Partie XVII


LA GUERRE DE HUIT ANS

Sanglante Hégire à rebours


(622-630)

“Sachez que le paradis est à l’ombre des épées!”

Muhammad ibn Abdallah
1 .


Je condamme les violences de toutes sortes, verbales ou physiques.
Je condamne les violences, toutes les formes de violences.


Dr. Dalil Boubakeur,
recteur de la mosquée de Paris
et président du Conseil National du Culte Musulman
2.




A Médine, l’objectif ultime de Muhammad est et reste la conquête de la Mecque, et la revanche sur la tribu des Quraysh, et en même temps, il étend son influence sur l’Arabie occidentale3 . Pour arriver à ses fins, Muhammad emploie une gamme impressionnante de moyens, allant du pillage à l’intimidation, l’espionnage, la négociation4 , la propagande, et prenant soin de ne jamais exclure aucun solution. C’est un véritable exemple de comportement politique et militaire, appliqué avec une constance remarquable. Les textes évoquent longuement ces épisodes plus ou moins prestigieux, dont on retrouve aussi des traces dans le texte coranique5.
Dans ces tentatives, Muhammad se heurte à un autre personnage d’envergure, Abu Sufyan, qui organise la défense des caravanes et mène les débats au conseil de la Mecque6.


L’avis du Mecquois Urwa.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 244).7

On n'a jamais entendu dire qu'aucun roi ou chef ait tant lutté contre son peuple et en ait massacré tant d'hommes que toi.



Chapitre 88

La guerre des mots




§ 465-Les invectives de Muhammad.

Dans la droite ligne des princes-poètes arabes, Muhammad, “roi du Hedjaz” pour ses adversaires, utilise aussi la parole pour parvenir à ses fins. Mais le ton est différent, l’esprit, l’humour, l’éclat ont laissé la place à de sèches menaces, invectives haîneuses et menaces de mort toujours lancées au nom de son dieu tutélaire8 .


(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 125).
Lorsque le prophète eut quitté la Mecque, les infidèles s'écrièrent:
-Nous en sommes débarrassés.
Mais le prophète ne les laissa pas en repos. Allah lui donna la liberté des entreprises guerrières et lui ordonna de prendre l'offensive.
Quand il arriva à Médine, il reçut le verset suivant :
Tuez les infidèles où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les, mettez-vous en embuscade contre eux, etc. 9
Il reçut aussi le verset suivant :
Ô prophète, combats les infidèles et les munafiqun, traite-les sévèrement. 10
En révélant les versets qui ordonnaient la lutte, Allah abrogea ceux qui avaient recommandé aux croyants la patience11.

(Mahomet, Coran 9/87).12
Quand descend une sourate ordonnant: croyez en Allah et menez combat avec son apôtre! ....

(Mahomet, Coran 4/86).
Combats dans le chemin d’Allah!
Tu ne seras chargé que de ton âme!
Encourage des croyants!
Peut-être Allah conjurera t-il la rigueur des infidèles, contre vous, car Allah est redoutable en rigueur et châtiment.

(Mahomet, Coran 22/76-77).
Ô vous qui croyez!
Inclinez vous!
Prosternez vous!
Adorez votre seigneur!
Faites le bien!
Peut-être serez vous bienheureux.
Menez combat pour Allah, comme il le mérite....

(Bukhari, Sahih 56/107).13
L’envoyé d'Allah nous envoya en détachement, et nous dit:
-Si vous rencontrez untel et untel - et il nomma deux Quraysh- brûlez-les par le feu.
Puis, lorsqu’au moment de partir nous sommes venus lui dire adieu, il nous a dit:
-Je vous ai ordonné de brûler untel et untel ; mais le feu, c’est le châtiment qu’Allah seul a le droit d’infliger ; si donc vous prenez ces deux individus, tuez-les.


§ 466-Les imprécations contre la Mecque.

Comme du temps des sorciers, Muhammad lance des imprécations contre la cité qui l’a expulsé -ou qu'il a fuit. La pratique est millénaire au Proche-Orient, d'agonir de malédictions ses adversaires.

( Bukhari, Sahih 65/44, 2-3).14

Cette sécheresse ne se produisit que parce que les Quraysh s'étaient montrés rebelles au prophète. Il envoya contre eux des années comme les années de Joseph15 . Une grande sécheresse frappa leur pays et ils en furent réduits à manger des os. L'homme qui regardait le ciel voyait comme une sorte de fumée, tant était grand son épuisement. Allah révéla alors ces mots :
Guette le jour où le ciel amènera une fumée visible qui enveloppera les gens ; ce sera un chatiment douloureux16 .
On vint trouver l'envoyé d'Allah et on lui dit
-Ô envoyé d'Allah, implore la pluie pour Mudar, car cette tribu va périr.
-Pour Mudar17, répondit-il, tu es bien exigeant. Il implora la pluie qui tomba, et alors fut révélé ce verset: Certes, vous retournerez à votre incrédulité.
En effet, quand l'aisance fut de nouveau parmi eux, ils revinrent aussitôt à leurs anciens errements. C'est alors qu’Allah révéla ces mots:
le jour ou nous vous infligerons la grande défaite, nous nous vengerons18.
Il s'agissait de la journée de Badr.

J'entrai chez Abdallah: C'est faire preuve de science, me dit-il, que d'affirmer qu’Allah seul sait une chose que tu ignores. Allah, s'adressant à son prophète, s'est exprimé ainsi:
-Dis : Je ne vous demande pour cela aucun salaire ; je ne suis pas de ceux qui s'imposent plus qu'ils ne doivent faire.
Les Quraysh ayant vaincu le prophète et s'étant montrés rebelles à lui, il s'écria:
-Seigneur, aide-moi contre eux par sept (années) pareilles aux sept de Joseph. La famine se déclara et ils durent manger des os et des cadavres19 . Leur épuisement fut tel qu'ils voyaient entre eux et le ciel comme une sorte de fumée, parce qu'ils tombaient d'inanition.
-Seigneur, dirent les fidèles, détourne de nous le châtiment, car nous sommes des croyants.
- Mais, répliqua-t-on, si nous détournons d'eux le châtiment, ils recommenceront.
Le prophète invoqua le seigneur qui détourna le châtiment ; puis, ils recommencèrent, Allah se vengea d’eux à la journée de Badr. (...)

(Mahomet, Coran 44/8-11, 44/14-15).
Loin de croire, les incrédules, dans le doute, se jouent.
Guette donc le jour où le ciel apportera une fumée20 visible qui couvrira les hommes!
Voici un tourment cruel!
Seigneur! crieront-ils, écarte de nous ce tourment: nous sommes croyants.
(...)
Nous alons écarter ce tourment de vous, quelque temps. Mais vous allez retourner à votre impiété.
Le jour où nous montrerons la très grande violence21, nous tirerons vengeance.


§ 467 - Considérations stratégiques et économiques.

Les Mecquois, et les Quraysh parmi eux sont des marchands. Pour les affaiblir, pour les punir, pour les humilier, il faut attaquer leur commerce par un blocus systématique. Tous le savent, Muhammad et ses ennemis, et la confrontation commence par les attaques de caravanes. L’objectif est atteint: les uns perdent confiance et revenus, les autres acquièrent ambition et butins22 .


Vision stratégique.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 125).
Muhammad, l’année même de la fuite, expédia de Médine des détachements pour couper le chemin aux caravanes, qu’il fit enlever et dont il distribua les marchandises aux musulmans. Ces troupes avancèrent jusqu’à la Mecque. Personne n’osait plus sortir de cette ville, et aucune caravane ne se hasardait sur les chemins.

Réflexion économique
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1374).23

... les Quraysh disaient:
-Muhammad crée des dommages pour notre commerce, et il est assis en plein sur notre route.
Abu Sufyan et Safwan ibn Ummayah24 dirent ensuite:
- Si nous restons bloqués à la Mecque, nous allons ruiner notre capital.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 229).

Les Quraysh se trouvaient, à la Mecque, dans la situation de ne pouvoir vivre sans le commerce ; car, comme ils ne semaient pas la terre, ni ne récoltaient, lorsqu'une année ils cessaient de faire du commerce, ils étaient dans la détresse. Cette situation est encore la même aujourd'hui. Les habitants de la Mecque vivent du commerce avec la Syrie, les côtes et d'autres contrées. Après l'affaire de Badr, les Quraysh cessèrent d'aller en Syrie.

L’enrichissement des compagnons de Muhammad.
(Masudi, Les Prairies d’Or IV).25
Au jour où fut tué Uthman (...)26 , il possédait entre les mains de son trésorier, 100 000 dinars et un million de dirhams27 . La valeur de ses domaines dans le Wadil Qura, Honayn et ailleurs était de 100 000 dinars, et il laissa aussi beaucoup de chevaux et de chameaux. À l'époque de Uthman, nombre de compagnons du prophète acquirent des maisons et des domaines. Al Zubayr ibn al Awwam construisit sa maison à Basra, où elle est aujourd'hui bien connue, l'année 332 de l'Hégire28 et fournit des logements aux marchands, commerçants maritimes et autres. Il construisit également des maisons à Kufa, Fustat29 et Alexandrie. Aujourd'hui encore, ces maisons et ces domaines sont bien connus. La valeur des biens d'al Zubayr à sa mort était de 50 000 dinars. Il laissa aussi un millier de chevaux, un millier d'esclaves, males et femelles, et des terres dans les cités que nous avons mentionnées. De la même façon, Talha ibn Ubaydallah al Taymi construisit une maison dans le quartier Kunasa à Kufa, fort connue de nos jours sous le nom de “maison Talhis”. Le revenu qu'il tirait de ses domaines d'Irak s'élevait à 1000 dinars par jour, et certains disent plus ; de ses domaines de la région d'al Sharah, il recevait plus encore. Lui-même construisit une maison à Médine, faite de plâtre, de briques et de bois de teck. De la même façon, Abd al Rahman ibn Awf al Zuhfi construisit une maison et la fit grande. Dans ses étables étaient attachés 100 chevaux et il possédait 1000 chameaux et 10 000 moutons. À sa mort, un quart de ses biens valait 84 000 dinars. Sayd ibn Abu Waqqas construisit sa maison à al Aqiq. Il la fit haute et vaste, et mit des balcons autour de la partie supérieure. Sayd ibn al Musayyab dit que lorsque Zayd ibn Thabit30 mourut, il laissa des lingots d'or et d'argent qui furent cassés à la hache, outre des biens et des domaines pour la valeur de 100 000 dinars. Al Miqdad construisit sa maison au lieu-dit al Jurf, à quelques kilomètres de Médine. Il mit des balcons autour de la partie supérieure, et mit du platre à l'intérieur et à l'extérieur. Quand Yala ibn Munya mourut, il laissa un demi-million de dinars, et aussi des créances sur des personnes, des terres et d'autres biens pour la valeur de 300 000 dinars.




Chapitre 89

Le blocus des caravanes
mecquoises


Médine se trouve sur la route commerciale entre la Mecque et la Syrie31. L’interception des caravanes mecquoises n’en est que facilitée. Le pillage est une opération qui permet à la nouvelle communauté de survivre, et de s’agrandir par l’attrait du gain. Mais il existe une vision plus stratégique, déjà vue à l’époque: l’asphyxie du commerce mecquois32 .
Les raids de pillages ne sont pas une invention mohammédienne. Mais la nouveauté réside dans l’usage exclusif de ce moyen d’enrichissement: c’est une exemplaire économie de prédation qui s’affiche sans complexe, et c’est une forme de terrorisme commercial “par dessus le marché”, dirons-nous. Les sources originales l’affichent sans gêne et s’en délectent même: les données sont d’une précision telle qu’on en vient même à suspecter leur honnêteté!
Nombre de ces attaques sont des échecs, surtout au début, où l’on s’afflige la tristesse du pilleur bredouille. La chasse aux caravanes est très aléatoire dans les vastes étendues désertiques. Mais une bonne surprise est vite considérée comme un "don d’Allah"33 .
Il faudra tenter de cataloguer l’essentiel des opérations effectuées: ce travail a été rarement fait de façon systématique. Les sources peuvent varier sur des détails le récit des événements.34 .


§ 468-Raid de Hamza à al Is.
Comme on pouvait s'y attendre, le premier raid est un coup de sabre dans l'eau, ou dans le sable. Hamza, le seul "nouveau musulman" connaisseur de l'art militaire, est toujours attaché aux règles traditionnelles et aux valeurs qui structure le monde des Arabes : c'est un raid de l'ancien temps, qui s'achève par un abandon tranquille, loin des attaques rageuses de la suite.
En fait, l'islam de Muhammad, et son autorité politique sont encore embryonnaires et n'atteignent pas encore les mentalités de ses compagnons.
35

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 126).

