Partie XVIII



ORDRE NOUVEAU
EN
ARABIE



(630-631)


“Celui qui change pour une autre la vraie religion,
qu’on le tue!”.

Muhammad ibn Abdallah.1


Aucun autre prophète n'a reçu d'Allah la permission
de faire autant de guerres
et la faveur de remporter autant de victoires.
Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 336.



Muhammad n’aura de cesse de distinguer les situations
et les hommes et
de montrer le plus grand respect
à l’égard des croyances et des hommes

T. Ramadan, Muhammad, vie du Prophète, p. 138






§ 582. — Présentation.

Dans cette avant-dernière partie de l'aventure mohammédienne, trois épisodes sont saillants: d'abord, la conquête de la Mecque, qui scelle symboliquement la victoire des musulmans, la revanche sur l'Hégire. Immédiatement, c'est la phase radicale de destruction des sanctuaires traditionnels, sorte de purification religieuse qui s'apparente à un vandalisme programmé. Enfin, après la ruine des choses sacrées, la soumission politique des tribus d'Arabie2 , et notamment les Hawazin, dernier obstacle à l'expansionnisme.

Le "roi d'Arabie" doit avoir environ soixante ans au moment de la prise de la ville: deux générations, un âge respectable, le couronnement d'une carrière.








Chapitre 92


La marche sur la Mecque







C'est la moment de la revanche pour Muhammad. Après sa fuite, il a lutté, avec ses troupes, pendant huit années, avec acharnement. Au terme d'une politique habile, mêlant toutes les ressources de la guerre, il a réussi à épuiser ses adversaires, à les miner moralement, à les soumettre en esprit avant même la véritable soumission. Sa marche sur la Mecque est présentée comme un chef-d'oeuvre tactique.



§ 583. — La rupture de la trêve.


Muhammad profite d’une guerre civile larvée à la Mecque pour intervenir, et rompre la trêve. Quand il le faut, il sait réactiver les liens de solidarité tribale, qui servent de prétexte. Il est notable que ceux qu’il vient protéger en force ne sont pas encore musulmans. Mais il est préférable de surmonter pour le moment l’habituel dégoût que provoquent à cette époque les infidèles.


1. — Rappel de l’accord d’Hodaybiyya.


Il n'est pas inutile de considérer à nouveau cet épisode complexe qui sert de prélude à la conquête ; d'une certaine façon, à Hodaybiyya, s'est jouée la conquête des esprits mecquois, avant celle des corps et des maisons. Muhammad a réussi par la manipulation et l'intimidation à soumettre ses ennemis, sans avoir à manier le sabre.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 271).3
Dans le traité que le prophète avait conclu à Hodaybiyya avec les Quraysh, il était stipulé que ceux-ci ne lui feraient pas la guerre, qu'ils n'aideraient pas ses ennemis, qu'ils n'exciteraient personne contre lui, qu'ils ne donneraient point de secours à ses ennemis, soit en armés, soit en hommes, et qu'ils ne feraient pas et n'aideraient pas à faire la guerre à ses alliés. Or il y avait, sur le territoire de la Mecque, deux tribus alliées du prophète, l'une nommée les Banu Khuzaa, l'autre les Banu Bakr ibn Kinana. Les Banu Khuzaa étaient d'anciens alliés des Banu Hashim, tandis que les Banu Bakr étaient alliés avec les Banu Omayya, les Banu Makhzum et d'autres Quraysh. Lors de la conclusion du traité de Hodaybiyya, les Banu Khuzaa s'étaient déclarés les alliés du prophète, qui les avait acceptés et qui leur avait assuré qu'ils seraient à la Mecque sous sa protection, quoiqu'ils ne fussent pas de sa religion. Les Banu Bakr avaient renoncé à son alliance et à sa protection. Après ces stipulations, on s'était séparé, et le prophète était retourné à Médine.


2. — Une satire qui ne fait plus rire.


C’est une atteinte à l’image de Muhammad4 , le prophète, qui est la cause première de tout le mouvement : une simple satire, qui montre qu'à ce moment, le rire est toujours près des larmes. Ensuite, les solidarités tribales, habilement exploitées, permettent d'aggraver la crise.

(Baladuri, Livre des conquêtes 36).
Un membre du clan des Khuzaa ayant entendu qu’un membre des Kinana avait chanté un poême satirique5 contre le prophète, il l’attaqua et lui fracassa le crâne. L’incident provoqua la dissension et l’affrontement des deux parties. Les Quraysh, renforcés par les Kinana, attaquèrent les Khuzaa de nuit, violant ainsi l’accord. Ensuite, Amir (...) vint trouver le prophète et lui demanda son aide. Cela conduisit le prophète à envahir la Mecque.

Les troubles à la Mecque.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 803).6
Quand fut conclu l’armistice, les Banu al Dil et les Banu Bakr prirent l’avantage sur les Khuzaa dans leur désir de se venger sur eux pour les fils d’Aswad qu’ils avaient tués. Alors Nawfal ibn Muawiya (...) leur chef à ce moment, partit avec les Banu al Dil, sans les Banu Bakr et ils attaquèrent les Khuzaa de nuit, alors qu’ils étaient près de leur puit al Watir, tuant un de leurs hommes. Les deux parties se replièrent et continuèrent la lutte. Les Quraysh aidèrent les Banu Bakr avec leurs armes, et certains d’entre eux ont combattu secrètement avec eux, sous couvert de la nuit, et ils finirent par repousser les Khuzaa à l’intérieur de l’aire sacrée. Quand ils furent dedans, les Banu Bakr dirent:
-Nawfal, nous sommes dans l’aire sacrée. Souviens toi de notre dieu! Souviens toi de notre dieu!
Il répondit en termes blasphématoires, et disant qu’il n’avait pas de dieu pendant ce jour-ci7.

(Waqidi, Livre de des expéditions 64).

... à l’époque de la jahiliyya, il y eut une dette de sang à payer entre les Khuzaa et les Banu Bakr (...). Les Khuzaa avaient frappé à mort un membre des Bakr. Et ensuite, les Bakr avaient attaqué un Khuzaa, ensuite les Khuzaa contre trois des Banu Bakr les plus nobles, Dhuayb, Salma et Kulthum, les fils de al Aswad, pour lesquels il fallait payer le double comme prix du sang. Ils les avaient tués à Urana, au bornes du sanctuaire.
L’inimitié continua, et tout repartit à l’occasion suivante(...).
Finalement, Anas ibn Zunaym fut frappé jusqu’au sang par un Khuzaa parce qu’il avait composé des vers satiriques contre le prophète, et c’est qui entraina la suite des événements.


3. — Préparation de l'intervention.

Muhammad prépare soigneusement la conquête, en faisant jouer les mécanismes tribaux et en se ménageant des alliances dans les murs de la cité.

L’intervention de Muhammad.
( ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 805-6).
Quand les Quraysh et les Banu Bakr se furent alliés contre les Khuzaa et qu’ils en eurent tué certains, rompant ainsi leur parole face à l’envoyé, en agressant les Khuzaa , qui était liés à lui, alor, Amir ibn Salim al Khuzaa du clan des Banu Kab vint voir l’envoyé à Médine (Cela conduisit finalement à la conquête de la Mecque).
Il se mit debout face à lui, qui était assis parmi ses gens dans la mosquée. Il dit:
-Ô seigneur, je suis venu rappeler à Muhammad la vieille alliance qui existe entre nos pères. Vous êtes les fils dont nous avons fournis la mère, nous avons fait la paix et n’avons pas changé dans nos esprits. Aide-nous, maintenant qu’Allah te guide, et appelle les serviteurs d’Allah à notre aide...
L’envoyé dit alors:
-Puisses tu être aidé, ô Amir ibn Salim.
Un nuage apparut dans le ciel, et il dit:
-Ce nuage va fournir de l’aide aux Banu Kab.

(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
Amir ibn Salim se mit à la tête d’une ambassade de 40 Khuzaa vers Muhammad et il présenta devant quelques vers dans lesquels il demande le soutien contre les Quraysh. Il se plaignit aussi d’Anas ibn Zumayn, à cause des vers satiriques qu’il avait composés contre lui. Et celui-ci le condamna au bannissement ; plus tard, il lui pardonna pourtant sur les conseils de Nawfal, après qu’il eut composé des vers élogieux pour le prophète.8

L’ordre divin.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 272).
Les Khuzaa se réunirent pour délibérer, et firent partir l'un d'entre eux, nommé Amir ibn Salim, vers le prophète, pour lui rendre compte de la manière dont les quraysh avaient rompu le traité, et pour réclamer son assistance. Avant que cet homme fut arrivé à Médine, Gabriel était venu avertir le prophète, et lui avait apporté de la part d'Allah l'ordre d'aller attaquer la Mecque, et la promesse de la victoire. Lorsqu’Amir ibn Salim, se présenta devant lui et remplit son message, le prophète lui dit, en présence du public :
-Allah t'assistera, toi et tous les Banu Khuzaa.

Le mensonge d’Amir ibn Salim
(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
...Sur son chemin vers Médine, Abu Sufyan tombe sur une partie des Khuzaa9 sur le retour. Il était certain qu’ils étaient allés chez Muhammad. Mais quand il leur demanda, le chef répondit qu’il était allé négocier une vengeance de sang entre gens de sa tribu.
soir, Abu Sufyan continua son chemin, et il se mit à examiner le crottin des chameaux et il y trouva des noyaux de dattes de Médine. Il dit alors:
-Ces gens-là se sont sûrement rendus à Médine, ce matin même.

(ibn Sad, Tabaqat II 166).10
Abu Sufyan arriva à Médine avant l’apôtre d'Allah, pour lui demander de renouveler le pacte, et de prolonger la période de trêve. Mais il refusa cette demande. Abu Sufyan se leva et dit:
-J’ai reçu mes pouvoirs devant le peuple.
L’apôtre d'Allah dit:
-Ô Abu Sufyan! Que dis-tu?
Ensuite, il rentra sur la Mecque. L’apôtre d'Allah fit les préparatifs de l’attaque, mais gardait l’affaire secrète. Il fermait ses oreilles et disait:
-Ô Allah! Ferme leurs yeux et ne les laisse pas nous voir, jusqu’à la fin.
Quand il fut décidé à marcher contre la Mecque, Hati ibn AbuBalta écrivit une lettre aux Quraysh pour les en informer. L’apôtre d'Allah envoya Ali pour s’emparer du messager, qui fut amené devant l’apôtre d'Allah.
L’apôtre d'Allah envoya des messages tout autour de lui, chez les Arabes, dans les tribus des Aslam, Ghifar, Muzaynah, Juhaynah, Ashja et Sulaym. Certaines l’ont rejoint à Médine, d’autres sur le chemin. Le nombre des musulmans pour l’attaque de la Mecque était 10 000.

L'appel aux tribus voisines.
(Muslim, Sahih 44).


4574.

D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah dit : "'Aslam que Allah la préserve, Ghifâr, que Allah lui pardonne. Ce n'est pas moi qui l'a dit, mais c'est Allah Tout Puissant".

4576.
D'après ibn 'Omar, l'envoyé d'Allah a dit : "Ghifâr, Allah leur a garanti le pardon; 'Aslam, Allah les a délivrés de tout danger. Quant aux 'Usayya, ils ont été rebelles à Allah et à son envoyé". 11

4578.
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit : "Quraysh, les ansar, Muzayna, Juhayna, 'Aslam, Ghifâr et Ashja sont mes alliés et ils n'ont d'autres supporteurs que Allah et son envoyé".

4579.
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit : "'Aslam, Ghifâr, Muzayna et quelques-uns des Juhayna, ou les Juhayna sont mieux que les Banû Tamîm, les Banû Amir et les deux alliés 'Asad et Ghatfân".

4582.
Récit rapporté d'après AbuBakra : Al Aqra ibn Hâbis vint trouver l'envoyé d'Allah et lui dit : "Ce ne sont que les voleurs des pèlerins qui t'ont fait acte d'allégeance parmi Aslam, Ghifâr, Muzayna (je crois également qu'il a mentionné Juhayna, c'est le transmetteur Muhammad qui l'a mis en doute)". L'envoyé d'Allah a dit : "Et si 'Aslam, Ghifâr, Muzayna et -je crois- Juhayna valaient mieux que les Banû Tamîm, les Banû 'Amir, les Banû 'Asad et les Banû Ghatafân, est-ce que les gens de ces dernières tribus seraient-ils perdus et ruinés?".
- Un homme dit alors : "Oui".
- "Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains ils valent mieux, reprit le prophète, qu'eux (les Banû Tamîm, les Banû 'Amir, les Banû 'Asad et les Banû Ghatafân)".

Le retour sans gloire d’Abu Sufyan.
(Waqidi, Livre de des expéditions 64).12
Les Mecquois le soupçonnaient entretemps, à cause de ses longues absences d’être devenu sabéen.
La nuit, il rentra chez lui, et sa femme Hind lui parla de ce sujet. Il s’approcha d’elle, comme un homme fait avec une femme13, et en même temps, il lui racontait ce qui s’était passé. Mais elle le repoussa avec les pieds, le frappant en pleine poitrine, en s’écriant:
-Quel mauvais négociateur tu fais!

La décision de l’assaut.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 808).
L’envoyé ordonna le début des préparations de l’expédition et Abu Bakr vint voir sa fille Aïsha alors qu’elle sortait l’équipement de l’envoyé. Elle demanda si l’envoyé lui avait ordonné de préparer toutes ces choses, et elle dit qu’elle l’avait fait, et que son père ferait mieux de se préparer. Elle lui dit aussi qu’elle ne savait pas où les troupes allaient. Plus tard, l’envoyé informa ses hommes qu’il allait partir à la Mecque et leur ordonna de se préparer avec soin. Il ajouta:
-Prenez les yeux et les oreilles des Quraysh pour que nous puissions les prendre par surprise sur leurs terres. Et les hommes se tinrent prêts.

L’effet de surprise.
(Corpus coranique d'Othman 18/10).14
Ô Allah, frappe leurs oreilles de surdité, qu’ils ne puissent pas entendre et qu’on les prenne par surprise.15

La diversion d’Abu Qatada.
(Waqidi, Livre de des expéditions 64).

Pour mettre les gens sur une fausse piste, Muhammad envoya Abu Qatada avec 8 hommes vers Bathna Isham. (...)
Alors que nous16 étions dans une partie de la vallée d’Isham, Amir passa à côté de nous, et nous salua avec la salutation de l’islam. Malgré cela, Mukhallam l’attaqua, le tua et le dépouilla. Ceci a été la circonstance de la révélation de la sourate 4, verset 96.

Le verset révélé.
(Corpus coranique d'Othman 4/96).
Ô vous qui croyez!
Quand vous vous engagez dans le chemin d’Allah, voyez bien clair et ne dites point à celui qui vous offre la paix: “tu nes pas croyant!”, recherchant par là ce qu’offre la vie immédiate. Auprès d’Allah sont les prises de guerre nombreuses.
Ainsi, vous vous comportiez antérieurement, mais Allah les a comblés.
Voyez bien clair!
Allah, de ce que vous faites, est bien informé.


4. — Les versions de la conversion d’Abu Sufyan.


La conversion, forcée et du bout des lèvres, de l’archi-ennemi de Muhammad a donné lieu à plusieurs versions ; chaque auteur a voulu donner à cette pièce de choix une tonalité personnelle, voire cocasse. Le fait qu’Abu Sufyan soit à l’origine de la première dynastie musulmane n’y est sûrement pas étranger : on voit ensemble les éponymes des dynasties ommeyades et abbassides dans cet épisode.17
Peut-on réellement parler de conversion? Cela semble un anachronisme: pour Abu Sufyan, il est question de soumission à un pouvoir politique nouveau. Il est probable que la formule de profession de foi n'était pas fixée à cette époque.


La capture d’Abu Sufyan.
(Baladuri, Livre des conquêtes 37).
Le prophète accéléra la marche et alla camper à Marr az Zahran. Les Quraysh demandèrent à Abu Sufyan de rentrer. Mais quand il passa à Zahran, il vit les feux et les tentes et dit:
-Que sont ces gens? On dirait qu’ils célèbrent la nuit de l’Arafa...
Disant cela, il fut encerclé par les cavaliers du prophète, qui te firent prisonnier. Il fut amené devant le prophète. Omar arriva et voulut l’exécuter mais al Abbas s’interposa et Abu Sufyan accepta l’islam18 et se présenta lui-même devant le prophète.

Les observations d’Abu Sufyan.
(Baladuri, Livre des conquêtes 37).
-Que se passe t-il? Vont-ils me tuer?
-Non, répondit al Abbas, ils se lèvent pour la prière.
Comme ils commençaient à prier, Abu Sufyan remarqua que quand le prophète s’agenouillait, ils s’agenouillaient, quand il s’inclinait, ils s’inclinaient.
Là dessus, il conclut:
-Par Allah, je n’ai jamais vu, comme aujourd’hui une telle soumission d’un peuple venu d’ici ou là, ni de la part des nobles Perses, ni des Grecs aux longues franges.

La conversion d’Abu Sufyan.
(Waqidi, Livre des expéditions 64).

Abu Sufyan, frère de lait et ami de jeunesse de Muhammad se mettait à évoluer depuis la révélation de Muhammad et devint son adversaire le plus dur.
(...)
Dans cette inimitié contre Muhammad, Abu Sufyan se tint durant 20 ans ; il n’était jamais absent d’une entreprise des Mecquois contre lui19 mais maintenant, il se disait:
(...)
-De quel côté, vais-je aller? L’islam s’est établi totalement. J’ai donc décidé de me rendre avec femme et enfants chez Muhammad.
Comme Muhammad apparut, je me mis devant lui, et il me jeta un long regard et détourna son visage. Je me mettais alors de l’autre côté et il tournait le visage encore. Cela se répétait plusieurs fois. J’avais pensé qu’il serait enchanté de ma conversion, mais là, je me sentais mal à l’aise et je prenais peur. Suivant l’exemple de Muhammad, les autres se détournèrent de moi...
Il ne me parlait toujours pas et se détournait toujours en me voyant.
Finalement, après la conquête de la Mecque... Il me lança un regard plus gentil... Je sautais de mon cheval, décidé de mourir pour lui. Il demanda alors à al Abbas20 de me faire venir.
(...)
Selon une autre version, Abu Sufyan rencontra le prophète (...) mais il ne fut pas autorisé à le voir. Abu Sufyan dit alors:
-Soit il m’accepte, soit moi et mon petit fils, nous allons mourir dans le désert.
Entendant cela, Muhammad fut pris de pitié et accepta leur soumission. Et ils devinrent de bons musulmans.
(...)
Quand l’armée musulmane installa son camp à Marrr al Tharan, il n’y avait pas encore de nouvelle qui était venue à la Mecque de ce fait.
Les Quraysh décidèrent d’envoyer Abu Sufyan pour prendre des nouvelles et d’obtenir des assurances de la part de Muhammad.
La plus grand partie de la nuit passa en négociation, et Budayl et Hakim firent leur profession de foi mais Abu Sufyan, de son côté n’avait rien contre la première proposition “Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah”, mais qu’à propos de la seconde “Muhammad est son prophète”21 , il avait encore de légers doutes.
Après que Muhammad eut accepté la protection des envoyés, al Abbas les reçut dans ses quartiers. Le matin, Abu Sufyan prit peur à cause de l’appel à la prière qui résonnait de partout dans l’armée. Al Abbas lui expliqua et annonça que les musulmans devaient faire cinq prières. Abu Sufyan estima que c’était vraiment beaucoup trop. Quand il vit les musulmans se ruer sur l’eau des ablutions du prophète, il dit, avec surprise:
-Cette chose, je ne l’ai vue ni chez le roi des Perses, ni l’empereur.
-Alors convertis-toi! dit al Abbas.
Il souhaita voir encore une fois le prophète pour faire sa profession de foi complète.
(...)
Je22 craignais le pire pour les Quraysh, au cas où les Muhammad s’emparaient de la Mecque par la force, au moment où Muhammad s’installa à Marra al Tharan.
Je reconnus Abu Sufyan et je lui criais pour lui exposer vite la situation. Effrayé, il demande ce qu’il devait faire.
-Assieds-toi sur la croupe de cette mule et viens avec moi vers le prophète. Sinon, tu es mort s’ils te rattrapent...
Nous avons été contrôlés plusieurs jusqu’à notre arrivée devant Omar. Quand celui-ci reconnut Abu Sufyan, il s’écria:
-Merci à Allah, qui nous a livré l’ennemi de l’islam sans accord de sauvegarde!
Il partit aussitôt vers le prophète et moi je me poussais la mule en avant pour arriver en même temps que lui. Il entra immédiatement après moi dans la tente et demanda la permission de trancher la tête d’Abu Sufyan.
Moi je disais qu’il était sous ma protection et en me tenant près de l’apôtre d'Allah, déclarais que à part moi, personne ne lui parler en privé. Après avoir débattu quelque temps, Muhammad me dit:
-Je t’accorde sa protection, mène-le à tes quartiers et fait le revenir demain matin ici.
Le matin suivant, Muhammad lui exposa l’islam. Il répondit qu’il n’y avait pas de dieu sinon Allah, et que cela lui semblait clair. Parce que, s’il y en avait, dit-il, ils l’auraient aidé...
Mais que Muhammad était l’apôtre d'Allah, vraiment il avait toujours des doutes, qui pourtant ont disparu dès que je me mis à le menacer:
-Soumets toi vite, sinon, tu seras exécuté.
Là, il se soumit totalement.
je dis ensuite à Muhammad:
-Tu connais Abu Sufyan, et ses ambitions. Il faut lui fournir une compensation.23
-Oui, va dans son domaine et protège ses biens.
A notre départ, Muhammad nous dit:
-Retiens-le un peu, près la route, au niveau de la colline pour qu’il voit passer les troupes d’Allah24.

La conversion d’Abu Sufyan.
(Maqrizi, Livre du contentieux 36).25
Abu Sufyan n’a cessé de s’opposer à Allah et au apôtre d'Allah jusqu’à ce que l’apôtre d'Allah envoie son attaque contre la Mecque. Al Abbas a amené Abu Sufyan à l’apôtre d'Allah. Il avait amené AbuSufya sur le dos de son chameau parce qu’Abusufyan était son ami du temps de la jahiliyya. Quand il l’amena devant l’apôtre d'Allah, il demanda au prophète d’assurer à Abu Sufyan sa sauvegarde.
Quand l’apôtre d'Allah l’a vu, il a dit:
-Honte à toi, Abu Sufyan! Le temps est-il venu pour toi de reconnaître qu’il n’y a de dieu qu’Allah?
(...)
-Le temps est-il venu pour toi de reconnaître que je suis l’apôtre d'Allah?
(...)
-Sur ce point, j’ai une petite hésitation qui vient de mon intime conviction...
Al Abbas s’écria:
-Honte à toi! Prononce la profession de foi sur la vérité divine, ou alors tu seras exécuté!
Alors il a dit sa profession de foi, et il est devenu musulman.



§ 584. — “Personne ne peut leur résister”.


La marche sur la Mecque s’est déroulée “presque” sans combats26, sans violence manifeste, si l’on compare avec le reste des opérations décidées par Muhammad. Mais la violence est remplacée par une habile politique de terreur et la tradition musulmane considère d’ailleurs que la ville a été prise de force27.

La soumission d’Abu Sufyan et Abbas, les deux dirigeants mecquois est un prélude. Ils viennent pour négocier, vider de l’intérieur la capacité de résisance des Mecquois, et sauver la ville, lui offrir la défaite pour lui éviter la catastrophe28 .



1. — La “Grande Armée”.


Il faut pétrifier les Mecquois pour rendre tout résistance impossible. Le montant des effectifs à lui seul (plus de 10 000 hommes) suffit à le faire comprendre: jamais une telle troupe n’a été rassemblée en Arabie et mise en branle dans un objectif précis29. Les descriptions insistent sur la masse, la puissance et la détermination des troupes : la tactique est celle de la dissuasion, pour dissuader l'ennemi de toute réaction, et de la terreur, pour le décourager davantage.

La revue des troupes musulmanes.30
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 810, 814-5).
Il se mit en route jusqu’à Marr al Zahran avec dix mille musulmans ; les Sulaym étaient sept cents et certains disent mille ; les Muzayna, mille, et dans chaque tribu, un grand nombre étaient musulmans. Les muhajirun et les ansar partirent comme un seul homme31 ; aucun ne resta derrière. (...)
Quand il partit en arrière, l’envoyé me dit de l’installer au niveau le plus étroit de la vallée, là où la montagne avance, de telle façon que les armées d’Allah puissent passer et qu’il puisse bien les voir.
Les escadrons passèrent devant lui avec leurs étendards, et chaque fois, il demanda qui ils étaient.
Il vit les Sulaym et il dit:
-Qu’ai-je à faire avec les Sulaym32 ?
Même chose avec les Muzayna, jusqu’à ce que tous soient passés, il posa a même question et fit la même réponse à la question33.
A la fin, l’envoyé passa en revue son escadron “vert-noir” dans lequel il n’y avait que des muhajirun et des ansar dont seuls les yeux étaient visibles à cause de leur armure34.
Il dit:
-Bonté céleste, Abbas, qui sont-ils?
Je lui dis que personne ne pourrait leur résister.

Autre estimation des effectifs.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 247).
Tous les hommes valides de Médine, muhajirun et ansar, prirent les armes et partirent. A la première étape, le prophète passa l'armée en revue. Elle se composait de dix mille hommes: cinq mille muhajirun et ansar, et cinq mille hommes des différentes tribus arabes, telles que les Banu Sulaym, les Banu Ghatafan, les Banu Juhayna, les Banu Tamim et les Banu Asad.
Le prophète partit le 10 du mois de ramadan, avec ces dix mille hommes, tous montés, complètement armés et approvisionnés.

(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
Le mercredi du 10 de ramadan, après la prière de l’après-midi, Muhammad partit à la tête de 10 000 hommes et n’arrêta qu’à al Sasal.
L’avant-garde de 200 hommes était conduite par al Zubayr.

La terreur d’Abu Sufyan.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 279).
En levant le camp, le prophète dit à Abbas :
-Conduis Abu Sufyan à un endroit où la route est resserrée, au moment où l'armée y passera, afin qu'il la voie défiler, et que, à son retour à la Mecque, il puisse dire aux habitants combien elle est nombreuse, pour qu'ils ne songent pas à la résistance.
Abbas et Abu Sufyan, postés à l'issue de la vallée, virent les troupes, montées sur de beaux chevaux et complètement armées, défiler les unes après les autres. Abu Sufyan questionnait Abbas sur chaque corps qu'il voyait passer, et Abbas lui nommait toutes les tribus, les Banu Ghatafan, les Banu Sulaym, les Banu Juhayna, et toutes les autres, qui formaient cinq mille hommes. Enfin le prophète parut au milieu d'un corps de cinq mille hommes, formé de muhajirun et ansar, armés de casques et de cuirasses, de sorte qu'on ne voyait de leurs corps que les yeux ; ils ressemblaient à des masses de fer, et on les appelait la troupe verte, parce que, de loin, le fer les faisait paraître de couleur verte. A leur aspect, Abu Sufyan fut frappé d'étonnement et de terreur, et il dit à al Abbas :
-Certes, la royauté du fils de ton frère est grande.
Abbas répliqua :
-Malheur à toi! Il n'est pas un roi, mais un prophète!35


2. — Episodes de l’offensive.


Parmi les anecdotes, une permission de rompre le jeûne pendant le jihad, jihad qui décidément, prend le pas sur quasiment tout, y compris les obligations rituelles.

La rupture du jeûne.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 276).
La journée était très chaude, et l'observation du jeune du ramadan fort pénible. Alors fut révélé le verset suivant:
... Celui qui est malade et celui qui est en voyage jeûneront, dans la suite, le même nombre de jours, etc. 36
En conséquence, le prophète rompit le jeûne. En quittant ce campement, il s'avança jusqu'à Osfan.

(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
A al Kadid, Muhammad. a pris un bol avec de l’eau, et a rompu le jeûne devant tout le monde. Quand il entendit que d’autres continuaient le jeûne, il considéra que c’était des personnes désobéissantes.
Il déclara:
-Comme vous êtes en train d’attaquer l’ennemi, il est préférable de rompre le jeûne.

L’inquiétude des troupes.
(Waqidi, Livre de des expéditions 64).
A al Arg, les musulmans commençaient à avoir des doutes: allaient-ils combattre contre les Quraysh ou contre les Hawazin?
Pour leur fournir quelque certitude, Kab ibn Malik se rendit chez Muhammad, se mit à genoux et déclama un poème dans lequel il s’exprima l’idée que l’armée marchait contre les Thaqif. Muhammad. souriait, sans rien dire, et à la fin, on se mit à se moquer de Kab.
A Qudayd, Muhammad a été interrogé ainsi:
-As-tu vraiment envie de prendre des femmes blanches et des chameaux marrons?37
Il répondit:
-Allah m’a rendu les Mecquois invulnérables.

Sara la messagère.
(ibn Hisham, Conduite de l’apôtre d'Allah 809-810).
Lorsque le prophète eut décidé de marcher sur La Mecque, Hatib ibn Abu Baltaa écrivit aux Quraysh, pour les informer de cette décision, une lettre qu'il confia à une femme appartenant, selon Muhammad ibn Jafar38 , aux Muzayna ou qui, d'après d'autres, était Sara, cliente39 d'un membre des Banu Abd al Muttalib, en la chargeant, moyennant rétribution, de la faire parvenir aux Quraysh. Cette femme plaça la lettre sur sa tête en l'enveloppant dans ses tresses et se mit en route. Mais le prophète, informé par le ciel40 de l'acte de Hatib, dépêcha Ali ibn Abu Talib et al Zubayr ibn al Awwam en leur enjoignant de rattraper une femme porteuse d'une lettre de Hatib ibn Abi Baltaa aux Quraysh pour les informer de la décision qu'il avait prise à leur sujet et les mettre en garde. Ils la rejoignirent à al Khulayqa (...), la firent descendre de sa monture et fouillèrent ses affaires, mais sans succès.
Ali ibn Abu Talib lui dit alors :
-Je jure par Allah que l'on n'a menti ni au prophète ni à nous-mêmes. Tu vas retirer cette lettre de sa cachette ou nous te mettrons nue.41
Voyant qu'il ne plaisantait pas, elle lui demanda de se détourner, puis elle défit ses tresses et en retira la lettre qu'elle lui remit .

(Muslim, Sahih 44/4550).

Alî a dit : L'envoyé d'Allah m'envoya en compagnie d'Az Zubayr et d'Al Miqdâd, en nous disant :
-"Marchez jusqu'à Rawdat Khâkh (endroit situé à une douzaine de milles au sud de Médine); vous y trouverez une femme en litière qui porte une lettre. Prenez-la d'elle".
Nous partîmes sur nos chevaux qui couraient, jusqu'à l'endroit indiqué où nous trouvâmes la femme, à laquelle nous dîmes :
-"Remets-nous la lettre que tu as!".
- "Je n'ai pas de lettre", répondit-elle.
- "Tu vas remettre la lettre, réprimes-nous, ou nous allons te fouiller!".
Alors elle retira la lettre du cordon qui retenait ses cheveux. Là-dessus, nous emportâmes la lettre à l'envoyé d'Allah : or c'était un de Hâtib ibn Abu Balta'a à certains polythéistes de La Mecque, par lequel il leur donnait des renseignements sur un projet de l'envoyé d'Allah . L'envoyé d'Allah dit à Hâtib :
-"Qu'est-ce que c'est, ô Hâtib?".
Le coupable répondit :
- "Ne te hâte pas de me juger, envoyé d'Allah; moi, je n'ai eu dans Quraysh que la situation d'un rapporteur".
Sufyân dit :
-"Il était leur allié, n'appartenant pas originairement à la tribu".
Hâtib poursuivit : "Les autres muhâjirûn ont, à La Mecque, des parents par lesquels ils peuvent assurer la protection de leurs familles; moi, comme les liens du sang ne me donnaient pas cet avantage, j'ai voulu m'acquérir à la reconnaissance de Quraysh des droits qui assurassent la protection de mes proches. Mais je n'ai pas agi par infidélité ou par apostasie; je n'ai point accepté comme religion l'infidélité après avoir embrassé l'islam".
L'envoyé d'Allah répondit :
-"En vérité, il vous a parlé sincèrement".
Omar dit alors :
-"envoyé d'Allah, laisse-moi couper la tête de cet hypocrite".
L'envoyé d'Allah lui répondit : Cet homme a assisté au combat de Badr; comment pourrais-tu savoir qu' Allah n'aurait pas considéré les combattants de Badr en leur disant : "Faites tout ce que vous voudrez, car je vous pardonne d'avance?". Allah, que Son nom soit exalté et loué, a donc révélé ce verset : ô vous qui avez cru! Ne prenez pas pour alliés mon ennemi et le vôtre...


3. — Les combats oubliés.


Contrairement à ce que diffusent l'essentiel des travaux modernes de vulgarisation, la conquête de la Mecque n'a pas été un moment pacifique, celui d'une communion qui ne serait que le prélude à une conversion universelle, autour d'un chef impeccable au sens strict. On a déjà vu que la terreur, la conversion forcée et la manipulation étaient des armes utilisées par Muhammad. Il y a aussi de véritables combats qui se déroulent. L'importance du sujet et de sa dissimulation condamnent à citer longuement les sources originales.

(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 817).
Safwan ibn Umayya, Ikrima ibn AbuJahl et Suhayl ibn Amir avait rassemblé des hommes à al Khadama pour combattre. Himas ibn Qays (...) aiguisait son épée avant l’arrivée de l’envoyé dans la Mecque, et sa femme lui demanda pourquoi il faisait ainsi. Il lui dit que c’était pour Muhammad et ses compagnons. Elle dit qu’elle pensait que cela ne ferait pas grand mal....
Il alla ensuite à al Khadama avec Safwan, Suhayl et Ikrima et quand les musulmans sont arrivés, une escarmouche s’ensuivit dans laquelle Kurz ibn Jabir (...) et Khunays ibn Khalid (....), qui était dans la cavalerie de Khalid furent tués. Ils avaient pris un chemin à part et furent tués ensemble. Khunays fut tué d’abord, et Kurz mit le corps entre ses pieds et fut tué ensuite...
Salama ibn al Mayla, un des cavaliers de Khalid, fut aussi tué, et les polythéistes perdirent environ 12 à 13 hommes.
Himas se réfugia chez lui et dit à sa femme de bloquer la porte. Elle lui demanda ce qui s’était passé, en référence à ses paroles précédentes. Il déclara:
-Si tu avais été témoin de la bataille de Khandama, quand Safwan et Ikrima se sont enfuis, et quand Abu Yazid se tenait debout comme un pilier, les musulmans les rencontraient avec leurs sabres, qui tranchaient les bras et les têtes ; on entendait que des cris confus, et derrière eux, leurs cris et grognements: tu ne devrais pas prononcer une parole de reproche.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 280).
Le prophète, de son côté, croyait que les Mecquois allaient résister. Le jour où il voulut faire son entrée, il demanda quelles dispositions ils avaient prises. On lui dit :
-Ils ont fait appel aux tribus confédérées (Ahabish42), qu'ils ont réunies, avec les principaux guerriers, du côté d’Arafat ; les autres se tiennent armés aux portes de leurs boutiques et de leurs maisons.
Ils ont dit aux Banu Bakr et aux autres confédérés :
-Si Muhammad ne nous attaque pas, nous ne combattrons pas ; s'il nous attaque, nous nous défendrons ; alors entrez dans la ville, de manière que, tandis que nous le chargerons par devant, vous puissiez le charger par derrière.
Le prophète, en apprenant ces faits, résolut de ne point les attaquer, et Allah révéla le verset suivant :
Ne les combattez pas près du saint temple, à moins qu'ils ne vous attaquent,
etc. 43
Le prophète appela Zubayr, ibn Awwam, qui commandait l'avant-garde de deux mille hommes44 , et lui dit :
-Avance avec ton corps et entre à la Mecque ; tu planteras le drapeau sur la montagne, à l'entrée de la ville, du côté oriental.
Khalid ibn Walid, qui commandait l'aile gauche, composée de deux mille hommes, reçut l'ordre de pénétrer dans la ville du côté occidental, près du mont Safa, là où étaient postés les confédérés et les Banu Bakr, d'y faire halte, et de ne point attaquer, à moins qu'il ne fut attaqué lui-même. Zubayr ibn Awwam, se mit en marche et planta le drapeau à l'endroit que le prophète avait désigné. Deux hommes de son corps, qui étaient restés en arrière, furent aperçus par les Mecquois, du haut de la montagne, et tués à coups de pierres. Zubayr n'eut pas connaissance de ce fait, parce qu'ils étaient loin de lui. Khalid ibn Walid, s'avança vers la partie inférieure de la ville. Les confédérés et les Banu Bakr se jetèrent à sa rencontre et l'attaquèrent. Khalid les mit en fuite et les repoussa jusqu'à l'extrémité de la ville. Il prit position à l'entrée de la Mecque et planta le drapeau au haut de la montagne. Khalid avait perdu trois hommes, tandis que les infidèles eurent plusieurs morts. Cinq musulmans seulement furent tués ce jour-là: trois du corps de Khalid et deux du corps de Zubayr.

(Baladuri, Livre des conquêtes 38).
Khalid ibn al Walid conduisit le combat contre les Quraysh et reçu le premier l’ordre d’entrer dans la ville. Ainsi, il tua 24 hommes de Quraysh et 4 des Hudhayl.
D’autres disent 23 Quraysh et que les autres se sont enfuits dans la montagne.

(Waqidi, Livre des expéditions 63).
Les musulmans sont entrés sans trouver de résistance ; Khalid a rencontré de la résistance de la part de Safwan, Ikrima et Suhayl avec leurs troupes. Après une brève bataille, au cours de laquelle 24 Quraysh et 4 Khuzaa sont tombés, et ils furent poursuivis jusqu’à al Khazvara et jusqu’au sommet des montagnes.
(...)
Abu Sufyan et Hakim s’écrièrent auprès des Quraysh:
-Pourquoi vous jetez vous dans la mort? Qui rentre chez soi et jette ses armes est sur de sauver sa vie.
Ils couraient dans leurs maisons et jettaient leurs armes dehors. Les musulmans les ramassaient.
Comme Muhammad voyait d’en haut l’éclat des armes, il se mit en rage à cause de l’irrespect de ses ordres. Ensuite, il se calma, en apprenant ce qui se passait en réalité.

Deux victimes de la conquête.
(ibn Sad, Tabaqat 8/106).45

Le prophète épousa Mulayka bint Kab. Elle était connue pour sa beauté remarquable.
Aïsha lui rendit visite et elle dit:
-N’as-tu pas honte d’épouser celui qui a tué ton père?
Alors elle s’enfuit de chez le messager d’Allah et il divorça d’elle.
Sa famille vint voir le prophète et dit:
-Ô messager d’Allah, c’est une jeune fille et elle n’a pas de jugement. Elle s’est trompée, reprends-la.
Le prophète refusa...
Son père avait été tué sur le jour la Mecque fut conquise. Khalid ibn al Walid l’a tué à al Khandama.
(...)
Le messager d’Allah a épousé Mulayka bint Kab al Laythi au mois de ramadan, l’année huit ; il a consommé le mariage et elle est morte avec lui46.

Allusion coranique aux combats de la conquête?47
(Corpus coranique d'Othman 48/24-25).
C’est lui qui a écarté de vous les mains des infidèles et qui a écarté d’eux vos mains, dans le val de la Mecque48, après vous avoir donné avantage sur ceux.
Allah sur ce que vous faites, est clairvoyant.
Ce sont là ceux qui ont été infidèles et vous ont écartés de la mosquée sacrée ainsi que de l'oblation dont le lieu de sacrifice vous était interdit.
N'eussent été des hommes croyants et des femmes croyantes inconnus de vous, parmi les infidèles, que vous risquiez, à votre insu, de broyer sous vos pieds, en sorte qu'une représaille vous aurait atteints de leur part, vous auriez porté vos coups contre les infidèles.
Tout cela s'est fait pour qu'Allah fasse entrer qui il veut, en sa miséricorde.
S'ils s'étaient signalés, nous aurions fait subir un tourment cruel à ceux d'entre ces gens qui sont infidèles.


4. — Les proscriptions.


Muhammad n’oublie rien, et surtout pas la période mecquoise de sa prédication, au développement dramatique et à la conclusion catastrophique. Des gens doivent payer, de manière spectaculaire, expiant pour le compte du reste de la population. Ce ne sont pas les responsables politiques, les aristocrates qui sont visés, mais plutôt ceux qui se sont exprimés, ceux qui chantent ou savent écrire et se moquent.

(Tabari,Histoire des prophètes et des rois III 280).
L’envoyé donna des instructions à ses officiers quand ils entreraient à la Mecque: ils ne devaient combattre que ceux qui résistaient, à l’exception d’une petit nombre, qui devaient être tués, même s’ils étaient trouvés collés contre le rideau de la Ka'ba.
Parmi eux, il y avait Abdullah ibn Sad, frère des Banu Amir ibn Luayy. Il l’ordonna pour la raison suivante: il avait été un musulman et il avait écrit les révélations ; ensuite, il avait apostasié et était retourné chez les Quraysh...
(...)
Une autre à proscrire était Abdullah ibn Khatal des Banu Taym ibn Ghalib. Il était devenu musulman et l’envoyé l’avait envoyé collecter l’aumône en compagnie d’un des auxiliaires. Il avait avec lui un affranchi qui le servait. A une halte, il lui ordonna d’aller tuer une chèvre pour lui, et il s’endormit. A son réveil, il vit qu’il n’avait rien fait, alors il l’a battu et tué ; ensuite, il a apostasié. Il avait avec lui deux chanteuses Fartana49 et son amie qui souvent chantaient des satires contre l’envoyé ; alors il ordonna qu’on les tue tous.
Un autre à proscrire fut al Huwayrith (...) un de ceux qui l’insultait quand il était encore à la Mecque.
Un autre encore était Miqyas ibn Hubaba, parce qu’il avait tué un auxiliaire qui avait tué son frère par accident ; ensuite, il était redevenu polythéiste.
Et Sara aussi, affranchie d’un des Banu Abdul Muttalib.
Et Ikrima ibn Abu Jahl50 .
l’avait insulté à la Mecque51(...).

Menaces sur les Quraysh.
(Muslim, Sahih 19/ 4395).
52
Le messager d’Allah dit:
-Vous voyez les vauriens et partisans des Quraysh.
Et il indiqua en frappant une main sur l’autre qu’ils devraient être tués et dit:
-Retrouvez moi à as Safa.
Alors ils partirent et si quelqu’un d’entre nous voulait qu’un individu particulier soit tué, il a été tué, et personne ne peut offrir de résistance. Abu Hurayra continue: alors vint Abu Sufyan qui dit:
-Messager d’Allah, le sang des Quraysh est devenu très bon marché. Il n’y aura plus de Quraysh après ce jour.53

(Muslim, Sahih 19/4395).54
Il dit:
-Avez vous vu les vauriens des Quraysh?... Quand vous les rencontrerez demain, éliminez-lez les...
Quiconque a été vu avec eux ce jour là a été mis à mort...
Abu Sufyan vint et dit:
-Messager d’Allah, les Quraysh ont péri. Aucun membre de la tribu des Quraysh ne survivra à ce jour.
Le messager d’Allah dit:
-Celui qui entre dans la maison d’Abu Sufyan sera sauf, celui qui dépose les armes sera sauf, celui qui ferme sa porte sera sauf.
Les ansar dirent:
-L’homme est poussé par sa tendresse envers sa famille et l’amour de sa cité.






Chapitre 93


“Al Fath”

la Conquête de référence



La prise55 de la Mecque (1er janvier 630)56 marque une nouvelle étape dans la propagation de l’islam: Muhammad met la main sur un étape du commerce international de l’époque, et sur un sanctuaire majeur. C’est aussi pour lui une revanche personnelle sur la cité qu’il a du fuir huit ans auparavant.
A la Mecque, le chef des musulmans fait appliquer sa loi, règle ses comptes, et met une touche finale aux rituels. Renforcé théologiquement par sa possession du sanctuaire, et militairement par la masse des nouveaux convertis mecquois, il se lance à la conquête de nouveaux territoires en Arabie, au sud, vers le Yémen, au nord, vers la Palestine, et à l’est, vers le golfe persique. Cependant, La Mecque n’est pas une nouvelle capitale57 . Il reste le temps qu’il faut dans la ville et pas davantage : il n'y a pas d'affection entre lui et les Mecquois, qui doivent le considérer encore comme un traître et un formenteur de sédition.



§ 585. — Les plans initiaux.

Deviner quel sort Muhammad réservait aux Mecquois est difficile. Les ouvrages de vulgarisations présentent une apothéose irénique, marquée par un pardon général et un comportement quasiment christique de la part de Muhammad. C’est oublier que la prise de la Mecque est considérée dès le départ comme une opération diplomatique58 et militaire59 . Les textes présentent une gamme très large de possibilités d’action dont disposent les musulmans. Une chose est claire: potentiellement, l’envahisseur se réserve le droit à la violence, si les circonstances l’exigent.

Les cyniques tergiversations sur le sort de la cité et de sa tribu dirigeante doivnet être replacés dans le contexte des luttes ultérieures, où l’on débat par les armes et par le verbe de leurs statuts respectifs.


1. — Méditations sur le sort de la Mecque et des Quraysh.

Le Coran a conservé des traces des hésitations du chef, entre le pardon et la vengeance. Mais Muhammad s'est déjà vengé de la Mecque en massacrant ses chefs à Badr, en jetant leurs cadavres dans un puits, et en ruinant son commerce.

(Corpus coranique d'Othman 7/92-94).

Nous n'avons envoyé dans une cité aucun prophète sans frapper la population de cette cité de calamité et de malheur, espérant que peut-être ils s'humilieraient (...).
Si les populations des cités avaient cru et avaient été pieuses, nous leur aurions octroyé des dons du ciel et de la terre.
Mais elles ont crié au mensonge et nous les avons emportés en prix de ce qu'elles se sont acquis.

(Corpus coranique d'Othman 16/113-4).
Allâh propose la parabole d'une cité qui a été paisible et tranquille, qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts et qui a nié les bienfaits d'Allâh.
Celui-ci, en punition de ce que les gens de la cité ont accompli, leur a fait goûter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux, mais ils l'ont traité d'imposteur et le tourment les a emportés alors qu'ils étaient injustes.

Le sang des Quraysh.
(Muslim, Sahih 19/ 4395).60
Le messager d’Allah dit:
-Vous voyez les vauriens et partisans des Quraysh.
Et il indiqua en frappant une main sur l’autre qu’ils devraient être tués et dit:
-Retrouvez moi à as Safa.
Alors ils partirent et si quelqu’un d’entre nos voulait qu’un individu particulier soit tué, il a été tué, et personne ne peut offrir de résistance.
Abu Hurayra continue: alors vint Abu Sufyan qui dit:
-Messager d’Allah, le sang des Quraysh est devenu très bon marché. Il n’y aura plus de Quraysh après ce jour.61

Les vauriens des Quraysh ou “l’amour de sa cité”.
(Muslim, Sahih 19/ 4395).62

Il dit:
-Avez vous vu les vauriens des Quraysh?... Quand vous les rencontrerez demain, éliminez-lez les...
Quiconque a été vu avec eux ce jour là a été mis à mort...
Abu Sufyan vint et dit:
-Messager d’Allah, les Quraysh ont péri. Aucun membre de la tribu des Quraysh ne survivra à ce jour.
Le messager d’Allah dit:
-Celui qui entre dans la maison d’Abu Sufyan sera sauf, celui qui dépose les armes sera sauf, celui qui ferme sa porte sera sauf.
Les ansar dirent:
-L’homme est poussé par sa tendresse envers sa famille et l’amour de sa cité.


