familles et tous ceux qui leur obéissent. Pourtant, Médine vaudrait mieux pour eux, s'ils savaient. L'Irâq sera conquis. Il y aura alors des gens qui y émigreront avec leurs troupeaux et qui s'éloigneront avoir leurs familles et tous ceux qui leur obéissent. Pourtant, Médine vaudrait mieux pour eux, s'ils savaient."

(Bukhari , Sahih 29-6).
La foi se réfugiera à Médine.
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d’Allah a dit : "La foi se réfugiera à Médine comme le serpent se réfugie dans son trou."

(Bukhari , Sahih 29-10).
Anas rapporte que le prophète a dit :
-"Ô Allah, accorde à Médine le double des bénédictions que tu as données à la Mecque."
D'après Anas, lorsqu'il revenait d'une expédition, le prophète, en apercevant les murs de Médine, forçait l'allure de sa chamelle et, s'il était sur une autre monture, il la talonnait tant il avait hâte d'arriver.

(Bukhari , Sahih 29-11).
De la répugnance qu'éprouvait le prophète de voir un vide se produire à Médine.
Anas a dit : "Les Banu Salima voulaient changer de campement pour se rapprocher de la mosquée. L'envoyé d’Allah fut contrarié de ce qu'on évacuât un quartier de Médine ; aussi dit-il :
-"Ne tenez-vous donc pas compte des pas que vous faites ? Ô Banu Salima."
Alors ils restèrent où ils étaient."

Une Médine contemporaine: la ville mauritanienne de Maata Moulana.
(Extrait d'un article de J. P. Tuquoi, paru dans Le Monde du 27 février 2008).

D'abord, la surprise. Ici, au milieu des dunes de sable, surgie de nulle part, se dresse une vraie ville saharienne : des centaines de modestes habitations de brique ocre, des rues qui n'en sont pas, des présences fugitives et, dominant l'ensemble, les deux fins minarets d'une mosquée pointés vers le ciel. Pas âme qui vive donc pendant des dizaines de kilomètres de piste, hormis quelques dromadaires, et soudain, comme dans un dessin animé, une cité bien réelle avec une palmeraie, des odeurs, des êtres humains.

Bienvenue à Maata Moulana, littéralement "le don de Dieu", la ville où l'on enseigne "l'islam, le vrai", dit un habitant. "L'islam, tout court", rectifie le chef de la communauté, un homme d'une cinquantaine d'années tout de blanc vêtu, avare de ses mots, Abdallah el hadj Ould Mishry que tout le monde appelle "El Hadj".

Située à un peu moins de quatre heures de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, Maata Moulana est une sorte d'utopie vivante, une cité idéale qui vit au rythme de la religion musulmane, plus précisément d'une branche du soufisme tidjane, apparue au XIXe siècle au Maghreb avant d'essaimer en Afrique subsaharienne.

La vie de la cité est solidement encadrée. Pas d'alcool à Maata Moulana ni de tabac (toléré pour les seuls étrangers). Pas de poste de télévision dans les habitations. Des chefs de quartier sont chargés de faire respecter les lois de la cité et de résoudre les éventuels conflits de voisinage.

L'organisation sociale se fait par tranche d'âge. Les garçons de moins de 10 ans sont des "bourgeons" ; ils rejoindront ensuite la "génération de l'espoir", puis celle de "la foi" et enfin, à partir de 40 ans, celle des "sages". A chaque génération, sa fonction dans la cité. La propreté de la ville - remarquable -, le désensablement des maisons, par exemple, incombent aux plus jeunes.

Une organisation identique est appliquée aux femmes. Leur sort est probablement plus enviable que dans le reste de la Mauritanie. La polygamie est admise ("El Hadj" a trois épouses issues de tribus différentes), mais sous condition : il faut être un "sage" et disposer d'un revenu confortable. Maata Moulana se revendique comme la ville de Mauritanie où le taux de scolarisation des femmes est le plus élevé.

A Maata Moulana, la présence de l'Etat est en pointillé. Il y a des écoles primaires, un collège et un lycée, mais pas de police. Les impôts locaux sont acquittés par un délégué de la cité au nom de la collectivité. La répartition et le recouvrement sont une affaire interne qui ne concerne pas l'administration. Deux types de monnaie continuent à coexister : les dents de poisson finement travaillées par les femmes, qui les utilisent aussi comme parures, et les pièces et les billets de banque de l'Etat.

La vie politique nationale n'a pas droit de cité à Maata Moulana. En cas de scrutin, "El Hadj" fait en sorte que tous les candidats recueillent un même nombre de voix. C'est ce qui s'est passé aux dernières législatives et, en 2007, à l'élection présidentielle - alors qu'un des deux candidats appartenait à la confrérie tidjane. "Il était important de conserver l'amitié de tous les candidats", explique le cinéaste Abderrahmane Salem, qui a grandi à Maata Moulana.



Chapitre 54

Les “munafiqun

Résistance à la soumission.






§ 321. — Présentation.


Quand Muhammad arrive à Médine avec ses disciples , il n’a de cesse de convertir , par la parole ou la contrainte424 . Ce militantisme haletant soumet une foule d’habitants de Médine à la nouvelle foi. Mais l'essentiel de ces gens se sont convertis sans véritable conviction: Ces hommes dits “munafiqun”425 , vilipendés à outrance dans le Coran et la Tradition islamique , forment un groupe nombreux , constitués de croyants jugés trop mous et peu agressifs (notamment au moment des combats426 ) , de traîtres potentiels , de simples opportunistes ou supposés tels , de suivistes sans énergie qui ne veulent pas rompre avec les infidèles ou de gens sincères qui déplaisent au chef ou supportent mal l’autocratie. En fin de compte , il semble que ces munafiqun sont simplement ceux qui ne font pas partie de la petite troupe de musulmans fanatisés et belliqueux regroupée autour du chef.
Comme d'anciens polythéistes427 , ils ont en commun de ne pas avoir saisi le caractère exclusif de l’islam , mais face aux hommes de Muhammad , ils n’osent pas devenir apostats , et risquer la mort. Pour résister , il semble qu’ils aient dû s’associer aux Juifs , eux aussi en position de plus en plus difficile. On aperçoit ici et là des indices de protection réciproque , de solidarité , à travers les accusations musulmanes. C’est après l’élimination de la présence juive à Médine que Muhammad concentre ses attaques et ses diatribes les plus violentes contre les munafiqun .
L’opposition clandestine est perçue par les musulmans comme un danger immédiat et insidieux pour la communauté: cela explique la violence extrême des extraits du Coran qui concernent ceux pratiquant ladite “hypocrisie”428.




§ 322. — Définition du pire ennemi.

Il y a tant d’allusions aux “Hypocrites” dans le Coran que l’on peut dresser un véritable portrait-robot de cet adversaire429 . C’est une affaire grave , car cette pression permet , pour l’éternité , de pointer du doigt toute attitude déviante ou simplement suspecte dans la communauté.
La Tradition islamique précise encore la description , et accentue encore la description du châtiment. Cela en dit long sur l’ambiance de suspicion et d’obséquiosité qui règnait à Médine.
La dureté extrême des attaques et la haîne farouche qui s’en dégage doit être ici mise en évidence par la publication de l’ensemble des sourates consacré au problème: cela donne une petite idée de la pression et de la suspicion que subit actuellement à l’intérieur le monde musulman toute personne qui ne se sent pas liée par le dogme et la pratique de l’islam: un corpus considérable de textes coraniques et de la tradition sont disponibles à leur encontre et à leurs dépens.
Dans l'Histoire musulmane, nombreux ont été ceux qui ont porté ce titre infâmant: surtout des convertis récents, peu sûrs, et mauvais élèves en arabe et en sharia: pour le célèbre législateur ibn Taymiyya, les Hypocrites sont en premier lieu les Mongols du XIIème siècle. Ensuite , ce sera tout simplement l'Autre : l'accusation d'Hypocrisie est terriblement efficace pour figer dans la crainte les individus englués dans l'univers soumis à l'islam.


(Corpus coranique d'Othman 29/9-10).
Parmi les hommes , il en est qui disent :
-Nous croyons en Allah.
Or , dès qu'ils sont maltraités pour la cause d' Allah , ils font de l'épreuve430 des hommes , un tourment semblable à celui d'Allah.
Si toutefois vient un secours de ton seigneur , ils s'écrient certes:
-Croyants , nous étions avec vous !
Eh quoi Allah ne connait-il pas très bien ce qui est dans les poitrines de ce monde431?
Certes , Allah connait ceux qui croient et il connait certes les munafiqun.
Ceux qui sont infidèles ont dit à ceux qui croient :
-Suivez notre chemin! Portons le poids de vos fautes!
Mais , ici-bas ils ne se trouvent en rien porter leurs propres fautes. En vérité , ce sont certes des menteurs.

(Tabari , Tafsir 2/9-1).
L'hypocrite cherche à tromper son seigneur et les croyants en déclarant ostensiblement véridique la révélation , alors qu’en réalité , au fond de son coeur , il en doute ou la considère mensongère. Or il tient de tels propos pour se préserver du châtiment ou de la captivité , c’est là , de sa part , la tentation de tromper Allah et les croyants.

Même s’il trompe effectivement les croyants dans ce monde , il ne trompera pas Allah et les chatiments qu’il s’épargne dans ce monde en tenant les propos qui le mettent à l’abri , ne lui sera pas épargné dans l’autre monde.
C’est pourquoi , en réalité , il se trompe vraiment lui-même sans le savoir.


La description des hypocrites.
(ibn Kathir , Tafsir 2).
Les hypocrites.
Après cela , Allah commmence à décrire les hypocrites , ceux qui montrent leur foi et cachent leur incroyance. Puisque la réalité des hypocrites est vague et que beaucoup de gens de comprenent pas leur véritable réalité , Allah a mentionné leur description en détail. Chacune de ces particularités qu’Allah emploie pour les décrire est ce qui fait l’hypocrisie elle-même.


La comparaison animale.
(Muslim , Sahih , 38/6696).

L’apôtre d'Allah a dit:
-Le munafiq ressemble à une brebis qui erre sans but entre deux troupeaux. Elle va d’un côté à l’autre à tout moment.

(Bukhari , Sahih 55/8).

D’après Abu Hurayra , le prophète a dit:
-Les signes auxquels se peut reconnaître un munafiq sont au nombre de trois: s’il parle , il ment , si l’on a confiance en lui , il trahit ; s’il promet , il manque à sa parole.

(Bukhari , Sahih 58/17).

Abdallah ibn Amir a dit: l’envoyé d'Allah a dit :
-Quatre choses , lorsqu'elles se rencontrent chez un individu , en font un parfait munafiq : mentir quand il parle ; manquer à sa promesse ; trahir les engagements pris ; être de mauvaise foi lorsqu'il discute. Celui chez qui se trouve une seule de ces quatre choses sera atteint de quelque hypocrisie jusqu'au moment où il s'en sera débarrassé.


(Bukhari , Sahih 78/69 , 2).

D’après Abu Hurayra , l’envoyé d'Allah a dit:
-On reconnait le munafiq à trois signes: lorsqu’il raconte , il ment ; quand il tient une promesse il ne la tient pas ; si on lui confie quelque chose , il le vole.

Bédouins munafiqun.
(Corpus coranique d'Othman 9/98).

Les bédouins sont les plus marqués par l’impiété et l’hypocrisie432 et le plus à même de ne pas savoir les lois contenues dans ce que Allah a fait descendre à son apôtre.

Allah est omniscient et sage.

(ibn Kathir , Tafsir 2).
Les caractéristiques des hypocrites.
J’ai trouvé la description de certains membres de cette communauté dans les livres révélés d’Allah: ils sont des gens qui utilisent la religion pour obtenir des bénéfices matériels. Leurs langues sont plus douces que le miel , mais leurs coeurs sont plus amers que l’aloès433. Ils montrent aux gens l’apparence d’un mouton alors que leurs coeurs ont la malignité des loups. Leur croyance est viciée et leurs oeuvres sont immorales.
...
Les hypocrites n’ont pas d’autres buts dans leurs vies que de causer des méfaits , de détruire les récoltes et les jeunes bêtes , ce que le bétail produit et ce dont les gens ont besoin pour vivre.

(Hadith , Bukhari 78/52).
Abu Hurayra a dit:
-L’homme qui , aux yeux d’Allah , sera le plus misérable au jour de la résurrection , sera l’homme à double visage , se présentant aux uns avec un visage et aux autres avec un autre visage434.

(Bukhari , Sahih 81/36).
D’après Jundub , et on assure que personne autre que lui ne l’a entendu , le prophète a dit:

-Celui qui diffame , Allah le diffamera ; celui qui est munafiq , Allah le dénoncera.


La foi molle.
(Bukhari , Sahih 65/9 , 2).

A propos de ces mots: Il en est des hommes qui adorent Allah sans conviction , ibn Abbas a dit:
-L’homme qui venait à Médine , si sa femme accouchait d’un garçon et si sa jument avait un poulain , disait:
-Voici une excellente religion.
Mais si sa femme n’avait pas d’enfant et si sa jument n’avait pas de poulain , il s’écriait:
-Quelle mauvaise religion!

(Bukhari , Sahih 30/ 108).435
Quand le prophète partit pour la bataille d’Ohod436 , certains de ses compagnons rentrèrent. Une partie des croyants remarqua qu’ils devraient tuer ceux qui étaient rentrés , et un autre groupe pensait qu’il ne fallait pas les tuer. Alors l’inspiration divine s’est révélée:
Mais que vous arrive t-il d’être divisé ainsi en deux parties à cause des munafiqun.
Le prophète a dit: Médine expulse les mauvaises personnes comme le feu expulse les impuretés du fer437 .


La diabolisation d’un munafiq.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 356-7).

L’apôtre d'Allah a dit:
-Quiconque veut voir le diable , qu’il regarde Nabtal ibn al Harith!
C’est un homme robuste et tout noir , avec de longs cheveux flottants , des yeux rougis et des joues rougeaudes. Il allait parler avec l’apôtre d'Allah , l’écoutait et ensuite allait tout rapporter aux munafiqun. C’est lui qui a dit:
-Muhammad est toutes oreilles ouvertes: si quelqu’un lui dit quelque chose , il le croit tout de suite.
(...)
Un homme des Banu al Ajlan m’a dit: Gabriel est apparu à l’apôtre d'Allah et a dit:
-Voilà pour s’asseoir avec toi un homme noir avec de longs cheveux flottants , des joues rubicondes , des yeux rougis comme deux pots en cuivre. Son coeur est plus gros que celui des ânes ; il rapporte les paroles des munafiqun , alors méfiez vous de lui.
C’est , ont-ils dit , la description de Nabtal438 .



§ 323. — Une affaire de caricature.

Dans le but d’humaniser le sujet , voici quelques individus parmi ceux qui sont haïs , dans le Coran ou la Tradition. Ils n’étaient sûrement pas les monstres décrits avec complaisance , ou voués aux pires atrocités. D’abord , celui qui est présenté comme leur chef , puis les autres.


1. — Le sheikh des munafiqun , ibn Ubbay.


Le chef439 de ces munafiqun est Abdallah440 ibn Ubayy , personnalité qui aurait du garder sa place à la tête de Médine , si Muhammad n’était pas arrivé. Il sera assez habile et puissant pour échapper à la persécution et il est un des rares à ne pas mourir de mort violente. De fait , au delà du filtre de la tradition musulmane , la période de huit années à Médine sonne comme le duel de deux chefs tribaux.



(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 411-3).

Quand l’apôtre d'Allah est arrivé à Médine , le chef était Abdallah441 ibn Ubayy du clan des Banu al Hubla. personne dans son peuple ne contestait son autorité , et les Aws et les Khazraj ne se sont jamais alliés à un homme comme lui , avant ou après l’islam.
(...)
L’apôtre d'Allah chevauchait vers la maison de Sad ibn Ubada pour lui rendre visite à cause de sa maladie , monté sur un âne , avec une selle surmontée d’un tissu de Fadak442...
Il passa devant ibn Ubayy qui était assis à l’ombre de son fort Muzaham. Autour de lui , il y avait d’autres hommes , et l’apôtre d'Allah sentit que son sens de la politesse l’empêchait de passer sans les saluer. Alors il descendit de l’animal et s’assit à côté d’eux pour leur réciter le Coran et les appeler à Allah. Il le gronda , l’avertit et prêcha les bonnes nouvelles , alors que lui , avec le nez en l’air , ne répondait pas un mot.
A la fin , quand l’apôtre d'Allah a fini de parler , il dit:
-Il n’y aurait rien de plus beau que ce que tu as dit , si seulement c’était vrai...
Alors assieds toi dans ta propre maison et si quelqu’un arrive , parle lui comme ça. Mais ne viens pas importuner ceux qui ne viennent pas vers toi , et ne viens pas te mêler à une réunion de gens avec un discours qu’ils n’aiment pas.

Le “nationalisme” médinois d’ibn Ubbay.
(ibn Hisham , Conduite de l’envoyé d’Allah).

Ils entrent en compétition avec nous , ils cherchent à nous dépasser en nombre dans notre propre pays! Par Allah , nous et ces torchons de Quraysh , c’est , je crois , comme a dit l’autre “Engraisse ton chien et il te mangera”. Mais par Allah! quand nous rentrerons à la ville , le plus fort expulsera le plus faible !443
(...)
Voilà ce que vous vous êtes fait à vous-mêmes. Vous leur avez ouvert votre pays , vous leur avez partagé vos possessions. Si vous aviez gardé votre bien , par Allah! ils seraient allés ailleurs que chez vous!

(Corpus coranique d'Othman 63/8).
Ce verset énigmatique pourrait être une allusion à ibn Ubayy: le plus fort444 , qui menacerait Muhammad, le plus faible445 . L'affaire est sans doute politique, comme une lutte de pouvoir entre les deux hommes

Ils disent également: certes, si nous revenons à Médine, le plus fort en expulsera, certes, le plus humble.

(Bukhari , Sahih 53/1 ,2).
Anas a dit: Comme on disait au prophète :
-Tu devrais aller chez Abdallah ibn Ubayy , il s'y rendit. Il enfourcha un âne et se mit , en route accompagné des musulmans en traversant le sol d'une sebkha446 . Quand on fut arrivé , Abdallah dit au prophète:
-Eloigne-toi de moi , l'odeur de ton âne m'incommode.
Un des hommes des ansari , qui se trouvait là , dit:
- Certes l'âne de l'envoyé d'Allah exhale un parfum plus agréable que toi.
Un des compagnons d’Abdallah fut irrité de ces paroles et les deux hommes s'injurièrent ; puis , l'irritation ayant gagné les compagnons de chacun de ces deux hommes , ces derniers en vinrent aux mains se frappant avec des branches de palmier , avec les mains et avec leurs chaussures. On nous a assuré que ce fait fut l'occasion de la révélation suivante:
Quand deux groupes de croyants se combattent , cherchez à les réconcilier... 447

(Muslim, Sahih 32-3356).
D'après Usâma ibn Zayd , l'envoyé d'Allah monta un jour sur un âne ayant pour selle une grosse étoffe de Fadak et prit en croupe Usâma ibn Zayd; en se rendant à la visite du malade Sa`d ibn Ubâda qui habitait chez les Banû Al Hârith ibn Al Khazraj et cela avant la bataille de Badr. Il passa par une réunion d'hommes, composée de musulmans, d'idolâtres et de juifs, dont Abdullah ibn Rawâha et Abdullah ibn Ubayy. La poussière que souleva l'âne du prophète, venant s'abattre sur la réunion, Abdullah ibn Ubayy se drapa le nez dans son châle en criant :
-"Ne nous faites donc pas tant de poussière!".
L'envoyé d'Allah salua le groupe, fit arrêter son âne et en descendit; il invita le groupe à adorer Allah et récita un passage du Coran.
Abdullah ibn 'Ubayy, dit alors :
-"Ô Homme, certes il n'y a rien de plus beau que ce que tu avais dit , si c'était vrai, mais ne viens pas nous importuner avec cela dans nos réunions. Retourne chez toi et raconte tout cela à ceux qui se rendront chez toi".
Tandis que Abdullah ibn Rawâha s'écria :
- "Viens prendre part à nos réunions, cela nous plaît beaucoup".
A ces mots, les musulmans, les idolâtres et les juifs s'injurièrent et furent sur le point de se battre les uns contre les autres. Mais le prophète ne cessa de chercher à les calmer jusqu'à ce qu'enfin il y réussisse. Il remonta ensuite sur son âne et se rendit chez Sa`d ibn `Ubâda et lui dit :
-"Ô Sa`d, n'as-tu pas entendu ce qu'avait dit Abu Hubâb448 ?, (il entendait par-là `Abdullah ibn 'Ubayy), il a dit telle et telle chose".
- "Ô envoyé d'Allah, sois indulgent et pardonne-lui. Par Allah! Allah t'a révélé la Vérité juste au moment où les gens de cette ville avaient décidé de le choisir comme roi et de le couronner. Comme Allah a empêché cela par la mission de Vérité qu'il t'avait confiée, il (ibn 'Ubayy) a éprouvé une vive déception et c'est pour cela qu'il a agi comme tu l'avais vu".
Alors, l'envoyé d'Allah lui pardonna.

(Tafsir al Jalalayn 63).
Or, Allah sait très bien que tu es son envoyé et il atteste que les hypocrites sont menteurs”. Zayd ibn Arqam rapporte: J'ai entendu Abdullah ibn Ubayy dire à ses compagnons:
-"Ne dépensez rien pour ceux qui se trouvent chez le messager d'Allah jusqu'à ce qu'ils s'éloignent de lui. Si nous retournons à Médine, le plus puissant d'entre nous en expulsera le plus faible".
Alors j'ai mis mon oncle au courant de ces propos qui les transmit, à son tour, au prophète . Celui-ci me manda et je lui répétai ce que j'avais entendu. Alors le messager d'Allah convoqua Abdullah et ses compagnons qui jurèrent qu'ils n'ont pas tenu de tels propos. Il crut en leur serment et me prit pour un menteur. Alors je fus vexé et jamais de ma vie je n'ai éprouvé une chose pareille. Je gardai la maison et mon oncle vint me blâmer:
- "Tu as voulu que le messager d'Allah te démentisse et te déteste!" A cette occasion, Allah fit descendre: "Lorsque les hypocrites viennent à toi...".
(...)
Ils disent: Si nous retournons à Médine, le plus puissant en fera assurément sortir le plus humble. Or c'est à Allah qu'est la puissance ainsi qu'à son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas: Ces hypocrites disent:
-"Si nous retournons à Médine, une fois l'expédition de Banu Al-Mustaliq terminée, les plus puissants,- voulant dire: eux-mêmes -en expulseraient les plus faibles, c'est-à-dire les croyants".
La puissance et la victoire n'appartiennent qu'à Allah, à son messager et aux croyants. Mais les hypocrites semblent l'ignorer


(Muslim, Sahih 32-3357).
D'après Anas ibn Mâlik , Un jour on dit au prophète :
-"Veux-tu te rendre chez Abdullah ibn 'Ubayy (pour le convaincre d'embrasser l'islam)?".
Il enfourcha alors un âne pour s'y rendre et se mit en route, accompagné des musulmans traversant une terre saline. Quand ils furent arrivés, il dit au prophète :
-"Eloigne-toi de moi, l'odeur de ton âne m'incommode".
Un des ansâr, dit alors :
-"Certes l'âne de l'envoyé d'Allah exhale une odeur plus agréable que la tienne".
Un des compagnons d'Abdullah fut irrité de ces paroles et les deux hommes s'injurièrent; puis, l'irritation ayant gagnée les compagnons de chacun de ces deux hommes, les deux groupes se mirent à se battre avec les branches de palmier, les mains et les semelles. On nous assura que ce fut l'occasion de la révélation suivante : Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux...

(Tafsir al Jalalayn 49).
Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux...”: Un jour, le prophète enfourcha son âne et passa par Ibn Ubayy. Comme l'âne urina, Ibn Ubayy se boucha le nez. Ibn Rawaha lui dit alors:
-"L'odeur de l'urine de son âne est plus parfumé que ton musc".
Une bagarre eut lieu alors entre les deux clans et se frappèrent avec les mains, les sandales et les queues de palmier. Allah révéla à cette occasion: Si deux groupes de croyants se combattent, rétablissez la paix entre eux.
D'après Anas, le prophète monta sur son âne et partit chez Abdullah ibn Ubayy qui lui dit:
-"Laissez-moi tranquille, l'odeur puante de ton âne me nuit".
Un homme des Ansars lui répondit:
-"Par Allah, l'odeur de son âne est meilleure que la tienne". Les hommes des deux groupes furent irrités et ils en vinrent aux mains et se mirent à se battre avec les queues de palmier et les sandales.

(Bukhari , Sahih 75/15).
Usama ibn Zayd rapporte que le prophète monta sur un âne dont le bât était recouvert d'étoffe de Fadak449 et prit en croupe Usama450 pour aller faire visite à Sad ibn Obada. Ceci se passait avant la bataille de Badr. En cours de route , le prophète passa auprès d'une réunion où se trouvait Abdallah ibn Ubayy ibn Salul qui n'avait pas encore embrassé l'islam. Dans cette réunion il y avait un mélange de musulmans , de polythéistes , adorateurs des idoles et des Juifs , et l'on y voyait également Abdallah ibn Rawaba451. Comme la poussière soulevée par l'âne envahissait la réunion , Abdallah ibn Ubayy se couvrit le nez avec son manteau en disant:
-Ne nous couvrez pas de poussière.
Le prophète salua , s'arrèta , descendit de sa monture et invita les assistants à adorer Allah en leur récitant des passages du Coran.
-Hé! l'homme! , dit Abdallah ibn Ubayy , il n'y a rien de plus beau que ce que tu dis si c'est la vérité , mais ne nous importune pas avec cela dans notre réunion. Retourne chez toi et raconte tout cela à ceux qui viendront te voir.
-Pas du tout , ô envoyé d'Allah , s'écria ibn Rawaha , parle nous-en dans nos réunions , car cela nous plait.
A ces mots , musulmans , idolâtres et juifs s'agonirent452 d'injures et faillirent en venir aux mains. Le prophète ne cessa de chercher à les calmer jusqu'à ce qu'ils se tussent453 ; puis il enfourcha son âne et alla chez Sad ibn Obada.
-Ô Sad , dit le prophète , n'as-tu pas entendu ce qu'a dit Abu Hubaba. Il désignait ainsi Abdallah ibn Ubayy.
-Ô envoyé d'Allah! répondit Sad , sois indulgent et pardonne-lui. Allah t'a donné ce qu'il t'a donné.
Or les habitants de cette cité se sont réunis pour le couronner roi et lui assurer le pouvoir. Cette résolution se trouvant réprouvée par la vérité qui t'a été donnée , il en a été furieux et c'est pour cela qu'il a agi comme tu l'as vu454.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 202).
Les hypocrites se rassemblèrent et discutèrent ensemble. A ce moment , l’apôtre d'Allah dit:
-En vérité , un groupe d’hommes s’est rassemblé et a dit telle ou telle chose , alors levez-vous et cherchez le pardon d’Allah , et je demanderai le pardon d’Allah pour vous.
Ils ne se levèrent pas.
-Que vous arrive t-il? Levez vous et demandez le pardon d’Allah!
Il le répéta trois fois et dit:
-Soit vous vous levez , soit je révélerai vos noms! Toi et toi! Debout!
Ils se levèrent , honteux , et couvrirent leurs visages.

Le protecteur des Juifs.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 545-7).