Le prophète, dans l'année même de l'hégire, sept mois après cet événement, au mois de ramadan36, fit partir Hamza avec trente cavaliers des muhajirun. Ce fut la première armée musulmane qui partit pour la guerre. Le prophète, de sa propre main, attacha l'étendard blanc, appelé liwa, et donna à Hamza37 les instructions suivantes :
-Dirige-toi vers le bord de la mer ; car une caravane quraysh, venant de la Syrie et rapportant une grande quantité de marchandises, y passera ; peut-être pourras-tu t'en emparer.
Hamza se rendit à cet endroit ; mais la caravane, qui était conduite par Abu Jahl avec trois cents cavaliers, était déjà passée et était entrée dans un grand village, qui se trouvait de ce côté. Le chef de ce village, qui renfermait un grand nombre d'habitants, s'appelait Muhammad38 ibn Amir, des Banu Juhayn ; il était lié d'amitié avec Abu Jahl et avec Hamza. Il vint trouver ce dernier et lui parla ainsi :
-Abu Jahl est dans ce village avec trois cents cavaliers ; les habitants sont disposés à le soutenir ; il faut que, par égard pour moi, tu t'en retournes.
Hamza savait qu'il disait la vérité, et il s'en retourna. Abu Jahl conduisit la caravane à la Mecque. Le porte-drapeau de Hamza, nommé Abul Walid, dit:
-Je ne veux pas rapporter le premier drapeau des musulmans sans avoir fait du butin.
Hamza répliqua :
- Fais-le, car la paix est préférable ici à la guerre ; dans les circonstances actuelles, la retraite sans perte est une grande victoire. Après cela, il se retira.39

(Waqidi, Livre des expéditions 1).40
Le messager d’Allah confia la bannière blanche à Hamza ibn Abd al Muttalib avec le commandement de trente hommes des muhajirun. Leur but était d’intercepter les caravanes des Quraysh. Hamzah rencontra Abu Jahl à la tête de trois cent hommes. Majdi ibn Amir al Juhani s’interposa entre eux et ils se quittèrent sans combat. La bannière d’Hamza était portée par Abu Marthad.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 419).41
Alors qu’il était resté là, il envoya Hamza vers le rivage dans es environs d’Al Is avec trente cavaliers parmi les muhajirun ; aucun ansar n’y prit part42 . Il rencontra Abu Jahl avec trente cavaliers de la Mecque sur la rive, et Majdi ibn Amir al Juhani s’interposa entre eux, parce qu’il était en paix avec les deux partis. Alors les gens se séparèrent sans combat. Des gens disent que le drapeau d’Hamza fut le premier que l’envoyé donna à un musulman, mais il l’envoya en même temps qu’Ubayda, et les gens se trompent à ce sujet.

(ibn Sad, Tabaqat 8/23).43
Abul As ibn ar Rabi est allé en Syrie dans la caravane des Quraysh. Le messager d’Allah sut ensuite que la caravane était de retour de Syrie, et il envoya Zayd ibn Haritha44 avec cent soixante-dix cavaliers. Ils l’ont interceptée dans les environs d’al Is au mois de jumada al ula. Ils s’en sont emparés avec toutes ses marchandises et ont capturé les gens qui étaient dedans, y compris Abul As ibn ar Rabi45.


§ 469-Raid de Rabigh.
C'est un autre combat avorté, de justesse: le moment est considéré comme symbolique par la Tradition islamique puisque les musulmans y tirent leur première flèche sur un ennemi, la première d'une multitude.46

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 126-7).
Ensuite, au mois de shawwal47, le prophète fut averti que les infidèles étaient sur le point d'envoyer un détachement pour marcher contre Médine. En conséquence, il mit Obayda, ibn Harith ibn Muttalib, à la tête de soixante hommes des muhajirun, tous cavaliers, parmi lesquels il ne se trouvait pas un seul des ansar. Le jour où Abu Jahl était rentré à la Mecque, il avait averti les habitants que Muhammad avait commencé les hostilités. Le lendemain, pour prévenir Muhammad, ils firent partir une troupe de deux cents hommes sous les ordres d’Ikrima ibn Abu Jahl48 , pour tenter un coup de main contre Médine. C'est contre cette troupe que le prophète envoyay Obayda avec soixante hommes, en lui remettant l'étendard blanc, qui fut porté par Mistah ibn Othatha, cousin d'Abu Bakr. Les deux détachements se rencontrèrent près d'un puits nommé Alhya, qui contenait une eau excellente et qui était situé entre la Mecque et Médine. Il y avait dans la troupe des infidèles deux musulmans, l'un nommé Miqdad ibn Amir, l'autre Oqba ibn Ghazawan, qui étaient restés à la Mecque, n'ayant pas osé émigrer, par crainte des infidèles. Lorsque la troupe d’Ikrima partit, ils s'étaient joints à elle, disant:
-Nous sommes avec vous, nous vous aiderons49.
Mais leur intention était de s'enfuir et de gagner Médine. En apercevant la troupe de Médine, Ikrima disposa ses hommes pour le combat. Obayda et les musulmans se rangèrent également en ordre de bataille. A ce moment, les deux hommes passèrent du côté des musulmans. Sad ibn Abu Waqqas, connu parmi les Arabes pour son habileté ; dans l'art de tirer de l'arc50 , commença par lancer un trait sur les ennemis. Ce fut le premier trait qui eut été lancé par un musulman. Quoique aucun des ennemis n'eut été atteint, ceux-ci, gagnés par la peur, s'enfuirent. Obayda, sachant qu'ils étaient nombreux, ne les poursuivit pas, mais retourna à Médine.

(ibn Sad, Tabaqat II 3).51
Le prophète prépara une bannière blanche pour lui. Il fut porté par Mistah ibn Uthaha. L’apôtre d'Allah l’envoya avec 60 muhajirun, et il n’y avait pas d’ansar avec lui. Il rencontra Abu Sufyan, qui était à la source du nom de Ahya, avec 200 hommes, près de Batn Rabigh (...). Ils avaient dévié de l’itinéraire pour faire paître leurs chameaux. Des flèches furent lancées, mais on ne tira pas les sabres et on n’engagea pas le combat.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 416).
Pendant ce séjour à Médine, l’envoyé envoya Ubayda ibn al Harith (...) avec 60 ou 80 cavaliers parmi les muhajirun, et pas un des auxiliaires n’en faisait partie. Il alla aussi loin dans le Hedjaz que sous Thaniyat ul Murra, où il rencontra une grosse troupe des Quraysh. Il n’y eut pas de combat, sauf que Sad ibn Abu Waqqas tira une flèche ce jour. Ce fut la première flèche tirée dans l’islam52. Puis les deux troupes se séparèrent et les musulmans y laissèrent une arrière-garde.

(Bukhari, Sahih 57/ 74).53
J’ai entendu Sad dire: j’ai été le premier parmi les Arabes à tirer une flèche pour la cause d’Allah. Nous combattions avec le prophète, alors que nous n’avions rien à manger à part des feuilles d’arbres, si bien que nos excréments ressemblaient à ceux d’un chameau ou d’un mouton, contenant rien à mélanger avec.
Maintenant, la tribu des Banu Asad me critique parce que je ne comprendrai rien à l’islam. Je serai un perdant, si les actions avaient été vaines.
Ces gens critiquaient Sad auprès d’Omar54 , estimant qu’il ne faisait pas ses prières correctement.

(Bukhari, Sahih 81/17,2).
Qays rapporte qu’il a entendu Sad dire:
-Je suis le premier Arabe qui ait lancé une flèche dans la voie d’Allah ; je nous vois encore faisant des expéditions et n’ayant rien autre chose à manger que des feuilles de hobla55 et de samor56. Nos défécations ressemblaient à celles des moutons, elles n’étaient pas agglomérées. Enfin, un beau matin, les Banu Sad m’ont enseigné les règles de l’islam ; j’ai été fort déçu alors, car j’avais perdu tous mes efforts antérieurs.

(Bukhari, Sahih 62/15,4).
Qays a dit: J'ai entendu Sad dire :
-Je suis le premier des Arabes qui lancèrent une flèche dans la voie d’Allah. Nous étions alors en expédition avec le prophète. Nous n'avions pour nous nourrir que des feuilles d'arbre ; aussi nos défécations étaient pareilles à celles des chameaux et des moutons, formant des crottes isolées. Les Banu Asad se mirent un matin à m'infliger des corrections à cause de la prière que je ne réussissais pas, ce qui me faisait perdre le bénéfice de ma conversion. Ils m’avaient même dénoncé à Omar en lui disant: "Il ne sait pas bien faire la prière".

(ibn Rusteh, Les Atours précieux 195).
Le premier qui lança des flèches dans la guerre sainte fut Sad ibn Abu Waqqas.
Aussi disait-il:
-Envoyé d'Allah, aucun archer avant moi n’a lancé de flèches contre l’ennemi!
57


(Waqidi, Livre des expéditions 2).
Le messager d’Allah a confié une bannière blanche à Ubaydah (...) et lui ordonna de marcher sur Batn Rabigh. Sa bannière était portée par Mistah ibn Uthathah. Il atteignit le col de al Marah, qui est près de al Juhfah, à la tête de soixante muhajirun sans aucun ansar parmi eux. Ils rencontrèrent les polythéistes à un point d’eau appelé Ahya ; ils se lancèrent quelques flèches mais il n’y eut pas de corps à corps.
Il y a des différences d’opinions concernant le commandant de la troupe de la Mecque ; certains disent que c’est Abu Sufyan (...) d’autres que c’est Mikraz ibn Hafs.
Je considère comme juste le récit disant que c’est Abu Sufyan ; il était à la tête de deux cent hommes.


§ 470-Raid de al Ushayra.
Al Ushayra est encore une tentative ratée, de façon quasi-comique, puisque la caravane convoitée est passée hors de portée. Les musulmans voient qu'on ne s'improvise pas pilleurs de caravanes en quelques mois. C'est aussi un moment où Ali, semble t-il, et de manière totalement anecdotique, se distingue auprès de son chef.58


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 129-130).

Le mois suivant, jumada premier, le prophète partit de nouveau, après avoir établi comme son lieutenant à Médine Abu Salama ibn Abdul Asad. L'étendard était porté par Hamza. Près de Médine, à un endroit nommé Dhat ul Ushayra, le prophète fut informé du passage d'une caravane. Les guerriers59 musulmans se dirigèrent du côté droit, vers le désert, et arrivèrent à une autre station, où passaient également les caravanes. Mais ils ne l'y rencontrèrent pas. Alors ils vinrent à une station où il y a un grand arbre, qu'on appelle Dhat ul Saq60. On fit halte à l'ombre de cet arbre, et l'on chercha la caravane, sans la rencontrer. Puis le prophète fit la prière sous cet arbre ; on fit rôtir un agneau, et l'on passa la nuit en cet endroit. Ensuite on y construisit une mosquée, qui existe encore aujourd'hui ; on la visite, ainsi que la place où fut rôti l'agneau. Le lendemain, en marchant à la recherche de la caravane, ils arrivèrent à une station, ensuite à un endroit nommé Sora, puis à une station nommée Sukhayrat al Thomam, ensuite à un endroit nommé Mushtarib. Ils y puisèrent de l'eau et revinrent à Sokhayrat. Ils avaient ainsi exploré toutes les stations et tous les puits où la caravane eut pu passer, sans en trouver aucune trace. Alors ils retournèrent à Dhat ul Ushayra, où demeuraient des Arabes de la tribu de Mutlej. Muhammad conclut un traité de paix avec eux, et revint à Médine au mois de jumada II.

(Waqidi, Livre des expéditions 7).
Cette année, le messager d’Allah est parti à la tête des muhajirun pour intercepter une caravane des Quraysh qui revenait de Syrie. C’est l’expédition de al Ushayrah, qui est allé jusqu’à Yanbu. Il laissa Abu Salamah (...) diriger à Médine. Sa bannière était portée par Hamza (...).

(ibn Sad, Tabaqat II 6-7).
Il partit avec 150 ou 200, dit-on, muhajirun qui s’étaient portés volontaires, car il ne forçait personne à partir avec lui. Ils avaient 30 chameaux avec eux, qu’ils montaient à tour de rôle. Il projetait d’intercepter la caravane des Quraysh, celle qui allait en Syrie61. Les nouvelles de son départ de la Mecque, avec toute la richesse des Quraysh étaient arrivées jusqu’à lui. Il arriva à Dhu al Ushayra (...) et vit que la caravane qu’il avait projeté de capturer était passée quelques jours plus tôt.

