Partie XIX



DE LA MISSION
A
L’EMPIRE


(631-632)


Quand la paix règne, l'homme belliqueux
se fait la guerre à lui-même.
Nietzsche, Par de-là le Bien et le Mal 76.





“La terre m’a été assignée comme oratoire
1 et pour moi,
son sol est pur ;
aussi, en quelque endroit qu’il soit à l’heure de la prière,
le fidèle de mon peuple
2 doit prier”
Muhammad ibn Abdallah3


§ 634. — Présentation.
L'histoire de ce révolutionaire social, religieux et politique touche à sa fin: la domination politique sur l'Arabie semble acquise. Des expéditions sont lancées au-delà du territoire. Tout devient plus lourd, pénible, complexe, administratif: c'est un empire, une puissance politique qu'il faut gérer. La part strictement religieuse est très limitée.
C'est à ce moment que le personnage s'efface, laissant son entourage dans l'embarras le plus extrême, sans aucune directive précise. Aussitôt, l'édifice est ébranlé, et la vraie nature, strictement politique et personnelle de l'aventure apparaît finalement.
Nous approchons de la fin de la phase primitive du phénomène islamique.






Chapitre 97


“Les gens du Dimanche”

Premiers débats,
premiers combats contre les chrétiens



§ 635. — Présentation.

L’expansion continue de la puissance musulmane l’ entrane vers des contacts de plus en plus fréquents avec les chrétiens, dans et hors d’Arabie, c’est-à-dire au contact de l’empire byzantin4 . Ils sont d’ordre théologique, mais rarement, juridico-diplomatique, souvent et militaire, toujours. Les deux moments-clés sont la bataille de Tabuk et la soumission de Najran. Mais clairement, à la fin du règne de Muhammad, la Syrie chrétienne est la cible essentielle5 , repérée par Muhammad et ses compagnons depuis leurs voyages commerciaux et réputée pour sa richesse6 .
Avant d’ouvrir le chapitre des faits historiques, un petit rappel de l’évolution doctrinale de l’islam, sous la direction de Muhammad, est nécessaire. Au départ, les chrétiens sont considérés comme un appui, dans l’affrontement contre les juifs. Ils sont ensuite rapprochés de ceux-ci dans la même opprobre.
Il n'est pas inutile de rappeler que les informations les plus anciennes dont l'historien dispose avec certitude sont en réalité d'origine chrétienne7 .


§ 636. — Genèse de l’antichristianisme.

Il est utile, à ce stade ultime de l’aventure mohamédienne, de s’arrêter sur les textes qui encadrent la conception que les premiers musulmans se font des chrétiens8 . Pour autant, personne ne doit oublier que l’islam est alors une pratique bien plus qu’une doctrine. Ici, l’évolution, d’une relative faveur à une opposition féroce, est clairement visible9.

(Corpus coranique d'Othman 98/5).
...les pires des créatures...

1. — La faveur des chrétiens.

Il faut remarquer que cette faveur est présentée au détriment des juifs, d’une part, et qu’elle est à sens unique, d’autre part: les chrétiens sont amicaux, mais il n’est rien dit de l’attitude musulmane en retour. Enfin, l'affection, déjà bien ambigüe n'est pas éternelle et elle s'efface au moment des premières conquêtes.10

(Corpus coranique d'Othman 5/85-7).11

Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les juifs, et les associateurs, et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient, par l’amitié, sont ceux qui disent:
-Nous sommes chrétiens.
C’est que parmi ceux-ci, se trouvent des prêtres et des moines12 et que ces gens ne s’enflent pas d’orgueil.

(Corpus coranique d'Othman 5/70).
S’ils avaient traduits la Torah, l’Evangile13 et ce qu’on a fait descendre vers eux14 , de leur seigneur, ils auraient mangé ce qui est au-dessus d’eux et sous leurs pieds.
Parmi eux est une communauté allant sans dévier15 .
Mais pour beaucoup, combien mauvais est ce qu’ils font16.


2. — Les reproches doctrinaux.


Contre les chrétiens, rarement rencontrés, les reproches se limitent à leur doctrine, qui n'est pas forcément bien connue, et qui n'est pas unitaire. Les malentendus et contresens abondent donc. On a même parfois l'impression qu'il s'agit en fait d'un débat entre chrétiens de tendances divergentes.

(Corpus coranique d'Othman 5/76-7)
A quiconque donnera des associés à Allah, Allah interdit le jardin.
Celui-là aura le feu comme refuge.
Aux injustes, point d’auxiliaires.
Impies ont été ceux qui ont dit: Allah est la troisième d’une triade17 .
Il n’est de divinité qu’une divinité unique.
S’ils ne cessent point leur dit, ceux qui parmi eux sont impies seront touchés par un tourment cruel.
(Corpus coranique d'Othman 5/56)
Ô vous qui croyez!
Ne prenez pont les juifs et les chrétiens comme affiliés18 : ils sont affiliés les uns aux autres19 .
Quiconque, parmi vous les prendra comme affiliés sera des leurs.
Allah ne conduit point le peuple des injustes.

3. — Le début de la colère.

Il est difficile de dater le début de l'animosité de Muhammad envers les chrétiens, car les relations ont été furtives entre les musulmans et ces derniers. De plus, l'évolution du discours anti-chrétien a sans doute été reconstruit à l'époque des véritables affrontements avec l'empire byzantin. Il y a donc sans doute beaucoup de fiction dans ces discours et ces événements, mais ceux-ci fourniront plus tard aux musulmans de fondement à leurs politiques.

(Corpus coranique d'Othman 1).
20
Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieux.
Louange à Allah, Seigneur des Mondes21 ,
Bienfaiteur miséricordieux, souverain du jour du jugement!
C'est toi que nous adorons, toi dont nous demandons l'aide!
Conduis-nous dans la voie droite, la voie de ceux à qui tu as donnés tes bienfaits qui ne sont ni l'objet de ton courroux, ni les égarés.

Commentaire de Tabari.
(Tabari, Tafsir 1,4,2-3).

On nous demandera peut-être: qui sont ceux qui sont égarés? et au sujet desquels Allah nous a ordonnés de lui demander la protection contre l’égarement?
On dit qu’il s’agit de ceux auxquels Allah s’adresse dans le verset suivant22 .
Il est légitime de citer ce verset pour décrire ceux qui se sont égarés car de nombreux hadiths témoignent que le prophète a dit au sujet du dernier verset de la Fatiha23:
-Les égarés sont les chrétiens.

(Corpus coranique d'Othman 5/77).

Ne suivez point les opinions pernicieuses de gens qui, antérieurement, ont été égarés, qui en ont égaré beaucoup et que se sont égarés loin du chemin uni24.


4. — Pratique de l’anti-christianisme.

Elle prend de multiples allures: de l’invasion militaire à la destruction des symboles. Muhammad semble donner l'exemple, et justifie toutes les injustices et brutalités.
La question du symbole de la croix25 est intéressant: si l'on s'en tient aux indices matériels (monnaies26 , inscriptions27 ), il semble que les Arabes, à partir de la mort de Muhammad et durant au moins un siècle, au moment de leurs grandes conquêtes, se soient parfaitement accoutumés à la croix. En revanche, deux siècles plus tard, la Tradition évoque une haîne féroce pour ce même symbole.


(Bukhari, Sahih 64/53, 7).
28
Mujahid ayant dit à ibn Omar:
-Je veux émigrer en Syrie.
Ce dernier lui répondit:
-Il n’y a plus d’émigration dorénavant, il ne reste que le jihad. Va donc en Syrie, expose ta vie si tu trouves à le faire pour le jihad. Sinon, reviens.

Le témoignage d’un chroniqueur chrétien.
(Théophile d’Edesse, Chronicon 1234, p. 178-179).29
Lorsqu’il eut atteint l’âge et la taille de jeune homme, il se mit, à partir de Yathrib sa ville, à aller et venir vers la Palestine pour le commerce, pour acheter et vendre. S’étant habitué à la région, il fut attiré par la religion de l’unique Allah et il revint chez les gens de sa tribu. Il leur proposa cette croyance. Il en persuada un petit nombre qui adhérèrent à lui. De plus, il leur vantait l’excellence de la terre de Palestine, leur disant:
-C’est à cause de la croyance à l’unique Allah que leur a été donnée cette terre si bonne et si fertile.
Et il ajoutait:
-Si vous m’écoute, Allah vous donnera à vous aussi une bonne terre où coulent le lait et le miel30 .
Comme il voulait renforcer sa parole, il dirigea une troupe de ceux qui avaient adhéré à lui, et il commença à monter vers la terre de Palestine, attaquant, ravageant et pillant. Ils revinrent chargés31 sans avoir subi de dommages, et ils ne furent pas frustrés de ce qu’ils leur avait promis. Dès lors, mus par l’ardeur de posséder, ils s’en firent une habitude. Ils se mirent à monter de nouveau pour piller, et à revenir. Ceux qui n’avaient pas encore adhéré à lui virent que ceux qui s’étaient soumis à lui jouissaient d’abondantes richesses, et ils furent entraînés à se soumettre à lui sans résistance. Ensuite, comme les hommes qui le suivaient étaient devenus une troupe très nombreuse, il ne les conduisit plus (lui-même) pour piller et il resta à Yathrib32, dans les honneurs.

(Bukhari, Sahih 77/90).
Aïsha a rapporté que le prophète ne laissait dans sa maison aucune chose portant une croix, mais il la détruisait plutôt33 .

§ 637. — La “drôle de bataille” de Tabuk.

Cette deuxième tentative contre l’empire byzantin34 , hors des limites de l’Arabie confirme les ambitions de la nouvelle puissance. L’attaque est conçue comme la revanche de l’échec de Muta et de gros moyens sont mis en oeuvre, mais dans une ambiance de découragement général et presque de sédition du côté des Médinois. Il faut ajouter au tableau une fin d’été caniculaire et les récoltes à faire dans les vergers, qui achèvent d’épuiser les vélléités des guerriers pillards de l’armée de Muhammad.
Un gros paquet de longs versets coraniques tente de faire surmonter ces mauvais moments que connaissent toutes les troupes des conquérants ambitieux: dans le livre, il est longuement question des exemptions de tel ou tel groupe peu disposé à risquer sa vie hors de l’Arabie35 , dans une armée trop grande et démotivée36 .
L’affaire tourne à une démonstration de force, qui contraint quelques seigneurs chrétiens à la soumission37. Mais la tradition tente de faire briller une tournée qui brasse plus de vent que de succès.


1. — Tabuk de Syrie.

Tabuk est clairement hors de l'Arabie, et se situe selon les textes en Syrie. Le point n'a guère d'importance, en dehors du fait qu'il fait partie d'une ligne de défense byzantine.

(Abulfeda, Géographie 87).38

Tabuk se trouve dans le troisème climat, aux environs des campagnes de Syrie. Sa situation est entre al Hijr39 et la Syrie. On y remarque une source et des palmiers. C’est là, dit-on, que demeuraient les hommes d’Ayka, auxquels Allah a envoyé Shoayb40 .

(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 31-2).41
Tabuk est situé entre Hidjr et la frontière de la Syrie, à quatre .journées de marche, soit environ à mi-chemin de la Syrie. C'est une forteresse, avec une source d'eau douce, une palmeraie, et un mur qu'on rattache au prophète. C'est là qu'étaient les hommes du Fourré, à qui Allah envoya le prophète Shu'aib, qui n'appartient pas à leur tribu, et venait de Madyan.

(ibn Asakir, Tarikh Dimashq).42
Abu al Bahili a dit:
-J’ai entendu parler l’apôtre d'Allah qui a dit: en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et m’a dit:
-Ô Muhammad! J’ai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain43.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-11).44
La ville de Tabuk était située aux confins de la Syrie ; les habitants étaient Grecs et chrétiens45 . Le prophète voulut les attaquer, pour prendre une revanche de la défaite de son armée à Muta et de la mort de Zayd46 et de Jafar.

La valeur des troupes "byzantines".47
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 901-2).48
Un groupe de munafiqun... qui accompagnaient l'apôtre, alors qu'il partait pour Tabuk49, disaient les uns aux autres:
-Penses-tu que combattre contre les Byzantins, c'est un peu comme une guerre entre Arabes? Par Allah, nous avons déjà l'impression de te voir enchaînés...


2. — “L’expédition pénible”.

Elle est dite ainsi à cause de la chaleur, de la pénurie et globalement de la lassitude. Du fait des conquêtes, l’armée musulmane devient pléthorique, et elle perd de sa rapidité brutale qui avait fait sa force des débuts.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 893).

L’apôtre d'Allah resta à Médine de dhul hijja à rajab50 , puis donna des ordres pour aller attaquer les Byzantins51. L’apôtre d'Allah donna l’ordre à ses compagnons de les attaquer, à un moment où les hommes étaient accablés: la chaleur était écrasante et la sécheresse est là.

La soif.
(ibn Kathir, Tafsir 9).52

La bataille de Tabuk.
... Ils sont allés vers As Sham pendant l’année de la bataille de Tabuk au moment où la chaleur était intense. Allah sait comme les choses étaient difficiles, et ils ont supporté une grande souffrance. On dit que deux hommes se partageaient la même datte. Tour à tour, ils suçaient la datte et buvaient de l’eau, puis la donnaient à un autre homme.
(...)
Nous avons campé à un endroit où nous avons été si durement touché par la soif que nous pensions que nos cous étaient coupés.
(...)
Un autre voulut tuer son chameau, découper ses intestins et boire leur contenu...


(Bukhari, Sahih 37/5).

Je fis avec le prophète l’expédition dite “Expédition Pénible”, et ce fut pour moi un de mes actes les plus méritoires. J’avais avec moi un mercenaire qui engagea le combat avec un des ennemis. L’un des combattants mordit le doigt de son adversaire et celui-ci, en le retirant, arracha et fit tomber une des incisives de son agresseur53.
Ce dernier se rendit auprès du prophète qui déclara qu’il n’y avait pas lieu à composition en disant:
-Croyais-tu donc qu’il mettait son doigt dans ta bouche pour que tu le mordes?54 ...

(Bukhari, Sahih 58/15).

Awf ibn Malik a dit: Je me rendis auprès du prophète pendant l'expédition de Tabuk, et je trouvai sous une tente de peau.
-Compte bien sept signes55 , me dit-il, qui apparaîtront avant l'heure du jugement ; d'abord ma mort, puis la conquête de Jérusalem56 ; après, une épidémie qui vous frappera comme la clavelée57 frappe les brebis ; puis une surabondance des richesses telle qu'un don de cent dinars laissera celui qui l'aura reçu plein de dégoût, puis une sédition qui entrera dans les tentes de tous les Arabes58 ; puis enfin, après une trêve conclue avec eux59 , une trahison des Banu Asfar60, qui s'avanceront vers vous en quatre-vingts cohortes de chacune douze mille hommes sous quatre-vingts étendards.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-11).

Les musulmans avaient une grande répugnance pour cette expédition, à cause de la longueur de la route, des grandes forces de l'ennemi, et parce que, lors de la première expédition contre les Grecs, un grand nombre de musulmans avaient trouvé la mort61 . En outre, il y avait, cette année, une disette ; il régnait de grandes chaleurs ; il y avait peu de provisions, et, en attendant la nouvelle moisson, les hommes étaient réduits à la misère. On était au moment de cueillir les dattes et les fruits. Ordinairement, quand le prophète projetait une expédition, il n'apprenait pas à l'armée où il allait marcher, afin de pouvoir fondre sur l'ennemi inopinément62 . Mais cette fois, à cause de la durée de la campagne, il en fit connaître le but aux soldats afin qu'ils pussent se préparer. Ceux-ci trouvèrent cette expédition très pénible et l'appelèrent la campagne de la détresse. C'est alors qu'Allah révéla le verset suivant :
Marchez, vous tous, chargés et non chargés, etc. 63 ,
c'est-à-dire riches et pauvres ; puis cet autre verset
Si vous ne marchez pas, Allah vous exterminera et vous remplacera par un autre peuple, etc. 64 .
Quelques-uns des munafiqun se montrèrent et dirent :
-Ne marchez pas par ces chaleurs.
Il leur fut répondu par ce verset :
Dis : La chaleur du feu de l'enfer est encore plus ardente. 65
Le prophète ayant ordonné aux riches de venir en aide aux pauvres pour leur équipement, chacun donna selon ses moyens ; mais Othman ibn Affan, surpassa tous les autres en contribuant de sa fortune aux dépenses de cette expédition66 . Lorsque tous les musulmans, riches et pauvres, valides et infirmes, furent sortis de la ville, le prophète les passa en revue, et renvoya les infirmes, les aveugles et ceux qui étaient absolument sans ressources. Les versets suivants furent révélés à leur intention:
Les infirmes, les malades et ceux qui ne peuvent pas s'équiper sont exemptés de l'obligation de partir... de même que ceux qui sont venus pour te demander des montures et qui, lorsque tu leur dis que tu ne peux pas leur en donner, s'en retournent les yeux remplis de larmes, etc.67
.. Plusieurs des Banu Ghatafan vinrent s'excuser, et demandèrent la permission de rester. Le prophète la leur accorda ; puis le verset suivant fut révélé :
Plusieurs des Bédouins sont venus s'excuser,
etc.68 ;
ainsi que cet autre :
Que Allah te pardonne! pourquoi leur as-tu accordé la permission? Tu aurais du les obliger à partir, car tu aurais pu ainsi reconnaitre ceux qui croient sincèrement en toi, etc. 69
Enfin Abdallah ibn Obayy70 , à la tête de plusieurs des munafiqun71, demanda également à être exempté, en déclarant par serment que, s'il avait pu, il aurait pris part à l'expédition. Il lui fut répondu par le verset suivant du Coran:
Certes, ils jurent par Allah, en disant: Si nous avions pu, nous serions partis avec vous, etc. 72.
La sourate du Repentir73 qui renferme tous ces versets est la première de celles qui furent révélées à l'occasion de cette expédition.

(Tafsir al Jalalayn 57).
Croyez en Allah et en son messager, et dépensez de ce dont Il vous a donné la lieutenance...”: Persévérez dans votre foi en Allah et en son messager, et dépensez pour la cause d'Allah (ou en aumônes) ce dont iI vous a fait les dispensateurs, et iI vous le compensera. Ceci fut révélé à l'occasion de l'expédition de Tabuk dite "l'expédition de la difficulté". Ceux qui, parmi vous, ont cru, faisant allusion à Othman ibn Affan recevront une récompense incommensurable.


3. — La décision du départ.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1683).74
L’apôtre d'Allah partait rarement en expédition sans donner une fausse destination. L’expédition de Tabuk est une exception parce qu’il l’expliqua au peuple. C’était à cause de la longue distance, de la saison pénible et de la supériorité numérique de l’ennemi. Il voulait que les gens soient bien préparés, alors il leur dit de se préparer et que l’objectif était les Byzantins. Ils se préparèrent en dépit de leur mauvaise volonté.

Révélations vers Tabuk.
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).75

Voyez, par exemple, ce qu’on raconte au sujet de la manière dont la sourate de la Renonciation (la IXe) fut révélée, pendant l’expédition de Tabuk . Il la reçut, en totalité ou en grande partie, pendant qu’il voyageait, monté sur sa chamelle, après avoir quitté la Mecque.

(ibn Kathir, Tafsir 9).
Allah ordonne la mobilisation en masse avec l’envoyé d’Allah, pour la bataille de Tabuk, pour combattre l’incroyance, les gens du Livre, les Romains, les ennemis d’Allah. Allah a ordonné que les croyants marchent avec l’envoyé d’Allah sans considérer s’ils se sentent capables, paresseux, à l’aise ou en difficulté.

(Ibn Hanbal , Musnad 1600).
Quand l’envoyé d' Allah a quitté Médine pour Tabuk, il a placé Ali comme vice-régent à Médine. Ali a demandé au prophète:
-Tu fais de moi ton vice-régent?
Le prophète répondit:
-N’es tu pas content que ta position face à moi soit celle d’Aaron face Moïse, sauf qu’il n’y a pas de prophète après moi.

(Bukhari, Sahih 56/103,1-4).

Le plus souvent, l’envoyé d'Allah dissimulait le but véritable d’une expédition projetée et laissait croire à une autre. mais, lorsque ce fut l’expédition de Tabuk, comme il faisait une chaleur très forte, qu’il y avait une route longue et en pays désert, que les ennemis étaient nombreux, il dévoila aux musulmans ce dont il s’agisait pour eux, afin qu’ils fissent tous les préparatifs nécessaires à la rencontre de l’ennemi ; et il leur annonça le but véritable de l’expédition.

D’après Kab ibn Malik, l’envoyé d'Allah se mit en route le jeudi, pour l’expédition de Tabuk ; il choisissait de préférence le jeudi comme jour de départ.

(Bukhari, Sahih 52/ 199).76
Le prophète fit partir l’expédition de Tabuk un jeudi parce qu’il avait l’habitude de les faire partir un jeudi.77

Difficultés logistiques.
(Bukhari, Sahih 64/78, 1).

Abu Musa a dit: Mes compagnons m'avaient dépêché auprès de l'envoyé d'Allah pour lui demander des moyens de transport lors de l'expédition terrible, ou expédition de Tabuk, dont ils faisaient partie.
-Ô envoyé d'Allah, lui dis-je, mes compagnons m’ont envoyé vers toi te demander des moyens de transport.
-Par Allah, me répondit-il, je ne vous en donnerai aucun.
Sans le savoir je m'étais adressé à lui au moment où il était en colère, et je m'en retournai attristé de son refus et redoutant qu'il n'eut comme un ressentiment contre moi. De retour auprès de mes compagnons, je les avisai de la réponse que m'avait faite le prophète. Il y avait à peine un instant que j'étais revenu que j'entendis Bilal crier78 :
-Hé! Abdallah ibn Qays!
Je répondis à son appel et il me dit :
-Va vers l'envoyé d'Allah qui. t'appelle.
Aussitôt que je fus près de lui, il me dit :
-Prends cette paire de chameaux ; prends cette paire de chameaux.
En tout six chameaux qu'il avait achetés alors de Sad.
Puis il ajouta:
-Emmène ces chameaux à tes compagnons et dis-leur: Allah -ou l'envoyé d'Allah - vous ordonne ces moyens de transport, servez-vous en comme montures.
J'emmenai les chameaux et dis à mes compagnons:
-Le prophète vous donne ces moyens de transport ; mais, par Allah, je ne vous laisserai pas eu repos, tant que quelques-uns d'entre vous ne seront pas venus avec moi vers ceux qui ont entendu les paroles du prophète, afin que vous ne supposiez pas que je vous rapporte des paroles qui n'auraient pas été prononcées par l’envoyé d'Allah
-Nous sommes sûrs de ta sincérité, cependant nous ferons ce que tu nous demandes, répondirent-ils.
Abu Musa emmena donc quelques-uns de ses compagnons ; ils trouvèrent ceux qui avaient entendu les paroles de l’envoyé d'Allah, son refus d’abord, sa concession ensuite, et qui leur répétèrent exactement ce que leur avait rapporté Abu Musa.


4. — Les dissensions.

La puissance musulmane a grandi trop vite, elle n’est unie que par l’appât du gain, le charisme d’un chef, et des malentendus. Tabuk est l’occasion d’observer un début de désagrégation, et les troupes trainent des pieds, parmi lesquelles de vrais réfractaires, qualifiés rapidement de "pleureurs"79 . Le corpus coranique en garde les traces évidentes. Comme d'habitude, il faut garder à l'esprit que ce sont peut-être ces quelques allusions dans le texte qui ont suscité tout ce foisonnement littéraire à propos de Tabuk.

Désagrégation de l’armée.
(Bukhari, Hadith 56/35).

Anas a dit: Nous revenions de l'expédition de Tabuk avec le prophète - ou suivant un autre isnad - nous étions en expédition, lorsque le prophète dit :
-Il y a des gens demeurés derrière nous à Médine, qui cependant nous ont accompagnés dans tous les défilés, dans toutes les vallées que nous avons parcourus ; ce sont ceux qu'une excuse valable a retenus loin de notre expédition.

Manoeuvres des munafiqun.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-7).

Ce fut au milieu de ces difficultés que le prophète donna à l'armée l'ordre du départ. Abdallah, ibn Obayy, et les munafiqun le suivirent jusqu'à la première étape ; alors ils s'en retournèrent80 . Trois musulmans qui n'étaient point munafiqun rentrèrent également à Médine sans permission, savoir: Kab ibn Malik, et père d'Obayy ; Morara ibn Rabia, et Hilal ibn Omayya81 . C'est de ceux-ci qu'il est dit dans le Coran :
Il pardonna aussi à ces trois qui étaient restés en arrière. La terre, malgré son étendue, leur devint étroite, etc. 82
Le prophète avait laissé, comme son lieutenant à Médine, Siba ibn Orfota, de la tribu des Ghifar, et avait ordonné à Ali ibn Abu Talib, de rester également pour veiller sur sa maison et sa famille83 . Il était parvenu à la première étape, lorsque les munafiqun répandirent à Médine le bruit qu'il n'avait pas emmené Ali, parce qu'il l'avait en aversion. Ali prit ses armes et se mit en route ; le lendemain, il rejoignit le prophète et l'informa des discours que tenaient les munafiqun. Le prophète lui dit:
-Ils mentent, ô Ali! car je te considère comme un autre moi-même84, et je t'ai confié ma maison et ma famille. Tu es pour moi ce qu' Aaron était à Moïse. S'il était possible qu'il y eut un prophète après moi, je suis certain que ce serait toi.
Puis il le fit retourner et renvoya avec lui les infirmes et les pauvres qu'il ne voulait pas emmener ; les munafiqun partirent de leur propre mouvement. Le prophète leva son camp. A la station suivante, ceux qui avaient hésité à le suivre le rejoignirent, et Allah les loua en ces termes:
Allah pardonne au prophète, aux muhajir, aux ansar et à tous ceux qui l'ont suivi au moment de la détresse, etc. 85 .
Un musulman, nommé Abu Khaythama, était resté à Médine. Le troisième jour après le départ de l'armée, il alla, vers le milieu du jour, pendant la chaleur, dans son jardin, que ses deux femmes avaient arrosé et où elles avaient préparé un lieu de repos pour la sieste ; elles avaient mis des nattes et des coussins. Abu Khaythama vint s'y reposer. Puis, pensant au prophète, il dit en lui-même:
-Je me réjouis ici dans un lieu frais et délicieux, tandis que le prophète souffre la chaleur et la fatigue ; cela n'est pas juste.
Il se leva aussitôt et se dirigea vers le prophète jusqu'à ce qu'il l'eut rejoint. Le prophète lui donna des éloges.
Cependant, il y avait plusieurs munafiqun dans l'armée du prophète. Arrivé à une certaine station, on ne trouva pas d'eau. Les munafiqun dirent :
-Voilà maintenant qu'il va périr, lui et tous ses compagnons.
Allah amena un nuage, et il tomba une si grande quantité de pluie, que toute l'armée put se désaltérer. A un autre campement, l'un des chameaux du prophète s'échappa du lieu de paturage, et l'on ne put le retrouver. Le prophète en éprouva du chagrin. Les munafiqun dirent :
-Si Muhammad est un prophète, il doit savoir où se trouve ce chameau.86
Ces paroles furent rapportées au prophète, qui dit:
-Je ne sais que ce qu'Allah me fait connaître ; maintenant mon chameau se trouve dans telle vallée, et sa bride s'est embarrassée dans un arbre ; allez le chercher. On s'y rendit, on trouva le chameau, ainsi que le prophète l'avait dit, et on le ramena. Abu Dhurr, des Banu Ghifar, était resté en arrière, à Médine. On le dit au prophète, qui répondit:
-S'il y a de bons sentiments en lui, Allah l'amènera.
Le lendemain, en effet, il arriva à pied, et dit :
-Apôtre d'Allah, mon chameau est resté en route, et je viens à pied.
Certains munafiqun disaient encore:
-Muhammad croit qu'on peut attaquer les Grecs comme les Arabes ; mais il n'y a pas analogie entre ceux-là et les Arabes. Allah fit connaître au prophète ces propos. Les munafiqun, ne pouvant les nier, prétendaient avoir plaisanté. Le verset suivant fut révélé:
Si tu les interroges, ils répondent : Nous plaisantions en causant. Dis : Raillez-vous Allah, ses signes et son apôtre? 87

(Corpus coranique d'Othman 9/116-121).
Il n'est point d'Allah d'égarer un peuple après qu'il l'a dirigé jusqu'à lui et qu'il lui a montré ce envers quoi il doit être pieux.
Allah, sur toute chose, est omniscient.
A Allah la royauté des cieux et de la terre.
Il fait vivre et fait mourir.
Vous n'avez, en dehors d'Allah, nul patron et nul auxiliaire.
Certes, Allah est revenu de sa rigueur contre le prophète, les muhajirun et les ansar qui l'ont suivi à l'heure de la gêne.
Certes, il est revenu de sa rigueur contre eux envers eux, il est indulgent et miséricordieux -, après que les cœurs d'une fraction d'entre eux ont failli obliquer88 .
Il est revenu de sa rigueur contre les trois croyants qui furent laissés à l’arrière89 , en sorte que la terre, en dépit de son étendue, leur parut trop étroite, en sorte que leurs âmes furent à l’angoisse et qu’ils pensèrent qu’ il n’existait aucun refuge contre la rigueur d’Allah en dehors de lui-même.
Allah est revenu de sa rigueur afin qu’ils reviennent de leur faute90 .
Allah est le révocateur, le miséricordieux.
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques !
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des bédouins qui sont autour d'eux, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une oeuvre pie ne soit inscrite à leur avoir : Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.

(ibn Kathir, Tafsir 9).
Les hypocrites se réjouissent parce qu’ils restent en arrière pendant la bataille de Tabuk.
Allah menace les hypocrites qui se sont repliés loin de la bataille de Tabuk, alors que les compagnons du messager d’Allah (y allaient).
...
De l’eau brûlante sera versée sur leurs têtes. Avec cela, ce qui est dans leurs intestins se mettra à fondre, ainsi que leurs peaux.91
...
On leur dira alors: “goûtez le tourmant d’être brûlé!”92



(Corpus coranique d'Othman 9/82-97).
Ceux laissés en arrière se sont réjouis de leur exemption, par opposition à l'apôtre d'Allah, et ont éprouvé répulsion à mener combat de leurs biens93 et de leurs personnes94 , dans le chemin d'Allah.
Ils ont dit :
-Ne vous lancez point en campagne durant l'ardeur de l'été !
Réponds-leur :
-Le feu de la Géhenne sera plus ardent!
Ah! s'ils se trouvaient comprendre!95
Qu'ils rient un peu sur cette terre!
Qu'ils pleurent beaucoup dans l'au-delà, ce sera en récompense de ce qu'ils se seront acquis!
Si Allah te remet en présence d'une partie de ces gens et s'ils te demandent permission de partir en campagne, réponds-leur:
-Vous ne partirez plus jamais avec moi en campagne et vous ne combattrez plus aucun ennemi avec moi! Vous avez en effet trouvé l'exemption agréable, une première fois.
Abstenez-vous donc avec ceux restés en arrière96 ! jamais tu ne prieras sur celui d'entre eux qui sera mort, et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe97 .
Ces gens sont infidèles envers Allah et son apôtre, et ils meurent pervers.
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait !
Allah veut seulement, de leur fait, les tourmenter en la vie immédiate et il veut que leurs ames s'exhalent alors qu'ils sont infidèles.
Quand descend une sourate ordonnant: croyez en Allah et menez combat avec son apôtre! , ceux qui, parmi eux, détiennent le prestige te demandent la permission de s'abstenir et disent: -Laisse-nous avec les exemptés!
Ils ont été satisfaits d'être avec ceux restés en arrière98 .
Un sceau99 a été mis sur leurs cœurs et ils ne comprennent point.
Que l'apôtre et ceux qui croient avec lui mènent néanmoins combat de leurs biens et de leurs personnes !
A eux les biens de ce monde.
Ceux-là seront les bienheureux.
Allah a préparé pour eux des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils demeureront.
C'est là le succès immense.
Ceux qui invoquent des excuses, parmi les bédouins, sont venus à toi, prophète !, afin d'avoir permission de ne pas combattre.
Ceux qui ont traité d'imposteurs Allah et son apôtre se sont abstenus de partir en campagne. Un tourment cruel atteindra ceux, parmi eux, qui sont infidèles.
S'ils sont loyaux envers Allah et son apôtre, nul grief n'est à faire ni aux faibles ni aux malades ni à ceux qui ne trouvent point de quoi faire dépense pour s'armer, si tous ces gens s'abstiennent d'entrer en campagne.
Il n'est nulle voie de contraint à l'encontre des bienfaisants.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Pas de voie de contrainte à l'encontre de ceux qui, étant venus à toi , prophète !, afin que tu leur donnes une monture pour participer à la guerre s'en retournent, les yeux versant tristement des flots de larmes, après que tu leur as répondu :
-Je ne trouve aucune monture pour vous.
Ah ! que ne trouvent-ils de quoi faire dépense pour se procurer cette monture !100
Il n'est aucune voie de contrainte à l'encontre des bienfaisants.
La voie de contrainte n'est qu'à l'encontre de ceux qui te demandent permission de ne pas entier en campagne: ils sont riches ; ils ont trouvé agréable d'être avec ceux restant à l'arrière. Allah a scellé leurs cœurs et ils ne savent point.
Ces gens s'excuseront auprès de vous, quand vous reviendrez parmi eux.
Dis-leur alors :
-Ne vous excusez point!
Nous ne vous croirons point!
Allah nous a avisés de ce qui se dit de vous.
Allah et son apôtre verront vos actions et, par la suite, vous serez ramenés à celui qui sait l'inconnaissable et le témoignage.
Alors il vous avisera de ce que vous vous serez trouvé avoir fait.
Ils vous feront des serments par Allah, quand vous reviendrez parmi eux, pour que vous vous détourniez d'eux.
Détournez-vous d'eux!
Ils sont souillure101 et leur refuge sera la Géhenne, en récompense de ce qu'ils se seront trouvé s'être acquis.
Ils vous font des serments pour que vous les agréiez à nouveau.
Si vous les agréez à nouveau, sachez qu'Allah n'agréera point le peuple des pervers.

(Corpus coranique d'Othman 9/120-123).
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques!
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des Bédouins qui sont autour d'eux102, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles103.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une œuvre pie ne soit inscrite à leur avoir:
-Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.104
Les croyants n'ont point à se lancer en campagne, en totalité105.
Pourquoi, de chaque fraction parmi eux, un groupe ne se lancerait-il point en campagne pour s'instruire en la religion et avertir les siens, quand ce groupe reviendra à eux ?
Peut-être seront-ils sur leur garde.

(Corpus coranique d'Othman 9/38-52).
Ô vous qui croyez !, quand il vous est crié: Lancez-vous en campagne106 dans le chemin d'Allah107 ! qu'avez-vous à rester cloués à la terre ?
Agréez-vous plutôt la vie immédiate que la vie dernière 108 ?
Qu'est la jouissance de la vie immédiate au prix de la vie dernière, sinon peu de chose ?
Si vous ne vous lancez pas en campagne, Allah vous infligera un tourment cruel et vous substituera un peuple autre que vous et vous ne lui porterez nul dommage.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
Si vous ne le secourez point, Allah, en revanche, l'a secouru quand, expulsé par les infidèles, avec un seul compagnon, il disait à celui-ci alors qu'ils étaient tous deux dans la grotte:
-Ne t'attriste point !109
Allah est avec nous !
Allah fit descendre sur lui sa présence divine 110 et le soutint de légions que vous ne voyiez point.
Allah fit de l'arrêt111 des infidèles celui qui a le dessous, tandis que l'arrêt d'Allah fut celui qui l'emporta112.
Allah est puissant et sage.
Lancez-vous légers et lourds!113
Menez combat de vos biens et de vos personnes, dans le Chemin d'Allah!
Cela sera un bien pour vous, si vous vous trouvez savoir.
S'il s'était agi d'une affaire s'offrant à leur portée ou d'un voyage non éloigné, ils t'auraient suivi, prophète!
Mais longue leur a paru la distance114 !
Ils jureront par Allah : Si nous avions pu, nous serions partis en campagne avec vous!
Ils se perdent eux-mêmes.
En vérité, Allah sait qu'ils sont des menteurs.
Qu'Allah efface pour toi ton erreur, prophète !
Pourquoi leur as-tu permis de rester à l'écart, jusqu'à ce que se manifestent à toi ceux qui étaient véridiques et que tu reconnaisses les menteurs ?115
Ceux qui croient en Allah et au dernier jour ne te demandent pas la permission de mener combat de leurs biens et de leurs personnes.
Allah connait les pieux.
Seuls te demandent permission de ne pas le faire ceux qui ne croient point en Allah et au dernier jour, ceux dont les cœurs sont emplis de doute, en sorte qu'en leur doute ils demeurent hésitants.
S'ils avaient voulu partir en campagne, ils s’y seraient préparés.
Allah a toutefois trouvé mauvais qu'ils entrent en mouvement.
Il leur a inspiré l'indolence et il leur a été dit :
-Abstenez-vous avec les exemptés !
S'ils étaient partis en campagne à vos côtés, ils n'auraient été pour vous qu'un trouble superflu et auraient semé la défiance parmi vous, en cherchant à faire naître la tentation de désobéir116 .
Parmi vous se trouveront des gens à eux qui sont tout oreilles, mais Allah connait bien les injustes.
Ils ont certes antérieurement cherché à faire naître la tentation de désobéir.
Pour toi, prophète ! ils ont bouleversé les affaires jusqu'à ce que vint la vérité et qu'apparut l'ordre d'Allah, en dépit de leur aversion.
Parmi eux, il en est qui te disent :
-Permets-moi de ne pas partir en campagne!
Ne me mets pas en tentation de désobéir !
Eh quoi !
Certes, si tu les interroges, ils disent: nous ergotions seulement et jouions!
Demande-leur: D'Allah, de ses signes et de son apôtre vous railliez-vous ?117
Ne vous excusez point!
Vous avez été infidèles après avoir reçu la foi118 .
Si nous effaçons la faute d'un groupe d'entre vous, en revanche, nous tourmenterons un autre groupe pour prix qu'il a été coupable.
Les munafiqun, hommes et femmes, s'ordonnent mutuellement le blâmable et s'interdisent le convenable119 .
Ils referment leurs mains pour ne point donner.
Ils ont oublié Allah et celui-ci les a oubliés.
Les munafiqun sont les pervers.
Allah a promis aux munafiqun, hommes et femmes, ainsi qu'aux infidèles, le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront.
Ce feu sera leur suffisant.
Qu'Allah les maudisse !
Ils auront un tourment permanent.

(Bukhari, Sahih 79/21).

Abdallah ibn Kab dit:
-J’ai entendu Kab ibn Malik raconter qu’après la défection de Tabuk, l’envoyé d'Allah avait défendu d’adresser la parole aux coupables. J’allai trouver l’envoyé d'Allah pour le saluer, me demandant en moi-même s’il remuerait ou non les lèvres pour me rendre mon salut.
Cinquante jours s’étaient écoulés et le prophète nous annonça alors après la prière de l’aurore que Allah nous avait accordé le pardon.

La coalition musulmane vers Tabuk.
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, Livre I, 3).120
Plus la tribu et le peuple qui ont fondé un grand empire sont nombreux, plus cet empire est fort, et plus il possède de provinces et de territoires. Nous en voyons un exemple dans l’empire islamique : lorsque Allah eut rallié tous les Arabes à la religion, le nombre des musulmans qui prirent part à l’expédition de Tebouk, dernière campagne entreprise par le Prophète, montait à cent vingt mille, tant cavaliers que fantassins. De ces guerriers les uns apparte-naient à la grande tribu de Moder et les autres à celle de Cahtan. Ajoutez à cette masse les gens qui embrassèrent l’islamisme pendant le temps qui s’écoula depuis cette expédition jusqu’à la mort du Prophète. Lorsque ces Arabes se mirent en marche pour conquérir des royaumes, aucune forteresse, aucun pays, quelque bien protégé qu’il fût, ne put leur résister.


5. — Le passage de Muhammad à Hégra.

Hégra121 se trouve exactement sur le chemin des expéditions militaires contre la Syrie. Muhammad a dû connaître l'endroit quand il participait, étant jeune, au commerce caravanier. C'est sans doute pour cela que le site d'Hégra122 , et ses habitants, les Thamud, occupent -pour leur malheur- une place si importante dans les recueil coranique.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 898-9).

Quand l’apôtre passa à côté d’al Hijr123 , il s’arrêta, et ses hommes allèrent prendre de l’eau au puit. Comme ils le faisaient, l’apôtre leur dit:
-Ne buvez pas cette eau, et ne l’employez pas pour vos ablutions. Si vous en avez utilisé pour la pâte, donnez-la aux chameaux et n’en mangez pas. Ne laissez aucun partir seul la nuit, ou donnez lui un compagnon. Les hommes firent ainsi qu’il leur avait été dit, sauf deux de la tribu des Banu Sayda: l’un se leva pour se soulager, et l’autre, pour aller voir son chameau. Le premier fut preque étranglé sur le chemin, et l’autre, emporté par un coup de vent qui l’envoya dans les montagnes des Tayyi124.

Localisation d’al Hijr.
(Abulfeda, Géographie 88).125

Hijr, lieu rocailleux.
La sitation de Hijr est au milieu de gorges, à une journée de Wadil Qura. (...) Ces gorges portent le nom de Roches Fendues
126. J’ajouterai que Hijr est un lieu de station pour les pèlerins de Syrie.

(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 31).127
Hidjr est un petit bourg, peu peuplé, à une journée de marche de Wadil-Qura, au milieu des montagnes. C'est là que résidait Thamud, dont Allah dit : Tandis que vous creusez des demeures dans les montagnes.128
Abu Ishaq Farisi a précisé que leurs demeures, creusées à l'intérieur des montagnes, étaient analogues aux nôtres. Ces montagnes portent le nom d'Athalib. Ce sont des montagnes qui, à vue d'œil, se touchent, mais lorsqu'on se trouve au milieu, chaque tronçon forme un piton isolé autour duquel le voyageur peut tourner. En avant de ces montagnes se développent des collines de sable, dont on ne peut atteindre le sommet qu'avec les plus grandes difficultés. Il y a là aussi le puits de Thamud, dont Allah dit à propos de la chamelle :
Elle aura sa portion d'eau un jour, et vous aurez la vôtre un autre jour fixe. 129


(Bukhari, Sahih 60/225).130
Alors que nous étions en marche pour la bataille de Tabuk, nous avons atteint les régions des gens d’al Hijr, et l’apôtre d’Allah a dit à propos de ces gens:
N’entrez pas dans les habitations de ces gens, à moins d’entrer en pleurant. Parce que sinon, si vous n’entrez pas ne pleurant, vous serez affligés de ce qui les a affligé.

(Tafsir al Jalalayn 56).
Quant à Abu Hazra, il a dit: Les versets précités furent révélés au sujet d'un homme des Ansars lorsque ceux-ci étaient à l'expédition de Tabuk. En campant dans le Hidjr , le messager d'Allah leur ordonna de ne rien puiser de son eau, puis il quitta le lieu pour camper ailleurs, alors que les hommes n'avaient plus d'eau. Comme ils se plaignirent de cette pénurie, le prophète se leva, fit une prière surérogatoire de deux rakat et invoqua Allah. Allah envoya un nuage et la pluie tomba et ils purent se désaltérer et abreuver leurs montures. Un des hommes des Ansar dit alors à un autre réputé pour son hypocrisie:
-"Malheur à toi! ne vois-tu pas qu'Allah nous a envoyé de la pluie grâce à l'invocation du prophète ?" Et l'autre de répondre: "Non, nous avons eu cette pluie grâce à telle étoile..."

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).131
J’ai entendu ce qu’a dit Az Zuhri:
-Quand l’apôtre est passé par al Hijr, il a couvert son visage avec sa cape et a ordonné à son chameau:
-Ne va pas parmi les maisons de ceux qui ont péchés, ou alors va vite, de crainte de rencontrer le même destin qui les a accablés.

(Corpus coranique d'Othman 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l’apôtre d’Allah leur dit:
-Ne touchez pas à la chamelle d’Allah, ni à son lait132.
Les Thamud le traitèrent d’imposteur et sacrifièrent la chamelle.
Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.

