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Partie XVII
LA GUERRE DE HUIT ANS
Sanglante Hégire à rebours
(622-630)
Sachez que le paradis est à lombre des épées!
Muhammad ibn Abdallah1 .
Je condamme les violences de toutes sortes, verbales ou physiques.
Je condamne les violences, toutes les formes de violences.
Dr. Dalil Boubakeur,
recteur de la mosquée de Paris
et ancien président du Conseil National du Culte Musulman2.
§ 556. Présentation.
A Médine, lobjectif ultime de Muhammad est et reste la conquête de la Mecque, et la revanche sur la tribu des Quraysh, et en même temps, il étend son influence sur lArabie occidentale3 . Pour arriver à ses fins, Muhammad emploie une gamme impressionnante de moyens, allant du pillage à lintimidation, lespionnage, la négociation4 , la propagande, et prenant soin de ne jamais exclure aucun solution. Cest un véritable exemple de comportement politique et militaire, appliqué avec une constance remarquable. Les textes évoquent longuement ces épisodes plus ou moins prestigieux, dont on retrouve aussi des traces dans le texte coranique5.
Dans ces tentatives, Muhammad se heurte à un autre personnage denvergure, Abu Sufyan, qui organise la défense des caravanes et mène les débats au conseil de la Mecque6.
Lavis du Mecquois Urwa.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 244).7
On n'a jamais entendu dire qu'aucun roi ou chef ait tant lutté contre son peuple et en ait massacré tant d'hommes que toi.
Chapitre 88
La guerre des mots
§ 557. Les invectives de Muhammad.
Dans la droite ligne des princes-poètes arabes, Muhammad, roi du Hedjaz pour ses adversaires, utilise aussi la parole pour parvenir à ses fins. Mais le ton est différent, lesprit, lhumour, léclat ont laissé la place à de sèches menaces, invectives haîneuses et menaces de mort toujours lancées au nom de son dieu tutélaire8 .
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 125).
Lorsque le prophète eut quitté la Mecque, les infidèles s'écrièrent:
-Nous en sommes débarrassés.
Mais le prophète ne les laissa pas en repos. Allah lui donna la liberté des entreprises guerrières et lui ordonna de prendre l'offensive.
Quand il arriva à Médine, il reçut le verset suivant :
Tuez les infidèles où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les, mettez-vous en embuscade contre eux, etc. 9
Il reçut aussi le verset suivant :
Ô prophète, combats les infidèles et les munafiqun, traite-les sévèrement. 10
En révélant les versets qui ordonnaient la lutte, Allah abrogea ceux qui avaient recommandé aux croyants la patience11.
(Corpus coranique d'Othman 9/87).12
Quand descend une sourate ordonnant: croyez en Allah et menez combat avec son apôtre! ....
(Corpus coranique d'Othman 4/86).
Combats dans le chemin dAllah!
Tu ne seras chargé que de ton âme!
Encourage des croyants!
Peut-être Allah conjurera t-il la rigueur des infidèles, contre vous, car Allah est redoutable en rigueur et châtiment.
(Corpus coranique d'Othman 22/76-77).
Ô vous qui croyez!
Inclinez vous!
Prosternez vous!
Adorez votre seigneur!
Faites le bien!
Peut-être serez vous bienheureux.
Menez combat pour Allah, comme il le mérite....
(Bukhari, Sahih 56/107).13
Lenvoyé d'Allah nous envoya en détachement, et nous dit:
-Si vous rencontrez untel et untel - et il nomma deux Quraysh- brûlez-les par le feu.
Puis, lorsquau moment de partir nous sommes venus lui dire adieu, il nous a dit:
-Je vous ai ordonné de brûler untel et untel ; mais le feu, cest le châtiment quAllah seul a le droit dinfliger ; si donc vous prenez ces deux individus, tuez-les.
§ 558. Les imprécations contre la Mecque.
Comme du temps des sorciers, Muhammad lance des imprécations contre la cité qui la expulsé -ou qu'il a fuit. La pratique est millénaire au Proche-Orient, d'agonir de malédictions ses adversaires.
( Bukhari, Sahih 65/44, 2-3).14
Cette sécheresse ne se produisit que parce que les Quraysh s'étaient montrés rebelles au prophète. Il envoya contre eux des années comme les années de Joseph15 . Une grande sécheresse frappa leur pays et ils en furent réduits à manger des os. L'homme qui regardait le ciel voyait comme une sorte de fumée, tant était grand son épuisement. Allah révéla alors ces mots :
Guette le jour où le ciel amènera une fumée visible qui enveloppera les gens ; ce sera un chatiment douloureux16 .
On vint trouver l'envoyé d'Allah et on lui dit
-Ô envoyé d'Allah, implore la pluie pour Mudar, car cette tribu va périr.
-Pour Mudar17, répondit-il, tu es bien exigeant. Il implora la pluie qui tomba, et alors fut révélé ce verset: Certes, vous retournerez à votre incrédulité.
En effet, quand l'aisance fut de nouveau parmi eux, ils revinrent aussitôt à leurs anciens errements. C'est alors quAllah révéla ces mots:
le jour ou nous vous infligerons la grande défaite, nous nous vengerons18.
Il s'agissait de la journée de Badr.
J'entrai chez Abdallah: C'est faire preuve de science, me dit-il, que d'affirmer quAllah seul sait une chose que tu ignores. Allah, s'adressant à son prophète, s'est exprimé ainsi:
-Dis : Je ne vous demande pour cela aucun salaire ; je ne suis pas de ceux qui s'imposent plus qu'ils ne doivent faire.
Les Quraysh ayant vaincu le prophète et s'étant montrés rebelles à lui, il s'écria:
-Seigneur, aide-moi contre eux par sept (années) pareilles aux sept de Joseph. La famine se déclara et ils durent manger des os et des cadavres19 . Leur épuisement fut tel qu'ils voyaient entre eux et le ciel comme une sorte de fumée, parce qu'ils tombaient d'inanition.
-Seigneur, dirent les fidèles, détourne de nous le châtiment, car nous sommes des croyants.
- Mais, répliqua-t-on, si nous détournons d'eux le châtiment, ils recommenceront.
Le prophète invoqua le seigneur qui détourna le châtiment ; puis, ils recommencèrent, Allah se vengea deux à la journée de Badr. (...)
(Tafsir al Jalalayn 44).
Ibn Massud rapporte: Lorsque les Quraysh se montrèrent rebelles envers le prophète , il invoqua Allah et Lui demanda de leur envoyer sept années pareilles à celles de Yusuf. Une sécheresse survint et les hommes durent manger les os. Il arrivait que l'un d'eux levait ses regards vers le ciel et voyait quelque chose semblable à de la fumée, tant grande était sa faim. Allah fit descendre: "Attends le jour où du ciel surgira une fumée visible..."". On vint alors trouver le messager d'Allah et lui dire:
-"Ô messager d'Allah, implore Allah pour qu'il envoie la pluie à Moudar qui est sur le point de périr". Ce fut fait et Allah leur envoya la pluie. (...) Une fois vivant dans l'aisance, ils retournèrent à l'idolâtrie. Et Allah de révéler: "Le jour où Nous userons de la plus grande violence..." Ce fut, en effet, la grande défaite de Badr.
(Corpus coranique d'Othman 44/8-11, 44/14-15).
Loin de croire, les incrédules, dans le doute, se jouent.
Guette donc le jour où le ciel apportera une fumée20 visible qui couvrira les hommes!
Voici un tourment cruel!
Seigneur! crieront-ils, écarte de nous ce tourment: nous sommes croyants.
(...)
Nous alons écarter ce tourment de vous, quelque temps. Mais vous allez retourner à votre impiété.
Le jour où nous montrerons la très grande violence21, nous tirerons vengeance.
§ 559. Considérations stratégiques et économiques.
Les Mecquois, et les Quraysh parmi eux sont des marchands. Pour les affaiblir, pour les punir, pour les humilier, il faut attaquer leur commerce par un blocus systématique. Tous le savent, Muhammad et ses ennemis, et la confrontation commence par les attaques de caravanes. Lobjectif est atteint: les uns perdent confiance et revenus, les autres acquièrent ambition et butins22 .
Vision stratégique.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 125).
Muhammad, lannée même de la fuite, expédia de Médine des détachements pour couper le chemin aux caravanes, quil fit enlever et dont il distribua les marchandises aux musulmans. Ces troupes avancèrent jusquà la Mecque. Personne nosait plus sortir de cette ville, et aucune caravane ne se hasardait sur les chemins.
Réflexion économique
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1374).23
... les Quraysh disaient:
-Muhammad crée des dommages pour notre commerce, et il est assis en plein sur notre route.
Abu Sufyan et Safwan ibn Ummayah24 dirent ensuite:
- Si nous restons bloqués à la Mecque, nous allons ruiner notre capital.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 229).
Les Quraysh se trouvaient, à la Mecque, dans la situation de ne pouvoir vivre sans le commerce ; car, comme ils ne semaient pas la terre, ni ne récoltaient, lorsqu'une année ils cessaient de faire du commerce, ils étaient dans la détresse. Cette situation est encore la même aujourd'hui. Les habitants de la Mecque vivent du commerce avec la Syrie, les côtes et d'autres contrées. Après l'affaire de Badr, les Quraysh cessèrent d'aller en Syrie.
Lenrichissement des compagnons de Muhammad.
(Masudi, Les Prairies dOr IV).25
Au jour où fut tué Uthman (...)26 , il possédait entre les mains de son trésorier, 100 000 dinars et un million de dirhams27 . La valeur de ses domaines dans le Wadil Qura, Honayn et ailleurs était de 100 000 dinars, et il laissa aussi beaucoup de chevaux et de chameaux. À l'époque de Uthman, nombre de compagnons du prophète acquirent des maisons et des domaines. Al Zubayr ibn al Awwam construisit sa maison à Basra, où elle est aujourd'hui bien connue, l'année 332 de l'Hégire28 et fournit des logements aux marchands, commerçants maritimes et autres. Il construisit également des maisons à Kufa, Fustat29 et Alexandrie. Aujourd'hui encore, ces maisons et ces domaines sont bien connus. La valeur des biens d'al Zubayr à sa mort était de 50 000 dinars. Il laissa aussi un millier de chevaux, un millier d'esclaves, males et femelles, et des terres dans les cités que nous avons mentionnées. De la même façon, Talha ibn Ubaydallah al Taymi construisit une maison dans le quartier Kunasa à Kufa, fort connue de nos jours sous le nom de maison Talhis. Le revenu qu'il tirait de ses domaines d'Irak s'élevait à 1000 dinars par jour, et certains disent plus ; de ses domaines de la région d'al Sharah, il recevait plus encore. Lui-même construisit une maison à Médine, faite de plâtre, de briques et de bois de teck. De la même façon, Abd al Rahman ibn Awf al Zuhfi construisit une maison et la fit grande. Dans ses étables étaient attachés 100 chevaux et il possédait 1000 chameaux et 10 000 moutons. À sa mort, un quart de ses biens valait 84 000 dinars. Sayd ibn Abu Waqqas construisit sa maison à al Aqiq. Il la fit haute et vaste, et mit des balcons autour de la partie supérieure. Sayd ibn al Musayyab dit que lorsque Zayd ibn Thabit30 mourut, il laissa des lingots d'or et d'argent qui furent cassés à la hache, outre des biens et des domaines pour la valeur de 100 000 dinars. Al Miqdad construisit sa maison au lieu-dit al Jurf, à quelques kilomètres de Médine. Il mit des balcons autour de la partie supérieure, et mit du platre à l'intérieur et à l'extérieur. Quand Yala ibn Munya mourut, il laissa un demi-million de dinars, et aussi des créances sur des personnes, des terres et d'autres biens pour la valeur de 300 000 dinars.
Chapitre 89
Le blocus des caravanes
mecquoises
§.560- Présentation.
Médine se trouve sur la route commerciale entre la Mecque et la Syrie31. Linterception des caravanes mecquoises nen est que facilitée. Le pillage est une opération qui permet à la nouvelle communauté de survivre, et de sagrandir par lattrait du gain. Mais il existe une vision plus stratégique, déjà vue à lépoque: lasphyxie du commerce mecquois32 .
Les raids de pillages ne sont pas une invention mohammédienne. Mais la nouveauté réside dans lusage exclusif de ce moyen denrichissement: cest une exemplaire économie de prédation qui saffiche sans complexe, et cest une forme de terrorisme commercial par dessus le marché, dirons-nous. Les sources originales laffichent sans gêne et sen délectent même: les données sont dune précision telle quon en vient même à suspecter leur honnêteté!
Nombre de ces attaques sont des échecs, surtout au début, où lon safflige la tristesse du pilleur bredouille. La chasse aux caravanes est très aléatoire dans les vastes étendues désertiques. Mais une bonne surprise est vite considérée comme un "don dAllah"33 .
Il faudra tenter de cataloguer lessentiel des opérations effectuées: ce travail a été rarement fait de façon systématique. Les sources peuvent varier sur des détails le récit des événements.34 .
§ 561. Raid de Hamza à al Is.
Comme on pouvait s'y attendre, le premier raid est un coup de sabre dans l'eau, ou dans le sable. Hamza, le seul "nouveau musulman" connaisseur de l'art militaire, est toujours attaché aux règles traditionnelles et aux valeurs qui structure le monde des Arabes : c'est un raid de l'ancien temps, qui s'achève par un abandon tranquille, loin des attaques rageuses de la suite.
En fait, l'islam de Muhammad, et son autorité politique sont encore embryonnaires et n'atteignent pas encore les mentalités de ses compagnons.35
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 126).
Le prophète, dans l'année même de l'hégire, sept mois après cet événement, au mois de ramadan36, fit partir Hamza avec trente cavaliers des muhajirun. Ce fut la première armée musulmane qui partit pour la guerre. Le prophète, de sa propre main, attacha l'étendard blanc, appelé liwa, et donna à Hamza37 les instructions suivantes :
-Dirige-toi vers le bord de la mer ; car une caravane quraysh, venant de la Syrie et rapportant une grande quantité de marchandises, y passera ; peut-être pourras-tu t'en emparer.
Hamza se rendit à cet endroit ; mais la caravane, qui était conduite par Abu Jahl avec trois cents cavaliers, était déjà passée et était entrée dans un grand village, qui se trouvait de ce côté. Le chef de ce village, qui renfermait un grand nombre d'habitants, s'appelait Muhammad38 ibn Amir, des Banu Juhayn ; il était lié d'amitié avec Abu Jahl et avec Hamza. Il vint trouver ce dernier et lui parla ainsi :
-Abu Jahl est dans ce village avec trois cents cavaliers ; les habitants sont disposés à le soutenir ; il faut que, par égard pour moi, tu t'en retournes.
Hamza savait qu'il disait la vérité, et il s'en retourna. Abu Jahl conduisit la caravane à la Mecque. Le porte-drapeau de Hamza, nommé Abul Walid, dit:
-Je ne veux pas rapporter le premier drapeau des musulmans sans avoir fait du butin.
Hamza répliqua :
- Fais-le, car la paix est préférable ici à la guerre ; dans les circonstances actuelles, la retraite sans perte est une grande victoire. Après cela, il se retira.39
(Waqidi, Livre des expéditions 1).40
Le messager dAllah confia la bannière blanche à Hamza ibn Abd al Muttalib avec le commandement de trente hommes des muhajirun. Leur but était dintercepter les caravanes des Quraysh. Hamzah rencontra Abu Jahl à la tête de trois cent hommes. Majdi ibn Amir al Juhani sinterposa entre eux et ils se quittèrent sans combat. La bannière dHamza était portée par Abu Marthad.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 419).41
Alors quil était resté là, il envoya Hamza vers le rivage dans es environs dAl Is avec trente cavaliers parmi les muhajirun ; aucun ansar ny prit part42 . Il rencontra Abu Jahl avec trente cavaliers de la Mecque sur la rive, et Majdi ibn Amir al Juhani sinterposa entre eux, parce quil était en paix avec les deux partis. Alors les gens se séparèrent sans combat. Des gens disent que le drapeau dHamza fut le premier que lenvoyé donna à un musulman, mais il lenvoya en même temps quUbayda, et les gens se trompent à ce sujet.
(ibn Sad, Tabaqat 8/23).43
Abul As ibn ar Rabi est allé en Syrie dans la caravane des Quraysh. Le messager dAllah sut ensuite que la caravane était de retour de Syrie, et il envoya Zayd ibn Haritha44 avec cent soixante-dix cavaliers. Ils lont interceptée dans les environs dal Is au mois de jumada al ula. Ils sen sont emparés avec toutes ses marchandises et ont capturé les gens qui étaient dedans, y compris Abul As ibn ar Rabi45.
§ 562. Raid de Rabigh.
C'est un autre combat avorté, de justesse: le moment est considéré comme symbolique par la Tradition islamique puisque les musulmans y tirent leur première flèche sur un ennemi, la première d'une multitude.46
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 126-7).
Ensuite, au mois de shawwal47, le prophète fut averti que les infidèles étaient sur le point d'envoyer un détachement pour marcher contre Médine. En conséquence, il mit Obayda, ibn Harith ibn Muttalib, à la tête de soixante hommes des muhajirun, tous cavaliers, parmi lesquels il ne se trouvait pas un seul des ansar. Le jour où Abu Jahl était rentré à la Mecque, il avait averti les habitants que Muhammad avait commencé les hostilités. Le lendemain, pour prévenir Muhammad, ils firent partir une troupe de deux cents hommes sous les ordres dIkrima ibn Abu Jahl48 , pour tenter un coup de main contre Médine. C'est contre cette troupe que le prophète envoyay Obayda avec soixante hommes, en lui remettant l'étendard blanc, qui fut porté par Mistah ibn Othatha, cousin d'Abu Bakr. Les deux détachements se rencontrèrent près d'un puits nommé Alhya, qui contenait une eau excellente et qui était situé entre la Mecque et Médine. Il y avait dans la troupe des infidèles deux musulmans, l'un nommé Miqdad ibn Amir, l'autre Oqba ibn Ghazawan, qui étaient restés à la Mecque, n'ayant pas osé émigrer, par crainte des infidèles. Lorsque la troupe dIkrima partit, ils s'étaient joints à elle, disant:
-Nous sommes avec vous, nous vous aiderons49.
Mais leur intention était de s'enfuir et de gagner Médine. En apercevant la troupe de Médine, Ikrima disposa ses hommes pour le combat. Obayda et les musulmans se rangèrent également en ordre de bataille. A ce moment, les deux hommes passèrent du côté des musulmans. Sad ibn Abu Waqqas, connu parmi les Arabes pour son habileté ; dans l'art de tirer de l'arc50 , commença par lancer un trait sur les ennemis. Ce fut le premier trait qui eut été lancé par un musulman. Quoique aucun des ennemis n'eut été atteint, ceux-ci, gagnés par la peur, s'enfuirent. Obayda, sachant qu'ils étaient nombreux, ne les poursuivit pas, mais retourna à Médine.
(ibn Sad, Tabaqat II 3).51
Le prophète prépara une bannière blanche pour lui. Il fut porté par Mistah ibn Uthaha. Lapôtre d'Allah lenvoya avec 60 muhajirun, et il ny avait pas dansar avec lui. Il rencontra Abu Sufyan, qui était à la source du nom de Ahya, avec 200 hommes, près de Batn Rabigh (...). Ils avaient dévié de litinéraire pour faire paître leurs chameaux. Des flèches furent lancées, mais on ne tira pas les sabres et on nengagea pas le combat.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 416).
Pendant ce séjour à Médine, lenvoyé envoya Ubayda ibn al Harith (...) avec 60 ou 80 cavaliers parmi les muhajirun, et pas un des auxiliaires nen faisait partie. Il alla aussi loin dans le Hedjaz que sous Thaniyat ul Murra, où il rencontra une grosse troupe des Quraysh. Il ny eut pas de combat, sauf que Sad ibn Abu Waqqas tira une flèche ce jour. Ce fut la première flèche tirée dans lislam52. Puis les deux troupes se séparèrent et les musulmans y laissèrent une arrière-garde.
(Bukhari, Sahih 57/ 74).53
Jai entendu Sad dire: jai été le premier parmi les Arabes à tirer une flèche pour la cause dAllah. Nous combattions avec le prophète, alors que nous navions rien à manger à part des feuilles darbres, si bien que nos excréments ressemblaient à ceux dun chameau ou dun mouton, contenant rien à mélanger avec.
Maintenant, la tribu des Banu Asad me critique parce que je ne comprendrai rien à lislam. Je serai un perdant, si les actions avaient été vaines.
Ces gens critiquaient Sad auprès dOmar54 , estimant quil ne faisait pas ses prières correctement.
(Bukhari, Sahih 81/17,2).
Qays rapporte quil a entendu Sad dire:
-Je suis le premier Arabe qui ait lancé une flèche dans la voie dAllah ; je nous vois encore faisant des expéditions et nayant rien autre chose à manger que des feuilles de hobla55 et de samor56. Nos défécations ressemblaient à celles des moutons, elles nétaient pas agglomérées. Enfin, un beau matin, les Banu Sad mont enseigné les règles de lislam ; jai été fort déçu alors, car javais perdu tous mes efforts antérieurs.
(Bukhari, Sahih 62/15,4).
Qays a dit: J'ai entendu Sad dire :
-Je suis le premier des Arabes qui lancèrent une flèche dans la voie dAllah. Nous étions alors en expédition avec le prophète. Nous n'avions pour nous nourrir que des feuilles d'arbre ; aussi nos défécations étaient pareilles à celles des chameaux et des moutons, formant des crottes isolées. Les Banu Asad se mirent un matin à m'infliger des corrections à cause de la prière que je ne réussissais pas, ce qui me faisait perdre le bénéfice de ma conversion. Ils mavaient même dénoncé à Omar en lui disant: "Il ne sait pas bien faire la prière".
(ibn Rusteh, Les Atours précieux 195).
Le premier qui lança des flèches dans la guerre sainte fut Sad ibn Abu Waqqas.
Aussi disait-il:
-Envoyé d'Allah, aucun archer avant moi na lancé de flèches contre lennemi!57
(Waqidi, Livre des expéditions 2).
Le messager dAllah a confié une bannière blanche à Ubaydah (...) et lui ordonna de marcher sur Batn Rabigh. Sa bannière était portée par Mistah ibn Uthathah. Il atteignit le col de al Marah, qui est près de al Juhfah, à la tête de soixante muhajirun sans aucun ansar parmi eux. Ils rencontrèrent les polythéistes à un point deau appelé Ahya ; ils se lancèrent quelques flèches mais il ny eut pas de corps à corps.
Il y a des différences dopinions concernant le commandant de la troupe de la Mecque ; certains disent que cest Abu Sufyan (...) dautres que cest Mikraz ibn Hafs.
Je considère comme juste le récit disant que cest Abu Sufyan ; il était à la tête de deux cent hommes.
§ 563. Raid de al Ushayra.
Al Ushayra est encore une tentative ratée, de façon quasi-comique, puisque la caravane convoitée est passée hors de portée. Les musulmans voient qu'on ne s'improvise pas pilleurs de caravanes en quelques mois. C'est aussi un moment où Ali, semble t-il, et de manière totalement anecdotique, se distingue auprès de son chef.58
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 129-130).
Le mois suivant, jumada premier, le prophète partit de nouveau, après avoir établi comme son lieutenant à Médine Abu Salama ibn Abdul Asad. L'étendard était porté par Hamza. Près de Médine, à un endroit nommé Dhat ul Ushayra, le prophète fut informé du passage d'une caravane. Les guerriers59 musulmans se dirigèrent du côté droit, vers le désert, et arrivèrent à une autre station, où passaient également les caravanes. Mais ils ne l'y rencontrèrent pas. Alors ils vinrent à une station où il y a un grand arbre, qu'on appelle Dhat ul Saq60. On fit halte à l'ombre de cet arbre, et l'on chercha la caravane, sans la rencontrer. Puis le prophète fit la prière sous cet arbre ; on fit rôtir un agneau, et l'on passa la nuit en cet endroit. Ensuite on y construisit une mosquée, qui existe encore aujourd'hui ; on la visite, ainsi que la place où fut rôti l'agneau. Le lendemain, en marchant à la recherche de la caravane, ils arrivèrent à une station, ensuite à un endroit nommé Sora, puis à une station nommée Sukhayrat al Thomam, ensuite à un endroit nommé Mushtarib. Ils y puisèrent de l'eau et revinrent à Sokhayrat. Ils avaient ainsi exploré toutes les stations et tous les puits où la caravane eut pu passer, sans en trouver aucune trace. Alors ils retournèrent à Dhat ul Ushayra, où demeuraient des Arabes de la tribu de Mutlej. Muhammad conclut un traité de paix avec eux, et revint à Médine au mois de jumada II.
(Waqidi, Livre des expéditions 7).
Cette année, le messager dAllah est parti à la tête des muhajirun pour intercepter une caravane des Quraysh qui revenait de Syrie. Cest lexpédition de al Ushayrah, qui est allé jusquà Yanbu. Il laissa Abu Salamah (...) diriger à Médine. Sa bannière était portée par Hamza (...).
(ibn Sad, Tabaqat II 6-7).
Il partit avec 150 ou 200, dit-on, muhajirun qui sétaient portés volontaires, car il ne forçait personne à partir avec lui. Ils avaient 30 chameaux avec eux, quils montaient à tour de rôle. Il projetait dintercepter la caravane des Quraysh, celle qui allait en Syrie61. Les nouvelles de son départ de la Mecque, avec toute la richesse des Quraysh étaient arrivées jusquà lui. Il arriva à Dhu al Ushayra (...) et vit que la caravane quil avait projeté de capturer était passée quelques jours plus tôt.
Le surnom dAli.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VIII 1272). 62
Moi-même et Ali nous étions les compagnons de lenvoyé dAllah à lexpédition dal Ushayrah. Nous avons fait une halte à un moment, et nous avons vu des hommes de la tribu des Banu Mutlij en train de travailler dans leurs palmeraies. Jai alors dit:
-Pourquoi ne pas aller voir comment ils travaillent?
Nous sommes allés observer cela un moment ; ensuite, nous nous sommes sentis fatigués et nous sommes allés dormir sur le sol rempli de poussière dune palmeraie, sous les arbres. Le messager dAllah lui-même nous a réveillés, alors que nous étions couverts de poussière. Il le secouait par le pied en criant:
- Debout! Plein de Poussière63 ! Dois-je vous dire qui sont les plus détestables des hommes?
Ahmar des Thamud, qui a égorgé la chamelle, et aussi la personne qui te frappera là (il indiquait un côté de la tête) et qui tâchera cela (il lui tenait la barbe)64.
Le destin du surnom.
(Georges de Reshayna, Vie syriaque de Maximos 23, 312-3).65
... Il descendit vers Constantinople au moment où Muawiya a fait la paix avec l'empereur Constans, ayant commencé une guerre contre Abu Turab, l'émir d'Hira, à Siffin, et l'ayant battu.
§ 564. Raid de Badr al Ula.
L'épisode est exceptionnel puisque l'initiative ne vient pas, pour une fois, du chef Muhammad. Des Mecquois tentent à leur tour un raid pour provoquer les Médinois, sans doute selon un processus séculaire d'agression entre les deux villes. Le chef des musulmans décide de répliquer, même si la réaction n'aboutit à rien. 66
Zayd reste à Médine comme "calife", c'est-à-dire "remplaçant": c'est l'amorce d'un Etat.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 130).
Plusieurs jours après, un homme de la Mecque, nommé Kurz ibn Jabir al Fihri, avec une troupe de Quraysh, vint faire une incursion sur le territoire de Médine, enlever les troupeaux des habitants, qui se trouvaient éloignés de la ville à trois journées de marche, et les emmener, par des chemins détournés, à la Mecque. Le prophète, averti trois jours après, se mit aussitôt, avec plusieurs muhajirun, à sa poursuite. Il arriva jusqu'à Badr, mais il ne put l'atteindre. Le prophète resta trois jours à Badr, puis il rentra à Médine. Ce fut Ali qui porta le drapeau du prophète dans cette expédition. Zayd ibn Haritha, avait été laissé comme lieutenant à Médine67 .
Badr est un endroit, au milieu du désert, où il y a un granb nombre de puits, qui ont été creusés anciennement par un Arabe nommé Badr.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 423).
Lapôtre resta quelques nuits, moins que dix, à Médine, quand il rentra du raid dal Ushayra, et alors Kurz ibn Jabir al Fihri alla rafler les chameaux de Médine. Lapôtre parta à sa poursuite jusquà la vallée dite de Safawan, dans les environs de Badr. Kurz séchappa et il ne put le soumettre. Ce fut la première expédition de Badr. Alors lapôtre rentra à Médine et resta le reste de jumada al akhira, rajab et shaban.
Raid de Kurz ibn Jabir al Fihri.
(ibn Sad, Tabaqat II 6).
Il laissa derrière lui Zayd ibn Haritha comme régent à Médine. Kurz ibn Jabir pilla les pâturages de Médine et emporta des animaux. Il avait coutume de laisser paître ses bêtes à al Jamma. (...)
Lapôtre d'Allah partit à la recherche de Kurz jusquà une vallée appelée Safawan... Lapôtre d'Allah ne le trouva pas et rentra à Médine.
(Waqidi, Livre des expéditions 6).
... Il partit en expédition à la tête des muhajirun à la poursuite de Kurz ibn Jabir al Fihri. Cet homme avait attaqué les troupeaux de Médine qui étaient en train de paître à al Jamma et en avait enlevé quelques-uns ; le messager dAllah le poursuivit jusquà Badr mais ne put lattraper.
§ 565. Raid de Buwat.
A Buwat68 , Muhammad rate encore une interception, d'une grande caravane, celle qui annuellement rassemble tout le commerce entre la Syrie et la Mecque et rassemble 1500 ou 2500 chameaux.69
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 128).
De retour à Médine, au mois de rabi'a premier, le prophète fut informé qu'une caravane Quraysh de quinze cents chameaux, conduite par Omayya ibn Khalaf, des Banu Jumdh, et cinq cents hommes, reviendrait de Syrie. Le prophète partit au mois de rabia II avec deux cents hommes des muhajirun et des ansar, après avoir laissé comme son lieutenant à Médine Sad ibn Moath70. Dans cette expédition, l'étendard fut porté par Sad ibn Abu Waqqas. Ayant quitté le territoire de Yathrib, il arriva près d'une montagne nommée Radwa, sur le territoire du Tihama. Il fit halte à un endroit nommé Buwat. La caravane, avertie, s'était échappée, et Muhammad retourna à Médine.
Raid de Buwat.
(ibn Sad, Tabaqat II 5).
Le porte-étendard était Sad ibn Abu Waqqas, et le drapeau était blanc. Il a laissé à Médine Sad ibn Ubada comme régent, et partit avec 200 de ses compagnons pour intercepter la caravane des Quraysh. Umayya al Jumabi commandait un groupe de 100 hommes des Quraysh, et 2500 chameaux. (Le prophète) atteignit Buwat, qui est une des montagnes de Juhayna (...). Lapôtre d'Allah neut pas à combattre et rentra à Médine.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 421).
Alors lenvoyé dAllah partit en expédition de pillage le mois de rabi ul awwal dirigée contre les Quraysh, et il put atteindre Buwat dans les environs de Radwa. Il retourna à Médine sans combattre et resta là le reste de rabi ul akhira et une partie de jumada al ula.
(Waqidi, Livre des expéditions 5)
Le messager dAllah partie en expédition à la tête de deux cent de ses compagnons le mois de Rabi I et il atteignit Buwat. Son intention était dintercepter la caravane des Quraysh contduite par Ummayyah ibn Khalaf, avec cent Quraysh et 2500 chameaux. Mais finalement il revint à Médine sans combat. Sa bannière était portée par Sad ibn Abu Waqqas, et il a laissé Sad ibn Moadh à Médine comme gouverneur pendant lexpédition.
Lalliance de Buwat avec Muhammad: un texte.71
(ibn Sad?).72
Aux Banu Zurah et aux Banu Rabah, lesquels procèdent de la tribu de Juhayna: ils auront la sauvegarde de leurs personnes et de leurs biens, et devront être secourus contre quiconque les opprimera ou les combattra, sauf toutefois pour des questions de religion73, et pour les membres74 . Et aux membres nomades dentre eux qui auront tenu leurs engagements et se seront gardés de toute violation, il sera reconnu les mêmes droits quaux membres sédentaires. Et Allah est le secoureur.
Raid dal Abwa.
(ibn Sad, Tabaqat II 4-5).
Le porte-étendard était Hamza, et le drapeau était blanc. Il nomma Sad ibn Ubasa pour administrer Médine ; il partit avec les muhajirun, sans ansar parmi eux, pour intercepter la caravane des Quraysh. Mais il ny eu pas de rencontre. On lappelle aussi le raid de Waddan: il porte en fait le nom des deux endroits. Il arriva à un endroit qui est entre les deux (...). Ce fut le premier raid quil conduisit en personne.
§ 566. Raid de al Kharrar.
Une fois de plus, c'est l'échec d'une interception de caravane ; peu à peu, le moral des premiers musulmans s'affaisse: les richesses promises ne sont pas au rendez-vous. Il faudra alors passer à des mesures plus énergiques75
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 127).
Lorsque Obayda revint, au mois de dhul qada, le prophète fit partir Sad ibn Abu Waqqas, en lui remettant l'étendard blanc, à la tête de vingt piétons des muhajirun. L'étendard fut porté par Miqdad, fils dAmir. Le prophète dit à Sad :
-Dirige-toi vers un endroit nommé Kharrar, où doit passer une caravane quraysh ; peut-être pourras-tu l'enlever. Si vous ne la rencontrez pas et que vous ne puissiez pas l'enlever, n'allez pas plus loin, mais revenez.
Quand Sad y arriva, la caravane était déjà passée depuis deux jours. Il ne poursuivit pas sa course, conformément aux ordres du prophète, et s'en retourna.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 422).
Pendant ce temps, lenvoyé avait envoyé Sad ibn Abu Waqqas avec huit hommes des muhajirun. Il alla jusquà al Kharrar dans le Hedjaz. Il rentra sans avoir combattu.
(ibn Sad, Tabaqat II 4).
Une bannière blanche fut préparée pour lui. Al Miqdad larbora. (Le prophète) lenvoya avec 20 muhajirun pour intercepter la caravane des Quraysh, qui devait passer par cette route. Il leur donna instruction de ne pas dépasser al Kharrar. (...)
Sad a dit:
-Nous ne reposions le jour, et nous marchions de nuit, et nous avons avancé jusquau cinquième matin, pour voir que la caravane était déjà passée, la veille au soir. Nous sommes rentrés à Médine.
§ 567. Laffaire de Nakhla.
Le raid76 de Nakhla77 est une très petite opération militaire, une opération de commando 78 . Mais dès le départ, le détail de lexpédition montre quil sagit un type daffaire bien différent des autres attaques: le nombre, les hésitations, les précautions, le secret, le contexte de trêve79 . Pour résumer, le groupe envoyé par Muhammad, dans un moment critique de la communauté, commet un crime et un sacrilège. Après un moment de flottement et dangoisse, une révélation très appropriée vient dédouaner les coupables80. Laffaire aurait pu dégénérer en guerre sacrée, ce qui explique lanxiété de Muhammad, encore trop faible à Médine pour y résister. Finalement, lépreuve a valeur de test: les Mecquois ne rispostent pas véritablement.
Les répercussions de lépisode sont considérables et le basculement se mesure encore de nos jours: à partir de Nakhla, les musulmans ne respectent plus aucune règle, aucun interdit moral ou rituel, aucun compromis avec linfidèle mecquois. Seuls comptent lintérêt du groupe de Médine ou si lon veut, la parole divine et linspiration du chef. Cette rupture nest pas remarquée par les Mecquois, jusquà la chute de leur cité sept années plus tard 81.
Il est probable que la Tradition islamique a développé à l'extrême cet épisode pour expliquer les énigmatiques versets du Corpus coranique qui semblent lui être consacrés.
1. Les instructions de Muhammad.
Dès le départ, l'affaire est très étrange, avec cette méthode inédite de lettre scellée comportant les instructions. On peut imaginer que la Tradition islamique, par ce biais, tente d'éloigner physiquement la personne immaculée du prophète des méfaits et des sacrilèges qui suivent, comme s'il existait une sorte de trouble face à ce qui va suivre.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 130).
Le premier jour du mois de rejeb, le prophète appela Abdallah ibn Jahsh, et lui donna le commandement de douze hommes des muhajir, tels que Sad ibn Abu Waqqas ; Oqba ibn Shazawan ; Abu Hodhayfa ibn Oqba, ibn Rabia, et Waqid ibn Aldallah, de la tribu de Yarbu. Quelques-uns prétendent qu'ils n'étaient qu'au nombre de sept82. Le prophète, craignant que, s'il disait à Abdallah où il devait aller et ce qu'il devait faire, celui-ci, ainsi que ses compagnons, eussent peur et refusassent de marcher83, lui remit un écrit cacheté, en lui disant:
-Marche dans la direction de la Mecque ; n'ouvre cette lettre qu'au troisième jour de route ; exécute les ordres que tu y trouveras, et rends-toi à l'endroit qui y est indiqué par moi. Ne force pas ceux de tes compagnons qui ne voudront pas te suivre.
Abdallah partit le premier jour du mois de rejeb. Après avoir marché trois jours, il ouvrit la lettre et y trouva les instructions suivantes :
-Avance-toi jusqu'aux portes de la Mecque, jusqu'à Batn Nakhla, reste là en secret et cherche à épier les habitants de la Mecque ; sache ce qu'ils font, ce qu'ils projettent et ce qu'ils ont fait des troupeaux qu'ils ont enlevés d'ici, s'ils les ont tués ou gardés. Cherche à savoir ce qu'ils disent de ce que je les ai poursuivis et manqués. Après avoir accompli ces ordres, revenez. Le prophète avait aussi enjoint à Abdallah de ne pas combattre ; car on était au mois de rejeb, où il était défendu aux Arabes de faire la guerre ; et le prophète observait cette loi84. Abdallah communiqua cette lettre à ses compagnons.
La lettre cachetée.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah).85
Lenvoyé dAllah envoya Abdallah ibn Jahsh avec un détachement... Il lui consigna par écrit des instructions en lui ordonnant de nen prendre connaissance quaprès quil aurait marché deux jours ; à la suite de quoi ibn Jahsh devait exécuter les instructions du prophète sans y contraindre qui que ce fut de ses compagnons. Or tel était le texte de ces instructions:
Sitôt que tu auras pris connaissance de cet écrit, tu iras jusquà Nakhla, entre la Mecque et Taif, et tu y camperas. Là, tu surveilleras les Quraysh et nous donneras de leurs nouvelles.
2. Lattaque de la caravane.
L'affrontement est très limité par les effectifs: on voit des individus qui s'interrogent en conscience, qui hésitent entre eux, qui décident avec embarras: le sacrilège de Nakhla est né par inadvertance , à partir d'initiatives personnelles, ses péripéties sont laides, le résultat est peu glorieux et les conséquences diplomatiques sont vexantes. Mais une révélation bien placée peut encore changer tout cela...
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).
Or une caravane mecquoise, venant du Taif, chargée de fruits, de raisins et d'autres marchandises, vint à passer près de l'endroit où était campé Abdallah, et y fit halte. Elle était escortée de quatre hommes, personnages considérables d'entre les Quraysh. L'un d'eux était Amir ibn Al Hadhrami ; les autres étaient: Othman ibn Aldallah ibn Mughira, et son frère Nawfal, les Makhzum ; enfin Al Hakm ibn Kaysan, affranchi de Muslim86 ibn Mughira. En apercevant Abdallah ibn Jahsh, et ses compagnons, ils eurent des appréhensions ; ils dirent entre eux:
-Muhammad a envoyé quelques hommes pour surprendre et enlever la caravane. Ils se disposèrent à faire halte à cette station et à envoyer à la Mecque pour chercher du secours. Tout d'un coup, Okasha, la tête rasée87, parut sur une élévation de sable. En le voyant, ils dirent :
- Nous sommes au mois de rejeb, le mois sacré ; ces hommes sont sans doute des Arabes venus pour visiter les lieux saints.
Al Hakim ibn Kaysan, dit:
-Quand même ce seraient des gens de Muhammad, celui-ci respectera assez le mois de rejeb pour ne pas ordonner de faire la guerre pendant ce mois, et de commettre des actes de brigandage. En conséquence, ils firent halte au même endroit. Le jour que précédait cette nuit était le dernier du mois de rejeb. Pendant la nuit, Abdallah ibn Jahsh, délibéra sur ce qu'il devait faire:
-Il y a là, dit-il, de nombreuses marchandises: si j'attaque demain, et que je les enlève, j'aurai combattu au mois de rejeb et violé la sainteté de ce mois ; si j'attends, ils gagneront la Mecque, et le butin nous aura échappé.
Abdallah et ses compagnons résolurent d'attaquer et d'enlever la caravane, disant:
-Ce sont des infidèles, envers lesquels il n'y a pas lieu d'observer une interdiction sacrée88 .
Le matin, lorsque la caravane se mit en marche, ils s'approchèrent avec leurs armes, et Abdallah ibn Jahsh, et Waqid ibn Abdallah, qui étaient d'habiles archers, tirèrent sur Amir ibn Al Hadhrami, le chef de la caravane, et le tuèrent. Amir était un personnage considérable parmi les Quraysh ; il était allié des Banu Amir al Hadhrami, qui étaient commerçants et jouissaient d'une grande considération à la Mecque. En voyant tomber Amir, Othman ibn Abdallah, s'enfuit et se sauva à la Mecque ; les autres, Nawfal ibn Abdallah, et al Hakim ibn Kaysan, se rendirent. Abdallah ibn Jahsh, leur fit lier les mains, enleva la caravane et s'enfonça dans le désert, en se dirigeant vers Médine.
(Tabari, Tafsir 2/217-8).89
Suddiyy a dit : L'envoyé d'Allah envoya en expédition un détachement de sept hommes ( ... ) avec à leur tête Abdallah ibn Jahsh auquel il remit un ordre écrit qu'il ne devait lire que plus tard, une fois arrivé dans la vallée de Malal.
Arrivé là, Jahsh ouvrit le pli et lut: Va jusqu'à ce que tu arrives dans la vallée de Nakhla.
Il dit alors à ses compagnons: Celui qui veut mourir qu'il exécute l'ordre de l'envoyé et fasse son testament ; moi je fais le mien et j'exécute l'ordre.
Puis il continua sa route avec ses compagnons à l'exception de Sad ibn Abi Waqqas et de Uqba ibn Ghazwan qui ne le suivirent pas car ils avaient égaré une monture ( ... ).
ibn Jahsh arriva dans la vallée de Nakhla et y rencontra une caravane mecquoise dans laquelle se trouvaient: Al Hakam ibn Kisan, Abd Allah ibn Mughira et Amir ibn al Hadrami. Ils se battirent, Al Hakam et Abd Allah furent faits prisonniers et Amir fut tué. Le butin pris à cette occasion fut la première prise effectuée par les compagnons de Muhammad.
Lorsqu'ils revinrent à Médine avec leurs deux prisonniers et les biens saisis comme butin, les Mekkois voulurent les racheter mais le prophète leur répondit :
-Nous attendrons de savoir ce que font nos deux compagnons.
Lorsque Sad et son compagnon revinrent, le prophète accepta le rachat des deux prisonniers mais les associateurs se mirent à tenir des propos malveillants à son sujet:
-Muhammad, disaient-ils, prétend se conformer à l'obéissance à l'égard d'Allah et c'est le premier à profaner le mois sacré et à tuer l'un des nôtres en rajab.
Les musulmans répondirent:
-En fait, c'est en jumada que nous l'avons tué90 .
Certains dirent que c'était la première nuit de rajab et d'autres que c'était la dernière nuit de jumada, or les musulmans remettaient leur épée au fourreau dès qu'on entrait en rajab.
3. La réaction des Quraysh et des musulmans.
Elle est celle de l'étonnement et de l'effroi du côté des Mecquois : les Médinois ont commis le pire des crimes et l'on attend qu'ils soient punis pour ce crime, et rejetés de l'Humanité commune.
Du côté de Muhammad, ce n'est pas l'enthousiasme, contrairement aux attentes: piller, verser le sang, ce ne sont pas des actions interdites, mais le sacrilège, lui-même, comporte de graves risques, au niveau surnaturel et humain. Muhammad n'est pas encore assez sûr de lui pour s'exhonérer totalement du système traditionnel, d'où sa colère contre ses propres affidés.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).
A cette nouvelle, les Mecquois allèrent à leur poursuite ; mais ils revinrent sans avoir pu les atteindre. Ils furent très étonnés de ce fait et dirent:
-Muhammad a violé la sainteté du mois de rajab, en envoyant une expédition guerrière pour verser du sang et faire du butin et des prisonniers ; il ne prospérera jamais, et sa religion n'aura jamais de succès.
Abdallah ibn Jahsh, arriva à Médine au mois de shaban, avec son butin et ses prisonniers, et se présenta devant le prophète. Celui-ci fut très courroucé et lui dit :
-Pourquoi as-tu agi ainsi? je ne t'avais pas ordonné de commettre des actes d'hostilité au mois sacré.
Les compagnons du prophète blâmèrent tous Abdallah ibn Jahsh, et lui dirent:
-Les infidèles et les idolâtres eux-mêmes s'abstiennent de faire ce que tu as fait au mois de rejeb91 .
Le prophète retint les prisonniers et confisqua le butin, sans y toucher, en attendant les ordres d'Allah. Puis le prophète demanda des nouvelles de Sad ibn Abu Waqqas, et dOqba ibn Ghazawan92 . On lui répondit que, à une certaine station, nommée Madan, ayant perdu leur chameau, ils étaient allés à sa recherche, et que depuis lors on n'avait pas eu de leurs nouvelles. Le prophète fut inquiet de leur sort ; il craignait qu'ils ne fussent tombés entre les mains des ennemis. Ensuite il fut informé que les Quraysh le blâmaient d'avoir commis des actes de violence au mois de rajab, ce qui n'était permis dans aucune religion. Les musulmans qui n'avaient pas émigré et qui étaient restés à la Mecque firent avertir le prophète, par un messager, de ces propos des Quraysh, et lui firent demander quelle réponse ils devaient leur faire.
(Waqidi, Livre des expéditions 8).
Au mois de rajab, pendant la prière de la nuit, Muhammad convoqua Abdallah pour le matin suivant, tout armé, chez lui. Quand il arriva, il trouva dautres muhajirun sur lesquels lui fut donné le commandement. Lordre lui avait été de rendre la route de Najd en direction de Rakijja et de voyager pendant deux nuits avant douvrir un courrier qui lui avait été donné. Il sagissait dune feuille de cuir (...) que Ubay ibn Kab avait écrit. Il y était écrit:
-Va jusqu à la vallée de Nakhla au nom dAllah et avec sa bénédiction. Ne force personne de tes compagnons pour te suivre, mais ceux qui te suivent, quils tobéissent, jusquà ce que tu arrives dans la vallée de Nakhla et là, monte un piège à la caravane.
Waqid ibn Abdallah marchait devant et tua Amir ibn al Hadhrami. Suivit une attaque générale des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 424-6)
Les pilleurs tinrent conseil93 entre eux, et puisque cétait le dernier jour de rejeb, ils dirent:
-Si vous les laissez tranquille cette nuit, ils entreront dans laire sacrée et seront inattaquables par vous ; et si vous les tuez, vous les tuez durant le mois sacré.
Alors ils se firent hésitants et craignaient de les attaquer.
Alors ils sencouragèrent mutuellement, et décidèrent de les tuer, aussi nombreux que possible, et de semparer de leurs biens. Waqid tira une flèche sur Amir ibn al Hadrami et le tua, et Othman et al Hakam se rendirent. Nawfal senfuit et leur échappa. Abdallah et ses compagnons semparèrent de la caravane et des deux prisonniers et revinrent à Médine ave eux. (...)
Quand ils arrivèrent devant lenvoyé, il dit:
-Je ne vous ai pas ordonné de combattre au moment du mois sacré.
Alors il mit le sort de la caravane et des prisonniers en suspens et refusa den prendre une part94 . Quand lenvoyé dAllah dit cela, les hommes furent désespérés et pensèrent tous quils étaient maudits.
(...)
Cest alors que le Coran est descendu à ce propos et Allah a soulagé les musulmans de cette angoisse à ce sujet, et lenvoyé prit la caravane et les prisonniers.
Les Quraysh envoyèrent de quoi payer la rançon dOthman et al Hakam, et lenvoyé dit:
-Nous ne rendrons pas ces gens contre rançon tant que vous ne rendrez pas nos deux compagnons, - il voulait dire Sad et Utba- parce que nous avons des craintes à leurs sujets. Si vous les tuez, nous tuons vos amis.
Alors Sad et Utba furent rendus et lenvoyé les rendit contre rançon95 .
Al Hakam devint un bon musulman et resta auprès de lenvoyé dAllah jusquà sa mort en martyr à Bir96 Mawna97 . Othman rentra à la Mecque et mourut là-bas comme un incroyant. Quand Abdullah et ses compangons furent soulagés de leur angoisse, quand le Coran98 descendit, ils furent soudain concernés par la récompense et dirent:
-Pouvons-nous espérer que cela compte comme un raid, pour lequel on recevra la récompense des combattants?
Alors Allah fit descendre ceci à leur intention:
Ceux qui croient et qui ont émgré et combattu dans le chemin dAllah, ceux-là peuvent espérer dans la grâce dAllah, parce que Allah est miséricordieux.