La grâce pour les Quraysh.
(Muslim, Sahih 19/4399).63

J’ai entendu le saint prophète dire le jour de la conquête de La Mecque: aucun Quraysh ne sera tué pieds et poings liés de ce jour jusqu’au jour du Jugement.


La condamnation des Quraysh.
(Baladuri, Livre des conquêtes VII 39).

-Voyez-vous la foule des Quraysh?
-Nous la voyons, dirent les ansar.
Il fit un signe de la main posée sur l’autre, comme pour dire:
-Tuez-les.”64

2. — La violence légale.

Muhammad insiste sur un problème de droit qui, 1300 ans plus tard, semble futile et inutile : la permission de la violence, pour lui seul, pendant un temps compté. Pour bien se rendre compte de cette bizarrerie juridique, il faut observer l'avant et l'après Muhammad: avant, la Mecque65 , sanctuaire et marché, jouit d'un statut d'asylie totale : aucun acte de violence ne peut y être commis sous peine de sacrilège. Muhammad doit donc rompre avec une coutume séculaire et en même temps, rappeler son caractères temporaire. Mais la vraie raison de l'insistance, c'est le destin ultérieur de la Mecque, centre malgré elle du monde musulman: une ville qui est la cible de violence, de sièges, séditions, sacrilèges et massacres. Les textes tentent de limiter l'expression de la violence, inhérente pourtant au monde musulman, dans son aire la plus sacrée.

Une simple parenthèse.
(Bukhari, Sahih66 3/ 112).
67
Le jour de la conquête de La Mecque... (le prophète) s’adressa aux gens:
-Allah rejette le meurtre de La Mecque. Allah a laissé son prophète et les croyants soumettre les infidèles de La Mecque. Attention! Combattre à La Mecque n’a été permis à personne avant moi et à personne après moi...La guerre à l’intérieur a été légale pour quelques heures ce jour-ci.

La règle et l’exception.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 818).

L’apôtre d'Allah avait donné instruction à ses officiers pour qu’un fois dans la Mecque, ils n’attaquent que ceux qui résistaient, à l’exception d’un petit nombre, qui devaient être tués, même s’ils étaient trouvés sous les rideaux de la Ka’ba.


§ 586. — La Mecque ville ouverte.

Le bilan, en comparaison des autres actions de Muhammad est relativement léger, puisque tout s’est joué avant: il respecte encore sa tribu d’origine et surtout le caractère sacré du sanctuaire. Pourtant, à partir de ce moment, l’ordre règne à la Mecque. Les habitants sont pardonnés, c’est-à-dire convertis, de gré ou de force68 . Le nouveau chef en tire prestige et peut se consacrer à des actes spectaculaires contre le sanctuaire.
C’est l’aboutissement de huit années de lutte, et de plusieurs semaines de manoeuvre, qui ont très habilement miné la résistance des Mecquois.
Pourtant, on décèle ici ou là des traces de combats, rapides et sanglants, qui prouvent bien que quelques Mecquois entendaient résister contre l’inéluctable.



1. — L’entrée triomphale.

Chaque étape, chaque moment, chaque détail de l'entrée du monarque est énoncée pour être mise en valeur . Ce sont surtout des informations sur l'apparence du personnage et quelques paroles erratiques lancées ici ou là. Le thème de l'entrée dans les villes est typique dans l'histoire humaine, comme moment obligée de la propagande monarchique.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 282).

Le prophète fit son entrée dans la ville, monté sur un chameau et couvert d'un turban noir. Il était précédé par Ali, portant son étendard, et entouré de muhajirun et d'ansar. Lorsqu'il arriva à la porte de la ville, à l'endroit où était posté Zubayr, il donna l'ordre de dresser sa tente de cuir de Ta’if sur la hauteur où Zubayr avait planté son drapeau.

Muhammad 1er le conquérant.69
(Dawud, Hadith 33/ 4169).70
Le jour de la conquête, le prophète entra dans La Mecque, portant un casque sur sa tête
Quand le prophète d’Allah a conquis La Mecque, le peuple de La Mecque a commencé à amener ses petits garçons pour qu’il puisse les bénir et toucher leurs têtes. On m’a amené, mais j’étais parfumé avec du khaluq et il ne m’a pas touché à cause du khaluq.71

(ibn Sad, Tabaqat 2/172).
L'apôtre d'Allah entra à la Mecque l'année de la Victoire, et sur sa tête il y avait un casque. Ensuite, il l'enleva.


(Dawud, Hadith 14/2586).
Quand le prophète est entré dans la Mecque, sa bannière était blanche.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 494).
J’ai vu l’apôtre d'Allah le jour de la victoire de la Mecque, et je n’oublierai pas son visage très blanc et sa barbe très noire. Il y avait des gens face à qui il était grand et d’autres face à qui il était petit.
-Quels étaient ses vêtements?
-Je ne me souviens plus.

(Bukhari, Sahih 66/ 24, 1).
Abdallah ibn Moghaffal a dit:
-J’ai vu l’envoyé d'Allah réciter sur sa chamelle la sourate “La victoire”, le jour de la prise de la Mecque.

(Bukhari, Sahih 64/488, 6).
Le jour de la prise de la Mecque, le prophète entra dans la ville la tête couverte d’un heaume. Comme il venait de le retirer, un homme arriva et dit:
-Ô prophète, ibn Khatal est accroché aux voiles de la Ka'ba.
-Qu’on le tue! s’écria Muhammad.

(Bukhari, Sahih 3/104).72

... si quelqu’un estime que le combat est licite à La Mecque parce que le prophète s’est battu à La Mecque, dis-lui qu’Allah a donné la permission à son apôtre mais il ne l’a pas donné à toi.
Le prophète a ajouté:
-Allah m’a permis à moi seulement pour quelques heures du jour de la conquête (la violence), mais maintenant, la sacralité du lieu est la même qu’avant.
(Bukhari, Sahih 3/112).73
Le jour de la conquête de la Mecque... (le prophète) s’adressa aux gens:
-Allah rejette le meurtre74 de la Mecque. Allah a laissé son prophète et les croyants soumettre les infidèles de la Mecque. Attention! Combattre à la Mecque n’a été permis à personne avant moi et à personne après moi...
La guerre à l’intérieur a été légale pour quelques heures ce jour-ci.

(Bukhari, Sahih 26/ 795).75
... (le prophète a dit, le jour de la conquête):
-Par celui dans la main duquel mon âme se trouve, ce qui suit est sa volonté à ses disciples:
il est obligatoire à ceux qui sont présents de répandre l’information à ceux qui sont absents. Ne devenez pas infidèles après moi, en frappant les cous les uns des autres76.

(Bukhari, Sahih 58/ 122).77
Le jour de la conquête de La Mecque, alors que le prophète avait distribué le butin des Quraysh, les ansar dirent:
-Par Allah, c’est vraiment étrange. Alors que le sang des Quraysh coule encore goutte à goutte sur nos sabres, notre butin de guerre est distribué parmi eux...78


2. — La violence de l’assaut: des versions alternatives.

Ce texte poétique offre un jour nouveau sur la prise de la Mecque, en insistant sur la violence des opérations. Mais c’est le genre littéraire de l’époque qui le veut. Ce document n’est jamais reproduit ailleurs que dans la biographie officielle de Muhammad.

Poème sur la prise de la Mecque.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 831).

Bujayr ibn Zuhayr a écrit, à propos de la conquête:
Muzayna et les Banu Khufaf, ce jour-là
ont expulsé les gens des al Haballaq de chaque ravin.
Ils les ont frappé de leurs sabres acérés,
le jour où le bon prophète est entré à la Mecque.
Nous sommes venus contre eux avec 700 autres des Banu Sulaym
Et un bon millier des Banu Uthman.
Nous avons frappé leurs épaules de taille et d’estoc79
Et nous avons tirés sur eux des traits emplumés.
Vous pouviez entendre dans leurs rangs leurs soupirs
Comme si les pointes entaillées étaient séparées de leurs attaches80
Nous avancions avec nos lances bien droites
tandis que nos chevaux tournoyaient parmi eux.
Nous avons pillé autant que possible
alors qu’ils s’enfuyaient.
Nous avons juré notre foi à l’apôtre d'Allah
En amitié sincère.
Ils ont entendu ce que nous avons dit
Et se sont décidés à partir, ce jour de terreur.


(ibn Sad, Tabaqat II 169).
L’armée toute entière n’a pas rencontrée de concentration de troupes ennemies, à l’exception de Khalid, qui a affronté Safwan ibn Ummayah, Suhayl ibn Amir, Ikrima Abu Jahl avec un groupe de Quraysh, à al Khandama. Ils ont résisté à leur avancée, et leurs bras ont lancé des flèches contre eux. Khalid exhorta ses compagnons à les combattre. Il massacra 24 hommes des Quraysh et 4 des Hudhayl. Les Quraysh subirent alors la pire des défaites.
Quand l’apôtre d'Allah (...) vit le combat, il dit:
-N’avais je pas interdit de combattre?
On lui dit:
-Khalid a été obligé de combattre, alors il l’a fait.
Il déclara:
-Le décrêt d’Allah est le meilleur.
Deux musulmans furent tués: Kurz ibn Jabir et Khalid al Ashqar.

§ 587. — Sacrilèges dans le sanctuaire.

La prise de la Mecque est aussi la prise du sanctuaire antique, qui rappelle les sacs successifs du Temple de Jérusalem par divers ennemis d’Israël.
Muhammad doit marquer sa nouvelle emprise par des gestes spectaculaires et définitifs, qui sont autant de sacrilèges pour les habitants. Ses multiples destructions sont une sorte de voie de faits contre l’ancienne religion, qui doit démontrer sa propre supériorité et celle de son dieu, et qui doit empêcher la poursuite du culte traditionnel81.
Et personne ne s’est jamais vraiment interrogé sur un point important: pourquoi Muhammad n’a t-il pas détruit la Ka’ba elle-même?82



1. — Le tour de la Ka’ba.


Comme au moment du Pèlerinage de l'Accomplissement, Muhammad accomplit les rites traditionnels tout en démolissant ce qu'il trouve sur son chemin, tout en tournant plusieurs fois autour du bâtiment83 . C'est à la fois la célébration et la destruction d'un système qui s'accomplit en même temps.

Démonstration.
(Muslim, Sahih 7/ 2905).84
Le messager d’Allah... marcha rapidement autour de la Maison pour montrer sa force aux polythéistes.

Idolophobie.
(Bukhari, Sahih 43/ 658 et 59/ 583).85
Le prophète entra dans La Mecque et il y avait 360 idoles autour de la Ka'ba. Il commença à frapper les idoles avec un bâton86 qu’il avait en main et déclamant:
-La vérité est venue et l’erreur a disparu!

(Muslim, Sahih 32/3333).
Abdullah ibn Masûd a dit : Quand le prophète entra à La Mecque, - ibn Abu`Umar ajouta : le jour de la Conquête -, il y avait autour de la Ka`ba trois cent soixante idoles. Du bout d'une baguette qu'il tenait à la main, il piqua chaque idole en disant :
-La vérité est venue et l'erreur a disparu. Car l'erreur est destinée à disparaître. La vérité est venue. Et le faux ne peut rien commencer ni renouveler.

(Muslim, Sahih 19/ 4395).87
Le messager d’Allah avait un arc à la main... quand il fut près de l’idole, il commença à lui crever les yeux88 avec l’arc en disant: la vérité a été établie et l’erreur a péri.

(Baladuri, Livre des conquêtes VII 40).89
Le prophète est entré dans La Mecque. Il y avait 360 idoles autour de la Ka'ba. Il commença à les frapper avec un bâton en disant:
-La vérité est venue et l’erreur a disparu... L’erreur était destinée à disparaître90 . La vérité est apparue et l’erreur ne peut plus créer depuis le début ni faire revenir à la vie.

(ibn Sad, Tabaqat II 175).
En vérité, l’apôtre d'Allah est entré dans le sanctuaire et il disait:
-Gloire à Allah91 ! Allah est grand92 !; il priait, mais sans s’agenouiller.


2. — Les saccages dans le bâtiment.

Le saccage doit marquer brutalement le changement de pouvoir sur la ville démontrer la prise de possession sur le sanctuaire, le passage vers un autre système religieux où le dieu Allah obtient la suprématie sur ses parèdres93 , et par dessus tout empêcher le retour de l’ancienne tradition.
Muhammad détruit, saccage, ruine et ne construit rien, n'offre rien, ne donne rien.
Il faut retenir avec précision les objets anéantis par le personnage, aux significations étonnantes.94

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 282)

Il s'avança jusqu'au temple, où étaient réunis les principaux infidèles, sauf Ikrima ibn Abu Jahl, et Safwan ibn Omayya, qui, ayant appris que le prophète les avaient condamnés à mort, s'étaient enfuis. Ce fut le 20 du mois de ramadan que le prophète fit son entrée solennelle dans le temple. A la porte, il descendit de son chameau, entra dans le parvis et fit ses tournées autour de la Ka'ba. Pendant ce temps, les habitants avaient appris qu'il n'y aurait pas de massacre ; ils quittèrent leurs maisons et se portèrent tous au temple. Après avoir accompli ses tournées, le prophète ordonna d'ouvrir la porte du temple et d'en enlever toutes les idoles, qu'il fit briser ; la plus grande, celle de Hobal, qui était de pierre, fut renversée et jetée à la porte du temple pour servir de seuil, afin que tous ceux qui entraient et sortaient la foulassent aux pieds. Lorsque toutes les idoles furent emportées, le prophète entra dans le temple, et fit une prière de deux prosternations ; puis il sortit, s'arrêta à la porte et regarda sur le parvis, qui était rempli de la foule des habitants de la Mecque.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 821).

Il ordonna à Othman ibn Talha de lui donner les clés de la Ka’ba, la porte fut ouverte et il entra. Là, il trouva une colombe en bois. Il la brisa de ses mains, et la jeta par terre. Ensuite, il se tint debout près de la porte de la Ka’ba, alors que les gens de la mosquée, s’attroupaient autour de lui.


(al Sulami). 95
N’as tu pas vu Muhammad et ses hommes, le jour de la victoire, quand les idoles furent démolies? Alors la lumière de Allah brilla de tout son éclat, et le polythéisme fut submergé dans une mer d’obscurité.

(Dawud, Hadith 32/4144)96 .
Le prophète ordonna à Umar ibn al Khattab qui était à al Batha au moment de la conquête de visiter la Ka'ba et de détruire les images qui y étaient. Le prophète n’est pas rentré dedans avant que les images ne soient détruites.

Travail de démolition.
(Baladuri, Livre des conquêtes VII 40).
Il ordonna la démolition des idoles et l’effacement des images qui étaient dans la Ka'ba.

(Bukhari, Sahih 55/ 571 et 59 584).97
(lors de l’entrée à La Mecque), les images d’Ibrahim et d’Ismaël tenant des flèches de divinition dans leurs mains furent enlevées. Le prophète dit alors:
- Qu’Allah les punisse parce qu’ils savaient que (les deux prophètes98 ) n’ont jamais utilisé de flèches pour la divination.
Alors le prophète entra dans la Ka'ba et dit:
-Allahu Akbar dans toutes les directions, sortit et ne fit pas de prière à l’intérieur.

(Bukhari, Sahih 55/ 570).99
Le prophète entra dans la Ka'ba et trouva des images Ibrahim et de Maryam100 . Là dessus, il dit
-Qu’ont-ils fait? Ils savaient que les anges n’entraient pas dans une maison où il y a des images ; et là, une image d’Ibrahim. Et pourquoi l’ont-ils représenté en train de pratiquer la divination par les flèches101 .

(Azraqi, Chroniques de la Mecque I 111).102
Il y avait une image103 d’Abraham comme un vieil homme pratiquant la divination par la manipulation des flèches, un image de Jésus fils de Marie et de sa mère, et une image des anges. Le jour de la conquête, le prophète entra dans la maison et il envoya al Fadl ibn al Abbas chercher de l’eau de Zamzam. Alors il ordonna que toutes soient effacées104 et ce fut fait. Et il regarda l’image d’Abraham et dit:
- Qu’Allah les détruise! Ils l’ont représenté en train de manipuler des flèches divinatoires. Qu’est ce qu’Abraham peut avoir à faire avec des flèches divinatoires?

(Bukhari, Sahih 60/8, 3-4).
Le prophète entra dans le temple. Il y trouva l’effigie d’Abraham et celle de Marie.
-N’ont-ils pas entendu dire que les anges n’entrent point dans un temple où il y a des statues, s’écria le prophète.
Cet Abraham est une statue, comment pourrait-il augurer?

D’après ibn Abbas, quand le prophète vit les statues dans le temple, il n’y entra pas avant qu’on eut exécuté l’ordre qu’il avait donné de les enlever. En voyant la statue d’Abraham et celle d’Ismaël, ayant entre les mains les flèches augurales, il s’écria:
-Allah les maudisse! Par Allah, ces deux statues n’ont jamais rien décidé par les flèches augurales.


3. — Le rite à l’intérieur de la Ka'ba.

La question est importante, puisque la Ka’ba constituant la direction de la prière, on peut légitimement de demander où se trouve la qibla dès que l’on est à l’intérieur ; ce hadith est original parce qu’il évoque une longue présence de Muhammad et sa suite dans le bâtiment. Ce passage illustrant une aporie doctrinale est finalement amusant et il n'est absolument jamais évoqué dans la littérature de vulgarisation105 .

(Bukhari, Sahih 64/77, 6).

ibn Omar a dit: L'année de la prise de La Mecque, le prophète s'avança monté sur sa chamelle El Qaswa ; il avait en croupe Usama et était accompagné de Bilal et de Othman ibn Talha. Il fit agenouiller sa monture auprès du Temple et dit à Othman:
-Apporte-moi la clé.
Il apporta la clé ; il ouvrit la porte et le prophète entra, suivi de Usama, Bilal et Othman, puis la porte fut refermée sur eux. Il séjourna toute une longue journée et sortit ensuite. Alors les fidèles se précipitèrent pour entrer à leur tour et je les devançai. Comme je trouvai Bilal debout derrière la porte, je lui dis :
-Où l'envoyé d'Allah a-t-il fait sa prière?
- Entre ces deux colonnes qui sont en avant, me répondit-il.
Le Temple renfermait six colonnes placées sur deux rangs, et c'est entre les deux colonnes de la première rangée que le prophète avait prié. Il avait la porte du Temple derrière lui, le visage tourné du côté du mur qui fait face à celui qui entre dans le Temple, et était à peu de distance de ce mur. J'oubliai de demander combien il avait fait de prières. A l'endroit où il avait prié il y avait une plaque d'onyx rouge.

(Bukhari, Sahih 56/127).
D'après Abdallah ibn Omar, le jour de la prise de la Mecque, le prophète s'avança du plus haut point de la ville, monté sur son chameau. Il avait Usama ibn Zayd en croupe, et était accompagné de Bilal et d’Othman ibn Talha, l'un des gardiens du temple. Arrivé, il fit agenouiller sa monture dans l'oratoire106 et donna l'ordre qu'on lui apportât la clef de la maison de Allah. Il l'ouvrit, et y entra accompagné d'Usama, de Bilal et d’Othman. Il y demeura tout un jour ; puis, lorsqu'il sortit, les gens s'avancèrent en foule. Le premier qui entra dans la Ka'ba fut Abdallah ibn Omar. Il y trouva Bilal, debout derrière la porte, et lui demanda à quel endroit l'envoyé d'Allah avait prié ; Bilal le lui désigna.
Abdallah ibn Omar ajoute:
-J’oubliai de lui demander combien de raka le prophète avait prié.


4. — Les destructions du sanctuaire.

Il est important que dans la Kaba et autour d'elle, Muhammad soit le seul acteur des destructions, tandis que dans les autres sanctuaires, ce sont des adjoints qui en sont chargés . Par la destruction principale, il assure sur les autres sa supériorité. Les centaines d'idoles disparaissent donc. C'est le dernier moment de se rappeler que l'endroit que Muhammad voulait le plus honorer, vénérer, baiser, était submergé d'idoles impures et qui lui étaient odieuses...

(al Kalbi, Livre des idoles 27).107

Quand, le jour où il conquit La Mecque, l’apôtre de Allah apparut devant la Kabah, il trouva les idoles disposées autour. Alors il commença à percer leurs yeux avec la pointe d’une flèche en disant:
-La vérité est venue et l’erreur a disparu. Vraiment, l’erreur est une chose qui a disparu.
Il ordonna ensuite qu’elles soient abattues et ensuite sorties et brûlées108.


(ibn Sad, Tabaqat 2/1, 99).109
Le prophète envoya des missions de destruction des idoles disposées autour de la Ka'ba, et il les détruire. Parmi elles, il y avait al Uzza, Manat, Suwa, Buwana, Dhul Kaffayn.


Le traitement ultérieur des idoles.
(ibn Jubayr).110

Nous avons été surpris de découvrir à la porte des Banu Shayba de randes et longues marches en pierre, ressemblant à des bancs, rangées devant les trois portes des Banu Shayba. C'est, dit-on, les idoles que les Quraysh adoraient avant l'islam. La plus grande est Hobal et elle est placée entre les deux autres. Elles sont renversées sur la face afin qu'on les foule aux pieds et que tous les fidèles les mettent à mal par la semelle de leurs chaussures. Rien n'y a fait, même pas leurs adorateurs! Louange là celui qui est unique ! Il n'y a d'autre divinité que lui! A propos de ces pierres, la vérité c'est que le prophète (...) ordonna le jour de la conquête de la Mecque de briser les idoles et de les brûler. Alors ce qu'on nous a raconté est donc faux! Ce ne serait que des pierres apportées là qui ont été prises pour des idoles à cause de leur dimension!


5. — Mythe pseudo-fondateur: Abraham à la Mecque.

Le tour de force de la doctrine islamique est de déformer la Bible en détournant l’aventure d’Abraham vers la Mecque , dont il serait le fondateur. Le Coran l’affirme d’abord , puis la Sunna , dans un récit mythologique étonnant, et appartenant à la fin de la prédication mohammédienne, quand il faut régler le statut du sanctuaire conquis sur les Mecquois.111
C'est certainement à ce moment de l'aventure mohammédienne que ce mythe, longuement analysé dans les travaux de J. Chabbi, s'élabore.


(Corpus coranique d'Othman 2/127-8).
Rappelez-vous quand Abraham, avec Ismaël, élevait les assises du temple, disant: Seigneur, accepte ceci de nous!

(Corpus coranique d'Othman 14/40).

Seigneur! j'ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans culture112 , auprès de ton temple sacré pour qu'ils accomplissent la prière.
Fais que des coeurs , chez les hommes s'inclinent vers eux!
Attribue-leur des fruits!
Peut-être seront-ils reconnaissants!

(Corpus coranique d'Othman 3/90-91).
En vérité , le premier temple qui ait été fondé , pour les hommes , est certes celui situé à Bakka , temple béni et direction113 pour le monde114 .
Il s’y trouve des signes évidents: le maqam115 d’Abraham où quiconque entre est en sécurité. Allah a imposé aux hommes le pèlerinage à ce temple.


§ 588. — La soumission.

L’entrée à la Mecque est une occasion de décrire de belles cérémonies de soumission de la populations, et parmi elles, celle des grandes figures mecquoises. Ce thème est aussi un mode de propagande. La soumission de Hind est la plus intéressante. Il s'agit toujours d'islam, ausens strict du terme, mais dans une autre dimension: c'est la soumission envers la divinité pour les musulmans bien sûr, mais aussi celle des infidèles envers la religion musulmane qui doit aboutir finalement à la première forme. Le second sens, guerrier, coercitif et politique, est constamment sous-estimé.


1. — Le discours aux habitants.


Le genre "discours prophétique" est délicat à mettre en oeuvre de la part des chroniqueurs et historiens musulmans: on n'ose guère mettre dans sa bouche autre chose que ce qui est dans le Coran lui-même, sous peine de blasphème. Ils se contournent la difficulté en réduisant au minimum ses adresses à la population, qui, elle, a tout loisir de répondre.
Tabari, grand coraniste, finit par farcir le récit de fragments coraniques qui rassurent quant à son orthodoxie.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 282-3).
Il saisit l'anneau de la porte, se tourna vers la foule et, debout sur le pas de la porte, il parla ainsi:
-Louanges à Allah, qui fait triompher son serviteur et qui réalise la promesse qu'il lui a donnée. En effet, il m'avait promis de me ramener à la Mecque ; il l'a fait et il a mis en déroute mes ennemis.
Puis il ajouta:
-Habitants de la Mecque, comment pensez-vous que j'agirai envers vous?
Sohayl ibn Amir, qui n'était pas encore musulman, se leva et dit:
-Je pense que toi, qui es un noble Quraysh, issu d'une famille noble, qui reviens dans ta patrie triomphant de tes compatriotes, je pense que tu as l'intention de traiter avec pitié les vieillards, d'amnistier les jeunes gens, d'épargner les femmes et les enfants, de les grâcier tous, de leur pardonner et de leur laisser la liberté.
A ces paroles, le prophète versa des larmes, et les habitants pleurèrent et sanglotèrent. Puis il reprit:
-Je vous dirai ce qu'a dit mon frère Joseph à ses frères :
Je ne vous ferai pas de reproches aujourd'hui ; Allah vous pardonnera, car il est le miséricordieux d'entre les miséricordieux. 116
Ensuite il ferma la porte du temple, sortit, monta sur son chameau et revint à l'endroit où l'on avait dressé sa tente et y descendit. Chaque corps d'armée campa à la place où il se trouvait, et les habitants de la Mecque vinrent par groupes prononcer la profession de foi117 , comme il est dit dans le Coran:
Lorsque arriveront l'aide et la victoire d'Allah, tu verras les hommes entrer par groupes dans la religion d'Allah, etc118 .
Le lendemain, le prophète prit place sur la colline de Safa. Il fit asseoir Omar au-dessous de lui et le chargea de présenter la formule de foi à tous ceux qui viendraient et de recevoir leur serment. Les habitants de la Mecque devinrent tous des affranchis du prophète ; car, comme ils avaient résisté à Khalid ibn Walid119 , et qu'Allah avait donné au prophète la victoire sur eux, ils étaient devenus sa propriété ; il aurait pu les déclarer tous ses esclaves et les distribuer entre les musulmans. Mais il ne fit pas ainsi ; il les affranchit tous.

Le nouveau statut de la ville.
(Bukhari, Sahih 64/41, 3).

D'après al Maqbori, comme Abu Shorayh disait à Amir ibn Sayd qui envoyait des troupes à La Mecque120 :
-Ô prince, m'autorises-tu à te rapporter les paroles que l'envoyé d'Allah prononça le jour de la prise de La Mecque? Il s'agit de choses que mes oreilles ont entendues, que mon coeur a conservées et que mes yeux ont vues, au moment où le prophète parla. Après avoir loué Allah et exalté ses mérites, il ajouta :
-C'est Allah qui a déclaré La Mecque territoire sacré et non les hommes121 . Il n'est pas permis à quiconque croit en Allah et au Jour dernier, d'y répandre le sang, ni de couper ses arbres. Si quelqu'un s'autorisait du combat livré dans cette ville par l'envoyé d'Allah, répondez-lui que Dieu en m avait donné l'autorisation à son envoyé, et cette autorisation il ne vous l'a pas donnée. Il ne me l'a accordée à moi-même que pour un moment de la journée, et aujourd'hui la ville a repris le même caractère sacré qu'elle avait hier. Que ceux qui sont ici présents le redisent à ceux qui sont absents.
- Et que t'a répondu Amir? demanda-t-on à Abu Shorayh.
-Je sais cela mieux que toi, m'a-t-il dit, ô Abu Shorayh.
Mais ce caractère sacré ne protège ni le rebelle, ni celui qui fuit à cause du sang qu'il a versé, ni celui qui fuit à cause d'une catastrophe.

2. — La conversion de Hind.

Ce texte présente la porte-parole des Mecquoises, Hind, femme d’Abu Sufyan et féroce opposante à Muhammad avec une sorte d'admiration rentrée. Elle se soumet certes, mais la liberté de parole qu’elle est en train de perdre, avec ses consoeurs, n’empêche pas un ton vif, ironique et spirituel de sa part, face à l’exposition rigoureuse des obligations nouvelles. Elle remarque par exemple que les hommes n’ont pas eu droit à de telles questions au cours de leur acte de soumission. C’est la dernière femme à parler librement en public à la Mecque pour les siècles et les siècles122. Une femme et un personnalité attachante, perdue parmi une multitude d'assassins et d'abrutis.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 285-6).

Le prophète se tint pendant trois jours sur la colline de Safa pour recevoir le serment des Mecquois. Omar ibn Khattab, assis au-dessous de lui, était chargé de donner, à sa place, la main à ceux qui prêtaient serment. Le quatrième jour, les femmes de la Mecque vinrent, à leur tour, prêter serment123. Hind, craignant pour sa vie, se tenait derrière les autres ; mais c'était elle qui avait décidé Umm Hakim bint Harith, épouse d’Ikrima ; Qomama bint Walid ibn Moghira, épouse de Safwan, et les autres femmes des principaux Quraysh à se rendre sur la colline de Çafa, en leur disant :
-Nous ne pouvons échapper à la nécessité de prêter serment et d'embrasser l'islam.
Abu Sufyan les avait précédées et était venu demander au prophète le pardon de Hind et des autres. Il était pénible au prophète de pardonner à Hind124, et il répondit à Abu Sufyan :
-Je verrai quelle sera la volonté d'Allah.
Alors le verset suivant fut révélé :
Ô prophète, si les femmes croyantes viennent à toi pour prêter serment, et qu'elles s'engagent à ne point associer un être quelconque à Allah, à ne pas commettre de vol, ni d'adultère, à ne pas tuer leurs enfants, à ne pas produire le mensonge qu'elles auraient forgé entre leurs mains et leurs pieds, et à ne pas te désobéir en ce qui est juste, alors fais le pacte avec elles et demande pour elles le pardon d'Allah etc. 125
Par les paroles demande pour elles le pardon d'Allah, le prophète savait qu'Allah leur avait pardonné, et il les fit approcher.
Les femmes chargèrent Hind de porter la parole pour elles, et la firent avancer. Le prophète dit à Omar de parler avec elle et de prendre son engagement126.
Hind dit :
-C'est à toi que nous voulons prêter serment, et c'est avec toi que nous voulons faire notre pacte.
Puis elle se présenta toute confuse devant le prophète, qui lui énuméra les engagements à prendre. A ces paroles : “qu'elles s'engagent à ne point associer à Allah un être quelconque“, Hind répliqua:
-Tu nous imposes des obligations que tu n'as pas imposées aux hommes127 ; mais nous les acceptons, nous ne serons pas infidèles, à condition qu'Allah nous pardonnera le passé.
Ensuite le prophète dit:
-”A ne pas commettre de vol.”
Hind répondit:
-Comment une femme commettrait-elle le vol, vivant dans la maison de son mari, où elle ne trouve que le bien de celui-ci128 ? Je n'ai commis de vol que chez Abu Sufyan, qui est un homme avare et qui ne me donne pas de quoi suffire à mes besoins ni à ceux de mes enfants129 ; je lui ai donc pris ce qu'il me fallait, à moi et à mes enfants ; je n'en ai pas abusé, et il ne s'en est pas aperçu. Le prophète dit:
-Ce que tu prends de ses biens, à son insu, ne constitue pas un vol.
Puis il continua :
- A ne pas commettre d'adultère.
Hind répliqua:
-Une femme libre ne commet jamais d'adultère.
Omar regarda en souriant le prophète, qui connaissait les aventures de Hind et ses relations avec Omar avant l'islam130. Apercevant le sourire d'Omar, il regarda celui-ci, mais il ne lui répondit pas, pour ne pas éveiller l'attention d'Abu Sufyan et de Hind.
Il poursuivit:
-”A ne pas tuer leurs enfants.”
En effet, les Arabes étaient dans l'habitude d'enterrer leurs filles vivantes, afin d'empêcher que, devenues grandes, elles ne leur apportassent du déshonneur131 .
Hind répliqua
- Nous avons mis au monde des enfants et nous les avons élevés ; mais toi, tu les a tués, le jour de Badr132 .
Elle voulait parler de Hanzhala ibn Abu Sufyan, qui avait été tué au combat de Badr. Le prophète continua:
-”A ne pas produire le mensonge, etc.” c'est-à-dire que les femmes ne devaient pas tromper leurs maris, en leur présentant des enfants dont ils n'étaient pas les pères.
Hind répondit :
-Cela est si criminel, qu'il ne faut pas même en concevoir la pensée.
Enfin le prophète dit:
- “et à ne pas te désobéir en ce qui est juste. “
Hind répliqua:
-Si nous voulions te désobéir, nous ne serions pas à cette place.
Ensuite le prophète demanda une coupe, la fit remplir d'eau, y plongea la main et ordonna que toutes les femmes fissent de même, parce qu'il ne pouvait pas tendre la main à chacune d'elles133 . C'est ainsi que fut accompli l'acte du serment.

(Muslim, Sahih 18/4251).
Aïsha a rapporté que Hind, fille d’Oqba et femme d’Abu Sufyan est venu voir l’envoyé d'Allah et a dit:
-Abu Sufyan est un avare. Il ne nous donne pas assez pour mes frias et ceux de mes enfants. Donc je suis contrainte de perdre des parts de ses biens en cachette. Est-ce un péché?
A ce sujet, l’envoyé d'Allah a dit:
-Prends de ses biens ce qui convient et suffira pour toi et tes enfants.

3. — Mariage avec Molayka.

Chaque étape importante de la vie de Muhammad est marquée par un mariage : comme si ses femmes étaient des souvenirs vivants, bibelots procréateurs et champs de labours. Dans le cas présent, le choix ne parait pas judicieux et il suscite des émois dans un harem déjà pléthorique.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 287)
Parmi les femmes qui avaient prêté serment, il y avait Molayka, femme distinguée par sa beauté et dont le père, Dawud ibn Malka134 , avait été tué lors de la prise de la Mecque. Le prophète l'épousa. Celle de ses femmes qui était avec lui, Aïsha, ou, selon d'autres, Umm Salama, dit à Molayka:
-Veux-tu gagner l'affection du prophète?
- Je le veux bien, répondit-elle.
- Eh bien, dit l'autre, lorsqu'il s'approchera de toi, dis-lui : “Que Allah me préserve de toi!”
Elle fit ainsi135 . Le prophète lui dit:
-Pourquoi demandes-tu cela, puisque je t'ai accordé ta grâce? et il la répudia.
Muhammad ibn Jarir136 , rapporte que la femme du prophète aurait dit à Molayka:
-N'as-tu pas honte de prendre pour époux celui qui a tué ton père?
Mais il ne faut pas croire qu'une épouse du prophète eut agi ainsi137.


§ 589. — Politique culturelle: l'élimination des poètes et chanteuses.

Muhammad procède à une épuration superficielle, ciblée et amplement suffisante. Sa politique précédente, faite de manoeuvres diplomatiques et de terreur, rend inutile d’autres violences, qui auraient terni l’éclat de son triomphe. Le plus intéressant est la nature des crimes imputés aux proscrits, dont la liste est dûment enregistrée: ils sont surtout coupables de paroles et actes contre la personne du conquérant et aucunement envers les rites ou la conception du divin. L'islam, pour le moment, n'est pas un système religieux et il est donc difficile de le critiquer sur le fond, puisqu'il n'y a pas de fond. La seule référence reste l'autorité de Muhammad, que l'on s'y soumette ou qu'on s'y oppose encore.
La mise à mort de ces gens est une démarche brouillonne, menée dans une ville troublée, par des agents marqués encore par la brutalté de la lutte et l’appel de la vengeance. Ils vont jusqu'à éventrer un personnage sur la Kaba et s'acharnent sur des femmes.
Un certain nombre en réchappe, par la fuite, par hasard et par la conversion, d’autres meurent comme par erreur.

Il importe de bien suivre les événements groupés selon l'ordre des victimes, et de bien noter les motifs de leurs exécutions.



La vengeance avant le sacré.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 818).

L’apôtre d'Allah avait donné instruction à ses officiers pour qu’un fois dans la Mecque, ils n’attaquent que ceux qui résistaient, à l’exception d’un petit nombre, qui devaient être tués, même s’ils étaient trouvés sous les rideaux de la Ka'ba.

La liste de proscrits.
(ibn Sa’d, Tabaqat 2/168).138

L’apôtre de Allah entra par Adhakhir, et interdit de combattre. Il ordonna que six hommes et quatre femmes soient tuées ; ils étaient Ikrima ibn AbuJahl, Habbar ibn al Aswad, Abdallah ibn Sa’d ibn Abi Sarh, Miqyas ibn Sababah al Laythi, al Huwayrith ibn Nuqaydh, Abd Abbah ibn Hilal ibn Khatal al Adrami, Hind Bint Utbah, Sarah, l’affranchie139 de Amir ibn Hashim, Fartana et Qaribah.

(Dawud, Hadith 14/ 2677).140
Le jour où La Mecque a été conquise, l’apôtre de Allah donna sa protection au peuple sauf pour quatre hommes et deux femmes et il les nomma.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 283-4).
Le jour suivant, le prophète demanda si l'on avait mis à mort les dix personnes qu'il avait ordonné de tuer. On lui dit qu’Abdallah ibn Abu Sarh141 était caché dans la maison d’Othman. Celui-ci l'amena devant le prophète et sollicita son pardon. Sad ibn Obada, et d'autres ansar se tenaient auprès du prophète, le sabre à la main. Le prophète baissa la tête et garda le silence pendant quelque temps ; enfin il accorda à Othman sa demande. Abdallah prononça la formule de foi, et Othman l'emmena. Lorsqu'ils se furent éloignés, le prophète dit à Sad ibn Obada :
-Aucun de vous ne pouvait-il trancher la tête à cet hypocrite?
J'ai gardé le silence si longtemps, pensant que quelqu'un le tuerait.
Sad répliqua :
-Apôtre d'Allah, il fallait nous faire signe des yeux.
-Si j'avais fait un signe, reprit le prophète, Othman aurait été offensé.
On découvrit le même jour Abdallah ibn Khatal ; il fut tué, par deux des compagnons du prophète : Abul Borda, le Sulaym, et Sad ibn Harith, des Banu Makhzum. Howayrith ibn Moqayth, qui s'était également caché, fut découvert par Ali, qui le tua. Miqyas ibn Sobaba, fut découvert et tué par un homme de sa famille, nommé Salum ibn Abdallah.
Safwan ibn Omayya, s'était enfui. Il avait gagné Jedda142 et voulait se rendre par mer dans le Yemen. L'un de ses amis musulmans, Omayr ibn Wahb, demanda au prophète sa grâce, disant :
-Safwan a peur de toi et veut se jeter à la mer pour se détruire ; donne-lui sa grâce.
Le prophète lui accorda sa demande. Omayr dit :
-Donne-moi un signe que je puisse lui porter, afin qu'il soit rassuré. Safwan était cousin du prophète ; sa mère Hani était fille d’Abd al Muttalib. Ayant reçu du prophète le turban noir que Muhammad avait porté le jour de son entrée à la Mecque, Omayr se rendit auprès de Safwan, qu'il rencontra à Jedda, prêt à s'embarquer. Il lui dit:
-Sois content, le prophète t'amnistie ; comme gage de sa clémence, je t'apporte son turban. Safwan dit :
-Je crains que ce ne soit une ruse par laquelle il veut m'attirer pour me tuer.
Omayr répliqua :
-Il n'emploie jamais la ruse envers personne ; la ruse est proscrite de sa religion143. Il est bienveillant et le plus généreux des hommes ; il est clément et véridique ; il est le fils de ton oncle ; sa grandeur est la tienne et sa puissance t'appartient aussi. Veux-tu fuir ta propre gloire et ta propre grandeur?
Safwan revint, et se présenta devant le prophète, qui lui confirma sa grâce et l'engagea à embrasser l'islam. Safwan refusa.
Le prophète lui dit :
-Tu n'as qu'à choisir entre le sabre et l'islam ; lequel des deux veux-tu?144
Safwan répondit :
-Accorde-moi, pour me décider, un délai de deux mois.
Le prophète lui accorda quatre mois.
Ikrima ibn Abu Jahl, s'était enfui avant Safwan, et avait gagné le Yemen. Sa femme, Umm Hakim ibn al Harith ibn Hisham et oncle d’Ikrima, en prononçant la profession de foi musulmane, demanda au prophète la grâce de son mari. Le prophète la lui accorda ; elle se rendit dans le Yémen et ramena Ikrima, qui vint prononcer la profession de foi à Médine, où le prophète était retourné deux mois après la prise de la Mecque145 , et après l'expédition de Hunayn. Il y arriva en même temps que Safwan, qui fut également amené par sa femme, Qomama bint Walid ibn Moghira, femme vénérable et de noble famille, qui avait prononcé la profession de foi le jour où les femmes avaient prêté serment.
Voilà l'histoire des six hommes que le prophète avait condamnés à être mis à mort. Quant aux quatre femmes, Hind s'était réfugiée dans la maison d'Abu Sufyan ; Sara fut tuée ; l'une des deux esclaves d’Abdallah ibn Khatal, nommée Fartana, fut également mise à mort ; l'autre, Qariba, s'enfuit et ne fut pas rejointe ; elle vécut jusqu'au califat d’Othman ibn Affan.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 174).
L’apôtre de Allah ordonna à ses fidèles le jour de la victoire de tuer ibn Abu Sarh, Fartana, ibn al Zibr’ra et ibn Khatal.

(Dawud, Hadith 14/ 2678).146
Le prophète a dit: le jour de la conquête de La Mecque: il y a quatre personnes à qui je ne donne pas de protection sur le territoire sacré et profane.
Il les nomma ensuite. Il y avait deux chanteuses d’al Maqis ; l’une fut tuée, l’autre s’échappa et se soumit à l’islam.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).
Concernant les deux chanteuses d’ibn Khatal, une a été tuée et l’autre s’est enfuie, jusqu’à ce que l’apôtre d'Allah lui accorde sa grâce, sur demande.
De même pour Sara, qui a vécu jusqu’au temps de Omar, quand un cavalier l’a terrassée dans la vallée de la Mecque, et l’a tuée.
Al Huwayrith a été tué par Ali.

Chasse aux femmes.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).

...et Sara aussi, une affranchie des Banu Abdul Muttalib ; et Ikrima ibn Abu Jahl. Sara l’avait injurié à la Mecque. Comme pour Ikrima, il partit au Yémen. Sa femme Umm Hakim bint al Harith ibn Hisham est devenue musulmane et a demandé l’immunité pour lui et l’apôtre d'Allah lui accorda. Elle alla au Yémen à sa recherche et elle le ramena auprès de l’apôtre d'Allah: elle se soumit à l’islam147.

(Baladuri, Livre des Conquêtes 41).
Une esclave chanteuse appartenant à (...) ibn Khatal vint auprès du prophète sous un déguisement. Elle se soumit aussitôt à l’islam et reconnut le prophète comme chef. Ne sachant pas qui elle était, le prophète ne punit point. L’autre chanteuse fut exécutée. Les deux avaient chanté des satires contre le prophète.

(Baladuri , Livre des Conquêtes 42).

ibn as Zibara as Sahmi se soumit à l’islam avant que les musulmans n’aient pu le capturer, et il se mit ensuite à chanter les louanges du prophète.
Le jour de la conquête de la Mecque, le prophète avait déclaré que verser son sang était devenu licite, et pourtant, il ne fut pas puni...

(Dawud, Hadith 38/ 4345).148
“Abdullah ibn Abu Sarh écrivait les révélations de l’apôtre de Allah. Satan l’a séparé (de la communauté) et il a rejoint les infidèles. L’apôtre d’Allah a ordonné de le tuer le jour de la conquête (de La Mecque)...

(ibn Sa’d, Tabaqat 2/ 174).149
Quelqu’un parmi les ansar avait fait le voeu de tuer ibn Abu Sarh.Uthman dont celui était le frère de lait vint, et intercédait auprès du prophète en sa faveur. Les ansar attendaient un signal du prophète pour le tuer. Othman intercéda et Muhammad le laissa partir. L’apôtre de Allah dit ensuite aux ansar:
-Pourquoi n’avez vous pas rempli votre voeu?
-Ô apôtre de Allah! J’avais la main sur la poignée de mon sabre attendant ton signal pour le tuer.
Le prophète dit que faire un signe aurait brisé la confiance.


(Dawud, Hadith 14/ 2677).150
Il dit:
-Apôtre de Allah, reçois le serment de soumission de sa part.
Il leva la tête et le regarda trois fois, refusant trois fois. Puis il accepta le serment. Il se tourna ensuite vers les compagnons et dit:
-Il n’y a personne d’assez intelligent parmi vous pour voir que j’étais réticent à accepter ce serment et pour le tuer?...

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 818).

Parmi ceux-ci se trouvait Abdullah ibn Abu Sahr, frère des Banu Amir ibn Luayy. La raison de cet ordre était qu’il avait été un musulman et qu’il rédigeait les révélations ; ensuite, il a apostasié, pour revenir vers les Quraysh, et il a fui chez Othman ibn Affan, son beau-frère. Ce dernier l’a caché jusqu’à ce qu’il l’amène devant l’apôtre d'Allah quand la situation à la Mecque redevint calme. Il demanda alors son immunité. On dit que l’apôtre d'Allah est resté silencieux longtemps, avant de dire oui. Quand Othman est parti, il a dit à un de ses compagnons:
-J’ai gardé le silence pour que l’un d’entre vous ait le temps de lui trancher la tête!
Un des ansar dit alors:
-Alors pourquoi n’as tu pas fait un signe, ô apôtre d'Allah?
Il répondit qu’un prophète ne tue pas en pointant du doigt.

(Baladuri, Livre des conquêtes VII 40).
Il a aussi dit: mettez aussi ibn Khatal à mort, même si vous le voyez tenir un rideau151 de la Ka’ba.

(Baladuri, Livre des conquêtes VII 41).
Miqyas avait un frère, Hashim... pris par les ansar pour un polythéiste, par erreur, et tué.
Ali tua ensuite al Huwayrith...
Le prophète a déclaré ensuite qu’il fallait le tuer.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 818).

Un autre était Abdullah ibn Khatal, des Banu Taym ibn Ghalib. Il était devenu musulman et l’apôtre d'Allah l’avait envoyé pour récolter l’aumône avec un des ansar. Il avait aussi un esclave (musulman) avec lui. Quand ils s’arrêtèrent, il lui ordonna de tuer une chèvre et pour la manger, puis il est allé se coucher. Quand il s’est réveillé, rien n’avait été fait. Alors il le tua et apostasia.
Il possédait aussi deux chanteuses, Fartana et son amie, qui faisaient des chansons satiriques contre l’apôtre d'Allah ; alors il ordonna de les tuer aussi.