(Muslim, Sahih 5/2319 et 2320).133
.... il dit aussi: si je les trouve, je les tuerais certainement, comme ont été tués les gens de Thamud.134

La découverte des tombeaux d’Hégra au XIXème siècle.
(MEDAIN SALIH. - Note de M. Philippe Berger, Sous-Bibliothécaire de l’Institut ; L'ARABIE AVANT MAHOMET D'APRÈS LES INSCRIPTIONS: Conférence faite à la Sorbonne, Mars 1885.).135

Voici toute une vallée pleine de sépultures de famille : car chacune de ces constructions n'est pas une sépulture particulière ; ce sont de véritables caveaux de famille, où les ayant droit sont spécifiés et qui sont entourés de toutes les formalités et de toutes les garanties que nous donnons à nos actes officiels.
Mais alors où étaient les maisons ? Ce problème, qui nous embarrasse, a dû dérouter les Arabes du temps de Mahomet. On conçoit qu'en présence de ces monuments dont ils ne comprenaient plus la signification, ils se soient dit : ce sont les demeures des anciens habitants du pays, d'impies, de géants : les deux choses se touchent ; et que pénétrant dans l'intérieur et voyant des cadavres, ils les aient pris pour les ossements des infidèles, frappés par le ciel dans leurs demeures. Ils ont dû être confirmés dans cette opinion par l'aspect de ces monuments. Les créneaux qui les surmontent et qui sont un des motifs habituels de l'architecture assyrienne, leur donnent un faux air de fortifications.
Un autre fait qui ressort clairement de ces légendes, c'est qu'à l'époque de Mahomet on ne
comprenait plus ces inscriptions, dont on était séparé par cinq cents ans à peine, et cela nous
montre combien l'horizon des Arabes était borné du côté de ses origines. Qui sait pourtant s'ils n'en ont pas eu encore un vague sentiment, au moins par tradition. Ces inscriptions, qui présentent un singulier mélange d'araméen et d'arabe, commencent par un mot qui n'est pas araméen, qui est arabe : Dena Kafrâ Ceci est le tombeau. Or le même mot signifie en arabe tombeau et impie. Qui sait si, à une époque déjà éloignée de la dynastie nabatéenne, quand le souvenir de la langue araméenne commençait à se perdre, la confusion ne s'est pas faite entre les deux mots, et si, en répétant machinalement cette formule, les Arabes ne se sont pas dit : Voilà les mécréants écrasés par le ciel dans leurs demeures.
Il est un point sur lequel ils ne s'étaient pas trompés : c'est que ces anciens habitants du pays étaient bien des mécréants et des idolâtres. À l'une des entrées de la vallée de Medain-Saleh se trouve une gorge, taillée à pic, conune elles le sont toutes dans cette région. D'un des côtés on voit les restes d'une salle qui est creusée dans le roc ; seulement au lieu d'être fermée par devant, elle est ouverte sur toute la largeur de la façade. Elle ne présente pas de niches : quelques figures, grossièrement dessinées au trait sur les murs ; rien de plus. C'est la seule construction qui n'ait pas de caractère funéraire. On l'appelle le Divan. Sur la paroi opposée de la gorge, au même niveau et dominant le précipice, on découvre toute une série de niches dans lesquelles se trouvent des pierres dressées, tantôt isolés, tantôt réunies par groupes de deux ou de trois.
La vue de ces petits monuments, dessinés avec soin par M. Doughty, a été pour nous une véritable révélation. Nous avions déjà rencontré des monuments analogues à l'autre extrémité du monde sémitique. Il y a trois ans, on n'en connaissait qu'un exemple : un bas-relief, trouvé en Sicile, et qui représentait un homme en adoration devant une petite triade de pierre. Ce monument isolé était inexplicable ; mais il avait frappé l'attention de M. Renan, quand quelque temps après (une découverte ne marche jamais seule), M. l'abbé Trihidez en rapporta plusieurs du même genre qui venaient d'Hadrumète, en Tunisie. Ces pierres, accouplées trois par trois, étaient des représentations divines ; de véritables triades, il n'y avait pas de doute à avoir. S'il en restait encore, ils sont levés par les découvertes de M. Doughty. Voilà les dieux qu'allaient adorer les habitants de Medain-Saleh. Une inscription placée au-dessus d'une de ces niches le dit expressément :
Ceci est le mesgeda qu'a fait élever Serouh, fils de Touca, à Aouda (ou Aera) de Bostra, grand dieu. Dans le mois de Nisan de l'an 1 du roi Malchus.
Une autre niche porte une inscription analogue. Le mesgeda, c'est-à-dire la mosquée, n'est donc pas la salle située de l'autre côté du ravin, mais la niche avec la pierre qui'est dedans. Voilà le Beth-El devant lequel les Nabatéens allaient se prostemer ; cette pierre n'est autre que le dieu Aouda.
On se demande où est, au milieu de tout cela, l'Arabe des Coréischites et de Mahomet. Il nous apparaît comme un dialecte excessivement restreint, comme la langue d'une toute petite tribu, qui par suite de circonstances, très locales, est arrivée à un degré de perfection extraordinaire. C'est à l'islamisme qu'elle a dû toute sa fortune.
L'islamisme de même a imposé sa langue avec sa religion à toute l'Arabie, et de là il s'est répandu de proche en proche, sur l'Afrique et sur l'Asie, créant, partout où il s'établit, une puissance qui pénètre tout, mais qui ferme la porte à tout ce qui n'est pas elle. Nulle part l'unité n'a été réalisée d'une façon aussi absolue. De là viennent les obstacles toujours renaissants que l'on trouve à pénétrer dans ces contrées fanatiques et désertes, obstacles si grands que l'on hésite à désirer que d'autres cherchent à les surmonter : le prix en est trop cher. Ils le seront pourtant, car il est une autre puissance que rien n'arrête, c'est la force intérieure qui pousse l'homme à la recherche de la vérité136 .


6. — Le séjour de Tabuk.

L’expédition ne ressemble à rien: il n’y a pas de grand combat, et l’armée tourne à vide. On rançonne un peu quelques gens, des communautés de second ordre, puis on rentre. Le plus grande pour la suite des événements est que les Byzantins ont montré leur léthargie.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 309).

Lorsque le prophète arriva à Tabuk, grande ville137 habitée par des chrétiens, il ne rencontra pas de trace de l'armée romaine qu'il y croyait réunie. Il y résidait un prince, nommé Yuhanna138 , fils de Ruba, qui possédait une grande fortune. Quand le prophète vint camper aux portes de Tabuk, Yuhanna sortit de la ville et fit la paix avec lui, en consentant à lui payer un tribut. Il y avait près de Tabuk deux villes, Jarba139 et Adsroh140 , dont les habitants vinrent également trouver le prophète ; ils firent des propositions de paix et offrirent de payer tribut. Le prophète leur donna des lettres de paix.141

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).142
Dans l’année 9, le prophète marcha sur Tabuk en Syrie, pour attaquer les Grecs... qui s’étaient assemblés contre lui, il ne rencontra pas de résistance. Il passa par Tabuk, dont les habitants acceptèrent de payer la capitation.

Anecdote utile.143
(Bukhari, Sahih 64/81).

Al Mughira ibn Shaba a dit:
-Le prophète était allé faire satisfaire ses besoins144 , et je me mis ensuite à lui verser de l’eau - et ceci se passait, disait-il, durant l’expédition de Tabuk-. Il lava son visage, et comme il voulut laver ses deux bras, les manches de sa tunique se trouvant trop étroites, il en sortit ses bras sous sa tunique et les lava. Ensuite, il frotta ses deux bottines145 .

(Dawud, Hadith 14/ 2707).146
Nous sommes entrés en territoire byzantin avec Maslamah. Un homme qui avait été malhonnête avec le butin a été amené... Maslamah demanda que faire de lui à Salim:
-J’ai entendu de mon père racontant d’Umar ibn al Khattab qui avait entendu le prophète:
il a dit: quand vous trouvez un homme qui a été malhonnête avec le butin, brûlez ses biens147 et battez-le148.

Test d’autorité sur le retour.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 904).

L’apôtre d'Allah resta à Tabuk dix jours, pas plus. Puis il rentra à Médine. Sur le chemin, il y avait de l’eau sortant d’un rocher, assez d’eau pour deux ou trois cavaliers. C’était un wadi149 appelé al Mushaqqaq. L’apôtre d'Allah ordonna de ne pas boire l’eau avant son arrivée. Un certain nombre de gens assoiffés sont arrivés et ont bu. Quand l’apôtre d'Allah est arrivé, il est arrêté, et a vu que l’eau s’était tarie. Il demanda qui était venu, et demanda aussi leurs noms. Il s’exclama:
-Ne vous ai-je pas interdit de prendre l’eau avant moi?
Alors il les maudit et appela la vengeance d’Allah sur eux. Il mit sa main sous le rocher, et l’eau revint, couler dans sa main, comme Allah le voulait.

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 1347).
Asab ibn Yazid rapporte :
"A son retour de l'expédition de Tabuk, le prophète a été accueilli par les gens. Je l'ai accueilli avec les enfants au faubourg dit "Thaniyat Al Wadà'".

Réponse aux grognements.
(Corpus coranique d'Othman 9/75).150

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7. — Un témoignage byzantin.

La source est très postérieure ; on ne peut pas savoir s’il s’agit bien de cette expédition.

(Michel le Syrien).151
En plus, il vanta la richesse de la terre de Palestine, en disant:
-A cause de votre foi en un seul dieu, cette bonne et fertile terre leur sera donnée.
Et il ajouta:
-Si vous m’écoutez, si vous abandonnez ces dieux inutiles et si vous ne croyez qu’en un seul dieu, alors à vous Dieu donnera un terre d’où coulent le lait et le miel152 .
Pour confirmer ses paroles, il conduisit une bande de ceux qui lui obéissaient et commença à piller la terre de Palestine, asservisant et ravageant. Il revint chargé de butin et sans pertes, et ainsi, il ne les déçut pas par rapport à sa promesse.


§ 638. — La soumission d’Ukaydir des Banu Kinda.

Importante tribu, fortement expansionniste, du centre de l’Arabie, qui jouera encore un rôle autonome après sa conversion et qui se signalera par une vigoureuse révolte dès 632. 153

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 309)
A quelques parasanges154 de là, était la forteresse de Duma, commandée par un prince arabe et chrétien, des Banu Kinda, nommé Ukaydir ibn Abdul Malik. Le prophète y envoya Khalid ibn Walid, avec un petit détachement, et lui dit :
-Tu le trouveras à la chasse, car il est grand chasseur.
Khalid, s'approcha de la forteresse. Il faisait nuit et la lune brillait. La porte de la forteresse était fermée, et Ukaydir se trouvait sur la terrasse. Khalid, après avoir fait le tour de la forteresse, voyant qu'il ne pouvait rien entreprendre, se cacha derrière le mur. Un peu plus tard, Ukaydir, qui veillait encore, apercevant des antilopes et d'autre gibier s'approcher des murs, donna l'ordre de seller son chameau, et sortit de la forterese avec trois de ses parents, pour aller chasser. Khalid le fit prisonnier et l'amena auprès du prophète. Les musulmans regardaient avec étonnement la robe d'Ukaydir, qui était de brocart brodé d'or155 ; ils n'en avaient jamais vu de pareille. Après s'être engagé à payer un tribut156 , Ukaydir s'en retourna.

La délégation des chrétiens de Kinda.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 953).

Al Ashath ibn Qays vint voir l’apôtre d'Allah avec une délégation de Kinda. Ils étaient 80 cavaliers de Kinda, et sont arrivés jusqu’à la mosquée. Ils avaient peigné leurs mèches et noirci leurs yeux avec du kohl157, et ils portaient des robes158 rayées avec de la soie159. L’apôtre d'Allah leur demanda s’ils avaient accepté l’islam. Ils lui dirent qu’ils s’étaient soumis. Il leur demanda alors pourquoi ils avaient de la soie autour de leurs cous. Alors ils la déchirèrent et la jetèrent.

§ 639. — Conversions individuelles de chrétiens.

De rares conversions chrétiennes ont droit à une grande publicité dans les sources. Elles restent anecdotiques. Les motivations des transfuges sont étonnantes, et rarement spirituelles au sens strict. On doit alourdir le "conversiologue", pour encourager les conversions, qui, il faut le rappeler, seront très postérieures.

La conversion de Jarud.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 320).
Après la députation des Zubayd, arriva une députation des Abdul Qays, qui étaient chrétiens. Leur chef, Jarud ibn Amir, vint auprès du prophète et embrassa l'islam. Après la mort du prophète, il resta fidèle à la religion musulmane, tandis que sa tribu apostasia160.

La conversion de Adiy ibn Hatim.
(Tabari, Histoire des prophètes IX 1707).161

On m'a rapporté que Adi ibn Hatim des Tayyi162 disait:
-Aucun Arabe n'a détesté le messager d'Allah autant que moi, quand j'ai entendu parler de lui pour la première fois. En ce qui me concerne, j'étais un noble, un chrétien, voyageant parmi mon peuple, collectant le quart de leurs prises de guerre. Je professai ma propre religion, et la façon dont j'étais traité, c'était comme si j'étais un roi chez moi.
J'ai entendu parler du messager d'Allah, et je l'ai détesté (...).
-Ô Adi, (...) j'ai vu des bannières, je163 me suis informé et on m'a dit que c'était l'armée de Muhammad.
Je lui ai demandé d'apporter mes chameaux, ce qu'il fit, j'ai pris ma famille et mes enfants et je lui ai dit que j'allais rejoindre mes co-religionnaires en Syrie.
(...164 )
Puis il dit:
-Adi, n'es-tu pas à moitié chrétien et à moitié sabéen165 ?
J'ai répondu:
-Oui.
-Et ne vas-tu pas parmi ton peuple pour collecter le quart de leurs prises de guerre?
Je l'ai admis et il a dit:
-Mais ce n'est pas permis par ta religion!166
-En effet.
Et j'ai réalisé qu'il était le prophète envoyé par Allah, qui sait ce qui n'est pas su167.

La conversion de Farwa ibn Amir al Judhami.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 958).

Farwa, du clan des Nufatha, fit dire à l’apôtre d'Allah qu’il se soumettait à l’islam, et il lui donna une mûle blanche. Il était gouverneur des Arabes pour le compte des Byzantins, sur la frontière, à l’apôtre d'Allah168 et sur les environs de la Syrie. Quand les Byzantins l’apprirent, ils l’attrapèrent, et le mirent en prison.
Quand ils vinrent pour le crucifier169 , il dit:
-Dites aux chefs des musulmans que j’ abandonne à mon seigneur mon corps et mes os170 .
Ils le décapitèrent et l’accrochèrent au dessus de l’eau.
Qu’Allah ait pitié de lui.

§ 640. — La soumission de Najran.

Najran est la grande ville chrétienne d’Arabie, qui a déjà eu des contacts avec Muhammad à Médine, sous forme d’une fastueuse ambassade171. La conjoncture a radicalement changé et les gens de Najran doivent se soumettre, non sans négocier172 .


1.— La procédure de soumission.

Le dossier est bien connu, et montre comment Muhammad tire profit de la soumission sans conversion173, en exigeant un tribut particulièrement lourd et précis174 . Ces chrétiens sont les précurseurs involontaires des dhimmis,175 les “protégés” de l’empire musulman. L’impérialisme est aussi une méthode de domination économique, et les biens des Arabes chrétiens ont toujours fasciné les musulmans176 .

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1724).177
Le prophète envoya Khalid... à Najran avec ordre de faire à la population trois fois l’appel à l’islam avant de leur livrer bataille. S’ils y répondaient, leur conversion serait acceptée, sinon, il faudrait les réduire par la force:
-Convertissez-vous et vous serez sauvés!178

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 58).
L’apôtre d’Allah a conclu la paix179 avec le peuple du Najran à condition qu’ils donnent aux musulmans deux mille vêtements... qu’ils prêtent trente cottes de mailles, trente chevaux, trente chameaux, et trente armes de chaque sorte utilisée dans la bataille180. Les musulmans leur accorderont la sureté à moins qu’ils ne se retournent contre eux en cas de complot ou de trahison au Yémen. Aucune de leurs églises ne sera démolie et aucun de leurs religieux ne sera maltraité, à moins qu’ils n’apportent quelque chose de nouveau (à l’accord) ou qu’ils ne pratiquent l’usure.
Ismaïl a dit:
-Ils ont pratiqué l’usure.”181

La soumission des Banu Haritha.182
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 959).

L’apôtre d'Allah envoya Khalid contre les Banu Haritha ibn Kab de Najran, pour leur ordonner de se soumettre à l’islam ; pendant trois jours et ensuite, de les attaquer. S’ils acceptaient, il devait accepter leur soumission ; s’ils refusaient, il devait les combattre. Alors Khalid est arrivé chez eux, envoya des cavaliers dans toutes les directions, pour les inviter à l’islam, disant:
-Si vous accepter l’islam, vous serez saufs!
Alors les gens ont accepté l’islam.
Khalid est resté chez eux pour leur enseigner l’islam et le livre d’Allah et la sunna183 de son prophète, parce que l’apôtre d'Allah lui avait ordonné de faire cela, s’ils acceptaient l’islam.
Khalid écrivit ensuite à l’apôtre d'Allah:
"Au nom d’Allah le clément le miséricordieux.
A Muhammad le prophète et l’apôtre d'Allah. De Khalid ibn al Walid.
La paix soit sur toi, ô apôtre d'Allah et la bénédiction d’Allah184 .
Tu m’as envoyé auprès des Banu Haritha ibn Kab et je suis venu, non pour combattre mais pour les inviter à l’islam ; si’ils acceptaient, je devais rester parmi eux, accepter la soumission, et leur apprendre les institutions de l’islam, le livre d’apôtre d'Allah et la sunna de son prophète.
Et s’ils ne se rendaient pas, de les combattre. Je suis venu vers eux, comme prévu et je les ai invité à se soumettre durant trois jours, comme l’apôtre d'Allah l’avait ordonné. J’ai envoyé des cavaliers partout avec ton message. Ils se sont rendus et n’ont pas combattre et je suis resté pour les instruire des ordres positifs et négatifs185 de l’islam et de la sunna du prophète comme l’apôtre d'Allah me l’a demandé.
Paix soit sur toi..."


2. — Les documents de la soumission.


La reddition a constitué une sorte de jurisprudence, servant de cadre ou de modèles aux soummissions futures des communautés chrétiennes. L'authenticité des documents reste à prouver. On devine trop l'intérêt des premiers musulmans à falsifier ces lettres.

Première lettre de Muhammad aux habitants de Najran.
(Yaqubi II).186
De Muhammad apôtre d'Allah aux évêques de Najran.
Au nom du dieu d'Abraham187 , d'Isa apôtre d'Allah188 et de Jacob189 ! Or donc, je vous appelle hors de l'adoration des créatures à l'adoration d’Allah et vous appelle hors de l'alliance des créatures à l'alliance avec Allah190 . Si donc vous refusez, ce sera la jizya191 ; si vous refusez aussi la jizya, je vous déclarerai la guerre.

Traité192 de soumission des chrétiens de Najran.
(ibn Sa’d n° 72).193
Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le prophète Muhammad apôtre d'Allah, aux habitants de Najran sur qui il avait autorité, au sujet toute récolte de fruits, de toute monnaie jaune ou blanche194, de tout esclave. Or, il leur fut généreux en leur abandonnant le tout contre 2000 habits onciaux195, dont 1.000 chaque mois de rejeb et 1.000 à chaque mois de safar avec en surcroît, une once d'argent par habit. Etant entendu que tout excédent, sur l'impôt ou tout manquant à la quantité d'onces serait mis en compte ;que tout ce qu'ils remettraient, comme cottes de mailles ou comme chevaux ou montures196 ou autres objets, leur serait mis en compte ; qu’aux Najranites incomberait le soin de l'approvisionnement et des fournitures de mes envoyés pour la durée maximum d'un mois ; que mes envoyés ne pourraient être retenus au-delà d'un mois qu'au cas d'une guerre ou d'un crime dans le Yémen, ils auraient à prêter à mes envoyés 30 cottes de mailles, 30 chevaux et 30 chameaux ; que ce qui aurait été prêté des cottes de mailles, chevaux, montures et autres objets, à mes envoyés, resterait à la charge de mes envoyés jusqu’à restitution aux gens de Najran. La protection d’Allah et la garantie du prophète, apôtre d'Allah s'étendent sur Najran et alentours, soit sur leurs biens, leurs personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs familles, leurs sanctuaires et tout ce qui, grand ou petit, se trouvent en leur possession. Aucun évêque ne sera déplacé de siège épiscopal ni aucun moine de son monastère, ni aucun prêtre de sa cure. Aucune humiliation ne pèsera sur eux ni le sang d’aucune vengeance antérieure à la soumission. Ils ne seront ni rassemblés ni assujettis à la dîme. Aucune troupe ne foulera leur sol lorsque 1'un d'eux réclamera un dû, l'équité sera de mise parmi eux. Ils ne seront ni oppresseurs ni opprimés. Et quiconque d'entre eux pratiquera à l'avenir l'usure, sera mis hors de ma protection. Aucun homme parmi eux ne sera tenu responsable de la faute d'un autre.
Donc, la garantie d’Allah et l'assurance du prophète Muhammad apôtre d'Allah sanctionnent le contenu de cet écrit pour jusqu'au jour où Allah manifestera son autorité, tant qu'ils demeureront dans de bonnes dispositions et agiront en conformité de leurs devoirs ; sans subir aucun outrage197 .

Ont témoigné:
Abu Sufyan ibn Harb198, Ghallan ibn Amir, Malik ibn Awf de 1a tribu des Banu an Nasr, Aqra ibn Habis de la tribu de Hanzala ; et al Mughira ibn Shubah, Lls présentes ont été écrites par eux par Abd Allah ibn Abu Bahr.

Autre version du traité.
(Tabari).199
Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le serviteur d’Allah, Abu Bakr, vicaire200 du prophète Muhammad, pour les habitants de Najran.
Il les garantit par la garantie d’Allah et l'assurance du prophète, garantie allant à leurs personnes, à leurs terres, à la pratique de leur culte, à leurs biens, à leur personnes, à leurs fantassins, à leurs absents et présents, à leurs évêques, à leurs moines, à leurs églises, à toute chose grande ou qui se trouve en leur possession. Qu'ils ne puissent être, ni assujettis à la dime ; qu'aucun évêque ne soit déplacé son siège épiscopal ni aucun moine, de son monastère, en accomplissement de ce que le prophète Muhammad leur avait fixé par écrit. Et sur tous les points contenus dans cet écrit jouieront à jamais201 la garantie d’Allah et la garantie du prophète Muhammad, la paix soit sur lui ! Et à eux d'avoir de bonnes dispositions et de bien faire en ce qui leurs devoirs.


§ 641. — La soumission d’Aylah.


L'expansion musulmane dépasse le cadre de l'Arabie du vivant même de Muhammad. Aylah correspondrait avec le site actuel de la ville israélienne d'Eilat, dans le golfe d'Aqaba.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).

Durant son séjour à Tabuk, vint le rencontrer Yuhanna202 ibn Rubah, chef d’Aylah, qui fit un accord, acceptant de payer pour chaque adulte de son territoire un dinar par an, soit 300 dinars en tout. Le prophète imposa comme condition qu’ils fournissent le gîte et le couvert à ceux des musulmans qui passaient par là. Il écrivit un pacte selon lequel ils seraient saufs et protégés203 .

Lettre de Muhammad.
(ibn Sa’d, n° 45).204

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
A Mar Yuhannah205 ibn Rubah et aux chefs du peuple
Soyez en paix! Or, je vous mande les louanges d’Allah hors duquel il n'y a point de dieu. Car, je n'ai pas été homme à vous combattre avant de vous avoir écrit. Soumets-toi donc ou acquittez la jizyah et obéis à Allah et à son envoyé et aux envoyés de son envoyé. Honore-les et vêts-les de vêtements convenables qui soient autre chose que des vêtements rêches206. Vêts Zayd de vêtements convenables207. Et quoi que mes envoyés acceptent, je l'accepterai. Et l'on connait la jizyah. Si donc vous désirez la sécurité sur terre et sur mer208 , tu devras obéir à Allah et à son envoyé. Et que vous soit interdite toute redevance, ayant appartenu jusqu'ici aux Arabes et aux non-Arabes, la redevance revenant à Allah et la redevance revenant à l'envoyé. Mais, si tu les renvoies sans les donner satisfaction, je n'accepterai de vous que combat. Je ferai alors les petits captifs, et ferai périr les adultes, car, je suis en droit l'apôtre d'Allah209.
Je crois en Allah et en ses livres et en ses envoyé et en le Messie fils de Marie qui est le Verbe d’Allah210 que je crois être l'envoyé d’Allah.
Or, viens avant qu'aucun mal ne vous touche211. En effet, je vous ai recommandés à mes envoyés, et remets à Harmalah trois charges d'orge. Car, Harmalah a intercédé pour vous. Quant à moi, sans Allah et cela212 je n'aurais pas correspondu avec vous autrement qu'en vous faisant voir l'armée. Si donc, vous vous soumettez à mes envoyés, Allah sera votre sauvegarde, ainsi que Muhammad et ceux qui sont siens.
Et mes envoyés sont: Shurahbil, Ubayy, Harmalah et Hurayth ibn Zayd des Banu Tayyi. Ceux-ci, quoi qu’ils concluent avec toi, je l’accepterai ; et sur vous iront la protection d’Allah et la protection de Muhammad l’apôtre d'Allah. La paix soit sur vous si vous obéissez. Envoyez les habitants de Maqna, tout équipés, dans leur pays.

§ 642. — La soumission de Tabalah et Jurash.

(Baladuri, Livre des conquêtes XI 59).
Les populations de Tabalah et Jurash acceptent l’islam sans résistance. Le prophète les épargna en échange de quoi ils sont devenus musulmans, imposant sur chaque adulte du “peuple du Livre” parmi eux un dinar de capitation213 , et exigeant d’eux qu’ils fournissent aux pèlerins le gîte et le couvert. Abu Sufyan fut désigné gouverneur214 de Jurash215 par le prophète.216

§ 643. — La soumission de Maqna.

Les juifs de Maqna et le cheval de Muhammad.
(Maqrizi I 469-70).217
Et Ubayd ibn Yasir ibn Numayr ainsi qu'un homme de la tribu de Judham se rendirent à Tabuk et se convertirent à l'islam. Le prophète octroya à ces deux hommes le quart de Maqna : de ce qui provient de la mer et des produits de ses dattiers, ainsi que le quart des quenouilles ; et il octroya à Ubayd ibn Yasir cent tresses, c'est-à-dire manteaux, puisqu'il était à cheval et l'homme de Judham à pied. Puis tous les deux se rendirent à Maqna, où il y avait des Juifs, qui s'occupaient de son cheval. Et il lui218 octroya soixante tresses de son cheval. Et Ubayd fit cadeau d'un cheval de race au prophète, appelé Murawih, en disant qu'il était gagnant de la course. Le prophète organisa une course hippique à Tabuk, et ce cheval l'emporta. Puis le prophète donna ce cheval à al Miqdad ibn Amir.

§ 644. — Soumission de Hadas.

(ibn Sa’d, Tabaqat § 16).219

Muhammad écrivit à ceux de Hadas, qui devaient accepter l’islam, faire la prière et donner l’aumône, la part220 d’Allah et de l’envoyé d'Allah et qu’ils devaient se déparer des idoles221 , et ainsi ils seraient assurés de la protection d’Allah et de son envoyé. Celui qui quittait l’islam, il perdait la protection de Allah et son envoyé.
(...)
Et celui qui voulait attester de sa soumission à l’islam, il devait amener avec lui un musulman, pour être sur de la protection de Allah et son envoyé, et pour être sur de faire partie des musulmans.

§ 645. — L’expédition de Ussama ibn Zayd.

Elle est particulièrement bien connue à cause du contexte de Médine à la fin mai 632: Muhammad est déjà bien malade, et les troupes en profitent pour contester le choix du chef de l’expédition, Ussama, considéré comme trop jeune, exhalté, et métis de surcroît222. L’erreur a sans doute été de lui adjoindre les grognards de la vieille garde mohammédienne.
Le raid pénêtre profondément en Palestine byzantine223 , sans autre résultat qu’une accumulation de destructions, pieusement décrite. On peut encore la considérer comme un test des capacités de réactions des Byzantins.224


1. — Les objectifs de la mission.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 338)

Le prophète fut informé qu'il y avait, à la frontière de Syrie, des mouvements et des rassemblements de troupes romaines. Malgré sa maladie, il donna l'ordre aux musulmans de se préparer pour aller en Syrie, et nomma Usama ibn Zayd, chef de l'expédition. Usama établit son camp aux portes de Médine, et tous firent leurs préparatifs.

(ibn Habib, Muhabbar, p. 125).225
En l’an 9, (le prophète) envoya Usama ibn Zayd vers le Darum, en terre de Palestine, à la tête d’une troupe. Il fit du butin et revint indemne.

Dawud Hadith.
(Jihad 83).
226
... Usama m’a rapporté que l’envoyé d’Allah lui avait fait une injonction en disant:
-Attaque Ubna de bon matin et mets-y le feu.

(ibn Sa’d, Tabaqat IV 67).227
... Hisham ibn Urwa nous a rapporté ce qui suit: Mon père m’a informé que l’envoyé d’Allah confia le commandement à Usama ibn Zayd et lui ordonna d’attaquer Ubna qui est du côté de la mer228.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 970).
L’apôtre d'Allah rentra et s’arrêta à Médine pour le reste de dhul hijja, muharram et safar. Il ordonna que les gens fassent une expédition en Syrie et mit à sa tête Ussama ibn Zayd ibn Haritha, fils de son affranchi. Il lui ordonna de mener la cavalerie dans le territoire de Balqa et al Darun, en Palestine. Les hommes se tinrent prêts, et tous les premiers muhajirun partirent avec Ussama.

Le choix d’Ussama.
(ibn Taimiya, Traité de droit 8).
Pour des raisons analogues il choisit Usama ibn Zayd quand il s'agit de venger le père de ce dernier. Le prophète choisissait toujours un chef en considération de l'intérêt supérieur de la communauté, quand bien même ce chef devait-il avoir sous ses ordres des hommes qui le surpassaient par leur science ou par leur foi.



2. — La contestation.

Elle est ouverte, alors qu’auparavant, elle couvait seulement. Une décision prophétique est contestée en public, ce qui est inouï, de la part de musulmans. Ils songent surtout à leur sécurité, et sur un plan strictement hiérarchique, ils refusent d’obéir à un blanc-bec.
Mais la raison profonde au malaise est que le chef est affaibli, et qu’en l’absence d’institutions pérennes, son pouvoir est aussitôt contesté.


(Bukhari, Sahih 83/2,1).

Abdallah ibn Dinar rapporte qu’ibn Omar a dit: l’envoyé d'Allah avait envoyé une expédition dont il avait donné le commandement à Usama ibn Zayd. Certains fidèles ayant critiqué cette nomination, l’envoyé d'Allah se leva et dit:
-Vous critiquez cette nomination comme vous aviez déjà critiqué celle de son père auparavant229 ; eh bien, par Allah, son père a été digne du commandement et il a été un des hommes que j’ai le plus aimé et celui-ci est un des hommes que j’ai le plus aimé après lui.

(Musa ibn Uqba 8).230
Des hommes contestaient le commandement d’Usama, et l’apôtre d'Allah s’est levé et a dit:
-Si vous contestez le commandement d’Usama, vous contestez aussi celui de son père. Par Allah, il était digne d’être chef. Il était des hommes les plus chers pour moi, et Usama est le plus cher après lui. Alors traitez-le bien quand je ne serai plus, parce qu’il était le meilleur d’entre vous.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1794-5).231
L’apôtre d'Allah ordonna à son peuple d’entreprendre une expédition en Syrie. Il mit Ussama le fils de son affranchi Zayd à sa tête, avec ordre de conduire la cavalerie dans les territoires de al Balqa232 et al Darum233, en Palestine. Le peuple se tint prêt, et les premiers muhajirun faisaient partie de l’affaire.
(...)
Les munafiqun critiquèrent le commandement d’Ussama alors le prophète les contredit, en affirmant qu’il était digne de commander, et qu’ils avaient critiqué son père avant lui, alors que Zayd était digne de commander.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1006).
Les gens critiquaient le commandemant d’Usama, en disant:
-Il a mis un jeune homme à la tête des meilleurs des muhajirun et des ansar.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 338)

Cependant les soldats murmuraient en disant :
-Il fait du fils de son affranchi, le chef des muhajirun, des Quraysh et des ansar234.
Le prophète, apprenant ces propos, dit:
-Il est digne du commandement. Lorsque j'ai placé son père Zayd ibn Haritha, à la tête de l'armée de Muta, on a tenu le même langage235 .
Quand Usama vint chez le prophète, celui-ci attira sur sa poitrine la tête de ce chef et lui dit:
-Ne t'afflige pas de ce que disent les hommes ; ils ont dit la même chose de ton père, et il était bien digne du commandement ; tu l'es pareillement.
Il lui donna des éloges et le combla d'honneurs. Usama se rendit au camp, et les soldats, après avoir terminé leurs préparatifs, y vinrent également.

(Bukhari, Sahih 64/42).
L’envoyé d'Allah avait nommé Usama et un groupe de fidèles qui protestèrent contre cette désignation. Le prophète dit alors:
-Vous protestez contre cette nomination comme vous avez déjà protesté contre celle de son père autrefois. Eh bien! J’en jure par Allah, il est digne des fonctions qui lui ont été conférées, et si son père a été pour moi le plus cher des hommes, lui est pour moi le plus cher des hommes après son père.

(Bukhari, Sahih 85/31).236
Urwa rapporte que Aïsha a dit:
-L'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux, la face resplendissante de gaieté.
-Sais-tu bien, me dit-il, que Mujazziz vient de regarder tout à l'heure Zayd ibn Haritha et Usama ibn Zayd et il di :
-Voici des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.

Urwa rapporte que Aysha a dit:
-Un certain jour l'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux.
-Ô Aïsha, me dit-il, sais-tu bien que, Mujazziz al Mudliji vient de venir ; il a vu Usama et Zayd la tête couverte d'une pièce d'étoffe et laissant voir leurs pieds.
-Voici, a-t-il dit, des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.

3. — L’expédition.

(Dawud, Hadith, chap. Jihad/ 82).237
L’envoyé d’Allah m’a ordonné - et c’est la dernière recommandation qu’il m’a faite- de presser la marche pour prévenir la diffusion de la nouvelle de mon arrivée, de lancer l’attaque sans appeler à l’islam238 , d’incendier et de dévaster.

(Dawud, Hadith 19/ 3035).239
Il lança l’attaque. Aucun chien n’avait aboyé, personne n’avait bougé et ne s’était aperçu de rien avant de voir les assaillants fondre sur eux au cri de :
-Ô toi qui est assisté (par Allah), donne la mort!
Il tua tous ceux qui lui apparaissaient, il fit captifs tous ceux qu’il put capturer ; il brula au feu leurs groupements, incendiant leurs maisons, leurs cultures et leurs palmiers, dont s’élevèrent des nuages de fumée ; et il fit galoper les cavaliers dans les enclos et les pourtours de leurs demeures. Ils arrêtèrent là leurs poursuites. S’emparant de tout ce qui était à leur portée, ils passèrent ce jour-là à mettre en ordre le butin qu’ils avaient fait.240

(ibn Sad, Tabaqat II 237-8).241
Le premier jour du mois de rabi al akhar, à la 11ème année, Ussama partit et avança contre le peuple de Ubna, marchant pendant 20 nuits. Il les attaqua et leur mot d’ordre était alors:
- Eh! Conquérants! frappez!"242
. Il tua ceux qui venaient à sa rencontre, asservissait ceux qu’il pouvait attraper, mit le feu à leurs navires, brûla leurs habitations, fermes, palmeraies. Il s’empara de leurs chevaux dans les champs. Les musulmans arrêtèrent à un moment de piller tout le butin qu’ils pouvaient. Ussama montait le cheval de son père, Sabhah. Il attaqua et tua le meurtrier de son père243 . Il fit de chaque cheval deux lots, dont un pour le propriétaire. Il prit sa part de cette façon. Le soir venant, il dit aux gens de partir. Ensuite, ils marchèrent plus vite et ils atteingirent Wadi al Qura en neuf nuits. Il envoya de bonnes nouvelles à Médine, informant de sa bonne situation. Il revient vers Médine, qu’il atteignit en 6 jours. Aucun musulman n’avait subi de pertes. Abu Bakr, les muhajirun et les Médinois sortirent pour l’accueillir. Ils exprimèrent de la joie quant à sa sauvegarde. Il entra dans la ville sur le cheval Sabhah avec le drapeau porté avant lui par Burayda ibn Husayb. Il approcha de la mosquée, entra et fit deux prières avec des rakat. Il entra dans sa maison, pour finir.

§ 646. — L’union avec Mariyah.

Muhammad aurait reçu de la part de l’évêque d’Alexandrie une esclave chrétienne du nom de Marie, qu’il conserve comme concubine. Elle lui donnera un fils, Ibrahim, mort peu de temps après. La réalité de l’épisode est largement douteuse. Mais il est problable que le chef a pu récupérer d’un lot d’esclaves une chrétienne, pour son usage personnel. Qu'elle est été fécondée malgré elle est aussi très probable. Mais l'enfant -qui aurait pû modifier le cours de l'Histoire- disparaît rapidement. Son nom programmatique évoque les inventions théologiques de la dernière période: la religion d'Abraham, sensée rassemblée sous la direction musulmane les religions juive et chrétienne.
C'est plus sûrement une métaphore de la future domination sur l'Egypte chrétienne, métaphore à caractère sexuel à l'évidence.244

(ibn Sad, Tabaqat I 134-5).
Le messager d'Allah la logea - soit Mariayh la Copte 245 et sa soeur- avec Umm Sulaym bint Milhaan, et le messager d'Allah alla chez elle pour leur parler de l'islam. Il prit Mariyah comme concubine et il la déplaça vers une de ses propriétés à al Awaali. Ensuite, elle devint bonne musulmane.

(ibn Sad, Tabaqat I 151).
Il présenta au prophète Mariyah et sa soeur Sirin, un âne et une mûle blanche. L'apôtre d'Allah aimait bien Mariyah qui avait la peau blanche et des cheveux bouclés et qui était jolie. Alors il fit de Mariyah sa servante, et il l'envoya dans une de ses propriétés qu'il avait pris aux Banu Nadir.

Maria la Copte.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 151).
Quand l’apôtre d'Allah est revenu d’Hudaybiya, il a envoyé Hatib ibn Abu Balta à al Muqawqas le Copte, le seigneur d’Alexandrie, et lui écrivit une lettre pour l’appeler à se soumettre à l’islam. Quand il lut la lettre, il l’apprécia ; elle était scellée ; il la plaça dans une coupe d’ivoire et la scella et la fit porter par un serviteur. Il écrivit ensuite une lettre en réponse, mais il ne se soumit pas à l’islam. Il présenta au prophète Maria et sa soeur Sirin246 , un âne appelé Yafur et une mûle appelée Duldul247 qui était blanche, alors qu’aucune n’était blanche en Arabie à ce moment248 .

(Tafsir al Jalalayn 66).
Ô prophète! Pourquoi, en recherchant l'agrément de tes femmes, t'interdis-tu ce qu'Allah t'a rendu licite? Et Allah est pardonneur, Très miséricordieux.”: révélée tout entière à Médine à la suite de la sourate des Appartements. Le prophète eut des rapports charnels avec son esclave [à cette époque] Marie la Copte dans l'appartement de Hafsa durant son absence. Cet acte accompli sur son lit et dans son appartement déplut à Hafsa. Alors le prophète , et pour complaire à sa femme, jura de ne plus approcher son esclave. Allah lui fit cette remarque:
-"Pourquoi t'interdis-tu ce qu'Allah a rendu licite voulant obtenir la satisfaction de tes épouses?". Allah t'a pardonné cette interdiction et iI est miséricordieux. Plusieurs versions ont été rapportées concernant l'événement relaté. Mais d'autres parlent du miel comme il est dit dans un récit raconté par Umm Salama. Elle a dit:
-"J'avais une outre contenant du miel de couleur blanche. Le prophète avait l'habitude d'en prendre souvent car il aimait tant le miel. Un jour, 'Aïsha lui dit:
-"Prends-tu du miel sécrété par les abeilles qui butinent sur le Urfot?" (Une certaine plante au goût désagréable). Alors il s'est interdit d'en prendre, et le verset fut révélé à ce sujet.
(...)
“Lorsque le prophète confia un secret à l'une de ses épouses et qu'elle l'eut divulgué et qu'Allah l'en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l'en eut informée elle dit:
-Qui t'en a donné nouvelle?
Il dit:
-C'est l'Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m'en a avisé”: Rappelle-toi lorsque le prophète confia à son épouse Hafsa un secret, concernant Marie, en lui disant de ne le dévoiler à personne. Quand Hafsa divulgua ce secret à Aicha, croyant qu'il n'y a aucun mal à le faire, Allah en informa le prophète qui fit connaître à Hafsa une part de cela et en cacha une part. Lorsque le prophète lui apprit ce qu'il savait, elle lui demanda:
-"Qui t'a appris cela?"
Et lui de répondre: "Celui qui connaît parfaitement toute chose et qui est bien informé: Allah!"
“Si vous vous repentez à Allah c'est que vos coeurs ont fléchi. Mais si vous vous soutenez l'une l'autre contre le prophète, alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d'entre les croyants, et les Anges sont par surcroît [son] soutien. “: Si toutes deux, ô Hafsa et Aïsha, vous revenez à Allah repentantes, c'est que vos cœurs se sont inclinés vers l'interdiction de Marie, le sujet de votre secret, bien que celui-ci va contre le désir du prophète . Et si vous vous coalisez contre lui, sachez qu'Allah est son Maître et qu'il a pour soutien Jibril, les vertueux parmi les croyants: Abu Bakr et 'Omar , ainsi que les anges.
“S'il vous répudie, il se peut que seigneur lui donne en échange des épouses meilleurs que vous, musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, déjà mariées ou vierges. “ : Si le prophète répudie ses épouses, il se peut qu'Allah lui donne d'autres meilleures que vous: absolument musulmanes, croyantes -dévouées-, obéissantes, repentantes, adorantes, jeûneuses -ou cheminantes pour la cause d'Allah, ou émigrantes; qu'elles soient vierges ou mariées avant cela.


Le spectre Ibrahim.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 151-5)1 .

L’apôtre d'Allah appréciait Maria, qui avait une peau blanche, les cheveux bouclés, et qui était jolie. L’apôtre d'Allah l’hébergea avec sa soeur chez Umm Sulaym bint Milhan. Il s’y rendit et leur demanda de se soumettre à l’islam et elles joignirent le chemin de l’islam. Ensuite, il cohabita avec Maria, considérée comme servante, et l’envoya à al Aliya dans la propriété qu’il avait prise aux Banu Nadir ; là-bas, elle vivait l’été. Elle vécut aussi à Khurafat al Nakhl. Il lui rendit visite à cet endroit et elle était fidèle à sa nouvelle foi. Il donna sa soeur Shirin à Hassan ibn Thabit, le poête. Elle lui donna un fils, Abd al Rahman ; et Maria apporta un enfant mâle à l’apôtre d'Allah. Il lui donna le nom d’Ibrahim, et à l’occasion de la cérémonie du septième jour, il sacrifia une chèvre, rasa sa tête, donna de l’argent par charité en poids égal à ses cheveux, pour les pauvres, et ordonna que ses cheveux soient enterrés, ce qui fut fait. Il l’appela Ibrahim et sa nourrice était Salma, esclave affranchie du prophète. Elle était allée voir son époux, pour lui dire qu’elle attendait un enfant mâle. Alors Abu Rafi alla le dire à l’apôtre d'Allah qui le félicita. Il lui offrit un esclave. Les femmes de l’apôtre d'Allah se mirent à être jalouses et il leur était insupportable qu’elle ait pu lui donner un enfant mâle.
(...)
Quand Ibrahim est né, Gabriel est venu à l’apôtre d'Allah, et a dit:
-La paix soit sur toi, Abu Ibrahim !249
(...)
L’apôtre d'Allah est venu un matin et a dit:
-Un enfant mâle m’a été apporté cette nuit, et je l’ai nommé d’après mon ancêtre Ibrahim.
(...)
Il y avait un troupeau de chèvres, propriété de l’apôtre d'Allah, réservé à Ibrahim, et le lait des chamelles était aussi pour lui. Alors son corps et le corps de sa mère étaient beaux.

La mort d’Ibrahim.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 156-164).
Le prophète a offert des prières funèbres pour son fils Ibrahim ibn al Qibtiya, qui est mort quand il avait 16 mois. Il a dit:
-Il y a une nourrice qui complètera son allaitement au paradis, et il est un fidèle.
(...)
Il a dit:
-Je ne sais pas si Ibrahim, en vie, serait devenu un vrai prophète.
(...)
En vérité, le prophète a dit 4 tekbir250 pour son fils Ibrahim.
(...)
Le soleil a connu une éclipse le jour de la mort d’Ibrahim.
(...)
J’étais présente à la mort d’Ibrahim, et j’ai remarqué que l’apôtre d'Allah n’a pas interdit les pleurs quand ma soeur et moi nous avons pleuré, mais il nous a interdit de pleurer quand Ibrahim est mort. ibn Abbas251 l’a lavé alors que l’apôtre d'Allah le bénissait, et al Abbas était assis. Ensuite, il a été emporté dans la tombe, et j’ai vu l’apôtre d'Allah au bout de la tombe et al Abbas était à ses côtés.
(...)
L’apôtre d'Allah a dit:
-Si Ibrahim avait vécu, il aurait exempté tous les coptes de la capitation252 .

(Muslim, Sahih 43/4279).
... l'envoyé d'Allah dit à l'occasion de la naissance de son enfant :
-"Cette nuit-ci a connu la naissance de mon fils; je lui ai donné comme prénom celui de mon ancêtre Abraham".
Le prophète confia plus tard son fils à Umm Sayf, nourrice et épouse d'un forgeron, Abu Sayf. Il alla un jour le visiter et je l'accompagnai, dit Anas. Nous entrâmes chez Abu Sayf et le trouvâmes en train de souffler dans son instrument alors que la pièce était empestée de fumée. Je me précipitai vers l'homme, surpassant ainsi l'envoyé d'Allah .
- "Ô Abu Sayf, lui dis-je, arrête! L'envoyé d'Allah est venu!".
Abu Sayf cessa aussitôt de souffler. Le prophète demanda de voir l'enfant; il le prit, l'embrassa et lui chuchota quelques mots que Allah Seul sait. Et j'ai vu 'Ibrâhîm au moment où il rendait le dernier soupir entre les mains de son père, le prophète . Les yeux de celui-ci se mirent à répandre des larmes et il dit :
-"L'œil verse des larmes et le cœur est chagriné; mais nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur (point de contestation devant la volonté divine). Ô 'Ibrâhîm, par Allah, nous sommes affligés d'être séparés de toi!".