Les informations de la lettre dUrwah.99
Urwah a écrit à Abd al Malik ce qui suit:
Tu nous as écrit pour nous demander des renseignement sur Abu Sufyan et les circonstances de lexpédition. Abu Sufyan ibn Harb est venu de Syrie à la tête denviron 70 cavaliers de tous les clans des Quraysh. Ils étaient alllés faire du commmerce en Syrie et revenaient ensemble avec leur argent et leurs marchandises. Le messager dAllah et ses compagnons furent informés à leur sujet. Ceci est arrivé après que les combats aient éclaté entre les deux camps et que des gens aient été tués, tels que ibn al Hadrami à Nakhlah, et que des Quraysh aient été faits prisonniers, parmi lesquels un des fils dal Mughira et leur client ibn Kaysan. Les responsables en étaient Abd Allah ibn Jahsh et Waqid, confédérés des Banu Adi ibn Kab, avec dautres compagnons que le messager dAllah avait envoyé avec Abdallah ibn Jahsh. Cet incident avait provoqué un état de guerre entre le messager dAllah et les Quraysh et ce fut le début du combat dans lesquels ils sinfligèrent mutuellement des pertes ; cela arriva avant quAbu Sufyan et ses compagnons aillent en Syrie.
4. Le verset adéquat: petits arrangements avec Allah.
Ce qu'il faut appeler "l'accident de Nakhla" provoque une crise morale qui trouve sa solution dans une rupture supplémentaire (mais jamais totalement définitive) avec la religion traditionnelle : c'est grâce à une révélation de plus, toujours aussi opportuniste, que Muhammad réussit à surmonter la crise. Grâce à cela, il libère ses sbires et partisans de toute obligation morale envers les non-musulmans. On repère facilement dans le texte coranique les versets directement inspiré par Nakhla. On n'insistera jamais assez sur l'importance de l'épisode dans l'Histoire islamique, comme une rupture qui a la taille d'une révolution morale, ou immorale.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).
Alors Allah révéla le verset suivant, par lequel il rassura le prophète:
Ils t'interrogeront au sujet du combat dans le mois sacré. Dis : C'est un péché grave de combattre pendant ce mois ; mais détourner les hommes de la voie d'Allah, ne pas croire en lui, chasser des hommes du saint temple où ils habitaient, est un péché plus grave devant Allah. L'idolâtrie est un péché plus grave que le meurtre pendant le mois de rejeb100.
Abdallah ibn Jahsh, et ses compagnons furent très heureux de cette révélation. Le prophète fit parvenir le verset aux musulmans de la Mecque, pour qu'ils pussent répondre aux infidèles quraysh.
La révélation coranique.
(Corpus coranique d'Othman 2/212-217).
Combattre vous a été prescrit, bien que vous l'ayez en aversion.
Il est possible que vous ayez de l'aversion pour une chose qui est un bien pour vous et il est possible que vous aimiez une chose qui est un mal pour vous.
Allah sait, alors que vous ne savez pas.
Les croyants t'interrogent sur le mois sacré et le fait de combattre durant celui-ci.
Réponds-leur:
-Combattre en ce mois est péché grave.
Mais écarter du chemin d'Allah, être impie envers celui-ci et la mosquée Sacrée101, expulser de celle-ci ceux qui l'occupent est plus grave102 que cela aux yeux dAllah: persécuter les croyants est plus grave que tuer les impies103 .
Or les polythéistes ne cesseront de vous combattre que quand ils vous auront fait abjurer votre religion, s'ils le peuvent.
Ceux qui, parmi vous, abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et dernière : ceux-là seront les hôtes du feu où ils seront immortels.
(Tabari, Tafsir 2/217-8).
En guise de blâme à l'égard des Mecquois, Allah fit descendre ce verset:
Ils t'interrogent sur le mois sacré et sur le fait de combattre pendant ce mois. Réponds-leur : Combattre durant ce mois est une chose grave,
c'est-à-dire illicite. La suite du verset signifie : mais ce que vous faites, vous associateurs, est encore plus grave que de combattre pendant un mois sacré: vous êtes en effet impies et dissimulateurs à l'égard d'Allah, vous cherchez à écarter Muhammad et ses compagnons de la Voie d'Allah après les avoir expulsés de la mosquée sacrée ; tout cela est bien plus grave et la subversion 104 c'est-à-dire le culte associateur est beaucoup plus grave auprès d'Allah que ne l'est le fait de combattre pendant un mois sacré...
(...)
... Plus loin, Urwa précise encore ceci: D'après les compagnons d'ibn Jahsh. celui-ci aurait prévu, en revenant à Médine avec les deux prisonniers et le butin, de réserver un cinquième de ce dernier pour le prophète bien quil ne fut pas encore obligatoire de réserver un cinquième du butin pour lui.
Or, en arrivant devant le prophète, celui-ci leur dit:
-Je ne vous ai pas ordonné de combattre pendant le mois sacré et il ordonna qu'on ne touchât pas au butin ni aux prisonniers et refusa de prendre quoi que ce soit.
ibn Jahsh et ses compagnons se retrouvèrent au milieu des musulmans et crurent qu'ils allaient les molester pour avoir agi comme ils l'avaient fait...
§ 568. Raid dal Sawiq.
Le contexte est maintenant celui de l'Après-Badr. Les Quraysh prennent la conscience du danger et réanime les anciennes alliances tribales pour isoler le danger médinois. Un petit raid est lancé contre la ville et Muhammad réagit brutalement. Il semble que les ennemis ont alors pris peur (du moins, c'est ainsi que les sources s'expriment), ce qui a donné à l'expédition son nom si surprenant.
Après le massacre de laristocratie des Quraysh à Badr, le chef du clan des Abd Shams, Abu Sufyan apparaît comme le stratège de la résistance, ayant pour but de protéger le trafic caravanier contre ses attaques et le membre le plus influent au conseil de la Mecque. Il entretient peu à peu des relations ambigues avec les musulmans, que les sources tentent de masquer. Sa conversion finale facilite grandement la prise de la Mecque en 630. Il termine sa vie entouré dhonneurs, ayant réussi à faire oublier le début de sa carrière.105
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 179).
Lors de la défaite que le prophète avait infligée aux Quraysh106, l'un des fils dAbu Sufyan, nommé Hanzhala, avait été tué, et l'autre, Amir, fait prisonnier. Abu Sufyan disait à ceux qui s'étaient sauvés :
-Si j'avais été là, je vous aurais montré ce que je puis.
Les autres lui répondaient :
- Muhammad n'est pas allé au loin ; il est resté à Médine ; va et vois ce que tu voudras faire.
Abu Sufyan jura qu'il n'aurait ni trêve ni repos107 avant d'avoir été surprendre Muhammad à Médine. Il partit de la Mecque le premier jour du mois de dhul qada, avec deux cents cavaliers. N'osant pas aller jusqu'à Médine, il s'arrêta dans la tribu juive des banu Nadhir, qui avaient aux portes de Médine une grande forteresse. L'un des chefs de cette tribu, nommé Sallam ibn Mishkam, était lié d'amitié avec Abu Sufyan. Celui-ci envoya cinquante hommes vers Médine, avec ordre de tuer ou de faire prisonniers et de lui amener tous ceux qu'ils rencontreraient, afin que son serment108 fut accompli. Ces hommes arrivèrent avant le jour aux portes de Médine, à un caravansérail109. Il y avait là un champ dans lequel travaillaient un ansar, nommé Mabad ibn Amir, et un journalier. Les gens d'Abu Sufyan tuèrent ces hommes, détruisirent et brûlèrent quelques maisons qui s'y trouvaient, et s'en retournèrent aussitôt, sans avoir pu faire un prisonnier.
Le bruit se répandit à Médine qu'Abu Sufyan en personne était venu pour attaquer la ville, et que son avant-garde avait déjà tué deux ansar et fait beaucoup de ravages. A cette nouvelle, le prophète partit le même jour, avec deux cents cavaliers, pour fondre sur Abu Sufyan. Celui-ci, averti à son tour, s'enfuit en toute hate dans la même nuit. Le prophète courut après lui pendant trois jours, sans pouvoir l'atteindre, et revint ensuite sur ses pas. Les gens d'Abu Sufyan, dans leur fuite précipitée, avaient jeté les sacs contenant leurs provisions de farine, qu'ils avaient apportées de la Mecque. Les compagnons du prophète trouvèrent ces sacs de farine sur le chemin et s'en emparèrent. C'est pour cela que cette expédition est appelée l'expédition du Sawiq110.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 543-4).
Alors Abu Sufyan fit le raid du Sawiq au mois de dhul hijja. Les polythéistes étaient en charge du pélerinage à ce moment-là. (...) Quand Abu Sufyan rentra de Badr et que les fuyards des Quraysh rentrèrent de Badr, il jura de ne plus pratiquer dablution rituelle avant davoir attaqué Muhammad. Par conséquent, il partit avec deux cent cavaliers des Quraysh pour remplir cette promesse. Il prit la route du Najd et sarrêta sur la partie supérieure dune rivière qui conduit à la montagne appelée Thayb, à la distance dune étape de Médine. Là, il avança la nuit pour voir les Banu Nadir en profitant de lobscurité. Il vint chez Huyayy ibn Akhtab et frappa à sa porte, mais comme celui-ci avait peur, il ne lui ouvrit pas. Alors il alla voir Sallam ibn Mishkam, qui était le chef, et trésorier public. Il demanda la permisison dentrer et Sallam lui offrit à manger et à boire, et lui donna des informations secrètes sur les musulmans. Il rejoignit ses compagnons à la fin de la nuit et en envoya quelques uns à Médine. Ils atteignirent un endroit à lécart appelé al Urayd et là, ils brulèrent quelques palmiers nouveaux et, ayant trouvé un ansar et un de ses alliés qui travaillaient dans un champ, ils le tuèrent et partirent. Les gens salarmèrent et lenvoyé partit à leur poursuite. Il alla jusquà Qarqarat ul Kudr et rentra, parce que Abu Sufyan et les siens lui avaient échappé. Ils virent que les pillards avaient abandonné certaines de leurs provisions dans les champs pour alléger leurs bagages et aller plus vite.
Quand lenvoyé ramena les musulmans , ils demandèrent:
-Penses-tu que cela compte avec Allah en notre faveur, comme équivalence à un raid111?
-Oui, répondit-il.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 421).
Ensuite, il partit piller les Quraysh. Il alla en direction des Banu Dinar, puis par Fayfa ul Khabar, fit halte sous un arbre dans la vallée de ibn Azhar appelé Dhatul Saq. Là, il pria et il y a sa mosquée112 . La nourriture fut préparée et ils ont mangé là. Lendroit occupé par les pierres qui ont supporté la marmite est encore connu. Il a bu à un point deau appelé al Mushtarib. Puis il est partit en laissant de côté al Khalayq sur la gauche et est passé par une vallée appelée Abdullah jusquà ce jour ; il est allé ensuite sur la gauche jusquà descendre à al Dabua et traverser la plaine de Malal jusquà ce quil rencontre la piste à Sukhayrat al Yaman qui lemmena directement à al Ushayra dans la vallée de Yanbu113 , où il sarrêta durant le mois de Jumada al Ula et quelques jours du mois suivant. Il fit un traité damitié avec les Banu Mudlij et leurs alliés Banu Damra, puis rentra à Médine sans combat.
§ 569. Raid de Bahran.
Après des expéditions ayant plus en plus d'ampleur, Muhammad tente une petite sortie qui n'apporte aucun résultat tangible. Peut-être veut-il occuper le terrain face à ses ennemis, ou s'éloigner un peu de l'ambiance médinoise trop pesante.114
(Waqidi, Livre des expéditions 17).
Dans la première partie du mois jumada I, Muhammad est parti vers Buhran (près de al Furu) et est resté dix jours.
(Badawi 13).
Puis lenvoyé dAllah partit en guerre, visant les Quraysh (...) Il arriva à Bahran, une zone minière dans le Hedjaz, près de Furu. Il séjourna là le mois de Rabi II et de jumada I. Puis il retourna à Médine, sans engager le combat.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 544).
Puis il fit un raid contre les Quraysh jusquà Bahran, une mine dans le Hedjaz, dans les environs de al Furu. Il resta là deux mois et rentra à Médine, sans combattre.
(Waqidi, Livre des expéditions 17).
Dans la première partie de jumada I, Muhammad partit vers Buhran (près de al Furu) et resta dix jours.
§ 570. Raid de al Qarada.
Zayd, l'affranchi de Muhammad, réussit un beau coup en s'emparant d'une grosse caravane des Quraysh, protégé par Abu Sufyan lui-même115 . Le butin, si l'on suit Waqidi et ibn Sad, se serait élevé à 100 000 dihrams, une somme considérable.116
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 547-8).
Histoire de lexpédition de Zayd qui captura la caravane des Quraysh, dans laquelle il y avait Abu Sufyan, quand lenvoyé dAllah lenvoya à al Qarada, un point deau à Najd (...) Zayd sempara de la caravane et de ce quelle transportait. Mais les hommes séchappèrent. Il apporta le butin à lenvoyé dAllah.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 185).
Le prophète, averti de cette marche, fit partir un détachement de troupes sous les ordres de Zayd ibn Haritha, pour donner la chasse à la caravane. Zayd, qui ne connaissait pas les routes du désert117 , l'explora dans différents sens, jusqu'au moment où il rencontra la caravane, campée au bord d'un puits nommé Qarada, où il la surprit à la pointe du jour. Abu Sufyan et ses compagnons montèrent sur leurs chamelles et s'enfuirent : mais le guide resta entre les mains de Zayd, qui l'amena avec les biens de la caravane à Médine. Le prophète fit le partage du butin et le guide embrassa l'islam.
Cet événement se passa au milieu du mois de jumada II. Dans le même mois, l'un des principaux juifs de Khaybar, Sallam ibn Abul Hoqayq, fut tué par ordre du prophète118.
(Waqidi, Livre des expéditions 18).
Le mois de jumada II, Zayd ibn Haritha partit à al Qarada.
Muhammad envoya Zaid avec 100 chameliers et celui-ci réussit à capturer la caravane mais ses membres les plus importants réussirent à senfuir , à lexception dun ou deux.
Le cinquième du butin sélevait à 20 000 dihram, le reste et le reste a été distribué aux membres de lexpéditions.
(...)
Ce fut la première expédition conduite par Zayd ibn Harithah.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1375).119
Furat ibn Hayyan fut fait prisonnier. Ils lui dirent:
-Si tu acceptes lislam, le messager dAllah ne te tuera pas.
Quand le messager dAllah lappela à lislam, il laccepta et fut autorisé à partir.
(ibn Sad, Tabaqat II 41-2).
Lexpédition de pillage de Zayd ibn Haritha contre Qarada eut lieu le 1 jumada al akhira... Ce fut la première expédition sous le commandement de Zayd. Al Qarada était un terrain du Najd situé entre al Rabadha et al Ghamra sur le territoire de Dhat Irq. Lapôtre d'Allah lenvoya pour intercepter une caravane des Quraysh dans laquelle se trouvait Safwan ibn Ummaya, Huwaytib ibn Abd al Uzza et Abd Allah ibn Abi Rabia. Il y avait avec eux une grande richesse en argent et en vaiselle dargent, dont le poids était équivalent à 30 000 dirhams. Leur guide était Furat ibn Hayyan al Ijli qui les conduisait à Dhat Irq sur le chemin de lIraq. Les renseignements sur leur tentative arrivèrent à lapôtre d'Allah. Il envoya alors Zayd ibn Haritha à la tête de 100 cavaliers, qui intercepta la caravane et sen empara. Les chefs de ses gens réussirent à séchapper. Les hommes de Zayd apportèrent les marchandises de la caravane à lapôtre d'Allah. Il les divisa entre cinq parties, et le cinquième représentait 20 000 dirhams. Le reste était distribué parmi ceux qui avaient participé à lexpédition. Furat ibn Hayyan fut capturé, amené devant le prophète. On lui demanda de se soumettre à lislam et ainsi, sa vie serait épargnée. Il accepta lislam et lapôtre d'Allah empêcha quil soit tué.
§ 571. Raid de Hamra al Asad.
Cette expédition aurait dû être intégrée pleinement dans le déroulement de la bataille d'Ohod : après sa défaite, Muhammad prend l'initiative de sortir provoquer les vainqueurs, pour les décourager.120
(Waqidi, Livre des expéditions 20).
Muhammad est parti le vendredi, et il est revenu.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1427).121
Le jour suivant122 , le muezzin de lenvoyé dAllah appela les gens aux armes pour aller à la poursuite de lennemi. (...) Lunique objectif du messager dAllah dans cette expédition était dabaisser le moral de lennemi ; en sortant à leur poursuite, il voulait leur donner limpression que sa force était intacte et que les pertes des musulmans ne les empêchaient pas dengager le combat.
Le messager dAllah alla jusquà Hamra al Asad, à huit miles de Médine, et resta trois jours, lundi, mardi, mercredi, et rentra à Médine.
§ 572. Tentative de meurtre dAbu Sufyan.
Le terme d'expédition convient mal à une tentative d'assassinat ciblé, de nature politique, comme Muhammad en ordonne volontiers123 . La victime est ici Abu Sufyan lui-même,qui en réchappe. L'assassin rate son coup mais il s'attire néanmoins des éloges. 124
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 211-2).125
Lorsque le prophète apprit cet événement il fut fort affligé. Sachant que l'auteur de ce crime était Abu Sufyan, il fit venir Amir ibn Omayya, al Dhamri, homme connu parmi les musulmans pour sa grande valeur et son intrépidité, et qui, dans la course, n'était égalé par personne, lui adjoignit un autre homme d'entre les ansar, et leur dit d'aller à la Mecque et de chercher, par n'importe quel moyen, à tuer Abu Sufyan. Ils partirent, n'ayant avec eux qu'un seul chameau, et arrivèrent à la Mecque. A la porte de la ville, ils abandonnèrent leur chameau et entrèrent dans la ville à pied.
-Que vas-tu faire? demanda à Amir son compagnon.
Amir répondit:
-Les personnages considérables de la Mecque ont l'habitude de faire arroser leurs maisons vers l'heure où nous faisons la prière de l'après-midi, et chacun reste assis à sa porte, seul ou en compagnie d'un esclave, jusqu'à l'heure de la prière du coucher. J'attendrai donc jusqu'au moment de la prière du soir, ensuite j'irai à la recherche dAbu Sufyan, et quand je l'aurai trouvé, je lui plongerai ce couteau dans le ventre. Je sais que je serai pris et mis à mort ; mais toi, tu pourras t'en aller et rendre compte au prophète.
L'autre dit :
-Voilà qui est fort bien.
A la tombée de la nuit, Amir dit à son compagnon :
-Viens, faisons nos tournées autour du temple.
Alors, Amir fut reconnu par un homme, qui donna l'alarme et cria :
-Voilà Amir! Il est venu sans doute pour tenter un coup, saisissez-le!
Amir se sauva du temple en courant et dit à son compagnon :
-Va-t'en, monte sur le chameau, retourne à Médine et dis au prophète que j'ai trouvé la mort, sans avoir pu aborder Abu Sufyan.
L'ansar répliqua :
-Je ne te quitterai pas avant de connaître ton sort.
Amir courut longtemps, et les Quraysh ne purent l'atteindre. Il sortit de la ville, et lui et son compagnon se cachèrent dans une caverne, et ils y restèrent trois jours sans être découverts. Ensuite, l'un des principaux habitants de la Mecque, nommé Othman ibn Malik, vint à passer à cheval près de cette caverne. Amir, regardant au-dehors et le voyant seul, sortit précipitamment, lui plongea son couteau dans le ventre et le tua ; puis lui et son compagnon montèrent sur leur chameau et partirent126 . Arrivés à Tawim, à la limite de l'enceinte sacrée de la ville, ils virent le corps de Khobayb attaché au poteau. Amir abattit le poteau, et le corps de Khobayb tomba par terre. Ils hatèrent la marche de leur chameau, et, après deux jours, ils rencontrèrent deux Mecquois qui avaient été envoyés par Abu Sufyan pour épier les mouvements du prophète. Amir leur dit de se rendre. Sur leur refus, il perça l'un d'eux d'une flèche et emmena l'autre prisonnier à Médine. Il dit au prophète:
-Apôtre de Allah, je n'ai pu tuer Abu Sufyan, mais j'amène son espion.
Le prophète lui donna des éloges127 .
§ 573. Raid de Badr al Mawid.
L'expédition de dite "de la Bouillie" commence par un défi et s'achève sur la place du marché, à échanger des marchandises, dans la tradition arabe.128
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 120-1).
Lorsque Abu Sufyan, en quittant Ohod, avait crié:
-Nous reviendrons l'année prochaine, à pareille époque, à Badr, le prophète avait dit à Ali de répondre qu'il acceptait ce rendez-vous129 .
Une année s'étant écoulée, le prophète, laissant comme son lieutenant à Médine Aldallah ibn Rewaha, quitta la ville à l'époque convenue, au mois de dhul qada, d'autres disent au mois de shaban, ce qui est une erreur. Il se rendit à Badr, qui existait encore alors et où, chaque année, les Arabes se rassemblaient et restaient une semaine pour faire le commerce. Comme c'était le moment de la foire, ceux d'entre les musulmans qui avaient des marchandises les emportèrent avec eux, en disant:
-Si les Quraysh viennent, nous combattrons ; s'ils ne viennent pas, nous ferons le commerce.
Les Quraysh ne vinrent pas, et les compagnons du prophète étalèrent leurs marchandises, et firent des échanges avec les Arabes qui se présentèrent, pendant toute la semaine de la foire. Le huitième jour ils s'en retournèrent, sans que les Quraysh eussent paru. Quelques-uns disent qu'Abu Sufyan était sorti de la Mecque avec l'armée quraysh, à l'époque convenue, mais que, après trois jours de marche, il était rentré. Il avait dit:
-La Mecque ayant eu cette année une disette, nous ne pouvons pas faire la guerre, les vivres sont rares, et il n'y a pas de fourrage pour nos montures, qui n'ont pas de vigueur. Rentrons jusqu'à l'année prochaine à pareille époque ; nous irons alors, quand nous aurons des vivres en abondance.
Muhammad ibn Jarir130 dit que cette expédition est celle de Sawiq, et que, lorsque les Mecquois virent revenir Abu Sufyan, ils lui dirent:
-Vous avez été manger de la pâte de farine ; et qu'ils se moquèrent de lui.
Mais il n'en est pas ainsi que le dit Muhammad ibn Jarir.
Dans les récits des expéditions du prophète, celle-ci est appelée l'expédition du rendez-vous de Badr.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 666)
Au mois de shaban, il retourna à Badr, pour garder sa promesse tenue avvec Abu Sufyan et sarrêta là. Il resta là huit nuits en attendant Abu Sufyan. Abu Sufyan et les gens d ela Mecque allèrent jusquà Majann dans la région dal Zahran. Des gens disent quil a atteint Usfan. Alors il décida de repartir. Il dit aux Quraysh que la seule année convenable pour cela était une année fertile où lon pouvait faire paitre les bêtes et boire leur lait, alors que maintenant cétait une année sèche. Il rentra et les autres furent obligés de rentrer avec lui. Et ils le firent. Les Mecquois les ont appelé larmée de la bouillie, disant quils étaient sortis seulement pour manger de la bouillie131 .
Pendant ce temps, lenvoyé était à Badr attendant Abu Sufyan pour tenir sa parole, et Makhshiy ibn Amir al Damri, qui avait fait un accord avec lui concernant les Banu Damra, au moment de lexpédition de Waddan, vint le voir et lui demanda sil voulait rencontrer les Quraysh au niveau de ce point deau. Il dit:
-Oh, oui, frère des Banu Damra ; et si pourtant tu veux annuler notre accord, alors combats jusquà ce quAllah décide entre nous.
Il répondit:
-Non, par Allah, Muhammad, nous ne voulons rien de la sorte.
(ibn Sad, Tabaqat II 69-70).
Lapôtre d'Allah nomma Abdallah ibn Rawaha comme régent à Médine. Ali ibn Abu Talib était le porte-étendard ; il se mit en marche avec 1500 musulmans. Il y avait seulement 10 chevaux. Ils partirent avec leurs affaires. Badr al Safra était un endroit de réunion des Arabes et un marché se tenait là depuis le premier jour132 de dhu al qada jusquau huitième et ensuite les gens rentrent chez eux. Les musulmans atteignirent Badr la première nuit de dhu al qada et le marché débuta le matin suivant. Ils restèrent pour les huit jours et purent vendre les marchandises quils avaient apportées, et firent un profit de 100%133, et rentrèrent.
§ 574. Raid de Zayd ibn Haritha.
Expédition secondaire, contre une caravane, alors que l'attention de Muhammad se porte sur vers d'autres horizons. Mais il n'y a pas de petits profits et Zayd se porte à l'attaque. 134
(Waqidi, Livre des expéditions 39).
En jumada I (...), après son retour dal Ghaba, Muhammad apprit quune caravane mecquoise venant de Syrie sapprochait et il envoya Zayd ibn Haritha avec 170 hommes sur chameaux pour sen emparer. Le plan réussit, on sempara de beaucoup dargent, (...) et quelques prisonniers, et parmi eux Abul As ibn al Rabi .
§ 575. La bande d'al Ays: les derniers raids.
C'est un épisode peu connu et fort intéressant. Il montre les musulmans de la Mecque qui s'échappent de la cité pour former une troupe de brigands et qui forment avec les gens d'Abu Bakr une bande de 500 hommes dont le but est de piller les caravanes. Epuisés par ces activités, les Mecquois demandent le rappel de ces renégats par Muhammad : désormais, celui-ci décide de tout car la campagne de terreur a porté ses fruits.135
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 249).
Abu Bakr partit et se rendit au bord de la mer, dans un bourg appelé Ays, par où passaient les caravanes de la Mecque. Tous ceux qui, à la Mecque, étaient musulmans, allèrent le rejoindre, et Abu Bakr réunit ainsi autour de lui une troupe d'environ cinq cents hommes, qui se mirent à piller les caravanes des Mecquois. Ceux-ci, enfin, firent demander au prophète de rappeler Abu Basir à Médine ; ils y consentaient, disaient-ils, et l'abandonnaient, ainsi que les hommes qui étaient avec lui136 . Le prophète fit appeler Abu Bakr et à ces hommes à Médine.
Ces événements se passèrent aux mois de shawwal et de dhul qada de la sixième année de l'hégire.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 752).
Alors Abu Basir partit et il fit halte à al Is, dans la région de Dhul Marwa, sur la côte, là où les Quraysh avaient lhabitude de passer pour aller en Syrie. Les musulmans qui étaient à la Mecque avaient appris ce que lenvoyé dAllah avait dit à Abu Basir, alors ils sont allés le rejoindre à al Is. Environ 70 hommes se mirent à son service, et ils harcelèrent si durement les Quraysh en tuant tous ceux qui passaient, en mettant en pièces toutes les caravanes qui passaient, que les Quraysh se mirent à écrire à lenvoyé pour le supplier, de par leurs liens de parentés, de rappeler ces hommes...
Chapitre 90
Les batailles
La trinité militaire de l'islam
Le blocus commercial imposé par Muhammad a pour résultat trois confrontations majeures entre les musulmans et les Mecquois. Les trois batailles sont chacune de type très différents: une victoire inespérée, une défaite humiliante et une drôle de bataille sans combat. Les trois événements sont des contextes favorables pour la descente de versets coraniques très à propos. Les interventions surnaturelles et les gestes magiques sont aussi récurrents.
Cette trinité de la tradition militaire musulmane est décrite avec un luxe de précisions. Mais cela ne doit pas faire oublier que tout ceci est une question de religion137 .
§ 576. La Mère des Batailles: Badr.
Cest un autre épisode138 essentiel de la naissance de lislam, qui va conditionner ses rapports avec les infidèles pour plusieurs siècles 139et qui a même des répercussions doctrinales140 .
Il sagit à lorigine dun raid de pillage organisé par Muhammad contre une caravane des Mecquois revenant de Syrie, au niveau dun petit point deau141 . Linterception dégénère en petite bataille rangée du fait de lintervention dun colonne de secours. Mais peu habitués au combat, les marchands mecquois cèdent devant un adversaire moins nombreux, mais résolu, avide, organisé. Les musulmans récupèrent un butin important, des prisonnier à rançonner, et massacrent plus dun vingtaine de chefs mecquois, affaiblissant du coup pour longtemps la capacité de réaction de la cité. Cest loccasion pour Muhammad de venger les affronts subis pendant sa prédiction mecquoise. A partir de ce moment, Muhammad et sa petite bande prennent de l'assurance : les "Hypocrites" médinois sont maintenant surveillés, et les reproches contre les juifs commencent à pleuvoir dans le Coran142 .
Le chroniqueur principal, Tabari, semble ravi de conter cet épisode, et il est particulièrement à laise dans la description des scènes de combat. Il lest moins quand il faut évoquer lattiude de Mohammad à légard des puits, qui sont comblés et qui servent de fosse commune aux chefs ennemis.
Depuis, Badr est pour les musulmans larchétype de la victoire militaire sur les infidèles. Ainsi, le nom de code de loffensive des troupes de Sadate sur le canal de Suez, contre Israël, est encore Badr, quelques 1300 ans plus tard.
1. La portée théologique de la bataille.
Ce combat médiocre par le nombre des effectifs en présence obtient un retentissement énorme dans la culture musulmane puisquil constitue la première victoire sur les infidèles, miraculeuse puisquinespérée: elle serait donc due à lintervention dAllah, de Gabriel, et des anges. De nombreux versets du Coran font référence à lépisode.
Résumé de laction.
(Yaqut, Buldan I).143
Un combat célèbre par lequel Allah fit triompher lislam et trancha entre la vérité et le mensonge.
Le soutien dAllah.
(Tabari, Tafsir 4/78).
Allah a promis aux Muhammad le jour144 de Badr quil les assisterait dans leur combat, à la condition quils continuent dêtre obéissants envers lui, et quils évitent ce quil interdit. Mais ils le firent seulement le jour du combat du fossé145, et il les assista aussi quand ils assiégèrent les Banu Nadir et Banu Qurayza.
2. La cible: la caravane des Quraysh.
Chaque année, deux caravanes de la Mecque vont et viennent de Syrie, pour faire le lien entre la Méditerranée et l'Arabie dite "Heureuse". Elles concentrent sur le dos des chameaux une fortune considérable en marchandises et en argent.146
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 137).
Dans la seconde année de l'hégire, le premier jour du mois de ramadan, le prophète fut averti qu'une caravane mecquoise, chargée de nombreuses marchandises, venait de Syrie sous la conduite d'Abu Sufyan, ibn Harb ibn Amir ibn As147, et d'autres personnages considérables de la Mecque. Dans le livre des Expéditions148, il est dit qu'ils étaient en tout soixante et dix personnes. Cette nouvelle fut apportée au prophète par Gabriel, qui lui dit:
- Pars à la recherche de la caravane ; elle passera près des puits de Badr, elle ne peut pas éviter de passer par cet endroit.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 427).
Plus tard, lenvoyé apprit quAbu Sufyan ibn Harb arrivait de Syrie avec une grande caravane des Quraysh, transportant leur argent et leurs marchandises, accompagnée par vingt ou trente hommes, parmi lesquels Makrama ibn Nawfal (...) et Amir ibn al As (...).
3. Lattaque de la caravane.
Tout est raconté avec un luxe de détail, qui fait presque oublier que Badr n'est qu'un acte de brigandage qui dégénère en petite bataille.
(Corpus coranique d'Othman 8/7-8). 149
Rappelez-vous quand Allah vous promettait quun des deux groupes150 serait à vous, quand vous désiriez que fut à vous le groupe non redoutable151 , alors quAllah voulait réaliser la vérité par son arrêt et exterminer jusquau dernier des infidèles, tout cela afin de réaliser la vérité et danéantir le faux, en dépit des coupables.
Discours avant la bataille.
(Corpus coranique d'Othman 8/20-29).152
Ô vous qui croyez153 !
Obéissez à son apôtre!
Ne vous détournez point de lui alors que vous entendez!
Ne soyez pas comme ceux qui ont dit : nous avons entendu , alors qu'ils n'entendent point.
Les pires des êtres, aux yeux d'Allah, sont les sourds et les muets qui ne raisonnent point.
Si Allah avait reconnu en eux quelque bien, il les aurait fait entendre.
Mais même s'il les avait fait entendre, ils se seraient détournés et se seraient écartés.
Ô vous qui croyez!, répondez à Allah et à l'apôtre, quand celui-ci vous appelle vers ce qui vous fera vivre!
Sachez qu'Allah s'interpose entre l'homme et son coeur et que, vers lui, vous serez rassemblés!
Préservez-vous d'une tentation d'abjurer qui n'atteindra pas spécialement ceux qui parmi vous auront été injustes !
Sachez qu'Allah est terrible en son châtiment!
Rappelez-vous quand vous étiez peu, abaissés sur la terre, craignant que les gens ne vous ravissent!
Allah vous a alors donné refuge.
Il vous a assistés de son secours.
Il vous a attribué d'excellentes nourritures, espérant que peut-être vous serez reconnaissants.
Ô vous qui croyez!, ne trahissez ni Allah ni l'apôtre! sans quoi vous tromperiez la confiance mise en vous, alors que vous vous trouvez savoir.
Sachez que vos biens et vos enfants sont tentation! alors qu'auprès d'Allah est une immense rétribution.
Ô vous qui croyez!, si vous êtes pieux envers Allah, il vous donnera une salvation, vous fera remise de vos mauvaises actions et vous pardonnera.
Allah est détenteur de la faveur immense.
Le départ de la bande.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 137).
Le prophète fit réunir ses compagnons et donna l'ordre de partir dans le temps même du jeune.
-Allah m'a promis, leur dit-il, de me livrer leurs biens, de glorifier ma religion et de nous rendre maîtres de leurs personnes.
Il ne leur dit point:
-Nous prendrons la caravane.
Mais les hommes pensèrent qu'ils la prendraient et qu'ils n'auraient pas de grands efforts à faire. Soixante et dix hommes partirent en toute hâte. Le lendemain, le prophète, après avoir établi comme son lieutenant à Médine Abu Lubaba ibn Abdul Mundhir, partit lui-même avec trois cent seize hommes.
D'après une autre version, il n'avait avec lui que trois cent treize hommes, ou, d'après une autre plus exacte, trois cent quatorze hommes. Ils partirent précipitamment, sans prendre leur armement complet. Deux d'entre eux avaient des chevaux, soixante et dix étaient montés sur des chameaux, les autres étaient à pied. Le prophète montait sa chamelle nommée Adhba, ainsi appelée parce qu'on lui avait fendu les oreilles154. Ces troupes étaient composées de soixante et dix-huit muhajir et de deux cent trente-six ansar155.
(Corpus coranique d'Othman 9/92).
Il n'y a pas de raison pour s'en prendre à ceux qui, venus à toi, pour que tu leur fournisses une monture, et auxquels tu dis:
-Je ne trouve aucune monture à vous donner.
...sont repartis les yeux débordants de larmes, tristes de ne pouvoir en faire la dépense.
Liste de participants à la bataille de Badr.
(papyrus égyptien de Khirbet al Mird, VIIIème siècle).156
Ce texte est un des tout premiers documents musulmans, chronologiquement, et presque le seul à ne pas dépendre de la Tradition officielle. Mais il est parvenu dans un état très fragmentaire. Il serait loeuvre dun chroniqueur ou dun commentateur de chroniques. En soi, il napporte pas grand chose. On note tout de même pour la première attestation d'un certain Muhammad de la Mecque157 .
Et A... Waqid ibn Abdallah... et son messager...depuis at Tak et Shar.... appartenant aux Banu Adiyy ibn Kab... appartenant aux Banu... al Mughira et Hakam ibn Sh. Quatorze mois après le mois de muharram le noble... Ils sont partis de... pour Badr et... Muhammad pour Badr. Alors ils se sont rencontrés à Badr... à environ dix-huit mois du noble muharram. Muhammad de la Mecque, et les Quraysh... et de la Mecque, mille hommes en petits groupes. Et Majid ibn...
4. Les secours mecquois.
Conscients du danger que courent leur caravanes et la fortune de chacun, les Mecquois réagissent. Mais on sent qu'ils ne sont guère habitués à ce type d'opérations. Il est rare d'être à la fois bon marchand et bon guerrier.
Les textes présentent l'ensemble des tractations, débats et décisions qui ont lieu dans la petite république marchande de la Mecque.
Opération de renseignement.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 138).
Il leur ordonna de se rendre auprès des puits de Badr et d'y prendre des informations sur la marche de la caravane. Les Arabes, dans le désert, ont la coutume, quand une caravane vient faire halte près d'un puits ou à une station, d'y apporter des provisions et des vivres, pour les vendre aux gens de la caravane, et de faire avec eux des affaires, en vendant et en achetant. Arrivés près de Badr, les deux Banu Johayn y virent un homme qui avait apporté des provisions et qui les avait déposées là, en attendant la caravane. Ils s'approchèrent du puits, firent coucher leurs chameaux, et vinrent pour interroger cet homme. Alors ils aperçurent deux femmes qui s'adressaient réciproquement des réclamations. L'une disait à l'autre :
-Rends-moi l'argent que tu me dois.
L'autre répondait:
-Demain la caravane arrivera près de ce puits, je vendrai quelque chose et te rendrai ton argent. Les deux émissaires, en entendant ces paroles, ne dirent rien, remplirent d'eau leurs outres, montèrent sur leurs chameaux, partirent et vinrent avertir le prophète.
Lenquête sur les brigands de Yathrib.
(Tabari, Histoire des prophètes III 139).
Ils n'eurent pas plus tôt quitté le puits, qu'Abu Sufyan et Amir ibn As, y arrivèrent, seuls de leur caravane. Abu Sufyan, en passant sur le territoire de Yathrib158 , s'était enquis des mouvements du prophète et de ses compagnons. S'étant avancé encore de deux étapes, il avait quitté la caravane en disant à ses gens:
-Restez ici, j'irai au puits de Badr pour m'enquérir si quelqu'un de Yathrib, des compagnons de Muhammad, est à la recherche de notre caravane.
Abu Sufyan et Amir ibn As, vinrent donc à Badr, donnèrent de l'eau à leurs chameaux, burent eux-mêmes, remplirent leurs outres et questionnèrent l'homme qui était assis près du puits. Interrogé par eux sur son nom et sur le nom de sa tribu, il leur dit qu'il s'appelait Medji, fils dAmir, des Banu Johayna. Abu Sufyan lui demanda ensuite:
-As-tu quelques renseignements sur les brigands de Yathrib159 ? Est-ce que quelqu'un d'entre eux est venu à ce puits avant nous?
Mejdi répondit:
-Tout à l'heure deux hommes y sont venus, ont bu, ont abreuvé leurs chameaux, sont remontés sur leurs montures et sont repartis.
-Ne t'ont-ils rien dit ? demanda Abu Sufyan.
-Non.
Abu Sufyan demanda ensuite à quel endroit les chameaux étaient restés. S'y étant rendu, il trouva leur crottin ; en prenant un peu, il l'éparpilla. Des noyaux de dattes en sortirent. Il dit à Amir ibn As:
-Ces hommes étaient de Médine ; Muhammad est sur nos traces, lui ou des gens envoyés par lui.
-Comment le sais-tu? lui demanda Amir.
Abu Sufyan dit:
-Les gens de Médine, seuls dans le Hedjaz, donnent à manger aux chameaux des noyaux de dattes. Ils remontèrent ensuite sur leurs chameaux et revinrent à l'endroit où était leur caravane, à deux étapes de Badr.
Abu Sufyan engagea immédiatement un homme nommé Dhamdham ibn Amir, de la tribu de Ghifar, qui possédait un chameau très rapide, et le dépêcha à la Mecque. Cet homme promit de s'y rendre en trois jours, quoique la caravane en fut éloignée de six journées de marche. Abu Sufyan lui recommanda, quand il entrerait dans la ville, de crier au secours. Il lui dit:
-Rends-toi sur le mont Abu Qobays160 , et crie, de façon à être entendu de tous les habitants de la Mecque, que tu es parti, envoyé par moi, de telle station, pour leur annoncer que Muhammad et les brigands de Médine161 sont sur mon chemin, et que, s'ils tiennent à leurs biens, ils arrivent ; sinon, qu'ils ne trouveront plus rien.
Dhamdham partit, la caravane restant à la distance de deux étapes de Badr, de même que le prophète, qui l'attendait à son passage près des puits.
Lorganisation des secours mecquois.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 140).
Le lendemain, Abbas162 vint au temple163 et alla s'asseoir à sa place. Les Quraysh avaient pris place, chacun dans un cercle. Tout à coup des cris se firent entendre dans la vallée, et tous se précipitèrent hors de la ville dans la direction de la voix. Pendant ce temps, Abbas accomplissait ses tournées autour du temple. Ces cris étaient poussés par Dhamdham, qui était arrivé et qui fit comme Abu Sufyan le lui avait ordonné. Il alla au haut du mont Abu Qobays, et cria de façon à être entendu de tous les habitants. Ceux-ci furent stupéfaits ; car il n'y avait pas un seul chef de famille qui n'eut dans la caravane un capital.
Abu Jahl, Oqba et les principaux Quraysh firent proclamer une levée générale. On fit en deux jours les préparatifs de guerre et l'on partit le troisième jour. Tous les chefs et grands personnages de la Mecque prirent part à l'expédition, ou envoyèrent des hommes à leur place, sauf la tribu des Banu Adi ibn Kab, qui étaient des personnages considérables et n'étaient pas soumis à Abu Jahl et à Oqba ; en outre, ils n'avaient pas de marchandises dans la caravane.
(...)
Le troisième jour après l'arrivée de Dhamdham, mille hommes sortirent de la Mecque, piétons et cavaliers, montés sur des chevaux arabes et sur des chameaux de course, tous complètement armés. A la porte de la ville, Abu Jahl inscrivit les noms de tous les hommes qui composaient l'armée. Tous étaient pleins de joie et dirent:
-Muhammad pense qu'il en sera d'Abu Sufyan comme dAmir ibn al Hadhrami, dont la caravane venant de Taif, chargée de quelques fruits, de dattes et de raisin, et escortée de quatre hommes, a été enlevée, et lui-même tué par les quelques hommes envoyés par Muhammad. Nous lui montrerons aujourd'hui comment nous protégeons nos biens et notre religion, et comment nous arracherons les hommes de ses mains. Ils emmenèrent avec eux le frère dAmir ibn al Hadhrami, et lui dirent:
-Nous allons venger la mort de ton frère, nous allons tuer celui qui a accompli le meurtre et celui qui l'a ordonné.164
La colique et les fesses jaunes...
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 146).
Oqba répliqua :
- Ton frère n'est pas assez important pour qu'il faille faire la guerre pour lui avec ce grand nombre d'hommes. Si tu veux quitter la tribu des Abd Shams, quitte-la ; dégage-toi de tous liens avec elle, si tu veux, et va où tu voudras.
Amir vint dire ces paroles dOqba à Abu Jahl, qui, se trouvant au milieu de plusieurs hommes, dit :
-Oqba a la colique, expression proverbiale, chez les Arabes, pour dire que quelqu'un a peur. Abu Jahl avait le sobriquet aux fesses jaunes165 . Il avait reçu ce sobriquet parce que, à cause d'une infirmité qu'il avait, il teignit la partie postérieure de son corps avec du safran ; quand on voulait l'injurier, on lui donnait ce nom. Quelques-uns prétendent que cette infirmité lui était venue dans son enfance quand, luttant un jour avec Muhammad, celui-ci l'avait jeté par terre et lui avait rompu une artère166. Les infidèles quraysh avaient coutume de couvrir leurs corps et leurs vêtements de safran dissous dans de l'eau, de façon à être complètement jaunes167 , et ils ne se purifiaient pas ; car de tous les parfums, le plus agréable pour eux était le safran, que l'on va chercher dans le Kirman et sur le territoire de Hamadan168. Quant au bois d'aloès, à l'ambre et au camphre, ils étaient peu estimés, parce qu'on en apporte en grande quantité par la voie de mer, de même que le musc, que l'on apportait, par la voie de mer, de lInde169 .
Or, lorsque Abu Jahl, en parlant dOqba, prononça les paroles que nous venons de dire, celui-ci répliqua :
-Demain on verra qui a la colique, de moi ou de celui aux fesses jaunes.
Oqba se proposa donc de marcher en avant ; mais les autres étaient divisés, les uns voulaient s'en retourner, les autres ne le voulaient pas. Talib ibn Abu Talib, engagea son oncle Abbas à s'en retourner avec lui170. Mais Abbas, n'osait pas, par crainte d'Abu Jahl et des Quraysh171 .
5. La préparation de laffrontement.
Les deux camps se mesurent l'un à l'autre: leur taille, leur mentalité et leur idéologie diffèrent totalement. On passe peu à peu de l'opération de police à la bataille rangée. Le genre littéraire du récit de bataille impose alors une rapide revue des forces en présence.
Lobjectif des musulmans.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 148).
Après avoir été averti par Gabriel que la caravane s'était sauvée et qu'une armée venait à sa rencontre, le prophète réunit ses compagnons pour délibérer avec eux sur ce qu'il y avait à faire. Tous les muhajirun et les ansar étant présents, il leur demanda leur avis. Abu Bakr se leva le premier et dit:
-Ô envoyé d'Allah, nous ferons ce que tu voudras et ce que tu ordonneras. Ceux-là sont nos parents ; mais nous avons cru en toi, et nous avons accepté ta religion, et nous avons renoncé à eux. Nous avons fait de nos corps et de nos ames ta rançon ; nous lutterons contre eux pour toi ; ou Allah te fera triompher d'eux et fera triompher ta religion, et l'infidélité sera exterminée dans le monde ; ou nous périrons tous pour toi.
Le prophète remercia Abu Bakr, lui donna des éloges et lui dit de s'asseoir ; car il désirait savoir si les ansar prendraient ou non ce même engagement, sachant bien que les muhajirun lui prêteraient aide et secours, tandis qu'il craignait que les ansar et les gens de Médine ne s'en retournassent ; car, dans la nuit dAqaba, alors qu'ils avaient prêté serment au prophète, Sad ibn Moath, lui avait dit172 :
-Ô envoyé d'Allah, viens avec moi à Médine!
Le prophète avait répondu :
-Je n'ai pas encore reçu de message ni d'ordre d'Allah à cet égard. Allez, j'enverrai mes compagnons et attendrai les ordres qu'Allah me donnera.
Sad avait répliqué :
-S'il en est ainsi, nous ne sommes pas responsables de ta vie et de ta sûreté jusqu'à ce que tu viennes à Médine.173
Les chevaux des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).174
Une personne lettrée ma dit quà Badr, les musulmans avaient les chevaux suivants:
al Sabal appartenait à Marthad ...
al Ghanawi
Bazaja appartenait à al Miqdad ibn Amir al Bahrani (dautres disent que son nom était Sabha).
al Yasub appartenait à al Zubayr ibn al Awwam.
Les polythéistes avaient cent chevaux.
La lettre de Urwa sur la bataille.175
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1284-1288).176
Urwah a écrit à Abd al Malik ce qui suit:
Tu nous as écrit pour nous demander des renseignement sur Abu Sufyan et les circonstances de lexpédition. Abu Sufyan ibn Harb est venu de Syrie à la tête denvion 70 cavaliers de tous les clans des Quraysh. Ils étaient alllés faire du commmerce en Syrie et revenaient ensemble avec leur argent et leurs marchandises. Le messager dAllah et ses compagnons furent informés à leur sujet. Ceci est arrivé après que les combats aient éclaté entre les deux camps et que des gens aient été tués, tels que ibn al Hadrami à Nakhlah, et que des Quraysh aient été faits prisonniers, parmi lesquels un des fils dal Mughirah et leur client ibn Kaysan. Les responsables en étaient Abd Allah ibn Jahsh et Waqid, confédérés des Banu Adi ibn Kab, avec dautres compagnons que le messager dAllah avait envoyé avec Abdallah ibn Jahsh. Cet incident avait provoqué un état de guerre entre le messager dAllah et les Quraysh et ce fut le début du combat dans lesquels ils sinfligèrent mutuellement des pertes ; cela arriva avant quAbu Sufyan et ses compagnons aillent en Syrie.
Abu Sufyan et ses compagnons qui étaient avec lui suivaient de retour de Syrie suivaient la route côtière. Dès que le messager dAllah le sut, il appela ses compagnons et leur parla des richesses quils possédaient et de leur faible nombre. Les musulmans se préparèrent donc sans autre objectif quAbu Sufyan et ses cavaliers. Ils pensaient quil ny avait rien dautre quun butin facile à prendre et ils nimaginaient pas quil y aurait une grande bataille à leur contact. Cest que ce qui concerne ce quAllah a révélé:
Rappelez vous quand Allah vous promettait quun des deux groupes serait à vous...177
Quand Abu Sufyan sut que les compagnons du messager dAllah étaient en marche pour les intercepter, il envoya un message pour les Quraysh, qui disait:
-Muhammad et ses hommes sont sur le point dintercepter votre caravane, alors venz protéger vos biens.
Quand les Quraysh lapprirent, et comme tous les clans des Kab ibn Luayy étaient représentés dans la caravane dAbu Sufyan, le peuple de la Mecque commença à sagiter. Un corps de troupe fut tiré des clans intégrés dans les Banu ibn Luayy, mais sans personne du clan des Banu Amir, à lexception du clan subalterne des Malik ibn Hisl.178
Ni lenvoyé dAllah ni ses compagnons ne surent que cette force était levée, jusqu à ce que le prophète natteigne Badr, qui était sur litinéraire que les cavaliers des Quraysh avaient pris, cest-à-dire la route côtière vers la Syrie. Abu Sufyan évita Badr et se rapprocha de la route côtière de peur dune embuscade à Badr.