(...)
Les Banu Qaynuqa furent les premiers des Juifs à rompre l’accord avec l’apôtre d’Allah , et à aller au combat , entre Badr et Ohod. Et l’apôtre d’Allah les assiégea jusqu’à ce qu’ils se rendent sans condition.
(...)
Abdallah ibn Ubayy vint voir l’apôtre d’Allah et lui dit:
-Traite mes protégés455 avec bienveillance (...)
Mais l’apôtre d’Allah fit la sourde oreille. Abdallah répéta les mêmes mots et l’apôtre d’Allah s’écarta de lui , alors il s’empara du bord de la robe456 de l’apôtre d’Allah. L’apôtre d’Allah était si en colère que son visage était presque devenu noir.
Il dit:
-Malheur! Lâche moi!
L’autre dit:
-Non , par Allah , je ne te laisserai pas partir avant que tu ne traites mes protégés avec bienveillance. Six cent hommes sans cottes de mailles et trois cent avec ne m’ont pas protégé de mes ennemis457 , et tu veux les exécuter en une matinée? Moi je suis un homme qui craint les changements de fortune.

(Bukhari , Sahih 78/115).
Usama ibn Zayd rapporte que l'envoyé d'Allah , avant la bataille de Badr458 , alla , monté sur un âne couvert d'une étoffe de Fadak , et suivi de Usama , faire une visite à Sad ibn Obada chez les Banu al Harith ibn Khazraj459. Comme ils cheminaient tous deux ainsi ils passèrent auprès d'une assemblée dans laquelle se trouvait Abdallah ibn Ubayy ibn Salul et c'était avant que Abdallah ibn Ubayy se fut converti à l'islam. Cette , assemblée était formée d'un mélange de musulmans , d’infidèles adorateurs des idoles et de Juifs. Parmi les musulmans se trouvait Abdallah ibn Rawaba. Quand les flots de poussière soulevés par l'âne couvrirent l'assemblée ibn Ubayy se couvrit le nez avec son manteau en criant :
-Ne faites donc pas tant de poussière.
Après avoir salué les personnes présentes l'envoyé d'Allah s'arrêta , descendit de sa monture , les invita à croire en Allah et leur récita du Coran.
-Hé ! l'homme , s'écria Abdallah ibn Ubayy ibn Salul , il n'y a rien de mieux que ce que tu dis si cela est vrai , mais ne viens pas nous importuner avec cela dans nos réunions460. Raconte ces histoires-là à ceux qui viennent te voir.
-Mais au contraire , ô envoyé d'Allah , prodigue-nous cela dans nos réunions , dit Abdallah ibn Rawaba.
Alors , musulmans , idolâtres et Juifs s'invectivèrent réciproquement à tel point qu'ils faillirent en venir aux mains. L'envoyé d'Allah ne cessa de chercher à rétablir le calme jusqu'à ce que tout le monde se tut. L'envoyé d'Allah remonta ensuite sur son ane et poursuivit sa route jusqu’à ce qu'il arrivat chez Sad ibn Obada.
-Ô Sad , demanda l’envoyé d'Allah , n'as-tu pas entendu ce qu'a dit Abu Hobab ? (il voulait désigner par là Abdallah ibn Ubayy) , il a dit telle et telle chose.
-Ô envoyé d'Allah , répondit Sad ibn Obada , toi pour qui je donnerais la vie de mon père , pardonne et sois indulgent. J'en jure par celui qui t'a révélé le Coran , tu nous as apporté la vérité qui t'avait été révélée , les gens de cette ville s'étaient réconciliés à la condition que l'on couronnerait Abdallah ibn Ubayy et que l'on ceindrait son front du bandeau royal. Comme Allah a empêché cela , grâce à la vérité qu'il t'a donnée , il a éprouvé une vive déception et c'est ce qui l'a porté à agir comme tu l'as constaté.
L'envoyé d'Allah pardonna.
L'envoyé d'Allah et ses compagnons se montraient indulgents à l'égard des idolâtres et des gens du Livre ainsi qu’Allah le leur avait ordonné et ils supportaient leurs vexations.
Le Coran ne dit-il pas :
... Vous entendrez de la part de ceux qui ont reçu un livre (révélé)... 461 et aussi : Beaucoup d'entre ceux qui possèdent un livre (révélé) désireraient... 462 .
L'envoyé d'Allah pratiqua l'indulgence à leur égard en interprétant ainsi les ordres d'Allah jusqu'au jour où Allah lui permit de les combattre. Ce fut après la bataille de Badr que l'envoyé d'Allah fit mettre à mort certains des chefs des idolâtres et des seigneurs des Quraysh. Entouré de ses compagnons , 1’envoyé d'Allah revint de cette expédition vainqueur et chargé de butin ; il emmenait avec lui comme prisonniers des chefs des idolatres et des seigneurs des Quraysh. Ubayy ibn Salul et les infidèles qui étaient avec lui , tous idolâtres , dirent:
- Maintenant , la chose est claire463.
Ils prêtèrent à l'envoyé d'Allah serment de fidélité comme chef de l'islam464 et se firent musulmans.

Les excuses d’ibn Ubayy.
(Waqidi , Kitab al Maghazi)465.
-Envoyé d'Allah , sois compréhensif à son égard , parce que par Allah , il t’a fait venir alors que son peuple466 était en train d’enfiler les pierres précieuses pour lui. La seule pierre qu’il n’avait pas reçue était celle que devait lui donner Yusha le juif , qui était en conflit avec lui et s’arrangeait pour ne pas lui donner , parce qu’il savait qu’ils en avaient besoin pour le couronner467 . Allah t’a amené dans ces circonstances , et il ne peut pas s’empêcher de penser que tu lui as volé sa royauté.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 23).
L'un des compagnons du prophète , nommé Zayd ibn Arqam , présent à cette scène , avait entendu les paroles d’Abdallah ibn Ubayy et les avait rapportées à son oncle , qui vint en avertir le prophète , à l'heure de la prière de midi. Le prophète fut très affligé. Omar survint , et le trouvant plongé dans la tristesse , lui en demanda la cause. Le prophète lui répéta les paroles d’ Abdallah. Omar dit:
-Apôtre d'Allah , autorise-moi à le tuer ; car son cœur ne sera jamais purifié de l'incrédulité.
Le prophète répliqua :
-Tu as raison ; cependant je ne veux pas que les infidèles disent que Muhammad fait mourir ses propres compagnons.
Omar le quitta. Le prophète , craignant qu'il n'en parlât à quelqu'un et que l'on ne tuât Abdallah , donna immédiatement l'ordre du départ , et l'on marcha ce jour et la nuit suivante , sans s'arrêter. Les hommes causaient entre eux du motif de ce départ à une heure inaccoutumée et de cette marche , et le bruit en vint aux oreilles d’Abdallah. Celui-ci , entouré de ses gens , se présenta au prophète et nia , en jurant , avoir prononcé les paroles qu'on avait rapportées , et le prophète fut rassuré. On raconte que l'un des compagnons du prophète lui demanda pourquoi il avait ainsi précipité le départ et pourquoi il avait été si troublé.
Le prophète lui répondit :
-Ne sais-tu pas ce qu'a dit Abdallah?
L'autre répliqua :
-Apôtre d'Allah , excuse-le ; car , avant ton arrivée , les habitants de Médine avaient l'intention de le faire roi , et de mettre une couronne d'or sur sa tête468 . Lorsque tu vins à Médine , cette couronne et cet honneur furent perdus pour lui.
Les hommes blâmèrent Zayd ibn Arqam , et son oncle , et dirent:
-Zayd est un enfant , il a parlé dans son ignorance , et son langage a causé du trouble au prophète.
Alors Zayd pria Allah pour qu'il fit connaître si c'était lui ou Abdallah qui avait menti. Allah révéla le verset suivant:
Quand les munafiqun viennent auprès de toi , ils disent : Nous attestons que tu es l'apôtre d'Allah , etc. 469 .
Dans ce verset , Allah loue Zayd et son oncle , et déclare menteur Abdallah ibn Ubayy. Le prophète récita la sourate à ses compagnons , afin qu'ils pussent attester le mensonge d’Abdallah. Ensuite il fit appeler Zayd , lui fit bon accueil et lui dit:
-Tu as dit la vérité ;
Il lui toucha les oreilles , en disant:
-Allah et son prophète ont confiance en ces oreilles ; il a dit ce qu'il a vraiment entendu.
Le bruit s'était répandu à Médine que le prophète voulait faire tuer Abdallah , parce qu'il était munafiq. Abdallah avait un fils qui s'appelait aussi Abdallah et qui vint trouver le prophète et lui dit:
-Apôtre d'Allah , si tu veux faire mourir mon père , charge-moi de le tuer ; car si quelque autre le tuait , je devrais tuer le meurtrier , de sorte qu'un musulman aura été tué pour un munafiq.
Le prophète répondit :
-Je pardonne à ton père à cause de toi , je ne le ferai pas mourir.
Ensuite , il dit à Omar :
-Si nous avions tué Abdallah près du puits , nous serions honteux aujourd'hui en face de ces hommes.
- C'est juste , répliqua Omar.


2. — La mort d’ibn Ubbay.


L’épisode mérite un traitement spécifique.
La puissance d’ibn Ubayy a du être grande , et ceci jusqu’à sa mort en 631: Muhammad lui-même est contraint de lui rendre un hommage funêbre470 , ce qui nous vaut un épisode exceptionnel de la tradition. Il n’avait pas pu s’en débarrasser par le meurtre , comme pour d’autres , moins puissants471.
Un extrait du Coran pourrait être lié à la mort du chef munafiq si méprisé et redouté , ibn Ubayy.


(Corpus coranique d'Othman 9/80-6).
Demande pardon pour eux ou ne demande point pardon pour eux! Si soixante dix fois472 tu demandes pardon pour eux, Allah ne leur pardonnera point.
(...)
Vous avez en effet trouvé l’exemption agréable , une première fois.
Abstenez vous avec ceux restés à l’arrière!
Jamais tu ne prieras sur celui d’entre eux qui sera mort , et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe473 .
Ces gens sont infidèles envers Allah et son apôtre , et ils meurent pervers.
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait.
Allah veut seulement , de leur fait , les tourmenter en la vie immédiate et il veut que leurs âmes s’exhalent alors qu’ils sont infidèles.

(Muslim, Sahih 32-4977).474
Jâbir a dit : "Le prophète se rendit auprès de la tombe de Abdullah ibn 'Ubayy. Il le fit sortir, le mit sur ses genoux, lui insuffla un peu de sa salive et le revêtit de sa propre qamîs475 . Allah seul sait mieux"476 .

( Muslim , Sahih 38/6694).
...l’apôtre d'Allah revenait d’un voyage et il était tout près de Médine , quand il y eut un vent violent si fort que la montagne fut comme ébranlée. L’apôtre d'Allah dit alors:
-Ce vent a été créé pour souffler et il signale la mort d’un munafiq , et quand on arriva à Médine , on sut qu’en effet , un munafiq important était mort à ce moment.

La sépulture d’ibn Ubayy.
(Muslim , Sahih 38/6678)
Jabir rapporte que l’apôtre d'Allah est venu sur la tombe d’Abdullah ibn Ubayy , qu’il l’a exhumé , qu’il l’a placé sur ses genoux et lui a versé de sa salive dans sa bouche ouverte , qu’il l’a ensuite enroulé dans son propre manteau , mais Allah sait le mieux477.

(ibn Hanbal , Musnad I 16 ,4).478
(... ) D'après Nafi le rapportant d’ibn Omar479 :
Lorsque Abdallah ibn Ubayy ibn Salul mourut , son fils Abdallah480 vint trouver l'envoyé d'Allah et lui demanda de lui donner sa chemise pour qu'il en fasse le linceul de son père481. Il la lui donna. Puis il lui demanda de venir prier sur sa tombe. L'envoyé d'Allah se leva pour aller y prier. Mais Omar se leva , prit l'envoyé d'Allah par son vêtement et lui dit:
-envoyé d'Allah , irais-tu prier pour lui alors qu’Allah t'a interdit de le faire482 ?
L'envoyé d'Allah répondit:
-Allah m'a seulement donné le choix en disant: Demande pardon pour eux ou bien ne le fais pas. Si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois , Allah ne leur pardonnera point483. Si je savais qu'en ajoutant encore aux soixante-dix fois il leur pardonnerait , je l'ajouterais484 .
-Mais , dit Omar , c'était un munafiq!
Cependant , l'envoyé d'Allah alla prier pour lui.
Alors Allah révéla (le verset): Ne prie jamais pour aucun d'entre eux lorsqu'il sera mort et ne te recueille pas sur sa tombe485.

3. — Abu Amir, l’ermite résistant.

Etrange personnage486 , entouré de silences et d’embarras: il est décrit comme chrétien , et opposant acharné de Muhammad , contraint à la fuite , accompagné de disciples. Il se serait réfugié chez les Byzantins , et son nom resurgit au moment de l’hérésie de la “mosquée de la nuisance”. Il représente donc une opposition rigoureuse et de nature doctrinale , ce qui explique les non-dits à son sujet: face à un véritable théologien , Muhammad , qui ne bénéficie d'aucune culture ou formation religieuse , ne peut faire le poids487 .

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 411-3).

Avec lui488 se trouvait un homme des Aws à qui les Aws obéisssaient , Abu Amir. Il était un ascète , au temps de la jahiliyya , et il portait des vêtements en laine grossière , et il était appelé le moine. Ces deux hommes furent maudits en dépit de leur haute position , et on leur fit du mal.
(...)
Abu Amir refusa obstinément de croire et abandonna son peuple quand ils se soumirent à l’islam et à l’apôtre d'Allah , et il partit pour la Mecque avec dix disciples489 , pour fuir l’apôtre d'Allah et l’islam.
(...)
Avant de partir pour la Mecque , Abu Amir était venu avoir l’apôtre d'Allah pour lui demander quelle religion il avait apporter.
-La Hanifiya490 , la religion d’Abraham491.
-C’est ce que je suis aussi.
-Tu ne le fais pas.
-Mais si je le fais! Toi , Muhammad , tu as apporté dans la hanifiya des choses qui n’y étaient pas.
-Je ne l’ai pas fait: je l’ai apporté pure et blanche.
-Fasse Allah que le menteur meure solitaire , vagabond et fugitif!
C’est en effet ce qui est arrivé à l’ennemi d’Allah.

4. — al Akhnas , “le disputeur”?
La tradition est incertaine, identifie ce diffamateur à Al Akhnas492 ibn Shariq493 .

(Corpus coranique d'Othman 2/196b-203).

Et parmi les hommes , il en est qui disent :
-Seigneur! , donne-nous en cette vie immédiate!
Mais ceux-là , en la vie dernière , n'auront nulle part 494.
Parmi eux , il en est qui disent:
-Seigneur! donne-nous belle part en la vie immédiate et belle part en la vie dernière , et préserve-nous du tourment du feu!
Ceux-là auront une part de ce qu'ils se seront acquis.
Allah est prompt à faire rendre compte.
Parmi les hommes , il est quelqu'un dont le dire te plait touchant la vie immédiate , qui atteste Allah sur ce qui est en son coeur , mais qui est ardent disputeur , qui le tourne le dos , s'évertue à semer le scandale sur la terre et détruit récolte et bétail.
Allah n'aime point le scandale.
Quand on dit à cet homme:
-Sois pieux envers Allah! , il est saisi par la puissance du péché. Son partage sera la Géhenne.
Quelle détestable couche!
Toutefois , parmi les hommes , il en est qui vouent leur personne à la cause d’Allah , recherchant l’agrément d’Allah.
Allah est bienveillant envers ses serviteurs.

5. — ibn Sayyad.
Celui-ci serait un munafiq d'origine juive, opposant habile à Muhammad , qui est parfois considéré, du fait de son ardeur d'opposant, comme une sorte d'anté-Christ.

Surveillance d’un munafiq.495
(Bukhari , Sahih 56/160).

Abdallah ibn Omar a dit: En compagnie d'Ubayy ibn Kab , le prophète se dirigea vers ibn Sayyad , qui , d'après ce qu'on avait dit , se trouvait dans un bois de palmiers. Lorsqu'il y fut entré , le prophète n'avanca plus qu'en se cachant derrière les troncs des palmiers. ibn Sayyad était enveloppé dans une couverture lui appartenant , d'où sortait un bourdonnement. Mais , à ce moment , la mère d'ibn Sayyad aperçut l'envoyé d'Allah et cria à son fils:
-Eh! Safi , voilà Muhammad496 .
A ces mots , ibn Sayyad bondit.
L'envoyé d'Allah dit:
-Si sa mère l'avait laissé , il aurait montré ce qu'il était.


§ 324. — Le dossier à charges.

Contre ce parti qui résiste à son autorité , Muhammad est sans pitié ; il les accuse de tout et les menaces sont terribles , dans la vie réelle et dans l’enfer promis à ces gens. Ici aussi se met en pratique le totalitarisme , celui qui opprime toutes les oppositions , dans toutes les circonstances.


1 . —Les complots.


Les munafiqun , même s’ils n’agissent pas ouvertement contre l’islam , sont un danger permanent , par le simple fait de leur existence. Les complots sont possibles , mais rien ne permet de les confirmer. En revanche , ce que l’on sait , c’est qu’ils sont utiles à Muhammad pour enclencher des persécutions. Les musulmans craignent surtout les alliances avec les Juifs , et la trahison en temps de guerre.

(Corpus coranique d'Othman 4/83-6).

Ils disent : Obéissance !
Puis , quand ils sortent de chez toi497 , prophète ! , un parti d'entre eux rumine la nuit autre chose que ce que tu dis.
Allah enregistre toutefois ce qu'ils ruminent la nuit.
Ecarte-toi donc d'eux et appuie-toi sur Allah !
Combien Allah suffit comme protecteur!
Eh quoi! n'examinent-ils pas la prédication?
Si celle-ci venait d'un autre qu'Allah , ils y trouveraient des contradictions nombreuses.
Quand leur arrive quelque affaire suscitant tranquillité ou peur , ils la diffusent.
S'ils la reportaient à l'apôtre ou aux détenteurs de l'autorité parmi eux , ceux d'entre eux qui veulent faire jaillir la vérité , la reconnaîtraient de la bouche de l'apôtre et des détenteurs de l'autorité.
N'eussent été la faveur et la miséricorde d'Allah , vous auriez suivi le démon , sauf un petit nombre.
Combats dans le chemin d'Allah!
Tu ne seras chargé que de ton âme!
Encourage les croyants !
Peut-être Allah conjurera-t-il la rigueur des infidèles , contre vous , car Allah est plus redoutable en rigueur et en châtiment.

La “faction du démon”: les collusions.498
(Corpus coranique d'Othman 58/15-21).

N'as-tu pas vu ceux qui ont pris pour acolytes des gens contre lesquels Allah est courroucé et qui ne participent ni de vous ni d'eux?
Ils jurent mensongèrement , alors qu'ils savent.
Allah a préparé pour eux un tourment terrible499 .
Combien mauvais est ce qu'ils se sont trouvés faire !
Ils ont pris leurs serments comme sauvegarde et se sont écartés du chemin d'Allah.500
A eux un tourment avilissant!
Ni leurs biens ni leurs enfants ne leur serviront de rien contre Allah.
Ceux-là seront les hôtes du Feu où ils seront immortels.
Ni leurs biens ni leurs enfants ne leur serviront au jour où , en totalité , Allah les rappellera à la vie , où ils lui feront serment comme ils vous font serment , alors qu'ils croient être dans le vrai.
Eh quoi! ne sont-ils point des menteurs ?
Le démon a maîtrise sur eux et leur a fait oublier l'édification d'Allah.
Ceux-là sont la faction du démon.
Eh quoi! la faction du démon ne constituera-t-elle pas les perdants ?
Ceux qui dirigent des pointes contre Allah et son apôtre , ceux-là seront parmi les plus vils.

(Muslim, Sahih 50-4976).
Zayd ibn Arqam a dit : Au cours d'une expédition que nous avions entreprise avec le prophète , les fidèles avaient souffert de la faim. Abdullah ibn Ubayy dit alors à ses compagnons :
-Ne dépensez point pour ceux qui sont auprès du messager d'Allah, afin qu'ils se dispersent "d'autour de lui".
Et il ajouta, dit Zuhayr ces deux derniers mots 501 puis il poursuivit :
-Si nous retournons à Médine le plus puissant en fera assurément sortir le plus humble. J'allai alors trouver le prophète et lui rapportai ces paroles.
Il fit aussitôt venir Abdullah ibn Ubayy et l'interrogea à ce sujet. Celui-ci jura de la façon la plus formelle qu'il n'avait pas fait pareille chose et dit ensuite :
-"Zayd a menti à l'envoyé d'Allah ".
J'éprouvai un vif chagrin de ce démenti, jusqu'au moment où Allah révéla la démonstration de ma véracité, par le verset précédent :
Quand les hypocrites viennent à toi... Le prophète les fit alors appeler pour demander à Allah de les pardonner, mais ils détournèrent la tête. Ils sont comme des bûches appuyés (contre des murs).
-Pourtant, ils étaient les plus beaux des hommes, dit Zuhayr502.


2. — L’attentisme.

L’attentisme , la prudence politique est déjà considéré avec dureté , comme un trahison. La référence musulmane est à Médine au niveau de l’obéissance absolue , de la soumission au rituel , et à l’agressivité militaire. Toute attitude en deça paraît infâme.

(Muslim , Sahih 38/6686).

... du temps de la vie de l’apôtre d'Allah , les munafiqun se comportaient de telle façon que dès que l’apôtre d'Allah partait en guerre , ils restaient eux-même bien derrière , et ils étaient ravis de s’installer à la maison , contrairement à ce que que faisait au même moment l’apôtre d'Allah , et quand l’apôtre d'Allah revenait , ils mettaient en avant quantité d’excuses , faisaient des serments et espéraient qu’ils allaient être honorés pour des exploits qu’ils n’avaient pas accomplis.

La bataille d’Ohod: un test pour les munafiqun.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah , 593).
Le jour d’Ohod est un jour de jugement , de calamité , d’examen de conscience , par lesquels Allah a testé les croyants et a mis les munafiqun en jugement , ceux qui professaient la foi avec leurs langues et cachaient l’incroyance dans leurs coeurs ; et un jour où Allah a honoré avec le martyre ceux qui ont combattu503.

La bataille du fossé504 : la défiance.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 225 ).

Lorsque les infidèles aperçurent le fossé autour de Médine , ils furent frappés d'étonnement ; car ils n'en avaient jamais vu auparavant. Ne pouvant pas le franchir , ils venaient chaque jour aux portes de la ville. Le prophète restait au bord du fossé , et personne ne sortait de la ville pour combattre. Il y passait également les nuits , tandis que les munafiqun rentraient dans la ville pour dormir , et ils disaient :
-S'il arrive , pendant la nuit , un accident à Muhammad , au moins serons-nous à l'abri dans nos maisons505.
Il est dit dans le Coran:
Quelques-uns d'entre eux demandèrent au prophète la permission de se retirer , en disant : Nos maisons sont sans défense , etc506.

(Muslim, Sahih 50-4980).
Zayd ibn Thâbit a dit : Lorsque le prophète se mit en route pour Ohod, quelques-uns de ceux qui étaient partis avec lui l'abandonnèrent. Les compagnons du prophète furent alors partagés en deux camps : les uns d'entre eux dirent :
- "Il faut tuer ces hypocrites".
Les autres, par contre, rejetèrent cet avis. C'est à cette occasion que fut révélé ce verset : Qu'avez-vous à vous diviser en deux factions au sujet des hypocrites?...

(Muslim, Sahih 50-4981).
D'après Abu Sayd Al Khudri , du vivant de l'envoyé d'Allah , quand il partait en expédition, certains hommes, parmi les hypocrites, ne le suivaient point et se réjouissaient de rester chez eux en désobéissant à l'envoyé d'Allah. Lorsque l'envoyé d'Allah était de retour, ils s'excusaient auprès de lui, lui faisaient des protestations de fidélité, voulant être loués de ce qu'ils n'avaient pas fait. C'est à cause d'eux que fut révélé ce verset :
Ne pense point que ceux-là qui exultent de ce qu'ils ont fait et qui aiment qu'on les loue pour ce qu'ils n'ont pas fait, ne pense point donc, qu'ils trouvent une échappatoire au châtiment...

(Muslim, Sahih 50-4982).
D'après Humayd ibn Abdurrahmân ibn Awf, Marwân dit à son portier :
-"Ô Râfi va trouver ibn Abbâs et dis-lui : Si chaque homme se réjouissant de ce qu'il a reçu et voulant être loué pour ce qu'il n'a pas fait devait être châtié, nous serions tous châtiés".
ibn 'Abbâs répondit :
-"Vous n'avez pas à vous préoccuper de ce verset qui était révélé aux gens du livre".
Puis, ibn 'Abbâs récita ce verset : Allah prit, de ceux auxquels le livre était donné, cet engagement : "Exposez-le, certes, aux gens et ne le cachez pas".
ibn Abbâs récita ensuite : Ne pense point que ceux-là qui exultent de ce qu'ils ont fait et qui aiment qu'on les loue pour ce qu'ils n'ont pas fait. Voici seulement à quoi cela se rapporte, ajouta ibn Abbâs :
-"Le prophète avait interrogé les juifs sur une chose. Mais, ils lui en cachèrent la réponse et lui parlèrent d'autre chose. Ils lui manifestèrent ensuite qu'ils lui avaient donné la réponse à sa question et qu'ils méritaient d'être loués pour le renseignement qu'ils lui avaient donné et furent tout joyeux de ce qu'ils avaient fait en lui cachant la solution demandée".


3. — La désobéissance aux rites.

Les rites , répétitifs , précis et collectifs sont un bon test de l’obéissance de la population au nouveau système. On notera que même des gens peu motivés sont contraints à participer aux cérémonies. On ne peut pas concevoir et admettre , dans un système totalitaire , que des personnes s’affichent en dehors des pratiques collectives , comme des individus autonomes.

La prière des munafiqun.
(Corpus coranique d'Othman 4/142).

Les munafiqun leurreraient Allah alors que c’est lui qui en fait , les leurre.
Quand ils se lèvent pour la prière , ils se lèvent , paresseux ; ils sont emplis d’ostentation envers les gens ; ils n’invoquent cependant guère Allah , hésitent dans leur attitude en penchent ni vers ceux-ci ni vers ceux-là.

Les expulsés de la mosquée.
(ibn Hisham , Conduite de l'Envoyé d'Allah 362-3).

Ces hypocrites se rassemblaient dans la mosquée , et écoutaient les histoires des musulmans et riaient et se moquaient de leur religion507 . Certains d’entre eux étaient là un jour alors que l’apôtre d'Allah les voyait parlant à voix basse , et ricanant ensemble. Il ordonna qu’ils soient expulsés et ils furent expulsés avec violence. (...) Amir ibn Qays (...) expulsa Rafi ibn Wadia , un des Banu Najjar et l’attrapa par la robe , lui gifla la figure , le tira dehors par la force hors de la mosquée , en disant:
-Sale hypocrite! Ecarte toi de la mosquée de l’apôtre d'Allah , sale hypocrite!
Umara ibn Hazm fit sortir Zayd ibn Amir ; il avait une longue barbe et il l’attrapa par là et le tira dehors brutalement. Serrant les poings , il le frappa dans la poitrine et le fit tomber. Zayd criait alors:
-Tu m’as écorché la peau!
-Qu’Allah se débarasse de toi , hypocrite! Allah te réserve une punition bien pire que celle là , alors ne reviens pas à la mosquée!
Abu Muhammad Masud expulsa Qays ibn Amir qui était un jeune (le seul jeune parmi les hypocrites) et il le sortit en le tenant par la nuque , hors de la mosquée.
Un homme des Banu al Khudra , appelé Abdulllah , entendant l’ordre de les expulser de la mosquée , fit sortir al Harith ibn Amir , un homme avec de longs cheveux , et il le prit par là , et le tira par terre tout le long , et l’hypocrite criait:
-Tu es très féroce , ibn al Harith!
-Profite de ça , ennemi d’Allah , Allah te l’a fait descendre pour toi , et ne reviens plus dans la mosquée de l’apôtre d'Allah , parce que tu es impur.
Un homme des Banu Amir ibn Awf fit sortir son frère Zuwayy et le prit brutalement , en disant:
-Honte! Tu fais le travail de Satan!
Voici qui étaient les hypocrites expulsés par l’apôtre d'Allah cette journée.