Le début de la guerre entre musulmans et chrétiens, par un historien anglais du XIXème siècle.
(E. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain, tome X, livre 50).253

Lorsque Héraclius revint triomphant de la guerre de Perse. il recut à Émèse un des envoyés de Mahomet, qui invitait les princes et les nations de la terre à la profession de l'islamisme. Le fanatisme des Arabes a vu dans cet événement une preuve de la conversion secrète de cet empereur chrétien, la vanité des Grecs a supposé de son côté que le prince de Médine était venu en personne visiter l'empereur, et qu'il avait accepté de la munificence impériale un riche domaine et un sûr asile dans la province de Syrie ; mais l'amitié d'Héraclius et de Mahomet fut de courte durée : la nouvelle religion avait excité plutôt que diminué l'esprit de rapine des Sarrasins, et le meurtre d'un envoyé fournit une occasion honnête d'envahir avec trois mille soldats le territoire de la Palestine qui se prolonge à l'est du Jourdain. Zeid fut chargé de la sainte bannière ; et telle fut la discipline ou le fanatisme de la secte naissante, que les plus nobles chefs servirent volontiers sous l'esclave du prophète. Si Zeid venait à mourir, Jaafar et Abdallah devaient le remplacer successivement ; et s'ils périssaient tous les trois, les troupes étaient autorisées à choisir leur général. Ces trois généraux furent tués en effet à la bataille de Muta, c'est-à-dire à la première action de guerre où les musulmans mesurèrent leur valeur contre un ennemi étranger. Zeid tomba comme un soldat au premier rang: la mort de jaafar fut héroïque et mémorable ; ayant perdu la main droite, il saisit l'étendard de la gauche ; la gauche fut aussi coupée : alors il embrassa et retint la bannière avec ses deux poignets couverts de sang, jusqu’au moment où cinquante blessures honorables l'étendirent par terre. Avancez. s'écria Abdallah qui alla le remplacer ; avancez avec confiance, la victoire ou le paradis est à nous. La lance d'un Romain décida l'alternative ; mais Caled, le converti de La Mecque, s'empara du drapeau ; neuf glaives se brisèrent dans sa main, et sa valeur contint et repoussa les chrétiens supérieurs en nombre. On tint conseil dans le camp la nuit suivante, et il fut choisi pour général dans le combat qui eut lieu le lendemain ; son habileté assura aux Sarrasins la victoire ou du moins la retraite, et Caled a reçu de ses compatriotes et de ses ennemis le glorieux surnom de l'Epée de Dieu. Mahomet monta en chaire, et peignit avec un transport prophétique le bonheur des soldats qui avaient perdu la vie pour la cause de Dieu, mais en particulier il laissa voir les sentiments de la nature ; on le surprit pleurant sur la fin de Zeid. Qu'est-ce que je vois? lui dit un de ses disciples étonné. -Vous voyez, lui répondit l'apôtre, un ami qui pleure la mort de son plus fidèle ami. Après la conquête de La Mecque, le souverain de l'Arabie voulut avoir l'air de prévenir les hostilités d'Héraclius, et il proclama solennellement la guerre contre les Romains, sans essayer de déguiser les fatigues et les dangers de cette entreprise. Les musulmans étaient découragés ; ils observèrent qu'ils manquaient d'argent, de chevaux et de vivres ; ils objectèrent les travaux de la récolte et la chaleur de l'été. renfer est beaucoup plus chaud, leur dit le prophète indigné. Il ne daigna pas les contraindre au service ; mais, à son retour, il lança une excommunication de cinquante jours contre les plus coupables. Leur désertion servit à faire ressortir le mérite d'Abubeker, d'Othman et des fidèles serviteurs qui exposèrent leur vie et leur fortune. Dix nulle cavaliers et vingt mille fantassins suivirent l'étendard de Mahomet. La marche fut en effet très pénible ; aux tourments de la soif et de la fatigue se Joignit le souffle brûlant et pestilentiel des vents du désert : dix hommes montaient tour à tour le même chameau, et se trouvèrent réduits à l'humiliante nécessité de recourir, pour se désaltérer à l'urine de cet utile quadrupède. À la moitié du chemin, c'est-à-dire à dix Journées de Médine et de Damas, ils se reposèrent près du bocage et de la fontaine de Tabuc. Mahomet ne voulut pas aller plus avant, il se déclara satisfait des intentions pacifiques de l'empereur d'Orient, dont les préparatifs militaires l'avaient probablement effrayé ; mais l'intrépide Caled répandit la terreur de son nom aux environs des lieux qu'il parcourait, et le prophète reçut la sourmission des tribus et des villes, depuis l'Euphrate jusqu'à Allah, ville située à la pointe de la mer Rouge. Mahomet accorda sans peine à ses sujets chrétiens la sûreté de leurs personnes, la liberté de leur commerce, la propriété de leurs biens, et la permission d'exercer leur culte. La faiblesse des Arabes chrétiens les avait empêchés de s'opposer à son ambition ; les disciples de Jésus étaient chers à l'ennemi des juifs, et un conquérant avait intérêt de proposer une capitulation avantageuse à la religion la plus puissante de la terre.




Chapitre 98



Les prophètes arabes

L’éradication des doctrines concurrentes




§ 647. — Présentation.

L’essor de l’islam, dans l’Arabie du VIIème siècle, est assurément un phénomène historique unique, mais qui en laisse un autre dans l’ombre, celui des anti-prophètes, ceux qui contestent l’unicité et l'originalité du projet musulman. La réussite remarquable de Muhammad ibn Abdallah a suscité des répliques, en dehors de l’islam et peut-être déjà à l’intérieur. Le sujet a été très peu abordé en Occident, à peu près inconnu254: il fait pourtant comprendre quelque chose d'essentiel. Il y avait certainement en Arabie à cette époque une ambiance messiaque, prophétique, propice au délire. De multiples personnages charismatiques et déséquilibrés se sont dressés devant la foule. Muhammad n'a été qu'un de ceux-ci, et il s'est distingué des autres par une superbe réussite politique.
Il faut noter que les sources sont là encore musulmanes, donc très partiales et même caricaturales. En passant outre leur point de vue unilatéral et caricatural, il est possible d’émettre et de réaffirmer l’idée que ces prophéties étaient de toute façon présentes, sur la scène arabe, avant même l’arrivée de Muhammad255. La répression de ces mouvements concurrents se fait de façon particulièrement brutale. Entre concurrents, il n’y a pas de pitié quand on doit s’emparer d’un marché porteur et Muhammad se révèle le plus violent et le plus retors d'entre eux.



§ 648. — "La mosquée de la nuisance".

Les sources musulmanes préfèrent donner des informations très superficielles sur cet incident curieux, qui a laissé des traces dans le Coran: la destruction par Muhammad d’une mosquée dite “de la nuisance256 ”, située à Qoba257, et la dispersion de ses fidèles. On ne saura sans doute jamais ce qui est advenu: hérésie, schisme, manichéisme258, rébellion tribale ?
Les événements qui suivent la mort de Muhammad indiquent bien les dissensions hérétiques qui agitent déjà la communauté musulmane, et qui font de cet épisode la première hérésie de l’islam. Derrière l’affaire, on a suspecté l’influence d’Abu Amir259 , un ermite chrétien de Médine, opposant de la première heure à Muhammad.
Il faut noter, sans trop sourire, que c’est l’inventeur de l’islam en personne, qui ordonne la première destruction de mosquée dans l’Histoire.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 311).

Les munafiqun avaient construit près de la porte de Médine une mosquée pour pouvoir s'y réunir sous prétexte de prier, mais, en réalité, pour y délibérer et se communiquer leurs griefs. Ils avaient dit au prophète :
-Apôtre d'Allah, nous avons construit une mosquée à une extrémité de la ville, afin que les infirmes et tous ceux qui ne peuvent pas se rendre à la grande mosquée aient un lieu pour prier. Il peut arriver que quelqu'un se trouve malade, ou que la nuit soit obscure, ou qu'il tombe de la pluie et qu'il y ait de la boue ; dans ces cas, nous accomplirons notre prière dans cette mosquée. Viens-y prier, afin que ta bénédiction y reste attachée260.
Le prophète avait répondu:
-Ne soyez pas si pressés, attendez que je sois de retour de cette expédition.
Or, lorsqu'il revint et qu'il s'arrêta à la porte de Médine, les munafiqun vinrent lui demander de prier avec eux dans cette mosquée. Allah révéla les versets suivants :
Il y en a qui ont construit une mosquée pour te nuire et pour produire l'infidélité... N'y entre jamais ... 261
En conséquence, le prophète appela quelques-uns de ses compagnons et leur dit:
- Allez détruire cette mosquée ; brisez tout ce qui est pierre et maçonnerie, et brûlez tout ce qui est bois.
Ces hommes firent ainsi ; et le prophète rentra dans la ville. Les trois musulmans qui n'avaient pas suivi le prophète, Kab ibn Malik, Morara ibn Rabi, et Hilal ibn Omayya, se présentèrent devant le prophète. Celui-ci ne leur adressa pas la parole et défendit aux musulmans de leur parler.
Ces trois hommes demeurèrent ainsi interdits dans la ville pendant quarante jours. Enfin Allah exauça leurs prières et agréa leur repentir ; il révéla le verset suivant:
Il pardonna à ces trois qui étaient restés en arrière, etc262.
Le prophète les fit appeler et leur annonça que leur repentir était agréé.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 907).
Les douze hommes263 qui l’avaient construit:
-Khidham ibn Khalid (sa maison ouvrait sur la mosquée).
-Thalaba ibn Hatib
-Muattib ibn Qushayr
-Abu Habiba ibn al Azar
-Abbab ibn Hunayf
-Jarmiya ibn Amir et ses deux fils Mujammi et Zayd
-Nabtal ibn al Harith
-Bahzaj
-Bijad ibn Othman
-Wadia ibn Thabit.

(Baladuri, Livre des conquêtes I 3).
La mosquée de Quba a été bâtie par Sad ibn Khaythamah et son site était une propriété de Labbah où elle gardait son âne. Les dissidents dirent:
-Devons-nous prier là où Labbah attache son âne? Jamais! Nous devons plutôt choisir pour nous même un autre endroit pour faire la prière, jusqu’à ce qu’Abu Amir264 vienne et conduise notre culte.
A ce moment, Abu Amir était en fuite, s’éloignant du visage d’Allah et de son prophète vers la Mecque, et de là, en Syrie, il s’était converti au christianisme.265
(...)
Les Banu Amir ibn Awf ont construit une mosquée dans laquelle le prophète les conduisait à la prière. Alors vint de la jalousie de la part de leurs frères Banu Ghann ibn Awf qui dirent:
-Nous aussi nous pouvons construire une mosquée et y inviter le prophète comme il l’a fait chez vous!
... Donc ils ont érigé une mosquée et envoyé une invitation au prophète pour venir et prier dedans266.
(Corpus coranique d'Othman 9/109-111).
Ceux qui ont pris pour eux une mosquée, par nuisance267 , impiété, schisme entre les croyants et pour faire le guet, pour ceux qui ont fait la guerre à Allah et à son apôtre antérieurement... et ceux-là jurent certes:
Nous n'avons voulu que la très belle récompense!
Mais Allah est témoin, en vérité, qu'ils sont certes des menteurs, prophète !, ne te tiens pas en cette mosquée de la nuisance!268
Une mosquée fondée sur la piété269 , dès le premier jour, est certes plus digne que tu t'y tiennes. En celle-ci sont des hommes qui aiment à se purifier.
Or Allah aime ceux qui se purifient.
Eh quoi! qui vaut le mieux ? celui qui a fondé son édifice sur de la piété envers Allah et sur son agrément, ou bien celui qui a fondé son édifice sur le bord d'une berge rongée qui s'est abimée avec lui dans le feu de la Géhenne ?
Allah ne dirige point le peuple des injustes.
L'édifice qu'ils ont construit ne cessera d'être doute en leurs cœurs, à moins que leurs cœurs ne se déchirent270.
Allah est omniscient et sage.


§ 649. — Les prophètes concurrents.

Ils sont trois, tous dans une zone d’influence juive: Mosaïlima, Aswad et Tolayhah, suivi d’une prophétesse après la mort de Muhammad271 . Le tableau qu’on en dresse est particulièrement grotesque et méprisant. Tout est fait pour dénigrer ces individus qui sont des sacrilèges pour Muhammad de par leurs existences, leur prétentions, et leur mimétisme.
La violence de la répression est là pour montrer que ces tentatives ont été considérées comme de sérieux dangers pour l’islam naissant. Elles se sont répandues dans les régions soumises aux influences chrétiennes, perses272 et surtout juives.
Ils ont certainement été plus nombreux, mais les sources ne les enregistrent pas.


Mosaïlima et Aswad.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1750).273

Le prophète rentra à Médine après avoir fait le pèlerinage de la perfection de la religion, et il commença à se plaindre de sa maladie. Comme les voyages étaient à nouveau permis après le pèlerinage, la nouvelle de la maladie du prophète se répandit, et al Aswad et Mosaïlima saisirent l’opportunité et proclamèrent qu’ils étaient prophètes, le premier au Yémen et le second au Yamama, et ces nouvelles sont arrivés jusqu’au prophète. Après la rémission du prophète, Tolayhah saisit l’opportunité et se proclama prophète dans le pays des Banu Asad. Puis au mois de muharram, le prophète se plaignit d’une douleur et il en mourut.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 964).

Les grands menteurs Mosaïlima et Aswad ibn Kab al Ansi ont parlé du temps de la vie de l’apôtre d'Allah, le premier au Yamama, le second à Sanaa.
(...)
J’ai entendu l’apôtre d'Allah dire du haut de la chaire:
-J’ai vu sur mon bras deux bracelets en or, et je les ai détestés, je les ai frappés et ils sont partis. J’ai interprêté cela comme si c’étaient les deux grands menteurs, l’homme de al Yamama et celui du Yémen.

La répression.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1798).274

L’apôtre d'Allah partit en guerre contre les faux prophètes en envoyant des messagers. Il envoya un messager à des descendants des soldats perses dans le Yémen et leur ordonna de se débarasser d’al Aswad par un habile stratagème. Il leur donna instruction de chercher d el’aide auprès des Banu Tamim et Qays, et envoya des lettres aux uns et aus autres pour s’aider. Ils firent ce qui était dit. Les possibilités de fuite des apostats furent coupées, et ils furent attaqués partout où ils étaient, en état de faiblesse. Al Aswad fut tué alors que le prophète était vivant, un jour ou une nuit avant sa mort. Tolayhah, Mosaïlima275 et les autres de cette espèce furent éliminés par les messagers.

§ 650. — Le prophète Mosaïlima.

Le personnage paraît pittoresque276, mais derrière ces apparences quasi-satiriques, on pressent qu’il a été le concurrent le plus sérieux. Le dénigrement commence avec la rencontre entre les deux hommes. Par la suite, Mosaïlima277 est présenté comme un anti-Muhammad, qui prend le contre-pied de la doctrine musulmane dans tous ces aspects. Il serait plus habile d’identifier dans sa doctrine des influences chrétiennes, pour lui et pour sa femme Sajah, qui le remplace comme prophétesse après sa mort278.
La courte correspondance entre les deux est un document exceptionnel, et remarquable par le contraste très fort entre les deux, dans le fond et la forme279 .

1. — Le début d’une carrière prophétique.


Le but exclusif des documents est de montrer un personnage dans toute son imposture , son artificialité et son ridicule.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 945-6).

La députation des Banu Hanifa vint vers l’apôtre d'Allah apportant avec elle Mosaïlima ibn Habib, le grand menteur . Un des érudits de Médine dit qu’ils l’avaient mis sous des tissus. L’apôtre d'Allah était assis avec ses compagnons avec une branche de palmier au dessus de lui. Il apparut à l’apôtre d'Allah quand ils le firent sortir de dessous ces tissus. Il lui parla et lui demanda un cadeau. L’apôtre d'Allah répondit:
- Même si tu me demandais cette branche de palmier, je ne te la donnerai pas.
(...)

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 320-22).
Ensuite il arriva du Yamama une députation des Banu Hanifa, composée de dix hommes, parmi lesquels se trouvait Mosaïlima, l'imposteur280 , qui était déjà auparavant venu à Médine, qui avait entendu le prophète et qui, ensuite, était retourné dans le Yamama. C'était un homme très éloquent et sachant s'exprimer en beau langage rimé. Or, les Banu Hanifa, voyant que tous les Arabes envoyaient au prophète des députations et embrassaient l'islam, firent également partir une députation de dix hommes, et parmi eux Mosaïlima. Celui-ci savait que le prophète avait l'habitude de prononcer la maxime suivante281 :
-Quand plusieurs hommes voyagent, le meilleur d'entre eux est celui qui sert les autres.
Or, en entrant dans Médine, les dix messagers firent halte à Baqi al Gharqad.
Mosaïlima dit à ses compagnons :
-Allez, moi je resterai ici pour garder vos bagages. Si Muhammad vous demande “Pourquoi vous n'êtes qu'au nombre de neuf, puisque vous êtes entrés dix à Médine”, répondez-lui que l'un de vous est chargé du service et garde vos bagages.
Ces hommes vinrent se présenter au prophète, qui leur dit :
- Vous étiez dix lorsque vous êtes entrés dans la ville ; qu'est devenu le dixième?
Ils répondirent :
-Apôtre d'Allah, il est notre serviteur, il garde nos bagages.
Le prophète, selon son habitude, répliqua :
-C'est le meilleur d'entre vous.
Quand ils revinrent auprès de Mosaïlima et qu'ils lui répétèrent les paroles du prophète, Mosaïlima dit:
-Ce prophète vient de confirmer mon mérite.282
Après avoir enseigné à ces neuf députés la religion musulmane, le prophète leur donna par écrit les institutions et les obligations de l'islam, et leur recommanda d'appeler à la religion les Banu Hanifa et les habitants du Yamama. Quelques-uns disent que Mosaïlima vit le prophète, mais cela n'est pas exact. Quand ils furent de retour avec Mosaïlima dans leur pays, et qu'ils exposèrent les lois de l'islam aux Banu Hanifa, ceux-ci les trouvèrent trop rigoureuses.


2. — L’exposé de la doctrine hérétique.

La Tradition Islamique présente là une caricature de l’hérésie, à laquelle personne ne peut prêter crédit.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 945).
Quand ils arrivèrent à al Yamama283, l’ennemi d’Allah apostasia, se présenta comme prophète, et s’amusa à mentir. Il disait:
-Je suis son collègue dans cette affaire.
Il dit aussi à la délégation:
-Ne vous a t-il pas dit, quand vous m’avez présenté “Sa position n’est pas pire que la mienne”? Cela veut bien dire que c’est un collègue, pour moi.
Ensuite, il se mit à réciter des vers rythmés284 et parlait en imitant le style du Coran285:
Allah a été agréable à la femme enceinte ; il lui a apporté un être vivant qui peut bouger ; depuis l’intérieur d’elle286.
Il leur permit de boire du vin, de forniquer et il les dispensa de la prière, tout en reconnaissant que l’apôtre d'Allah était un prophète287. Et les Banu Hanifa étaient d’accord avec lui.
Mais Allah sait la vérité288.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 320-22).
Alors Mosaïlima dit:
-Je suis prophète, comme Muhammad ; la moitié de la terre est à moi, l'autre moitié à lui. Vous avez vu Muhammad, dit-il à ses neuf compagnons en invoquant leur témoignage, et vous savez qu'il a confirmé ma supériorité, en me déclarant, le meilleur d'entre vous.
Puis il ajouta:
-Vous ne trouverez pas de meilleur prophète que moi ; pourquoi suivre un prophète étranger? Ma doctrine est plus facile que celle de Muhammad.
Mosaïlima donna à ses compatriotes des institutions religieuses, les dispensa de la prière, et déclara licites la fornication et le vin. Ces lois leur plurent: ils le reconnurent comme prophète et acceptèrent sa religion. Il débitait des discours rimés, non rythmés289 , qu'il prétendait avoir reçus du ciel.
Du vivant du prophète, il disait:
-J'ai la mission prophétique pour une moitié de la terre, et Muhammad également pour une moitié. Muhammad a reçu ses révélations de Gabriel, et moi de Michel290. Lorsque ses adhérents furent devenus, nombreux, il prit le nom de Rahman du Yemama291.
Devenu puissant, il adressa au prophète une lettre ainsi conçue:
“Moi Mosaïlima, Rahman292 du Yamama, à Muhammad ibn Abdallah, apôtre d'Allah parmi les Quraysh. (Il omettait le nom de son père, qui était Habib.) En ton nom, ô Allah, secours constant! Or à moi la moitié de la terre, à toi l'autre moitié. Mais vous, les Banu Abdul Muttalib293 , vous n'aimez pas le partage équitable. “
Il fit porter cette lettre par quelques hommes des Banu Hanifa. Le prophète, après avoir lu cette lettre, demanda aux messagers quelle était leur propre opinion.
Ils répondirent :
-Nous pensons de même que tu dois exercer la fonction prophétique dans une moitié de la terre, et lui dans l'autre moitié.
Le prophète répliqua :
-On ne doit pas tuer des députés ; sans cela je vous ferais mettre à mort. Ensuite il fit écrire une réponse en ces termes:
“Moi Muhammad, apôtre d'Allah, à Mosaïlima, l'imposteur.
Au nom du Allah clément et miséricordieux. Or la terre est à Allah, il en donne la possession à celui de ses serviteurs qu'il veut. La récompense finale sera à ceux qui le craignent.”

Le prophète renvoya les deux messagers avec cette lettre. Il y avait dans le Yamama un chef des Banu Hanifa, nommé Madjaa ibn Asad, homme distingué par son éloquence, auquel on présenta les deux lettres. Il dit :
-La dernière de ces deux lettres ressemble aux paroles des prophètes.
Lorsque le prophète mourut, Mosaïlima dit:
-Gabriel est venu me trouver et m'a confié la mission prophétique sur toute la terre.294
Il demeura dans cette prétention jusqu'à ce que Abu Bakr envoya contre lui une armée sous les ordres de Khalid ibn Walid, qui le tua.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 86).

Parmi les délégués se trouvait Mosaïlima, le faux prophète, Thumamah, qui dit à l’apôtre d’Allah:
-Si tu le veux, nous te laisserons toute autorité sur ton territoire, et nous te prêterons allégeance, mais après ta mort, tout retournera à nous.
-Non! dit l’apôtre d'Allah, absolument pas. Et qu’Allah vous frappe!

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 87).
Quand la délégation des Banu Hanifa rentra au Yémen, Mosaïlimah, le faux prophète, déclara qu’il était prophète... Les Banu Hanifa et d’autres au Yaman le suivirent.
Alors il écrivit le message suivant:
“De Musaïlimah, messager d’Allah à Muhammad, messager d’Allah, salut.
La terre appartient à nous pour la moitié, et aux Quraysh, l’autre moitié. Mais les Quraysh n’agissent pas avec équité.”
L’apôtre d'Allah répondit:
“Au nom d’Allah, le compatissant, le miséricordieux.
De Muhammad, le prophète, à Mosaïlimah le faux prophète, salut.
terre est à Allah. A celui de ses serviteurs, qu’il lui plaise de la donner comme héritage.
Et que la paix soit sur ceux qui suivent la juste voix.
(...)
Je suis prophète, comme Muhammad ; la moitié de la terre est à moi, l’autre moitié est à lui... Vous ne trouverez pas de meilleur prophète que moi ; pourquoi suivre un prophète étranger? Ma doctrine est plus facile que celle de Muhammad.
Mosaïlima donna à ses compatriotes des institutions religieuses, les dispensa de prières, et déclara licites la fornication et le vin. Ces lois plurent: ils le reconnurent comme prophète et acceptèrent sa religion.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 90).
... Mosaïlimah, le faux prophète était petit, très pâle, avec un nez camus et plat. Il était surnommé Abu Thumamah, ou selon d’autres, Abu Thumalah. Son muezzin, Hujayr, appelé à la prière, déclamait:
-J’atteste que Mosaïlimah déclare être295 l’apôtre d’Allah.
A ce sujet, on a dit “Hujayr s’exprimant avec éloquence”, ce qui est devenu un proverbe.

La carrière du messager de Muhammad à Mosaïlima.
(ibn al Kalbi, Jamharat al Ansab).296

L’envoyé d'Allah chargea Amir par cinq fois de missions diplomatiques: une fois chez le Négus pour l’inviter à embrasser l’islam, une fois chez le Négus pour lui demander de célébrer le mariage du prophète en son absence avec une réfugiée musulmane en Abyssinie, une fois pour faire rentrer Jafar ibn Abu Talib297, une fois avec une lettre pour l’imposteur Mosaïlima, et une fois pour assassiner Abu Sufyan, lorsqu’Amir enleva, après l’avoir détaché de la croix, le corps de l’ansar Khubayb ibn Abu Adi, crucifié par les Quraysh.298

La lettre de Mosaïlima.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 965).

Musaylima a écrit à l’apôtre d'Allah:
De la part de Mosaïlima l’apôtre d'Allah à Muhammad l’apôtre d'Allah. La paix soit sur toi. Je t’ai fait mon collègue en autorité. A nous appartient la moitié de la terre et aux Quraysh l’autre moitié, mais les Quraysh sont un peuple hostile.
Deux messagers ont apporté la lettre.
(...)
J’ai entendu l’apôtre d'Allah leur dire:
-Que dites vous de cela?
Ils dirent la même chose que Mosaïlima.
Il répliqua:
-Par Allah, on ne doit pas tuer les messagers. Sinon, je vous aurai décapité tous deux!
Il écrivit à Mosaïlima:
“De Muhammad l’apôtre d'Allah à Mosaïlima le menteur.
La paix soit sur celui qui suit la voix juste.
La terre est à Allah. Il laisse en hériter celui qu’il veut et la fin heureuse va aux pieux.”299


3. — La répression de l’anti-prophétie.

La sécession du Yamama semble avoir tracassé Muhammad et ses amis. Son écrasement a été difficile, parce qu’il s’appuyait sur des forces sécessionnistes et tribales.
Ce serait dans ce contexte que le besoin de mettre par écrit les bribes coraniques s’est fait sentir, devant les pertes subies parmi les “lecteurs”.300

Le Yamama.
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 30).301

Le Yamama est une vallée, dont la ville principale se nomme Khidrima : plus petite que la ville de l'Envoyé de Allah, elle possède plus de palmiers et plus de fruits que Médine et que tout le reste du Hedjaz. C'était autrefois l'habitat de Rabi'a et de Mudar, mais lorsque les Banu Okhaydir s'y établirent, les Arabes émigrèrent sur la cote égyptienne, entre le Nil et la mer Rouge : c'est là que s'installèrent Rabi'a et Mudar, et ce territoire devint, comme pour les Tamim, leur lieu de séjour, qu'ils ne quittèrent plus. Ils y fondèrent des localités sans chaire, comme Muhdatha, à l'extérieur d'Assouan et Allaqi, autour d'un point d'eau par où passent les pélerins se rendant à Aydhab. Ce sont des spécialistes de mines d'or, et leur implantation eut lieu à la suite d'incidents que je conterai en leur place.
Après la Mecque et Médine, il n'y a pas de territoire plus vaste que le Yamama, puis vient dans l'ordre de la superficie Wadil Qura, également riche en palmeraies.

Un rêve de Muhammad.
(Muslim, Sahih 29/5650).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Je dormais, et je voyais dans mes mains deux bracelets d’or. Cela me dit une effet très perturbant et je me suis dit dans mon rêve que je devrai les écraser. Je les fais, et il n’en est rien resté. J’ai interprêté l’irruption de ces bracelets correspondait à ces deux grands menteurs qui allaient arrivés devant moi ; l’un d’eux était Anasi l’habitant de Sanaa et l’autre Mosaïlima l’habitant du Yamama.

(Bukhari, Sahih 65/9, 20).
ibn Es Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit al Ansari, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit:
-Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama, m’y envoya chercher pendant que Omar était auprèsde lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, et qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties ; et il estime que c'est toi qui devrais procéder à cette rédaction. Or, continua Abu Bakr, j'ai répondu à Omar que je ne voyais pas comment je pourrais faire une chose que l'envoyé d'Allah n'avait pas faite lui-même. Mais Omar m'a dit que cette rédaction serait préférable, et il a insisté sur ce point auprès de moi. Enfin Allah m'a fait adopter cette idée, et je suis de l'avis de Omar.

(Baladuri, Livre des conquêtes 88,93).

Le premier à rencontrer les musulmans fut ar Rajjal, qui fut aussitôt tué, avec l’aide d’Allah. Beaucoup de personnes importantes et de lecteurs du Coran302, parmi les musulmans, tombèrent en martyrs.
Les musulmans prirent la fuite, et revinrent ensuite, et Allah leur donna la victoire et fit fuir les gens du Yamama. Les musulmans les poursuivirent, et leur infligèrent des morts horribles. Muhakkir fut frappé par une flèche d’Abd ar Rahman303 et tomba mort. Les infidèles se réfugièrent à Hakikak, qui plus tard fut appelée Hakikak al Mawt304. (...) Hakikak fut appelé ainsi à cause du grand nombre de gens massacrés à l’intérieur.
A Hakikak, Mosaïlima fut tué, avec l’aide d’Allah305. (...) Concernant les pertes des martyrs à Yamama, il n’y a pas d’accord: le minimum s’établit à 700, le maximum à 1700, la plupart l’estimant à 1200.

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 1316).
Des gens vinrent demander au prophète d'envoyer avec eux des hommes pour leur enseigner le Coran et la Sunna . Il leur envoya soixante dix hommes des ansar appelés "les lecteurs du Coran". Parmi eux se trouvait mon oncle Haràm. Ils lisaient le soir le Coran et l'étudiaient entre eux (c'est-à-dire l'apprenaient). Le jour, ils apportaient l'eau et la plaçaient dans la mosquée. Ils ramassaient aussi du bois qu'ils vendaient pour acheter avec son prix de quoi nourrir les gens de Soffa 306 . ainsi que les pauvres. Le prophète les envoya donc mais les autres les attaquèrent traîtreusement et les tuèrent avant qu'ils n'arrivent à destination. Ils dirent (avant de mourir):
- "Seigneur Allah! Fais savoir de notre pan à notre prophète que nous t'avons rejoint. Nous fûmes satisfaits de toi et tu fus satisfait de nous".
Un homme307 attaqua par derrière Harâm ibn Malhan, l'oncle de Anas. Il le transperça de sa lance.
Harâm dit alors :
- "J'ai remporté le succès, par le Seigneur de la Ka'ba".
Le messager d'Allah dit au même moment (à Médine) :
-"Vos frères viennent d'être massacrés et ils ont dit avant de mourir : "Seigneur Allah! Annonce de notre part à notre prophète que nous t'avons rejoint, que nous fûmes satisfaits de toi et que tu fus satisfait de nous"".

(Bukhari, Sahih 56/39).
Musa ibn Anas dit en parlant de la journée de Yamama:
-Anas étant allé trouver Thabit ibn Qays, le trouva, les cuisses découvertes, qui se frottait de baume aromatique :
-Ô mon oncle, lui dit-il, qu'est-ce donc qui te retient de venir au combat?
- A l'instant, mon neveu, répondit Thabit.
Et il se mit à s'embaumer, c'est-à-dire à se frotter de baume. Puis, étant arrivé, il s'assit.
Anas, qui rapporte ce hadith, dit qu'à ce moment les musulmans s'étaient repliés :
-Toute cette distance devant nous, avant que nous ne puissions frapper l'ennemi! dit Thabit ; vraiment ce n'était pas là notre manière de combattre avec l'envoyé d'Allah308 ; c'est une bien mauvaise habitude que vous donnez à vos adversaires.

La dureté des combats.
(Tabari, Tafsir, introduction 2, 3).309

Les compagnons de l’envoyé d'Allah ont été décimé au Yémen comme des papillons sur un brasier, et je crains qu’il ne soit de même ailleurs. Or ils étaient porteurs du Coran car ils le savaient par coeur et s’ils venaient à disparaitre, le Coran se perdrait, et disparaîtrait.

(Bukhari, Sahih 65/9, 20).
ibn As Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit El Ansari, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit: Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama, m'envoya chercher pendant que Omar était auprès de lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, met qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties ; et il estime que c'est toi qui devrais procéder à cette rédaction.

Le meurtre de Mosaïlima.
(Bukhari, Sahih 64/23)

Lorsque l'envoyé d'Allah eut rendu son âme à Allah, l'imposteur Mosaïlima se mit en campagne.
-Je vais, m'écriai-je alors, aller en expédition contre Mosaïlima, et peut-être réussirai-je à le tuer et à racheter ainsi le meurtre de Hamza.
Je partis avec les fidèles et, après divers événements qui se produisirent, je trouvai ,tout à coup un homme debout dans une brèche de muraille. Cet homme semblait un chameau gris et ses cheveux flottaient au vent. Je lui lançai mon javelot qui se planta entre ses deux seins et sortit entre les deux omoplates. Aussitôt un homme des ansar bondit sur lui et, de son sabre, le frappa sur la tête.
Sulayman ibn Yesar a raconté à Abdallah ibn El Fadl qu'il avait entendu Abdallah ibn Omar dire :
-Quand Mosaïlima fut tué, une femme cria du haut d'une maison:
-Malheureux prince des croyants310, c'est un esclave noir qui l'a tué311.


4. — Le sort des partisans de Mosaïlima.

Aucune pitié contre les partisans de l'anti-prophète, qui sont donc comme des "anti-musulmans". C'est une suite de récits concernant une répression particulièrement féroce, mais contés avec délices.

(Dawud, Hadith 14/ 2755).312

J’ai entendu l’apôtre d’Allah dire quand il a lu la lettre de Mosaïlima:
-Que croyez vous vous même?
Ils dirent:
-Nous croyons ce qu’il croit.
Il dit:
-Je jure par Allah que s’il n’était pas dit que les messagers ne doivent pas être tués, je vous aurai tranché la tête.

(Dawud, Hadith 14/ 2756).313
... je passais par une mosquée des Banu Hanifa. Les gens croyaient en Mosaïlima. Abdullah les convoqua. Ils furent amenés et il le demanda s’ils se repentaient, ce qu’ils firent, sauf ibn an Nawwahah. Il lui dit: j’ai entendu l’apôtre d’Allah dire:
-Si vous n’étiez pas des messagers, je vous aurai décapité. Mais aujourd’hui, tu n’es pas un messager.
Il ordonna que Qarazah ibn Kab le tue. Il le décapita sur la place du marché. Tous ceux qui voulaient voir mourir ibn an Nawwahah sur le marché purent le faire.314

La conversion de Thumama.
(Muslim, Sahih 19/ 4361).315
Le messager d’Allah a envoyé des cavaliers dans le Nadj ; ils capturèrent un homme. Il était de la tribu des Banu Hanifa et s’appelait Thumama ibn Uthal. Il était chef du peuple de Yamama. Les gens l’attachèrent au pilier d’une mosquée.... Il entra dans la mosquée et dit:
-... Ô Muhammad, il n’y avait pas de visage plus haïssable que le tien sur terre et maintenant, ton visage est devenu le plus cher des visages. Par Allah, il n’y avait pas de religion plus détestable que ta religion, et maintenant ta religion est devenue la plus précieuse pour moi...

(Muslim, Sahih 32-3310).316
D'après Abu Hurayra, le prophète envoya une cavalerie du côté du Najd. Elle ramena un homme des Banû Hanîfa, nommé Thumâma ibn `Uthâl, chef d'Al Yamâma. On l'attacha à l'un des piliers de la mosquée. Le prophète alla le trouver et lui dit :
-"Que penses-tu maintenant ô Thumâma?".
- "Tout ce qui est bien, ô Muhammad, répondit-il, si tu me tues, tu auras fait périr un homme dont le sang sera vengé; si tu me fais grâce, tu auras fait grâce à un homme reconnaissant et si tu veux de l'argent, tu obtiendras ce que tu voudras".
Le prophète le laissa et, le lendemain, il revint lui dire :
-"Que penses-tu maintenant, ô Thumâma?".
- "Ce que je t'ai déjà dit", répondit-il; et il lui répéta ce qu'il lui a dit la veille.
Le prophète le laissa de nouveau et, le lendemain, il revint et lui répéta :
-"Que penses-tu maintenant, ô Thumâma?".
- "Ce que je t'ai déjà dit", répondit-il.
- "Qu'on mette Thumâma en liberté!", s'écria le prophète .
Il (Thumâma) se rendit aussitôt à un enclos de dattiers voisin de la mosquée, se lava et revint à la mosquée où il prononça ces mots :
-"J'atteste qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah et j'atteste que Muhammad est le serviteur d'Allah et son envoyé. Par Allah, ô Muhammad, jusqu'ici aucun visage d'homme sur terre ne m'était plus odieux que le tien, mais maintenant ton visage est celui de tous que j'aime le mieux. Par Allah, aucune religion ne m'était plus odieuse que ta religion et maintenant ta religion est celle que j'aime le plus. Par Allah, aucune ville ne m'était plus odieuse que ta ville et maintenant nulle ville ne me plaît autant que la tienne. Tes cavaliers m'ont pris au moment où je voulais faire la `Umra, que penses-tu que je devrai faire?".
Le prophète le félicita et lui enjoignit de faire la umra. Quand il arriva à La Mecque, quelqu'un lui dit :
-"Tu as changé ta religion?".
- "J'ai embrassé l'islam avec l'envoyé d'Allah, répondit-il; et maintenant, jamais, non jamais, par Allah, vous ne recevrez un grain de froment d' Al Yamâma, sans que le prophète en ait donné l'autorisation".

(Bukhari, Sahih 41/ 604).317

L’apôtre d’Allah a envoyé des cavaliers dans le Najd et ils ont pris et amené un homme appelé Thumama ibn Utha, chef des Yamama, et ils l’ont ligoté à un des piliers de la mosquée. Alors L’apôtre d’Allah est venu le voir et l’apôtre d’Allah a dit:
-Qu’as-tu à déclarer, Thumama?
Il répondit:
-J’ai de bonnes nouvelles, ô Muhammad!318

(Bukhari, Sahih 44/ 7).
L’envoyé d'Allah avaut envoyé un détachement de cavalerie du côté du Najd. Ce détachement ramena un homme des Banu Hanifa, nommé Thumama ibn Othal et qui était le chef des gens d’al Yamama. Le prisonnier fut attaché à une colonne de la mosquée. Sortant de son appartement, l’envoyé d'Allah vint trouver le prisonnier et lui dit:
-Qu’as-tu? Ô Thumama?
-Ô Muhammad, j’ai du bien319 .
Le récit complet se termina par ces mots du prophète:
-Relâchez Thumama.

§ 651. —Le prophète Aswad.


Cet autre concurrent, Aswad , a occupé le Yémen, et il semble qu’il ait connu quelques succès militaires, avant d’être réduit. Il est tué juste avant la mort de Muhammad, et cette nouvelle lui procure son dernier moment de bonheur sur cette terre...320
Le personnage d’Aswad -Le Noir- est aussi connu sous le nom de “L’Homme voilé”321 , ou même “L’Homme sur l’âne”322 , dénominations qui ont en commun le but de le dénigrer323.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1795-6).324
La première apostasie325 en islam eut lieu dans le Yémen, alors que l’apôtre d'Allah était encore vivant. Elle était dirigée par Dhu al Khimar Abhalah ibn Kab, appelé Aswad. (...) Al Aswad était un devin et un jongleur. Il montrait des choses merveilleuses pour gagner les coeurs de ceux qui l’écoutaient. La première fois qu’il proclama sa prophétie, ce fut au sortir d’un grotte de Khubban. C’était son domicile parce qu’il était né là et y avait grandi. (...) Qays ibn Abd Yaghut attaqua Farwah ibn Musayk, l’agent du prophète à Murad et l’expulsa, le remplaçant par al Aswad. Al Aswad ne s’arrêta pas à Najran et marcha sur Sanaa, et l’occupa. Les nouvelles de la révolte et de l’occupation de Sanaa parvinrent au prophète.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 340).
Ensuite le prophète fut informé que, dans le Yémen, il avait aussi aux Arabes voisins du Yémen, qui étaient restés fidèles à l'islam, d'aller au secours des musulmans du Yémen. Tous ces hommes réunis attaquèrent Aswad et le tuèrent. Cette nouvelle causa une grande joie au prophète et une amélioration de sa santé. Il eut assez de forces pour sortir, et, le front enveloppé d'un bandeau, à cause de sa douleur à la tête, il vint au milieu du peuple et prononça un sermon. Après avoir rendu grâces à Allah de la mort d’Aswad, il dit :
- Les deux autres, Mosaïlima et Tolayha, périront également, et Allah maintiendra ma religion jusqu'au jour de la résurrection. J'ai fait un rêve cette nuit. Il m'a semblé que je tenais dans mes deux mains deux coupes de lait, ce qui m'était désagréable. Ensuite Allah les a ôtées de mes mains. J'explique ce rêve ainsi: les deux coupes signifient les deux imposteurs qui ont surgi sur la terre ; Allah les fera échouer.


§ 652. — Le prophète Tolayhah.

Celui-ci appartient à la toute fin du règne de Muhammad, et lui survit sans doute. On n’en sait guère plus. C'est Abu bakr qui doit lui régler son compte, au cours de la répression de la Grande Apostasie.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1797).326
Peu après, Tolayhah proclama sa prophétie alors que l’armée d’Ussama était à Samira. La communauté d’Aswad suivit Tolayhah et la renforça. Il envoya son frère Hibal après du prophète, l’invitant à faire la paix avec lui, et lui donnant de ses nouvelles. Hibal lui dit que le nom de celui qui rendait visite à Tolayhah était Dhu al Nun, et il dit que cet esprit était un ange. Ensuite, Hibal dit, en se présentant qu’il était le fils de Khuwaylid.
Le prophète répliqua:
-Qu’Allah vous tue et vous prive de la shahada327.


§ 653. — L’apostasie des tribus bédouines.


C’est un phénomène continu dans l’histoire des tribus arabes soumises à l’islam, qui se révoltent contre toute autorité politique extérieure, d’où qu’elle vienne. Les motivations en sont multiples: regret des dieux anciens, banditisme, rejet de la fiscalité, et plus simplementrésultat d’un immense malentendu: les tribus se sont soumises à un nouvel ordre politique, sans concevoir sa dimension théocratique et totalitaire. Les sources musulmanes n’ont pas trop insisté sur le phénomène, qui perturbe le schéma d’une soumission inconditionnelle.
On ne peut que survoler ce phénomène protéiforme et incontestable.
La répression est sauvage, sous Muhammad comme sous Abu Bakr328.


(Bukhari, Sahih 59/234).329
Des gens de la tribu d’Ukl sont venus au prophète et ont embrassé l’islam...ils sont devenus apostats... et le prophète ordonna que leurs mains et pieds soient coupés, que leurs yeux soient brûlés avec des pointes de fer et que leurs mutilations ne soient pas cautérisées pour qu’ils en meurent... ils furent mis dans un endroit appelé Al Harra et quand ils demandèrent de l’eau, ils n’en reçurent pas jusqu’à leur mort.330

(Bukhari, Sahih 71/ 589)331 .
...J’ai vu l’un d’entre eux lècher la terre avant sa langue avant de mourir.

(Bukhari, Sahih 16/ 117)332 .
Le prophète récita la prière qunut pendant un mois pour demander à Allah de punir les tribus de Rul et Dhakwan.

(Muslim, Sahih 20/4672)333 .
...Le messager d’Allah a envoyé une force contre les Banu Lihyan:
-Un homme sur deux devra participer à l’expédition...

(Muslim, Sahih 16/ 4134)334

Le prophète a coupé les mains et les pieds des hommes appartenant à la tribu d’Urayna et ordonné de ne pas cautériser leurs plaies pour qu’ils en meurent.

(Muslim, Sahih 16/4130).335

... des gens appartenant à la tribu d’Urayna vinrent voir le messager d’Allah à Médine et ils trouvèrent le climat malsain ; alors le messager d’Allah leur dit:
-Allez boire l’urine et le lait des chameaux de Sadaqa.
Ils le firent et allèrent mieux. Puis ils tombèrent sur des bergers, les tuèrent et prirent les chameaux du prophète. La nouvelle vint au messager d’Allah qui envoya des hommes à leur recherche et ils furent amenés devant lui. Il leur fit couper les mains, les pieds, enlever les yeux et les fit jeter sur un sol de pierre jusqu’à ce qu’ils meurent.336

(Dawud, Hadith 19/3038).337

Un homme appartenant aux Usbadhiyin du peuple de Bahrayn, qui étaient les Mages338 de Hajar, vint voir l’apôtre d’Allah, resta avec lui et sortit. Je lui ai demandé:
-Qu’a décidé Allah et l’apôtre d’Allah à votre sujet?
Il répondit:
-Le mal.
J’ai dit:
-le silence?
Il a dit:
-Islam ou la mort.
Abdurrahman ibn Awf a dit:
-Il a accepté le tribut de leur part.
ibn Abbas a dit:
-Les gens suivent l’avis d’Abdurrahman ibn Awf et ils rejettent ce que j’ai entendu de la part de la part des Usbadhi.









Chapitre 99

“Soumets-toi ou...”

Un ton nouveau dans les relations internationales




§ 654. — Présentation.

Il existe un dossier assez solide et conséquent de documents présentés comme originaux, des textes qui seraient les traces de l’activité diplomatique de Muhammad339 , de ses adjoints et successeurs immédiats340. Même si un écart d’au moins deux siècles séparent la vie de ce chef d’Etat et les mises par écrit, ils proposent d’intéressantes données, qui ne sont pas toutes à rejeter d'emblée341.
Le premier groupe concerne la correspondance avec les grands personnages de l’époque342 . Dans ce cas, la suspicion est de rigueur: on voit trop bien l’objectif de ces textes, écrits à des époques bien plus tardives, dans le cadre d’une propagande active contre les ennemis de l’islam, surtout chrétiens: ces faux évidents veulent faire croire aux contemporains que les souverains précédents ont eu des relations de respect et d’admiration pour l’islam, et qu’ils se sont parfois convertis: l’essentiel est de faire reconnaître Muhammad comme un prophète et pour cela, tous les moyens sont bons. Ces fables n’ont eu aucun écho dans le monde byzantin, mais elles ont pu conforter les troupes musulmanes quand elles en partaient l’affronter343. Aucune de ces lettres n’a été retrouvé chez leurs destinataire, et aucune dans la langue du destinaire, ce qui est un sérieux indice de leur inauthenticité.
Le second groupe est à considérer avec moins de sévérité: on y parle de bestiaux, de terroirs et de quantités médiocres d’argent. C’est un échange classique entre un pouvoir dominant et des communautés soumises. L’objet de la négociation n’est pas le degré de soumission, qui est fixe, mais plutôt la balance entre la conversion religieuse et l’exploitation économique.344 On peut aussi estimer que la langue et l'écriture arabes qu'elles contiennent conviennent à ce public d'Arabie.
Rien ne rappelle la théologie, le débat, le dialogue, un minimum d’élévation dans la pensée. La soumission -l'islam- est strictement politique et idéologique. Ses composants religieux ne sont élaborés que bien plus tard, essentiellement sous les Abbasssides.