Le prophète avança et passa la nuit près de Badr. Il envoya al Zubayr ibn al Awwan à la tête dun groupe de ses hommes, au point deau de Badr. Ils ne pensaient pas que les Quraysh étaient venus contre eux, mais alors que le prophète était en prière, quelques porteurs deau des Quraysh firent leur apparition pour tirer de leau au puit. Parmi ces porteurs, il y avait un esclave noir des Banu al Hajjaj. Les hommes que le messager dAllah avait envoyé avec al Zubayr le capturèrent tandis que ses camarades purent senfuir vers les Quraysh. On lamena auprès du prophète à son bivouac, et on le questionna à propos dAbu Sufyan et de ses compagnons, sans lidée quil faisait partie de ce groupe. Lesclave leur dit ce qui concernait la forcede secours, qui lavait levée, qui étaient ses chefs, et il leur donna des informations exactes. Mais les informations étaient bien mal venues, puisque lobjectif principal était Abu Sufyan et ses compagnons.
Pendant ce temps, le prophète priait, se levant et se prosternant, mais voyant et entendant aussi ce que disait lesclave. Quand lesclave dit que les Quraysh étaient venus pour le rencontrer, ils avaient commencé par le battre en le traitant de menteur, disant:
-Tu essaies de cacher les intentions dAbu Sufyan et de ses compagnons.
Ils le battaient très sévèrement et linterrogeaient sur Abu Sufyan et ses compagnons, alors quil navait aucune connaissance deux, puisquil nétait quun porteur deau et enfin, il dit:
-Oui, cest bien Abu Sufyan.
En réalité, le convoi était en dessous deux, comme il est dit dans les paroles dAllah:
-Quand vous étiez sur le versant le plus proche et les ennemis sur le plus éloigné, tandis que des gens montés étaient en dessous de vous...179.
Quand lesclave leur dit cela cest le Quraysh qui est venu contre vous, ils lavaient battu, mais quand il dit Cest Abu Sufyan, ils le laissèrent tranquille.
Quand le prophète vit ce quils avaient fait, il quitta la prière, ayant entendu linformation que lesclave avait donnée. Il assurent tous que le messager dAllah a dit:
-Par celui dans la main duquel repose mon esprit, vous lavez battu quand il disait la vérité, et vous le laissez quand il ment.
Ils répondirent:
-Il nous a dit que les Quraysh sont venus.
Il dit:
-Il dit la vérité. Les Quraysh sont venus protéger leurs cavaliers.
Il fit appeler lesclave et le questionna, et lesclave lui dit tout sur les Quraysh et il ajouta:
-Je ne sais rien sur Abu Sufyan.
Il lui demanda aussi combien ils étaient et lesclave dit:
-Par Allah, je nen sais rien ; ils sont nombreux.
Ils affirment que le prophète a dit:
- Qui les a nourri le jour davant-hier?
Lesclave donna le nom de celui qui les avait nourris.
Puis il dit:
-Et combien de chameaux a t-il tué pour eux?
-Neuf.
Puis il dit:
- Qui les a nourris hier?
Lesclave donna le nom de celui qui les avait nourris.
Puis il dit:
-Et combien de chameaux a t-il tué pour eux?
-Dix.
-Ils doivent alors être entre 900 et 1000.
effectifs des Quraysh ce jour là étaient en fait de 950.
Le prophète alla vers le puit et descendit de son cheval. Il fit tirer leau du puit et posta ses hommes autour de lui, attendant larrivée d elenmi. Quand le messager dAllah est arrivé à Badr, il a dit:
-Cest là que nous combatttrons.
Les Quraysh saperçurent que le prophète avait atteint Badr, et lavait occupé. Ils sapprochèrent, et on dit que le prophète dit alors:
-Ce sont les Quraysh, qui sont venus avec leur vacarme et leur orgueil, pour nous affronter et montrer que votre messager est un menteur. Ô Allah, je te demande ce que tu mas promis.
A larrivée des Quraysh, il prit de la poussière et la jeta à leurs visages, et Allah les mit en fuite. 180
Avant que le prophète ne rencontra la force de la Mecque, un cavalier dAbu Sufyan et son convoi est venu ves eux, et dit:
-Rebroussez chemin! signifiant ainsi que les Quraysh étaient sur le point de faire retraite, alors quils étaient en fait à al Juhfah.
Ils lui dirent:
-Par Allah, nous ne reculerons pas sans passer par Badr, pour rester là trois nuits, de telle façon que les gens du Hedjaz venus pour nous voir puisse nous voir, pour quaucun Arabe qui nous voit avec notre armée et nose nous attaquer.
-Ne soyez pas comme ces infidèles qui sortent de leur habitat, avec pompe et ostentation publique...181
La force mecquoise et le prophète se rencontrèrent et Allah donna la victoire à son messager, humilia les chefs des infidèles, et rassasia la soif de revanche des musulmans182.
Lélite des Mecquois: le foie de la Mecque.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 436).
Lenvoyé demanda combien ils étaient et quand ils dirent beaucoup, il demanda leur nombre, mais cela ils ne le savaient pas ; alors il demanda combien de chameaux avaient été sacrifiés chaque jour, et quand ils répondirent entre neuf et dix, il dit:
-Alors ces gens sont entre 900 et 1000.
Il demanda combien de nobles des Quraysh étaient parmi eux. Ils dirent:
-Oqba, Shyaba, Abul Bakhtari, Hakim, Nawfal, al Harith ibn Amir, Tuayma, al Nadr, Zamaa, Abu Jahl, Ummaya, Nabih, Munabbih, Suhayl, Amir ibn Abdu Wudd.
Lenvoyé sapprocha des gens et dit:
-Cette Mecque est en train de vous jeter des morceaux de son foie!183
La pluie sur Badr.
(Corpus coranique d'Othman 8/11).
Rappelez-vous quand Allah vous recouvrait un sommeil -sécurité venue de lui- quand, du ciel, il faisait descendre sur vous une eau pour vous purifier, pour chasser de vous la souillure du démon, pour ranimer vos coeurs et affermir vos talons.
Le combat pour leau.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 148).
Un homme nommé Aswad ibn Abdul Asad, de la tribu de Makhzum, dit :
-Je jure que je boirai à leur bassin!
Et il s'en approcha. Hamza ibn Abdul Muttalib, se précipita sur lui, et, d'un coup de sabre, lui coupa une jambe. Aswad tomba, et traîna son corps et la jambe détachée, dont le sang coulait, vers le bassin, en disant :
-Je m'y plongerai, j'y mourrai, n'importe ; au moins aurai-je gâté leur eau.
A ces mots, il se plongea dans le bassin. Hamza le frappa d'un autre coup et le fit tomber dans l'eau, qui fut mêlée de sang184 . D'autres infidèles s'approchant pour boire, les musulmans voulurent les en empêcher. Mais le prophète leur dit :
-Laissez-les ; car tout infidèle qui boira de cette eau sera tué.
Il arriva ainsi que le prophète l'avait dit. Ensuite les infidèles cherchèrent de l'eau à d'autres puits, à la distance de deux ou trois parasanges, parce qu'il n'y avait d'eau que dans les puits qui étaient occupés par le prophète.
Les révélations matinales
(Corpus coranique d'Othman 8/43-46).185
Quand vous étiez sur le versant le plus proche et les ennemis sur le versant le plus éloigné, tandis que les gens montés étaient en dessous de vous -, si vous vous étiez convenu d'un rendez-vous, vous vous seriez opposés sur le choix de ce rendez-vous, mais tout advint pour qu'Allah accomplit un ordre qui reçut exécution, pour que périt celui qui périt sur vue d'une preuve et pour que vécut celui qui vécut sur vue d'une preuve.
En vérité, Allah est certes audient et omniscient.
Rappelle-toi quand, en songe, Allah te faisait voir les ennemis peu nombreux car s'il te les avait fait voir nombreux, vous auriez perdu courage et auriez discuté sur l'affaire, mais Allah vous a donné apaisement.
Il connait les pensées des curs.
Rappelez-vous quand Allah, au moment de la rencontre, faisait apparaître vos ennemis peu nombreux à vos yeux et vous minimisait à leurs yeux, pour qu'Allah accomplit un ordre qui reçut exécution!
A Allah reviennent les ordres.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 149).
Lorsqu'ils y arrivèrent, ils apprirent que le prophète les avait déjà occupés186 . Ils firent halte derrière une grande colline de sable, qui empêchait les deux armées de se voir, mais non de s'entendre. Le prophète se trouvait sur le terrain rapproché des puits, tandis que les Quraysh étaient sur un terrain éloigné des puits, dans la vallée, comme il est dit dans le Coran:
... Vous étiez plus rapprochés dans la vallée et les ennemis étaient plus éloignés, etc187
(...)
A son réveil, il fit part de son rêve à ses compagnons, et l'interpréta dans ce sens que les ennemis seraient mis en fuite. Il est dit dans le Coran:
... Allah t'a montré en songe les ennemis peu nombreux ; s'il te les avait montrés en grand nombre, vous auriez perdu courage, etc188
(...)
...et de même l'armée ennemie semblait peu nombreuse aux yeux des musulmans, qui prirent courage, comme il est dit dans le Coran: ... Allah les fit paraître peu nombreux à vos yeux, etc. 189
7. Le combat.
L'assaut est donné, alternant chocs de masses et duels entre héros. C'est l'occasion de pages glorieuses et sanglantes, qui parfois dépassent le sens du raisonnable : de l'eau souillée à propos, des dattes encourageant le jihad, des membres volant en l'air, des bâtons transformés en sabres par magie, des anges armés par milliers frappant l'ennemi, tout concourt à la féérie du combat de Badr ; l'outrance et la fantaisie lui enlèvent du coup toute crédibilité aux yeux des historiens.
Le cri de guerre des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).190
Le cri de guerre des compagnons de lenvoyé était:
-Un seul! Un seul!191
Le rôle tactique de leau.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 439).
...al Hubab (...) demanda à lenvoyé:
-Est-ce ici lendroit quAllah ta ordonné doccuper, pour que nous ne puissions ni avancer, ni reculer, où est-ce une question dopinion, ou de tactique militaire?
Comme il répondit que cétait la dernière solution, il fit remarquer que ce nétait pas la meilleure place où se mettre, et quils devraient plutôt aller vers leau, plus près de lenemi et de sarrêter là, de bloquer les puits dà côté, et de construire une citerne avec de leau dedans ; ainsi, ils pourraient combattre un ennemi qui naurait plus rien à boire. Lenvoyé admit que cétait un bon plan et il fut aussitôt appliqué192 ; les puits furent bloqués ; une citerne fut construite et rempli d'eau pour que les hommes puissent remplir leurs récipients.
Les combats singuliers.193
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 154 ).
Le premier qui sortit des rangs de l'armée des infidèles fut Oqba, à cause du reproche qu'Abu-Jahl lui avait fait de manquer de courage. Il était de taille plus élevée que tous les Quraysh, et l'on ne trouvait pas de casque assez large pour sa tête. Il roula un turban autour de sa tête, revêtit sa cuirasse, prit toutes ses armes et vint se placer entre les deux armées. Son frère Shayba et son fils Walid le suivirent. Oqba défia les musulmans à un combat singulier194.
(...)
Le prophète dit à Ali ibn Abu Talib, à Hamza ibn Abdul Muttalib, et à Obayda ibn Harith ibn Abdul Muttalib :
-Allez, vous êtes leurs égaux et de la même famille qu'eux.
Obayda, le plus âgé d'entre eux, se plaça en face dOqba ; Hamza, devant Shayba, et Ali, devant Walid. Ces derniers étaient jeunes tous les deux: Ali n'avait pas encore vingt ans. Hamza était âgé de cinquante-trois ans. Ali attaqua Walid et le fendit en deux. Hamza tua également son adversaire Shayba. Otba, luttant avec Obayda, le frappa d'un coup de sabre qui lui coupa la cuisse, de sorte que la moelle sortit de l'os. Ali et Hamza accoururent, tuèrent Oqba et emportèrent Obayda dans leur camp195 . Le prophète, le voyant dans cet état, lui dit:
-Sois content, ô Obayda, tu n'es séparé du paradis que par le dernier souffle de ton âme ; tu entreras dans le paradis éternel.
Obayda dit:
-Si Abu Talib vivait encore, il verrait que j'ai réalisé ce qu'il a dit dans son vers :
Nous ne vous l'abandonnerons pas avant que nous
et nos enfants soyons tués autour de Muhammad.
J'ai plus de mérite que lui. Le prophète lui dit :
-Tu as plus de mérite que lui ; car lui n'a fait que le dire, mais toi, tu l'as réalisé par le fait.
La datte ou le paradis.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 156).
Le prophète excitait toujours ses soldats. Un homme d'entre les ansar, nommé Omayr ibn Hammam, tenait dans la main quelques dattes, qu'il mangeait sous les yeux du prophète. Celui-ci, en exhortant les soldats, dit:
-Il ne vous faut, pour obtenir le paradis, que trouver le martyre.
Omayr, entendant ces paroles, jeta ses dattes, en disant :
-S'il en est ainsi j'ai assez d'une datte jusqu'à ce que j'entre dans le paradis.
Il tira son sabre, se lança dans les rangs des ennemis, en frappa et en tua plusieurs, et fut tué lui-même.
(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 1315).196
Anas a dit : "Le messager d'Allah et ses compagnons se mirent en route de façon à être les premiers à la vallée de Badr. Puis arrivèrent les idolâtres. Le messager d'Allah dit :
-"Nul de vous ne croira être arrivé le premier à un endroit sans que je n'y sois déjà avant lui".
A ce moment les idolâtres s'avancèrent et le messager d'Allah dit :
-"Debout à un Paradis ayant la largeur des deux et de la terre!".
Umayr Ibn Al Hamam Al Ansari dit :
-"Ô messager d'Allah! Un Paradis large comme les cieux et la terre?".
Il dit : "Oui",
Umayr dit :
-"Quelle chose formidable!"
Le messager d'Allah lui dit :
-"Qu'est-ce qui te porte à dire : "Quelle chose formidable?""
Il dit :
-"Rien d'autre, Ô messager d'Allah, qu'un espoir d'être de ses méritants".
Il lui dit :
-"Et tu en es effectivement".
Il sortit alors quelques dattes de son carquois, se mit à les manger puis dit :
-"Si je vivais tout le temps qu'il faut pour manger ces dattes, ce serait une trop longue vie".
Il jeta donc les dattes puis combattit l'ennemi jusqu'à ce qu'il fût tué".
(ibn Sad, Tabaqat I 216).
Ukkasha ibn Mishan brisa son sabre le jour de Badr. Lapôtre d'Allah lui donna un bâton qui se transforma dans sa main en un sabre aiguisé de fer pur, et à la lame solide.
Le sourire dAllah.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 445).
...Awf ibn Harith (....) demanda:
-Ô envoyé dAllah, quest ce qui fait que le seigneur sourit avec joie à son serviteur?
Il répondit:
-Quand il plonge au milieu de la masse ennemie sans cotte de maille197.
Awf enleva la cotte de maille qui était sur lui et la jeta: puis il saisit son sabre, attaqua lennemi et à la fin, il fut massacré.
Lépieu de Badr.
(Bukhari, Sahih 64/12, 3).
Az Zubayr a dit:
-Le jour de Badr, jai rencontré Obayda ibn Sayd, couvert darmures au point quon ne voyait plus que ses yeux. Ce personnage, quon avait surnommé Dhat al Karsh, le dit:
-Cest moi Dhat al Karsh.
Aussitôt je fondis sur lui et lui transperçait loeil avec mon épieu. Il tomba mort.
(...)
Je posais le pied sur lui, et, marc-boutant, jeus toutes les peines du monde à retirer lépieu dont les extrémités furent faussées. Lenvoyé d'Allah me demanda mon épieu ; je lui remis et il le prit. Abu Bakr le lui demanda et le prophète lui donna ; à son tour, Omar le demanda et Abu Bakr lui remit...
La surprise de Gabriel.
(ibn Sad, Tabaqat II 29).
Alors que lapôtre d'Allah combattait les polythéistes à Badr, Gabriel a surgi sur une jument rousse. Il avait des mèches sur son front, une cotte de maille et la pointe de sa lance était couverte de poussière198 . Il dit:
-Ô Muhammad! Allah menvoie et ma commandé de ne te laisser que si tu es content. Es tu content?
-Oui, je suis content!
Alors il le quitta.
Le secours des anges tueurs.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 156).
Pendant qu'ils parlaient ainsi, Gabriel vint avec mille anges, se présenta au prophète et lui dit :
-Sois content ; Allah m'a envoyé à ton secours avec mille anges.
Puis il lui récita ce verset du Coran:
Le jour où vous demandiez l'assistance de votre Seigneur, il vous exauça. Je vous assisterai, dit-il, de mille anges se suivant les uns les autres. 199
Le prophète dit :
-Ô, mon frère Gabriel200, mille anges!
Gabriel dit:
-Trois mille, ô Muhammad.
- Trois mille! répéta le prophète
- Oui, cinq mille , répliqua Gabriel.
Aussitôt le prophète sortit en courant de la cabane pour porter aux musulmans cette bonne nouvelle.
Il cria à haute voix :
-Allah a envoyé trois mille anges à votre secours.
Ils répétèrent dans leur joie : Trois mille!
-Oui, cinq mille, répliqua le prophète201.
Ensuite Gabriel récita au prophète le verset suivant :
Allah vous a secourus à Badr, car vous étiez faibles...
Alors tu disais aux fidèles : Ne vous suffit-il pas que votre Seigneur vous assiste de trois mille anges? etc. 202
Le prophète récita le verset aux fidèles. Il vit comment les anges, tenant dans leurs mains des batons, se mettaient en ligne avec les musulmans.
Allah leur avait ordonné de se tenir dans les rangs des musulmans.
-Car moi, leur dit-il, j'ai jeté la crainte dans les curs des infidèles, et vous, frappez-les sur la tête, sur le cou et sur tout le corps.
Il est dit dans le Coran :
Ton Seigneur dit aux anges : Je suis avec vous, etc. 203
Lorsque les anges se disposèrent à charger l'armée impie, le prophète ramassa une poignée de poussière et la jeta contre les infidèles, en disant :
-Que vos faces soient confondues204 !
Allah commanda au vent de porter cette poussière aux yeux des infidèles, qui en furent aveuglés. Chargés par les anges, qui étaient en avant des fidèles, ils se mirent à fuir. Les anges les poursuivirent, les frappèrent de leurs bâtons et les firent tomber. Chaque coup qu'un ange portait à un infidèle lui brisait tous les os de son corps, depuis la tête jusqu'aux pieds, et lui rompait les veines et les nerfs ; l'homme tombait et remuait convulsivement, sans qu'aucune blessure fut visible sur son corps, et sans que son sang coulât. Quand les fidèles arrivaient, ils attaquaient les hommes ainsi frappés, leur faisaient des blessures et faisaient couler leur sang. Les compagnons du prophète ont raconté :
-Il y eut des hommes dont la tête fut séparée du corps et la nuque brisée avant que notre épée les eut atteints. Il y en avait d'autres qui, lorsque nous les attaquâmes, étaient étendus par terre, agonisant, mais sans blessure. Leurs corps étaient brisés, mais la vie ne les avait pas encore quittés. Nous reconnûmes que cela n'était pas de notre fait, mais l'oeuvre d'Allah.
Il est dit, en effet, dans le Coran205 :
Ce n'est pas vous qui les avez tués, mais Allah ; ce n'est pas toi qui as jeté la poussière, mais Allah, etc206 .
8. Les exécutions des prisonniers.
Le combat est sans doute médiocre, mais cela n'empêche pas le massacre qui suit d'être spectaculaire: il y a les morts au combat, où le sabre tranche un peu au hasard et il y a ensuite les décapitations vengeresses207 . L'ensemble est clos d'une manière atroce, par le dépôt des cadavres dans un puits. C'est la conclusion sanglante de la période mecquoise, après de multiples malédictions contre ses ennemis, dont le Coran lui-même porte la trace.
Lexécution dAbu Jahl.208
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 161).
Lorsque le prophète donna l'ordre de rechercher Abu Jahl, de ne pas le laisser échapper, de le chercher parmi les morts et de le lui amener mort ou vif, parce que, disait-il, c'était un homme dangereux, l'un des ansar, nommé Moadh ibn Amir ibn al Jamuh, ne songea qu'à chercher Abu Jahl. Il le rencontra enfin dans le camp des infidèles, monté sur un cheval arabe ; il était avec son fils Ikrima. Moadh, le frappant de son sabre, lui enleva le bras droit, et Abu Jahl tomba de son cheval. Ikrima accourut et, d'un coup de sabre, coupa le bras de Moadh, qui se sauva. Moadh vivait encore, n'ayant qu'un bras, sous le califat dOthman.
D'après une autre version, Abu Jahl serait tombé de cheval, ayant une jambe coupée. Ikrima se tenait devant son père, et ne le quittait pas. Un autre homme des ansar, nommé Moawwidh ibn Afra, vint à y passer, et, voyant Abu Jahl assis, le sang coulant de sa jambe, il lui asséna sur les épaules un coup de sabre qui pénétra jusqu'à la poitrine. Abu Jahl tomba dans la poussière. Ikrima s'approcha, frappa Moawwidh et le tua. Voyant que son père était perdu, il s'en alla. Abdallah ibn Masud, l'un des plus faibles des musulmans, s'était dit :
-Je m'occuperai des morts ; j'irai voir lesquels d'entre les Quraysh ont été tués.
En examinant les cadavres, il trouva Abu Jahl, qui avait encore un souffle de vie. Il le retourna, l'étendit sur le dos et s'assit sur sa poitrine. Addallah n'avait pas d'autre arme qu'un bâton. Abu Jahl avait un grand couteau ; Abdallah le prit pour lui trancher la tête. A ce moment, Abu Jahl ouvrit les yeux pour voir qui il était. Reconnaissant Abdallah, qui, avant l'islam, avait été son berger, il lui dit :
-Ô pâtre des timides moutons, à quelle place t'es-tu assis!
Abdallah répliqua:
- Qu'Allah soit loué de m'avoir accordé cet honneur!
- Quel honneur vois-tu en moi? dit Abu Jahl. Tu vois qu'on a tué tant de nobles Quraysh ; prends-moi avec eux! Mais à qui est la victoire ?
Abdallah répondit:
-A Allah, à son prophète et aux croyants.
Abdallah lui trancha la tête, la porta au prophète et la jeta sur la terre devant lui.
Le prophète se prosterna et rendit grâces à Allah.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 452).
.... Alors je lui ai tranché la tête et je lai apportée à lenvoyé en disant:
-Voici la tête de lennemi dAllah, Abu Jahl.
Il dit:
-Par Allah, en espérant quil ny en a pas dautre! (cétait une forme de serment pour lui).
-Oui, ai-je répondu, et jai jeté sa tête devant lenvoyé et il rendit grâce à Allah.
(Muslim, Sahih 32-3296). 209
Abdurrahmân ibn Awf210 a dit : Etant dans le rang le jour de Badr, et regardant à ma droite et à ma gauche, je m'aperçus que j'avais à mes côtés deux ansâr, encore tout jeunes. Je souhaitai me trouver entre des voisins plus solides au combat; mais l'un d'eux, en me faisant signe de l'il, me dit :
-"Mon oncle, est-ce que tu connais Abu Jahl?".
- "Oui, fils de mon frère, lui répondis-je, et que lui veux-tu?".
- "On m'a dit, reprit-il, qu'il avait injurié l'envoyé d'Allah; par celui qui tient mon âme entre Ses mains, si je le vois, mon ombre ne quittera la sienne jusqu'à ce que je le tue ou que lui me tue".
Je m'étonnai fort de ce langage, lorsque mon autre voisin me fit signe de l'il et me tint les mêmes propos, je ne tardai pas à apercevoir Abu Jahl qui tournoyait dans la mêlée.
- "Eh bien!, dis-je aux jeunes hommes, voilà votre homme, celui que vous cherchez".
Ils volèrent vers lui et le sabrèrent à mort. Puis, ils se rendirent auprès du prophète et l'informèrent de leur exploit.
- "Lequel de vous l'a tué?", leur demanda-t-il.
- "C'est moi!", répondirent-ils tous deux.
- "Avez-vous essuyé vos sabres?", reprit-il.
Ils dirent que non. Alors il regarda leurs sabres et leur dit :
-"Vous l'avez tué, tous les deux; mais ses dépouilles appartiennent à Mu`âdh ibn `Amir ibn Al Jamûh".
En effet, les deux hommes étaient Mu`âdh ibn `Amir ibn Al Jamûh et Mu`âdh ibn `Afrâ'. (le sabre de Mu`âdh ibn `Amir ibn Al Jamûh portait des traces du contenu de l'abdomen, attestant que c'était lui qui avait achevé le meurtre tandis que l'autre n'avait fait que blesser Abu Jahl).211
(Muslim, Sahih 19/4436).
... lenvoyé dAllah dit, après la bataille:
-Êtes-vous surs de ce qui est advenu dAbu Jahl?
ibn Masud est parti chercher les informations. Il sut que les deux fils de Affra lavaient frappé, et quil gisait, proche de la mort. Il le prit par la barbe et dit:
-Es-tu Abu Jahl?
(Muslim, Sahih 32-3358).
D'après Anas ibn Mâlik, l'envoyé d'Allah a dit (après la bataille de Badr) :
-"Qui de vous peut aller voir ce qui est arrivé à Abu Jahl?".
ibn Masûd partit alors et le trouva frapper à mort par les deux fils d'Afrâ. Il le prit par sa barbe et lui dit :
-"C'est toi Abu Jahl?".
Celui-ci répondit :
-"Y a-t-il un homme plus noble que moi, que vous ayez tué?". - ou suivant une variante : que les siens aient tué?
D'après le transmetteur, Abu Mijliz a ajouté : Abu Jahl a dit :
-"Si seulement un autre qu'un laboureur m'a tué!"
(Dawud, Hadith 14/ 2703).212
Je dis:
-Ô ennemi dAllah, Abu Jahl, Allah rejette un homme qui est loin de sa miséricorde.
Je navais pas peur de lui à ce moment. Il répondit:
-Cest très étrange quun homme soit tué par son propre peuple.
Je lai frappé avec une épée émoussée. Cela na pas marché, alors son épée est tombée de sa main, et je lai frappé avec elle jusquà ce quil soit mort.
(Muslim, Sahih 19/ 4341).
-Peu après, jai vu Abu Jahl.
Il se déplaçait parmi les hommes. Jai dit aux deux garçons:
-Ne voyez-vous pas? Cest celui que nous cherchons.
Aussitôt, ils se ruèrent sur lui, le frappèrent de leurs sabres jusquà ce quil meure. Ensuite, ils retournèrent vers le messager dAllah et linformèrent. Il demanda:
-Lequel dentre vous la tué?
Chacun deux dit:
-Je lai tué.
Il dit:
-Avez vous nettoyé vos sabres?
Ils dirent:
-Non.
Il examina les sabres et dit:
-Vous lavez tué tous les deux...
Oqba ibn Abu Muayt lOmmeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 25).213
Un autre membre du clan des Banu Ummaya était alors Oqba ibn Abu Muayt Aban ibn Amir ibn Ummaya, qui fut un des plus acharnés opposants et persécuteurs du messager dAllah jusquau moment où il laffronta à Badr, où il fut capturé, amené devant lapôtre d'Allah. Muhammad ordonna quil soit exécuté.
Oqba protesta:
-Hélas pour moi! pourquoi dois-je être tué, ô Quraysh? Pourquoi serais-je le seul à être exécuté parmi tous les autres captifs?
Lapôtre d'Allah répliqua:
-A cause de son hostilité persistante envers lapôtre d'Allah!!
Oqba cria:
-Ô Muhammad, sois clément envers moi! Traite-moi comme les autres captifs, qui sont de ton peuple et du mien! Ô Muhammad, qui va se charger de mes enfants?
Le prophète répondit:
-Le feu infernal!
Ensuite, ils lexécutèrent en le décapitant.
On dit aussi que lapôtre d'Allah ordonna quil soit crucifié, et quil a été le premier à être crucifié au temps de lislam.
(...)
Lapôtre d'Allah a dit à Oqba:
-Par Allah, je vais certainement te tuer!
Ceux qui étaient présents protestèrent:
-Vas-tu le tuer lui seulement, parmi tous les Quraysh?
Il dit:
-Oui, en vérité. Une fois, il ma appuyé le cou et larrière de la tête contre le sol avec son pied, alors que jétais en train de faire la prière.... Une autre fois, alors que jétais aussi en prière, il me jeta sur la tête la membrane foetale dune brebis. Donc, je vais le tuer.
Rêglement de compte après la victoire.
(Corpus coranique d'Othman 8/5-8).
De même que ton seigneur ta fait sortir de ta demeure, avec la vérité, alors quune partie des croyants avait certes aversion pour cela, de même ils disputent contre toi, prophète, au sujet de la vérité même après que celle-ci se soit manifestée, comme sils étaient poussés à la mort, alors quils sont dans lexpectative.
Rappelez-vous quand Allah vous promettait quun des deux groupes serait à vous, quand vous désiriez que fut à vous le groupe non redoutable, alors quAllah voulait réaliser la vérité, par son arrêt, et exterminer jusquau denrier des infidèles, tout cela afin de réaliser la vérité et danéantir le faux, en dépit des coupables.
Menaces contre les vaincus.
(Corpus coranique d'Othman 8/19).
Infidèles!
Si vous cherchez où est le succès, le succès est là, devant vous.
Si vous cessez dêtre hostiles, cela sera un bien pour vous.
Si vous recommencez, nous recommencerons, et votre masse ne vous servira à rien, fut-elle nombreuse.
Sachez quAllah est avec les croyants!
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1335).214
Salamah ibn Salamah a dit:
-De quoi nous félicitent-ils? Par Allah, nous navons rencontré que des vieilles femmes chauves215 , comme des chameaux entravés pour le sacrifice, et puis nous les avons massacrés.
Le messager dAllah sourit et dit:
-Mon neveu, cétaient les membres du sénat216.
Malédiction contre les vaincus.
(Corpus coranique d'Othman 3/7-11).
Seigneur! tu es celui qui réunira les hommes, en un jour sur lequel n'est pas de doute.
Allah ne manque point à sa promesse.
En ce jour ni leurs biens ni leurs enfants ne serviront à rien, contre Allah, à ceux qui auront été infidèles.
Ceux-là seront matière ignée217 pour le feu.
Leur sort sera comme le sort des gens de Pharaon218 et de ceux qui furent avant eux: ces gens, ayant traité nos signes de mensonges, Allah les a fait périr pour leurs péchés219 .
Allah est terrible en son châtiment.
Dis à ceux qui ont été impies: Vous serez vaincus et rassemblés vers la géhenne.
Quelle détestable couche!
Vous avez eu un signe en deux troupes qui se rencontrèrent: une troupe combattait dans le chemin dAllah alors que lautre était infidèle.
A vue doeil, ils se voyaient à nombre égal.
Allah assiste de son secours qui il veut.
En vérité, en cela est un objet de réflexion pour ceux doués de clairvoyance.
Déploration dune soeur220 pour un frère exécuté.
(Poème de Qutayla).221
Cavalier, prends ton élan et galope
jusquà Uthayl: tu atteindras ce lieu
après quatre jours, si tout est propice.
Dis à mon frère qui gît là, tué,
que du campement mon salut jenvoie,
qui fait ruer nos chevaux de bataille.
Pour toi, ô disparu, coulent mes larmes,
lait ruisselant de seins généreux,
qui métouffent lorsque je les retiens.
Cavalier, lorsque mon salut, là-bas,
tu porteras en longs cris douloureux,
le mort tentendra t-il? Sa bouche est close.
Ses cousins eux-mêmes lont frappé
de leurs sabres sanglants à Uthayl
acharnés à rompre les liens du sang.
On la traîné, accablé sous les chaînes
dont on lavait chargé, et vers la mort conduit
dans les liens, comme une main entravée.
Ô Muhammad, issu de parents nobles,
ta bonté naurait causé aucun mal222 ;
bien quirrité, le généreux pardonne.
Si tu avais voulu une rançon,
nous taurions envoyé des dons précieux,
les plus rares quon pût trouver ici.
Parmi ceux que tu as vu dans lerreur,
al Nadir était ton parent le plus proche,
digne dêtre affranchi de lesclavage.
Le meurtre dAbu Jahl raconté dans un manuel français pour enfants musulmans.
(La Voie du Petit Musulman tome 5, p. 47).223
Abderrahmane ibn Awf rapporte lanecdote suivante: alors que jétais debout dans les rangs le jour de la bataille de Badr, jai regardé à droite et à gauche et jai aperçu deux adolescents médinois dont jaurai aimé avoir la même force. lun deux me fit signe et me dit:
-Connais-tu Abou Jahl?
-Oui, répondis-je; pourquoi minterroges-tu à son sujet, jeune homme?
Il reprit: jai appris quil insultait le Prophète. je jure que si je laperçois, je ne le quitterai pas tant que lun de nous naura pas achevé lautre. Je fus très surpris de ses propos et voilà que lautre me fait signe et me dit la même chose. Soudain, japerçut224 Abou Jhal parmi la foule et je leur lança225 : voilà lhomme que vous cherchez. Il226 se jetèrent alors sur lui et le frappèrent jusquà la mort avec leurs épées. Ils allèrent ensuite chercher le Prophète pour lui annoncer la nouvelle.
-Qui la tué? interrogea le Prophète.
Chacun deux répondit:
-Cest moi qui lai tué!
Il les interrogea à nouveau:
-Avez-vous essuyé vos épées?
-Non, répondirent-ils.
Puis le Prophète scruta les deux épées et leur lança:
-Vous deux lavez tué!
9. Le sacrilège du puits.
Muhammad, pour une raison inconnu pratique un rituel inédit: il jette les corps des ennemis dans un puits asséché puis les insulte. Toute la rancoeur des années mecquoises ressort dun coup.
On sent dans cet épisode que lentourage de Muhammad est très embarrassé par cet acte dun irrespect total: ces combattants sont musulmans mais ils ont encore de la famille dans lautre camp.
La Tradition islamique elle-même est mal à laise.
Les cadavres jetés dans le puit.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 162).
A la tombée de la nuit, les musulmans revinrent au camp, cessant la poursuite. Le prophète ordonna de traîner les cadavres au bord d'un certain puits sans eau, et de les y jeter, sauf Omayya227 ibn Khalaf, dont le cadavre était entré immédiatement en décomposition, et que l'on ne pouvait pas déplacer ; on l'enfouit dans la poussière. Le prophète, se plaçant au bord du puits dans lequel on avait jeté les cadavres, appela chacun des morts par son nom et dit :
-Ô Oqba, ô Shayba, ô Abu Jahl, ô vous tels et tels, vous étiez tous mes parents ; vous m'avez accusé de mensonge, tandis que des étrangers ont cru à mes paroles ; vous m'avez chassé de ma patrie, des étrangers m'ont accueilli ; vous m'avez combattu, et des étrangers ont combattu pour moi. Tout ce qu'Allah m'a promis, la victoire sur vous et votre châtiment, s'est réalisé sur vous. Les compagnons du prophète lui dirent:
-Ô envoyé d'Allah, parles-tu à des morts?
Le prophète répliqua:
-Ils entendent et comprennent comme vous-mêmes, seulement ils ne peuvent pas répondre. Ensuite le prophète rentra au camp.
Linsulte aux cadavres.
(Bukhari, Sahih 59, 314).
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps de vingt quatre chez des Quraysh soient jetés dans un des puits secs de Badr. Cétait une habitude du prophète, quand il faisait la conquête dun peuple, de rester sur le champ de bataille pour trois nuits. Donc, la troisième nuit de Badr, il ordonna que sa chamelle soit sellée, puis il sortit suivi de ses compagnons, qui se disaient entre eux:
-A coup sûr, il est en train de faire quelque chose dimportant.
Il sarrêta au bord du puit, et il appela les corps des infidèles Quraysh par leurs noms et patronymes:
-Toi, untel fils duntel et untel fils duntel! Cela vous aurait plu davantage dobéir à Allah et à son prophète? Vous avez réalisé ce que notre seigneur vous a promis? Avez-vous compris ce que votre seigneur vous a promis?
Omar dit:
-Ô envoyé dAllah! Tu parles à des corps qui nont plus dâmes!
Lenvoyé dAllah répondit:
-Par celui qui tient dans ses mains lâme de Muhammad, tu nentends pas mieux que ce quils entendent.
(Bukhari, Sahih 23, 87, 2).
Après avoir considéré un instant les cadavres jetés au fond du puit, le prophète leur adressa les paroles suivantes:
-Vous avez trouvé maintenant la réalisation des promesses de votre seigneur.
Puis comme on lui faisait remarquer quil interpellait des morts, il répondit:
-Vous nentendez pas mieux queux, mais ils ne peuvent répondre.
(Bukhari, Sahih 23/ 452)
Le prophète ordonna que les cadavres des païens soient jetés dans une fosse commune... Le prophète sadressa aux morts des Quraysh jetés dans la fosse commune, leur dit:
-Vous navez pas respecté le lien tribal qui vous unissait au prophète sorti de votre tribu....228
Puis il ajouta:
-Comment trouvez-vous à présent les promesses que vos divinités ont faites? Sont-elles vraies?...
(Bukhari, Sahih 64/10, 17).
... Le jour de Badr, le prophète ordonna de jeter dans un des puits mauvais et peu fréquenté229 de Badr ving quatre cadavres des infidèles de Quraysh.
Quand le prophète avait remporté une victoire sur lennemi, il campait trois jours en pleine campagne. Le troisième jour qui suivit la bataille de Badr, il donna l'ordre de seller sa monture et, aussit'ot qu'elle fut sellée, il se mit en marche suivi de ses compagnons. Nous pensions qu'il allalit à quelque entreprise, lorsque, arrivé à l'orifice du puits, il s'arrêta et se mit à interpeller les cadavres par, leurs noms et celui de leurs pères, en criant :
-Ô untel, fils d'untel, ô untel, fils d'untel, êtes-vous contents d'avoir obéi à Allah et à son envoyé? Nous, nous avons trouvé que les promesses de notre seigneur se vérifiaient, et vous, avez-vous trouvé que les promesses de votre seigneur s'étaient vérifiées?
-Ô envoyé d'Allah, dit alors Urwa, est-ce que tu adresses la parole à des corps sans âmes ?
-Par celui qui tient l'âme de Muhammad entre ses mains, répondit l'envoyé d'Allah, vous autres vous entendez moins bien ce que je dis qu'ils ne l'entendent eux-mêmes.
Suivant Qatada, Allah avait fait revivre ces cadavres pour qu'ils entendissent les paroles du prophète. Ces injures, ces humiliations et cette vengeance provoquèrent leurs remords.
(Musa ibn Oqba).230
Des compagnons de lenvoyé dAllah lui ont dit:
-Parles-tu aux morts?
Il répondit:
-Vous ne pouvez pas entendre ce que je dis mieux quils nentendent.
al Walid, lOmmeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 33).231
Un autre parmi eux fut al Walid ibn Oqba ibn Rabia. Il a été tué à Badr, comme infidèle, par Ali. Ce Walid était loncle maternel de Muawiya.
Shayba, lOmmeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 25).232
Un autre dentre eux 233 fut Shayba ibn Rabia ibn abd Shams, loncle paternel de Hind, la mère de Muawiya. Il se rassemblait avec les Quraysh pour comploter des choses pénibles contre lapôtre d'Allah. Allah lui a donné la mort sur le terrain de la bataille de Badr, parmi tous les ennemis dAllah qui ont été tués.
10. La défaite de la Mecque.
Les bourgeois mecquois n'étaient pas habitués à combattre et encore moins à se faire massacrer de cette façon, hors de toute règle, au nom d'une nouvelle idéologie de terreur. On devine leur effroi. Les sources musulmanes dressent de longues listes des morts et ajoutent le nom d'Abu Lahab, archi-ennemi de Muhammad, mort d'une façon naturelle mais évoquée horriblement comme une superbe revanche du dieu de Muhammad. A elle seule, cette mort représente l'émoi de tous les habitants confrontés à cette violence nouvelle.
Le désaccord sur les pertes.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 163).
Les auteurs qui ont rapporté les traditions ne sont pas d'accord sur le nombre des hommes tués et des prisonniers. Les uns prétendent qu'il y a eu quarante-cinq prisonniers ; d'après d'autres, il y en a eu moins. Muhammad ibn Jarir, dans cet ouvrage234 , dit, ainsi que j'ai lu dans le récit des guerres sacrées et dans d'autres livres, qu'il y a eu soixante et douze hommes tués et autant de prisonniers. Mais il n'y a pas désaccord sur le nombre des morts musulmans, qui s'élevait à quatorze, six muhajir et huit ansar. Leurs noms se trouvent dans le Livre des Batailles.
Lannonce de la défaite.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 164).
Il vint, s'assit en face de Safwan et raconta la défaite. Ils furent tous stupéfaits. Il leur nomma ensuite ceux d'entre les chefs qui avaient été tués ou faits prisonniers. Il passa sous silence le nom d'Omayya ibn Khalaf, ne voulant pas le dire en présence de Safwan235 . Comme il énumérait ainsi un grand nombre de personnes et de chefs, Safwan ne le croyait pas ; il dit:
-Cet homme est fou, il ne sait pas ce qu'il dit ; il ne connait personne. Si vous voulez vous convaincre qu'il est fou et qu'il dit tout cela dans sa folie, demandez-lui ce qui est advenu de moi, pour voir ce qu'il dira: vous reconnaîtrez qu'il est fou. Ils lui demandèrent donc ironiquement des nouvelles de Safwan.
Il répondit :
-Safwan est ici, assis près de vous ; vous vous moquez de moi. Mais, par Allah! son père Omayya et son frère Ali ont été tués.
En entendant ces paroles, Safwan poussa des cris et se mit à pleurer, de même que tous les autres. Il y eut des cris et des lamentations dans toute la ville.
La mort dAbu Lahab.236
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 165).
Abu Lahab était malade ; lorsqu'il apprit cet événement, la douleur produisit en lui une dysenterie, et, le lendemain, son corps, couvert de pustules noires pestilentielles, se décomposa, et il mourut. Son cadavre resta trois jours dans sa maison ; personne ne pouvait le toucher ni l'enterrer, à cause de sa putréfaction et de sa puanteur237. Enfin, son fils Oqba démolit la maison et le laissa sous les décombres. Les pleurs et les gémissements continuaient à la Mecque nuit et jour.
Le rappel de la malédiction contre Abu Lahab.
(Corpus coranique d'Othman 111).238
Les mains dAbu Lahab ont péri!
Il a péri!
Ses troupeaux et sa fortune ne lui ont servi à rien.
Il sera exposé à un feu ardent, tandis que sa femme, portant du bois aura au cou une corde de fibre.
Catalogue des pertes des Mecquois.239
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 508-511).
Les pertes des Quraysh à Badr furent les suivantes:
Clan des Banu Abdu Shams:
Hanzala ibn Abu Sufyan ; al Harith ibn al Hadrami et Amir ibn al Hadrami, des alliés ; et Umayr ibn Abu Umayr et son fils, deux affranchis ; et Ubayda ibn Sayd ibn al As ibn Umayya que al Zubayr ibn al Awwam a tué et al As ibn Sayd qu Ali a tué ; et Uqba bin Abu Muayt que Asim bin Thabit a tué ; et Oqba ibn Rabia que Ubayda ibn al Harith a tué ; et Shayba ibn Rabia que Hamza a tué ; et al Walid ibn Oqba qu'Ali a tué ; et Amir ibn Abdullah, un allié des banu Anmar ibn Baghid qu' Ali a tué.
Total: 12.
Clan des Banu Nawfal ibn Abdu Manaf:
al Harith ibn Amir que Khubayb ibn Isaf a peut-être tué ; and Tuayma ibn Adiy ibn Nawfal que Ali a tué, aors que dautres disent que cest Hamza.
Total: 2.
Clan des Banu Asad ibn Abdul Uzza:
Zamaa ibn al Aswad ; et al Harith Zamaa ; et Uqayl ibn al Aswad ; et Abul Bakhtari qui était aussi al As ibn Hisham que al Mujadhdhar ibn Dhiyad al Balawi a tué ; et Nawfal ibn Khuwaylid qui était aussi ibn al Adawiya al Adiy de Khuzaa ; cest lui qui avait lié avec une corde Abu Bakr et Talha ibn Ubaydullah, quand ils sont devenus musulmans, ce qui leur a donné le surnom de Les attachés ensemble. Il était un des notables des Quraysh. Ali la tué.
Total 5 hommes.
Clan des Abdul Dar:
al Nadr ibn al Harith dont on dit que Ali la exécuté en présence de lenvoyé d'Allah à al Safra ; et Zayd ibn Mulays affranchi de Umayr ibn Hashim ibn Abdu Mana.
Total 2.
Clan des Banu Taym ibn Murra:
Umayr ibn Uthmn ; et Uthman ibn Malik que Suhayb ibn Sinan a tué.
Total 2.
Clan des Banu Makhzum240 ibn Yaqaza:
Abu Jahl ibn Hisham (Muadh ibn Amir lui a tranché sa jambe). Son fils Ikrima a tranché la main de Muadh et la jetée au loin ; alors Muawwidh ibn Afra le frappa de telle façon quil le rendit inoffensif ; puis Abdullah ibn Masud lacheva vite et lui trancha la tête quand lenvoyé demanda quon le recherche parmi les morts ; et al As ibn Hisham que Omar a tué ; et Yazid ibn Abdullah, un allié des Banu Tamin ; et Abu Musafi al Ashari, un allié ; et Harmala ibn Amir, un allié ; et Masud ibn Abu Umayya ; et Abu Qays ibn al Walid ; et Abu Qays ibn al Fakih ; et Rifaa ibn Abu Rifaa ; et al Mundhir ibn Abu Rifaa ; et Abdullah ibn al Mundhir ; et al Sayb ibn Abul Sayb ; et al Aswad ibn Abdul Asad que Hamza a tué ; et Hajib ibn al Sayb ; et Uwaymir ibn al Sayb ; et Amir ibn Sufyan ; et Jabir ibn Sufyan, deux alliés des Tayyi .
Total 17.
Clan des Banu Sahm ibn Amir:
Munabbih ibn al Hajjaj que Abul Yasar a tué ; et son fils al As ; et Nubayh ibn al Hajjaj ; etAbul As ibn Qays ; et Asim ibn Awf.
Total 5.
Clan des Banu Jumah:
Umayya ibn Khalaf quun auxilaire des Banu Mazin a tué ; et son Ali ibn Umayya que Ammar a tué ; et Aws ibn Miyar.
Total 3.
Clan des Banu Amir ibn Luayy:
Muawiya ibn Amir, un allié des Abdul Qays que Ali a tué ; et Mabad ibn Wahb, un allié des Banu Kalb ibn Awf que Khalid et Iyas les deux fils de al Bukayr ont tué.
Total 2.
Ainsi, le nombre des Quraysh tués à Badr a atteint 50241 .
Complément sur le décompte dibn Ishaq.242
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah).243
Ceux des Abd Shams: Wahb ibn al Hàrith des Banu Anmar, un allié ; et Amir ibn Zayd un allié du Yémen.
Total 2.
Ceux des Banu Asad ibn Abdul Uzza: Uqba ibn Zayd, un allié du Yémen et Umayr un de leurs affranchis.
Total 2.
Ceux des Abdul Dar: Nubayh ibn Zayd et Ubayd ibn Salit un allié de Qays.
Total 2.
Ceux des Banu Taym ibn Murra: Malik ibn Ubaydullah, frère de Talha, qui a été fait prisonnier, et qui est mort en captivité, donc il est compté avec les morts ; et certains ajoutent Amir ibn Abdullah ibn Judan.
Total 2.
Ceux des Banu Makhzum: Hudhayfa ibn Abu Hudhayfa que Sad ibn Abu Waqqas a tué ; et Hishàm ibn Abu Hudhayfa que Suhayb a tué ; et Zuhayr ibn Abu Rifaa que Abu Usayd a tué ; et Al Sayb ibn Abu Rifa que Abdul Rahman ibn Awf a tué ; et Aydh ibn al Sayb qui a été capturé, puis racheté, et ensuite, il est mort sur la route dune blessure que Hamza lui avait faite ; et Umayr un allié des Tayyi ; et Khiyar un allié de al Qara.
Total: 7
Ceux des Banu Jumah ibn Amir: Sabra ibn Malik, un allié.
Total: 1
Ceux des Banu Sahm ibn Amir: al Harith ibn Munabbih que Suhayb a tué ;
Amir ibn Abu Awf ibn Dubayra que Abdullah ibn Salama al Ajlani a tué ; dautres disent, Abu Dujana.
Total 2.
(Bukhari, Sahih 64/10, 3).
Le jour de Badr, le prophète et ses compagnons firent sur les infidèles 174 prisonniers et tuèrent 70 personnes.
Abu Sufyan a dit:
-Badr fut une revanche ; la guerre a des retours de fortune.
Poésie funéraire féminine, sur les morts de Badr.
(Hind bint Oqba et Safiya bint Musafir).244
Ô mes yeux, sois généreux avec mes larmes,
Pour le meilleur des fils de Khindif245
Qui nest jamais rentré chez lui.
Le clan est tombé sur lui un matin,
Les fils de Hashim et les fils dal Muttalib246
Ils lui ont fait goûter la pointe de leurs sabres
Ils lont attaqué encore alors quil était sans défense,
Ils lont attrapé, dénudé, pillé,
avec la poussière sur son visage ;
Pour nous, il était une puissante montagne,
Couverte dherbe, plaisante à voir ;
Comme pour al Bara, que je ne veux pas mentionner,
Puisse t-il obtenir pourtant les bonne schoses quil espérait.