(Bukhari, Sahih 5/582).152
(à l’entrée dans La Mecque), un homme vint et dit:
-ibn Khatal est en train de s’agripper au rideau de la Ka’ba!.
Le prophète dit alors:
-Tuez-le.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 105).
Le jour où la Mecque a été conquise, le prophète portait une casque, quand ils sont entrés dans la ville.
Quelqu’un est venu lui dire:
-Ô , c’est ibn Khatl qui s’est accroché à la couverture de la Kaba!
Le prophète a répondu:
-Tuez-le.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 106).
Anas rapporte que le prophète, quand il est entré dans la Mecque comme conquérant, portait un casque sur son auguste tête. Quand il l’a enlevé, quelqu’un est venu et a dit:
-Ô envoyé d'Allah, ibn Khatl a grimpé sur la couverture de la kaba!
Le prophète a répliqué:
-Il n’est pas parmi ceux ont reçu notre amnistie, tuez-le.
... on m’a dit que le prophète n’était pas en état d’ihram.

(Bukhari, Sahih 59/ 582).153
le jour de la conquête, le prophète entra dans La Mecque, portant un casque sur la tête. Quand il l’enleva, un homme est venu lui dire:
-ibn Khatal s’est accroché au rideau de la Ka'ba.
Le prophète a dit:
-Tuez-le.

(ibn Sa’d, Tabaqat, 2/173-4).154

Man et Musa ibn Dawud disent dans leur version: un homme est venu à lui pour dire:
-Ô apôtre de Allah! ibn Khatal s’accroche au rideau de la Ka’ba.
Le prophète de Allah dit alors:
-Tuez-le (...) Tuez-le partout où vous le trouverez.
Abu Barzah vint et le vit s’accrocher au voile de la Ka'ba.
Il l’éventra.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).

Abdullah ibn Khatal a été tué par Sayd ibn Hurayth et Abu Barza, ensemble.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).

Miqyas a été tué par Numayla ibn Abdullah, un de ses proches. La soeur155 de Miqyas a écrit de ce meurtre:
Sur ma vie, Numayla a fait honte à son peuple,
et il a désespéré les invités de l’hiver quand il a massacré Miqyas.
Quiconque a vu quelqu’un comme Miqyas
Qui fournissait de la nourriture aux jeunes mères dans le dénuement.



(Baladuri, Livre des conquêtes 41).
Numaylah al Kinani tua Mikyas al Kinani, le prophète ayant annoncé que quiconque le trouverait devrait le tuer.
(...)
Mikyas avait un frère, Hashim,... pris par des ansar pour un polythéiste, et tué...

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).
Un autre à tuer était Miqyas ibn Hubaba, parce qu’il avait tué un ansar qui avait tué son frère par accident, et il était rentré chez les Quraysh comme polythéiste.

(Baladuri, Livre des conquêtes 41).
Ali tua al Huwayrith, le prophète ayant déclaré que quiconque le trouverait devrait le tuer.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).

L’apôtre d'Allah s’est installé dans la partie supérieure de la Mecque, et deux de mes beaux-frères156 des Banu Makhzum ont fui chez moi. Ali est venu, jurant qu’il allait les tuer, alors j’ai bloqué la porte de ma maison sur eux, et je suis allé voir l’apôtre d'Allah et je l’ai trouvé en train de se laver dans une vasque dans laquelle se trouvait encore des restes de pâte157. Sa fille Fatima le cachait avec ses vêtements. Il finit son bain, priant huit fois pour la prière du matin. Il vint vers moi, et me demanda pourquoi je venais. Je lui ai dit au sujet des deux hommes et d’Ali. Il dit:
-Nous donnons protection à quiconque reçoit la protection de vous, et nous accordons la sauvegarde158 à ceux que vous protégez. Il ne doit pas les tuer.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 823).

Le lendemain de la conquête, ibn al Ahtwa revint à la Mecque pour voir ce qui se passait. Il était polythéiste à ce moment-là. Un des Khuzaa le vit et le reconnut, alors ils le poursuivirent et l’acculèrent au niveau de la muraille, en criant:
-Es tu l’homme qui a tué Ahmar?
-Oui, dit-il, et alors?
Alors Khirash ibn Umayya s’avança avec son sabre tiré, en disant:
-Débarassons nous de cet homme!
On a d’abord pensé qu’il voulait que les gens s’écartent de lui. Mais pas du tout: il se précipita et lui planta son sabre dans le ventre. Par Allah, je voyais ses intestins sortir et se yeux n’étaient plus que de petites fentes sur sa tête, quand il dit:
-Avez-vous fait cela, les Khuzaa?
L’apôtre d'Allah arriva pour dire:
-Cessez ce meurtre! Il y a eu trop de meurtres ici, même si on peut toujours tirer profit de ce genre de choses. Je payerai pour le sang de cet homme.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 825).

Safwan ibn Umayya était parti à Jedda159, pour prendre un navire pour le Yémen. Umayr dit au prophète que Safwan, qui avait été chef de sa tribu, allait se noyer, alors il lui demanda l’immunité. Le prophète lui accorda et Umayr demanda aussi un signe pour le prouver. L’apôtre d'Allah lui donna son turban, avec lequel il était entré dans la Mecque. Umayr partit et arriva juste au moment où Safwan allait embarquer. Il le pria de ne pas se suicider160, et montra le gage de sa grâce.
Safwan lui dit de s’écarter et de ne pas lui parler.
Umayr dit:
-Mes parents seront le gage! Il est le plus vertueux, le plus pieux, le plus clément, le meilleur des hommes, mon propre cousin. Son honneur est mon honneur.
L’autre répliqua:
-Je pars par peur de lui.
Il dit:
-Il est trop clément et honorable pour te tuer.
Alors il rentra avec lui, et à l' apôtre d'Allah il dit qu’il avait eu l’immunité par Umayr. Safwan demanda d’avoir 2 mois de changer d’avis, et il lui donna 4 mois pour se convertir.



§ 590. — L’occupation médinoise.

Un certain nombre de hadiths présente les changements rapides qui affectent la vie des Mecquois, avec l’occupation mohammédienne, qui est aussi, pour les Mecquois, celle de leurs détestables voisins du nord.
Ils présentent des similitudes avec le régime théocratique mis en place à Médine. La mise en place de cet ordre se fait beaucoup plus rapidement : il a fallu huit années à la ville pour se plier au diktat. La Mecque doit aller plus vite et l'on voit que la gamme des interdits et contraintes est comme toujours vaste, variée, portée vers l'intimité des personnes.

Le symbole en est l’élimination des monopoles tenus par l’aristocratie mecquoise dans le sanctuaire. Le conquérant élimine tous les privilèges sacerdotaux161 qui étaient détenues par les grandes familles mecquoises: elles en tiraient à la fois prestige et richesse, notamment par l’accueil des pèlerins. C’est un moyen de les abaisser durablement, et de se venger personnellement.


(Muslim, Sahih 3/ 664).162
Je suis allé voir le messager d’Allah le jour de la conquête, et il prenait un bain, alors que sa fille Fatima tenait un rideau autour de lui.

(Muslim, Sahih 17/ 4188).163
Une femme a commis un vol... à La Mecque....alors l’apôtre d’Allah donna sa sentence dans ce cas, et le femme eut les mains coupées.

(Bukhari, Sahih 48/ 816).164
Une femme avait commis un vol au moment de la conquête et elle fut amenée devant le prophète qui ordonna qu’on lui tranche la main... Sa repentance était parfaite165 , et elle s’est mariée plus tard et venait me voir pour que je présente ses besoins au prophète...

(Dawud, Hadith 38/ 4474).166

j’ai vu l’envoyé de Allah le matin de la prise de La Mecque. Un homme ivre fut emmené à lui et il ordonna de le battre. Ils le battirent avec tout ce qu’ils avaient dans les mains... l’apôtre d’Allah lui jeta de la poussière à la figure167.

(Bukhari, Sahih 59/ 590).168
J’ai entendu le prophète dire l’année de la conquête, alors qu’il était à La Mecque:
-Allah et son apôtre ont rendu illicite la vente de vin.

(Muslim, Sahih 10/3840 et 42).169
... l’année de la victoire, alors qu’il était à La Mecque, (le messager d’Allah a dit):
-Allah et le messager d’Allah ont interdit la vente de vin, des carcasses d’animaux, des porcs170 et des idoles.
On lui dit:
-Messager d’Allah, tu vois que le gras des carcasses171 est employé pour calfater les navires et on l’emploie pour boucher les trous.
Là dessus, il dit:
-C’est interdit.
Et le messager d’Allah ajouta:
-Qu’Allah l’exhalté et le majestueux détruise les juifs, parce qu’Allah a interdit l’usage du gras pour eux, et ils l’ont mélangé et l’ont vendu et en ont tiré des bénéfices172 .

(Muslim, Sahih 22/2960).
Interdiction de la vente du vin, de la bête morte, des porcs et des idoles
Il a entendu l'envoyé d'Allah dire, l'année de la conquête, alors qu'il était à La Mecque :
-"Allah et son envoyé ont défendu la vente du vin, des animaux crevés, du porc et des idoles". Et comme on lui disait :
-"Ô envoyé d'Allah que penses-tu des graisses des animaux crevés, qui servent à enduire les vaisseaux, à graisser les peaux et à alimenter les lampes du peuple?".
- "Non, répondit-il, cela est interdit".
Puis, l'envoyé d'Allah ajouta :
-"Que Allah maudisse les juifs! Quand Allah, à lui la puissance et la gloire, leur avait interdit l'usage des graisses des animaux crevés; ils les ont fait fondre, les ont vendues et en ont employé le prix à leur subsistance".

(Bukhari, Sahih 34/112).

Jabir ibn Abdallah a entendu l'envoyé d'Allah dire, l'année de la conquête, alors qu'il était à la Mecque :
-Allah et son envoyé ont défendu la vente du vin, des animaux crevés, du porc et des idoles. Et comme on lui disait :
-Ô envoyé d'Allah que penses- tu des graisses des animaux crevés? elles servent à enduire les vaisseaux, à graisser les peaux et à alimenter les lampes du peuple.
-Ne les vendez pas, répondit-il, cela est interdit.
Puis, l'envoyé d’Allah ajouta :
-Allah maudisse les Juifs! Allah leur avait interdit les graisses des animaux crevés ; ils les ont fait fondre, les ont vendues et en ont employé le prix à leur subsistance173 .

(Corpus coranique d'Othman 9/17-24).

Il n'est point laissé aux associateurs de servir174 la mosquée d'Allah, tout en faisant, pour ce qui les touche, profession d'infidélité.
Que vaines soient les actions de ces gens!
Dans le feu ils seront immortels.
Seuls serviront la mosquée d'Allah ceux qui croient en Allah et au dernier jour, qui accomplissent la prière, donnent l'aumône et ne redoutent qu'Allah.
Peut-être ceux-là seront-ils parmi ceux se trouvant dans la bonne direction.
Ferez-vous de la charge d'abreuver les pèlerins175 et du service de la mosquée sacrée176 des devoirs comparables à ceux de celui qui croit en Allah et au dernier jour, et mène combat dans le chemin d'Allah ?
Croyants et infidèles ne seront point égaux auprès d'Allah.
Allah ne dirige pas le peuple des injustes.
Ceux qui déjà croient, qui, dans le chemin d'Allah, ont émigré et mené combat de leurs biens et de leurs personnes auront un rang plus considérable auprès d'Allah.
Ceux-là seront les gagnants.
Leur seigneur leur annonce grâce et satisfaction émanant de lui, ainsi que des jardins où ils auront un délice permanent et où ils seront, immortels, en éternité.
Allah détient une rétribution immense.

(Corpus coranique d'Othman 9/23-24).
Ô vous qui croyez!, ne prenez pas vos ascendants mâles et vos frères comme affiliés s'ils aiment mieux l'infidélité que la foi!177
Ceux qui, parmi vous, les prennent pour affiliés , alors qu'ils les savent encore infidèles, ceux-là sont les injustes.
Dis aux croyants: Si vos ascendants mâles, vos fils, vos frères, vos épouses et votre clan, si vos biens acquis, un négoce que vous redoutez de voir péricliter et des demeures qui vous sont agréables vous sont plus chers qu'Allah, que son apôtre et que mener combat dans son chemin, alors soyez aux aguets jusqu'à ce qu'Allah vienne avec son ordre!
Allah ne dirige pas le peuple des pervers.

Le fromage des mages.
(Baydaqi, Hadith).178
Quand l’apôtre d'Allah a conquis la Mecque, il a vu un fromage. Il a demandé ce que c’était ; on lui dit que c’était de la nourriture venue de Perse179.
L’apôtre d'Allah répondit alors:
-Enfoncez un couteau dedans, invoquez le nom d’ Allah et mangez!180


§ 591. — Un nouveau départ.

La Mecque est alors considérée comme une base de départ pour la suite des conquêtes en Arabie. L'émigration devient invasion. De très martiales déclarations sont faites alors aux troupes. Pourtant autant, elle n'obtient pas le statut de capital du nouvel Etat mohammédien.

(Muslim, Sahih 20/ 4597).181

... le messager d’Allah a dit le jour de la conquête de La Mecque: il n’y a plus d’Hégire maintenant, il y a le jihad et la sincérité des buts. Si on vous demande de préparer (une expédition pour la cause de l’islam), vous devez aussitôt le faire.

(Bukhari, Sahih 52/ 42).182
....le jour de la conquête de La Mecque, le prophète dit:
-Il n’y aura plus d’émigration après la conquête, mais le jihad et des projets ; quand vous êtes appelés au combat, allez y immédiatement.

(Muslim, Sahih 33/3465).

Mujâshi ibn Masûd As-Sulamî a dit : Etant venu trouver le prophète, je lui dis :
-"Reçois notre serment de prendre part à l'Hégire".
- "L'Hégire est passée, répondit-il; elle est tout entière à ceux qui la firent. Toutefois vous pouvez me prêter serment d'allégeance selon lequel vous vous conformez à l'islam, au jihad et au bien".

(Muslim, Sahih 33/3467).
D'après ibn 'Abbâs, le jour de la prise de La Mecque, le prophète a dit : "Vous n'êtes point tenus d'émigrer, mais vous devez faire la guerre sainte avec une bonne intention. Si on vous invite à faire le jihad, obéissez".

(Muslim, Sahih 33/3468).
D'après 'Aïsha, on interrogea le prophète au sujet de l'hégire. Et lui de répondre :
-"Il n'y a plus d'Hégire après la conquête de la Mecque. Mais il reste la guerre sainte avec une bonne intention. Si on vous invite à faire le jihad, obéissez".

Conséquences de la conquête.
(Bukhari, Sahih 64/53, 5-6).

Mojashi a dit: Après la prise de La Mecque, j'amenai mon frère au prophète et je lui dis :
-Ô envoyé d'Allah, je t’amène mon frère pour que tu recoives son serment à titre de muhajir.
-Le temps est passé maintenant, me répondit-il, des émigrés et des faveurs attachées à ce titre.
-Et alors, repris-je, pourquoi recevras-tu son serment?
-Je recevrai son serment, répliqua-t-il, pour l'islam, la foi et la guerre sainte.
-Plus tard, je rencontrai Abu Mabed qui était l'aîné des deux frères et, sur ma question, il me confirma ce qu'avait dit a (son frère) Mojashi.

Mojashi ibn Masud a dit: J'emmenai mon frère Abu Mabed vers le prophète afin qu'il prêtât serment au titre d'émigré.
-Le temps de l'émigration est passé, répondit le prophète, je recevrai son serment pour l'islam et la guerre sainte.
Plus tard (dit Abu Othman) je rencontrai Abu Mabed et, sur ma question, il me confirma ce qu'avait dit Mojashi.





Chapitre 94


Le crépuscule des idoles



§ 592. — Présentation.

La destruction totale du sanctuaire païen de la Mecque, qui est le principal d’Arabie, est un prélude.
L’attitude envers le polythéisme idolâtre, dont est issu Muhammad lui-même, est claire: l’élimination par la conversion et/ par la destruction. Il n’est pas prévu de délais ou de situation de soumission temporaire, comme avec les “Gens du Livre”. C’est à cette tâche que vont s’atteler des adjoints zélés tels qu’Ali et surtout le féroce Khalid. Leurs faits d’armes ont été pieusement enregistrés, racontés avec jubilation, et ont permis de conserver les témoignages sur le monde qu’ils ont ravagé: sanctuaires, prêtres et populations si besoin est.
La violence est d’un autre genre, affublée d’un surplus d’acharnement: la guerre n’est plus que sainte, elle est sacrée, elle devient divine: le sabre de Khalid est l’instrument de la domination nouvelle d’Allah sur tous les autres dieux.
Mais il ne faut pas êtres victime d'une illusion: l'islam de ce moment est seulement une religion arabe violente qui prend pour objectif de "tuer les dieux", les autres dieux, les dieux des autres , en détruisant leurs domaines, les sanctuaires. Il n'y a pas de monothéisme dans les esprits, puisque les autres dieux sont tués par Allah et ses sbires.
En effet, la résistance s’organise pour tenter de protéger les divinités: cela suffit pour acréditer l’idée d’une véritable vénération et d’une religion qui n’est pas en déclin.
Les ruines servent à construire les mosquées nouvelles.

Voici un rappel rapide de la doctrine sur la question des idoles, tiré du texte coranique. Il ne laisse subsister aucune incertitude sur le sort des anciens dieux. Leur destruction totale doit manifester la supériorité de la thèse musulmane et surtout empêcher le retour à l’idolatrie: l’apostasie reste une grande angoise pour la foi nouvelle et l’angoisse nourrit la brutalité et le vandalisme183, qui sont inexcusables à jamais.
Il y a de la jouissance dans ces textes: ils ont été composés à une époque où tout a déjà été détruit depuis longtemps, et c'est comme si les auteurs et lecteurs carressaient le rêve de saccager ces sanctuaires... C'est en Inde que plus tard la destruction de sanctuaire atteindra son paroxysme.184



§ 593. — La doctrine: “par le fer et par le feu”.

La guerre que déclenche Muhammad à partir de la Mecque est une vraie guerre de religion (et non une guerre sacrée)185 , une guerre de purification religieuse, qui a pour but d'effacer toute trace de culte traditionnelle. Aucune négociation n'est entreprise et ce sont les conversions forcées, les destructions et saccages qui se succèdent à un rythme rapide, au bénéfice de ce Bismarck arabe.186

(Corpus coranique d'Othman 43/14).

Les infidèles ont donné à Allah des parèdres187, parmi ses serviteurs.
En vérité, l’homme est un ingrat déclaré.

(Corpus coranique d'Othman 50/23-5).
Jetez dans la géhenne tout infidèle indocile, interdicteur du bien, hostile et sceptique, qui a placé à côté d’Allah une autre divinité.

(Corpus coranique d'Othman 14/38-39).
Et quand Abraham dit: seigneur! rends cette ville sûre et détourne-nous, moi et mes fils d'adorer les idoles!
Elles ont, seigneur! égaré beaucoup d’hommes.
Celui qui me suivra sera issus de moi, mais qui me désobéira...
Car tu es absoluteur et miséricordieux.

L’anthropomorphisme des idoles selon le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 7/ 194).

Ont-ils des jambes avec lesquelles ils marchent, ou des mains avec lesquelles ils luttent, ou des oreilles avec lesquelles ils entendent,?
Dis: priez vos associés, puis formez un stratagème contre moi et ne me faites point attendre!

L’impuissance des idoles selon le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 25/3-4).

Les impies ont pris, en dehors de lui, des divinités qui ne sauraient rien créer mais ont été créées, qui ne possèdent pour elles-mêmes ni dommage ni utilité, qui ne possèdent ni la mort ni la vie ni la résurrection.

(al Kalbi, Livre des idoles 50).
Toutes ces idoles furent honorées jusqu’à ce que Allah envoie le prophète qui ordonna qu’elles soient détruites.

(ibn Sad, Tabaqat II 169).
L’apôtre d'Allah envoya des attaques188 contre les idoles qui étaient autour de la Kaba et ils les fit détruire: il y avait al Uzza, Manat, Suwa, Buwana et Dhu Kaffayn.
Son hérault criait à la Mecque:
-Celui qui croit en Allah et en l’au-delà ne devra pas laisser d’idole dans sa maison sans la démolir!

Guerre aux idoles au Bangladesh.
(Site anglosaxon artinfo.com 18 octobre 2008).

DHAKA, Bangladesh-  les autorités du Bangladesh ont été contraintes de retirer les nouvelles sculptures installées à l’aéroport international de la capitale, Dhaka, après les protestations des musulmans qui menaçaient de les détruire, rapporte l’Agence France-Presse.
Les cinq statues représentant des chanteurs populaires locaux ont été créées par Mrinal Haq, le plus célèbre sculpteur du pays, pour un projet gouvernemental destiné à embellir le terne aéroport international de Zia. Mais des milliers de musulmans sont venus  protester contre les sculptures, les qualifiant d’idoles et menaçant de les attaquer avec des outils électriques.
«Ils ont formé un comité de résistance idole et menacé les travailleurs. Ils ont également donné un ultimatum de trois jours pour retirer les sculptures», a déclaré Sirahul l’islam, chef de la police de l’aéroport.
Selon Haq, (le sculpteur) l’installation des sculptures est devenu l’un de ses projets les plus dangereux : «Ils sont devenus si hostiles, c’est devenu de plus en plus dangereux et risqué d’y travailler”, a-t-il dit. “J’ai décidé de les supprimer comme je ne voulais pas voir d’affrontements.”
Les statues seront remplacées par une fontaine, a dit Sirahul Islam.



§ 594. — La destruction du sanctuaire d’al Uzza.

Khalid est envoyé pour ravager le sanctuaire des Thaqif, dans la région de Ta'if. Le culte est d'abord celui d'un arbre et peut-être d'une forme féminine . Les textes de la Tradition Islamique évoquent l'apparition maléfique d'une femme noire, prêtresse ou hypostaste de la déesse. Al Uzza, "la Puissante", est une déesse importante, présente dans le Coran même et les musulmans agissent contre elle avec une hargne peu commune, que sa nature féminine exacerbe.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 287).
Lorsque tous les habitants de la Mecque, hommes et femmes, eurent prêté serment, le prophète envoya Khalid ibn Walid, pour détruire l'idole d’Uzza. Il y avait à Batn Nakhla, à une parasange de la ville, dans la direction du Ta’if, un temple que les habitants de la Mecque, de Ta’if et les Arabes bédouins fréquentaient, et autour duquel ils faisaient des tournées. La porte du temple était fermée, et à l'intérieur se trouvait une idole de pierre, d'où il sortait une voix qui parlait aux adorateurs. Les infidèles l'appelaient Uzza et la tenaient en grand honneur ; ils juraient par Lat et par Uzza, idoles qui sont mentionnées dans le Coran189. Lat était une idole de pierre, placée dans le temple et ayant la forme humaine. On disait que les deux idoles étaient couchées ensemble, et on les adorait ensemble. Le prophète ordonna à Khalid de détruire l'une de ces deux idoles et de briser l'autre. Khalid fit ainsi. Il brisa l'une et en vit sortir un être ayant la forme humaine, qui poussa des cris et disparut sous terre. Lorsque Khalid en rendit compte au prophète, celui-ci dit:
-C'était Uzza ; cette idole ne sera plus jamais adorée sur la terre.

(ibn Kalbi, Livre des Idoles 21 b ; 22 b-c).
Al Uzza était un démon femelle qui hantait trois acacias d’Arabie dans le vallon de Nakhla.
Dans son livre, (...) al Maqrizi dit:
-Khalid190 ibn al-Walid détruisit al Uzza en l'an 8 de l'Hégire, cinq nuits avant la fin de ramadan. Son prêtre191 était alors Aflah ibn an Nadr as Shaybani des Banu Sulaym. Lorsque, sur l'ordre du prophète (...) , Khalid revint vers elle pour la détruire, il tira son sabre et se vit en face d'une femme noire192 , dévêtue et les cheveux défaits193.
Le prêtre se mit à l'exciter par ses cris. Khalid dit avoir eu un frisson dans le dos. Et le prêtre criait toujours:
Ô Uzza, attaque avec force, évite le malheur!
Ô Uzza, jette ton voile et te retrousse.
Ô Uzza, si tu ne tues pas ce Khalid, ta perte est imminente: ressaisis-toi.

Khalid, le sabre à la main, se jeta sur elle en criant:
-Je te renie et ne te bénis point ; car Allah, je le vois, t'a avilie.
et, de deux coups, il la pourfendit. Il s'en revint vers le prophète (...) et lui rapporta les faits. Ce dernier répondit:
-Oui, telle est bien al Uzza. Elle n'a plus aucun espoir d'être un jour adorée dans votre pays. Khalid répondit:
-Ô apôtre d’Allah! Grâce soit rendue à Allah, qui, par toi, nous a, sauvés de la perdition.
(...)
D'un coup, il lui fendit le crâne: elle ne fut plus que cendres194.
Sur ce, il abattit l'arbre et tua Dubayya, le desservant de son culte.
Puis il revint vers le prophète (...) et lui rendit compte des faits.
-Telle est bien al Uzza, dit le prophète. Après elle, les Arabes ne connaitront plus de Uzza. Eh bien ! Elle ne sera plus adorée, désormais!
C'est alors qu'Abu Hirash composa pour Dubayya le panégyrique195 que nous avons cité.
(...)
-Va, lui ordonna t-il, au vallon de Nakhla. Tu y trouveras trois acacias et tu abattras le premier.
Khalid y alla et le coupa.
Au retour, le prophète lui demanda:
-As tu vu quelque chose?
-Non, répondit Khalid.
-Abats donc le deuxième.
Khalid s’y rendit et le coupa.
A son retour, le prophète lui demanda:
-As tu vu quelque chose?
-Non, répondit-il.
-Abats donc le troisième.
Khalid s’y rendit à nouveau et se trouva en face d’une Abyssine196 qui, les yeux ébouriffés, les mains sur les épaules, grinçait des dents. Derrière elle se tenait son prêtre, Dubayya as Sulami.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 839-840).
Ensuite, le prophète envoya Khalid contre al Uzza, qui était à Nakhla. C’était un temple que la tribu des Quraysh, des Kinana et tous les Mudar avaient coutume de vénérer. Ses gardiens et sacristains étaient les Banu Shayban des Banu Sulaym, alliés des Banu Hashim.
Alors quand le gardien Sulami apprit la nouvelle de l’arrivée de Khalid, il accrocha son sabre sur elle197 , grimpa sur la montagne où elle était, et dit:
-Ô Uzza, fais une attaque destructrice sur Khalid
Ecarte ton voile et prépare toi
-Ô Uzza, si tu ne tue par cet homme Khalid
Alors envoie lui un châtiment rapide ou fais-en un chrétien198 .


L’attachement au culte de al Uzza.
(ibn al Kalbi, Livre des idoles 19a-b).

Le culte d'al Uzza dura jusqu'au jour où Allah envoya son prophète: il vitupéra al Uzza et d'autres idoles, interdit leur culte et, dans le Coran, une révélation les touchait.
Les Quraysh supportèrent mal la chose. Lorsque Abu Uhayha, qui est Sayd ibn al As ibn Umayya ibn Abd Sayn ibn Abd Manaf, souffrait du mal qui devait l'emporter, Abu Lahab199 vint visiter le malade et le trouva en larmes.
-Pourquoi pleures-tu, Abu Uhayha? lui demanda-t-il. Est-ce à cause de la mort, qui est inéluctable?
- Non. Mais je crains qu'al Uzza ne soit plus adorée après moi.
-Par Allah, elle n'était pas adorée seulement de ton vivant et ne sera donc pas abandonnée après toi, à cause de ta mort.
-Maintenant, je le sais, j'ai un successeur, s'exclama AbuUhayha ravi de l'attachement de son visiteur au culte d'al Uzza.

(al Kalbi, Livre des idoles 23).
Al Uzza continua à être adorée jusqu’à ce que Allah envoie son prophète qui la ridiculisa elle et les autres idoles et interdit leur culte.... Le prophète, ensuite, envoya Khalid..., qui coupa les arbres, détruisit la maison et démolit l’idole.


§ 595. — La destruction du sanctuaire de Ruda.

Ruda est une divinité stellaire du nord de l’Arabie, d’origine sans doute nabatéenne200. Elle apparait déjà dans une inscription assyrienne. Elle est particulièrement invoquée surtout par les Thamoudéens201, comme “Dame du Secours” ou “Dame de la Mort”202. Très populaire, on attend d’elle la grandeur, l’amour, la vengeance, le secours, la sagesse, la guérison, la compassion, etc...203
C’est la contre-partie féminine d’Arsô.
On connait une représentation de la déesse sous forme d’une femme nue à la chevelure déployée, surmontée d’une étoile.
Tout cela ne l'empêche pas d'être ravagée comme il se doit.


(al Kalbi, Livre des idoles 25-26).

Lorsqu’al Mustawgir détruisit Ruda, dans les premiers temps de l’islam, il dit:
-J’ai lancé contre Ruda une attaque violente, et je l’ai laisse, dans l’agonie, un amas de cendres. J’ai fait appel, pour sa destruction, à Abdallah, un homme comme Abdallah ne craint pas de frapper ce qui est interdit204.

(al Kalbi, Livre des idoles 32-33).
Quand les Banu Munhib ibn Daws se sont soumis à l’islam, le prophète a envoyé al Tufayl ibn Amir al Dawsi pour la détruire. Al Tufayl mit le feu à l’idole et dit205 :
-Ô Dhu al Kaffayn, je ne suis plus ton serviteur.
Notre origine est plus noble que la tienne.
J’ai rempli ta tête de feu et j’ai brûlé ton sanctuaire.

(Muslim, Sahih 31/6132).206
...Tufayl et ses compagnons dirent:
-Messager d’Allah, les Daws ont apostasié et t’ont menti, alors maudis-les.
Il fut dit:
-Laissez détruire les Daws...

§ 596. — La destruction du sanctuaire de Wadd.

Wadd207 est un dieu ancien, d’origine mésopotamienne probable ; il est d’abord connu sous le nom d’Adad208 et serait aussi lié à Adonis, qui serit peut-être la déformation du nom en grec . Son nom évoque “l’amour”.
Dieu minéen, présent ailleurs en Arabie209 ; son nom signifie “Amour” et il reçoit souvent l’épiclèse de “Père”210.
Son nom plutôt attirant a été rapidement intégré à des noms théophores211.


Libation à Wadd.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 49f).

Al Kalbi dit: Malik ibn Harita al Agdari racontait avoir vu l'idole de Wadd: Mon père, disait-il, m'envoyait présenter une offrande de lait à Wadd, en ces termes:
-Donne à boire à ton dieu.
Et c'était moi-même qui buvais le lait.
-Par la suite, poursuivait Malik, j'ai vu Khalid al Walid briser l'idole a et la mettre en morceaux.

(ibn Kalbi, Livre des Idoles 50b).
L’apôtre d'Allah avait envoyé, après Tabuk212, Khalid pour détruire Wadd. Mais les Banu Abd Waddd et Banu Amir al Agdar s’opposèrent à sa destruction. Khalid leur livre bataille et les vainquit. Puis il détruisit le sanctuaire et mit Wadd en morceaux.
Khalid tua aussi Hassan ibn Mashad, cousin d’al Ukaydir qui était le maître de Dumat al Jandal.

Le désespoir après le sacrilège.
(ibn Kalbi, Livre des idoles 50c).

L'apôtre d’Allah (...) avait envoyé, après la bataille de Tabuk, Khalid ibn al Walid pour détruire Wadd. Mais les Banu Abd Wadd et les Banu Amir al Agdar s'opposèrent à sa destruction. Khalid leur livra bataille et les vainquit. Puis il détruisit le sanctuaire et mit Wadd en morceaux.
Parmi les victimes de cette bataille se trouvait un homme des Abd Wadd, appelé Qatan ibn Surayh. Sa mère, accourue, le trouva mort. Elle dit:
Hélas! Mon amour n'a pas duré ;
mon bonheur s'est évanoui trop tôt.
Un jeune chamois n'échappera pas au destin,
même si sa mère, au haut des falaises, veille sur lui.

Puis elle poursuivit:
Toi, qui unis mon foie et mes entrailles, toi, par qui je vis!
ah! si ta mère n'était point née et ne t'avait point enfanté!

Elle se jeta sur lui et, dans un sanglot, perdit le souffle.
Khalid tua aussi Hassan ibn Masad, cousin d'al Ukaydir qui était le maître de Dumat al Jandal.

§ 597. — La destruction du sanctuaire d’Allat.

Le plus bouleversant dans cette affaire est l'attachement profond de la population envers la déesse, qui tentent de négocier des accords pour conserver la déesse, ou obtenir un délais. Avec une dureté presque sadique, un refus répété leur est opposé.

Il s’agissait d’une grande divinité panarabe, protectrice des troupeaux et des caravanes, c’est-à-dire de la vie économique et sociale213, équivalent féminin d’Allah (“La Déesse”), vénérée à la Mecque, Palmyre214 , Hira, Pétra etc... ; les Grecs et Romains215 l’assimilent surtout à Athéna216. Les commentateurs musulmans ont créé une fantaisie étymologique: elle devient al-Latt, un pierre à broyer le grain, appartenant à un juif: l’ame de celui-ci passe dans la pierre et décide la population à l’adorer217 .
En Arabie centrale, Ta’if est son lieu principal d’adoration: c’est un rocher carré qui fixe l’attention des pélerins de “La Dame de Ta’if”. L’important est de noter ici la résistance impressionnante de la population, les Thaqif, face au sacrilège218 .
Il existe aussi des sanctuaires qui lui sont consacrés à Nakhla, Ukaz et la Mecque.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1691-2).219

... Le messager d’Allah envoya Abu Sufyan et al Mughira (...) pour démolir les idoles. Les deux voyagèrent avec la députation et approchèrent d’al Ta’if. A ce moment, al Mughira demanda à Abu Sufyan de le précéder. Abu Sufyan refusa et dit:
-Va tout seul vers ton peuple.
Lui-même s’installa dans son domaine de Dhu al Harm.
Al Mughira entra à Ta’if, il grimpa sur l’idole et la frappa avec une hache. Sa tribu, les Banu Muattib, se tenait devant lui, craignant qu’il soit frappé ou abattu comme Urwah l’avait été. Les femmes de Thaqif vinrent avec leurs têtes découvertes, se lamentant pour la perte de l’idole, chantant:
versez des larmes pour la protectrice!
Ignobles sont ceux qui l’abandonnent,
et ceux qui sont des incapables avec les sabres brandis!

(...) al Mughira frappait l’idole avec la hache, et Abu Sufyan disait:
-Hélas pour toi, hélas220!
Une fois la statue détruite, il prit le trésor et tous ses ornements, et l’envoya à Abu Sufyan.
Ses ornements étaient constitués de divers objets, et son trésor était en or et en onyx221 .
Le messager d’Allah avait auparavant donné instruction à Abu Sufyan de payer les dettes d’Urwah et d’al Aswad avec les biens d’Allat...

(ibn Kalbi, Livre des Idoles 13d/14a).

Cette vénération dura jusqu’au jour où les Thaqif passèrent à l’islam. (...)
A ce propos, lors de la destruction d’Allat, Saddad ibn Arid al Ghusami exhorta les Thaqif à ne plus revenir à son culte, ni à chercher à se venger:
Ne prenez pas le parti d’Allat: Allah a décidé sa perte.
Comment aiderez-vous celui qui ne peut vaincre?
En vérité, celle qui, mise ne feu, n’a pas résisté aux flammes et ne s’est même pas défendue dans sa propre enceinte, celle-là n’est pas à venger.
Quand l’envoyé d’Allah surgit dans votre place, il s’en retourne, sans y avoir laissé, de ses propres habitants, homme qui vive.

(al Kalbi, Livre des idoles 15).

Al Lat continua à être vénérée jusqu’à ce que les Thaqif n’embrassent l’islam, quand l’apôtre de Allah a envoyé al Mughira ibn Shubab, qui l’a détruite et a brûlé son temple jusqu’au sol.
A ce sujet, quand al Lat a été détruite et brûlée jusqu’au sol, Shaddid ibn Arid al Jushami a dit en avertissement aux Thaqif de ne pas revenir à son culte et de ne pas essayer de venger sa destruction:
-Ne revenez pas à al Lat, que Allah a voué à la destruction ;
comment pouvez vous compter sur une déesse qui ne triomphe pas?
Vraiment, ce qui ne résiste pas quand on n’y met le feu, et qui ne protège pas ses pierres,
est sans gloire et sans valeur.
Maintenant que le prophète est arrivé chez vous et s’en va, aucun objet votif ne devra rester.

L’attachement des fidèles pour Allat.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 916).222

Parmi les choses qu’ils223 demandèrent à l’apôtre, il y avait qu’ils voulaient que leur idole Allat ne soit pas détruite pendant trois ans. L’apôtre refusa et ils demandèrent pour un ou deux ans, et il refusa encore ;puis ils demandèrent un mois après leur retour ; et il refusa de leur accorder le moindre délais. Tout ce qu’ils voulaient, c’était être sauvegardés de leurs fanatiques, de leurs femmes et enfants, en l’abandonnant, et ils ne voulaient pas non plus affoler leur peuple en la détruisant, avant qu’ils n’acceptent l’islam. L’apôtre refusa, mais il envoya Abu Sufyan et al Mughira (...) pour la détruire.
Il demandèrent aussi s’il pouvait les dispenser de la prière et s’il pouvait les dispenser de briser eux-mêmes leurs idoles224.
L’apôtre dit:
-Nous vous dispensons de détruire vous-mêmes les idoles, mais concernant la prière, il n’y a rien de bon dans la religion qui n’a pas de prières.

(Dawud, Hadith 19/ 3019).225
J’ai demandé à Jabir selon quelles conditions les gens de Thaqif ont prêté allégeance. Il a dit:
-Ils ont demandé au prophète qu’il n’y ait pas de tribut sur eux ni de jihad226 pour eux.
Il a ensuite entendu le prophète dire:
-Plus tard, ils auront le tribut et ils feront le jihad quand ils se soumettront à l’islam.

(Dawud, Hadith 19/ 3020).227
Quand l’ambassade des Thaqif est venu auprès de l’apôtre d’Allah, il les fit rester dans la mosquée, pour amollir leurs coeurs. Ils demandèrent à ne pas être appelés pour le jihad, à ne pas payer le tribut et ne pas faire de prières. L’apôtre de Allah dit:
-Je vous concède que vous ne participerez pas au jihad et que vous ne payerez pas le tribut, mais ce n’est pas une bonne chose en religion s’il n’y a pas de proternation.

(Dawud, Hadith 19/ 3061).228
L’apôtre d’Allah a pillé Thaqif.


§ 598. — La destruction du sanctuaire d’al Fals.

Les informations229 sur cette idole sont particulièrement précieuses puis ibn Kalbi est originaire de la tribu des Tayy: pour une fois, la source est directe230. L'idole ressemble donc à un bétyle, une grande pierre décrite précisément. Ali se charge de l'affaire et la mène rondement. Il semble compétent en matière de destruction.231

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 312-4).

Le prophète fit donc partir Ali à la tête d'un détachement, en lui disant:
-Peut-être pourras-tu amener avec toi le fils de Hatim, qui est un homme distingué ; il est possible qu'Allah lui donne la grâce de l'islam.
Ali se rendit vers les Banu Tayy. A son approche, Adi plaça sa famille et ses biens sur des chameaux et se sauva en Syrie, en abandonnant les gens de sa tribu, et sans emmener sa sœur, qui était une femme âgée, distinguée par son intelligence, sa sagesse et son éloquence, et qui jouissait aussi d'une grande autorité dans sa tribu. Lorsqu'Ali arriva, ne trouvant plus Adi, il s'empara de sa sœur.
Il y avait dans la tribu un temple renfermant une idole de pierre, que Hatim et les Banu Tayy avaient adorée. Ali détruisit le temple et brisa l'idole. Il trouva dans le temple deux sabres sur lesquels les gens de la tribu lui donnèrent les renseignements suivants: Ce sont deux sabres fameux parmi les Arabes ; l'un est appelé Rosub, et l'autre, Mikhdsam. Ils ont appartenu à Harith ibn Abu Schimr, le Ghassanide232 , qui en a fait cadeau à Hatim. Celui-ci les a possédés jusqu'à sa mort ; en mourant, il nous a recommandé de les suspendre dans le temple233 , et, dans le cas où nous serions attaqués inopinément par un ennemi, de nous en servir. Ali prit ces deux sabres, emmena la fille de Hatim et revint auprès du prophète.


L’idole.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 54 b ; 55 c
).234
Les Tayyi235 avaient une idole appelée al Fals. C’était dans leur montagne qu’on nommait Agha , une saillie rouge236 qui avait forme humaine.
Ils l'adoraient, lui faisaient des offrandes et immolaient en son honneur des sacrifices ovins. Tout fugitif trouvait asile dans son sanctuaire ; toute bête volée et amenée près de l'idole lui était consacrée: son sanctuaire était inviolable237 .
Les Banu Bawlan avaient la charge de son culte, car leur ancêtre Bawlan avait été le premier à lui rendre un culte. Le dernier qui, parmi eux, a desservi ce culte fut un homme appelé Sayfi. Il prit un jour une chamelle laitière à une femme des Banu Ulaym de la tribu des Kalb, qui habitait dans le voisinage de Malik ibn Kultum as Samagi, un noble. Sayfi conduisit la chamelle au parvis d'al Fals et la lui consacra. La femme alla raconter à son voisin Malik ce que fit Sayfi de sa chamelle. Malik monta un cheval sans selle, empoigna sa lance et se jeta à la poursuite de Sayfi. Il le rejoignit dans le sanctuaire d'al Fals où la chamelle avait été déjà attachée.
-Lâche la chamelle de ma voisine, ordonna-t-il à Sayfi.
-La bête est déjà à ton dieu.
-Lâche-la, te dis-je.
-Vas-tu donc violer le sanctuaire de ton dieu?
Malik le menaça alors de sa lance: Sayfi détacha la chamelle et Malik la ramena.
Le prêtre s'approcha alors d'al Fals et, les yeux tournés vers Malik, il s'adressa à l'idole, en le désignant de la main:
Seigneur, Malik ibn Kultum
T'a violé aujourd'hui pour une vieille chamelle
Pourtant, tu as toujours été inviolable !

Ainsi l'excitait-il contre Malik. Or Adi ibn Hatim avait, ce jour-là offert un sacrifice en l'honneur d'al Fals. Il se tenait là et, avec quelques compagnons, il parlait de l'hiérosylie238 de Malik. Tout ému, il leur disait:
-Aujourd'hui-même, vous verrez son châtiment.
Plusieurs jours s'écoulèrent et rien ne lui arriva. Adi renia alors al Fals et renonça à l'idolâtrie. Il passa au christianisme et resta chrétien jusqu'à l'avènement divin de l'islam, auquel il se convertit.
Malik fut donc le premier à violer le sanctuaire d'al Fals. Par la suite, toutes les fois que son prêtre lui amenait une chamelle, elle lui était reprise.
Le culte d'al Fals dura jusqu'à l'arrivée du prophète (...). Ce dernier envoya alors Ali ibn Abu Talib qui détruisit le sanctuaire et en rapporta deux sabres qu'al Harith ibn Abu Samir al Ghassani, roi de Ghassan239 , avait suspendus à la taille d'al Fals240. L'un d'eux s'appelait Mihdam et l'autre Rasub. Ce sont les deux sabres que Alqama ibn Abada a cités dans sa poésie.
Ali ibn Abu Talib les présenta au prophète. Il en porta un, puis le remit à Ali ibn Abu Talib.
C'était le sabre qu'il avait l'habitude de porter.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 379).
L’apôtre d'Allah envoya Ali ibn Abu Talib pour détruire l’idole des Banu Tayyi, al Fuls, et d’en éparpiller les morceaux. Il partit donc avec 200 hommes à cheval, et attaqua les membres de la famille de Hatim. Ils capturèrent la fille de Hatim, et l’offrirent à l’apôtre d'Allah, parmi les captifs faits sur les Banu Tayyi.

(Muslim, Sahih 44/4585).
'Omar ibn Al-Khattâb a dit :
-"La première aumône qui a réjoui l'envoyé d'Allah et ses compagnons, était celle faite par la tribu de Tayyi', que j'aie apportée moi-même à l'envoyé d'Allah ".


§ 599. — Le sanctuaire de Dhul Khalasa.

La hargne de Muhammad à l’égard de ce sanctuaire est visible à travers les insultes grivoises qu’il lance à l’encontre de ses fidèles féminines. Il existe une cause ancienne et profonde à cette attitude: la pierre sacrée est vénérée par un grand nombre de tribus (Daws, Khataham, Bajila, Azd, Tabalah) et son sanctuaire concurrence celui de la Mecque depuis longtemps. C’est aussi une Ka'ba, celle du Yémen241.

Idée de puissance, d’armement, pour “Celui de Khalasa”. Son nom est sans doute aussi celui d’un complexe rituel comportant plusieurs divinités242.
Son culte est surtout situé à Tabala, dans la Tihama243.
Les sarcasmes de Muhammad contre cette divinité attestent sa popularité parmi les populations arabes.



(Muslim, Sahih 41/6944).244
...le messager d’Allah disant: la dernière ne viendra pas avant que les femmes de la tribu de Daws ne soient vues allant autour de Dhu al Khalasa pour le rituel... où il y a un temple dans lequel le peuple de la tribu de Daws avait l’habitude d’honorer une idole.

(Bukhari, Sahih 88/232).245

L’apôtre d’Allah a dit:
-L’Heure246 ne viendra pas avant que les fesses des femmes de la tribu de Daws ne tournent autour de Dhul al Khalasa.
Dhul al Khalasa était une idole de la tribu de Daws qu’ils vénéraient avant l’islam.

(Bukhari, Sahih 52/ 188 et 59/ 675).247
Tufayl ibn Amir ad Dawsi et ses compagnons sont venus voir le prophète et ont dit:
-Ô apôtre d’Allah, le peuple de Daws a désobéi et refusé de te suivre. Alors invoque Allah contre eux.
Les gens se dirent:
-La tribu de Daws est perdue...
Le prophète a dit:
-Ô Allah, donne la voie au peuple de Daws, et faites-les se convertir à l’islam.

(Muslim, Sahih 31/ 6052).248
... dans les temps pré-islamiques, il y avait un temple appelé Dhul Khalasah, qui était appelé la Ka'ba yéménite ou la Ka'ba du nord. Le messager d’Allah me dit:
-Pourrais-tu me débarasser de Dhul Khalasah?
Alors j’y suis allé à la tête de 350 cavaliers de la tribu d'Ahmas, et nous l’avons détruit et tué tous ceux qui se trouvaient là. Ensuite, nous sommes revenus vers lui pour l’informer et il nous a béni, avec la tribu d'Ahmas.