Le surnom d’Ali.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VIII 1272). 62
Moi-même et Ali nous étions les compagnons de l’envoyé d’Allah à l’expédition d’al Ushayrah. Nous avons fait une halte à un moment, et nous avons vu des hommes de la tribu des Banu Mutlij en train de travailler dans leurs palmeraies. J’ai alors dit:
-Pourquoi ne pas aller voir comment ils travaillent?
Nous sommes allés observer cela un moment ; ensuite, nous nous sommes sentis fatigués et nous sommes allés dormir sur le sol rempli de poussière d’une palmeraie, sous les arbres. Le messager d’Allah lui-même nous a réveillés, alors que nous étions couverts de poussière. Il le secouait par le pied en criant:
- Debout! “Plein de Poussière”63 ! Dois-je vous dire qui sont les plus détestables des hommes?
Ahmar des Thamud, qui a égorgé la chamelle, et aussi la personne qui te frappera là (il indiquait un côté de la tête) et qui tâchera cela (il lui tenait la barbe)64.

Le destin du surnom.
(Georges de Reshayna, Vie syriaque de Maximos 23, 312-3).65

... Il descendit vers Constantinople au moment où Muawiya a fait la paix avec l'empereur Constans, ayant commencé une guerre contre Abu Turab, l'émir d'Hira, à Siffin, et l'ayant battu.

§ 471- Raid de Badr al Ula.
L'épisode est exceptionnel puisque l'initiative ne vient pas, pour une fois, du chef Muhammad. Des Mecquois tentent à leur tour un raid pour provoquer les Médinois, sans doute selon un processus séculaire d'agression entre les deux villes. Le chef des musulmans décide de répliquer, même si la réaction n'aboutit à rien. 66
Zayd reste à Médine comme "calife", c'est-à-dire "remplaçant": c'est l'amorce d'un Etat.


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 130).

Plusieurs jours après, un homme de la Mecque, nommé Kurz ibn Jabir al Fihri, avec une troupe de Quraysh, vint faire une incursion sur le territoire de Médine, enlever les troupeaux des habitants, qui se trouvaient éloignés de la ville à trois journées de marche, et les emmener, par des chemins détournés, à la Mecque. Le prophète, averti trois jours après, se mit aussitôt, avec plusieurs muhajirun, à sa poursuite. Il arriva jusqu'à Badr, mais il ne put l'atteindre. Le prophète resta trois jours à Badr, puis il rentra à Médine. Ce fut Ali qui porta le drapeau du prophète dans cette expédition. Zayd ibn Haritha, avait été laissé comme lieutenant à Médine67 .
Badr est un endroit, au milieu du désert, où il y a un granb nombre de puits, qui ont été creusés anciennement par un Arabe nommé Badr.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 423).
L’apôtre resta quelques nuits, moins que dix, à Médine, quand il rentra du raid d’al Ushayra, et alors Kurz ibn Jabir al Fihri alla rafler les chameaux de Médine. L’apôtre parta à sa poursuite jusqu’à la vallée dite de Safawan, dans les environs de Badr. Kurz s’échappa et il ne put le soumettre. Ce fut la première expédition de Badr. Alors l’apôtre rentra à Médine et resta le reste de jumada al akhira, rajab et shaban.

Raid de Kurz ibn Jabir al Fihri.
(ibn Sad, Tabaqat II 6).
Il laissa derrière lui Zayd ibn Haritha comme régent à Médine. Kurz ibn Jabir pilla les pâturages de Médine et emporta des animaux. Il avait coutume de laisser paître ses bêtes à al Jamma. (...)
L’apôtre d'Allah partit à la recherche de Kurz jusqu’à une vallée appelée Safawan... L’apôtre d'Allah ne le trouva pas et rentra à Médine.

(Waqidi, Livre des expéditions 6).
... Il partit en expédition à la tête des muhajirun à la poursuite de Kurz ibn Jabir al Fihri. Cet homme avait attaqué les troupeaux de Médine qui étaient en train de paître à al Jamma et en avait enlevé quelques-uns ; le messager d’Allah le poursuivit jusqu’à Badr mais ne put l’attraper.


§ 472-Raid de Buwat.
A Buwat68 , Muhammad rate encore une interception, d'une grande caravane, celle qui annuellement rassemble tout le commerce entre la Syrie et la Mecque et rassemble 1500 ou 2500 chameaux.69

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 128).
De retour à Médine, au mois de rabi'a premier, le prophète fut informé qu'une caravane Quraysh de quinze cents chameaux, conduite par Omayya ibn Khalaf, des Banu Jumdh, et cinq cents hommes, reviendrait de Syrie. Le prophète partit au mois de rabia II avec deux cents hommes des muhajirun et des ansar, après avoir laissé comme son lieutenant à Médine Sad ibn Moath70. Dans cette expédition, l'étendard fut porté par Sad ibn Abu Waqqas. Ayant quitté le territoire de Yathrib, il arriva près d'une montagne nommée Radwa, sur le territoire du Tihama. Il fit halte à un endroit nommé Buwat. La caravane, avertie, s'était échappée, et Muhammad retourna à Médine.

Raid de Buwat.

(ibn Sad, Tabaqat II 5).
Le porte-étendard était Sad ibn Abu Waqqas, et le drapeau était blanc. Il a laissé à Médine Sad ibn Ubada comme régent, et partit avec 200 de ses compagnons pour intercepter la caravane des Quraysh. Umayya al Jumabi commandait un groupe de 100 hommes des Quraysh, et 2500 chameaux. (Le prophète) atteignit Buwat, qui est une des montagnes de Juhayna (...). L’apôtre d'Allah n’eut pas à combattre et rentra à Médine.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 421).
Alors l’envoyé d’Allah partit en expédition de pillage le mois de rabi ul awwal dirigée contre les Quraysh, et il put atteindre Buwat dans les environs de Radwa. Il retourna à Médine sans combattre et resta là le reste de rabi ul akhira et une partie de jumada al ula.

(Waqidi, Livre des expéditions 5)

Le messager d’Allah partie en expédition à la tête de deux cent de ses compagnons le mois de Rabi I et il atteignit Buwat. Son intention était d’intercepter la caravane des Quraysh contduite par Ummayyah ibn Khalaf, avec cent Quraysh et 2500 chameaux. Mais finalement il revint à Médine sans combat. Sa bannière était portée par Sad ibn Abu Waqqas, et il a laissé Sad ibn Moadh à Médine comme gouverneur pendant l’expédition.

L’alliance de Buwat avec Muhammad: un texte.71
(ibn Sad?).72

Aux Banu Zurah et aux Banu Rabah, lesquels procèdent de la tribu de Juhayna: ils auront la sauvegarde de leurs personnes et de leurs biens, et devront être secourus contre quiconque les opprimera ou les combattra, sauf toutefois pour des questions de religion73, et pour les membres74 . Et aux membres nomades d’entre eux qui auront tenu leurs engagements et se seront gardés de toute violation, il sera reconnu les mêmes droits qu’aux membres sédentaires. Et Allah est le secoureur.

Raid d’al Abwa.
(ibn Sad, Tabaqat II 4-5).
Le porte-étendard était Hamza, et le drapeau était blanc. Il nomma Sad ibn Ubasa pour administrer Médine ; il partit avec les muhajirun, sans ansar parmi eux, pour intercepter la caravane des Quraysh. Mais il n’y eu pas de rencontre. On l’appelle aussi le raid de Waddan: il porte en fait le nom des deux endroits. Il arriva à un endroit qui est entre les deux (...). Ce fut le premier raid qu’il conduisit en personne.


§ 473-Raid de al Kharrar.
Une fois de plus, c'est l'échec d'une interception de caravane ; peu à peu, le moral des premiers musulmans s'affaisse: les richesses promises ne sont pas au rendez-vous. Il faudra alors passer à des mesures plus énergiques75

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 127).

Lorsque Obayda revint, au mois de dhul qada, le prophète fit partir Sad ibn Abu Waqqas, en lui remettant l'étendard blanc, à la tête de vingt piétons des muhajirun. L'étendard fut porté par Miqdad, fils d’Amir. Le prophète dit à Sad :
-Dirige-toi vers un endroit nommé Kharrar, où doit passer une caravane quraysh ; peut-être pourras-tu l'enlever. Si vous ne la rencontrez pas et que vous ne puissiez pas l'enlever, n'allez pas plus loin, mais revenez.
Quand Sad y arriva, la caravane était déjà passée depuis deux jours. Il ne poursuivit pas sa course, conformément aux ordres du prophète, et s'en retourna.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 422).
Pendant ce temps, l’envoyé avait envoyé Sad ibn Abu Waqqas avec huit hommes des muhajirun. Il alla jusqu’à al Kharrar dans le Hedjaz. Il rentra sans avoir combattu.

(ibn Sad, Tabaqat II 4).
Une bannière blanche fut préparée pour lui. Al Miqdad l’arbora. (Le prophète) l’envoya avec 20 muhajirun pour intercepter la caravane des Quraysh, qui devait passer par cette route. Il leur donna instruction de ne pas dépasser al Kharrar. (...)
Sad a dit:
-Nous ne reposions le jour, et nous marchions de nuit, et nous avons avancé jusqu’au cinquième matin, pour voir que la caravane était déjà passée, la veille au soir. Nous sommes rentrés à Médine.


§ 474- L’affaire de Nakhla.

Le raid76 de Nakhla77 est une très petite opération militaire, une opération de commando 78 . Mais dès le départ, le détail de l’expédition montre qu’il s’agit un type d’affaire bien différent des autres attaques: le nombre, les hésitations, les précautions, le secret, le contexte de trêve79 . Pour résumer, le groupe envoyé par Muhammad, dans un moment critique de la communauté, commet un crime et un sacrilège. Après un moment de flottement et d’angoisse, une révélation très appropriée vient dédouaner les coupables80. L’affaire aurait pu dégénérer en guerre sacrée, ce qui explique l’anxiété de Muhammad, encore trop faible à Médine pour y résister. Finalement, l’épreuve a valeur de test: les Mecquois ne rispostent pas véritablement.

Les répercussions de l’épisode sont considérables et le basculement se mesure encore de nos jours: à partir de Nakhla, les musulmans ne respectent plus aucune règle, aucun interdit moral ou rituel, aucun compromis avec l’infidèle mecquois. Seuls comptent l’intérêt du groupe de Médine ou si l’on veut, la parole divine et l’inspiration du chef. Cette rupture n’est pas remarquée par les Mecquois, jusqu’à la chute de leur cité sept années plus tard
81.


1-Les instructions de Muhammad.
Dès le départ, l'affaire est très étrange, avec cette méthode inédite de lettre scellée comportant les instructions. On peut imaginer que la Tradition islamique, par ce biais, tente d'éloigner physiquement la personne immaculée du prophète des méfaits et des sacrilèges qui suivent, comme s'il existait une sorte de trouble face à ce qui va suivre.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 130).

Le premier jour du mois de rejeb, le prophète appela Abdallah ibn Jahsh, et lui donna le commandement de douze hommes des muhajir, tels que Sad ibn Abu Waqqas ; Oqba ibn Shazawan ; Abu Hodhayfa ibn Oqba, ibn Rabia, et Waqid ibn Aldallah, de la tribu de Yarbu. Quelques-uns prétendent qu'ils n'étaient qu'au nombre de sept82. Le prophète, craignant que, s'il disait à Abdallah où il devait aller et ce qu'il devait faire, celui-ci, ainsi que ses compagnons, eussent peur et refusassent de marcher83, lui remit un écrit cacheté, en lui disant:
-Marche dans la direction de la Mecque ; n'ouvre cette lettre qu'au troisième jour de route ; exécute les ordres que tu y trouveras, et rends-toi à l'endroit qui y est indiqué par moi. Ne force pas ceux de tes compagnons qui ne voudront pas te suivre.
Abdallah partit le premier jour du mois de rejeb. Après avoir marché trois jours, il ouvrit la lettre et y trouva les instructions suivantes :
-Avance-toi jusqu'aux portes de la Mecque, jusqu'à Batn Nakhla, reste là en secret et cherche à épier les habitants de la Mecque ; sache ce qu'ils font, ce qu'ils projettent et ce qu'ils ont fait des troupeaux qu'ils ont enlevés d'ici, s'ils les ont tués ou gardés. Cherche à savoir ce qu'ils disent de ce que je les ai poursuivis et manqués. Après avoir accompli ces ordres, revenez. Le prophète avait aussi enjoint à Abdallah de ne pas combattre ; car on était au mois de rejeb, où il était défendu aux Arabes de faire la guerre ; et le prophète observait cette loi84. Abdallah communiqua cette lettre à ses compagnons.