§ 655. — L’activité diplomatique.

L'acribie de l'historien doit s'éveiller au contact de ces documents diplomatiques au sens premier du terme. Ces faux ont tous été rédigés au cours de la période classique et impérialiste de l'islam, quand tous les tenants du pouvoir rêvaient d'obtenir des textes évoquant le prélude de leur propre comportement.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 972).

Yazid (...) m’a dit qu’il avait trouvé un document dans lequel il y avait un memorandum de tous ceux que l’apôtre d'Allah avait envoyés aux pays et aux rois arabes et non-arabes, et ce qu’il a dit à ses compagnons quand il les a envoyés. Je l’ai envoyé à Muhammad ibn Shihab et il l’a authentifié.
Il contient l’avis suivant:
-Allah m’a envoyé comme miséricorde pour tous les hommes, alors prenez ce message de ma part, qu’Allah ait pitié de vous. Ne m’abandonnez pas comme les disciples ont abandonné Jésus fils de Marie.345
Ils demandèrent comment ils l’avaient abandonné. Il dit:
-Il les a appelés à une tâche similaire à celle-ci. Ceux qui avaient un voyage court étaient contents et ont accepté ; ceux qui avaitent un voyage long étaient mécontents et ont refusé. Jésus s’en est plaint auprès d’Allah346.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 972).
L’apôtre d'Allah répartit ses compagnons et envoya Salit ibn Amir à Hawdha ibn Ali, chef du Yamama. al Ala ibn al Hadrami à al Mundhir ibn Sawa, chef de al Bahrayn. Amir ibn al As à Jayfar ibn Julanda et son frère Abbad, les Asdis, chefs d’Oman. Hatib ibn Abu Baltaa au Muqawqis chef d’Alexandrie (...) Dihya ibn Khalifa à César, qui était Héraclius à Rome347 . (...) L’apôtre d'Allah envoya Amir ibn Umayya au Négus. (...) Abdullah ibn Hudhafa apporta la lettre de l’apôtre d'Allah à Khosroès et quad il l’a lue, il l’a déchirée348.

(Muslim, Sahih 19/4380).349
Après cela, je t’invite à te soumettre à l’islam. Soumets toi et tu seras auf. Soumets toi et tu auras d'Allah une récompense double. Si tu te détournes, sur toi sera le péché de tes sujets...


(Muslim, Sahih 19/4382).350
... le prophète d’Allah a écrit à Khosroès, César, Négus, et d’autres despotes pour les inviter à la soumission à Allah, l’exhalté...

(Baladuri, Livre des conquêtes XVI 76-77).
Que la paix soit sur celui qui suit le bon chemin ... mais si vous refusez d’accepter l’islam, votre puissance disparaîtra, mes chevaux camperont sur votre territoire et ma prophétie dominera votre royaume.

(Bukhari, Sahih 97/6).351
D’après Abu Horayra, le prophète a dit:
Au jour de la résurrection, Allah empoignera la terre, pliera le ciel de sa main droite et dira:
-Je suis le roi. Où sont les rois de la terre?



§ 656. — Correspondance avec le Négus.


De toutes les correspondances, celle-ci est la plus irréaliste. L’accueil favorable que les premiers musulmans ont trouvé en Ethiopie s’est transformée en mythe du roi généreux, puis du roi converti, mythe construit pour insuffler courage et confiance à la petite communauté musulmane de la Mecque. Les lettres, manifestement fausses, brodent complaisemment sur le thème.

Première lettre au Négus.
(Tabari).352

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad, l’apôtre d'Allah au Négus, roi des Abyssins :
Je t'adresse les louanges d’Allah hors duquel Il n'y a point de Dieu, le souverain, le salut, le pacifique, le protecteur, le secoureur. Et j'atteste que Jésus, fils de Marie, est l'Esprit d’Allah et son verbe353 qu'il lança sur Marie, la vierge, la vertueuse, l'inattaquée354 , qui l'a porté par l'effet de son Esprit355 et de souffle, ainsi qu'il avait créé Adam de sa propre main.
Or, je viens t'appeler vers Allah l'unique, lequel n'a point d'associé ; que tu me suives et ajoutes foi à ce qui est venu moi, car, je suis l'apôtre d'Allah. Je t'appelle donc toi et les troupes vers Allah le puissant, le majestueux. J'ai signifié et conseillé: à vous d'accepter mes conseils.
Je dépêche vers vous mon cousin paternel, Jafar, accompagné d'un petit nombre de musulmans. Dès qu'il sera arrivé chez toi, reçois-les avec hospitalité, en mettant de côté tout orgueil déplacé.
La paix soit sur quiconque suit la vraie voie!

Seconde lettre au Négus
(al Baihaqiy).356

Voici un écrit du prophète Muhammad l’apôtre d'Allah à Négus al Asham, grand chef des Abyssins.
La paix soit sur quiconque suit la vraie voie, croit en Allah en son envoyé et atteste qu'il n'y a d'autre dieu que Allah seul, n'ayant point d'associé et n'ayant jamais pris compagne ou enfant et que serviteur et son envoyé ! Or, je t’appelle de tout l'appel de l'islam, car, je suis son envoyé. Soumets-toi donc et tu seras sauf.
Ô gens de l'Ecriture, venez entendre une parole identique pour vous et pour nous et qui est :
N’adorons qu’Allah et ne lui associons quoi que ce soit ; et que parmi uns ne prennent point les autres comme maîtres en dehors d’Allah.
Si donc, ils s'esquivent, vous direz:
-Soyez témoins que nous sommes des musulmans.
Mais si tu t'y refuses, c'est sur toi que tombera le crime des Nazaréens357 parmi ton peuple.

Première réponse fictive du Négus.
(ibn Ishaq).358

A Muhammad l’ apôtre d'Allah de la part du Négus Ashamah:
Paix à toi, ô apôtre d'Allah, de la part d’Allah, et à toi sa miséricorde et ses bénédictions, lui hors duquel il n'y a point de Dieu, et qui m'a guidé.
J'ajoute : ton écrit m'est parvenu, ô apôtre d'Allah. Or, pour ce que tu as dit au sujet de Jésus, je jure par le maître du ciel et de la terre que Jésus - sur lui soit la paix - ne dépasse pas, fut-ce du tégument de la peau d'un noyau de datte359, ce que tu en as dit. Il est exactement comme tu as dit360 .
Nous avons pris connaissance de ce que tu nous as envoyé comme information et nous avons reçu avec hospitalité ton oncle paternel et ses compagnons.
J’atteste que tu es l'apôtre d'Allah et véridique et reconnu. Et je te prête serment à toi et à ton cousin, et me soumets entre ses mains Allah, maître des mondes.
Et je t'envoie mon fils. Mais si tu veux que je me présente devant toi en personne, je le ferai, ô apôtre d'Allah, car, j'atteste que ta parole est véridique.
En te saluant, ô apôtre d'Allah.

Deuxième réponse fictive du Négus.
(Sawat al Anwar).361

A Muhammad, l’apôtre d'Allah , de la part du Négus Ashamah.
La paix sur toi, ô apôtre d'Allah de la part d’Allah et sur toi la miséricorde d’Allah et ses bénédictions. J’ajoute que je t'ai uni à une femme de tes gens et de ta religion. Et c'est la dame dite Umm Habibah bint Abu Sufyan362 . En outre, j'envoie un présent composé d'une chemise, de haut-de-chausses, d'une houppelande et de deux sandales non brodées363 .
La paix soit donc sur toi ainsi que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions.

Troisième réponse fictive du Négus.
(ibn Abd al Baqi I).364

A Muhammad, l’apôtre d'Allah, de la part du Négus Ashamah.
Salut à toi, ô apôtre d'Allah, de la part d’Allah, et sur toi la miséricorde d’Allah et ses bénédictions. Il n'est de Dieu que celui qui m’a guidé vers l'islam.
J'ajoute que je te renvoie, ô apôtre d'Allah, ceux de tes compagnons qui étaient parmi les émigrés chez moi de Makkah. Et voici que je dépêche vers toi mon fils Urayha, avec 60 hommes des habitants d'Abyssinie. Et si tu veux que je me présente devant toi en personne, je le ferai, ô apôtre d'Allah, car, j'atteste que ta parole est véridique.
La paix soit sur toi ainsi que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions !


§ 657. — Correspondance avec l’empereur Héraclius.

Autre dossier de propagande, constitué dans le contexte des luttes entre Arabes et Byzantins, aux VII et VIIIèmes siècles. Ici encore, l'invention est patente, et le faux grossier. L'empereur s'est selon le document converti à l'islam, discrètement. 365

Première lettre à Héraclius.366
(Bukhari 1,6).367

Ensuite Héraclius donna l'ordre d'apporter la lettre que le prophète avait fait remettre par Dihya au gouverneur de Bosra et que ce dernier lui avait transmise. Il lut la lettre qui était ainsi concue:
Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux.
De la part de Muhammad, l'adorateur d'Allah et son envoyé à Héraclius le chef des Grecs368 . Salut à quiconque suit la bonne voie. Ensuite. Je t'appelle à la foi musulmane ; convertis-toi à l'islam, tu seras sauvé369 et Allah te donnera une double part de récompense. Si tu te détournes de l'islam370, tu seras en outre responsable du péché commis par tes sujets371:
Ô gens de l'Écriture372, venez à l’appel d'une parole qui vous est commune à nous comme à vous, à savoir que nous ne devons adorer qu'Allah et ne lui associer aucun être ; qu'aucun de nous n'en prenne quelque autre comme souverain suprême à l'exclusion d'Allah. S'ils se détournent à cet appel dites-leur: Soyez témoins que nous sommes musulmans373
.

Seconde lettre à Héraclius.
(Qalqashandiy VI).374

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad apôtre d'Allah au maître des Byzantins :
Je te convie à embrasser l'islam. Si donc tu te soumets, tu auras ce qu'ont les musulmans en fait de droits et à toi incombera ce qui leur incombe. Mais si tu n'adhères point à l'islam, acquitte la jizya. Car, Allah le très haut a dit :
-Combattez-ceux qui ne croient ni en Allah ni au dernier jour, qui ne s'interdisent point ce qu'ont interdit Allah et son envoyé et qui, parmi ceux qui ont reçu l'Ecriture, n'adoptent point la vraie religion. Combattez-les jusqu'à ce qu'ils aient, d’une main, acquitté la jizya, alors qu'ils sont humiliés.
Sinon, ne t'interpose point entre les paysans et l'islam, soit qu'ils y adhèrent ou qu'ils acquittent la jizya.


Réponse fictive d’Héraclius.
(Yaqubi II).375
A Ahmad qu'annonça Jésus376, de la part de César, souverain des Byzantins.
Ta lettre m'est parvenue par ton envoyé, et j'atteste que tu es l’apôtre d'Allah. En effet, nous te retrouvons chez nous dans l'Evangile ; tu as été annoncé par Jésus, fils de Marie. Or, J’ai invité les Byzantins à croire en toi, mais ils ont refusé. Pourtant, s'ils avaient obéi, ç'eut été un bien pour eux. J'eusse souhaité me trouver auprès de toi pour te servir et te laver les pieds.

La réaction des Byzantins.
(Bukhari, Sahih 1/ 6).
Ils en étaient là de, leur conciliabule, quand se présenta à Héraclius un messager du prince de Ghassan377 chargé d'annoncer à l'empereur l'apparition du prophète. Après avoir interrogé ce messager Héraclius dit à ceux qui l'entouraient: Allez examiner cet homme et voyez si oui ou non il est circoncis. L'examen terminé, ils déclarèrent à Héraclius que le messager était circoncis. L'empereur lui ayant alors demandé si les Arabes étaient circoncis et la réponse ayant été que oui, il s'écria:
-Ce que j'avais vu, c'était donc l'avénement au pouvoir de ce peuple.
Ensuite il écrivit à un de ses amis dont la science égalait la sienne et qui habitait Rome378 , puis il se mit en route pour Émèse379. Il n'était pas encore arrivé dans cette ville qu'il reçut de son ami une lettre qui confirmait l'idée qu'il avait eue de l'avènement de Muhammad et du caractère prophétique de sa mission.
Alors Héraclius convoqua tous les grands personnages grecs dans la grande salle intérieure de son palais d'Émèse et, après en avoir fait fermer les portes, il se plaça dans un endroit élevé et dit:
-Peuple grec, désirez-vous le bonheur? Voulez-vous être dans la voie droite et conserver votre suprématie? Eh bien! prêtez serment de fidélité à ce prophète! En entendant ces mots les Grecs avec la furie d'ânes sauvages, se ruèrent vers les portes, mais ils les trouvèrent fermées. Désespérant alors de les amener à la foi, Héraclius donna l'ordre de ramener tout le monde devant lui et dit:
-Le discours que je viens de vous tenir n'avait d'autre but que d'éprouver la force de votre attachement à votre religion ; maintenant je suis édifié.
Les Grecs se prosternèrent aussitôt devant lui et lui marquèrent leur satisfaction. Ainsi finit cette aventure de Héraclius380 .

(Muslim, Sahih 32/3322).
Abu Sufyân a dit : Durant la période de trêve que j'ai (encore polythéiste) conclue avec l'envoyé d'Allah, je partis en voyage. J'étais alors en Syrie, lorsqu'on apporta une lettre adressée de l'envoyé d'Allah à Héraclius. Dihya Al Kalbî avait été chargé de la remettre au gouverneur de Bosra, qui à son tour devait la remettre à Héraclius. Héraclius demanda alors :
-"Y a-t-il quelqu'un qui soit proche de cet homme présumant être un prophète?".
On lui répondit que oui. Sur ce, on me manda avec quelques-uns des Quraysh. Nous entrâmes chez Héraclius et il nous fit asseoir devant lui en disant :
-"Lequel d'entre vous est le plus proche de cet homme qui prétend être un prophète?".
Abu Sufyân répondit :
-"C'est moi".
On me fit alors asseoir devant lui et mes compagnons derrière moi. Puis il manda son interprète et lui dit :
-"Dis-leur que je vais interroger cet homme au sujet de celui qui prétend être un prophète, si cet homme ment, ses compagnons doivent relever ses mensonges".
Abu Sufyân dit (tout bas) :
-"Par Allah! Si je ne craignais pas d'être qualifié de menteur, j'aurais forgé des mensonges au sujet du prophète".
Il (Héraclius) demanda à son interprète :
-"Interroge-le : Quel rang occupe sa famille (du prophète) parmi vous?".
Je répondis :
-"Elle jouit d'une grande considération".
Puis il dit :
-"L'un de ses ancêtres, était-il un roi?".
- "Non", répondis-je.
- "Le traitez-vous de menteur avant qu'il ait tenu de tels propos?".
- "Non".
- "Ceux qui le suivent, sont-ils des honorables ou des humbles?".
- "Ils sont plutôt des humbles".
- "Leur nombre s'accroît-il ou bien diminue?".
- "Il s'accroît".
- "Quelqu'un de ceux qui ont embrassé sa religion, l'a-t-il ensuite abandonnée en la répugnant?".
- "Non, aucun".
- "L'avez-vous combattu?".
- "Oui".
- "Quel a été le résultat de cette guerre entre vous et lui?".
- "La guerre entre nous a eu des alternatives : tantôt il l'emporta et tantôt nous l'emportions".381
- "Trahit-il ses engagements?".
- "Non, mais nous sommes en trêve avec lui et nous ignorons ce qu'il peut y faire".
Le transmetteur ajoute : Par Allah, je n'ai pas pu insinuer un mot autre de ce que je viens de dire. Il (Héraclius) poursuivit :
-"Y a-t-il quelqu'un autre que lui qui a déjà tenu de tels propos?".
- "Non".
- "Eh bien! Je t'ai demandé au sujet du rang de sa famille et tu as répondu qu'elle jouit d'une grande considération, ainsi sont les familles de tous les prophètes qui l'ont devancé. Je t'ai demandé si quelqu'un de ses ancêtres était un roi et tu as présumé que non. Je me suis dit alors : si l'un de ses ancêtres avait régné, il aurait cherché le trône de ses ancêtres. Je t'ai ensuite questionné au sujet de ceux qui le suivent, tu as répondu qu'ils sont les humbles et en réalité, ils sont eux qui suivent toujours les prophètes. Je t'ai également demandé si vous le traitiez de menteur avant qu'il ne tienne de tels discours, tu as prétendu que non et j'ai constaté que celui qui s'abstient de mentir aux hommes, tient forcément à ne pas mentir sur Allah. Et lorsque je t'ai demandé si quelqu'un après avoir embrassé sa religion l'abandonna et la répugna, tu as répondu que non, ainsi est la foi quand elle pénètre les cœurs. Je t'ai aussi demandé si le nombre de ses adeptes augmente ou diminue, tu as répondu qu'il augmente, ainsi est la foi qui s'accroît jusqu'à ce qu'elle devienne parfaite. Je t'ai également demandé si vous avez mené la guerre contre lui, tu as répondu que vous l'avez combattu et que la guerre a eu des alternatives entre vous, tel est le cas de tous les envoyés qui sont mis à l'épreuve mais qui, à la fin triomphent. Je t'ai demandé s'il trahit ses engagements et tu as répondu qu'il ne les trahit point, tel est le cas des envoyés, ils tiennent à leurs engagements. Enfin, je t'ai demandé si quelqu'un avant lui a tenu de tels discours, tu as répondu que non et je me suis dit : si quelqu'un avant lui avait tenu les mêmes propos, donc il ne fait qu'imiter ses prédécesseurs".
Il (Héraclius) ajouta :
-"Que vous ordonne-t-il donc?".
- "Il nous ordonne de faire la prière 382, de verser l'aumône légale 383, de tenir les liens de parenté et d'être chastes".
- "Si ce que tu viens de dire est vrai, il doit être un prophète. De ma part, je savais qu'un prophète apparaîtrait, mais je ne savais pas qu'il serait des vôtres. Et si je pouvais me rendre chez lui, j'aurais bien aimé sa rencontre. Enfin, si j'étais auprès de lui, j'aurais lavé ses pieds (par révérence) et il aurait dominé même la place où je mets mes pieds".
Puis il ordonna qu'on lui apporte la lettre de l'envoyé d'Allah et il la lut :
"Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De Muhammad, l'envoyé d'Allah à Héraclius le chef des Romains. Salut à quiconque suit la bonne voie. Ensuite, je t'appelle à l'islam. Convertis-toi à l'islam, tu trouveras le salut et Allah te donnera une double récompense, mais si tu te détournes (de l'islam), tu seras chargé des péchés de ceux qui, de ton peuple, te suivront : Ô gens du livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n'adorions qu'Allah, sans rien Lui associer et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d'Allah. Puis s'ils détournent le dos, dites : 'Soyez témoins que nous, nous sommes soumis. Le transmetteur 384 ajoute : Lorsque Héraclius finit la lecture de la lettre, des voix s'élevèrent et un grand tumulte se produit dans son entourage et on nous fit sortir. Je dis alors à mes compagnons quand nous fûmes dehors :
-"L'affaire d'ibn Abu Kabsha (désignant ironiquement le prophète) a pris de l'importance puisque le roi385 des Banû Al Asfar 386 le redoute". Et je ne cessai d'être convaincu que l'affaire de l'envoyé d'Allah aille l'emporter jusqu'à ce qu'Allah me fit embrasser l'islam.

La thèse de la rencontre.387
(Zonaras, Epitome 14, 17).

Lorsque le roi rentra triomphalement de Perse388 , Mahomet, prince des Arabes, le rencontra... Sorti de Yathrib, il rencontra le roi et reçut la région qu’il avait demandée pour la faire habiter389.

§ 658. — Correspondance avec l’évêque d’Hira.

La ville, sur le site actuel de Najaf, en Irak, a été un centre urbain très actif, que la dynastie des Lakhmides a choisi comme capitale, et qu’elle a recouvert d’églises et de monastères d’obédience nestorienne. Elle a été conquise en 633 et vite abandonnée par la suite.

Lettre à l’évêque Dughatir.
(ibn Sad n°43).390
Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Muhammad à Dughatir, évêque.
Paix à qui croit ! Comme suite à cela, sache que Jésus, fils de Marie, est le souffle d’Allah et son verbe qu'il lança sur Marie la pure391 . Or moi je crois en Allah et en ce qui nous a été révélé à nous et à Abraham, à Ismaël, à Isa apôtre d'Allah, aux tribus392 , et en ce qui parvint à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur dieu393 , sans que nous fassions aucune distinction en faveur de quiconque d’entre eux ; et nous lui sommes soumis.
La paix soit donc sur qui suit la vraie voie.


§ 659. — Correspondance avec le chef des Coptes.

Alexandrie est à ce moment une des plus grandes villes du monde, un objet de convoitise et de fascination pour les nouveaux musulmans. C'est aussi une métropole chrétienne, siège d'une église originale distincte de Byzance, celle des coptes, descendants des habitants indigènes de l'Egypte394 .
Le fait que Muhammad prend comme épouse (et qui lui donne un fils, nommé Ibrahim) ; le fait qu’un ecclésiastique chrétien offre une jeune fille à un dynaste arabe au-delà de la Mer Rouge laisse perplexe. La fable a eu le temps de se constituer au moment de la conquête de l’Egypte par al As, quelques années plus tard. Mais une esclave d’origine copte a sans doute été introduit dans le harem de Muhammad, et il l’aurait engrossée.


Première lettre à l’évêque d’Alexandrie.
(Qalqashandiy VI).395

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad, l’apôtre d'Allah à al Muqawqis396, grand chef397 des Coptes398 :
La paix soit sur qui suit la vraie voie! Or je t’appelle de tout l'appel de l'islam399 . Soumets-toi- donc et tu seras sauf. Et Allah dispensera double mérite. Mais si tu te détournes, c'est sur toi que retombera le crime de tous les Coptes400.
Ô gens de l'Ecriture, venez entendre une parole qui est la même pour nous et pour vous et qui dit que nous n'adorions que Allah l'unique, et que nous ne lui associions quoi que ce soit. Et que parmi nous, les uns ne prennent point les autres comme maîtres en dehors d’Allah. Si donc, ils se détournent, vous direz:
-Soyez témoins que nous sommes des musulmans.

Réponse fictive de l’évêque d’Alexandrie.
(ibn Sa’d, n° 4).401

A Muhammad ibn Abdallah402 de la part d’al Muqawqis grand chef des Coptes.
Salut! Or, j'ai lu ton épître et saisi ce que tu y as mentionné et ce à quoi tu appelles. En effet, je savais qu'un prophète restait encore à venir, mais avais pensé qu'il viendrait de Syrie. J'ai donc honoré tes messagers et t'ai envoyé deux esclaves femmes qui sont en grande estime parmi les Coptes403 . Je te dépêche également un vêtement et t'offre une mule pour te servir de monture.
Salut.

Seconde lettre à l’évêque d’Alexandrie.
(Qalqashandyi VI).404

De Muhammad apôtre d'Allah au Maître de Misir405 et d'Alexandrie406 :
Or donc, sache que Allah le Très-Haut m'a délégué comme envoyé et qu'il a fait descendre sur moi un livre m'ordonnant d'annoncer, de menacer et de lutter contre les mécréants jusqu’à leur complète soumission à ma loi, et pour qu'ils entrent dans ma religion. Or moi, je te convie à affirmer son unité. Si tu le fais, tu seras heureux ; si tu refuses, tu seras malheureux dans l'autre monde.
Salut !

Réponse de l’évêque d’Alexandrie.
(Qalqashandiy VI).407

Au nom de toi, ô Allah!
D'al Muqawqis à Muhammad. Or donc, ta lettre m'est parvenue et je l'ai lue et j'ai compris son contenu. Or tu dis qu’Allah t'a délégué, comme envoyé, t'a préféré par préférence et a fait descendre sur toi un livre qui rend tout clair408 . Nous avons donc, ô Muhammad, fait des recherches sur toi dans nos sciences et avons trouvé que tu étais le plus proche de ceux qui ont appelé les hommes vers Allah et le plus véridique de ceux qui ont dit la vérité. Et si je n’étais pas possesseur d'un royaume immense, je serais le premier à me rendre auprès de toi, sachant que tu es le sceau des prophètes, le seigneur des envoyés et le pionnier des “Craignant-Dieu”409 . Le salut soit donc sur toi ainsi que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions jusqu'au jour du jugement.


§ 660. — Correspondance avec l’empereur perse.

Aucune trace ne subsiste de cette correspondance dans les archives étrangères à l'Arabie. Le refus vigoureux qu'aurait opposé le roi perse est en fait présenté comme le prélude à la conquête rapide du royaume. Ainsi, le refus est-il vu comme un sacrilège, et le sacrilège est puni par le dieu.

Lettre au roi de Perse.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois).410

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad apôtre d'Allah à Khosroès, grand-chef411 des Persans :
Paix sur celui sait la vraie voie et croit en Allah et en son envoyé, proclamant qu'il n'y a d'autre dieu que Allah seul n'ayant point d’associé et que Muhammad est son serviteur et son envoyé !412
Or, je t'appelle de tout l'appel de l'islam, car, je suis l’apôtre d'Allah auprès de la totalité des humains413 , afin que j'avertisse quiconque est vivant et que s'accomplisse la parole contre les mécréants.
Soumets-toi donc et tu seras sauf ; mais si tu refuses, alors le crime des mages414 retombera sur toi.

(Bukhari, Sahih 95/4).
Abdallah ibn Abbas rapporte que l’envoyé d'Allah envoya porter une lette destinée au roi de Perse. Cette lettre fut remise au chef de la province de Bahrayn et celui-ci la transmit au roi de Perse. Quand le roi de Perse en eut achevé la lecture, il mit la lettre en pièces.
-Je crois, dit un des rawi415 , qu’ibn Mosayyab ajouta que l’envoyé d'Allah les a maudit en s’écriant:
-Qu’eux aussi soient déchirés en mille pièces.


§ 661. — Lettre aux chefs du Yémen.

Le Yémen possède une réputation de prospérité qui en fait une cible de choix pour les premiers guerriers musulmans.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 316-7).

Après le départ des Banu Tamim, le prophète reçut une députation du Yémen. Badsan était mort, et l'empire persan s'étant affaibli, chacun des princes himyarites s'était emparé de nouveau d'une portion du territoire du Yémen. Tous ces princes, entre autres Harith ibn Abd Kolal, et Zora Dhu Yezen, tombèrent d'accord de se soumettre à l’islam et d'envoyer un ambassadeur au prophète. En conséquence, ils rédigèrent une lettre collective, dans laquelle ils exposèrent leur profession de foi, et la firent porter par une ambassade à la tête de laquelle était Malik ibn Morra. Ils demandèrent au prophète de leur envoyer une personne qui put leur enseigner le Coran et les institutions de l'islam. Le prophète agréa leur profession de foi, traita avec honneur leurs messagers, écrivit une lettre de réponse, dans laquelle il leur présenta les obligations de la religion musulmane, la prière, le jeûne, le pèlerinage, l'impôt et l'aumône416 , et fit partir, avec les ambassadeurs, Muath ibn Jabal, et plusieurs autres de ses compagnons, tels que: Abdallah ibn Zayd, Malik ibn Obada, et d'autres principaux ansar, lecteurs du Coran et instruits dans les institutions de l'islam. Moladh ibn Jabal, était le chef de cette mission. Le prophète disait dans sa lettre :
-Je vous envoie Muath, qui doit recevoir vos impôts et me les envoyer417 ; les personnes qui sont avec lui vous enseigneront la loi musulmane. Après le départ de cette mission, d'autres tribus arabes qui n'étaient pas encore musulmanes envoyèrent des députations et embrassèrent l'islam.

(Baladuri, Livre des conquêtes XV 69).
Quand la nouvelle de la venue du prophète et du succès de sa juste cause furent connues par le peuple du Yémen, ils envoyèrent des délégués, et le prophète leur donna un texte leur confirmant la possession de leurs biens, terres, trésors cachés dans ces termes, s’ils devenaient musulmans. Alors ils acceptèrent l’islam.



§ 662. — Lettre à un chef du Yamama.


(ibn Sa’d n° 7).418

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad apôtre d'Allah à Hawdhah ibn Aliy.
La paix soit sur quiconque suit la vraie voie!
Et sache que ma religion va triompher jusqu’aux confins de la plante et du sabot419. Soumets-toi donc et tu seras sauf. Et je ferai tien tout ce qui se trouve sous le pouvoir de tes deux mains420 .
Le sceau421.


§ 663. — Lettre aux chefs d’Oman.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVI 76).
Le prophète envoya Amir ibn al Asi avec une lettre à Abd al Tafar... pour les appeler à l’islam. Le prophète a dit:
-Si ces gens acceptent le témoignage de la vérité et font serment d’obéissance à Allah et à son prophète, Amir sera leur chef, et Abu Zayd présidera la prière, propagera l’islam, enseignera le Coran422 et instructions du prophète.

Lettre aux chefs d’Oman
(Qalqashandiy VI).423

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad apôtre d'Allah à Jayfar et à Abd, tous deux fils d’al Julanda.
La paix soit sur qui suit la vraie voie! J’ajoute que je vous appelle à l’islam. Soumettez-vous donc et vous serez saufs. Car je suis envoyé par Allah vers la totalité des humains pour avertir tout être vivant. Et la parole s’accomplira sur les mécréants. Si donc vous reconnaissez l’islam, je vous octroierai le pouvoir. mais si vous refusez de reconnaître l’islam, votre pouvoir s’évanouira loin de vous, mes chevaux camperont dans l’étendue de votre territire et ma prophétie triomphera dans votre royaume.
Ecrit par Ubayy ibn Kab.


§ 664. — Lettre aux chefs de Bahrayn.

(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 30).424
Bahrein est situé dans la région du Nadj. La cité la plus considérable, en soi et par les cantons qui en dépendent, est Hadjar : on y récolte des dattes en abondance ; elle ne fait pas partie du Hedjaz, et est située sur le littoral de la mer de Perse ; elle est la résidence des Carmathes et constitue leur capitale. La région comprend de nombreux bourgs. Des fractions de Mudar, bien équipées et nombreuses, s'y sont établies par la force, à cause de la faiblesse de l'autorité.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVII 78-79).
Au début de l’année 8, le prophète envoya al Ala à Bahrayn425 , pour donner le choix à sa population entre l’islam et la taxe.426
Les mages et les juifs refusèrent l’islam et préférèrent la capitation. En plus, les munafiqun427 parmi les Arabes dirent:
-Le prophète prétend qu’il n’acceptera la capitation de personne en dehors des gens du Livre. Mais là, il accepte de la part des mages de Hajar qui n’en font partie...428

Lettre au gouverneur.429
Par le nom d’Allah le très miséricordieux, le tout miséricordieux.
De Muhammad envoyé d’Allah, à al Mundhir ibn Sawa :
La paix sur toi! Or je te mande les louanges d’Allah hors duquel il n'y a point de dieu, et je proclame qu'à n'est aucun dieu sinon Allah lui-même, et que Muhammad est son esclave et son envoyé. J'ajoute que je te rappelle Allah tout puissant et très majestueux ; car, quiconque suit un bon conseil, le suit dans l'intérêt de soi-même, et quiconque obéit à mes envoyés et se conforme à leurs ordres, m'obéit à moi-même. En outre, quiconque est bien disposé à leur égard, est bien disposé à mon égard. Or mes envoyés ont fait ton éloge ; et moi, j'ai agréé ton intercession en faveur de ton peuple. Laisse donc aux mains des musulmans ce qu'ils possédaient au temps de leur islamisation. Et moi, je pardonne aux coupables.
Accepte donc430.
Quant à nous, tant que tu te comporteras bien, nous ne te révoquerons pas de tes fonctions. Par contre, quiconque persistera dans son judaïsme ou dans son mazdéisme, sera assujetti à la jizyah.
Muhammad431, l’envoyé d’Allah432.

(ibn Sa’d n°9).433

L’apôtre d'Allah écrivit à al Mundhir ibn Qawa au sujet des Mages de Hajar pour les inviter à l’islam.
S’ils se soumettent, ils auront les mêmes droits que nous et les mêmes obligations que nous. A celui qui refusera, tu imposeras la jizya, sans que nous mangions du bétail égorgé par eux ni que nous épousions leurs femmes434.

Le discours du messager.
(Suhayli II, 356).435

Ô al Mundhir, tu es réputé pour une grande compréhension des affaires d'ici-bas. Il ne faut donc pas que tu comprennes moins bien l'au-delà. Ce mazdéisme436 est la pire des religions: il ne possède ni l'honneur arabe, ni le savoir des gens de l'Ecriture Sainte: il pratique les mariages437 si honteux ; et il adore le feu qui va les dévorer le jour de la résurrection. Tu n'es pas dépourvu d'intelligence ni de sagesse. Dis-moi donc, faut-il méconnaître celui qui n'a jamais menti, se méfier de celui qui n'a jamais trahi, et ne pas croire en celui qui n'a jamais manqué ? Si ce que je lui attribue est vrai, il devrait être le prophète ummi438. Par Allah, personne ne peut dire que les choses qu'il commande seraient mieux interdites, ou les choses qu'il défend seraient mieux licites ; de même aucun homme intelligent et sage ne pourrait dire qu'il devrait être plus indulgent dans ses châtiments, ou plus sévère au moment où il pardonne.

Le tribut de Bahrayn.
(Bukhari, Sahih 81/7,1).

El Miswar ibn Makhrama rapporte que Amr ibn Auf, un des alliés des Banu Amir ibn Loayy, qui assista avec l'envoyé d'Allah à la bataille de Badr, lui a raconté que l'envoyé d'Allah avait envoyé Abu Ubayda ibn ibn El Jerrah au Bahrayn pour lui en rapporter l'impôt de capitation. L'envoyé d'Allah avait conclu un traité avec les gens de Bahrayn et leur avait donné pour chef El Ala ibn al Hadrami. Abu Obayda rapporta l'argent du Bahrayn et les ansar apprirent son arrivée qui eut lieu au moment où ils allaient faire la prière du matin avec l’envoyé d'Allah. Quand Abu Obayda se fut retiré, ils entourèrent le prophète qui, les voyant ainsi, se mit à sourire et dit :
-Je suppose que vous avez entendu parler de l'arrivée de Abu Obayda et que vous savez qu'il a apporté quelque chose.
-Oui, certes, ô envoyé d'Allah, répondirent-ils.
-Eh bien, reprit-il, réjouissez-vous, attendez-vous à des choses qui vous causeront de la joie. Par Allah, je ne redoute pas la pauvreté pour vous, mais ce que je crains c'est que, favorisés par les biens de ce monde comme l’ont été cex qui vous ont précédés, vous ne les recherchiez comme ils les recherchaient et que, comme eux, vous en soyez le jouet.

(Muslim, Sahih 43/4278).
D'après Jâbir ibn 'Abdullâh, le prophète a dit :
-"Si j'avais reçu l'impôt du Bahrayn, je te donnerais telle et telle et telle somme".
Le prophète fit à chaque fois signe du contenu des deux mains. Or l'impôt du Bahreyn n'arriva qu'après la mort du prophète . Alors, il (Jâbir) alla trouver ‘Abu Bakr (et lui raconta la chose). Celui-ci ordonna à un héraut d'appeler :
-"Si le prophète devait à quelqu'un quelque chose ou quelque dette, qu'il vienne".
Je me levai alors et dis : le prophète a dit :
-"Si j'avais reçu l'impôt du Bahrayn, je te donnerais telle et telle et telle somme".
‘Abu Bakr ramassa dans ses deux mains de l'argent, puis me dit :
-"Comptez". Je les comptai et je les trouvai cinq cents.
Il me dit enfin :
-"Prenez encore le double de cette somme".

§ 665. — La charte de Tayma.

(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 33).439
Tayma est une forteresse plus peuplée que Tabuk, située au nord de cette dernière, et possède des palmeraies : c'est le centre d'approvisionnement des Bédouins. A trois jours de marche de Tayma on atteint la Syrie.

(Baladuri, Livre des conquêtes VI 34).
Quand la population de Tayma entendit comment le prophète avait soumis les gens de Wadil
Qura440 , ils firent un accord avec lui, acceptant la capitation, et ils restèrent dans leurs maisons et leurs possessions.

(ibn Sa’d n°47).441
Charte délivrée par Muhammad l’apôtre d'Allah aux Banu Ghadiya.
Pour eux, la protection et sur eux la taxe442. Ni violation, ni déportation. Puisse la nuit prolonger l’effet des présentes et le jour le raffermir.
Par Khalid ibn Sayd.


§ 666. — La soumission d’Adhruh.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).

Le prophète fit un accord avec le peuple d’Adhruh443 stipulant qu’ils paieraient 100 dinars au mois de rajab chaque année.


§ 667. — Le pacte avec Al Jarba.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).

La population d’al Jarba fit un accord et accepta la capitation.
Sur ce point, le prophète fit écrire un pacte.


§ 668. — Correspondance avec Maan.

La ville est à l’extrémité des conquêtes musulmanes du temps de Muhammad, très loin en Palestine. Le texte veut montrer que le mouvement muhammadien commence à influencer des territoires situés hors de l'Arabie.

Lettre du préfet de Ma’an
(ibn Sa’d n°6).444

Farwah a écrit:
A Muhammad, l’apôtre d'Allah.
Je reconnais l’islam et proclame sa vérité. Je déclare qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que Muhammad est l’apôtre d'Allah. Tu es celui que Jésus fils de Marie, avait annoncé, sur lui445 soient la bénédiction et la paix.

Réponse au préfet de Ma’an
(ibn Sa’d n° 53).

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
De Muhammad l’apôtre d'Allah à Farwah ibn Amir.
Or donc, ton envoyé est arrivé jusqu’à nous et a fait part de ce que tu as mandé. Et il nous a informés de ce qu’il y a chez vous et nous a porté ta conversion à l’islam. Or Allah te guidera de sa guidance, si tu fais le bien et obéis à Allah et à son envoyé, si tu célèbres les prières et acquittes la zakat.


§ 669. — L’accord avec Makna.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 60).

La population de Makna fit un accord avec le prophète, acceptant de lui donner un quart des produits de la pêche, du tissage, des chevaux, des cottes de mailles et des produits du sol. Les habitants étaient des juifs.


§ 670. — La charte des juifs des Banu Urayd.

(ibn Sa’d n°47).446

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Charte délivrée par Muhammad447 en faveur des Banu Urayd à titre d’approvisionnement, de la part de l’apôtre d'Allah: 10 charges de blé, 10 charges d’orge à chaque moisson, 50 charges de dattes, lesquelles seront acquittées chaque année. Sans aucun préjudice.
Ecrit par Khalid ibn Sayd.


§ 671. — Lettre aux Banu Zuhayr ibn Uqaysh.

(Dawud, Hadith 19/2993).
Nous étions à Mirbad. Un homme avec une chevelure désordonnée est venu tenant un mrceau de cuir rouge à la main.
Nous avons dit:
-Tu sembles être un bédouin.
-Oui.
-Donne nous ce morceau de cuir.
Il nous le donna et nous l’avons lu. Il contenait le texte suivant:
De Muhammad l’envoyé d'Allah à au Banu Zuhayr ibn Uqaysh. Si vous témoignez qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que Muhammad est l’envoyé d'Allah, que vous faites la prière, que vous payez la zakat448 , que vous payez le quint449 dans le butin, plus la part du prophète et sa part spéciale450, vous serez sous la protection d’Allah et de son apôtre.


§ 672. — En contrepoint:

Ce texte contemporain illustre à quel point les mentalités musulmanes sont restées figées, depuis treize siècles. Le président iranien tente de convertir à l'islam le président américain, usant des grossières manipulations et déformations habituelles, dans une logorrhée très classique au demeurant : il n'est pas qu'un pitre, mais il suit fidèlement des méthodes très antiques.
C’est une effarant anachronisme qui s’exhibe encore au XXIème siècle451 et qui, théoriquement, est le prélude à la déclaration de guerre.


Le final de la lettre du président iranien Mahmud452 Ahmadinejad au président des Etats-Unis d’Amérique, G.W. Bush (2006 ap. J.-C.).453


Si les prophètes Abraham, Isaac, Jacob, Ishmael, Joseph ou Jésus-Christ (Que la Paix soit sur Eux454 ) étaient aujourd’hui parmi nous, comment jugeraient-ils un tel comportement ? Aurions-nous un rôle à jouer dans le monde de la Promesse, un monde dans lequel la justice sera universelle et Jésus-Christ (Que la Paix soit sur Lui) sera présent. Et même : nous accepterons-t-ils ? Ma question, fondamentale, est celle-ci : n’y a-t-il pas une meilleure façon d’interagir avec le reste du monde ? Aujourd’hui, il y a des centaines de millions de chrétiens, des centaines de millions de musulmans, et de millions de personnes qui suivent les enseignements de Moïse (Que la Paix soit sur Lui).

Toutes les religions célestes ont en partage un concept, qu’elles respectent  : le monothéïsme, ou la croyance en un seul Dieu, exclusivement.

Le saint Coran met l’accent sur ce mot commun, et il exhorte les croyants des religions divines en ces termes :   Dis ! Ô vous qui respectez le Livre ! Convenez avec nous d’une proposition équitable entre nous et vous, aux termes de laquelle nous ne servirons personne sauf Allah, auquel nous ne donnerons aucun associé.

Avec Lui, et quelques croyants de notre communauté ne prendrons personne comme Seigneur, si ce n’est Allah, mais s’ils reviennent, alors ils diront :  Soyez témoins du fait que nous sommes Musulmans.

Monsieur le Président,

D’après les versets divins
455 , nous avons tous été appelés à adorer un seul Dieu et à suivre les enseignements des divins prophètes

 A adorer un Dieu qui est supérieur à tous les pouvoirs de ce bas-monde, et qui peut se rendre là où bon Lui semble  ;

 Le Seigneur, qui sait ce qui est caché et ce qui est visible, le passé et l’avenir, sait ce qui se passe dans le cour de Ses serviteurs, et enregistre leurs faits et gestes.

 Le Seigneur, à qui appartiennent les cieux et la terre et tous l’univers est Son tribunal ,  la planification de l’univers est faite par Ses mains, et il donne à ses Serviteurs les bienfaits béatifiques de la miséricorde et de la rémission des péchés. 

 Il est le compagnon de l’opprimé et l’ennemi des oppresseurs   ;

 Il est plein de compassion et de miséricorde

 Il est le recours des croyants et ils les guide vers la lumière, en les tirant de l’obscurité   ;

 Il est le témoin des actions de Ses serviteurs ,  Il exhorte ses serviteurs à être fidèles et à faire de bonnes actions, et il leur demande de demeurer sur le sentier étroit de la rectitude et de demeurer confiants. 

 Il exhorte ses serviteurs à respecter Ses prophètes et Il est un témoin de leurs agissements.

 Une triste fin attend seulement ceux qui ont choisi la vie d’ici-bas et de Lui désobéir et d’opprimer ceux qui Le servent. 

Et  Un délicieux et éternel paradis appartient à ces croyants qui redoutent Sa majesté et ne se laissent pas entrainer par leur propre lascivité.

 Nous croyons que le retour aux enseignements des divins prophètes est la seule voie salvifique.

Je me suis laissé dire que votre Excellence suit les enseignements de Jésus, et qu’elle croit en les divines promesses de son règne des justes sur la Terre.

Nous pensons également que Jésus-Christ fut un des grands prophètes du Tout-Puissant.

Il est à plusieurs reprises louangé, dans le Coran.

Jésus est cité, également, dans le Coran
456  Et, certainement, Allah est mon Seigneur et ton Seigneur, par conséquent, sers-Le  ; c’est là le bon chemin, Myriam. 

Le service du Tout-Puissant et l’obéissance envers Lui, tel est le credo de tous les messagers divins.

Le Dieu de tous les peuples d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique, du Pacifique et de tout le reste du monde est un seul et même Dieu.

 Il est le Tout-Puissant qui veut guider et donner leur dignité à tous Ses serviteurs. Il a donné la grandeur à tous les Humains. Nous lisons, toujours dans le Saint Coran :  Dieu, Tout-Puissant, a envoyé Ses prophètes qui ont fait des miracles et donné des signes évidents afin de guider le peuple et de leur montrer des preuves divines et de les purifier des péchés et des souillures. Et Il a envoyé le Livre et la balance afin que le peuple puisse faire preuve de justice et évite les irrespectueux. 

Tous les versets cités ci-dessus sont apparents, sous une forme ou sous une autre, dans la Bible, également.

Les prophètes divins l’ont promis : le jour viendra où tous les hommes se rassembleront devant le tribunal du Tout-Puissant, afin que leurs actes soient examinés. Le bienfaisant sera dirigé vers le Ciel, et les méchants trouveront leur châtiment divin. Je pense que nous croyons tous deux en un tel jour, mais il ne sera pas facile d’estimer l’action des dirigeants, parce que nous devons être redevables à nos nations et à tous les autres, tous ceux dont la vie a été directement ou indirectement affectée par nos actions. Tous les prophètes parlent de paix et de tranquillité pour l’homme - fondées sur le monothéisme, la justice et le respect de la dignité humaine.

Ne pensez-vous pas que si nous nous mettions tous d’accord pour croire et respecter ces principes - à savoir : le monothéisme, l’adoration de Dieu, la justice, le respect pour la dignité de l’homme, la croyance dans le Jugement Dernier - nous pourrions surmonter les problèmes actuels du monde, qui résultent de la désobéissance au Tout-Puissant et aux enseignements des prophètes, et améliorer nos performances ? Ne pensez-vous pas que les principes mentionnés, écrits ou non-écrits, sont universellement respectés ? N’accepterez-vous pas cette invitation ? C’est-à-dire l’invitation à faire un retour sincère vers les enseignements des prophètes, le monothéisme et la justice, afin de préserver la dignité humaine et l’obéissance envers le Tout-Puissant et ses prophètes ? Monsieur le Président, l’Histoire nous enseigne que les gouvernements répressifs et cruels ne sauraient survivre très longtemps.