(Muslim, Sahih 31/6053).249
Le messager d’Allah me dit:
-Ne peux-tu pas me débarasser de Dhul Khalasah, la maison de l’idole Khatham...
Alors j’y suis allé vers 150 cavaliers...

(Bukhari, Sahih 52/262).250
Le prophète a dit:
-Qui veut me débarasser de Dhul Khalasa?
Dhul Khalasa était la maison d’une idole appartenant à la tribu de Khatam appelée al Ka’ba al Yamaniya251 . Alors j’ai progressé avec cent cinquante cavaliers de la tribu des Ahmas, qui sont d’excellents cavaliers....Jarir avança vers la maison (du dieu), la démolit et l’incendia.

(Bukhari, Sahih 64/62).
Jarir a dit: il y avait du temps du paganisme un temple qu'on appelait Dhul Khalasa, la Ka'ba Yéménite, et la Ka'ba yéménite252 et la Ka'ba syrienne.
Un jour le prophète me dit:
-Ne me er débarrasseras-tu donc pas de Dhul Khalasa ?
Je partis aussitôt à la tète de cent cinquante cavaliers ; nous démolimes le temple et nous massacràmes tous ceux que nous y trouvâmes. De retour auprès du prophète, je lui rendis compte de cela, et il fit une invocation pour moi et pour les ahmas253.

Jarir rapporte que le prophète lui dit:
-Ne me débarrasseras-tu donc pas de Dhul Khalasa?
C'était un temple chez les Khatham, on l'appelait la Ka'ba yéménite.
-Je partis, dit Jarir, à la tête de cent cinquante cavaliers des ahmasi qui possédaient des chevaux. Comme je n'étais pas solide à cheval, le prophète me frappa sur la poitrine avec une telle force que je vis la marque de ses doigts imprimés sur ma poitrine.
Puis il ajouta:
-Ô Allah, rends-le solide à cheval et fasse qu'il soit bien dirigeant et bien dirigé!
Jarir partit, démolit le temple, y mit le feu et fit porter la nouvelle à l'envoyé d'Allah par un messager, qui dit:
-J'en jure par celui qui fa envoyé avec la vérité, je ne suis venu vers toi qu'après avoir laissé le temple pareil à un chameau galeux254 .
-Allah bénisse les chevaux et les hommes des Ahmas, s'écria le prophète à cinq reprises différentes.

D'après Jarir :
L'envoyé d'Allah me dit :
-Ne me débarasseras-tu donc pas de Dhul Khalasa ?
-Certes oui, lui répondis-je.
Je partis à la tête de cent cinquante cavaliers des Ahmas, qui possédaient des chevaux. Comme je n'étais pas solide à cheval, je le fis remarquer au prophète. Alors, avec sa main, il me frappa sur la poitrine avec une telle force que je vis la marque de sa main imprimée sur ma poitrine ; puis il ajouta :
-Ô Allah, rends-le solide à cheval et fasse qu'il soit bien dirigeant et bien dirigé.
-Depuis ce moment, dit Jarir, je ne tombai plus jamais de cheval. Dhul Khalasa était un temple des Khatham et des Bajila, dans le Yémen ; il y avait des autels où on priait. On appelait ce temple la Ka’ba. Jarir, arrivé au temple, y mit le feu et le démolit. Lorsque Jarir se rendit au Yémen, il y avait un homme qui disait la bonne aventure avec des flèches.
-Un agent de l'envoyé d'Allah, dit-on à cet homme, est ici ; s'il met la main sur toi, il te tranchera la tête.
Or, pendant que cet homme augurait avec ses flèches255 , Jarir s'arrêta tout à coup derrière lui et lui dit :
-Tu vas briser tes flèches et attester qu'il n'y a d'autre divinité qu’Allah, sinon je te tranche la tête256 .
L'homme brisa ses flèches et fit la profession de foi.
Jarir avait envoyé un homme des ahmas, surnommé Abu Arta, pour annoncer au prophète la bonne nouvelle. Arrivé en présence du prophète, ce messager dit :
-Ô envoyé d'Allah, j'en jure par celui qui t'a envoyé avec la vérité, je ne suis venu ici qu'après avoir laissé le temple pareil à un chameau gâleux.
Le prophète, à cinq reprises différentes, bénit alors les chevaux et les hommes des ahmas.

(Bukhari, Sahih 56/100, 1).
Toayl ibn Amir le Daws s’en vint trouver le prophète avec ses compagnons. Ils lui dirent:
-envoyé d'Allah, la tribu de Daws s’est montrée rebelle et a refusé d’entendre la vérité ; invoque contre elle la colère divine!
On dit alors:
-La tribu de Daws est perdue.
Mais l’envoyé d'Allah s’écria:
-Ô Allah! Conduis les Daws dans la bonne voie et amène à à l’islam257 .

(al Kalbi, Livre des idoles 31-32).
(Jarir ibn Abdullah) vint trouver le prophète et se soumit à l’islam devant lui. Alors l’apôtre s’adressa à lui en lui disant:
-Ô Jarir, peux tu me débarasser de Dhu al Khalasa?
Jarir répondit:
-Oui.
Alors l’apôtre l’envoya la détruire....Il démolit le bâtiment qui protégeait Dhu al Khalasa et y mit le feu.
Actuellement, Dhul Khasalah constitue le seuil de la porte de la mosquée de Tabalab258 .
Pour défendre le bétyle259, les Khatam et les Bahila lui livèrent bataille. Il tua, ce jour-là, une centaine d’hommes parmi ceux qui assuraient le culte de l’idole, de la tribu de Bahila. Il fit un carnage parmi les Hatam en terrassant deux cent des Banu Quhafa ibn Amir ibn Khatam.
(...)
Ils étaient venus défendre leur bétyle blanc, mais ils se heurtèrent, devant lui, à des lions que le choc des sabres fait rugir.
Pour défendre l'idole, les Khatam et les Bahila lui livrèrent bataille. Il tua ce jour-là une centaine d'hommes parmi ceux qui assuraient le culte de l'idole, de la tribu de Bahila. Il fit un carnage parmi les Khatam en terrassant deux cents des Banu Qubafa ibn Amir ibn Khatam.
Il remporta ainsi la victoire, mit ses adversaires en déroute, détruisit le temple de Dhul Khalasa, y mit le feu et le réduisit en cendres.
Une femme des Khatam chanta alors :
Les Banu Umama succombèrent à al Waliyya,
comme des gens ivres, jouant chacun de leur flûte.
Ils étaient venus défendre leur idole blanche,
mais ils se heurtèrent, devant elle,
à des lions que le choc des sabres fait rugir.
Les hommes d'Ahmas apportèrent aux femmes de Khatam
un lot de déshonneur équitablement réparti sur toutes les familles.

Dhul Khalasa est aujourd’hui le seuil de la mosquée de Tabala.

(Muslim, Sahih 44/4586).
Abu Hurayra a dit : At-Tufayl et ses compagnons vinrent trouver le prophète et lui dirent : "Ô envoyé d'Allah! La tribu de Daws est devenue incrédule et a refusé de croire; invoque contre elle la colère divine!".
- "Daws est ruinée", dit-on.
Alors que le prophète dit :
-"Seigneur! Conduis Daws vers la bonne voie et amène-la à l'islam".

§ 600. — La destruction du sanctuaire de Nuhm.

Idole des Muzayna, dont le nom est souvent porté par les hommes: dans les tribus des Hawazin, des Baghila, les Khuzaa, les Hamdan. Le rite à Nuhm comporte un jet de cailloux (comme à Mina), une “lithobolie”260 et le partage rituel de la viande261.

(al Kalbi, Livre des idoles 34).

Les Luzaynah avaient une idole appelée Nuhm. Le prêtre de Nuhm s’appelait Khuzay ibn Abd Num des Muzaynah et plus précisément des Banu Ida. Quand il entendit parler du prophète, il partit détruire l’idole et dit:
-Je suis allé devant Nuhm pour offrir un sacrifice, mais ensuite, je me suis dit:
“c’est un dieu muet, sourt et vide d’esprit”, et j’ai refusé le sacrifice.
A partir de ce moment, ma foi est celle de Muhammad...

(al Kalbi, Livre des idoles 48).
Ensuite, après la bataille de Tabuk, l’apôtre de Allah envoya Khalid ibn al Walid pour la détruire.... Khalid détruisit le sanctuaire et démolit l’idole.

La fin de l’idole.
(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 254).

Je suis resté avec l’apôtre jusqu’à ce que Allah lui ouvre la Mecque et ensuite il m’a demandé d’aller brûler Dhul Kaffayn, l’image d’Amir ibn Humama. Alors qu’il allumait le feu, celui dit déclara:
Je ne suis pas un de tes serviteurs, Dhul Kaffayn,
Notre naissance est bien plus ancienne que la tienne
Je me réjouis de fourrer ce feu dans ton coeur.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 56).
Ruda était un temple des Banu Rabia ibn Kab ibn Sad ibn Zayd Manat ibn Tamim. Al Mustaughir (...) quand il l’a détruit au temps de l’islam, a dit:
J’ai pulvérisé Ruda si complètement
Que je l’ai laissé comme une ruine noire dans un trou.

§ 601. — La destruction du sanctuaire de Dhu Shara.

Cette fois-ci, la victime est un dieu très répandu dans le Proche-Orient, et connu sous une forme hellénisée, comme Dusarès262 .

La divinité est surtout présente en Arabie du Nord263 : son centre reste Pétra, et Shara est là une zone montagneuse 264. Elle est donc “Celle de la montagne”. Ailleurs, comme chez les Safaïtiques, elle remplace la divinité solaire265.


(al Kalbi, Livre des idoles 33c)
Les Banu al Hartih (...) des Azd avaient une idole appelée Dhu Shara. L’un des Gatharif en fait mention en ces termes:
-Nous aurions campé tout autour de Dhu Shara après que notre puissante armée a pourfendu les ennemis.

§ 602. —Destructions de Manat et Suwa.

La déesse du destin266, de la Fortune, et même “Dame de la Paix” ; son étymologie se rapproche de l’idée de décompte, de partage267. Elle correspond à la Tykhè des Grecs268. Elle préside aussi au regroupement tribal des Qays Aylan.

Cette divinité est très répandue dans les populations arabes autour de la Mecque
269: Wadi Naman, Wadi Ruhat, tribu des Sulaym des Hudhayl, etc...270 Elle est la protectrice des troupeaux, et des animaux perdus271 .

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 288)

Il existait encore, en dehors de la Mecque, deux autres idoles de pierre ayant des temples : l'une était appelée Suwa, l'autre Manat. Celle-ci était adorée, du temps du paganisme, par les habitants de Médine, les Aws et les Khazraj ; elle est mentionnée dans le Coran272. Le prophète envoya Sad ibn Zayd, ansar de la famille des Banu Aschhal, des Banu Aws, pour la détruire. L'idole de Suwa fut brisée par Amir ibn Al As273 .

La destruction du sanctuaire de Manat
(ibn Kalbi, Livre des idoles 11d).

Après une marche de quatre ou cinq nuits, le prophète ordonna à Ali de se diriger vers le sanctuaire de Manat. Ali détruisit, prit son trésor et le rapporta au prophète.

(ibn Sad, Tabaqat II 181).
Quand l’apôtre d'Allah a conquis la Mecque, il a envoyé Sad ibn Zayd contre Manat, la déesse des al Aws, al Khazraj, Ghassan et al Mushallal. Le jour même de la victoire, il l’a envoyé. Il est parti avec 30 cavaliers et y est parvenu. Un des fidèles de la déesse leur demanda:
-Que voulez vous?
-Je veux détruire Manat.
-Toi et tous ceux là?
Il entra à l’intérieur. Une femme noire apparut avec les cheveux ébouriffés; elle les maudissait et se frappait la poitrine274 . Le fidèle disait:
-Manat! Calme ta colère!
Sad la frappa et la tua. Il se retourna vers l’idole, et la démolit avec ses compagnons. Ils ne trouvèrent rien dans son trésor. Ils sont retournés vers l’apôtre d'Allah le jour 24 du ramadan.

§ 603. — La destruction d'Amm Anas.

La dénomination d’Amm suivi d’un suffixe sud-arabe en N-S, signifiant “homme”. Le texte de la Sira atteste que la divinité est plus honorée qu’Allah. Il existerait une alluson coranique à cette pratique de partage rituel.
La divinité viendrait de la tribu yéménite de Khawlan275.


(ibn Sa’d, Tabaqat I 382).
La députation des Banu Khawlan arriva, composée de 10 membres (...) et ils dirent:
-Ô apôtre d'Allah, nous croyons en Allah et en la vérité de son apôtre. Nous représentons notre peuple, que nous avons laissé derrière nous, et nous avons épuisé nos chameaux dans le voyage.
L’apôtre d'Allah demanda:
-Que se passe t-il au sujet d’Amm Anas, leur idole?
Ils répondirent:
-Elle est en vilain et mauvais état. Nous l’avons échangée contre Allah vers qui tu nous a guidés. Quand nous reviendrons, nous la détruirons.
Ils questionnèrent l’apôtre d'Allah à propos de la religion. Il leur donna des informations et fournit quelqu’un pour enseigner le Coran et la Sunna.
(...)
Ils interdirent ce que l’apôtre d'Allah avait interdit, et ont déclaré licite, ce que l’apôtre d'Allah avait déclaré licite.


§ 604. — L’interdiction du pèlerinage païen.

Muhammad avait laissé un délai aux Arabes qui voulaient se rendre à la Ka’ba, sans doute pour ne pas provoquer de révolte chez les bédouins, et une perte financière trop forte pour les Mecquois: des rituels pratiqués au même endroit pour deux religions différentes ont pu cohabiter quelques mois. Mais cette concession n’est pas faite pour durer. Muhammad, conforté par une révélation opportune, envoie Abu Bakr interdire définitivement l’accès au sanctuaire276 . C’est une déclaration277 de guerre (et en même temps de victoire) totale contre le paganisme, présente dans le Coran, et qui clôt cette phase de extermination religieuse. La place est nette pour le dogme de l'unicité.

(Corpus coranique d'Othman 9/1-2).

Immunité d'Allah et de son apôtre, pour ceux des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte:
-Allez donc par la terre, durant quatre mois278 !
Sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance et qu'Allah plongera dans l'opprobre les infidèles!

Le petit pèlerinage.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 886-7).
L’apôtre d'Allah partit de al Jirana pour faire le petit pèlerinage279. Il dona des ordres pour que le reste du butin soit gardé à Majanna près de Marrul Zahran. Ayant accompli le pèlerinage, il rentra à la Médine. Il laissa Attab ibn Asid en charge de la Mecque. Il laissa aussi avec lui Muadh ibn Jabal pour instruire la population dans la religion, et leur enseigner le Coran. Lui-même fut suivi par le reste du butin. (...)
Les gens ont fait le pèlerinage cette année de la façon dont les Arabes païens le faisaient. Attab a fait le pèlerinage avec les musulmans cette année. Les gens de Ta’if ont persisté dans le polythéisme et leur obstination, dans leur ville...

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 318-9).

Au commencement du mois de dhul qada, les Arabes non musulmans vinrent faire le pèlerinage à la Mecque, prétendant qu'ils y étaient autorisés par une convention qu'ils avaient conclue avec le prophète. Celui-ci voulait que l'accès de la Mecque fut interdit désormais à tous les infidèles, et Allah révéla la sourate al Barat280 :
Déclaration de dégagement, de la part d'Allah et de son prophète, à ceux des infidèles avec lesquels vous avez conclu des traités. Vous pouvez parcourir le pays encore pendant quatre mois. 281
Allah ordonna au prophète d'accorder sécurité à tous ceux qui avaient des traités, pendant les quatre mois de rejeb, dhul qada, dhul Hijja et muharram282 , ensuite de rompre ces traités et d'annoncer:
-Allah et son prophète se dégagent de toutes relations avec les infidèles ; ces quatre mois expirés, les traités sont nuls, l'islam sera regardé comme la religion générale. Ne faites pas de nouvelles conventions.
Qu'ils deviennent musulmans, sinon que le sabre et la guerre décident!
Allah ordonna au prophète de publier cette déclaration à la Mecque, le jour du pèlerinage, lorsque les Arabes de toutes les tribus y seraient réunis.
Il dit en outre:
-Les infidèles sont impurs, et la maison d'Allah est pure283 ; interdis-leur l'accès du temple après cette année. Fais annoncer que tu leur accordes sécurité pendant l'espace de quatre mois ; si, pendant ce temps, ils deviennent musulmans, c'est bien ; sinon, ne les laisse plus entrer à la Mecque et fais-leur la guerre.
Au mois de dhul qada, le prophète fit partir Abu Bakr et plusieurs de ses compagnons, pour accomplir le pèlerinage avec les musulmans. Dans la huitième année de l'hégire, Attab ibn Asid, nommé gouverneur de la Mecque284, après la prise de la ville au mois de ramadan, avait présidé aux cérémonies du pèlerinage, auquel assistaient musulmans et idolâtres. Or, dans la neuvième année, Abu Bakr, en accomplissant le pèlerinage également avec les croyants et les infidèles, était chargé en même temps d'annoncer à ces derniers qu'à l'avenir ils ne seraient plus admis à la Mecque. En effet, ce fut la dernière fois que les infidèles vinrent faire le pèlerinage. Le prophète remit à Abu Bakr les trente premiers versets de la sourate Al Barat, et lui ordonna de les réciter devant les hommes réunis à Arafat, en leur annonçant que désormais aucun infidèle ne serait admis à la Mecque.
Le lendemain du départ d'Abu Bakr, le prophète ordonna à Ali d'aller le rejoindre, de prendre d'entre ses mains les versets de la sourate et de les réciter aux hommes. Ali les ayant reçus d'Abu Bakr, celui-ci revint et dit:
-Apôtre d'Allah, est-ce que j'ai commis quelque faute, ou y a-t-il eu quelque révélation?
Le prophète répondit:
-Tu n'as commis aucune faute ; mais ces versets de la surate Al Barat sont un message d'Allah, et un message d'Allah ne peut être communiqué que par un homme de ma famille, des Banu Hashim. C'est pour cela que j'ai envoyé Ali, qui est de ma famille. Maintenant retourne, emmène Ali avec toi ; tu présideras aux cérémonies du pèlerinage, et Ali dira de ma part la révélation d'Allah. Abu Bakr partit, en emmenant vingt chameaux destinés à être sacrifiés, à la Mecque, à l'intention du prophète, et cinq autres chameaux qu'il voulait sacrifier pour lui-même.
Abd er Rahman ibn Awf, partit avec lui et emmena également un certain nombre de chameaux pour le sacrifice. Le pèlerinage fut donc accompli sous la présidence d'Abu Bakr, et la révélation fut récitée par Ali. Ils revinrent ensuite à Médine.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 919).

L’apôtre d'Allah resta là le reste du mois de ramadan et shawwal et dhul qada. Il envoya Abu Bakr à la tête du pèlerinage, en l’année 9, pour permettre aux musulmans de faire le pèlerinage, alors que les polythéistes étiaent à leurs stations de pèlerinage. Abu Bakr et les musulmans sont partis au moment prévu. Une révélation est intervenue, permettant de rompre l’accord passé entre l’apôtre d'Allah et les polythéistes selon lequel personne ne devait être écarté du temple quand il venait, et personne ne devait avoir de crainte pendant le mois sacré. C’était l’accord passé entre l’apôtre d'Allah et les polythéistes ; en même temps, il y avait des accords particuliers entre l’apôtre d'Allah et les tribus arabes, pour des points précis.
(Muslim, Sahih 7/ 3125).285
Allah révéla au prophète qu’il l’affranchissait de tout engagement antérieur pris avec les polythéistes?286

(Ibn Hanbal , Musnad 4).
Le prophète envoya Abu Bakr avec la sourate al Barsah au peuple de la Mecque pour proclamer qu’après cette année, aucun polythéiste ne serait autorisé au hajj, qu’aucun ne pourrait tourner autour de la ka’ba, qu’aucun n’entrera au paradis, sauf la personne qui devient musulmane, que quiconque a un pacte entre lui et l’envoyé d'Allah, il sera valide jusqu’à la période spécifiée, et que Allah et son messager sont libres de toute obligation envers les polythéistes. Après un moment, il dit à Ali:
-Remplace Abu Bakr, renvoie le auprès de moi et proclame la sourate.
Ali agit selon les instructions et quand Abu Bakr est revenu vers le prophète, il a demandé en criant:
-Ô envoyé d'Allah, quelque chose s’est passé?
Il répondit:
-Rien n’est arrivé que de bon te concernant, mais Allah m’a ordonné que ces ordres soient amenés soit par moi, soit par un homme qui vient de moi.

(Bukhari, Sahih 26/ 686).287
Dans l’année avant le dernier pèlerinage du prophète, quand l’apôtre d’Allah a nommé Abu Bakr comme responsable du pèlerinage, celui-ci a envoyé un groupe d’hommes faire une annonce publique:
-Aucun païen ne pourra faire le pèlerinage après cette année, et aucune personne nue ne pourra circambuler autour de la Ka’ba288.

(Bukhari, Sahih 58/16).
Abu Hurayra a dit: Abu Bakr m'envoya à Mina, le jour des sacrifices, à la tête d'un groupe de fidèles, annoncer qu'après cette année-là aucun polythéiste ne ferait le pèlerinage et qu'il ne fallait pas processionner tout nu. Le jour dit "grand pèlerinage", c'est le jour des sacrifices, et cette expression offre la contre-partie de l'expression populaire “petit pèlerinage” ; c'est là son origine.
Cette année-là, Abu Bakr rejeta, à l'encontre des infidèles, le pacte conclu avec eux ; et, l'année du pèlerinage d'adieu qu'accomplit le prophète, aucun polythéiste ne prit part à la solennité.

(ibn Kathir, Tafsir 9).289
Allah commande à ses serviteurs croyants qui sont purs dans la religion et en eux-mêmes, d’expulser les infidèles qui sont ignobles sur le plan religieux, de la Maison Sacrée290. Après la révélation de ce verset, les idolâtres ne sont plus autorisés à s’approcher de la Maison. Ce verset a été révélé la 9ème année de l’Hégire. Le messager d’Allah a envoyé Ali avec Abu Bakr pour annoncer aux idolâtres qu’aucun infidèle291 ne pourrait faire le pèlerinage292 cette année, et qu’aucune personne nue ne pourrait faire la tournée293 autour de la Maison.
Allah a complété ce décret, le transformant en décision juridique, et ainsi, en fait réel.

La rupture du pacte.294
(Corpus coranique d'Othman 9/3-12).

Proclamation d'Allah et de son apôtre, aux hommes, au jour majeur du pèlerinage295:
Allah, ainsi que son apôtre, sont déliés à l'égard des associateurs.
Si vous revenez de votre erreur, cela sera un bien pour vous.
Si au contraire vous vous détournez, sachez que vous ne réduirez pas Allah à l'impuissance !
Fais grâcieuse annonce d'un tourment cruel, à ceux qui sont infidèles!
Exception pour ceux des infidèles avec qui vous avez conclu un pacte, qui ensuite ne vous ont point fait dommage et n'ont prêté assistance à personne contre vous.
Respectez alors pleinement votre pacte avec eux jusqu'au terme qui les lie!
Allah aime les pieux.
Quand les mois sacrés seront expirés296 , tuez les infidèles quelque part que vous les trouvez!
Prenez-les!
Assiégez-les!
Dressez pour eux des embuscades!297
S'ils reviennent de leur erreur, s'ils font la prière et donnent l'aumône298 , laissez-leur le champ libre!
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Si, parmi les associateurs, quelqu'un te demande protection comme client, accorde-la-lui jusqu'à ce qu'il entende la parole d'Allah.
Ensuite, fais-le parvenir au lieu de tranquillité qui est le sien!
C'est qu'en effet ces associateurs299 sont un peuple qui ne sait point.
Comment les associateurs auraient-ils un pacte au nom d'Allah et au nom de son apôtre, à l'exception de ceux avec qui vous avez conclu un pacte, près de la mosquée sacrée ?
Tant qu'ils seront donc droits envers vous, soyez droits envers eux!
Allah aime les pieux.
Comment, sans distinction, pourriez-vous nouer un pacte avec les infidèles alors que s'ils l'emportent sur vous, ils n'observent à votre égard ni alliance ni engagement?
Ils vous satisfont par leurs paroles, alors que leurs cœurs sont rebelles et que la plupart sont pervers.
Ils ont troqué les signes d'Allah à vil prix et ils ont écarté de son chemin.
Combien mauvais est ce qu'ils font!
Ils n'observent à l'égard d'un croyant ni alliance ni engagement.
Ceux-là sont les transgresseurs.
S'ils reviennent de leur erreur, font la prière et donnent l'aumône, ils seront vos frères en religion.
Nous exposons intelligiblement les signes à un peuple qui sait.
Si , au contraire, ils violent leurs serments après avoir conclu un pacte et s'ils attaquent votre religion, combattez les guides de l'infidélité!
En vérité, ils ne tiennent nul serment300.
Peut-être cesseront-ils.
Ne combattrez-vous point des gens ayant violé leurs serments et ayant médité d'expulser l'apôtre, après qu'ils vous ont attaqués les premiers ?
Les redoutez-vous alors qu'Allah est plus digne que vous le redoutiez, si vous êtes vraiment croyants ?
Combattez-les!
Par vos mains, Allah les tourmentera et les couvrira d'opprobre, alors qu'il vous secourra victorieusement contre eux, qu'il guérira le ressentiment des croyants et chassera la colère de leurs cœurs.
Allah revient de sa rigueur envers qui il veut.
Allah est omniscient et sage.
Estimez-vous que vous serez abandonnés et qu'Allah ne connait pas encore ceux d'entre vous qui, menant combat dans le chemin d'Allah, n'ont pas pris d'adjoints en dehors d'Allah, de son apôtre et des croyants ?
Allah est informé de ce que vous faites.

L'interdiction de la nudité.
(Corpus coranique d'Othman 7/26-7).
Ô fils d'Adam! que le démon ne vous tente point, de même qu'il fit sortir du jardin votre père et votre mère primitifs, leur arrachant leur vêtement pour leur faire voir leur nudité!(...) Quand ceux-ci commettent une turpitude, ils disent:
-Nous avons trouvé nos pères commettant cette turpitude et Allah nous l'a ordonnée à nous aussi.
Réponds-leur:
-Allah n'ordonne point la turpitude. Direz-vous contre Allah ce que vous ne savez point?

Le traitement des infidèles à la Mecque au XIXème siècle.
(C. M. Doughty, Voyages dans l’Arabie Déserte, p. 827).301
Je qu'il était de mon devoir de le faire, car affreuse est l'incertitude pèse sur la tête de tout étranger qui s'aventure à La Mecque, où, ai-je ouï dire par des Musulmans dignes de foi, il ne se passe presque pas de jours sans que d'infortunées créatures démasquées comme étant des chrétiens intrus ne soient mises à mort. Un soldat et son camarade, qui suivaient les caravanes annuelles du hajj, parlant (franchement) à certains Chrétiens damasquins (de mes familiers), l'année précédant mon départ, dirent:
-Ils avaient vu appréhender deux étrangers à Mona, lors du dernier pèlerinage, lesquels avaient été surpris pendant qu'ils écrivaient sur des calepins. Après les avoir examinés, on découvrit qu'ils étaient des "Chrétiens". Ils les avaient vus exécuter, et la même chose se produisait presque chaque année !
Nos gouvernements chrétiens ont trop longtemps toléré ce brigandage religieux! Pourquoi n'ont-ils pas des Résidents, pour faire la police des nations à La Mecque.? Pourquoi n'ont- ils pas occupé la sinistre cité, au nom de la santé des nations, au nom de la religion commune de l'humanité302 , et parce que c'est là que se trouve la voie du commerce des esclaves ? Ce serait une bonne chose pour les gouvernements chrétiens, qui tiennent des provinces mahométanes, de considérer que jusqu'aujourd'hui ils n'ont jamais pu les posséder en paix. Tous les ans à La Mecque tout autre nom est foulé aux pieds et le “Pays de l'Apôtre” est, à ce qu'ils prétendent, inviolable, où aucune puissance terrestre ne peut les atteindre. C'est “La cité de la maison de Dieu”, et le seul Dieu est le Dieu unique des Moslemîn.


§ 605-Le casse-tête de la Ka'ba.

Un débat semble avoir agité la conscience de Muhammad, si l'on suit Bukhari, concernant la nature réelle du bâtiment : destruction , transformation, conservation? L'enjeu est important, car tout le monde sait à l'époque qu'il s'agit simplement d'un temple païen et le débat a dû être vif de savoir s'il fallait ou non épargner cet unique vestige du paganisme. Il faut donc lui arracher ses racines et sa nature, et le couvrir d'un apparat abrahamique. Muhammad exprime en passant sa crainte que les Arabes ne se soumettent pas à l'islam, et retourne au système traditionnel.
En réalité, ces textes ont de grandes chances de dater d'une époque bien postérieure, notamment aux moments des destructions répétées et réelles de la Ka'ba, comme sous ibn Zubayr, où le bâtiment subit des déprédations.


(Bukhari, Sahih 18/42).
De la supériorité de la Mecque et de ses monuments.
De ces mots du Coran : "Souviens-toi que nous avons fait du Temple un but de visite et un asile pour les fidèles. Servez vous de la station d'Abraham comme oratoire. Nous avons enjoint à Abraham et à Ismaël de rendre pur ce temple qui nous est consacré, afin qu'il servît à ceux qui font la tournée processionnelle, à ceux qui se livrent à la piété, aux inclinations et aux prosternations des fidèles...Certes tu es celui qui aime à pardonner et qui est clément."303 .
"Lorsque la Ka'ba fut reconstruire, le prophète et 'Abbâs s'employèrent à porter des pierres. El Abbâs dit au prophète :
-"Mets ton voile sur ton cou."
Aussitôt, le prophète tomba sur le sol, ses yeux fixèrent vers le ciel et il dit :
-"Donne-moi mon voile."
Abbâs fixa le voile au cou du prophète."304
Aïsha, la femme du prophète, rapporte que l'envoyé de Allah lui dit :
-"Ne vois-tu pas que tes gens, en reconstruisant la Ka'ba, n'ont pas suivi entièrement les fondations établies par Abraham ?
- Ô envoyé de Allah, répondit 'Aïsha, ne vas-tu pas replacer la construction sur les fondations d'Abraham ?
- Certes, je le ferais, répliqua-t-il, si je ne craignais que l'infidélité ne se produisît alors parmi tes concitoyens."
'Abdallah, qui rapporte ce hadith, ajoute : "Si 'Aïsha a entendu ces paroles de l'envoyé de Allah, je suppose que l'envoyé de Allah n'a cessé de toucher (ou d'embrasser) les deux piliers qui suivent le mur d'enceinte de la Ka'ba que parce que le temple n'a pas été exactement rebâti sur les fondations d'Abraham."
Aïsha a dit : "Je demandai au prophète si le mur faisait partie du temple.
- Oui, répondit-il.
- Et alors, repris-je, pourquoi ne lui a-t-on pas fait faire corps avec le temple ? - Parce que, répliqua-t-il, tes concitoyens n'ont pas eu les ressources nécessaires.
- Et pourquoi, demandai-je encore, le pas de la porte est-il aussi élevé ?
- C'est, répondit-il, que tes concitoyens veulent pouvoir y faire entrer qui il leur plaît et en interdire l'accès à qui ils voudront. Si tes concitoyens n'étaient pas si rapprochés du temps du paganisme et si je ne craignais de les mécontenter, je ferais que le mur fît corps avec le temple et que le seuil de la porte fût au ras du sol.
Suivant 'Aïsha, l'envoyé de Allah lui dit :
-"Si tes concitoyens n'avaient renoncé à l'infidélité depuis si peu de temps, je démolirais le temple et le reconstruirais sur les fondations d'Abraham, - les Quraysh ayant manqué de fonds suffisants pour cette construction, - et je lui aurais fait une (autre) porte."
Aïsha rapporte que le prophète lui dit :
-Ô 'Aïsha, si tes concitoyens n'étaient pas si rapprochés de l'époque du paganisme, j'aurais donné l'ordre de démolir le temple, j'y aurais fait entrer tout ce qui est resté en dehors et je l'aurais mis au niveau du sol. J'y aurais mis deux portes : une à l'est, l'autre à l'ouest. Enfin, j'aurais exactement suivi les fondations d'Abraham.
Ce sont ces paroles qui ont amené ibn Zubayr à démolir la Ka'ba. Yazîd a dit :
-"J'étais présent quand ibn Zubayr fit démolir le temple et le reconstruisit. Il fit faire corps au mur (d'enceinte) avec le reste de l'édifice. J'ai vu les fondations d'Abraham ; elles étaient faites de pierres de la grosseur d'une bosse de chameau."
Et comme Jarîr lui disait :
-"Où étaient ces fondations ?"
Yazîd répondit :
-"Je vais te les montrer."
Puis entrant dans l'enceinte, il lui montra d'un geste un endroit en disant : "C'était ici."
Jarîr ajoute :
-"J'estimai la distance des fondations au mur d'enceinte à six coudées ou environ."


§ 606. — L'Iconoclasme contemporain.

L'iconoclasme musulman connait encore des heures de gloires de nos jours et un regain général d'activité, discrètement ou de manière spectaculaire. On ne perçoit que les cas les plus emblématiques, comme les fameux bouddhas de Bamian en Afghanistan. Mais le vandalisme peut être quotidien, individuel et diffus, comme un viol répété et impuni du patrimoine mondial.
Seule la protection internationale et l'esprit de lucre issu du tourisme limitent efficacement l'expression de ces pulsions destructrices.

L’iconoclasme en Egypte au XXIème siècle.
(AFP, mars 2006 ).  

Une fatwa contre les statues égyptiennes
Une fatwa interdisant l'exposition de statues dans les maisons provoque la colère des artistes et des intellectuels égyptien.
Se référant à un hadith du prophète Mahomet affirmant que les sculpteurs seraient tourmentés lors du Jugement, le mufti Ali Gomaa, l'une des plus hautes autorités religieuses d'Egypte a publié une fatwa considérant que "la fabrication de statues est proscrite et qu'il est donc interdit de les exposer dans les maisons".
Toute représentation humaine, et pas seulement celle des prophètes, est en effet interdite par les théologiens les plus traditionalistes de l'islam sunnite. Ils affirment que dès son retour à la Mecque après un exil (hijra, 622 après J.C.) de dix ans à Médine, Mahomet avait ordonné la destruction des statues érigées autour de la Kaaba.
"Digne des talibans"
Si les Frères musulmans le qualifient de "leurre" destiné à détourner les Egyptiens de leurs véritables préoccupations, les artistes estiment que l'avis religieux est une bombe à retardement, dont les dégâts pourraient toucher même l'archéologie pharaonique. "C'est une catastrophe!", déplore le romancier Gamal al-Ghitani. "Il ne serait désormais pas improbable que quelqu'un entre dans le temple de Karnak ou un autre temple pharaonique et le détruise". "C'est une fatwa digne des talibans et son auteur peut être considéré comme le mufti du terrorisme", ajoute-t-il.
Selon lui, de nombreux religieux progressistes, "comme Mohammad Abdou, ont considéré il y a plus d'un siècle que les statues et les images ne sont pas proscrites et que seule leur adoration l'est". Au début du siècle dernier, l'imam réformiste Mohammad Abdou a autorisé la représentation humaine par le dessin, la peinture et la sculpture. Se fondant sur les mêmes textes que ses prédécesseurs, il avait affirmé que l'interdiction de la représentation humaine était "caduque", la propagation de la foi islamique ayant rendu impossible le retour à l'adoration des statues, courante durant l'ère pré-islamique.
"Vers le Moyen Age"
"Il est très étonnant que cette fatwa ignore 15 siècles d'histoire et considère que l'humanité n'a pas changé depuis les premiers temps de l'islam", s'indigne pour sa part le réalisateur Dawoud Abdel Sayed. "C'est ce type de mentalité qui a conduit à la destruction par les talibans de statues bouddhistes", estime-t-il. "Verrait-on aujourd'hui quelqu'un adorer la statue de Gamal Abdel Nasser ?! (...) Cette statue rend hommage à un homme qui a eu un rôle important dans la vie politique en Egypte", poursuit Dawoud Abdel Sayed.
Pour le romancier Ezzat al-Qamhawi, une telle décision ne peut que repousser les musulmans vers le Moyen Age. Youssef Zidane, un responsable à la Bibliotheca Alexandrina, s'étonne que cette question soit même soulevée dans un pays où "plus de 10 institutions gouvernementales enseignent la sculpture". "Aucun artiste ne pense à imiter la création humaine. Il vise tout simplement la beauté et Dieu305 aime la beauté", note de son côté l'architecte Salah Masri.




Chapitre 95

Extension du domaine de la lutte


La soumission des peuples arabes



La prise de la Mecque sonne le départ vers de nouveaux horizons: au sud, le Yémen, au nord, la Palestine, à l’est, le Golfe Persique. Muni de nouveaux moyens et débarassé de ses rivaux, Muhammad a les moyens d’une politique d’expansion à grand échelle306 . Les outils sont la guerre, ce qui n’étonne plus, l’intimidation -d’autres diraient le terrorisme- , et la diplomatie quand l’intimidation a porté ses fruits. Les proies sont plus grosses (Ta’if, Hawazin) et plus lointaines (Tabuk, Najran) et plus diverses sur le pan religieux (païens, juifs chrétiens, et mazdéens). La soumission est scellée par la perception de tribus, dont la mise en place sert de modèle aux futurs empires musulmans307.


§ 607. — La nouvelle ambition stratégique.

Muhammad ne se voit plus seulement “roi du Hedjaz”, comme avait pu dire un Juif de Khaybar308. Qu’il en ait été conscient ou non, il est prisonnier, lui et ses compères, de la logique impérialiste, qui condamne celui qui a entamé ce mouvement à le poursuivre sans cesse, sous peine d’effondrement intérieur. Il doit notamment surmonter l’antagonisme des cités rivales de Médine et de la Mecque, en trouvant des dérivatifs ailleurs en Arabie.


1. — Revue des objectifs.

Un extrait de la Sira reconstitue les étapes suivantes, en les faisant passer pour des objectifs: un exemple parmi d'autres du caractère artificiel de la biographie officielle de Muhammad.

Poème d’un conquérant de l’Arabie
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 866-7).

Ushayya al Sulami a écrit:
Nous avons amené nos chevaux, sans les surmener
Depuis Jurash jusqu’aux gens de Zayyan et al Fam,
Tuant les jeunes lions et nous occupant des temples construits avant nous et pas encore détruits.
Si vous vous vantez du meurtre d’ibn al Sharid,
J’ai laissé de nombreuses veuves à Wajj.
J’en ai tué deux, pour venger ibn al Sharid
Que votre promesse de protection a trompé, mais sans honte pour lui.
Nos lances ont massacré les gens de Thaqif
Et nos sabres ont infligé de terribles blessures.
Dites aux hommes qui ont des épouses:
Ne faites jamais confiance aux femmes
Après qu’une femme lui ait dit
“Si les gens de l’expédition ne rentrent pas, je serai dans ma maison
309.


2. — Reprise de l’offensive.

La prise de la Mecque est un autre tournant. Maintenant, l'objectif quasi-obsessionel durant 8 années est atteint et le système risque de tourner à vide, à cause de la victoire elle-même. Le' système impérialiste trouve alors d'autres proies plus lointaines, sous peine de disparaître.
Les moyens d'actions, eux, sont multipliés : les Mecquois grossissent maintenant les rangs des musulmans en quête de butin.

(Bukhari, Sahih 64/53, 8-9).
310

D'après Mujahid ibn Jabr al Mekki
311, Abdallah ibn Omar disait :
-Il n'y a plus d’ Emigration après la prise de La Mecque.
Ata ibn AbuRebah a dit :
-Accompagné de Obayd ibn Omayr, j'allai faire visite à Aïsha et la questionnai au sujet de, l'Emigration.
-Aujourd'hui, me répondit-elle, il n'y a plus d'émigration. Autrefois le croyant devait fuir pour sa religion vers Allah ou vers son envoyé, parce qu'il craignait d'être empêché, de la pratiquer ; mais aujourd'hui que Allah a mis au grand jour l'islam, que le croyant peut adorer le seigneur là où il le veut, il lui reste la guerre sainte et les intentions
312.

(Dawud, Hadith 14/2477).
Nous finirons par envoyer des troupes armées, une en Syrie, une au Yémen, et une en Iraq. ibn Hawalah a dit:
-Choisis pour moi, envoyé d'Allah si tu atteins ce moment.
Il dit:
-Va en Syrie, parce que c’est la terre préférée d’Allah, et c’est là que ses meilleurs serviteurs se rassembleront, mais si tu ne veux pas, va au Yémen, et sors de l’eau de tes réservoirs, parce qu’Allah a un intérêt particulier pour la Syrie et sa population.


3. — La doctrine contre les bédouins.

Muhammad a toujours détesté les bédouins, lui qui est un Arabe des villes313 . Les bédouins se distinguent par leur liberté de pensée et d’action, et par leur humanisme pragmatique314 : ils ont donc tout pour déplaire. Le Coran leur assène en paroles les coups les plus durs.

(Corpus coranique d'Othman 9/98-107).
Les bédouins sont les plus marqués par l'impiété et l' hypocrisie et les plus à même de ne pas savoir les lois contenues dans ce qu'Allah a fait descendre sur son apôtre.
Allah est omniscient et sage.
Parmi les bédouins, il en est qui considèrent comme une charge ce dont ils font dépense en aumône ou à la guerre et qui attendent pour vous les revers.315
Sur eux le revers de l'infortune!
Allah est audient et omniscient.
Parmi les bédouins il en est toutefois qui croient en Allah et au dernier jour et qui considèrent ce dont ils font dépense en aumône ou à la guerre comme des oblations316 agréables aux yeux d'Allah et comme les prières de l'apôtre.
Oui! c'est là oblation pour eux. Allah les fera entrer en sa miséricorde.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Allah a été satisfait des précesseurs, des premiers parmi les muhajirun et des ansar317, ainsi que de ceux qui les suivirent en leur bienfaisance.
Ils ont, eux aussi, été satisfaits d'Allah et celui-ci a préparé pour eux des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils demeureront en éternité.
C'est là le succès immense.318
Parmi ceux des bédouins qui sont autour de vous et parmi les habitants de Médine, il est des hypocrites qui sont diaboliques en l' hypocrisie319 .
Vous ne les connaissez point mais nous, nous les connaissons.
Nous les tourmenterons deux fois, puis ils seront livrés à un tourment immense320 .
D'autres, au contraire, ont reconnu leurs péchés et ont mêlé aux œuvres pies d'autres œuvres qui sont mauvaises.
Peut-être Allah reviendra-t-il de sa rigueur contre eux.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Prophète!, prélève sur leurs biens une aumône par laquelle tu les purifieras et tu les repurifieras!321
Prie sur eux! Ta prière est pour eux apaisement.
Allah est audient et omniscient.
Ne savent-ils point qu'Allah, lui seul, peut recevoir le retour de ses serviteurs, sur leurs fautes, qu'il prélève les aumônes et qu'il est le révocateur, le miséricordieux ?
Dis à ces bédouins:
-Agissez!322
Allah verra vos actions, ainsi que l'apôtre et les croyants, et vous serez ramenés à celui qui sait l'inconnaissable et le témoignage.
Alors il vous avisera de ce que vous vous serez trouvé avoir fait.
D'autres sont dans l'incertitude à l'égard de l'ordre d'Allah ou bien il les tourmentera, ou bien il reviendra de sa rigueur contre eux.
Allah est omniscient et sage.

(Bukhari, Sahih 59/15,1-2).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Il est proche le temps où la meilleure fortune pour l’homme sera la possession d’un troupeau de moutons, qu’il mène paître sur les cîmes des montagnes, dans les lieux arrosés par la pluie ; il fuira ainsi avec sa religion loin des troubles.

L’envoyé d'Allah a dit:
-La tête de l’infidélité se trouve en Orient ; l’orgueil, la présomption se recontrent chez les possesseurs de chevaux et de chameaux, à la voix rude, qui habitent les tentes de poils ; la paix existe chez les possesseurs de moutons.


4. — La soumission en masse.

En masse, par flots323 , ou en troupeaux, le succès appelant le succès, pour des populations qui croient encore que la puissance mohammédienne est une domination politique classique. On découvre alors une phase d'adaptation surprenante: Muhammad conseille de ne pas être trop exigeant avec les nombreux convertis : encore la politique et ses habilités.
Une fois de plus, le mot "islam" cumule les sens de conversion personnelle à une religion et soumission collective à une puissance politique.


Les conséquences de la prise de la Mecque.
(ibn Sad, Tabaqat § 120).324

Les Arabes attendaient le résultat de l’expédition contre la Mecque, pour se décider à propos de la soumission à l’islam. Ils disaient:
-Faites attention: s’il est vainqueur, c’est qu’il a raison, il est bien le prophète.
Quand nous avons appris le résultat, nous nous sommes précipités pour nous convertir.
Mon père s’est mis en route pour confirmer la soumission de tout le village.


(Muslim, Sahih 3262).325
D’après 'Abû Mûsa ,
le prophète disait à ceux parmi ses compagnons qu'il envoyait en mission: "Promettez aux gens (la bonne récompense) et ne les dégoûtez pas (de la religion), facilitez-leur et ne leur créez pas de difficultés".

(Muslim, Sahih 32-3264).

D'après Anas, le prophète a dit :
-"Facilitez aux gens et ne leur créez pas de difficultés; attachez-les (à l'islam) et ne les en dégoûtez pas".

(Corpus coranique d'Othman 110/1-3).
Quand le secours d’Allah viendra à toi, ainsi que le succès, quand tu verras les hommes entrer dans la religion d’Allah, par flots, glorifie la louange de ton seigneur et demande-lui pardon!
En vérité, il est le révocateur.

§ 608. — La soumission des Banu Jadhima.