La lettre cachetée.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah).85

L’envoyé d’Allah envoya Abdallah ibn Jahsh avec un détachement... Il lui consigna par écrit des instructions en lui ordonnant de n’en prendre connaissance qu’après qu’il aurait marché deux jours ; à la suite de quoi ibn Jahsh devait exécuter les instructions du prophète sans y contraindre qui que ce fut de ses compagnons. Or tel était le texte de ces instructions:
Sitôt que tu auras pris connaissance de cet écrit, tu iras jusqu’à Nakhla, entre la Mecque et Ta’if, et tu y camperas. Là, tu surveilleras les Quraysh et nous donneras de leurs nouvelles.

2-L’attaque de la caravane.
L'affrontement est très limité par les effectifs: on voit des individus qui s'interrogent en conscience, qui hésitent entre eux, qui décident avec embarras: le sacrilège de Nakhla est né par inadvertance , à partir d'initiatives personnelles, ses péripéties sont laides, le résultat est peu glorieux et les conséquences diplomatiques sont vexantes. Mais une révélation bien placée peut encore changer tout cela...

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).

Or une caravane mecquoise, venant du Ta’if, chargée de fruits, de raisins et d'autres marchandises, vint à passer près de l'endroit où était campé Abdallah, et y fit halte. Elle était escortée de quatre hommes, personnages considérables d'entre les Quraysh. L'un d'eux était Amir ibn Al Hadhrami ; les autres étaient: Othman ibn Aldallah ibn Mughira, et son frère Nawfal, les Makhzum ; enfin Al Hakm ibn Kaysan, affranchi de Muslim86 ibn Mughira. En apercevant Abdallah ibn Jahsh, et ses compagnons, ils eurent des appréhensions ; ils dirent entre eux:
-Muhammad a envoyé quelques hommes pour surprendre et enlever la caravane. Ils se disposèrent à faire halte à cette station et à envoyer à la Mecque pour chercher du secours. Tout d'un coup, Okasha, la tête rasée87, parut sur une élévation de sable. En le voyant, ils dirent :
- Nous sommes au mois de rejeb, le mois sacré ; ces hommes sont sans doute des Arabes venus pour visiter les lieux saints.
Al Hakim ibn Kaysan, dit:
-Quand même ce seraient des gens de Muhammad, celui-ci respectera assez le mois de rejeb pour ne pas ordonner de faire la guerre pendant ce mois, et de commettre des actes de brigandage. En conséquence, ils firent halte au même endroit. Le jour que précédait cette nuit était le dernier du mois de rejeb. Pendant la nuit, Abdallah ibn Jahsh, délibéra sur ce qu'il devait faire:
-Il y a là, dit-il, de nombreuses marchandises: si j'attaque demain, et que je les enlève, j'aurai combattu au mois de rejeb et violé la sainteté de ce mois ; si j'attends, ils gagneront la Mecque, et le butin nous aura échappé.
Abdallah et ses compagnons résolurent d'attaquer et d'enlever la caravane, disant:
-Ce sont des infidèles, envers lesquels il n'y a pas lieu d'observer une interdiction sacrée88 .
Le matin, lorsque la caravane se mit en marche, ils s'approchèrent avec leurs armes, et Abdallah ibn Jahsh, et Waqid ibn Abdallah, qui étaient d'habiles archers, tirèrent sur Amir ibn Al Hadhrami, le chef de la caravane, et le tuèrent. Amir était un personnage considérable parmi les Quraysh ; il était allié des Banu Amir al Hadhrami, qui étaient commerçants et jouissaient d'une grande considération à la Mecque. En voyant tomber Amir, Othman ibn Abdallah, s'enfuit et se sauva à la Mecque ; les autres, Nawfal ibn Abdallah, et al Hakim ibn Kaysan, se rendirent. Abdallah ibn Jahsh, leur fit lier les mains, enleva la caravane et s'enfonça dans le désert, en se dirigeant vers Médine.

(Tabari, Tafsir 2/217-8).89

Suddiyy a dit : L'envoyé d'Allah envoya en expédition un détachement de sept hommes ( ... ) avec à leur tête Abdallah ibn Jahsh auquel il remit un ordre écrit qu'il ne devait lire que plus tard, une fois arrivé dans la vallée de Malal.
Arrivé là, Jahsh ouvrit le pli et lut: Va jusqu'à ce que tu arrives dans la vallée de Nakhla.
Il dit alors à ses compagnons: Celui qui veut mourir qu'il exécute l'ordre de l'envoyé et fasse son testament ; moi je fais le mien et j'exécute l'ordre.
Puis il continua sa route avec ses compagnons à l'exception de Sad ibn Abi Waqqas et de Uqba ibn Ghazwan qui ne le suivirent pas car ils avaient égaré une monture ( ... ).
ibn Jahsh arriva dans la vallée de Nakhla et y rencontra une caravane mecquoise dans laquelle se trouvaient: Al Hakam ibn Kisan, Abd Allah ibn Mughira et Amir ibn al Hadrami. Ils se battirent, Al Hakam et Abd Allah furent faits prisonniers et Amir fut tué. Le butin pris à cette occasion fut la première prise effectuée par les compagnons de Muhammad.
Lorsqu'ils revinrent à Médine avec leurs deux prisonniers et les biens saisis comme butin, les Mekkois voulurent les racheter mais le prophète leur répondit :
-Nous attendrons de savoir ce que font nos deux compagnons.
Lorsque Sad et son compagnon revinrent, le prophète accepta le rachat des deux prisonniers mais les associateurs se mirent à tenir des propos malveillants à son sujet:
-Muhammad, disaient-ils, prétend se conformer à l'obéissance à l'égard d'Allah et c'est le premier à profaner le mois sacré et à tuer l'un des nôtres en rajab.
Les musulmans répondirent:
-En fait, c'est en jumada que nous l'avons tué90 .
Certains dirent que c'était la première nuit de rajab et d'autres que c'était la dernière nuit de jumada, or les musulmans remettaient leur épée au fourreau dès qu'on entrait en rajab.


3-La réaction des Quraysh et des musulmans.
Elle est celle de l'étonnement et de l'effroi du côté des Mecquois : les Médinois ont commis le pire des crimes et l'on attend qu'ils soient punis pour ce crime, et rejetés de l'Humanité commune.
Du côté de Muhammad, ce n'est pas l'enthousiasme, contrairement aux attentes: piller, verser le sang, ce ne sont pas des actions interdites, mais le sacrilège, lui-même, comporte de graves risques, au niveau surnaturel et humain. Muhammad n'est pas encore assez sûr de lui pour s'exhonérer totalement du système traditionnel, d'où sa colère contre ses propres affidés.



(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).

A cette nouvelle, les Mecquois allèrent à leur poursuite ; mais ils revinrent sans avoir pu les atteindre. Ils furent très étonnés de ce fait et dirent:
-Muhammad a violé la sainteté du mois de rajab, en envoyant une expédition guerrière pour verser du sang et faire du butin et des prisonniers ; il ne prospérera jamais, et sa religion n'aura jamais de succès.
Abdallah ibn Jahsh, arriva à Médine au mois de shaban, avec son butin et ses prisonniers, et se présenta devant le prophète. Celui-ci fut très courroucé et lui dit :
-Pourquoi as-tu agi ainsi? je ne t'avais pas ordonné de commettre des actes d'hostilité au mois sacré.
Les compagnons du prophète blâmèrent tous Abdallah ibn Jahsh, et lui dirent:
-Les infidèles et les idolâtres eux-mêmes s'abstiennent de faire ce que tu as fait au mois de rejeb91 .
Le prophète retint les prisonniers et confisqua le butin, sans y toucher, en attendant les ordres d'Allah. Puis le prophète demanda des nouvelles de Sad ibn Abu Waqqas, et d’Oqba ibn Ghazawan92 . On lui répondit que, à une certaine station, nommée Madan, ayant perdu leur chameau, ils étaient allés à sa recherche, et que depuis lors on n'avait pas eu de leurs nouvelles. Le prophète fut inquiet de leur sort ; il craignait qu'ils ne fussent tombés entre les mains des ennemis. Ensuite il fut informé que les Quraysh le blâmaient d'avoir commis des actes de violence au mois de rajab, ce qui n'était permis dans aucune religion. Les musulmans qui n'avaient pas émigré et qui étaient restés à la Mecque firent avertir le prophète, par un messager, de ces propos des Quraysh, et lui firent demander quelle réponse ils devaient leur faire.

(Waqidi, Livre des expéditions 8).
Au mois de rajab, pendant la prière de la nuit, Muhammad convoqua Abdallah pour le matin suivant, tout armé, chez lui. Quand il arriva, il trouva d’autres muhajirun sur lesquels lui fut donné le commandement. L’ordre lui avait été de rendre la route de Najd en direction de Rakijja et de voyager pendant deux nuits avant d’ouvrir un courrier qui lui avait été donné. Il s’agissait d’une feuille de cuir (...) que Ubay ibn Kab avait écrit. Il y était écrit:
-Va jusqu’ à la vallée de Nakhla au nom d’Allah et avec sa bénédiction. Ne force personne de tes compagnons pour te suivre, mais ceux qui te suivent, qu’ils t’obéissent, jusqu’à ce que tu arrives dans la vallée de Nakhla et là, monte un piège à la caravane.
Waqid ibn Abdallah marchait devant et tua Amir ibn al Hadhrami. Suivit une attaque générale des musulmans.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 424-6)
Les pilleurs tinrent conseil93 entre eux, et puisque c’était le dernier jour de rejeb, ils dirent:
-Si vous les laissez tranquille cette nuit, ils entreront dans l’aire sacrée et seront inattaquables par vous ; et si vous les tuez, vous les tuez durant le mois sacré.
Alors ils se firent hésitants et craignaient de les attaquer.
Alors ils s’encouragèrent mutuellement, et décidèrent de les tuer, aussi nombreux que possible, et de s’emparer de leurs biens. Waqid tira une flèche sur Amir ibn al Hadrami et le tua, et Othman et al Hakam se rendirent. Nawfal s’enfuit et leur échappa. Abdallah et ses compagnons s’emparèrent de la caravane et des deux prisonniers et revinrent à Médine ave eux. (...)
Quand ils arrivèrent devant l’envoyé, il dit:
-Je ne vous ai pas ordonné de combattre au moment du mois sacré.
Alors il mit le sort de la caravane et des prisonniers en suspens et refusa d’en prendre une part94 . Quand l’envoyé d’Allah dit cela, les hommes furent désespérés et pensèrent tous qu’ils étaient maudits.
(...)
C’est alors que le Coran est descendu à ce propos et Allah a soulagé les musulmans de cette angoisse à ce sujet, et l’envoyé prit la caravane et les prisonniers.
Les Quraysh envoyèrent de quoi payer la rançon d’Othman et al Hakam, et l’envoyé dit:
-Nous ne rendrons pas ces gens contre rançon tant que vous ne rendrez pas nos deux compagnons, - il voulait dire Sad et Utba- parce que nous avons des craintes à leurs sujets. Si vous les tuez, nous tuons vos amis.
Alors Sad et Utba furent rendus et l’envoyé les rendit contre rançon95 .
Al Hakam devint un bon musulman et resta auprès de l’envoyé d’Allah jusqu’à sa mort en martyr à Bir96 Mawna97 . Othman rentra à la Mecque et mourut là-bas comme un incroyant. Quand Abdullah et se compangons furent soulagés de leur angoisse, quand le Coran98 descendit, ils furent soudain concernés par la récompense et dirent:
-Pouvons-nous espérer que cela compte comme un raid, pour lequel on recevra la récompense des combattants?
Alors Allah fit descendre ceci à leur intention:
Ceux qui croient et qui ont émgré et combattu dans le chemin d’Allah, ceux-là peuvent espérer dans la grâce d’Allah, parce que Allah est miséricordieux.