Hélas pour mes yeux douloureux et troubles
La nuit se prolonge, le soleil levant se cache!
Jai su que les nobles chefs
Le destin les a saisis pour toujours
Que les cavaliers ont fui avec larmée et
Les mères ont délaissé leurs enfants ce matin.
Redresse-toi Safiyya, noublie pas leurs familles
Et si tu pleures, ce nest pas pour ceux qui sont loin.
Ils étaient les piliers de la tente.
Quand ils cassent, le toit de la tente est sans soutien247 .
Elégie de Kab ibn Ashraf248 sur les morts de Badr.
(ibn Hisham, Conduite de lenvoyé d'Allah 548-9).
La meule de Badr a broyé les guerriers,
un tel malheur arrache des sanglots et fait couler des pleurs.
Les princes de l'humanité ont été tués près de leurs citernes.
Vous ne pouvez pas vous laisser exterminer!
Des rois ont été étendus dans la poussière.
Plus d'un homme pur, célèbre et considéré,
a été frappé dans cette bataille,
qui donnait l'hospitalité aux étrangers,
distribuait à pleine main lorsque les étoiles de la pluie manquaient,
et était un seigneur auquel revenait le quart du butin.
Des hommes, dont l'indignation me plait, disent:
ibn Ashraf est un trembleur ; ils ont raison.
Lorsque mes amis ont été tués,
pourquoi donc la terre ne s'est-elle pas entr'ouverte
pour engloutir tous ses habitants?
Que celui qui a amené ce malheureux événement
soit blessé par un coup de lance, qu'il devienne aveugle
et sourd et vive éternellement dans l'angoisse!
On m'a raconté que la mort d'Abul Hakim a attristé
et profondément affligé tous les fils de Al Mughira.
Près de Abul Hakim sont les deux fils de Rabia ;
Munnabbih pas plus que Tobba249 et les autres tués n'ont pu échapper à leur sort.
On m'a raconté que Al Harith ibn Hashim agit en homme de bien
et rassemble des guerriers pour visiter Yathrib avec une troupe armée,
car cet homme généreux et respecté défend sa dignité.
11. Le sort des prisonniers.
Pour tenter dillustrer le débat sur le sort des prisonniers250 , Tabari accumule les citations coraniques, plus ou moins bien adaptées. Il est lui-même un commentateur réputé de ce texte. Ici, leffet est presque comique.
Deux options soffrent aux musulmans: exterminer les prisonniers ou en demander une rançon.
Omar veut tuer les prisonniers, ce qui prive la communauté dune immense raçon ; Abu Bakr est plus pragmatique: la communauté musulmane de Médine est encore très pauvre et elle doit exploiter ce gisement humain.
Muhammad donne raison au second, et l'on se livre au marchandage.
Théologie du châtiment et de la miséricorde .
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 166).
Le prophète fut satisfait de cet avis ; il sourit et dit :
-Ô Abu Bakr, il en est dOmar comme de Gabriel, qu'Allah envoie partout où il y a un châtiment ou un fléau à porter, comme au peuple de Lot et au peuple de Pharaon251 . Toi, tu es comme l'ange Michel, qu'Allah envoie toujours pour porter la clémence ; c'est lui qui porte la pluie, qui porte la clémence d'Allah au peuple de Jonas, qui en détourne le châtiment, et qui fait sortir Jonas du ventre du poisson. Tu es encore comme Abraham, qui, par pitié pour son peuple, a dit :
Que celui qui me suivra soit des miens ; que celui qui me désobéira.... mais tu es indulgent et miséricordieux! 252
Tu es comme Jésus, qui a dit :
Si tu les punis, ils sont tes serviteurs. Si tu leur pardonnes, tu es le puissant, le sage.253
Omar est comme Noé parmi les prophètes ; car Noé a dit :
Seigneur, ne laisse subsister sur la terre aucun des incrédules! 254
Il est comme Moïse, qui a dit: Seigneur, détruis leurs biens, etc.255
Vous avez raison l'un et l'autre ; maintenant attendons ce qu'ordonnera Allah. Pendant la séance même, Allah révéla le verset suivant:
Il n'a pas été donné à un prophète d'avoir des prisonniers, sans faire un grand massacre sur la terre, » etc. 256.
Dans les anciennes religions, on brûlait le butin ou on le cachait sous terre, de sorte que personne ne put y toucher, et l'on tuait les prisonniers257.
Le sort des captifs et Gabriel.
(ibn Sad, Tabaqat II 23).
En vérité, Gabriel est venu auprès du prophète pour le conseiller à propos des captifs de Badr. Il a dit:
-Tue les si tu veux, ou demande une rançon si tu veux. Mais dans ce dernier cas, 70 dentre vous seront tués lan prochain.
Lapôtre d'Allah appela ses compagnons. Ils arrivèrent pour la plupart. Il leur dit:
-Voici que Gabriel ma donné le choix entre tuer les prisonniers ou demander une rançon, mais dans ce dernier cas, 70 dentre vous seront tués lan prochain.
Il dirent:
-Nous prenons les rançons, et ainsi nous gagnerons de la force sur eux, et 70 dentre nous entreront au paradis!
(ibn Sad, Tabaqat II 24).
Lapôtre d'Allah a proclamé le jour de Badr:
-Attention! Je ne suis obligé par personne du peuple des polythéistes, à lexception de Abu al Bakhtari, donc si vous le capturez, libérez-le.
Lapôtre d'Allah lui accordait lamnistie.
Il se trouve quil avait été massacré...
La question des prisonniers dans le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 8/68-71).
Il n'est d'aucun prophète de faire des captifs avant qu'il ait à merci les infidèles sur la terre.
Vous voulez, croyants ce qu'offre ce monde, alors qu'Allah veut, pour vous, la vie dernière.
Allah est puissant et sage.
N'était une prescription d'Allah venue précédemment258 , un tourment immense vous aurait touchés, à propos de ce que vous ai pris.
Mangez, sur ce que vous avez pris en butin, ce qui est licite et: excellent, et soyez pieux envers Allah! Allah est absoluteur et miséricordieux.
Ô prophète ! dis à ceux des captifs qui sont entre vos mains : Si Allah reconnait quelque bien en vos curs, il vous donnera mieux que ce qui vous a été pris et il vous pardonnera.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
S'ils veulent vous trahir, ils ont déjà trahi Allah auparavant.
Mais celui-ci vous a fait vous saisir d'eux.
Allah est omniscient et sage.
12. Le partage du butin.
Le principal problème réside dans le partage du butin, source de trouble et de mécontentement: chacun revendique selon son rang et son rôle dans la victoire ; le chef doit faire preuve dautorité dans ces moments, et rappeler quil a pour lui une puissance supérieure, toujours à disposition.
La solution est dans le Coran, dit-on....
Disputes pour le butin.259
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 456).
Lenvoyé ordonna ensuite que tout le butin qui avait pris dans le camp soit rassemblé, et les musulmans se disputèrent à ce sujet. Ceux qui avait pillé le revendiquait, e tceux qui avaient combattu et poursuivi lennemi affirmaient que sils navaient pas été là, il ny aurait pas eu de butin et que sils navaient pas combattu, personne naurait été capable de piller quoi que ce soit. De même, ceux qui protégeaient lenvoyé contre lennemi estimaient quils avaient un droit égal, parce quis avaient voulu semparer du butin eux aussi, mais ils avaient craint que lennemi ne revienne à la charge et donc ils étaient restés autour de lenvoyé d'Allah.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 166).
Le prophète ne prit aucune décision, parce que, dans toutes les religions, dans celle du Pentateuque comme dans celle de lEvangile260 , le butin est une chose sacrée. Il attendit une révélation divine. Enfin Allah lui révéla, le verset suivant:
Ils t'interrogeront relativement au butin261 ; dis : La disposition du butin appartient à Allah et à son prophète. Craignez Allah et soyez d'accord, etc. 262
Le prophète ne prit aucune décision, car Allah n'avait pas manifesté sa volonté. On réunit tout le butin et les prisonniers en un seul endroit, et l'on y plaça un gardien, l'un des ansar, nommé Abdallah ibn Kab, de la tribu des Banu Najjar. Le prophète lui ordonna de rester à son poste jusqu'à ce qu'Allah eut fait connaître sa volonté.
(Dawud, Hadith 14/2731).263
Lenvoyé dAllah dit le jour de Badr:
Celui qui a fait tant aura tant.
Les jeunes partirent en avant et les vieux restèrent près des drapeaux et ils nen bougèrent pas. Quand Allah leur apporta la victoire, les vieux dirent:
-Nous vous avons soutenu. Si nous avions été battus, vous vous seriez retournés vers nous. Ne prenez pas le butin pour vous seuls et que nous en soyons privés.
Les jeunes refusèrent de le donner264 :
-Lenvoyé dAllah nous la donné.
Alors Allah sexprima:
-Ils sinterrogent à propos des biens pris comme butin de guerre. Dis-leur: ces biens sont à la disposition dAllah et de son envoyé. Le seigneur lordonne..., même si une partie des croyants nest pas daccord. Cela se révélera bénéfique pour eux. De même, obéissez moi. Je connais les conséquences de tout cela bien mieux que vous.
Le butin de Badr.
(ibn Sad, Tabaqat II 18).
Le prix des rançons des prisonniers fut dabord de 4000, puis 3000, 2000, et 1000 dirhams, mais lapôtre d'Allah obligea même ceux qui navaient pas dargent.265 Parmi eux, il y avait Abu Azza al Jumahi. Lapôtre d'Allah prit comme butin ce quils avaient avec eux. Il nomma Abdallah ibn Kab, des ansar, comme gardien (...)266. Lapôtre d'Allah se réserva le sabre Dhu al Faqar, qui appartenait à Munabbih ibn al Hajjaj, en plus de sa part. Il lui était spécialement destiné267 . Lapôtre d'Allah donna leur butin aux musulmans qui avaient été présents à Badr et à huit autres restés derrière, par sa permission. Il leur donna les parts et les récompenses. Lapôtre d'Allah prit sa part comme les autres musulmans. Elle incluait le chameau dAbu Jahl, sur lequel il avait combattu.
Le butin de Badr: la sourate dite du butin.268
(Corpus coranique d'Othman 8/1-18).
Les croyants t'interrogent , Prophète !, sur le butin.
Réponds :
Le butin est à Allah et à l'envoyé d'Allah.
Soyez pieux envers Allah!
Établissez la concorde entre vous!
Obéissez à Allah et à son envoyé! si vous êtes des croyants.
Les croyants sont ceux dont le cur frémit et la foi augmente lorsqu'Allah est invoqué et quand ses signes leur sont seulement communiquées.
Ce sont ceux qui, sur leur seigneur, s'appuient, qui accomplissent la prière et font dépense en aumône sur ce que nous leur avons attribué.
Ceux-là sont les croyants, véritablement.
Ils auront de hauts degrés auprès de leur seigneur, pardon et généreuse attribution.
De même que ton seigneur t'a fait sortir de ta demeure, avec la vérité, alors qu'une partie des croyants avait certes aversion pour cela, de même ils disputent contre toi, prophète !, au sujet de la vérité après que celle-ci s'est manifestée, comme s'ils étaient poussés à la mort, alors qu'ils sont dans l'expectative.
Rappelez-vous quand Allah vous promettait qu'un des deux groupes serait à vous, quand vous désiriez que fut à vous le groupe non redoutable, alors qu'Allah voulait réaliser la vérité, par son arrêt et exterminer jusqu'au dernier des infidèles, tout cela afin de réaliser la vérité et d'anéantir le faux, en dépit des coupables.
Rappelez-vous quand vous demandiez secours à votre seigneur et quil vous exauça, vous disant: je vais vous donner en renfort mille anges ayant compagnon en croupe.
Allah ne le fit que comme bonne nouvelle pour vous, afin que par cela se tranquillisassent vos curs.
Le secours victorieux ne vient que d'Allah.
Allah est puissant et sage.
Rappelez-vous quand Allah vous recouvrait du sommeil - sécurité venue de lui -, quand, du ciel, il faisait descendre sur vous une eau pour vous purifier, pour chasser loin de vous la souillure du démon, pour ranimer vos curs et affermir vos talons!
Rappelez-vous quand votre seigneur inspirait les anges, leur disant: je suis avec vous. Affermissez ceux qui croient! je vais jeter l'effroi dans les coeurs de ceux qui sont infidèles. Frappez donc sur les cous!
Frappez-les sur les doigts !
C'est qu'en effet ces infidèles se sont séparés d'Allah et de son envoyé.
Or quiconque se sépare d'Allah et de son envoyé est puni, car Allah est terrible en son châtiment.
Voilà votre sort!
Goûtez-le269 et sachez que les infidèles auront le tourment du feu!
Ô vous qui croyez!, quand vous rencontrerez ceux qui sont infidèles, en marche contre vous, ne leur montrez point le dos!
Quiconque leur montrera le dos, en ce jour - sauf s'il se détache pour un autre combat ou s'il se retire pour rejoindre un autre corps -, celui-là encourra la colère d'Allah, et son refuge sera la Géhenne.
Quel détestable devenir!
Croyants! vous n'avez donc point tué ces infidèles, mais c'est Allah qui les a tués.
Tu n'as point visé quand tu as visé.
C'est Allah qui a visé afin de faire éprouver aux croyants une faveur venue de lui.
Allah est audient et omniscient.
Voilà votre sort.
Sachez qu'Allah va réduire à rien le stratagème des infidèles!
13. La victoire prodigieuse.
La théologie est rudimentaire: quand les musulmans ont gagné, la victoire vient dAllah, et ils nont pas à sen vanter. En revanche, plus tard, quand ils seront battus, ce sera de leur faute. Quoiquil fasse, lêtre humain, aussi méchant soit-il, est perdant. L'islam puise ces conceptions primitives dans des mécanismes séculaires du monde religieux sémitique.
Explication théologique de la victoire.
(Corpus coranique d'Othman 3/119-124).270
Certes, Allah vous a secourus à Badr, alors que vous étiez humiliés - soyez pieux envers Allah! peut-être serez-vous reconnaissants -, Allah vous a secourus quand, prophète!, tu disais aux croyants:
-Ne vous suffit-il pas que votre seigneur vous donne en renfort trois mille de ses anges, vers vous descendus ?
Mais oui! si vous êtes constants et pieux et si les ennemis marchent sur vous derechef, votre seigneur vous donnera en renfort cinq mille de ses anges lancés par lui.
Allah ne fit cela que comme bonne nouvelle pour vous, afin que, par cela, se tranquillisassent vos curs.
Le secours victorieux ne vient que d'Allah le puissant, le sage.
Il fait cela afin que vous tailliez en pièces ceux qui sont infidèles, pour quel vous les culbutiez et qu'ils s'en retournent déçus.
Prophète! tu n'as nulle part à l'ordre divin: ou bien le seigneur reviendra de sa rigueur envers eux -, ou bien il les tourmentera parce qu'ils ont, été injustes.
A Allah ce qui est dans les cieux et sur la terre.
Il pardonne à qui il veut et il tourmente qui il veut!
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Le jour de la salvation.
(Corpus coranique d'Othman 8/42).
...si vous croyez en Allah et à ce quil fit descendre sur son serviteur, au jour de la salvation, au jour où les deux troupes se rencontrèrent.271
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
La récompense des vainqueurs de Badr.
(Corpus coranique d'Othman 57/10).
Qu'avez-vous à ne point faire dépense dans le chemin d'Allah, alors qu'Allah possède l'héritage des cieux et de la terre ?
Ils ne seront point égaux272 ceux qui auront attendu et ceux qui, parmi vous, auront fait dépense et combattu avant le succès273 : ces derniers seront plus hauts en hiérarchie que ceux qui auront fait dépense et combattu après le succès.
A tous pourtant Allah promet la très belle récompense.
Allah, de ce que vous faites, est informé.
Poésie musulmane sur la victoire.
(Hassan ibn Thabit, Diwan 44).274
Quelquun peut-il dire si les Mecquois savent
comment nous avons massacré les infidèles dans leur mauvaise heure?
Nous avons tué leurs chefs dans la bataille
Et ils sont revenu comme une puissance amoindrie ;
Nous avons tué Abu Jahl et Oqba avant lui,
Et Shayba est tombé les mains en avant.
Tuma lui aussi, dans la poussière du combat.
Des hommes nobles et généreux
nous en avons massacré beaucoup,
de lignées élevées, illustres, parmi ce peuple.
Nous les avons laissés pour servir de repas aux hyènes
Et plus tard, à rôtir dans le feu de lenfer.
Les cavaliers de Malik et ses affiliés nont été daucune utilité
Quand nous les avons rencontrés à Badr.
14. Sanctuaire et pèlerinage.
Le site de la bataille devient un lieu de pèlerinage pieusement visité au fil des siècles par les participants au Hajj, et pieusement décrit; les voyageurs européens font aussi une visite à l'endroit.
Badr, lieu de pèlerinage au XIIème siècle.
(ibn Jubayr).275
Au début du Zhur, nous reprîmes la route pour camper près de Badr et y passer la nuit. Nous nous levâmes à minuit et arrivâmes à Badr alors il faisait jour. Badr est un village où les palmeraies se touchent. Il possède une citadelle construite au sommet dune haute colline. On accède à Badr par le fond d'une vallée. La ville possède une source jaillissante. L'emplacement du puits, face au champ de bataille de l'islam où a été livré le combat. qui a glorifié la foi et humilié les polythéistes, est maintenant une palmeraie et l'emplacement des martyrs de la foi se trouve derrière. Le mont de la Miséricorde où les anges sont descendus se trouve à gauche, en entrant, en direction d'as Safra. En face se dresse le mont des Tambours qui ressemble à une dune allongée et qui porte ce nom à cause d'une légende quaiment beaucoup la plupart des musulmans qui prétendent qu'on entend les battements des tambours, chaque vendredi. Ce serait donc un rappel permanent de l'autre victoire du prophète à cet endroit. Mais Allah seul connait linconnu! L'emplacement de la cabane du prophète (...) est contigu au mont des Tambours et le lieu du combat se situe en face. Dans la palmeraie du Puits ,se dresse une mosquée qui dit-on, a été érigée sur l emplacement où la chamelle du prophète (...) s'est agenouillée. Un bédouin habitant à Badr nous a confirmé qu'ils entendent bien les battements des tambours dans cette montagne, mais il nous dit que c'était tous les lundis et jeudis.
Badr, lieu de pélerinage au XIVème siècle.
(ibn Battuta).276
Nous quittames Safra et campâmes à Badr où Allah donna la victoire à son envoyé, tint sa noble promesse et extermina les chefs polythéistes. Badr est un village où les palmeraies sont ininterrompues et où voit une forteresse dans laquelle on entre par le fond de la vallée, entre des montagnes. À Badr, jaillit une source dont les eaux bouillonnent, puis se répandent. Lemplacement de la fosse où furent jetés les polythéistes, ennemis dAllah, est maintenant un verger et le cimetière des martyrs se trouve au-delà de cet endroit. La montagne de la Miséricorde où sont descendus les anges se situe à gauche en allant à Safra. En face se dresse la montagne des Tambours qui ressemble à une dune allongée.
Le théâtre des combats au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p 406-7).
Badr est située dans une plaine bordée vers le nord et l'est par des montagnes abruptes ; au sud, par des collines rocheuses, et à l'ouest, par des collines de sables mouvants. La caravane du hajj en fait souvent une halte ; et nous avons trouvé l'endroit où ils avaient campé, juste à l'entrée de la ville, quatre mois auparavant, encore couvert de carcasses de chameaux, de fragments de tissus et des restes d'ustensils cassés, etc. Badr est connu dans l'Histoire arabe pour la bataille que Muhammad a menée contre une force supérieure des Arabes Quraysh, pendant la deuxième année de l'Hégire, Arabes venus à l'aide d'une riche caravane venant de Syrie, que Muhammad avait prévu de piller. Bien que très malade, j'ai marché avec les hajji277 de Mascate, pour inspecter le champ de bataille, et pour cela nous avons guidé par un homme de Badr. Au sud de la ville, à une distance d'un mille, au pied des collines, se trouvent les treize tombes278 des 13 fidèles et amis du Prophète, morts à ses côtés. Ce sont de simples montées de terre, entourée d'une lignée de cailloux et proches l'une de l'autre. Les Quraysh, nous a dit le guide, étaient postés sur la colline derrière les tombes, alors que Muhammad avait divisé sa petite troupe en deux groupes, l'une avec lui qui avançait dans la plaine contre l'ennemi, et une réserve donnée à Ali ibn Abu Talib, avec l'ordre de se poster sur la colline sableuse sur le côté ouest.(...)
§ 577. Ohod: la joie dans le martyre.
En novembre 625279, les musulmans affrontent à nouveau les Mecquois, venus en nombre, accompagnés de leurs femmes, au nord de Médine, sur les flancs de la montagne Ohod280. Lengagement tourne dabord à lavantage des partisans de Muhammad, mais ceux-ci se désorganisent au moment du pillage des biens ennemis. Les Mecquois en profitent pour revenir à la charge et remporter la décision. Ils ne poussent pas plus loin et cest Muhammad, au contraire, qui procède à une démonstration de force, aussitôt après.
Le combat a entraîné de nombreux pertes humaines et le chef lui-même est bousculé et blessé: cest loccasion dexhalter la beauté du martyre au combat, pour des siècles, dans une surenchère rhétorique sans égal. Cest aussi un moment où le chef des musulmans exécute et fait assassiner divers opposants, pour venger ses propres pertes281 et pour procurer un dérivatif à la colère de ses troupes.
Limportance de la bataille tient aussi au fait qu'il s'agit une défaite, quil est indispensable dexpliquer théologiquement, au-delà du thème de la défaillance humaine282, pour non seulement éviter la déception des musulmans, mais pour attiser leur envie de revanche et leur soif de combattre et d'abattre.
Il y aurait283 donc de nombreuses allusions à lépisode dans le Coran: exhortations aux troupes, menaces fulminantes contre les ennemis, admonestations envers les hypocrites et les juifs, peu enclins à combattre. Lexpérience de la défaite démontre aussi à Muhammad la fragilité de son emprise sur la communauté de Médine: cest par conséquent le prélude à la suppression totale des oppositions internes.
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 29).284
Ohod est une montagne au nord de la ville, et c'est la plus proche de la cité, à environ deux parasanges. Ses abords consistent en terrains de culture, qui appartiennent aux Médinois.
Une allusion coranique?
Un extrait du Corpus coranique semble coïncider avec les phases de la bataille: il est probable que l'exégèse a glosé de manière disproportionné à partir de ces quelques mots.
(Corpus coranique d'Othman 3/152).
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1. La revanche.
Lesprit de revanche chez les Mecquois est bien mis à profit par Abu Sufyan, qui peut alors organiser la riposte.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 555).
Une fois que les infidèles mecquois eurent connu le désastre à Badr et après le retour des survivants à la Mecque, et le retour dAbu Sufyan à sa caravane, Abdullah ibn Abu Rabia, Ikrima ibn Abu Jahl285 , Safwan ibn Ummaya, avec les hommes dont les pères, les fils, les frères avaient été tués à Badr, allèrent parler à Abu Sufyan et ceux qui avaient leurs marchandises dans la caravane, et dirent:
-Hommes des Quraysh, Muhammad nous a fait souffrir et a tué les meilleurs de nos hommes, alors allons avec cet argent pour le combattre, et ainsi, nous aurons lespoir de tirer vengeance de ce que nous avons perdu. Et cest ce quils firent.
Une poésie vindicative dAbu Sufyan.
(Tabari, Histoire des prophètes VII 1366).286
Il récita les vers suivants, pour exhorter les Quraysh:
Demi-tour et attaquez Yathrib et sa population
Il se sont assemblés, cest un butin pour vous.
Même si le jour du puit est allé en leur faveur,
Ce qui viendra après tournera en notre faveur.
Je jure que je napprocherai pas de femmes
Et que leau des ablutions ne touchera ni ma tête ni ma peau
Jusquà ce que je détruise les tribus des Aws et
des Khazraj ; vraiment, mon coeur est en feu.
Le rassemblement des forces mecquoises.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 189).
Après avoir essuyé la défaite de Badr, les Quraysh disaient entre eux:
-Nous n'aurons pas de repos avant d'avoir pris notre revanche sur Muhammad.
Ils envoyèrent des lettres et des messagers à tous les Arabes pour demander leur assistance. Ikrima ibn Abu Jahl et Safwan ibn Omayya, personnages considérables parmi les Quraysh, qui, l'un et l'autre avaient perdu leur père au combat de Badr, rassemblèrent les propriétaires des biens que Zayd ibn Haritha, avait enlevés à la caravane de Syrie conduite par Abu Sufyan, et leur dirent:
-L'armée de la Mecque va partir à cause de vous et de vos biens. Que chacun de vous contribue aux dépenses.
Les autres répondirent:
-Nous ne vous donnerons rien ; nous préparons nous-mêmes une armée, et nous prendrons nous-mêmes notre revanche. Donc, pendant un an, les Mecquois rassemblèrent une armée, dont ils donnèrent le commandement à Abu Sufyan. Ils choisirent d'entre les Arabes qui se présentaient tous ceux qui étaient distingués par leur courage. (...)
Aux portes de la Mecque, Abu Sufyan passa l'armée en revue ; elle se composait de trois mille hommes complétement armés, partie habitants de la Mecque, partie Arabes bédouins. Deux cents d'entre eux avaient des chevaux, les autres des chameaux. Sept cents hommes étaient armés de cuirasses. Ils marchèrent sur Médine ; arrivés aux portes de la ville, ils s'arrêtèrent près d'une montagne et dont la hauteur est d'un mille.
2. La morosité à Médine.
Chez les vainqueurs, lambiance nest pas bonne ; les sources accusent surtout les munafiqun, Hypocrites, de menées subversives. On en peut en savoir plus, mais les Médinois nont guère envie de se battre en masse pour un prophète. Ils craignent aussi, suivant la mentalité ancienne, une revanche méritée de leurs adversaires de Badr. Alors, le Coran intervient pour essayer de réveiller leur agressivité.
(ibn Sad, Tabaqat II 43).
Lapôtre d'Allah a vu dans un rêve quil avait mis une forte armure, le sabre Dhul Faqar, brisée au niveau de la pointe, une vache sacrifiée poursuivie par un bélier. Il raconta le rêve à ses compagnons et linterpréta ainsi287 :
-Médine était la forte armure, lentaille dans le sabre signifiait une blessure pour lui, le sacrifice de la vache signifiait quun grand nombre de ses compagnons serait tué et le bélier représentait larmée qui serait tuée par Allah.
Dissension à Médine avant la bataille.
(Corpus coranique d'Othman 73-75).
En vérité, parmi vous, il est certes quelquun qui temporise.
Si une calamité vous atteint, il dira: Allah ma comblé dun bienfait puisque je nai pas été témoin avec eux.
Mais si une faveur dAllah vous vient, ce personnage dira -comme si nulle affection nexistait entre lui et vous- :
-Plût au ciel que jeusse été avec ces croyants et que jeusse obtenu un succès immense288 .
(Corpus coranique d'Othman 3/118).
Rappelle quand deux parties289 dentre vous songèrent à fléchir alors quAllah était leur patron!
Que sur Allah sappuient les croyants!
Encouragement des troupes avant la bataille.
(Corpus coranique d'Othman 8/66).
Ô prophète, encourage les croyants à combattre!
Sil se trouve, parmi vous, vingt hommes constants, ils en vaincront deux cents290.
S'il sen trouve cent, ils vaincront mille qui sont infidèles, car ceux-ci forment un peuple qui ne comprend pas.
Le cri de guerre des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).291
Le cri de guerre des compagnons était ce jour: tue! tue!.
La réaction des Médinois.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 190).
Lorsque le prophète reçut cette nouvelle, les gens de Médine furent dans la crainte ; car ils savaient que les incrédules venaient pour venger le sang versé à Badr. Le prophète ayant convoqué ses compagnons pour délibérer avec eux, Abdallah ibn Obayy ibn Salul, chef des Khazraj292, qui était un des munafiqun, présent dans l'assemblée293 , parla ainsi:
-Ô envoyé d'Allah, il faut que nous restions ici, que nous les laissions approcher jusqu'aux portes de la ville, dans laquelle nous nous enfermerons et où nous combattrons. Ici les femmes et les enfants, en lançant sur eux des pierres, pourront nous être utiles, et les ennemis se trouveront moins nombreux que nous. Mais si nous sortons à leur rencontre, leur nombre sera supérieur au nôtre ; car Médine ne fournira pas trois mille combattants. Nous n'avons pas souvenir que jamais, du temps du paganisme, du temps des Tobba294 du Yémen, et même avant cette époque, quelqu'un ait attaqué la ville de Médine sans s'en retourner vaincu et ruiné.
Le prophète agréa ces paroles et dit :
-J'ai rêvé cette nuit que mon sabre était ébréché et que je mettais ma main dans une cuirasse.
La cuirasse parait signifier la ville de Médine, dans laquelle je m'enfermerai. Quelques-uns des compagnons du prophète, muhajirun et ansar, qui avaient assisté à la bataille de Badr, tels que Ali ibn Abu Talib, Omar ibn Khattab. Moadh et d'autres, dirent :
-Ô envoyé d'Allah, cela n'est pas juste. Jamais on n'est resté chez soi, l'ennemi étant aux portes, sans devenir, un objet de mépris. Conduis-nous hors de la ville, afin que nous combattions ; nous leur ferons voir un combat comme celui de Badr.
Le prophète répliqua:
-Préparez-vous, accomplissons la prière du vendredi et partons. C'était le septième jour du mois de shawwal. Les hommes s'équipèrent, le prophète accomplit la prière, se revêtit de son armure, et, monté sur un cheval de noble race, il quitta sa maison à contre cur. Lorsque les hommes remarquèrent l'hésitation du prophète, ils lui dirent :
-Ô envoyé d'Allah, si tu hésites à partir, nous nous soumettons à ta volonté ; reste, si tu le veux.
Le prophète répondit:
-Que ne le disiez-vous plus tôt? Maintenant que j'ai revêtu mon armure, je ne veux pas reculer. Il n'est pas convenable, après avoir pris les armes, de les déposer sans avoir combattu.
La question des juifs.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 559).
... les auxiliaires demandèrent:
-Ô envoyé, va t-on demander de laide à nos alliés, les juifs?
Il dit:
-Nous navons pas besoin deux.
Premier appel aux armes contre les Mecquois.
(Corpus coranique d'Othman 8/40-46).
Et combattez-les jusqu'à ce que ne subsiste plus de tentation d'abjurer et que le culte en entier soit rendu à Allah S'ils cessent, ils seront pardonnés, car Allah, sur ce qu'ils font est clairvoyant. S'ils tournent le dos, sachez qu'Allah est votre maître !
Quel excellent maître!
Quel excellent compagnon295 !
Quelque chose que vous preniez, en butin, sachez que le quint en appartient à Allah, à l'envoyé d'Allah, au proche de celui-ci, aux orphelins, aux pauvres, au voyageur, si vous croyez en Allah et à ce qu'il fit descendre sur son serviteur, au jour de la salvation, au jour où les deux troupes se rencontrèrent.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
Quand vous étiez sur le versant le plus proche et les ennemis sur le versant le plus éloigné, tandis que les gens montés étaient en dessous de vous -, si vous vous étiez convenu d'un rendez-vous vous vous seriez opposés sur le choix de ce rendez-vous, mais tout advint pour qu'Allah accomplit un ordre qui reçut exécution, pour que périt celui qui périt sur vue d'une preuve et pour que vécut celui qui vécut sur vue dune preuve.
En vérité, Allah est certes audient et omniscient.
Rappelle-toi quand, en songe, Allah te faisait voir les ennemis peu nombreux car sil te les avait fait voir nombreux, vous auriez perdu courage et auriez discuté sur laffaire, mais Allah vous a donné apaisement.
Il connait les pensées des coeurs.
Rappelez vous quand Allah, au moment de la rencontre, faisait apparaître vos ennemis peu nombreux à vos yeux et vous minimisait à leurs yeux, pour quAllah accomplit un ordre qui reçut exécution!
A Allah reviennent les ordres.
Second appel aux armes contre les Mecquois.
(Corpus coranique d'Othman 8/61-67).
Que ceux qui sont infidèles ne croient pas nous devancer!
Ils ne sauraient nous réduire à l'impuissance.
Préparez, contre ces infidèles, ce que vous pourrez de force et de chevaux par quoi vous effraierez l'ennemi d'Allah et votre ennemi et d'autres, en dehors d'eux, que vous ne connaissez pas et qu'Allah connait!
Quelque chose que vous dépensiez, dans le Chemin d'Allah296 , vous sera exactement rendu et vous, vous ne serez point lésés.
S'ils inclinent au contraire à la paix, incline vers celle-ci , prophète !
Appuie-toi sur Allah!
Il est l'audient, l'omniscient.
S'ils veulent te tromper.... que ton suffisant soit Allah!
C'est lui qui t'a déjà assisté de son secours et de celui des croyants.
Il a mis l'affection entre les curs et si tu avais, prophète !, dépensé en totalité ce qui est sur la terre, tu n'aurais pu mettre seul l'affection entre leurs curs.
Mais c'est Allah qui a mis l'affection entre eux.
Il est puissant et sage.
Ô prophète ! qu'Allah soit ton suffisant ainsi que pour les croyants qui t'ont suivi !
Ô prophète!, encourage les croyants à combattre! S'il se trouve, parmi vous, vingt hommes constants, ils en vaincront deux cents.
S'il s'en trouve cent, ils vaincront mille de ceux qui sont infidèles, car ceux-ci forment un peuple qui ne comprend pas.
Dès maintenant, Allah vous a procuré allègement et a reconnu en vous une faiblesse.
S'il se trouve, parmi vous, cent hommes constants, ils en vaincront deux cents.
S'il s'en trouve mille, ils en vaincront deux mille, avec la permission d'Allah.
Allah est avec les constants.
3. Départ de la troupe musulmane.
Les troupes musulmanes partent dans une ambiance déjà morose quand les Médinois d'ibn Ubayy pratiquent une forme de résistance passive. Il faut montrer notamment que Muhammad lui-même ne veut pas combattre, pour lui ôter toute responsabilité dans la défaite.
(ibn Sad, Tabaqat II 44).
Lapôtre d'Allah sortit, portant son armure et sa cotte de maille. Il avait ajouté une grande ceinture de cuir au milieu, pour suspendre un sabre. Il mis un turban sur la tête, prit un sabre et mis son bouclier dans son dos.
En route vers Ohod.
(Waqidi, Livre de des expéditions 19).
Ils prirent le chemin vers les fermes et les propriétés des Banu Haritha ; alors quils passaient par la palmeraie de laveugle Mirba ibn Qaythis, celui-ci leur jeta de la terre au visage en disant ces mots:
-Même si tu es le messager dAllah, tu ne dois pas pénétrer dans mon jardin.297
Sad ibn Zayd le frappa avec larc sur la tête, ce qui le fit saigner.298
La défection des hommes dibn Ubayy.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 193).
Enfin il partit à la tête de mille hommes. Dans cette troupe, il y avait, outre le cheval du prophète, un autre cheval, appartenant à un homme nommé Abu Borda ibn Niyar, l'un des Banu Harith, des Banu Aws. Le prophète avait laissé comme son lieutenant à Médine ibn Umm Maktum. L'étendard du prophète était porté par Mosab ibn Omayr, l'un des muhajirun.
Abdallah ibn Obayy, n'avait suivi l'armée qu'à contre-coeur. Lorsqu'on fut arrivé à un lieu nommé Shawt, à la distance d'une demi-parasange de Médine, il s'arrêta et dit:
-Je ne sais où je vais. Il ne faut pas suivre un homme qui rejette l'avis des grands pour écouter celui des enfants ; il ne faut pas aller à la mort gratuitement.299
Entouré d'un grand nombre de personnes, il dit :
-Je retourne à Médine: que tous ceux qui désirent leur salut reviennent.
Trois cents hommes le suivirent300 .
Le prophète ne s'en retourna pas, mais il envoya l'un des ansar, nommé Abdallah ibn Amir, après Abdallah ibn Obayy, pour le rappeler, lui et ses hommes. Cet homme leur dit :
-Où allez-vous, ô nos frères musulmans? Abandonnerez-vous le prophète d'Allah, sur le conseil d'un hypocrite? N'avez-vous pas honte devant Allah?
Abdallah ibn Obayy répliqua:
-Nous ne savons pas pourquoi vous vous mettez en campagne. Vous n'aurez pas à combattre ; vous vous en irez sans avoir eu affaire à l'ennemi.
Malgré toutes les instances dAldallah ibn Amir, les trois cents ne voulurent pas revenir, et cet homme quitta l'armée. Mais Gabriel apporta le verset suivant :
... Ils dirent : Si nous savions que vous dussiez combattre, nous vous suivrions. Certes, en ce jour, ils étaient plus près de l'infidélité que de la croyance. 301
Le prophète dit:
-Allah est avec nous, cela suffit302 .
Et il continua sa marche.
Les forces musulmanes.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 193).
Il s'arrêta là, à l'heure de la prière de l'après-midi, et passa ses troupes en revue. Il y avait sept cents combattants, soit à pied, soit montés sur des chameaux. Le prophète et un autre avaient des chevaux. Cent hommes étaient armés de cuirasses. De même qu'à Badr, le prophète renvoya ceux qui étaient trop jeunes, tels que Abu Sayd al Khudri ; Aldallah ibn Omar ; Zayd ibn Thabit303 ; Osayd ibn Zuhayr ; Al Bara ibn Azib. Tous ces jeunes gens, excepté Abu Sayd, avaient déjà voulu prendre part à l'expédition de Badr, mais le prophète les avait renvoyés. Il voulut agir de même avec Samura ibn Jondab, et avec Rafi ibn Khodaydi ; mais, voyant la taille élevée de ce dernier, il lui permit de rester. Alors Samura ibn Jondab, dit :
-Ô envoyé d'Allah, tu permets à Rafi de rester et tu me renvoies ; cependant, quoique je sois de petite taille, quand je lutte avec Rafi, je le fais tomber.
Le prophète l'autorisa également à suivre l'armée. Puis, ayant résolu de passer la nuit à cet endroit, il dit :
-Il nous faut un guide qui nous conduise par un chemin plus court, afin que nous puissions livrer le combat demain ; nous occuperons la montagne et nous l'aurons à notre dos.
On lui amena un guide, nommé Abu Haythama, des Banu Haritha.
Les archers musulmans.304
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 560).
Lenvoyé disposa ses troupes pour la bataille, environ 700 hommes. Il mit à la tête des archers Abdullah ibn Jubayr (...) qui se distinguait ce jour là par ses habits blancs. Il y avait 50 archers, et il dit:
-Tenez la cavalerie à distance par vos flèches et ne les laissez pas venir sur nos arrières, que lissue soit en notre faveur ou non ; et gardez vos positions pour que nous ne soyons pas surpris.305
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 194).
Le prophète envoya à l'entrée de ce défilé cinquante archers, des ansar, sous les ordres dAbdallah ibn Jubayr, l'un des Banu Amir ibn Awf. Il leur donna les instructions suivantes :
-Si l'ennemi se tourne de votre côté pour passer par ce défilé, repoussez-le en lui lançant des traits. Restez fixes à ce poste, soit que nous soyons victorieux, soit que nous succombions, jusqu'à ce que je vienne vous trouver ; car Allah m'a promis la victoire.
Les deux armées prirent ainsi leurs positions.
4. La bataille.
Elle a moins d'importance théologique que Badr et pour cause. Elle est donc décrite avec ce qui apparaît comme un esprit de sérieux. On repère donc les troupes et leur disposition, les phases, les déplacements tactiques.
Le face à face.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 194).
Au lever du soleil, ils arrivèrent au mont Ohod. Le prophète plaça son armée en face des Quraysh ; elle était appuyée à la montagne, pour que l'ennemi ne put pas la tourner ; mais comme elle était composée d'un petit nombre de combattants, et que les troupes de l'ennemi, au contraire, étaient fort nombreuses, celles-ci l'enveloppèrent par-devant et par-derrière. Les ennemis se mirent en ordre de bataille, et Abu Sufyan donna le commandement de l'aile droite à Khalid ibn Walid306 , qui se trouvait à la tête de cinq cents hommes. L'aile gauche, formée également de cinq cents hommes, était commandée par Ikrima ibn abu Jahl. L'étendard des Quraysh était, selon l'usage307, porté par les descendants dAbd ed Dar ibn Kusayy. Abu Sufyan leur dit:
-Le sort de la guerre est attaché à l'étendard ; car aussi longtemps que l'étendard reste debout, l'armée tient pied. J'ai appris que, dans la journée de Badr, vous avez jeté l'étendard, cédant à la terreur, et l'armée s'est mise à fuir. Si, aujourd'hui, vous voulez agir de même, je vais le confier à d'autres.
Ils répondirent:
-Nous ne céderons à personne notre honneur héréditaire ; mais nous montrerons aujourd'hui plus de vaillance que nous n'en avons jamais montré.
Et ils remirent l'étendard entre les mains de l'un d'eux, homme très brave, nommé Talha ibn Othman ibn Abd ed Dar. Ensuite les Quraysh ayant formé leurs lignes de bataille, Abu Sufyan fit placer le chameau qui portait l'idole de Hobal308 devant les rangs et ordonna aux femmes de se tenir derrière les rangs ; puis il dit aux soldats:
-Si vous ne voulez pas combattre pour votre religion309, au moins combattez pour venger le sang versé à Badr et pour les femmes.310
Le prophète, en disposant ses troupes en ordre de bataille, plaça Zubayr ibn Awwam, avec cent hommes, en face de Khalid ibn Walid ; Miqdad ibn Al Aswad, avec cent hommes en face dIkrima, et donna l'étendard à Moslah ibn Omayr, qu'il plaça devant les rangs. Il y avait sur le mont Ohod un défilé par lequel les infidèles pouvaient s'avancer pour prendre l'armée musulmane par-derrière.
Le choc des hommes et des armées.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 194).
Ensuite le prophète dit à Zubayr ibn Awwam:
-Au nom d'Allah, charge!311
Zubayr attaqua Khalid, et du premier choc il le fit fuir. Le prophète et ses compagnons exprimèrent leur admiration. Abu Sufyan s'opposa avec mille hommes à Zubayr et le fit reculer jusqu'à sa première position. Talha, qui tenait l'étendard des infidèles, homme d'une bravoure héroïque, se plaça devant Ali ibn Abu Talib, et, brandissant son sabre, lui dit:
-Ô Ali, vous dites que vos morts vont en paradis et que les nôtres vont en enfer. Viens maintenant lutter avec moi, tu m'enverras en enfer avec ton sabre, ou je t'enverrai en paradis par le mien.
Ali répliqua:
-Je t'enverrai en enfer, s'il plaît à Allah.
Ils commencèrent la lutte, et Ali, le frappant de son sabre, lui coupa une jambe. Talha tomba et avec lui l'étendard des infidèles, qui fut relevé par un autre membre de la famille dAbd Dar. Talha dit à Ali :
-Grâce, ô mon cousin!
Ali le quitta, en disant :
-Je ne te crois pas digne de l'enfer ; tu ne vaux pas assez pour mériter l'enfer.
Le prophète entendit ces paroles et sourit. Ali rentra dans les rangs. Ensuite le prophète ordonna à ses troupes de faire une charge générale.
Le sabre dAli.
Cette arme est célèbre dans lislam, ne serait que par son apparence: lobjet volé à lennemi est porté en offrande à Muhammad par Ali. Celui-ci récupère ensuite le sabre qui devient un des emblèmes du shiisme.Il se distingue par un aspect très particulier: il possède deux pointes et son tranchant est cranté, ce qui lui permet de trancher la chair par delà les cottes de mailles, et d'extirper les viscères des corps transpercés312 . En somme, cest une efficace scie à chair et à métaux313, plutôt que lemblème d'un très hypothétique pacifisme musulman. 314
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 197).
Ali ibn Abu Talib, combattait dans les premiers rangs. Il asséna un coup de sabre sur la tête d'un infidèle, couvert d'un casque très fort: il fendit le casque et tua un homme ; mais son sabre se brisa. Il revint auprès du prophète et lui dit:
-Ô envoyé d'Allah, j'ai tué d'un coup de sabre un infidèle, mais mon sabre sest brisé, et je n'en ai pas d'autre.
Le prophète lui donna son sabre Dhul Faqar, en lui disant315:
-Prends-le, ô Ali.
Il pensait qu'il ne le prendrait pas et qu'il ne pourrait pas le manier. Cependant Ali ayant pris le sabre et se jetant dans la lutte, le prophète le vit combattre avec violence, frapper avec Dhul Faqar en avant, en arrière, à droite et à gauche. Un Quraysh s'étant présenté devant lui, se couvrant de son bouclier, Ali le frappa de façon que le sabre pénétra à travers le bouclier et le casque, fendit la tête de cet homme et traversa son corps jusqu'à la poitrine.
Le prophète, en voyant cet exploit, dit:
-Il n'y a pas de sabre comme Dhul Faqar, et il n'y a pas de héros comme Ali316.
Le sabre d'Abu Dujana.
(Musa ibn Oqba 65).317
Lenvoyé portait deux cottes de maille le jour dOhod, et il prit un sabre en criant:
-Qui veut prendre ce sabre avec son droit ?
Des gens se levèrent pour le prendre, mais il refusa de leur donner, jusquà ce quAbu Dujana (...) se dressa pour le prendre. (...)
Il demanda:
-Quel est son droit, envoyé dAllah?
Il répondit:
- Que tu frappes lennemi jusqu à ce quil saffaisse.
(...)
Il partit au combat en disant:
-Je suis lhomme qui a pris le sabre
Quand le prophète a dit cette phrase:
-Use de son droit pour le salut dAllah, le seigneur, qui vraiment apporter toute nourriture.
Une chanson de Hind.318
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 198).
Les infidèles triomphaient. Abu Sufyan excitait leur courage, et les femmes, revenues de la montagne, se tenaient derrière l'armée, en battant du tambour de basque pour encourager les soldats.
Hind, femme d'Abu Sufyan, sautillait et dansait, en chantant ces vers :
Nous sommes filles de l'étoile du matin319 :
nous foulons sous nos pieds des coussins .
Nos cous sont ornés de perles :
nos cheveux sont parfumés de musc.
Si vous combattez, nous vous pressons dans nos bras:
Si vous reculez, nous vous délaissons.
Adieu l'amour!
(ibn Sad, Tabaqat II 47).
Les femmes des polythéistes commencèrent à battre cymbales, tambours et tambourins pour motiver leurs hommes en leur rappelant ceux qui étaient morts à Badr. Elles chantaient:
Nous sommes les filles de lEtoile du Matin.
Nous avançons sur des selles à coussin de cuir.
Si vous avancez, nous vous embrasserons,
Si vous tournez le dos, nous vous rejeterons,
par une séparation sans aucune tendresse.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 562).
Hind bint Oqba se leva parmi les femmes qui étaient avec elle, et elles prirent des tambourins quelles frappaient derrière les hommes pour les encourager, alors que Hind chantait:
Ô vous hommes dAbdul Dar,
Protecteurs de nos arrières
Frappez avec chaque lance acérée!
Une flèche magique.
(Muslim, Sahih 31/5932).320
... le jour dOhod... quand un polythéiste attaquait les musulmans. Alors lenvoyé dAllah lui dit:
-Tire une flèche.
... jai tiré une flèche sans plume et je lai atteint à tel point quil est tombé et que ces parties intimes321 étaient visibles322. Le messager dAllah riait et jai même vu ses dents de devant.
(Muslim, Sahih 43/4264).
Sa'd ibn 'Abu Waqqâs a dit :
-"Le jour de la bataille d'Uhud, j'ai vu à droite et à gauche de l'envoyé d'Allah deux hommes vêtus de blanc. Je ne les avais pas vus auparavant et ne les revis pas par la suite".
- "C'étaient, ajoute le transmetteur, Gabriel et Mikâ'îl".
Le tournant de la bataille.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 196).
Les musulmans tuèrent les infidèles et se mirent à piller. Les cinquante archers que le prophète avait placés à l'entrée du défilé pour le garder, voyant cet état de choses, se dirent entre eux:
-L'ennemi est en fuite et les musulmans prennent du butin ; nous n'aurons rien ; allons aussi pour piller.
Leur chef dit:
-Ne désobéissez pas aux ordres du prophète ; restez ici.
Alors ils disputèrent entre eux: les uns disaient qu'il fallait rester, les autres qu'il fallait prendre part au pillage. Enfin trente d'entre eux allèrent pour piller, et vingt restèrent à l'entrée du défilé. Khalid ibn Walid, tourna la montagne, avec environ deux cents hommes, attaqua ces vingt archers et les tua sur place. Il sortit par le défilé et tomba sur les derrières de l'armée musulmane, qu'il fit charger avec le sabre. Un cavalier courut après Abu Sufyan et l'armée quraysh pour les avertir. Abu Sufyan ramena les Quraysh, qui recommencèrent la lutte et chargèrent avec leurs sabres l'armée musulmane, par-devant et par-derrière. L'étendard des infidèles, qui était tombé lors de leur fuite, fut relevé par un nègre abyssin, nommé Sawab323 . Les musulmans furent étonnés de le voir flotter de nouveau, et lorsqu'ils aperçurent Khalid, sur leurs derrières, massacrer les fidèles, ils se mirent à fuir. Les infidèles triomphèrent et les entourèrent. Le prophète resta fixe à son poste. Il appela ses compagnons et encouragea les soldats ; mais aucun d'eux ne répondit à son appel, comme il est dit dans le Coran. Abu Bakr et Omar furent blessés, et se retirèrent. Othman ibn Affan324 , avec deux ansar, s'enfuirent et se cachèrent derrière la montagne.