La soumission de cette tribu a suscité de nombreux récits: il y eut en effet un incident fâcheux: Khalid a fait preuve d’un zèle excessif en la massacrant en dépit des ordres de son chef, la tribu étant en bonne voie vers la conversion. Muhammad rejette toute responsabilité326, et finit par absoudre sans difficulté son adjoint sanguinaire.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 228)
Ensuite le prophète fit partir de la Mecque des détachements de muhajirun et d'ansar, qu'il envoya vers les différentes tribus arabes, pour les appeler à l'islam. Il leur défendit de faire usage de leurs armes et de tuer personne. Khalid fut chargé de se rendre, avec trois cent cinquante hommes, auprès des Banu Jadhima ibn Amir, qui demeuraient dans le désert, en dehors du territoire de la Mecque.
Arrivé sur leur territoire, Khalid fit halte près d'un puits nommé Ghumaysa, où, avant l'époque de l'islam, Fakih ibn Mughira, son oncle, et Awf ibn Abd Awf, en revenant d'un voyage commercial en Syrie, avaient été dévalisés et tués par les Banu Jadhima. Ceux-ci, à l'arrivée de Khalid, prirent les armes. Khalid les appela à l'islam, et ils acceptèrent ; puis il leur dit:
-Pourquoi gardez-vous vos armes, puisque vous êtes musulmans?
Se croyant en sureté, les Banu Jadhima déposèrent les armes. Alors Khalid les fit lier et les fit mettre à mort l'un après l'autre. Le prophète, informé de l'action de Khalid, fut très affligé ; il se tourna vers la Ka'ba327 et s'écria :
- Ô Allah, je suis innocent de ce qu'a fait Khalid !
Il appela Ali, prit du trésor une somme d'argent et le chargea d'aller payer aux survivants le prix du sang versé et de leur restituer le butin enlevé par Khalid. Ali exécuta les ordres du prophète, et, après avoir payé le prix du sang, il distribua aux Banu Jadhima l'argent qui restait.
Lorsque Khalid revint, le prophète lui dit:
-Je t'avais défendu de faire usage des armes!
Il fut vivement blamé. Abd ar Rahman lui dit :
-Tu as commis l'action d'un infidèle !
- Tu mens, répliqua Khalid, j'ai agi conformément au verset du Coran :
Combattez-les, Allah les punira par vos mains, etc. 328 Je les ai fait tuer pour venger ton père.
-Tu mens, répondit Abder Rahman, j'ai tué moi-même le meurtrier de mon père, encore du temps du paganisme ; tu as voulu venger ton oncle Fakih ibn Mughira.
Ils allaient en venir aux mains, lorsque le prophète fit appeler Khalid et lui dit:
-Ne t'attaque pas à mes compagnons ; quand la montagne d'Ohod se changerait en or et que tu la posséderais et la prodiguerais à mes compagnons, tu ne saurais obtenir le mérite que chacun d'eux obtient en un jour329 .

(Waqidi, Livre des expéditions 64a).

...Après la destruction d’Uzza, Khalid fut envoyé contre les Banu Ghadima au sud de la Mecque, pour leur demander d’accepter l’islam, et non pour les combattre. Ils avait avec lui 350 émigrés, Médinois et Banu Sulaym. Les Banu Ghadima ne le soupçonnaient de rien parce qu’ils avaient déjà acceptés l’islam, construit des mosqués et introduit l’appel à la prière.
Mais ils prirent quand même les armes parce qu’ils n’étaient pas sûrs que le groupe armé qui s’approchait n’était un groupe d’Arabes hostiles. Quand Khalid leur demanda de déposer les armes, ils le firent, sauf un, Ghahdam qui ne lui faisait pas confiance et qui craignait que Khalid ne les désarme, ne les ligote ne finisse par les exécuter, pour satisfaire une ancienne vengeance de sang330 . Il devait pourtant céder à la majorité.
Mais le fait qu’il avait raison se manifesta rapidement.
En effet, quand ils déposèrent les armes, Khalid leur ordonna de se ligoter entre eux, et donna ensuite à chacun de ses guerriers un ou deux prisonniers.
Ligotés, ils passèrent la nuit, et seulement déliés pour la prière.
Le matin suivant, les musulmans s’interrogèrent sur le but de ce traitement, soudain, le héraut de Khalid cria que chacun devait tuer son prisonnier. Les Banu Sulaym les tuèrent, alors que les muhajirun et les Médinois protestèrent contre cet ordre et les libérèrent331.
(...)
Pour compenser le sang versé par Khalid, Muhammad envoya Ali vers les Banu Ghadima avec une partie de l’argent qu’il avait emprunté à la Mecque (...) L’apôtre d'Allah assura de nouveau qu’il n’était pas responsable du sang des Banu Ghadima. Plus tard, il redevint agréable envers Khalid duquel il s’était détourné et le tenait en honneur.
Muhammad interdit de parler mal de Khalid parce qu’il était un sabre d’Allah contre les infidèles.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 837).
ibn Abu Hadrad al Aslami m’a raconté:
-J’étais dans la cavalerie de Khalid le jour où un jeune homme des Banu Jadhima, qui était à peu près de mon âge est arrivé. Ses mains étaient attachées à son cou par une vieille corde et les femmes étaient regroupées un peu à côté. Il m’a demandé de prendre cette corde pour l’emmener auprès des femmes pour qu’il puisse leur dire ce qu’il avait à dire, et ensuite d ele ramener, et de faire tout ce qu’on voulait de lui. J’ai dit que c’était la moindre des choses, et je l’ai fait pour lui.
Il était parmi elles quand il dit:
-Adieu, Hubaysha, puisque la vie est à son terme.
(...)
Je l’ai ensuite repris ; et il a été décapité.
(...)
Elle est venue vers lui après sa décapitation, et l’a embrassé et elle est ensuite morte à ses côtés.

La responsabilité de Muhammad.
(Bukhari, Sahih 64/58).

Abdallah ibn Omar a dit:
-Le prophète envoya Khalid ibn al Walid chez les Banu Jadhima. Invités par Khalid à embrasser l'islam, les Banu Jadhima, au lieu d'employer la bonne formule332 dirent :
-Seba'na, seba'na!333
Khalid se mit alors à tuer et à faire des prisonniers dans la tribu, et il remettait à l'un de nous chaque prisonnier qu'il avait fait ; puis un jour il ordonna que chacun de nous tuât son prisonnier.
-Je ne tuerai pas mon prisonnier, dis-je alors, et aucun de mes compagnons ne tuera le sien.
-Quand nous revînmes auprès du prophète, nous lui racontâmes la chose. Il leva aussitôt la main et s'écria :
-Ô Allah, je suis innocent devant toi de l'acte commis par Khalid.

Le cas Khalid.334
(ibn Taimiya, Traité de droit 7-8).

Ainsi le prophète utilisa toujours Khalid ibn al-Walid, comme chef de guerre, une fois qu'il se fut converti à l'islam.
Khalid, dit-il, est un sabre qu’Allah a dégaîné contre les infidèles.
Et Khalid, cependant, se conduisait parfois d'une façon que le prophète n'approuvait point.
-Allah, s'écria un jour le prophète en levant les bras au ciel, je suis innoncent, devant toi, de ce que Khalid a commis.
Le prophète avait en effet envoyé Khalid contre les Bana Ghadima. Khalid en avait massacré un grand nombre et s'était emparé de leurs biens, en invoquant des raisons douteuses, alors qu'il n'en avait pas le droit. Quelques-uns des Compagnons du Prophète qui avaient accompagné Khalid ne cachèrent pas leur désapprobation. Le prophète dut payer le prix du sang des Banu Ghadima et leur verser une indemnité pour les dommages causés à leurs biens. Le prophète cependant continua à faire de Khalid son général préféré ; il le considérait en effet comme le plus habile et estimait qu'il avait agi de la sorte avec les Banu Ghadima par une manière d'interprétation personnelle.


§ 609. — La soumission des Banu Juhayna.

Plusieurs informations éparses concernent cette tribu. L'essentiel tourne autour de la concept de la conversion et de ses problèmes techniques: peut-on tuer un tout juste converti, etc... On a déjà vu que ces affaires de conversion sont anachroniques, elles correspondent à une autre phase de l'islam impérial.

(Dawud, Hadith 14/2533).335

Il dit: nous avons attaqué la tribu des Banu Juhayna. Un musulman poursuit un de leurs hommes, le frappa et le rata. Il se blessa lui-même... Les gens se hâtèrent mais le trouvèrent mort... Ils ont demandé:
-Apôtre de Allah, est-il un martyr?
Il dit:
-Oui, et j’en témoigne pour lui.

(Dawud, Hadith 38/4426).336
Une femme appartenant à la tribu des Banu Juhayna vint voir le prophète et dit qu’elle avoir forniqué et qu’elle était enceinte... Quand elle accoucha, (son tuteur) l’amena auprès du prophète... Il ordonna qu’elle soit lapidée à mort

(Bukhari, Sahih 83/11).337
L’apôtre d’Allah nous a envoyé combattre contre les al Huraqa de Juhayna. Nous les avons attaqué le matin et nous les avons battu...

(Muslim, Sahih 1/ 176).338
Nous pillions Huraqat de Juhayna le matin339 . J’ai capturé un homme et il a dit:
-Il n’y a pas de dieu sinon Allah.
Je l’ai attaqué avec une lance... Le messager d’Allah a dit:
-Il a affirmé “Il n’y a pas de dieu sinon Allah” et tu l’as pourtant tué? ...
Là-dessus quelqu’un a dit:
-Allah n’a t-il pas dit: et combats-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’incroyance et que la religion soit entièrement pour Allah?

L’envoyé d'Allah nous avait envoyé contre les gens d’al Huraqat. Nous surprimes la tribu au matin et la mîmes en déroute. Un homme des ansar et moi avions atteint un des ennemis qui, lorsqu’il eut été renversé par nous, s’écria:
-Il n’y a d’autre divinité qu’Allah!
L’ansar s’abstint de le frapper, mais moi je le transperçai de ma lance et le tuait.
A notre retour, à Médine, le prophète qui avait appris la chose, dit:
-Ô Usama, comment l’as tu tué après qu’il avait prononcé ces mots: “Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah”.
-C’est, répondis-je parce qu’il cherchait seulement ainsi à éviter la mort.
Le prophète m’ayant répété cette observation, j’en arrivai au point de regretter presque d’avoir embrassé l’islam avant ce jour-là.

(ibn Hanbal, Musnad340 IV 89).341
L’envoyé d’Allah nous envoya en expédition à al Hurqa, contre les Juhayna. Nous les poursuivimes et les combattîmes. L’un de leurs hommes, lorsqu’on l’ attaquait, était des plus acharnés contre nous, et lorsqu’ils battaient en retraite, il était de ceux qui protégeait leur retraite. Nous fonçâmes sur lui, moi et un homme des ansar. Lorsque nous l’atteignîmes, il dit: “Pas de dieu sinon Allah!”
L’homme des ansar ne le toucha plus, mais moi je le tuai.
L’envoyé d’Allah l’apprit et dit:
-Usama, tu l’as donc tué après qu’il eut dit: “Pas de dieu sinon Allah”?
Je répondis:
-envoyé d’Allah, il ne disait cela que pour se préserver de la mort!
Mais l’envoyé d’Allah me répéta sa phrase plusieurs fois au point que j’eusse souhaité n’avoir adhéré à l’islam que ce jour-là.342

(Bukhari, Sahih 59/628).343
Le prophète envoya Khalid ibn al Walid à la tribu de Jadhima et Khalid leur ordonna d’embrasser l’islam... mais ils commencèrent à dire Saba’na saba’na.344
Khalid ne cessa pas de les tuer et pris les survivants comme captifs.345


§ 610. — La soumission des Banu Asad.

L’exégèse lit ces versets à la conversion difficile des bédouins des Banu Assad, les “Fils de Lions”.

(Corpus coranique d'Othman, 49/14-18).
Les bédouins ont dit: Nous croyons 346 .
Dis-leur: Vous ne croyez pas!, mais dites: Nous nous sommes convertis à l'islam 347.
La foi 348 n'est pas encore entrée en vos cœurs.
Si vous obéissez à Allah et à son apôtre, Allah ne vous rognera rien de vos bonnes actions. Allah est absoluteur et miséricordieux.
Les croyants sont seulement ceux qui ont reçu la foi en Allah et en son apôtre, qui ensuite n'ont point été pris de doute et qui ont mené combat de leurs biens et de leurs personnes, dans le chemin d'Allah.
Ceux-là sont les véridiques.
Dis encore:
-Apprendrez-vous à Allah ce qu'est vraiment votre religion, alors qu'Allah sait ce qui est dans les cieux et sur la terre ?
Allah, de toute chose, est omniscient.
Les bédouins, ô prophète !, te rappellent comme un bienfait de s'être convertis à l'islam 349 .
Dis-leur: Ne rappelez point comme un bienfait votre conversion à l'islam!
C'est tout au contraire Allah qui vous a accordé un bienfait en vous dirigeant vers la foi, si vous êtes véridiques.
Allah sait l'inconnaissable des cieux et de la terre.
Allah est clairvoyant sur ce que vous faites.

(Tafsir al Jalalayn 49).
Abdullah ibn Abu Awfa rapporte que des Arabes vinrent dire au messager d'Allah :
-"Nous avons embrassé l'islam sans lutter contre toi, mais les Banu Untel t'ont combattu". Allah fit descendre: "Ils se prévalent auprès de toi de leur conversion". (Tabarani) Muhammed ibn Qa'b Al-Qouradhi rapporte: L'an 9 de Hégire, dix individus de Banu Asad, y compris Tulayha ibn Khuwaylid, vinrent chez le messager d'Allah alors qu'il était à la mosquée avec ses Compagnons. Après avoir salué, leur porte-parole lui dit:
-"O messager d'Allah, nous avons attesté qu'il n'y a d'autres divinités qu'Allah l'Unique et que tu et son serviteur et son messager. Nous sommes venus chez toi sans être convoqués. Nous et ceux que nous avons laissés derrière nous, sommes de gens pacifiques".


§ 611. — La bataille d' Hunayn: la soumission des Hawazin.

C’est un épisode important: le dernier danger mençant l’islam disparaît, au cours de la plus grande bataille que l’Arabie avait jamais connue350 jusqu’alors. C’est elle qui décide du contrôle irréversible de la péninsule.
Après la prise de la Mecque, la confédération tribale des Hawazin peuvent être inquiets: le rapport de force a changé en leur défaveur. Leurs ennemis mecquois sont renforcés par les Médinois, appauvris par la rupture du commerce et surtout mus par une nouvelle idéologie dont l’agressivité a fait ses preuves. La vieille opposition entre nomades et sédentaires prend donc un tour nouveau avec la prise du pouvoir par Muhammad. Celui-ci peut compter sur des forces redoublés, dont il doit tester l’efficacité.
L’effort de guerre est sans précédent mais il montre de graves faiblesses, dont le Coran se fait l’écho: le camp musulman n’est pas aussi uni qu’il parait et beaucoup n’ont pas encore compris l’avantage que l’on peut tirer de la guerre la soumission des ennemis. La masse des combattants a encore enflée, et l’arithmétique inquiète les combattants, qui savent que les parts du butin iront toujours en s’amenuisant. Les Médinois commencent à gronder face aux nouveaux convertis et l’opposition va croissante.
Dans ce contexte sombre, la bataille est longue, pénible et acharnée et les troupes musulmanes sont loin d’être exemplaires, notamment parce qu'elles manquent de cohérence, après les agrandissements de l'empire.
La victoire est pourtant au bout de l’épreuve. Les Hawazin sont défaits , seul compte alors le partage de leur immense butin, et de nombreuses captives qui réconfortent un moment les vainqueurs de leurs charmes contraints. Là encore, c’est l’affaire de quelques révélations judicieusement placées, pour assouvir ces impérieuses pulsions viriles. Ces questions de butins paraissent de scabreux affaires de comptabilité: il n’en est rien. C’est le moteur de l’expansion, de tous les impérialismes. Ceux qui ont été pillés et qui se sont convertis sont à leur tour enclins à admettre une idéologie qui encourage le pillage des ennemis. Dans la société musulmane qui se construit, le montant des parts classe les individus et les clans dans la hiérarchie des honneurs et de la puissance. Ici, les convertis récents et fragiles de la Mecque sont favorisés au détriment des vieux combattants de la cause, d’où des grognements inusités et cocasses. Cet acte d’autorité, strictement arbitraire, et habile au niveau politique est resté dans la tradition comme l’épisode du “Ralliement des coeurs”351.

(ibn Sad, Tabaqat II 191).

L’apôtre d'Allah partit à la tête de 12 000 hommes contre les Hawazin, et il en a tué autant que ce qu’il avait fait contre les Quraysh à Badr352 . L’apôtre d'Allah a pris de la poussière d’al Batha et l’a jeté contre leurs visages, et ils ont fui.


1. — Difficultés de mobilisation.


L’exégèse voit en ces bédouins des alliés attentistes, nouveaux convertis sans entrain, et parmi eux, surtout les Banu Juhayna. 353

(Corpus coranique d'Othman 48/11-16).
Ceux des bédouins laissés en arrière te diront:
-Nos biens et nos familles nous ont préoccupés et nous ont empêchés de te suivre.
Pardonne-nous !
Ils diront de leurs bouches ce qui n'est point en leurs cœurs.
Demande-leur :
-Qui donc possédera quelque chose pour vous, à l'encontre d'Allah, s'il désire vous faire tort ou s'il désire vous donner profit ?
Non!
Allah est bien informé de ce que vous f aites.
Non ! vous avez conjecturé que l'apôtre et les croyants ne retourneraient jamais parmi les leurs !
Cela, dans vos cœurs, a été paré de fausses apparences.
Vous avez conjecturé la conjecture mauvaise.
Vous êtes un peuple de sans-loi.
Celui qui n'aura pas cru en Allah et en son apôtre sera châtié, car nous avons préparé un brasier pour les infidèles.
A Allah la royauté des cieux et de la terre.
Il pardonne à qui il veut et il tourmente qui il veut.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Voulant changer l'arrêt d'Allah, ceux laissés en arrière diront, quand vous vous mettrez en marche pour des masses de butin, afin de les prendre354:
-Laissez-nous vous suivre!
Réponds-leur :
-Vous ne nous suivrez point!
Ainsi a parlé Allah, auparavant!
Ils diront :
-Non ! vous nous portez envie!
Non point! ils ne se trouvent que peu comprendre.
Dis à ceux des bédouins laissés en arrière :
-Vous êtes appelés contre un peuple plein d'une redoutable vaillance355.
Ou bien vous les combattrez ou bien ils se convertiront à l’islam356 .
Si vous obéissez, Allah vous donnera une belle rétribution, alors que si vous leur tournez le dos, comme vous avez tourné le dos antérieurement, il vous infligera un tourment cruel357.

Problèmes de fournitures.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1659).358
L’apôtre d'Allah décida d’aller contre les Hawazin et on lui dit que Safwan ibn Umayyah avait des armures et des armes. Il lui fit envoyer ceci:
-Loue les nous, pour que nous puissions combattre l’ennemi demain.
Safwan dit:
-Tu l’exiges par la force, Muhammad?
l’apôtre d'Allah dit:
-Non, juste comme une location, juste le temps de te les rendre.
Safwan dit que dans ce cas, il n’avait acune objection et il lui fournit 100 cottes de mailles avec une bonne quantité d’armes.


2. — Les adversaires.

Les Hawazin sont présentés comme des bédouins prestigieux, de grand style, courageux, héritiers de la tradition glorieuse des Arabes et ils suscitent l'admiration : c'est la dernière opposition en Arabie. Aussitôt après débutent les agressions hors d'Arabie, contre les Arabes chrétiens de l'empire byzantin.
Ils seront donc difficilement battus.

La confédération des Hawazin.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 286-94).

Le prophète avait fait son entrée à la Mecque le vingtième jour du mois de ramadan. Il y était resté onze jours, d'autres disent quinze. Au mois de shawwal, il partit pour l'expédition de Hunayn, pour attaquer les Hawazin et les Thaqif359 .
Il s'était formé à Hunayn un rassemblement d'Arabes de différentes tribus répandues dans le désert et dans le Ta’if. Lorsque le prophète partit pour s'emparer de la Mecque, ils se réunirent sur le territoire de Ta’if, et résolurent d'aller au secours des Quraysh, si ceux-ci le leur demandaient. Après la prise de la Mecque par les musulmans, tous ces Arabes, composés de Banu Hawazin, de Thaqif, de Banu Hilal, de Banu Jusham, se disposèrent à marcher contre le prophète. Ils donnèrent le commandement à Malik ibn Awf, des Banu Nasr. Les Thaqif étaient les principaux habitants de Ta’if360 . Malik parcourut tout le désert et amena des troupes de toutes les tribus qui ne s'étaient pas encore jointes à l'armée. Il y avait parmi les Banu Jusham un vieillard, âgé de cent vingt ans, nommé Durayd ibn Simma. Il était aveugle et débile361, mais distingué par la force de son intelligence et de son jugement. Il avait, dans sa jeunesse, livré beaucoup de combats, et avait une grande expérience de la guerre. Malik le fit venir et lui demanda conseil. La tribu de Malik avait des liens de parenté avec celle des Hawazin, notamment avec les Banu Sad ibn Bakr, parmi lesquels le prophète avait été élevé. Malik leur fit demander leur concours ; ils répondirent :
-Muhammad est notre nourrisson362 ; il a grandi parmi nous, nous ne pouvons pas faire la guerre contre lui.
Cependant Malik fit tant de démarches qu'il obtint d'eux aussi une troupe de guerriers. Il fit tant qu'il réunit sous ses ordres, de gré ou de force, une armée de trente mille soldats de toutes les tribus arabes.
A deux journées de marche de la Mecque, il y a, du côté de Ta’if, un endroit nommé Dhul Nahal, où les Arabes tenaient une foire annuelle. Près de ce marché, il y avait un vaste champ, appelé Wadi363 Hunayn. Malik conduisit son armée à Hunayn. Il avait ordonné que chaque homme amenat avec lui sa femme, ses enfants et ses troupeaux, espérant que, à cause d'eux, les soldats combattraient jusqu'à la mort. Ils vinrent donc à Hunayn, et réunirent leurs familles, leurs troupeaux et leurs biens dans la vallée d'Awtas. Durayd ibn Simma, entendant les cris des enfants et des troupeaux, demanda ce que c'était que ce bruit. On lui répondit que Malik avait ordonné aux soldats d'amener leurs familles et leurs biens, afin qu'ils luttassent avec plus d'ardeur364 .
Durayd fit appeler Malik et lui dit, en présence de tous les chefs de l'armée:
-Que signifie ce cortège de femmes, d'enfants et de troupeaux?
Malik répliqua:
-J'ai pris la disposition de placer derrière les guerriers leurs femmes et leurs enfants, afin qu’il ils combattent mieux.
Durayd dit:
-Les femmes n'ont rien à faire avec le combat. Il faut désespérer des Arabes qui t'ont obéi en cela. Ce n'est pas là une bonne mesure de guerre, c'est une faute. Il ne faut pas que, dans le combat, le guerrier soit préoccupé de sa famille et de ses biens ; rien ne brise plus vite le courage des troupes que le souci du sort de leurs familles. Maintenant suis mon conseil: envoie ces femmes et ces enfants à Ta’if, pour y rester renfermés. Les hommes auront ainsi l'esprit libre ; car, étant préoccupés, ils ne pourraient pas combattre365 .
Malik ne suivit pas le conseil de Durayd, et continua sa marche vers Hunayn. Lorsqu'on fit halte, il dit à Durayd :
-Le jour du combat, j'engagerai tous les soldats à m'apporter les fourreaux de leurs sabres, que je ferai briser, afin qu'ils sachent qu'ils doivent combattre.
Durayd se mit à rire et dit à Malik, dont la fortune consistait surtout en un nombre considérable de brebis:
-Tu devrais, ô Malik, faire paître les brebis ; tu n'es pas propre à faire la guerre366 . Un homme qui ne veut pas combattre et qui veut s'enfuir n'a pas besoin du fourreau ; ne peut-il pas fuir avec le sabre nu? Cherche plutôt à enflammer le courage des soldats pour le combat.

(Waqidi, Livre des expéditions 64b).
ibn Abu Khadrad s’introduit dans l’assemblée des Hawazin et entendit dire:
-Jusqu’à maintenant, Muhammad n’avait pas eu affaire avec des hommes qui savaient se battre. Demain matin, mettez-vous devant votre bétail et vos gens et brisez les fourreaux des sabres et attaquez avec 20 000 sabres comme un seul homme, parce que la victoire est à celui qui attaque.

(Muslim, Sahih 5/2309).
Nous avons conquis la Mecque, puis nous avons lancé une attaque contre Hunayn. Les polythéistes sont venus, formant les plus beaux rangs que j’ai jamais vus. Ils avaient formé d’abord des rangs de cavaliers, puis de fantassins et de femmes derrière eux. Ensuite, des rangs de moutons, de chèvres et autre bétail. Ils étaient un grand peuple par le nombre et leur nombre atteignait 6000.

(Waqidi, Livre des expéditions 64b).

Un cavalier qui avait regardé depuis une colline annonça que les Hawazin étaient tous venus avec leur bétail et leurs familles et leurs chameaux. Muhammad dit alors avec un sourire:
-Ceci sera demain, si Allah le veut, le butin des musulmans.


3. — L’engagement.

Les opération sont décrites avec un grand sens du détail: on peut déplorer cependant que l'accent soit mis, comme toujours, sur le héros central autour duquel les troupes, l'Arabie, le monde tournent encore.

La réaction de Muhammad.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 291).

Le prophète, informé du rassemblement des bédouins à Hunayn, réunit une armée de douze mille hommes, composée des dix mille qu'il avait conduits à la Mecque et de deux mille Mecquois qui venaient d'embrasser l'islam. Ces derniers, commandés par Abu Sufyan ibn Harb, n'étaient pas encore sincèrement attachés à l'islam, et le prophète, pour gagner leurs coeurs à la foi, leur fit des dons, et, plus tard, lors de la répartition du butin de Hunayn, il les favorisa également (...). On rapporta au prophète que Safwan ibn Omayya, avait chez lui un grand nombre de cuirasses, que les Quraysh lui avaient confiées. Il fit appeler Safwan, qui n'était pas encore musulman, et le pria de lui prêter ces cuirasses. Safwan dit :
-Ô Muhammad, tu veux t'en emparer par la force.
-Non, répliqua le prophète, je veux les emprunter ; quand je reviendrai de l'expédition, je te les rendrai.
Safwan alla chercher les cuirasses et les remit au prophète. Puis, ayant été instruit que l'armée ennemie était forte de trente mille hommes, il craignit que les troupes du prophète ne fussent vaincues, et ses cuirasses perdues. Il demanda qui était le chef de l'armée des bédouins ; apprenant que c'était Malik ibn Awf, qui était un homme de condition moyenne, il sollicita du prophète la permission de prendre part à l'expédition, et le prophète la lui accorda. Safwan dit à Abu Sufyan :
-Je me joins à l'armée à cause de ces cuirasses ; si Muhammad remporte la victoire, je rentrerai naturellement en possession de ce que je lui ai prêté ; si la victoire reste aux bédouins, Malik n'est pas assez terrible pour m'enlever mon bien.
Abu Sufyan l'approuva.
Le prophète quitta la Mecque avec ses douze mille hommes, le septième jour du mois de shawwal, après avoir nommé gouverneur de la ville Attab ibn Asayd, de la famille d’Abd a Schams. Lorsque ces troupes, complètement armées, arrivèrent en vue d'une hauteur qu'il fallait franchir, Abbas ibn Abdul Muttalib, monta au sommet, et, voyant le nombre considérable des musulmans, il dit :
-Aujourd'hui, ce n'est pas le nombre des soldats qui nous fait défaut, et ce n'est pas par le nombre qu'on pourra nous vaincre.
Le prophète lui dit :
-Ne parle pas ainsi, mon oncle ; dis plutôt :
La victoire ne vient que d'Allah, le puissant et le sage.367
En effet, lorsque les deux armées furent en présence, le jour de la bataille, les musulmans furent d'abord mis en fuite, à cause de cette parole d’Abbas368, jusqu'à ce qu'Allah envoyat à leur secours les anges, qui combattirent, et qu'il mit la confusion dans les rangs des ennemis, qui furent saisis de terreur et s'enfuirent, comme il est dit dans le Coran :
Allah vous a secourus dans plusieurs rencontres, par exemple à la journée de'Hunayn, lorsque vous vous enorgueillissiez de votre grand nombre, qui ne vous servit de rien ; la terre devint trop étroite pour vous, quelque vaste qu'elle fut, et alors vous avez tourné le dos ; ensuite Allah fit descendre sur le prophète et sur les croyants son raffermissement, et ils revinrent ; et il envoya des troupes d'anges que vous ne vites pas. 369

Les effectifs des troupes musulmans.
(Waqidi, Livre des expéditions 64b).

Muhammad entra à la Mecque le mois de ramadan et resta 15 jours, et le samedi du 6 de shawwal, il se mit en guerre contre les Hawazin (...) Son armée comportait 12 000 hommes parmi lesquels 2 000 Mecquois.
-Si nous rencontrons les Banu Shayban, cela ne nous ferait rien, étant donné notre supériorité. Aujourdhui, personne ne peut nous vaincre, dit un des compagnons de Muhammad.
(...)
Les muhajirun avaient 700 hommes et 300 chevaux370 , les Médinois, 4000 hommes et 500 chevaux.
Les Aslam, 4000 hommes et 30 chevaux, et ils avaient deux bannières. (...) Les Ghifar, 300 hommes avaient une bannière.
Les clans des Kinana (...) 200 hommes avaient une bannière. (...) Les Layth avaient à eux seuls 250 hommes. Les Kab ibn Amir 500 hommes, avaient deux ou trois bannières. Les Muzayna, mille hommes et 100 chevaux, avaient trois bannières. (...) Les Guhayna, 8000 hommes et 50 chevaux, avaient quatre bannières. (...) Les Ashga, 3000 hommes avaient deux bannières (...). Les Sulaym, 1000 avaient trois bannières. (...)

Le souvenir de la défaite d’Ohod.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 293).

Le lendemain de l'arrivée de l'armée musulmane dans la vallée de Hunayn, la bataille s'engagea. Malik disposa ses soldats en ordre de bataille, et plaça derrière eux leurs femmes, leurs enfants et tous leurs biens. Le prophète, en formunt ses rangs, posta les deux mille Mecquois au loin, et il les observa, en disant en lui-même:
-Ils pourraient aussi bien être contre nous qu'avec nous.
Il fit rester Abu Sufyan et Safwan ibn Omayya, avec les Mecquois, et lui-même avec ses compagnons se disposa à combattre. Il parcourut les rangs, monté sur sa mule blanch371 e, dont Abbas tenait la bride et Abu Sufyan ibn Harith ibn Abdul Muttalib, la queue372 ; Ali, le sabre à la main, était devant lui, et les muhajir et les ansar l'entouraient. Malik ibn Awf, commanda une charge générale ; ses trente mille hommes373 se jetèrent en même temps sur les musulmans, qui, au premier choc, furent mis en déroute ; pas un seul ne tint pied. De ces dix mille hommes, muhajir et ansar, neuf seulement restaient auprès du prophète, à savoir: Abu Bakr, Omar, Ali, Abbas et son fils Fadhl, Abu Sufyan374 , ibn Harith, et son frère Rabia, Usama ibn Zayd. Les ennemis triomphaient.
Un des guerriers ennemis, monté sur un chameau et ayant à la main une lance, jetait par terre tous ceux qu'il frappait. Voyant le prophète au milieu d'un petit nombre de personnes, il le reconnut et voulut s'attaquer à lui. Un des ansar et Ali ibn Abu Talib, se glissèrent derrière le chameau, coupèrent les jarrets de l'animal et firent tomber le guerrier à la renverse ; l'ansar se précipita sur lui et le tua. Ali s'avança, le sabre à la main, et lutta contre les ennemis pour les éloigner de la personne du prophète ; ensuite il revint et se plaça devant lui pour le protéger contre toute autre attaque.
Les ennemis poursuivaient leur succès ; ils massacraient les musulmans et faisaient des prisonniers. Les deux mille Mecquois les regardaient de loin, et comme l'islam n'avait pas encore pris racine dans leurs cœurs, ils manifestèrent leur infidélité en se réjouissant de la défaite des musulmans. Ils dirent :
-Muhammad a cru que ceux-ci étaient semblables aux Mecquois, qu'il a subjugués comme des femmes ; mais voilà de nobles Arabes ; qu'il montre sa valeur contre eux!
Il y avait parmi les Mecquois un homme nommé Shayba ibn Othman, qui était devenu musulman. En voyant les musulmans en déroute, il fut entrainé à l'infidélité et il se dit en lui-même:
-Muhammad va maintenant trouver la mort ; il vaut mieux qu'il meure de ma main, afin que la mort de mon père soit vengée par moi.
Il tira son sabre et se dirigea du côté où se trouvait le prophète. Lorsqu'il arriva près de cet endroit, ses yeux s'obscurcirent, il ne vit rien et il ne put avancer, se tournant vers les Mecquois, il recouvra la vue. Alors il reconnut qu'il ne pourrait pas exécuter son dessein ; il retourna vers l'armée mecquoise et demeura à sa place.
Un autre Mecquois, nommé Kalada ibn Jabal, frère utérin de Safwan, se tenant près de ce dernier, lui dit:
-La magie de Muhammad375 est impuissante aujourd'hui. Dans les livres qui traitent des guerres sacrées376 , il est dit que ces paroles ont été prononcéés par Abu Sufyan377. Safwan ibn Omayya, répondit à celui qui venait de parler ainsi:
-Tais-toi! Que ta bouche et tes dents soient enfoncées ! Nous attendons ici, aujourd'hui, l'issue de la lutte : celui qui remportera la victoire sera notre maître. Il vaudrait mieux pour nous que ce fut Muhammad, qui est de la famille des Quraysh et d'origine noble ; tandis que Malik ibn Awf, est un Hawazin, pâtre de brebis, qui commande aujourd'hui les bédouins et qui, demain, s'emparera du gouvernement du Tihama, du désert et de la Mecque378 .

Une sentinelle consciencieuse.
(Dawud, Hadith 14/2495).

Il se tenait à côté de l’envoyé d'Allah, et le salua, puis dit:
-J’ai continué à progresser jusqu’à arriver au sommet du ravin, où l’envoyé d'Allah m’avait ordonné de me poster, et jusqu’au matin, j’ai regardé en contrebas, sans voir personne.
L’envoyé d'Allah lui a demandé:
-Es tu descendu de ton cheval dans la nuit?
Il répondit:
-Non, sauf pour prier et faire mes besoins.
L’envoyé d'Allah déclara:
-Tu as gagné ton entrée au paradis.


4. —La panique des musulmans.

Cette phase du combat rappelle fâcheusement Ohod : il y a peut-être eu une contamination entre les deux événements. C'est une occasion, dans ces circonstances difficiles, de juger de la solidité et de la fidélité des nouveaux convertis. Le résultat n'est guère flatteur.
Au pire moment, Muhammad pousse une exclamation étrange , dans laquelle il se présente faussement comme le fils du fameux Abd al Muttalib.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 844-5).
Ils étaient organisés et parfaitement préparés, et par Allah, nous avons été terrorisés, quand leurs escadrons ont attaqué comme un seul homme. Les gens ont rompu la ligne et ont fui sans faire attention aux autres.
L’apôtre d'Allah s’est replié sur la droite et a dit:
-Où allez-vous? Venez à moi! Je suis l’apôtre d'Allah. Je suis Muhammad ibn Abdallah!
Mais les chameaux fonçaient et se rentraient dedans les uns les autres. Les hommes fuyaient, sauf un petit groupe de muhajirun et d’ansar, qui sont restés avec le prophète.
(...)
Les hommes fuyaient et les vilains Mecquois qui étaient avec l’apôtre d'Allah virent aussi la fuite des hommes, au point de commencer à laisser éclater leur animosité. Abu Sufyan disait:
-Leur fuite ne s’arrêtera qu’au bord de la mer!
Il avait des flèches divinatoires dans son carquois379.
Jabala ibn Ummaya dit:
-La sorcellerie est sûrement inutile maintenant...
Safwan cria:
-Taisez-vous! Qu’Allah écrase vos bouches! Je préfère être dirigé par un Quraysh que par un Hawazin!

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 234).
On avait demandé à Bara ibn Azid:
-Vous avez abandonné l’envoyé d'Allah et vous avez fui au moment de la bataille de Hunayn?
Il répondit:
-Non! L’envoyé d'Allah n’est pas reparti, seuls quelques gens de l’armée (plusieurs de la tribu de Sulaym et quelques jeunes convertis de la Mecque), qui paniquaient se sont enfuis quand le peuple des Hawazin a lancé des flèches. L’envoyé d'Allah (avec qui se trouvaient les plus grands des compagnons) chevauchait une mule dont Abu Sufyan tenait les reines.
L’envoyé d'Allah récita le couplet suivant:
-En vérité, sans doute je suis le prophète. Je viens des enfants d’Abd al Muttalib.

(Bukhari, Sahih 56/97).

Abu Ishaq a dit: Un homme ayant demandé à al Bara:
-Est-ce que vous avez pris la fuite, au jour de Hunayn, ô Abu Umara?
Je l'entendis répondre :
-Non, par Allah, l'envoyé d'Allah ne revint pas en arrière ; mais il était arrivé que les jeunes d'entre ses compagnons et ceux d’entre eux équipés à la légère étaient sortis sans cuirasses, sans armes ; ils allèrent du côté d’habiles archers, gens des Hawazin et des Banu Nasr, qui tiraient presque toujours juste. Ces gens leur envoyèrent une décharge de flèches, qui ne pouvaient guère manquer le but. Alors les musulmans se portèrent vers le prophète, qui chevauchait une mule blanche, conduite par son cousin Abu Sufyan (...). Le prophète descendit de sa monture, invoqua l'aide divine, puis il dit :
-C'est moi le prophète, sans mensonge ; c'est moi le fils d’Abd al Muttalib380, puis il mit en rangs ses compagnons.

(Muslim, Sahih 32-3325).

D'après Al Barâ, un homme vint lui demander :
-"Est-ce que vous avez pris la fuite, au jour de Hunayn, ô Abu`Umâra?".
- "Non, par Allah, l'envoyé d'Allah n'a pas pris la fuite, mais il était arrivé que les plus jeunes et les plus pressés d'entre ses compagnons étaient sortis sans cuirasses et sans armes; ou bien ils étaient équipés à la légère. Ils allèrent du côté des archers habiles, gens des Hawâzin et des Banû Nasr, qui tiraient presque toujours juste. Ces gens leur envoyèrent une décharge de flèches qui ne pouvaient guère manquer le but. Alors les musulmans se portèrent au prophète qui chevauchait sa mule blanche, alors que Abu Sufyân ibn al Hârith ibn abd al Muttalib381 en tenait la bride. Le prophète descendit de sa monture, invoqua l'aide divine, puis il dit :
-"C'est moi le prophète, sans mensonge; c'est moi le fils de Abd al Muttalib "; puis il mit les musulmans en rangs.

Dernière poésie d’un chevalier arabe.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 847).
Comme les hommes fuyaient, Malik ibn Awf dit à son cheval382 :
En avant, Muhaj! C’est une journée difficile
Celle où toi et moi nous retournons sans cesse au combat.
Si les rangs de devant et de derrière sont rompus
Ils viennent encore groupes par groupes
Les escadrons que mes yeux se fatiguent à compter
Je continue à frapper de ma lance qui dégouline de sang
Quand les lâches qui se cachent sont humiliés
Je ferai une belle entaille d’où le sang giclera avec bruit,
le fer de lance brisé à l’intérieur ;
le sang surgissant en son milieu,
parfois par à-coups, parfois d’un jet continu,
le fer de lance brisé à l’intérieur.
Ô Zayd, ô ibn Hamham, où fuyez vous?
Maintenant, les dents sont parties, l’âge est venu.
Les femmes ont longs voiles blancs savent
que je ne suis pas novice dans ces affaires
Quand la femme chaste est sortie hors de ses rideaux
383 .

Le dernier carré.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 864).

Abbas ibn Mirdas a ausi chanté:
Nous avons assisté l’apôtre d'Allah, furieux, à ce moment,
avec un millier de guerriers, à l’écart des hommes désarmés
Nous avons porté son étendard au bout de nos lances
Son soutien le protégeant dans un mortel combat,
Nous l’avons teint de sang, puisque c’était sa couleur,
Le jour d’Hunayn, quand Safwan a chargé de sa lance.
Nous étions son aile droite en islam,
Nous avons la charge du drapeau et l’avons assumé.
Nous étions ses gardes du corps, avant les autres troupes,
Il nous a consultés, et nous l’avons consulté.
Il nous a ordonnés, et nous a appelés ses intimes devant les autres
Et nous l’avons aidés contre ses adversaires.
Allah récompense largement ce merveilleux prophète Muhammad
Et le renforce par la victoire, parce qu’Allah est son soutien.


5. — Le tournant de la bataille.

Il est présenté comme venant de Muhammad lui-même, assisté d'Abbas, enfin présent dans la geste sanglante, et venant de la divinité, qui envoie des anges à la rescousse . Soudain, les guerriers musulmans se mettent à massacrer à loisir, comme pourvus d'une énergie surhumaine.

La riposte des musulmans.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 294 ).

Le prophète, en voyant le succès des ennemis et la détresse des musulmans, ainsi qu'il est écrit dans le Coran 384 dit à Abbas :
-Mon oncle, à la journée d'Ohod, l'armée ayant été dispersée loin de moi, de même qu'aujourd'hui, s'est ralliée, à ton appel ; fais retentir ta voix aujourd'hui encore.
Abbas cria à haute voix dans le camp :
ansar d'Allah et de son prophète! ô vous385 qui avez juré fidélité au prophète dans la nuit d’Aqaba et le jour de Hodaybiyya386, sous l'arbre, voici le prophète qui vous appelle!
Les muhajirun qui s'étaient enfuis s'étaient dirigés vers la Mecque ; les ansar s'étaient cachés dans la vallée de Hunayn, derrière les collines, les élévations de sable, et dans les gorges ; car ils étaient trop éloignés de Médine et ne pouvaient pas prendre le chemin de la Mecque. En entendant la voix d’Abbas, tous ceux qui étaient cachés répondirent :
-Nous voilà ! nous voilà! et ils sortirent les uns après les autres, et vinrent rejoindre le prophète. Étant au nombre de trois cents hommes, ils firent une charge générale sur les infidèles, rompirent leurs rangs et revinrent ensuite prendre position devant le prophète. D'autres accoururent de tous côtés les rejoindre et augmenter leur nombre ; ils firent une nouvelle charge et enfoncèrent le centre de l'armée des infidèles, qui se mirent à fuir, laissant entre les mains des musulmans leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux et leurs biens.
Le prophète, mettant pied à terre, tira son sabre Dhul Faqar387 et se jeta dans la mêlée. Ce fut la seule fois qu'il prit part personnellement au combat388 . L'armée répéta après lui le vers suivant :
Je suis le prophète, sans imposture.
Je suis le descendant d'Abd a Muttalib389.

En même temps, Allah fit descendre du ciel des anges ; les infidèles furent saisis de terreur et furent mis complètement en déroute ; un grand nombre d'entre eux furent massacrés: vingt, trente, jusqu'à cinquante infidèles périrent de la main d'un seul musulman.
Malik ibn Awf, se tenait au milieu des gens de sa famille, des Hawazin et des Thaqif. Soixante et dix hommes avaient déjà été tués devant lui. Son porte-drapeau, nommé Dhul Khimar tomba. Malik ordonna à un homme nommé Othman ibn Abdallah, de relever le drapeau ; Othman n'obéit point. Malik, voyant que personne ne voulait relever le drapeau et que l'armée était taillée en pièces et en pleine déroute, prit également la fuite avec ceux de sa famille, et se dirigea vers Ta’if, ville bien fortifiée et habitée par des Thaqif et des Hawazin, où il s'enferma avec les gens de ces deux tribus. Il refusa l'entrée de la place aux autres bédouins, auxquels il recommanda de gagner l'extrémité du désert ou de retourner dans leurs tribus.
Les musulmans, en poursuivant les ennemis, tuèrent tous ceux qu'ils purent atteindre. Un homme nommé Rabia ibn Rafi, des Banu Sulaym, rencontra Durayd, qui était assis sur un chameau conduit par un homme. Rabia s'approcha, tua le conducteur, fit coucher le chameau et frappa de son sabre le cou de Durayd, dont la peau était devenue comme du vieux parchemin ; le sabre ne pénétra pas profondément.
-Tu veux me tuer? dit Durayd.
- Certainement.
- Qui es-tu?
- Je suis Rabia ibn Rafi.
- Quand tu m'auras tué, reprit Durayd, ce sera comme si tu avais tué ta mère ; car c’est moi qui ai délivré de la captivité ta mère, ta grand-mère et ton aïeule390 .
Rabia frappa de nouveau Durayd, mais le sabre ne pénétra pas.
Durayd dit:
-Prends mon sabre qui est suspendu sur le chameau ; ne frappe pas à l'endroit où la peau ne recouvre que l'os, mais frappe là où il y a de la chair, pour que le sabre y pénètre mieux.
Rabia tira le sabre, tua Durayd et apporta sa tête au prophète.391

(Corpus coranique d'Othman 9/25-27).
Allah vous a certes secourus en maintes circonstances dramatiques, ainsi qu'à la journée de Hunayn392 quand, grisés par votre nombre, celui-ci ne vous servit à rien, quand la terre, en dépit de son étendue, vous parut trop étroite et que vous tournâtes le dos393 .
Allah fit alors descendre394 sa présence divine395 sur son apôtre et les croyants.
Il fit aussi descendre des légions396 que vous ne voyiez point397.
Il infligea le tourment à ceux qui étaient infidèles398 .
Voilà la récompense des infidèles.
Ensuite, Allah reviendra plus tard de sa rigueur, contre qui il voudra.
Allah est absoluteur et miséricordieux.

(Dawud, Hadith 14/2554).

Le prophète a appelé notre cavalerie “cavalerie d’Allah”, et quand la panique nous a atteints, quand la panique nous a submergés, il nous a commandé d’être unis, d’avoir de la patience et de la persévérance ; et c’est ainsi que nous avons combattu.

(Bukhari, Sahih 58/ 221).399

L’apôtre d’Allah, alors qu’il prenait le départ pour la bataille d’Hunayn, a dit:
-Demain, si Allah le veut, nous camperons à Khayf Banu Kinana, là où les païens ont prêté leur serment d’infidélité...


(Dawud, Hadith 38 4473).400
Un homme qui avait bu du vin fut amené devant le prophète alors qu’il était à Hunayn. Il lui jeta de la poussière à la figure. Il ordonna à ses compagnons de le battre avec leurs chaussures et tout ce qu’il avaient à la main. Il dit ensuite:
-Laissez-le.

(Muslim, Sahih 19/ 4385)401 .
Alors le messager d’Allah a pris des caillous et les a jetés à la face des infidèles. Il dit:
-Par le seigneur de Muhammad, les infidèles sont défaits402.


(Muslim, Sahih 19/ 4392).403
Le messager d’Allah descendit de sa mule, pris une poignée de poussière et la jeta à leurs faces en disant :
-Que leurs visages soient déformés!
... Ils s’enfuirent, et Allah l’exhalté et le glorieux les défit, et le messager d’Allah distribua leur butin parmi les musulmans.

Les victimes musulmanes d’Hunayn.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 857).
Les noms de ceux qui ont été martyrisés à Hunayn sont404 :
-Des Quraysh des Banu Hashim: Ayman ibn Ubayd.
-Des Banu Asad ibn Abdal Uzza: Yazid ibn Zamaa. Un cheval appelé al Janah l’a fait tomber et l’a tué.
Des ansar: Suraqa ibn a Harith, des Banu Ajlan.
Des Ashariyun: Abu Amir al Ashari.



6. — Le butin.

Il semble absolument gigantesque, car les Hawazin, véritables nomades, avaient tout emporté avec eux. Le partage pose des problèmes insolubles, et crée des situations délicates. Il apparaît comme le prélude et le présage des immenses dépouilles des empires perses et byzantins.
Par le fait du prince, Muhammad impose un partage injuste mais habile, provoquant des remoux dans la bande de ses partisans, aussi âpres au gain que peu sensibles au discours religieux.