Les informations de la lettre d’Urwah.99
Urwah a écrit à Abd al Malik ce qui suit:
Tu nous as écrit pour nous demander des renseignement sur Abu Sufyan et les circonstances de l’expédition. Abu Sufyan ibn Harb est venu de Syrie à la tête d’environ 70 cavaliers de tous les clans des Quraysh. Ils étaient alllés faire du commmerce en Syrie et revenaient ensemble avec leur argent et leurs marchandises. Le messager d’Allah et ses compagnons furent informés à leur sujet. Ceci est arrivé après que les combats aient éclaté entre les deux camps et que des gens aient été tués, tels que ibn al Hadrami à Nakhlah, et que des Quraysh aient été faits prisonniers, parmi lesquels un des fils d’al Mughira et leur client ibn Kaysan. Les responsables en étaient Abd Allah ibn Jahsh et Waqid, confédérés des Banu Adi ibn Kab, avec d’autres compagnons que le messager d’Allah avait envoyé avec Abdallah ibn Jahsh. Cet incident avait provoqué un état de guerre entre le messager d’Allah et les Quraysh et ce fut le début du combat dans lesquels ils s’infligèrent mutuellement des pertes ; cela arriva avant qu’Abu Sufyan et ses compagnons aillent en Syrie.


4-Le verset adéquat: petits arrangements avec Allah.
Ce qu'il faut appeler "l'accident de Nakhla" provoque une crise morale qui trouve sa solution dans une rupture supplémentaire (mais jamais totalement définitive) avec la religion traditionnelle : c'est grâce à une révélation de plus, toujours aussi opportuniste, que Muhammad réussit à surmonter la crise. Grâce à cela, il libère ses sbires et partisans de toute obligation morale envers les non-musulmans. On repère facilement dans le texte coranique les versets directement inspiré par Nakhla. On n'insistera jamais assez sur l'importance de l'épisode dans l'Histoire islamique, comme une rupture qui a la taille d'une révolution morale, ou immorale.


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 133).
Alors Allah révéla le verset suivant, par lequel il rassura le prophète:
Ils t'interrogeront au sujet du combat dans le mois sacré. Dis : C'est un péché grave de combattre pendant ce mois ; mais détourner les hommes de la voie d'Allah, ne pas croire en lui, chasser des hommes du saint temple où ils habitaient, est un péché plus grave devant Allah. L'idolâtrie est un péché plus grave que le meurtre pendant le mois de rejeb100.
Abdallah ibn Jahsh, et ses compagnons furent très heureux de cette révélation. Le prophète fit parvenir le verset aux musulmans de la Mecque, pour qu'ils pussent répondre aux infidèles quraysh.

La révélation coranique.
(Mahomet, Coran 2/212-217).

Combattre vous a été prescrit, bien que vous l'ayez en aversion.
Il est possible que vous ayez de l'aversion pour une chose qui est un bien pour vous et il est possible que vous aimiez une chose qui est un mal pour vous.
Allah sait, alors que vous ne savez pas.
Les croyants t'interrogent sur le mois sacré et le fait de combattre durant celui-ci.
Réponds-leur:
-Combattre en ce mois est péché grave.
Mais écarter du chemin d'Allah, être impie envers celui-ci et la mosquée Sacrée101, expulser de celle-ci ceux qui l'occupent est plus grave102 que cela aux yeux d’Allah: persécuter les croyants est plus grave que tuer les impies103 .
Or les polythéistes ne cesseront de vous combattre que quand ils vous auront fait abjurer votre religion, s'ils le peuvent.
Ceux qui, parmi vous, abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et dernière : ceux-là seront les hôtes du feu où ils seront immortels.

(Tabari, Tafsir 2/217-8).
En guise de blâme à l'égard des Mecquois, Allah fit descendre ce verset:
Ils t'interrogent sur le mois sacré et sur le fait de combattre pendant ce mois. Réponds-leur : Combattre durant ce mois est une chose grave,
c'est-à-dire illicite. La suite du verset signifie : mais ce que vous faites, vous associateurs, est encore plus grave que de combattre pendant un mois sacré: vous êtes en effet impies et dissimulateurs à l'égard d'Allah, vous cherchez à écarter Muhammad et ses compagnons de la Voie d'Allah après les avoir expulsés de la mosquée sacrée ; tout cela est bien plus grave et la subversion 104 c'est-à-dire le culte associateur est beaucoup plus grave auprès d'Allah que ne l'est le fait de combattre pendant un mois sacré...

(...)
... Plus loin, Urwa précise encore ceci: D'après les compagnons d'ibn Jahsh. celui-ci aurait prévu, en revenant à Médine avec les deux prisonniers et le butin, de réserver un cinquième de ce dernier pour le prophète bien qu’il ne fut pas encore obligatoire de réserver un cinquième du butin pour lui.
Or, en arrivant devant le prophète, celui-ci leur dit: Je ne vous ai pas ordonné de combattre pendant le mois sacré et il ordonna qu'on ne touchât pas au butin ni aux prisonniers et refusa de prendre quoi que ce soit.
ibn Jahsh et ses compagnons se retrouvèrent au milieu des musulmans et crurent qu'ils allaient les molester pour avoir agi comme ils l'avaient fait...


§ 475-Raid d’al Sawiq.
Le contexte est maintenant celui de l'Après-Badr. Les Quraysh prennent la conscience du danger et réanime les anciennes alliances tribales pour isoler le danger médinois. Un petit raid est lancé contre la ville et Muhammad réagit brutalement. Il semble que les ennemis ont alors pris peur (du moins, c'est ainsi que les sources s'expriment), ce qui a donné à l'expédition son nom si surprenant.
Après le massacre de l’aristocratie des Quraysh à Badr, le chef du clan des Abd Shams, Abu Sufyan apparaît comme le stratège de la résistance, ayant pour but de protéger le trafic caravanier contre ses attaques et le membre le plus influent au conseil de la Mecque. Il entretient peu à peu des relations ambigues avec les musulmans, que les sources tentent de masquer. Sa conversion finale facilite grandement la prise de la Mecque en 630. Il termine sa vie entouré d’honneurs, ayant réussi à faire oublier le début de sa carrière
.105

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 179).

Lors de la défaite que le prophète avait infligée aux Quraysh106, l'un des fils d’Abu Sufyan, nommé Hanzhala, avait été tué, et l'autre, Amir, fait prisonnier. Abu Sufyan disait à ceux qui s'étaient sauvés :
-Si j'avais été là, je vous aurais montré ce que je puis.
Les autres lui répondaient :
- Muhammad n'est pas allé au loin ; il est resté à Médine ; va et vois ce que tu voudras faire.
Abu Sufyan jura qu'il n'aurait ni trêve ni repos107 avant d'avoir été surprendre Muhammad à Médine. Il partit de la Mecque le premier jour du mois de dhul qada, avec deux cents cavaliers. N'osant pas aller jusqu'à Médine, il s'arrêta dans la tribu juive des banu Nadhir, qui avaient aux portes de Médine une grande forteresse. L'un des chefs de cette tribu, nommé Sallam ibn Mishkam, était lié d'amitié avec Abu Sufyan. Celui-ci envoya cinquante hommes vers Médine, avec ordre de tuer ou de faire prisonniers et de lui amener tous ceux qu'ils rencontreraient, afin que son serment fut accompli. Ces hommes arrivèrent avant le jour aux portes de Médine, à un caravansérail108. Il y avait là un champ dans lequel travaillaient un ansar, nommé Mabad ibn Amir, et un journalier. Les gens d'Abu Sufyan tuèrent ces hommes, détruisirent et brûlèrent quelques maisons qui s'y trouvaient, et s'en retournèrent aussitôt, sans avoir pu faire un prisonnier.
Le bruit se répandit à Médine qu'Abu Sufyan en personne était venu pour attaquer la ville, et que son avant-garde avait déjà tué deux ansar et fait beaucoup de ravages. A cette nouvelle, le prophète partit le même jour, avec deux cents cavaliers, pour fondre sur Abu Sufyan. Celui-ci, averti à son tour, s'enfuit en toute hate dans la même nuit. Le prophète courut après lui pendant trois jours, sans pouvoir l'atteindre, et revint ensuite sur ses pas. Les gens d'Abu Sufyan, dans leur fuite précipitée, avaient jeté les sacs contenant leurs provisions de farine, qu'ils avaient apportées de la Mecque. Les compagnons du prophète trouvèrent ces sacs de farine sur le chemin et s'en emparèrent. C'est pour cela que cette expédition est appelée l'expédition du Sawiq109.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 543-4).
Alors Abu Sufyan fit le raid du Sawiq au mois de dhul hijja. Les polythéistes étaient en charge du pélerinage à ce moment-là. (...) Quand Abu Sufyan rentra de Badr et que les fuyards des Quraysh rentrèrent de Badr, il jura de ne plus pratiquer d’ablution rituelle avant d’avoir attaqué Muhammad. Par conséquent, il partit avec deux cent cavaliers des Quraysh pour remplir cette promesse. Il prit la route du Najd et s’arrêta sur la partie supérieure d’une rivière qui conduit à la montagne appelée Thayb, à la distance d’une étape de Médine. Là, il avança la nuit pour voir les Banu Nadir en profitant de l’obscurité. Il vint chez Huyayy ibn Akhtab et frappa à sa porte, mais comme celui-ci avait peur, il ne lui ouvrit pas. Alors il alla voir Sallam ibn Mishkam, qui était le chef, et trésorier public. Il demanda la permisison d’entrer et Sallam lui offrit à manger et à boire, et lui donna des informations secrètes sur les musulmans. Il rejoignit ses compagnons à la fin de la nuit et en envoya quelques uns à Médine. Ils atteignirent un endroit à l’écart appelé al Urayd et là, ils brulèrent quelques palmiers nouveaux et, ayant trouvé un ansar et un de ses alliés qui travaillaient dans un champ, ils le tuèrent et partirent. Les gens s’alarmèrent et l’envoyé partit à leur poursuite. Il alla jusqu’à Qarqarat ul Kudr et rentra, parce que Abu Sufyan et les siens lui avaient échappé. Ils virent que les pillards avaient abandonné certaines de leurs provisions dans les champs pour alléger leurs bagages et aller plus vite.
Quand l’envoyé ramena les musulmans , ils demandèrent:
-Penses-tu que cela compte avec Allah en notre faveur, comme équivalence à un raid110?
-Oui, répondit-il.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 421).
Ensuite, il partit piller les Quraysh. Il alla en direction des Banu Dinar, puis par Fayfa ul Khabar, fit halte sous un arbre dans la vallée de ibn Azhar appelé Dhatul Saq. Là, il pria et il y a sa mosquée111 . La nourriture fut préparée et ils ont mangé là. L’endroit occupé par les pierres qui ont supporté la marmite est encore connu. Il a bu à un point d’eau appelé al Mushtarib. Puis il est partit en laissant de côté al Khalayq sur la gauche et est passé par une vallée appelée Abdullah jusqu’à ce jour ; il est allé ensuite sur la gauche jusqu’à descendre à al Dabua et traverser la plaine de Malal jusqu’à ce qu’il rencontre la piste à Sukhayrat al Yaman qui l’emmena directement à al Ushayra dans la vallée de Yanbu112 , où il s’arrêta durant le mois de Jumada al Ula et quelques jours du mois suivant. Il fit un traité d’amitié avec les Banu Mudlij et leurs alliés Banu Damra, puis rentra à Médine sans combat.



§ 476-Raid de Bahran.
Après des expéditions ayant plus en plus d'ampleur, Muhammad tente une petite sortie qui n'apporte aucun résultat tangible. Peut-être veut-il occuper le terrain face à ses ennemis, ou s'éloigner un peu de l'ambiance médinoise trop pesante.113

(Waqidi, Livre des expéditions 17).

Dans la première partie du mois jumada I, Muhammad est parti vers Buhran (près de al Furu) et est resté dix jours.

(Badawi 13).
Puis l’envoyé d’Allah partit en guerre, visant les Quraysh (...) Il arriva à Bahran, une zone minière dans le Hedjaz, près de Furu. Il séjourna là le mois de Rabi II et de jumada I. Puis il retourna à Médine, sans engager le combat.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 544).
Puis il fit un raid contre les Quraysh jusqu’à Bahran, une mine dans le Hedjaz, dans les environs de al Furu. Il resta là deux mois et rentra à Médine, sans combattre.

(Waqidi, Livre des expéditions 17).
Dans la première partie de jumada I, Muhammad partit vers Buhran (près de al Furu) et resta dix jours.