(Bukhari, Sahih 58/ 161).325
Le jour de la bataille dOhod, les païens étaient complètement battus. Alors Satan cria très fort:
-Ô esclaves dAllah! faites attention à ceux qui sont derrière vous!
Alors les rangs de devant attaquèrent ceux de larrière.
(Bukhari, Sahih 83/15, 5).
Urwa ibn Zubayr rapporte quAïsha a dit:
Le jour dOhod, les polythéistes éprouvèrent une défaite inoubliable pour eux. Iblis se mit alors à crier:
-Eh! Adorateurs dAllah, attention à vos derniers rangs!
Huzayfa ibn al Yama regardant devant lui aperçut son père.
-Mon père! mon père! sécria t-il.
-Par Allah, dit Aïsha, avant quon peut pu sinterposer cet homme était tué.
-Allah lui pardonne! dit alors Huzayfa.
Par Allah, ajoute Urwa, Hufayza ne cessa jusquà sa rencontre avec Allah de conserver le douloureux souvenir de cet événement.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1394).326
Un cri séleva alors:
-le butin! le butin!
Et Abdallah cria:
-Pas si vite! Rappelez-vous les ordres que le prophète dAllah vous adonnés!
Ils refusèrent de lécouter, et partir. Quand ils rejoignirent les autres, Allah se détourna de leurs visages, et 70 musulmans furent tués.
5. La mort dHamza.
Cet oncle paternel de Muhammad est déjà un personnage bien connu à la Mecque pour son courage, son habilité et son goût excessif pour le vin327 : un personnage dans l'esprit de la jahiliyya. Il met ensuite son caractère emporté au service de Muhammad, dont il assure la protection, par solidarité tribale et par esprit d'aventure. Il met ses compétences au service de la petite troupe qui sinitie au pillage de caravanes, parce quil est au départ le seul à avoir des compétences militaires.
C'est le martyr le plus célèbre de l'islam: sa mort à la bataille d'Ohod en fait un véritable héros guerrier pour toutes les générations328 . Le plus piquant est qu'il est pas véritablement musulman et ce n'est que par le martyre finalement qu'il s'islamise pour de bon et pour la postérité. S'il n'avait pas été aussi efficace sur le plan militaire, nul doute que ce coq de village ivrogne aurait grossi les rangs des "hypocrites"329.
En un mot un personnage haut en couleur, stupide mais sympathique, du genre qui est utile à toutes les causes, bonnes ou mauvaises, et qui y plonge totalement, essayant avec succès de ne pas réfléchir à ce qu'il fait.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 200).
Quant aux musulmans, les uns étaient en fuite vers Médine, les autres étaient blessés, d'autres se cachaient dans la montagne.
Pendant toute la route, Hind avait répété à Wahshi330 que, s'il tuait Hamza, elle lui donnerait tous les objets précieux quelle portait sur elle. Elle était couverte de quantité d'ornements et de vêtements. Lorsque toutes les femmes furent descendues de la montagne et que le combat eut recommencé des deux côtés, Hind chercha Wahshi, ôta de son corps tous les ornements, les mit sur une place, et dit :
- Voilà que je viens d'accomplir ma promesse, il te reste à accomplir la tienne. Va tuer Hamza et reviens prendre tout ceci.
Wahshi se munit d'un javelot et alla à la recherche de Hamza. Arrivé sur le champ de bataille, il le trouva luttant avec un infidèle, nommé Siba ibn Abdul Ozza ; c'était un homme encore jeune, tandis que Hamza était âgé de cinquante-cinq ans. Le nom de la mère de Sibal était Ray.
Hamza lui dit:
-Enfant de Ray, résiste à ce choc!
Et en même temps, il l'assaillit, lui asséna un coup et le tua. Lorsqu'il s'en allait, Wahshi, caché derrière un bloc de pierre, lui lança son javelot, qui le frappa dans le bas-ventre. Hamza voulut se jeter sur lui, fit quelques pas, puis ses forces l'abandonnèrent et il tomba. Wahshi s'approcha, reprit son javelot, frappa de nouveau Hamza et le tua ; il s'en alla ensuite, vint trouver Hind, reçut d'elle les bijoux, quitta le champ de bataille et se rendit dans le camp ; car il n'avait plus personne à combattre331.
Le destin de Hamza.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).332
Quand lenvoyé se dressa au dessus du corps de Hamza, il dit:
-Je nai jamais été aussi meurtri que maintenant. Jamais je nai été autant en colère.
Puis il ajouta:
-Gabriel est venu à moi, et il ma dit que Hamza avait été inscrit parmi les gens du sept cieux: Hamza ibn Abd ul Muttalib, le lion dAllah et le lion de lenvoyé333.
Lenvoyé, Hamza et Abu Salama ibn Abdul Asad avait été frères de lait, quune affranchie dAbu Lahab avait allaités.
La colère de Muhammad.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 584).
... lenvoyé d'Allah alla chercher Hamza et le trouva au fond de la vallée avec son ventre ouvert et sans son foie, et son nez et ses oreilles coupés334 . (...) Lenvoyé dit (...):
-Si Allah me donne la victoire sur les Quraysh dans le futur, je mutilerai trente de leurs hommmes.
Quand les musulmans ont vu le chagrin de lenvoyé et la colère quil avait contre ceux qui avaient ainsi traité son oncle, ils dirent:
-Par Allah, si Allah nous donne la victoire dans le futur, nous les mutilerons comme aucun Arabe na jamais mutilé quiconque.
L'allusion coranique?
Tout ce qui a été écrit sur le compte d'Hamza et de sa mort édifiante a peut-être été suscité pour expliquer un verset particulier.
(Corpus coranique d'Othman 3/139).
Il n'es écrit à personne335 de mourir sinon avec la permission d'Allah. Ecrit fixé! Quiconque désire la récompense336 de la vie immédiate, nous lui en donnons une part, et quiconque désire la récompense de la vie dernière, nous lui en donnerons une part. Nous récompenserons ceux qui sont reconnaissants.
6. La défaite.
Comment expliquer la défaite? La bataille avait débuté par des invocations religieuses dans les deux camps : suivant une conception très moyen-orientale, le dieu le plus puissant devait donc l'emporter. Bien évidemment, l'historiographie et l'exégèse musulmanes refusent cette conception traditionnelle. On a alors recours à de vieux discours bien usés, juifs et chrétiens : les hommes sont fautifs, la responsabilité entière leur est attribué et la défaite est finalement une épreuve purificatrice.
La responsabilité véritable semble provenir d'un petit groupe d'archers qui abandonne son poste pour piller les biens des Mecquois, ce qui permet à ces derniers d'effectuer une manoeuvre tournante avec leur petite cavalerie, commandé par l'affreux Khalid. Les musulmans sont pris à revers et de panique ; ils s'enfuient, sous le regard furieux de leur chef.
Exclamation de Muhammad.
(Waqidi, Livre des expéditions 19).
Ce jour là, Muhammad a dit:
-Je suis le descendant de toutes les femmes et en outre, je suis le prophète, je ne suis pas menteur et je suis le fils dal Abd al Muttalib.337
(ibn Sad, Tabaqat II 49).
Lapôtre d'Allah restait à sa place et ne cessait de lancer des flèches avec son arc. Quand les flèches furent épuisées, il se mit à jeter des pierres. Un groupe de 14 de ses compagnons (...) resta pour le protéger. Lapôtre d'Allah fut touché au visage. Ses incisives reçurent un coup et ses joues et son front furent blessés. ibn Qamia lattaqua avec son sabre et le frappa sur le côté droit, mais Tahla ibn Ubayd Allah le sauva de sa main, en y perdant ses doigts.
(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 1317).
Toujours selon lui : "Mon oncle Anas ibn Nadr manqua à la bataille de Badr. Il dit :
-"Ô messager d'Allah! J'ai manqué à ta première bataille contre les idolâtres. Si Allah me donnait l'occasion de prendre part au combat des idolâtres, Il verrait sûrement ce que je ferai".
Quand ce fut le jour de Ohod, les musulmans battirent en retraite.
Il dit :
-"Seigneur Allah! Je te présente mes excuses pour ce qu'ont fait ceux-ci (ses compagnons) et je me déclare innocent de ce qu'ont fait ceux-là (les idolâtres)".
Puis il s'avança et trouva devant lui Sad ibn Muadh. Il lui dit :
-"Ô Sad ibn Muàdh! Le Paradis, par le Seigneur d'al Nadir338, je sens déjà son odeur en-deçà du mont Ohod".
Sa'd rapporte : "J'ai été incapable de faire ce qu'il a fait".
Anas raconte : "Nous trouvâmes sur son corps plus de quatre vingts blessures de sabres, de lances ou de flèches. Nous trouvâmes que les idolâtres avaient mutilé son cadavre après l'avoir tué à tel point que personne ne le reconnut si ce n'est sa soeur grâce aux extrémités de ses doigts".
Anas ajoute : "Nous étions convaincus que le verset suivant a été descendu à son sujet et au sujet de ses semblables : Parmi les croyants se trouvent des hommes qui ont tenu loyalement leurs engagements vis-à-vis d'Allah. Il en est parmi eux qui ont atteint leur fin inéluctable. 339 ".
La rumeur de la mort de Muhammad.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 202).
Moslab ibn Umayr, qui se tenait près du prophète, fut atteint par un trait et mourut. L'étendard tomba et toucha la tête du prophète. Oqba ibn Abu Waqqas340 , frère de Sad, lança contre lui une pierre, qui l'atteignit aux lèvres, lui brisa deux dents du devant et lui déchira la lèvre inférieure ; le sang coula sur sa barbe. Une autre pierre lancée par Oqba l'atteignit entre les sourcils et le blessa au front: le sang inonda ses yeux et son visage. Pendant que le prophète était occupé de ses blessures, un autre infidèle, nommé Abdallah ibn Qamiya, le frappa d'un coup de sabre au côté droit, sans pouvoir le blesser ; mais le prophète tomba de cheval, et ne put se relever, à, cause de la pesanteur de ses cuirasses et à cause de sa faiblesse, ayant perdu beaucoup de sang. Abdallah pensa avoir tué le prophète. Il prit son cheval et cria :
-J'ai tué Muhammad!
Les compagnons du prophète, entendant ce cri, furent saisis de terreur, et les dix hommes qui l'avaient entouré, se dispersèrent. Ali ibn Abu Talib, combattait toujours au milieu de la mêlée, sans connaitre la situation du prophète. Celui-ci, étendu sur le côté, et ne pouvant se relever, était resté seul. Il finit, en faisant des efforts, par pouvoir s'asseoir sur la terre.
Un de ceux qui avaient été auprès de lui au moment où il tomba, et qui s'étaient sauvés, se rendit au camp des musulmans, et, rencontrant Sad ibn Abu Waqqas, il lui dit :
-Va, ton frère a tué le prophète.
- A quel endroit? demanda Sad.
Cet homme le lui indiqua. Sad se mit à rechercher son frère, pour le tuer. Ne le trouvant pas, il passa au milieu des morts, et aperçut le prophète, le visage inondé de sang ; mais il ne le reconnut pas. Le prophète, empêché de se lever par la pesanteur de ses cuirasses, cria, tout en restant assis :
-Musulmans! c'est moi, le prophète d'Allah, où allez-vous?
Sad, entendant sa voix, le reconnut, s'approcha et le trouva assis, le visage ensanglanté. Il n'y avait auprès de lui que deux hommes, Qatada ibn Numan, et Sahl ibn Hunay. Sad embrassa les pieds et les mains du prophète, qui lui dit :
-Ô Sad, crois-tu que des gens qui ont ensanglanté le visage du prophète d'Allah puissent prospérer?
(ibn Maja, Hadith Qudsi 221).341
ibn Maja l'a rapporté aussi, dans ses Sunen342 , chapitre sur le mérite du martyr dans la voie d'Allah, en ces termes:
Jabar ibn 'Abdullah , rapporte ce qui suit: Lorsque Abdullah ibn Amir ibn Harâm, fut tué, le jour de Ohod, Le messager d'Allah m'a dit:
-Ô Jabar! Veux-tu que je t'apprenne ce qu'Alah a dit à ton père?
J'ai dit:
-Bien sûr.
Il a dit:
-Allah n'a jamais parlé à quelqu'un autrement que de derrière un voile. Il a parlé à ton père en lui disant: Ô mon serviteur, demande-moi tout ce que tu voudras, et je te le donnerai! Il lui dit: Tu me ressuscites, et je mourrais dans ta voie une seconde fois. Il lui a répondu: J'ai déjà décrété qu'ils ne reviendront pas à cette vie terrestre. Il a dit alors: Seigneur, informe ceux que j'ai laissés derrière moi!. Allah fit descendre alors ce verset:
Ne crois pas que ceux qui sont tués dans la voie d'Allah soient morts... Jusqu'à la fin du verset. 343
La joie sauvage des femmes.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 200).
Hind et les autres femmes allaient au milieu des morts musulmans et leur coupaient le nez et les oreilles. Hind, de sa propre main, coupa le nez, les oreilles et la langue de Hamza, lui ouvrit le corps, en arracha le foie et le porta à sa bouche ; elle le déchira avec ses dents et le macha ; mais elle ne put l'avaler, et le rejeta: tant étaient ardents ses sentiments de haîne et de vengeance. Depuis ce jour, elle était appelée Celle qui mange le foie.344
Oqba ibn Rabia lOmmeyade, et Hind.
(Maqrizi, Livre du contentieux 29).345
Un autre parmi eux346 fut Obqa ibn Rabia ibn Abd al Shams ibn Umayya, un de ceux qui sopposa à Allah et à lapôtre d'Allah jusquà ce quil soit tué, comme infidèle, à la bataille de Badr; ce fut Hamza qui le tua. Cet Oqba était le père de Hind bint Oqba, qui a mangé le foie dHamza, et la recraché, en a utilisé des morceaux pour se faire des bracelets aux chevilles et aux poignets. Elle avait donné à Washi, le meurtrier de Hamza, un des bijoux quelle portait, fait donyx et dargent, et des bagues dargent qui étaient sur ses doigts de pied - le tout dans un état de joie malsaine due à la mort de Hamza, parce quil avait tué son père Oqba le représentant suprême de lincroyance, à la bataille de Badr. Dautres disent que cest Ubayda qui a tué Oqba.
La blessure dObayy.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 200).
Obayy ibn Khalaf, laissa l'armée à sa droite, et, marchant au milieu des morts, il chercha le prophète. Quand le prophète était encore à la Mecque, Obayy lui disait chaque jour :
- J'élève une chamelle ; j'espère que, monté sur elle, je te prendrai et te tuerai.
Le prophète lui avait répondu :
- C'est moi qui te tuerai, s'il plaît à Allah.
Lors de l'affaire de Badr, Obayy était resté à la Mecque, mais son frère Omayya avait pris part au combat et avait été tué. Obayy, étant venu à Ohod, chercha le prophète qu'il rencontra au moment où Sad lançait ses flèches. Sad se disposait à tirer sur lui ; mais le prophète lui dit :
-Ne le frappe pas, laisse-le approcher.
Obayy s'approcha et visa le prophète avec sa lance, en disant :
-Qui, ô Muhammad, te sauvera de ma main?
Le prophète répliqua :
-Allah me sauvera de ta main ; mais il ne te sauvera pas de la mienne.
Ensuite il se leva et prit la lance de Harith, qui était près de lui. Obayy était complètement couvert par son armure ; il n'y avait que le cou qui était découvert. Le prophète le frappa de la lance au cou et le blessa. Obayy poussa quelques cris de douleur, tout en demeurant sur son cheval, et se retira en gémissant. Il vint au camp et cria:
-Mes amis, Muhammad m'a assassiné de sa propre main.
On lui dit :
-Ne crie pas, ta blessure n'est pas assez grave pour que tu doives craindre la mort.
Obayy répliqua :
-Je ressens une douleur mortelle: Muhammad m'avait prédit qu'il me tuerait ; sa prédiction se réalise.
Il continua à se lamenter ainsi, et lorsque l'armée des infidèles reprit le chemin de la Mecque, il mourut en route347 .
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 575).
Quand il revint vers les Quraysh, il avait une petite égratignure sur le cou, qui ne saignait même pas. Il dit:
-Par Allah! Muhammad ma tué!
Ils répondirent:
-Par Allah! Tu as perdu courage. Tu nes pas blessé.
Il répondit:
- Il ma dit à la Mecque quil me tuerait, et , par Allah, sil mavait craché dessus, il maurait tué.
Lennemi dAllah mourut à Sarif alors quils le ramenaient à la Mecque.
La fuite des musulmans.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 201).
Le prophète, étant sur pied, vit les musulmans qui s'enfuyaient vers Médine. Il se rendit avec ses compagnons sur une colline de sable et cria:
-Mes amis, je suis ici, moi, le prophète d'Allah!
Mais ceux-là, tout en entendant sa voix, ne revinrent pas ; car ils n'y croyaient pas ; ils se dirent entre eux:
-Le prophète d'Allah a été tué.
Il est écrit dans le Coran:
... Lorsque vous preniez la fuite et que vous ne regardiez personne, tandis que le prophète vous appelait derrière vous... » 348
L'un des ansar, nommé Aws ibn Nadhr ibn Malik, apprenant la fuite des musulmans, avait pris ses armes et était sorti de Médine. Il vint au camp et trouva couchés derrière une pierre Abu Bakr, Omar, Talha et Zuhayr. La chaleur était ardente. Il leur dit :
-Que faites-vous ici?
-Ô Aws, lui répondirent-ils, le prophète a été tué.
Il répliqua:
-Voulez-vous vivre après lui? Pourquoi ne vous jetez-vous pas dans la mêlée pour combattre et mourir avec lui?
- Nous sommes blessés, dirent-ils.
Aws passa outre et aperçut Ali, qui continuait seul à combattre. Il lui dit :
-Ô Ali, le prophète est mort.
Ali répliqua :
-S'il est mort, je ne veux pas lui survivre.
Aws avança en combattant, jusqu'à ce qu'il trouvât la mort.
Le prophète restait toujours au même endroit, appuyant son visage contre celui de ses compagnons en pleurant. En voyant Omar et Abbas ibn dAbdul Muttalib, qui le cherchaient parmi les morts, il les reconnut ; il appela Omar, qui alors le reconnut également à sa voix et qui répondit :
-Me voilà, ô envoyé d'Allah!
Il s'approcha, et, voyant son état, il pleura, baisa son visage et ses mains et dit:
-Ô envoyé d'Allah, les hommes croyaient que tu étais mort ; s'ils apprennent que tu es vivant, ils se rassembleront autour de toi ; car la plupart vivent encore.
Le prophète dit à Abbas :
-Mon oncle, appelle-les.
Abbas, qui avait une voix très forte, gravit la montagne et cria :
-Musulmans, ne vous affligez pas, le prophète d'Allah est vivant!
Le repli des Mecquois.
(Waqidi, Livre des expéditions 291.)
Quand nous renouvelâmes l'attaque contre eux, nous frappâmes un certain nombre d'entre eux et ils se dispersèrent dans toutes les directions, mais plus tard un groupe se rallia. Les Quraysh tinrent alors conseil et dirent :
-La victoire est à nous, partons. Car nous avions entendu qu'ibn Ubayy s'était retiré avec un tiers de leurs forces, et certains des Aws et des Khazraj étaient restés à l'écart du combat et nous n'étions pas sûrs qu'ils ne nous attaqueraient pas. De plus, nous avions plusieurs blessés, et tous nos chevaux avaient été blessés par les flèches. Donc ils se mirent en route. Nous n'avions pas atteint Rawha que plusieurs d'entre eux vinrent à notre rencontre, et nous continuâmes notre chemin.
7. La blessure de Muhammad.
C'est là que le public musulman retient son souffle, quoique le suspens reste mince: la personne même de Muhammad, quasi-idole païenne, est touchée physiquement par les Mecquois. Les derniers fidèles font rempart de leurs corps pour le protéger. Mais le corps sacré est touché, superficiellement certes, mais le sang sublime coule, sa lèvre superbe est fendue et une divine dent de devant est brisée: atroce profanation de l'idole prophétique. On imagine sans peine la fureur du prophète outragé dans son apparence, tant vantée dans la littérature islamique349 .
Protection rapprochée.
(Waqidi, Livre des expéditions 19).
Muhammad cria:
-Qui pourrait mettre sa vie en danger pour moi?
Cest alors que cinq hommes de Médine se mirent en avant.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1403).350
Alors Ziyad ibn al Sakan surgit avec cinq auxiliaires (...) et il se battirent pour protéger le messager dAllah. Homme après homme ils furent tués jusquà ce que seul reste Ziyad -ou Umarah- ; et il se battit jusquà ce que ses blessures le rendent incapable de combattre. A ce moment, un groupe de musulmans revint et repoussa lennemi.
Le messager dAllah dit:
-Amenez-le près de moi.
Ils lamenèrent et fit de son pied un coussin pour lui de telle façon quil mourut avec la joue sur le pied du messager dAllah.
La blessure de Muhammad.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 571).
Les musulmans furent mis en fuite et lennemi en massacra beaucoup. Cest un jour de jugement et dépreuve dans lequel Allah a honoré plusieurs hommes du martyre, jusquà ce que lennemi natteigne lenvoyé, qui fut frappé avec une pierre de telle façon quil tomba de côté et quune de ses dents fut brisée, son visage éraflé et sa lèvre fendue. Lhomme qui le blessa sappelait Oqba ibn Abu Waqqas. (...).
Lincisive du prophète a été brisée le jour dOhod et son visage éraflé. Le sang commença à couler sur son visage et il a commencé alors à sessuyer, disant à un moment:
-Comment un peuple peut-il prospérer quand il a taché le visage du prophète de sang, alors quil lappelle à leur seigneur?351
(Bukhari, Sahih 4/ 52, 152).
Le casque du prophète fut écrasé sur sa tête, le sang couvrit son visage, et il perdit une dent de devant352. Ali apporta de leau dans son bouclier et Fatima la file du prophète le nettoya. Mais quand elle vit que le saignement augmentait avec leau, elle prit un bout de tissu, le brûla, et mit les cendres sur la blessure du prophète, et le sang cessa de couler.
(Muslim, Sahih 32-3345).
D'après Sahl ibn Sad, comme on l'interrogea sur la blessure dont fut atteint le prophète, à la bataille d'Uhud, il répondit :
-"L'envoyé d'Allah fut blessé au visage; il eut une dent incisive brisée, et son casque fracassé sur sa tête. Fâtima, la fille de l'envoyé d'Allah lavait le sang de sa blessure, tandis que Alî ibn Abu Tâlib lui versait l'eau se trouvant dans le creux de son bouclier. Lorsque Fâtima vit que l'eau ne fait qu'augmenter le flot de sang, elle prit une natte, la brûla et, lorsque celle-ci fut calcinée, elle l'appliqua sur la blessure et alors le sang s'arrêta de couler".
(Muslim, Sahih 32-3347).
Abdullah ibn Masûd a dit : Il me semble encore voir l'envoyé d'Allah, parlant de l'un des prophètes ayant été frappé par son peuple et qui essuyait le sang coulant sur son visage en disant :
- "Seigneur, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas".353
(Muslim, Sahih 32-3348).
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit :
-"Vive est la colère d'Allah contre des gens qui ont ainsi traité son prophète".
Et, ce disant, il montrait sa canine (brisée). Le prophète ajouta :
-"Vive est la colère d'Allah contre un homme que l'envoyé d'Allah a tué dans la guerre sainte".
(Bukhari, Sahih 64/24, 1-2).
Lenvoyé d'Allah a dit:
-Vive sera la colère dAllah contre des gens qui ont traité ainsi son prophète.
Et ce disant, il montrait ses canines.
-Vive, ajouta t-il encore est la colère dAllah contre un homme que lenvoyé d'Allah a tué dans le jihad.
(...)
Vive est la colère dAllah contre celui que le prophète a tué dans le jihad.
Vive est la colère dAllah contre ceux qui ont fait couler le sang du visage du prophète.
(Muslim, Sahih 19, 4420).
...le messager dAllah a dit:
-Grande est la colère dAllah contre ceux qui ont cela cela au messager dAllah, et en disant cela, il montrait sa dent de devant.
Le messager dAllah a aussi dit: grande est la colère dAllah contre celui qui a été tué par le messager dAllah, sur le chemin dAllah, lexhalté et le glorieux.
Colère de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1408).354
Sad disait:
-Par Alah, jamais je nai été aussi assoiffé par lenvie de tuer quelquun que dans le cas de Uqba ibn al Waqqas. Bien que je ne sache pas quil était de méchant caractère, ni haï de son peuple355, le fait que le messager dAllah a dit:
- Puisse la colère dAllah être puissante contre celui qui a ensanglanté le visage du messager dAllah, cela me suffisait.
Un poème sur lagresseur de Muhammad.
(Hassan ibn Thabit).356
Quand Allah récompense un peuple pour ses faits
Et quand le Rahman les punit
Puisse mon seigneur taffliger, Uqayba ibn Malik
Et tapporter une punition mortelle avant que tu ne meurs.
Tu as tendu la main avec une mauvaise intention vers le prophète,
Tu as ensanglanté sa bouche. Que ta main soit coupée!
As tu oublié Allah et lendroit où tu iras
Quand ta mauvaise fortune semparera de toi.
8. Guerre et religions.
C'était bien une bataille de religion qui avait eu lieu, comme il y a des guerres de religion. Quelques témoignages suffisent à montrer que "les dieux se sont faits la guerre".
Affrontement théologique.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 203).
La première affliction était la défaite, et la seconde leur crainte quAbu Sufyan ne fut venu au haut de la montagne pour recommencer le combat. Cependant Abu Sufyan s'écria:
-Triomphe à Hobal!
Le prophète dit à Omar de répondre :
-Allah est au-dessus de Hobal357 et plus puissant.
Ensuite le prophète dit à ses compagnons :
-Venez, ils sont au-dessus de nous.
Il voulut gravir la montagne, mais la pesanteur de ses deux fortes cuirasses l'empêchait de marcher. Il y avait là, sur la montagne, une pierre sur laquelle il désirait s'asseoir. Talha ibn Abdallah, l'aida en posant les pieds du prophète sur sa nuque et en le soulevant ainsi jusqu'à la pierre, où il s'assit. Le prophète lui dit :
-Tu viens de mériter le paradis.
Abu Sufyan, en le voyant, cria :
-Journée358 pour journée! c'est-à-dire, vous avez eu votre victoire à Badr, et nous à Ohod.
Le prophète répliqua:
-Ce n'est pas la même chose. Vos morts sont dans l'enfer, et les nôtres dans le paradis359.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 103).
... le prophète dAllah portait deux cuirasses sur son corps auguste à la bataille dOhod. Le prophète a voulu monter en haut dune colline, mais il n a pas pu le faire à cause du poids de ces cuirasses. Alors il a demandé à Talha de sasseoir et avec son aide, il a monté la colline.
Zubayr a dit:
-Jai entendu le prophète dire Cest devenu wajib360 pour Talha.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 104).
A la bataille dOhod, le prophète portait deux cuirasses, lune sur lautre.
La participation des anges.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 204).
Les infidèles, rentrés dans leur camp, voulurent y passer la nuit pour recommencer le combat le lendemain. Au moment de la prière de l'après-midi, Allah envoya du ciel des anges pour remplir de terreur les curs des infidèles. Sauf dans la journée de Badr, les anges n'ont jamais combattu361 .
Magie du combat.
(ibn Sad, Tabaqat II 28).
Ikrima a dit:
-Alors frappe leurs cous362.
Il ajouta:
-On vit alors une tête dhomme être tranchée mais on ne voyait pas qui la tranchait. De même, une main humaine était tranchée, et personne nétait vu en train de le faire.
Des anges en uniformes.
(ibn Sad, Tabaqat II 29).
Les anges qui sont descendus le jour de Badr avaient des turbans jaunes.
9. Le bilan de la défaite.
Il est dressé de manière variée: d'abord par des listes quasi-officielles, ensuite par la mention de cas particuliers, et enfin, par des interventions qui se veulent divines.
Les pertes musulmanes.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 208).
Il n'y avait pas une seule maison à Médine où il n'y eut un deuil. Lorsque le prophète rentra dans la ville, il entendit les lamentations à la porte de la mosquée. Il en demanda la signification. On lui répondit que c'étaient les femmes des ansar qui pleuraient les morts d'Ohod. Il dit en versant des larmes :
-Hamza n'a pas de femmes qui le pleurent!
Les amis du prophète rentrèrent chez eux et envoyèrent leurs femmes pleurer Hamza. Depuis lors jusqu'à ce jour, il est d'usage à Médine, dans les lamentations sur les morts, que l'on mentionne d'abord Hamza et qu'on pleure sur lui. Il y a désaccord sur le nombre des musulmans tués à Ohod. Muhammad ibn Jarir363 dit qu'il y a eu soixante et dix tués, autant qu'il y avait eu d'infidèles tués à Badr. Les commentateurs du Coran prétendent que les musulmans n'ont perdu que la moitié du nombre des infidèles tués à Badr, c'est-à-dire trente-cinq. Ils émettent cette opinion à propos et comme explication du verset suivant du Coran364 :
Quand vous avez éprouvé le revers, vous leur en aviez fait éprouver auparavant deux fois autant365.
Cependant Muhammad ibn Ishaq, l'auteur du livre des Maghazi366, et Muhammad ibn Jarir rapportent l'un et l'autre qu'il y a eu à Badr soixante et dix infidèles tués et soixante et dix prisonniers. Donc ce verset du Coran s'explique ainsi, que les infidèles ayant tué à Ohod soixante et dix musulmans, mais n'ayant pas fait de prisonniers, leurs pertes ont été doubles de celles des musulmans.
Allah seul connait la vérité.
Les victimes de la défaite dOhod.
(Corpus coranique d'Othman 2/148-152).367
Ô vous qui croyez! demandez aide à 1a constance et à la prière!
Allah est avec les constants.
Ne dites point de ceux qui sont tués dans le Chemin d'Allah368 : ils sont morts.
Non point! ils sont vivants mais vous ne le pressentez pas.
Certes, nous vous éprouverons par un peu de crainte, de faim et de diminution dans vos biens, vos personnes et vos fruits!
Mais fais grâcieuse annonce aux constants qui, atteints par un coup du sort, disent:
-Nous sommes à Allah et à lui nous revenons!
Sur ceux-là, des bénédictions et une miséricorde venues de leur seigneur!
Ceux-là sont dans la bonne direction.
(Corpus coranique d'Othman 3/166).
A ceux qui ont répondu à Allah et à lenvoyé, après avoir été atteints par la blessure de Ohod369, à ceux qui, parmi eux, ont été bienfaisants et pieux, une rétribution immense.
(Bukhari, Sahih 4, 52,70).
Des gens avaient bu de lalcool le matin de la bataille de Ohod et ont été martyrisés le même jour.370
(Bukhari, Sahih 56/19, 2).
Jabir ibn Abdallah a dit:
-Au matin dOhod, certains burent du vin ; puis ils trouvèrent la mort du martyre371.
(Bukhari, Sahih 23/ 35, 1).
Le jour dOhod, on apporta le cadavre de mon père qui avait été mutilé et on le plaça devant lenvoyé dAllah. On lavait couvert dun vêtement et je voulus men approcher pour le découvrir. A deux reprises mes parents men empêchèrent. Lenvoyé dAllah venait de donner lordre demporter le cadavre, lorsquil entendit la voix dune femmme poussant des cris:
-Qui est-ce qui crie? demanda t-il?
-Cest, répondit-on la fille dAmir (ou la soeur dAmir).
-Pourquoi pleure t-elle? ou -quelle ne pleure pas-, reprit-il ; puisque les anges nont pas cessé un instant dombrager ce corps de leurs ailes jusquau moment où on la porté en terre.
(Bukhari, Sahih 23/73, 1).
Le prophète donna lordre densevelir les guerriers tués à Ohod deux par deux dans la même pièce détoffe. Puis pour chaucun de ces couples, il senquit de celui des deux qui savait le plus le Coran, et quand on le lui eut désigné, il le fit placer le premier dans la fosse. Après cela, il ajouta:
-Je témoignerai en faveur de ces braves au jour de la résurrection.
Il enjoignit quon les ensevelit couverts du sang de leurs blessures sans les avoir lavés. Le prophète ne fit point de prières pour eux.
(Dawud, Hadith 14/ 2514).
Le prophète a dit:
-Quand vos frères ont été tués à la bataille dOhod, Allah a pris leurs esprits dans les jabots doiseaux372 qui les ont emportés vers les rivières du paradis, pour manger des fruits et sinstaller dans des lampes dor à lombre du trône. Là, ils apprécieront la douceur de leur nourriture, la boisson et le repos, et ils diront:
-Qui dira à nos frères que nous sommes vivants au paradis pourvus de provisions, pour quils ne se désintéressent pas du jihad et ne répugnent pas à faire la guerre?
Allah le plus haut a dit:
- Je leur dirai cela de vous ; et Allah a descendu le verset:
Et ne considérez pas ceux qui ont été tués sur le chemin dAllah.....
(ibn Kathir, Tafsir 2).
La vie délicieuse des martyrs.
... les martyrs sont en vie et reçoivent de quoi vivre.
Les âmes des martyrs sont à lintérieur doiseaux verts373 et se déplacent dans le paradis comme elles le veulent. Ensuite, elles prennent refuge dans les lampes qui pendent sous le trône dAllah.
...
Lâme du croyant est un oiseau qui se nourrit dans les arbres du paradis jusquà ce quAllah ne la renvoie dans son corps quand la personne renaît.
Musulman lespace dun instant.
(Dawud, Hadith 14/2531).
Amir ibn Uqaysh était prêteur dans la période pré-islamique374 . Cela lui déplaisait daccepter lislam, avant de laccepter. Il vint le jour de la bataille dOhod et demanda:
-Où sont mes cousins?
Les gens dirent:
-A Ohod.
-Et untel? et untel?
-A Ohod.
Alors il mit sa cotte de maille et monta sur son cheval ; et il avança vers eux. Les musulmans lui dirent:
-Ecarte-toi, Amir.
Il dit:
-Je suis devenu croyant.
Il se battit et fut blessé. On lemmena dans sa famille avec sa blessure.
Sad ibn Muadh demanda à sa soeur:
-Demande-lui sil a combattu sans esprit partisan, sans haîne pour eux et Allah.
Il dit:
-Sans haîne pour Allah et son envoyé.
Il mourut et entra au paradis. Il na pourtant jamais fait une seule prière pour Allah.
La liste des musulmans tués.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 607-9).
Les musulmans martyrisés à Ohod en compagnie de lenvoyé sont les suivants:
Emigrants375 des Quraysh:
Parmi les Banu Hashim:
Hamza que Wahshi lesclave de Jubayr ibn Mutim a tué.
Parmi les Banu Umayya ibn Abdu Shams:
Abdullah ibn Jahsh, un allié des Banu Asad ibn Khuzama.
Parmi les Banu Abdul Dar:
Musab ibn Umayr que ibn Qamia al Laythi a tué.
Parmi les Banu Makhzum Yaqaza:
Shammas ibn Uthman.
Total 4
Ansar:
Parmi les Banu Abdul Ashhal:
Amir ibn Muadh ; al Harith ibn Anas ibn Rafi ; et Umara ibn Ziyad ibn al Sakan ; Salama ibn Thabit ibn Waqsh et Amir son frère (...) ; et Rifaa ibn Waqsh ; et Husayl ibn Jabir Abu Hudhayfa qui était al Yaman (les musulmans lont tué par accident et Hudhayfa a dû payer le prix du sang pour cette mort) et Sayfi et Habab ibn Qayzi ; et Abbad ibn Sahl ; et al Harith ibn Aws ibn Muadh.
Total 12.
Les hommes de Ratij:
Iyas ibn Aus ibn Atik ibn Amir ibn Abdul Alam ibn Zawra ibn Jusham ibn Abdul Ashhal ; et Ubayd ibn al Tayyihan ; et Habib ibn Yazid ibn Taym. = 3
Parmi les Banu Zafar:
Yazid ibn Hatib ibn Umayya ibn Rafi. =1
Parmi les Banu ibn Awf de la subdivision des Banu Dubaya ibn Zayd:
Abu Sufyan ibn al Harith ibn Qays ibn Zayd ; Hanzala ibn Abu Amir ibn Sayfi ibn Numan ibn Malik ibn Ama, lhomme lavé par les anges, que Shaddad ibn al Aswad ibn Shawb al Laythi a tué. =2
Parmi les Banu Ubavd ibn Zayd:
Unays ibn Qatada. =1
Parmi les Banu Thalaba ibn Amir ibn Auf: Abu Uayya, frère de Sad ibn Khaythama par sa mère ; et Abdullah ibn Jubayr ibn al Numan qui commandait les archers376 =2
Parmi les Banu al Salm ibn Imrul Qays ibn Malik ibn al Aws:
Khaythama Abu Sad ibn Khaythama. =1
Parmi leurs alliés des Banu al Ajlan:
Abdullah ibn Salama. =1
Parmi les Banu Muawiya ibn Malik:
Subay ibn Hatib ibn al Harith ibn Qays ibn Haysha. =1
Parmi les Banu al Najjar, du clan des Banu Sawad ibn Malik ibn Ghanm:
Amir ibn Qays et son fils Qays ; et Thabit ibn Amir ibn Zayd ; et Amir ibn Makhlad. =4.
Parmi les Banu Mabdhul: Abu Hubayra ibn al Harith ibn Alqama ibn Amir ibn Thaqif ibn Malik ibn Mabdhul ; et Amir ibn Mutarrif ibn Alqama ibn Amir. =2
Parmi les Banu Amir ibn Malik:
Aws ibn Thabit ibn al Mundhir =1
Parmi les Banu Adiy ibn al Najjar:
Anas ibn al Nadr ibn Damdam ibn Zayd ibn Haram ibn Jundub ibn Amir ibn Ghanm ibn Adiy ibn al Najjar. =1
Parmi les Banu Mazin ibn al Najjar:
Qays ibn Mukhallad et Kaysan, un de leurs esclaves =2.
Parmi les Banu Dinar ibn al Najjar:
Sulaym ibn al Harith ; et Numan ibn Abdu Amir. =2
Parmi les Banu al Harith ibn al Khazraj: Kharija ibn Zayd ibn Abu Zuhayr ; et Sad ibn al Rabi ibn Amir ibn Abu Zuhayr qui ont été enterrés dans une seule tombe ; et Aws ibn al Arqam ibn Zayd ibn Qays ibn Numàn ibn Malik ibn Thalaba ibn Kab =3
Parmi les Banu al Abjar, les Banu Khudra:
Màlik ibn Sinan ibn Ubayd ibn Thalaba ibn Ubayd ibn al Abjar le père de Abu Sayd al Khudri ; et Sayd ibn Suwayd ibn Qays ibn Amir ibn Abbad ibn al Abjar ; et Oqba ibn Rabi ibn Rafi ibn Muawiya ibn Ubayd ibn Thalaba ibn Ubayd =3
Parmi les Banu Sayda ibn Kab ibn al Khazraj: Thalaba ibn Sad ibn Malik ibn Khalid ibn Thalaba ibn Haritha ibn Amir ibn al Khazraj ibn Sayda ; et Thaqif ibn Farwa ibn al Badi. =2
Des Banu Tarif, la famille de Sad ibn Ubada: Abdullah ibn Amir ibn Wahb ibn
Thalaba ibn Waqsh ibn Thalaba ibn Tarif ; et Damra, un allié des Juhayna. =2
Parmi les Banu Awf ibn al Kharaj des clan des Banu Salim de la subdivision des ibn al Ajlan ibn Zayd ibn Ghanm ibn Salim: Nawfal ibn Abdullah ; Abbas ibn Ubada ibn Nadla ibn Malik ibn al Ajlan ; Numan ibn Malik ibn Thalaba ibn Fihr ibn Ghanm ibn Salim ; al Mujadhdhar ibn Dhiyad, un allié des Baliy ; et Ubada ibn al Hashas, les trois derniers dans la même tombe. =5
Parmi les Banu al Ubla:
Rifaa ibn Amir =1.
Parmi les Banu Salima du clan des Banu Haram: Abdullah ibn Amir ibn Haram ibn Thalaba ibn Haram ; Amir ibn al Jamh ibn Zayd ibn Haram, enterrés ensemble ; Khallad ibn Amir ibn al Jamuh (...). ; et Abu Ayman client de Amir ibn al Jamuh, =4.
Parmi les Banu Sawad ibn Ghanm: Sulaym ibn Amir ibn Hadida et son client Antara ; et Sahl ibn Qays ibn Abu Kab ibn al-Qayn. =3.
Parmi les Banu Zurayq ibn Amir:
Dhakwan ibn Abdu Qays ; et Ubayd ibn al Mualla ibn Lawdhan. =2
Le nombre total des musulmans morts en incluant les muhajirun et les ansar est de 65 hommes.
(Muslim, Sahih 43/4248).
D'après 'Uqba ibn 'Amir, le prophète sortit un jour pour aller faire la prière funéraire sur les martyrs de la bataille d'Uhud comme on priait sur les morts. Ensuite il se rendit à la chaire et dit :
-"Moi, je vous devancerai et serai votre témoin (au Jour de la Résurrection). Par Allah, je vois dès maintenant mon Bassin (au Paradis). J'ai reçu les clés des trésors de la terre - ou selon une variante les clés de la terre. Par Allah, je ne crains pas qu'après (ma mort) vous redeveniez polythéistes; ce que je redoute seulement, c'est que vous vous querelliez pour (la possession) des biens de ce monde".
Le voyage des morts.
(Tabari, Tafsir 3/170).
D'après ibn Abbas, l'envoyé leur dit ceci: Lorsque vos frères tombèrent au combat à Ohod, Allah mit leur esprit dans des gésiers d'oiseaux du paradis, buvant l'eau de ses fleuves, mangeant de ses fruits et se posant sur des lampes d'or à l'ombre du Trône377 .
En découvrant l'excellence de leur boisson et de leur nourriture, et la qualité de cet ombrage, ils dirent :
-Si seulement nos frères savaient comment Allah a agi avec nous, ils ne s'asbtiendraient pas de combattre et ne s'éloigneraient pas de la bataille!
Allah, puissant et majestueux, leur dit alors:
-Je leur ferai savoir ces choses de votre part et c'est ainsi qu'Allah fit descendre ces versets sur son envoyé378 .
(Muslim, Sahih 33/3523).
Anas a dit : Mon oncle dont je pris le nom n'avait pas pris part à la bataille de Badr avec l'envoyé d'Allah . Il en fit désolé et dit : "Je n'ai pas pris part au premier combat livré par le prophète aux polythéistes. Mais, si Allah me permet d'assister à un autre en compagnie du prophète, Il verra comment je me comporterai". Et il craignit de dire autre chose. Ensuite, il assista en compagnie du prophète à la bataille d'Uhud. Et comme Sa'd ibn Mu'âdh se présentait à lui, Anas lui dit :
"Ô Abu 'Amr où (vas-tu)?".
-"Je sens, lui répondit-il, le parfum du Paradis s'exhalant d'Uhud".
Il ajoute : Nous trouvâmes tué et son corps percé de plus de quatre-vingts blessures, coups de sabre, de lance, de flèches. Sa sur, ma tante Ar-Rubayyi bint An-Nadr a dit :
-"Je n'ai reconnu mon frère que du bout d'un de ses doigts"; et ce verset fut révélé : Il est, parmi les Croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d'entre eux ont atteint leur fin et d'autres attendent encore; et ils n'ont varié aucunement (dans leur engagement) il dit :
-"On croyait qu'il avait été révélé au sujet de lui et de ses compagnons".
Un mort vivant.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1419).379
Alors que les gens soccupaient de leurs morts, le messager dAllah dit:
-Qui peut aller voir si Sad ibn al Rabi est parmi les vivants ou les mots?
Sad était le frère des Banu al Harith ibn al Khazraj. Un homme des ansar proposa de chercher pour le messager dAllah. Il trouva Sad gisant blessé, parmi les morts, et lui-même à lagonie, et il lui dit:
-Le messager dAllah ma ordonné de voir si tu étais parmi les morts ou les vivants.
Il répondit:
-Je suis parmi les morts. Donne au messager dAllah mes salutations, et dis lui que Sad lui dit: QuAllah te donne un meilleure récompense que nimporte quel autre prophète a reçu de sa communauté. Donne aussi mes salutations aux gens, et dis leur que Sad leur dit: Vous navez aucune excuse sous le regard dAllah, tandis que quelquun atteint le prophète pendant que vous avez les yeux qui clignent.
Sad mourut juste après, et lhomme revint tout raconter au messager dAllah.
Les reproches dun père.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1423).380
...Hatib ibn Ummayah avait un fils Yazid ibn Hatib, qui avait été blessé au moment de la bataille dOhod, et ramené mourant parmi les siens. Ces gens se rassemblèrent autour de lui et les musulmans et musulmanes commencèrent par dire:
-Réjouis-toi, ibn Hatib, des bonnes nouvelles quapportent le paradis.
Hatib était un vieil homme, élevé dans la jahiliyya, et sa nature hypocrite est apparue quand il dit:
-Vous le félicitez de quoi? Un jardin de rue381 ?
Par Allah,vous avez égaré ce garçon en lui faisant perdre la vie, et vous mavez frappé par la douleur à sa mort.
Un cas de suicide.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1423).382
Il y avait parmi eux un étranger, dont les origines étaient inconnues, appelé Quzman383. Quand les gens mentionnaient son nom, le messager dAllah disait:
-Cest quelquun du peuple de lenfer
Le jour dOhod, il combattit durement, tuant neuf ou huit polythéistes de sa propre main, brave, courageux, redoutable. A la fin, il fut empêché de continuer à cause de ses blessures et emmené au camp des Banu Zafar. Des musulmans lui dirent:
-Tu as combattu vaillamment aujourdhui, Quzman, réjouis-toi!
-Me réjouir de quoi? Par Allah, je nai combattu que pour lhonneur de mon peuple ; je nai pas combattu pour autre chose.
Quand la douleur fut trop forte, il prit une flèche de son carquois, se trancha les poignets, et se vida de son sang384 .
Le messager dAllah apprit cela et dit:
-Jatteste que je suis vraiment le messager dAllah.
La visite dOhod au XIVème siècle.
(ibn Battuta).385
Parmi les nobles lieux, citons:
Ohod, la montagne bénie, dont le prophète a dit: Ohod est une montagne qui nous aime et que nous aimons386 .
se trouve au nord de la noble Médine, à environ une parasange. En face, se trouvent les martyrs vénérés avec la tombe de Hamza, oncle paternel du prophète, tombe entourée de celle des martyrs morts à Ohod, au sud de la montagne.
10. Règlement de comptes.
Après la défaite, le jeu consiste à deviner qui est responsable. Omettant demblée l responsabilité prophétique, les textes jettent lopprobre sur les munafiqun, les traîtres et plus tard les juifs.
Muhammad sen veut un petit peu, de son autoritarisme, dans son Coran, et promet de plus consulter ses ouailles.
Les dissensions entre musulmans.
(Corpus coranique d'Othman 3/153).
Prophète, cest par quelque grâce de ton seigneur que tu as été conciliant envers eux.
Si tu avais été rude, dur de coeur, ils auraient fait sécession, autour de toi.
Efface donc pour eux leur faute, et pardonne-leur.
Consulte-les donc désormais sur toute affaire.
La défection des Arabes pendant la bataille.
(Corpus coranique d'Othman 3/117).
Et rappelle toi, prophète! quand tu partis le matin, de ta famille, plaçant les croyants à des postes de combat!
Allah est audient et sage.
Rappelle quand deux parties dentre vous songèrent à fléchir alors quAllah était leur patron! Que sur Allah sappuient les croyants!
La crainte de la trahison à Médine.
(Corpus coranique d'Othman 3/112-116).
Ni leurs biens ni leurs enfants ne serviront à rien contre Allah, à ceux qui sont infidèles.
Ceux-là seront les hôtes du feu où ils seront immortels.
Ce dont ils font dépense on uvres vains, en cette vie immédiate, est à l'image d'un vent chargé de grêle qui a frappé la récolte de gens injustes et qui a détruit cette récolte.
Allah ne les a pas lésés, mais ils se sont lésés eux-mêmes.
Ô vous qui croyez!, ne prenez pas de confidents en dehors de vous!
Ils ne vous épargneront nulle déconvenue ; ils aimeraient que vous soyez dans la peine ; la haîne jaillit hors de leurs bouches et ce que cachent leurs poitrines est pis encore.
Nous vous avons expliqué les signes, si vous vous trouvez raisonner.
Vous êtes tels que voici : vous aimez ces gens alors qu'ils ne vous aiment pas ; vous croyez à l'Ecriture tout entière alors que lorsqu'ils vous rencontrent, ils disent:
-Nous croyons! , et que, se trouvant seuls, ils se mordent les doigts de rage, à cause de vous.
Dis à ces gens:
-Mourez de rage! Allah connait les pensées des curs.
Si un bonheur vous touche, cela leur fait mal, alors que si un malheur vous atteint, ils s'en réjouissent.
Si vous êtes constants et pieux, leur machination ne vous nuira en rien.
Allah, en sa science, embrasse ce qu'ils font.
Malédiction sur les victimes de Muhammad.
(Muslim, Sahih 19, 4420).
Le messager dAllah a aussi dit:
-Grande est la colère dAllah sur une personne qui a été tuée par le messager dAllah sur le chemin dAllah, lexhalté et le glorieux.
Réflexion musulmane sur la défaite.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 593).