§ 325. — Rhétorique de l’atroce et de l’abominable.

Un tel déferlement de haîne, associé à la moquerie508 , rarement observé d’aussi près dans l’histoire de la littérature mondiale peut s’expliquer de plusieurs façons: les munafiqun sont perçus comme un danger immédiat , car ils constituent un pôle d’attraction pour les musulmans , un mauvais exemple. Ils attirent la méfiance et sont considérés comme des traitres à l’intérieur de la communauté. Ils sont au contact quotidien des musulmans et de leur chef , et résistent jusqu’à la fin.
Enfin , c’est très un point essentiel , la lutte contre ces gens n’ a pas pu s’exprimer par les armes , comme contre les Juifs: les “munafiqun” restent puissants , nombreux , habiles , et refusent le combat , s’opposant par l’inertie et les manoeuvres et savent exploiter les solidarités tribales: il n’y a plus que la parole pour exprimer la détestation qu’ils suscitent chez Muhammad , comme un exutoire. Dans le Coran , il l’exprime longuement et sans détour. Un sourate leur est même entièrement consacrés ; ils y sont presque irrémédiablement voués à la mort et à l’enfer.



1. —La sourate des “munafiqun”.

C’est une sourate souvent récitée le vendredi509 , parmi les 5 plus populaires. Elle est aussi particulièrement violente , puisqu’un invocation en faveur de leur meurtre est prononcé , sans ambiguité: "Ils sont l'ennemi. Prends donc garde à eux! Qu'Allah les tue!" . Comme dans une société musulmane classique, n'importe qui peut être tenu pour l'hypocrite de n'importe qui, le contenu de ce texte peut se révéler particulièrement dangereux.

Au nom d'Allah , le bienfaiteur miséricordieux.
Quand les munafiqun viennent à toi , prophète ! , ils disent :
- Nous attestons , en vérité , que tu es certes l'apôtre d'Allah et qu'Allah sait , en vérité , que tu es certes son apôtre. Allah atteste , en vérité , que les munafiqun sont certes des menteurs.
Ils ont pris leurs serments comme sauvegarde et se sont écartés du chemin d'Allah.
Combien mauvais est ce qu'ils se sont trouvé faire!
Ils ont cru en effet puis ont été infidèles et un sceau a été placé sur leur cœur , en sorte qu'ils ne savent plus.
Quand tu les vois , leurs personnes te plaisent et tu prêtes l'oreille à leurs dires , comme s'ils étaient des monts.
Ils pensent que tout cri est dirigé contre eux.
Ils sont l'ennemi.
Prends donc garde à eux!
Qu'Allah les tue!
Combien ils sont écartés de la voie!
Quand on leur dit :
-Venez! l'apôtre d'Allah demandera pour vous pardon au seigneur ! , ils détournent la tête et tu les vois se détourner , enflés de superbe510 .
Égal est , pour ce qui les touche , que tu demandes pardon pour eux ou que tu ne demandes point pardon pour eux. Allah ne leur pardonnera point.
Allah ne saurait guider le peuple des pervers.
Ce sont eux qui disent :
-Ne faites point dépense en faveur de ceux qui sont auprès de l'envoyé d'Allah , afin qu'ils fassent sécession!
A Allah sont les trésors des cieux et de la terre.
Mais les munafiqun ne comprennent pas.
Ils disent également :
-Certes , si nous revenons à Médine , le plus puissant en expulsera , certes , le plus humble. La puissance est à Allah , à son apôtre et aux croyants.
Mais les munafiqun ne savent point.

Ô vous qui croyez! , que ni vos biens , ni vos enfants ne vous distraient de l'édification d'Allah ! Ceux qui feront cela seront les perdants.
Faites dépense en aumône , sur ce que nous vous avons attribué , avant que la mort vienne frapper chacun de vous et avant qu'il s'écrie: Seigneur! , que ne me reportes-tu à un terme prochain en sorte que l'aumône et sois parmi les saints!
Allah ne reportera nulle âme , quand son terme sera venu.
Allah est bien informé de ce que vous faites.

2. — Le traitement infernal des munafiqun.

Ils sont les hôtes privilégiés , avant même les ennemis extérieurs et idolâtres. La trahison , même incertaine , est la pire des choses.

(Corpus coranique d'Othman 9/74-5).

Ô prophète , mène combat contre les infidèles et les munafiqun et sois dur contre eux !
Leur refuge sera la Géhenne511 , et quel détestable devenir !
Ils jurent par Allah qu'ils n'ont point dit ce qu'ils ont proféré , alors qu'ils ont certes dit la parole d'impiété et qu'ils ont été infidèles après leur conversion à l'islam.
Ils ont médité ce qu'ils n'ont point obtenu et n'ont atteint leur but qu’autant qu'Allah et son apôtre les ont pourvus d'un peu de sa faveur.
S'ils reviennent de leur erreur , cela sera bien pour eux512 .
Mais s'ils se détournent , Allah leur infligera un tourment cruel , dans la vie immédiate et dernière , et ils n'auront , sur la terre , ni patron ni auxiliaire.

(Corpus coranique d'Othman 57/13-14).
En ce jour où les munafiqun , hommes et femmes513 , diront à ceux qui auront cru :
-Attendez-nous! afin que nous prenions un peu de votre lumière! , il leur sera répondu :
-Revenez en arrière! Cherchez ailleurs une lumière!
Une muraille sera dressée entre eux , ayant une porte à l'intérieur de laquelle est la miséricorde , tandis qu'à l'extérieur , en face , sera le tourment.
Ces munafiqun crieront aux croyants :
-N'étions-nous pas avec vous ?
-Si , répondront-ils , mais vous vous êtes séduits vous-mêmes ; vous avez tergiversé ; vous avez intrigué ; vos souhaits vous ont trompés , jusqu'au moment où est venu l'ordre d'Allah , et vous avez été trompés sur Allah , par le trompeur.
Aujourd'hui n'est reçue nulle rançon ni de vous ni de ceux qui furent infidèles.
Votre refuge est le Feu.
Celui-ci est votre maître.
Quel détestable devenir!
L'heure n'est-elle point venue , pour ceux qui croient , que leurs coeurs s'humilient devant l'édification d'Allah et devait la vérité qui , du ciel , est descendue ?
Qu'ils ne soient point comme ceux qui , ayant reçu l’Ecriture auparavant , trouvèrent le temps trop long: leurs coeurs s'endurcirent et beaucoup d'entre eux sont pervers.

(Corpus coranique d'Othman 4/135-148).
Quiconque ne croit pas en Allah , en ses anges , à ses Ecritures , en ses apôtres et au dernier jour est dans un égarement infni.
Ceux qui auront cru puis ceux qui crurent puis furent auront été infidèles , puis impies , puis auront cru puis auront été infidèles et dont l'infidélité n’aura fait que croître514 , Allah ne se trouvera point leur pardonner ni les diriger dans un droit chemin.
Fais grâcieuse annonce515 aux munafiqun qu'ils auront un tourment cruel !
Ceux qui prennent les infidèles pour patrons516 en dehors des croyants , recherchent-ils la puissance auprès de ces infidèles ?
Ils se leurrent.
La puissance , en totalité , appartient à Allah.
Celui-ci a fait descendre dans l'Écriture517 :
-Quand vous entendez qu'on est incrédule en les aya d'Allah et qu'on s'en raille , ne demeurez point avec ceux qui font cela jusqu'à ce qu'ils ergotent sur un autre sujet ! Si vous demeurez , alors vous serez semblables à eux.
Allah réunira les munafiqun et les infidèles , dans la Géhenne , en totalité.
Ces munafiqun sont ceux qui sont dans l'expectative , à votre égard.
Quand vous échoit un succès venu d'Allah , ils disent :
-N'étions-nous pas avec vous ?
Mais si une part de succès518 échoit aux infidèles , ils leur disent :
-N'avions-nous pas main sur vous et ne vous avons-nous point défendus contre les croyants ?
Allah jugera entre vous et eux , au jour de la résurrection , et Allah n'accordera aux infidèles nul moyen de l'emporter sur les croyants.
Les munafiqun leurreraient Allah alors que c'est lui qui , en fait , les leurre.
Quand ils se lèvent pour la prière , ils se lèvent , paresseux ; ils sont emplis d'ostentation envers les gens ; ils n'invoquent cependant guère Allah , hésitent dans leur attitude , ne penchent ni vers ceux-ci ni vers ceux-là.
Quiconque est égaré par Allah , tu ne lui trouveras point de chemin où revenir.

Ô vous qui croyez! , ne prenez point les infidèles comme patrons , à l'exclusion des croyants! Voudriez-vous qu'ils donnent à Allah une probation519 évidente contre vous?
Les munafiqun seront au degré inférieur du Feu , et tu ne leur trouveras point d'auxiliaire.
Exception faite pour ceux qui seront revenus de leur erreur , qui se seront réformés520 , qui se seront mis hors de péril par la protection d'Allah et auront voué leur culte à Allah.
Ceux-là sont avec les croyants , or Allah donnera aux croyants une rétribution immense.
Que peut faire Allah de votre tourment , si vous êtes reconnaissants et si vous croyez ?
Allah vous sait gré de votre reconnaissance et est omniscient.
Allah n'aime point qu'on affiche le mal en paroles.
Il ne l'admet que chez celui qui a été lésé. Allah est audient et omniscient.
Si vous montrez ou si vous cachez le bien accompli par vous , ou si vous effacez le mal accompli par autrui , Allah vous entiendra compte , car Allah est effaceur et omnipotent.

( Muslim , Sahih 38/6688).

L’apôtre d'Allah a précisément dit , au milieu de ses compagnons , qu’il y aurait douze munafiqun , parmi lesquels huit n’entreront pas au paradis , tout comme un chameau ne peut pas passer à travers le chas d’un aiguille521.
Les ulcères sont suffisants pour tuer huit d’entre eux...

(Corpus coranique d'Othman 9/65).

Les munafiqun appréhendent que sur eux l’on fasse descendre une sourate les avisant de ce qui est dans leurs coeurs.
Réponds:
-Raillez! Allah fera surgir ce que vous appréhendez!
Certes , si tu les interroges , ils disent :
-Nous ergotions seulement et jouions!
Demande-leur:
-D'Allah , de mes signes et de son apôtre vous railliez-vous ?
Ne vous excusez point! Vous avez été infidèles après avoir reçu la foi.
Si nous effaçons la faute d'un groupe d'entre vous , en revanche , nous tourmenterons un autre groupe pour prix qu'il a été coupable.
Les munafiqun , hommes et femmes522 , s'ordonnent mutuellement le blâmable et s'interdisent le convenable523.
Ils referment leurs mains pour ne point donner.
Ils ont oublié Allah et celui-ci les a oubliés. Les munafiqun sont les pervers.
Allah a promis aux munafiqun , hommes et femmes , ainsi qu'aux infidèles , le feu de la Géhenne où , immortels , ils demeureront.
Ce feu sera leur suffisant.
Qu'Allah les maudisse !
Ils auront un tourment permanent.


Diaboliques munafiqun.
(Corpus coranique d'Othman 9/102).

Parmi les bédouins qui sont autour de vous et parmi les habitants de Médine , il est des munafiqun qui sont diaboliques en l’hypocrisie.
Vous ne les connaissez point mais nous , nous les connaissons.
Nous les tourmenterons deux fois puis ils seront livrés à un tourment immense.


(Corpus coranique d'Othman 2/7-9).
Parmi les hommes , il en est qui disent:
-Nous croyons en Allah et au dernier jour , alors qu’ils n’y croient point.
Ils tendent à tromper Allah et ceux qui croient , alors qu’ils ne trompent qu’eux-mêmes , sans le pressentir.
En leur coeur est un mal et Allah aggrave ce mal.
A eux châtiment cruel en prix d’avoir menti.



3. — L’appel au combat et au meurtre.


Les vouer à l’enfer n’est pas suffisant: il faut les tuer d’abord. Le Coran appelle sans ambiguité à leur élimination physique.

(Corpus coranique d'Othman 4/90-93).

A l'égard des munafiqun , pourquoi deux partis ?
Qu'Allah les renverse en prix de ce qu'ils se sont acquis!
Voulez-vous diriger celui qu'Allah a égaré?
A celui qui est égaré par Allah , tu ne saurais trouver de chemin pour le ramener.
Les munafiqun aimeraient que vous soyez impies comme ils l'ont été et que vous soyez à égalité avec eux.
Ne prenez pas parmi eux de patrons avant qu'ils émigrent dans le chemin d'Allah!
S'ils tournent le dos , prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez!
Ne prenez , parmi eux , ni patron524 ni auxiliaire525!
Exception faite pour ceux qui sont liés à un groupe entre lequel et vous existe un pacte , ou pour ceux venus à vous , le cœur serré d'avoir à vous combattre ou d'avoir à combattre les leurs.
Si Allah avait voulu , il aurait donné en effet , à ces gens pouvoir sur vous et ils vous auraient combattus.
Si ces transfuges se tiennent à l'écart de vous , s'ils ne vous combattent point et se rendent à vous à merci , Allah ne vous donne contre eux nulle justification pour les combattre.
Vous trouverez d'autres munafiqun qui désirent vivre tranquilles avec vous et tranquilles avec les leurs.
Chaque fois que ceux-là seront ramenés à vous tenter en votre foi , ils essuieront un échec en cette tentation526 .
S'ils ne se tiennent pas à l'écart de vous , s'ils ne se rendent pas à vous à merci et ne déposent pas les armes , prenez-les et tuez-les où qu’ils que vous les acculiez!
Sur ceux-là , nous vous accordons un pouvoir éclatant.

(Corpus coranique d'Othman 9/124).
Ô vous qui croyez!
Combattez527 ceux des infidèles qui sont dans votre voisinage528 !
Qu’ils trouvent en vous de la dureté!
Sachez qu’Allah est avec les pieux.
Dès qu’on fait descendre une sourate , il en est parmi eux qui demandent :
-Qui de vous est grandi , en sa foi , par cette sourate?
Ainsi d'une part ceux qui croient sont grandis en leur foi par cette révélation et ils se réjouissent , tandis que ceux au cœur desquels est un mal ajoutent souillure à leur souillure , du lait de celle révélation et meurent infidèles.
Eh quoi ! ne voient-ils pas que , chaque année , ils sont tentés d'abjurer une ou deux fois ?
Ne reviendront-ils point de leur erreur529 et ne s'amenderont-ils pas ?
Dès qu'on fait descendre une sourate , ils se regardent les uns les autres en disant :
-Quelqu'un vous voit-il ? , puis ils se détournent.
Allah a détourné leurs cœurs parce qu'ils sont un peuple qui ne saurait comprendre.
Un apôtre issu de vous est venu à vous530.
Pénible pour lui est ce que vous commettez de mal.
Avide il est de votre bien.
Envers les croyants , il531 est indulgent et miséricordieux.
S'ils se détournent , dis-leur:
-Allah est mon suffisant. Nulle divinité excepté lui.
Sur lui je m'appuie.
Il est le seigneur du trône immense532.

Un précurseur des munafiqun avant l'Hégire.
( Bukhari , Sahih 19/ 173 et 176)
.533
Le prophète récitait la sourate Najm534 à La Mecque , se prosternait pendant la récitation , et ceux qui étaient avec lui faisaient la même chose sauf un vieil homme qui prit une poignée de petites pierres ou de la terre , les monta à son front et dit :
- Cela suffit pour moi.
Plus tard , je l'ai vu être tué comme infidèle. 

(Corpus coranique d'Othman 59/11-17).
N’as tu pont vu ceux qui ont été munafiqun , quand ils disaient à ceux de leurs frères qui , parmi les détenteurs de l’Ecriture535 , ont été impies:
-Si vous êtes expulsés , nous partirons certes avec vous et nous n'obéirons jamais à personne contre vous. Si l'on vous combat , certes nous vous porterons secours!
En vérité , Allah est certes témoin que ces gens sont des menteurs.
Si ces détenteurs de l'Écriture sont certes expulsés , ces munafiqun ne marcheront pas avec eux. Si on les combat , ils ne les secourront pas ou , s'ils les secourent , ils leur tourneront ensuite le dos et ils ne seront point secourus.
Croyants! , vous jetez certes en leurs cœurs plus de terreur qu'Allah.
Ces munafiqun sont en effet des gens qui ne comprennent pas.
Ils ne vous combattront , unis , que retranchés dans des cités fortifiées ou derrière des murailles.
Leur vaillance est grande , parmi eux.
Pourtant , ils sont faibles car vous les croyez unis alors que leurs cœurs sont séparés.
Ce sont en effet des gens qui ne raisonnent point.
Semblables à ceux qui , récemment avant eux , goûtèrent le châtiment amené par leur conduite , ils auront un tourment cruel.
Ils sont semblables au démon quand il dit à l'Homme :
-Sois impie ! mais qui , lorsque l'homme est impie , lui dit :
-Je suis irresponsable de tes actes , car je crains le seigneur des mondes !
La fin du démon et de l'homme est le Feu où ils demeureront immortels.
Voilà la récompense536 des injustes.

La postérité des munafiqun.
(Bukhari , Sahih 84/64)
.537
J'ai bien entendu l'apôtre d'Allah dire538 :
-Les derniers jours , il apparaîtra de jeunes fous qui diront de belles paroles mais dont la foi n'ira pas au-delà de leur gorge et qui quitteront leur religion comme la flèche sort du jeu539. Alors , où que vous en trouviez , tuez-les car celui qui en tuera aura sa récompense le jour de la résurrection. 

Le danger des hypocrites pour un jihadiste contemporain.
(Abu Mussab al Zarqawi, Lettre à Ben Laden et al Zawahiri).540

Le Coran nous parle des complots des hypocrites , des ruses de cette cinquième colonne , et de la fourberie de fils de notre race qui parlent en notre nom avec leurs propos mielleux, alors que leur coeur est démoniaque. En eux gît le mal , ils sont la cause secrète de nos malheurs et le vert dans le fruit:
Ils sont vos ennemis, méfiez vous d’eux541.



§ 326. — Les innovateurs.

La nouveauté542 en matière religieuse n’est pas considérée comme un progrès , mais comme un danger , dans le domaine théologique ou plus simplement rituel. La référence étant le passé et le dogme , forcément parfait , il n’y a pas lieu de modifier quoi que ce soit , sous peine de déviance.
La plupart des documents ont certainement été rédigés bien plus tard , au moment où l’islam se construit et se divise entre de nombreuses hérésies543 , dans un climat de violence extrême: ce sont alors des imprécations , des fulminations d’un parti contre un autre , qui ont subsisté après la destruction physique de ces groupes.
La réforme dans le monde musulman est toujours chose très difficile , ou impossible , forcée et imposée , toujours sous influences extérieures. Celle que l’on montre comme issue de l’islam lui-même reste un mythe dangereux.


(Jurjani, Livre des Définitions 287).544
al bada iyya.
Les innovateurs.
Ce sont ceux qui admettent qu’on peut innover au sujet d’Allah.


(Jurjani, Livre des Définitions 289).
al bida.
L’innovation.
1-C’est une initiative contraire à la tradition prophétique545 . On lui a donné ce nom car l’auteur innove sans se fonder sur une autorité reconnue.
2-C’est une disposition nouvelle qui ne se trouve ni chez les compagnons du prophète546 ni chez les suivants547 . Cette initiative ne se réfère pas à l’argument d’autorité attaché à la loi.


Les innovations comme incongruités.
(ibn Batta548 , La Profession de foi 21).549
Le prophète a dit: «Que quiconque engendre une innovation550 ou donne refuge à un innovateur551 soit l'objet de la malédiction de Allah, de la malédiction universelle, de celle des anges et de celle des hommes! Que Allah n'accepte de lui ni œuvre de charité ni de justice! »
On demanda à al-Hasan al-Basrî ce qu'il fallait comprendre par ce terme de hadat: «Tous ceux qui engendrent des troubles552 , répondit-il, sont des innovateurs ; tous ceux qui suivent leurs passions553 sont des innovateurs.»
Le prophète a dit: «Les gens d'innovation sont les chiens de l'enfer.»
Le prophète a dit: «Quiconque honore un homme d'innovation aide à la destruction de l'islâm.»


(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 169).554
Selon Aïsha , le messager d'Allah a dit :
-"Celui qui apporte dans notre religion-ci une innovation qui lui est étrangère, on doit rejeter tout ce qu'il dit".
Dans une autre version de Muslim :
-"Celui qui fait une chose en désaccord avec notre religion, on doit rejeter tout ce qu'il fait".


(Corpus coranique d'Othman 2/10-11).
Quand on leur dit:
-Ne semez pas le scandale sur terre!
Ils répondent:
-Nous sommes seulement des réformateurs.
Eh quoi! ne sont-ils pas en vérité les semeurs de scandale alors qu’ils ne le pressentent cependant point?

(Bukhari , Sahih 96/6).555

Comme , dit Asim , je demandai à Anas: l’envoyé d'Allah a t-il déclaré Médine territoire sacré556 ?
-Oui , répondit-il ; dans toute la partie qui se trouve de tel à tel endroit , on ne doit couper aucun arbre et celui qui y fera une innovation557 aura contre lui la malédiction d’Allah , celle des anges et celle de tous les hommes.
Asim ajoute que d’après Musa ibn Anas , le prophète a ajouté:
-Ou qui donne asile à l’innovateur.


(Muslim , Sahih 7/3159).
Asim rapporte: j’ai demandé à Anas ibn Malik si l’envoyé d’Allah avait déclaré que Médine était un territoire sacré.
Il a dit oui. L’espace entre ici et là. Celui qui commet une “innovation” à l’intérieur , et qui ensuite viendra me dire:
- Il est utile de faire une “innovation” , eh bien il y aura sur celui-ci la malédiction d’Allah et celle des anges et celle des gens , et Allah ne l’acceptera pas au jour de la resurrection (...).
ibn Anas a ajouté:
- Et aussi (celui qui ) héberge l’innovateur.

(Muslim , Sahih 18/4266).
Aïsha rapporte que l’envoyé d'Allah a dit:
-Celui qui innove des aspects de nos affaires alors qu’il n’y a pas de raison valable , commet un péché et ces gens là doivent être rejetés.

(Muslim , Sahih 4/1885).
Le meilleur discours est le livre d’Allah , et la meilleure conduite est celle de Muhammad. Et la pire des choses est l’innovation ; et chaque innovation est une erreur.

(Dawud , Hadith 2/538).
Mujahid rapporte: j’étais en compagnie d’ibn Omar. Une personne invita les gens pour la prière de midi ou de l’après-midi , après que l’appel558 ait été prononcé.
Il dit:
-Sortons de la mosquée , parce que ceci est une innovation dans la religion.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 442).
Quand l’apôtre d'Allah faisait un sermon au peuple , ses yeux devenaient rouges , sa voix s’élevait , et sa colère devait intense comme s’il avertissait de l’attaque d’une armée le matin ou le soir ; il disait:
-Moi et le jugement dernier , nous avons été levés ainsi!
Et il levait deux doigts au ciel. Il disait aussi:
-La meilleure voie est la voie de Muhammad et la pire , ce sont les innovations. Chaque innovation hérétique est une mauvaise voie. Si quelqu’un meurt en laissant des biens meubles , ils sont pour sa famille et s’il laisse des dettes ou des biens gagés , ce sera sous ma garantie.

(Ibn Hanbal, Musnad 4/126).
Le prophète a dit:
Celui parmi vous qui vivra longtemps verra beaucoup de choses différentes. Je vous conjure de suivre ma sunna et le voie des califes bien guidés qui viendront après moi.Faites attention aux choses nouvelles, parce que chaque innovation finira en poussière.

(at Tirmidhî, Hadith 2676).
Il a dit:
-Chaque innovation559 finira en poussière.

(At Tirmidhi, Hadith 1306).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Allah l’exhalté et le glorieux regarde la nuit médiane de shaban et il pardonne à toute sa création, à l’exception du polythéiste ou de l’innovateur560 .

(Muhammad ibn al Qurtubi561 , Traité contre les innovateurs).562
II 36. Quand nous avons vu un homme racontant des histoires, nous avons dit:
-C'est un innovateur.

II 37. Muhammad ibn Sirin a dit que les mélodies du Coran sont des innovations.

II 38. Les Banu Israël sont morts parce qu'ils se sont obstinés à raconter des histoires.

II 39. Quand Ibrahim al Taymi a commencé à raconter des histoires , son père l'a expulsé de sa maison en disant:
-Qu'as tu donc raconté comme histoire!

II 40. Tous les raconteurs d'histoires , la haîne d'Allah les attend.

II 41. On peut interdire d'abréger la prosternation , et de lever les mains et d'élever la voix pendant l'invocation, parce que ce sont des innovations.

II 44. Un homme était en train de raconter des histoires et les gens sont tous allés voir ibn Masud. Celui-ci est allé s'asseoir parmi l'assistance.
Il écouta ce qu'il disait, et s'adressa à la foule:
-Mais vous n'écoutez donc pas?
Ils l'ont regardé , et il a dit:
-Vous devez savoir , ou alors vous êtes mieux dirigés que Muhammad et ses compagnons, ou alors vous êtes acculés dans la queue de l'erreur.

III 1. L'envoyé d'Allah a prédit aux gens et a mis en valeur Allah et a confirmé que la direction de Muhammad est la meilleure des choses , et la pire des choses était la nouveauté et que l'innovation était une perte.

III 9. Vous devez suivre la voie droite déjà usée , et vous ne devez pas vous adonner aux innovations.

V 6. Jilas ibn Amir est remonté à une parole du prophète:
-Personne en islam n'a inventé une innovation sans qu'en même temps il ne se sépare de la Sunna en ce qu'elle était supérieure à l'innovation.

IX 1. N'aie pas de contact avec l'innovation sans quoi ton coeur s'affaiblira.

IX 5. L'envoyé d'Allah a dit:
-Qui a honoré un innovateur aura contribué à la destruction de l'islam.

X 5. L'envoyé d'Allah a dit:
-Allah n'accepte pas le repentir d'un innovateur.

X6. Le prophète a dit:
-Allah écarte le repentir de tout innovateur.




§ 327. — Les apostats.


L’apostasie563 est le fait de quitter une religion révélée quelle qu’elle soit 564. L’islam est clair et définitif à ce sujet: on ne conçoit pas que l’on puisse quitter cette idéologie , et la punition théorique ne peut être que la mort , il y a 1300 ans , et maintenant565 .
C’est pour cela aussi qu’il n’existe pas de moyen d’excommunication entre musulmans , ce qui surprend toujours les chrétiens.
Le Coran abonde en imprécations et fulminations contre ces apostats566 , à un moment où nombreux sont ceux qui , à Médine et ailleurs , se sont soumis à cette autorité sans véritablement comprendre la gravité de leur situation , ou qui ont simplement été forcés de le faire.


(Corpus coranique d'Othman 16/108-112).