§ 477-Raid de al Qarada.
Zayd, l'affranchi de Muhammad, réussit un beau coup en s'emparant d'une grosse caravane des Quraysh, protégé par Abu Sufyan lui-même114 . Le butin, si l'on suit Waqidi et ibn Sad, se serait élevé à 100 000 dihrams, une somme considérable.115

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 547-8).
Histoire de l’expédition de Zayd qui captura la caravane des Quraysh, dans laquelle il y avait Abu Sufyan, quand l’envoyé d’Allah l’envoya à al Qarada, un point d’eau à Najd (...) Zayd s’empara de la caravane et de ce qu’elle transportait. Mais les hommes s’échappèrent. Il apporta le butin à l’envoyé d’Allah.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 185).
Le prophète, averti de cette marche, fit partir un détachement de troupes sous les ordres de Zayd ibn Haritha, pour donner la chasse à la caravane. Zayd, qui ne connaissait pas les routes du désert116 , l'explora dans différents sens, jusqu'au moment où il rencontra la caravane, campée au bord d'un puits nommé Qarada, où il la surprit à la pointe du jour. Abu Sufyan et ses compagnons montèrent sur leurs chamelles et s'enfuirent : mais le guide resta entre les mains de Zayd, qui l'amena avec les biens de la caravane à Médine. Le prophète fit le partage du butin et le guide embrassa l'islam.
Cet événement se passa au milieu du mois de jumada II. Dans le même mois, l'un des principaux juifs de Khaybar, Sallam ibn Abul Hoqayq, fut tué par ordre du prophète117.

(Waqidi, Livre des expéditions 18).

Le mois de jumada II, Zayd ibn Haritha partit à al Qarada.
Muhammad envoya Zaid avec 100 chameliers et celui-ci réussit à capturer la caravane mais ses membres les plus importants réussirent à s’enfuir , à l’exception d’un ou deux.
Le cinquième du butin s’élevait à 20 000 dihram, le reste et le reste a été distribué aux membres de l’expéditions.
(...)
Ce fut la première expédition conduite par Zayd ibn Harithah.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1375).118
Furat ibn Hayyan fut fait prisonnier. Ils lui dirent:
-Si tu acceptes l’islam, le messager d’Allah ne te tuera pas.
Quand le messager d’Allah l’appela à l’islam, il l’accepta et fut autorisé à partir.

(ibn Sad, Tabaqat II 41-2).
L’expédition de pillage de Zayd ibn Haritha contre Qarada eut lieu le 1 jumada al akhira... Ce fut la première expédition sous le commandement de Zayd. Al Qarada était un terrain du Najd situé entre al Rabadha et al Ghamra sur le territoire de Dhat Irq. L’apôtre d'Allah l’envoya pour intercepter une caravane des Quraysh dans laquelle se trouvait Safwan ibn Ummaya, Huwaytib ibn Abd al Uzza et Abd Allah ibn Abi Rabia. Il y avait avec eux une grande richesse en argent et en vaiselle d’argent, dont le poids était équivalent à 30 000 dirhams. Leur guide était Furat ibn Hayyan al Ijli qui les conduisait à Dhat Irq sur le chemin de l’Iraq. Les renseignements sur leur tentative arrivèrent à l’apôtre d'Allah. Il envoya alors Zayd ibn Haritha à la tête de 100 cavaliers, qui intercepta la caravane et s’en empara. Les chefs de ses gens réussirent à s’échapper. Les hommes de Zayd apportèrent les marchandises de la caravane à l’apôtre d'Allah. Il les divisa entre cinq parties, et le cinquième représentait 20 000 dirhams. Le reste était distribué parmi ceux qui avaient participé à l’expédition. Furat ibn Hayyan fut capturé, amené devant le prophète. On lui demanda de se soumettre à l’islam et ainsi, sa vie serait épargnée. Il accepta l’islam et l’apôtre d'Allah empêcha qu’il soit tué.


§ 478-Raid de Hamra al Asad.
Cette expédition aurait dû être intégrée pleinement dans le déroulement de la bataille d'Ohod : après sa défaite, Muhammad prend l'initiative de sortir provoquer les vainqueurs, pour les décourager.119

(Waqidi, Livre des expéditions 20).
Muhammad est parti le vendredi, et il est revenu.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1427).120
Le jour suivant121 , le muezzin de l’envoyé d’Allah appela les gens aux armes pour aller à la poursuite de l’ennemi. (...) L’unique objectif du messager d’Allah dans cette expédition était d’abaisser le moral de l’ennemi ; en sortant à leur poursuite, il voulait leur donner l’impression que sa force était intacte et que les pertes des musulmans ne les empêchaient pas d’engager le combat.
Le messager d’Allah alla jusqu’à Hamra al Asad, à huit miles de Médine, et resta trois jours, lundi, mardi, mercredi, et rentra à Médine.


§ 479-Tentative de meurtre d’Abu Sufyan.
Le terme d'expédition convient mal à une tentative d'assassinat ciblé, de nature politique, comme Muhammad en ordonne volontiers122 . La victime est ici Abu Sufyan lui-même,qui en réchappe. L'assassin rate son coup mais il s'attire néanmoins des éloges. 123

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 211-2).124
Lorsque le prophète apprit cet événement il fut fort affligé. Sachant que l'auteur de ce crime était Abu Sufyan, il fit venir Amir ibn Omayya, al Dhamri, homme connu parmi les musulmans pour sa grande valeur et son intrépidité, et qui, dans la course, n'était égalé par personne, lui adjoignit un autre homme d'entre les ansar, et leur dit d'aller à la Mecque et de chercher, par n'importe quel moyen, à tuer Abu Sufyan. Ils partirent, n'ayant avec eux qu'un seul chameau, et arrivèrent à la Mecque. A la porte de la ville, ils abandonnèrent leur chameau et entrèrent dans la ville à pied.
-Que vas-tu faire? demanda à Amir son compagnon.
Amir répondit:
-Les personnages considérables de la Mecque ont l'habitude de faire arroser leurs maisons vers l'heure où nous faisons la prière de l'après-midi, et chacun reste assis à sa porte, seul ou en compagnie d'un esclave, jusqu'à l'heure de la prière du coucher. J'attendrai donc jusqu'au moment de la prière du soir, ensuite j'irai à la recherche d’Abu Sufyan, et quand je l'aurai trouvé, je lui plongerai ce couteau dans le ventre. Je sais que je serai pris et mis à mort ; mais toi, tu pourras t'en aller et rendre compte au prophète.
L'autre dit :
-Voilà qui est fort bien.
A la tombée de la nuit, Amir dit à son compagnon :
-Viens, faisons nos tournées autour du temple.
Alors, Amir fut reconnu par un homme, qui donna l'alarme et cria :
-Voilà Amir! Il est venu sans doute pour tenter un coup, saisissez-le!
Amir se sauva du temple en courant et dit à son compagnon :
-Va-t'en, monte sur le chameau, retourne à Médine et dis au prophète que j'ai trouvé la mort, sans avoir pu aborder Abu Sufyan.
L'ansar répliqua :
-Je ne te quitterai pas avant de connaître ton sort.
Amir courut longtemps, et les Quraysh ne purent l'atteindre. Il sortit de la ville, et lui et son compagnon se cachèrent dans une caverne, et ils y restèrent trois jours sans être découverts. Ensuite, l'un des principaux habitants de la Mecque, nommé Othman ibn Malik, vint à passer à cheval près de cette caverne. Amir, regardant au-dehors et le voyant seul, sortit précipitamment, lui plongea son couteau dans le ventre et le tua ; puis lui et son compagnon montèrent sur leur chameau et partirent125 . Arrivés à Tawim, à la limite de l'enceinte sacrée de la ville, ils virent le corps de Khobayb attaché au poteau. Amir abattit le poteau, et le corps de Khobayb tomba par terre. Ils hatèrent la marche de leur chameau, et, après deux jours, ils rencontrèrent deux Mecquois qui avaient été envoyés par Abu Sufyan pour épier les mouvements du prophète. Amir leur dit de se rendre. Sur leur refus, il perça l'un d'eux d'une flèche et emmena l'autre prisonnier à Médine. Il dit au prophète:
-Apôtre de Allah, je n'ai pu tuer Abu Sufyan, mais j'amène son espion.
Le prophète lui donna des éloges126 .


§ 480-Raid de Badr al Mawid.
L'expédition de dite "de la Bouillie" commence par un défi et s'achève sur la place du marché, à échanger des marchandises, dans la tradition arabe.127

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 120-1).
Lorsque Abu Sufyan, en quittant Ohod, avait crié:
-Nous reviendrons l'année prochaine, à pareille époque, à Badr, le prophète avait dit à Ali de répondre qu'il acceptait ce rendez-vous128 .
Une année s'étant écoulée, le prophète, laissant comme son lieutenant à Médine Aldallah ibn Rewaha, quitta la ville à l'époque convenue, au mois de dhul qada, d'autres disent au mois de shaban, ce qui est une erreur. Il se rendit à Badr, qui existait encore alors et où, chaque année, les Arabes se rassemblaient et restaient une semaine pour faire le commerce. Comme c'était le moment de la foire, ceux d'entre les musulmans qui avaient des marchandises les emportèrent avec eux, en disant:
-Si les Quraysh viennent, nous combattrons ; s'ils ne viennent pas, nous ferons le commerce.
Les Quraysh ne vinrent pas, et les compagnons du prophète étalèrent leurs marchandises, et firent des échanges avec les Arabes qui se présentèrent, pendant toute la semaine de la foire. Le huitième jour ils s'en retournèrent, sans que les Quraysh eussent paru. Quelques-uns disent qu'Abu Sufyan était sorti de la Mecque avec l'armée quraysh, à l'époque convenue, mais que, après trois jours de marche, il était rentré. Il avait dit:
-La Mecque ayant eu cette année une disette, nous ne pouvons pas faire la guerre, les vivres sont rares, et il n'y a pas de fourrage pour nos montures, qui n'ont pas de vigueur. Rentrons jusqu'à l'année prochaine à pareille époque ; nous irons alors, quand nous aurons des vivres en abondance.
Muhammad ibn Jarir129 dit que cette expédition est celle de Sawiq, et que, lorsque les Mecquois virent revenir Abu Sufyan, ils lui dirent:
-Vous avez été manger de la pâte de farine ; et qu'ils se moquèrent de lui.
Mais il n'en est pas ainsi que le dit Muhammad ibn Jarir.
Dans les récits des expéditions du prophète, celle-ci est appelée l'expédition du rendez-vous de Badr.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 666)
Au mois de shaban, il retourna à Badr, pour garder sa promesse tenue avvec Abu Sufyan et s’arrêta là. Il resta là huit nuits en attendant Abu Sufyan. Abu Sufyan et les gens d ela Mecque allèrent jusqu’à Majann dans la région d’al Zahran. Des gens disent qu’il a atteint Usfan. Alors il décida de repartir. Il dit aux Quraysh que la seule année convenable pour cela était une année fertile où l’on pouvait faire paitre les bêtes et boire leur lait, alors que maintenant c’était une année sèche. Il rentra et les autres furent obligés de rentrer avec lui. Et ils le firent. Les Mecquois les ont appelé “l’armée de la bouillie”, disant qu’ils étaient sortis seulement pour manger de la bouillie130 .
Pendant ce temps, l’envoyé était à Badr attendant Abu Sufyan pour tenir sa parole, et Makhshiy ibn Amir al Damri, qui avait fait un accord avec lui concernant les Banu Damra, au moment de l’expédition de Waddan, vint le voir et lui demanda s’il voulait rencontrer les Quraysh au niveau de ce point d’eau. Il dit:
-Oh, oui, frère des Banu Damra ; et si pourtant tu veux annuler notre accord, alors combats jusqu’à ce qu’Allah décide entre nous.
Il répondit:
-Non, par Allah, Muhammad, nous ne voulons rien de la sorte.

(ibn Sad, Tabaqat II 69-70).
L’apôtre d'Allah nomma Abdallah ibn Rawaha comme régent à Médine. Ali ibn Abu Talib était le porte-étendard ; il se mit en marche avec 1500 musulmans. Il y avait seulement 10 chevaux. Ils partirent avec leurs affaires. Badr al Safra était un endroit de réunion des Arabes et un marché se tenait là depuis le premier jour131 de dhu al qada jusqu’au huitième et ensuite les gens rentrent chez eux. Les musulmans atteignirent Badr la première nuit de dhu al qada et le marché débuta le matin suivant. Ils restèrent pour les huit jours et purent vendre les marchandises qu’ils avaient apportées, et firent un profit de 100%132, et rentrèrent.


§ 481-Raid de Zayd ibn Haritha.
Expédition secondaire, contre une caravane, alors que l'attention de Muhammad se porte sur vers d'autres horizons. Mais il n'y a pas de petits profits et Zayd se porte à l'attaque. 133

(Waqidi, Livre des expéditions 39).