Dieu a chargé les hommes de leur propre sort

Le Tout-Puissant n’a pas abandonné l’univers et l’humanité à leurs propres inerties. Beaucoup de choses se sont produites, qui allaient à l’encontre des souhaits et des projets des gouvernements. Cela nous dit qu’il y a une puissance supérieure, qui agit, et que tous les événements sont déterminés par Lui.

Y a-t-il quelqu’un qui puisse nier les signes de changement, dans le monde, aujourd’hui ? La situation régnant aujourd’hui dans le monde est-elle comparable en quoi que ce soit à celle qui existait voici seulement dix ans  ? Les changements se produisent rapidement, et s’enchainent sur un rythme impétueux. Les peuples du monde ne sont pas satisfaits du statu quo, et ils ne prêtent que très peu d’attention aux promesses et aux commentaires d’un petit nombre de dirigeants influents au niveau mondial Beaucoup de personnes, dans le monde, se sentent en insécurité et s’opposent à l’extension de l’insécurité et de la guerre : elles n’approuvent pas ni n’ acceptent certaines politiques douteuses.

Les gens protestent contre le gouffre qui va sans cesse s’élargissant entre les possédants et les indigents, entre les pays riches et les pays pauvres. Les gens sont dégoutés par la corruption qui ne fait qu’empirer. Les habitants de plusieurs pays sont en colère en raison des agressions contre leurs fondements culturels et de la désintégration des familles. Ils sont également désappointés par le recul de l’attention et de la compassion.

Les peuples du monde ne croient plus aux organisations internationales, parce que leurs droits ne sont plus défendus par ces organisations. Le libéralisme et la démocratie de style occidental n’ont pas été capables de contribuer à la réalisation des idéaux de l’humanité. Aujourd’hui, l’échec de ces deux concepts est patent. Les personnes clairvoyantes peuvent d’ores et déjà entendre les craquements avertissant de l’écroulement de l’idéologie et de la pensée des systèmes démocratiques libéraux. Nous voyons de plus en plus de personnes, dans le monde entier, en train de se mettre en route vers un point focal fondamental - à savoir : Dieu Tout-Puissant.

Nul doute qu’à travers la foi en Dieu et les enseignements des prophètes, les hommes pourront surmonter leurs problèmes.

La question qu’il me brûle de vous poser est celle-ci :  Ne voulez-vous pas vous joindre à eux ?
457  

Monsieur le Président, que le vouliez ou non, le monde est en train de graviter en direction de la foi en le Tout-Puissant et la justice, et la volonté de Dieu prévaudra sur toute chose.

Wa-s-salam ’ala man ittaba’-l-huda
458

Mahmud Ahmadi-Najad
Président de la République islamique d’Iran






Chapitre 100


La fin de règne
d’un
despote oriental




§ 673. — Présentation.

Ce qui frappe dans la mort de Muhammad459 est ce qui se passe juste après elle. Il connait le destin d’autres grands personnages historiques, ceux qui ont transformé le monde, concentré le pouvoir et accumulé les richesses: dès sa mort, son pouvoir est contesté, ses adjoints s’affrontent, son héritage est oublié. Dans le cas de Muhammad, il n’y rien d’étonnant. Ces épisodes sont la preuve ultime du caractère véritable de la révolution qu’il a entreprise, plus politique que religieux: on remarque qu’il n’y a plus aucune allusion à la doctrine dans ces moments dramatiques460, aucune tentation mystique ou métaphysique. Tout ce qui se passe est humain, trop humain et pourtant passionnant. Ce phénomène de prédominance du politique préfigure aussi le mouvement des invasions arabes primitives, qui ne sont que militaires, économiques et politiques. Le caractère religieux n'a été ajouté qu'a posteriori.
Mais c’est sans doute le propre des grands hommes que d’être encore plus intéressants morts que vivants. Et s’ils ne sont pas plus intéressants, ils sont moins dangereux. Cela ne se vérifie pas forcément dans le cas présent, car les conséquences du message mohammédien atteignent le XXIème siècle.
L’essentiel est la lutte entre les ambitions, et certains récits sont particulièrement cruels pour la personne même du défunt, simplement laissé à l’abandon. C’est en cela que Muhammad est bien un despote oriental, à l’autorité461 et au prestige immense et absolu à son sommet et dans les apparences, mais dont le pouvoir réel est fondé sur la violence, l’oppression, l’hypocrisie et les intérêts égoïstes et revendicatifs de ses subordonnés462.
Les textes ont aussi bien trop marqués par les traces des luttes politiques ultérieures pour être le reflet honnête d’une quelconque réalité historique. L’enjeu est considérable, et il faut observer toujours la place du neveu et fils adoptif, Ali, dans ces tristes péripéties.
Pour d’autres raisons, la tradition s’est aussi consacrée à rendre ces instants les plus dramatiques et les plus émouvants possible. Aïsha est le vecteur essentiel de ce mouvement de dissimulation, et (plus discrètement) de sympathie.
Il est impérieux de présenter un dossier copieux de cette phase cruciale, car depuis longtemps, elle a été jugée indigne de la religion musulmane. Ce n’est que le prélude à des luttes atroces, trop rarement évoquées, jusqu’à l’établissement des Ommeyades463.


Compte-rendu byzantin.
(Chronique arabo-byzantine de 741, § 17).464
Muhammad, le chef des Sarrazins mentionné ci-dessus, ayant rempli dix années de règne, a atteint la fin de sa vie. C’est celui qu’ils tiennent en si grand honneur et respect, au point qu’ils disent qu’il est l’apôtre et le prophète de Dieu dans tous leurs serments, et tous leurs écrits. A sa place, Habubeccar465 , qui provenait de la même tribu des Sarrazins a été choisi par eux comme son successeur. Il a mobilisé une grande armée contre les Perses qui a dévasté cités et villes et s’est emparée d’un assez grand nombre de leurs fortifications.


§ 674. — Le pèlerinage de l’Adieu.

Muhammad fait une dernière et courte apparition à la Mecque, pour effectuer le pèlerinage466. C’est l’occasion de rappeler les règles du rituel aux fidèles et plus largement d’achever sa carrière publique467. Ces décisions sont jusqu’à nos jours strictement respectées, sans aucune réflexion par des fidèles qui ne savent pas qu’ils suivent en fait des rituels d’origine païenne à peine modifiés. Il est très remarquable que le chef ait tenu obstinément à conserver l’essentiel des rituels mecquois: il manifeste ainsi une fidélité étonnante envers sa patrie et sa tribu, que l’idéologie qu’il promeut ne peut pas modifier, sous peine d'ébranler le fragile édifice468 .
Le texte qui a subsisté n’est pas forcément celui qui a réellement été prononcé: il est constitué d’une série de commentaires de versets coraniques agencés à propos, et daterait sans doute du IXème siècle, sous une influence abbasside.
Il en profite pour vite légiférer encore un peu, et lourdement, dans le domaine de la condition féminine...469



Une allusion coranique?
(Tafsir Jalalayn 110).

Lorsque vient le secours d'Allah ainsi que la victoire...
Révélée tout entière pendant le pèlerinage d'adieu, après la sourate du Repentir Lorsque la victoire d’Allah et la prise de La Mecque se réalisent pour toi, ô prophète,
... et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d'Allah,
et lorsque tu vois les gens entrer en masse dans l'Islam, la religion d’Allah, après qu'il eût été embrassé par des individus l'un après l'autre, et tu vois les Arabes venir soumis,
...alors, par la louange, célèbre la gloire de ton seigneur et implore son pardon. Car c'est lui le grand accueillant au repentir.
commentaires : célèbre les louanges de ton Seigneur et implore son pardon car iI est Celui qui accepte le repentir. Après la lecture ou la récitation de cette sourate, il est recommandé de répéter fréquemment cette invocation:
Gloire et louange à Allah. J'implore son pardon et je reviens vers lui repentant". A savoir que la prise de La Mecque eut lieu en l'an huit après l'Hégire et le prophète mourut au mois rabi premier en l'an dix.
Al Zuhari rapporte: Quand le Messager d’Allah entra à La Mecque l'an de sa prise, il envoya Khaled ibn Al Walid à la tête d'une troupe pour combattre les Quraysh qui se trouvaient au bas de cette ville et ils furent vaincus. Puis il ordonna de déposer les armes et cesser toute hostilité contre eux. Les gens alors commencèrent à embrasser l'Islam en masse et aussitôt cette sourate fut révélée.




1. — Pèlerinage, mode d’emploi.


La dernière visite est l'occasion de figer pour toujours les comportements des pèlerins, car le comportement de Muhammad, déjà diminué, devient l'exemple à suivre de la façon la plus stricte.

(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 966).
Au début de dhul qada, l’apôtre d'Allah se prépara à aller faire le pèlerinage et ordonna aux hommes de se tenir prêts. (...) D’après Aïsha, la femme du prophète, l’apôtre d'Allah est parti en pèlerinage le 25ème jour de dhul qada.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 324-5).

Le prophète entreprit le pèlerinage cinq jours avant la fin du mois de dhul qada. En partant de Médine, il se constitua en état d'ihram, et les principaux muhajir et ansar l'accompagnèrent, emmenant un grand nombre de chameaux pour le sacrifice. Le prophète prit avec lui Aïsha et ses autres femmes. Ali ibn Abu Talib, se trouvait alors à Najran, chargé de percevoir l'impôt ; il quitta cette ville, qui était près de la Mecque, du côté du Yémen, se constitua en état d'ihram, et vint à la Mecque pour accomplir le pèlerinage avec le prophète. Lorsque le bruit se répandit, parmi les Arabes, que le prophète avait entrepris le pèlerinage, il ne resta aucune tribu, ni dans le désert, ni dans le Yémen, ni dans le Hedjaz, d'où il ne vint quelque pèlerin à la Mecque, jamais on n'y avait vu une foule aussi nombreuse. Sur le mont Arafat, le prophète adressa un discours au peuple. il lui enseigna aussi les rites et cérémonies du pèlerinage, et termina l'œuvre de la religion. Allah révéla le verset suivant:
Aujourd'hui j'ai terminé l'oeuvre de votre religion ; j'ai complété la grâce dont je vous ai favorisés, etc.470
Le prophète prit congé des hommes, en disant que c'était là son dernier pèlerinage, et qu'on ne le verrait plus entouré d'une si grande multitude. Tous pleurèrent et prirent congé de lui, et c'est pour cette raison que ce pèlerinage est appelé le pèlerinage d'adieu ; il eut lieu dans la dixième année de l'Hégire et fut le dernier pèlerinage du prophète, comme l'expédition de Tabuk avait été la dernière de ses expéditions.

Les ultimes règles du pèlerinage.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 970).

L’apôtre d'Allah s’installa à Arafa et il dit:
-Cette station va avec la montagne qui est au dessu et tout Arafa est une station.
Quand il s’installa à Quzah, le matin d’al Muzdalifa, il dit:
-C’est la station et tout al Muzdalifa est une station.
Quand il allla sacrifier à l’endroit des sacrifices, à Mina, il dit:
-C’est l’endroit des sacrifices et tout al Mina est un endroit pour les sacrifices.
L’apôtre d'Allah acheva le hajj et il montra aux hommes les rites, et leur apprit que qu’Allah avait prescrit pour le hajj, les stations, les jet des pierres, la circambulation du temple, et tout ce qu’il avait permis et interdit. C’était le pèlerinage de l’accomplissement et le pèlerinage de l’adieu parce que l’apôtre d'Allah n’est plus allé en pèlerinage après cela.

(ibn Madja, Hadith Qudsi471 105-6).472
...le prophète a invoqué le pardon d'Allah en faveur de sa communauté, le soir du jour de l'Arafat. Allah a exaucé son invocation en lui disant:
-Je leur pardonne, à 1'exception de l'oppresseur, car Je me vengerai de lui à place de sa victime.
Le prophète lui a dit alors:
-Seigneur, si tu veux, tu accorderas le paradis à l'opprimé et tu pardonneras à l'oppresseur.
Mais il ne lui a pas répondu à ce moment-là. Le lendemain, alors qu'il était à Muzdalifa, il fit la même invocation, et il fut exaucé dans qu'il demanda. On vit alors le prophète rire -ou sourire-.
Abû Bakr et Omar lui dirent:
-Ô toi pour qui nous sacrifierions pères et mères!473 Il y un moment de cela tu ne riais pas! Qu'est-ce qui te fait rire donc, puisse Allah te maintenir dans cet état?
Il leur répondit:
-L’ennemi d'Allah, Iblis, apprenant qu'Allah a exaucé mon invocation et a pardonné à ma communauté, a pris de la terre et a commencé à se la jeter sur la tête, en invoqua le malheur et la ruine.
C'est le désespoir dans lequel il se trouvait, qui m'a fait rire.
(...)
En Nisay a rapporté un autre hadith sur le jour de l'Arafat. (...) Le messager d'Allah a dit:
-Il n’y a pas de jour où Allah affranchit le plus du feu, des serviteurs, mâles et femelles, comme le jour d'Arafat. Il 474 se rapproche, par sa miséricorde, de ceux qui y sont rassemblés, puis il s’en enorgueillit auprès de ses anges, en leur disant:
-Que veulent ces gens-là?

(ibn Maja, Hadith Qudsi 106-7).
Rapporté, aussi, par ibn Maja, chapitre sur le sermon du jour du sacrifice.
D'après Abdullah ibn Massud, le prophète a dit, alors qu'il était sur sa chamelle Al Qaswâ, à Arafat:
-Savez-vous quel est ce jour, ce mois et ce pays?
Les compagnons répondirent:
-Ce pays est un pays sacré, ce mois un mois sacré et ce jour est un jour sacré. Il leur dit:
-De même, et vos sangs sont sacrés pour vous, comme l’est ce pays, en ce mois jour! je vous précéderai sur le Bassin 475 et je m’enorgueillirai de votre nombre devant les autres communautés ; ne faites pas donc ce qui est susceptible de susciter ma honte pour vous! Je sauverai grâce à mon intercession des gens et d’autres me seront arrachés ; je crierai alors:
-Seigneur, ce sont mes compagnons!
Mais on me répondra:
-Tu ne sais pas ce qu’ils ont fait après toi.

(Bukhari, Sahih 18/105).

- De celui qui mène sa victime par le licol.
"Lors du pèlerinage d'adieu, l'envoyé de Allah voulut accomplir successivement la visite pieuse et le pèlerinage. Il avait amené une victime qu'il conduisit par le licol à partir de Dhul-Hulayfa. L'envoyé de Allah commença par faire la telbiya de la visite pieuse, puis il fit celle du pèlerinage. Les fidèles, à l'imitation du prophète, voulurent accomplir successivement la visite pieuse et le pèlerinage. Certains d'entre eux qui avaient des victimes les conduisaient par le licol ; d'autres n'avaient point amené de victime. Arrivé à la Mecque, le prophète dit aux fidèles :
-"Ceux d'entre vous qui ont amené des victimes ne seront libérés d'aucune des interdictions de l'ihrâm tant qu'ils n'auront pas achevé leur pèlerinage. Quant à ceux d'entre vous qui n'ont pas amené de victime, qu'ils fassent la tournée processionnelle du temple, la course de Safa et Marwa, puis qu'ils taillent leurs cheveux et quittent l'ihrâm. Ensuite ils feront la telbiya du pèlerinage et celui qui ne pourra pas se procurer de victime jeûnera trois jours durant le pèlerinage et sept jours quand il rentrera dans ses foyers.
Le prophète fit la tournée processionnelle aussitôt arrivé à la Mecque, et toucha la pierre noire tout au début. Il accéléra son allure pendant les trois premières tournées et marcha au pas durant les quatre autres. La tournée processionnelle autour du temple terminée, il pria deux rika' auprès de la station d'Abraham, fit la salutation finale et partit pour se rendre à Safa. Il fit sept fois la course entre Safa et Marwa, mais il ne se libéra d'aucune des interdictions de l'ihrâm avant d'avoir terminé son pèlerinage, d'avoir égorgé sa victime le jour du sacrifice, d'avoir dévalé et fait de nouveau la tournée processionnelle du temple. Alors seulement il s'affranchit de toutes les interdictions de l'ihrâm. Tous les fidèles, qui avaient des victimes et les avaient amenées conduites par le licol, firent ce qu'avait fait l'envoyé de Allah.
'Aïcha rapporte ce qui suit au sujet de l'accomplissement successif fait par le prophète de la visite pieuse et du pèlerinage : Tous les fidèles qui étaient avec le prophète accomplirent successivement les deux rites. Ceci est conforme à ce qu'a raconté Sâlim d'après ibn 'Omar au sujet de l'envoyé de Allah.

Le rôle du pèlerinage vu par un voyageur anglais au XIXème siècle.

(C. M. Doughty, Voyages dans l’Arabie Déserte, p. 165).476
Le cœur de leur religion dispersée est toujours La Mecque, d'où chaque année les Musulmans d'un nombre considérable de pays s'en reviennent fanatisés. De combien de lointains pays ne s'assemblent-ils pas à la fête sacrée ! La plaisante contagion de la religion des Arabes s'est-répandue presque aussi loin que la peste. Le gain d'une bataille477 et elle eût englouti l'Europe. D'un entendement barbare, pareil à celui du renard, les nations islamiques, religieusement persuadées qu’ il n'est de science que du Coran , ne peuvent plus aujourd'hui prendre aucun chemin qui vaille.


2. — Le malentendu avec Ali.

Etrange épisode qui rappelle que la tension augmente avec la vieillesse du chef, entre les différents parties, y compris sur le plan rituel. Mais l’on sait aussi qu’Ali n’est pas une vraie “Lumière de l’Islam” , et qu’il faut lui dire trois fois les choses pour qu’il comprenne.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 967).

L’apôtre d'Allah avait envoyé Ali à Najran et il le rencontra à la Mecque, alors qu’il était en état d’ihram 478. Il alla voir Fatima, la fille de l’apôtre d'Allah et la trouva vêtue d’habits ordinaires.Il demanda pourquoi et elle lui dit que l’apôtre d'Allah avait demandé cela. Il alla trouver l’apôtre d'Allah, fit un rapport sur son voyage et celui-ci lui dit d’aller tourner autour du temple et d’enlever le drap des pèlerins, comme les autres avaient fait.
Il dit qu’il voulait sacrifier un animal, comme avait fait l’apôtre d'Allah. L’apôtre d'Allah lui dit encore d’enlever le drap du pèlerin.
Il répondit:
-Mais j’ai dit en mettant ce drap: “ô Allah, j’invoque ton nom pour la victime, comme ton prophète et ton esclave et ton apôtre Muhammad fait”.
(...)
Alors l’apôtre d'Allah continua son pèlerinage et montra aux hommes les rites et leur apprit les coutumes concernant le hajj.
Il fit un discours dans lequel il rendait les choses plus claires. Il loua et glorifia Allah puis il dit:
-Ô hommes, écoutez mes paroles. Je ne sais pas si je vous reverrai à cet endroit après cette année.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1752).479
Ali rentra du Yémen et laissa un de ses compagnons en charge de l’armée. Cet homme fit habiller ses soldats avec des draps, selon l’exemple d’Ali. L’armée approcha de la Mecque et Ali vint à leur rencontre et dit:
-Honte à vous! Qu’est-ce donc?
-Je les ai vêtu d’un drap pour qu’ils aient l’air beaux devant les gens.
Ali demanda que cela soit enlevé pour tous. avant de paraitre devant l’apôtre d'Allah.
Il les renvoya à leur butin.
L’armée a exprimé du ressentiment pour cet épisode.


3. — La réforme du calendrier.

Ce sont des questions très techniques480, mais au total, c’est encore une occasion de se séparer encore de tous les autres systèmes, pour affirmer symboliquement l’unicité -et la supériorité- de l’islam sur les pratiques païennes, juives, mazdéennes et chrétiennes.
Il s'agit aussi de supprimer une institution bédouine leur permettant de faire coincider le calendrier sacré et le rythme naturel des saisons, par la création d'un mois intercalaire.


(Corpus coranique d'Othman 9/ 36-7).

Auprès d'Allah, marqués dans l'écriture d'Allah au jour où il créa les cieux et la terre, les mois sont au nombre de douze481.
Parmi eux, quatre sont sacrés482 .
Voilà la religion immuable.
Ne vous lésez point mutuellement, durant ces quatre mois !
Combattez toutefois les associateurs483 totalement, comme ils vous combattent totalement, et sachez qu'Allah est avec les pieux !
Le mois intercalaire484 n'est qu'un surcroît dans l'infidélité par quoi sont égarés ceux qui sont infidèles.
Ceux-ci le déclarent non sacré une année et le déclarent sacré une autre, afin d'être en accord avec le nombre de mois qu'Allah a déclarés sacrés, en sorte qu'ils déclarent non sacré ce qu'Allah a déclaré sacré !
Allah, pour eux, a paré la méchanceté de leurs actions de fausses apparences.
Allah ne dirige pas le peuple des infidèles.

(Masudi, Prairies d'Or 965).485
La troisième prérogative était le déplacement des mois sacrés ; les nasa'a qui en étaient chargés appartenaient aux Banu Malik ibn Kinana. Le premier d'entre eux fut Abu1 Qalammas Hudhayfa ibn Abd, qui eut pour successeur son fils Qila ibn Hudhayfa. A la naissance de l'islam, le dernier qui remplit ces fonctions fut Abu Thumama. Or il faut savoir que lorsque les Arabes, ayant terminé les cérémonies du pèlerinage, se disposaient à rentrer dans leurs foyers, ils se réunissaient auprès du nasi. Celui-ci, se levant au milieu d'eux, disait :
-Allah, je déclare non sacré 5, l'un des deux safar, c'est-à-dire le premier, et je transfère
486 l'autre à l'année prochaine .
Puis vint l'islam, et les mois sacrés revinrent au point de départ qu'ils avaient eu au début. C'est à quoi fait allusion cette parole du prophète:
-Le temps a accompli sa révolution comme au jour où Allah a créé les cieux et la terre, etc.
Allah a en vue cet usage lorsqu'il dit:
Le mois intercalaire
487 n'est qu'un surcroit dans l’infidélité,488 etc...
Umayr ibn Qyas al Firasi se fait gloire de cela lorsqu’il dit dans un poème dont il est l’auteur:
Ne sommes-nous pas ceux qui imposons au peuple de Maadd le transfert des mois non sacrés en les changeant en mois sacrés?


4. — Le texte du “Sermon de l’Adieu”.

Il s'agit d'une reconstitution, dévote au possible, de M. Hamidullah, irremplaçable dans ces affaires, et facultatif dans toutes les autres. Elle n'est guère crédible sur un plan strictement scientifique. Mais l'autorité de M. Hamidullah suffit à en faire un document prouvant l'adoration de Muhammad au milieu du XXème siècle après J.-C.

(Reconstitution de M. Hamidullah).489

Louange à Allah: nous le louons, nous lui demandons secours, nous implorons son pardon, et nous rentrons vers lui ; et nous cherchons protection auprès de Allah contre les vices de nos ames et contre les maux de nos actions. Quiconque est guidé par Allah, nul ne l'égare ; et quiconque Il égare, nul ne le guide. J'atteste qu'il n'y a de dieu sinon Allah lui-même, lui seul qui n'a aucun associé ; et j'atteste que Muhammad est son esclave et son envoyé.
Je vous prescris, ô esclaves d’Allah, la crainte d’Allah et je vous incite à son obéissance. Je cherche ainsi à commencer par ce qui est le mieux.
Or donc, ô peuple, écoutez que je vous explique, car je ne sais pas si je pourrai encore vous rencontrer ici, après cette année.
Ô peuple, en vérité vos sangs, vos biens et vos honneurs sont inviolables jusqu'à la rencontre de votre Seigneur, aussi inviolable que ce jour même, en ce mois, dans cette région.
- Ai-je donc fait parvenir490 ? Ô Allah, témoigne-le.
Or, quiconque reçoit un dépôt, qu'il le rende à celui qui le lui avait confié.
Et l'intérêt du temps de l'Ignorance491 est aboli. mais vous avez le droit sur vos capitaux : ne soyez ni oppresseurs ni opprimés. Allah a décrété qu'il n'y ait pas d'intérêt. Et le premier intérêt, par lequel je commence, c'est l'intérêt de mon oncle Abbas ibn Abd al Muttalib492.
Et les sangs493 du temps de l'Ignorance494 sont supprimés ; et le premier sang par lequel je commence, c'est le sang d’ Amir ibn Rabiah ibn al Harith ibn Abd al Muttalib495 .
Et les dignités du temps de l'Ignorance sont abolies, sauf la garde496 et la charge d'abreuver497.
Et le meurtre intentionnel sera puni par le talion ; et le meurtre quasi-intentionnel498, où l'on tue par un bâton ou par une pierre, cela coûtera cent chameaux. Quiconque exigerait davantage, serait des gens du temps de l'Ignorance.
- Ai-je donc fait parvenir? Ô Allah, témoigne-le.
Or donc, ô peuple, Satan a, en vérité, désespéré d'être adoré dans votre terre ; mais il sera heureux d'être obéi dans des choses autres que celle-là: dans ceux de vos actes que vous considérez comme sans valeur. Prenez donc garde à lui pour votre religion.
Ô peuple, en vérité, l'intercalation499 est une addition de la mécréance ; sont égarés par cette addition ceux qui se sont rendus mécréants: ils rendent profane ce mois pendant une année, et ils le rendent sacré pendant une autre année, pour observer extérieurement le nombre qu’Allah a rendus sacrés ; ils profanent ce que Allah a rendu sacré et ils rendent sacré ce que Allah a rendu profane. Et, en vérité, le temps est revenu à la condition où Dieu l'avait créé le jour qu'il a créé les cieux et la terre500.
Et, en effet, le nombre des mois auprès de l'année avec l'intercalation et sans intercalation ayant coincidé est 12 , dans le livre d’Allah, le jour qu'Il a créé les cieux et la terre. De ces 12 mois, quatre sont sacrés, dont trois consécutifs et un isolé : dhul qada, dhul hijjah et muharram, et “rajab des Mudar501 ” qui se trouve entre jumada et shaban.
- Ai-je fait parvenir? ô Allah, témoigne-le.
Or donc, ô peuple, quant à vos femmes, elles ont un droit sur vous, et vous, vous avez un droit sur elles: en votre faveur, il leur incombe qu'elles ne laissent fouler votre lit par personne sauf vous-mêmes502 , et qu'elles ne laissent entrer dans vos maisons aucune personne que vous n'aimez pas, sauf avec votre permission ; et qu'elles ne commettent pas la promiscuité. Si elles le font, Allah a, en vérité, permis de les réprimander, et d'établir des lits séparés, et de les frapper, mais pas trop durement. Si elles cessent et vous obéissent, il vous incombe de leur fournir nourriture et vêtements convenables. Et assurez aux femmes le meilleur traitement. Car, en vérité, elles sont comme des prisonniers chez vous, et ne peuvent rien faire elles-mêmes. Et, en vérité, vous les avez prises par un dépôt d’Allah, et vous vous êtes permis de les aborder par une parole d’Allah. Craignez donc Allah en ce qui concerne les femmes, et assurez-leur le meilleur traitement503 .
- Ai-je donc fait parvenir? Ô Allah, témoigne-le.
Ô peuple, en vérité, les croyants sont des frères. Et les biens d'un frère sont inviolables sauf de son bon gré.
-Ai-je donc fait parvenir ? Ô Allah, témoigne-le.
Ne redevenez donc pas mécréants après ma mort504, les uns frappant les cous des autres. Et en vérité, j'ai laissé auprès de vous de quoi empêcher l'égarement: le Livre d’Allah et la conduite505 de son prophète.
- Ai-je donc fait parvenir ? Ô Allah, témoigne-le.
Ô peuple, en vérité, votre seigneur506 est un, et votre ancêtre est un: vous descendez tous d'Adam, et Adam était de terre. Le plus digne de vous auprès de Allah est celui qui le craint le plus. Et aucun Arabe n'a une supériorité sur un non-Arabe, sauf par la piété507 .
-Ai-je donc fait parvenir ? Ô Allah, témoigne-le.
Sur quoi la foule répondit :
-Oui.
Et lui d'ajouter:
-Ô vous tous présents, faites parvenir aux absents.
Ô peuple, en vérité, Allah a fixé pour chaque héritier sa portion de l'héritage: il n'est donc pas permis de faire un testament en faveur d'un héritier508.
Et le testament en faveur d'un étranger ne doit pas dépasser le tiers509.
Et l'enfant appartient au lit et l'homme qui a commis l'adultère est lapidé. Quiconque revendiquera510 d'un autre que de son père, et quiconque se réclamera d'un patronage autre que celui de ses patrons, sur eux la malédiction d’Allah, des anges, et de tous les humains. On n'acceptera d'eux511 aucun paiement ni équivalent512.
Et la paix sur vous!

(Bukhari, Sahih 18/138).
Du prône pendant les jours de Mina.
1. D'après ibn 'Abbâs, l'envoyé de Allah fit le prône aux fidèles le jour du sacrifice et dit :
-"Ô fidèles, quel jour est celui-ci ?
- Un jour sacré, répondirent-ils.
- Quel pays est ce pays ? reprit-il.
- Un pays sacré, répartirent-ils.
-Quel mois est celui-ci ? ajouta-t-il.
-Un mois sacré, répliquèrent-ils.
-Eh bien, s'écria-t-il, votre sang, votre fortune, votre honneur doivent vous être sacrés comme est sacré ce jour, dans ce pays, et en ce mois."
Il répéta ces mots à diverses reprises ; puis il leva la tête et dit :
-"Ô Allah, ai-je rempli ma mission ? Ô mon Allah, ai-je rempli ma mission ?
-Et, dit ibn Abbâs, j'en jure par Celui qui tient ma vie entre ses mains, ce fut sa recommandation dernière à son peuple. - Que celui qui est présent en informe celui qui est absent. Après moi ne redevenez point infidèles ; que l'un de vous ne frappe pas le cou d'un autre parmi les siens."

ibn Abbâs a dit : "J'ai entendu l'envoyé de Allah faire le prône à Arafât."

Abu Bakra a dit : "Le jour du sacrifice, l'envoyé de Allah nous fit le prône et dit :
- "Savez-vous quel jours est celui-ci ?
- Allah et Son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, répondîmes-nous."
Le prophète se tut, si bien que nous crûmes qu'il allait désigner ce jour sous un autre nom que son nom accoutumé ; puis il dit :
-"N'est-ce pas le jour du sacrifice ?
-Oui, répliquâmes-nous.
-Et quel mois est celui-ci ? reprit-il.
-Allah et son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, répétâmes-nous."
Le prophète se tut encore, si bien que nous crûmes qu'il allait désigner ce mois sous un autre nom que son nom accoutumé.
-"N'est-ce pas dhul hijja ? reprit-il.
- "Certes oui, répondîmes-nous.
-Et quel pays est celui-ci ? demanda-t-il.
- Allah et Son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, répondîmes-nous."
Il se tut, si bien que nous crûmes qu'il allait désigner ce pays sous un autre nom que son nom accoutumé.
-"N'est-ce pas le pays sacré ? ajouta-t-il.
-Oui, répondîmes-nous.
-Eh bien, s'écria-t-il, votre sang et votre fortune doivent vous être aussi sacrés que ce jour dans ce pays-ci, et cela jusqu'au moment où vous irez rejoindre le Seigneur. Ai-je rempli ma mission ?
- Oui, s'écrièrent les fidèles.
- Ô Allah, reprit-il, sois témoin de cette affirmation. Que celui qui est présent la fasse parvenir à celui qui est absent. Souvent, celui à qui l'on rapporte une chose la retient mieux que celui qui l'a entendue. Quand je ne serai plus là, ne redevenez pas infidèles. Que pas un de vous ne frappe le cou d'un des vôtres."

D'après ibn 'Omar, étant à Mina, le prophète dit :
-"Savez-vous quel jour est celui-ci ?
- Allah et son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, répondirent les fidèles.
- C'est un jour sacré, répondit-il. Et savez vous quel pays est celui-ci ?
- Allah et son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, répondit-on.
- C'est un pays sacré, répéta-t-il. Et savez-vous quel mois est celui-ci ?
- Allah et son envoyé en savent plus que personne à ce sujet, s'écria-t-on.
- C'est un mois sacré, dit-il. Allah a rendu votre sang, votre fortune et votre honneur aussi sacrés pour vous que ce jour-ci, dans ce mois-ci, en ce pays-ci."
Nâfi' rapporte, d'après ibn 'Omar, que le jour du sacrifice, dans le pèlerinage où il prononça des paroles, le prophète se tint debout au milieu des Jamarât 513 et dit :
-"Ceci est le jour du grand pèlerinage."
Et c'est alors qu'il commença à dire :
-"Ô Allah, sois témoin."
Il fit alors ses adieux aux fidèles, et ce pèlerinage fut dit : pèlerinage d'adieu.

(Corpus coranique d'Othman 5/5).
Souvent, ce verset est considéré comme le dernier qui ait été émis par Muhammad. Par sa forme, il sonne comme un hadith.

Aujourd’hui, j’ai parachevé votre religion514 et je vous ai accordé mon entier bienfait515 .
J’agrée pour vous l’islam516 , comme religion.

5. — Prémonitions.

Le dernier pèlerinage est aussi le moment de premières inquiétudes concernant la construction dont Muhammad est l'auteur incontestable. C'est le signe que la fin approche. Ce type de prédiction s'accroît ensuite jusqu'à sa mort.

(Muslim, Sahih 1/126).517

Le prophète dit: ne devenez pas infidèle après moi, en vous égorgeant les uns les autres518 .

(Dawud, Hadith 19/2953).
J’ai entendu l’envoyé d'Allah parler au moment du pèlerinage de l’Adieu. Il leur ordonnait et interdisait des choses. Il dit:
-Ô Allah, ai-je dit tout ce qu’il fallait comme information?
Ils dirent:
-Oui!
Il dit:
-Quand les Quraysh se disputent à propos du pouvoir, et que les cadeaux deviennent de la corruption, alors quitte-les519 .


§ 675. — La maladie du chef.

On ne saura sans doute jamais rien de vrai sur les circonstances de sa mort, sauf sa disparition elle-même: il fallait bien que l’aventure finisse520.
Les textes insistent sur son caractère normal, banal, humain de la disparition, pour bien le distinguer de la figure du Christ des chrétiens521. Dès l’annonce de sa maladie, les premiers signes de la désagrégation de son empire apparaissent, mesquins pour commencer, et de plus en plus graves.
Personne n'a jamais vraiment cherché à étudier les causes de la maladie mortelle qui a touché Muhammad. Le vieillard a sans doute dépassé la soixantaine, ce qui est déjà exceptionnel dans ces époques. Ses activités frénétiques ont dû affaiblir son organisme. Il existe aussi une version de la mort accusant les Juifs de l'avoir empoisonné.522


1. — Premiers signes.


Les textes préparent l'inéluctable avec un grand sens du dramatique. Le public sait déjà et il veut ressentir.

La promenade prémonitoire.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 999-1000).
Au milieu de la nuit, l’apôtre d'Allah m’envoya chercher et il me dit qu’on lui avait ordonné d’aller prier pour les morts au cimetière523 et que je devais venir avec lui. J’y suis allé. Il est resté debout parmi eux, et il a dit:
-Paix sur vous, gens des tombes! Vous êtes plus heureux en bas que les hommes d’ici! Les dissenssions vont arriver, comme des vagues de noirceur, les unes après les autres, la dernière plus sombre que la première524 .
(...)

(ibn Sad, Tabaqat II 253).
Une nuit, l’apôtre d'Allah se leva, mit ses vêtements et sortit. Il ordonna à son serviteur Barirah de le suivre. Il alla à al Baqi525 , et il resta debout autant de temps qu’il plut à Allah. Il s’en retourna ensuite, alors que Barirah était déjà rentré m526’avertir. Je n’ai rien dit à ce sujet jusqu’au matin. Puis je lui en ai parlé, et il a dit:
-J’ai été envoyé par Allah vers ceux qui ont été enterrés à al Baqi, pour prier en leur faveur.

Le Coran guérisseur.
(Bukhari, Sahih 66/14, 1-2).

D’après Aïsha, quand l’envoyé d'Allah tomba malade, il récitait pour lui527 les trois prières talismaniques528 , et il soufflait sur sa main avec pulvérisation de salive.
-La maladie ayant fait des progrès, je les récitai pour lui et je lui frottai le corps avec la main, espérant que cela lui ferait du bien.

Retour à la maison.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 2000).

L’apôtre d'Allah est rentré du cimetière et il m’a trouvée529 souffrant d’un fort mal de tête et j’ai dit:
-Ô ma tête!
Il a dit:
-Non! Ma tête530.

(ibn Sad, Tabaqat II 253).

Une nuit, l’apôtre d'Allah se leva, mit ses vêtements et sortit. Il ordonna à son serviteur Barirah de le suivre. Il alla à al Baqi, et il resta debout autant de temps qu’il plut à Allah. Il s’en retourna ensuite, alors que Barirah était déjà rentré m531’avertir. Je n’ai rien dit à ce sujet jusqu’au matin. Puis je lui en ai parlé, et il a dit:
-J’ai été envoyé par Allah vers ceux qui ont été enterrés à al Baqi, pour prier en leur faveur.

(ibn Sad, Tabaqat II 257, 259).
L’apôtre d'Allah est venu auprès d’Aïsha et elle s’est écriée:
-Aïe! Ma tête!
Aussitôt, l’apôtre d'Allah a dit:
-Aïe! C’est ma tête!
C’était le début de la maladie dont il allait mourir. Avant cela, il ne s’était jamais plaint d’une quelconque souffrance.
(...)
La maladie de l’apôtre d'Allah commença un mercredi, et la durée de la maladie a été de 13 jours jusqu’à sa mort.
(...)
L’apôtre d'Allah a dit:
-Il n’y a personne qui ne souffre plus que les prophètes; comme notre souffrance est sévère, alors notre récompense est doublée.


2. — L’alitement.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 338).

Déjà, lors du pèlerinage d'adieu, au mois de dhul hijja de la dixième année de l'Hégire, le prophète était souffrant, à la Mecque, et se plaignait de sa santé. Il continua à se plaindre lorsqu'il fut rentré à Médine. On pensait que c'était la fatigue du voyage, mais lui-même savait bien quel était son état. Au commencement du mois de muharram de la onzième année, sa maladie s'aggrava et la nouvelle s'en répandit dans le monde532 .
(...)
Il réunit toutes ses femmes dans la maison de Maymuna, et demanda leur consentement pour rester, pendant sa maladie, dans la maison d’Aïsha533. Il se traîna donc, s'appuyant d'un côté sur l'épaule d’Ali, et de l'autre sur l'épaule de Fadhl ibn Abbas, vers la maison d’Aïsha, s'étendit sur le matelas et fut pris de la fièvre. Cet état dura jusqu'à la fin du mois de safar ; il ne pouvait plus se rendre à la mosquée pour la prière. Au moment de la prière, il dit à Aïsha:
-Le peuple réuni m'attend pour que je lui fasse la prière, mais je ne peux pas y aller ; dis à Abu Bakr qu'il fasse la prière au peuple.
Aïsha répliqua :
-Apôtre d'Allah, Abu Bakr est un homme impressionnable ; quand il présidera à ta place, il ne pourra pas retenir ses larmes ; désigne un autre que lui.
Le prophète répéta son ordre jusqu'à trois fois534, et Aïsha faisait toujours la même réponse. Enfin il dit :
- Vous êtes de la race de ces femmes qui ont voulu détourner mon frère Joseph535 de la droite voie. Dis à Abu Bakr de faire la prière au peuple.
En conséquence, Abu Bakr présidait chaque jour aux cinq prières. Un jour, le prophète, se sentant un peu mieux, vint assister à la prière du matin. Abu Bakr présidait, se tenant devant le peuple. Lorsque le prophète entra dans la mosquée, appuyé sur Ali et Fadhl, il y eut un mouvement dans l'assemblée. Abu Bakr, sans interrompre la prière, et, tout en conservant son attitude, se recula ; mais le prophète, lui posant sa main sur le dos, lui fit reprendre sa place auprès du mihrab536, se tint à sa droite, et, ne pouvant pas rester debout, il s'assit et accomplit ainsi la prière. Abu Bakr resta debout et le peuple derrière lui. Après la prière, le prophète rentra dans sa maison et se coucha.
Deux ou trois jours après, son état s'étant un peu amélioré, le prophète, qui se sentait mal à l'aise dans la maison, appela Abu Muwayhiba, mit la main sur le cou de cet affranchi et se rendit lentement hors de la ville, à Baqi al Gharqad, le cimetière des musulmans. Là, placé près des tombeaux, il dit :
-Salut, ô habitants des tombeaux, qui êtes à l'abri des épreuves qui atteignent les hommes537 .
Il retourna ensuite dans la maison d’Aïsha, qui était couchée et qui se plaignait d'un mal de tête538 .
Le prophète lui dit :
-Ô Aïsha, ce serait à moi de me plaindre, non à toi.
Aïsha répliqua :
-Apôtre d'Allah, je suis plus malade que toi.
Le prophète dit:
-Si l'on aime quelqu'un, on regrette de lui survivre. Puis, quel mal y aurait-il, ô Aïsha, si tu mourais avant moi, si je t'ensevelissais, si je priais sur toi et te déposais dans la tombe?539
Aïscha répondit:
Oui, tu veux, en revenant de mon enterrement, faire un nouveau mariage!
Le prophète sourit540 ; il se coucha sur le lit ; la fièvre le prit de nouveau et ne le quitta plus.
Lorsqu'il se fut écoulé cinq jours du mois de rabia I, le prophète sentit qu'il allait mourir. (...)
Ensuite il se leva et rentra dans son appartement. Ce fut la dernière fois que le peuple le vit vivant.
La fièvre le saisit avec force et prit, le troisième jour, un caractère plus violent. On demanda à Ali, qui sortait d'auprès du prophète, comment se portait le malade.
Ali répondit qu'il se trouvait mieux.
-Laisse-nous le voir, dirent plusieurs hommes, et un certain nombre de muhajir et d'ansar pénétrèrent dans l'appartement d’ Aïsha. Le prophète les regarda, ayant les larmes aux yeux et sans pouvoir se relever ni leur parler. Enfin il demanda qu'on l'aidât à s'asseoir. Fadhl ibn Abbas, l'aida à s'asseoir sur le matelas. Le prophète regarda ses compagnons et voulait leur adresser une allocution, mais il ne le pouvait pas. Il pria pour eux et leur dit quelques bonnes paroles.
-Vous êtes, leur dit-il, les bienvenus. Que la bénédiction d'Allah soit avec vous! Que Allah vous fortifie, qu'il vous prépare une place dans le paradis, qu'il vous ait en sa garde, qu'il vous dirige dans la droite voie, qu'il vous préserve de tout mal, qu'il vous sauve et vous élève, et qu'il soit toujours prêt à vous donner sa miséricorde ! Je vous exhorte à craindre Allah, et je vous confie à lui et lui recommande vos intérêts. Je vous exhorte à craindre Allah, car c'est de sa part que j'apporte toujours la promesse et la menace ; à ne point montrer de présomption envers ses serviteurs, à ne point commettre le mal dans son empire, comme il est dit dans le Coran:
Cette demeure de l'autre vie, nous la donnerons à ceux qui ne cherchent pas à s'élever sur la terre au-dessus des autres, etc. 541
Je vous engage encore à bien traiter les serviteurs que vous aurez sous vos ordres. Je vous recommande de maintenir la religion d'Allah et d'expulser de la presqu'ile arabique tous les infidèles542. Je vous laisse deux choses qui vous empêcheront après moi de tomber dans l'erreur, aussi longtemps que vous vous y appuierez: la parole d'Allah et ma famille543. Je vous recommande d'honorer les ansar, car ils sont ma famille, et ils sont dignes de votre respect. Écoutez ceux d'entre eux qui font le bien et pardonnez à ceux qui font le mal. J'implore le pardon d'Allah pour moi et pour eux544 .
Après avoir prononcé ces paroles, le prophète, ne pouvant plus se tenir assis, posa sa tête sur l'oreiller. Ses compagnons lui demandèrent:
-Apôtre d'Allah, qui te lavera après ta mort?
- Mes proches parents, répondit-il.
- Qui te placera dans la tombe?
- Mes proches545.
- Comment t'ensevelirons nous?
- Dans les vêtements que je porte ou dans des étoffes blanches d'Égypte ou du Yémen.
On lui demanda encore :
-Qui priera sur toi?
Il dit :
-Que Allah vous accorde son pardon et une magnifique récompense pour votre foi et pour la sollicitude que vous prenez envers son prophète! Quand vous m'aurez lavé et enseveli, vous me placerez au bord de ma tombe ; car le premier qui priera sur moi sera Gabriel, puis Mikhaïl546 , ensuite Israïl547 et Azraïl548. Ensuite vous entrerez, hommes et femmes, par groupes successifs, et vous prierez sur moi. Quand tout le peuple aura prié, vous me mettrez dans la tombe et vous vous en retournerez. Je vous donne la paix, à vous et à tous ceux de mes compagnons qui sont absents. Saluez aussi de ma part tous les hommes qui, jusqu'au jour de la résurrection, croiront en moi549 . Dites-leur qu'au jour de la résurrection je vous retrouverai près du pont Sirat550, que je ne franchirai pas avant d'avoir intercédé auprès d'Allah pour mon peuple.
Lorsque le prophète eut fini de parler, son état devint plus grave. Ses compagnons sortirent, et ses femmes s'assirent autour de lui. Comme il arrive à quelqu'un qui perd connaissance, ses yeux s'enfoncèrent dans leurs orbites, sa langue s'alourdit. Les femmes, d'après leurs idées en médecine551 , dirent entre elles :
-Il est en proie à un desséchement552 ; elles apportèrent de l'huile, et Asma bint Umays, en versa un peu dans le nez du prophète. Lorsque celui-ci reprit ses sens, il demanda pourquoi l'on avait fait cela et qui l'avait fait. Les femmes, n'osant pas l'avouer, dirent :
-C'est ton oncle Abbas qui l'a fait.
Le prophète le fit appeler et lui dit :
-Mon oncle, pourquoi as-tu fait cela?
Abbas répondit :
-Je ne l'ai pas fait.
Alors les femmes dirent :
-C'est nous qui l'avons fait, parce que nous avons pensé que tu étais en proie à un desséchement, et que tu avais perdu connaissance.
Le prophète répliqua :
-Que Allah me préserve, au moment de ma mort, de perdre connaissance!
Ensuite il ordonna que toutes les personnes présentes dans l'appartement, sauf Abbas553, fussent soumises à la même opération, et qu'on leur versat de l'huile dans le nez, afin qu'une autre fois elles n'eussent pas l'idée d'agir ainsi sans son consentement.
Ce qui fut exécuté554 .