Le jour dOhod est un jour de jugement, de calamité, dexamen de conscience, par lesquels Allah a testé les croyants et a mis les hypocrites en jugement, ceux qui professaient la foi avec leurs langues et cachaient lincroyance dans leurs coeurs ; et un jour où Allah a honoré avec le martyre ceux qui ont combattu.
Responsabilité de la défaite dOhod.
(Corpus coranique d'Othman 3/144-146).
Allah a été loyal envers vous, en sa promesse, tant que vous conteniez les infidèles, avec sa permission.
Après vous avoir fait voir le succès désiré387, Allah vous a soutenus jusqu'à ce que vous fléchissiez, jusqu'à ce que vous vous disputiez le butin et soyez désobéissants388.
Parmi vous, il en est qui désirent les biens de ce monde tandis que d'autres désirent ceux de la vie dernière.
Ensuite, Allah vous a fait reculer devant les infidèles pour vous éprouver.
Il a certes effacé pour vous cette faute.
Allah est détenteur de la faveur envers les croyants.
11. Conséquences sociales à Médine.
Le nombre important des victimes de guerre impose dimproviser une législation inégalitaire et pataude sur les héritages et les orphelins: les musulmans ont commencé à amasser du bien, dans les circonstances que lon sait, et il faut maintenant quils se déchirent entre eux pour le partage.
La législation sur les héritages.
(Corpus coranique d'Othman 4/8-18)
Aux héritiers hommes, une part de ce que laissent les père et mère et les proches.
Aux femmes, une part de ce que laissent les père et mère et les proches, que ce soit peu ou que ce soit beaucoup.
Part imposée!
Quand assistent au partage ceux liés par la parenté, les orphelins et les pauvres, attribuez-leur une part de l'héritage et adressez-leur un propos reconnu convenable.
Voici ce dont Allah vous fait commandement au sujet de vos enfants: au mâle, portion semblable à celle de deux filles ; si les héritières sont au-dessus de deux, à elles les deux tiers de ce qu'a laissé le défunt ; si l'héritière est unique, à elle la moitié et à chacun de ses père et mère, le sixième de ce qu'a laissé le défunt si celui-ci a un enfant mâle.
S'il n'a point d'enfant mâle et qu'héritent de lui ses père et mère, à sa mère, le tiers ; si le défunt a des frères, à sa mère, le sixième après dévolution des legs par testament du défunt, et extinction des dettes.
De vos pères et de vos fils, vous ne savez qui sont les plus utiles pour vous.
Imposition d'Allah !
Allah est omniscient et sage.
A vous la moitié de ce que laissent vos épouses, si elles n'ont pas un enfant. Si elles ont un enfant, vous le quart de ce qu'elles ont laissé après dévolution des legs par testament des défuntes ou extinction des dettes.
A elles le quart de ce que vous laissez, si vous navez pas un enfant si vous avez un enfant, à elles le huitième de ce que vous laissez après dévolution des legs, par testament de vous ou extinction des dettes.
Si un homme ou une femme se trouvent laisser un héritage sans avoir d'ayant-droit, alors qu'ils ont un frère ou une sur, à chacun de ceux-ci, le sixième de l'héritage ; s'il y a plusieurs frères ou surs, ils sont en indivis pour le tiers, après dévolulion des legs par testament ou extinction des dettes.
Nulle contrainte!
Commandement venant d'Allah!
Allah est omniscient et longanime.
Voilà les lois d'Allah.
Quiconque obéit à Allah et à son envoyé, Allah le fera entrer en des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où il restera, immortel.
C'est là le succès immense.
Quiconque, au contraire, désobéit à Allah et à son envoyé et transgresse ses lois, Allah le fera entrer dans un feu où il restera, immortel.
A ce transgresseur, un tourment avilissant.
Conséquences sociales à Médine: législation sur les orphelins.389
(Corpus coranique d'Othman 4/2-11).
Donnez leurs biens aux orphelins!
Ne rendez pas le mal pour le bien!
Ne mangez pas leurs biens, à côté de vos biens!
Le faire est grand péché.
Si vous craignez de n'être pas équitables à l'égard des orphelins...
Epousez donc celles des femmes qui vous seront plaisantes, par deux, par trois, par quatre, mais si vous craignez de n'être pas équitables, prenez-en une seule ou des concubines!
C'est le plus proche moyen de n'être pas partiaux.
Donnez leurs douaires à vos femmes, spontanément.
Si elles vous font don grâcieux de quelque chose de leur douaire, mangez-le en paix et tranquillité !
Ne remettez pas aux insensés vos biens qu'Allah vous a donnés pour subsister!
Donnez aux insensés le nécessaire sur ces biens!
Vêtez-les et tenez-leur un langage reconnu convenable!
Éprouvez les orphelins jusqu'à ce qu'ils atteignent le moment du mariage!
Si vous découvrez en eux capacité de se conduire, remettez-leur leurs biens!
Ne mangez pas ceux-ci en prodigalité et dissipation, avant que grandissent ces orphelins!
Que le riche s'abstienne de prélever sur ces biens pour élever son pupille, mais que le besogneux mange sur ces biens, de la manière reconnue convenable.
Quand vous leur remettrez leurs biens, requerrez témoignage à leur encontre!
Combien Allah suffit pour réclamer le compte!
Que les tuteurs soient emplis de crainte comme si au lieu de leurs pupilles, ils laissaient une descendance faible pour laquelle ils craignent.
Qu'ils soient pieux envers Allah et adressent à leurs pupilles un propos plein de raison.
Ceux qui mangent injustement les biens des orphelins mangent ce qui, dans leurs entrailles, sera du feu en enfer et ils affronteront un brasier.
(Bukhari, Sahih 64/ 18, 2-3).
Jabir rapporte que l'envoyé d'Allah lui dit :
-O Jabir, t'es-tu marié?
-Oui, lui répondis-je.
-Et qui as-tu épousé? Une vierge ou une femme ayant été déjà mariée?
-Ce n'est pas une vierge, repris-je, mais une femme ayant déjà été mariée.
-Pourquoi pas une vierge qui t'aurait égayé? répliqua le prophète.
-C'est parce que, lui répondis-je, mon père a été tué à la bataille de Ohod et qu'il a laissé neuf filles qui sont mes neuf surs. Il m'eut été pénible de leur donner pour compagne une jeune fille ignorante comme elles ; c'est pourquoi j'ai choisi une femme qui put les peigner et s'occuper d'elles.
- Tu as en raison, me dit le prophète.390
Jabir ibn Abdallah rapporte que son père, qui périt martyr au combat de Ohod, laissa des dettes et six filles391 .
- Lorsque le moment de la récolte des dattes fut venu, raconte Jabir, j'allai trouver l'envoyé d'Allah et lui dis:
-Tu sais que mon père a péri martyr au combat de Ohod et qu'il a laissé de nombreuses dettes. Je voudrais que ses créanciers te vissent.
-Va, répondit le prophète, et dispose chaque espèce de dattes en tas séparés.
Je fis ce qu'il m'avait dit et le priai ensuite de venir. Quand les créanciers le virent, ils semblèrent plus exigeants à ce moment. Voyant comment ils agissaient, le prophète tourna trois fois autour du plus gros tas et s'assit ensuite sur ce tas en me disant :
-Appelle maintenant tes créanciers.
Il ne cessa de leur donner des mesures de dattes jusqu'à ce que, grâce à Allah, les dettes de mon père fussent payées. Je me serais estimé satisfait que Allah eut payé les dettes de mon père, même si je n'avais plus eu une seule datte à rapporter à mes murs. Or Allah avait épuisé tous les tas, sauf celui sur lequel le prophète était assis, qui me parut n'avoir pas diminué du tout, même dune seule datte.392
12. La victoire chez les Mecquois.
C'est la joie à la Mecque, mais on ne la présente pas dans les détails. Le public musulman n'a pas le coeur d'assister au soulagement de ces gens.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 24).393
Cest à ce moment quAbu Sufyan ibn Harb sétait adressé, après la victoire dOhod, en ces termes:
-Sois exalté, Hobal! cest-à-dire ; Que ton culte lemporte!.
Lenvoyé dAllah (...) avait riposté:
-Allah est plus haut et plus puissant394 .
Chant dAbu Sufyan.
(Ib Sad, Tabaqat II 1, 33).
Dressez lidole Hobal
Le dieu est le plus grand et le plus majestueux.
Nous avons lidole Uzza que vous navez pas.
Le dieu est notre allié et non le vôtre.
Message dAbu Sufyan à Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1410).395
Abu Sufyan leur demanda:
-Muhammad est-il parmi vous? Certains de vos morts ont été mutilés! Je ne lai pas ordonné, je ne lai pas défendu. Cela ne me réjouit pas, cela ne mattriste pas...396
Chanson de Hind sur la victoire des Mecquois.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 637).
Je reviens avec le coeur plein de chagrin
Parce que certains dont je voulais me venger se sont échappés
Hommes des Quraysh qui étaient à Badr
Des Banu Hashim, et du peuple de Yathrib
Jai remporté quelque chose de lexpédition
Mais pas tout ce que jespérais.
Poème satirique dOmar397 contre Hind.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1416-7).398
Cette femme ignoble est devenue insolente,
en plus dêtre vulgaire, comme dhabitude,
depuis quelle mélange linsolence et lincroyance.
QuAllah maudisse Hind,
à distinguer parmi les Hind,
celle qui a un gros clitoris399,
et quAllah maudisse son époux avec elle.
Est-elle partie à Ohod sur un chameau tranquille,
parmi larmée, sur un chameau sellé?
Cest un chameau au pas lent, qui neavance pas,
quil soit grondé ou réprimandé.
Grimpe sur ta monture avec ton cul,
Hind, assouplis tes tendons en les frappant dune pierre.
Son cul et son sexe sont couverts dulcère,
comme résultat de voyage long et à toute vitesse sur ta selle.
compagnon continue de la soigner
avec de leau dont elle séclabousse et de feuilles de sidr.
Es-tu parti si rapidement en quête de vengeance,
pour ton père et pour ton frère, le jour de Badr?
Et pour ton oncle, qui avait été blessé au cul,
gisant dans son sang, et ton frère,
tous enroulés dans la poussière du puit?
Te rappelles-tu lacte dément que tu as commis?
Hind, malheur à toi, la honte de ton âge.
13. La réaction de Muhammad.
Dans ces circonstances dramatiques, le chef fait preuve de sang foid et dénergie. Au lieu de se morfondre, et de panser ses plaies, il ordonne simplement de poursuivre les vainqueurs. Il démontre que lon peut à la fois fin politique et complètement psychotique.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 588).
La bataille a eu lieu le jour du sabbat au milieu du mois de shawwal et le matin du dimanche, le 16 du mois, le héraut de lenvoyé appela les hommes à la poursuite de lennemi et annonça que personne ne sortirait avec nous sil nétait pas présent à la bataille de la veille.
(...)
Lenvoyé sortit donc faire une démonstration de force contre lennemi pour leur croire quil les poursuivait, et quil était en position de force et que leurs pertes ne les avaient pas affaiblis.
(ibn Sad, Tabaqat II 57).
Lexpédition de lapôtre d'Allah contre al Hamra a eu lieu le 8 shawwal, du 32ème mois après lHégire.
Quand lapôtre d'Allah rentra dOhod, un groupe dansar importants passèrent la nuit en garde près de sa porte, et les musulmans passèrent la nuit à panser leurs blessures. Quand lapôtre d'Allah fit les prières du matin, il demanda à Bilal de proclamer400 que lapôtre d'Allah avait ordonné de poursuivre lennemi, et que ceux qui navaient pas participé aux combats précédents devaient partir.
(...)
Il sortit avec son visage blessé, un bandeau sur son front, son incisive brisée, lintérieur de sa lèvre inférieure blessée, son épaule droite affaiblie par le coup porté par ibn Qamia et ses genoux égratignés.
(...)
Lapôtre d'Allah monta sur son cheval et les gens marchèrent avec lui. Il détacha trois personnes des Banu Aslam en avant-garde, qui allèrent chercher les empreintes de pas des polythéistes. Deux dentre eux trouvèrent les polythéistes à Hamra al Asad.
Muawiyya lOmmeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 41).401
Lun dentre eux était Muawiyya ibn al Mughira. Il avait été parmi ceux qui ont mutilé le corps dHamza. Quand il a été battu et mis en fuite à Ohod402, il a cherché refuge auprès dOthman ibn Affan et lui a demandé sa protection, parce que lapôtre d'Allah avait donné des ordres pour quil soit poursuivi nimporte où. Il fut extirpé de la maison dOthman et amené devant lapôtre d'Allah. Le prophète le rendit à Othman avec le serment que sil le trouvait à proximité de Médine, après trois nuits, il serait exécuté sans faute. Othman lui donna équipement et vivres pour partir et il partit la quatrième nuit.
Lapôtre d'Allah déclara:
-Muawiyya est seulement parti ce matin et il ne sest pas beaucoup éloigné: alors vous pouvez lui donner la chasse et le tuer.
Ils semparèrent de lui, et Zayd et Ammar le tuèrent.
Appel à la discipline après la défaire dOhod.
(Corpus coranique d'Othman 3/132-144).
Ceci est un exposé pour les hommes, une direction et une exhortation pour les pieux.
Ne vous abandonnez pas, ne vous attristez point, alors que vous êtes les plus hauts, si vous êtes croyants!
Si une plaie saigne en vous, une plaie semblable a saigné en ce peuple impie.
Ces jours heureux et malheureux, nous les faisons alterner parmi les hommes pour reconnaître ceux qui croient et prendre, parmi vous, des témoins - Allah n'aime pas les injustes -, pour faire briller ceux qui croient et rejeter dans l'ombre les infidèles.
Comptez-vous, croyants !, entrer dans le jardin alors qu'Allah n'a pas encore reconnu, parmi vous, ceux qui ont mené combat, ni encore reconnu les constants ?
Certes, vous souhaitiez la mort avant de la rencontrer.
Vous l'avez vue et vous êtes dans l'expectative.
Muhammad n'est qu'un apôtre.
Avant lui, les autres apôtres ont passé.
Eh quoi s'il meurt ou s'il est tué, retournerez-vous sur vos pas ?403 Quiconque retournera sur ses pas ne nuira à Allah en rien et Allah récompensera ceux qui sont reconnaissants.
Il n'est à personne de mourir sinon avec la permission d'Allah.
Ecrit fixé!
Quiconque désire la récompense de la vie immédiate, nous lui en donnons une part, et quiconquedésire la récompense de la vie dernière, nous lui en donnerons une part.
Nous récompenserons ceux qui sont reconnaissants.
Combien de prophètes ont combattu ayant avec eux de nombreux disciples!
Ceux-ci ne fléchirent point sous ce qui les atteignit, dans le chemin d'Allah ; ils ne faiblirent et ne cédèrent point.
Allah aime les constants.
Leur seul propos était:
-Seigneur! pardonne-nous nos péchés et notre excès dans notre conduite ! Affermis nos talons et secours-nous contre le peuple des injustes!
Allah leur a donné la récompense de la vie immédiate et la belle récompense de la vie dernière. Allah aime les bienfaisants.
Ô vous qui croyez!, si vous obéissez à ceux qui sont infidèles, ils vous ramèneront sur vos pas et vous vous en retournerez, perdants.
Non! Allah est votre maître et il est le meilleur des auxiliaires.
Nous jetterons l'effroi dans les curs de ceux qui sont infidèles, en prix d'avoir associé à Allah ce par quoi il ne fait descendre nulle probation.
Leur refuge sera le feu.
Combien détestable est l'asile des injustes!
Muhammad tente de regrouper ses troupes à la fin de la bataille dOhod.
(Corpus coranique d'Othman 147-148).
Allah vous a infligé souci après souci, Allah vous a éprouvés, quand vous remontiez vers Médine404 , sans vous retourner vers personne, tandis que l'envoyé d'Allah, sur votre arrière, vous rappelait, afin que vous ne vous attristiez pas sur le succès qui vous avait échappé ni sur ce qui vous avait atteints.
Allah est bien informé de ce que vous faisiez.
Allah vous a infligé souci après souci.
Ensuite, il a fait descendre sur vous, après ce souci, une sécurité, un sommeil qui couvrait un parti parmi vous tandis que, pris par leur propre souci, pensant sur Allah autre chose que la vérité - à savoir ce que pense la gentilité405 -, les gens d'un autre parti cachaient en leur âme ce qu'ils ne te dévoilaient point et disaient:
-Nous avions eu une part à l'ordre, nous n'aurions pas eu de tués.
Réponds: Si vous étiez restés dans vos demeures, ceux dont le meurtre a écrit, seraient allés à leurs couches où ils auraient trouvé la mort.
Tout cela a eu lieu pour qu'Allah éprouve ce qui est en poitrines et pour mettre en lumière ce qui est en vos curs.
Allah connait bien les pensées des curs.
La visite du champ de bataille dOhod au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p. 364-5).
Une des principales zyara406 , ou lieu sacré à visiter de Médine est Ohod, avec la tombe dHamza, loncle de Muhammad. La montagne dOhod est une partie dune grande chaîne, qui sen sépare presque dans lest de la plaine, de façon à apparaitre comme isolée. Elle est à 3/4 dheure de marche de la ville. La quatrième année de lHégire, quand Muhammad eut fixé sa résidence à Médine, les Quraysh idolâtres, dirigés par Abu Sufyan ont envahi cette région, et se sont installés au niveau de la montagne. Muhammad sortit de la ville et combattit là, en infériorité, en la plus dure des batailles quil engagea. Son oncle Hamza fut tué, avec 75 de ses fidèles: lui-même fut blessé, mais il tua de sa propre lance un homme des plus braves dans le camp opposé, et remporta au final une victoire complète. La tombe dHamza et des 75 martyrs, comme on lappelle, fait lobjet dune visite spéciale à Ohod.
Jai commencé à pied, avec mon cicerone407 , par la porte syrienne, en compagnie de quelques autres visiteurs ; en effet, on pense quil nest pas prudent de saventurer là seul, de peur de brigands bédouins. La visite se fait dordinaire les jeudis. Nous sommes passés là où le hajj syrien campe, où quelques puits et citernes à demi ruinés, faits de pierre, approvisionnent les pèlerins en eau durant leur séjour de trois jours dans les lieux, sur leur trajet depuis ou vers la Mecque.Un peu plus loin, se trouve un petit kiosk408 , avec un dôme, maintenant à demi-ruiné, appelé el Gorayn, où le chef de la caravane installe son domaine provisoire.Plus loin, la route change complètement de nature: des palmiers dattiers se dressent ici et là, et plusieurs points où les gens cultivent sont visibles, quand les pluies sont abondantes. A un mille de la ville se trouve un édifice ruiné de pierre et de brique, où une courte prière est récitée en souvenir de Muhammad, qui a mis ici sa cotte de maille, au moment de rencontrer lennemi. Plus loin, encore, il y a une grande pierre, sur laquelle, dit-on, Muhammad sest appuyé quelques minutes sur le chemin dOhod ; le visiteur doit alors pressser son dos contre la piere, et réciter la Fatiha, ou chapitre premier du Coran.
En approchant de la montagne, on traverse un torrent, vers de lest et du sud-est, avec de leau dune profondeur de 2 pieds, conséquence dune pluie qui avait eu lieu 5 jours auparavant.Il avance parfois si fort quil devient infranchissable, et inonde toute la contrée environnante. A lest du torrent, le terrain menant à la montagne est nu, rocheux, en faible pente, sur lequel se trouve une mosquée, entourée dune douzaine de maisons en ruine, autrefois villa de détente pour les gens des riches villes dalentour ; près delles, une citerne, remplie de leau du torrent. La mosquée est un édifice carré, solide, de petites dimensions. Son dôme a été abattu par les wahhabites, mais ils ont épargné la tombe. La mosquée regroupe la tombe de Hamza et des principaux personnages morts dans la bataille. (...) Les tombes sont dans un espace ouvert, et comme celle de Bekya, de simples monticules de terre, avec quelques cailloux disposés autour. A côté, un petit portique
qui sert comme mosquée. Une courte prière est dite ici, et les pèlerins avancent vers les tombes, où ils récitent le chapitre de Yaseyn (du Coran), ou un court passage de al Khalas, 40 fois ; après quoi, Hamza et ses compagnons sont invoqués pour intercéder auprès du tout-puissant, et obtenir pour le pèlerin et sa famille, foi, santé, richesse, et la destruction de leurs ennemis. De largent est déposé sur les coins de la mosquée, des tombe, au muezzin, à limam, etc...
Plus loin vers la la montagne, qui nest quà portée de fusil, une petite coupole marque lemplacement où Muhammad a été blessé dans la bataille par une pierre, qui lui a fait sauter 4 de ses dents de devant, et la fait tomber par terre. A courte distance de la coupole, il y a les tombes de 12 autres compagnons morts dans le combat. Ils forment ainsi des tas de gravas et de pierre, ce qui fait que leurs tombes respectives ne sont plus reconnaissables. Les prières sont dites, à nouveau, avec le passage du Coran qui dit à propos des morts:
-Ne pense pas que ceux qui ont été tués en guerre avec les infidèles sont morts ; non, ils vivent, et leur récompense est dêtre avec leur seigneur.
Une phrase employée encore pour lencouragement, même de nos jours, par des soldats turcs dans leurs batailles contre les Européens.409
La montagne dOhod est constituée de granite de couleur varié ; jy ai trouvé de lobsidienne, mais pas de lave. La montagne entière mesure quatre milles de long, de lest à louest. Ayant été le site de la fameuse bataille, qui a tant contribué à renforcer le parti de Muhammad, et sa nouvelle religion, il nest pas surprenant que le Jebel Ohod soit lobjet dune vénération particulière.410
§ 578. La drôle de bataille du fossé.
En 627, les Mecquois tentent de prendre loffensive, encouragés par leur victoire à Ohod. Ils rassemblent une confédération de tribus et attaquent Médine411.
Muhammad, conseillé par un Perse, fait creuser un fossé412 protecteur qui bloque les charges de cavalerie. Dès lors, les deux camps sinstallent face à face, et saffrontent à coup dinjures et de projectiles.
La coalition se désagrège au bout de 15 jours et les Mecquois lèvent le siège: les Bédouins ne sont pas habitués à une guerre statique et longue, et ils défont leur union aussi vite qu'ils l'ont formée.
Passé un moment dangoisse, la communauté musulmane se ressaisit, reprend confiance: elle élimine alors physiquement la dernière opposition interne et organisée, celle des Juifs des banu Qurayza, et prépare la conquête de la Mecque413 .
Une belle leçon de machiavélisme, en vérité.
1. La thèse du complot juif.
La tradition islamique a insisté trop lourdement sur les manoeuvres de la dernière tribu juive ; mais cela ressemble trop à une justification a posteriori de son élimination. Cest donc une sorte de Protocole des Sages de Médine qui est élaboré ici, bien longtemps avant celui que l'on connait.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 669).
Un certain nombre de juifs a formé un parti contre lenvoyé, parmi lesquels Sallam ibn Abul Huqayq, Huyyay ibn Akhtab, Kinana ibn Abul Huqayq, Hawdha ibn Qays, Abu Ammar al Wayli avec des membres des Banu Nadir et Banu Wayl ; ils sont allés à la Mecque voir les Quraysh et les inviter à se joindre à eux pour une attaque contre lenvoyé d'Allah pour quils puisent sen débarasser conjointement.
Les Quraysh dirent:
-Ô vous les Juifs, vous êtes le premier peuple de lEcriture414 et vous connaissez la nature de notre affrontement avec Muhammad. Est-ce notre religion la meilleure, ou la sienne?
Ils répondirent que leur religion était certainement la meilleure et quils avaient plus de légitimité que lui415.
Le traité416 de défense de Médine.
(Waqidi, Livre des Expéditions II 440) . 417
1-Les Quraysh ne recevront pas de protection, et personne ne les soutiendra.
2- Il y aura un soutien entre eux contre quiconque tentera une attaque traitre et inattendue sur Yathrib.
3- Quand ils seront amenés à faire une trêve, ils feront la trêve et laccepteront.
4-Sils sont appelés à la même chose, les croyants418 devront laccepter pour eux.419
5- En vérité, ceux qui sont en guerre pour la religion420 , chaque groupe de gens est responsable de la défense dune part de secteur se trouvant en face deux.
6-Les juifs des Aws, leurs clients et eux-mêmes sont (considérés?) sur la même base que les gens de laccord, avec observation complète des accords de la part des gens de cet accord.
7-Le respect des stipulations de chacun efface la trahison421 .
8-Allah est un sécurité pour le respcet des traités et le plus honoré par le respect de ce qui est sur cet accord.
La riposte anti-judaïque du Coran.
(Corpus coranique d'Othman 4/54-58).
N'as-tu point vu ceux à qui a été donnée une part de l'Écriture ?
Ils croient aux Jibt et aux Taghut422 et disent de ceux qui sont infidèles:
-Ceux-ci sont dans une meilleure direction que ceux qui se disent croyants.
Ces gens sont ceux qu'Allah a maudits.
Or, à quiconque est maudit par Allah, tu ne trouveras pas d'ansar.
Ces gens ont-ils une part de la royauté ?
Ils ne donnent point aux hommes une pellicule de datte!
Jalouseront-ils ces gens-ci de ce qu'Allah leur a accordé de sa faveur ?
Mais nous avons donné à la famille d'Abraham l'Écriture, la sagesse et avons donné à cette famille une royauté immense.
Parmi les descendants dAbraham, il en est qui croient à cette Écriture tandis quil en est qui sen écartent.
Combien la géhenne suffira à ceux-ci comme brasier.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 223).
Ils résolurent d'envoyer les plus considérables d'entre eux à la Mecque pour demander aide aux Quraysh, afin de tomber tous ensemble sur le prophète. Dans le cas où ceux-ci ne viendraient pas à leur secours, ils voulaient continuer d'observer le traité. En conséquence, les principaux juifs partirent pour la Mecque, eurent une entrevue avec les principaux Quraysh et leur dirent :
-Vous savez ce qui vous est arrivé de la part de Muhammad, à la journée de Badr. Quant à nous, nous avons encore plus à souffrir de lui. Maintenant nous autres juifs, nous nous sommes tous concertés pour lui faire la guerre. Voulez-vous vous joindre à nous, pour que nous l'attaquions tous ensemble?
Les Quraysh consentirent et s'allièrent aux juifs et aux tribus arabes.
Langoisse des Médinois face à lattaque.
(Corpus coranique d'Othman 33/9-11).423
Ô vous qui croyez!
Rappelez vous le bienfait dAllah envers vous, quand des armées marchèrent contre vous et que nous envoyâmes contre eux vent et légions424 darchanges invisibles pour vus!
Allah, sur ce que ces ennemis faisaient, fut clairvoyant, quand ils marchèrent contre vous, de toutes parts, quand vos regards se détournèrent de terreur, que vos coeurs remontèrent à votre gorge et que vous en êtes venus à suspecter Allah.
En cette circonstance, les croyants furent éprouvés et violemment ébranlés.
La résistance de Médine.
(Corpus coranique d'Othman 33/13).
Rappelez-vous quand un parti d'entre eux vous dit:
-Ô gens de Yathrib425 !, ne restez point! retournez-vous-en!
Rappelez-vous quand une fraction d'entre eux demanda la permission au prophète de se retirer, en disant:
-Nos demeures sont sans défense! Elles n'étaient point sans défense ! Ils voulaient seulement fuir.
Si Yathrib426 avait été forcée, et si, ensuite, on leur avait réclamé le reniement427 de leur foi, ils leussent accordé, mais ne seraient demeurés que peu de temps, dans Yathrib.
Ils avaient certes fait pacte antérieurement, avec Allah, de ne point tourner le dos.
Or, du pacte conclu avec Allah, il sera demandé compte428 .
Dis-leur donc: Fuir ne vous sera pas utile. Si vous fuyez la mort ou le combat, vous ne jouirez de la vie que peu de temps.
Dis-leur encore: Qui peut vous mettre hors de portée d'Allah, soit qu'il vous veuille un mal, soit qu'il vous veuille une grâce ?
Ils ne se trouveront, en dehors d'Allah, ni patron ni ansar.
Allah saura reconnaître ceux qui suscitent des obstacles, parmi vous, croyants ! et ceux qui disent à leurs frères:
-Venez à nous! et qui ne déploient que peu d'ardeur pour notre cause, en étant chiches envers vous.
Quand vient le danger, tu vois ces gens te regarder, les yeux révulsés de foi, comme celui que la mort assaille.
Mais lorsque le péril est parti, ils vous ardent de leurs langues acérées, chiches à vouloir le bien.
Ceux-là ne croient point Allah rendra vaines leurs actions et cela, pour Allah, est aisé.
Ces gens comptent que les factions ne sont pas parties et si les factions viennent, ils aimeraient à se retirer au désert, parmi les bédouins ; ils interrogeraient ainsi sur ce qui arrive. Sils aviaent été parmi nous, ils nauraient combattu que peu.
2. Le fossé de Salman.
Le personnage est largement développé par la tradition abbasside, qui fait de Salman le digne représentant de la Perse au sein de lépopée mohammédienne429 . Cette initiative lassocie à un épisode un peu glorieux, une seule fois dans sa carrière. Il est très peu évoqué par ailleurs, et traîne un passif de mazdéen teinté de christianisme.
Ici se distingue lavancée culturelle et technique des Perses sur les Arabes ; mais les textes ne peuvent le dire plus clairement.
La proposition de Salman.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 224).
Le prophète, averti que tous les infidèles ensemble allaient venir l'attaquer, réunit ses compagnons et délibéra avec eux. Tous furent d'avis que l'on devait s'enfermer dans la ville. Salman, le Persan , dit :
-Chez nous autres Perses, quand une armée nombreuse vient attaquer une ville dont l'armée n'est pas en état d'aller au-devant de l'ennemi, on creuse autour de la ville un fossé, pour empêcher les cavaliers d'y entrer.
Le prophète et tous ses compagnons approuvèrent ce conseil de Salman, et le prophète ordonna de creuser autour de Médine un fossé profond de vingt coudées et large également de vingt coudées. Le travail fut divisé par portions ; chaque portion de quarante coudées fut attribuée à dix hommes. Les hypocrites se moquèrent du prophète parce qu'il s'enfermait dans la ville. Cependant, il venait chaque jour assister au travail, assis dans une tente qu'on avait construite pour lui, afin que les hommes, en sa présence, eussent plus de zèle. Après un mois, le fossé était achevé.
(Muslim, Sahih 32-3366).
Sahl ibn Sa`d a dit : L'envoyé d'Allah vint vers nous pendant que nous creusions le Fossé et que nous en transportions la poussière sur nos épaules et s'écria :
-"Mon Seigneur, la seule vie, c'est celle de l'au-delà! Pardonne aux ansâr et aux muhâjirûn!".
Le creusement du fossé
(Bukhari, Sahih 52, 87).
Lenvoyé dAllah alla vers le fossé et vit que les émigrants et les auxiliaires creusaient dans le très grand froid du matin, et quils navaient pas desclaves pour le faire. Il remarqua leur fatigue et leur faim, et dit:
-Ô Allah! La vraie vie est celle de lau-delà, alors pardonne aux auxiliaires et aux émigrants.
En réponse, les émigrants et auxiliaires dirent:
-Nous sommes ceux qui avons fait un serment dallégeance à Muhammad, celui de poursuivre le jihad aussi longtemps que nous vivrons.
(Tafsir al Jalalayn 33).
Khatir ibn Abdullah ibn 'Amir al Muzani rapporte, d'après son père et son grand père, que le messager d'Allah traça, l'an des Factions, la ligne où on devait creuser le fossé. Allah fit sortir du fossé un rocher rond et blanc. Le messager d'Allah prit la pioche et le frappa. Le rocher fut brisé et une lueur en jaillit et éclaira le deux extrémités de Médine. Lui et les musulmans proclamèrent la grandeur d'Allah. Ce phénomène se répéta après le deuxième et le troisième coup et le prophète proclama avec les fidèles la grandeur d'Allah. En l'interrogeant sur cela, il répondit:
-"Au premier coup, les palais de Hira et les Madayn de Khosroès me furent éclairés. Alors Jibril me dit que ma communauté les prendra. Au deuxième coup, les palais rouges au pays des Byzantins me furent éclairés et Jibril m'assura que ma communauté les prendra. Au troisième coup, Les palais de Sanaa me furent éclairés et Jibril me dit que ma communauté fera leur conquête."
Les hypocrites dirent alors:
-"N'êtes-vous pas étonnés de l'entendre vous raconter cela, vous faire de vains désirs et de fausses promesses et vous dire qu'il a vu à partir de Yathrib les palais de Hira, les Madayn de Khosroès et que vous allez les conquérir, alors que vous creusiez la tranchée à cause de votre crainte sans pouvoir vous exposer à l'ennemi?"
A cette occasion, Allah fit descendre:
-"Et quand les hypocrites et ceux qui ont la maladie au cur disaient: "Allah et son messager ne nous ont promis que tromperie..."
(Muslim, Sahih 32-3365).
Al Barâ a dit :
Le jour du Fossé, le prophète transporta avec nous des déblais, au point que la poussière couvrit son ventre, en récitant ces vers :
Par Allah! n'était toi, nous ne serions pas dans la bonne voie,
nous ne ferions ni l'aumône, ni la prière .
Fais descendre sur nous la sérénité,
Car, notre religion, ceux-là (les infidèles) l'ont refusée,
Car les chefs des impies ont refusé notre religion,
quand ils cherchent la tentation 430, certes, nous dirons
: Non! Et il appuyait sur le dernier mot, en élevant sa voix.
(ibn Sad, Tabaqat II 81).
Lapôtre d'Allah a travaillé avec eux de ses mains, pour encourager les musulmans. Il assigna à chaque tribu une section à creuser. Les muhajirun creusaient du côté de Ratij à Dhubab et les ansar creusaient de Dhubab à la montagne des Banu Ubayd. Dans tout Médine, les maisons étaient construites si proches les unes des autres que lensemble apparaissait comme une forteresse. Les Banu Abd al Ashhal creusaient de derrière Ratij jusquau niveau de la mosquée. Les Banu Dinar creusaient près de Jurba jusquà lemplacement de la maison dibn Abu al Janub, là où elle se trouve maintenant431. Ils finirent le fossé en 6 jours. Les musulmans placèrent femmes et enfants dans les forts.
(Bukhari, Sahih 64/29, 6).
Jabir ibn Abdallah a dit: pendant qu'on creusait le fossé, j'avais remarqué que le prophète souffrait vivement de la faim. Aussitôt je me rendis auprès de ma femme et lui dis:
-As-tu quelque chose à manger ? je viens de voir que le prophète souffrait vivement de la faim.
Elle me sortit un sac contenant un sa432 d'orge ; et, comme nous avions un petit mouton familier de la maison, je l'égorgeai, pendant qu'elle s'occupait à moudre l'orge. Elle acheva sa besogne en même temps que la mienne, puis elle découpa le mouton et le mit dans la marmite. Quant à moi, je retournai vers l'envoyé d'Allah.
-Surtout, me dit ma femme, ne m'expose pas à quelque affront vis-à-vis de l'envoyé d'Allah et de ceux qu'il amènera avec lui.
Arrivé auprès de l'envoyé d'Allah de Allah, je le pris à part et lui dis:
-Nous avons égorgé un petit mouton que nous avions, et fait de la farine avec un sa d'orge que nous possédions, viens et amène quelques personnes avec toi.
Le prophète se mit alors à crier :
-Eh! les gens du Fossé, Jabir a préparé un banquet, venez et dépêchez-vous.
Puis, s'adressant à moi:
-Ne retirez pas, me dit-il, votre marmite du feu, et ne pétrissez pas votre pâte avant que je sois arrivé.
Je rentrai chez moi et l'envoyé d'Allah y arriva, précédant la foule.
-Qu'as-tu fait, malheureux ? s'écria ma femme en me voyant.
- J'ai fait ce que tu m'avais dit de faire, lui répondis-je.
La femme apporta de la pâte au prophète qui cracha dessus ; il bénit ensuite la pâte, et allant vers la marmite il y cracha également ; puis, l'ayant bénie, il dit:
-Appelle une boulangère pour qu'elle fasse le pain avec moi, et prends du bouillon de la marmite sans la retirer du feu.
Il y avait là mille convives et, je le jure par Allah, ils mangèrent à satiété, et pourtant ils laissèrent des vivres, tant ils étaient repus. La marmite bouillait toujours et la pâte avec laquelle nous faisions le pain n'avait pas diminué de volume.433
Prophétie dans la tranchée.
(Hanbal, Musnad 4/303).434
Pendant le creusement de la tranchée, un gros rocher apparut. Les compagnons incapables de le déplacer, se référèrent à lapôtre d'Allah. Il vint avec un levier et une pioche, et démolit le rocher. A chaque coup, une étincelle se produisait et, grâce à linspiration dAllah, il donnait quelques prophéties réjouissantes, concernant les conquêtes futures, disant:
-On ma donné les clés de Byzance, on ma donné les clés de la Perse, on ma donné les clés du Yémen.
(Ibn Hanbal , Musnad 10613).
Le jour de la tranchée, nous avons dit:
-Ô envoyé d'Allah, que pouvons-nous dire comme prière? Parce que nos coeurs sortent de nos gorges!
Il répondit:
- oui, Ô Allah, recouvre nos injustices et déplace nos craintes!
(Ibn Hanbal , Musnad 13808).
Quand le prophète et ses compagnons creusaient la tranchée, ils étaient très fatigués, à tel point que le prophète a attaché une pierre sur son estomac à cause de sa faim.
(Bukhari, Sahih 64/29,8-10).
al Bara a dit : Le jour du Fossé, le prophète transporta des déblais, au point que son ventre était couvert de poussière ; il récitait alors ces vers435:
Par Allah ! n'était Allah, nous ne serions pas dans la bonne voie,
nous ne ferions ni l'aumône, ni la prière.
Fais descendre sur nous la quiétude et affermis nos pieds,
si nous rencontrons l'ennemi.
Certes, si ceux qui nous oppriment veulent
que nous nous révoltions (contre toi) nous refuserons.
Et il élevait la voix en disant :
-Nous refuserons, nous refuserons.
(...)
D'après ibn Abbas, le prophète a dit :
-Le vent d'Est m'a assuré la victoire et le vent d'Ouest a fait périr les Ad.
(...)
El Bara a dit: Au jour des Confédérés et du Fossé, j'ai vu l'envoyé d'Allah transporter de la terre du fossé ; la poussière me dérobait la vue de la peau de son ventre. Le prophète était très velu. Pendant qu'il transportait de la terre, il récitait ces mots en vers rajaz de ibn Rawaha :
Ô Allah! sans toi nous ne serions pas dans la bonne voie,
nous ne ferions ni l'aumône, ni la prière.
Fais descendre sur nous la quiétude et affermis nos pieds,
si nous rencontrons l'ennemi.
Certes, si ceux qui nous oppriment veulent
que nous nous révoltions. (contre toi), nous refuserons.
Et il appuyait sur le dernier mot, en faisant traîner le son de sa voix436 .
(Bukhari, Sahih 56/33).
Anas a dit: L'envoyé d'Allah, s'étant rendu au fossé, trouva les muhajirun et les ansar occupés à creuser par une matinée froide, car ils n'avaient pas d'esclaves capables d'accomplir ce travail. Le prophète, voyant la faim, la fatigue qu'ils supportaient, s'écria :
-Allah, la seule vie, c'est celle du monde à venir!
Pardonne à tout ansar et à tout muhajir.
Et eux lui répondirent:
-C'est nous qui, dans notre serment à Muhammad,
avons promis le bon combat, toujours tant que nous vivrons.
(Bukhari, Sahih 56/34,1-3).
Anas a dit : Muhajirun et ansar se mirent à creuser un fossé autour de Médine, transportant la terre sur leurs dos ; et ils disaient :
-C'est nous qui, dans notre serment à Muhammad,
avons promis fidélité à l'islam toujours tant que nous vivrons.
Le prophète leur répondait:
-Allah! le seul vrai bien est celui de la vie à venir ;
bénis, ô Allah! tout ansar et tout muhajir!
(...)
al Bara a dit: Je vis lenvoyé d'Allah, le jour de la bataille des Nations437 , transporter de la terre du fossé, à tel point que la blancheur de son ventre en était maculée438 . Il disait :
-Sans toi, nous n'aurions pas été conduits dans la bonne voie ; nous n'aurions connu ni l'aumône, ni la prière ; fais descendre sur nous la sérénité, et affermis nos pas à la rencontre de l'ennemi. Ceux qui se montraient injustes envers nous, nous avons repoussé l'épreuve à laquelle ils voulaient nous soumettre.
(Bukhari, Sahih 56/161).
El Barda dit: Au jour du Fossé, je vis l'envoyé d'Allah transporter tant de terre, que l'abondante masse de poils439 qui recouvrait sa poitrine disparut sous la poussière. Il chantait à voix très haute le rajaz440 dAbdallah ibn Rawaha, et disait:
-Ô Allah! sans toi nous ne serions pas dans la bonne voie ;
Nous ne ferions ni l'aumône, ni la prière ;
Fais descendre sur nous la sérénité ;
Et affermis nos pis dans les rencontres dangereuses ;
Les ennemis nous ont accablés d'injustice ;
Et, lorsqu'ils'ont voulu nous éprouver, nous les avons repoussés.
Le miracle de la salive.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 671).
Alors quils travaillaient à creuser, un gros rocher leur causa une grande difficulté, et ils sen plaignèrent à lenvoyé. Il demanda de leau, et cracha dedans ; ensuite, il pria comme Allah voulait quil prie ; puis il éclaboussa leau sur le rocher. et ceux qui étaient présents dire:
-Par celui qui a envoyé un prophète avec la vérité, il la pulvérisé comme si cétait du sable mou qui ne résiste ni à la hache, ni au burin.
Le Fossé au XIIème siècle.
(ibn Jubayr).441
Avant darriver dans la ville, du côté ouest, à portée de flèche, on trouve le fameux Fossé que le prophète fit creuser à l'époque de la Confédération des partis. Entre ce fossé et la ville, à droite, on trouve, à droite de la route, une source dite du prophète est entourée d'un vaste anneau oblong au centre duquel jaillit la source et qui ressemble à un bassin allongé.
3. Les opérations.
Le siège est par définition statique. Il n'y a presque pas d'affrontement, essentiellement des tirs de flèches et des injures. En fait, la confrontation est psychologique et diplomatique. Muhammad excelle dans le domaine, pour le malheur de ses adversaires.442
Les alliés.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 670).
Les Quraysh marchèrent sous le commandement dAbu Sufyan ibn Harb ; les Ghatafan443 étaient conduits par Uyayna (...) avec les Banu Fazara ; et al Harith ibn Awf (...) avec les Banu Murra ; et Misar ibn Rukhayla (...) avec ceux de son peuple dAshja qui le suivaient.
Allusion probable à loffensive des Mecquois dans le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 8/49).444
Ne soyez pas comme ces infidèles qui sortirent de leur habitat, avec pompe et ostentation publique, qui s écartaient dAllah alors quAllah de sa science enveloppait ce quils faisaient.
Linvestissement de Médine.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 673).
Comme lenvoyé avait fini la tranchée, les Quraysh arrivèrent et campèrent dans le lit des torrents de Ruma entre al Juruf et Zughaba, avec dix mille de leurs mercenaires noirs et les alliés des Banu Kinana et le peuple de Tihama. Ghatafan vint avec ses alliés du Najd et sinstalla à Dhanab Naqma en direction dOhod.
La drôle de bataille.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 225 ).
Lorsque les infidèles aperçurent le fossé autour de Médine, ils furent frappés d'étonnement ; car ils n'en avaient jamais vu auparavant. Ne pouvant pas le franchir, ils venaient chaque jour aux portes de la ville. Le prophète restait au bord du fossé, et personne ne sortait de la ville pour combattre. Il y passait également les nuits, tandis que les hypocrites rentraient dans la ville pour dormir, et ils disaient :
-S'il arrive, pendant la nuit, un accident à Muhammad, au moins serons-nous à l'abri dans nos maisons.
Il est dit dans le Coran :
Quelques-uns d'entre eux demandèrent au prophète la permission de se retirer, en disant : Nos maisons sont sans défense, etc445 .
Les infidèles restèrent vingt-six jours, sans qu'il y eut d'engagement ; seulement les deux armées lancèrent de loin des traits l'une sur l'autre, et trois hommes de l'armée des incrédules furent tués.
Abu Sufyan, lOmmeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 35).446
Parmi eux, il y avait Abu Sufyan Shakhr ibn Harb ibn Umayya, chef de la coalition447 qui a été organisée contre lapôtre d'Allah le jour dOhod, là où 70 des plus formidables compagnons de lapôtre d'Allah ont été tués, parmi lesquels Hamza, le lion dAllah. Il a aussi combattu lapôtre d'Allah à la bataille de la tranchée. A cette occasion, il a écrit au prophète en ces termes:
En ton nom, ô Allah, je jure par Allat, al Uzza, Isaf, Nayla et Hobal, jai marché contre toi dans le but de te détruire entièrement. Je vois que tu as trouvé refuge derrière une tranchée et tu as évité de nous rencontrer, mais tu recevras de moi un coup comme celui que tu as reçu à Ohod.
Une tentative dassaut.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 677).
Le siège continua sans véritable combat mais quelques cavaliers des Quraysh, parmi lesquels Amir ibn Abu Wudd, Ikrima ibn Abu Jahl448, Hubayra ibn Abd Wahb, Dirar ibn al Khattab le poète, endossèrent leurs armures et foncèrent sur les positions des Banu Kinana en disant:
-Préparez vous à combattre et vous verrez ce que sont de vrais chevaliers aujourdhui!
Ils galopèrent jusquau niveau du fossé et stoppèrent là. Ils se mirent à crier:
-Cest un stratagème que les Arabes navaient jamais employé avant!
Un duel par dessus la jambe.449
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 22).
L'un des principaux Quraysh, suivi de six hommes, se jeta dans le fossé, mais il ne put parvenir à le franchir. Lorsqu'ils voulurent retourner, ils descendirent de leurs chevaux sur lesquels ils remontèrent ensuite. Ali ibn Abu Talib, les voyant, sauta dans le fossé, le franchit et provoqua le Quraysh. Celui-ci dit :
-Je ne voudrais pas que tu fusses tué de ma main.
Ali répondit :
- Moi, je veux que tu périsses de la mienne.
L'infidèle, furieux, mit pied à terre, et attaqua Ali qui lui asséna un coup, le renversa et lui trancha la tête.
(...) Les deux champions450 se jetèrent l'un sur l'autre et luttèrent depuis le matin jusqu'à l'heure de la première prière ; chacun d'eux parait les coups de son adversaire.
Enfin Ali dit à Amir :
-N'as-tu pas dit que tu ne te ferais pas aider?
-Quel secours ai-je amené? demanda Amir.
-C'est ton fils qui arrive à ton aide, répondit Ali.
Amir se retourna pour regarder, et en ce moment Ali le frappa de son sabre et lui coupa une jambe.
Amir, en tombant, dit :
-Ô Ali, tu as usé de ruse!
Ali répliqua :
-Le combat est une ruse451 .
Amir prit sa jambe coupée et la jeta sur Ali. Celui-ci le frappa de nouveau et le fendit en deux moitiés ; ensuite il franchit le fossé et revint auprès des musulmans.
Lorsque la poussière se fut dissipée, les infidèles aperçurent le cadavre dAmir.
Le cri de guerre des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).452
Aux batailles du Fossé et des Banu Qurayza, le cri des compagnons de lenvoyé était
-Ha Mim! 453 , ce qui voulait dire:
-Ils ne seront pas aidés!.
Les insultes aux Quraysh.
(Bukhari, Sahih 9, 36).
Jabir ibn Abdallah rapporte que Omar ibn Khattab vint le jour du Fossé, après que le soleil fut couché, et se mit à injurier les infidèles de Quraysh.
-Ô envoyé d'Allah, dit-il ensuite, je n'ai fait ma prière de l'après-midi qu'au moment où le soleil allait se coucher.
- Par Allah ! répondit le prophète, moi, je ne l'ai pas faite du tout. Alors nous allâmes à Bothan, le prophète fit ses ablutions pour la prière ; nous les fîmes également, puis il fit la prière de l'après-midi après que le soleil fut couché, et ensuite il fit la prière du coucher du soleil.
(Bukhari, Sahih 75/405).454
Nous étions avec le prophète le jour de la bataille du Fossé. Le prophète a dit:
-QuAllah remplisse les tombes et les maisons des infidèles de feu...
(Bukhari, Sahih 56/98/1-3).
Ali a dit: au jour de la bataille des Nations, l'envoyé d'Allah dit:
-Puisse Allah remplir leurs demeures et leurs tombeaux de feu455 ! ils nous ont empêchés de faire la prière du milieu456, jusqu'au moment où le soleil a disparu.
Abu Horayra a dit: Le prophète répétait dans son invocation457:
Ô Allah! sauve Salama ibn Hisham!
ô Allah! sauve al Walid ibn al Walid!
ô Allah! sauve Ayyash ibn Abu Rabia!
ô Allah! sauve les faibles d'entre les musulmans!
Mais, ô Allah! fais sentir le poids de ton châtiment à Mudar!
ô Allah! donne-leur des années de disette comme celles de Joseph.
Abdallah ibn Abu Awfa a dit: L'envoyé d'Allah, à la bataille des Nations, prononça l'invocation suivante contre les polythéistes:
-Ô Allah! ô révélateur du Coran, ô justicier diligent! mets en déroute les nations ; ô Allah! envoie-leur la déroute et le tremblement.