(Dawud, Hadith 14/ 2495).405

Le jour d’Hunayn, nous avancions avec l’apôtre de Allah depuis un long moment... Un cavalier est venu et dit:
-Apôtre d’Allah, je suis allé en avant et j’ai escaladé une montagne et j’ai vu les Hawazin tous ensemble avec leurs femmes, leur bétail, leurs moutons, rassemblés à Hunayn.
L’apôtre de Allah sourit et dit:
-Ce sera le butin des musulmans demain si Allah le veut...

Une conversion intéressée.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 879).
L’apôtre d'Allah interrogea l’ambassade des Hawazin à propos de Malik ibn Awf et ils dirent qu’il était à Ta’if avec les Thaqif. L’apôtre d'Allah leur dit de lui dire que s’il venait à lui comme musulman, il lui rendrait sa famille et es biens, et il ajouterait 100 chameaux. Entendant cela, Malik sortit de Ta’if. (...) Il sortit de nuit, monta son cheval, chevaucha vite (...) pour rejoindre l’apôtre d'Allah, à al Jirana ou à la Mecque. Il lui rendit sa famille, ses bien et ajouta 100 chameaux. Il devint un excellent musulman et à un moment, il déclara:
-Je n’ai jamais vu ou entendu parler d’un homme comme Muhammad dans le monde entier....

Les cadavres mis à nu.
( ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 850).

Un jeune esclave chrétien non-circoncis406 fut tué avec Othman407 et alors qu'un des compagnons était en train de dépouiller les morts des Thaqif408, il dénuda l'esclave pour le voler, et vit qu'il n'était pas circoncis. Il appela alors avec la voix la plus forte et disant:
-Arabes, venez voir! Allah sait que les Thaqif ne sont pas circoncis!
Mughira ibn Shuba le retint, parce que cela l'inquiétait que cette nouvelle ne circule parmi les Arabes, et il lui dit de ne pas dire cela, parce que l'homme concerné était seulement un esclave chrétien.
Ensuite, il dénuda les autres corps pour montrer qu'ils étaient bien circoncis.

(Muslim, Sahih 19/ 4340).409
Les dépouilles d’un ennemi tué reviennent à son meurtrier.

(Bukhari, Sahih 89/282).410
L’apôtre d’Allah a dit, le jour d’Hunayn: celui qui tue un infidèle et qui en a une preuve ou un témoin, alors les armes du mort seront à lui.

Le partage du butin des Hawazin.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 295-6).

Lorsque le prophète fut assuré que les ennemis étaient en déroute411, il ordonna aux musulmans de les poursuivre et de ramasser le butin ; car les troupeaux, les femmes et les enfants étaient dispersés, et un certain nombre avaient été tués. Il fit partir environ quinze cents hommes, en plusieurs divisions, ayant chacune un chef, et leur ordonna de poursuivre les fuyards, l'espace de trois journées de marche, en se répandant de différents côtés, dans le désert, de tuer tous ceux qu'ils pourraient atteindre, et de ramener les femmes, les enfants et les troupeaux. Les soldats exécutèrent ces ordres, et, le quatrième jour, on avait ramené tous les troupeaux que les ennemis avaient conduits avec eux, des boeufs et des brebis en si grande quantité qu'Allah seul en connut le nombre. Il y avait en outre six mille femmes et enfants.
Parmi les femmes captives se trouvaient celles des Banu Sad ibn Bakr qui avaient pris part à la guerre. C'était la tribu dans laquelle le prophète avait été en nourrice, et où il avait une sœur de lait, nommée Usma bint Halima. Halima était morte, ainsi que son mari, Harith ibn Abdallah ibn Abdal Uzza. Usma était mariée à un homme de la tribu de Sad, qui venait d'être tué dans le combat. Lorsqu'on amena Usma avec les autres femmes captives devant le prophète, celui-ci ne la reconnut pas ; car il y avait cinquante ans qu'il ne l'avait vue, et elle était devenue vieille. Elle s'approcha de lui et lui dit :
-Je suis la fille de Halima, je suis ta sœur ; et elle lui en donna plusieurs preuves412 .
Le prophète la reconnut alors, et il versa des larmes ; ensuite il ôta son manteau de ses épaules, l'étendit par terre, prit Usma par la main et la fit asseoir sur ce vêtement. Le lendemain, il lui demanda ce qu'elle préférait, rester auprès de lui ou retourner dans sa tribu. Usma demanda à retourner dans sa tribu, et le prophète l'y renvoya, après lui avoir donné deux esclaves, un homme et une femme, un chameau et une brebis, pris sur le butin.
On avait réuni tous les captifs et tout le butin, pour en faire le partage, lorsqu'on fut averti que Malik ibn Awf, s'était jeté dans la forteresse de Ta’if, où se trouvaient avec lui les Hawazin et les Thaqif. Le prophète, sans faire le partage, leva le camp et se dirigea vers Ta’if. Il fit halte à proximité de Ta’if, à un endroit nommé Jayrrana, et y resta ce jour. Il fit amener tous les prisonniers et réunir tout le butin, et en confia la garde, jusqu'à son retour de Ta’if, à Masud ibn Amir, à la tête de mille hommes.413

(Muslim, Sahih 32-3295).

Abu Qatâda a dit : L'année de Hunayn, nous partîmes avec l'envoyé d'Allah . Au moment de la rencontre avec l'ennemi, il y eut du désordre parmi les musulmans. Je vis alors un des polythéistes qui allait tuer un musulman. Je me détournai vers lui et, m'approchant par derrière, lui déchargeai un coup de sabre sur l'artère de l'épaule. Cet homme se retourna alors contre moi, me serra dans ses bras au point que je me crus perdu. Mais ce fut lui qui tomba mort et alors, il me lâcha. Comme je rejoignis `Umar ibn al Khattâb, il me dit :
-"Qu'ont donc les hommes?".
- "C'est l'ordre d'Allah", lui répondis-je.
Les musulmans revinrent et le prophète s'assit et dit :
-"Que celui qui a tué un ennemi et qui peut en fournir la preuve, s'empare de ses dépouilles".
Je me demandai vainement qui pourrait fournir une preuve en ce qui me concernait et m'assis. Le prophète répéta ce qu'il avait déjà dit une première, puis une seconde fois. A chaque fois, je me levai et je me demandai qui pourrait témoigner en ma faveur et comme ce fut en vain, je m'assis. A la troisième fois, le prophète me dit :
-"Qu'as-tu donc, ô abu Qatâda?".
Je lui racontai mon aventure.
- "Il dit vrai, déclara un homme, les dépouilles du mort sont chez moi, donne-lui-en la valeur pour que je les garde".
- "Non, par Allah! Il n'en sera pas ainsi, s'écria Abu Bakr, le prophète n'ira pas délibérément faire tort à un des lions d'Allah qui combattent dans le sentier d'Allah et son prophète et te donner les dépouilles conquises par lui!".
- "Tu as raison", répondit le prophète et, s'adressant à l'homme, il lui enjoignit de me remettre les dépouilles.
L'homme me les donna et, avec leur prix, j'achetai un jardin chez les Banû Salima. Ce fut le premier bien que j'acquis depuis mon entrée en islam.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 301-2).

Ensuite il partagea le tout, et donna à chaque cavalier deux parts, et une part à chaque fantassin. Il employa une partie du butin à faire des dons aux Mecquois (...) au nombre de dix, reçurent mille chameaux ; chacun d'eux en eut cent ; c'étaient: Abu Sufyan et son fils Moawiya414 ; Hakim ibn Hizam ; Nasr ibn Harith ; Ala ibn Haritha, des Banu Thaqif ; Harith ibn Hischam, frère d'Abu Jahl ; Safwan ibn Omayya ; Suhayl ibn Amir ; Huwaytab ibn Abd al Uzza, et Uyayna ibn Hisn. Le prophète leur donna ces biens afin de faire naître dans leurs coeurs de l'attachement pour l'islam415. D'autres Quraysh, ainsi que quelques poètes416, reçurent des lots de cinquante chameaux. Abbas ibn Merdas ibn Sulaym, qui était aussi poète, refusa les cinquante chameaux que le prophète lui avait attribués et fit une pièce de vers contre lui.
Le prophète dit à Ali :
-Coupe cette langue qui s'attaque à moi417, c'est-à-dire donne-lui ce qu'il faut pour le satisfaire.
Ali porta le nombre des chameaux à cent. La distribution se fit ainsi par cent et par cinquante chameaux, et par cent et par deux cents brebis. Un des muhajirun avait, sur la route, fait marcher son chameau à côté de celui du prophète et avait touché son pied avec les lourds souliers qu'il portait. Le prophète, qui en avait ressenti une vive douleur, lui avait donné un coup de fouet sur la cuisse, en lui disant :
-Va plus loin, tu m'as blessé au pied.
La douleur fit pousser des cris à cet homme, et il dit :
-Apôtre d'Allah, tu m'as brisé la jambe!
A la distribution du butin, le prophète lui donna cent brebis. Le prophète n'assigna aucune part aux ansar. Après avoir donné des lots de cent et de cinquante chameaux aux Quraysh, aux muhajir et aux bédouins, il acheva le partage en attribuant à chaque homme des Quraysh et des bédouins six chameaux et quarante brebis. Les ansar furent mécontents, se séparèrent de l'armée et allèrent camper à part, dans un enclos.
Un homme d'entre les Banu Tamim vint trouver le prophète et lui dit :
-Apôtre d'Allah, sois juste dans la répartition.
Le prophète répliqua :
-Qui donc serait juste si je ne le suis pas?
L'autre répondit :
-Dans cette distribution, au moins, tu t'es montré injuste ; tu donnes à l'un cent, à l'autre dix et rien à un autre.
Omar voulut tuer cet homme ; mais le prophète lui dit:
-Ne le fais pas ; car cet homme aura des compagnons, des gens de sa descendance qui viendront après moi, et qu'on appellera Khawarj418 ; ceux-ci rejetteront l'autorité des imam419 et des princes, et ils s'élanceront en dehors de la foi comme la flèche part de l'arc ; ils ne conserveront rien de l'islam.
Saïd ibn Obada, ansar, chef des Khazraj420, se présenta devant le prophète et lui dit:
-Apôtre d'Allah, tous les ansar de Médine, Aws et Khazradj, qui sont dans l'armée veulent retourner à Médine.
-Pour quelle raison? demanda le prophète.
-Que disent-ils?
Sad répondit :
-Ils disent: Le prophète se détourne de nous et nous abandonne421 , pour se tourner vers sa patrie et ses compatriotes, des gens dont le sang coule des pointes de nos sabres ; il leur donne ces biens, et ne nous en fait aucune part. Lorsqu'ils le forcèrent à sortir de la Mecque et qu'il chercha du secours, n'est-ce-pas nous qui sommes venus lui prêter serment? Nous l'avons fait venir à Médine, nous lui avons offert nos biens, nous avons lutté contre les Mecquois à Badr et à Ohod, et nous lui avons fait le sacrifice de nos vies422 . Lorsque, à Hunayn, l'armée prit la fuite, pourquoi son oncle Abbas n'a-t-il pas appelé Abu Sufyan, Safwan ou Suhayl, ibn Amir? Non, il a appelé les ansar!
-C'est là leur langage? dit le prophète.
- Oui.
- Par Allah! dit-il, si j’avais su qu'ils parleraient ainsi, je leur aurais donné le tout ! Mais j'avais pensé que l'islam était assez fortement enraciné dans leurs coeurs pour ne pas être ébranlé à cause des biens de ce monde423 .
Le prophète se rendit avec Sad dans l'enclos où étaient les ansar ; il prit place, et tous se réunirent autour de lui ; puis il leur parla ainsi424 :
-Vous savez, ô ansar, que je vous regarde comme mes compatriotes, et les habitants de la Mecque comme des étrangers, et que je les traite comme tels425. J'ai confiance en vous et en votre foi. Quelle autre signification aurait donc la Fuite426 , sinon celle-là? On sait que, en quittant la Mecque pour venir au milieu de vous, j'ai pris pour ma famille les ansar. Vous savez que, lorsque je suis venu, Allah n'était pas avec vous. C'est lui qui, par moi, vous a délivrés de la discorde qui régnait parmi vous et des luttes que vous souteniez, Aws et Khazraj, les uns contre les autres. J'ai éloigné de vous de nombreux fléaux. J'étais un prophète que les hommes accusaient d'imposture, et vous m'avez considéré comme véridique ; mes compatriotes m'ont renié, et vous avez cru en moi ; ils m'ont chassé, et vous m'avez accueilli ; ils m'ont exilé, pauvre, de ma patrie, et vous m'avez assisté de vos biens ; ils sont venus à ma poursuite jusqu'aux portes de votre ville, et vous vous êtes sacrifiés pour moi, et vous avez versé votre sang pour moi. Je me suis reposé sur vous en toute circonstance, et vous m'avez toujours secouru. Maintenant j'ai pris sur moi de donner ma part du butin et la vôtre à ces hommes dont la foi n'est pas encore affermie, afin de gagner leurs cœurs à l'islam Quant à votre foi, j'en étais sûr, et je me suis dit que vous ne vous soucieriez pas de ces biens terrestres que je donnerais à ceux dont la foi n'est pas solide, et que votre foi n'en souffrirait pas ; et, de même que j'ai abandonné ma part personnelle, j'ai cru pouvoir aussi disposer de la vôtre. N'êtes-vous pas contents, ô ansar, tandis que chacun ramène chez lui chameaux et brebis, de revenir de cette expédition en ramenant avec vous le prophète d'Allah? Je le jure par Allah, si le monde entier marchait d'un côté, et les ansar d'un autre côté, j'irais avec les ansar et me regarderais comme l'un d'eux!
Les ansar versèrent tous des larmes, puis ils s'écrièrent:
-Apôtre d'Allah, nous sommes contents, nous sommes contents!
Le prophète leva ses mains, se tourna vers le ciel et dit:
- Allah, sois propice aux ansar et à leurs enfants!
Les ansar répondirent :
-Amin427 .
Tous furent heureux, et le prophète se retira.


(Muslim, Sahih 3296).428
'Abû Qatâda a dit:
L'année de Hunayn, nous partîmes avec l'Envoyé d'Allah . Au moment de la rencontre avec l'ennemi, il y eut du désordre parmi les musulmans. Je vis alors un des polythéistes qui allait tuer un musulman. Je me détournai vers lui et, m'approchant par derrière, lui déchargeai un coup de sabre sur l'artère de l'épaule. Cet homme se retourna alors contre moi, me serra dans ses bras au point que je me crus perdu. Mais ce fut lui qui tomba mort et alors, il me lâcha. Comme je rejoignis `Umar ibn Al-Khattâb, il me dit:
-"Qu'ont donc les hommes?".
- "C'est l'ordre d'Allah", lui répondis-je. Les musulmans revinrent et le prophète s'assit et dit:
-"Que celui qui a tué un ennemi et qui peut en fournir la preuve, s'empare de ses dépouilles". Je me demandai vainement qui pourrait fournir une preuve en ce qui me concernait et m'assis. Le prophète répéta ce qu'il avait déjà dit une première, puis une seconde fois. A chaque fois, je me levai et je me demandai qui pourrait témoigner en ma faveur et comme ce fut en vain, je m'assis. A la troisième fois, le prophète me dit:
-"Qu'as-tu donc, ô 'Abû Qatâda?".
Je lui racontai mon aventure.
- "Il dit vrai, déclara un homme, les dépouilles du mort sont chez moi, donne-lui-en la valeur pour que je les garde".
- "Non, par Allah! Il n'en sera pas ainsi, s'écria 'Abû Bakr, le prophète n'ira pas délibérément faire tort à un des lions d'Allah qui combattent dans le sentier d'Allah et Son prophète et te donner les dépouilles conquises par lui!".
- "Tu as raison", répondit le prophète et, s'adressant à l'homme, il lui enjoignit de me remettre les dépouilles.
L'homme me les donna et, avec leur prix, j'achetai un jardin chez les Banû Salima. Ce fut le premier bien que j'acquis depuis mon entrée en Islam.


Le partage des chameaux des Hawazin.
(ibn Taimiya, Traité de droit 24).

...le prophète donna cent chameaux à Abu Sufyan ibn Harb, à Safwan ibn Umayya, à Uyayna ibn Hisn et à al Aqra ibn Habis. A Abbas ibn Mirdas il en donna moins de cent ; celui-ci protesta:
-Partages-tu mon butin et celui de mon cheval Ubayd entre Uyayna et al-Aqra?
Ni Hisn, ni Habis n'occupent dans la société un rang supérieur à celui de Mirdas.
Je n'ai jamais été inférieur à l'un deux.
Celui que l'on humilie aujourd'hui ne pourra plus, demain, lever la tête.
Le prophète compléta alors à ibn Mirdas le nombre de cent chameaux. Ce hadith est rapporté par Muslim. Ubayd est le nom d'un cheval qui appartenait à ibn Mirdas.


(Muslim, Sahih 5/2308).
Les polythéistes subirent la défaite, l’envoyé d'Allah a pris une grande quantité de butin, et il l’a distribué parmi les gens récemment convertis de la Mecque, et ne donna rien aux ansar.
Les ansar dirent:
-Au moment du danger, c’est nous qui avons été appelé à l’aide. Mais le butin est donné à d’autres que nous!
Cette remarque vint aux oreilles du prophète, et il les rassembla sous sa tente, et dit:
-Quelle est ce bruit qui est venu jusqu’à moi sur votre comportement?
Ils restèrent silencieux.

(Bukhari, Sahih 63/1, 3).

L’année de la prise de la Mecque, le prophète ayant donné du butin à des Quraysh, les ansar s’écrièrent:
-Par Allah, voilà qui est étrange. Alors que nos sabres dégouttent encore du sang des Quraysh429, on leur rend le butin que nous avons fait sur eux.

Les gratifications d’Hunayn.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 880-1).

L’apôtre d'Allah donna des cadeaux à ceux dont leurs coeurs devaient être gagnés, notamment les chefs de son armée. Il donna aux suivants 100 chameaux:
-Abu Sufyan.
-son fils Muawiya430.
-Hakim ibn Hizam.
-al Harith ibn Hisham.
-Suhayl ibn ibn Amir.
-Huwaytib ibn Abdul Uzza.
-al Ala ibn Jariya.
-Uyayna ibn Hishn.
-al Aqra ibn Habis.
-Malik ibn Awf.431
-Safwan ibn Umayya.

Récompense au mérite.
(Bukhari, Sahih 64/54,7).
Abu Qatada a dit:
-L'année de Hunayn, nous partîmes avec l'envoyé d'Allah. Au moment de la rencontre avec l'ennemi il y eut du désordre parmi les musulmans. Je vis alors un des polythéistes qui allait tuer un musulman. Avec mon sabre, je frappai par derrière le polythéiste sur l'épaule et fendis sa cuirasse. Cet homme se retourna alors contre moi, me serra dans ses bras au point que je me crus perdu. Mais ce fut lui qui mourut et il me lâcha. Rejoignant alors Omar, je lui dis :
-Qu'ont donc les fidèles ?
-Allah en a décidé ainsi , répondit-il.
Les musulmans revinrent alors à leur place.
Le prophète s'assit et dit :
-Que celui qui a tué un ennemi et qui peut en fournir la preuve, s'empare de ses dépouilles.
Je me demandai vainement qui pourrait fournir une preuve en ce qui me concernait, et m'assis. Le prophète répéta ce qu'il avait déjà dit une première, puis une seconde fois. Alors je me levai et, m'étant demandé vainement qui pourrait témoigner en ma faveur, je m’assis.
Le prophète répéta encore ce qu'il avait déjà dit et, comme je me levai de nouveau, il s'écria :
-Qu'as-tu donc, ô Abu Qatada? Je lui racontai mon aventure.
- Il dit vrai, déclara un homme ; les dépouilles du mort sont chez moi, donne-lui en la valeur pour moi432 .
- Non, par Allah! il n'en sera pas ainsi, s'écria Abu Bakr.
Le prophète ne saurait plus s'adresser à un des lions d’Allah qui combattent pour Allah et son envoyé, s’il te donnait les dépouilles de celui qu'il a tué.
- Tu as raison, répondit le prophète à Abu Bakr, et, s'adressant à l'homme, il lui enjoignit de me remettre les dépouilles. L'homme me les donna et, avec le prix de ces dépouilles, j’achetai un jardin chez les Banu Salima. Ce fut le premier bien que j'acquis depuis que étais musulman.
Suivant un autre isnad433 , Abu Qatada aurait dit:
-Le jour de Hunayn, je vis un musulman aux prises avec un polythéiste. Un autre polythéiste se glissa derrière le musulman pour le tuer par surprise. Je me hatai vers ce second polythéiste qui leva la main pour me frapper, mais je le devancai et lui coupai la main. Alors cet homme me serra vigoureusement au point que je craignis pour ma vie ; puis il tomba à genoux et me lâcha. Je le repoussai et le tuai. Après cela, les musulmans prirent la fuite et je fis comme eux. Apercevant Omar ibn al Khattab, qui était resté à la tête des fidèles, je lui dis:
-Qu'ont donc les fidèles?
-Ainsi Allah l'a voulu, me répondit-il. Peu à peu les fuyards revinrent vers l'envoyé d'Allah qui dit:
-Celui qui pourra fournir la preuve qu'il a tué un ennemi aura droit à ses dépouilles.
Je me levai et cherchai des témoins du meurtre de mon polythéiste, mais je ne vis personne qui put témoigner en ma faveur. Je m'assis, puis j'imaginai de parler de mon cas à l'envoyé d'Allah. Alors un homme de l'entourage du prophète dit :
-Les armes de l'homme tué dont on vient de parler sont chez moi. Rachète-les moi pour lui.
-Pas du tout, s'écria Abu Bakr ; il ne faut pas donner ces dépouilles à une petite hyène des Quraysh434, et laisser sans rien un des lions d’Allah qui combattent pour Allah et son envoyé. L'envoyé d'Allah se leva et me remit les armes, et, avec leur prix, j'achetai un jardin. Ce fut le premier bien que j'acquis depuis que j'étais musulman.


8. — Le viol des captives.

Des hadiths et un extrait coranique rappellent un moment piteux de la victoire : des musulmans sont pris de scrupules alors qu'ils sont sur le point de violer leurs captives. Ce n'est pas l'acte lui-même qui les perturbe, mais le statut des femmes, considérées comme impures . Le Coran apporte, comme presque toujours, des solutions favorables à leurs pulsions les plus urgentes. Dans ces moments, le dieu mahométan semble particulièrement miséricordieux.
Le fait est peu connu.


(Dawud, Hadith 11/ 2153).435
Dois-je dire ce que j’ai entendu de l’apôtre d’Allah le jour d’Hunayn?
Il n’est pas licite pour un homme qui croit en Allah et dans le Jour Dernier d’arroser ce qu’un autre a semé avec son eau436 ; il n’est pas licite pour un homme qui croit en Allah et dans le Jour Dernier d’avoir une relation sexuelle avec une femme captive qui a ses règles437 ; il n’est pas licite pour un homme qui croit en Allah et dans le jour dernier de vendre le butin qui n’est pas partagé.

(Muslim, Sahih 8/ 3432).438
... à la bataille d’Hunayn, le messager d’Allah envoya une armée à Awtas, rencontra l’ennemi et le combattit. Ayant vaincu et pris des captives, les compagnons du messager d’Allah semblèrent hésiter à avoir des relations sexuelles avec elles, parce qu’elles étaient mariées à des polythéistes.
Alors Allah, le plus élevé, leur envoya à ce sujet:
Et (aussi) les femmes déjà mariées, sauf celles que vos mains droites possèdent 439.

Le sort des prisonnières païennes: viol, conversion et libération.
(Waqidi, Livre des expéditions 64b).

En ce qui concerne le traitement des femmes prisonnières, lui fut révêlée la sourate 4/28. Les femmes enceintes devaient restées intactes jusqu’à la naissance. Les autres devaient rester intactes jusqu’aux prochaines règles. Muhammad déclara aussi que le coït interrompu n’était pas interdit440 .

Le sort des enfants des païens.
(Waqidi, Livre des expéditions 64b).
A la poursuite des ennemis, les musulmans se mettaient à massacrer tant et tant qu’ils n’épargnaient plus les enfants ; jusqu’à ce que Muhammad ne les fit cesser.
Usayd ibn Hudayr dit alors:
-Mais ce ne sont que des enfants de païens!
Muhammad dit:
-N’êtes vous pas, pour les meilleurs d’entre vous, aussi des enfants de païens? Chaque enfant est né comme Allah l’a créé jusqu’à ce qu’il apprenne à parler, et ses parents en font alors un juif ou un chrétien441.


9. — Le chantage sur les vaincus.

Muhammad demande dans les négociations aux envoyés des Hawazin de choisir entre leurs troupeaux et leurs femmes : l'alternative proposée, comme on le verra, est aussi cynique que cruelle. Elle achève de démoraliser les vaincus et ils finissent par se convertir sous une double contrainte.

(Baladuri, Livre des conquêtes X 55).

Quand les Hawazin furent battus à la bataille de Hunayn, et Durayd ibn Simmah fut égorgé, les survivants se réfugièrent à Awtas.

La pression sur les Thaqif.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 301-4).

Les Hawazin, les Thaqif et les Banu Sad, à Ta’if, vinrent trouver Malik ibn Awf, et lui dirent:
-Comment pourrions-nous demeurer avec toi, tandis que nos femmes et nos enfants sont entre les mains de Muhammad, qui va maintenant les donner comme esclaves à ses compagnons? Avant qu'il les ait réduits en esclavage, nous irons le trouver pour embrasser l'islam.
Ils suivirent donc le prophète, et une partie d'entre eux se firent musulmans. Un certain nombre vinrent à Jayrrana et dirent au prophète:
-Tels et tels d'entre nous sont devenus musulmans, les autres veulent le devenir aussi. Maintenant traite-nous favorablement ; ne nous déshonore pas ; agis comme ta noblesse le demande ; il ne te convient pas à toi de faire ce qui nous est permis à nous autres bédouins, de réduire en esclavage nos femmes et nos enfants et de faire disparaitre de la terre notre race. Si tu n'es pas clément envers nous aujourd'hui, qui donc le sera?
Ils implorèrent ainsi le prophète. Puis un vieillard d'entre les Banu Sad ibn Bakr, nommé Zuhayr ibn Sorad, se leva, prit le prophète sur son cœur, car il l'avait souvent gardé dans son enfance, du temps de son séjour dans la maison de Halima, et dit:
-Ô Muhammad tu vois ici parmi nous tes oncles, tes tantes et tes proches. Si le roi de Rum ou le roi des Khazars442, ou Harith Abu Shimr, le Ghassanide, prince de Syrie, ou Numan ibn al Mundhir, le roi des Arabes443 , avaient été élevés parmi nous, et que nous fussions tombés en leur pouvoir, comme nous sommes entre tes mains, nous aurions pu espérer être bien traités par eux et obtenir notre grâce. Or tu es plus clément que tous les princes ; comment pourrais-tu réduire en captivité tes oncles et tes tantes et les livrer à des étrangers?
Le prophète, ému jusqu'aux larmes, dit :
-Que voulez-vous? Voulez- vous vos biens ou vos familles?
Les Banu Sad répondirent:
-Quant aux biens et aux troupeaux, nous pourrons toujours en acquérir d'autres ; mais nous ne pourrions pas recouvrer nos femmes et nos enfants. Il n'est pas honteux de perdre ses biens, mais il y a honte à perdre sa famille.
Le prophète répliqua :
-Les femmes et les enfants qui sont ma part et celle de mes proches, des Banu Hashim, je vous les donne.
Il ajouta:
-Demain, au moment où j'accomplirai la prière du matin, répétez vos instances devant les musulmans444 .
Le lendemain, lorsque le prophète célébrait la prière du matin et que toute l'armée se tenait derrière lui, au moment où il tourna le dos au mihrab, les Hawazin, les Thaqif et les Banu Sad se levèrent, firent entendre leurs supplications et conjurèrent le prophète de leur rendre leurs femmes et leurs enfants. Le prophète répondit :
-Ces captifs n'appartiennent pas à moi seul, mais à tous les musulmans. Quant à ma part et à la part de ma famille, des Banu Abdul Muttalib et des Banu Hashim, je vous la rends.
Alors les musulmans s'écrièrent:
-Nous abandonnons aussi la nôtre.
Les muhajir et les ansar rendirent tous leur part. Mais Oyayna ibn Hisn, qui était présent avec les Banu Fazara ; Aqra ibn Habis, qui était à la tête des Banu Tamim ; et Abbas ibn Merdas, qui commandait les Banu Sulaym, déclarèrent qu'ils ne rendraient point leur part, parce qu'il y avait hostilité entre eux et les Hawazin et les Thaqif.
Le prophète dit:
-Vous en avez le droit ; mais ceux de vos hommes qui abandonneront leur part des captifs recevront de moi six brebis pour chaque tête.
Alors les Banu Temim, les Banu Sulaym et les Banu Fazara consentirent également.
Le prophète rendit la liberté aux six mille femmes et enfants, et les remit entre les mains des Hawazin ; il garda seulement la famille de Malik ibn Awf, qui était resté dans la forteresse.
Les Hawazin dirent:
- Apôtre d'Allah, Malik n'ose pas venir à toi, après tout ce qu'il a fait contre toi.
Le prophète répliqua :
-Dites-lui de ma part que, s'il vient, je lui rendrai sa femme, ses enfants et ses biens, et que je lui donnerai en outre cent chameaux.
Il continua de camper en cet endroit jusqu'à ce que tous les captifs fussent remis entre les mains des Hawazin. Ali, Omar et Othman, qui avaient eu, du butin, chacun une jeune fille, les rendirent sans les avoir touchées. Omar avait donné la sienne à son fils Abdallah. Ensuite les Hawazin partirent.
Malik ibn Awf, ayant reçu le message du prophète, quitta la forteresse, à l'insu des Thaqif, se rendit auprès du prophète, qu'il trouva encore à Jayrrana, et embrassa l'islam. Le prophète lui rendit sa femme, ses enfants et ses biens, lui donna le commandement sur tous ceux des gens de Ta’if qui étaient devenus musulmans, et lui ordonna de faire la guerre aux Banu Thaqif qui se trouvaient dans la forteresse, jusqu'à ce qu'il eut réussi à s'en emparer. Malik partit, rassembla tous ceux qui, en quittant la forteresse, s’étaient soumis à l'islam, les conduisit sous les murs de la ville, dont il fit le siège. Il y resta deux mois, après lesquels les habitants, épuisés par les attaques et les souffrances, vinrent trouver le prophète et firent la paix avec lui. Au moment où Malik partit de Jayrrana, le prophète n'avait pas encore fait le partage du butin, et les soldats craignaient qu'il n'en rendit encore une autre portion. Ils insistèrent donc auprès de lui pour qu'il fit la répartition en ce lieu même. Le prophète le leur promit. Puis ils mirent la main sur lui, en disant:
-Nous ne te laisserons pas partir que tu n'aies fait le partage.
Ils lui ôtèrent son manteau, et tous crièrent et firent des démonstrations grossières445.
Le prophète leur dit:
-Rendez-moi mon manteau. Je le jure par Allah, si le nombre des troupeaux eut été égal à celui des arbres du Tihama446 , je vous les aurais donné sans hésitation! Vous savez que j'ai droit à un cinquième de tout le butin. Eh bien, je vous abandonne cette part!


(Bukhari, Sahih 38/ 503).447
“Quand les délégués448 de la tribu des Hawazin sont venus auprès de l’apôtre d’Allah, après la conversion, il se leva. Ils lui demandèrent de leur rendre leurs biens et les captives...


(Bukhari, Sahih 47 778).449
“(L’apôtre d’Allah leur dit):
-Le problème concerne d’autres gens que moi maintenant... donc vous pourrez choisir: soit les captives soit vos biens.”450

(Musa ibn Oqba 16).451
Les captifs des Hawazin était 6000 hommes, femmes et enfants, quand l’apôtre d'Allah rentra. Il donna à quelques femmes prises par les Quraysh le choix de rester ou de partir, et elles décidèrent de rentrer chez elles452 .

(Dawud, Hadith 13/2469).

Alors qu’Omar observait l’itikaf453 dans la mosquée, des gens se mirent à crirer fort:
- Allah est le plus grand!
Il dit:
-Que se passe t-il, Abdullah?
Il répondit:
-Ce sont les captives des Hawazin que l’apôtre d’Allah a libérées.
Il ajouta:
-Et cette jeune esclave aussi?
Il l’envoya chercher.

(Bukhari, Sahih 64/54,5).

Marwan et El Miswar ibn Makhrama racontent que l'envoyé d'Allah se leva lorsque la députation des Hawazin, devenus musulmans, vint le trouver, comme les Hawazin demandaient qu'on leur rendit leurs troupeaux et leurs captifs, l'envoyé d'Allah leur répondit:
-J'ai avec moi les fidèles que vous voyez, et quand je parle j'aime par-dessus tout dire la vérité. Choisissez donc l'un de ces deux partis: Ou vos captifs, ou vos troupeaux454. Je vous ai attendus (avant d'en disposer).
Le prophète avait en effet attendu leur venue pendant dix et quelques jours après son retour de Ta’if. Quand ils virent que l'envoyé d'Allah, ne leur rendrait que l'une des deux choses, ils déclarèrent qu'ils optaient pour les captifs.
Alors l'envoyé d'Allah se leva au milieu des musulmans ; il loua l’ envoyé d'Allah autant qu'il en est digne et, passant au fait, il dit:
-Nos frères sont venus à nous pleins de repentir, aussi j'estime que je dois leur rendre leurs captifs. Que ceux d'entre vous qui veulent accepter cette restitution sans indemnité, le fassent. Quant à ceux d’entre vous qui désirent jouir de leur butin, mais qui acceptent que je les en indemnise sur le premier butin que Allah fera tomber entre nos mains, qu'ils le disent.
Les fidèles répondirent à la fois :
-Ô envoyé d'Allah, nous acceptons la restitution sans indemnité.
-Je ne puis savoir ainsi, reprit le prophète, ceux qui acceptent et ceux qui n'acceptent pas. Rentrez chez vous, et vos chefs me feront connaitre votre décision.
Les fidèles rentrèrent chez eux, où leurs chefs les consultèrent, et revinrent ensuite trouver l'envoyé d'Allah et lui annoncèrent que tous accepteraient la restitution sans indemnité.
-Tel est, dit ibn Shihab , ce que j'ai appris au sujet des captifs des Hawazin.

La bataille d’Hunayn par un orientaliste du XVIIème siècle.
(Barthélémy d’Herbelot, Bibliothèque Orientale... , s.v. Mohammed).455
Mahomet ayant appris que les tribus de Haouazen et de Thekif marchaient au nombre de quatre mille hommes pour l'attaquer, alla au devant d'eux avec douze mille, ce qui fit dire à un des siens, ces paroles : « Le petit nombre sera seulement battu aujourd'hui par le plus grand ». Ce discours plein d'une vaine complaisance et d'une confiance téméraire sur ses propres forces fut condamné par Mahomet, et il arriva en effet que le petit nombre défit et mît d'abord en fuite le plus grand, comme il est porté expressément dans le chapitre Taoubat ou de la pénitence en ces termes : « Dans la bataille de Giuneïn vous admiriez vos forces qui étaient beaucoup supérieures à celles de vos ennemis ; cependant, elles n'empêchèrent pas que vous ne fussiez battus. Le terrain que vous ne croyez pas avoir assez d'étendue, se rétrécit pour votre fuite. Mais, lorsque vous eûtes recours à Dieu, il vous donnera enfin la victoire ».
La déroute des Mahométans fut si grande effectivement en cette journée, qu'il ne demeura que quatre seules personnes près de Mahomet, à savoir, Ali, Abbas, Abousofian et Abdallah.
Mahomet qui n'était pour lors monté que sur une mule, voyant les ennemis fondre sur lui de tous côtés voulut se jeter au milieu d'eux, en disant ces paroles pour les intimider : « je suis le Prophète qui ne ment point, je suis le fils d'Abdel Mothleb. » Car il faut remarquer ici que ses ennemis lui donnaient le titre qu’il méritait en l'appelant « le Prophète menteur », et que lui au contraire se qualifia « le Prophète qui ne ment point », pour les épouvanter davantage.
Cependant, les quatre personnes qui étaient demeurées auprès dc lui, et qui ne voulaient point tant de bravoure dans leur Prophète l'arrêtèrent et empêchèrent qu'il ne s'engageât plus avant, comme il voulait faire, dans le gros des ennemis, louant sa valeur incomparable de ce que le jour d'une bataille il avait pris une monture de si peu de défense, telle qu'était une mule.
Mahomet se voyant arrêté dit à Abbas : « Puisque vous ne voulez pas que je me jette dans la mêlée, rappelez donc les fuyards ». Ce fut alors qu'Abbas, qui surpassait en force de voix tous les siens, commença à crier, à gorge déployée : « Où allez-vous serviteurs de Dieu? Son envoyé est ici. Vous qui faites paître l'acacie à vos chameaux, et qui êtes ce peuple fidèle, duquel il est parlé dans le Livre de Dieu : vous en faveur de qui les promesses du ciel ont été faites ; vous fuyez! » À cette voix, il y eut environ cent des fuyards qui tournèrent visage, et qui vinrent se rendre auprès de leur général, qui leur ayant mis le cœur au ventre, les fit retourner à la charge. Mais, le nombre était si inégal qu'ils auraient été taillés en pièces sans l’inspiration que Mahomet eut de réciter la prière que fit Moïse, lorqu'il fendit la Mer rouge pour donner passage aux Israëlites. Cette prière est : « Seigneur, vous êtes seul digne de louange, vous êtes le refuge des affligés, et vous secondez infailliblement ceux qui vous invoquent ».
Mahomet ayant fait cette prière descendit de sa mule et prit une poignée de sable qu'il jeta vers ses ennemis en prononçant ces paroles : « Que leurs visages soient couverts de honte et de confusion ». Après quoi il ajouta ceues-ci : « Fuyez, c'est le Dieu de Mahomet qui vous le commande ». Ces paroles ne furent pas plutôt dites que les yeux et les bouches de ces infidèles furent incontinent remplis de sable, ce qui les mit tout à fait hors de combat, et fut cause par conséquent de leur entière défaite.
Le texte de l'Alcoran porte : « Dieu envoya sur son Prophète, et sur les Fidèles sa miséricorde, en faisant descendre du ciel son esprit avec des troupes invisibles d'anges qui les secoururent, et une punition très sévère sur les infidèles ; car, telle est la rétribution que les uns et les autres doivent attendre ». Les interprètes ajoutent du leur, que ces anges étaient vêtus de blanc, portant des tiares sur leurs têtes et des baudriers sur leurs épaules de couleur de feu, montés sur des chevaux pies marqués de différentes couleurs.
La punition de ces Infidèles fut grande ; car, les Musulmans après avoir passé par le fil de l'épée tout ceux qui portaient les armes, firent six mille esclaves de leurs femmes et enfants, gagnèrent vingt-quatre mille chameaux, et quarante mille moutons, outre quatre mille onces d'argent, qui était une très grande somme parmi les Arabes du désert ou Champêtres, tels qu'étaient ceux-là. Les mêmes interprètes remarquent que de ceux qui-restèrent de ces deux tribus si maltraitées plusieurs embrassèrent le Musulmamisme. Car, il est dit dans la suite du texte de ce chapitre, que Dieu après cela accorda le don de pénitence, c.-à-d. fit grâce à ceux qu'il lui plût.


§ 612. — Le siège de Ta’if.

Il est la conséquence directe de la bataille d’Hunayn: les Thaqif sont les alliés des Hawazin. Muhammad a un vieux compte personnel à règler avec la cité, qui l’avait traité avec mépris aux premiers temps de la prédication456. De plus, les guerriers musulmans acceptent difficilement d’avoir pris la ville de la Mecque sans avoir pu la piller, comme de coutume. Ils ont besoin de compensation, ce que souvent Muhammad leur procure.
Mais la ville est la seule de toute l’Arabie qui soit fortifiée et son siège est un échec cuisant. Malgré leurs efforts techniques, les musulmans ne sont pas prêts mentalement à ce défi.
Mais il retourne la situation à son avantage en utilisant les captifs d’Hunayn comme otages: la guerre contre les infidèles justifie tout.



1. — Le début du siège.

On insiste peu sur le rôle de Muhammad dans l'histoire de l'artillerie. Les sources musulmanes aiment à le présenter ainsi.457
Les appels à la divinité paraissent peu efficaces, au point qu'il faille alors recourir aux catapultes et balistes.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 301-4).

Le lendemain, le prophète leva son camp et se dirigea sur Ta’if. Il y trouva renfermés tous les Hawazin et les Thaqif qui avaient pris la fuite à Hunayn, ainsi que Malik ibn Awf. Après avoir solidement fermé les portes, ils avaient construit des ouvrages de fortification tout autour de la ville, placé des pierres sur les murs et tout préparé pour la défense. Il y avait à Ta’if un chef nommé Urwa ibn Masud, qui avait combattu à Hunayn. Le prophète, croyant qu'il se trouvait dans la ville, le fit demander pour lui parler. On lui répondit qu’ Urwa s'était rendu dans la ville de Jorash458 pour chercher du cuir que l'on y fabriquait ; mais la vraie raison de son voyage était de chercher à Jorash quelqu'un qui leur fit des machines de guerre.
Le prophète assiégea la ville pendant quinze jours, sans succès. Les ennemis lancèrent du haut des murs sur l'armée musulmane des flèches et des pierres. Tous ceux qui purent s'échapper de la forteresse devinrent musulmans. Lors de ce siège, le prophète fit mettre à mort un musulman des Banu Layth, qui avait tué un homme des Banu Hudhayl. Ce fut la première fois que la peine du talion fut appliquée d'après la loi musulmane.
Plusieurs musulmans furent tués par les flèches lancées des murs de la ville. Le quinzième jour, comme la quantité de traits devenait de plus en plus grande, le prophète retira son armée d'auprès des murs, et lui fit prendre position un peu plus loin, hors de la portée des flèches. (...) Il y avait là un verger contenant beaucoup de fruits et appartenant à un homme qui se trouvait dans la forteresse. Le prophète lui envoya dire qu'il ferait détruire son verger s'il ne sortait pas de la place459. Cet homme refusa de sortir, et le verger fut dévasté, sur l'ordre du prophète. (...) Le prophète resta dix jours dans cette position. Il envoyait chaque jour l'armée sous les murs pour attaquer, et les soldats combattaient en protégeant leurs têtes avec des boucliers ; mais les assiégés leur lançaient des flèches, des pierres et des pieux ardents, qui brulaient ceux qu'ils atteignaient. Voyant l'impossibilité de prendre la forteresse, le prophète ordonna de détruire les vignes460 et les clos des habitants, de faire tomber les murs et d'arracher les arbres.

Muhammad, saint patron des artilleurs.
(ibn Hisham, Notes n°840).461

L’apôtre d’Allah a tiré sur eux avec des catapultes. Quelqu’un que je crois m’a dit que l’apôtre d'Allah a été le premier à utiliser une catapulte462 en islam, et qu’il a tiré sur les gens de Ta’if.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 368).
Urwa ibn Masud et Ghaylan ibn Salama n’étaient pas présents au siège de Ta’if. Ils étaient à Jurash463 en train de s’exercer à la manipulation de catapultes464 , de ballistes465 , et de tortues466 . Ils revinrent auprès de l’apôtre d'Allah, et ils installèrent les catapultes, ballistes, et tortues. Puis Allah révéla la vérité de l’islam à Urwa...467

L’espoir de la chute de Ta’if.
(Bukhari, Sahih 67/113).
Umm Salama rapporte que le prophète étant chez elle, alors qu’un effeminé s’y trouvait également, l’efféminé dit au frère de Abu Salama, Abdallah ibn Abu Omayya:
-Si Allah vous accorde la prise de Ta’if, je te mènerai chez Bint Ghaylan ; quand elle se montre de face, elle montre quatre plis de graisse, et vue de derrière, elle en montre huit.
-Ne laissez pas entrer chez vous des individus comme cet homme! s’écria le prophète.


3. — L’abandon du siège.

Le siège, en dépit des grands moyens déployés, est une échec cuisant, qui n'est pas trop longuement présenté par les sources . Mais les assiégés ont perdu d'avance, puisque toute la péninsule obéit à Muhammad. Ce succès peut leur faire espérer une position favorable dans les négociations.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 301-4).

Enfin, vingt-cinq jours après le commencement du siège, il dit à Abu Bakr:
-J'ai fait un rêve cette nuit ; il m'a semblé qu'on apportait une coupe de cuir, que l'on a placée devant moi. Un oiseau, qui ressemblait à un coq, est venu et a voulu y tremper son bec ; mais, malgré ses efforts, il n'a pu y parvenir.
Abu Bakr, qui savait bien interpréter les songes468 , dit :
-Apôtre d'Allah, il en sera de même de cette forteresse ; nous ne pourrons pas la prendre.
Le prophète répondit :
-Je le crois aussi.
Ensuite il tint conseil avec ses compagnons sur ce qu'il y avait à faire: si l'on devait continuer le siège, ou l'abandonner et revenir une autre fois.
Nawfal ibn Moawiya, des Banu Sulaym, dit :
-Apôtre d'Allah, l'ennemi est dans la forteresse comme la bête de proie dans son trou ; aussi longtemps qu'on reste à l'entrée, on ne peut la faire sortir ; si l'on se retire, on ne manque pas de s'en emparer.
-Tu as raison, répliqua le prophète.
Le lendemain, il donna à Omar l'ordre de lever le siège, et il quitta Ta’if, après avoir fait dévaster les clos et arracher les arbres. Douze musulmans avaient été tués par les projectiles des ennemis: quatre Quraysh, sept ansar et un homme des Banu Layth. Le prophète conduisit l'armée à Jayrrana, pour distribuer entre ses compagnons le butin de Hunayn, qu'il avait laissé en ce lieu.

(Baladuri, Livre des conquêtes X 55).
Quand les Hawazin furent battus à la bataille d’Hunayn, le chef des Hawazin, du moment, Malik ibn Awf, s’enfuit à Ta’if469 , où il trouva la population prête au siège, avec leurs fortifications réparées et leurs provisions rassemblées. Là, il s’installa.
Le prophète conduisit ses hommes à Ta’if.
Les Thaqif lancèrent des pierres et des flèches sur les musulmans, et le prophète installa une baliste contre la forteresse. Les musulmans avaient aussi un mantelet470 fait de cornes de vaches471 , et contre lui, les Thaqif jetaient des barres de fer rougies qui l’incendièrent, tuant les musulmans qui étaient en dessous.
Le siège de Ta’if par le prophète a duré quinze jours en tout.

(Baladuri, Livre des conquêtes X 56).

C’est à la bataille de Ta’if qu’Abu Sufyan perdit son oeil472.
(...)
Il y a avait des juifs sur le territoire de Ta’if (...) établis pour le commerce. Sur eux fut imposée la capitation473.

(Muslim, Sahih 19/ 4393). 474
Ses compagnons dirent:
-Doit-on partir sans l’avoir conquise?
Le messager d’Allah dit:
-Faisons une attaque ce matin.
Ils le firent et furent blessés par des flèches.