En jumada I (...), après son retour d’al Ghaba, Muhammad apprit qu’une caravane mecquoise venant de Syrie s’approchait et il envoya Zayd ibn Haritha avec 170 hommes sur chameaux pour s’en emparer. Le plan réussit, on s’empara de beaucoup d’argent, (...) et quelques prisonniers, et parmi eux Abul As ibn al Rabi .



§ 482-La bande d'al Ays: les derniers raids.
C'est un épisode peu connu et fort intéressant. Il montre les musulmans de la Mecque qui s'échappent de la cité pour former une troupe de brigands et qui forment avec les gens d'Abu Bakr une bande de 500 hommes dont le but est de piller les caravanes. Epuisés par ces activités, les Mecquois demandent le rappel de ces renégats par Muhammad : désormais, celui-ci décide de tout car la campagne de terreur a porté ses fruits.134

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 249).
Abu Bakr partit et se rendit au bord de la mer, dans un bourg appelé Ays, par où passaient les caravanes de la Mecque. Tous ceux qui, à la Mecque, étaient musulmans, allèrent le rejoindre, et Abu Bakr réunit ainsi autour de lui une troupe d'environ cinq cents hommes, qui se mirent à piller les caravanes des Mecquois. Ceux-ci, enfin, firent demander au prophète de rappeler Abu Basir à Médine ; ils y consentaient, disaient-ils, et l'abandonnaient, ainsi que les hommes qui étaient avec lui135 . Le prophète fit appeler Abu Bakr et à ces hommes à Médine.
Ces événements se passèrent aux mois de shawwal et de dhul qada de la sixième année de l'hégire.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 752).
Alors Abu Basir partit et il fit halte à al Is, dans la région de Dhul Marwa, sur la côte, là où les Quraysh avaient l’habitude de passer pour aller en Syrie. Les musulmans qui étaient à la Mecque avaient appris ce que l’envoyé d’Allah avait dit à Abu Basir, alors ils sont allés le rejoindre à al Is. Environ 70 hommes se mirent à son service, et ils harcelèrent si durement les Quraysh en tuant tous ceux qui passaient, en mettant en pièces toutes les caravanes qui passaient, que les Quraysh se mirent à écrire à l’envoyé pour le supplier, de par leurs liens de parentés, de rappeler ces hommes...





Chapitre 90

Les batailles
La trinité militaire de l'islam




Le blocus commercial imposé par Muhammad a pour résultat trois confrontations majeures entre les musulmans et les Mecquois. Les trois batailles sont chacune de type très différents: une victoire inespérée, une défaite humiliante et une “drôle de bataille” sans combat. Les trois événements sont des contextes favorables pour la “descente” de versets coraniques très à propos. Les interventions surnaturelles et les gestes magiques sont aussi récurrents.
Cette trinité de la tradition militaire musulmane est décrite avec un luxe de précisions. Mais cela ne doit pas faire oublier que tout ceci est une question de religion136 .



§ 483-La “ Mère des Batailles”: Badr.

C’est un autre épisode137 essentiel de la naissance de l’islam, qui va conditionner ses rapports avec les infidèles pour plusieurs siècles 138et qui a même des répercussions doctrinales139 .
Il s’agit à l’origine d’un raid de pillage organisé par Muhammad contre une caravane des Mecquois revenant de Syrie, au niveau d’un petit point d’eau140 . L’interception dégénère en petite bataille rangée du fait de l’intervention d’un colonne de secours. Mais peu habitués au combat, les marchands mecquois cèdent devant un adversaire moins nombreux, mais résolu, avide, organisé. Les musulmans récupèrent un butin important, des prisonnier à rançonner, et massacrent plus d’un vingtaine de chefs mecquois, affaiblissant du coup pour longtemps la capacité de réaction de la cité. C’est l’occasion pour Muhammad de venger les affronts subis pendant sa prédiction mecquoise. A partir de ce moment, Muhammad et sa petite bande prennent de l'assurance : les "Hypocrites" médinois sont maintenant surveillés, et les reproches contre les juifs commencent à pleuvoir dans le Coran141 .
Le chroniqueur principal, Tabari, semble ravi de conter cet épisode, et il est particulièrement à l’aise dans la description des scènes de combat. Il l’est moins quand il faut évoquer l’attiude de Mohammad à l’égard des puits, qui sont comblés et qui servent de fosse commune aux chefs ennemis.
Depuis, Badr est pour les musulmans l’archétype de la victoire militaire sur les infidèles. Ainsi, le nom de code de l’offensive des troupes de Sadate sur le canal de Suez, contre Israël, est encore Badr, quelques 1300 ans plus tard.



1-La portée théologique de la bataille.
Ce combat médiocre par le nombre des effectifs en présence obtient un retentissement énorme dans la culture musulmane puisqu’il constitue la première victoire sur les infidèles, miraculeuse puisqu’inespérée: elle serait donc due à l’intervention d’Allah, de Gabriel, et des anges. De nombreux versets du Coran font référence à l’épisode.

Résumé de l’action.
(Yaqut, Buldan I).142
Un combat célèbre par lequel Allah fit triompher l’islam et trancha entre la vérité et le mensonge.

Le soutien d’Allah.
(Tabari, Tafsir 4/78).

Allah a promis aux Muhammad le jour143 de Badr qu’il les assisterait dans leur combat, à la condition qu’ils continuent d’être obéissants envers lui, et qu’ils évitent ce qu’il interdit. Mais ils le firent seulement le jour du combat du fossé144, et il les assista aussi quand ils assiégèrent les Banu Nadir et Banu Qurayza.


2-La cible: la caravane des Quraysh.
Chaque année, deux caravanes de la Mecque vont et viennent de Syrie, pour faire le lien entre la Méditerranée et l'Arabie dite "Heureuse". Elles concentrent sur le dos des chameaux une fortune considérable en marchandises et en argent.145

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 137).

Dans la seconde année de l'hégire, le premier jour du mois de ramadan, le prophète fut averti qu'une caravane mecquoise, chargée de nombreuses marchandises, venait de Syrie sous la conduite d'Abu Sufyan, ibn Harb ibn Amir ibn As146, et d'autres personnages considérables de la Mecque. Dans le livre des Expéditions147, il est dit qu'ils étaient en tout soixante et dix personnes. Cette nouvelle fut apportée au prophète par Gabriel, qui lui dit:
- Pars à la recherche de la caravane ; elle passera près des puits de Badr, elle ne peut pas éviter de passer par cet endroit.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 427).
Plus tard, l’envoyé apprit qu’Abu Sufyan ibn Harb arrivait de Syrie avec une grande caravane des Quraysh, transportant leur argent et leurs marchandises, accompagnée par vingt ou trente hommes, parmi lesquels Makrama ibn Nawfal (...) et Amir ibn al As (...).

3-L’attaque de la caravane.
Tout est raconté avec un luxe de détail, qui fait presque oublier que Badr n'est qu'un acte de brigandage qui dégénère en petite bataille.

(Mahomet, Coran 8/7-8). 148

Rappelez-vous quand Allah vous promettait qu’un des deux groupes serait à vous, quand vous désiriez que fut à vous le groupe non redoutable149 , alors qu’Allah voulait réaliser la vérité par son arrêt et exterminer jusqu’au dernier des infidèles, tout cela afin de réaliser la vérité et d’anéantir le faux, en dépit des coupables.

Discours avant la bataille.
(Mahomet, Coran 8/20-29).150

Ô vous qui croyez151 !
Obéissez à son apôtre!
Ne vous détournez point de lui alors que vous entendez!
Ne soyez pas comme ceux qui ont dit : nous avons entendu , alors qu'ils n'entendent point.
Les pires des êtres, aux yeux d'Allah, sont les sourds et les muets qui ne raisonnent point.
Si Allah avait reconnu en eux quelque bien, il les aurait fait entendre.
Mais même s'il les avait fait entendre, ils se seraient détournés et se seraient écartés.

Ô vous qui croyez!, répondez à Allah et à l'apôtre, quand celui-ci vous appelle vers ce qui vous fera vivre!
Sachez qu'Allah s'interpose entre l'homme et son coeur et que, vers lui, vous serez rassemblés!
Préservez-vous d'une tentation d'abjurer qui n'atteindra pas spécialement ceux qui parmi vous auront été injustes !
Sachez qu'Allah est terrible en son châtiment!
Rappelez-vous quand vous étiez peu, abaissés sur la terre, craignant que les gens ne vous ravissent!
Allah vous a alors donné refuge.
Il vous a assistés de son secours.
Il vous a attribué d'excellentes nourritures, espérant que peut-être vous serez reconnaissants.

Ô vous qui croyez!, ne trahissez ni Allah ni l'apôtre! sans quoi vous tromperiez la confiance mise en vous, alors que vous vous trouvez savoir.
Sachez que vos biens et vos enfants sont tentation! alors qu'auprès d'Allah est une immense rétribution.

Ô vous qui croyez!, si vous êtes pieux envers Allah, il vous donnera une salvation, vous fera remise de vos mauvaises actions et vous pardonnera.
Allah est détenteur de la faveur immense.

Le départ de la bande.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 137).

Le prophète fit réunir ses compagnons et donna l'ordre de partir dans le temps même du jeune.
-Allah m'a promis, leur dit-il, de me livrer leurs biens, de glorifier ma religion et de nous rendre maîtres de leurs personnes.
Il ne leur dit point:
-Nous prendrons la caravane.
Mais les hommes pensèrent qu'ils la prendraient et qu'ils n'auraient pas de grands efforts à faire. Soixante et dix hommes partirent en toute hâte. Le lendemain, le prophète, après avoir établi comme son lieutenant à Médine Abu Lobaba ibn Abdul Mundhir, partit lui-même avec trois cent seize hommes.
D'après une autre version, il n'avait avec lui que trois cent treize hommes, ou, d'après une autre plus exacte, trois cent quatorze hommes. Ils partirent précipitamment, sans prendre leur armement complet. Deux d'entre eux avaient des chevaux, soixante et dix étaient montés sur des chameaux, les autres étaient à pied. Le prophète montait sa chamelle nommée Adhba, ainsi appelée parce qu'on lui avait fendu les oreilles152. Ces troupes étaient composées de soixante et dix-huit muhajir et de deux cent trente-six ansar153.

(Mahomet, Coran 9/92).
Il n'y a pas de raison pour s'en prendre à ceux qui, venus à toi, pour que tu leur fournisses une monture, et auxquels tu dis:
-Je ne trouve aucune monture à vous donner.
...sont repartis les yeux débordants de larmes, tristes de ne pouvoir en faire la dépense.

Liste de participants à la bataille de Badr.
(papyrus égyptien de Khirbet al Mird, VIIIème siècle).154

Ce texte est un des tout premiers documents musulmans, chronologiquement et presque le seul à ne pas dépendre de la Tradition officielle. Mais il est parvenu dans un état très fragmentaire. Il serait l’oeuvre d’un chroniqueur ou d’un commentateur de chroniques. En soi, il n’apporte pas grand chose. On note tout de même pour la première fois la mention de Muhammad “ de la Mecque”155 .

Et A... Waqid ibn Abdallah... et son messager...depuis at Tak et Shar.... appartenant aux Banu Adiyy ibn Kab... appartenant aux Banu... al Mughira et Hakam ibn Sh. Quatorze mois après le mois de muharram le noble... Ils sont partis de... pour Badr et... Muhammad pour Badr. Alors ils se sont rencontrés à Badr... à environ dix-huit mois du noble muharram. Muhammad de la Mecque, et les Quraysh... et de la Mecque, mille hommes en petits groupes. Et Majid ibn...


4-Les secours mecquois.
Conscients du danger que courent leur caravanes et la fortune de chacun, les Mecquois réagissent. Mais on sent qu'ils ne sont guère habitués à ce type d'opérations. Il est rare d'être à la fois bon marchand et bon guerrier.
Les textes présentent l'ensemble des tractations, débats et décisions qui ont lieu dans la petite république marchande de la Mecque.


Opération de renseignement.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 138).