Celui qui renie Allah après avoir eu foi en lui - excepté celui qui a subi la contrainte , et dont le cœur reste paisible en sa foi - , ceux dont la poitrine s'est ouverte à l'impiété , sur ceux-là tomberont le courroux d'Allah et un tourment terrible.
C'est là le prix de ce qu'ils ont plus aimé la vie immédiate que la vie dernière et de ce qu'Allah ne saurait conduire le peuple des infidèles.
Ceux dont Allah a scellé le cœur , l'ouïe et la vue , ceux-là sont les insouciants.
Nul doute qu’en 1a vie dernière , ils ne soient les perdants.
Toutetois , ceux qui ont émigré après avoir subi une épreuve567 , qui ensuite ont mené combat568 et ont été constants , en vérité , ton seigneur , après tout cela , sera certes envers eux absoluteur et miséricordieux , au jour où chaque âme viendra , plaidant pour elle-même , où chaque âme sera exactement payée de ce qu'elle aura fait et où les hommes ne seront point lésés.

(Corpus coranique d'Othman 2/25).
Ceux qui violent le pacte d’Allah après son alliance , qui tranchent les liens qu’Allah a ordonné de maintenir , et qui sèment le scandale sur la terre , ceux-là sont les perdants.

(Corpus coranique d'Othman 2/214).
Ceux qui , parmi vous , abjureront leur religion et mourront infidèles , vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie réelle: ceux-là seront les hôtes du feu où ils seront éternels.

(Corpus coranique d'Othman 47/27-36).
Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que la direction se fut manifestée à eux ont été abusés par le démon qui leur a dicté leur conduite.
’est qu’en effet ces gens ont dit à ceux qui ont répulsion pource qu'Allah a fait descendre : Nous vous obéirons pour une partie de l'affaire.
Allah sait ce qu'ils tiennent secret.
Comment seront-ils quand les anges les rappelleront à nous , les frappant sur la face et le derrière!
C'est qu'en effet ces impies ont suivi ce qui courrouce Allah et ont eu répulsion pour ce qui le satisfait , en sorte qu'il a rendu vaines leurs actions.
Ceux au cœur de qui est un mal comptent-ils qu'Allah ne fera point paraitre leurs haines ?
Si nous voulions , nous te ferions voir ces gens , prophète!
Tu les reconnaîtrais certes alors à leurs allures et à la fausseté de leurs paroles.
Croyants ! , Allah connait vos actions , et , certes , nous vous éprouverons pour reconnaître , parmi vous , ceux qui mènent combat et sont constants , et aussi pour éprouver ce qu'on rapporte sur vous.
Ceux qui auront été infidèles , qui auront détourné du chemin d'Allah et se seront séparés de l'apôtre après que la direction se sera manifestée à eux , ceux-là ne nuiront en rien à Allah qui rendra vaines leurs actions.
Ô vous qui croyez! , obéissez à Allah!
Obéissez à l'apôtre!
N'annulez point vos louables actions!
Ceux qui auront été infidèles , qui auront détourné du chemin d'Allah et qui seront morts infidèles ; Allah ne leur pardonnera pas.

(Corpus coranique d'Othman 3/79-85).
Quiconque recherche une , religion autre que l'islam , cela ne sera pas accepté de lui et il sera , dans la vie dernière , parmi les perdants.
Comment Allah pourrait-il diriger des gens qui sont redevenus infidèles après avoir reçu la foi , après avoir attesté que l'apôtre est vérité , après que les preuves sont venues à eux ?
Allah ne saurait diriger le peuple des injustes.
Ceux-là , leur récompense sera que s'abatte sur eux la malédiction d'Allah , des anges et des hommes tous ensemble , malédiction qu'ils subiront , immortels , sans que le tourment soit allégé pour eux ni qu'il leur soit donné d'attendre.
Exception sera faite pour ceux qui , après cela , seront revenus de leur faute et qui se seront réformés569.
Allah , en effet , est absoluteur et miséricordieux.
Ceux qui , redevenus infidèles après avoir reçu la foi , redoubleront ensuite d'infidélité , le retour de ceux-là sur leurs fautes ne sera pas accepté : ceux-là sont les égarés.
D'aucun de ceux qui mourront étant infidèles , ne sera accepté même le pesant d'or de la terre , s'ils désirent se racheter avec , au jugement dernier: ceux-là auront un tourment cruel et ils n'auront pas d'auxiliaires.
Vous n'atteindrez pas à la bonté pieuse570 avant de faire dépense en aumône sur ce que vous aimez , et quelque chose dont vous tassiez dépense en aumône , Allah le connait bien.

(Mahomet Coran 4/106-115).
Prophète! , nous avons fait descendre vers toi l'Écriture chargée de la vérité , pour que tu arbitres , entre les hommes , selon ce qu'Allah t'a fait voir.
Ne sois point un avocat571 pour les traîtres572!
Demande pardon à Allah!
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Ne discute point en faveur de ceux qui sont traîtres envers eux-mêmes!
Allah n'aime point qui est traître et pécheur.
Ces gens tentent de se dérober aux hommes , mais ils ne se dérobent point à Allah qui est à leur côté quand ils ruminent des dires qu'Allah n'agrée point.
Allah embrasse ce qu'ils font , en sa science.
Voici ce que vous êtes : vous discutez en faveur de ces traîtres , en la vie immédiate.
Qui donc discutera en leur faveur , au jour de la Résurrection ?
Qui donc alors sera leur protecteur 573 ?
Quiconque fait un mal ou se lèse soi-même , puis demande pardon à Allah , trouve Allah absoluteur et miséricordieux.
Quiconque commet574 un péché , ne le commet que contre soi-même.
Allah est omniscient et sage.
Quiconque commet une faute ou un péché , puis en accuse un innocent , se charge d'une infâmie 575 et d'un péché avéré.
N'eussent été la faveur et la grâce d'Allah envers toi , prophète! , un parti d'entre ces gens576 aurait médité de t'égarer , mais ils n'égarent qu'eux-mêmes et ne te nuisent en rien.
Allah a fait descendre sur toi l'Écriture et la sagesse.
Il t'a enseigné ce que tu ne savais point , et la faveur d'Allah , envers toi , a été immense.
Nul bien , dans nombre de leurs conciliabules , sauf dans les paroles de qui ordonne l’aumône , ce qui est reconnu convenable et la concorde entre les hommes.
A celui qui fait cela , en quête de l'agrément d'Allah , nous donnerons une rétribution immense.
Quiconque se sépare de l’envoyé après que la direction s’est manifestée à lui , quiconque suit un autre chemin que celui des croyants sera chargé par nous de ce dont il se sera chargé.
Nous lui ferons affronter la Géhenne et quel détestable devenir577.

(Corpus coranique d'Othman 4/136).

Ceux qui auront cru puis auront été infidèles , puis auront cru puis auront été infidèles et dont l’infidélité n’aura fait que croitre , Allah ne se trouvera point leur pardonner ni les diriger dans un droit chemin.

(Corpus coranique d'Othman 63/3).
Ils ont cru en effet puis ont été infidèles et un sceau a été placé sur leur coeur , en sorte qu’ils ne savent plus.

(Corpus coranique d'Othman 9/12).
Si , au contraire , ils violent leurs serments après avoir conclu un pacte et s’ils attaquent votre religion , combattez les guides578 de l’infidélité!
En vérité , ils ne tiennent nul serment.
Peut-être cesseront-ils.

(Corpus coranique d'Othman 5/59).
Ô vous qui croyez! quiconque parmi vous rejette sa religion...579

(Tabari , Tafsir 5/51).
Cas du musulman qui apostasie.
Ceci prouve clairement l’exactitude de ce que nous disons quand nous affirmons que toute personne pratiquant une religion a le statut des gens de cette religion que son appartenance à celle-ci date d’avant l’apparition de l’islam ou qu’elle se soit produite après. Toutefois , si c’est un musulman faisant partie des gens de notre religion qui passe à une autre religion , étant donné qu’il ne reste pas stable en celle qu’il professait auparavant et ne reconnaît plus ce dont il affirmait auparavant la vérité en sorte qu’il fut admissible qu’il effectuat un tel passage , il sera mis à mort pour son apostasie de l’islam et pour s’être détaché de la religion de vérité580 à moins qu’il ne revienne à résipiscence avant d’être exécuté.

(ibn Kathir , Tafsir 47).
Condamnation de l’apostasie.
...Ils sont partis de la foi et sont retournés à l’incroyance...
Satan a décoré et embelli l’apostasie pour eux.
... Il les a tentés , et les a trompés.
Ils complotent en secret avec eux , et leur donnent de mauvais conseils... ainsi est la pratique commune des hypocrites , qui déclare le contraire de ce qu’ils dissimulent.

(Bukhari , Sahih 59/ 234).581

Des gens de la tribu d’Ukl sont venus au prophète et ont embrassé l’islam...ils sont devenus apostats... et le prophète ordonna que leurs mains et pieds soient coupés , que leurs yeux soient brulés avec des pointes de fer et que leurs mutilations ne soient pas cautérisées pour qu’ils en meurent... ils furent mis dans un endroit appelé Al Harra et quand ils demandèrent de l’eau , ils n’en reçurent pas jusqu’à leur mort”.582

(Muslim, Sahih 32-4987).
Anas ibn Mâlik a dit : Il y avait parmi nous un homme des Banû An Najjâr; qui a récité les sourates Al Baqara et Al 'Imrân583 , de plus, il écrivait pour le prophète . Cet homme fuit (la Communauté musulmane) et alla rejoindre les gens du livre. Ceux-ci lui gardèrent une place importante parmi eux et dirent :
-"Celui-là était l'un des scribes de Muhammad".
Ils l'estimèrent beaucoup; mais, Allah le fit périr alors qu'il se trouvait parmi eux. Ils lui creusèrent une tombe pour l'enterrer, mais le lendemain matin, la terre rejeta son corps. Ils creusèrent encore plus profondément pour l'enterrer, mais le matin, ils trouvèrent que la terre l'avait de nouveau rejeté. Ils creusèrent pour une troisième fois, mais la terre le rejeta également; ils finirent alors par le laisser ainsi sans enterrement.

(Bukhari , Sahih 559/632).
Un jour , Muadh rendit visite à Abu Musa et a vu un homme enchaîné. Muadh demanda:
-Qu’est-ce que c’est?
Abu Musa dit:
-C’est un juif qui a accepté l’islam et ensuite , qui est devenu apostat.
Muadh dit:
-Je vais à l’instant lui trancher la tête!584

(Abu Dawud, Hadith 38/4341).
Récit de Muadh ibn Jabal:
Abu Musa a dit: Muadh est venu vers moi alors que j’étais au Yémen. Un homme qui était juif s’est soumis à l’islam et ensuite il est sorti de l’islam. Quand Muadh est venu, il a dit:
-Je ne descendrai pas de ma monture avant que cet homme ne soit tué.
Il a ensuite été tué.
L’un d’entre eux a dit:
-On lui a demandé de se rétracter avant cela.


(Bukhari , Sahih 83/17).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Le sang d’un musulman qui confesse que personne n’a le droit d’être vénéré sinon Allah , et que je suis son envoyé , ne peut être versé , sauf en trois cas: la punition du meurtre , si c’est quelqu’un de marié qui commet un acte sexuel illégal , et celui qui quitte l’islam en apostat , et abandonne les musulmans.

(Bukhari , Sahih 52/ 260).585

Ali brûla des gens et la nouvelle attint ibn Abbas , qui dit:
-Si j’avais été à ta place , je ne les aurai pas brûlés , parce que Le prophète a dit:
-Ne punissez personne avec le châtiment divin586 . Mais pas de doute , je les aurai tués , puisque le prophète a dit:
-Si quelqu’un parmi les musulmans s’écarte587 de sa religion , tue-le.

La punition des apostats.
(ibn Taimiya , Traité de droit public 12).

Allah a dit ensuite:
Nous avons fait descendre d'en haut le fer. Il renferme un mal terrible mais aussi de l'utilité pour les hommes. Allah vous l'a donné pour connaître , ceux qui défendront sa cause et celle de ses prophètes ».588 L'homme qui s'écarte du Livre sera donc corrigé par le fer ; c'est pourquoi les deux piliers de la religion sont le Livre et le sabre. On rapporte que Jabir ibn Abd Allah589 a dit:
-Le prophète nous a ordonné de frapper avec ceci (et il montra un sabre) celui qui s'écarte de cela (et il désigna un exemplaire du Coran).

Punition juridique de l’apostasie.
(ibn Qudama , Précis de Droit 269-70).590
Tout musulman, de sexe masculin ou féminin, qui apostasie doit être mis à mort. Le prophète a dit: « Quand un musulman renie sa religion, tuez-le.»591
L'apostat592 ne doit pas être exécuté avant d'avoir été sommé, par trois fois, de faire acte de contrition. S'il fait acte de contrition, il doit avoir la vie sauve; dans le cas contraire, il doit être décapité au sabre.
L'homme qui nie l'existence d’Allah, ou qui donne à Allah un associé, une épouse ou un fils; qui traite Allah de menteur ou l'insulte; qui traite le prophète de menteur ou l'insulte; qui nie la mission d'un prophète; qui nie, en totalité ou en partie, un livre révélé; qui rejette un des fondements de l'islam; ou qui considère comme licites des interdictions unanimement admises, est un apostat, à moins de ne pas avoir connaissance des devoirs et des interdictions que la loi prescrit.
Dans cette dernière hypothèse, on devra l'en instruire; s'il refuse de les reconnaître, il sera considéré comme un infidèle.
La conversion à l'islam d'un jeune garçon doué de raison est valable. S'il apostasie, il n'est passible de la peine de mort qu'après avoir été sommé, par trois fois, de redevenir musulman une fois qu'il a atteint la puberté.
Quand un musulman, dont l'apostasie est reconnue, déclare être revenu à l'islam, sa déclaration fait foi.
Quand un apostat veut revenir à l'islam ; il lui suffit de déclarer : « Il n'y a d'autre Allah qu'Allàh et Muhammad est son prophète. »
Toutefois, quand la cause de l'apostasie a consisté soit à nier la mission d'un prophète, la révélation d'un livre ou une obligation fondamentale, soit à croire que le prophète Muhammad a été envoyé uniquement aux Arabes, l'apostat doit, pour revenir à l'islam, reconnaître la vérité de ce qu'il a nié.
Il est interdit de réduire en esclavage deux conjoints qui, après avoir apostasié et être passés en territoire de guerre, sont faits prisonniers. Il est aussi interdit de réduire en esclavage les enfants qu'ils ont eus avant leur apostasie; il est licite de le faire pour les autres enfants.


La peine de mort en Iran pour apostasie.
(The Daily Telegraph 11-10-2008).

Il y a un mois, le parlement iranien a voté le projet de loi “Code Pénal Islamique” en fonction duquel tout homme quittant la religion musulmane se verrait condamné à mort. Les femmes, quant à elles, seraient condamnées à la prison à perpétuité. Ce projet de loi a été voté avec une majorité écrasante : 196 voix pour, seulement 7 voix contre.
Condamner un individu à la peine de mort pour avoir changé de religion constitue une violation flagrante de l’un des articles les plus fondamentaux des Droits de l’Homme. Le droit à la liberté religieuse est inscrit dans la Déclaration internationale des Droits de l’Homme, dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et dans la Convention européenne des droits de l’homme. Il est même gravé dans l’article 23 de la constitution iranienne, selon lequel nul ne peut être inquiété sur la seule base de ses croyances.
Pour autant, rares sont les hommes politiques ou les religieux qui en Iran voient une contradiction entre cette loi prévoyant la peine de mort pour changement de religion et la constitution iranienne. Il n’y a pas eu la moindre manifestation en Iran pour protester contre cette loi.
La protestation de l’Union Européenne a été remarquablement silencieuse. Dans le même temps, l’Allemagne, le plus important partenaire commercial de l’Iran, a vu augmenter de plus de 50% le nombre de ses accords commerciaux avec ce pays. Fidèle à elle-même, l’ONU n’a rien dit.
Le fait que le vote du parlement iranien n’a trouvé aucun écho dans la presse généraliste montre le peu d’intérêt que suscite chez nous l’intention qu’a l’Iran de lancer une campagne de persécutions religieuses.
Pour une londonienne au moins, ce vote ne peut passer inaperçu. Rashin Soodmand est une chrétienne iranienne de 29 ans vivant au Royaume-Uni. Son père, Hossein Soodmand, fut le dernier à être exécuté en Iran pour apostasie, le “crime” d’abandonner sa religion. Il avait quitté l’islam pour se convertir au christianisme en 1960, alors qu’il avait 13 ans. Trente ans plus tard, il fut pendu par les autorités iraniennes pour avoir pris cette décision.
Aujourd’hui, le frère de Rashin, Ramtin, est également détenu dans une prison à Mashad, la ville la plus sainte d’Iran. Il a été arrêté le 21 août. ll n’a pas été accusé, mais c’est un chrétien. Et Rashin a peur que, de la même façon que son père fut le dernier homme exécuté pour apostasie en Iran, son frère puisse être l’un des premiers à être tués en accord avec la nouvelle loi iranienne.






Chapitre 55

Le sabre et le roseau

Elimination de l’opposition intellectuelle.





Muhammad n’aime ni la poésie , ni les critiques , ni les insultes593 , ni les oppositions. Ceci le conduit à une très efficace politique d’élimination des opposants.594 La technique est celle du commando , petit groupe fanatisé attaquant par surprise et de nuit. Les victimes sont des personnages importants: en voici trois exemples , qui donnent lieu à des récits haletants. Au-delà de la simple élimination , l’objectif recherché de ces actions spectaculaires est la terreur des ennemis , ce qui est clairement mentionné dans les sources.

Il faut entendre l'idée d'opposition intellectuelle au sens large: ce sont des gens dont le prestige , les idées ou le talent font ombrage au chef de Médine, Muhammad595 .
Ce sujet a été paticulièrement peu étudié dans la littérature de vulgarisation, trop soucieuse de ménager la réputation du personnage.



§ 328. — Le meurtre du poète Kab.

Vers 625, Muhammad envoie un commando d’asassins pour éliminer un de ses opposants Juifs , Kab596 . Il est certes poète , mais ce n’est pas l’essentiel, puisque tout homme politique l’est forcément597. C’est plutôt le prélude à l’élimination de toute la tribu.598
Les textes sont remplis d’allusions passionnantes à la vie matérielle de l’époque.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 181).
Ce fut dans le même mois de rabia premier que le prophète envoya quelqu'un pour tuer Kab , ibn Ashraf599 , dont il avait essuyé beaucoup d'injures. Kab était un juif , l'un des principaux des Banu Nadir. Il s'était arrogé le commandement de la forteresse des Banu Nadir , et il possédait lui-même , en face de cette forteresse , un château fort , renfermant des plantations de dattiers. Il récoltait chaque année , une grande quantité de blé et de dattes , qu'il vendait à crédit , et il avait ainsi acquis une fortune considérable. Il avait de l'éloquence et était poète , car son père était de la tribu de Tayy , tandis que sa mère appartenait aux Banu Nadir600 . Or le jour où Zayd ibn Haritha , arriva aux portes de Médine avec la nouvelle de la victoire des musulmans , et qu'il énumérait les chefs quraysh qui avaient été tués , Kab , se trouvant là , dit :
- Cela est impossible. Tous ces Quraysh , en effet , étaient ses parents.
Lorsque la nouvelle se confirma , il se rendit à la Mecque , consola les habitants , composa des élégies sur les morts et des satires contre le prophète et contre ses compagnons. Ensuite il revint à Médine , et le même jour le prophète apprit qu'il avait fait des satires contre lui. Puis , chaque fois que Kab venait dans la ville , il disait :
-Pleurez , pour que l'on pense que Muhammad est mort , et que sa religion cesse d'exister. Ces paroles furent rapportées au prophète.
Un jour qu'il se trouvait au milieu de ses compagnons , et que l'on parlait de Kab ibn Aschraf , le prophète se plaignit de lui et dit :
-Qui donnera sa vie à Allah , et tuera cet homme?
L'un des ansari , nommé Muhammad ibn Maslama , dit:
-Moi j'irai , et je le tuerai , ô apôtre d'Allah!
Le prophète le remercia vivement. Lorsque , trois jours après , le prophète vit qu'il n'était pas encore parti , il lui en demanda la raison. Muhammad répondit:
-Ô apôtre d'Allah , je n'ai pas mangé depuis trois jours , de chagrin. J'ai pris envers toi un engagement , et je crains de ne pouvoir le remplir ; car Kab est un homme très considérable et habite un chateau bien fortifié.
Le prophète dit:
-Essaye toujours ; si tu réussis , tu seras béni ; si tu ne réussis pas , tu seras excusé.
-Il me faut , dit l'autre , pour cette affaire des compagnons.
Il avait parmi les ansari un ami , nommé Silkan ibn Salama , surnommé Abu Nayla , qui était le frère de lait de Kab . Celui-ci , chaque fois qu'il venait à Médine , descendait dans la maison de Silkan ; il lui montrait de l'affection et de la confiance. Muhammad601 ibn Maslama , vint trouver Silkan , lui fit part des paroles du prophète et lui dit :
-Si tu me prêtes assistance , je pourrai accomplir cette œuvre et être agréable au prophète d'Allah.
Silkan consentit et dit :
-Il nous faut encore d'autres compagnons.
Sept ansari se concertèrent ainsi et se mirent à délibérer de quelle façon ils exécuteraient leur dessein. S’étant mis d'accord , ils vinrent , avant de partir , trouver le prophète , au moment de la prière du coucher , et lui dirent :
-Nous allons partir , ô apôtre d'Allah , mais il faudra que nous disions du mal de toi et de ta fonction prophétique.
Le prophète les y autorisa , les accompagna jusqu'au cimetière nommé Baqi al Gharqad , puis il leur dit :
-Allez , au nom d'Allah , et revenez aussitôt.
Ils se dirigèrent vers le château de Kab. A une demi parasange de ce chateau se trouvait une plantation de dattiers ; la forteresse des Banu Nadir était en face , et tout autour demeuraient des Juifs. Ils arrivèrent pendant la nuit à la porte du chateau de Kab. Celui-ci , qui s'était récemment marié , dormait avec sa nouvelle épouse sur la terrasse. Silkan , ayant posté ses compagnons sur le chemin , s'approcha tout armé de la porte du château et appela Kab , qui se réveilla , le reconnut , lui répondit et regarda en bas. Silkan lui dit:
-J'ai à te parler.
- Que peux-tu avoir à me dire à cette heure-ci? demanda Kab.
-Je suis venu pour te consulter sur une affaire , répliqua l'autre. Si tu peux , descends , si tu ne peux pas , je m'en retournerai.
Kab se leva pour descendre ; mais sa femme saisit le pan de sa robe et le pria de ne pas y aller. Kab lui dit :
-C'est mon frère de lait , dont la porte m'est ouverte la nuit comme le jour ; ce serait mal de lui fermer la mienne , puisque je ne me suis jamais présenté en vain chez lui.
La femme dit de nouveau :
-N'y va pas , il fait nuit , tu ne sais pas ce qui peut arriver.
-Je suis , répondit Kab , plus sur de lui que de moi-même.
Puis il dégagea le pan de sa robe qu'elle avait saisi et dit :

-L'homme noble ,
quand même on l'appellerait à la mort ,
répond à l'appel.

C'est là un proverbe arabe , que Kab prononçait par orgueil et pour affirmer son courage602 . Il ne savait pas que lui-même allait le rendre vrai , et que ses paroles deviendraient une réalité. Kab étant sorti du chateau , Silkan lui dit :
-Sache , ô mon frère , que je viens de Médine , parce que ce Muhammad est un fléau ; le pays tout entier est dans la famine et dans la misère , et nous n'avons plus de vivres.
Kab , se caressant la barbe , dit :
-Par la tête de mon père! ne vous ai-je point assez dit que cela n'est pas une chose sérieuse et que cette affaire n'a pas de fondement?
Silkan dit :
-Oui , cela est devenu manifeste pour tout le monde. Quant à ce qui me concerne en particulier , je suis dans la détresse , et je viens chez toi pour que tu me donnes un peu de blé et de dattes que je puisse porter à ma famille. Je te remettrai en gage ce que tu voudras. J'ai avec moi quelques amis , qui attendent dans ce verger ; ils avaient honte de venir te trouver: c'est pour cela que je me suis rendu seul auprès de toi , pour savoir ta réponse.
Kab répliqua:
-Il ne m'est pas resté beaucoup de vivres ; cependant je ne veux pas te faire de la peine.
Silkan reprit :
-Nous sommes venus pendant la nuit afin que , si nous essuyons un refus , personne ne connaisse notre situation.
Kab dit:
-Je vous accorde votre demande , mais je désire que vous me donniez en gage vos enfants.
Silkan répondit :
-Veux-tu donc nous déshonorer parmi les hommes? Nous avons apporté nos armes , et ce gage vaut mieux que des enfants. Ce serait pour nous un déshonneur de donner en gage nos enfants , et toi , tu aurais à faire la dépense de leur entretien.
Silkan lui faisait cette offre , afin que Kab ne fut pas effrayé quand il verrait les armes.
Kab répliqua :
-C'est bien , apporte les armes.
Silkan appela ses compagnons , et Muhammad ibn Maslama , et les autres s'approchèrent avec leurs armes. Ils prirent place en face de Kab et se mirent à causer avec lui. Tout à coup , Kab s'écria:
-Je vous avais bien dit que cet homme est un fléau , son oeuvre n'a pas de consistance.
Les autres répondirent:
-Nous reconnaissons maintenant tout ce que tu nous avais dit.
Kab avait une chevelure qui lui tombait sur le cou. Elle était parfumée de musc et d'ambre603 . A chaque instant Silkan lui prenait la tête , l'attirait vers lui et en respirait les parfums , en disant:
-Quelle délicieuse odeur!
Lorsqu'une bonne partie de la nuit fut passée , Kab dit:
-Déposez quelques-unes de vos armes pour que nous les mettions de côté.
Silkan dit:
-Allons nous promener un peu dans ce verger , pour chasser notre chagrin ; nous te remettrons ensuite les armes , que tu pourras emporter dans ta maison , et demain nous amènerons des bêtes de somme pour chercher les vivres.
Kab se leva et alla avec eux , tout en causant. Silkan , de temps en temps , passait dans la chevelure de Kab sa main , qu'il portait ensuite à son nez pour en respirer l'odeur. Quand ils furent arrivés au milieu du verger , Silkan saisit fortement Kab par les cheveux et dit :
-Chargez!
Muhammad ibn Maslama le serra également , et Harith ibn Aws , vint à leur aide , et tous les trois le maintinrent ainsi. Les autres prirent leurs sabres et le frappèrent. Quelqu'un du château , apprenant cet événement , donna l'alarme ; on alluma des torches , et la femme de Kab jetait des cris du haut de la terrasse. Elle fut tuée par les Arabes , qui se retirèrent ensuite604 .
Un coup de sabre avait atteint par erreur la tête de Harith et lui avait fendu le crâne. Le sang coulait , et , comme ils le croyaient blessé mortellement , ils l'abandonnèrent et s'éloignèrent en courant dans la direction de Médine , craignant d'être poursuivis. Harith , ne pouvant pas courir , les suivit lentement. Cependant aucun juif n'osa aller à leur poursuite. Arrivés près de la ville , ils furent en sureté et s'arrêtèrent pour attendre Harith.
Le jour commençait à poindre lorsqu'ils entrèrent dans la ville. Ils trouvèrent le prophète occupé à prier , et lui rendirent compte de ce qu'ils venaient d'accomplir. Le prophète fut très heureux , rendit grâces à Allah et les remercia. Ensuite , il souffla sur la tête de Harith , dont la blessure fut guérie immédiatement.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 548-553).
Il partit et arriva à la Mecque (...) Là , Kab se mit à exciter les Mecquois contre l’apôtre d’Allah , à réciter des vers où il pleurait les “gens du Puit”605:
La meule de Badr a broyé jusqu’au sang ces gens (...)
Combien d’hommes nobles et beaux , recours pour les pauvres ,
furent massacrés , généreux quand les étoiles ne donnaient pas de pluie ,
qui portaient les fardeaux de leurs frères...