(ibn Sad, Tabaqat II 281).
Abu Bakr a dit:
-Ô apôtre d'Allah, j’ai vu en rêve qu’il y avait sur mon corps deux draps yéménites, et que je marchais à travers de la merde humaine, et qu’il y avait deux plantes qui sortaient de ma poitrine.
Il interprêta le rêve ainsi:
-Les deux plantes indiquent que tu vas gouverner pendant deux ans. Les draps yéménites indiquent que tu n’auras pas de bonheur avec un de tes deux fils555. Et ton déplacement dans la merde indique que tu ne souffriras pas de la part de ton propre peuple.


3. — L’agonie d’un mortel.

Muhammad avait pourtant prévenu de sa nature humaine ; mais les réactions de panique et d’incrédulité démontrent qu’il n’avait pas été si explicite... La légende de Muhammad, qui s’est constituée, puis consolidé durant des siècles jusqu’à prendre des proportions délirantes, voisine difficilement avec cette brusque et banale fin de vie.
La tradition musulmane doit aussi faire preuve de prudence dans cette suite d’événement: il lui éviter absolument de montrer ici l’influence de la tradition chrétienne, écrasante dans ce domaine (la mort de prophète), puisqu’elle s’est concentrée considérablement sur l’événement de la mort du Christ des chrétiens, essentiel sur le plan doctrinal.


(Corpus coranique d'Othman 18/110).
Dis: Je suis seulement un mortel comme vous.
Il m’est révélé que votre divinité et une divinité unique.
Que quiconque espère rencontrer son seigneur, accomplisse oeuvre pie et qu’il n’associe personne au culte de son seigneur.

(Corpus coranique d'Othman 46/5).
Réponds-leur: je ne suis qu’un mortel comme vous. Il m’est seulement révélé que votre divinité est une divinité unique. Allez droit à elle et demandez-lui pardon!

(Corpus coranique d'Othman 10/2).
Est-ce pour les hommes une merveille que nous ayons révélé à un homme issu d’eux: avertis les hommes et annonce556 ...

(Corpus coranique d'Othman 9/129).
Un apôtre issu de vous est venu à vous. Pénible pour lui est ce que vous commettez de mal.

(Corpus coranique d'Othman 3/164).
Certes, Allah a été gracieux envers les croyants quand il a envoyé, parmi eux, un apôtre issu d’eux qui leur communique ses signes557...

(Corpus coranique d'Othman 39/31).
Tu es mortel et ils sont mortels.

Dernière apparition publique.
(Bukhari, Sahih, 10 /39).
Al Aswad rapporte ce qui suit : nous étions chez Aïsha parlant du zèle qu'on doit apporter à la prière, du respect qui lui est dû, quand Aïsha nous dit: Au cours de la maladie qui emporta le prophète, l'heure étant venue on fit l'appel à la prière:
-Qu'on donne l'ordre à Abu Bakr de diriger la prière des fidèles, s'écria-t-il.
Quelqu'un fit l'observation suivante au prophète :
-Abu Bakr est un homme sensible ; quand il se tiendra à ta place il ne pourra pas diriger la prière des fidèles.
Le prophète, là-dessus, réitéra son ordre ; on lui renouvela l'objection. Alors, répétant son ordre pour la troisième fois, il dit:
-Trois vérité, vous êtes comme les dames égyptiennes558 de Joseph, allez dire à Abu Bakr qu'il dirige la prière des fidèles!
Abu Bakr se rendit donc à la mosquée et dirigea la prière. Le prophète, se trouvant légèrement mieux, se rendit à ce moment à la mosquée en marchant appuyé sur deux hommes. Il me semble encore le voir traînait à terre ses deux pieds tant il souffrait. Abu Bakr voulait se retirer, mais le prophète lui fit signe de rester à sa place. On amena le prophète jusqu'à Abu Bakr et il s'assit à côté de ce dernier.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 334).

Le lendemain vendredi, l'état du prophète s'aggrava, et la fièvre devint plus intense. Il avait un vase en cuir qu'il fit remplir d'eau et placer devant lui. De temps en temps, pour calmer ses douleurs et la chaleur, il trempait ses mains dans l'eau et les passait ensuite sur son front et sur son visage en s'écriant :
-Ô Allah, assiste-moi contre les angoisses de la mort!
Il fut dans cet état jusqu'au dimanche, et la maladie empira. Abbas et Ali vinrent le voir.
Ali dit à Abbas :
-Mon oncle, le prophète se porte mieux aujourd'hui.
Abbas répliqua :
-Le prophète est près de sa fin ; Allah, dans sa bonté, va l'appeler auprès de lui. Je connais les signes de la mort des descendants d’Abdul Muttalib, et je vois ces signes sur son visage.
Puis il ajouta:
-Mon fils, va lui demander sa volonté en ce qui concerne la succession, pour savoir à quelle famille il la destine. S'il veut que le commandement reste à la famille de Hashim, aux descendants d’Abdul Muttalib, nous serons avertis, nous ne le céderons pas à d'autres et nous le défendrons. S'il dit qu'il doit appartenir à une autre famille, nous n'y prétendrons pas.
Ali répliqua:
-Ô mon oncle, il ne faut pas l'interroger à ce sujet ; car, s'il décide que le pouvoir doit appartenir à une autre famille, les Arabes ne nous le donneraient jamais jusqu'au jour de la résurrection.
Abbas garda le silence.
Le lendemain lundi, treizième jour du mois de rabia premier de la onzième année de l'Hégire, le matin, à l'heure de la prière, le prophète, se sentant mieux, se leva, ouvrit la porte de son appartement et regarda les hommes assemblés dans la mosquée, qui priaient, rangés en ordre l'un derrière l'autre, et Abu Bakr, qui remplissait la fonction d'imam559. Ce spectacle lui causa une grande joie, et il s'écria:
-Grâces soient rendues à Allah de ce que, après moi, mon peuple suivra ma direction et mes institutions.
Ne pouvant plus se tenir debout, il se retira et s'assit sur le coussin. Aïsha croyait qu'il était guéri et lui demanda s'il voulait un bois pour se nettoyer les dents.
- Je veux bien, répondit le prophète.
Aïsha avait chez elle un miswak560 qui n'était pas encore entamé et mâché ; elle le prit, l'amollit en le machant et le donna au prophète, qui le porta à ses dents et les frotta avec vigueur. Aïcha dit:
-Ne frotte pas trop fort, tu t'abîmes les dents.
Il répliqua:
-Ô Aïsha, Gabriel m'a toujours recommandé de faire ainsi561 , de même qu'il m'a recommandé de nous lier si étroitement avec nos voisins, que ceux-ci puissent avoir une part à l'héritage ; il m'a dit aussi que l'esclave doit être affranchi à la mort de son maître562.
(...)
Cependant le prophète ne pouvant plus se tenir assis et laissant tomber sa tête, Aïsha s'assit derrière lui, l'attira à elle et prit la tête du malade sur son sein. Il resta ainsi quelque temps. A un certain moment, entre le lever du soleil et l'heure de midi, la sueur coula de son front ; il ouvrit la bouche et la referma, et son âme s'envola. Tous les auteurs rapportent unanimement que le prophète mourut le lundi ; mais les uns disent que ce fut le dixième jour du mois de rabia I, les autres que ce fut le douxième jour de ce mois. C'est cette dernière date qui est la plus authentique563.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 368).
Anas raconte: la dernière vision que j’ai eu de l’envoyé d'Allah, c’était au temps de sa dernière maladie, le lundi matin, quand il a soulevé le rideau de sa maison, pour vérifier que sa umma faisait la prière. A ce moment, son auguste visage brillait et était clair comme s’il était une page du Coran. A ce moment, les gens faisaient la prière derrière Abu Bakr. Les gens ont commencé à se retourner... L’envoyé d'Allah leur fit un signe pour qu’ils restent à leur place.

4. — Les secrets de Fatima.


La fraction shiite de l'islam a intérêt à laisser planer le doute, ou des doutes sur ces derniers moment. C'est ainsi que l'on invente cet épisode étrange qui doit intriguer plutôt que rassurer.564

(Bukhari, Sahih 64/83, 5).

Au cours de la maladie à la suite de laquelle il mourut, le prophète manda Fatima, lui parla en secret et se tut. Il l’appela de nouveau, lui parla encore en secret et elle se mit à rire. Comme nous lui demandions la cause de tout cela, elle nous répondit:
-La première fois, le prophète me dit en secret qu’il succomberait au mal dont il souffrait, et alors je pleurai. Le seconde fois, il m’annonça en secret que de sa famille, je serai la première à l’aller rejoindre, et alors je me mis à rire565.

(Bukhari, Sahih 79/43).
Aïsha, la mère des croyants566, a dit: Comme nous étions, nous toutes les femmes du prophète sans exception, réunies autour de lui, Fatima arriva et, par Allah, sa démarche ne se distinguait pas de celle de l'envoyé d'Allah. En la voyant le prophète lui adressa la bienvenue en ces termes:
-Sois la bienvenue, ô ma fille, puis il la fit asseoir à sa droite - ou, suivant une variante, à sa gauche - et lui dit quelque chose en secret.
Fatima se mit alors à pleurer abondamment. En voyant son chagrin, le prophète lui parla de nouveau en secret et alors elle se mit à rire.
Je lui dis:
-L'envoyé d'Allah t'a choisie plutôt qu'une de nous qui sommes ses femmes pour te confier un secret et ensuite tu as pleuré. Quand l’envoyé d'Allah se fut retiré, je lui demandai ce qu'il lui avait dit en secret.
-Je ne suis pas, me répondit-elle, femme à divulguer les secrets de l'envoyé d'Allah.
Quand le prophète fut mort je lui dis:
-Je t'en conjure au nom de la vérité que tu me dois, raconte-moi ce qui s'est passé.
- Maintenant, répondit-elle, oui, je vais te le raconter: “Au moment où il m'a parlé la première fois en secret il m'a annoncé ceci: Gabriel qui, chaque année, me récitait le Coran une fois me l'a récité deux fois cette année. J'en conclus que ma mort est proche. Crains Allah, résigne-toi, car moi quel heureux devancier je serai pour toi”.
C'est alors que je me mis à pleurer comme tu l'as vu. Aussitôt voyant mon angoisse il m'a parlé en secret une deuxième fois en me disant:
-Ô Fatima, n'es-tu donc pas satisfaite d'être la reine567 des femmes des croyants - ou, suivant une variante, la reine des femmes de cette nation568 ?

La prophétie de Fatima.
(Hanbal, Musnad 3/197).569

Pendant sa dernière maladie, l’apôtre d'Allah a appelé sa fille chérie, Fatima, à son chevet. Il lui murmura quelque chose, qui la fit éclater en sanglots. Il la rappela ensuite, murmura à nouveau et elle fit éclater sa joie.
Aïsha, mère des croyants, l’appela ensuite et lui demanda ce qu’il avait dit:
-C’est un secret appartenant à l’apôtre d'Allah.
Après la mort de l’apôtre d'Allah, Aïsha lui demanda à nouveau et Fatima répondit enfin:
-La première fois, il m’a dit qu’il allait mourrir de cette maladie, et c’est ce qui m’a fait éclater en sanglots. La seconde fois, il m’a annoncé que je serai la première de sa famille à le rejoindre dans l’au-delà, ce qui me réjouit tant.

5. — Ultimes menaces.

On ne change guère de caractère dans ces moments-là. Muhammad se laisse aller encore à la colère et des crises d'autorité assez remarquables : en effet, par la force des choses, le pouvoir commence à lui échapper.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1011).

Ce jour, Ali sortit de chez l’apôtre d'Allah et il dit que grâce à Allah il était en train de guérir. Abbas le prit par la main et dit:
-Ali, dans trois jours, tu seras esclave570. Je jure par Allah que j’ai vu la mort sur le visage de l’apôtre d'Allah, comme je la reconnais sur les visages des fils d’Abdul Muttalib. Allons chez l’apôtre d'Allah ; si le pouvoir doit aller à nous, nous le saurons, et si cela doit aller à d’autres, nous lui demanderons de pousser les gens à bien nous traiter.
Ali répondit:
-Non, je ne le ferai pas.

Un malade difficile.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1007).

... son oncle Abbas était avec lui et ils furent tous d’accord pour le forcer à prendre un remède.
Abbas a dit:
-Forçons-le.
Et ils le firent.
Il revint à lui et il demanda qui l’avait soigné.
On lui dit ce que son oncle avait dit:
-C’est un remède qui vient de ce pays, en montrant l’Abyssinie du doigt.
Il demanda pourquoi ils avaient fait cela.
-Nous avions peur que tu aies une pleurésie.
-C’est une maladie qu’Allah ne voudra pas m’infliger. Que tout le monde dans la maison avale ce remède, sauf mon oncle.
Maymuna fut aussi forcée de l’avaler, alors qu’elle devait jeûner, à cause d’un serment à l’apôtre d'Allah, comme une punition parce qu’ils l’avaient forcé à faire quelque chose.

(ibn Sad, Tabaqat II 292-3)
L’apôtre d'Allah tomba malade et il s’évanouit. Il reprit conscience tandis que ses femmes lui administraient une potion par le coin de la bouche. Il dit alors:
-Quoi? Vous me donnez une potion par la bouche alors que je jeûne! Probablement, c’est Asma bint Umays qui vous l’a conseillé! Craint-elle que je ne souffre de pleurésie? Allah ne permet pas que j’ai une pleurésie. Que toute personne présente ici -à l’exception d’Abbas- avale la potion par le coin de la bouche!
Alors les femmes se précipitèrent pour avaler la potion, du coin de la bouche d’une, pour celle de l’autre.

Muhammad, martyr des juifs.571
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 764-5).

L’apôtre se reposa et Zeynep bint al Arith, femme de Sallam ibn Mishkam lui prépara un rôti d’agneau, ayant demandé auparavant quelle partie il préférait. Quand elle sut que c’était l’épaule ; elle y mit une grande quantité de poison et empoisonna aussi l’agneau entier. Elle l’apporta et le plaça devant lui. Il prit l’épaule et en mâcha un morceau, mais ne l’avala pas. Bishr ibn al Bara (...) qui était avec lui en prit aussi, mais il l’avala, tandis que l’apôtre le recrachait, en disant:
-Cet os me dit que c’est empoisonné.
Il fit appeler la femme, qui avoua et quand on lui demanda pourquoi elle l’avait fait, elle dit:
-Tu sais ce que tu as fait à mon peuple. Je me suis dit:s’il est un roi, je m’en sortira, mais s’il est un prophète, il en sera averti. Alors l’apôtre la laissa partir. Bishr est mort de ce qu’il avait mangé.
(...) L’apôtre a dit durant la maladie dont il devait mourir, quand Umm Bisr bint al Bara est venue lui rendre visite:
-Ô Umm Bishr, c’est à ce moment que je resens une souffrance mortelle à cause de ce que j’ai mangé à Khaybar avec ton frère.
Les musulmans considèrent que l’apôtre est mort en martyr en plus de sa fonction prophétique dont Allah l’a honoré.

(Bukhari, Sahih 56/176).
D'après Sayd ibn Jubayr, ibn Abbas dit:
-Le jeudi, ah! ce qu'est le jeudi! et il se mit à pleurer si fort, que ses larmes mouillaient les cailloux du sol.
-C'est le jeudi, reprit-il, que les souffrances du prophète devinrent plus vives.
Alors il dit:
-Qu'on m'apporte de quoi écrire, afin que je mette par écrit ce qui, dans l'avenir, vous préservera de l'erreur.572
Une discussion, à ces mots, s'élève ; et la discussion auprès d'un prophète est inconvenante. On déclare que l'envoyé d'Allah avait le délire573 ; mais lui dit :
-Laissez-moi, ce qui m'occupe maintenant vaut mieux que ce à quoi vous m'invitez.
A a moment de la mort, il fit des recommandations sur trois points :
-Expulsez, dit-il, de l'Arabie les polythéistes574 ; donnez aux députations qui viendront vers vous, de la même facon que moi-même je leur donnais.
J'ai oublié, dit ibn Abbas, la troisième recommandation575 .
Yaqub ibn Muhammad a dit:
-Je demandai à El Mughira ibn Abd er Rahman ce qu'était l'Arabie ; il me répondit: c'est la Mecque, Médine, le Yamama et le Yémen.
Yaqub dit encore: El Arj est le commencement du Tihama.

(ibn Sad, Tabaqat 2/305).
Nous étions avec le prophète ; et il y avait un voile entre les femmes et nous576. L'apôtre d'Allah dit alors:
-Lavez pour moi sept outres en peau et apportez les moi avec un encrier, je vous écrirai un document et vous ne serez pas mal dirigés pour toute l'éternité.
Les femmes dirent:
-Apportez à l'apôtre d'Allah ce qu'il veut.
Omar dit:
-Je leur ai dit: "Restez calmes! Vous êtes comme les femmes de Joseph quand il a été malade et vous versez des larmes, et quand il est en forme, vous vous pendez à son cou"
Là dessu, l'apôtre d'Allah dit:
-Elles sont meilleures que toi.

(Bukhari, Sahih 56/ 660).577
Sur son lit de mort, l’apôtre d’Allah mettait un tissu sur son visage et quand il avait chaud, il l’enlevait de son visage. Dans cet état, il disait:
-Qu’Allah maudisse les juifs et les chrétiens parce qu’ils construisent des sanctuaires sur les tombes de leurs prophètes.578
Par cela, il voulait avertir (les musulmans) de ce que (les autres) avaient fait.

(ibn Sad, Tabaqat II 298-9).
Les femmes de l’apôtre d'Allah parlaient entre elles d’une église579 en Abysssinie, appelée Maria. Elles parlaient de sa beauté et de ses peintures. Umm Salama et Umm Habiba étaient allées en Abyssinie.
L’apôtre d'Allah dit alors:
-Ce sont des gens qui construisent un lieu de culte sur les tombes des pieux quand ils meurent, et ils peignent des images : ces gens sont les pires de toute l’humanité.

(ibn Sad, Tabaqat II 289).
En vérité, la dernière consigne de l’apôtre d'Allah a été:
-Qu’Allah détruise les Juifs, parce qu’ils ont transformé les tombes de leurs prophètes en lieu de culte.580

(ibn Sad, Tabaqat II 301).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Ô Allah! Ne fais pas de ma tombe une idole! Qu’Allah maudisse le peuple qui fait des tombes des prophètes leurs lieux de culte!

(ibn Sad, Tabaqat II 304).
Le prophète demanda quelque chose pour écrire au moment de sa mort un document pour ses disciples, afin qu’ils ne dévient pas du bon chemin et ne soient pas mal guidés. Mais ils firent tous beaucoup de bruit, et le prophète abandonna cette idée.581

(ibn Sad, Tabaqat II 313).
L’apôtre d'Allah nous demanda de verser de l’eau sur son corps, de sept peaux cousues, venant de sept puits. Et nous l’avons fait selon ses voeux. Quand il eut pris son bain, il ressentit une amélioration. Il conduisit alors la prière des gens, et fit un sermon, pour demander le pardon pour les morts d’Ohod582 . Il donna des instructions à propos des ansar et dit:
muhajirun! Votre nombre va croître, mais celui des ansar ne va pas croître. Ils sont les gens à qui j’ai donné ma confiance, et chez qui j’ai trouvé asile, alors honorez ceux qui sont nobles parmi eux, et excusez ceux qui s’égarent.

(ibn Sad, Tabaqat II 317).
Les derniers mots qu’a prononcé l’apôtre d'Allah ont été:
-Qu’Allah tue les juifs et les chrétiens qui ont fait des tombes de leurs prophètes des lieux de culte. Deux croyances ne peuvent pas exister sur le sol de l’Arabie.583

(ibn Sad, Tabaqat II 319).
L’apôtre d'Allah a dit pendant sa maladie dont il est mort:
-Ô peuple! Ne me tiens pas pour responsable, pour rien du tout. J’ai seulement déclaté licite qu’Allah a déclaté licite, et illicite ce qu’il a déclaré illicite.


§ 676. — La mort.

Enfin. L'événement est connu par une multitude de courts récits, qui contrairent l'idée que Muhammad est un être humain normal : encore le tiraillement entre la rigueur de la doctrine et la glossolalie de la Tradition Islamique.584
Avec le recul, le récit le plus véridique sur la mort du chef est sans doute celui de Victor Hugo, puisqu'au moins on sait qu'il s'agit d'une invention poétique...

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 354).

Les traditions ne sont pas d'accord sur l'âge du prophète, au moment de sa mort. Les uns disent qu'il avait soixante-trois ans ; qu'il avait reçu sa mission à l'âge de quarante ans ; qu'après cela il avait vécu encore treize ans à la Mecque et dix ans à Médine. Cette tradition est la plus authentique. D'autres prétendent qu'il avait soixante-cinq ans ; mais cette tradition n'est pas exacte. D'autres encore disent qu'il avait soixante ans lorsqu'il mourut585 .

(Bukhari, Sahih 59/731).586

Aïsha a dit: l’apôtre d’Allah, dans sa maladie fatale, demandait:
-Où serais-je demain? où serai-je demain?
Aïsha ajouta: le prophète expira le jour où j’étais présente à ses côtés, et il a été pris par Allah sa tête contre ma poitrine et sa salive mélangée à ma salive.
Aïsha ajouta:
- (...)Abu Bakr est venu, avec un cure-dent dont il se servait.
L’apôtre d’Allah le regarda et lui dit:
-Ô Abd ar Rahman! Donne-moi ce cure-dent.
Alors il me le donna, je l’ai coupé, je l’ai maché et je l’ai donné au prophète d’Allah qui s’est nettoyé les dents avec alors qu’il se reposait contre ma poitrine.

(Bukhari, Sahih 64/83).
Aïsha disait587: Une des faveurs que Allah m'a accordées,- c'est d'avoir fait que l'envoyé d’Allah soit mort dans mon appartement, au jour qu'il me consacrait, et la tête entre mon épaule et mon menton. En outre, Allah a permis que ma salive et celle du prophète fussent mélangées lors de sa mort. En effet, Abd er Rahman était entré dans ma chambre en tenant à la main un siwak588 pendant que je soutenais le très saint envoyé. En voyant qu'il regardait ce siwak, je compris que le prophète le désirait:
-Veux-tu, lui dis-je, que je te le donne ?
D'un geste de la tête, il me fit signe que oui.
Je le lui remis, et comme il souffrait beaucoup, je demandai s'il voulait que je le lui mâchonne. De la tête, il me fit signe de le mâchonner. Et je le fis. Il y avait devant lui une outre. Il se mit à y tremper les mains et se les passait ensuite sur le visage, en disant :
-Il n'y a d'autre divinité que Allah ; la mort a ses affres.
Enfin il leva la main et se mit à dire :
-Avec le compagnon le plus élevé.
Puis il rendit le dernier soupir en laissant tomber sa main.

(ibn Sad, Tabaqat II 325).

L’apôtre d'Allah n’a pas laissé un dinar, pas un dirham, pas une chèvre ou un chameau, et il n’a fait aucune déclaration à propos de rien.
(...)
On a demandé à Aïsha si l’apôtre d'Allah avait fait des déclarations.
Elle répondit:
-Comment aurait-il pu faire des déclarations? Il a demandé un bol pour uriner, s’est détendu sur mes genoux et je n’ai pas su qu’il avait expiré. Et il a expiré entre ma poitrine et ma gorge.
(...)
Sa tête était sur mes genoux, il demanda un bol et urina dedans. Il s’est détendu sur mon genou et je n’ai pas su quand il est mort; donc, je ne sais pas s’il a fait un testament en faveur d’Ali.

(ibn Sad, Tabaqat II 328).
L’apôtre d'Allah murmura durant sa maladie:
-Appelez mon cousin.
Ali fut appelé pour venir.
Le prophète lui dit:
-Viens près de moi.
Je589 suis venu près de lui, et il s’est appuyé sur ma poitrine. Il ne cessa de s’appuyer jusqu’à ce que la salive du prophète coule sur moi. Enfin, la mort descendit sur l’apôtre d'Allah et il s’alourdit sur ma jambe. J’ai crié:
-Ô Abbas590 ! Aide moi! Je meurs!
Al Abbas vint alors et nous nous sommes efforcés de le déposer.

(ibn Sad, Tabaqat II 322).
Au dernier moment de vie de l’apôtre d'Allah, il demanda un bol d’eau et commença à s’essuyer le visage, en répétant les mêmes prières:
-Ô Allah! Aide moi dans l’agonie.
Il dit trois fois:
-Ô Gabriel! Viens près de moi!

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 370).
Qasim ibn Muhammad a raconté ce qu’Aïsha a dit: j’ai vu l’envoyé d'Allah le jour de sa mort, une coupe d’eau près de lui. Il mettait ses mains dans la coupe et se rinçait la figure avec. Puis il récita:
-Ô Allah, aide moi dans les difficultés de la mort.

(ibn Sad, Tabaqat II 323).
Trois jours avant la mort de l’apôtre d'Allah, Gabriel lui est apparu et lui a dit:
-Ô Ahmad! Allah m’a envoyé comme une marque d’honneur, de respect et d’intérêt particulier à ton égard, pour savoir ce qui t’arrive, bien qu’il sache mieux que toi ce qui concerne ta maladie, et il te demande: “Comment vas tu?”.
Il répondit:
-Ô Gabriel! Je me sens mal et Ô Gabriel! Je me sens angoissé!
Le jour suivant, Gabriel est venu (...)591.
Le troisième jour, Gabriel est encore venu, et avec lui, un ange de la mort et un autre qui s’appelle Ismaïl, qui est resté dans l’air, qui n’est pas monté dans le ciel, et n’est pas descendu sur la terre. Depuis la création de la terre, il avait été à la tête de 70 000 anges, chacun commandant à 70 000 anges.

(Bukhari, Sahih 59/732).592

... alors Allah fit que ma salive se mélangea avec sa salive pour son dernier jour sur terre et le premier jour dans l’au-delà.

(Bukhari, Sahih 56/736).593
Le prophète est mort alors qu’il avait soixante-trois ans.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 363).
Muawiya a dit une fois dans la khutbah: l’envoyé d'Allah est mort à l’âge de 63 ans. Abu Bakr et Omar sont morts à 63 ans. Mon âge actuel est aussi de 63 ans.
Une transposition occidentale de la mort de Muhammad.
(Victor Hugo,L’an neuf de l’Hégire). 594

Comme s’il pressentait que son heure était proche,
Grave, il ne faisait plus à personne une reproche ;
Il marchait en rendant aux passants leur salut ;
On le voyait vieillir chaque jour, quoiqu’il eût
A peine vingt poils blancs à sa barbe encore noire ;
Il s'arrêtait parfois pour voir les chameaux boire,
Se souvenant du temps qu’il était chamelier.
Il semblait avoir vu l’Eden, l’âge de l’amour,
Les temps antérieurs, l’ère immémoriale.
Il avait le front haut, la joue impériale,
Le sourcil chauve, l’œil profond et diligent,
Le cou pareil au col d’une amphore d’argent,
L’air d’un Noé qui sait le secret du déluge.
Si des hommes venaient le consulter, ce juge
Laissait l’un affirmer, l’autre rire et nier,
Ecoutait en silence et parlait le dernier.
Sa bouche était toujours en train d’une prière ;
Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ;
Il s’occupait de lui-même à traire ses brebis ;
Il s’asseyait à terre et cousait ses habits.
Il jeûnait plus longtemps qu’autrui les jours de jeûne,
Quoiqu’il perdît sa force et qu’il ne fût plus jeune.
A soixante-trois ans une fièvre le prit.
Il relut le Coran de sa main même écrit,
Puis il remit au fils de Séid la bannière,
En lui disant : " Je touche à mon aube dernière.
Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu. Combats pour lui. "
Et son œil, voilé d’ombre, avait ce morne ennui
D’un vieux aigle forcé d’abandonner son aire.
Il vint à la mosquée à son heure ordinaire,
Appuyé sur Ali le peuple le suivant ;
Et l’étendard sacré se déployait au vent.
Là, pâle, il s’écria, se tournant vers la foule ;
" Peuple, le jour s’éteint, l’homme passe et s’écroule ;
La poussière et la nuit, c’est nous. Dieu seul est grand.
Peuple je suis l’aveugle et suis l’ignorant.
Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. "
Un cheikh lui dit : " o chef des vrais croyants ! le monde,
Sitôt qu’il t’entendit, en ta parole crut ;
Le jour où tu naquit une étoile apparut,
Et trois tours du palais de Chosroès tombèrent. "
Lui, reprit : " Sur ma mort les Anges délibèrent ;
L’heure arrive. Ecoutez. Si j’ai de l’un de vous
Mal parlé, qu’il se lève, ô peuple, et devant tous
Qu’il m’insulte et m’outrage avant que je m’échappe ;
Si j’ai frappé quelqu’un, que celui-là me frappe. "
Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton.
Une vieille, tondant la laine d’un mouton,
Assise sur un seuil, lui cria : " Dieu t’assiste ! "
Il semblait regarder quelque vision triste,
Et songeait ; tout à coup, pensif, il dit : " voilà,
Vous tous, je suis un mot dans la bouche d’Allah ;
Je suis cendre comme homme et feu comme prophète.
J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.
Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.
Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.
Jésus m’a précédé, mais il n’est pas la Cause.
Il est né d’une Vierge aspirant une rose.
Moi, comme être vivant, retenez bien ceci,
Je ne suis qu’un limon par les vices noirci ;
J’ai de tous les péchés subi l’approche étrange ;
Ma chair a plus d’affront qu’un chemin n’a de fange,
Et mon corps par le mal est tout déshonoré ;
O vous tous, je serais bien vite dévoré
Si dans l’obscurité du cercueil solitaire
Chaque faute engendre un ver de terre.
Fils, le damné renaît au fond du froid caveau
Pour être par les vers dévoré de nouveau ;
Toujours sa chair revit, jusqu’à ce que la peine,
Finie ouvre à son vol l’immensité sereine.
Fils, je suis le champ vil des sublimes combats,
Tantôt l’homme d’en haut, tantôt l’homme d’en bas,
Et le mal dans ma bouche avec le bien alterne
Comme dans le désert le sable et la citerne ;
Ce qui n’empêche pas que je n’aie, ô croyants !
Tenu tête dans l’ombre au x Anges effrayants
Qui voudraient replonger l’homme dans les ténèbres ;
J’ai parfois dans mes poings tordu leurs bras funèbres ;
Souvent, comme Jacob, j’ai la nuit, pas à pas,
Lutté contre quelqu’un que je ne voyais pas ;
Mais les hommes surtout on fait saigner ma vie ;
Ils ont jeté sur moi leur haine et leur envie,
Et, comme je sentais en moi la vérité,
Je les ai combattus, mais sans être irrité,
Et, pendant le combat je criais : " laissez faire !
Je suis le seul, nu, sanglant, blessé ; je le préfère.
Qu’ils frappent sur moi tous ! Que tout leur soit permis !
Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis
Auraient, pour m’attaquer dans cette voie étroite,
Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite,
Ils ne me feraient point reculer ! " C’est ainsi
Qu’après avoir lutté quarante ans, me voici
Arrivé sur le bord de la tombe profonde,
Et j’ai devant moi Allah, derrière moi le monde.
Quant à vous qui m’avez dans l’épreuve suivi,
Comme les grecs Hermès et les hébreux Lévi,
Vous avez bien souffert, mais vous verrez l’aurore.
Après la froide nuit, vous verrez l’aube éclore ;
Peuple, n’en doutez pas ; celui qui prodigua
Les lions aux ravins du Jebbel-Kronnega,
Les perles à la mer et les astres à l’ombre,
Peut bien donner un peu de joie à l’homme sombre. "
Il ajouta ; " Croyez, veillez ; courbez le front.
Ceux qui ne sont ni bons ni mauvais resteront
Sur le mur qui sépare Eden d’avec l’abîme,
Etant trop noirs pour Dieu, mais trop blancs pour le crime ;
Presque personne n’est assez pur de péchés
Pour ne pas mériter un châtiment ; tâchez,
En priant, que vos corps touchent partout la terre ;
L’enfer ne brûlera dans son fatal mystère
Que ce qui n’aura point touché la cendre, et Dieu
A qui baise la terre obscure, ouvre un ciel bleu ;
Soyez hospitaliers ; soyez saints ; soyez justes ;
Là-haut sont les fruits purs dans les arbres augustes,
Les chevaux sellés d’or, et, pour fuir aux sept dieux,
Les chars vivants ayant des foudres pour essieux ;
Chaque houri, sereine, incorruptible, heureuse,
Habite un pavillon fait d’une perle creuse ;
Le Gehennam attend les réprouvés ; malheur !
Ils auront des souliers de feu dont la chaleur
Fera bouillir leur tête ainsi qu’une chaudière.
La face des élus sera charmante et fière. "
Il s’arrêta donnant audience à l’espoir.
Puis poursuivant sa marche à pas lents, il reprit :
" O vivants ! Je répète à tous que voici l’heure
Où je vais me cacher dans une autre demeure ;
Donc, hâtez-vous. Il faut, le moment est venu,
Que je sois dénoncé par ceux qui m’ont connu,
Et que, si j’ai des torts, on me crache aux visages. "
La foule s’écartait muette à son passage.
Il se lava la barbe au puits d’Aboufléia.
Un homme réclama trois drachmes, qu’il paya,
Disant : " Mieux vaut payer ici que dans la tombe. "
L’œil du peuple était doux comme un œil de colombe
En le regardant cet homme auguste, son appui ;
Tous pleuraient ; quand, plus tard, il fut rentré chez lui,
Beaucoup restèrent là sans fermer la paupière,
Et passèrent la nuit couchés sur une pierre
Le lendemain matin, voyant l’aube arriver ;
" Aboubékre, dit-il, je ne puis me lever,
Tu vas prendre le livre et faire la prière. "
Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;
Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait,
Et souvent à voix basse achevait le verset ;
Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte.
Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte
Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer.
" Qu’il entre. " On vit alors son regard s’éclairer
De la même clarté qu’au jour de sa naissance ;
Et l’Ange lui dit : " Dieu désire ta présence.
- Bien ", dit-il. Un frisson sur les tempes courut,
Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut.



§ 677. — La panique des survivants.

La mort est un traumatisme pour la communauté musulmane, comme si personne ne l’avait prévue, en dépit d’un verset coranique rappelant le caractère mortel de celui qui se présente comme prophète595. Ces hommes ont obéi toute leur vie et ils ne sont pas prêts à prendre le relais. Le chef les a cantonnés dans des fonctions de “musclemen” comme disent les Anglo-saxons et il s’est pas occupé de leur formation au pouvoir. Ceux-ci ont passé le plus clair de leur temps, à combattre, à piller, à prier. Ils n’ont jamais reçu que des instructions précises596 qui ne leur laissaient que peu d’autonomie.
Il n’a pas prévu sa succession, ce qui est fort normal puisqu’il n’inaugure pas un dynastie à l’image des Césars. Son pouvoir est d’un type unique et la qualité prophétique ne se partage pas et ne se lègue pas ( comme toute autre maladie psychique ou difformité physique) et de là proviennent les futures catastrophes politiques.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 348).
Ali ibn Abu Talib, sortit de la maison en pleurant. Omar, qui se trouvait devant la porte, lui dit :
-Ô Ali, ces munafiqun prétendent que le prophète est mort.
Ali garda le silence. Quelqu'un alla avertir Abu Bakr, qui vint aussitôt à la maison du prophète.
Il trouva à la porte Omar, entouré de monde et s'écriant:
-Ces munafiqun disent que le prophète est mort. Il n'est pas mort! Le prophète est allé visiter Allah, et il reviendra. De même que Moïse, qui avait quitté son peuple pour se rendre à l'entrevue avec Allah, est revenu après quarante jours ; de même que Jésus, qui monta au ciel et qui reparut devant son peuple, notre prophète reviendra également597. Que la langue de ceux qui disent qu'il est mort soit arrachée! Que leurs mains et leurs pieds soient coupés!598
Abu Bakr, ayant entendu ces paroles, entra dans la maison et vit Aïsha qui pleurait et se frappait le visage. Le corps inanimé du prophète était couvert de son manteau. Abu Bakr découvrit le visage du prophète et vit qu'il était mort. Il le recouvrit et sortit. Omar continuait à haranguer la foule.
Abu Bakr lui dit:
-Ne parle pas ainsi, ô Omar, car Allah a dit au prophète:
Tu mourras et eux aussi ils mourront. 599 .
Omar dit:
-Il me semble que je n'ai jamais entendu ce verset600.
Abu Bakr s'adressa à la foule et dit:
-Musulmans, Muhammad a quitté ce monde. Que ceux qui adoraient Muhammad sachent qu'il est mort ; mais que ceux qui adoraient Allah sachent qu'Allah est vivant et ne meurt jamais. Allah a dit:
Muhammad n'est qu'un apôtre ; il a été précédé par d'autres apôtres. S'il mourait ou s'il était tué, retourneriez- vous en arrière? etc. 601
Alors le peuple, ne doutant plus de la mort du prophète, fit éclater sa douleur et pénétra dans l'appartement pour voir le prophète ; ensuite il se retira. La mosquée se remplit des gens de la maison du prophète ; ses femmes et ses affranchis pleurèrent et gémirent et se frappèrent le visage.

(Corpus coranique d'Othman 3/138).602
Muhammad n'est qu'un apôtre. Avant lui, les autres apôtres ont passé. Eh quoi! S'il meurt ou s'il est tué, retournerez vous sur vos pas?

(ibn Sad, Tabaqat II 333).
Quand l’apôtre d'Allah est mort, les gens ont pleuré. Omar ibn Khattab se dressa, comme dans un prêche dans la mosquée, et dit:
-Je ne veux entendre personne dire que Muhammad est mort. Il a été appelé par Allah comme Musa avait été appelé et il est parti loin de son peuple pendant 40 jours. Par Allah, j’espère que les pieds et les mains de ceux qui croient qu’il est mort seront amputés!

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1012).

L’apôtre d'Allah est mort et Omar s’est levé, et a dit:
-Certains des munafiqun ont prétendu que l’apôtre d'Allah était mort, mais par Allah, il n’est pas mort: il est parti vers son seigneur comme Moïse, et il est caché à son peuple pour 40 jours, et reviendra après l’annonce de sa mort. Par Allah, l’apôtre d'Allah reviendra comme Moïse est revenu, et il coupera les mains et les pieds des hommes qui ont prétendu que l’apôtre d'Allah est mort.
(Bukhari, Sahih 62/5bis, 9a).
D'après Aysha, la femme du prophète, l'envoyé d'Allah mourut pendant que Abu Bakr était à (...) à al Aliya.
Omar se leva en disant:
-Par Allah, l'envoyé d'Allah n'est pas mort.
Aysha a ajouté que Omar s’écria ensuite:
-Par Allah, il ne m'est jamais venu à l'esprit qu'il en put être autrement. Allah va donc sûrement le ressusciter . Que l'on coupe les mains et les pieds de ceux qui disent qu'il est mort.
Ab Bakr vint vers l'envoyé d'Allah ; il lui découvrit le visage et lui donna un baiser, puis il dit :
-Ô toi pour qui j'aurais donné comme rançon mon père et ma mère, tu as été bon dans la vie comme tu l'es dans la mort. Par Allah qui tient mon âme entre ses mains, Allah ne te fera jamais gouter deux fois la mort603.
Sortant ensuite, Abu Bakr s'adressa à Omar en ces termes:
-Calme-toi, toi qui jures.
Aussitôt que Abu Bakr eut prononcé ces mots, Omar se tut.
Alors, après avoir loué Allah et lui avoir rendu grâces, Abu Bakr dit :
-Eh bien! pour ceux qui adoraient Muhammad, Muhammad est mort. Mais pour ceux qui adorent Allah, Allah est toujours vivant et ne meurt pas.
Et il ajouta :
-Toi tu es mort, et eux mourront aussi604 .
Il dit encore:
-Muhammad n'était qu'un envoyé, et d'autres envoyés ont disparu avant lui. Est-ce que, parce qu'il est mort ou qu'il aurait été tué, vous reviendriez en arrière ? Celui qui retournera en arrière ne causera pas le moindre dommage à Allah, et Allah récompensera ceux qui l'auront loué.
Il a dit encore:
-Les gens pleurèrent en sanglotant.


§ 678. — La petite guerre de succession d'Arabie.

Les récits de la lutte d’influence qui se déclenche avant même la mort du chef de la communauté605 présentent des versions différentes du même événement: ils ont été remaniés pour des raisons politiques évidentes606 . En effet, des traditions postérieures et ennemies ont mis en scène une véritable course de rats dans l’entourage immédiat de Muhammad.
Cette comédie humaine est un prélude aux innombrables et atroces luttes de pouvoir entre les successeurs607, jusqu’à la consolidation abbasside, elle-même tout à fait sanglante .608

On peut pourtant distinguer plusieurs phases et plusieurs faits très intéressants, particulièrement réalistes:

-La crise est déclenchée par une réunion séditieuse d’une partie609 des Médinois, sous un portique610 ; la sécession a couvé pendant deux heures et seul l’apport du butin pouvait l’apaiser. L’islam, si efficace en bien des domaines , quand il s'agit de soumettre, n’a pas effacé les solidarités précédentes et n’a pas uni absolument les autochtones et les Emigrés mecquois611 qui reviennent à leurs haînes archaïques
612.. Le meneur, Sad 613 semble un nouveau venu, mais il est issu en fait de l’entourage d’ibn Ubbayy, le regretté chef des Hypocrites.
On y propose une dyarchie, un double pouvoir, ce qui entrainerait un éclatement de la communauté. La théocratie musulmane est alors une pratique politique, mais pas encore un Etat et la disparition du fondateur le prouve cruellement.

-Abu Bakr et Omar pressentent aussitôt la gravité de la situation et agissent rapidement, de concert avec Abu Obayda614 . Chacun agit à sa façon, avec son caractère et ses objectifs et il est difficile de savoir exactement la nature de leurs relations615 . On ne saura jamais réellement ce qui est advenu entre les deux pour décider vraiment du choix du successeur616. Finalement, leur expatriation, dix ans plus tôt, est un avantage car elle leur donne comme une neutralité par rapport aux tribus de Médine617 .

-Il existe aussi un tiraillement entre deux sphères à ce moment: celle de l’intimité du mort, avec ses familiers, dont la légitimité s’évanouit618 , et celle de l’extérieur, qui maintenant décide de tout. L’image la plus atroce de cette déchirure est l’abandon du cadavre.

-La tension est forte, la violence est chaque fois prête à éclater, mais les textes chaque fois évitent de montrer son déchainement.

-Chaque individu est facilement identifiable, avec son caractère, ses ambitions et sa destinée. On repère aussi vite qui sont les “mauvais”, ceux qui amènent la discorde, les faire-valoirs, les outsiders, les habiles politiques et les fidèles: tous les personnages d’une palpitante comédie humaine, racontée par des conteurs remarquables.

-Ali est à la fois présent et inactif, jusqu’à recevoir des menaces et des sarcasmes. Le personnage représente la légitimité comme chef du cercle familial619 , et son attitude présentée comme exemplaire par sa dignité et sa sincérité est certainement l’objet de toutes les attentions des lecteurs shiites de ces textes620. Il est le grand perdant de la succession, étant peu à l’aise dans les intrigues621 : il n’est pas une tête politique, comme le prouve la suite désastreuse de sa carrière.

C’est dans cet ultime épisode que l’islam se révèle dans toute sa nudité, tel le squelette d’une structure politique et le paravent d’ambitions humaines. La masse des discours prononcés dans les extraits qui suivent est en fait l’expression la plus authentique d’une angoisse spécifiquement musulmane: la prise de conscience d’une incapacité totale à savoir gérer la violence interne à la communauté, qui se manifeste jusqu’à nos jours622 .
Lec modèle de gouvernement institué par Muhammad s'avère à la première seconde après sa mort totalement inviable. Le génie politique du personnage, qui est évident de son vivant, s'efface après sa mort: on ne construit rien de sérieux dans la mystique, sinon des massacres.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 349).
Pendant ce temps, les autres musulmans s'assemblaient pour délibérer. Le corps du prophète n'était pas encore lavé, que déjà la dissension s'élevait à Médine.
Un homme entra dans la mosquée et dit :
- Les Ansar se sont réunis et prêtent serment à Sad ibn Obada.
Abu Bakr se leva, et, prenant Omar par la main, il sortit avec lui. Ali et Abbas restèrent auprès du lit du prophète, et prirent les dispositions pour le laver, l'ensevelir et l'enterrer. Abu Obayda ibn al Jerrah, vint au devant d'Abu Bakr et d’Omar qui se dirigeaient vers le lieu où étaient rassemblés les ansar et leur dit :
-Retournez, car les ansar sont réunis dans le vestibule des Banu Sayda et proclament Sad ibn Obada, sans se soucier de ce que le prophète est mort et de ce qu'il n'est pas encore enterré. Mais vous, qui êtes les proches du prophète, des muhajirun, retournez et procédez à l'ensevelissement ; ensuite établissez l'un des vôtres comme votre chef, car les Ansar ne voudront plus se soumettre à vous.
Abu Bakr répliqua :
-Par Allah, je ne m'en retournerai pas que je ne les aie vus et entendus!
Il prit Abu Obayda par la main, et se rendit avec lui et Omar au lieu où étaient réunis les ansar.

Les gens de la Maison.
(Ibn Hanbal, Musnad 3 p. 14).