Il leur ordonna de se rendre auprès des puits de Badr et d'y prendre des informations sur la marche de la caravane. Les Arabes, dans le désert, ont la coutume, quand une caravane vient faire halte près d'un puits ou à une station, d'y apporter des provisions et des vivres, pour les vendre aux gens de la caravane, et de faire avec eux des affaires, en vendant et en achetant. Arrivés près de Badr, les deux Banu Johayn y virent un homme qui avait apporté des provisions et qui les avait déposées là, en attendant la caravane. Ils s'approchèrent du puits, firent coucher leurs chameaux, et vinrent pour interroger cet homme. Alors ils aperçurent deux femmes qui s'adressaient réciproquement des réclamations. L'une disait à l'autre :
-Rends-moi l'argent que tu me dois.
L'autre répondait:
-Demain la caravane arrivera près de ce puits, je vendrai quelque chose et te rendrai ton argent. Les deux émissaires, en entendant ces paroles, ne dirent rien, remplirent d'eau leurs outres, montèrent sur leurs chameaux, partirent et vinrent avertir le prophète.

L’enquête sur les brigands de Yathrib.
(Tabari, Histoire des prophètes III 139).

Ils n'eurent pas plus tôt quitté le puits, qu'Abu Sufyan et Amir ibn As, y arrivèrent, seuls de leur caravane. Abu Sufyan, en passant sur le territoire de Yathrib156 , s'était enquis des mouvements du prophète et de ses compagnons. S'étant avancé encore de deux étapes, il avait quitté la caravane en disant à ses gens:
-Restez ici, j'irai au puits de Badr pour m'enquérir si quelqu'un de Yathrib, des compagnons de Muhammad, est à la recherche de notre caravane.
Abu Sufyan et Amir ibn As, vinrent donc à Badr, donnèrent de l'eau à leurs chameaux, burent eux-mêmes, remplirent leurs outres et questionnèrent l'homme qui était assis près du puits. Interrogé par eux sur son nom et sur le nom de sa tribu, il leur dit qu'il s'appelait Medji, fils d’Amir, des Banu Johayna. Abu Sufyan lui demanda ensuite:
-As-tu quelques renseignements sur les brigands de Yathrib157 ? Est-ce que quelqu'un d'entre eux est venu à ce puits avant nous?
Mejdi répondit:
-Tout à l'heure deux hommes y sont venus, ont bu, ont abreuvé leurs chameaux, sont remontés sur leurs montures et sont repartis.
-Ne t'ont-ils rien dit ? demanda Abu Sufyan.
-Non.
Abu Sufyan demanda ensuite à quel endroit les chameaux étaient restés. S'y étant rendu, il trouva leur crottin ; en prenant un peu, il l'éparpilla. Des noyaux de dattes en sortirent. Il dit à Amir ibn As:
-Ces hommes étaient de Médine ; Muhammad est sur nos traces, lui ou des gens envoyés par lui.
-Comment le sais-tu? lui demanda Amir.
Abu Sufyan dit:
-Les gens de Médine, seuls dans le Hedjaz, donnent à manger aux chameaux des noyaux de dattes. Ils remontèrent ensuite sur leurs chameaux et revinrent à l'endroit où était leur caravane, à deux étapes de Badr.
Abu Sufyan engagea immédiatement un homme nommé Dhamdham ibn Amir, de la tribu de Ghifar, qui possédait un chameau très rapide, et le dépêcha à la Mecque. Cet homme promit de s'y rendre en trois jours, quoique la caravane en fut éloignée de six journées de marche. Abu Sufyan lui recommanda, quand il entrerait dans la ville, de crier au secours. Il lui dit:
-Rends-toi sur le mont Abu Qobays158 , et crie, de façon à être entendu de tous les habitants de la Mecque, que tu es parti, envoyé par moi, de telle station, pour leur annoncer que Muhammad et les brigands de Médine159 sont sur mon chemin, et que, s'ils tiennent à leurs biens, ils arrivent ; sinon, qu'ils ne trouveront plus rien.
Dhamdham partit, la caravane restant à la distance de deux étapes de Badr, de même que le prophète, qui l'attendait à son passage près des puits.

L’organisation des secours mecquois.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 140).

Le lendemain, Abbas160 vint au temple161 et alla s'asseoir à sa place. Les Quraysh avaient pris place, chacun dans un cercle. Tout à coup des cris se firent entendre dans la vallée, et tous se précipitèrent hors de la ville dans la direction de la voix. Pendant ce temps, Abbas accomplissait ses tournées autour du temple. Ces cris étaient poussés par Dhamdham, qui était arrivé et qui fit comme Abu Sufyan le lui avait ordonné. Il alla au haut du mont Abu Qobays, et cria de façon à être entendu de tous les habitants. Ceux-ci furent stupéfaits ; car il n'y avait pas un seul chef de famille qui n'eut dans la caravane un capital.
Abu Jahl, Oqba et les principaux Quraysh firent proclamer une levée générale. On fit en deux jours les préparatifs de guerre et l'on partit le troisième jour. Tous les chefs et grands personnages de la Mecque prirent part à l'expédition, ou envoyèrent des hommes à leur place, sauf la tribu des Banu Adi ibn Kab, qui étaient des personnages considérables et n'étaient pas soumis à Abu Jahl et à Oqba ; en outre, ils n'avaient pas de marchandises dans la caravane.
(...)
Le troisième jour après l'arrivée de Dhamdham, mille hommes sortirent de la Mecque, piétons et cavaliers, montés sur des chevaux arabes et sur des chameaux de course, tous complètement armés. A la porte de la ville, Abu Jahl inscrivit les noms de tous les hommes qui composaient l'armée. Tous étaient pleins de joie et dirent:
-Muhammad pense qu'il en sera d'Abu Sufyan comme d’Amir ibn al Hadhrami, dont la caravane venant de Ta’if, chargée de quelques fruits, de dattes et de raisin, et escortée de quatre hommes, a été enlevée, et lui-même tué par les quelques hommes envoyés par Muhammad. Nous lui montrerons aujourd'hui comment nous protégeons nos biens et notre religion, et comment nous arracherons les hommes de ses mains. Ils emmenèrent avec eux le frère d’Amir ibn al Hadhrami, et lui dirent:
-Nous allons venger la mort de ton frère, nous allons tuer celui qui a accompli le meurtre et celui qui l'a ordonné.162

La colique et les fesses jaunes...
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 146).

Oqba répliqua :
- Ton frère n'est pas assez important pour qu'il faille faire la guerre pour lui avec ce grand nombre d'hommes. Si tu veux quitter la tribu des Abd Shams, quitte-la ; dégage-toi de tous liens avec elle, si tu veux, et va où tu voudras.
Amir vint dire ces paroles d’Oqba à Abu Jahl, qui, se trouvant au milieu de plusieurs hommes, dit :
-”Oqba a la colique”, expression proverbiale, chez les Arabes, pour dire que quelqu'un a peur. Abu Jahl avait le sobriquet “aux fesses jaunes”163 . Il avait reçu ce sobriquet parce que, à cause d'une infirmité qu'il avait, il teignit la partie postérieure de son corps avec du safran ; quand on voulait l'injurier, on lui donnait ce nom. Quelques-uns prétendent que cette infirmité lui était venue dans son enfance quand, luttant un jour avec Muhammad, celui-ci l'avait jeté par terre et lui avait rompu une artère164. Les infidèles quraysh avaient coutume de couvrir leurs corps et leurs vêtements de safran dissous dans de l'eau, de façon à être complètement jaunes165 , et ils ne se purifiaient pas ; car de tous les parfums, le plus agréable pour eux était le safran, que l'on va chercher dans le Kirman et sur le territoire de Hamadan166. Quant au bois d'aloès, à l'ambre et au camphre, ils étaient peu estimés, parce qu'on en apporte en grande quantité par la voie de mer, de même que le musc, que l'on apportait, par la voie de mer, de l’Inde167 .
Or, lorsque Abu Jahl, en parlant d’Oqba, prononça les paroles que nous venons de dire, celui-ci répliqua :
-Demain on verra qui a la colique, de moi ou de celui “aux fesses jaunes”.
Oqba se proposa donc de marcher en avant ; mais les autres étaient divisés, les uns voulaient s'en retourner, les autres ne le voulaient pas. Talib ibn Abu Talib, engagea son oncle Abbas à s'en retourner avec lui168. Mais Abbas, n'osait pas, par crainte d'Abu Jahl et des Quraysh169 .

5-La préparation de l’affrontement.
Les deux camps se mesurent l'un à l'autre: leur taille, leur mentalité et leur idéologie diffèrent totalement. On passe peu à peu de l'opération de police à la bataille rangée. Le genre littéraire du récit de bataille impose alors une rapide revue des forces en présence.

L’objectif des musulmans.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 148).

Après avoir été averti par Gabriel que la caravane s'était sauvée et qu'une armée venait à sa rencontre, le prophète réunit ses compagnons pour délibérer avec eux sur ce qu'il y avait à faire. Tous les muhajirun et les ansar étant présents, il leur demanda leur avis. Abu Bakr se leva le premier et dit:
-Ô envoyé d'Allah, nous ferons ce que tu voudras et ce que tu ordonneras. Ceux-là sont nos parents ; mais nous avons cru en toi, et nous avons accepté ta religion, et nous avons renoncé à eux. Nous avons fait de nos corps et de nos ames ta rançon ; nous lutterons contre eux pour toi ; ou Allah te fera triompher d'eux et fera triompher ta religion, et l'infidélité sera exterminée dans le monde ; ou nous périrons tous pour toi.
Le prophète remercia Abu Bakr, lui donna des éloges et lui dit de s'asseoir ; car il désirait savoir si les ansar prendraient ou non ce même engagement, sachant bien que les muhajirun lui prêteraient aide et secours, tandis qu'il craignait que les ansar et les gens de Médine ne s'en retournassent ; car, dans la nuit d’Aqaba, alors qu'ils avaient prêté serment au prophète, Sad ibn Moath, lui avait dit170 :
-Ô envoyé d'Allah, viens avec moi à Médine!
Le prophète avait répondu :
-Je n'ai pas encore reçu de message ni d'ordre d'Allah à cet égard. Allez, j'enverrai mes compagnons et attendrai les ordres qu'Allah me donnera.
Sad avait répliqué :
-S'il en est ainsi, nous ne sommes pas responsables de ta vie et de ta sûreté jusqu'à ce que tu viennes à Médine.171

Les chevaux des musulmans.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).172
Une personne lettrée m’a dit qu’à Badr, les musulmans avaient les chevaux suivants:
al Sabal appartenait à Marthad ...
al Ghanawi
Bazaja appartenait à al Miqdad ibn Amir al Bahrani (d’autres disent que son nom était Sabha).
al Yasub appartenait à al Zubayr ibn al Awwam.
Les polythéistes avaient cent chevaux.

La lettre de Urwa sur la bataille.173
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1284-1288).174
Urwah a écrit à Abd al Malik ce qui suit:
Tu nous as écrit pour nous demander des renseignement sur Abu Sufyan et les circonstances de l’expédition. Abu Sufyan ibn Harb est venu de Syrie à la tête d’envion 70 cavaliers de tous les clans des Quraysh. Ils étaient alllés faire du commmerce en Syrie et revenaient ensemble avec leur argent et leurs marchandises. Le messager d’Allah et ses compagnons furent informés à leur sujet. Ceci est arrivé après que les combats aient éclaté entre les deux camps et que des gens aient été tués, tels que ibn al Hadrami à Nakhlah, et que des Quraysh aient été faits prisonniers, parmi lesquels un des fils d’al Mughirah et leur client ibn Kaysan. Les responsables en étaient Abd Allah ibn Jahsh et Waqid, confédérés des Banu Adi ibn Kab, avec d’autres compagnons que le messager d’Allah avait envoyé avec Abdallah ibn Jahsh. Cet incident avait provoqué un état de guerre entre le messager d’Allah et les Quraysh et ce fut le début du combat dans lesquels ils s’infligèrent mutuellement des pertes ; cela arriva avant qu’Abu Sufyan et ses compagnons aillent en Syrie.
Abu Sufyan et ses compagnons qui étaient avec lui suivaient de retour de Syrie suivaient la route côtière. Dès que le messager d’Allah le sut, il appela ses compagnons et leur parla des richesses qu’ils possédaient et de leur faible nombre. Les musulmans se préparèrent donc sans autre objectif qu’Abu Sufyan et ses cavaliers. Ils pensaient qu’il n’y avait rien d’autre qu’un butin facile à prendre et ils n’imaginaient pas qu’il y aurait une grande bataille à leur contact. C’est que ce qui concerne ce qu’Allah a révélé:
Rappelez vous quand Allah vous promettait qu’un des deux groupes serait à vous...175
Quand Abu Sufyan sut que les compagnons du messager d’Allah étaient en marche pour les intercepter, il envoya un message pour les Quraysh, qui disait:
-Muhammad et ses hommes sont sur le point d’intercepter votre