4. La guerre secrète.
C'est là que l'on voit que la guerre se déroule hors des combats, de part et d'autre du fossé: les Mecquois tentent de se rallier les Médinois résistants et les juifs qui restent. Muhammad fait ce qu'il peut pour distendre la cohésion des alliés des Mecquois.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 227).
Ils furent découragés et ne revinrent plus pour combattre. Un homme notable d'entre les banu-Ghatafan, nommé Nuaym ibn Masud, à qui Allah avait donné de l'inclination pour l'islam458 , se leva pendant la nuit, sortit de sa tente, se présenta au prophète, fit profession de foi et dit :
-Apôtre d'Allah, il y a longtemps que je suis croyant en secret ; maintenant donne-moi tes instructions.
Le prophète lui dit :
-Je désire que tu te rendes auprès des infidèles et que tu cherches à les diviser.
Noaym avait des relations d'amitié avec les chefs de l'armée et notamment avec Abu Sufyan. Il revint dans la même nuit, réunit les juifs des Banu Qurayza et leur parla ainsi :
-Vous connaissez mes sentiments envers vous et mon désir de vous donner des avis utiles. Je crois que votre position à l'égard de Muhammad n'est pas la même que celle des Quraysh et des juifs qui sont venus de loin. Ceux-ci se repentent d'être venus ; demain ils s'en retourneront, chacun regagnera son pays, et vous ne pourrez plus rester ici. Ne voyez-vous pas que vous êtes campés ici depuis longtemps et qu'ils ne commencent pas le combat, attendant que vous le commenciez? Si c'est vous qui devez triompher, avez-vous besoin d'eux?
Les juifs répondirent:
-Tu as raison ; maintenant quel conseil nous donnes-tu?
Noaym dit :
-Je pense que vous ne devez pas combattre contre Muhammad avant d'avoir reçu des Mecquois et des Banu Ghatafan des otages, les fils de personnes notables, qui resteraient entre vos mains jusqu'à ce que vous en ayez fini avec Muhammad.
Les Qurayza dirent:
-Il faut faire ainsi, tu nous donnes un bon conseil459 .
(...)
Noaym les quitta et se rendit auprès d'Abu Sufyan. Avant convoqué les principaux Quraysh, il leur tint ce langage:
-Vous connaissez mon ancienne amitié pour vous. J'ai appris un fait que je veux vous communiquer, mais que vous ne devez révéler à personne, jusqu'à ce qu'il se manifeste par lui-même. Vous savez que les juifs de Qurayza avaient avec Muhammad un traité, qu'ils ont rompu pour sunir à vous. Ils s'en repentent maintenant ; ils craignent que vous ne vous en retourniez et qu'ensuite Muhammad ne se jette sur eux. Ils lui ont donc fait dire qu'ils se repentaient et lui ont proposé de capituler.
Ils lui ont fait dire encore :
-Nous demanderons aux Quraysh de nous donner des otages, et quand, sous ce prétexte, nous aurons entre nos mains les enfants des principaux d'entre eux, nous te les livrerons pour que tu les fasses mettre à mort. Nous te serons ainsi agréables.
Noaym ajouta:
- Je vous ai prévenus, afin que, s'ils vous demandent des otages, vous ne les donniez pas, car vous exposeriez leur vie.
Les Quraysh le remercièrent en disant:
-Nous te sommes obligés pour ce que tu viens de faire.
Ensuite Noaym alla trouver les Banu Ghatafan et leur parla dans le même sens.
La discorde entre alliés.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 228).
Cela se passa le jour du vendredi. Dans la nuit, Abu Sufyan et les Ghatafan firent dire aux juifs de Qurayza :
-Arrivez demain, nous attaquerons.
L'affaire traîne en longueur, il faut prendre un parti. Les juifs répondirent :
- Nous avons demain le sabbat, où il nous est impossible d'aller combattre.
Abu Sufyan leur envoya un nouveau message en ces termes :
- Si vous ne venez pas pour prendre part à cette attaque, nous nous en retournerons ; nous ne pouvons pas rester ici plus longtemps.
Les juifs dirent alors:
-Ce que Noaym nous a dit se réalise.
Ils firent donc répondre à Abu Sufyan :
-Vous êtes des gens venus de loin ; nous ne voulons pas nous unir à vous pour combattre, avant que vous nous ayez confié vos enfants comme otages.
Abu Sufyan, en recevant ce message, dit :
- Les paroles de Noaym se vérifient.
Il fit dire aux juifs :
-Nous ne vous livrerons pas d'otages ; si vous venez, nous attaquerons ; sinon, nous nous en irons.
La division s'était ainsi mise dans les rangs des ennemis.
5. La victoire.
Il ny a pas eu de bataille, mais il y a une victoire tout de même, stratégique et psychologique plus que réellement tactique.
Revers climatiques.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 228).
A la tombée de la nuit, Allah déchaîna sur le camp des infidèles un vent qui renversa toutes leurs tentes. Les ennemis furent remplis de terreur, car un violent orage menaçait d'éclater. Abu Sufyan résolut de s'enfuir. Le prophète fit la prière du coucher ; après avoir prononcé le salut, il remarqua de loin le vent, la poussière et l'orage dans le camp des infidèles.
La victoire par le soutien divin.
(Corpus coranique d'Othman 33/25)
Quand les croyants virent les factions, ils sécrièrent:
-Voilà ce dont nous ont menacés Allah et son apôtre. Allah et son apôtre ont été véridiques!
Mais cela na fait quaccroître leur foi et leur soumission.
Parmi les croyants, il est des hommes qui furent fidèles au pacte conclu par eux avec Allah. Parmi eux, il en est dont le destin sest accompli alors que, parmi eux, il en est qui sont dans lattente, invariables en leur attitude.
Cela sest produit afin quAllah récompense les véridiques, de leur foi, alors quil tourmente les hypocrites, sil le veut, ou quil revient de sa rigueur contre eux.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Allah a renvoyé les infidèles, pleins de leur courroux, sans quils aient obtenu un succès.
Allah a épargné aux croyants de combattre.
(Tafsir al Jalalayn 33).
Ô vous qui croyez! Rappelez-vous le bienfait d'Allah sur vous, quand des troupes vous sont venues...: Ô vous qui croyez! Souvenez-vous les bienfaits d'Allah sur vous quand les factions incrédules sont venues à vous pendant que vous creusiez le fossé. Nous envoyâmes contre elles un vent glacial et des anges que vous n'avez pas vus. Allah voyait alors tout ce que vous faisiez: le creusagçe du fossé et la coalition des polythéistes. Huzayfa rapporte: La veille du jour où nous étions assaillis par les coalisés, nous nous trouvions assis en rangs, tandis que Abu Sufyan et les factions qui étaient avec lui se tenaient en haut de nous et les Banu Qurayza en bas. Nous craignions que ces derniers ne nuisissent à nos familles. Cette nuit-là était très obscure et le vent soufflait. Alors les hypocrites commencèrent à demander l'autorisation du prophète de rentrer chez eux prétendant que leurs maisons étaient sans défense, mais en fait, elles ne l'étaient pas. Il accorda cette autorisation sans aucune objection et les hypocrites s'esquivèrent. Le prophète vint auprès de chacun d'entre nous. En arrivant chez moi, il me dit:
-"Va et apporte moi des nouvelles de l'ennemi".
Je me dirigeai vers leur camp alors que le vent ne soufflait que sur ce camp sans le dépasser même pas de la distance d'un empan. Par Allah, il me semble entendre encore le bruit des pierres qui tombaient sur eux, et le vent emportait leurs couches et leurs effets. Les uns disaient aux autres:
-"Levez le camp! Levez le camp!".
(Ibn Hanbal, Musnad 22823).
Il460 ma dit:
-Ô Huthayfa, va infiltrer les gens (qui sont contre les musulmans) et vois ce quils préparent, et ne dis pas un mot avant de retourner.
Alors je suis parti et jai infiltré ces gens alors que les vents461 et les soldats dAllah faisaient ce quils faisaient, ne laissant à ces armées aucun chaudron, foyer ou bâtiment.
Alors Abu Sufyan ibn Harb se dressa et dit:
-Ô peuple des Quraysh, que chacun vérifie qui est à côté de lui.
Alors jai pris la main de lhomme près de moi, et jai dit:
-Je suis le fils de quelquun...462
Ensuite Abu Sufyan a dit:
-Ô peuple des Quraysh, par Allah, votre domaine habituel nest plus un endroit convenable463 ; les chevaux sont morts, les Banu Qurayza nous ont abandonnés - nous avons reçu deux ce que nous ne voulions pas, et le vent nous a donné ce que vous avez vu. Par Allah, nos chaudrons ne tiennent plus debout, les feux ne durent pas, et les édifices ne tiennent pas. Alors, reculez autant que moi je vais reculer.
(Tafsir anonyme de Cambridge 33).464
Allah, depuis les cieux, a envoyé un vent pour arracher les piquets de leurs tentes, éteindre de leurs feux, et renverser les écuries où ils avaient installés leurs chevaux, de telle façon quils sont tombés les uns sur les autres. Et les anges criaient:
-Allah est grand!
(ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 700).
Les défenseurs du fossé labandonnèrent et jai entendu lenvoyé dAllah dire:
-Les Quraysh ne nous attaqueront pas cette année, mais cest nous qui les attaquerons.
En effet, les Quraysh nont pas attaqué après cela ; cest lui qui les a attaqués jusquà ce quAllah fasse la conquête de la Mecque à travers lui.
Les pertes de la bataille.
(ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 699).
Seulement six musulmans furent tués durant la bataille du fossé:
Parmi les Banu Abdul Ashhal:
Sad ibn Muath465 ; Anas ibn Aws ibn Atik ibn Amir, et Abdullah ibn Sahl. =3
Parmi les Banu Jusham banu al Khazraj du clan Banu Salima:
al Tufayl ibn al Numan et Thalaba ibn Ghanama. =2.
Parmi les Banu al Najar du clan Banu Dinar:
Kab ibn Zayd, frappé par une flèche perdue. =1
Trois polythéistes furent tués:
Parmi les Banu Abdul Dar:
Munabbih ibn Uthman ibn Ubayd ibn al Sabbaq, frappé par une flèche et qui mourut à la Mecque.
Parmi les Banu Makhzum Banu Yaqaza:
Nawfal ibn Abdullah ibn al Mughira. (...)
Parmi les Banu Amir ibn Luayy du clan Banu Malik ibn Usl: Amir ibn Abdu Wudd quAli a tué.
(ibn Sad, Tabaqat II 85).
Ceux qui ont été tué à la bataille du Fossé sont:
Anas ibn Aws, appartenant aux Banu Abd al Ashhal, tué par Khalid.
Abdallah ibn Sahl al Ashhali.
Thalabah ibn Anamah, tué par Hubayrah
Kab ibn zayd, appartenant aux Banu Dinar, tué par Dirar ibn al Khattab.
Parmi les polythéistes, furent tués Othman ibn Munabbih ibn Ubayd, appartenant aux Banu Abd al Dar.
Le règlement des comptes.466
(Bukhari, Sahih 4/52, 68).
Quand lenvoyé dAllah est rentré de la bataille du fossé, il déposa ses armes, et prit un bain ; alors Gabriel, dont la tête était couverte de poussière, apparut disant:
- Tu as déposé tes armes!
-Par Allah, je nai pas encore déposé les armes...
Chapitre 91
Lépreuve de force
Sur un plan strictement politique, la période qui vient, comme un prélude à la Marche sur la Mecque est la grande oeuvre de Muhammad, et la trêve467 de dix ans est son chef doeuvre. Il ne sy trompe pas la décrivant (plus tard) dans le Coran comme un grand succès468, quoique la réussite nait pas été évidente et immédiate: la proclamation est dune propagande habile.
La trêve dure à peine plus dun an, et Muhammad peut engager par paliers de tels manifestations de force et de piété que la cité de la Mecque perd peu à peu sa capacité de résistance. Cest un cas décole pour qui souhaite étudier laffaiblissement dune organisation politique, et la faiblesse de ses institutions face aux menaces dun totalitarisme religieux.
§ 579. La préparation du pèlerinage.
Dans cette phase de son action, Muhammad mêle les motivations politiques et religieuses469. Les musulmans sont privés de pèlerinage depuis des années, ce qui constitue un véritable choc pour leur mentalité et leurs traditions. Muhammad lui-même doit être absolument sincère dans cette volonté de retisser des liens avec le rituel. Mais il sait diriger la somme de ces aspirations collectives vers ses propres buts. Limpression sur les Mecquois a du être particulièrement forte. Eux-mêmes ne se sentent pas capables de rejeter indéfiniment quelquun hors du rite principal, fut-il leur ennemi mortel470. Cest à se demander sils ont véritablement compris que lislam professé par les Médinois de Muhammad était devenu une idéologie sans aucun rapport avec leur système traditionnel. En vérité, il est toujours dangereux de considérer lautre selon ses propres intérêts et avec ses propres catégories intellectuelles. La défaite de la Mecque réside à coup sur dans cette incapacité à considérer la nouveauté en politique et en religion. Quand les deux se combinent, lignorance que lon en a devient mortelle.
1. Résumés de l'affaire.
La complexité des opérations oblige les chroniqueurs et biographes à présenter une synthèse de ce qui mène finalement à la conquête de la Mecque.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 243).
Au mois de dhul qada de cette même septième année, le prophète se rendit à la Mecque, pour accomplir la visite des lieux saints qu'il n'avait pu accomplir l'année précédente. Il avait été obligé de retourner de Hudaybiyya, après avoir conclu avec les Mecquois un traité par lequel ils s'engageaient à le laisser venir à la Mecque, et à quitter la ville pour trois jours. Ils firent ainsi.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 740).
Lenvoyé resta à Médine durant les mois de ramadan et shawwal et sortit pour le petit pèlerinage au mois de dhul qada, sans intention de faire la guerre. Il appela les Arabes et les bédouins des alentours pour marcher avec lui, craignant que les Quraysh ne sopposent à lui avec les armes ou lui interdisent de visiter le temps, comme ils firent en vérité. Beaucoup dArabes le soutenaient, et il sortit avec les muhajirun et les ansar et ces Arabes regroupés autour de lui. Il prit avec lui des victimes sacrificielles et mit le costume du pèlerin, pour que tous puissent voir quil navait pas lintention de faire la guerre et que son intention était plutôt de visiter le temple et de le vénérer.
2. Rêveries, projets et préparatifs.
Le coup de génie politique de Muhammad est présenté comme une révélation subite. Mais il suffit de s'en tenir à une remarquable intuition, qui vise à perturber l'adversaire, à instiller le doute dans son esprit, à l'impressionner par sa conviction. Mais la meilleure partie de son plan consiste à mêler les rites religieux et les objectifs politiques, ce qui perturbe totalement les Mecquois, peu habitués à des manoeuvres aussi torses.
Le songe de Muhammad.
(Corpus coranique d'Othman 48/27)471 .
Allah a certes montré la véridicité de son envoyé au sujet de la vision: vous entrerez certes en la mosquée sacrée, si Allah veut, paisibles, la tête rasée, les ongles et la barbe taillés, sans crainte.
Il a su ce que vous ne saviez point et a placé, en deça de cela un proche succès.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 242).
Le prophète résolut de se rendre à la Mecque pour accomplir le pèlerinage. Il partit sans emporter d'armes ; il ne croyait pas qu'on l'empêcherait d'y entrer, parce qu'il était d'usage de n'en interdire l'approche à personne. Il était accompagné de sept cents hommes de toutes conditions. Il n'avait point pris d'armes, afin que les Mecquois ne pussent pas dire qu'il venait dans des intentions hostiles. Lorsqu'on arriva à la première station, Omar dit :
-Apôtre d'Allah, nous allons à une ville dont nous avons tué plusieurs habitants ; nous ne devons pas y paraître sans armes.
Alors on les envoya chercher à Médine, et chacun emporta son armement complet. On emmena aussi soixante et dix chameaux pour le sacrifice : un chameau pour dix hommes. Le prophète avait un chameau qu'il avait reçu dans sa part du butin, le jour de Badr, et qui avait appartenu à Abu Jahl.472
(Corpus coranique d'Othman 22/25-30).
Ceux qui sont infidèles écartent du chemin d'Allah et de la mosquée sacrée que nous avons placée pour tous les hommes également, pour celui qui réside près d'elle et pour celui du dehors.
Or nous ferons goûter un tourment cruel à quiconque, à l'égard de cette mosquée, voudra agir par sacrilège par injustice.
Et rappelle-leur quand nous établîmes, pour Abraham, l'emplacement du temple, lui disant:
-Ne m'associe rien!
Purifie mon temple473 pour ceux qui accomplissent la circumambulation, pour ceux qui prient debout et pour ceux qui s'inclinent, prosternés!
Appelle, parmi les hommes, au pèlerinage!
Ils viendront à pied ou sur toute monture au flanc cave474 .
Ils viendront par tout passage encaissé, pour attester les dons qui leur ont été faits et invoquer le nom d'Allah à des jours connus, sur des bêtes de troupeaux qu'Allah leur a attribuées.
Mangez de ces bêtes et nourrissez-en le miséreux et le besogneux !
Quils mettent fin ensuite à leurs interdits!
Quils s acquittent de leurs voeux!
Quils accomplissent la circumambulation autour du temple antique!475
3. La réaction des Quraysh.
En fait, les Mecquois sont testés par les tentatives de Muhammad, qu veut calculer leur degré de résistance ; la tactique sera souvent reprise par les combattants musulmans, et encore plus incomprise de leurs adversaires. Les notables de la Mecque suivent finalement la tradition séculaire d'accueil des pèlerins, obéissant ainsi intégralement à leur charge: cette attitude respectueuse et conservatrice n'est pas de taille à résister aux manoeuvres révolutionnaires de Muhammad.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 741).
Quand lenvoyé fut à Usfan, Bishr ibn ibn Sufyan al Kalbi vint lui dire:
-Il y a des Quraysh qui ont entendu parler de ta venue et qui sont partis avec leurs chamelles, ont revêtu des peaux de léopards476 et ont campé à Dhu Tuwa, jurant que tu nentrerais pas dans la Mecque, par leur opposition. Cet homme, Khalid477 ibn al Walid est avec leur cavalerie quils ont envoyé en avant à Kur al Ghamim.
Lenvoyé dAllah dit:
-Hélas, Quraysh, la guerre les a dévorés! Quel mal pour eux sils me laissaient moi et le reste des Arabes suivre notre chemin? Si me tuer est vraiment ce quils désirent, si Allah maccorde une victoire sur eux, ils finiront bien par entrer dans lislam par troupeaux entiers. Sils ne le font pas, ils combattront tant quils en auront la force, et que pensent-ils donc faire après?
Par Allah, je ne cesserai pas de combattre pour la mission quAllah ma donné, avant quil ne me rende victorieux, ou quil ne me fasse périr478 .
Il dit ensuite:
-Qui pourrra nous trouver un chemin dans lequel on ne les rencontrera pas?
(Bukhari, Sahih 54/15, 1).
El Misnar ibn Makhrama et Marwan, chacun d'eux confirmant le récit de l'autre, rapportent que l'envoyé d'Allah sortit de Médine à l'époque de al Hudaybiyya. Pendant qu'ils étaient en cours de route, le prophète dit :
-Khalid ibn Walid est à al Ghamim, à la tête d'une avant-garde de cavaliers des Quraysh. Prenez donc à droite.
Par Allah! Khalid ne savait rien de la présence des musulmans, quand tout à coup il aperçut la poussière que soulevaient les troupes musulmanes. Aussitôt il prit le galop pour aller prévenir les Quraysh du danger.
Le prophète continua sa marche quand, arrivée au col d'où l'on pouvait fondre sur l'ennemi, la chamelle qu'il montait s'agenouilla. La chamelle ne bougeant pas malgré les cris des fidèles, ceux-ci s'écrièrent:
-El Qaswa est devenue rétive, al Qaswa est devenue rétive!
-Non, répondit le prophète, al Qaswa n'est pas devenue rétive, et si elle reste ainsi ce n'est pas par tempérament, mais parce qu'elle est immobilisée par celui qui a immobilisé l'éléphant.
Puis il ajouta:
-Par celui qui tient mon âme entre ses mains, ils479 ne me demanderont jamais une chose qui soit de nature à honorer l'enceinte sacrée d Allah, sans que je ne la leur accorde.
Puis il excita sa chamelle qui se releva.
Le prophète s'éloigna des Mecquois et alla camper à l'extrémité la plus éloignée de al Hudaybiyya auprès d'une mare contenant très peu d'eau, que les fidèles, bien qu'ils se rationnassent, ne tardèrent pas à épuiser. On alla se plaindre du manque d'eau au prophète qui retira une flèche de son carquois et leur ordonna de mettre cette flèche dans la mare. Par Allah! la mare ne cessa de leur fournir en abondance de quoi boire480 jusqu'au moment où ils s'éloignèrent.
Pendant qu'ils étaient ainsi arriva, à la tête d'une troupe de Khuzaa, Budayl ibn Warqa al Khuzaa. Ces gens étaient les plus fidèles informateurs de l'envoyé d'Allah parmi les gens de Tihama.
-J'ai, dit Bodayl, laissé Kab ibn Loayy et Amir ibn Loayy campés près des sources d'eau vive de al Hudaybiyya ; ils ont avec eux leurs chamelles suitées qui ont récemment mis bas. Ils vont te combattre et t'empêcher d'arriver au Temple de la Ka'ba.
-Nous ne sommes pas venus, répondit l'envoyé d'Allah, pour combattre qui que ce soit, mais seulement pour faire la visite pieuse. Les Quraysh ont été éprouvés par la guerre qui leur a causé de graves préjudices. S'ils le veulent, je leur propose une trêve pendant laquelle ils me laisseront le champ libre contre les autres tribus. Si je suis vainqueur et qu'ils veuillent accepter les mêmes conditions que les autres, ils n'auront qu'à le faire. Si je suis vaincu, ils auront eu du répit (pour se refaire). S'ils refusent, alors j'en jure par celui qui tient mon âme entre ses mains, je les combattrai pour la cause que je soutiens jusqu'à ce que ma tête soit séparée de mon corps. Certes Allah accomplira ses desseins.
4. Le combat de Dhu Towa.
Un petit combat semble avoir accompagné la marche globalement et apparemment pacifique481 vers la Mecque. Muhammad dispose de Khalid, porte-sabre acéré qui met vite à plat les obstacles. Le mouvement général, alliant avancée massive et calme et coup de force ponctuel, devait être particulièrement impressionnant pour les Mecquois.
L'exégèse intègre à cette période un des extraits les plus violents du Coran, sans que l'on puisse l'expliquer rationnellement: est-ce un retour du refoulé, une explosion de sincérité, l'aveu du double discours?
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 243).
Le prophète s'étant avancé vers la Mecque et étant arrivé à un endroit nommé Dhu Towa, les habitants de la Mecque prirent les armes et marchèrent à sa rencontre, se proposant de lui interdire l'entrée de la ville, même par la force. Un musulman de la Mecque vint prévenir le prophète que les Quraysh avaient fait des préparatifs de guerre.
Le prophète s'écria :
-Jusques à quand les Mecquois lutteront-ils contre moi? Un si grand nombre d'entre eux ont déjà trouvé la mort! S'ils me laissaient tranquille, je ne lutterais que contre les Bédouins, et quand ceux-ci seraient détruits, les Mecquois et les Quraysh subsisteraient.482
Ensuite le prophète envoya Khalid ibn Walid, contre les troupes Quraysh, qui étaient sorties de la Mecque sous le commandement dIkrima, fils d'Abu Jahl. Khalid les repoussa jusqu'à trois fois, et le prophète lui donna en ce jour le nom de Sayf Allah483 .
La défaite des Mecquois
(Corpus coranique d'Othman 48/24).484
Cest lui qui a écarté de vous les mains des infidèles et qui a écarté deux vos mains, dans le val de la Mecque485 , après avoir donné avantage sur eux.
Allah, sur ce que vous faites, est clairvoyant.
Lappel au jihad avant la trêve.486
(Corpus coranique d'Othman 2/186-191).
Combattez dans le chemin d'Allah487 ceux qui vous combattent, mais ne soyez pas transgresseurs!
Allah n'aime pas les transgresseurs488.
Tuez-les partout où vous les atteindrez!
Expulsez-les d'où ils vous ont expulsés!489
La persécution des croyants est pire que le meurtre.
Toutefois, ne les combattez point près de la mosquée sacrée avant qu'ils vous y aient combattus!
S'ils vous y combattent, tuez-les!
Telle est la récompense des infidèles.
S'ils s'arrêtent au contraire de combattre...
Car Allah est absoluteur et miséricordieux.
Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de persécution et que le culte soit rendu à Allah. S'ils s'arrêtent, plus d'abus de droit sauf contre les injustes.
Le mois sacré contre le mois sacré.490
Les choses sacrées tombent sous le talion.
Quiconque a marqué de lhostilité contre vous, marquez contre lui de lhostilité de la même façon quil a marqué de lhostilité contre vous!
Soyez pieux envers Allah! Sachez quAllah est avec les pieux.
Dépensez dans le chemin dAllah et ne vous exposez point à votre perte, de vous mains! Soyez bienfaisants: Allah aime les bienfaisants.
(Tabari, Tafsir 2/194).
... ibn Abbas a dit à propos de ce passage :
-Les associateurs de la Mecque avaient empêché Muhammad de faire la visite pieuse pendant le mois de dhul qada. Ce fut l'année suivante, au cours du mois de dhul qada, qu'Allah le fit revenir et qu'il le fit entrer dans la Maison sacrée. Ainsi on avait obtenu, pour lui, réparation équivalente 491 de leur part .
... Mujahid a dit à ce propos :
-Les Quraysh étaient fiers d'avoir repoussé du territoire sacré, pendant le mois de dhul qida, le jour de Hudaybiyya l'envoyé d'Allah venu en état de sacralisation - Mais Allah l'introduisit l'année suivante à la Mecque, en dhul qada également et il accomplit alors sa visite pieuse. Allah lui accorda ainsi réparation pour ce qui l'avait séparé de la Cité sacrée le jour de Hudaybiyya.
§ 580. La trêve dHudaybiyya.
A ce moment, 492 il y a en fait deux pactes bien distincts 493 dans cette trêve 494: le premier est celui des 1400 hommes environ envers Muhammad, sous larbre495 : ils manifestent ainsi leur volonté daccomplir le pélerinage à la Mecque, et renforce la position de leur chef. Fort de ce soutien affiché, Muhammad peut rencontrer les représentants mecquois parmi lesquels Abu Sufyan.
Les négocations sont longues, et sachèvent en apparence sur un équilibre: une trêve de dix ans est conclue, et les musulmans reportent dun an le pèlerinage, dans un ville vidée de ses habitants.
Avec le recul, cest une victoire pour Muhammad, qui négocie à égalité avec ses anciens compatriotes, conforté dans son rôle de dirigeant politico-religieux: pour la première dans lHistoire des Arabes, un homme a créé un nouveau peuple, ex-nihilo, dune nature inédite, différent de tous les autres, et considéré comme défnitivement supérieur: les musulmans.
Il respectera en partie la trêve, en faisant intervenir dans ses motivations des révélations divines, au mieux des intérêts de sa communauté. La trêve nest quun préalable à la conquête, et les opérations de pillage se cessent pas après sa conclusion. Tout au contraire, cest loccasion pour lui de mettre en oeuvre des attaques de grande envergure contre les juifs et les chrétiens, et même de déborder les frontières de lArabie, en attaquant la Palestine (Muta). Les Mecquois lui ont donné les mains libres pour se renforcer et les étouffer plus encore.
Al Hudaybiyya est considérée comme un grand succès dans le Coran, pour répondre à la déception des troupes, peu habituées aux concessions: mais cest un modèle dhabilité politique et tactique496, qui mêle astucieusement la force, la peur et la négociation et, on la vu , la propagande, qui prend en compte objectifs extérieurs et impératifs interieurs. Ne dit-on pas quun traité, nengage que ceux qui le respectent?
Pour resserrer les rangs autour de lui, Muhammad fait aussi prêter un serment de fidélité absolue à sa personne: Hudaybiyya est le moment de fixation du caractère totalitaire du nouvel Etat musulman. Le Coran en laisse subsister la trace.497
A. Görke a réalisé une utile reconstitution de la trame complexe des événements498 :
1-A la suite dun rêve, Muhammad aurait décidé de faire le pèlerinage499 .
2-Il demande aux bédouins résidant autour de Médine de laccompagner, mais ceux-ci refusent.
3-Muhammad décide de partir à la tête de 700 à 1400 hommes, selon les estimations.
4-A Dhul Khulayfa, il entre en état de pureté rituelle500 .
5-A lannonce des préparatifs de Muhammad, les Mecquois envoyent 200 cavaliers sous les ordres de Khalid à Kura al Ghanim.
6-Muhammad décide alors de suivre une autre route. A Al Hudaybiyya, sa chamelle sarrête opportunément. Muhammad ordonne donc que le camp soit installé à cet endroit.
7-Confronté à laridité de lendroit, Muhammad aurait pratiqué un miracle, en inondant un puit assêché avec une flèche.
8-Des délégués de Quraysh arrivent pour négocier avec Muhammad.
9-Othman est envoyé à la Meque pour poursuivre les négociations ; il est toujours resté en retrait dans les attaques contre la ville et a encore de bons contacts là-bas.
10-Une rumeur se propage selon laquelle Othman a été tué à la Mecque.
11-Devant la tournure dramatique des événements, Muhammad fait prêter serment de fidélité à ses troupes501 .
12-La rumeur de la mort dOthman savère fausse.
13-Les Quraysh envoient Suhayl pour rédiger la trêve: elle stipule que:
-Il y aura une trêve de 10 ans.
-Les musulmans doivent se retirer et rentrer à Médine.
-Les musulmans pourront revenir lannée suivante et faire le pèlerinage durant trois jours.
-Les tribus voisines peuvent dallier librement à Muhammad ou aux Quraysh.
-Les musulmans doivent rentrer aux Quraysh toute personne qui sy est réfugiée à Médine en se soumettant à lislam sans laccord de son patron502 .
14-Abu Jandal, fils du négociateur Suhayl est rendu aux Quraysh en application de laccord.
15-Muhammad ordonne à ses troupes de se raser la tête et de sacrifier leurs animaux, ce quelles acceptent avec difficulté503 .
16- Sur le chemin du retour, la sourate de la Victoire504 est révêlée.
17-Abu Hasir senfuit à Médine mais il est rattrapé par des délégués mecquois. Il en tue un et senfuit à al Is, doù, rejoint par dautres transfuges, il pille au nom de lII les caravanes mecquoises. Muhammad les fait rejoindre Médine sur la demande des Mecquois ; cest la première entorse à la trêve.
18-Poursuivant dans la politique de violation de laccord, Muhammad accueille un groupe de femmes venant de la Mecque. Une révélation505 vient bien à propos confirmer ses nouvelles options.
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 29).506
Hudaybiyya est partie en dehors, partie en dedans du territoire: c'est l'endroit d'où les infidèles empêchèrent l'envoyé dAllah de pénétrer dans la mosquée sainte. C'est le point non sacralisé le plus éloigné du temple, car il n'est situé ni dans la longueur ni dans la largeur du territoire sacré, mais fait face à un angle : telle est la raison pour laquelle il y a plus dune journée de marche entre ce lieu et la mosquée.
1. Lavancée vers la Mecque.
Une énorme masse se met en branle vers la Mecque, protégée par son nombre, ses armes et son apparente sacralisation et feignant la non-violence. Que faire devant une foule exigeante de pénétrer jusqu'au sanctuaire? Les Mecquois sont habitués depuis des siècles à recevoir des pèlerins et ils ont la faiblesse mortelle de laisser la voie libre aux mohammédiens.
C'est le seul moment où le futur calife Othman est mis au devant de la scène: il était alors un notable fortuné de la Mecque et il est resté prudemment en retrait dans la lutte contre la Mecque, et qui a gardé des contacts dans la cité d'origine.
Larrivée à al Hudaybiyya.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 243).
Le prophète engagea un guide arabe qui put l'introduire à la Mecque par une autre route, et il se constitua en état pénitentiel. Lorsqu'il arriva à Hudaybiyya507, non loin de la Mecque, son chameau s'arrêta et s'agenouilla ; il fut impossible de le faire avancer. Les musulmans dirent :
-Apôtre d'Allah. qu'est-il arrivé à ce chameau?
Le prophète répondit :
- Il est retenu par celui qui a retenu l'éléphant. C'est la volonté d'Allah qui l'arrête, de même qu'elle a arrêté l'éléphant, du temps d'Abraha508.
Il descendit, et, s'étant demandé ce qu'il fallait faire, il se dit en lui-même :
-Tout ce que les Quraysh pourront me demander, je le leur accorderai, et je men retournerai en paix. Allah révéla le verset suivant:
Cest lui qui vous met à l'abri de leurs attaques et qui les met à l'abri des vôtres, dans la vallée de la Mecque, après vous avoir accordé la victoire, etc.509
La négociation difficile dal Hodaybiya.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 244).
Le prophète fit donc halte à Hudaybiyya, et les Mecquois rentrèrent dans la ville, Hudaybiyya est un lieu non loin de Mina. Il n'y avait pas d'eau, et un qui s'y trouvait était à sec. Le prophète, averti de cette circonstance, prit une flèche dans son carquois et la tendit à ses compagnons, en disant :
-Plantez-la dans le fond du puits, l'eau jaillira. Un chamelier prit la flèche et la ficha dans le fond du puits ; l'eau jaillit au même instant, et tous en puisèrent.
Ce puits et cette eau existent encore aujourd'hui.510
Lorsque les Quraysh eurent connaissance de ce fait, ils résolurent d'envoyer une députation au prophète, et ils firent partir un homme, nommé Bodayl, le Khuzaa, en lui donnant pour instructions de demander dans quelle intention Muhammad était venu, et de lui dire qu'ils étaient préparés à la guerre. Bodayl vint trouver le prophète et lui parla dans ce sens. Le prophète lui répondit :
-Nous ne sommes pas venus pour faire la guerre, mais pour accomplir le pèlerinage. Il n'est jamais arrivé que l'on ait empêché personne de visiter le temple. Dis aux Quraysh qu'ils me laissent en face des Arabes ; j'aurai affaire à ceux-ci seulement ; il ne doit vous en arriver aucun mal.
Bodayl s'en retourna, et dit aux Mecquois :
-Muhammad tient un langage amical.
Urwa ibn Masud, l'un des Thaqif, dit:
-Que voulez-vous faire, puisque Muhammad tient un langage amical?
Les Quraysh répliquèrent :
-Il faut que tu ailles et que tu l'entendes toi-même.
Urwa, qui était l'un des chefs de la Mecque et de Taif, vint auprès du prophète. Il le trouva au milieu de ses compagnons, qui étaient assis autour de lui :
Mughira ibn Sholba, se tenait debout devant lui, appuyé sur son sabre. Urwa fut frappé de ce spectacle ; puis il dit :
-Ô Muhammad, jusques à quand feras-tu la guerre aux Quraysh? On n'a jamais entendu dire qu'aucun roi ou chef ait tant lutté contre son peuple et en ait massacré tant d'hommes que toi. Qu'espères-tu de ces étrangers511? Ils finiront par te livrer à l'ennemi et par t'abandonner.
Abu Bakr lui dit :
-Que la langue te soit arrachée et jetée devant ton dieu!
Le dieu dont Abu Bakr voulait parler était l'idole d'Allat512 , que les Quraysh adoraient. Omar se leva ensuite et asséna un coup de poing à Urwa ; les autres se précipitèrent également sur lui et voulurent le tuer ; ils l'injurièrent et s'écrièrent :
-Chien, crois-tu que nous l'abandonnerons comme vous, qui l'avez traité d'imposteur? Nous combattrons ceux qui l'attaquent, et nous donnerons pour lui nos vies!
Urwa voulut parler en faisant des gestes. Mughira tira son sabre pour lui couper la main, en disant:
-Qui es-tu pour faire des gestes devant le prophète d'Allah?
Urwa, qui avait vu les rois des différents pays, fut fort étonné du respect dont le prophète était entouré de la part de ses compagnons. Le prophète lui dit:
-Laissez-moi en présence des Arabes: je les soumettrai, j'aurai ce que je désire, et il ne vous en arrivera aucun mal. (...)
Je ne vois pas pour vous d'autre moyen que de consentir à ce qu'il désire. Il demande que vous laissiez guerroyer avec les Arabes, et que vous ne l'attaquiez point. Ces paroles furent agréables aux Mecquois. On raconte que le prophète leur fit ainsi beaucoup de concessions, mais quils gardaient une attitude hostile.
Lambassade dOmar à la Mecque et le serment de larbre.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 245).
Le prophète appela Omar ibn Al Khattab, et lui dit:
-Les Quraysh ne sont pas convaincus de nos intentions pacifiques ; va pour les rassurer.
Omar répondit :
-Apôtre d'Allah, tu sais qu'il y a de l'inimitié entre moi et Abu Sufyan depuis notre jeunesse, et que je n'ai à la Mecque, qu'un petit nombre d'amis. Envoie Othman, qui a des relations d'amitié, avec Abu Sufyan et qui a conservé beaucoup d'amis dans la ville.
Le prophète appela Othman et lui dit :
-Il faut que tu ailles dire aux Quraysh que nous sommes venus pour visiter le temple d'Allah 513, et non pour faire la guerre. Othman consentit et dit :
-J'irai volontiers.
Il se rendit à la Mecque, vit Abu Sufyan, réunit les Quraysh à la mosquée et leur communiqua les paroles du prophète. Ils lui dirent :
-Ô Othman, va et fais les tournées autour du temple ; quand à Muhammad, nous ne le laisserons jamais entrer.
Othman répliqua :
-Je ne les ferai pas sans le prophète d'Allah!
Les Quraysh lui dirent :
-Tu ne peux pas maintenant nous quitter ; reste ici, car nous n'avons plus d'anciens514 ; tu pourras pratiquer notre religion ou celle de Muhammad.
Othman reconnut qu'il était dans l'impossibilité de retourner auprès du prophète515.
Le bruit se répandit que les Quraysh avaient tué Othman. A cette nouvelle, le prophète se leva et dit :
- Maintenant nous sommes obligés de combattre.516
Ses compagnons se lièrent à lui par un nouveau serment de fidélité, et Allah révéla le verset suivant :
Allah a été satisfait des croyants517 qui te juraient fidélité sous l'arbre. 518.
Puis Othman revint.
2. Le serment de lArbre.
Le serment est un grand moment dans lHistoire du totalitarisme. Il sy trouve des exemples remarquables de démence collective et dun culte exubérant de la personnalité, qui franchit les bornes de lidolâtrie, sans parler du fanatisme, qui sexprime là avec emphase. "Al Hudaybiyya", c'est le nom de l'arbre sacré: il est bosselé, ou biscournu...
(Bukhari, Sahih 56/110).
ibn Omar a dit:
-Lorsque nous sommes revenus lannée suivante, il ny eut pas deux dentre nous à saccorder sur larbre sous lequel nous avions prêté serment, et cest là un effet de la miséricorde divine519 .
(Bukhari, Sahih 64/35, 4-5).
El Bara a dit:
-Vous, vous estimez que la victoire (dont il est parlé dans le Coran) est la prise de La Mecque. Sans doute, la prise de La Mecque fut une victoire ; mais, pour nous, la victoire en question, c'est le serment de ar ridwan, le jour de al Hudaybiyya. Nous étions avec le prophète au nombre de quatorze cents. Hudaybiyya est le nom d'un puits dont nous épuisâmes l'eau, en sorte qu'il n'en resta plus une seule goutte. Le prophète, ayant appris cela, vint vers le puits, s'assit sur le bord et demanda qu'on lui apporta un vase avec de l'eau. Il fit alors ses ablutions, se rinça la bouche, fit une invocation et versa ensuite cette eau dans le puits. Nous attendîmes un court instant et nous pûmes nous désaltérer à satiété, nous et nos chameaux.
Abu Ishaq a dit :
El Bara ibn Azib nous a raconté qu'au jour de al Hudaybiyya ils étaient avec l'envoyé d'Allah au nombre de mille quatre cents ou même davantage. Ils campèrent auprès d'un puits et en épuisèrent l'eau. Ils se rendirent alors auprès du prophète qui vint vers le puits, s'assit sur le bord et dit :
-Qu'on m'apporte un seau de l'eau de ce puits?
On le lui apporta ; il cracha dedans, fit une invocation et dit :
-Laissez le puits un instant.
Ensuite ils burent, eux et leurs montures, afin de se remettre en marche.
(Bukhari, Sahih 65/48, 5).
Le jour dal Hobaydiyya, nous étions mille quatre cents.
Je fus un de ceux qui assistèrent au serment de larbre. Le prophète interdit de lancer des cailloux avec deux doigts520 .
Abdallah ibn Moghaffal el Mozani a également parlé du fait duriner dans le vase où lon fait les ablutions.521
(Bukhari, Sahih 56/110, 3).
Salama a dit: après avoir prêté serment au prophète, je me retirai à lombre de larbre. Lorsque la foule de Muhammad se fut éclaircie, le prophète me dit:
-Eh bien, ibn al Akwa, est ce que tu ne me prêtes pas serment?
-Je lai déjà fait, envoyé d'Allah, répondis-je.
-Alors prête-moi serment encore, reprit-il.
Je lui prêtai serment donc une seconde fois.
Un des rawi522 dit:
-Je demandai à Salama quel serment ils prêtèrent ce jour-là.
Il me répondit:
-Le serment de combattre jusquà la mort.
(Muslim, Sahih 33/3449).
Jâbir a dit : Le jour d'Al-Hudaybiya, nous étions mille quatre cents hommes et nous prêtons serment (au prophète). Sous l'arbre, un samura, 'Umar tint la main du prophète (pour lui prêter serment). Le transmetteur ajoute : "Nous prêtâmes au prophète le serment de ne pas fuir le combat et non de combattre jusqu'à la mort".
(Muslim, Sahih 33/3459).
D'après Al-Musayyab ibn Hazan, Sa'îd ibn Al-Musayyab a dit : "Mon père fut au nombre de ceux qui avaient prêté serment au prophète auprès de l'arbre. Toutefois, l'an suivant quand nous sommes partis pour faire le hajj; nous passâmes près du lieu où se trouvait l'arbre et nous ne le reconnûmes plus. Mais si vous l'avez vu, vous savez mieux".
(Muslim, Sahih 33/3462).
D'après Salama, Yazîd ibn 'Abu 'Ubayd a dit : Comme je demandai à Salama quel serment ils avaient prêté à l'envoyé d'Allah, le jour d'Al Hudaybiya, il me répondit :
-"De combattre jusqu'à la mort".
(Muslim, Sahih 33/3463).
D'après 'Abâd ibn Tamîm, quelqu'un vint trouver 'Abdullâh ibn Zayd qui dit :
-" Voilà que les gens prêtent serment à ibn Hanzala".
- "Quel serment?"
- "De combattre jusqu'à la mort".
-"Je ne prêterai ce serment à personne après le prophète ", lui répondis-je.
Témoignage sur le pouvoir de Muhammad.
(ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 744).
Il523 séloigna de la présence de lenvoyé en ayant constaté comment ses compagnons le traitaient. Quand il faisiat ses ablutions, ils couraient pour récupérer leau qui avait utilisée. Quand il crachait, ils se ruaient sur le crachat. Si un cheveu tombait de sa tête, ils se précipitaient pour le récupérer. Il retourna chez les Quraysh et dit:
-Je suis allé voir Khosroès dans son royaume, le César dans son royaume, le Négus dans son royaume524 , mais je nai pas vu un roi parmi son peuple comme Muhammad et ses compagnons. Jai vu un peuple qui ne labandonnera pour aucune raison...
(Bukhari, Sahih 54/15).
Urwa, jetant ensuite un regard de ses deux yeux sur les compagnons du prophète, dit :
-Par Allah! l'envoyé d'Allah ne peut lancer un crachat sans qu'il ne tombe dans la main d'un de ses compagnons qui s'en frotte ensuite le visage et la peau. Quand il donne un ordre, tout le monde s'empresse de l'exécuter ; s'il fait ses ablutions, on se bat pour en recueillir l'eau. S'il parle, tous ceux qui sont auprès de lui baissent la voix. Personne ne fixe son regard sur lui, tant est grand le respect qu'il inspire.
Urwa retourna auprès de ses concitoyens et leur dit :
-Ô mes concitoyens, par Allah! j'ai été en députation chez des princes ; j'ai été en ambassade auprès des César, des Khosroès et des Négus. Eh bien! par Allah! je n'ai vu aucun prince que son entourage honorât autant que les Compagnons de Muhammad honorent Muhammad. Par Allah ! il ne peut lancer un crachat sans qu'il ne tombe dans la main d'un de ses compagnons qui s'en frotte ensuite le visage et la peau. Quand il donne un ordre, tout le monde s'empresse de l'exécuter. S'il fait ses ablutions, on se bat pour en recueillir l'eau. S'il parle, tous ceux qui sont auprès de lui baissent la voix. Personne ne fixe son regard sur lui, tant est grand le respect quil inspire. Il vous offre une chose juste, acceptez-la.
3. Laccord.
Il est marqué par une grande habilité du chef de musulmans, qui, sur de sa force et conscient des avantages quil va en tirer, accepte ce traité en apparence humiliant. Il saura profiter de cette très légère concession pour finalement, remporter la partie.
Laccord entre les musulmans et les Mecquois
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 246).
Dès que le prophète l'aperçut, il prononça la formule du triomphe :
-Allah est grand!
Et (il) abandonna le projet de combattre.
Le lendemain les Quraysh envoyèrent Sohayl ibn Amir, et Howaytab ibn Abdul Ozza, pour traiter avec le prophète. Leurs conditions étaient qu'il s'en retournerait, cette année, sans entrer à la Mecque525 , afin que les Arabes ne pussent pas dire qu'il avait forcé les Mecquois à le laisser pénétrer dans la ville ; que, l'année suivante, à la même époque, eux-mêmes évacueraient la Mecque, et se retireraient dans les montagnes avec leurs femmes, leurs enfants et tout ce qui leur appartenait ; que le prophète et ses compagnons y entreraient sans armes, y feraient les tournées autour du temple, et s'en iraient après y être resté trois jours ; qu'il y aurait cessation d'hostilités pendant dix ans ; qu'aucun des deux partis ne prêterait secours aux ennemis de l'autre, en leur fournissant des hommes ou des armes ; que tout Mecquois qui, pendant ces dix années, irait à Médine et se ferait musulman ne serait pas reçu, mais renvoyé à la Mecque ; enfin que tout homme qui viendrait de Médine à la Mecque, en abandonnant la religion de Muhammad, serait également rendu. Les deux messagers se rendirent auprès du prophète et lui communiquèrent ces conditions. Il les accepta ; mais ses compagnons furent mécontents et dirent:
-Si l'on doit conclure ce traité, était-il nécessaire de lui prêter serment et de lui engager nos vies, pour apporter cette humiliation?
Omar s'approcha d' Abu Bakr et lui dit :
-Je sais que Muhammad est l'envoyé d'Allah526 , en vérité, et que nous devons lui obéir ; mais je ne comprends pas pourquoi il accepte une si grande humiliation de la part de ces incrédules.
Abu Bakr répliqua :
- Ô Abu Hafs, nous n'avons qu'à obéir ; tout ce qu'il dit, il faut le faire527 .
Or le prophète envoya chercher quelques-uns des principaux Quraysh, pour être présents à la conclusion du traité. Quand ceux-ci furent arrivés, et que les muhajirun et les ansar eurent pris place, il dit à Ali d'écrire comme il les lui dicterait les conditions du traité. Ali écrivit: Au nom du Allah clément et miséricordieux.
Sohayl saisit la main dAli et lui dit :
-N'emploie pas ces mots, car nous ne connaissons ni le clément, ni le miséricordieux.
Écris comme nous avons l'habitude d'écrire.
Lorsque Ali continua, en écrivant: Muhammad, envoyé d'Allah , Sohayl l'arrêta de nouveau, en disant:
-Ô Ali, nous ne le reconnaissons pas pour prophète ; si nous étions convaincus qu'il est prophète, nous ne le repousserions pas du temple.
-Écris: Muhammad, fils dAbdallah.
Ali s'écria:
-Apôtre d'Allah, je n'écrirai jamais ainsi, et n'ôterai jamais à ton nom la qualité de prophète!
Muhammad dit :
-Ô Ali, efface ces mots ; car je suis l'envoyé d'Allah aussi bien que le fils d'Abdallah528.
Ali jura qu'il n'effacerait jamais le nom du prophète. Celui-ci prit le kalam529 d'entre les mains dAli et lui demanda :
-Où sont les mots : Apôtre d'Allah? Montre-les moi530.
Et de sa main il les raya ; puis il dit :
-Maintenant écris: Muhammad fils dAbdallah, et rédige le traité comme je l'ai dicté.
Lorsque l'acte fut terminé, le prophète le fit signer par les chefs quraysh présents et par ses compagnons.
(Muslim, Sahih 32-3335).531
D'après Al Barâ ibn Azib, lorsque le prophète conclut avec les polythéistes la trêve d'Al Hudaybiya, Alî ibn 'Abu Tâlib se mit à consigner par écrit les conditions de l'arrangement; et il écrivit : "Voici à quoi souscrit Muhammad, l'envoyé d'Allah".
-"Nous n'acceptons pas cette rédaction, déclarent les infidèles, car si nous savions que tu es bien l'envoyé d'Allah, nous ne t'aurions pas combattu".
- "Efface-le", dit le prophète à Ali.
- "Par Allah! répondit ce dernier, je ne l'effacerai jamais".