Puis Kab retourna à Médine et là , il composa des poèmes licencieux sur des femmes musulmanes.
(...)
Maslama dit606 :
-J’ai fait une promesse dont je ne sais pas si je veux la tenir ou non.
-Ton devoir est seulement de t’y employer607 .
-Apôtre d’Allah , nous aurons à dire des mensonges!
-Dites ce que vous voulez , ce sera licite.
(...)
-Ô ibn al Ashraf608 ! Je suis venu à toi pour une affaire que je voudrais t’exposer.
-Vas-y.
-L’arrivée de cet homme était un désastre pour nous ; il a provoqué l’hostilité des Arabes , et ils se sont ligués contre nous. Les routes sont bloquées et nos familles connaissent les privations et nous sommes dans une grande détresse.
- (...) Combien de fois je t’ai dit que cette histoire mènerait à ce résultat...
(Abu Nayla , un complice de Maslama l’appelle en pleine nuit ; la femme de Kab dit à son époux):
-Je sens le mal dans sa voix.
-Si l’homme brave est appelé , même pour la guerre , il doit répondre.
(...)
-Veux-tu que l’on marche jusqu’au défilé de al Ajuz pour discuter le reste de la nuit?
-Si vous le voulez.
Abu Nayla mit sa main dans les cheveux de la tête de Kab , puis sentit sa main , et dit:
-Jamais je n’ai senti un meilleur parfum que celui-là.
(...) Puis il le saisit encore par les cheveux et s’écria:
-Frappez cet ennemi d’Allah!
Ils le frappèrent et leurs sabres se sont abattus sur lui , sans beaucoup d’efforts.
ibn Maslama raconta par la suite:
-Quand j’ai vu que nos sabres étaient devenus inutiles , je me suis souvenu que j’avais un poignard. Nous faisions un tel vacarme que tous les forts des alenturs allumaient leurs feux. Je lui ai enfoncé le poignard dans le bas-ventre jusqu’au sexe et l’ennemi d’Allah est tombé à terre.

(Bukhari , Sahih 64/15).
D'après Amir , qui l'avait entendu de Jabir ibn Abdallah , l'apôtre d'Allah ayant dit:
-Qui me délivrera de Kab ibn al Ashraf , cet homme qui nuit à Allah et à son envoyé?
Muhammad ibn Maslama se leva en disant:
-Ô Apôtre d'Allah , veux-tu que je le mette à mort?
-Oui , répliqua le prophète.
- Me permets-tu de lui dire quelque chose? demanda Muhammad.
-Dis-lui (ce que tu voudras) , reprit le Prophète.
Muhammad ibn Maslama alla alors trouver Kab et lui parla en ces termes:
-Cet homme609 nous réclame une nouvelle dîme610 , il nous obsède et nous venons te demander de nous prêter quelque chose.
- Par Allah! répondit Kab , vous aurez à en supporter bien d'autres de sa part.
-Nous l'avons suivi , reprit Muhammad , et nous ne voulons pas l'abandonner avant de voir ce qu'il adviendra de ses affaires. Nous voudrions que vous nous prêtiez une charge - ou deux (...)
-Je le veux bien , répliqua Kab , mais donnez-moi un gage.
-Et quel gage veux-tu?
-Vos femmes.
- Comment te donnerions-nous nos femmes en gage , à toi qui es le plus bel homme des Arabes?611
-Eh bien! donnez-moi vos fils en gage.
-Comment te donnerions-nous nos fils en gage , ce serait leur faire injure et on leur reprocherait d'avoir servi de gage pour une charge (...) ; ce serait une honte pour nous ; mais si tu veux , nous te donnerons nos armures. (...)
Muhammad prit rendez-vous avec Kab et vint le trouver de nuit , ayant avec lui Abu Nayla , le frère de lait de Kab. Kab les ayant fait entrer dans son chateau descendit vers eux et , comme sa femme lui demandait où il allait à cette heure , il répondit :
-C'est seulement pour voir Muhammad ibn Maslama et mon frère (de lait) , Abu Nayla.
Suivant un autre rawi612 que Amir , la femme aurait ajouté:
-J'entends un bruit qui ressemble à celui du sang qui tombe goutte à goutter ,
Et Kab aurait dit:
-Il s'agit seulement de mon frère Muhammad ibn Maslama et de mon frère de lait , Abu Nayla ; l'homme de cœur répond , même si de nuit on l'appelle au combat.
Muhammad ibn Maslama introduisit avec lui deux hommes. (...)
S'adressant à ces hommes , Muhammad leur dit :
-Quand Kab viendra , je prendrai ses cheveux et les sentirai. Aussitôt que vous me verrez tenant sa tête , frappez-le.
Amir une fois a ajouté :
-Et ensuite je vous les ferai sentir.
Kab descendit vers ses serviteurs , paré de ses vêtements et fleurant une odeur de parfums.
-Je n'ai jamais senti un parfum tel que celui d'aujourd'hui , - c'est-à-dire aussi agréable - s'écria Muhammad.
Suivant un autre rawi que Amir , Kab aurait dit:
-J’ai la femme la plus parfumée et la plus parfaite des Arabes.
D'après Amir , Muhammad dit :
-Me permets-tu de sentir ta tête?
-Oui , répondit Kab.
Après l'avoir sentie , Muhammad la fit sentir à ses compagnons. Il répéta une seconde fois:
-Me permets- tu de sentir ta tête ?
Et , ayant obtenu un oui pour réponse , il lui prit la tête dans ses mains et cria à ses compagnons:
-A vous!
Et aussitôt il le tuèrent , puis ils allèrent trouver le prophète et lui racontèrent ce qui s'était passé.

(Muslim, Sahih 32-3359).
D'après Jâbir ibn 'Abdullâh , l'envoyé d'Allah a dit :
-"Qui me débarrassera de Kab ibn Al Ashraf qui a mal agi envers Allah et Son envoyé?". Muhammad ibn Maslama répondit :
-"Ô envoyé d'Allah, veux-tu que je le tue?".
- "Certes oui", répliqua le prophète.
- "Permets-moi alors de médire de toi devant lui".
- "Dis ce que tu voudras".
Muhammad ibn Maslama alla trouver Kab et lui dit :
- "Cet homme (le prophète) veut nous imposer de l'aumône légale qui dépasse nos moyens".
- "Il vous demande encore cela?", dit Kab, par Allah, vous serez encore plus ennuyés de lui que vous l'êtes".
- "Nous venons de le suivre et nous ne voulons pas le quitter avant de voir jusqu'où il nous mènera. Ainsi, je viens te demander de me prêter".
- "Que me donneras-tu en gage?".
- "Que veux-tu que je te donne?".
- "Vos femmes!".
- "Comment pourrions-nous te donner nos femmes en gage à toi qui es le plus bel homme des Arabes?".
- "Eh bien! Vos fils".
- "Comment pourrions-nous te donner, nos fils en gage? On pourrait leur reprocher qu'ils avaient été donnés en gage pour deux charges de dattes et ce serait une honte pour nous. Nous te donnerons plutôt nos armes en gage".
Muhammad ibn Mas'ûd prit alors rendez-vous avec Kab et lui promit qu'Al Hârith, Abu `Abs ibn Jabr et `Ubad ibn Bishr l'accompagneraient. La nuit les quatre hommes allèrent trouver Kab.
Sufyân dit : Un autre transmetteur que Amir rapporte que la femme de Kab lui a dit :
-"Il me semble entendre un bruit comme celui de la voix d'un meurtrier".
- "Ne t'en fais pas, lui répondit son mari, c'est Muhammad ibn Maslama, son frère de lait et Abu Nâyla. L'homme généreux répond à l'appel au secours fait de nuit, même si c'était au prix de sa vie".
Muhammad dit à ses compagnons :
-"Quand il viendra, je m'approcherai de lui et lorsque je tiendrai bien sa tête entre mes mains, frappez-le".
Lorsque Kab descendit, en portant son arme, on lui dit :
-"Nous sentons une très belle odeur!"
- "Oui, répondit-il, ma femme est la plus parfumée des femmes arabes".
Muhammad lui dit ensuite :
-"Me permets-tu de sentir?".
- "Oui", répliqua Kab. Après que Muhammad ait senti l'odeur, il lui dit :
-"Me permets-tu de la sentir encore une fois?".
Et comme il disait cela, il tint la tête de Kab entre ses mains en s'écriant à ses compagnons : "Il est à vous!".
Et, ils le tuèrent.

La réaction de Muhammad.
(ibn Sad , Tabaqat II 37 , 39).
Ensuite , ils lui tranchèrent la tête et l’emportèrent.
Quand ils ont atteint Baqi al Gharqad , ils ont prononcé leur tekbir613 .
L’apôtre d'Allah passait la nuit à faire ses prières. Quand il entendit leur tekbir , il dit aussi le sien. Il sut alors qu’ils l’avaient tué. Dès qu’ils arrivèrent auprès de l’apôtre d'Allah , il leur dit:
-Que vos figures soient favorisées!
-La tienne aussi! Ô apôtre d'Allah!
Ils posèrent sa tête devant lui.
Il loua Allah pour ce meurtre.
Au matin , il dit:
-Tuez chaque juif que vous rencontrerez.
Les juifs eurent peur , et plus aucun n’osa sortir ou parler. Ils avaient peur parce qu’ils pouvaient être attaqués brusquement tout comme ibn al Ashraf l’avait été614 .
(...)
Les juifs furent pris de panique et ils vinrent voir le prophète et dirent:
-Notre chef a été assassiné d’une manière traître.
Le prophète leur rappela ses méfaits et comment il avait comploté contre lui et les avait exhorté à combattre les musulmans , et comment il les avait maltraités. Puis il exigea qu’ils rédigent les termes écrits qui pourraient les lier.

Poésie musulmane sur le meurtre de Kab.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 553).

Kab ibn Malik a dit:
Eux , ils l’ont laissé à genoux , Kab ,
et après sa chute , les Banu Nadir se sont faits petits
La sabre à la main , nous l’avons découpé ,
Par l’ordre de Muhammad , quand il fut sorti de nuit , en secret ,
Le frère de Kab allant vers Kab
Il le berna et l’abaissa par sa fourberie ,
Mahmud était si digne de confiance , et fier.


Hassan ibn Thabith , à propos du meurtre de Kab et de Sallam ibn Abul Huqayq , a dit:
Quelle belle bande tu a rencontré , ô ibn ul Huqayq ,
et toi aussi , ibn al Ashraf ,
voyageant de nuit avec nos sabres
Fiers comme des lions dans leur tanière
jusqu’à ce qu’ils viennent à toi , dans ton domaine ,
et qu’ils te fassent goûter à la mort de leurs sabres mortels
cherchant la victoire pour la religion de leur prophète ,
comptant leurs vies et leurs richesses pour rien.


(Muslim , Sahih 19/ 4436).615

L’apôtre d’Allah a dit: qui veut tuer Kab ibn Al Ashraf , qui a blessé Allah et son apôtre? Alors Muhammad ibn Maslama dit:
-Ô apôtre d’Allah , veux tu que je le tue?
Le prophète dit:
-oui...
Alors ils le tuèrent et allèrent en informer le prophète.



§ 329. — Une nuit des longs couteaux.

L’assassinat d’Abu Rafi est raconté dans plusieurs textes , qui ont en commun un grand sens dramatique. Le public musulman de toutes époques est tenu en haleine par les péripéties du crime616.
Mais le document est aussi important pour comprendre les conditions matérielles et sociales de l’existence de la communauté juive à cette époque , en 626 ou 628
617.
Ce n’est pourtant pas ce qui a intéressé les musulmans , à toutes les époques. Le thème du meurtre d’Abu Rafi est devenu populaire parce qu’il concernait une question d’importance: peut-on tuer un infidèle durant la nuit , contre les coutumes habituelles?
La réponse est finalement affirmative.


Elégie d’Abu Rafi sur le destin des Juifs de Médine
(Ifsanhani , Kitap al Aghani XXI , 92-3).618

Maintenant , je suis enchaîné à mon lit
Je suis dégouté par l’erreur de mon peuple et leur culpabilité
Dégouté des conseils stupides qu’ils ont suivis après avoir compris
Dégouté des reproches qui poussaient vers la voie juste et que personne n’a choisi
En effet , si seulement mon peuple avait suivi les sages
Ils n’auraient rien transgressé619 et n’auraient pas été la cause de tant de mal.
Mais ils ont suivi le trompeur
Et le peuple sanguinaire a frappé nos foyers comme des serpents
Les fous ont démoli le raisonnement des gens intelligents
Et notre cause a été perdue sans pouvoir être récupérée.


(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 714-6).
Quand le combat de la tranchée et l’affaire des Banu Qurayza fut terminée , le problème de Sallam ibn Abu Huqayq , connu sous le nom d’Abu Rafi apparut , en rapport avec le fait qu’il avait fait assembler des tribus contre l’apôtre d'Allah. Les Aws avaient tué Kab avant Ohod à cause de son aversion contre l’apôtre d'Allah et parce qu’il complotait contre lui , alors les Khazraj ont demandé et obtenu la permission de tuer Sallam qui était à Khaybar620 .
Cinq hommes des Banu Salima , des Khazraj sont venus: Abdullah ibn Atik , Masud ibn Sinan , Abdullah ibn Unays , Abu Qatada et Khuzay ibn Aswad , un allié des Aslam. A leur départ , l’apôtre d'Allah nomma Abdullah ibn Atik comme leur chef , et il leur interdit de tuer les femmes et les enfants. Ils arrivèrent à Khaybar et allèrent à la maison de Sallam de nuit , ayant bloqué toutes les portes des maisons tout autour. A ce moment , il était dans une pièce à l’étage , et une échelle permettait d’y monter.
Ils montèrent par là , arrivèrent à la porte et demandèrent qu’on leur ouvre.
Sa femme vint et leur demanda qui ils étaient. Ils répondirent qu’ils étaient des Arabes à la recherche de nourriture.
Elle leur dit que leur homme était là , et qu’ils pouvaient entrer.
Nous621 avons fermé la porte de la chambre sur elle , une fois entrés , de peur qu’elle ne nous pose des difficultés. Sa femme hurla et le mit en garde contre nous , alors nous nous sommes rués sur lui , avec nos sabres , alors qu’il était au lit. La seule chose qui nous guidait dans le noir , c’était le blanc de son visage , comme un linge égyptien. Sa femme a hurlé , et l’un de nous a voulu la frapper , mais il s’est souvenu de l’ordre de l’apôtre d'Allah de ne pas tuer de femme , alors il a repoussé sa main ; sinon , nous en aurions fini avec elle cette nuit-là.
Nous l’avons frappé avec nos sabres , et Abdullah ibn Unays l’a percé avec le sien dans le ventre , alors qu’il gémissait:
-“Qatni , Qatni” , soit “c’est assez... c’est assez....”.
Nous sommes sortis. Mais Abdullah ibn Atik , qui avait une mauvaise vue , et il est tombé de l’échelle et s’est blessé gravement le bras (...) Alors nous avons dû le porter dans un de leurs canaux d’irrigation. Les gens ont allumé des torches pour nous chercher , dans toutes les directions , désespérant de nous trouver , et ils sont rentrés vers leur maitre et s’assemblant alors qu’il était à l’agonie.
Nous nous sommes chacun demandés comment savoir si l’ennmi d’Allah était mort , et un proposa d’aller voir. Il y est allé , en se mêlant aux gens. Il a dit:
-J’ai trouvé sa femme et des Juifs assemblés autour de lui. Elle avait une lampe à la main et regardait son visage de près et leur a dit:
-Par Allah , j’ai du entendre la voix d’Abdullah ibn Atik. Mais je dois me tromper , parce que je ne vois pas ce qu’Abdullah ibn Atik ferait ici...
Puis elle se retourna vers lui , et dit:
-Par le dieu des Juifs622 , il est mort!
Jamais je n’ai entendu de paroles plus douces...
Il revint et nous apporta ces nouvelles et nous avons emporté notre compagnon , nous l’avons emmené vers l’apôtre d'Allah et nous avons dit que nous avions tué l’ennemi d’Allah. Nous nous sommes disputés pour savoir qui l’avait tué , chacun revendiquant la paternité de l’acte. L’apôtre d'Allah demanda à voir nos sabres et quand il les eut examinés , il déclara:
-C’est le sabre d’Abdullah ibn Unays qui l’a tué. J’ai vu des traces de nourritures dessus.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 186).
Sallam , surnommé Abu Rafi623 , était le chef des Juifs de Khaybar , et résidait dans cette ville. C'était un homme considérable , très riche et maniant bien la parole. Il avait été lié d'amitié avec Kab ibn Ashraf , et il faisait également des satires contre le prophète.
La population de Médine se composait de deux tribus , les Aws , les moins nombreux , et les Khazradj. Ces deux tribus étaient en rivalité entre elles , et si l'une accomplissait quelque action d'éclat , l'autre cherchait également à en accomplir. Les sept hommes qui avaient tué Kab appartenaient tous à la tribu d'Aws. Alors les hommes de Khazradj se réunirent et dirent: Il faut que nous aussi nous tuions un des principaux personnages des Juifs , pour être agréables au prophète ; et ils résolurent de massacrer Abu Rafi , chef des Juifs de Khaybar , qui étaient les plus nombreux. Ils firent part de leur dessein au prophète , qui l'approuva. Huit d'entre eux , des hommes jeunes et braves , se concertèrent , et , avant de partir , vinrent trouver le prophète , qui les remercia et leur dit :
-Allez , mais ne tuez pas de femmes ni d'enfants624 .
Ces hommes partirent et arrivèrent à Khaybar au moment du coucher du soleil. Khaybar était une forteresse telle qu'il n'y en avait pas de plus solide dans le monde ; elle se composait de sept forts , l'un entourant l'autre , et chaque fort était muni d'une porte de fer. Au moment de la prière du soir , où le gardien rentrait dans la forteresse , Abdallah ibn Onays , l'un des huit , recommanda à ses compagnons de se cacher derrière le mur , leur donna ses armes et leur dit :
-Je vais chercher à m'introduire dans la forteresse ; tenez-vous à la porte ; quand je l'ouvrirai , vous entrerez.
Il alla se placer vis-à-vis de la porte , se couvrant la figure , comme quelqu'un qui fait ses besoins. A ce moment , le gardien voulut fermer la porte , et , pensant que cet homme était l'un des gens de la forteresse , il lui cria:
-Entre tout de suite , je vais fermer la porte , il est tard.
Abdallah se leva , ramassant ses vêtements , et la tête toujours couverte , pour que le gardien ne put le reconnaitre , entra dans la forteresse et s'assit à un endroit où le gardien ne le voyait pas. Chaque soir , après avoir fermé les sept portes , le gardien suspendait les sept clés ensemble à un clou , à un endroit caché , et le lendemain matin celui qui , à l'intérieur , se levait le premier pour sortir , prenait les clefs et ouvrait les portes , sans qu'il fut nécessaire d'appeler le gardien. Abdallah avait été souvent à Khaybar et connaissait cette habitude. Le gardien ayant suspendu les clefs , Abdallah attendit que l'on eut éteint les flambeaux.
Abu Rafi avait son appartement au milieu du fort , élevé au-dessus du sol. Il fallait y monter par cinq marches. Les habitants du fort restèrent avec lui jusqu'à minuit , ensuite ils se séparèrent et allèrent se coucher. Alors Abdallah prit les clefs , ouvrit les portes , et ses compagnons entrèrent. Ils tirèrent leurs sabres et montèrent à l'appartement d'Abu Rafi qui était couché avec sa femme. La porte de l'appartement était ouverte. Ils entrèrent , et Abdallah ibn Onays , dirigea son sabre sur Abu Rafi. A ce moment , la femme se précipita hors du lit et voulut crier. Abdallah ibn Atik , leva son sabre pour la frapper , mais , se rappelant que le prophète leur avait recommandé de ne pas tuer les femmes , il lui dit :
-Si tu cries , je te frappe.
La femme se tint tranquille. Après qu'ils eurent tué Abu Rafi et qu'ils se furent retirés , la femme donna l'alarme. Ils se précipitèrent en toute hate en bas de l'escalier ; mais Abdallah ibn d’Atik , ayant manqué les marches , tomba sur le sol et se cassa la jambe. Il poussa des cris de douleur , et ses compagnons , craignant qu'il ne restat là , le prirent sur leur dos et l'emportèrent hors du fort.
Les gens de l'intérieur du fort accoururent tous de leurs maisons. Personne ne put dire qui étaient les meurtriers. Avant que l'on eut allumé des flambeaux , les musulmans étaient déjà à une certaine distance. Les gens du château vinrent trouver le gardien , qui dit :
-J'avais fermé les portes et réuni les clefs comme d'habitude.
Alors ils lui dirent:
-Ferme les portes ; peut-être Muhammad et ses compagnons sont-ils venus pour nous surprendre ; il ne faut pas qu'ils puissent pénétrer dans le fort.
On ferma donc les portes , et personne n'osa sortir. Les musulmans dirent entre eux:
-Ne nous en allons pas avant d'avoir la certitude qu'Abu Rafi est mort.
Au matin , lorsqu'ils entendirent du fort le bruit des lamentations des femmes , ils surent qu'il était mort , et partirent pour Médine , en emportant celui qui s'était cassé la jambe. Le prophète fut très heureux ; il toucha l'homme blessé , qui fut guéri à l'instant même et se leva.
Les Juifs qui demeuraient tout autour de Médine furent dans la terreur devant le prophète. Ils disaient:
-Quels sont ces hommes qui sont avec Muhammad , qui tuent les gens enfermés dans leurs châteaux?
Ils vinrent tous pour faire la paix.

(Waqidi , Livre des expéditions 25).625
 Nous avons quitté Médine et voyagé jusqu’à atteindre Khaybar… L’apôtre d’Allah a envoyé cinq d’entre nous , ibn Atik , ibn Unays , Abu Qatada , ibn Khuzay et ibn Sinan. Nous avons atteint Khaybar et ibn Atik envoya chercher sa belle-mère en disant où il se trouvait. Elle revint avec un sac rempli de dates sélectionnées et de pain. Nous en avons mangé et il lui dit :
-Mère , c’est maintenant le soir , donne nous l’hospitalité dans ta maison , que l’on puisse entrer dans Khaybar.
Sa belle-mère lui dit :
-Comment pourrais tu entrer dans Khaybar , alors qu’il y a là quatre cent guerriers ? Contre qui en avez vous ?
Il répondit :
-Abu Rafi.
Elle dit :
-Vous serez incapable de l’atteindre.
Il dit :
-Par Allah , je vais le tuer ou je serai tué dans la tentative.
Alors elle dit :
-Alors viens avec moi dans la nuit.
Alors ils entrèrent avec elle , alors que les gens de Khaybar étaient endormis. Elle leur dit :
-Attaquez ensemble quand tout est calme… Les Juifs ne ferment pas leurs portes par sécurité , de peur qu’un invité n’arrive durant la nuit , et quiconque arrive dans la cour , n’ayant pas encore reçu l’hospitalité , trouvera la porte ouverte et pourra entrer et souper626 .
Quand tout fut tranquille , elle dit :
-Allez voir Abu Rafi et demandez à le rencontrer… pour lui donner un présent , et ils vous ouvriront.
Ils le firent…
Ils mirent en premier ibn Atik , parce qu’il parlait la langue juive627 , et ils demandèrent à être admis auprès d’Abu Rafi  ; sa femme est arrivée et a dit :
-Quelle est la nature de votre affaire ?
ibn Atik répondit , parlant la langue juive  :
-Nous lui apportons un présent.
Elle ouvrit donc la porte , et quand elle vit son arme , elle se mit à hurler.
(Ils) poussèrent contre la porte pour permettre à ibn Atik de rentrer en premier. Elle essaya à nouveau de crier , mais il l’a menaça de son sabre. Elle resta silencieuse un moment.
Je lui dis alors628 :
-Ou est Abu Rafi ? Dis moi , où je te frappe de mon sabre !
Elle dit :
-Il est dans la chambre. Nous sommes allés chez lui et nous ne pouvions le distinguer que par la silhouette blanche , parce qu’il ressemblait à un vêtement à la mode égyptienne. Nous nous sommes rués sur lui avec nos sabres ; sa femme se mit à hurler et l’un d’entre nous était sur le point de la tuer mais il s’est souvenu que l’apôtre d’Allah a interdit de tuer les femmes.
Quand nous l’avons atteint , nous avons remarqué que le plafond était trop bas pour nous , et nos sabres rebondissaient sur lui.
Je ne voyais rien à cause de l’obscurité de la nuit , mais je l’ai vu comme si c’était la lune. J’ai appuyé mon sabre sur son ventre et quand je l’ai entendu qui touchait le lit , j’ai su qu’il était mortellement atteint. Les autres ont continué à le frapper.
Alors nous sommes redescendu , mais Abu Qatada a oublié son arc. Ses compagnons lui ont dit :
-Laisse ton arc !
Mais il est retourné et l’a récupéré629 . Il s’est foulé le pied et les autres ont du le porter. La femme d’Abu Rafi a hurlé , et les gens de la maison ont entendu le cri après le meurtre…
Quand nous sommes revenus sur le chemin de Médine , chacun d’entre nous prétendait l’avoir tué. Nous sommes allés voir le prophète , qui était sur le minbar. Quand il nous a vu , il dit :
-Soyez heureux !
Nous lui avons dit alors :
-Sois heureux !
Il dit :
-L’avez-vous tué ?
Nous avons répondu :
-Oui.
Et chacun a prétendu l’avoir fait.
Il dit alors :
-Apportez-moi vite vos sabres !
Nous lui avons apporté nos sabres. Il dit alors :
-Celui-ci l’a tué : il y a encore des traces de nourritures sur le sabre d’ibn Unays.

(Bukhari , Sahih 64/16 , 1-3).
L’apôtre d'Allah avait dépêché un petit groupe d'hommes contre Abu Rafi. Abdallah ibn Atik entra dans sa demeure pendant qu'il dormait et le tua.