(Bukhari, Sahih, 78/68, 3).
Lorsque l’envoyé d'Allah était à Ta’if, il annonça un jour que nous partirions le lendemain s’il plaisait à Allah. Quelques uns des compagnons de l’envoyé d'Allah dirent alors:
-Nous ne partirons pas avant d’avoir pris cette ville.
-Alors , dit le prophète, allez au combat ce matin.
Ils y allèrent et un terrible combat s’engagea dans lequel il y eut de nombreux blessés.
-Demain, dit de nouveau l’envoyé d'Allah, nous partirons, si Allah le veut.
Comme tout le monde se taisait, l’envoyé d'Allah se mit à rire475 .

(Muslim, Sahih 32-3329).

D'après Abdullah ibn Omar, le prophète avait mis le siège devant Taïf sans obtenir le moindre résultat. Le prophète dit alors :
-"Nous allons, si Allah veut, retourner (à Médine)".
Les fidèles étaient peinés de cette résolution :
-"Comment, s'écrièrent-ils, nous partons sans prendre la ville!".
Le prophète ordonna alors :
-"Attaquons donc la ville demain matin".
L'attaque eut lieu et il y eut de nombreux blessés.
- "Demain, si Allah veut, dit le prophète, nous retournerons (à Médine)". Et comme les fidèles témoignèrent leur contentement, le prophète se mit à rire.

La liste des morts à Ta’if.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 875).

Voici les noms des musulmans martyrs au siège de Ta’if:
Des Quraysh: du clan des Banu Umayya: Sayd ibn Sayd al As ; Urfuta ibn Jannah, un allié des al Asd ; du clan des banu Taym banu Murra: Abdullah ibn Abu Umayya, tué d’une flèche ; du clan des Banu Adiy: Abdullah ibn Amir ibn Rabia, un allié ; du clan des Banu Sham ibn Amir: Al Sayb ibn al Harith, et son frère Abdullah ; du clan des Banu Sad ibn Layth: Julayha ibn Abdullah.
Des ansar: des Banu Salima: Thabit ibn al Jahda ; des Banu Mazin ibn al Najjar: al Harith ibn Sahl ; des Banu Sayda: al Mundhir ibn Abdullah ; des al Aws: Ruqaym ibn Thabit.
Douze compagnons de l’apôtre d'Allah ont été martyrisé à Ta’if.


4. — La soumission négociée des Thaqif.
Le succès militaire des Thaqif ne sert à rien: ils sont totalement isolés dans un Arabie soumise politiquement à Muhammad. Commencent alors de longues et tragiques négociations, où ce peuple tente de sauvegarder l’essentiel, en pure perte.

La conversion des Thaqif.
(Waqidi, Livre des expéditions 64c)

Urwa ibn Masud ... se convertit à l’islam. Quand Urwa arriva à Ta’if, il entra dans sa maison. Quand il refusa le salut des païens et leur demanda de se convertir, ils se mirent en colère et l’accusèrent d’être devenu sabéen, l’insultèrent, et s’éloignèrent pour comploter contre lui. Le matin, Urwa monta sur le toit de sa maison et annonça la prière. A ce moment, un homme des Ashlaf, de la même tribu que lui, tira sur lui. Les siens l’ensevelirent avec ceux qui étaient morts au siège de Ta’if. Muhammad le compara à Sahib Jasin, qui avait aussi été tué alors qu’il appelait son peuple à l’islam.
(...)
Amir lui dit:
-Contre l’islam qui se répand de plus en plus, les Thaqif seraient isolés et désarmés, incapables de faire même un pas en dehors de leurs forteresses. Abdajil lui donna entièrement raison et le conseil de Ta’if était d’accord pour dire qu’il fallait faire la paix avec l’islam pour obtenir la tranquilité.
(...)
Les négociations sur le contrat avaient commencé à propos de la soumission des Thaqif. Ils demandèrent qu’on leur permit de forniquer, de prendre des intérêts et de boire du vin. Muhammad refusa ces demandes à cause de la sourate 17/34, 2/278, 5/92...476
La plus grand difficulté concernait la Rabba477 . Une fois le contrat conclu, leurs envoyés demandèrent à Muhammad de leur laisser encore pour trois ans, pour laisser du temps aux attardés, aux femmes et aux enfants, ou deux ans, en même un an, ou au moins un mois. Mais Muhammad était impitoyable, il les dispensait de l’obligation de détruire la divinité eux-mêmes.

Les demandes des Thaqif478 .
Les Thaqif seront exemptés des offices de prières quotidiennes.
Ils seront également exemptés de payer la taxe479 .
La ville de Ta’if sera reconnue comme ville sainte.
Ils seront exemptés de “servie militaire480 ”.
Le temple de l’idole ne sera pas détruit.
La prostitution ne leur sera pas interdite.
Le prêt d’argent à intérêt ne sera pas non plus interdit.
Il ne leur sera pas défendu de boire de l’alcool.

(Baladuri, Livre des conquêtes X 55).
Ensuite, le prophète partit à Jiranah pour présider au partage des captifs et du butin d’Hunayn.
Les Thaqif, craignant son retour, envoyèrent une ambassade, et ils firent un accord stipulant qu’ils devenaient musulmans, qu’ils gardaient lerus biens sous forme d’argent ou de trésors enfouis. Le prophète leur imposa la condition qu’ils ne pratiquent pas l’usure et qu’ils ne boivent pas de vin481.

(Muslim, Sahih 44/4553).
Abu Mûsa a dit : J'étais auprès du prophète au moment où il était campé à Al-Jirâna entre La Mecque et Médine et Bilâl lui tenait compagnie. Un bédouin vint alors trouver l'envoyé d'Allah et lui dit : "Ne vas-tu pas accomplir la promesse que tu m'as faite, ô Muhammad?".
- "Réjouis-toi de la bonne nouvelle, répondit l'envoyé d'Allah, (tu vas être satisfait)".
- "Voilà bien souvent, reprit le bédouin, que tu m'annonces la bonne nouvelle". Alors s'avançant vers Abu Mûsa et Bilâl, comme s'il était irrité, l'envoyé d'Allah dit :
-"Ah! Il refuse la bonne nouvelle. Eh bien! Acceptez-la tous deux".
Les deux dirent : "Nous acceptons".
L'envoyé d'Allah se fit apporter un vase plein d'eau, y lava ses mains et son visage, puis, ayant craché dedans, il leur dit :
-"Buvez-en et versez-vous-en sur le visage et la poitrine et réjouissez-vous de la bonne nouvelle".
Tous deux prirent le vase et firent ce que l'envoyé d'Allah leur avait dit. Alors Umm Salama leur cria de derrière le rideau :
-"Donnez le reste à votre mère".
Et ils lui en gardèrent un peu.

Le traité de soumission de Ta’if.
(Reconstitution).482
I. Par le nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout-Miséricordieux.
2. C'est un écrit du prophète Muhammad envoyé d’Allah, pour (la tribu de) Thaqif.
3. Il écrivit : Il leur est du l'assurance de Allah hors Duquel il n'y a point de Allah, et l'assurance du prophète Muhammad, ibn Abdallah, relativement au contenu de ce document.
4. Leur vallée, en sa totalité, est sacrée, et l'interdit y est exercé au nom de Allah sur ses arbres sauvages et son gibier, contre toute oppression, tout vol, et tout méfait.
5. Et ce sont les Thaqif qui, plus que tous autres, ont droit à la possession de (la vallée de) Wajj. Leur ville muraillée ne sera point traversée (par force), et nul musulman n'y pénétrera avec le dessein de les y dominer. Ils apporteront à leur ville muraillée dans leur vallée tout ce qu'ils voudront comme constructions ou autres.
6. On ne devra ni les rassembler ni les assujettir à la dîme, ni leur faire subir aucune contrainte dans leurs biens ou dans leurs personnes.
7. Ils forment une communauté faisant partie des musulmans, et pourront pénétrer où ils voudront parmi les musulmans et entrer là où ils désireront entrer.
8. Et tout captif entre leurs mains leur appartiendra, car ils auront plus que tous autres le droit de le posséder, afin d'en user à leur gré.
9. Toute dette non assurée en leur faveur par un gage et parvenue à échéance rend le débiteur qui ne la paie pas coupable d'une usure que désavouent Allah et son envoyé ; quant aux créances qu'ils possèdent par-delà ,c'est-à-dire échéant à une époque autre que celle de la foire annuelle de Ukaz en vertu d'un gage, elles leur seront remboursées en capital à Ukaz.
10. Toute dette dans le public en faveur des Thaqif, se trouvant inscrite dans leurs registres le jour de leur islamisation, leur sera due.
11. Tout dépôt ou bien ou personne483 , appartenant aux Thaqif, et se trouvant dans le public, que se sera approprié son dépositaire comme butin, ou qu'il aura perdu, sera remboursé.
12. Toute personne parmi les Thaqif, absente lors de la conclusion des présentes, ou tous biens, jouiront de la même protection que ceux qui sont présents ; en outre, tout ce qui leur appartient à Liyah, jouira de la même protection que celle due à Wajj.
13. Tout allié des Thaqif ou commerçant étranger se trouvant chez eux aura le même traitement que les Thaqif.
14. Si un accusateur quelconque accuse les Thaqif, ou si un oppresseur quelconque les opprime, un tel ne sera obéi ni concernant les biens des Thaqif, ni concernant les personnes ; par contre le prophète et les musulmans les aideront contre celui qui les opprimera.
15. Toute personne qu'ils n'aimeront pas voir entrer chez eux, n'entrera pas chez eux.
16. Le marché et la vente auront lieu dans les cours des maisons.
17. Leur chef ne sera choisi que parmi eux : sur les Banu Malik leur chef, et sur les Ahlaf leur chef.
18. De tout vignoble appartenant aux Quraysh, mais qu'arroseront les Thaqif, la moitié du produit ira à celui qui l'aura arrosé.
19. Aucune dette assurée par un gage, en leur créance, ne portera d'intérêt ; si les débiteurs trouvent les moyens de payer (le capital immédiatement), ils le feront ; s'ils ne trouvent pas les moyens de paiement, la dette sera reportée jusqu'au mois de jumada al ula de l'année suivante. Quiconque est parvenu à l'échéance de sa dette et ne la paie pas, commet une usure !
20. De toute créance qu'ils auront dans le public, il ne leur sera du que le capitale.
21. Tout prisonnier qu'ils posséderont, si son maitre le vend, il pourra le faire : et pour celui qui n'aura pas été vendu, la rançon sera de dix chamelles de deux qualités: la moitié en quatrième année, et l'autre moitié en troisième année d'age, bonnes et grasses.
22. Quiconque aura acheté un objet, y aura droit.

§ 613. — L’expédition d’Awtas.

Après ces grosses opérations, il reste aux musulmans à nettoyer les derniers points de résistances politiques et religieuses.

(Baladuri, Livre des conquêtes X 55).
Quand les Hawazin furent battus à la bataille de Hunayn, et Durayd ibn as Simma fut égorgé484, les survivants se réfugièrent à Awtas.

(Bukhari, Sahih 64/55).
Abu Musa a dit: Lorsque le prophète en eut terminé avec l'affaire de Hunayn, il envoya Abu Amir avec des troupes vers Awtas. Abu Amir atteignit Durayd ibn Simma, qui fut tué dans cette rencontre où ses compagnons furent mis en déroute, grâce à Allah.
Abu Musa ajouta:
-Le prophète m'avait envoyé avec Abu Amir.
Un Banu Jusham ayant tiré une flèche atteignit Abu Amir au genou où la flèche resta fixée. Je me portai vers Abu Amir et lui dis:
-Ô mon oncle, qui a tiré sur toi ?
- Voici, me dit-il en me le montrant, celui qui a tiré sur moi pour me tuer.
Je me dirigeai vers cet homme qui, dès qu'il me vit, s'enfuit. Je me mis à sa poursuite en lui criant :
-N'as-tu pas honte de fuir ? Ne vas-tu donc pas t'arrêter ?
L’homme des Banu Jusham s'étant alors arrêté, nous échangeâmes deux coups de sabre et je le tuai. Puis j’allai dire à Abu Amir que j’avais tué son adversaire.
-Enlève-moi la flèche, me dit Abu Amir.
Je la lui enlevai et un liquide coula de la plaie.
-Ô fils de mon frère, me dit Abu Amir, salue le prophète de ma part et demande lui qu'il implore pour moi le pardon de Allah.
Abu Amir me désigna pour le remplacer dans son commandement et, peu de temps après, il mourut. Au retour de cette expédition, j'entrai dans la maison du prophète, qui était couché sur un lit de cordes recouvert d'un tapis ; les cordes du lit avaient marqué leurs empreintes sur son dos et sur son flanc485 . Je lui racontai notre aventure et celle de Abu Amir qui lui demandait d'implorer pour lui le pardon de Allah. Le prophète demanda de l'eau, fit ses ablutions et, levant les mains, il s’écria:
-Ô Allah, pardonne à Obayd Abu Amir!
Et je vis le blanc des aisselles du prophète486.
Le prophète ajouta ensuite ces mots :
-Ô Allah, au jour de la Résurrection, place-le au-dessus d'un grand nombre de tes créatures!
Alors, comme je lui demandais d'implorer pour moi aussi le pardon d’Allah, le prophète reprit:
-Ô Allah, pardonne ses péchés à Abdallah ibn Qays et, au jour de la Résurrection, assure-lui une place honorable!
Abu Burda a dit :
-L'une de ces invocations fut faite pour Abu Amir, l'autre pour Abu Musa.

(Muslim, Sahih 44/4554).
Abu Mûsa a dit : "Lorsque le prophète eut terminé la bataille de Hunayn, il envoya Abu Amir à la tête d'une armée vers 'Awtâs. Abu Amir atteignit Durayd ibn as Simma, Durayd fut tué dans cette rencontre où ses compagnons furent mis en déroute, grâce à Allah". Abu Mûsa ajouta : Le prophète m'avait envoyé avec Abu Amir, un homme des Banû Jucham ayant tiré une flèche atteignit Abu Amir au genou où la flèche resta fixée. J'arrivai auprès de Abu Amir et lui dis : "Ô mon oncle, qui a tiré sur toi?".
- "Voici, me répondit Abu Amir en me montrant Abu Mûsa, celui qui a tiré sur moi pour me tuer".
Abu Mûsa poursuivit : Je me dirigeai vers cet homme qui, dès qu'il me vit, s'enfuit. Je me mis à sa poursuite en lui criant :
-"N'as-tu pas honte de fuir? Tu n'es pas un Arabe? Ne vas-tu donc pas t'arrêter?".
Cet homme s'étant alors arrêté, nous échangeâmes deux coups de sabre et je le tuai. Puis j'allai dire à Abu Amir que Allah avait tué son adversaire.
- "Enlève-moi la flèche", me dit Abu Amir. Je la lui enlevai et le sang coula de la plaie.
- "Ô fils de mon frère, me dit Abu Amir, salue l'envoyé d'Allah de ma part et demande lui qu'il implore pour moi, Abu Amir, le pardon d'Allah".
Abu Amir me désigna pour le remplacer dans son commandement et, peu de temps après, il mourut. Au retour de cette expédition, j'entrai dans la maison du prophète qui était couché sur un lit de cordes recouvert d'un tapis; les cordes du lit avaient marqué leurs empreintes sur le dos et sur le flanc de l'envoyé d'Allah . Je lui racontai notre aventure et celle de Abu Amir qui lui demandait d'implorer pour lui le pardon d'Allah. L'envoyé d'Allah demanda de l'eau, fit ses ablutions et, levant les mains –jusqu'à je pus voir le blanc de ses aisselles-, il s'écria :
-"Ô Seigneur! Pardonne à Ubayd Abu Amir!".
Le prophète ajouta ensuite ces mots : "Seigneur, au Jour de la Résurrection, place-le au-dessus d'un grand nombre de tes créatures- ou des gens!".
Alors, comme je lui demandai d'implorer pour moi aussi le pardon d'Allah, le prophète reprit :
-"Seigneur! Pardonne ses péchés à Abdullah ibn Qays et, au Jour de la Résurrection, assure-lui une entrée honorable!".

§ 614. — La soumission des Banu Usayd.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 311)
Au commencement de la neuvième année, des députations d'Arabes vinrent de différents côtés du désert pour embrasser l'islam, entre autres quelques gens des Banu Usayd, qui dirent au prophète:
-Nous venons sans avoir été contraints par les armes ; ne nous impose ni l'obligation de la prière, ni la dîme. Le verset suivant fut révélé à leur intention:
Ils te croient leur obligé, parce qu'ils embrassent l'islam. Dis : Ne me croyez pas votre obligé pour votre conversion ; au contraire, c'est Allah qui mérite votre gratitude, etc. 487

§ 615. — La soumission des Banu Tayyi.

Une grande tribu chrétienne au nord de l'Arabie, qui a même son nom aux Arabes dans de nombreux documents chrétiens.488
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 311).

Muhammad ibn Jarir rapporte dans cet ouvrage que, après cette expédition, le prophète envoya Ali vers les demeures des Banu Tayyi, au milieu desquels avait résidé Hatim Tayy. Les Banu Tayyi habitaient une contrée située entre deux montagnes. Ils étaient les plus considérés de tous les bédouins, à cause de Hatim, dont la libéralité était célèbre parmi tous les Arabes.
Hatim était mort ; c'était son fils Adi qui exerçait maintenant l'autorité parmi eux. Il était chrétien et, craignant que le prophète n'envoyat une armée contre lui, il fit engraisser ses chameaux et les prépara pour la fuite, se proposant de se rendre, avec sa famille et ses biens, en Syrie et de s'y fixer parmi les chrétiens. Le lieu de sa résidence était entre la Syrie et le Hedjaz. Le prophète fit donc partir Ali à la tête d'un détachement, en lui disant:
-Peut-être pourras-tu amener avec toi le fils de Hatim, qui est un homme distingué ; il est possible qu'Allah lui donne la grâce de l'islam.
Ali se rendit vers les Banu Tayy. A son approche, Adi plaça sa famille et ses biens sur des chameaux et se sauva en Syrie, en abandonnant les gens de sa tribu, et sans emmener sa sœur, qui était une femme âgée, distinguée par son intelligence, sa sagesse et son éloquence, et qui jouissait aussi d'une grande autorité dans sa tribu489. Lorsque Ali arriva, ne trouvant plus Adi, il s'empara de sa sœur490 .
Il y avait dans la tribu un temple renfermant une idole de pierre, que Hatim et les Banu Tayy avaient adorée. Ali détruisit le temple et brisa l'idole. Il trouva dans le temple deux sabres sur lesquels les gens de la tribu lui donnèrent les renseignements suivants: Ce sont deux sabres fameux parmi les Arabes ; l'un est appelé Rusub, et l'autre, Mikhdsam. Ils ont appartenu à Harith ibn Abu Shimr, le Ghassanide, qui en a fait cadeau à Hatim. Celui-ci les a possédés jusqu'à sa mort ; en mourant, il nous a recommandé de les suspendre dans le temple, et, dans le cas où nous serions attaqués inopinément par un ennemi, de nous en servir. Ali prit ces deux sabres, emmena la fille de Hatim et revint auprès du prophète.
Le prophète fit construire pour cette femme une tente de cuir à la porte de la mosquée ; car il ne voulait pas la réduire en esclavage, par considération pour son père, qui était très honoré parmi les Arabes. Elle habita cette tente pendant trois jours. Or, un jour que Muhammad se rendait à la mosquée, elle sortit de la tente, se présenta au prophète et lui dit:
-Apôtre d'Allah, je suis une femme âgée, fille d'un homme illustre ; toi, tu es distingué par ta générosité et ta clémence ; il faut que tu me rendes ma liberté, afin que je puisse rejoindre mon frère.
Le prophète répondit :
-Pourquoi voudrais-tu te rendre auprès de ton frère, qui a fui devant Allah et devant son prophète?
Après avoir prononcé ces paroles, il entra dans la mosquée. Le lendemain, elle lui répéta sa demande, et le prophète lui fit la même réponse. Le troisième jour, lorsqu'elle le sollicita de nouveau, le prophète lui dit:
-Je t'accorde ta demande, mais attends que tu aies trouvé un compagnon de route qui puisse te conduire.
Elle attendit donc en patience. Enfin il arriva à Médine quelques Arabes qui, apprenant que la fille de Hatim était retenue captive, vinrent la trouver. Elle leur demanda de l'emmener avec eux quand ils s'en retourneraient ; puis elle dit au prophète qu'elle avait trouvé des compagnons de route. Le prophète lui permit de partir et lui donna un vêtement, un chameau et des provisions pour le voyage. Elle partit et se rendit en Syrie, auprès de son frère. Elle était plus agée que ce dernier, et, en l'abordant, elle lui fit des reproches de ce qu'il l'avait abandonnée et laissée tomber en captivité, en se sauvant lui-même avec sa famille. Son frère la consola et la pria de lui pardonner. En causant avec elle, il lui demanda:
-Comment as-tu trouvé cet homme, et quel parti me conseilles-tu de prendre?
Elle répondit :
-Je pense que tu dois te rendre auprès de lui ; car, si c'est un prophète, il n'y a pas moyen de lui résister ; si c'est un roi, il vaut mieux pour toi avoir avec lui des relations amicales.
Adi répliqua :
-Tu as raison.
Il monta sur un chameau et vint à Médine. Il trouva le prophète dans la mosquée, entouré de ses compagnons ; il s'arrêta à distance et le salua.
-Qui es- tu? lui demanda le prophète.
- Je suis Adi ibn Hatim, des Banu Tayyi.
Le prophète se leva, ce qu'il ne faisait jamais pour un infidèle, fut-il l'homme le plus important, le prit par la main et le conduisit à sa maison, ne voulant pas le laisser dans la mosquée, parce qu'il était idolâtre491. En se dirigeant vers sa maison, il fut abordé dans la rue par une femme, qui lui adressa une demande. Le prophète s'arrêta et, tout en tenant la main d’Adi, il écouta la requête de la femme. Adi pensa en lui-même:
-Cet homme n'est pas un roi, c'est un prophète ; car, s'il était roi, il ne montrerait pas tant de condescendance.
Le prophète avait un coussin rembourré d'herbe. Arrivé à sa maison, il fit asseoir Adi sur ce coussin et lui-même prit place devant lui, sur la terre. Adi dit en lui- même:
-Ce n'est pas ainsi qu'agirait un roi.
Puis le prophète lui parla ainsi:
-Allah t'a donné tout ce qu'il faut en ce monde, le pouvoir au milieu de ton peuple et un nom célèbre dont tu as hérité de ton père. Que perdrais-tu si Allah te donnait aussi l'autre monde? Tu l'aurais, si tu acceptais la religion dont je te parle.
Adi garda le silence. Le prophète continua :
-Peut-être hésites-tu à l'accepter, parce que ceux qui ont adhéré à cette religion sont peu nombreux et pauvres492 , qu'elle a beaucoup d'ennemis, et que sa puissance n'est pas considérable. Mais, par Allah qui m'a créé, cette religion régnera un jour de l'orient à l'occident ; on viendra du royaume de Kesra493 en pèlerinage à ce temple, et Allah donnera aux sectateurs de cette religion des richesses incalculables. Ensuite le prophète lui présenta la formule de foi, et Adi devint musulman. Après avoir séjourné quelque temps à Médine, il retourna dans sa tribu, qui embrassa également l'islam.
Lorsque le bruit se répandit parmi les bédouins qu’Adi avait été si bien traité par le prophète, et que lui aussi avait embrassé l'islam, ils firent les considérations suivantes:
-Cet homme est devenu puissant. Tous les Quraysh sont musulmans, et tous ceux qu'il attaque sont vaincus ; leurs femmes et leurs enfants sont emmenés en esclavage, et leurs biens sont pillés. Il ne nous reste d'autre moyen de salut que de lui envoyer des députés et d'embrasser sa religion.
En conséquence, toutes les tribus arabes, sans exception, envoyèrent des députations au prophète, embrassèrent l'islam et se soumirent aux obligations de la loi musulmane. Le prophète envoya dans chaque tribu des personnes pour enseigner aux hommes les dogmes et le culte, et pour recevoir la dîme.

§ 616. — La soumission des Banu Hamdan.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 319).

Dans la même année, le prophète chargea Khalid ibn Walid, de se rendre dans une ville du Yémen, habitée par les Banu Hamdan, pour les convertir à l'islam. Khalid partit. Mais les habitants de cette ville refusèrent de se convertir. Comme le prophète ne lui avait pas ordonné d'employer la force, Khalid, après avoir passé six mois parmi eux sans succès494 , écrivit, dans son embarras, une lettre au prophète. Celui-ci ordonna à Ali de se rendre dans cette ville, d'appeler les habitants à l'islam et de renvoyer Khalid. Les habitants de la ville devinrent croyants au premier appel d’Ali, qui revint auprès du prophète et lui fit part de cette conversion. Le prophète fut très satisfait, et agréa leur profession de foi495.

La mission de Muadh au Yémen.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 957).

L’apôtre d'Allah a envoyé Muadh et il lui a donné des instructions et des ordres, et a dit:
-Traite les correctement et pas durement ; annonce leur de bonnes nouvelles et ne rejette pas les gens. Tu vas vers un peuple avec des Ecritures, qui te demandera la clé du paradis. Dis leur que c’est de témoigner qu’il n’y a de dieu qu’Allah, et qu’il n’a pas d’associé.
Muadh partit et fit comme c’était ordonné.
Une femme est arrivée et lui a demandé:
-Ô compagnon de l’apôtre d'Allah, quels sont les droits d’un homme sur sa femme?
Il dit:
-Honte à toi! une femme ne remplit jamais les obligations qu’elle a envers son époux, alors essaye d’abord de remplir tes obligations!
Elle dit:
-Par Allah, si tu es compagnon de l’apôtre d'Allah, tu dois savoir quels sont les droits de l’époux sur la femme.
Il dit:
- Si tu rentres chez toi, et que tu trouves avec ses narines pleines de pus et de sang, et que tu les suces jusqu’à les faire disparaître, là tu auras vraiment rempli tes obligations!496

(Bukhari, Sahih 64/60, 3).
Sad ibn Abu Borda rapporte que le prophète envoya son grand-père, Abu Musa, avec Moath dans le Yémen.
-Employez la douceur plutôt que la violence, les promesses plutôt que les menaces, et soyez toujours d'accord, leur recommanda le prophète.
-Ô Prophète d’Allah, dit Abu Musa, dans mon pays on use d’une boisson tirée de l'orge, le mizr, et d'une autre boisson tirée du miel, le bit. 497
-Toute boisson enivrante est interdite, répondit le prophète.
Comme les deux chefs retournaient (dans leurs districts), Moath demanda à Abu Musa comment il récitait le Coran.
-Je le récite, répondit Abu Musa, tantôt debout, tantôt assis, tantôt sur ma monture et toujours fragments par fragments498.
- Moi, lui répliqua Moath, je dors, je me lève et me recouche, et j'estime que mon sommeil a la même valeur que ma veille.
Abu Musa avait dressé une tente où chacun des deux chefs venait visiter son collègue. Un jour que Moath était venu faire visite à Abu Musa , il vit un homme enchaîné.
-Qu'est-ce que ceci? demanda-t-il.
-C'est, répondit Abu Musa, un Juif qui a embrassé l'islam et qui ensuite a apostasié.
-Alors, s'écria Moath, je vais lui trancher la tête.

§ 617. — La soumission de Suda.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 384-5).
L’apôtre d'Allah envoya Qays ibn Sad vers le Yémen, avec ordre de ravager le territoire de Suda. Celui-ci campa dans les environs de Qanat avec 400 musulmans. Un habitant de Suda vint se renseigner sur leur armée, puis arriva auprès du prophète, à qui il dit:
-Je viens en représentant de ceux que j’ai laissé derrière moi, pour te dire de retirer ton armée, car je garantis que nous nous soumettons à toi.

§ 618-Soumission des Banu al Harith de Najran.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 399).
L’apôtre d'Allah envoya Khalid ibn al Walid avec 400 musulmans contre les Banu al Harith à Najran (...). Il leur demanda de se soumettre à l’islam trois fois avant de combattre. Il fit ainsi et un des membres des Banu Harith ibn Kab répondit. Ils acceptaient de se soumettre. Il resta chez eux pour leur enseigner l’islam, ses règlements, le livre d’Allah et la tradition du prophète.



Chapitre 96


"L’année des délégations"




Après la phase d’intimidation, les peuples arabes cherchèrent à négocier leur conversion, qui est aussi une soumission, par l’envoi d’ambassades, qui aboutissent toutes au même résultat. La tradition regroupe triomphalement le mouvement sous le nom d’ “Année des délégations”499. Les soumis500 reçoivent vite la visite régulière des collecteurs d’impôts, et ce sont les mêmes peuples qui tentent une révolte générale501 dès que la mort de Muhammad est connue. Cela révèle bien que l’allégeance était en fait politique, de la part des tribus502.



§ 619. — Le mouvement général.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 933).
L’apôtre d'Allah prit possession de la Mecque, en avait fini avec Tabuk, et Ta’if s’était rendue et avait rendu hommage. Alors, des députations arrivèrent à lui de toutes les directions, de la part de tous les Arabes. En choisissant leur attitude envers l’islam, les Arabes voulaient seulement voir ce qui allait se passer pour la tribu des Quraysh et l’apôtre d'Allah. Les Quraysh étaient des chefs et des guides pour les hommes, les gens du temple sacré, et la pure origine d’Ismaël fils d’Abraham ; et les chefs des Arabes ne contestaient pas cela503. C’étaient aussi les Quraysh qui avaient déclaré la guerre à l’apôtre d'Allah et l’avaient affronté ; maintenant, la Mecque était occupée, et les Quraysh étaient devenus des sujets pour lui, et il les avait soumis à l’islam ; les Arabes savaient qu’ils ne pouvaient plus lutter contre lui, ni montrer leur animosité: alors ils entrèrent dans la religion d’Allah par “paquets”504 comme dit Allah, venant de toutes les directions.

Politique fiscale.505
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 324).
Lorsque le prophète sut que toutes les tribus arabes avaient embrassé l'islam, il fit partir pour chaque lieu une personne chargée de recevoir l'impôt et de le lui envoyer. Ala ibn Al Hadhrami se rendit dans le Bahrayn ; Ali, ibn Abu Talib, à Najran ; Muhajir ibn Abu Omayya, à Sanaa, dans le Yémen ; Ziyad ibn Labid, dans le Hadramut. Toutes ces contrées faisaient partie du territoire du Yémen et étaient éloignées du pays où le prophète avait envoyé Moath ibn Jabal. Malik ibn Nowayra, fut chargé de percevoir l'impôt parmi les Banu Nanzhala ; la perception de l'impôt chez les Banu Sad et les autres Banu Tamim, qui étaient fort nombreux et dispersés, fut confiée en partie à Zibriqan ibn Badr, et en partie à Qays ibn Asim. Le prophète envoya ainsi dans chaque tribu arabe un homme chargé de recevoir l'impôt.
Tous les Arabes depuis le Hedjaz jusqu'au Yémen étaient musulmans506.

Prémonition ou menaces contre les tribus?
(Corpus coranique d'Othman 9/10-12)

Ils n’observent à l’égard d’un croyant ni alliance ni engagement.
Ceux-là sont les transgresseurs.
S’ils reviennent de leur erreur, font la prière et donnent l’aumône507, ils seront vos frères en religion.
Nous exposons intelligiblement les signes à un peuple qui sait.
Si au contraire, ils violent leurs serments après avoir conclu un pacte et s’ils attaquent votre religion, combattez les guides de l’infidélité!
En vérité, ils ne tiennent nul serment.
Peut-être cesseront-ils.

§ 620. — La délégation de Bali.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1687).508
Cette année, la délégation de Bali est venue, au mois de rabi I, et resta avec Ruwayfi ibn Thabit.

§ 621. — La délégation des Darriyun.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1687).509
Cette année, la délégation des Darriyun de Lakhm est venue. Ils étaient dix.


§ 622. — La délégation de Salaman.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1729).510
Cette année, la délégation de Salaman est venu auprès de l’apôtre d'Allah au mois de Shawwal. Ils étaient sept, conduits par Habib al Salamani.


§ 623. —La délégation des Ghassan.

Un allusion à l'importante tribu chrétienne et alliée des Byzantins. Leur soumission à ce moment est très improbable.511

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1729).512
Cette année, une délégation des Ghassan est venue au mois de ramadan.


§ 624. — La délégation des Ghamid.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1729).513
Cette année, une délégation des Ghamid est venue au mois de ramadan.


§ 625. — La délégation des al Azd.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1729).514
Cette année, une délégation des al Azd est venue, conduite par Shurad ibn Abdallah et ils étaient dix.

La délégation d’al Azd
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 954).

Shurad arriva auprès de l’apôtre d'Allah et devint un bon musulman, avec la délégation d’al Azd. L’apôtre d'Allah le mit à la tête de son peuple, qui avait accepté l’islam, et leur ordonna de combattre les polythéistes qui étaient tout autour, parmi les tribus du Yémen. Shurad partit pour appliquer les injonctions de l’apôtre d'Allah et il s’arrêta à Jurash, qui était une ville forte contenant plusieurs tribus yéménites. Les Khatam s’étaient réfugiés avec elles, à la nouvelle de l’arrivée des musulmans. Shrad les assiégea pendant un mois, mais il ne put entrer dans la place. Shurad se retira dans les montagnes applées Shakar, et les habitants de Jurash, pensant qu’ils les avaient découragés, sortirent, et là il revint et en tua un grand nombre.

§ 626. — La délégation des Banu Tamim.

La grande tribu des Banu Tamim se soumet, mais pour peu de temps: elle participe au premier plan à la révolte général contre l’islam, suit le mouvement judaïsant de la prophétesse Sajja, et bien plus tard, se range du côté des hérétiques kharidjtes: des débuts particulièrement dissipés.515
En réalité, l'épisode de l'entrevue a été développé par la Tradition islamique car elle a vu dans cet affaire un contexte bien trouvé pour un extrait du Corpus coranique qui mentionne un désagrément pénible aux oreilles de Muhammad. Si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 933-4).
D’abord vinrent à lui Utarid ibn Hajib, parmi les nombles des Banu Tamim....
Quand la délégation arriva , elle entra dans la mosquée et ils appelèrent l’apôtre d'Allah qui étiaent derrière, dans ses appartements privés:
-Viens voir, Muhammad!
Ce grand bruit agaça l’apôtre d'Allah qui sortit. Ils dirent alors:
-Nous sommes venus, Muhammad pour faire un concours516 avec toi, de louanges, alors donne nous la permission de te présenter notre orateur et notre poète...
(...)
A ce sujet, le Coran est descendu...517
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 315-6).
La première députation de bédouins qui vint auprès du prophète fut celle des Banu Tamim, qui étaient les plus puissants et les plus nombreux de tous les bédouins du Hedjaz et du désert. Cette députation se composait de sept de leurs chefs, entre autres : Utarid ibn Hajib ibn Zorara ; Zibriqan ibn Badr ; Amir ibn al Ahtham ; Aqra ibn Habis, et Uyayna ibn Hisn, de s Banu Fazara, branche de la tribu des Banu Tamim. Aqras et Uyayna s'étaient déjà ralliés au prophète, et s'étaient trouvés dans son armée lors de la prise de la Mecque ; ils avaient pris part à l'expédition de Ta’if, quoiqu'ils ne fussent pas musulmans. Lorsque le prophète avait envoyé des messagers vers toutes les tribus pour lever des troupes contre la Mecque, ces deux personnages s'étaient présentés, disant qu'ils voulaient combattre pour faire triompher sa religion ; mais leur véritable intention avait été d'obtenir une part du butin. Le prophète leur avait donné une portion considérable du butin de Hunayn, et ils s'en étaient retournés. Or ils vinrent alors de nouveau avec cette députation des Banu Tamim. Arrivés à Médine, ils appelèrent en criant le prophète, qui se trouvait à l'intérieur de ses appartements.
Il est dit dans le Coran:
Ceux qui crient pour t'appeler de l'intérieur de tes appartements sont, pour la plupart, des ignorants, etc. 518 .
Quand le prophète fut sorti, ils lui dirent :
-Nous venons, ô Muhammad, te proposer une lutte de gloire ; si tu es supérieur à nous, nous serons tes adhérents. Les luttes de gloire étaient une coutume très célèbre parmi les Arabes ; voici en quoi elles consistaient: deux tribus se réunissaient ; deux personnes de l'une déclamaient en vers et en prose élégante, et deux personnes de l'autre tribu leur répondaient. Celle des deux tribus dont les discours et les vers étaient les plus beaux avait la victoire. Les Banu Tamim venaient donc mettre en pratique avec le prophète cet usage arabe519 . Ils prirent place en face du prophète, qui était assis au milieu de ses compagnons, et Utarid ibn Hajib, leur orateur, se leva et vanta longuement, dans un discours, les mérites de sa tribu. Lorsqu'il eut fini, le prophète chargea son orateur, l'un des ansar, nommé Qays ibn Thabit, de répondre à Utarid. Qays se leva et prononça un discours plus beau520 que le discours des Tamim, tant par l'élégance des paroles que par le contenu. Zibriqan ibn Badr, le poète des Tamim, se leva ensuite, et énuméra dans une pièce de vers toutes les gloires de sa tribu. Le prophète ordonna à Hassan ibn Thabit, de lui répondre. Hassan vanta le mérite de l'islam et la gloire du prophète, et la beauté de ses 521 l'emporta sur celle de la poésie des Banu Temim, qui convinrent alors de la supériorité du prophète et embrassèrent l'islam522. Le prophète donna à chacun des députés une robe, les traita avec honneur et les congédia ensuite. Ils retournèrent dans leur tribu, qui se convertit tout entière à la foi musulmane, au mois de shawwal de la neuvième année de l'hégire.

(Corpus coranique d'Othman 49/ 2-5).
Ô vous qui croyez!
N’élevez pas la voix au dessus de la voix du prophète!
Ne lui adressez point la parole d’une voix haute, comme vous le faites entre vous!
Vous risqueriez que vaines deviennent vos bonnes actions, sans que vous le pressentiez.
Ceux qui, devant l’apôtre d'Allah baissent la voix, ceux-là sont ceux dont Allah a soumis les coeurs à examen, en vue de la piété.
A ceux dans la vie dernière, pardon et rétribution immense.
Prophète! la plupart de ceux qui t’interpellent, de l’extérieur de tes appartements, ne sont pas raisonnables.
S’ils patientaient jusqu’à ce que tu sortes vers eux, cela vaudrait mieux pour eux.523
Allah est absoluteur et miséricordieux.

(Tafsir al Jalalayn 49).
D'après Ibn Abu Mulayka, qui se réfère à Abdullah ibn Zubayr, un groupe de cavaliers de Banu Tamim vinrent trouver le messager d'Allah. Abu Bakr lui proposa:
-"Désigne-leur comme chef Al Qaqa ibn Mabad".
Omar dit à son tour:
-"Non, que ce soit Al Aqra' ibn Habes".
Et Abu Bakr de riposter:
-"Tu ne veux que me contrarier.
-Non, répondit 'Omar, je n'ai pas voulu te contrarier."
Et ils se disputèrent au point que leurs voix s'élevèrent. Ce verset fut révélé à cette occasion: "Ô croyants, ne devancez jamais les décisions d'Allah et de Son prophète..."

(Tafsir al Jalalayn 49).
“Ceux qui t'appellent à haute voix de derrière les appartements, la plupart d'entre eux ne raisonnent pas.“ : Ceux qui t'appellent du dehors des appartements de tes épouses, ne sachant pas dans lequel tu te trouves, à la façon des bédouins qui appellent à grands cris et avec grossièreté, la plupart d'entre eux manquent de raison et ne savent pas le respect et la vénération qui te sont dûs. Zayd ibn Arqam rapporte que des bédouins arrivèrent auprès des appartements du prophète et commencèrent à crier:
-"Ô Muhammad! Ô Muhammad!"

La déclamation des Tamim.
(Poème de Hassan ibn Thabit).524

Nous sommes venus vers toi
pour que les gens reconnaissent notre mérite
et notre rang éminent, lorsqu’ils accourent
de toutes parts à l’heure des foires solennelles;
pour qu’ils sachent que l’élite placée
au sommet du peuple de chaque pays
c’est nous que la représentons dans la terre
du Hedjaz, aucune tribu ne surpassant la nôtre,
celle des Banu Darim, branche issue des Banu Tamim.
Pour qu’ils apprennent aussi que nous repoussons
les visées de ceux que l’orgueil conduit à voler un peu
trop haut et que nous tranchons toute tête qui se hausse
et se donne de l’importance.

(Muslim, Sahih 44/4587).
Abu Hurayra a dit : Je n'ai cessé d'aimer les Banû Tamîm depuis que j'avais entendu l'envoyé d'Allah dire trois choses à leur propos. J'ai entendu l'envoyé d'Allah dire :
-"Ils seront les plus vaillants de ma Communauté contre l'Antéchrist".
Quand les Banû Tamîm ayant apporté leurs aumônes légales, le prophète dit :
-"Ce sont les aumônes d'un peuple à nous".
Et, 'Aïsha ayant une captive appartenant à cette tribu, l'envoyé d'Allah lui dit : "Affranchis-la, car c'est une descendante d'Ismaël".



§ 627. — La délégation des rois de Himyar.

Les héritiers d’un ancien royaume particulièrement glorieux: le passage de la Sira a ici un parfum d'archaïsme.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 955).

A son retour de Tabuk, un message apporta une lettre des rois d’Himyar525 , avec leur soumission à l’islam: al Harith, Nuaym, al Numan, prince de Dhu Ruayn, et Maafir et Hamdan. Zura Dhu Yazan envoya Malik ibn Murra al Rahawi avec leur soumission à l’islam et l’abandon du polythéisme. (...)

§ 628. — La délégation des Zubayd.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 319)

Ensuite le prophète reçut une députation des Banu Zubayd, dont le chef, nommé Amir ibn Madi Karib526 , vint en personne et embrassa l'islam. Un homme d'entre les princes de Kinda, de la parenté d'Imrul Qays527, nommé Farwa ibn Musayk, de la tribu de Mourad, avait quitté ses compatriotes, par dépit, et était venu embrasser l'islam. C'était un homme considérable, de race royale. A l'arrivée des Banu Zobayd, et après leur conversion, le prophète nomma Farwa leur chef. Amir, fils de Madi Karib, qui avait espéré être investi du commandement, fut mécontent, mais il se soumit à Farwa. Cependant, après la mort du prophète, Madi Karib tua Farwa et renia l'islam. Alors Abu Bakr donna le commandement à Amir, qui devint de nouveau musulman. Du temps d'Abu Bakr, tous ces Arabes apostasièrent, et se révoltèrent en commençant par refuser l'impôt et l'aumône. Abu Bakr les soumit de nouveau à la religion musulmane et les obligea à payer l'impôt et l'aumône528.

§ 629. — La délégation des Banu Kinda.

Les célèbres bédouins du centre de l'Arabie: là encore, le texte évoque des tribus d'un autre temps.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 322).
Une autre députation arriva du Yémen, des Banu Kinda, qui étaient de la race royale du Yémen. Ashath ibn Qays des Banu Kinda, faisait partie de la députation. Les Banu Kinda embrassèrent l'islam.


§ 630. — La délégation des Banu Amir.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 323).

Ensuite il arriva une députation des Banu Amir, dont le chef était Amir ibn Tofayl, le même qui, à la tête des Banu Solaym, avait massacré les quarante compagnons du prophète près du puits Bir Mawna529, comme nous l'avons raconté plus haut.
Les Banu Amir se disaient:
-Le monde entier reconnait cet homme, et tous les Arabes ont adhéré à sa religion ; il faut que nous l'adoptions également530 .
Amir dit:
-Je vais vous délivrer de lui, vous et tous les hommes.
Il se rendit à Médine, en emmenant avec lui un Arabe bédouin, nommé Aybad ibn Qays, qui était un homme résolu et un assassin, auquel il dit:
-J'occuperai l'attention de Muhammad en l'entretenant ; pendant ce temps, frappe-le avec ton sabre.
Ils se présentèrent devant le prophète, qui se trouvait dans le temple, et prirent place. Amir se mit à causer avec lui de l'islam et du Coran, et le prophète récita plusieurs versets. Amir fit signe des yeux à Arbad, pour l'engager à frapper le prophète, mais Arbad resta immobile. Lorsqu'ils furent sortis, Amir dit à Arbad :
-Pourquoi ne l'as-tu pas frappé?
Arbad répondit :
-Chaque fois que j'ai voulu le faire, je t'ai vu corps à corps avec lui ; pouvais-je te frapper?
Gabriel vint avertir le prophète de l'intention de ces hommes et de la manière dont Allah les avait empêchés d'exécuter leur projet.
Le prophète adressa à Allah cette prière:
-Seigneur, fais-les périr tous les deux!
Ces deux hommes partirent pour retourner vers les Banu Amir. Sur la route, il vint au cou d’Amir ibn Tufayl, un bubon, qui devint noir et prit un caractère pestilentiel. Amir s'arrêta dans la tente d'une femme des Banu Salul et y mourut. Lorsque Arbad fut de retour, les Banu Amir lui demandèrent :
-Qu'a dit cet homme?
- Il n'a rien dit d'important, répondit Arbad.
Deux jours après, ayant quitté le campement de la tribu pour une affaire, Arbad fut frappé de la foudre, qu'Allah lança du ciel sur lui, et il périt. Quand le prophète mourut, la tribu des Banu Amir n'avait pas encore embrassé l'islam. Arbad était le frère utérin du poète Labid ibn de Rabia531, qui appartenait également à la tribu des Banu Amir.

Marchandage.532
(ibn Sa’d, Tabaqat I 2,51).

Amir demanda:
-Qu’aurai-je comme avantage, ô Muhammad, si j’accepte l’islam?
-Les mêmes droits et obligations que les musulmans, répondit le prophète.
-Me donneras-tu quelque pouvoir après toi?
-Ni pour toi, ni pour ton peuple, répondit le prophète.
-M’accorderas-tu quelque autorité sur les habitants des tentes tandis que toi, tu tiens ton pouvoir sur les habitants des villes?
-Non, répondit le prophète.
Il ajouta:
-Mais je veux bien te nommer commandant de cavalerie, parce que tu es un guerrier.
Il répondit:
-Ca, par Allah, ça me convient!

§ 631. — Le clan de Zayd, des Banu Tayyi.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 323).
Il arriva ensuite une députation d'une branche des Banu Tayy533, qui avait pour chef Zayd ibn Muhalhil, appelé par les Arabes Zayd al Khayl534 , à cause de son habileté dans l'art de manier les chevaux. Sa considération et sa libéralité étaient égales à celles de Hatim. Lorsqu'il se présenta devant le prophète, celui-ci, qui avait entendu parler de lui, le trouvant tel qu'on le lui avait décrit, doué d'intelligence et de noblesse, lui dit:
-Je n'ai jamais vu un homme dont on m'avait parlé que je n'aie trouvé inférieur à la description que l'on m'en avait donnée ; tu es la seule exception.
Puis il lui donna le nom de Zayd al Khayr535. Il y avait, sur le territoire des Tayy dont Zayd faisait partie, plusieurs bourgs appartenant au prophète. Lorsque Zayd devint musulman, il demanda ces bourgs à Muhammad, et le prophète les lui donna, et lui fit écrire des actes de donation. De retour dans son pays, Zayd mourut, et sa femme brûla tous ces actes de donation.