L’envoyé d'Allah a dit: l’exemple des gens de ma maison623 est celui de l’arche de Noé. Celui qui vient à bord obtient la sauvegarde, et celui qui la quitte est damné.

(Ibn Hanbal , Musnad 3/36).
Le prophète a dit L'Heure ne sera pas suscitée avant que la terre ne soit remplie d'injustice et d'agression. Et là un Homme de ma progéniture apparaîtra et la (la terre) remplira d'équité et de justice, de même qu'elle aura été remplie d'injustice et de tyrannie.

(Ibn Hanbal , Musnad 1/376).
Le prophète a dit:
L'Heure ne sera suscitée avant qu'un Homme de ma Famille dont le nom sera mon nom ne soit suscité.

(Ibn Hanbal , Musnad , 11/99).
S'il ne restait à ce monde qu'un seul jour de durée, Allah suscitera un Homme de ma Famille qui remplira la Terre de justice, comme elle aura été remplie de tyrannie.

(Ibn Hanbal , Musnad 1/376, 377, 430, 488).
Les jours ne se terminent ni le temps ne prend fin avant que ne règne sur les Arabes un homme de ma Famille, dont le nom sera mon nom.

(Ibn Hanbal , Musnad 3571).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Le jour de la résurrection ne viendra pas avant qu’un homme de ma famille et dont le nom est mon nom n’arrive.

(Ibn Hanbal , Musnad 645).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Le mahdi vient de nous, le peuple de la maison, et Allah règlera ses affaires en une seule nuit.

(Ibn Hanbal , Musnad 773).
L’envoyé d'Allah a dit:
-S’il y a encore une seule journée avant la fin du monde, Allah fera se lever un homme de ma descendance qui remplira la terre de justice comme elle était remplie d’oppression.

Le parti des Quraysh.
(Ibn Hanbal , Musnad , v. 1 p. 56).
Les gens d’Arabie ne se rendent pas compte de la puissance politique de quelqu’un, à moins qu’il ne s’agisse d’un Quraysh.

(Ibn Hanbal , Musnad v. 1, p. 5).
Ô Saad! Tu sais très bien que le prophète a dit en ta présence que les Quraysh recevront le califat parce que les nobles parmi les Arabes suivent les nobles, et les vilains suivent leurs vilains.
Saad répliqua:
-Ce que tu dis est correct, nous sommes vos conseillers et vous êtes nos dirigeants.

(Ibn Hanbal , Musnad v. 5, p. 101).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Cette affaire continuera jusqu’à ce que 12 chefs n’apparaissent.
Ensuite, il dit quelque chose que je n’ai pas entendu, alors j’ai demandé à mon père, qui a dit:
-Tous seront issus des Quraysh.

(Ibn Hanbal , Musnad , vol. 3, p. 183).
Après moi, l’autorité politique624 devra être transférée aux Quraysh

(Bukhari, Sahih 55/ 1,4).625
On disait auprès d’Aïsha qu’Ali était le légataire du prophète.
-A quel moment, s’écrait-elle, le prophète aurait-il testé en sa faveur? Je le tenais appuyé sur ma poitrine. Il demanda le bol, puis il s’affaissa sur mes genoux et il était déjà mort que je ne m’en étais pas aperçue. A quel moment aurait-il donc testé en faveur d’Ali?

(Yaqubi , Histoire II 113-4).
Les deux626 déclinèrent l’offre en disant:
Par Allah, nous ne pouvons pas t’enlever la primauté, parce que tu es le compagnon de l’Apôtre d’Allah, et le deuxième des deux dans la grotte. Abu Ubaydah mit sa main sur la main d’Abu Bakr et Omar fit de même pour ratifier l’accord. Les Mecquois qui étaient là firent de même627.
Alors Abu Ubaydah cria:
-Ô peuple des ansar, vous avez été les premiers à aider le prophète, alors ne soyez pas les premiers à changer et à retourner au paganisme.
Un autre, Abd al Rahman ibn Awf se leva et dit:
-Ô peuple des ansar, bien que vous ayez des mérites, vous n’avez personne parmi vous comme Abu Bakr, Omar et Ali.
Ensuite, al Mundhir ibn al Arqam se leva en disant:
-Nous ne contestons pas les mérites de ceux que vous avez nommés. Vraiment, il se trouve parmi vous un personne dont personne ne contestera le pouvoir, s’il le demande628.
Il semble qu’à ce moment là, Hobab ibn al Mundhir al Ansari a encore proposé une solution de compromis, comme celle d’Omar.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois X 1847).629

La réponse d’Omar à Hobab est celle-ci:
-Quelle absurdité! Deux sabres ne peuvent pas tenir dans un seul fourreau!

(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 350-2).
Abu Bakr, Omar et Abu Obayda, en entrant dans la sakifa630 des Banu Sayda, y trouvèrent réunis tous les ansar. On avait amené Sad ibn Obada, qui était malade, il était là, couché et couvert d'un manteau631 , et les Aus et les Khazraj632 étaient disposés à lui prêter serment. L'assemblée était nombreuse, et l'on faisait des discours.
Les ansar parlèrent ainsi:
-Le mérite de vous autres muhajirun est incontestable, mais nous voulons nommer comme chef l'un des nôtres ; choisissez-en un autre parmi vous ; de cette manière, chacun des deux partis sera satisfait, et il n'y aura entre nous ni discussions ni prétentions.
Abu Bakr prit ensuite la parole. Après avoir payé un tribut de louanges à Allah, de salutations au prophète, et après avoir cité tous les versets du Coran, sans en passer un seul, dans lesquels il était question de la prééminence des ansar, il s'exprima ainsi633 :
-Si nous agissons comme vous le dites, il y aura dissension et guerre civile. Mais vous savez que le prophète a dit :
-La fonction de présider appartient aux Quraysh. En conséquence, laissez le pouvoir religieux et civil aux Quraysh, et choisissons l'un d'eux, par rapport auquel vous aurez la même position que vous avez eue à l'égard du prophète, et qui respectera vos droits et vous traitera comme le prophète vous a traités. Je vous propose de nommer Omar ou Abu Obawda, qui sont l'un et l'autre des hommes respectables par leur âge, Quraysh et distingués634.
Les ansar s'écrièrent:
-Nous voulons nommer Ali, qui est le cousin du prophète, et son gendre, et son plus proche parent635 ; il est le premier d'entre les Quraysh et les descendants de Hashim. Omar, craignant que la lutte ne se prolongeât et ne devint sanglante, dit à Abu Bakr:
-Étends la main et reçois notre serment, car tu es un respectable Quraysh et le plus digne.
Abu Bakr répliqua :
-Non, c'est à toi d'étendre la main et de recevoir mon serment.
Omar saisit la main d'Abu Bakr et lui prêta serment. Alors les ansar, honteux de leur résistance, se précipitèrent tous vers Abu Bakr et prêtèrent serment entre ses mains. Lorsque la nouvelle s'en répandit à Médine, toute la population accourut, et, dans le tumulte, Sad ibn Obada, faillit être tué et foulé aux pieds. Un homme s'écria:
-Prenez garde, on écrase Sad!
Omar dit :
-Qu'on tue cet hypocrite, qui a voulu jeter la discorde dans le peuple!
Quelques auteurs rapportent que Sad fut tué ce jour-là.
Quant à Ali, il était assis au chevet du prophète ; on dit que, lorsqu'il apprit la nomination d'Abu Bakr, il se leva, se rendit aussitôt auprès d'Abu Bakr et lui prêta serment636.
D'après d'autres traditions, il ne lui rendit hommage qu'après quarante jours ; d'autres disent après deux mois ; d'autres encore, après six mois637 .
Le même jour, Omar harangua le peuple en ces termes :
-Rendez hommage au vicaire638 du prophète aujourd'hui même, afin qu'aucun croyant ne reste une seule nuit sans avoir un chef religieux. A la tombée de la nuit, tous les muhajir et les ansar de Médine avaient prêté serment à Abu Bakr.
Abu Sufyan ibn Harb, dit à Ali:
- Pourquoi abandonnes-tu le pouvoir à Abu Bakr, qui est de la famille des Banu Tamim, la plus insignifiante d'entre les Quraysh? Quant à moi, je n'y consens pas. Je vais faire venir de la Mecque une armée si nombreuse, que les gens en seront épouvantés. Je ne veux pas que le commandement soit à d'autres qu'aux Banu Omayya639.
Ali répliqua:
-Il y a longtemps que tu es l'ennemi de l'islam ; on n'a jamais vu de toi que du mal640.
Lorsque Abu Bakr fut informé du propos d'Abu Sufyan et de son refus de prêter serment, il fit immédiatement appeler le fils aîné d'Abu Sufyan, Yezid, et lui conféra le gouvernement de la Syrie641 et des contrées voisines qui étaient sous la loi de l'islam642.
Apprenant cette nomination de son fils, Abu Sufyan vint le soir même et prêta serment.
Le corps du prophète, couvert d'un manteau, gisait abandonné dans sa maison: tous étant occupés de l'affaire de l'élection, personne ne songeait à la lotion funéraire, ni à son enterrement643.
Le lendemain matin, Omar conduisit Abu Bakr à la mosquée, en lui disant:
-Il y a encore beaucoup de personnes qui n'ont pas prêté serment ; il faut que tous aient accompli cet acte.
Le peuple s'assembla dans la mosquée, Abu Bakr s'assit dans la chaire, et Omar, se tenant au-dessous de la chaire, prit le premier la parole en ces termes :
-Musulmans, rendez grâces à Allah de ce qu'il a fait tomber vos suffrages sur le meilleur d'entre vous, sur Abu Bakr, le compagnon du prophète, celui qui a été avec lui dans la caverne et qui a accompli avec lui la Fuite644. Que tous ceux qui ne lui ont pas encore rendu hommage le fassent aujourd'hui.
Ceux qui n'avaient pas prêté le serment la veille le prêtèrent ce jour-là, qui est appelé la Journée du serment du peuple.
Ensuite Abu Bakr prononça l'allocution suivante :
-Musulmans, je n'ai accepté le pouvoir que pour empêcher qu'il y eut dissension, lutte et effusion du sang. Je suis aujourd'hui comme hier l'égal de vous tous ; je peux faire le bien ou le mal. Si j'agis bien, rendez grâces à Allah ; mais si j'agis mal, redressez-moi et avertissez-moi. Tant que j'obéirai à Allah, obéissez-moi ; si je m'écarte des ordres d'Allah, cessez de m'obéir, vous serez dégagés du serment que vous m'avez prêté645. Maintenant allez et occupez-vous du prophète, qui est mort ; nous allons lui rendre nos devoirs, le laver, prier sur lui et l'enterrer.
Ensuite Abu Bakr descendit de la chaire et entra dans la maison du prophète, pour le faire laver et enterrer.

(Waqidi).646
Lorsque Abu Bakr sortit de la maison du prophète, il se rendit à la mosquée et s’adressa aux assistants en ces termes:
-Ô peuple! Celui qui adorait Allah, lui, il est toujours vivant ; il ne meurt pas. Mais celui qui adorait Muhammad, qu’il sache que celui-là est mort en vérité. Allah avait déjà dit à Muhammad dans le Coran:
En vérité tu seras mort et en vérité ils seront morts647 .
Et encore:
Et aucun homme avant toi, nous n'avons donné l'éternité ; et quoi! mourrais-tu alors qu'eux seraient immortels ? Toute âme va gouter la mort648 .
Et encore:
Et Mubammad n'est qu'un messager ; avant lui, les autres messagers ont déjà passé ; eh quoi ! s'il meurt ou s'il est tué, retournerez- vous sur vos dos ? Quiconque retournera sur ses pas ne nuira à Allah en rien, et Dieu récompensera ceux qui sont reconnaissants.649
Soyez avertis qu'en vérité Mubammad est parti sur son chemin. Et il est indispensable que quelqu'un le remplace dans son commandement, pouvoir étatique650 . Réfléchissez donc et regardez bien, puis dites ce que vous pensez. Que Allah vous ait en Sa miséricorde !
De toutes les parties de l'assemblée, on lui dit :
-Oui ; demain nous y penserons, par la volonté de Allah.
Puis on se dispersa.
Le lendemain, une partie des muhajirun mecquois se rendit auprès d'Abu Bakr, et une partie des ansar médinois se dirigea vers le Khazraj Sad ibn Ubadah, dans la salle de réunion651 , des Banu Saydah, au Nord-Ouest de la mosquée du prophète, tout près de la Porte de Syrie actuelle ; Ali resta attristé chez lui, entouré par certains membres des Banu Hashim, y compris Zubayr ibn al Awwam. Toute la ville de Médine sortit pour entendre ce que diraient les muhajirun et les ansar. Dans la saqifah des Banu Saydah, chez les ansar, c'est Khuzaymah ibn Thabit652, qui prit d'abord la parole, et dit:
ansar! Si vous donnez aux Quraysh mecquois, la préséance, ils l'auront sur vous jusqu'au jour de la Résurrection. Allah vous a nommé ansar dans son livre653 ; c'est chez vous que le Prophète est mort. Choisissez donc quelqu'un dont les Quraysh auraient crainte et que les ansar accepteraient en sécurité.
Les ansar du clan Khazraj répondirent:
- Tu as raison ; nous choisissons notre chef Sad ibn Ubada.
Certains des muhajirun étaient là ; mais avant même qu'ils aient pu sortir de leur stupéfaction, l'Aws Usayd ibn Hudayr se leva et parla ainsi:
ansar ! C'est Allah qui vous a comblés de bienfaits en vous nommant ansar, décidant l'asile chez vous, ainsi que la mort du prophète parmi vous. Laissez donc ce commandement également dans la main d’Allah. Ce pouvoir appartient aux Quraysh plutôt qu'à vous. Préférez donc seulement celui qu'ils préféreront, et éloignez celui qu'ils éloigneront.
D'aucuns bondirent et l'injurièrent, et l'obligèrent à se taire. Bashir ibn Sad654 rappela alors:
ansar! Vous dépendez des Quraysh, et les Quraysh dépendent de vous. Si ce que vous prétendez est juste, personne n'y contreviendra. Si vous dites : Nous avons donné asile et aide au prophète, en vérité ce que Allah a octroyé aux Quraysh est meilleur encore. Ne soyez donc pas comme ceux qui échangent le bienfait de Allah contre l'ingratitude, et dirigent leur peuple dans la maison de perdition 655.
Uwaym ibn Saydah656, se leva alors pour dire :
ansar, vous étiez les premiers pour défendre l'islam ; ne soyez pas les premiers à combattre ses fidèles. Le calife n'appartient qu'à ceux parmi lesquels la charge de prophète est venue. Laissez donc le califat où Allah a laissé la charge de prophète, car c'est là qu'a visé la parole d'Abraham657.
Alors se leva Maln ibn Adi658, et il dit:
Ô ansar ! Si l'amir659 vous appartenait, à l'exclusion des Quraysh, informez-les-en pour qu'ils puissent prêter serment à celui qui aura été choisi par vous. Mais si ce pouvoir appartenait aux Quraysh, vous mêmes étant exclus, laissez-le leur. Car, par Allah! le prophète ne mourut pas avant d'avoir désigné Abu Bakr comme remplaçant pour diriger les offices ; et nous apprîmes ainsi que le prophète l'a choisi pour nous dans l'office, qui est le pilier de la religion660.
Pendant que les ansar discutaient ainsi, arrivèrent Abu Bakr,
Umar et Abu Ubaydah, suivis d'un groupe de muhajirun. Ils prirent tous place, et ne dirent rien pendant quelque temps. Alors se leva le Khazraj Thabit ibn Qays, qui parla ainsi:
muhajirun! Vous savez tous comme nous que Allah avait envoyé Muhammad comme son prophète, qui resta au début à la Mecque malgré la persécution et le refus (des gens), ne l'ayant autorisé qu'à s'abstenir de toute violence. Ensuite, il lui permit d'émigrer et de combattre. Nous étions ses auxiliaires et son asile. Puis vous êtes venus, et nous partageâmes avec vous nos biens661.
Nous sommes donc la vraie force de l'islam, et c'est de nous que Allah parle dans le Coran662. Et ceux qui étaient déjà installés dans leur demeure et dans leur foi auparavant aiment ceux qui ont émigré vers eux, et ils ne trouvent en leurs coeurs nulle envie pour ce qui a été donné à ces émigrés : à eux-mêmes, ils les préfèrent, même si la pénurie existe chez eux. Cela entre autres versets que personne ne peut nier. En outre, vous savez aussi toutes les bonnes paroles que le prophète a prononcées en notre honneur. Il quitta ici-bas et ne nomma personne clairement comme son successeur, mais enjoignit à sa communauté de tenir fermement le Livre de Allah et la conduite663 du prophète. Tant qu'on s'y tient, on ne pourra être unanime dans l'erreur. Nous sommes donc des auxiliaires d' Allah et c'est à nous qu'appartient la direction du peuple. Qu'en pensez- vous, ô muhajirun ? Je vous salue !
Abu Bakr se leva alors, et répondit ainsi :
-Ô Thabit ! Ton peuple664 , est exactement comme tu l'as décrit ; personne ne s'y oppose. Quant à nous, Allah a révélé à notre sujet665 :
Aux émigrés besogneux, qui ont été expulsés de leurs maisons et de leurs biens, étant en quête d'une faveur et d'un agrément de Allah et portant secours à Allah, ainsi qu'à son messager ; ceux-là sont les véridiques. Et Allah vous a ordonné de suivre les véridiques lorsqu'il vous dit, Ô vous qui croyez ! craignez Allah et soyez avec les véridiques .666
En outre, vous savez bien que les Arabes n'admettront cet amr que pour les Quraysh, qui sont considérés comme le clan le plus éminent parmi les Arabes ; et ce sont eux également que vise la prière d'Abraham667. Je choisis donc pour vous l'un de ces deux : Umar et Abu Ubaydah ; prêtez serment à n'importe lequel d'entre eux.
Thabit ibn Qays se leva pour demander :
muhajirun, êtes-vous d'accord avec ce que dit Abu Bakr ?
Eux:
-Oui, nous sommes d'accord.
Lui:
-Il ne vous fallait pas imputer à Abu Bakr la désobéissance au prophète !
Eux:
-Comment cela ?
Lui:
-N'avez-vous pas mentionné que le prophète l'avait choisi pour diriger les offices, ne faisant cela que pour le désigner comme son successeur? Or Abu Bakr désobéit au prophète en se retirant de l'élection du successeur et en disant : “Je choisis donc pour vous l'un de ces deux: Umar et Abu Ubaydah”. Comment pouvez-vous suivre ceux auxquels lui-même668, avait été préféré par le prophète lui-même, et choisi par lui ? Il se peut, ô muhajirun, que vous ayez même désobéi à Allah, en tant que vous témoignez que le prophète avait nommé Abu Bakr comme son successeur.
Les muhajirun firent remarquer que les touts premiers musulmans s'étaient trouvés au sein de leur tribu ; pourtant ils ne nièrent point les grands mérites des ansar. Ils dirent:
-Nous sommes toujours prêts à accorder que, si le chef est choisi parmi les muhajirun, les ministres le seront parmi les ansar ; nous ne déciderons rien sans qu'ils soient présents et sans les consulter.
Le Khazraj al Hubab ibn al Mundhir se leva pour proposer un compromis. Tout en réaffirmant que les ansar avaient plus de droit que quiconque pour le pouvoir, il suggéra :
-Si ces gens ne veulent pas accepter ce que nous disions, qu'il y ait alors un commandant669, de chez nous, et un commandant de chez eux !
Mais deux de ses propres cousins, Usayd ibn Hudayr, et Bashir ibn Sad, bondirent pour rejeter cette proposition de division, comportant deux commandants dans une seule ville, chacun s'opposant à l'autre.
Al Hubab ibn al Mundhir s'excusa en disant qu'il n'avait voulu que sauvegarder l'intérêt des Ansar ; et si ceux-ci n'aimaient pas sa proposition, il la retirait, tout en confirmant de nouveau que sa proposition n'était pas du tout quelque chose d'énorme.
Une courte mais vive altercation s'en suivit entre Umar et al Hubab, à laquelle le poète Hassan ibn Thabit prit aussi part. La confusion grandissait, et l'on craignait même des violences physiques. Man ibn Adi prit donc de nouveau la parole ; et sa personnalité rétablit le calme, il dit :
muhajirun, par Allah ! personne au monde ne nous est plus cher que vous. Seulement nous craignons que ce qui s'en suivrait ne soit pas conforme à la justice pour la communauté de Muhammad, lequel a dit : “Les dirigeants sont des Quraysh”.
Donc cela ne doit se faire que chez eux. Bashir ibn Sad prit ensuite de nouveau la parole, tout étonné d'ailleurs, semble-t-il, au rappel de la parole du prophète, à laquelle personne jusque là n'avait fait attention. Il s'exclama :
- Mais oui ; par Allah, nous avions en vérité entendu le prophète le dire, et j'ai bien compris que le pouvoir dépendra, après lui, des Quraysh. Je jure par Allah, qu'il ne me verra plus leur contester ce pouvoir. Craignez Allah, ô ansar, et ne le leur contestez pas !
Abu Bakr parla ensuite, fit à Bachir ibn Sad les éloges les plus chaleureux, et dit :
-Je ne suis pas un candidat pour ce pouvoir, et je vous propose alternativement ou Omar ou Abu Ubaydah.
Tous les deux refusèrent la proposition, et dirent qu'Abu Bakr lui-même devait être élu puisqu'il était le meilleur des muhajirun, le seul qui eut été en compagnie du prophète dans la caverne. où il se réfugia670, et celui qui avait été nommé par le prophète pour le remplacer comme dirigeant des offices quotidiens. Ils demandèrent ensuite à Abu Bakr d'étendre sa main pour qu'on put lui prêter serment.
Bashir ibn Sad bondit de nouveau et s'écria:
Je vous jure par Allah! personne ne doit prêter le serment à Abu Bakr avant moi.
Et c'est ce qu'il fit.
Certains extrémistes déçus continuèrent encore quelque échange de paroles amères, mais tous les assistants, y compris les ansar, vinrent l'un après l'autre serrer la main d'Abu Bakr en symbole de leur acceptation.
Le candidat des Khazraj, Sad ibn Ubadah, très malade à ce moment, ne fut pas si aisément réconcilié ; mais la politique d'Abu Bakr désarma tout le monde, car il n'obligea personne à reconnaître son califat, et traita avec une justice consciencieuse tout le monde, sans distinction de partisans ou d'adversaires671 ; et Sad fut abandonné même par les membres de sa propre tribu.
Il y eut des difficultés avec Ali et les Banu Hashim, famille du prophète. Après avoir obtenu le serment de la généralité des Médinois, le calife Abu Bakr fit venir Ali. Celui-ci déclara son mécontentement de n'avoir pas été consulté, et de se trouver devant le fait accompli672.
Il dit notamment:
-Vous, muhajirun, vous l'avez emporté sur les ansar pour ce pouvoir en leur disant que Muhammad était des vôtres, et qu'Abu Bakr lui était proche ; mais je vous répète les mêmes arguments quant à nous, membres de la famille du prophète, plus près de lui que quiconque.
Alors Abu Ubaydah673, et Bashir ibn Sad674, assurèrent Ali qu’ils ne savaient pas qu'il prétendait pour lui-même à la dignité de successeur de Muhammad. Ils cherchèrent à le persuader d'accepter ce que tout le monde avait déjà accepté. Abu Bakr de son côté dit :
-Ô Ali, si j'avais su seulement que tu me contesterais ce pouvoir! Je ne l'ai ni cherché ni voulu. Maintenant tout le monde a prêté serment. St tu le fais également, c'est ce que j'attends de toi. Si, par contre, tu ne veux pas prêter serment tout de suite, et veux réfléchir, je ne te contrains pas : je te donne raison ; rentre chez toi en bonne voie.
Ali rentra chez lui. Le soir, disent les autres sources, Fatima, fille du prophète, et épouse de Ali, se rendit chez Abu Bakr, pour lui réclamer en héritage les terres que le prophète possédait, le village de Fadak surtout675 . Abu Bakr lui rappela une parole du prophète qui disait :
-Nous prophètes, nous ne laissons pas d'héritage.
Il l'assura qu'il continuerait de dépenser pour la famille du prophète tout comme celui-ci le faisait de son vivant. Fatimah ne fut pas contente, et ne parla plus à Abu Bakr, Ali, par égard pour sa femme, fille du prophète, laissa en suspens la prestation du serment à Abu Bakr, tout en collaborant avec lui dans les affaires courantes de l'Etat islamique ; et lorsque Fatimah rendit le dernier soupir, quelques mois plus tard, il prêta publiquement serment à Abu Bakr.
Terminons ce récit par le discours qu'Abu Bakr prononça apres son élection, discours qui expose la notion de souveraineté chez les premiers musulmans, et les bases de la politique générale d'Abu Bakr. Après avoir obtenu le concours de la généralité des habitants de Médine, Abu Bakr les convoqua à la mosquée, où Omar prit la parole, s'excusa de son comportement de la veille, rappela les mérites d'Abu Bakr, et demanda qu'on lui renouvelat le serment, ce que tout le monde fit volontiers. Ensuite Abu Bakr prit la parole.
Il commença, selon l'usage, par les louanges d’Allah, puis il dit676:
-Peuple! J'ai été choisi comme votre chef, bien que je ne sois pas le meilleur parmi vous. Donc, si j'agis bien, aidez-moi, et si j'agis mal, corrigez-moi. En effet, la véracité est la confiance, et le mensonge est l'abus de confiance. Or le faible parmi vous est fort à mes yeux, jusqu'à ce que j'obtienne pour lui son droit ; et le fort parmi vous est faible à mes yeux, jusqu'à ce que je lui arrache ce qui est le droit ; tout,cela par la volonté de Allah. Ecoutez ! Il n'y a aucun peuple qui néglige de lutter pour la cause de Allah, qui ne soit pas frappé d'humiliation de la part d'Allah677 ; et l'immoralité ne se répand pas au sein d'un peuple, sans que Allah ne l'afflige d'une calamité générale. Obéissez-moi, tant que j'obéis à Allah, et à son messager ; sitôt que je désobéis à Allah, et à son messager, vous ne me devez plus aucune obéissance. Levez-vous pour l'office ; que Allah vous soit miséricordieux !
Abu Bakr dirigea l'office de prière en commun, puis rentra chez lui.

Abu Bakr contre les ansar.
(Baladuri, Ansab I 582).678
Nous sommes le premier peuple à avoir accepté l’islam. Nous sommes au centre parmi les musulmans avec la haute conscience de notre condition, nous sommes les plus nobles, eu égard à notre lignage, nous sommes les plus proches du messager d’Allah par le sang. Vous êtes nos frères dans l’islam et nos partenaires dans la religion.
Les Arabes ne se soumettront à personne sinon au clan des Quraysh... Il vaut mieux ne pas que se confronter à vos frères muhajirun dans ce qu’Allah a décrété.

Préparatifs de coup-d’Etat.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1013).

Au moment de la mort de l’apôtre d'Allah, le clan des Banu Sayda se rassembla autour de Sad ibn Ubada, dans la cour des Banu Sayda, et Ali et al Zubayr et Talha s’en séparèrent pour aller dans la maison de Fatima. Le reste des muhajirun se rassembla autour d’Abu Bakr, avec Usayd ibn Hudayr avec les Banu Abdul Ashhal.
Quelqu’un vint voir Abu Bakr et Omar pour leur dire que ce clan des Ansar s’était assemblé autour de Sad, dans la cour des Banu Sayda.
-Si vous voulez garder le pouvoir sur la population, alors prenez-le, avant que leurs actions ne deviennent sérieuses.
L’apôtre d'Allah était toujours dans la maison, les questions funéraires n’étaient pas règlées, et sa famille s’était enfermée à clé.
Omar a dit:
-J’ai dit à Abu Bakr, allons voir avec nos frères les ansar ce qu’ils font....
(...)
Omar était furieux, et dit:
-Si Allah le veut, je vais aller parmi ces gens cette nuit et les avertir de ne pas prendre le pouvoir sur eux679.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1015).

...Nous sommes allés les trouver, dans la cour des Banu Sayda. Au milieu d’eux, il y avait un homme emmailloté. En réponse à mes questions, on me dit que c’était Sad ibn Ubada et qu’il était malade. Nous nous sommes assis et leur porte-parole a prononcé la shahadah680 et a loué Allah comme il se doit et a dit:
-Nous sommes les ansar d’Allah et l’escadron de l’islam. Vous, muhajirun, vous êtes de notre famille et une partie de votre peuple qui s’est établie ici.
Omar a dit:
-Oui, ils ont esayé de nous couper de notre origine et nous ont ôté notre autorité.
(...)
Abu Bakr a dit:
-Du calme, Omar.
(... )
Il dit681 :
-Tout le bien que vous avez dit sur vous-mêmes est mérité. Mais les Arabes ne reconnaissent l’autorité que dans ce clan des Quraysh, qui sont les meilleurs des Arabes dans ce pays et par le sang. Je vous offre donc d’un de ces deux hommes: acceptez celui que vous voulez682.(...)
L’altercation devenait de plus en plus violente et une rupture complète était à craindre, et j’ai dit683 :
-Lève la main, Abu Bakr.
Il l’a fait et je lui ai rendu hommage.
Les muhajirun me suivirent et les ansar aussi.
En faisant cela, ils ont sauté sur Sad et quelqu’un a dit qu’ils l’avaient tué.
J’ai dit:
-Allah l’a tué.

§ 679. — L’élection d’Abu Bakr.

Abu Bakr684 obtient le surnom officiel de as Siddiq, le "Véridique", parce qu'il est le compagnon le plus fidèle et le plus proche de Muhammad ; il est le seul à l'accompagner dans le refuge de la grotte au moment de l'Hégire. On sait de lui qu'il est à peu près du même âge que Muhammad, qu'il devient son beau-père en lui offrant sa fille Aïsha685 . Il est aussi réputé pour une certaine bonhommie, un embonpoint, un bon sens et une sensiblerie qui tranche avec les autres compagnons, tels qu'Omar qui, dans la bande, est plutôt “le méchant”. C'est sans doute pour cela qu'il semble peu associé aux activités politiques de Muhammad. Pourtant c'est lui qui est élu686 comme premier calife687 , à l'instigation d'Omar, justement688 et surtout au détriment d'Ali.689
Durant son règne, sa bonhommie apparente n'exclut pas la dureté la plus féroce: c'est lui qui a en charge la très sanglante répression de la Grande Apostasie690.

La confirmation d’Abu Bakr.691
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1017).

Le lendemain de l’acceptation d’Abu Bakr dans la cour, il s’est assis sur la chaire, et Omar s’est levé et a parlé devant lui, et après avoir loué Allah comme il se doit, il dit:
-Ô hommes, hier, j’ai dit quelque chose fondé sur ma propre opinion, et non fondé sur le livre d’Allah et non fondé sur ce que l’apôtre d'Allah m’a confié. Mais j’ai pensé que l’apôtre d'Allah aurait géré nos affaires jusqu’à ce qu’il soit le dernier vivant d’entre nous.
Allah nous a laissé son livre avec nous, par lequel il a guidé son apôtre, et si vous vous y tenez, Allah nous guidera comme il l’a guidé. Allah a placé les affaires entre les mains du meilleur d’entre nous, le compagnon de l’apôtre d'Allah, “ le second qui était dans la grotte”, alors levez vous et prêtez leur serment. Aussitôt les gens prêtèrent serment à Abu Bakr, comme un seul groupe, après l’épisode de la cour.

L’institution du califat.692
(ibn Khaldun, Muqaddima II 24).693

Nous venons de voir quelle est la signification véritable de cette fonction. Le calife, avons-nous dit, est le subfstitut du législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d'ici-bas sur un fondement religieux. C'est pourquoi on appelle cette fonction “califat” ou “imamat”, et celui qui l'exerce “calife” ou “imam”. Les modernes ont commencé à l'appeler aussi “sultan” lorsqu'il y eut plusieurs califes à la fois, et que, en raison des distances et en l'absence des conditions requises, on fut obligé de préter serment à quiconque imposait sa domination.
L'appellation “imam” est fondée sur l'analogie avec imam qui dirige la prière - qu'on doit suivre et prendre pour modèle. C'est pour cette raison que le califat est aussi appelé “grand imamat”. Quant à l'appellation “calife”, elle s'explique par le fait que le calife “remplace”
694 le prophète auprès de sa communauté. On dit “calife“ tout court, ou “calife du Messager de Allah”. Il y a des opinions divergentes au sujet de l'appellation “ calife de Allah”. Certains l'acceptent en se référant au vicariat général que Allah a donné aux hommes sur la terre, comme il est dit dans le Coran:
Je vais placer sur la terre un vicaire
695 et C'est lui qui fit de vous les vicaires de la terre696.
Mais la majorité des savants sont contre, car les versets cités ne s'appliquent pas à ce cas. Abu Bakr interdisait qu'on l'appelat ainsi:
-Je ne suis pas le vicaire d’Allah, disait-il, mais celui de son messager.
On remplace un absent, et non quelqu'un qui et présent.

(Bukhari, Sahih 62/ 5bis, 8b).
Il a dit aussi:
-Les ansar, s'étant réunis autour de Sad ibn Obada dans la sakifa des Banu Sayda, dirent 697 :
-Nous aurons un chef pris parmi nous, et vous en aurez un pris parmi vous.
Alors Abu Bakr as Siddiq, Omar ibn Khattab et Abu Obayda ibn al Jerrah allèrent les trouver. Comme Omar avait pris le premier la parole, Abu Bakr le fit taire.
-Par Allah, s'écria Omar, je n'ai agi ainsi que parce que j'avais préparé un discours qui me plaisait et que je craignais que Abu Bakr ne vous fait pas part des mêmes idées.
Abu Bakr, dont l'éloquence était la plus persuasive, prit ensuite la parole et, dans son discours, il se servit de ces termes:
-Nous698 , nous serons les princes ; vous, vous serez les ministres.
Alors Hobayba al Mundhir lui répliqua:
-Non, il n'en sera pas ainsi, il y aura un chef pris parmi nous et un chef pris parmi vous.
-Non, reprit Abu Bakr, nous serons les princes, et vous, vous serez les ministres car les Quraysh occupent la partie la plus centrale de l'Arabie et sont les plus illustres des Arabes. Prêtez serment de fidélité à Omar ibn Khattab ou à Abu Obayda ibn El Jerrah.
-C'est toi à qui nous prêterons serment de fidélité, s'écria Omar, car tu es notre maitre et le meilleur d'entre nous, en même temps que tu m’as été celui que l'envoyé d'Allah aimait le plus.
Prenant alors Abu Bakr par la main, Omar lui prêta serment de fidélité, et tous les fidèles en firent autant.
Quelqu'un ayant dit à ce moment:
-C'est la mort de Sad ibn Obada que vous venez en quelque sorte de décider.
Omar répliqua :
-Que Allah le fasse périr!
D'après Abul Qasim ibn Muhammad ibn Abu Bakr as Siddiq, Aïsha a dit: le prophète leva les yeux et dit par trois fois:
-Dans le groupe le plus élevé.
Et Abul Qasim acheva le récit du hadith, et ajouta: Aïsha a dit encore :
-Aucun des discours de ces deux personnages699 ne manqua de servir la cause d’Allah.
Omar terrifia les fidèles, et ceux d'entre eux qui étaient animés de sentiments douteux furent ainsi ramenés700, grâce à Allah.
Puis Abu Bakr, ayant montré la bonne voie aux fidèles et leur ayant fait connaître les devoirs qui leur étaient imposés, sortit (de l'assemblée) en répétant :
- Muhammad n'était qu'un envoyé, et d'autres envoyés ont disparu avant lui ceux qui l'auront loué.

(Bukhari, Sahih 86/31).701
J'ai appris que quelqu'un de vous dit702:
-Par Allah, si Omar mourait je prêterais serment de fidélité à un tel.
Qu'aucun homme ne s'égare au point de dire: L'élévation de Abu Bakr au califat n'a été faite que par surprise. Eh bien, en admettant qu'il en soit ainsi, Allah vous a préservés de ses conséquences fâcheuses, il n'est pas un seul d'entre vous dont la gloire égale celle de Abu Bakr. Quand on prête serment de fidélité à quelqu'un sans avoir consulté les musulmans, ni l'élu, ni l’électeur ne devront être suivis, car cela les exposerait tous deux à être tués703.
Abu Bakr était le meilleur d'entre nous quand Allah rappela à lui son prophète. Les ansar se séparèrent de nous et s'assemblèrent dans la saqifa des Banu Sayda. Ali, az Zobayr et leurs partisans se séparèrent également de nous. Les muhajirun se réunirent auprès d'Abu Bakr. Je dis à Abu Bakr:
-Ô Abu Bakr, allons ensemble vers nos frères les ansar.
Nous partimes pour nous rendre auprès d'eux. Au moment où nous arrivions près d'eux, deux de leurs notables vinrent à notre rencontre et nous informèrent de la décision prise par les ansar.
-Où voulez-vous aller, ô muhajirun? nous dirent-ils.
-Nous désirons voir nos frères les ansar.
-Vous ne devez pas vous approcher d'eux, répondirent-ils, décidez d'abord entre vous.
-Par Allah, m'écriai-je, nous irons surement.
Et nous nous mîmes en route. Arrivés à la saqifa des Banu Sayda, nous aperçûmes parmi eux un homme enveloppé dans un manteau704 .
-Qui est-ce ? demandai-je.
- C'est Sad ibn Obada, me répondit-on.
- Qu'a-t-il?
- La fièvre.
Après être restés assis un instant avec eux leur khatib705 fit la profession de foi musulmane ; loua Allah autant qu'il en est digne et parla ensuite en ces termes:
Nous, nous sommes les ansar de Allah et la cohorte706 de l'islam ; vous, muhajirun, vous êtes un petit groupe d'hommes. Quelques-uns des vôtres sont venus ici et veulent maintenant nous détacher de nos principes et nous retirer la direction de nos affaires.
Quand le khatib eut fini son discours je voulus parler à mon tour. J'avais préparé une allocution dont les termes m'avaient plu ; mon intention était de la prononcer en présence de Abu Bakr afin d'éviter qu'il en prit ombrage. Au moment où j'allais parler, Abu Bakr me dit:
-Ne te hâte pas.
Et alors il m'a répugné de lui désobéir. Abu Bakr a donc pris la parole ; il est plus calme que moi et plus prudent. Par Allah, il n'a pas laissé une seule des paroles qui m'avaient plu dans la harangue que j'avais préparée, sans en donner l'équivalent dans son improvisation ou même sans mieux dire et c'est pour cela que je me suis tu.
-Le bien que vous dites de vous, dit Abu Bakr, vous le méritez et ce califat ne saurait être reconnu qu'à la tribu de Quraysh, la meilleure de l'Arabie par son origine et par son territoire. J'accepte que vous nommiez l'un de ces deux hommes, prêtez donc serment de fidélité à celui des deux que vous voudrez.
Alors Abu Bakr, qui était assis entre Abu Obayda ibn el Jerrab et moi, nous prit chacun par la main.
-Dans tout son discours, je ne réprouvais que cette dernière partie. Par Allah, il m'aurait fait avancer pour me trancher la tête, afin de m'écarter d'une occasion de pécher, que j'aurais préféré cela au fait d'être placé à la tête d'un peuple qui possédait Abu Bakr. Allah, à moins qu'au moment de mourir, mon ame me suggère quelque chose, je ne trouve rien à dire pour l'instant.
Un des ansar se leva et dit:
-Moi, qui ne suis qu'un des humbles troncs d'arbres auxquels les chameaux se frottent dans cette tribu et qui ne suis qu'un petit régime de dattes étayé707, mon avis, ô gens de Quraysh, c'est qu'il y ait un calife choisi parmi nous et un calife choisi parmi vous.
Aussitôt il y eut un grand tumulte et les voix s'élevèrent au point que je craignis une bagarre.
-Étends la main, criai-je, ô Abu Bakr.
Et celui-ci ayant fait ce geste je lui prêtai serment de fidélité ; les muhajirun firent de même, imités ensuite par les ansar. Nous nous précipitâmes sur Sad ibn Obada et quelqu'un nous dit:
-Vous venez de tuer708 Sad ibn Obada.
- Non, dis-je, c'est Allah qui a tué Sad ibn Obada.
Omar ajouta:
-Par Allah, nous ne trouvâmes dans la circonstance présente aucun moyen plus énergique que la prestation du serment de fidélité à Abu Bakr. Nous craignions, en effet, que si nous quittions l'assemblée avant d'avoir choisi un calife elle n'élut après notre départ un des siens. Et alors il nous aurait fallu ou accepter leur décision qui ne nous satisfaisait pas, ou entrer en lutte avec eux ce qui eut été un désastre. Celui qui prête serment de fidélité à un homme sans consulter les musulmans ne doit pas être suivi, non plus que celui qu'il a élu, car cela les exposerait tous deux à être tués709 .

Les références coraniques.
Les récits710 ci-dessus doivent une tâche délicate: correspondre à la fois à l’évolution de la situation politique réelle (la victoire des muhajirun), et quelques indices présents dans le texte coranique, ambigüs et qui à eux seuls feront couler un immense flot de sang.

(Corpus coranique d'Othman 48/10).
Ceux qui te prêtent serment d’allégeance prêtent seulement serment d’allégeance à Allah, la main d’Allah étant posée sur leurs mains.
Quiconque est parjuge est seulement parjure contre soi-même.
Quiconque, au contraire, est fidèle à l’engagement pris envers Allah, recevra de celui-ci une rétribution immense.
(Corpus coranique d'Othman 4/62).
Ô vous qui croyez!
Obéissez à Allah!
Obéissez à l’apôtre et à ceux d’entre vous détenant l’autorité!711
Si vous vous disputez au sujet de quelque chose, renvoyez cela devant Allah et l’apôtre, si vous vous trouvez croire en Allah et au dernier jour!
C’est préférable comme interprétation712 .

(Corpus coranique d'Othman 42/35-6).
...(ceux) qui évitent les très graves péchés et les turpitudes, qui, en courroux, pardonnent, qui ont répondu à leur seigneur, ont accompli la prière, dont l’affaire, entre eux, est l’objet de délibération...

La fonction du calife.
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, Livre I, 3).713
Les lois émanées de Allah imposent (au souverain) l’obligation de porter les hommes à observer ce qu’elles prescrivent relativement à leurs intérêts dans ce monde et dans l’autre. Pour faire exécuter cette prescription, il faut un prophète, ou un homme qui tienne la place d’un prophète ; tels sont les khalifes. Le lecteur comprend maintenant la nature du khalifat ; il voit que la royauté pure est une institution conforme à la nature hu-maine, et qu’elle oblige la communauté à travailler pour accomplir les projets et satisfaire aux passions du souverain ; il reconnaît que le gouvernement réglé par des lois sert à diriger la communauté selon les vues de la raison, afin que le peuple jouisse des biens du monde et se garantisse contre ce qui pourrait lui nuire ; il sait que le khalifat dirige les hommes selon la loi divine, afin d’assurer leur bon-heur dans l’autre vie ; car, en ce qui regarde les biens de ce monde-ci, le législateur inspiré les rattache à ceux de la vie future. Donc le khalife est, en réalité, le lieutenant du législateur inspiré, chargé de maintenir la religion et de s’en servir pour gouverner le monde. Plus tard, quand nous reviendrons sur ces matières, le lecteur pourra les étudier et les bien comprendre. Le sage, le savant, c’est Allah. (Coran, sour. XII, vers. 101.)

§ 680. — Rudiments de science politique.

Dans le recueil d'Abu Muslim, des parties spéciales ont été constituées pour rassembler les récits ayant un rapport avec l'autorité politique : c'est d'un usage utile pour toute personne contronfé à ce problème. L'apprenti calife peut alors confronter son cas avec celui de Muhammad et de sa succession, s'inspirer de ces quelques indices. Il n'est guère étonnant de constater ensuite le niveau particulièrement primitif et le caractère constamment brutal dans lequels se trouvent la science politique et les comportements politiques dans le monde arabo-musulman, depuis lors.714 Nous ne serons pas cruels au point de rappeler l'état calamiteux des comportements et institutions démocratiques dans ces mêmes régions.

(Muslim, Sahih 33).

3389.
D'après Abu Hurayra, le prophète a dit :
-"Pour ce rang (le pouvoir souverain ou califat), les Quraysh ont la suprématie sur tous les gens : leurs musulmans l'ont sur les musulmans et leurs polythéistes sur les polythéistes".

3392.
D'après 'Abdullâh ibn 'Umar, le prophète a dit :
-"Le califat demeurera aux mains des Quraysh, même s'il ne reste que deux hommes sur terre".

3393.
Jâbir ibn Samura a dit : Un jour que je suis entré avec mon père chez le prophète, je l'ai entendu dire :
-"Le califat n'atteindra sa fin qu'après que douze d'entre eux y auront accédé" et il a ajouté des paroles que je n'avais pas entendues. J'ai demandé alors à mon père :
-"Qu'est-ce qu'il a dit?".
"Il a dit :
-Tous ceux qui accéderont à ce pouvoir seront des Quraysh", me répondit-il.

3399.
D'après, 'Abdullâh ibn 'Omar rapporte qu'on demanda à l’apôtre d’Allah:
-"Pourquoi ne désignes-tu pas ton successeur?".
Il répondit :
-"Si je désigne mon successeur, je le ferai car quelqu'un qui vaut mieux que moi, Abu Bakr, a désigné son successeur. Si je ne désigne personne, je le ferai car quelqu'un qui vaut mieux que moi, l'envoyé d'Allah, n'a pas désigné son successeur".
L’envoyé d'Allah ajoute :
-"Lorsqu'il mentionna le prophète, je sus qu'il ne désignera pas de successeur".

3400.
D'après Abu Mûsa, un jour que j'étais chez le prophète avec deux de mes cousins, l'un d'eux dit :
-"Ô envoyé d'Allah! Accorde-nous le commandement de certaines des régions que Allah, l'Exalté, t'a confiées".
L'autre fit aussi la même demande. L'envoyé d'Allah leur répondit alors :
-"Par Allah, nous ne confions jamais ce pouvoir ni à celui qui le réclame, ni à celui qui le convoite".