Al Bara ibn Azib a dit: l'apôtre d'Allah avait dépêché contre le juif Abu Rafi des hommes des ansar , dont il avait donné le commandement à Abdallah ibn Atik. Cet Abu Rafi causait du tort à l'Apôtre d'Allah et aidait ses ennemis contre lui. Il habitait un chateau lui appartenant dans le Hedjaz. Quand les ansar approchèrent du chateau , le soleil venait de se coucher , et tout le monde était rentré au gîte avec les troupeaux630. Abdallah dit alors à ses compagnons:
-Restez ici , tandis que moi je me rendrai au château et chercherai à amadouer le portier afin qu'il me fasse entrer dans le château.
Abdallah s'avança et , quand il fut près de la porte , il retroussa ses vêtements comme s'il accomplissait un besoin naturel631. Comme tout le monde était rentré , le portier cria :
-Eh! Abdallah , si tu veux entrer , dépêche-toi , car je vais fermer la porte.
-J'entrai donc , dit Abdallah , et me dissimulai.
Puis , tout le monde étant rentré , le portier ferma la porte et suspendit ensuite les clés632 à un poteau633 .
-J'allai alors vers les clés , je les pris et ouvris la porte. A ce moment Abu Rafi faisait la causerie du soir dans ses appartements situés à l'étage supérieur. Quand les gens avec qui il avait causé furent partis , je montai chez lui , en ayant soin toutes les fois que j’ouvrais une porte de la refermer sur moi pour qu'on ne put pas entrer , me disant que , de cette façon , si les gens s'apercevaient de ma présence , ils ne pourraient pas arriver jusqu'à moi sans que le les tue. Je parvins ensuite auprès de Abu Rafi qui se trouvait au milieu de sa famille dans une pièce obscure. Comme je ne savais pas dans quelle partie de la pièce il se tenait je dis:
-Ô Abu Rafi!
-Qui est-là? demanda-t-il.
Alors je me précipitai dans la direction de la voix et assénai un coup de sabre , mais , dans mon trouble , je n'arrivai pas à mes fins. Il poussa un cri et je sortis de la pièce , puis , après avoir attendu un instant , j'y rentrai et lui dis :
-Que signifie ce cri , ô Abu Rafi ?
-Malheur à ta mère! s'écria-t-il , un homme était dans la pièce , qui m'a frappé tout à l'heure d'un coup de sabre.
Je lui donnai un nouveau coup plus violent que le premier , mais sans réussir à le tuer. Alors je lui plongeai la pointe634 de mon sabre dans le ventre et la fis ressortir par le dos. Sur de l'avoir tué , je rouvris chaque porte l'une après l'autre et , parvenu à l'escalier , j'avançai le pied croyant être arrivé au sol , mais , malgré la clarté de la lune , je tombai et me cassai la jambe. Je la bandai avec mon turban et poursuivis ma marche jusqu'à la porte. Là , je m'assis en disant :
-Je ne sortirai pas cette nuit avant d'être sur de l'avoir tué.
Quand le coq chanta , quelqu'un monta sur le mur et cria :
-J'annonce la mort de Abu Rafi , le négociant des gens du Hedjaz.
Alors j'allai rejoindre mes compagnons et leur dis:
-Sauvons-nous! Allah a tué Abu Rafi.
Revenu , auprès du prophète , je lui racontai l'aventure.
-Étends ta jambe , me dit-il.
J'étendis ma jambe ; il la frotta et il me sembla que je n’ avais jamais rien souffert de ce membre-là.

al Bara ibn Azib a dit: Le prophète avait dépêché contre Abu Rafi Abdallah ibn Atik et Abdallah ibn Otba avec quelques autres personnes. Ils se mirent en route et , arrivés près du château , Abdallah ibn Atik dit à ses compagnons :
-Restez ici pendant que je vais aller à la découverte.
Abdallah raconta la suite en ces termes :
-Je cherchai à pénêtrer par ruse dans le château.
Or il était arrivé qu'un ane s'était égaré et qu'on était parti à sa recherche avec des torches. Dans la crainte d'être reconnu , à ce moment je me recouvris la tête et les jambes comme si j'accomplissais un besoin naturel. Puis le gardien de la porte ayant crié :
-Que ceux qui veulent rentrer , le fassent avant que je ne ferme la porter , alors j'entrai et me dissimulai dans l'étable de l'âne qui était auprès de la porte du château.
Chez Abu Rafi on se mit à souper et à causer jusqu'à une certaine heure de la nuit , après quoi chacun se retira dans sa chambre. Quand le bruit des voix eut cessé et que je n'entendis plus le moindre bruit de pas , je sortis de ma cachette. J'avais remarqué que le gardien de la porte avait placé les clés du château dans une lucarne. Je pris ces clés et ouvris la porte du château , me disant que si on s'apercevait de ma présence je m'en irais tranquillement. Ensuite je me dirigeai vers les portes des chambres et les fermai extérieurement sur leurs habitants. Cela fait , je gravis l'escalier qui menait à la chambre de Abu Rafi ; la pièce était obscure car on avait éteint la lampe , en sorte que je ne savais pas où était mon homme.
-Eh! Abu Rafi , m'écriai-je.
-Qui est là? demanda-t-il.
Me dirigeant alors du côté de la voix , je le frappai. Il poussa un cri , mais le coup n'avait pas produit l'effet attendu. Je m'avancai comme pour venir à son secours et lui dis en changeant le son de ma voix :
-Qu'as-tu , ô Abu Rafi?
-Malheur à ta mère! s’écria t-il , n'es-tu pas étonné qu'un homme soit entré chez moi et m'ait frappé de son sabre?
Je revins sur lui , le frappai une seconde fois sans plus de succès que la première fois. Il poussa un nouveau cri et sa femme arriva. Je revins alors comme pour le secourrir en changeant le son de ma voix et le trouvai renversé sur le dos. Je placai la pointe de mon sabre sur son ventre et l'enfoncai en entendant le bruit de ses os qui se brisaient. Je sortis tout troublé et lorsque , arrivé à l'escalier , je voulus descendre , je tombai et me déboitai le pied. Je bandai mon pied et rejoignis à cloche-pied mes compagnons.
-Allez annoncer la bonne nouvelle à l envoyé d'Allah , leur dis-je. Quant à moi je ne bougerai pas d'ici tant que je n'aurai pas entendu annoncer sa mort.
Aussitôt que le jour parut , une femme monta et cria :
- J'annonce la mort de Abu Rafi.
Aussitôt , je me levai et marchai sans boiter , si bien que je rejoignis mes compagnons avant qu'ils ne fussent arrivés auprès du prophète , et je lui annonçai moi-même la bonne nouvelle.


(ibn Sad , Tabaqat II 112-3).
Abu Rafi avait exhorté les Ghatafan et les polythéistes d’Arabie des alentours à rassembler une grande force pour combattre l’apôtre d'Allah. L’apôtre d'Allah envoya Abdallah ibn Atik , Abdallah ibn Unays , Abu Qatada , al Aswad ibn Khuzay et Masud ibn Sinan avec ordre de l’assassiner. Ils partirent à Khaybar et se cachèrent pour lui tenir une embuscade. Quand tout fut calme , ils entrèrent dans sa maison et montèrent par l’escalier. Ils mirent en avant Abdallah ibn Atik parce qu’il parlait la langue des Juifs. Il demanda que la porte soit ouverte en disant:
-J’apporte un cadeau pour Abu Rafi.
Sa femme ouvrit la porte. Quand elle remarqua les armes , elle voulut crier. Ils la frappèrent d’un coup de sabre , pour la faire taire. Ils pénétrèrent dans la maison , et le reconnurent à sa peau blanche , comme un drap copte. Ils l’attaquèrent à coup de sabre.
ibn Unays a dit:
-J’étais dans l’obscurité alors je n’ai rien vu mais j’ai mis son sabre dans son ventre , et puis j’ai appuyé dessus. J’ai entendu le bruit du sang qui giclait et j’ai pensé qu’il agonisait. Les autres l’ont attaqué tous ensemble. Nous sommes descendus par l’escalier. Sa femme criait comme les autres habitants de la maison.
Ils se cachèrent dans un canal de Khaybar. Abu Zaynab al Harith emmena 3000 hommes avec des torches pour les poursuivre. Comme ils ne les ont pas trouvés , ils retournèrent chez eux. Les musulmans restèrent deux jours dans leur cachette. Quand la traque cessa , ils retournèrent à Médine. Chacun se vantait de l’avoir tué. Ils arrivèrent devant l’apôtre d'Allah qui leur dit:
-Que votre figure soit favorisée.
Ils dirent:
-Que votre figure soit favorisée , ô apôtre d'Allah.
Ils l’informèrent de leur expédition.
Il prit leurs sabres , les examina. Il découvrit les traces de nourriture sur le bout du sabre d’Abdallah ibn Unays et déclara que c’était lui qui l’avait tué.

§ 330. — Le meurtre de la poétesse Asma bint Marwan.


Cet épisode mal daté (623-mars 624?) est occulté dans tous les ouvrages consacrés aux origines de l’islam C’est bien dommage car les sources abondent en détails sur le meurtre de cette personnalité remarquable. C’est une exception à la règle de Muhammad d’interdire de tuer les femmes: quand celles-ci ne sont plus susceptibles d’être capturées et offertes aux musulmans , il devient licite de s’en débarrasser , ici et ailleurs.

(Waqidi , Livre des expéditions 10).

Vers le cinquième jour du mois de ramadan , il y eut l’assassinat de Asma bint Marwan , une femme...
Elle offensait et provoquait le parti musulman. A cause de cela , Umayr annonça qu’il allait la tuer , dès que le prophète rentrait de Badr.
Ainsi , la nuit , il se faufila chez elle pendant que ses enfants dormaient autour d’elle. Le plus jeune était encore accroché à son sein. Avec le sabre , il la transperça.
Pour la prière du matin , il était déjà de retour à Médine. Muhammad lui demanda aussitôt s’il l’avait tuée. Il avait peur de la question. Ensuite , il fut tout de suite rassuré.

(ibn Sad , Tabaqat 2/30-1).
Puis advint le raid d'Umayr ibn Adi ibn Kharashah al Khatmi contre Asma bint Marwan , des Banu Umayyah ibn Zayd , quand il restait cinq nuits au mois de ramadan , au début du dix-neuvième mois de l'Hégire de l'apôtre d'Allah. Asma était la femme de Yazid ibn Zayd ibn Hisn al Khatmi. Elle avait coutume de dénigrer l'islam , s'offenser le prophète et de pousser les gens contre lui635 . Elle composait des poèmes. Umayr ibn Adi alla à sa rencontre de nuit , entra chez elle. Ses enfants dormaient autour d'elle. Il y en avait même un qui pendait à sa poitrine , qu'elle allaitait. Il la chercha de sa main , car il était aveugle636 , et écarta l'enfant. Il plongea son sabre dans sa poitrine jusqu'à ce qu'il ressorte dans le dos.
Ensuite , il fit la prière du matin à Médine avec le prophète.
L'apôtre d'Allah lui dit:
-As-tu assassiné la fille de Marwan?
Il dit:
-Oui. Dois-je faire autre chose?
Il dit:
-Non. Deux chèvres ne se cogneront pas pour elle.
C'est une formule qui fut entendue pour la première fois provenant de l'apôtre d'Allah.
L'apôtre d'Allah appelait Umayr "le voyant" 637 .

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 995-6).
Elle faisait partie des Banu Umayya ibn Zayd. Quand Abu Afak a été assassiné , elle a témoigné de sa colère. (...) Critiquant l’islam et ses fidèles , elle disait:
Enculés de Banu Malik et al Nabit
et de Awf et enculés de Khazraj638
Vous obéissez à un chef qui n’est même pas de chez vous.

(...)
Espérez-vous quelque chose de positif de lui
Après le meurtre de vos chefs?
Comme un homme affamé attendant la soupe du cuisinier?
N’y a t-il aucun homme d’honneur qui voudrait l’attaquer par surprise
et briser ainsi les espoirs de ceux qui espèrent tant en lui.


Quand l’apôtre entendit ce qu’elle avait dit , il déclara:
-Qui voudrait me débarrasser de la fille de Marwan?639
Umayr ibn Adiy al Khatmi qui était avec lui l’entendit et la nuit-même il alla dans sa main et la tua.
Le matin , il revint voir l’apôtre et le dit ce qu’il avait fait.
-Tu as aidé Allah et son apôtre , ô Umayr!
Quand j’ai demandé si j’allais porté sur le moi les conséquences de cet acte , l’apôtre déclara:
-Deux chèvres ne se taperont pas la tête pour elle.
Et Umayr rentra chez lui.

Les effets de l’assassinat d’Asma.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 996).
Ensuite , il y eut une grande émotion parmi les Banu Khatma , le jour de l’affaire de Asma bint Marwan. Elle avait cinq fils640 , et quand Umayr vint les voir de la part de l’apôtre , il leur déclara:
-J’ai tué Asma bint Marwan , ô fils de Khatma. Affrontez-moi si vous le voulez , ne me faites pas attendre!
C’est ce jour où l’islam est devenu puissant parmi les Banu Khatma ; avant , c’étaient le musulmans qui devaient cacher leur état.
Le premier d’entre eux qui accepta l’islam fut Ummayr ibn Adiy , appelé “le lecteur’641 , puis Abdullah ibn Aws et Khuzayma ibn Thabit. Le jour après l’assassinat de Bint Marwan , les hommes des Banu Khatma devinrent musulmans , parce qu’ils avaient vu la puissance de l’islam642.

§ 331. — Le meurtre d'Abu Afak.

Cette fois-ci, en 624, la victime est un chef de clan juif , poète à ses heures , qui se distingue surtout par son très grand âge : les sources ne lui donnent pas moins de 120 ans! Cet âge vénérable ne le protège pas des sabres musulmans.

(ibn Hisham, Conduite d'Allah 675).

Abu Afak était un membre des Banu Amir ibn Awf, du clan des Banu Ubayda. Il avait montré de la désapprobation quand l'apôtre d'Allah a tué al Harith ibn Suwayd ibn Samit, et il a déclaré:
J'ai vécu longtemps mais je n'ai jamais vu
une assemblée ou un rassemblement de gens
plus fidèles à provoquer leur soumission
ainsi que leurs alliés quand ils sont appelés,
autant que les fils de Qayla quand ils se regroupent.
Les gens qui renversent les montagnes et ne se soumettent jamais,
un cavalier qui est venu chez eux les a divisés en deux , en disant:
"ça permis! ça interdit! et ce genre de discours.
Si vous aviez cru dans la gloire et la royauté,
vous auriez suivi Tubba643 .


L'apôtre d'Allah a dit:
-Qui s'occupera de ce vaurien pour moi?
Alors Alim ibn Umayr, frère des banu Amir ibn Awf , un des "pleureurs", partit et le tua. Umama ibn Muzayriya a dit à ce sujet:
Vous avez opposé un mensonge à la religion d'Allah et à l'homme valable!
Par celui qui était votre père , le mal est le fils qu'il a produit!
Un hanif644 m'a donné un coup dans la nuit en disant:
-Prends ça! Abu Afak , en dépit de ton âge!
Mais je ne sais pas si c'est un homme ou un djinn
qui t'a assassiné au plus noir de la nuit ; je n'en dirai rien.


(ibn Sad , Tabaqat II 31-2).
Alors eut lieu l’expédition de Salim ibn Umayr al Amri contre Abu Afak , le juif , au mois de shawwal , du douzième mois de l’Hégire d’apôtre d'Allah. Abu Afak , qui était des Banu Amir ibn Awf , et qui était un vieil homme , ayant atteint l’âge de 120 ans. Il était juif , et excitait les gens contre l’apôtre d'Allah et composait des vers satiriques. Salim (...) dit:
-Je fais le voeu de tuer Abu Afak ou de mourir devant lui.
Il attendit une opportunité de le faire , jusqu’à une certaine nuit très chaude , où Abu Afak dormait à l’air libre. Salim le sut , et il plaça son sabre juste au niveau de son foie , puis appuya fort jusqu’à atteindre le lit. L’ennemi d’Allah hurla et les gens qui était à sa suite se dépéchèrent à son secours , l’emportèrent puis l’inhumèrent.



§ 332. — L'assassinat de Amir ibn Jihash.

Un petit assassinat ciblé, d'une personnalité mineure, mais que la Sira ne manque pas de mentionner.

(ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 438).
Quelqu'un de la famille de Yamin m'a dit que l'apôtre d'Allah a dit à Yamin:
-As-tu vu comment ton cousin m'a traité et ce qu'il propose de faire?
Alors , Yamin a donné de l'argent pour le tuer et il l'a tué ; c'est du moins ce qu'ils ont dit.






Chapitre 56

Premiers contacts
avec
les chrétiens



§ 333. — Présentation.

Le christianisme ne constitue pas à ce moment une priorité pour Muhammad , tout au règlement de son problème juif645 . Mais les sources mentionnent l’arrivée précoce à Médine d’une cérémonieuse délégation des chrétiens646 de Najran. C’est l’occasion d’aborder un sujet toujours passionnant: le contact entre deux systèmes religieux et les comportements souvent surprenants qui en résultent. C’est aussi l’occasion d’observer les préjugés et contresens musulmans à l’égard du christianisme647. Durant des siècles , les dialogues de ce type ont été rares ou se sont soldés par de rapides décapitations.
Pour tenter de combler ce fossé d’ignorance entre les cultures , il n’est pas inutile de rappeler quelques points de doctrines réciproques , à l’aide de quelques documents choisis.


Le regard chrétien sur l'activité de Muhammad , au Xème siècle.
(Chronique de Zuqnin 149-50).648
Les Arabes ont soumis la terre de Palestine aussi loin que le fleuve Euphrate, alors que les Romains s'enfuyaient et traversaient le fleuve vers l'est , et les Arabes ont arraché la souveraineté sur ce territoire. Le premier roi parmi eux était connu sous le nom de Muhammad. Cet homme ils l'appelaient aussi le prophète, parce qu'il les avait détourné de cultes de toutes sortes et leur avait enseigné qu'il n'y avait qu'un seul dieu , maître de la création. Il institua aussi des lois pour eux, parce qu'ils avaient été des fermes adhérents du culte des démons et de l'adoration des idoles et en particulier des arbres. Et à partir de là , il leur a montré un seul dieu et ils ont vaincu les Romais au combat , sous sa direction et il leur fabriqua des lois qui correspondaient à leurs désirs , ils l'appelaient le prophète et le messager649 d'Allah. Ils constituaient un peuple très avide et carnassier , et chaque loi , instituée par Muhammad ou par toute autre personne craignant Dieu , si elle n'était pas en accord avec leurs désirs, ils la négligeaient puis l'abandonnaient. Et ce qui était en accord avec leurs volontés et permettait l'expression de leurs désirs , ils s'y tenaient , en ajoutant:
-C'est décidé par le prophète et le messager de Dieu et de plus cela lui a été inspiré par Dieu.
Il les gouverna pendant 7 ans.

§ 334. —Les aléas de la condition chrétienne.

Ces trois documents montrent , en dehors de l’affaire centrale de la délégation de Najran , comment les chrétiens ont pu être considéré: séduction , mépris et punition.

La tentative de séduction.
(Corpus coranique d'Othman 5/85-89).
Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les Juifs et les associateurs et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient , par l'amitié , sont ceux qui disent:
- Nous sommes chrétiens.
C'est que , parmi ceux-ci , se trouvent des prêtres et des moines et que ces gens ne s'enflent point d'orgueil.
Quand ils entendent ce qu'on a fait descendre vers l'apôtre , tu les vois répandre des larmes , de leurs yeux , à cause de ce qu'ils savent de vérité.
Tu les entends s'écrier:
-Seigneur! , nous croyons!
Inscris-nous donc avec les témoins!650
Pourquoi ne croirions-nous point en Allah et à la vérité venue à nous , alors que nous convoitons que notre seigneur nous fasse entrer au Paradis , avec le peuple des saints ?
En prix de ce qu'ils auront dit , qu'Allah les récompense651 par le don de jardins sous lesquels couleront les ruisseaux , où , immortels , ils resteront.
Voilà la récompense des bienfaisants.
Ceux au contraire qui auront été infidèles et auront traité nos signes de mensonges , ceux-là seront les hôtes de la fournaise.

Trahison et châtiment d’un chrétien.
(Bukhari , Sahih 56/ 814).652

Un chrétien s'était converti à l'islam , il lisait la sourate al Baqara et al Imran653 et il écrivait (les révélations) pour le prophète. Plus tard , il est revenu au christianisme et a dit :
- Muhammad ne sait rien d'autre que ce que j'ai écrit pour lui.
Ensuite , Allah l'a fait mourir et les gens l'ont enterré. Mais le matin , ils virent que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent à nouveau profondément pour lui , mais le matin , ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent dans la tombe le plus profondément possible pour lui mais le matin , ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Alors , ils pensèrent que ce qu'il lui était arrivé n'avait pas été causé par des êtres humains et ils durent le laisser sur le sol. 

Le ridicule contre les chrétiens.
(Tabari , Tafsir 5/87-91).654

L'envoyé d'Allah fit un jour une séance au cours de laquelle il exhorta les gens , puis il se retira sans rien ajouter aux paroles qu'il venait de tenir et par lesquelles il avait évoqué des choses redoutables. Certains des compagnons , il s'agissait d'une dizaine d'entre eux dont Ali ibn Abu Talib et Uthman ibn Mazhun , dirent alors ceci :
- Quel sera donc notre droit à être sauvés si nous ne produisons pas une certaine œuvre ? Les chrétiens se sont bien interdits à eux-mêmes certaines choses ; nous aussi , interdisons-nous certaines choses!
Certains d'entre eux s'interdirent donc de consommer des viandes et des graisses et de manger le jour , d'autres s'interdirent de dormir , d'autres encore s'interdirent de s'approcher des femmes , et c'était le cas de Uthman ibn Mazhun. Celui-ci ne s'approchait pas de son épouse et , elle , ne s'approchait pas non plus de lui. Celle-ci , que l'on appelait Hawla , se rendit chez Aïsha qui lui dit avec les autres épouses présentes du prophète:
-Qu'as-tu donc , ô Hawla , à avoir une mine si altérée , à ne pas te peigner et à ne pas te parfumer ?
Elle leur répondit :
-Comment donc ! Vais-je me parfumer et me peigner alors que mon mari ne m'a pas étreinte et ne m'a pas ôté le moindre vêtement depuis belle lurette !
Elles se mirent à rire de ces propos et en riaient encore quand l'envoyé d'Allah entra. Comme il leur demandait quelle était la cause de leur hilarité , Aïsha lui répondit :
-Ô envoyé d'Allah , c'est Hawla! Je lui ai demandé ce qu'elle avait et elle me répondit que son époux ne lui avait pas ôté le moindre vêtement depuis belle lurette655 .
Le prophète envoya quelqu'un à ibn Mazun pour l'inviter à venir et quand celui-ci arriva , il lui dit :
- Qu'as-tu donc en tête , Uthman , en agissant ainsi ?
Il répondit:
- J'ai laissé ces choses pour Allah afin de me retirer pour l'adoration.
-Uthman exposa donc son affaire en disant qu'il avait même voulu se châtrer , et l'envoyé d'Allah l'exhorta en ces termes :
- Je t'adjure de ne plus revenir à une telle conduite et approche-toi de ton épouse!
- Ô envoyé d'Allah! Je suis jeûneur 656 .
- Romps ton jeûne! Uthman ibn Mazun rompit donc son jeûne , puis se rendit auprès de son épouse. Hawla revint par la suite chez Aïsha après s'être cette fois enduit les yeux de khol657 et s'être peignée et parfumée. En la voyant , Aïsha sourit et lui dit :
-Ô Hawla! Que se passe-t-il ?
- Elle lui répondit qu'il était venu vers elle la veille.
L'envoyé d'Allah s'exclama:
- Qu'ont-ils donc en tête ces gens qui s'interdisent les femmes , la nourriture et le sommeil ? N'est-il pas vrai que je dors et que je veille , que je "dé-jeûne" et que je jeûne et que je me marie ? Celui qui désire s'écarter de ma norme 658 ne fait pas partie des miens !
C'est à ce moment-là que fut révélé ce verset :
Ô vous qui croyez ! Ne considérez pas comme illicites les bonnes choses qu'Allah vous a déclaré licites et ne passez pas outre .
Le prophète dit alors à l'intention de Uthman :
-Ne te châtre pas! car c'est justement cela l'outrepassement659.
Le prophète ordonna à tous ces gens d'expier les serments qu'ils avaient prononcés norsqu'ils avaient décidé de s'abstenir de telle ou telle bonne chose et il leur dit :
-Allah ne vous reprendra pas pour la rétractation dans vos serments , mais il vous reprendra pour ce à quoi vous vous serez délibérément engagés par serment et à quoi vous n'aviez pas à vous engager...


§ 335. — La délégation de Najran.


La venue d'une grande et prestigieuse délégation chrétienne aboutit à une première confrontation entre Muhammad et le christianisme: les modalités en sont totalement ritualistes , superficielles et primitives, une simple ordalie660 .

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 401).

Une députation des chrétiens de Najran vint auprès de l'apôtre. Il y avait soixante cavaliers , quatorze d'entre eux étant des nobles parmi lesquels il y avait les trois principaux , qui contrôlaient les affaires , c'est-à-dire:
-Le aqib , chef du peuple , un homme d'affaires , et leur conseiller principal dont l'opinion dirigeait leur politique. Son nom était Abdul Masih661 .
-Le sayyid662 , leur administrateur , qui s'occupait des questions de transports663 et des affaires générales. Son nom était al Ayham.
-Leur évêque664 , érudit , chef religieux qui contrôlait les écoles , Abu Haritha , de la tribu des Banu Bakr ibn Wayl.
Abu Haritha occupait une position d’honneur parmi eux , et il était un grand érudit , connaissant très bien leur religion , et les rois chrétiens de Byzance l’avaient honoré , et lui avaient offert des subsides , doné des serviteurs , construit des églises pour lui , l’avaient comblé d’honneurs , à cause de ses connaissances et de son zèle pour la religion665 .
Quand ils partirent de Najran , pour voir l’apôtre d'Allah , Abu Haritha était monté sur un mule avec son frère à ses côtés , dont le nom était Kuz ibn Alqama. La mule d’Abu Haritha rua et Kuz dit:
-Que tel ou tel trébuche! (il voulait parler de l’apôtre d'Allah).
Abu Haritha dit:
-Non! Que ce soit toi qui trébuche!
-Mais pourquoi , frère?
-Parce que par Allah , il est le prophète que nous attendons.
-Mais alors , si tu sais cela , qu’est ce qui t’empêche de l’accepter?
Il répondit:
-La façon dont ces gens nous traitent. Ils nous donnent des titres , des subsides , et nous honorent. Mais ils lui sont absolument opposés , et si j’acceptais , ils nous prendraient tout ce que tu vois là.
Kuz laissa ce sujet de côté , jusqu’à ce qu’il se soumette à l’islam , et raconte cette histoire , que j’ai entendue.
.... Ils arrivèrent à Médine , et ils entrèrent dans la mosquée de l’envoyé d'Allah , alors qu’il faisait la prière de l’après-midi , habillés dans des vêtements du Yémen , capes , manteaux , avec l’élégance des hommes des Banu al Harith ibn Kab666. Les compagnons du prophète qui les ont vu ce jour ont dit qu’ils n’avaient jamais vu aucune ambassade de ce genre plus tard. Le moment des prières était arrivé , et ils se levèrent , prièrent dans la mosquée de l’apôtre d'Allah , et il dit qu’ils pouvaient faire de même. Ils prièrent vers l’est667 .
Les noms des quatorze principaux cavaliers parmi les soixante étaient:
Abdul al Masih le Aqib , al Ayham , le sayyid , Abu Haritha ibn Alqama , frère des banu Bakr ibn Wayl ; Aws ; al Harith ; Zayd ; Qyas ; Yazid ; Nubayh ; Khawaylid ; Amir ; Khalid ; Abdullah , Johannes668 ; parmi eux , seuls les trois premiers ont parlé à l'apôtre.

Allusion coranique à l'ambassade?
(Corpus coranique d'Othman 2/105-6).

Les détenteurs de l'Ecriture ont dit: n'entreront au Jardin que ceux qui sont juifs ou chrétiens.
Voilà leurs chimères.
Réponds:
-Donnez votre démonstration! Si vous êtes véridiques.
Non point! ceux qui se seront soumis à Allah669 , tout en pratiquant la bienfaisance, auront leur rétribution auprès d'Allah. Sur eux nulle criant et ils ne seront point attristés.

Négociations des chrétiens de Najran avec Muhammad.
(Bar Hebraeus).670
A cette époque s’éleva Mahomet , le prophète des Arabes. Il y avait alors un homme du nom de Saïd , chef des croyants najranites -ceux qui habitent le désert. Il prit avec lui des offrandes et des cadeaux et vint vers Mahomet accompagné de l’évêque Icho’yab , et il reçut de lui un remarquable écrit qui commandait aux Arabes de protéger les chrétiens de tout dommage671 .

La théologie chrétienne vue par les musulmans.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 403).