Le prophète effaça alors de sa propre main les mots contestés. Une des conditions inscrites fut que les musulmans entrent à La Mecque pourvu qu'ils la quittent après trois jours et qu'ils ne portent en entrant aucune arme sauf les julubbân. Comme je demandai à Abu Ishâq ce que signifie le mot julubbân, il me répondit :
-"Il s'agit du fourreau et de son contenu".
Le texte du traité.
(Bukhari, Sahih 64-43).532
Au nom de toi, Allah!
Voici ce que Muhammad ibn Abdallah a convenu avec Suhayl ibn Amir. Il se sont entendus pour conclure entre les hommes une trêve de dix ans au cours desquelles les hommes seront en sécurité et sabstiendront de combattre les uns les autres. Avec cette condition que quiconque parmi les Quraysh se rendrait chez Muhammad sans l'autorisation de son supérieur, celui-là le leur renverrait533. Mais que quiconque parmi les partisans de Muhammad se rendrait chez les Quraysh534, ceux-ci ne le lui renverraient point.
Que les poitrines de chacun de nous seraient fermées à tout mauvais dessein. Qu'il n'y aurait ni défection, ni trahison. Que quiconque désire entrer dans l'alliance de Muhammad et dans son pacte serait libre d'y entrer. Et que quiconque désire entrer dans l'alliance des Quraysh et dans leur pacte serait libre d'y entrer.
(...)
Que tu retourneras loin de nous cette année-ci pour ne point entrer chez nous à la Mecque. Mais que, dès l'année prochaine, nous nous éloignerons de toi, et toi, -tu y entreras avec tes compagnons et tu y résideras trois jours. Tes armes seront celles du voyageur qui voyage sur sa monture, les sabres restant dans les fourreaux ; et tu n'y entreras pas avec, d'autres armes.
Quil nen sortira en compagnie daucun des habitants même si cet habitant manifeste le désir de le suivre ; et quil nempêchera aucun de ses compagnons dy résider, si ce compagnon en manifeste le désir.
4. Lapplication de laccord.
Aussitôt après sa signature, laccord provoque une reprise de rapports de force. Un traité nest vu que dans une logique daffrontement, comme un répit nécessaire, et jamais comme une conclusion définitive.
Echange de prisonniers.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 247).
Sohayl avait un fils nommé Abu Jandal, qui avait embrassé l'islam et qu'on retenait, par son ordre, enchaîné dans sa maison. Au moment où le traité fut conclu, on vit arriver au camp Abu Jandal, ayant encore les liens à ses pieds. Il s'écria :
-Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah, et Muhammad est l'envoyé d'Allah!
Sohayl dit :
-Voilà la première application du traité que nous venons de conclure. Rends-moi mon fils.
Le prophète dit à Abu Jandal :
-Va, adore Allah à la Mecque, jusqu'à ce qu'Allah t'accorde ta délivrance.
Sohayl l'entraina par force. Abu Jandal s'écria :
-Musulmans, me livrerez-vous entre les mains des infidèles qui veulent me faire renoncer à l'islam? Les musulmans s'émurent et dirent:
-Pourquoi souffrir une telle humiliation de la part des infidèles?
Le prophète leur répondit:
-J'exécute les ordres d'Allah.
Or, pendant le voyage, il avait dit à ses compagnons qu'il avait fait un rêve et qu'il avait vu qu'il entrait avec eux à la Mecque. Cette parole leur était restée dans l'esprit ; ils ne savaient pas qu'elle se réaliserait seulement plus tard, et plusieurs d'entre eux tombèrent dans l'hypocrisie et dans le doute, en le voyant accepter une situation si dure.
Une fuite desclaves.535
(Dawud, Hadith 14, 2694).
Des esclaves vinrent auprès de lenvoyé le jour dHudaybiyya avant le traité. Leurs maîtres lui écrirent:
-Ô Muhammad, ils ne sont partis auprès de toi par intérêt pour ta religion, mais pour échapper à lesclavage.
Des gens dirent:
-Ils disent la vérité, ô envoyé dAllah, renvoie-les.
Lenvoyé dAllah sest fâché et a dit:
-Je méprise votre injonction, Quraysh, mais je vois quAllah vous a envoyé quelquun pour frapper vos cous536 .
Il refusa de les rendre et dit:
-Ils sont affranchis et deviennent esclaves dAllah, lexhalté537.
La question des femmes.
(Corpus coranique d'Othman 60/10-12).
Ô vous qui croyez!, quand viennent à vous des croyantes émigrées, soumettez-les à examen!
Allah connait seul très bien leur foi.
Si vous les reconnaissez comme croyantes, ne les renvoyez point vers les infidèles de la Mecque: elles ne sont plus licites pour eux ni, eux, licites pour elles538.
Donnez aux infidèles ce qu'ils ont dépensé comme douaire539!
Nul grief à vous de les épouser quand vous leur aurez donné leur douaire.
En revanche, ne retenez point les incroyantes, par les liens du mariage!
Réclamez ce que vous avez dépensé comme douaire540 , à leurs ex-époux, et que ceux-ci vous réclament ce qu'ils auront dépensé comme douaire!
Voilà l'arbitrage d'Allah par lequel il arbitre entre vous.
Allah est omniscient et sage.
Si quelqu'une de vos épouses passe chez les infidèles et que vous ayez votre revanche, donnez aux infidèles dont les épouses se seront enfuies, autant que ce qu'ils auront dépensé comme douaire!
Soyez pieux envers Allah en qui, ô prophète !, quand les croyantes viennent à toi, te prêtant serment d'allégeance et te jurant qu'elles n'associeront rien à Allah, qu'elles ne voleront point, qu'elles ne forniqueront pas, qu'elles ne tueront point leurs enfants, qu'elles ne commettront point une infamie forgée par elles entre leurs mains et entre leurs pieds541 , qu'elles ne te désobéiront point en ce qui est reconnu convenable-542 , accorde-leur allégeance et demande pardon à Allah pour elles!
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Evasion dun musulman.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 249).
Lorsque le prophète fut de retour à Médine, un homme, nommé Abu Bashir, s'enfuit de la Mecque, vint à Médine et embrassa lislam. Les Mecquois envoyèrent au prophète un message ainsi conçu:
-Il y a entre nous et toi un traité qui te prescrit de nous rendre ceux qui nous quittent et s'enfuient auprès de toi.
Le prophète appela Abu Bashir et lui dit :
-Nous avons avec les Quraysh une convention d'après laquelle nous devons renvoyer quiconque s'enfuit d'auprès d'eux et vient ici ; je ne peux pas violer cette convention543 .
Il le renvoya ainsi à la Mecque, en le livrant entre les mains des deux messagers des Mecquois. Quand ils eurent quitté Médine, Abu Bashir demanda à l'un d'eux de lui montrer son sabre ; cet homme le lui ayant remis, Abu Bashir l'en frappa et lui trancha la tête ; il se tourna ensuite contre l'autre, qui prit la fuite et revint à Médine, pour porter plainte au prophète. Abu Bashir rentra également à Médine. Le prophète lui demanda, pourquoi il avait agi ainsi, Abu Bashir dit :
-Apôtre d'Allah, je l'ai fait n'étant plus en ton pouvoir. Par Allah, quand même ils auraient été dix, ils n'auraient pu me ramener à la Mecque!
Le prophète s'écria:
-Que n'ai-je des compagnons comme toi!
Abu Bashir répliqua :
-Je t'amènerai des compagnons qui seront comme moi, et qui ont embrassé l'islam à la Mecque.
5. Propagande.
Le fameux Succès nest pas visible au moment de la signature, sinon dans la cervelle de Muhammad. Le verset coranique qui le mentionne est une pièce de propagande, qui a pour fonction de manipuler les troupes musulmanes, de les rassurer en les flattant.
Mais on ne peut exclure que le texte ait été rédigé bien plus tard, pour compenser laspect peu glorieux du traité de paix avec les Mecquois.
Le succès dHudaybiyya.
(Corpus coranique d'Othman 48/1-10).
En vérité, prophète!
Nous t'avons octroyé un succès éclatant544, afin qu'Allah te pardonne tes premiers et tes derniers péchés, afin aussi qu'il parachève son bienfait envers toi et qu'il te dirige dans une voie droite.
Allah te prête un secours puissant.
C'est lui qui a fait descendre la présence divine dans les curs des croyants, afin qu'ils ajoutent une foi à leur foi.
A Allah les légions des cieux et de la terre.
Allah est omniscient et sage.
Il fit cela afin de faire entrer les croyants et les croyantes dans des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux et où ils resteront immortels., il effacera pour eux leurs mauvaises actions et cela formera, auprès d'Allah, un succès immense.
Il tourmentera les hypocrites, hommes et femmes, les associateurs et les associatrices, ceux qui font sur Allah la conjecture mauvaise.
Contre eux le sort mauvais!
Qu'Allah se courrouce contre eux et les maudisse!
Qu'il prépare pour eux la Géhenne!
Quel détestable devenir!
A Allah les légions des cieux et de la terre.
Allah est puissant et sage.
Prophète!, Nous t'avons envoyé comme témoin, annonciateur et avertisseur, afin que vous croyiez en Allah et en son apôtre, pour que vous l'assistiez et l'honoriez et que vous le glorifiiez à l'aube et au crépuscule.
Ceux qui te prêtent serment d'allégeance prêtent seulement serment d'allégeance à Allah, la main d'Allah étant posée sur leurs mains.
Quiconque est parjure est seulement parjure contre soi-même.
Quiconque , au contraire, est fidèle à l'engagement pris envers Allah, recevra de celui-ci une rétribution immense.
L'exemplarité de la trêve.
(Muslim, Sahih 32-3338).
D'après Sahl ibn Hunayf, Abu Wâyl a rapporté : Le jour de Siffîn545 ; Sahl ibn Hunayf se leva et dit :
-"Ô musulmans! Défiez-vous de vos opinions personnelles. Nous autres, nous étions auprès du prophète le jour de la trêve d'Al Hudaybiya conclue entre le prophète et les infidèles et, si nous avions voulu les combattre, certes nous l'aurions fait!".
En fait, Umar ibn Al Khattâb vint vers le prophète lui dire :
-"Ô envoyé d'Allah! Ne sommes-nous donc pas dans la vérité et eux dans l'erreur?".
- "Si"
- "Les morts parmi nos combattants, n'iront-ils pas au paradis et les leurs en enfer?".
- "Si".
- "Pourquoi donc concéderions-nous l'humiliation dans notre religion? Reviendrons-nous sans qu'encore Allah ait tranché, entre eux et nous?".
- "Ô ibn Al Khattâb, lui répondit le prophète, je suis l'envoyé d'Allah; et le Seigneur ne me mènera jamais à la perdition".
Là-dessus, ne pouvant se contenir, se rendit chez Abu Bakr et lui dit alors :
-"Ô Abu Bakr! Ne sommes-nous donc pas dans la vérité et eux dans l'erreur?".
- "Si"
-"Les morts parmi nos combattants n'iront-ils pas au paradis et les leurs en enfer?".
-"Si"
-"Pourquoi donc concéderions-nous l'humiliation dans notre religion? Reviendrons-nous sans qu'encore Allah ait tranché entre eux et nous?". -
"Ô ibn Al Khattâb, c'est lui, l'envoyé d'Allah; et le Seigneur ne le mènera jamais à la perdition".
C'est alors que fut révélée la sourate Al Fath546 ; l'envoyé d'Allah envoya chercher et la lui récita entièrement.
- "Est-ce donc la victoire Ô envoyé d'Allah?", lui demanda-t-il; et l'envoyé d'Allah répondit :
-"Oui", s'en alla alors, réjoui.
(Muslim, Sahih 32-3341).
D'après Anas ibn Mâlik, comme les compagnons du prophète étaient extrêmement chagrinés du retour d' Al Hudaybiya et alors que le prophète y avait fait immoler les bêtes du sacrifice, ces versets furent révélés : En vérité Nous t'avons accordé une victoire éclatante... Jusqu'à ...un énorme succès.
Le prophète dit alors à ses compagnons :
-"Il m'a été révélé un verset qui m'est plus cher que ce monde et tout ce qu'il comporte".
6. Les étranges rituels dHudaybiyya.
Le passage dans ce qu était sûrement un ancien sanctuaire païen donne lieu à des cérémonies originales et aberrantes, qui démontrent à quel point cet islam primitif ne s'est pas débarassé de sa guangue originelle.547
Larbre dHudaybiyya.
(Corpus coranique d'Othman 48/18-29).
Allah a été satisfait des croyants quand ils te prêtaient serment dallégeance, sous l'arbre de Hudaybiyya548 .
Il a reconnu ce qui est en leurs curs.
Il a fait descendre sur eux la présence divine et les a gratifiés d'un proche succès et d'abondantes masses de butin qu'ils prendront.
Allah est puissant et sage.
Allah vous a promis des masses abondantes de butin que vous prendrez.
Il a hâté pour vous cette prise et il a détourné de vous les mains de ces gens.
Il a fait cela afin que ce soit un signe pour les croyants et pour vous diriger dans une voie droite.
Il a accompli une autre chose qui n'était point en votre pouvoir et quil a embrassée en sa puissance.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
Si ceux qui sont infidèles vous avaient combattus, ils auraient ensuite tourné le dos et n'auraient plus ensuite trouvé ni patron ni ansar, selon la coutume d'Allah qui fut antérieurement.
Or tu trouveras la coutume d'Allah non modifiable.
C'est lui qui a écarté de vous les mains des infidèles et qui a écarte d'eux vos mains, dans le val de la Mecque, après vous avoir donné avantage sur eux.
Allah, sur ce que vous faites, est clairvoyant.
Ce sont là ceux qui ont été infidèles et vous ont écartés de la mosquée sacrée ainsi que de l'oblation dont le lieu de sacrifice vous était interdit.
N'eussent été des hommes croyants et des femmes croyantes inconnus de vous, parmi les infidèles, que vous risquiez, à votre insu, de broyer sous vos pieds, en sorte qu'une représaille vous aurait atteints de leur part, vous auriez porté vos coups contre les infidèles.
Tout cela s'est fait pour qu'Allah fasse entrer qui il veut, en sa miséricorde.
S'ils s'étaient signalés, nous aurions fait subir un tourment cruel à ceux d'entre ces gens qui sont infidèles.
Rappelle-toi quand ceux qui sont infidèles mirent en leurs curs la fureur -la fureur de la jahiliyya!549
Allah fit descendre sa présence divine sur son envoyé ainsi que sur les croyants et les obligea à la parole de la piété: ils étaient les plus dignes de cette parole.
Allah, de toute chose, est omniscient.
Allah a certes montré la véridicité de son envoyé au sujet de la vision:
-Vous entrerez certes en la mosquée sacrée, si Allah veut, paisibles, la tête rasée, les ongles et la barbe taillés, sans crainte.
Il a su ce que vous ne saviez point et a placé, en deçà de cela, un proche succès.
C'est lui qui a envoyé son envoyé avec la direction et la religion de vérité, pour lui donner primauté sur la religion en entier.
Combien Allah suffit comme témoin!
Muhammad est l'envoyé d'Allah550.
Ceux qui sont avec lui sont violents à l'égard des infidèles et compatissants entre eux.
Tu les vois, dans la prière, inclinés, prosternés, recherchant une faveur d'Allah et sa satisfaction.
Leur marque propre est sur leur visage, à la suite de leur prosternation.
Voici la parabole sur eux, dans la Torah, et voici la parabole sur eux, dans l'Evangile:
-Ils sont comme le grain qui, ayant sorti ses pousses, leur donne force, en sorte qu'elles grossissent, se tiennent droites sur leur tige, faisant le plaisir du semeur.
Cette parabole est proposée pour courroucer les infidèles, à propos des croyants551.
A ceux qui, parmi eux, auront cru et fait des uvres pies, Allah a promis un pardon et une immense rétribution.
(Tabari, Tafsir 2/194).
... Rabi ibn Anas a dit :
Le prophète d'Allah et ses compagnons partirent de Médine pour la Mecque ; ils entrèrent en sacralisation pour effectuer une visite pieuse, en dhul qida, et avaient amené avec eux des bêtes à offrir en sacrifice552 . Mais arrivés à Hudaybiyya, les associateurs les empêchèrent de continuer leur route. L'envoyé négocia avec eux pour revenir l'année suivante au même moment et rester trois jours à la Mecque ( ... ).
Ils sacrifièrent alors à Hudaybiyya les bêtes amenées en offrande, se rasèrent et se coupèrent les cheveux pour marquer leur désacralisation.
(ibn Sad, Tabaqat II 121).
Lapôtre d'Allah a sacrifié ses animaux sacrés et sest rasé la tête. Khirash ibn Umayyah accomplit lacte de rasage553 de la tête. Ses compagnons sacrifièrent aussi les animaux, la majorité se rasa la tête, les autres se contentant de se nouer les cheveux. Alors, lapôtre d'Allah dit trois fois:
-QuAllah soit favorable à ceux qui se sont rasés la tête!
On lui dit alors:
-Ô apôtre d'Allah, prie aussi pour ceux qui se sont noués les cheveux!
Il dit:
-Et à ceux qui se sont noués les cheveux.
Létat de pureté rituelle.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 248).
Après la conclusion du traité, le prophète donna l'ordre aux musulmans de se raser la tête et de renoncer à l'état de pénitence. Aucun d'eux ne répondit à son appel, qu'il répéta trois fois. Le prophète, très affligé, se rendit dans la tente de sa femme Umm Salama, qu'il avait amenée avec lui. Celle-ci lui ayant demandé la cause de son chagrin, il lui dit:
-Je leur ai ordonné trois fois de se raser la tête, personne n'a obéi554 .
Umm Salama dit:
-Ne t'afflige point, envoyé d'Allah, mais fais-toi raser la tête555 et accomplis le sacrifice.
Le prophète se leva, égorgea le chameau destiné au sacrifice qu'il devait offrir lui-même, et se fit raser la tête. Ses compagnons, le voyant faire ainsi, se le dirent les uns aux autres, et chacun se fit raser la tête et immola les victimes.
On rapporte d'après Abdallah ibn Abbas, qu'une partie des musulmans se firent raser la tête, et que quelques-uns se firent seulement tailler les cheveux. Alors le prophète prononça ces paroles :
-Que Allah soit propice à ceux qui ont la tête rasée !
-Apôtre d'Allah, lui dit-on, ajoute: Et à ceux qui ont les cheveux taillés.
Le prophète répéta ses premières paroles ; on réitéra la demande, il fit la même réponse, et ainsi jusqu'à trois fois. Quand on lui fit la demande pour la quatrième fois, il ajouta:
-Et à ceux qui ont les cheveux taillés. On lui demanda ensuite pourquoi il avait fait cette différence entre ceux qui avaient la tête rasée et ceux qui ne l'avaient pas. Le prophète répondit :
-Parce que ceux-là n'ont point douté, et qu'ils sont restés fermes dans leur conviction.
(ibn Sad, Tabaqat I 210).
Nous étions très assoiffés à al Hudaybiyya et nous nous sommes précipités en pleurs auprès de lapôtre d'Allah ; il y avait une bouilloire contenant de leau. Il mit ses doigts dedans et cette façon et dit:
-Buvez au nom dAllah.
Leau a commencé à sourdre de ses doigts comme sils étaient des sources. Il y en avait assez pour tous. Nous avons bu et fait nos ablutions.
Larbre.
(ibn Sad, Tabaqat II 124).
Le prophète recevait le serment556 des gens sous larbre lannée dHudaybiyya et Maqil ibn Yasar tenait une des branches de larbre dans sa main, au dessus de sa tête557 . Il reçut le serment ce jour-là quils ne senfuiraient pas.
(...)
Les gens avaient coutume daller à larbre quils appelaient larbre dal Ridwan et faisaient des prières près de lui. Omar lapprit; il les avertit et ordonna quil soit coupé, et il la été.
Questions dhygiène.
(Bukhari, Sahih 64/35, 37-8).
A lépoque dHudaybiyya, le prophète, s'avançant vers moi, dont le visage était couvert de poux, me dit :
-Ces insectes que tu as sur la tète ne tincommodent-ils pas?
- Oui, ils m'incommodent répondis-je.
-Eh bien! reprit le prophète, rase-toi la tète, jeune pendant trois jours, ou donne à manger à six pauvres, ou égorge une victime.
Je ne suis pas sur de l'ordre de cette énumération, ajoute le rawi Ayyub.
Kab ibn Ojra a dit: Nous étions avec lenvoyé d'Allah à Hudaybiyya ; nous étions en état d'ihram et les idolâtres nous empêchaient d'avancer. J'avais une touffe de poils sur l'oreille et, de là, la vermine tombait sur ma figure. Comme il passait près de moi, le prophète me dit:
-Ces insectes que tu as sur la tête ne tincommodent-ils pas?
- Oui, ils m'incommodent , répondis-je.
Ce fut alors que fut révélé ce verset:
Celui d'entre vous qui sera malade ou qui aura quelque mal à la tête, devra, en expiation, jeuner, ou faire une aumône, ou égorger une victime558.
(Tabari, Tafsir 2/196).
Marwan ibn Hakam rapporte :
-Lorsque l'Envoyé eut fait la trêve de Hudaybiyya avec les associateurs quraysh, il s'adressa à ses compagnons et leur dit :
-Levez-vous, sacrifiez et rasez-vous.
Marwan ajoute: par Allah, personne ne se leva et lorsqu'il eut répété cela trois fois et que personne ne se fut levé, il se leva lui-même et entra sous la tente de Umm Salma à qui il fit part de cela ; celle-ci lui dit :
-Ô prophète d'Allah, sors et ne dis rien à aucun d'entre eux jusqu'à ce que tu aies sacrifié ta bête, appelé ton coiffeur et que celui-ci t'ait rasé.
Le prophète se leva, sortit et n'adressa la parole à personne jusqu'au moment où il eut fait tout cela. Lorsqu'ils le virent agir ainsi, ses compagnons se levèrent à leur tour, sacrifièrent et se rasèrent les uns les autres au point qu'on aurait pu croire qu'ils s'entretuaient559.
(Bukhari, Sahih 64/38, 28).
D'après al Miswar ibn Makhrama et Marwan ibn al Hakent, dont les récits se complètent l'un par l'autre, le prophète partit, l'année de al Hudaybiyya, à la tête de dix cents et quelques compagnons. Arrivé à Dhul Holayfa, il enguirlanda sa victime560 , la marqua, et c'est de cet endroit qu'il se mit en ihram561. Il envoya des Khuzaa en éclaireurs, puis il marcha jusqu'au ghedir de al Ashtat où les éclaireurs vinrent le rejoindre.
-Les Quraysh, dit le chef des éclaireurs, ont réuni contre toi de nombreuses troupes, entre autres les Ahabish562 ; ils veulent te combattre, téloigner du Temple et t'en interdire l'accès.
-Ô fidèles, dit le prophète, donnez-moi votre avis. Pensez-vous que je doive avoir pitié des femmes et des enfants de ces gens qui nous empêchent d'arriver au Temple? S'ils viennent vers nous, Allah aura privé ainsi les idolâtres de leurs éclaireurs. S'ils ne viennent pas à nous, nous les laisserons livrés aux horreurs de la guerre563.
Prenant alors la parole, Abu Bakr dit:
-Ô envoyé d'Allah, tu es parti dans le seul dessein daller au Temple, ne voulant combattre ni tuer personne. Marche donc en avant, et si quelqu'un veut nous arrêter, nous le combattrons.
-Marchez au nom dAllah, répliqua le prophète.
7. Les retombées de la trêve.
La tradition, prématurément, intègre la révélation de des versets qui suivent à cet épisode, et non au moment où ces dispositions sappliquent, au moment de la conquête de la Mecque. On peut y déceler le besoin dune compensation par lexpression de la violence, face à la déception.
Le retrait des privilèges sacerdotaux aux polythéistes.
(Corpus coranique d'Othman 9/1-2).
Il n'est point laissé aux associateurs de servir la mosquée d'Allah tout en faisant, pour ce qui les touche, profession d'infidélité.
Vaines soient les actions de ces gens!
Dans le feu ils seront immortels.
Seuls serviront la mosquée d'Allah ceux qui croient en Allah et au dernier jour, qui accomplissent la prière, donnent l'aumône et ne redoutent qu'Allah.
Peut-être ceux-là seront-ils parmi ceux se trouvant dans la bonne direction.
Ferez-vous de la charge d'abreuver les pèlerins et du service de la mosquée sacrée des devoirs comparables à ceux de celui qui croit en Allah et au dernier jour, et mène combat dans le chemin d'Allah564 ?
Croyants et infidèles ne seront point égaux auprès d'Allah565 .
Allah ne dirige pas le peuple des injustes.
Ceux qui déjà croient qui, dans le chemin d'Allah, ont émigré et mené combat de leurs biens et de leurs personnes auront un rang plus considérable auprès d'Allah566 .
Ceux-là seront les gagnants.
Leur seigneur leur annonce grâce et satisfaction émanant de lui, ainsi que des jardins où ils auront un délice permanent et où ils seront, immortels, en éternité.
Allah détient une rétribution immense.
Les doutes dAbu Sufyan.
(Bukhari, Sahih, 1/1, 6).
-Trahit-il ses engagements?567
-Non ; mais nous avons conclu une trêve avec lui en ce moment et nous ignorons comment il se conduira au cours de cette trêve568.
-Cette réponse, ajouta Abu Sufyan, fut la seule dans laquelle je pus glisser une insinuation contre Muhammad569.
La conséquence tactique de la trêve.
(as Shaybani, Kitab as Siyar al Kabir).570
Il fit un trêve571 avec les gens de la Mecque pour assurer ses flancs quand il marcherait sur Khaybar. Et nous savons quil ny a pas de mal à accepter une obligation de ce type sil sy trouve un bénéfice572 pour les musulmans.
§ 581. Le pèlerinage de lAccomplissement.
La visite573 est loccasion de promulguer des règles rituelles en activité pour des siècles. Muhammad réalise son rêve574 en entrant dans le sanctuaire. Il y détourne le sens des rites traditionnels, et surtout, veut montrer sa force à ses anciens compatriotes, qui ont manifesté à son égard bien plus que de la tolérance. Il en profite aussi réactiver des liens utiles, pour épouser une autre de ses femmes575, et continue dinsister pour rester quelque temps encore: autant doccasion de tester la capacité de réaction de ses adversaires. Du point de vue des Médinois, il devient celui qui a ouvert à nouveau laccès au sanctuaire576, qui reste païen à ce moment.
1. L'accomplissement.
Les sources musulmanes ont multiplié les détails de cette "Marche triomphale", qui est une conquête de la Mecque avant l'heure. Il faut montrer que Muhammad est sûr de son fait, de son droit et qu'il revêt peu à peu tous les atours de la puissance.
(Tabari, Tafsir 2/194).
L'année suivante, en dhul qida, le prophète et ses compagnons entrèrent à la Mecque, où ils restèrent trois jours pour y faire la Visite pieuse. Les associateurs avaient été fiers de les repousser le jour de Hudaybiyya mais Allah leur imposa une réparation équivalent en faveur du prophète et il l'introduisit à la Mecque le même mois de dhul qida au cours duquel ils l'avaient repoussé. C'est pourquoi Allah dit :
Le mois sacré contre le mois sacré et les choses sacrées profanées exigent une réparation équivalente.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 788).
Lenvoyé rentra de Khaybar vers Médine, et il resta là du premier mois de rabi à celui de shawwal, ordonnant le départ de raids de pillage et dexpéditions.
Au mois de dhul qada - le mois pendant lequel les polythéistes lavaient empêché de faire le pèlerinage- il entreprit le pèlerinage de laccomplissement, au lieu de la umra dont ils lavaient exclu. Ces musulmans qui avaient été exclus avec lui partirent dans la septième année et les Mecquois le surent et réagirent. Les Quraysh disaient entre eux: Muhammad et ses compagnons sont en perdition, en attente, en état de privation.
(...)
Lexplication du nom de lépisode.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 262).
Cette visite des lieux saints est appelée visite de l'accomplissement, parce que c'était l'exécution de la visite projetée l'année précédente, que les musulmans n'avaient pu accomplir alors, ayant été obligés de retourner de Hudaybiyya. Le prophète se mit en route avec tous ses compagnons musulmans. Les Quraysh les laissèrent entrer dans la ville avec leurs chameaux. Le prophète, qui, ainsi que ses compagnons, s'était constitué en état pénitentiel et s'était fait raser la tête, fit son entrée assis sur un chameau, que Abdallah ibn Rawaha conduisait par la bride, et il s'avança directement vers le temple.
Les précautions de Muhammad.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 263).
Le prophète avait amené soixante chameaux destinés pour le sacrifice, cent chevaux et d'autres chameaux qui servaient de montures à ses hommes. Il avait ordonné que chacun emportat toutes ses armes, que l'on fit porter par des bêtes de somme, qui, ainsi que les chevaux, étaient en arrière du cortège ; car, redoutant quelque trahison de la part des Quraysh, il voulait avoir à sa disposition des armes et des chevaux. Les Quraysh, apprenant que le prophète avait avec lui des chevaux et des armes, eurent des appréhensions. Ils lui firent dire:
-Nous voulons la fidèle exécution du traité que nous avons conclu avec toi ; à quoi doivent te servir ces chevaux et ces armes? Le prophète répondit :
-Nous les laissons en dehors de la ville ; mais si vous ne teniez pas vos engagements, au moins aurais-je des armes et des chevaux.
Comme les Quraysh restèrent fidèles au traité577, le prophète fit garder les chevaux et les armes par Muhammad ibn Maslama, en lui recommandant de rester en dehors de la ville.
Le départ de la Mecque.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 790).
... lenvoyé épousa Maymuna bint al Harithh pendant son voyage, alors quil était haram. Al Abbas ibn Abdul Muttalib578 la lui a donnée.
Lenvoyé resta trois jours à la Mecque. Huwaytib ibn Abdul Uzza (...) et dautres Quraysh virent le voir parce que les Quraysh lavait chargé de la tâche de faire partir lenvoyé de la Mecque. Ils dirent:
-Ton temps est passé, alors quitte-nous.
Lenvoyé répondit:
-Cela vous ferait-il mal si vous me laissiez rester et que je célèbre mes noces parmi vous, que vous veniez et que je vous prépare à manger?
Ils dirent:
-Nous navons pas besoin de ta nourrriture, alors va t-en.
Alors lenvoyé partit et laissa Abu Rafi son client en charge de Mymuna jusquà ce quil lamène avec lui à Sarif.
Sur la route de la Mecque....
(Bukhari, Sahih 70/19).
Abu Qatada a dit : Un. jour, j'étais assis avec un certain nombre des compagnons du prophète à un campement sur la route de La Mecque. L'envoyé d'Allah était campé en avant de nous et les fidèles étaient en état d'ihram, tandis que moi je ne me trouvais pas en cet état. Pendant que j'étais occupé à réparer ma chaussure, les fidèles aperçurent un onagre579. Ils ne m'en avertirent pas, voulant que je l'aperçusse moi-même. Comme je me retournais, je l'aperçus en effet, et aussitôt j'allai à mon cheval, je le sellai et l'enfourchai. Puis, ayant oublié de prendre mon fouet et ma lance, je leur demandai de me les passer l'un et l'autre.
-Non, me répondirent-ils, nous ne pouvons t'aider en quoi que ce soit580.
Furieux, je descendis de cheval, je pris mon fouet et ma lance, et, me remettant en selle, je fonçai sur l'onagre. Je l'abattis et le rapportai mort. Les fidèles se précipitèrent sur l'animal et le dévorèrent, mais ils tirent ensuite des doutes sur le point de savoir s'ils avaient eu le droit d'en manger, étant en état d'ihram. Nous reprimes notre marche ; je cachai par devers moi un humérus de l'animal, et quand nous eûmes rejoint l'envoyé d'Allah nous le questionnâmes au sujet de l'onagre.
-Vous en reste-t-il un morceau ?, demanda-t-il.
Je lui présentai alors l'humérus qu'il mangea et rongea. Or, il était lui aussi en état d'ihram581.
Le chant dun poète musulman lors de lentrée dans la Mecque
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 263).
Abdallah, fils de Rewaha, marchant devant lui, récita les vers suivants :
Écartez-vous, ô infidèles,
devant ses pas (j'atteste qu'il est l'envoyé d'Allah) ;
écartez-vous, car tout bien est dans son envoyé !
Seigneur, je crois en sa parole,
et reconnais la vérité d'Allah dans sa perfection.
Nous vous frappons,
d'après les indications de ses visions ou d'après ses révélations.
D'un coup qui enlève les têtes du lieu de repos,
et sépare l'ami de l'ami.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 235).
Anas a raconté que lenvoyé d'Allah est allé à la Mecque pour Umra al Qada. Abdullah ibn Rawaha marchait devant en récitant ces couplets:
Ô infidèles! écarte vous du chemin, et partez aujourdhui.
Nempêchez pas lenvoyé d'Allah dentrer à la Mecque, comme vous lavez fait lan dernier. Nous allons agir contre vous de telle façon que votre cervelle va se séparer de votre corps.
Et cela fera quun ami oubliera un ami!
Omar larrêta et lui dit:
-ibn Rawaha, en présence de lenvoyé d'Allah et dans le haram, tu oses réciter de la poésie?
Lenvoyé d'Allah dit:
-Laisse-le, Omar, ces couplets sont plus puissants que si on leur lançait des flèches!
2. Le tour de la Qaba: une démonstration de force.
Lislam démontre dès ses débuts troublés quil est un système mêlant religion et politique, politique et religion, sans quon sache, dans cette confusion qui dirige quoi. Lessentiel est que les Mecquois subissent la pression imposée, et soient les dindons de la force. On remarquera que l'épisode fournit matière à réflexion aux mouvements islamistes contemporains désireux de provoquer, d'intimider, d'influencer les démocraties occidentales, par des manifestations outrancières et démonstratives de leur ritualisme.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 789).
Ils se rassemblèrent à la porte du bâtiment de lassemblée pour le voir avec ses compagons et quand lenvoyé entra dans la mosquée, il jeta le bout de son manteau par dessus son épaule gauche, laissant libre le bras droit. Puis il dit:
-Allah est miséricordieux pour un homme qui leur montre aujourdhui comme il est fort582 .
Il embrassa la pierre, et alla à pas rapides avec ses compagnons tout autour, jusquà ce que le bâtiment le cache de leurs regards, puis il embrassa le coin sud puis la pierre noire. Il fit cela à pas rapides pendant trois tours et marcha ensuite.
(Muslim, Sahih 59/558).
Le prophète se dépécha daller autour de la Ka'ba, et entre Safa et Marwa, pour montrer sa force aux païens.
ibn Abbas ajoute:
-Quand le prophète arriva à la Mecque, lannée de la paix, il ordonna à ses compagnons de faire ramal pour montrer sa force aux païens et les païens le regardaient depuis la colline de Qayqan.
Consignes de comportement durant le pèlerinage.
(Corpus coranique d'Othman 48/25).
Ce sont là ceux qui ont été infidèles et vous ont écartés de la mosquée sacrée ainsi que de l'oblation dont le lieu de sacrifice vous était interdit.
N'eussent été des hommes croyants et des femmes croyantes inconnus de vous, parmi les infidèles, que vous risquiez, à votre insu, de broyer sous vos pieds, en sorte qu'une représaille vous aurait atteints de leur part, vous auriez porté vos coups contre les infidèles583 .
Tout cela s'est fait pour qu'Allah fasse entrer qui il veut, en sa miséricorde.
S'ils s'étaient signalés, nous aurions fait subir un tourment cruel à ceux d'entre ces gens qui sont infidèles584.
(ibn Sad, Tabaqat II 151-2).
Lapôtre d'Allah fit le tour entre al Safa et al Marwah sur sa chamelle et quil fut libéré du septième tour près de al Marwah, les victimes durent sacrifiées près dal Marwah, et il dit:
-Ceci est un lieu de sacrifice et chaque col de la Mecque est un lieu de sacrifice.
Il sacrifia ces animaux du côté dal Marwah, et sa tête nétait pas rasée à ce moment. Ainsi firent les musulmans. Lapôtre d'Allah ordonna à quelques personnes daller avec leurs compagnons à Batn Yajaj pour rester en armes, pour protéger les autres, alors que le restant accomplissait le rite de lumra. Ils le firent selon ses ordres.
Alors, lapôtre d'Allah entra dans la Ka'ba, et ils restèrent jusquà laprès-midi585 . Il ordonna à Bilal de réciter lappel à la prière586 sur le toit de la Ka'ba.
Lapôtre d'Allah épousa Maymuna bint al Harith de la tribu Hillal.
(Dawud, Hadith 10/1884).
Le prophète portait un manteau depuis son aisselle droite jusquà son épaule gauche et il toucha le coin de la pierre noire, et proclama :
-Allah est grand, et marcha fièrement pour trois rondes.
Quand ses compagnons ont atteint le coin yéménite, ils ont disparu aux yeux des Quraysh, et ils marchaient comme dhabitude ; ils ont réapparu devant eux, et ont marché fièrement à grandes enjambées. A ce sujet, les Quraysh ont dit:
-Ils ont lair de cerfs qui sautent587 .
Les rituels pratiqués.588
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 264).
Les Quraysh, s'étant retirés du temple, se tenaient sur les hauteurs ou sur les places, et regardaient les musulmans. Le prophète, informé que les Quraysh disaient de lui et de ses compagnons que, épuisés par la fatigue du voyage, ils ne pourraient pas accomplir les tournées autour du temple, recommanda à ses compagnons de ne laisser paraitre aucune faiblesse et de se montrer vigoureux. Il accomplit les tournées autour du temple en courant, et ses compagnons l'imitèrent. Ensuite ils accomplirent la Say, le parcours entre Safa et Marwa, également en courant589, tandis que les Quraysh les observaient de loin. Après avoir terminé la visite des lieux saints, le prophète et ses compagnons allèrent camper à Batha, où ils restèrent trois jours. Aucun des Mecquois ni des parents du prophète qui s'y trouvaient ne l'invita à descendre chez lui590 .
1 Un des hadiths les plus fameux, et les plus souvent répétés ; la chaîne de transmission (ISNAD) relativement courte- est celle-ci dans le recueil de Bukhari (56/22): Salim abu Nadir, affranchi dOmar ibn Obayd Allah et qui lui servit de secrétaire, a dit quAbdallah ibn Abu Awfa écrivit à ce dernier que lenvoyé d'Allah avait dit: (...).
2 Interview au journal du soir de France 3, le vendredi 29 septembre 2006.
3 F.M. Donner, Muhammad political consolidation in Arabia up to the consolidation of Mecca, Muslim World 69, 1979.
4 W. B. Bishai, Negociations and peace agreements between muslims and non muslims in islamic history, in Studies A.S. Atiya, Leiden 1972.
5 Badr: Corpus coranique 3/13 et 123 ; Ohod: 3/131 ; Hudaybiyya: 48/1 ; Honaïn: 9/25.
6 De son vrai nom Shakhr.
7 Tabari, Histoire des prophètes, Mohamed, Sceau des prophètes, Paris, 1980 (trad. Zotenberg). Il s'agit de la version persane abrégée.
8 Pour les exemples, cf. partie XIII.
9 Corpus coranique 9/5.
10 Corpus coranique 9/74.
11 Une application parmi dautres de la fameuse théorie de lAbrogé et de lAbrogeant. On dit rarement ce qui est abrogé. Lévolution des circonstances historiques fait que ce sont les versets les plus anodins qui sont constamment remplacés par les versets les plus féroces ; Muhammad, sentant ses positions saffermir, prend confiance et rejette les compromis, et prône sans restriction lusage de la violence.
12 Corpus coranique, ed. R. Blachère, Paris, 1999. Cette édition est constamment employée par la suite.
13 Bukhari, Sahih ("L'Authentique"), ed. V. Houdas/ W. Marçais, Paris, 1900-4.
14 U. Rubin, Muhammads curse of Mudar and the blockade of Mecca, Journal of the Economic and Social History of the Orient 31, 1988; A. Rippin, Qur'an 21: 95: "a ban is upon any town" , Journal of Semitic Studies 24 1979; M.J. Kister, "O God, tighten Thy grip on Mudar...," Journal of the Economic and Social History of the Orient, 24, 1981.
15 Cf. partie XV sur la sourate 12.
16 Corpus coranique 44/10.
17 Une des deux tribus mythiques à lorigine du peuple arabe. Elle a probablement disparu quand le discours est sensé avoir été prononcé.
18 Corpus coranique 44/15.
19 Des matières impures, au regard des musulmans, et qui les rendent impurs eux-mêmes, selon une conception religieuse archaïque.
20 Cest le titre retenu pour la sourate entière ; les commentaires sont nombreux à ce sujet ; on considère souvnet quil sagit de la matérialisation du blocus et des méfaits de Muhammad et des musulmans commis contre les Mecquois.
21 Là encore, lexégèse sest déchaînée dans linterprétation de cette formule: fin des temps, ou massacre de Badr?
22 A. Dashti, p. 85, parle cyniquement de "l'établisssement d'une économie saine".
23 Version arabe - Ed. State of New York University.
24 Les deux chefs des Quraysh.
25 Masudi, Les Prairies dOr, ed. B. de Meynard, P. de Courtielle, Paris, 1861-77, p. 253-5.
26 En juin 656 dans des circonstances obscures, sans doute par un de ses esclaves ; le quatrième calife était à lorigine un marchand aisé, et il a toujours eu un grand sens des affaires, se mettant en retrait au cours de lépopée mohammédienne...et profitant ensuite de laubaine.
27 Pièces dor et dargent.
28 En 943.
29 Le Caire.
30 Lun des rédacteurs du Coran.
31 P. Crone, Meccan trade and the rise of Islam, Princeton, 1987.
32 F. Mc Graw Donner, Meccas food supplies and Muhammads boycott, Journal of the Ec. and Soc. Hist. of the Orient 20, 1971.
33 MAASHALLAH.
34 Les dates ne sont pas absolument assurées ; parfois les expéditions se confondent ou se dédoublent ; malgré leur circonspection, les compilateurs des Livres dExpéditions sont eux-mêmes incapables de démêler lécheveau. Le sujet mériterait une étude encore plus précise et sure que celle proposée ici, qui na dautre ambition que de montrer lapplication dune doctrine et lefficacité dun système. Est-il besoin de de rappeler quaucune étude scientifique de grande ampleur (non-musulmane évidemment) na été consacrée à cette question centrale?
35 Aussi expédition de Syrie ou de Hamza.
36 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°1: ramadan I (mars 623).
37 Hamza est le seul combattant expérimenté à ce moment, dans la nouvelle communauté: il est de toutes les expéditions.
38 Un des rares individus à porter le même nom que le chef des musulmans, en étant païen à ce moment ; il est lié à deux adversaires: les structure tribales persistent au delà de laffrontement religieux.
39 Hamza confirme ici son indépendance par rapport à Muhammad, et pour tout dire, son refus véritable de lislam, qu'il ne comprendra jamais.
40 Waqidi, Maghazi, in J. Wellhausen, Muhammad in Medina, Berlin 1878.
41 ibn Hisham, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. A. Guillaume, Oxford 1967. Réédité plusieurs fois depuis, notamment au Pakistan.
42 Ceux-ci sont moins agressifs, moins musulmans, et surtout dans une sitaution stable. Les muhajirun sont encore des parasites dans la société de Yathrib. Les nouveaux convertis de Médine sont donc rarement solicités au début pour le jihad, et ils sont très exceptionnellement mis aux postes de responsabilités: la guerre nest pas encore une évidence indispensable pour eux.
43 Ed. Bewley.
44 Variante.
45 Le rabbin.
46 ou Alhya.
47 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°2 ; shawwal I (avril 623).
48 Le propre fils d'Abu Jahl, qui ensuite deviendra aussi fanatiquement musulman que son père restera fermement opposé à l'islam jusqu'à son exécution.
49 Première utilisation du mensonge dans un contexte guerrier. Il y a inversion des valeurs: les deux personnages doivent susciter ladmiration en mentant.
50 QAWS.
51 ibn Sa'd, Tabaqat I-II, ed. Moinul Haq, New Delhi (sans date).
52 Cela semble une grande fierté; sur l'éloge de l'archerie par Muhammad, cf. partie XIII.
53 Récit de Qays.
54 Une foid qu'il est devenu calife.
55 Un épineux, variété dacacia.
56 Variété de mimosa.
57 Il veut dire par là que les combats davant ne comptent plus et que le jihad est la seule guerre digne de ce nom.
58 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n° 7 ; jumada al akhira 2 (mai 623).
59 Plutôt que soldats dans la traduction.
60 La traque des caravanes est favorisée par un réseau pré-établi de routes et de haltes. Les arbres sont des points de repères commodes, et souvent des sanctuaires (phénomènes de dendrolâtrie). Le fait quune mosquée soit ultérieurement bâtie à cet endroit confirme lhypothèse.
61 Cest la même qui, de retour, provoquera la bataille de Badr.
62 Version arabe - Ed. State of New York University.
63 ABU TURAB, ce qui peut se comprendre comme "Père de la poussière" ; le récit dune scène intimiste est fait pour plaire au public shiite et elle doit être totalement inventée, pour justifier un nom. Tabari peut être soupçonné de discrète sympathie shiite, du fait de ce type de scènes, quil aime rapporter. Il fallait bien une telle histoire pour donner un sens laudatif à une telle expression, au demeurant si étrange... ; E. Kohlberg, "Abu Turab", Bulletin of the School of Oriental and African Studies 41, 1978.
64 Ce type de récit fait allusion à la mort brutale dAli. Dans la tradition shiite, il meurt d'un coup porté sur le crâne.
65 R. Hoyland, Seeing islam as others saw it, Princeton 1996, p. 141.
66 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°6 ; rabi al awwal 2 (septembre 623).
67 Linstitution peut être considérée comme le premier pas vers la constitution dun Etat.
68 Ou Wattan.
69 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°5 ; rabi al awwal 2 (octobre 623).
70 Le futur responsable du massacre des Banu Qurayza, dont on voit ici que cest déjà un personnage important.
71 Quand les destinataires des lettres sont peu connus et renommés,
72 Hamidullah, Documents. n°151.
73 Lislam reste la priorité, qui peut rendre caduc le traité.
74 La formule nest pas claire.
75 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°3 ; dhu qada I (décembre 623).
76 Ici, un SARIYYA, expédition sans la participation de Muhammad.
77 Le Palmier, un point deau à lest de la Mecque ; J.M.B. Jones, ibn Ishaq and al Waqidi: the dream of Atika and the raid to Nakhla in relation to the change of plagiarism, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 22, 1959.
78 Décembre 623.
79 Le mois saré de rajab ; M.J. Kister, Encyclopédie de l'Islam2 VIII p. 386; id. Rajab is the month of God. A study in the persistence of an early hadith, in Studies in Jahiliyya and Early Islam, Londres 1980.
80 T. Andrae, p. 141: Déjà la plus ancienne tradition avait senti que cétait là une méchante histoire. Cest pourquoi cette lettre de si mauvais augure a subi de la part des historiens tant de remaniements.... Cela montre que les historiens de lIslam ont eu, comme nous mêmes, le sentiment quil était difficile de justifier, sur ce point, la manière dagir du prophète.
81 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°8 ; rajab 2.
82 Le chiffre est porteur de puissance magique en Arabie.
83 La notion de sacrilège est déjà présente ; les nouveaux convertis craignent encore les effets de la vengance des dieux païens.
84 Précaution de lauteur ; mais de fait, Muhammad est encore très influencé par lancienne religion et ses règles, ce que Tabari ne peut plus savoir.
85 Hamidullah, doc. 3.
86 Nom extrèmement rare, conservé par la tradition.
87 En état de ihram, de pureté rituelle.
88 Ils prononcent la future formule présente dans le texte coranique... Indice de reconstitution évidente de laction.
89 Ed. P. Godé, Paris, 1983.
90 Cet assaut de mauvaise foi trahit leur embarras extrême.
91 Là se distingue encore lancienne mentalité, celle du respect ; la tradition laisse sexprimer des compagnons anonymes plutôt que le chef lui-même.
92 On pourrait plutôt penser que ces deux hommes sont en fuite, effrayés par leur acte sacrilège, qui les met au ban de toutes les tribus.
93 Sur les conseils comme topos littéraire, cf. I. Conrad, The early islamic historical tradition: a source critical study, Princeton 1994, p. 138.
94 SHAFI: la part réservée au chef avant le partage. La législation sur le butin n'est pas encore instituée.
95 Il y a déjà inégalité de traitement des prisonniers entre les deux camps.
96 Le puits.
97 Cf. partie XIII.
98 Une révélation seulement.
99 Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1284-5 (version arabe) ; la lettre est intéressante par lembarras dont elle témoigne ; Urwah est un des tout premiers à écrire sur la période: son témoignage est particulièrement important. Son nom "L'Anse" est aussi symbolique (Corpus coranique d'Othman 31/22) .
100 Corpus coranique 2/212-7.
101 La Kaba.
102 AKBAR: plus grand ou plus grave.
103 La phrase est essentielle car elle régit les rapports entre musulmans et infidèles, et consacre la supériorité morale et juridique des premiers sur les seconds.
104 FITNA ; D. B. Mac Donald, Encyclopédie de l'Islam2 II, p. 953-4 ; Y. Friedmann, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. dissension; sur la portè actuelle du concept, cf. Ahmed Merani, La discorde : "la fitna" : témoignage d'un membre fondateur du Front Islamique du Salut, Alger?, 199-?.
105 J.M.B. Jones, The Chronology of the Maghazi- A textual survey, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 1957 n°13 ; dhul hijja 2 (juin 624).
106 La bataille de Badr ; cf. plus loin.
107 Le texte original précise quil promet de ne plus coucher avec une femme.
108 BAYA.
109 Une halte fortifiée pour la protection des caravanes.
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