§ 632. — Délégation d'Ashja.


(ibn Sa’d, Tabaqat I 362).
Une députation des gens de d’Ashja attendait l’apôtre d'Allah, l’année de la bataille de la tranchée. Ils étaient une centaine et leur chef était Masud ibn Rukhayla. Ils se sont arrêtés à Shib Sala, et l’apôtre d'Allah est venu, et leur ordonnant d’apporter des dattes. Ils dirent:
-Ô Muhammad! Nous ne connaissons pas de tribus plus proches de toi que nous, et aucune n’est aussi petite que nous. Nous sommes désolés de ta guerre contre ton propre peuple. Nous sommes venus pour faire la paix.
Il fit la paix avec eux.

§ 633. — Les animaux sauvages.

Les animaux eux-mêmes sentent que le pouvoir politique a changé en Arabie... La Tradition Islamique et les chroniqueurs ne savent plus quoi inventer pour en dire plus que les autres. C'est à ce type de documents que l'on mesure à quel point cette littérature est éloignée d'une quelconque réalité historique. Cela permet de réveiller le sens critique indispensable à la recherche, souvent endormi, et parfois inquiet.
Nous sommes là dans le conte de fées bédouin.


La délégation des animaux féroces.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 421).
Alors que l’apôtre d'Allah était assis parmi ses compagnons à Médine, et un loup arriva devant l’apôtre d'Allah. Il se mit à hurler. L’apôtre d'Allah dit:
-C’est un membre de la délégation des bêtes fauves pour vous. Si vous voulez, nous pouvons lui réserver une part et il n’ira pas au delà. Si vous voulez, vous pouvez le laisser partir et faire attention à lui. Et tout ce qu’il prendra sera sa possession.
Ils dirent:
-Ô apôtre d'Allah, nous ne sommes pas d’accord.
Alors l’apôtre d'Allah lui fit un signe du doigt pour qu’il s’en aille et il partit rapidement.

(ibn Kathir, Sira 836).
El Wâqidi a dit: Shuayb ibn Ubada m'a rapporté d'après al Muttalib ibn Abdallah ibn Hantab qui a dit:
-Tandis que le prophète, était assis au milieu de ses compagnons, à Médine, un loup arriva, s'arrêta devant lui et se mit à hurler.
Le prophète dit alors à ses compagnons:
-Voici l'arrivant parmi les loups qui vient à vous. Si vous voulez lui réserver une chose en particulier, qu'il ne quittera pas pour une autre, faites-le, et si vous voulez le laisser et prendre garde à lui, faites-le. Cependant, ce qu'il prendra sera sa subsistance.
Ils répondirent:
-Nous ne voulons rien lui laisser, ô Messager d'Allah.
Le prophète lui fit alors signe de continuer à vivre en cachette. Il s'éloigna en agitant son corps.
Par ailleurs, nous avons mentionné plus haut la venue des envoyés des djinns, chez le prophète, à la Mecque, avant l'émigration. Au demeurant, nous avons assez détaillé cela dans notre commentaire de la parole du Très-Haut: Lorsque Nous avons amené devant toi une troupe de djinns pour qu'ils écoutent le Coran.
Nous avons rapporté les hadiths mentionnés à ce sujet ainsi que les récits y afférents, de même que nous avons rapporté le récit de Sawâd ibn Qârib qui était un devin avant d'embrasser l'Islam et ce qu'il recevait comme informations d'un djinn.










1 Bukhari, Sahih, 56/49, 2. La vraie religion est bien entendu l'islam.

2 F. Mc Graw Donner, "Muhammad's political consolidation in Arabia," Muslim World, 69, 1979.

3 Tabari, Histoire des prophètes, Mohamed, Sceau des prophètes, Paris, 1980 (trad. Zotenberg). Il s'agit de la version persane abrégée.

4 Le crime de SAAB.

5 C’est par une simple satire que commence la prise de la Mecque. L'islam n'aime décidément pas que l'on se moque de lui, partout et en tous temps.

6 ibn Hisham, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. A. Guillaume, Oxford 1967. Réédité plusieurs fois depuis, notamment au Pakistan.

7 Une telle accusation d’athéisme est très exceptionnelle.

8 On remarquera que le dieu de Muhammad n’est jamais attaqué ; seule l’est la personnalité de celui-ci, c'est-à-dire ses vices et ses brutalités. Dans le sens moderne, ces gens du paganisme ne commettent en aucun cas un blasphème, puisqu'il s'agit normalement d'une atteinte à la puissance divine, quelle qu'elle soit: dans leur esprit le dieu promu par Muhammad reste respectable.

9 Non-musulmans.

10 ibn Sa'd, Tabaqat I-II, ed. Moinul Haq, New Delhi (sans date).

11 Ghifâr ayant la même racine que GHAFAR "pardonner”.

12 Waqidi, Maghazi, in J. Wellhausen, Muhammad in Medina, Berlin 1878.

13 Formule pudibonde.

14 Corpus coranique, ed. R. Blachère, Paris, 1999.

15 Confirmation par Baladhuri, Livre des Conquêtes VII 37.

16 Le Récit du témoin commence.

17 I. Hasson, "La Conversion de Mu`âwiya Ibn Abî Sufyân," Jerusalem Studies in Arabic and Islam 22 ,1998, sur la conversion du fil; R. S. Humphreys, Mu'awiyah ibn Abu Sufyan : from Arabia to empire, Oxford 2006

18 Il n’a guère le choix, comme on le verra plus loin. L’islam est la soumission à un ennemi, ce qui, pour Abyu Sufan, avait une résonnance particulière.

19 Le combat est en deux hommes et non entre deux conceptions du divin.

20 Ce personnage important "Le Lion" commence à apparaître, comme notable mecquois et oncle de Muhammad. Converti très tardif, il compte surtout parce qu'il sera l'éponyme de la future dynastie abbasside. C'est durant son empire seulement que l'essentiel de la tradition islamique se constitue ; cf.H. Kennedy, The early Abbassid Califate, Londres, 1981; M. Qasim Zaman, Religion and Politics under the Early ‘Abbasids. The Emergence of the Proto-Sunni Elite, Leiden 1997

21 La SHAHADA peut en effet se diviser en deux propositions ; normalement, les deux sont absolument liées.

22 Yaqub ibn Uqba.

23 Il faut respecter encore un peu la hiérarchie tribale.

24 Il faut le frapper de terreur au vu de la puissance militaire de l’armée musulmane: ainsi, il ira diffuser la panique à la Mecque. C’est une autre forme de terrorisme, particulièrement subtile.

25 Maqrizi, Livre du Contentieux et de la lutte concernant les relations entre les Banu Ummaya et les Banu Hashim, ed. C.E. Bosworth, Journal of Semitic Studies monograph n°3, Manchester 1980.

26 Il y eut au moins une tentative de résistance organisée, contrairement à ce qu’avancent tous lles vulgarisateurs musulmans, soucieux de présenter au public une image immaculée de la Conquête ultime. Les sources originales sont moins prudes.

27 ANWATAN ; tous les compte-rendus modernes tendent à prouver le contraire.

28 Les Mecquois sont au couran du sort de Khaybar.

29 A la bataille du fossé, les forces alliées étaient dissociées.

30 C’est certainement la plus grande armée jamais réunie sur le sol d’Arabie jusqu'alors.

31 Les premiers veulent rentrer chez eux, les seconds attaquent une cité rivale depuis toujours. Sans doute, parmi les combattants, peu ont de réelles motivations religieuses, en dépit des efforts oratoires de Muhammad.

32 Ils ne sont pas musulmans.

33 ibn Hisham préfère de pas mentionner la réponse.

34 Sur le modèle des cavaliers clibanaires perses.

35 La confusion est certes grande entre les deux dignités, à considérer sa puissance militaire.

36 Corpus coranique 2/181 ; la guerre justifie toutes les concessions. La violence prime sur la doctrine.

37 Formule qui résume les activités de pillage?

38 Tabari.

39 MAWLAT ; son nom est juif, car les sources musulmanes aiment à associer les juifs (et les femmes) avec la notion de trahison.

40 AL SAMA.

41 Les musulmans ne semblent pas attacher trop d'importance à la pudeur des autres femmes. Ces textes doivent susciter un minimum de pulsion érotique, celle qui ajoute au piment aux conquêtes.

42 On dit plutôt que ce sont des troupes mercenaires d’ Abyssinie (AHABISH: Abyssins).

43 Corpus coranique 2/187.

44 D’autres sources disaient deux cent.

45 Ed. Bewley.

46 Tradition différente de la précédente.

47 Ce fragment peut correspondre à l’événement de janvier 630, mais aussi au pèlerinage qui avait eu lieu un an auparavant.

48 BATN MAKKATA.

49 Fortuna: c’est la déformation d’un mot latin.

50 Le fils de son pire ennemi du temps oiù il était encore à la Mecque.

51 Par ses chansons.

52 Source internet: msa-usc Compendium of Muslim Texts (Muslim Students Association-University of South California).

53 Récit d’ Abdullah ibn Rabah depuis Abu Hurayra.

54 Récit d’ Abdullah ibn Rabah.

55 AL FATH: “la conquête”, ou “l’ouverture”: une victoire qui permet d’entrer, de pénétrer (dans le cas de pénétration sexuelle, par exemple), de s’agrandir ; cf. A. Jeffery, Foreign Vocabulary in the Quran, Baroda 1938 (réed.2006), , sv. Fath, sur les influences éthiopiennes sur l’évolution du mot. L’expression courante est celle de “Conquête des conquêtes”. La composante principale de l’OLP reprend justement ce titre.

56 Le 10 de ramadan de l’année 8.

57 Longue opposition entre les deux villes, qui se répercutent même dans les futurs affrontements dynastiques; cf. partie XVI.

58 Tout s’est décidé au moment de la défection in extremis d’Abu Sufyan, qui négocie la reddition.

59 Dans le répertoire des expéditions de Waqidi (Kitab al Maghazi, ed. Wellhausen, Berlin, 1889), elle a le matricule 64.

60 Récit d’ Abdullah ibn Rabah depuis Abu Hurayra.

61 Version alternative de la prise de La Mecque.

62 Récit d’ Abdullah ibn Rabah.

63 Récit d’ Abdullah ibn Muti.

64 L’intervention d’Abu Sufyan a lieu juste après.

65 Cf. partie III et VI.

66 Récit d’Abu Hurayra.

67 Bukhari, Sahih ("L'Authentique"), ed. V. Houdas/ W. Marçais, Paris, 1900-4.

68 Il ssont dits TALAQA: affranchis ou relachés, épargnés ; cf. Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 187-8.

69 Cf. le sultan turc Mehmet II Fatih, le conquérant de Constantinople et destructeur de l'empire byzantin.

70 Source internet: usc-msa Compendium of Muslim Texts (Muslim Students Association-University of South California).

71 Hadith: Récit de al Walid ibn Uqbah .

72 Récit de Abu Shurayh.

73 Récit d’Abu Hurayra.

74 L’homidice illégal, non-autorisé par la religion.

75 Extrait du Récit d’ibn Abbas par Ikrima.

76 Ce type de hadith prophétique au sens réel du terme a du être forgé au cours des combats terribles qui se sont déroulés dans la Mecque pendant trois siècles, après la mort de Muhammad, entre les différentes factions musulmanes.

77 Récit d’Anas.

78 Les ansar de Médine se retrouvent dans une mauvaise situation: à la Mecque, ils sont des étrangers, et ils doivent partager le butin des pillages. C’est à partir de janvier 630 que les grognements apparaissent au grand jour.

79 Par la tranche et la pointe de l'épée.

80 Image peu compréhensible.

81 Pour la question du sanctuaire, cf. partie IV et pour les dieux, partie III.

82 Quelques hadiths (cf. partie VI) donnent l’impression d’une hésitation, d’une envie de raser ce vestige de l’édifice, par crainte du retour au paganisme.

83 Cf. parties III et VI sur ces rites pré-islamiques de circambulation.

84 Récit d’ibn Abbas.

85 Récit d’Abdullah ibn Masud.

86 MIHDJAN, la baguette servant à guider le chameau.

87 Récit d’ Abdullah ibn Rabah.

88 Le fait de crever les yeux implique qu’il continue à considérer les statues comme des puissances anthropomorphiques.

89 Al Baladuri, The Origins of the Islamic State, ed. P.K. Hitti, 2002.

90 Corpus coranique 17, 8.

91 SUBHAN ALLAH!

92 ALLAH AKBAR!

93 Cf. partie IV.

94 Cf. partie V.

95 Cité par al Kalbi, Livre des idoles 27

96 Récit de Jabir ibn Abdullah ; le hadith est contredit par les autres: il veut seulement éviter qu’il se produise un contact entre Muhammad et l’idolâtrie.

97 Récit d’ibn Abbas.

98 Pour le Pentateuque, Ismaël n’est pas prophète. Les musulmans ayant déjà à lire et relire un seul livre, on ne peut pas leur en vouloir d'avoir lu vite et mal les autres livres ; au moins, certains les lisaient.

99 Récit d’ibn Abbas.

100 Marie.

101 Il décrit Hobal, qui est le dieu oraculaire de la Ka’ba (cf. partie IV et VI) , mais feint de ne pas le connaître.

102 Al Azraqi, Die Geschichte der Stadt Mekka, ed. F. Wüstenfeld, Die Chroniken der Stadt Mekka I, Leipzig, 1858.

103 L’image peut être une représntation en deux dimensions (fresque) ou suivant la formulation grecque, en trois dimensions (statues).

104 Effacement avec l’eau purificatrice du puits.

105 G. R. Hawting, "We were not ordered with entering it but only with circumambulating it. Hadith and Fiqh on entering the Ka'ba," Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 47, 1984.

106 Lieu de prière.

107 ibn Kalbi, Livre des idoles (trad. W. Atallah), Paris, 1969

108 Ailleurs, il est dit qu’elle sont enterrées. on a pu raconter qu' en 1979, au cours de l'assaut contre les ikhwans wahhabites, elles ont réapparu après des explosions souterraines. C'est peu probable: la rumeur a sans doute comme origine l'expression d'une fascination et d'un refoulement psychologique

109 Ed. Bewley.

110 ibn Jubayr, Relation de voyages, ed. de la Pléiade, trad. P. Charles-Dominique, p. 143.

111 J. Chabbi 2008, p. 375.

112 C’est cette allusion à l’aridité du territoire mecquois qui en assure l’identification.

113 HUDA.

114 ALAMUN: les peuples.

115 Sanctuaire.

116 Corpus coranique 12/92.

117 La phrase évoque bien la sitaution des Mecquois, dont la conversion n’est pas absolument volontaire.

118 Corpus coranique 110.

119 Preuve supplémentaire qu’il y a eu des combats.

120 Au cour des guerres de succession du VIIème siècle.

121 C’est jouer avec les mots, et avec les têtes.

122 Pour N. Abbot, Hind est la dernière “reine” arabe ; cf. Abbot, Women, p. 278 ; elle traite de son serment d’allégeance et de son esprit, p. 276-7.

123 Encore un indice de la condition inférieure des femmes, et leur ségrégation nouvelle.

124 c’est la femme d’Abu Sufyan, adversaire obstinée de Muhammad, que la tradion présente comme cannibale à la bataille d ‘Ohod. L’orientation abbasside des sources permet d’expliquer cette bizarrerie: réévauer la figure de Hind permet de dévaluer celle de son époux Abu Sufyan.

125 Corpus coranique 60/12.

126 Il refuse le contact direct avec les femmes mecquoises.

127 Remarque audacieuse.

128 Hind intègre déjà l’idée de réclusion pour les femmes, ou Tabari est influencé par son époque.

129 Façon de dénigrer encore Abu Sufyan, personnage ambigu, et peu aimé par Tabari.

130 Tabari aime relater ce type d’anecdotes ; faire passer Abu Sufyan pour un cocu magnifique n’est désagréable non plus pour un auteur de l'époque abbasside.

131 L’explication de Tabari est très superficielle ; cf. partie II sur le meurtre des filles.

132 La première bataille et première victoire musulmane, suive par un massacre de chefs des Quraysh ; cf. partie VI.

133 Il refuse de toucher les mains des femmes, d’où ce rituel original.

134 Incertain.

135 Histoire vaguement humoristique, qui a le mérite d’illustrer l’ambiance dans les harems.

136 Tabari lui-même.

137 Critique exprimée par Tabari par le biais de l’incrédulité, comme à son habitude. Mais il a tout de même raconté l’affaire...

138 Ed. Bewley.

139 MAWLA.

140 Récit de Sad.

141 Ce personnage, après avoir été épargné d'une façon aussi étrange, deviendra un des grands responsables de l'expansion arabe en Afrique du Nord; fort d'une réputation de sanguinaire, il remplace ensuite al As comme gouverneur de l'Egypte, pour le compte d'Othman.

142 Le port de la Mecque; J. Buchan, Jeddah Old and New, London, 1980.

143 C’est un mensonge en soi: la ruse est encouragée dans le cadre des guerres. Qu’on se souvienne du syllogisme: “Ulysse est crétois, ; tous les Crétois sont menteurs ; Ulysse dit qu’il est crétois, etc....

144 La formule est souvent utilisée pour demander une conversion. Abu Sufyan a du affronter le même dilemne.

145 Médine reste la capitale de son empire naissant.

146 Récit de Sayd ibn Yarbu al Makhzumi.

147 Il y a désaccord sur son sort ; Waqidi dit qu’elle a été exécutée.

148 Récit de Abdullah ibn Abbas.

149 Ed. Bewley.

150 Récit de Sad.

151 KISWA; cf. partie VI.

152 Récit d’Anas ibn Malik.

153 Récit d’Anas ibn Malik.

154 Ed. Bewley.

155 Les femmes s'expriment encore un peu, l'islam n'est pas une chose acceptée par tous et toutes.

156 Récit de Umm Hani bint Abu Talib.

157 C’était un pétrin.

158 IDJIRA.

159 Le port de la Mecque.

160 Le suicide est un acte pratiquement ignoré parmi les Arabes de cette époque.

161 Cf. partie IV.

162 Récit de Umm Hani ibn Abu Talib.

163 Récit d’Aïsha.

164 Récit d’Urwa ibn az Zubayr d’après Aïsha.

165 Sa main a été tranchée néanmoins.

166 Récit d’Abdur Rahman ibn Azhar.

167 Geste magique.

168 Récit de Jabir ibn Abdullah.

169 Récit de Jabir ibn Abdullah.

170 Les porcs sont quasi-absents d'Arabie ; souvent la mention de porcs est un allusion directe aux chrétiens.

171 On manque de résine en Arabie.

172 Souvent les Juifs avaient le contrôle des abattoirs, comme à Yathrib.

173 Muhammad maudit les juifs alors qu'il est maintenant à la Mecque, où ils sont totalement absents. Sa haîne contre eux ne faiblit pas: c'est ce que la Tradition Islamique cherche à montrer, mais tout cela est certainement une fabrication anachronique.

174 YAMURU.

175 SIQAYA: le privilège le plus important dans le sanctuaire. Il est tenu par al Abbas, oncle de Muhammad, qui manigance pour garder cette fonction après la prise de la ville.

176 IMARAT AL MASJIDI.

177 Le verset pourrait servir à diviser les familles, et rejetter leurs membres qui persistent à suivre les cultes traditionnels.

178 Cf.. M. Cook, “Magian Cheese: an archaic problem in islamic law”, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 47, 1984.

179 ARD AL AJAM.

180 L’islam est une question de détails.

181 Récit d' ibn Abbas.

182 Récit d’ibn Abbas.

183 Pour chaque sanctuaire cf. partie III.

184 R. M. Eaton, “Temple desecration and indo-muslim states” , Journal of Islamic Studies 11, 2000

185 Une guerre de religions oppose deux conceptions religieuses; une guerre sacrée concerne des membres d'un même système s'affrontant pour posséder un sanctuaire, un sacerdoce, un dieu.

186 CF. partie III pour un développement de la question, et l'état de la religion pré-islamique avant sa destruction ; la formule rappelle Bismarck, le “chancelier de fer”, unificateur de l'Allemagne. La comparaison est injurieuse pour le grand homme d'Etat prussien.

187 Des divinités annexes.

188 SARIYYA.

189 Corpus coranique 53/19.

190 Khalid est surnommé “Le Sabre de l’Islam”.

191 SADIN: le gardien du sanctuaire ; cf. Fahd 1966, p. 109.

192 Les préjugés raciaux ne sont pas absents dans les temps primitifs de l'islam.

193 Pour les parallèles dans la littérature chrétienne décrivant la destruction de temples païens et l’apparition d’être démoniaques, cf. Hawting 1999, p. 109-110.

194 Version alternative.

195 Texte laudateur.

196 Une Africaine d’apparence.

197 Geste de consécration.

198 Remarquable cruelle et ambigüe: les Arabes chrétiens étaient-ils moins intolérants que les musulmans?

199 Un des opposants farouches de Muhammad à la Mecque.

200 Ryckmans, p. 18 ; Fahd 1968, p. 143 ; Dussaud, 1955, p. 143 ; Starcky 1956, p. 212 ; Teixidor 1977, . 69.

201 Branden 1966, p. 113 ; Ryckmans 1951, p. 22. Etonnante représentation de cette "femme-étoile" dans Dussaud.

202 R. Dussaud 1907, p. 142.

203 Fahd 1968, p. 145.

204 Dans ce témoignage subsiste une crainte de la religion traditionnelle.

205 Le personnage continue à parler à la divinité : elle existe encore dans son esprit et il n'a pas assimilé la transformation imposée par l'islam.

206 Récit d’Abu Hurayra.

207 Ou Wudd.

208 Fahd 1968, p. 185 ; Ryckmans 1951, p. 16.

209 Chez les Thamudéens, Branden 1956, p. 18.

210 A. Jamme, 1947, p. 62-147 ; cf. dans le texte coranique.

211 Ryckmans 1951, p. 16.

212 Cf. partie XVIII.

213 S. Krone, Das altarabische Gottheit al Lat, Francfort, 1992 ; Hawting, 1999, p.138-9 ; T. Fahd, Encyclopédie de l'Islam2 V, p. 697.

214 L. Dirven, “The arrival of the goddess Allat in Palmyra”, Mesopotamia 1998 ; L. Drijvers, “Inscriptions from Allat sanctuary”, ARAM 1995 ; id, “Das Heiligtum der arabischen Göttin Allat in westlichen Stadtteil von Palmyra”, Antike Welt 7, 3, 1976 ; M. Gawlikowki, “Le temple d’Allat à Palmyre”, Revue archéologique 2, 1977 ; Ryckmans 1951, p. 15.

215 P. Figueras, “The roman worship of Athena-Allat”, ARAM 4, 1992.

216 T. Fahd, Le Panthéon., p. 111

217 Wellhausen, Reste p. 29.

218 Ryckmans, p. 15 ; cf. partie XIV.

219 Version arabe - Ed. State of New York University.

220 Le texte ne dit pas à qui Abu Sufyan s’adresse...

221 Pierre semi-précisieuse de couleur rouge.

222 M. Lecker, Idol Worship, p.10-14.

223 Les Thaqif au moment de leur reddition.

224 Les Thaqif craignent encore la colère de leur déesse.

225 Récit de Jabir ibn Abdullah

226 Qu’ils ne participent pas aux opérations de pillage et de conquête des troupes musulmanes, malgré les profits engendrés.

227 Récit de Amir ibn Shah.

228 Récit de Sakr ibn al Ayla al Ahmasi.

229 Fahd 1968, p.75-77 ; Ryckmans 1951, p. 17.

230 Hawting 1999, p. 92.

231 Waqidi n°69.

232 Cf. partie V.

233 Le témoignage refuse d'y voir un geste de consécration.

234 Cf. partie IV ; Ryckmans, p. 17.

235 Tribu du nord, proche des Ghassanides.

236 Un bétyle anthropomorphe.

237 HARAM.

238 Asylie sacrée ; pour le sens, cf. partie III.

239 Cf. sur les Ghassanides, cf. partie VI.

240 Les sources présentent surtout les ghassanides comme chrétiens ; mais certains ont pu s’attacher encore au paganisme ; cf ; parties V et VI.

241 C’est al Kabah al Yamaniyyah, concurrente de al Kabah al Shamiyyah, la Mecque.

242 M. Lecker, Idol Worship, p. 20-23 pour l’histoire de sa destruction.

243 D’autres sources la localisent au Yémen.

244 Récit d'Abu Hurayra.

245 Récit d’Abu Hurayra.

246 La dernière heure, la fin du monde.

247 Récit d’Abu Hurayra.

248 Récit de Jarir.

249 Récit de Jarir.

250 Récit de Jarir.

251 La Ka’ba yéménite.

252 Répétition dans le texte.

253 Cf. partie VI. L'identité de la tribu, ou du groupe, pose problème (allusion aux hums traditionnels?).

254 Noirci par le goudron qui doit le soigner.

255 Pour la pratique, cf. partie III.

256 C’est, semble t-il, un cas de conversion forcée.

257 Ou “à la soumission”.

258 Ce qui permet aux fidèles allant prier de la fouler au pied chaque fois qu’ils franchissent le seuil.

259 W. Atallah traduit par “idole” ; mais il s’agit dans le texte d’un “silex blanc”.

260 Fahd 1968, p. 134 ; cf. les rituels de lapidation à Arafat.

261 Ryckmans 1951, p. 18.

262 Cf. partie IV.

263 Nishra en araméen ; Ryckmans 1951, p. 17.

264 J.H. Mordtmann, “Dusares bei Epiphanius”, Z.D.Morgenland. G 29.

265 Ryckmans 1951, p. 23.

266 Ou Manah, sous des formes locales ; T. Fahd, Encyclopédie de l'Islam2 VI p.358.

267 Autre possibilité: “L’élevée”.

268 J. Ryckmans, Le Museon 1947.

269 Ryckmans 1951 , p. 16 ; Hawting 1999, p. 119-20.

270 H. Derenbourg, “Le dieu Souwa dans le Coran et sur une inscription sabéenne récemment découverte”, Bo. Real Ac. Historia 47, 1905 ; M. Lecker, Idol Worship, p. 9 et 15-17 ; Wellhausen, Reste, p. 19 ; Fahd 1968, p. 156, n.3 ; id. Encyclopédie de l'Islam2 IX p. 947.

271 La racine sémitique S-W recouvre l’idée de “laisser paître, lacher, errer” ; Fahd 1968, p. 154.

272 Corpus coranique 53/20.

273 Tout récent converti, qui s’illustrera plus tard, dans la conquête de l’Egypte, et à qui l’on doit la destruction finale de la bibliothèque d’Alexandrie.

274 C'est une réplique de la scène racontée sur la destruction d'al Uzza.

275 Ryckmans 1951, p. 17.

276 Muhammad délègue cette mission à son fidèle compère pour ne pas être en contact avec des rituels qui ont joué un grand rôle dans sa vie et dans l'élaboration de sa doctrine; c'est du moins ce que la Tradition islamique veut montrer. Cf. M. H. Benkheira, "Les non-musulmans et le haram. Contribution à l'étude de la notion de territoire sacré en islam", in A. Le Boulluec, A la recherche des villes saintes, Turnhout 2004 ; M.J. Kister, "Sanctity joint and divided,: on holy places in the islamic tradition", Jerusalem Studies in Arabic and Islam 20, 1996. Il faut rappeler que cette interdiction est toujours en vigueur de nos jours: les non-musulmans sont considérés comme des entités impures.

277 ADHAN.

278 Les quatre mois sacrés ; cf. partie III.

279 Mars 630.

280 “L’Immunité”, sourate n°9.

281 Corpus coranique 9/1.

282 Les mois sacrés traditionnels : Muhammad a la sagesse d'instituer une période de transition.

283 L’infidèle est religieusement impur. L’interdiction a toujours cours de nos jours ; c’est le seule endroit au monde, avec Médine, où un être humain n’a pas le droit de se rendre du fait de ses convictions religieuses.

284 Point de départ de l’organisation de l’empire musulman. Médine reste le centre politique, et la Mecque, une prestigieuse dépendance à contrôler (cf. la sécession d'ibn Zubayr contre les califes ommeyades de Damas).

285 Récit d’Abu Hurayra.

286 Les accords n’engagent que ceux qui les respectent.

287 Récit d’Abu Hurayra.

288 Pour ces rites, cf. partie III.

289 Source: risala.net.

290 AL MASJID AL HARAM.

291 MUSHRIK.

292 HAJJ.

293 TAWAF.

294 La proclamation aurait été prononcée par Ali.

295 R. Bell, “Muhammad’s pilgrimage proclamation”, Journal of the royal asiatic society 1937.

251 Rejeb, dhul qada, dhul Hijja et muharram

296 Là encore, le ton est très brutal: l’appel au meurtre réapparait, hors d’un contexte guerrier. Voici le signe que Muhammad a maintenant toute latitude pour s’imposer, et loin de s’amollir, il veut augmenter encore le pouvoir de contrainte. Spectacle d’une tyrannie théocratique.

297 C’est la soumission à l’islam.

298 Ceux qui associent à Allah une autre divinité.

299 Muhammad ose le déclarer après avoir rompu unilatéralement tous les pactes conclus. La psychologie appelle cela un transfert.

300 Ed. J.C. Reverdy.

301 L'auteur, comme souvent les Anglais de la bonne société victorienne, aime à se voir comme déiste.

302 Mahomet, 2/119-22.

303 Cf. partie VII. C'est une astuce pour "islamiser" un personnage important avant l'heure, alors qu'il a été un des derniers à céder.

304 Allah.

305 F. M. Donner, “Muhammad's political consolidation in Arabia up to the conquest of Mecca: A Reassessment”, The Muslim World 69, 1979.

306 Tableau général du mouvement dans Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 207-217

307 Cf. partie XIII.

308 Pour recevoir librement des visites.

309 Hadith particulièrement répandu, sous des variantes multiples.

310 "Le Mecquois": un historiographe local.

311 Cf. le principe selon lequel l’intention vaut l’action. Un des hadiths les plus repris.

312 Sa mise en nourrice est le seul vrai point de contact affectif avec ce monde ; cf. partie VII.

313 Cf. partie II.

314 Ils correspondent en tous points à la définition des Hypocrites.

315 Offrande à la divinité.

316 La hiérarchie subsiste entre les deux groupes.

317 C. Gilliot, “Imaginaire social et Magazi: le ‘succès décisif” de la Mecque”, Journal Asiatique 274, 1987.

318 Attention à cette notion, toujours mal traduite, et impossible à traduire ; cf. partie X.

319 ici, on note une inflation dans la haîne: les adversaires seront trois fois punis, au lieu d’une fois.

320 Une amende, ou une taxe, pour les punir de leur comportement, ou simplement de leur attitude.

321 C’est-à-dire “combattez!”.

322 La formule est coranique.

323 A propos de la tribu de Garm. Ed. Wellhausen (Skizzen).

324 www.al-idlam.com (Le Royaume d’Arabie Saoudite . Ministère des Affaires Islamiques, des Waqfs, de l’Appel et de l’Orientation).

325 C’est encore une rupture dans le comportement traditionnel bédouin, où le chef est d’ordinaire totalement responsable des faits commis par ses subordonnés ; cf. Chabbi 1997, p. 606 ; Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 190.

326 Le dieu de Muhammad réside encore dans le bâtiment, ou est le bâtiment lui-même. Les réflexes font très vite revenir le chef vers les habitudes antiques.

327 Corpus coranique 9/14 ; on voit que les versets ont des applications immédiates, et qu’ils peuvent être très vite pris au pied de la lettre. La réaction de Khalid, exécuteur patenté, est en fait celle d’un théologien. Il interprête le texte, et inaugure d'une certaine façon la théologie musulmane (par la justification d’un massacre).

328 Voilà une belle absolution. Muhammad ne veut pas perdre ou démotiver ses meilleurs éléments. Depuis que Khalid et son sabre sont à son service, l'islam a fait de grands progrès en Arabie.

329 Cf. partie II.

330 Nouvel indice de dissension entre les troupes musulmanes, toujours prêtes à se déchirer, tandis que seul le butin peut les apaiser. Leur allure est alors celle d’une meute.

331 ASLAMA: soumission.

332 "Nous sommes sabéens".

333 Sur la suite de sa carrière, et sa mise à pied, K. Athamwa, “The appointment and dismissal of Khalid b. al Walid from the supreme command”, Arabica 41, 1994.

334 Récit d'AbuSalam.

335 Récit de Imran ibn Husayn.

336 Récit d’Usama ibn Zayd ibn Haritha.

337 Récit d’Usama ibn Zayd.

338 Ce type d’attaque matinale prend exemple sur la prise de Khaybar ; l’attaque surprise n’est pas précédée par l’appel à la conversion (DAWA).

339 "Sacré" : se dit d'une catégorie spéciale de hadiths, sensés provenir directement de la divinité.

340 Trad. A.L. de Prémare 2002.

341 Trad. A.L. de Prémare 2002.

342 Récit du père de Salim.

343 “Nous sommes sabéens!” ; le mot a ultérieurement le sens d’apostats.

344 Muhammad ne se considère pas comme coupable de cet acte.

345 AMANNA.

346 ASLAMNA.

347 IMAN.

348 ASLAMA.

349 Watt 1960, p. 91 ; H. Lammens, Encyclopédie de l'Islam2 III p. 598.

350 TALIF AL QULUB.

351 Jugement excessif: les deux batailles sont d’importante très différente.

352 Cf. Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 591-3.

353 Le butin est alors la principale motivation, ce que le livre déclare ouvertement.

354 Il semble que cette formule fait justement référence aux Hawazin, réputés pour leurs capacités militaires.

355 Le choix habituel. Les Hawazin sont encore païens.

356 Il se peut que ce passage fasse référence au comportement des troupes pendant la bataille peu de temps après.

357 Version arabe - Ed. State of New York University.

358 Les habitants de Ta’if, alliés aux Hawazin, sont attaqués juste après.

359 Cf. partie VI.

360 Faible physiquement. A son âge, on peut comprendre cet état.

361 Cf. partie VII.

362 Lit de rivière sèche.

363 En fait, ce sont des nomades, ce que les Arabes sédentaires, et Tabari, ne comprend pas.

364 Malik avait suivi une ancienne tradition, qui veut que les bédouins aient davantage de courage en combattant devant les leurs.

365 Une petite insulte entre bédouins. Le vieux a l’autorité pour lui.

366 Corpus coranique 3/122.

367 C’est un converti très récent.

368 Corpus coranique 9/25-6.

369 Ils sont une élite, la troupe la plus agressive, et ont le plus de cavaliers dans leurs rangs.

370 S. Bashear, "Riding Beasts on Divine Missions: an Examination of the Ass and Camel Traditions," Journal of Semitic Studies, 36 (1991).

371 C'est une position qui relie à Muhammad les deux ancêtres des dynasties abbassides et ommeyades. Le lien est la mule blanche, et le premier est présenté plus avantageusement que le second.

372 L’effectif est sûrement gonflé ; plus l’ennemi est nombreux, plus la victoire est glorieuse.

373 La liste n'est pas innocente: elle recense des personnalités impliquées dans les luttes de pouvoir qui suivront la mort du chef.

374 Les anciennes accusations mecquoises, vieilles de dix ans, n’ont pas changé.

375 Guerres saintes, ou expéditions, conviendrait mieux.

376 C’est ce que dit la biographie officielle, la Sira. Abu Sufyan étant à l’origine de la dynastie ommeyade, de tels propos auraient nui à sa réputation.

377 Les antagonismes ancestraux surgissent à nouveau, entre citadins et nomades.

378 La pratique est pourtant interdite par Muhammad ; ces flèches spéciales n’ont pas de pointes.

379 Cf. partie VII.

380 Son nom complet.

381 Ce type de poésie animalière rappelle un thème fréquent de la poésie anté-islamique ; cf. partie II.

382 Quand le camp de l’ennemi est pris et ses femmes agressées.

383 Corpus coranique 9/25.

384 Abbas lui même n’est pas de ce groupe ; sa conversion est très fraîche.

385 Cf. partie XIV.

386 D’ordinaire, c’est le sabre d’Ali, de forme très particulière ; cf. partie XV.

387 Ce n'est pas exact: il combat aussi à Ohod dans des conditions proches de celles-ci.

388 Il préfère utiliser son papponyme, plus prestigieux.

389 L’argument, typique de l’ancienne tradition, n’est plus efficace, le meurtrier étant emporté par le zèle de la religion.

390 Les offrandes de têtes tranchées à Muhammad sont relativement fréquentes, notamment dans le cas des assassinats ciblées. Le sujet a peu intéressé jusqu'à maintenant.

391 C’est la deuxième fois qu’une bataille est mentionnée par Muhammad dans le Coran, après Badr.

392 Allusion à la première phase de la bataille, où une partie des musulmans récemment convertis s’enfuit.

393 ANZALA.

394 SAKINA.

395 JUNUD.

396 LAM TARAWHUM. Des anges auraient donc participé à la bataille, comme à Badr; cf. partie 5 sur les anges.

397 ADHDHABA AL LAHDIN KAFARU. Comme toujours, l’infortune est expliquée théologiquement par les imperfections humaines, comme une punition. Ici sont mentionnés des détails tactiques du champ de bataille ; Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 194-5.

398 Récit d’Abu Hurayra.

399 Récit de Abdurrahman ibn al Azhar.

400 Récit d’Abbas.

401 Sur ces pratiques magiques, cf. partie II.

402 Récit de Salama.

403 Sans doute les victimes principales, celles dont les descendants pourront se prévaloir.

404 Récit de Sahl al Hanzaliyyah.

405 GHULF.

406 La doctrine musulmane permet de dénuder l’enemi mot pour le dépouiller complètement. Le récit sert de jurisprudence, dans les cas où l'on hésite à qualifier ou non une personne de musulman, notamment sur le champ de bataille.

407 La tribu principale de la région de Ta'if, près de la Mecque.

408 Récit d’ Abu Qatada.

409 Récit d’Abu Qatada.

410 Pour ne pas commettre la même erreur qu’Ohod.

411 Cf. partie VII.

412 Le nombre de gardes indique la taille du butin.

413 Le futur calife.

414 Il est remarquable que Muhammad soit contraint de corrompre avec des biens matériels ces gens, pour les attirer vers l’islam. La ferveur spirituelle ne semble pas efficace.

415 Muhammad s’entoure de poètes à sa solde, qui doivent le louer et vilipender ses adversaires.

416 C’est-à-dire: “empêche-le de se plaindre”, en lui donnant ce qu’il veut. Muhammad a un sens aiguisé des métaphores tranchantes.

417 On peut penser qu'il s'agit des Kharidjites, secte hérétique particulièrement violente et incontrôlable.

418 (Jurjani, Livre des Définitions 221). al imam. "L’imam, le chef préposé. C’est un personnage qui détient l’autorité ultime dans les domaines religieux et temporel , I. Yusuf , Encyclopaedia of the Qur'an, sv. imam.

419 C’est lui mènera la tentative de coup-d’Etat des Médinois après la mort de Muhammad. Il est déjà le représentant des ansar, ce que l’autre récit omet de mentionnner. Il est à leur tête depuis la mort d’ibn Ubayy ; cf. partie XI.

420 Simplement en les frustrant du butin: l’affectif se mêle au rentable.

421 Les reproches sonnent étrangement, du son étrange de la vérité: on pouvait croire les ansar heureux de mourir pour Allah et pour le prophète. Or, ils ont l’air d’y tenir à leur vie plus que supposé, et acceptaient le sacrifice pour des raisons plus prosaïques que prévu. De plus, c’est pour le “prophète” et non pour la divinité qu’ils ont le sentiment d’avoir combattu, comme si toutes les exhortations coraniques n’avaient pas du tout été entendues.

422 L’attachement à l’islam n’est une chose si solide. Elle se renforce naturellement par l’octroi de biens matériels. Que serait devenu l’islam du XXème siècle sans les ressources pétrolières?

423 Des discours aussi longs de Muhammad sont très rarement retranscrits par la tradition ; d’ordinaire son autorité prophétique et ce qui il présente au public comme une révélation divine suffisent à convaincre ; celui-ci revêt donc une importance toute particulière. Il se distingue aussi par un effort de qualité dans la rhétorique. Pour l’auteur véritable du texte -Tabari- c’est toujours une affaire délicate que de reconstituer la parole prophétique, en concurrence avec le message coranique.

424 Muhammad fait une distinction claire entre les deux. La Mecque est au final une ville sujette, malgré son prestige.

425 L’Hégire.

426 “C’est bien” ; cf. AMEN en araméen.

427 www.al-idlam.com (Le Royaume d’Arabie Saoudite . Ministère des Affaires Islamiques, des Waqfs, de l’Appel et de l’Orientation).

428 La prise de la Mecque aurait-elle été plus sanglante que décrit auparavant?

429 Eponyme de la dynastie ommeyade; M. A. J. Beg, "Mu`âwiya: a Critical Survey,"Islamic Culture 51, 1977; E. L. Petersen, "'Ali and Mu'âwiyah:The Rise of the Umayyad Caliphate," Acta Orientalia 23, 1959; Gerald R. Hawting, The First Dynasty of Islam. The Umayyad Caliphate AD 661-750, Carbondale, 1987.

430 Le chef des Hawazin est gracié, puis stipendié, alors que le vieux Durayd a été exécuté.

431 L’homme persiste à réclamer la propriété des biens, et veut se faire rembourser.

432 Chaî ne de transmission.

433 L’expression très crue vise Abu Sufyan et son fils.

434 Récit de Ruwayfi ibn Thabit al Ansari.

435 C’est-à-dire d’avoir une relation sexuelle avec une femme enceinte.

436 Il faut attendre un peu pour assouvir ses pulsions.

437 Récit de AbuSayd al Khudri.

438 Corpus coranique 4/24 ; la formule désignerait celles qui sont asservies: on a donc le droit de les violer, en toute circonstance.

439 Muhammad veille à la sexualité de ses troupes en tout point. Il avait dit le contraire au cours du raid des Banu Mustaliq ; cf. partie XIII.

440 C’est une des applications de la notion mystérieuse de la FITRA, “nature”: elle pemet de convertir instantanément les enfants capturés ; sur la notion, Cf. G. Bobillot, La conception originelle (fitra), ses interprétations et fonctions chez les penseurs musulmans, Le Caire, (IFAO) 2002.

441 Des Turcs établis en Russie méridionale, souvent convertis au judaïsme. L'allusion est clairement anachronique.

442 Rappel des anciennes prétentions des rois lakhmides ;cf. partie VI.

443 Dans ce cas-ci, Muhammad ne se sent pas assez d’autorité pour exiger la restitution des biens partagés: là encore, l’économie de prédation prime sur la doctrine islamique.

444 Une démonstration d’irrespect envers le chef suprême, sceau des prophètes etc.... Mais il n’est à ce moment qu’un chef de bande, en difficulté face à ses troupes qui se mutinent. Sous la pression, il cède aussi sa part personnel. Les grands hommes ont leurs petits moments.

445 Région côtière de l'Arabie occidentale.

446 Récit de Marwan ibn al Hakam.

447 NAQIB.

448 Récit de Marwan ibn al Hakam et al Miswar ibn Makhrama.

449 Il s’agit des biens non-distribués dans le butin.

450 ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah (ed. Guillaume p.XLVI).

451 Le modèle social imposé par Muhammad n’est guère attirant pour les femmes nomades.

452 Une retraite pieuse.

453 Le choix proposé est particulièrement pervers: les vaincus choisissent bien entendu leurs familles, mais la perte de leur troupeaux met en danger l’ensemble de leur communauté.

454 Publiée à Paris en 1697.

455 Cf. partie VI.

456 Long commentaire sur les machines de guerres par M. Hamidullah 1953, p. 37-8 et Gaudefroy-Demonbynes 1957, p. 197, sur les différentes variations de versions sur les origines des armes.

457 Gérasa, à la frontière byzantine.

458 Il avait déjà utilisé le vandalisme contre les juifs des Banu Nadir.

459 Ta’if est connue pour son vignoble.

460 Sira, ed. Guillaume.

461 MANJANIQ, du grec manganikon.

462 Gérasa.

463 AL ARRADAT.

464 AL MANJANIQ.

465 AL DABBABAT.

466 Les connaissances en balistique contre l'acquisition de l'islam : le marché est fort équitable.

467 Une technique divinatoire.

468 Pourtant,il avait été largement gratifié par Muhammad: cela n’a pas suffi à l’attacher solidement à l’islam.

469 DABBAD en arabe: une machine de siège faite de bois et de peau, pour approcher la muraille, d’où l’assimilation à la “tortue”..

470 Elles s’enflamment moins facilement que le bois.

471 Dans la tradition populaire, le borgne a toujours mauvaise réputation ; cf. le DAJJAL.

472 JIZYA ; D.C. Dennett, Conversion and the poll-tax in early islam, Cambridge, Mass. 1950 ; P. Hardy, Encyclopédie de l'Islam2 II, p. 573-81.

473 Récit d’ ibn Amir.

474 Il aime avoir raison ; même au détriment de ses troupes.

475 Ta’if faisait office de villégiature pour les riches Mecquois: le climat y était meilleur.

476 La Maitresse ; le nom “seigneur” au féminin ; cf. le Rabb de la Ka’ba (partie IV).

477 Reconstitution de Hamidullah 1979, p. 461.

478 ZAKAT.

479 JIHAD.

480 Ta’if était réputé pour son vignoble.

481 Reconstitution de Hamidullah, Documents n° 181.

482 Esclave.

483 Décapité, selon une autre source. Cela revient au même.

484 Encore cette fascination étrange pour le corps prophétique...

485 La remarque est assez habituelle: le spectacle de l'intimité prophétique semble provoquer une émotion suprême, proche de la fièvre érotique ; sur les tensions homosexuelles dues à l'admiration du personnage de Muhammad, cf. partie IX.

486 Corpus coranique 49/17.

487 TAYAYE, TAYEYE.

488 C’est une façon déguisée de dire qu’elle était devenue chef(fe) dans la tribu, choses incompréhensible pour les musulmans.

489 Le fait semble banal, à ce moment de l'aventure mahométane.

490 Il est “souillé” d’idolâtrie, selon l’expression consacrée.

491 Avec le résultat des pillages, ils ne sont pas pauvres: mais il y a toujours un problème de rapport fragile entre les ressources volées et les nouveaux convertis, qui doivent aussi être satisfaits.

492 La Perse.

493 Khalid est un violent, à la frontière de la psychopathie ; le contre-emploi ne lui réussit pas.

494 Il existe une concurrence certaine entre les jeunes compagnons de Muhammad qui les conduit à une certaine surenchère dans le zèle pour le combat et le prosélytisme.

495 Les inscriptions du Yémen indiquent que le statut de la femme y est relativement correct ; cf. partie I ; ici, l’anecdote est particulièrement répugnante, pour illustrer la soumission nouvelle de la femme.