Ils étaient des chrétiens selon le rite byzantin672 , bien qu’ils diffèrent entre eux sur certains points , disant:
-Il est Allah ; et il est fils d’Allah ; et il est la troisième personne de la Trinité , ce qui est la doctrine du christianisme673 .
Ils affirment qu’il est Allah parce qu’il a réveillé les morts , qu’il a guéri les malades , qu’il a prévu l’invisible , fait des oiseaux d’argile , et leur a donné un souffle de vie , et tout cela selon l’ordre de Allah tout puissant ; qu’il a parlé dans le berceau et qu’il n’y avait pas d’enfant qui a fait cela depuis Adam674. Ils affirment qu’il est le troisième des trois dans ce que Allah dit: Nous avons , fait , nous avons commandé , nous avons créé , nous avons décrété , nous avons dit. Et ils disent , que s’ils avaient été unique , ils auraitent dit "j’ai fait , j’ai créé , et donc , il est un , Jésus et Marie"675.
A propos de ces affirmations , le Coran a été révélé.

Le débat théologique676 avec Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 403-4).

Les deux religieux ont parlé à l’apôtre d'Allah et lui a répondu:
-Soumettez-vous!
-Nous sommes déjà soumis , et bien avant toi.
-Vous mentez. Vos prétentions selon lesquels Allah a un fils , votre adoration de la croix et vos repas avec du porc vous écartent de la soumission.
Ils demandèrent alors:
-Mais qui est son père , alors , Muhammad?
L’apôtre d'Allah resta silencieux et ne leur répondit pas.
Allah envoya à ce propos et à cause de ces incohérences le début de la sourate de la famille d’Imran , sur 80 versets , et il dit:
A.L.M677 . Allah , nulle divinité sinon lui , est le vivant , le subsistant...678
Ainsi , la sourate commence par l’affirmation qu’il transcende ce qu’ils disent , et son unicité en création , en autorité , sans association , en réfutation de leur infidélité qu’ils ont inventée , et leur création de rivaux à lui-même. Et usant de leurs propres arguments contre eux en référence à leur maitre , pour leur montrer leurs erreurs en conséquence:
-Le vivant , le subsistant , celui qui ne peut pas mourir , alors que Jésus est mort sur la croix et a été crucifié selon leur doctrine679 ;
-Le subsistant qui reste sans cesse à la place de souveraineté dans sa création , alors que Jésus , selon leur doctrine , a été déplacé de l’endroit où il était et a été retrouvé ailleurs680 .
-Il leur a apporté le livre en vérité , c’est-à-dire avec la vérité dont ils diffèrent.
-Et il a apporté la Torah et l’Evangile , la Torah à Moïse681 et l’Evangile à Jésus682 , comme il a fait descendre des livres à ceux qui étaient avant eux.
-Et il a fait descendre le jugement , c’est-à-dire la distinction entre le vrai et le faux alors que à ce sujet , les sectes diffèrent concernant la nature de Jésus et concernant d’autres sujets.
-Ceux qui ne croient pas en les signes d’Allah recevront une punition sévère. Allah est puissant , vindicatif , c’est-à-dire qu’Allah se vengera de toute personne qui nie ses signes , après les avoir connus , ceci et tout ce qui a été transmis de lui à eux683 .
-Rien dans le ciel et sur la terre n’est caché d’Allah , c’est-à-dire qu’il connait ce qu’ils préparent et machinent et quelle comparaison ils tentent d’établir dans leur doctrine sur Jésus quand ils en font Allah et le seigneur , quand ils possèdent la connaissance qu’il n’est rien de cela , et pourtant qu’ils continuent à agir avec insolence et infidélité.
-Il est ce qui se forme dans les entrailles - ils n’essayent pas de nier cela- comme tout autre fils d’Adam , alors comment Allah pourrait-il occuper une telle place?
Alors il dit , pour faire monter sa transcendance et son unicité fondamentale au dessus de ce qu’ils ont mis avec lui: il n’ya pas de Allah sinon lui , le puissant le sage.
Sa puissance dans sa victoire sur ceux qui lui dénient ce qu’il veut , et la sagesse dans son argumentation et ses polémiques contre les créatures...

Conclusion péremptoire de Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah410).
S’ils s’en retournent , Allah connaît tout des corrupteurs. Dis , peuple des Ecritures , reviens à une parole juste entre nous , que nous n’adorerons qu’Allah et n’y associerons rien avec lui et que certains d’entre nous ne prendront pas de seigneurs à côté d’Allah. Et s’ils s’en retournent , dis: porte témoin qu’ils sont maintenant musulmans.
Alors il les invita à la justice et les priva de tous leurs arguments684.

Recours à la magie ancestrale.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 410).

Quand revinrent à l’apôtre d'Allah d’autres nouvelles de Jésus de la part d’Allah , au moment d’une rencontre décisive entre lui et eux , il lui fut ordonner de procéder à une mutuelle malédiction, s’ils s’opposaient à lui , et il leur ordonna de commencer.
Mais ils lui dirent:
-Ô Abu Qasim , laisse-nous nous occuper de nos affaires ; ensuite , nous reviendrons te voir avec la décision prise.
Ils le laissèrent et se consultèrent entre eux , avec l’Aqib qui était le conseiller principal à qui on demanda son opinion. Il dit:
-Chrétiens , vous savez bien que Muhammad est le prophète envoyé par Allah et il a fait des déclarations décisives sur à propos de la nature de son maître. Vous savez aussi qu’un peuple n’a jamais procédé à une malédiction de prophète et qu’ensuite , ses adultes vivent et ses enfants grandissent.
Si vous faites cela , vous serez exterminés. Mais si vous décidez d’adhérer à votre propre religion , et de vous en tenir à la nature de votre seigneur , laissez cet homme et rentrez chez vous.
Ils revinrent auprès de l’apôtre d'Allah et lui dirent qu’ils avaient décidé de ne pas pratiquer la malédiction , de le laisser dans sa religion et de rentrer chez eux. Mais ils voudraient bien qu’il envoie plus tard un homme de confiance pour décider entre eux dans des affaires financières qui les agitaient685.

L’allusion coranique.
(Corpus coranique d'Othman 3/52-55).

Jésus , auprès d'Allah , est à l'image d'Adam: il l'a créé de poussière , puis a dit à son propos : Sois! et il fut.
La vérité émane de ton seigneur.
Ne sois donc point parmi les sceptiques.
Réponds à quiconque argumentera donc contre toi , à son propos , après ce qui t'est venu de Science: Allons! appelons nos fils et vos fils , nos femmes et vos femmes , nos personnes et vos personnes , puis proférons exécration réciproque , en appelant la malédiction d'Allah sur les menteurs.
En vérité , ceci est certes l’énoncé686 de vérité et il n’est aucune divinité excepté Allah.
En vérité , Allah est le puissant , le sage.

(Tabari , Tafsir 3/5-9).
En vérité , à Allah rien n'est caché de ce qui est sur la Terre ni de ce qui est au Ciel.
Allah veut dire ceci:
-Ô Muhammad , comment pourrais-je ignorer les affirmations des chrétiens du Najran qui ont engagé une controverse avec toi sur les versets que Je t'ai révélés au sujet de Jésus , fils de Marie , alors que je suis parfaitement savant au sujet de toute chose ?
C'est lui qui vous forme dans les matrices comme il le veut. Par ce passage , Allah fait savoir à ses serviteurs que c'est lui qui leur donne la forme qu'il veut et qu'il désire dans le sein de leur mère : l'un de sexe masculin , l'autre de sexe féminin , celui-ci noir , celui-là rouge , et c'est ainsi qu'il créa Jésus. Si ce dernier avait été dieu , il n'aurait pu faire partie des êtres portés dans le sein d'une femme , car celui qui crée ce qui est dans la matrice ne peut pas lui-même y avoir été créé.
... Qatada a dit à propos de ce passage :
-Par Allah , notre seigneur est capable 687 de former ses serviteurs dans les matrices comme il le veut : de sexe masculin ou féminin , noir ou rouge , créés complètement ou incomplètement ».
Pas de divinité si ce n'est lui.
Par ces termes , Allah affirme sa propre transcendance : il ne peut avoir de semblable ou d'équivalent qui partage sa seigneurie688 , et la fonction de divinité 689 ne peut être attribuée à un autre que lui ; il dénie ainsi toute vérité aux affirmations que les chrétiens du Najran ont avancées à propos de Jésus en présence du prophète , et il déclare menteurs tous ceux qui prétendent qu'un autre que Dieu puisse être adoré ou qu'un autre que lui puisse être seigneur véritable. En guise de menace à l'égard de ceux qui lui associent un autre dans leur dévotion , Allah fait connaître à ses créatures les attributs suivants :
-le tout puissant 690 : nul ne peut secourir celui dont Allah veut tirer vengeance ; aucun protecteur ni aucun refuge ne peut lui assurer le salut car devant sa Toute-Puissance'691 toute créature est abaissée et soumise ;
-le très sage 692 à l'égard de ses créatures , dans les dispositions qu'il adopte à leur sujet , les excuses qu'il leur accorde et les arguments qu'il leur fait connaitre en sorte que celui qui doit mourir meure sur une preuve de la vérité et que celui qui doit vivre vive sur une preuve.

(Tabari , Tafsir 3/61-3).

...Jarir rapporte de la part de Mughira que Amir ash Shay a dit à propos de verset: Le prophète reçut l'ordre d'appeler les gens du Najran à une ordalie exécratoire 693 . Ils donnèrent leur accord et convinrent avec lui du lendemain ; à la suite de quoi ils le quittèrent et se rendirent chez leurs deux notables , al Aqib et as Sayyid694 , les plus raisonnables de la délégation et à l'opinion desquels se rangeaient les autres. Ces deux personnages consultèrent un des leurs. Un homme intelligent , à qui ils firent part des termes sur lesquels leurs coréligionnaires avaient quitté l'envoyé. mais cet homme leur fit regretter leur attitude :
- Qu'avez-vous fait , leur dit-il , s'il est prophète et qu'il invoque contre vous ?
Maintenant que nous lui avons promis , qu'allons-nous faire
Demain , lorsque vous vous rendrez chez lui et qu'il vous parle de ce dont il a été question en le quittant , dites-lui : Nous prenons refuge en Allah. S'il vous appelle tout de même à l'ordalie , répétez "Nous prenons refuge en Allah" ; peut-être vous fera-t-il grâce.
Le lendemain , ils partirent pour le lieu du rendez-vous et le prophète partit également portant son petit-fils Hasan dans les bras et tenant Hussein par la main , Fatima , sa fille marchant derrière lui695.
Le prophète invita les chrétiens à faire ce qu'ils avaient accepté de faire en le quittant la veille ; ils lui dirent : "Nous prenons refuge en Allah".
Comme il réitérait son invitation , ils répétèrent de nombreuses fois "nous prenons refuge en Allah".
Le prophète leur dit alors :
- Si vous refusez , soumettez-vous et vous aurez les avantages des musulmans et les obligations des musulmans et si vous refusez , acquittez la capitation696 ( ... ).
- Nous acquitterons la capitation , lui répondirent-ils , car nous n'avons pas la capacité de faire la guerre aux Arabes697 (...).
(...)
Jarir précise: Je fis remarquer à Mughira que les gens considèrent que Ali faisait partie des personnes invitées à l'ordalie avec les gens du Najran. Mughira me répondit :
-Shabi ne le mentionna pas et je ne sais pas si c'est du à la mauvaise opinion que les Ommeyyades avaient de lui ou si c'est parce qu'effectivement il ne fit pas partie des gens emmenés par le prophète à l'ordalie.
Asbat rapporte un propos de Suddiyy où il est dit que le prophète demanda à Ali de le suivre pour participer à l'ordalie.


(Baladhuri , Livre des Conquêtes XIV 64).
Deux moines de Najran vinrent voir le prophète. Le prophète leur proposa l’islam et ils répondirent:
-Nous avons embrassé l’islam avant toi.
Alors le prophète répondit:
-Vous mentez: trois choses vous séparent de l’islam: manger du porc , la vénération de la croix et dire qu’Allah a un fils.
-Bien , dirent-ils , alors qui est le père de Jésus?
-Jésus , auprès d’Allah , est à l’image d’Adam: il l’a créé de poussière , puis a dit à son propos: sois! et il fut.698 ...le prophète leur répéta cela et leur demanda de s’associer à lui pour maudir au nom d’Allah tout ce qui était faux en eux...



§ 336. — Le rejet des images.

Ce rejet très fort , furieux, et même irrépressible , vise essentiellement les chrétiens , dont le culte continue de considérer l’image , l’icône comme symbole de la présence divine. Mais les Juifs eux-mêmes , malgré les interdictions , peuvent aussi avoir recours au même procédé. Sur ce point , Muhammad oppose une réaction farouche , jusque dans sa vie quotidienne , qu’il ne craint pas de bouleverser sur ce point , qui peut sembler superficiel.
L’ensemble de ces hadiths , très nombreux sur le sujet , a été rédigé au moment où les envahisseurs musulmans ont été confrontés à l’omniprésence des images chrétiennes en Orient , et qu’ils ont eu besoin d’un cadre strict de comportement face à des images fascinantes699 .
Cela vaut la peine de publier une suite de hadiths consacrés à cette question. Ces textes datent d'une période où les califes ont déjà promulgué des édits iconoclastes, avant même les empereurs byzantins.

(Bukhari , Sahih 72/ 836).700
Aïsha a dit :
- Je n'ai jamais laissé traîner dans la maison du prophète quoi que ce soit avec des images ou des croix701 sans qu'il ne les efface. 

Décoration intérieure.
(Bukhari , Sahih 43/ 659).702

Aïsha raconte qu'elle avait suspendu un rideau avec des images sur un meuble. Le prophète a déchiré le tissu et elle en a fait deux coussins qui sont restés dans la maison pour que le prophète puisse s'asseoir dessus. 

(Bukhari , Sahih 34/ 318).703
J'ai acheté un coussin avec des images dessus. Quand l'envoyé d'Allah l'a vu , il est resté à la porte et n'est pas entré. J'ai remarqué un signe de dégoût sur son visage. (...) L'envoyé d'Allah dit :
- Les fabricants de ces images seront punis le jour de la résurrection. On leur dira : "mettez la vie dans ce que vous avez peint".
Le prophète ajouta :
- Les anges n'entrent pas dans une maison où il y a des images. 

(Bukhari , Sahih 73/ 130).704
Le prophète entra chez moi alors qu'il y avait un rideau avec des images d'animaux. Son visage devint rouge de colère et il s'empara du rideau et le déchira. Le prophète dit :
- Ceux qui peignent ces images recevront le pire des châtiments le jour de la résurrection. 

(Bukhari , Sahih 77/83-117).
Abu Talha rapporte que le prophète a dit:
-Les anges n’entreront pas dans une maison où il y a un chien , ni dans celle où il y a des images.
Confirmation du hadith avec un autre isnad705.

Du châtiment réservé aux peintres706 le jour de la résurrection.
Muslim a dit: Comme nous étions avec Masruq dans la maison de Yesar ibn Nomayr , Masruq vit sur sa banquette les dessins ; or j'ai entendu Abdallah dire qu'il avait entendu lui-même ces mots du prophète:
-Au jour de la Résurrection les hommes qui éprouveront de la part d’Allah les plus terribles châtiments seront les peintres.

Abdallah ibn Omar rapporte que l'envoyé d'Allah a dit:
-Certes ceux qui font ces dessins seront châtiés au jour de la Résurrection ; on leur dira: Donnez la vie à vos créations707.

De la destruction des images.
Aïsha rapporte que le prophète ne laissait dans sa demeure aucune chose portant des croix sans la détruire708.

Abu Zora a dit:
Comme j'entrais dans une maison à Médine , accompagné de Abu Hurayra , celui-ci vit au sommet de la maison un peintre qui peignait:
-J'ai entendu , dit-il , l’envoyé d'Allah prononcer ces mots :
-Et qui donc est plus criminel que ceux qui ont dessein de créer des êtres pareils à ceux que j'ai créés? Qu'ils essaient donc de créer un grain de blé! qu'ils essaient de créer une fourmi!709
Ensuite il demanda un vase contenant de 1’eau et se lava les mains jusqu'aux aisselles710.
-Qu'as-tu donc entendu? ô Abu Hurayra , dire à l’envoyé d'Allah?
- Voilà le summum de la parure.

Des images qu'on peut fouler.
D'après Aïsha , l'envoyé d'Allah entra un jour d'une expédition.
-Comme , dit-elle , j'avais tapissé un des recoins de ma chambre avec une draperie d'étoffe à personnages que j'avais , l'envoyé d'Allah la vit en entrant et l'arracha en disant:
-Au jour de la résurrection le plus terrible des chatiments sera infligé à ceux qui imitent les êtres créés par Allah.
-Alors , ajoute Aïsha , avec cette étoffe nous fabriquames un ou deux coussins.

Aïsha a dit :
-Le prophète revenant d'une expédition m'ordonna d'enlever une draperie à personnages que j'avais installée et aussitôt je l'enlevai.
Le prophète et moi nous nous lavions dans le même vase.

De celui qui trouve répréhensible de s'asseoir sur des images.
Aïsha rapporte qu'elle avait acheté un petit coussin sur lequel il y avait des images. Le prophète , au moment d'entrer , s'arrêta à la porte sans entrer , Aïsha ajoute qu'elle dit alors:
-Quelle faute ai- je donc commise?
-Que signifie ce coussin ? me dit-il.
-C'est , répondit-elle , pour que tu t'asseyes ou que tu t'accoudes dessus.
Alors le prophète ajouta:
Les auteurs de ces images seront chatiés au jour de la Résurrection - on leur dira : Donnez la vie à ces créations. Les anges n'entreront pas dans une maison où il y a des images.

Abu Talha , un des compagnons de l'envoyé d'Allah , a dit: l'envoyé d’Allah a prononcé ces mots:
-Les anges n'entreront pas dans une maison où il y a une image.
Bisr a dit : Zayd étant malade nous allames lui rendre visite. Comme il y avait à la porte de sa chambre un store avec des images , je dis à Obaydallah , beau-fils de Maymuna , femme du prophète :
-Zayd , dès le premier jour , ne nous a-t-il pas parlé de ces images711 ?
Obeydallah répondit:
-Ne l'as-tu pas entendu quand il a dit: sauf les ramages712 sur les vêtements?

Indication d'un autre isnad.

Prier au milieu d'images est répréhensible.
Anas a dit: Aïsha avait une draperie à images dont elle avait tapissé un des recoins de sa chambre.
Le prophète lui dit:
- Enlève-moi cela , car ces images ne cesseront de me distraire pendant que je ferai ma prière.

Les anges n'entreront pas dans une maison où il y a une image.
Salim a dit: Le prophète attendait l'ange Gabriel à l'heure habituelle. Celui-ci tardant à venir , le prophète , vivement contrarié , sortit de chez lui , et , ayant rencontré l'ange , il se plaignit à lui de son retard.
- Nous , dit Gabriel , nous n'entrons pas dans une maison où il y a une image et où il y a un chien.

De celui qui n'entre pas dans une maison où il y a une image.
Aïsha , la femme du prophète , rapporte qu'elle avait acheté un coussin recouvert d'étoffe à images. Quand l'envoyé d'Allah vit ce coussin il s'arrèta à la porte et n'entra pas. Reconnaissant à l'expression de son visage qu'il était contrarié , elle dit :
-Ô envoyé d'Allah , j'en demande pardon à Allah et à son envoyé , quelle faute ai-je donc commise ?
-Que signifie ce coussin ? répondit-il .
-Je l'ai acheté , répliqua-t-elle , pour que tu t'asseyes dessus et que , tu t'y accoudes.
- Alors l’envoyé d'Allah s'écria: Les auteurs de ces images seront chatiés an jour de la Résurrection ; on leur dira: “Donnez la vie à vos créations”.
Puis il ajouta :
-La maison dans laquelle il y a des images , les anges n'y entreront pas.

De celui qui maudit le peintre.
Abu Johayfa rapporte qu'il avait acheté un esclave phlébotomiste713 , et que le prophète avait interdit: de donner un salaire pour la saignée , un prix pour un chien et de tirer profit de l'adultère ; qu'il avait maudit celui qui vit de l'usure et celui qui en fait vivre , celle qui tatoue et celle qui se fait tatouer ainsi que le peintre.

Celui qui aura fait une image sera mis en demeure au jour de la résurrection de lui insuffle une ame , mais il ne pourra pas le faire.
An Nadir a dit: J'étais chez ibn Abbas que l'on interrogeait et qui répondait sans mentionner le prophète. A un moment donné il répondit à une question:
-J'ai entendu Muhammad dire: Celui qui dessinera une image dans ce monde sera mis en demeure au jour de la Résurrection de lui insuffler une âme , mais il ne pourra le faire.




Chapitre 57

Muhammad chef de bande



§ 337. — Présentation.

Le sujet est maintenant celui des compagnons714 , qui sont une catégorie à part entière dans la littérature musulmane: on fixe des listes715 , on relate des aventures, on jauge les qualités de tel ou tel , on fixe une hiérarchie fondée sur la proximité avec la figure du chef. Cela donne lieu à une multitude de documents plus ou moins fiables , mais qui méritent d'être observés : le phénomène d'adulation de la personne de Muhammad se propage en effet sur tout son entourage. Le système enfle et déborde: la tradition imagine qu'il existe 114.000 compagnons, -disons: des hétaïres- au moment de la mort de Muhammad, divisés en 13 groupes hiérarchisés.716
Le recueil de Muslim permet d'en faire une revue facile. Il fait partie d'un genre littéraire populaire dans les premiers temps de l'islam, les galeries de portraits des compagnons: ainsi, chaque lecteur ou auditeur se prend à s'identifier à tel ou tel dans l'aventure des origines.

C'est au total une collection de personnages peu recommandables, immoraux et sanguinaires, néanmoins pris comme modèles de vertu: il ne faut négliger le fait que selon la doctrine musulmane, seule leur foi compte ("sola fide"!), et leur zèle au service du chef et de son jihad, et les règles morales communément admises ne sont que de peu de poids dans la balance de leur morale individuelle: ils sont décrits comme impeccables, exempts absolument de tous les péchés. Ce sont de biens étranges apôtres, qui tranchent avec leurs collègues chrétiens...




§ 338. — Le cercles des futurs califes.

Ils sont certes les éléments du premier cercle717 , sans appartenir tout à fait à la famille. Mais leur place prépondérante est certainement due au fait qu'ils ont ensuite pris le pouvoir et ont eu toute latitude pour charger toute la tradition de récits en leur faveur. Parmi eux , Ali occupe une place toute singulière.


1. — Abu Bakr As Siddîq, , le Père Noël en Arabie.

Abu Bakr718 obtient le surnom officiel de as Siddiq , le "Véridique" , parce qu'il est le compagnon le plus fidèle et le plus proche de Muhammad ; il est le seul à l'accompagner dans le refuge de la grotte au moment de l'Hégire. On sait de lui qu'il est à peu près du même âge que Muhammad , qu'il devient son beau-père en lui offrant sa fille Aysha719 . Il est aussi réputé pour une certaine bonhommie , un bon sens et une sensiblerie qui tranche avec les autres compagnons , tels qu'Omar qui , dans la bande , est plutôt “le méchant”. C'est sans doute pour cela qu'il semble peu associé aux activités politiques de Muhammad. Pourtant c'est lui qui est élu comme premier calife , à l'instigation d'Omar , justement720.
Durant son règne , sa bonhommie bien partagée n'exclut pas du tout la dureté: c'est lui qui a en charge la très sanglante répression de la Grande Apostasie721.


(Muslim , Sahih 44).
4389.

D'après Abu Bakr As-Siddîq , J'étais avec le prophète dans la caverne, lorsque je vis venir les polythéistes (qui nous poursuivaient). Je lui dis : "Ô prophète d'Allah! Si l'un d'eux baissait les yeux, il nous verrait".
- "Tais-toi, ô Abu Bakr, me répondit-il, que penses-tu de deux (personnes) dont Allah est le troisième (qui les enveloppe de sa protection)".

4390.
..., le prophète faisant un prône, s'exprima ainsi : "Allah, ayant donné à un de Ses serviteurs le choix entre les biens de ce monde et ceux qui sont par-devers Lui, cet homme a choisi ce dernier lot". Abu Bakr se mit alors à pleurer et dit : "Que nous sacrifions pour toi nos pères et nos mères!". Or, l'envoyé d'Allah était ce Serviteur à qui Allah a donné ce choix et Abu Bakr était la personne la plus informée à son sujet.
- "L'homme, dit le prophète, qui a été le plus généreux vis-à-vis de moi avec son affection et sa fortune, c'est Abu Bakr. Si j'avais dû choisir quelqu'un parmi ma Communauté comme ami fidèle, certes j'aurais choisi Abu Bakr, mais la fraternité islamique et l'affection réciproque des fidèles (sont préférables à l'amitié). Qu'on ne conserve aucune porte particulière (poterne d'accès aux appartements) dans la mosquée sans la boucher, sauf celle de Abu Bakr".

4396.
D'après 'Amir ibn Al-'As , le prophète l'ayant mis à la tête des troupes de l'expédition de Dhât as-Salâsil, il alla le trouver et lui dit : "Quelle est la personne que tu aimes le plus?".
- "'Aïsha ", répondit-il.
- "Et parmi les hommes?", reprit 'Amir.
- "Son père (Abu Bakr)".
- "Et qui encore?".
- "'Omar (ibn Al-Khattâb)". Puis il énuméra d'autres hommes.

4398.
Muhammad ibn Jubayr ibn Mut'im rapporte d'après son père, qu'une femme étant venue interroger le prophète sur quelque chose, celui-ci (après lui avoir donné ses instructions) lui enjoignit de revenir plus tard.
- "Ô envoyé d'Allah, dit-elle, mais que devrai-je faire, si je viens et que je ne te trouve pas?".
- c'est comme si elle faisait allusion à la mort du prophète, selon Jubayr -. "Si tu ne me trouves pas, répondit-il, adresse-toi à Abu Bakr ".

4399.
'Aïsha a dit : l'envoyé d'Allah , au cours de sa maladie, m'a dit :
-Appelle-moi ton père Abu Bakr et ton frère afin que je dicte une lettre, car j'ai peur que quelqu'un ne souhaite et qu'il ne dise : "Je suis le plus méritoire (que quiconque pour être à la tête des musulmans après la mort du prophète)", pourtant Allah et les Croyants refusent et n'acceptent que Abu Bakr.

4401.
..., le prophète a dit : Pendant qu'un homme était en train de mener une vache qu'il avait chargée de bagages, celle-ci se tourna vers lui et dit :
-"Je n'ai pas été créée pour cela, j'ai été créée pour le labour".
Effarés, les hommes s'exclamèrent :
-"Gloire à Allah! Est-ce vrai qu'une vache peut parler?".
- "Je crois cela, dit le prophète, Abu Bakr et 'Omar le croient également". Abu Hurayra ajoute : Le prophète a dit :
-Alors qu'un berger surveillait son troupeau, le loup en prit une brebis. Le berger se mit à sa poursuite et put la sauver.
- "Et qui donc la sauvera, s'écria le loup, le jour du lion, ce jour où il n'y aura pas d'autre berger que moi?". Les gens s'exclamèrent : "Gloire à Allah!".
- "Je crois cela, ajouta le prophète ; Abu Bakr et 'Omar le croient également".


2. — Omar, la brute.

Omar ibn Khattab722 est un des premiers compagnons de Muhammad , mais il s'est converti un peu plus tard: il a d'abord été un violent adversaire. Il se distingue ensuite par son caractère ombrageux et déterminé , qui en impose aux autres Mecquois. Il ne suscite pas d’affection , comme Abu Bakr , mais il est aussi considéré comme un “quasi-prophète” , de façon unanime.
Il devient le soutien le plus efficace et fidèle de Muhammad , qu'il sert dans toutes les occasions , en marquant toujours une préférence pour les solutions violentes. Originaire d'une famille riche mais déclassée , il obtient une place de choix dans la nouvelle communauté723 et contrôle l'élection du sucesseur Abu Bakr en 632.
Il est enfin le deuxième calife , qui organise l'expansion du nouvel empire musulman: pacification et purification religieuse de l'Arabie , victoire du Yarmuk sur les Byzantins et invasion de la Perse. Il est assassiné par un de ses esclaves chrétiens dans des circonstances troubles.

Un examen attentif de la tradition724 permet d’isoler de nombreux documents qui attestent qu’Omar agit et parle presque comme un prophète. Dans quelques cas , c’est même lui qui a le dernier mot sur Muhammad.
Cette révélation (au vrai sens du terme , cette fois-ci!) assez gênante est pourtant acceptée sans difficulté725.
L’islam , qui n’est pas à ce moment un monothéisme , ne serait pas non plus issu d’un seul personnage , mais de deux? voire trois en incluant les prétentions d’Aïsha?
L’explication de ce fait n’est pas évidente: un vestige de l’influence du personnage , du vivant de Muhammad et surtout après sa mort , comme calife particulièrement brutal et intransigeant726 . Il a pu pendant quelques années intégrer dans la Tradition727 nombre de passages à son avantage et à sa gloire.



4402.
ibn 'Abbâs a dit : J'étais debout au milieu de la foule qui priait Allah pour 'Omar ibn Al-Khattâb, déposé dans son cercueil. Tout à coup un homme, qui se trouvait derrière moi, me saisit par les épaules. Me retournant alors, je vis que c'était 'Alî ibn 'AbuTâlib. Il dit (en s'adressant à 'Omar) :
-"Que Allah te fasse miséricorde! Je n'ai convoité une place auprès du Seigneur comme j'ai convoité ta place éminente et j'espère bien que Allah te placera avec tes deux compagnons (Muhammad et Abu Bakr). Que de fois, en effet, ai-je entendu l'envoyé d'Allah dire : J'ai été avec Abu Bakr et 'Omar, j'ai fait (telle chose); je suis allé (à tel endroit) avec Abu Bakr et 'Omar. C'est pour cela que j'espère bien que Allah te placera avec eux deux".

4403.
..., l'envoyé d'Allah a dit : "Pendant que je dormais, je vis en songe des gens qu'on fit passer devant moi portant des chemises dont quelques-uns leur allaient jusqu'aux seins, alors que d'autres ne leur allaient pas jusque-là. 'Omar ibn Al-Khattâb fut un de ceux qui passèrent devant moi et sa chemise traînait à terre".
- "Comment interprètes-tu ce songe, ô envoyé d'Allah?", lui demanda-t-on.
- "La chemise symbolisait la religion", répondit-il.

4404.
... , Le prophète a dit : "Pendant que je dormais, on m'apporta (en songe) un bol de lait; je bus jusqu'à ce qu'il me sembla sentir cette boisson s'écouler de mes ongles. Alors, je remis à 'Omar ibn Al-Khattâb ce que je n'avais pas pu boire".
- "Quelle interprétation donnes-tu de ceci?", demanda-t-on à l'envoyé d'Allah. -"C'était la science", répondit-il.

4405.
... : J'ai entendu l'envoyé d'Allah dire : "Une nuit pendant que je dormais, je me suis vu sur le bord d'un puits auprès duquel était un seau. Je pris ce seau et puisai du puits la quantité d'eau que Allah voulut. ibn Abu Quhâfa prit ensuite le seau et puisa un ou deux seaux non sans une certaine défaillance que Allah la lui pardonne. Après cela, le (petit) seau se transforma en un grand. Alors ibn Al-Khattâb le prit. Jamais je n'ai vu l'homme le plus fort parmi les gens puiser de l'eau comme 'Omar, de sorte qu'(à la fin) les gens firent reposer (leurs chameaux près de l'abreuvoir, après avoir bu à satiété)".

4407.
... , l'envoyé d'Allah a dit :
-Je me suis vu (en songe) puiser d'un ancien puits à l'aide d'un seau. Abu Bakr se leva et puisa un ou deux seaux d'eau; en éprouvant de la peine. Que Allah
lui pardonne. Ensuite 'Omar prit le (petit) seau qui se transforma en sa main, en un grand. Jamais je n'ai vu l'homme le plus fort étonner les gens par son travail comme lui, de sorte qu'(à la fin) les gens firent reposer (leurs chameaux près de l'abreuvoir, après avoir bu à satiété).

4408.
... , le prophète a dit : J'entrai au Paradis et j'y vis une maison ou un palais.
- "A qui est ce palais?", demandai-je.
- "A 'Omar ibn Al-Khattâb ", me répondit-on. Je voulais y entrer, mais ce qui m'empêcha de le faire, c'est ta jalousie728 , (ô 'Omar). 'Omar se mit à pleurer et s'écria :
-"Ô envoyé d'Allah, pourrais-je être jaloux de toi?".

4409.
... , l'envoyé d'Allah a dit : "Pendant mon sommeil, je me suis vu au Paradis; une femme faisant ses ablutions auprès d'un château s'est offerte à mes yeux. J'ai demandé à qui était ce château; et l'on m'a répondu :
-A 'Omar ibn Al-Khattâb.
Et alors, me souvenant de la jalousie d'Omar, j'ai tourné le dos et je suis revenu sur mes pas".
Abu Hurayra a dit : "A ces mots, 'Omar se mit à pleurer ainsi que tous ceux qui assistaient à l'assemblée de l'envoyé d'Allah , puis 'Omar dit :
-Peux-je être jaloux de toi, pour qui je sacrifierais la vie de mon père, ô envoyé d'Allah?".

4410.
Sa'd a dit : 'Omar demanda un jour la permission d'enter au prophète , alors que ce dernier avait auprès de lui des femmes Quraysh qui, avec des éclats de voix, l'entretenaient d'une augmentation de leurs parts dans les dons. Lorsque 'Omar demanda la permission d'entrer, elles se levèrent et s'empressèrent de se dérober aux regards. 'Omar, ayant reçu la permission d'entrer de l'envoyé d'Allah , trouva l'envoyé d'Allah en train de rire.
'Omar lui dit :
-"Qu'Allah fasse épanouir le rire sur tes dents, ô envoyé d'Allah!".
Le prophète lui répondit :
-"C'est que j'ai été amusé de voir ces femmes, qui étaient chez moi, s'empresser au son de ta voix de se dérober aux regards".
- "Et pourtant toi, envoyé d'Allah, répondit Omar, tu es plus digne (que moi) de leur imposer la vénération"; et (s'adressant aux femmes) Omar ajouta :
-"Ennemies de vos âmes, vous me vénérez au lieu de vénérer l'envoyé d'Allah !".
- "Oui, répondirent-elles, toi tu es plus roide729 et plus rude que l'envoyé d'Allah !".
- "Par celui qui tient mon âme entre ses mains, dit alors le prophète , le diable ne t'a jamais rencontré sur une route sans prendre aussitôt une autre route que la tienne".

4412.
'Omar ibn Al-Khattâb a dit : "Allah (m'a inspiré) et était d'accord avec moi sur trois choses : la station d' Abraham ('Ibrâhîm), l'observation du voile et les captifs de Badr ".

4413.
ibn 'Omar a dit : Lorsque 'Abdullâh ibn 'Ubayy ibn Salûl étant mort, son fils, 'Abdullâh ibn 'Abdullâh vint demander à l'envoyé d'Allah de lui donner sa chemise pour servir de linceul à son père. Le prophète le lui ayant donné, il lui demanda de faire la prière funéraire sur son père. Quand l'envoyé d'Allah se leva pour faire cette prière, 'Omar se leva et, saisissant l'envoyé d'Allah par son vêtement, s'écria :
-"Ô envoyé d'Allah, le Seigneur t'a interdit de prier sur lui".
- "Allah, répondit l'envoyé d'Allah , m'a seulement laissé le choix, en disant : Que tu demandes pardon pour eux, ou que tu ne le demandes pas.
- et si tu demandes pardon pour eux soixante dix fois... Eh bien! je l'implorerai plus de soixante-dix fois".
- "Mais c'est un hypocrite", reprit 'Omar. L'envoyé d'Allah fit néanmoins la prière et ce fut alors qu'eut lieu la révélation suivante : Et ne fais jamais la salâ sur l'un d'entre eux qui meurt et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe.


3. — Othmân, le truand.

Le riche Mecquois adhère assez vite à la doctrine de Muhammad. Mais il est ensuite peu mentioné dans les sources , et s'il l'est , de façon peu flatteuse , insistant sur son élégance tapageuse , sa superficialité et son attentisme. On devine qu'il participe à l'émigration d'Abyssinie , et il épouse à la suite deux filles de Muhammad (c'est en fait ce qui le lie le plus à Muhammad - on l'appelle ainsi "Celui qui a les deux lumières"). Comme troisième calife , pourvu d'une réputation déplorable , on lui doit surtout la constitution de la version officielle du Coran , qui fige la réunion des textes collectionnés. Il est assassiné par ses propres troupes , pour de sordides questions de solde et de butin.730

4416.
... Pendant que le prophète était assis dans un des jardins de Médine, accoudé dans un endroit où il y avait de l'eau et enfonçant une branche qu'il avait dans la boue. Un homme vint et demanda qu'on lui ouvrît la porte :
-"Ouvre-lui, me dit le prophète, et annonce lui qu'il ira au Paradis".
J'ouvris et vis Abu Bakr à qui j'annonçai ce dont m'avait chargé le prophète. Un autre homme vint ensuite et demanda qu'on lui ouvrît.
- "Ouvre-lui, dit le prophète, et annonce-lui la bonne nouvelle qu'il ira au Paradis".
J'ouvris et je vis 'Omar à qui j'annonçai ce dont m'avait chargé le prophète. Enfin un troisième homme demanda qu'on lui ouvrît la porte. Le prophète se redressa alors sur son séant et me dit :
-"Ouvre-lui et annonce-lui la bonne nouvelle qu'il entrera au Paradis malgré un malheur qui le frappera".
C'était 'Uthmân ibn 'Affân à qui j'annonçai ce dont m'avait chargé le prophète. 'Uthmân a dit alors :
-"Allah donne-moi la patience!" et ajouta : "Allah est celui dont on doit implorer l'assistance".


4. — Alî, Monsieur catastrophe.

Ali731 ibn Abu Talib est le neveu puis le gendre de Muhammad par son mariage avec Fatima. Il serait un des plus anciens convertis , dès son enfance. Mais tout ce qui a trait à son action est sujet à caution , parce que les sources subissent très tôt les conséquences des luttes féroces entre sunnites et shiites et à la fin , rien de sûr ne peut être dit de lui , du fait de ces considérables déformations. Tous s'accordent du moins à reconnaître sa fidélité et son efficacité militaire dans la lutte contre les infidèles et les hérétiques: il est surnommé " Le Lion d'Allah732 " et son emblème est toujours un spectaculaire sabre à deux pointes. L’insistance sur ses talents de sabreur733 est là pour camoufler sa grande insuffisance dans les autres domaines: la médiocrité de ses capacités oratoires et intellectuelles et sa débilité politique dissuadent Muhammad de lui confier aucun commandement important et il ne lui laisse aucune autonomie. De toute manière, il intervient très rarement dans les sources, et ses apparitions (comme acteur ou comme source) sont toujours suspectes, comme apocryphes.
Son attitude catastrophique et son comportement irresponsable au moment de la crise de succession , en 632 et même au-delà , ne laisse planer aucun doute sur ses déficiences. Dans ces périodes troublées, dans lesquelles chacun est prêt à tout pour accaparer le pouvoir , ceux qui n'ont pas la tête politique finissent inmanquablement par la perdre.
Mais cela ne l’empêche pas de devenir le premier imam734 incontesté de la doctrine shiite735 , de manière parfaitement involontaire, sans le vouloir en aucune façon: il le doit à son mariage lamentable avec la pauvre Fatima. C'est vraiment l'image d'un ratage absolu, et le résultat d'une manipulation remarquable.


4418.
... le prophète a dit à 'Alî :
-"Tu es vis-à-vis de moi dans la situation de Aaron à l'égard de Moïse, avec cette différence qu'après moi il n'y aura plus de prophète".

4423.
... , le prophète a dit le jour de Khaybar :
-"Demain je confierai le drapeau à un homme par la main de qui Allah nous donnera la victoire, à un homme qui aime Allah et Son envoyé et qu’ Allah et son envoyé aiment".
Tous les fidèles passèrent la nuit, dans l'agitation, pour savoir à qui on donnerait le drapeau. Le lendemain matin, les fidèles se rendirent auprès de l'envoyé d'Allah , espérant tous recevoir ce drapeau.
- "Où est 'Alî ibn 'Abu Tâlib?", demanda le prophète.
- "Ô envoyé d'Allah, il a mal aux yeux", lui répondit-on.
- "Qu'on aille le chercher!", reprit le prophète. On l'amena et l'envoyé d'Allah lui cracha dans les yeux et fit une invocation et aussitôt 'Alî fut guéri au point qu'il semblait n'avoir jamais été malade. Le prophète lui ayant remis le drapeau, 'Alî dit :
-"Ô envoyé d'Allah, je les combattrai jusqu'à ce qu'ils soient (musulmans) comme nous".
- "Va, lui répondit le prophète; sois calme tant que tu ne seras pas arrivé à leurs positions; alors invite-les à embrasser l'islam; dis-leur les devoirs que la religion leur impose vis-à-vis d'Allah. Par Allah! Il vaudrait mieux pour toi d'être, grâce à Allah, le guide d'un seul homme dans la bonne voie que de posséder des chameaux rouges".

4424.
... 'Alî avait manqué à l'appel du prophète à l'expédition de Khaybar, à cause d'un mal aux yeux dont il souffrait. Puis il se dit :
-"Manquerai-je donc à l'appel de l'envoyé d'Allah !".
'Alî partit aussitôt et rejoignit le prophète . Or, la veille du jour dans la matinée duquel Allah avait garanti la victoire, l'envoyé d'Allah dit :
-"Demain je donnerai le drapeau à un homme,- ou le drapeau sera reçu par un homme, aimé d'Allah et de son envoyé- ou aimant Allah et Son envoyé- et c'est par sa main que sera accordée la victoire". Et voilà qu'à ce moment 'Alî survint près de nous à l'improviste.
- "Voilà 'Alî," dirent les musulmans. Alors l'envoyé d'Allah lui confia le drapeau et Allah donna la victoire aux musulmans par ses mains.

4426.
... L'envoyé d'Allah se rendit chez Fâtima. Ne trouvant pas 'Alî à la maison, le prophète demanda à Fâtima où était le fils de son oncle, celle-ci lui répondit :
-"Il se produit entre nous quelque chose, alors il se fâcha contre moi et partit sans faire sa sieste chez moi".
L'envoyé d'Allah ordonna à quelqu'un de chercher où il se trouvait. Celui-ci vint ensuite dire au prophète :
-"Ô envoyé d'Allah! Il dort dans la mosquée".
Le prophète se rendit auprès de lui et le trouva étendu; son châle 736 défait après avoir tombé de ses épaules et couvert de poussière. Le prophète se mit à épousseter cette poussière, en lui disant : "Eh! l'homme à la poussière 737 , lève-toi".

§ 339. — Les comparses.

Le sujet est très populaire : le public , avide d'identification glorieuse, mais écrasé par le modèle omniprésent de Muhammad , peut se rabattre sur des individus plus normaux , mais vertueux tout de même (selon les normes islamiques , bien évidemment). Ainsi , ce sont de petits exemples qui sont proposés , dans tous les domaines , et surtout les activités guerrières , car beaucoup de ces personnages sont martyrs , durant le règne , ou dans les guerres intra-musulmanes qui suivent.738


1. —Sad, l'archer.

Un oncle maternel de Muhammad , converti précoce , combattant émérite et garde du corps du chef. Il tire sa gloire d'avoir été le premier musulman à tirer une flèche. Son défaut , qui lui est reproché : il n'arrive pas à lire correctement le Coran...

4428.
'Aïsha a dit : Une nuit, l'envoyé d'Allah avait une insomnie. Il dit :
-"Plut à Allah si un homme vertueux de mes compagnons vient me garder cette nuit".
Ceci dit, on entendit le cliquetis des armes, l'envoyé d'Allah demanda :
-"Qui est là?".
Sa'd ibn 'Abu Waqqâs répondit :
-"Ô envoyé d'Allah! Je viens te garder".
'Aïsha poursuivit : "L'envoyé d'Allah eut un sommeil profond au point que nous entendîmes son ronflement".

4429.
'Alî a dit : L'envoyé d'Allah n'a jamais mentionné à la fois son père et sa mère qu'en faveur de Sa'd ibn Mâlik, car le jour de Ohod, il lui dit :
-"Tire (tes flèches), que je sacrifie pour toi mon père et ma mère".

4430.
Sa'd ibn 'AbuWaqqâs a dit :
-"L'envoyé d'Allah a accolé mon nom à ceux de son père et de sa mère le jour de la bataille de Ohod".


2. — Talha, Az Zubayr et son fils maudit.

Tahla est un des rares musulmans précoces à posséder un peu d'éducation. Mais c'est comme guerrier qu'il s'illustre , à Badr et surtout à Ohod , où il sert de dernier recours à Muhammad en le protégeant de son corps. Il en ressort couvert de blessures, au point d'être surnommé "Le martyr vivant". Il meurt pour de bon à la bataille du Chameau , en 656.
Zubayr est un disciple de base , guerrier à toute épreuve , mort dans les mêmes circonstances. Pour ses services , Muhammad n'aurait pas hésité à lui promettre directement le paradis. Son fils est plus célèbre que lui, comme le premier grand anti-calife , considéré comme profanateur de la Mecque. De la littérature et des récits lui ont pourtant été consacrés, notamment parce qu'il est l'exemple même du fanatisme allié à la fougue irréfléchie de la jeunesse; des ouvrages ont tenté de présenter cette image au jeune public.739



4435.
Abu Othmân a dit : "A certains de ces jours où l'envoyé d'Allah livra combat, il ne resta plus au prophète que Talha et Sa'd, ainsi qu'ils l'ont tous deux rapporté".

4436.
L'envoyé d'Allah fit appel aux musulmans une première fois le jour du Fossé et Az Zubayr répondit à cet appel; puis une deuxième et Az Zubayr répondit encore; puis une troisième et Az Zubayr répondit encore. Le prophète dit alors :
-"Tout prophète a eu un fidèle et mon fidèle à moi, c'est Az Zubayr".

4437.
Le jour du Fossé, on m'avait mis740 , moi et 'Omar ibn 'Abu Salama, avec les femmes dans le fort de Hassân. Ce dernier courbait le dos, je me redressais sur lequel pour voir et à mon tour, je lui courbais le dos pour qu'il puisse voir. Je vis alors mon père, monté sur son cheval, pendant les armes, allant vers les Banû Qurayza. 'Abdullâh ibn Urwa a rapporté d'après 'Abdullâh ibn Az Zubayr :
-"A mon retour (à la maison), j'ai raconté cela à mon père".
- "Tu m'as donc vu, ô mon fils?", me dit-il.
- "Oui", repris-je. Il a donc dit :
- "Par Allah! l'envoyé d'Allah accola, ce jour-là, mon nom à ceux de son père et de sa mère, en disant : "Je sacrifierais pour toi mon père et ma mère".

4440.
D'après 'Urwa ibn Az Zubayr, 'Aïsha m'a dit :
-«Tes parents, par Allah, furent de Ceux qui, quoiqu'atteints de blessure, répondirent à l'appel d'Allah et du Messager. »


3. — Abu Ubayda, l'assassin.

Il se distingue par un paricide : il tue son propre père au combat. Présent dans toutes les batailles et dirigeant des raids de pillages , il aurait lui aussi reçu la promesse du paradis. Il meurt beaucoup plus tard , lors des grandes conquêtes, mais de la peste... Sa kunya est assez en faveur dans les milieux islamistes.

4442.
D'après Anas , l'envoyé d'Allah a dit :
-"Chaque nation a son homme de confiance. Eh bien! Ô fidèles, notre homme de confiance, c'est Abu 'Ubayda ibn Al-Jarrâh".

4444.
Hudhayfa a dit : Les Habitants de Najrân vinrent trouver l'envoyé d'Allah et lui dirent : "Ô envoyé d'Allah! Envoie-nous un homme de confiance".
- "Je vous enverrai, répondit-il, un homme de confiance, tout à fait de confiance".
Tout le monde ambitionnait ce titre et ce fut Abu 'Ubayda ibn Al-Jarrâh que le prophète envoya.


4. — Zayd ibn Hâritha et son fils Usâma, les fanatiques.

Il est d'abord l'esclave de Khadija , de la tribu chrétienne des Banu Kalb , qui l'offre à Muhammad. Tout au début de la prédiction , il se convertit et est alors affranchi , puis adopté741 . Il reste cependant son serviteur et son secrétaire: il s'occupe aussi bien de la transcription des révélations coraniques que de la répartition du butin , fonctions qu'il effectue jusque sous le califat. Son personnage est ridiculisé par Voltaire dans son fameux Mahomet: il en fait le type du serviteur fanatique et borné , dont le français a fait le mot "séide". Zayd a le désavantage d’être un esclave à l’origine, chrétien qui plus est , et de ne pas être parvenu au pouvoir. On est confronté ici aux préjugés sociaux , qui persistent et même se renforcent après la soumission à l’islam.

Son fils Usama est surtout connu pour avoir été choisi contre toute attente pour diriger la dernière grande expédition militaire du règne de Muhammad , ce qui a provoqué des remous . On le voit , très jeune , accompagner le chef , dont il est , d'une certaine façon , le petit-fils adoptif.

4451.
D'après Abdullah ibn 'Omar , Zayd ibn Hâritha n'était jamais appelé par nous autrement que Zayd ibn Muhammad. Cela dura jusqu'au moment où fut révélé ce verset du Coran : Appelez-les du nom de leurs pères : c'est plus équitable devant Allah.

4452.
ibn 'Omar a dit : L'envoyé d'Allah avait envoyé une expédition à la tête de laquelle il avait placé Usâma ibn Zayd. Quelques-uns ayant récusé son élévation à ces fonctions, l'envoyé d'Allah se leva et dit :
-"Vous récusez son commandement comme vous aviez récusé celle de son père auparavant. Eh bien! Je jure par les serments les plus solennels, que son père était digne de sa fonction et, s'il a été pour moi le plus cher des êtres, son fils est celui que j'aime le plus après lui".


6. — Abdullah ibn Jafar.

Ce n'est qu'un neveu d'Ali , et son partisan pendant les combats de la succession. Sa présence ne s'explique que par son rôle dans la mouvance shiite.

4454.
D'après Abdullah ibn 'Abu Mulayka, Abdullah ibn Ja'far dit à ibn Az Zubayr :
-"Te souviens-tu du jour où nous allâmes à la rencontre de l'envoyé d'Allah , toi, ibn 'Abbâs et moi?".
- "Oui, lui répondit-il; il nous a pris en croupe sur sa monture et toi il t'a laissé à terre!". (La chamelle ne pouvant pas porter en croupe les trois garçons en plus du prophète lui-même.)

4455. D'après Abdullah ibn Ja'far , Lorsque l'envoyé d'Allah rentrait d'une expédition, les enfants de sa maison l'accueillirent les premiers. Une fois, rentrant d'une expédition, on me lui présenta avant les autres, il me prit dans ses mains, puis on lui amena l'un des fils de Fâtima et il le prit en croupe derrière lui. Nous entrâmes à Médine tous les trois montés sur une même monture.


7. — Bilâl.

Esclave d'origine éthiopienne , sans doute chrétien , il est racheté par Abu bakr , qui l'affranchit au moment de sa conversion742 . Il est ensuite le serviteur personnel de Muhammad et le muezzin officiel à Médine. Du fait de ses origines , il n'obtiendra jamais aucun poste de responsabilité , malgré son intimité avec Muhammad , comme serviteur exclusivement.
Sa figure est largement exploitée par la doctrine musulmane pour se concilier les populations africaines, alors même qu'elles sont exploitées, asservies , méprisées.


4497.
D'après Abu Hurayra , Au moment de la prière du matin, l'envoyé d'Allah dit à Bilâl,
-"Ô Bilâl, raconte-moi quelle est l'œuvre que tu as faite dans l'islam et dont tu espères le plus de récompense? J'ai entendu (cette nuit) le bruit de tes sandales devant moi au Paradis".
- "Je n'ai, répondit Bilâl, fait dans l'islam aucune œuvre dont j'espère le plus de récompense que celle-ci : je n'ai jamais fait une ablution de nuit ou de jour sans avoir prié avec cette purification ce qui m'avait été prescrit (c.-à-d. prédestiné, voulu par Allah) de prier".


8. — Sa'd ibn Muâdh, le génocidaire.

Le seul titre de gloire de ce Médinois obèse est d'avoir condamné à mort les centaines de juifs de la tribu des Banu Qurayza . Il meurt aussitôt après de ses blessures et semble obtenir , dans le discours de Muhammad , une sorte de martyr d'exception dont l'exemple doit se perpétuer auprès des générations musulmanes.


4511.
D'après Jâbir ibn Abdullah , L'envoyé d'Allah a dit : "Le Trône du Clément a frémi d'émotion à la mort de Sa'd ibn Muâdh".

4514.
Al Barâ' a dit : On avait fait cadeau à l'envoyé d'Allah d'une tunique de soie. Comme ses compagnons palpaient cette étoffe et en admiraient la finesse, il leur dit :
-"Vous admirez la finesse de cette étoffe, eh bien! Les mouchoirs de Sa'd ibn Muâdh au Paradis seront meilleurs qu'elle et plus fins encore".

4515.
Anas ibn Mâlik a dit : On avait offert à l'envoyé d'Allah une fustanelle de satin, ce qui surprit les fidèles, car il avait prohibé la soie.
- "Par Celui qui tient entre Ses mains l'âme de Muhammad, s'écria-t-il, les mouchoirs de Sa'd ibn Muâdh, au Paradis, seront plus belles que cela".743


10. — Abdullah ibn Amir ibn Harâm.

Un simple martyr , victime au cours de la défaite d'Ohod.

4517.
D'après Jâbir ibn Abdullah , Le jour de la bataille de Ohod, on a porté mon père, enveloppé dans un linceul, après avoir été mutilé. Comme j'ai voulu découvrir son visage, les fidèles m'interdisaient, puis j'ai essayé encore une fois de découvrir son visage et les fidèles me l'interdisaient. Enfin, l'envoyé d'Allah l'a découvert, -ou a ordonné quelqu'un de le faire. Entendant la voix d'une femme éplorée, ou hurlant, il a demandé :
-"Qui est-elle?".
On lui répondit :
-"C'est la fille de 'Amir -ou la sœur de 'Amir".
Il lui dit alors :
-"Pourquoi pleures-tu? Les anges ne cessaient de l'envelopper de leurs ailes jusqu'à ce que vous ayez levé le corps (pour l'enterrer)".


11. — Jarîr ibn Abdullah.
Personnage peu connu , et sans doute peu intéressant.

4522.
Jarîr ibn Abdullah a dit : "L'envoyé d'Allah n'a jamais refusé de me donner la permission de le voir depuis ma conversion à l'islam et ne m'a jamais vu sans m'adresser un sourire".


12. — Abdullah ibn Omar.

Converti très tôt dans sa famille , ce personnage se conforme de façon obsessionnelle au comportement de Muhammad .

4527.
ibn 'Omar a dit : Je me vis en songe tenant à la main une pièce de brocart. Il n'avait de place que je voulais atteindre dans le Paradis sans que cette pièce ne vole en sa direction. Je racontai ce songe à Hafsa (sa sœur et la femme du prophète) qui le raconta, à son tour, à l'envoyé d'Allah . Le prophète lui dit :
-"Je trouve qu’Abdullah est un homme vertueux".


13. — Abdullah ibn Salâm.

Un des très rares juifs convertis à l'islam , rabbin de formation. La Tradition le place donc sur un piédestal , à titre d'exemple.

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