3408.
ibn 'Omar a dit : l'envoyé d'Allah a dit :
-"Chacun de vous est comme le berger qui est responsable de son troupeau. L'émir est comme le berger et il lui sera demandé compte de ses sujets; l'homme est comme le berger et il est responsable de sa famille; quant à la femme, elle a la garde de ses enfants et de la demeure de son mari et elle en est responsable; le serviteur est également responsable de la fortune de son maître et on lui-en demandera compte. Chacun de vous est donc responsable et on lui demandera compte de sa responsabilité".

3416.
D'après ibn 'Abbâs, ce verset: Ô les Croyants! obéissez à Allah et obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement... fut révélé lorsque le prophète envoya 'Abdullâh ibn Hudhâfa ibn Qays ibn 'Adî As-Sahmî, à la tête d'un détachement.

3417.
D'après Abu Hurayra, le prophète a dit :
-"Quiconque m'obéit, obéit à Allah; et quiconque me désobéit, désobéit à Allah. Quiconque obéit à l'émir, obéit à moi; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi".

3423.
D'après ibn 'Omar, le prophète a dit :
-"Ecouter aux chefs et leur obéir bon gré mal gré, est un devoir incombant au musulman; sauf s'il s'agit d'un péché. En ce cas, il n'a plus ni à les écouter, ni à leur obéir".

3424.
Le prophète envoya une expédition à la tête de laquelle il plaça un homme. Ce chef alluma un feu et dit à ses hommes :
-"Entrez, dans ce feu".
Quelques-uns songèrent à lui obéir, alors que d'autres dirent :
-"Nous avons fui du feu".
Quand on raconta le fait au prophète, il dit à ceux qui songèrent entrer dans le feu :
-"Si vous y étiez entrés, vous ne l'auriez pas quitté jusqu'au Jour de la Résurrection".
Il loua l'attitude des autres (qui refusèrent d'obéir au chef) et ajoute :
-"L'obéissance n'est pas due si elle implique une désobéissance à Allah, elle n'est due que lorsqu'elle est pour le bien".

3428.
D'après Abu Hurayra, le prophète a dit : "Le commandant (des musulmans) n'est qu'un véritable abri (pour eux). Ils combattent derrière lui et sont ainsi préservés (contre les tyrans et les agresseurs). S'il ordonne la crainte de Allah, l'exalté et se montre juste, il en recevra la récompense; mais, s'il ordonne autre chose (la désobéissance à Allah), une part du péché lui incombera".

3429.
D'après Abu Hurayra, le prophète a dit :
-"Les israélites étaient gouvernés par des prophètes. Chaque fois qu'un prophète mourait, un autre lui succédait. Mais après moi, il n'y aura plus de prophète, il n'y aura que des califes et ils seront nombreux".
-"Et alors, lui demanda-t-on, que nous ordonnes-tu de faire?".
-"Chaque fois que vous devez choisir un calife, répondit-il, choisissez celui à qui le serment sera prêté le premier et soyez loyaux envers lui. Donnez à chacun des califes ce à quoi il a droit, car Allah leur demandera compte de la garde qu'Il leur aura confiée".

3430.
D'après 'Abdullâh ibn Masûd, l'envoyé d'Allah a dit :
-"Après moi, vous verrez du favoritisme et des choses que vous réprouverez".
- "Ô envoyé d'Allah, si nous serions alors présents, dirent les fidèles, que nous ordonnes-tu de faire?".
- "Acquittez-vous de ce que vous devez et demandez à Allah ce à quoi vous avez droit".

3432.
D'après 'Usayd ibn Hudayr, un homme des ansâr vint trouver le prophète et lui dit :
- "Ô envoyé d'Allah, pourquoi tu ne me confies pas un commandement comme tu l'as fait avec untel?".
Le prophète répondit :
-"Après moi vous trouverez du favoritisme; soyez alors patients jusqu'à ce que vous me rencontreriez auprès du Bassin".

3434.
Hudhayfa ibn Al-Yamân a dit : Tandis que tout le monde interrogeait l'envoyé d'Allah sur le bien, moi, je l'interrogeais sur le mal par crainte d'en être atteint.
- "Ô envoyé d'Allah, lui dis-je, nous étions dans l'ignorance et dans le mal; quand Allah nous a envoyés ce bien715 . Est-ce que, après ce bien le mal viendra-t-il de nouveau?".
- "Oui", répondit-il.
- "Et, repris-je, après ce mal, il y aura-t-il du bien?".
- "Oui, mais il ne sera jamais pur".
- "Qui le troublera?".
- "Des gens qui suivront une autre Sunna que la mienne et qui guideront vers une autre voie que ma bonne voie et dont tantôt vous approuverez les actes, tantôt vous les désapprouverez".
- "Et après ce bien, y aura-t-il encore de mal?".
- "Oui, il y aura des hérauts aux portes de l'Enfer, qui appelleront à eux les gens et qui précipiteront dans l'Enfer ceux qui répondront à leur appel".
- "Ô envoyé d'Allah, lui dis-je, décris-nous ces hérauts".
- "Ils seront de notre race et ils parleront notre langue".
- "Que m'ordonnes-tu de faire si j'assiste à cela?".
- "Tu devras suivre la communauté des musulmans et leur leader".
- "Mais si (alors) les musulmans n'ont ni communauté, ni leader?".
- "Ecarte-toi de toutes ces sectes, devrais-tu pour cela ne manger que les racines d'un arbre et rester ainsi jusqu'à ce que la mort t'advienne".

3438.
D'après ibn 'Abbâs, le prophète a dit : "Que celui qui voit son émir faire quelque chose de répréhensible prenne patience, car quiconque se séparera de la Communauté de la distance d'un empan mourra de la mort des idolâtres antéislamiques".

§ 681. — Les funérailles.


On sent bien dans ces récits que les rites funéraires716 -de toute façon succints dans la tradition musulmane- ne sont plus au centre de l’action principale. Mais, pour camoufler l’essentiel, tous les détails sont là pour exprimer la dévotion jusqu’au fanatisme.
La toilette est l’utime occasion de réunir les intimes, et encore une occasion de dispute. On remarquera enfin l’absence des femmes durant cette étape, et notamment Aïsha, qui, omniprésente au moment de l’agonie, disparaît dans une sorte de claustration. Elle n’est avertie que par les bruits du dehors.
Tout ceci est décrit avec un luxe de détail: la cérémonie entière a valeur d’exemplarité, elle doit servir de référence à des milliards d’individus dans le futur, et il ne faut pas les laisser dans le doute...


(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 352-4).

On rapporte que ce fut le mardi, à l'heure de la prière de midi, qu'on procéda à la lotion funéraire du prophète, mort le lundi. Dans une autre tradition, il est dit qu'on laissa son corps sans s'en occuper le mardi, le mercredi et le jeudi, jusqu'à l'heure de la première prière. Abu Bakr craignait que le corps pendant ces trois jours ne se fut déjà corrompu ; en entrant dans l'appartement, il s'approcha du prophète, découvrit son visage et l'embrassa ; le corps exhala une odeur suave.
Abu Bakr s'inclina sur son visage et dit :
-Ô toi qui m'es plus cher que mon père et ma mère, quelle odeur suave tu exhales, après ta mort comme pendant ta vie !
Ensuite Abu Bakr dit:
-J'ai entendu dire au prophète que ce sont ses proches parents qui doivent le laver. Il fit donc appeler Abbas et Ali. Abbas et ses deux fils, Fadhl et Qotham, et Ali, étant arrivés, Abu Bakr leur dit de laver le corps du prophète et ordonna à deux affranchis du prophète, Schuqran et Usama ibn Zayd717, de les aider. Lui-même, avec les muhajirun et les ansar, s'assit à la porte. Alors l'un des ansar, nommé Aws ibn Khawali, de la tribu de Khazraj, se leva et dit :
-Ô vicaire de l'apôtre d'Allah, prends garde que demain on ne nous blâme, en disant: lorsqu'on a lavé le prophète, aucun des ansar n'y a assisté. Ne nous refuse pas cet honneur, et envoie l'un de nous pour y prendre part.
Aws avait été l'un des combattants à la journée de Badr718. Abu Bakr lui répondit :
-Vas-y toi-même, et aide à laver le prophète.
Aws entra dans la maison.
Ali plaça le corps du prophète sur la table, sans lui ôter l'habit qu'il portait au moment de sa mort, et versa entre l'habit et le corps l'eau que Shuqran et Usama719 lui présentaient720 . Fadhl ibn Abbas, et son frère Qotham retournaient le corps, et Ali le lavait, tandis qu’Abbas et Aws se tenaient au loin et regardaient. Après avoir terminé cette opération, ils enveloppèrent le corps dans trois linceuls, deux d'étoffe blanche et un d'étoffe rayée du Yemen, tous trois non cousus, le couvrirent de parfums et accomplirent toutes les opérations en usage pour l'ensevelissement des morts.
Ensuite on fit venir un ansar, appelé Abu Talha et, de son véritable nom, Yezid ibn Suhayl, le fossoyeur des habitants de Médine, afin qu'il creusât la fosse. Les avis furent partagés sur le lieu où l'on devait faire la fosse. Les uns voulaient la faire creuser dans la mosquée721 ; les autres prétendaient qu'il fallait enterrer le prophète à Baqi al Gharqad, le cimetière des musulmans722 . Alors Abu Bakr dit :
-J'ai entendu dire à l'apôtre d'Allah qu'un prophète doit être enterré à l'endroit où il a rendu son âme723. En conséquence, on déplaça le lit sur lequel il était mort et l'on creusa le sol à cet endroit, dans l'appartement d’Aïsha, attenant à la mosquée. Lorsque la fosse fut terminée, on plaça le corps au bord de la tombe, et le peuple vint par groupes successifs724 pour prier sur lui, sans que personne présidat. Après tous les muhajirun et les ansar, les femmes et les enfants se présentèrent et prièrent également, et la journée entière et la moitié de la nuit se passèrent ainsi. On enterra le prophète à minuit. Quelques-uns disent que la lotion funéraire et les prières eurent lieu le mardi, et l'enterrement dans la nuit du mercredi ; d'autres disent que ces cérémonies eurent lieu le jeudi et la nuit du vendredi725 .
Le prophète avait une qatifa726 sur laquelle il couchait habituellement. On nomme qatifa, en Arabie, une couverture tissée de poils de châmeau, aussi épaisse et même plus épaisse qu'un tapis de Mahfur727. Schoqran, l'affranchi, apporta cette couverture et la jeta dans la fosse, à côté du corps du prophète, en disant :
-Par Allah, personne ne couchera après toi sur cette couverture!
Ali, Fadhl, Qotham et Schoqran descendirent tous les quatre dans la fosse, autour de laquelle se pressaient les musulmans ; Ali remonta le dernier728 ; ensuite on la combla de terre.
Mughira ibn Schuba, était l'un de ceux qui avaient été au bord de la fosse. Il prétendit plus tard qu'il avait été le dernier qui avait vu le visage du prophète dans la fosse ; que, lorsque Ali en était remonté et qu'on voulut la combler, il y avait laissé tomber son anneau et qu'il avait crié:
- Ne jetez pas encore la terre, pour que je cherche mon anneau.
(Il avait prétendu) qu'il était descendu dans la fosse, qu'il avait découvert le visage du prophète, qu'il l'avait regardé, puis qu'il l'avait couvert, et qu'il était remonté, sans se soucier de l'anneau.
Interrogé sur ce fait, Ali dit :
-Moghira ment ; il n'aurait pas osé faire une chose pareille.

La toilette du mort.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1018).

Ali l’approcha de sa poitrine, et Abbas, Fadl et Qutham le retournèrent. Usama et Shuqran versèrent de l’eau sur lui, tandis qu’Ali le lavait, le tenant par la poitrine. Il lui gardait sa chemise et il frottait depuis l’extérieur, sans toucher le corps de l’apôtre d'Allah de sa main. Il disiat:
-Tu m’es plus cher que mon père et ma mère, comme tu es doux mort et vivant.
Le corps de l’apôtre d'Allah ne se présentait pas comme un corps ordinaire.
(...)
Quand ils lavèrent le corps de l’apôtre d'Allah729, une dispute survint. Ils ne savaient pas s’il fallait le déshabiller comme ils le faisaient pour les morts, ou le laver avec ses vêtements. Au cours de la dispute, Allah fit tomber une lourd sommeil sur eux, et le menton de chacun tomba sur sa poitrine. Une voix inconnue vint de la maison, disant:
-Lavez l’apôtre d'Allah avec ses vêtements.
Alors ils se réveillèrent, allèrent vers l’apôtre d'Allah, et le frottèrent avec sa chemise entre lui et eux.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 377).
... l’envoyé d'Allah est mort un lundi. Ce jour et le jour de mardi ont été employés pour la préparation des funérailles. L’envoyé d'Allah a été enterré cette nuit entre mardi et mercredi....
On a aussi dit que dans ce moment de la nuit, le bruit de pointes de lances a été entendu.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 372).
Après la mort de l’envoyé d'Allah, une dispute s’est élevée entre les compagnons à propos des funérailles. (Certains préfèraient la mosquée du prophète, d’autres, à cause de l’attachement de l’envoyé d'Allah pour ses compagnons, avaient parlé du Baqi. D’autres voulaient qu’il soit enterré près de son grand père illustre Ibrahim. D’autres ont dit que ce soit à l’endroit de sa naissance à la Mecque, Mukarramah).
Abu Bakr s’est alors écrié:
-J’ai entendu de la part de l’envoyé d'Allah quelque chose que je n’ai pas oublié: la mort des prophètes a lieu juste à l’endroit où ses funérailles doivent se passer. Alors enterrez l’envoyé d'Allah juste à l’endroit de son lit de mort.

(ibn Sad, Tabaqat II 347).
Quand nous avons commencé à préparer le lavage de l’apôtre d'Allah, et nous avons fermé la porte devant les autres gens. Les ansar crièrent:
-Nous sommes ses oncles maternels et notre place dans l’islam est prééminente.
Les Quraysh crièrent:
-Nous sommes ses parents!
Abu Bakr cria alors:
-Ô musulmans! Les parents ont plus de droits que les autres de préparer sa bière. Je vous le dis, par Allah! Si vous entrez, vous empêcherez que son corps soit lavé. Par Allah! Seul celui qui est appelé pourra entrer!

La doctrine du lavage du cadavre.730
(ibn Qudama, Précis de Droit 46).731

Dès qu'on a la certitude qu'un homme est mort732, on doit lui fermer les yeux, lui attacher les mâchoires avec un bandeau et lui placer sur le ventre un miroir ou quelque autre objet.
Le laveur doit d'abord couvrir les parties du corps qu'il est interdit de montrer733 et presser légèrement sur le ventre du mort. S'enveloppant la main d'une serviette, il lave les orifices naturels du mort, pratique sur lui les ablutions rituelles, lui lave la tête et la barbe avec de l'eau et du lotus, lui lave le côté droit et le côté gauche.
Il lave ensuite le mort une deuxième et une troisième fois, en ayant soin, chaque fois, de lui presser sur le ventre. Si quelque chose en sort, il lavera et bouchera l'orifice naturel734 avec du coton, ou de la fine argile si ce coton ne tient pas; à chaque lavage il pratiquera sur le mort les ablutions rituelles. On augmentera le nombre des lavages jusqu'à cinq ou sept, si trois ne suffisent pas.
Le lavage terminé, le corps est séché à l'aide d'un linge-, les parties qui forment des plis et les endroits qui viennent au contact de la terre pendant le sujud sont parfumés.
Il est beau735 de parfumer le corps tout entier ; on parfumera aussi, par des fumigations, le linceul du mort.
On raccourcira la moustache et les ongles du mort s'ils sont trop longs; on ne lui peignera pas les cheveux. Si le mort est une femme, on fera trois tresses de ses cheveux et on les laissera pendre dans le dos.

On roulera ensuite le corps dans trois vêtements blancs formant linceul, parmi lesquels il ne doit y avoir ni tunique736 ni turban, et qui l'envelopperont entièrement. On peut toutefois utiliser, comme linceul, une tunique, un pagne737 et l'écharpe dite lifafa. Le linceul de la femme est constitué par une chemise738, un voile739 , un izar, et deux lifafa.
La personne qui a le plus de droit à laver le mort et à prier sur lui est celle qu'il a lui-même désignée dans son testament. Ensuite viennent le père, le grand-père et les asaba740 dans leur ordre de parenté avec le mort.
Pour le lavage d'une femme, l'ordre est le suivant: la mère, la grand'mère, puis les autres femmes dans leur ordre de parenté avec la défunte.
L'émir toutefois a, dans la prière sur le mort, un droit de priorité sur le père et les parents qui suivent.

La tombe.741
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1019-20).
En attendant le creusement de la tombe, le mardi, il reposait sur le lit, dan sa maison. Les musulmans se disputèrent sur l’endroit où creuser. Certains voulurent l’enterrer dans la mosquée, les autres voulaient l’enterrer avec ses compagnons. Abu Bakr dit:
-J’ai entendu l’apôtre d'Allah dire: “Aucun prophète ne meurt sinon là où il est enterré”.
Alors ils ont enlevé le lit, et y ont creusé la tombe en dessous. Les gens sont venus visiter l’apôtre d'Allah en priant autour de lui par groupes: les hommes puis les femmes puis les enfants742.
Personne n’a agi comme imam dans les prières sur l’apôtre d'Allah. Il a été enterré au milieu de la nuit de mercredi.

Vantardise du dernier compagnon.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1020).

Al Mughira se vantait qu’il avait été le dernier à être avec l’apôtre d'Allah. Il disait:
-J’ai fait tomber ma bague743 dans la tombe et j’ai dit:
- “Oh! ma bague est tombée!”. Mais j’ai fait exprès pour que je puisse le toucher, et j’ai été le dernier homme à être avec lui.

(ibn Kathir, Sira 881).744
J'ai fait une umra avec Alî, sous le règne de Omar ou de Uthmân. Après avoir fait sa umra, Ali est entré chez sa sœur Umm Hâni qui lui prépara de l'eau pour se laver. Après s'être lavé, des gens de l'Irâq entrèrent chez lui et lui dirent:
Ô Abu al Hassan ! Nous sommes venus t'interroger sur une chose dont nous aimerions que tu nous parles !
Il leur dit:
-Je pense qu' al Mughira ibn Shuba vous dit qu'il fut le dernier à toucher le prophète?
-Oui, c'est ce que nous sommes venus te demander" lui dirent-ils.
-La dernière personne à avoir touché le prophète, fut Quthm ibn al Abbâs.
On rapporte qu'al Mughîra ibn Shuba avait laissé tomber sa bague dans la tombe du prophète Il l'a fait volontairement dans l'espoir d'être le dernier à le toucher et à le voir.
Cependant, cela ne veut pas dire qu'al Mughira ibn Shuba fut le dernier à toucher le prophète ; il se peut que Ali l'en ait empêché en chargeant un autre de lui donner sa bague. Or, d'après ce qui précède, cet autre homme ne peut être que Quthm ibn El Abbâs.
al Wâqidi a rapporté à ce sujet d'après Ubaydallah ibn Abdallah ibn Utba qui a dit:
-al Mughira ibn Shuba a fait tomber sa bague dans la tombe du prophète, mais Alî lui a dit:
-Tu l'as laissée tomber volontairement pour dire "Je suis le dernier à être descendu dans la tombe du prophète”.
Il descendit dans la tombe et lui donna sa bague ou ordonna à un autre de le faire.


Effets immédiats.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1024).
Quand l’apôtre d'Allah est mort, les musulmans furent très affectés. J’ai entendu Aïsha dire:
-Quand l’apôtre d'Allah est mort, les Arabes ont apostasié, le christianisme et le judaïsme ont relevé la tête et l’hypocrisie est apparu745. Les musulmans sont devenus comme des moutons exposés à la pluie une nuit d’hiver, à cause de la perte de leur prophète, jusqu’à ce qu’Allah ne les réunisse à nouveau sous Abu Bakr.



§ 682. — Disputes sur l’héritage.

L'héritage est à considérer sur deux niveaux: d'abord, le matériel, car Muhamad, ayant pillé durant dix années le territoire de l'Arabie, et se réservant une part du butin, doit avoir du bien. Ensuite, et c'est primordial, le transfert de l'autorité politique. Les deux sont lis , évidemment. Aucune réponse n'est claire et assurée sur le second point, et les incertitudes autorisent les musulmans à se massacrer pour plus d'un siècle.
Cela n'a pas empêché les juristes d'inventer des règles complexes concernant les héritages, pour gérer ces difficultés dans les périodes suivantes.746


(ibn Sad, Tabaqat 2/392-4).
L'apôtre d'Allah a dit:
-Les dinars et les dihrams ne seront pas distribués parmi mes héritiers, ce que je laisserai ira dans des actes de charité après avoir servi pour le train de vie de mes femmes et les salaires de mes serviteurs.
(...)
L'apôtre d'Allah est mort et il ne laissa aucun testament sauf pour les résidences de ses femmes et un bout de terrain.
(...)
En vérité, Fatima, la fille de l'apôtre d'Allah envoya un message à Abu Bakr lui demandant sa part de l'héritage de l'apôtre d'Allah, parce qu'Allah avait donné (Fadak) à son apôtre comme butin. A cette époque, elle réclamait une part du prophète, à Médine, Fadak et ce qui restait du quint de Khaybar.
A ce propos, Abu Bakr dit:
-En vérité, l'apôtre d'Allah a dit: nous ne laissons pas d'héritage, tout ce qui reste ira dans l'aumône. Vraiment, les membres de la famille de Muhammad prendront de quoi vivre de cet argent. Par Allah, je ne changerai rien de la distribution de l'aumône de l'apôtre d'Allah de ce qu'elle était du temps de l'apôtre d'Allah. Je continuerai à la dépenser vers les mêmes têtes comme l'apôtre d'Allah les dépensait.
Alors Abu Bakr refusa de donner quoi que ce soit à Fatima. Par conséquent, Fatima fut fâchée contre Abu Bakr et le quitta. Elle ne lui parla plus jusqu'à sa mort. Elle vécut encore six mois après la mort de l'apôtre d'Allah.
(...)
Fatima alla voir Abu Bakr et demanda sa part d'héritage. Al Abbas vint le voir et exigea aussi sa part d'héritage. Ali vint aussi avec eux. A ce moment, Abu Bkr déclara: l'apôtre d'Allah a dit:
-Nous ne laissons pas d'héritage, ce qui reste ira en aumônes.
Je ferai donc des parts pour ceux pour qui le prophète les a faites. Sur ce, Ali déclara:
-Salomon a hérité de David et Zakariya a dit: "Il pourra être mon hériter et l'héritier de enfants de Yaqob."
Abu Bakr dit:
-C'est comme ça. Par Allah! Vous savez ce que je sais.
Là dessus, Ali déclara:
-C'est le livre d'Allah qui parle.
Ils l' acclamèrent ensuite et partirent.

(Ibn Hanbal , Musnad , v. 2 p. 462).
Nous , les prophètes, nous ne laissons pas d’héritiers.

(Muslim, Sahih 3303).747
D’après `Aïsha , à la mort du prophète , ses femmes voulaient envoyer Othmân ibn `Affân réclamer à 'Abû Bakr leur part dans l'héritage laissé par le prophète .
- "Le Prophète, leur fit observer `Aïsha, n'a-t-il donc pas dit: On n'hérite pas de nous; ce que nous laissons doit être dépensé en aumône".


§ 683. — Le prophète et ses catastrophes.

Il vaut mieux ne rien croire de ces courts récits de prophéties ultimes, prononcées en conscience ou dans son délire, si l’on en croit les sources, sous peine d’être très inquiet.
Mais leur signification réelle nous apprend beaucoup des préoccupations et des angoisses des hommes qu’il laisse derrière lui. Ce sont des contextes postérieurs de deux siècles au moins qui sont évoqués ici, dans une perspective eschatologique, toujours présente dans l’islam, et que l’on préfère ignorer748. C’est aussi le temps où la littérature s’attache à vanter ou dénigrer tel ou tel composant de la communauté islamique: Arabes, Persans, Turcs...
La catastrophe doit toucher aussi bien les musulmans que les infidèles: on se met à imaginer des conquêtes toujours plus éloignées749 .
Le caractère eschatologique de l'islam, si essentiel, et qui avait été masqué par les années d'activisme guerrier, réapparaît maintenant.


Il y a toujours profit à consulter ses documents originaux, pour imaginer de quoi le futur sera fait, et comment le monde musulman a voulu voir son avenir.
Cette fièvre eschatologique a repris toute sa force au début du XXIème siècle, après le 11 septembre 2001 et l'invasion de l'Irak.750


(Muslim, Sahih 19/4366).751
J’expulserai les juifs et les chrétiens de la péninsule arabique et je n’en laisserai aucun autre que les musulmans...752

(Baladuri, Livre des conquêtes IV 28).
...Omar ayant pris le pouvoir, dit: le prophète a défendu qu’il y ait en Arabie deux religions.
Par conséquent, il expulsa de la presqu’ile tous les juifs qui s’y trouvaient.

(Bukhari, Sahih 18/49).
De la démolition de la Ka'ba.
D'après 'Aïsha, le prophète a dit : "Une armée attaquera la Ka'ba, mais tous ses soldats seront engloutis (dans le sol)."
D'après ibn 'Abbâs, le prophète a dit :
-"Il me semble voir un nègre aux jambes torses qui en enlève les pierres l'une après l'autre."
D'après Abu Hurayra, l'envoyé de Allah a dit :
-"Celui qui détruira la Ka'ba, sera Dhu-Suwayqatayn, un abyssin."

Proche de la vérité...
(Muslim, Sahih 44/4605).

Abdullah ibn 'Omar a dit : Vers la fin de sa vie, l'envoyé d'Allah nous fit la prière de 'ishâ une certaine nuit, et après avoir fait la salutation finale, il nous dit :
-"Vous voyez cette nuit? Après l'écoulement de cent ans, nul qui vit actuellement sur la terre ne sera en vie".
ibn Omar poursuivit :
-"Entendant cela, les gens firent effrayés en s'entretenant de ce que pourrait arriver après cent ans, bien que l'envoyé d'Allah veuille dire par-là : Aucun être humain qui vit actuellement sur la terre ne survivra, c'est à dire après l'écoulement de ce siècle (celui des compagnons)".

Les futurs dirigeants du monde musulman...
(Muslim, Sahih 44/4599).

D'après Abdullah ibn Masûd, l'envoyé d'Allah a dit : "Les meilleurs des hommes sont ceux de mon siècle; au-dessous d'eux seront ceux qui les suivront et ceux qui viendront ensuite seront inférieurs à ces derniers. Ensuite il y aura des gens dont le témoignage précédera le serment et le serment le témoignage".

(Muslim, Sahih 44/4603).
D'après 'Imrân ibn Husayn, l'envoyé d'Allah a dit : "Les meilleurs parmi vous sont ceux de mon siècle; au-dessous d'eux seront ceux qui les suivront et ceux qui viendront ensuite seront encore inférieurs à ces derniers".
- "J'ignore, ajoute 'Imrân, si, après son siècle, l'envoyé d'Allah n'a pas mentionné deux ou trois siècles".
- "Après eux, a dit le prophète, viendront des gens qui témoigneront sans qu'on leur demande de témoignages, qui seront perfides et indignes de confiance, qui feront des vœux qu'ils ne tiendront pas et qui seront bouffis de graisse".

Les Mongols?
(Hanbal, Musnad 5/40,45).

Une fois, l’apôtre d'Allah a dit:
-Quand la fin des temps viendra, les enfants de Kantura apparaîtront ; ils auront les yeux bridés, des visages ronds et le nez plat.753

Constantinople.754
(Hanbal, Musnad 4/335).

L’apôtre d'Allah fit aussi l’annonce agréable de la conquête de Constantinople755 , en disant:
-Certainement, Constantinople sera conquise. Combien le chef qui la prendra sera bon, et combien son armée sera excellente!

(Muslim, Sahih 46/ 6959).756
... la dernière heure ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les Turcs, un peuple dont les figures sont comme des boucliers bosselés et qui porte des habits en fourrure et des chaussures en fourrure757 .


(Dawud, Hadith 35/4229).758
Le prophète a dit: quatre graves dissensions auront lieu dans la communauté, et à la fin, il y aura la destruction.

(Bukhari, Sahih 52/267).759
Le prophète a dit: Khosroes760 sera ruiné, et il n’y aura plus de Khosroes après lui, et César761 sera ruiné et il n’y aura plus de César après lui, et vous dépenserez vos trésors pour la cause d’Allah... La guerre est tromperie.

(Bukhari, Sahih 30/ 99).762
J’ai entendu l’apôtre d’Allah dire: le Yémen sera conquis... Sham763 aussi sera conquis... L’Irak764 sera conquis.

(Dawud, Hadith 14/2478).
Le prophète a dit: une partie de ma communauté continuera à combattre pour le bien, et domineront leurs opposants, jusqu’à ce que le dernier d’entre eux combatte avec l’Antéchrist765 .


(Muslim, Sahih 20/4565).766
J’ai entendu le messager d’Allah dire: plusieurs maux vont apparaître dans le futur. Quiconque tentera de diviser l’Umma767 alors qu’elle est unie, vous devrez le frapper du sabre partout où il se trouve.

(Malik, Muwatta 45/17-19).768
Une des dernières que le messager d’Allah... a dite, est: “qu’Allah combatte les juifs et les chrétiens. Ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prosternation. Deux religions ne peuvent pas cohabiter sur la terre des Arabes”.769

(Muslim, Sahih 41/ 6902).770
... le messager d’Allah (a prononcé) plusieurs hadiths dont celui-ci: la dernière heure ne viendra pas avant que deux partis de musulmans ne se confrontent l’un l’autre et il y aura un grand massacre parmi eux et chacun prétendra la même chose.

(Muslim, Sahih 20/ 4567).771
J’ai entendu le messager d’Allah dire:
-Plusieurs maux vont apparaître dans le futur. Quiconque tentera de diviser l’Umma alors qu’elle est unie, tuez les tous772.


(Nuaym ibn Hammad, Fitan 7-8, 11).773
Le messager d'Allah a dit: comptez six signes avant l'Heure. Le premier d'entre eux sera ma mort... le deuxième, la conquête de Jérusalem774 ... le troisième sera une peste775 qui sera, comme une maladie mortelle pour les moutons776 parmi ma communauté, le quatrième sera un lutte intestine dans ma communauté... le cinquième est que la richesse sera tellement abondante parmi vous que si on donnait à quelqu'un 100 dinars, il serait mécontent... le sixième est qu'il y aura une trêve entre vous et les Byzantins777 , et qu'ils la briseront et marcheront contre vous, et les musulmans ce jour seront sur une terre appelée Ghuta, et dans une ville appelée Damas.


(Muslim, Sahih 34/6452).778
... j’ai entendu du messager d’Allah...: il y aura des signes de la Dernière Heure quand... le nombre des hommes deviendra de plus en plus faible, que les femmes survivront, et qu’il n’y aura qu’un homme pour cinquante femmes.

(Bukhari, Sahih 3/ 80).779
L’apôtre d’Allah a dit:
-Parmi les signes de l’Heure, il y aura:
la science religieuse qui disparaitra, l’ignorance qui prévaudra, les boissons alcooliques seront bues couramment, les actes sexuels illégitimes seront pratiqués ouvertement.780

(Muslim, Sahih 41/ 6918).781
...le messager d’Allah disant: la dernière heure ne viendra pas avant que l’Euphrate ne découvre une montagne d’or, pour laquelle les gens lutteront. Quatre-vingt dix-neuf pour cent mourront mais parmi eux chaque homme pensera être sauvé.

(Bukhari, Hadith 83/ 186).782
Le prophète a dit: près de l’avènement de l’Heure, il y aura des jours où l’ignorance religieuse se répandra, la connaissance disparaîtra, et il y aura beaucoup de al harj, et al harj signifie ‘meurtre’783 .

(Bukhari, Sahih 83/ 184).784
Il y aura une guerre civile qui va balayer les Arabes, et les victimes des massacres iront en enfer. Pendant ce temps, la langue sera plus dure que les éclats du sabre.785

(Dawud, Hadith 36/ 4272).786
Le prophète a dit: le Mahdi787 sera de ma descendance, et il aura un front large et un nez proéminent. Il remplira la terre avec l’équité et la justice comme elle avait été remplie avant d’oppression et de tyrannie, et il règnera pour sept ans.

(Bukhari, Sahih 26/ 667).788
L’apôtre d’Allah a dit: l’homme aux jambes maigres viendra d’Ethiopie pour démolir la Ka’ba.

(Muslim, Sahih 40/ 6795).789
Les membres du premier groupe qui ira au paradis auront leurs visages aussi brillants que des étoiles dans le ciel. Ils n’urineront pas, ne se videront pas d’excrément, ne souffriront pas de la catarrhacte, ne cracheront pas ; leur peigne sera d’or, leur sueur sera du musc, le combustible de leurs réchauds sera de l’aloès, et leurs épouses seront de jeunes filles aux grands yeux et leur taille pour une seule personne sera de soixantes pieds de haut, comme leur père Adam.

(Bukhari, Sahih 67/107, 3)
... Ô Nation de Muhammad790, si vous saviez ce que je sais, vous ririez rarement et vous pleureriez souvent.

(Muslim, Sahih 1/ 30).791
Le messager d’Allah a dit: j’ai été guidé pour combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils déclarent qu’il n’y a de dieu qu’Allah...

(Muslim, Sahih 20/ 4480).792
J’ai entendu le messager d’Allah dire: l’islam continuera à triompher jusqu’au douzième calife. Puis le saint prophète a dit quelque chose que je n’ai pas compris. J’ai demandé à mon père:
-Qu’a t-il dit?
-Il a dit qu’ils seront tous d’entre eux issus des Quraysh.

(ibn Maja, Hadith Qudsi 124-5).
... le messager d'Allah a dit: Allah m'a contracté la terre de sorte que j'ai pu voir orients et ses occidents. En outre, Il m'a été donné les deux trésors jaune (ou le rouge) et le blanc (c'est-à-dire l'or et l'argent) et il m'a été dit:
“Ton royaume s'étendra là où la terre t'a été contractée”.
Et j'ai demandé à Allah trois choses, à savoir de ne pas soumettre ma communauté à la famine et de l'en exterminer dans sa totalité, de ne pas la diviser en sectes793 et en schismes794 et de ne pas assujettir les uns à la violence des autres. Il m' été répondu:
“Lorsque je décrète une chose, rien ne peut la retenir! Je ne soumettrai pas ta communauté à la famine de telle sorte à ce qu'elle soit exterminée entièrement et je ne la ferai pas encercler par ses ennemis toutes parts, de façon à ce qu'ils ne s entretuent pas et ne s'exterminent les uns les autres, car lorsque l'épée sévira lorsque la guerre se déclenche au sein de ma communauté, elle ne sera levée au jour de la résurrection. Ce que je crains, entre autres, pour ma communauté, ce sont les imans fourvoyeurs. Des tribus de ma communauté adoreront les idoles et d'autres rejoindront les polythéistes. Avant l'avènement de l'Heure, il y aura des imposteurs et des charlatans, dont le nombre avoisinera la trentaine, chacun d'eux prétendra être un prophète. Cependant, une partie de ma communauté restera toujours attachée à la vérité, en vertu de laquelle elle aura la victoire ; ceux qui s'opposeront à elle ne pourront nullement lui nuire jusqu'à ce qu'arrive l'ordre d'Allah.

(Muslim, Sahih 20/ 4719).795
...il a entendu le messager d’Allah dire: un groupe de gens de ma communauté continuera d’obéir au commandement d’Allah, et celui qui déserte ou s’y oppose ne pourra pas leur faire de mal.

(Muslim, Sahih 20/ 4722)796 .
... le messager d’Allah a dit: le peuple de l’Ouest797 continuera à suivre triomphalement la vérité jusqu’à ce que l’heure soit établie.

(Bukhari, Sahih 67/110).
Anas a dit:
-Je vais vous rapporter un hadith que j’ai entedu moi-même de l’envoyé d'Allah et que personne autre que moi ne peut vous rapporter798. J’ai entendu l’envoyé d'Allah dire:
-Parmi les signes avant-coureurs de l’Heure suprême, on verra la science799 disparaître, l’ignorance800 s’accroître ; l’adultère sera très fréquent ; on boira beaucoup de vin ; les hommes diminueront de nombre tandis que les femmes deviendront si nonbreuses qu’il n’y aura plus qu’un seul homme pour soutenir cinquante femmes801.

(Tabari, Tafsir 6/63).
Abu Asma ar Rahbi rapporte de Shaddad ibn Aws que le prophète a dit :
-Allah replia pour moi la terre jusqu'au moment où je pus en voir les régions orientales 802 et les régions occidentales 803 et en vérité le territoire de ma communauté s'étendra à tout ce qui m'en fut ainsi replié. J'ai aussi reçu les deux trésors, le "rouge" et le "blanc", et j'ai demandé à mon seigneur de ne point faire périr mon peuple par une sécheresse générale804, de ne pas les brouiller en factions805 partisanes ni de faire goûter aux uns la violence des autres ; il m'a répondu :
-Ô Muhammad ! En vérité, moi, lorsque je décrète, mon décret ne peut être repoussé ! Je t'ai accordé pour ta communauté que je ne les ferai point périr par une sécheresse générale et que Je ne donnerai pas autorité sur eux à des ennemis venant d'en dehors d'eux qui les feraient tous périr ; ce seront les uns qui feront périr les autres, les uns qui tueront les autres et les uns qui emprisonneront les autres.
Le prophète dit ensuite
- Vraiment je crains pour ma communauté les "guides qui égarent"806. Lorsque le sabre807 sera planté au milieu de ma communauté, il n'en sera plus retiré jusqu'au jour de la Résurrection808 .

(Bukhari, Sahih 6/ 577).
J’ai entendu le prophète dire:
-dans les derniers jours, il y aura des jeunes gens avec des idées folles. Ils parleront bien, mais ils sortiront de l’islam comme une flèche sort de la cible... donc, partout où vous les trouverez, tuez-les, et il y aura une récompense pour les tueurs le jour de la résurrection.

Prophétie dans la tranchée.
(Hanbal, Musnad 4/303).

Pendant le creusement de la tranchée, un gros rocher apparut. Les compagnons incapables de le déplacer, se référèrent à l’apôtre d'Allah. Il vint avec un levier et une pioche, et démolit le rocher. A chaque coup, une étincelle se produisait et, grâce à l’inspiration d’Allah, il donnait quelques prophéties réjouissantes, concernant les conquêtes futures, disant:
-On m’a donné les clés de Byzance, on m’a donné les clés de la Perse, on m’a donné les clés du Yémen.

(Tirmidhi, Hadith Qudsi 173-5).
L’apôtre d'Allah a dit:
-A la fin des temps, apparaîtront des gens qui accapareront les biens de ce bas monde au nom de la religion ; ils se montreront aux gens sous l’apparence de doux agneaux et leurs langues seront plus douces que le miel, alors que leurs coeurs seront des coeurs de loups.
(...)Allah a dit: j’ai créé des êtres qui ont des langues plus douces que le miel et des coeurs plus amers que la myrrhe. J’ai fait le serment en mon nom de leur envoyer une épreuve qui laissera le plus magnanime d’entre eux perplexe! Se sont-ils trompés à mon sujet ou bien osent-ils m’affronter?

(Bukhari, Sahih 65/39, 3).
Le prophète a dit:
-Entre les deux sonneries, il y aura quarante.
-Quarante jours? demanda t-on à Abu Horayra. Il refusa de se prononcer.
-Quarante années? Il refusa de se prononcer.
-Quarante mois? Il refusa de se prononcer.
-Tout ce qui est de l’homme disparaîtra, sauf les os du coccis, car c’est sur ces os que la résurrection se fera.

(Bukhari, Sahih 65/31, 2).
Abu Horayra rapporte que, l'envoyé d'Allah étant un jour au milieu des fidèles, un homme vint le trouver et, tout en marchant, lui dit :
-Ô envoyé d'Allah, qu'est-ce que la foi?
-C'est, répondit-il, croire à Allah, aux anges, aux envoyés d’Allah, à sa rencontre avec lui, et croire à la résurrection dernière.
-Et qu'est-ce que l'islam, ô envoyé d'Allah? reprit l'homme.
-L'islam consiste à adorer Allah, à ne rien lui associer, à pratiquer la prière, à donner la dime prescrite et à jeuner pendant le ramadan.
-Et qu'est-ce que la piété, ô envoyé d'Allah?
-La piété consiste à adorer Allah comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, lui te voit.
-Quand viendra l'Heure, ô envoyé de Allah?
-Là-dessus, répondit-il, celui qui est interrogé n'en sait pas plus que celui qui interroge. Je vais seulement t'en faire connaître les signes qui l'annonceront. Quand la femme esclave donnera le jour à sa maîtresse, est un des signes. Quand les gens pieds nus et à peine vêtus seront les chefs du peuple, est également un des signes. Tels sont deux des signes sur les cinq que Allah seul conna'it, car certes Allah a par devers lui, la connaissance de l’Heure ; il a fait descendre la pluie et il sait ce que contiennent les utérus. Puis l’homme étant parti, il dit qu’on le ramenat. On chercha à le ramener, mais on en trouva plus personne.
-Cet homme, dit le prophète, c’est Gabriel qui vient pour enseigner la religion aux hommes.

(En Nisay, Hadith Qudsi 125).
En Nisay a rapporté aussi dans ses Sunen, un hadith qui se rapproche de celui- ci, qu'il a cité dans le chapitre sur les veillées pieuses, en ces termes:
Abdullah Ibn Khabbab Ibn El Arth rapporte, d'après son père - un de ceux qui ont participé à la bataille de Badr - qu'il avait observé le messager d'Allah toute la nuit, jusqu'à l'arrivée de l'aube. Après que le prophète eut terminé sa prière, il lui dit:
-Ô toi à qui je sacrifierai père et mère! je t'ai vu cette nuit faire une prière que je ne t'ai jamais vu faire!
Le prophète lui répondit:
-En effet, c’est une prière de désir et de crainte. J'ai fait à mon seigneur, à travers cette prière, trois requêtes ; il m’en a accordé deux et m’en a refusé une. Je lui ai demandé de ne pas nous exterminer avec ce qu'il a exterminé les communautés avant nous, et il me l'a accordé -, .je lui ai demandé de ne pas nous assujettir au joug d'un ennemi extérieur, et il me l'a accordé, et je lui ai demandé de ne pas vous diviser en schismes, et il me l'a refusé.

(Bukhari, Sahih 58/15).809
Awf ibn Malik a dit: Je me rendis auprès du prophète pendant l'expédition de Tabuk, et je trouvai sous une tente de peau.
-Compte bien sept signes, me dit-il, qui apparaitront avant l'heure du jugement ; d'abord ma mort, puis la conquête de Jérusalem810 ; après, une épidémie qui vous frappera comme la clavelée811 frappe les brebis ; puis une surabondance des richesses telle qu'un don de cent dinars laissera celui qui l'aura reçu plein de dégout, puis une sédition qui entrera dans les tentes de tous les Arabes812 ; puis enfin, après une trêve conclue avec eux813, une trahison des Banu Asfar814, qui s'avanceront vers vous en quatre-vingts cohortes de chacune douze mille hommes sous quatre-vingts étendards.


(Abu Dawud, Hadith 37/4278).
Le prophète a dit:
Allah dressera en faveur de cette communauté au bout de chaque centaine d’années celui qui va rénover sa religion.

(Abu Dawud, Hadith 37/4281).
Le prophète a dit:
-L’apogée de Jérusalem viendra quand Yathrib est en ruine, la ruine de Yathrib viendra quand arrive la grande guerre, le début de la grande guerre commencera au moment de la prise de Constantinople et la prise de Constantinople quand arrivera le Dajjal. Le prophète frappa sa cuisse ou son épaule avec sa main et a dit:
-C’est aussi vrai que le fait que soyez là où vous êtes assis.

(Abu Dawud, Hadith 37/4282).
Le prophète a dit:
-La plus grande guerre, la conquête de Constantinople et la venue du Dajjal arriveront dans l’espace de sept mois.

(Abu Dawud, Hadith 37/4287).
Le prophète a dit:
Allah ne rassemblera pas deux sabres sur cette communauté: son propre sabre et celui de son ennemi.


(Abu Dawud, Hadith 37/4288).
Le prophète a dit:
-Laissez les Abyssins tant qu’ils vous laissent tranquilles,et laissez les Turcs tant qu’ils vous laissent tranquilles.

(Abu Dawud 37/4295).
Le prophète a dit: laissez les Abyssins seuls aussi longtemps qu’ils vous laissent tranquilles, parce que c’est seulement un Abyssin aux jambes courtes qui voudra chercher le trésor de la Kaba.815

(Abu Dawud 37/431).
Nafi a dit que ibn Omar disait:
-Je jure par Allah que je n’ai aucun doute que l’Antéchrist soit en fait ibn Sayyad.

(Abu Dawud 37/ 4319).
Le prophète a dit:
-La dernière heure n’arrivera pas avant que n’arrivent trente Dajjal, chacun prétentant être l’apôtre d'Allah.

(Abu Dawud 37/4320).
Le prophète a dit:
-La dernière heure n’arrivera pas avant que n’arrivent trente Dajjal, chacun mentant sur Allah et son apôtre.

(Bukhari, Sahih 83/27).
Zahdam ibn Mudarrib a entendu Imran ibn Huseyn rapporter que le prophète a dit:
-Les meilleurs d’entre nous sont mes contemporains ; puis viendront ceux qui leur succéderont et ensuite ceux qui succéderont à ces derniers.
Imran ajoute::
-Je ne sais pas s’il avait fait deux ou trois mentions après avoir parlé de ses contemporains.
-Ensuite, viendront des gens qui feront des voeux et qui ne les accompliront pas, qui seront traitres, indignes de confiance, qui témoigneront sans qu’on leur demande et qui manifesteront de l’embonpoint816 .

(Muslim, Sahih 33/3535).
Anas ibn Mâlik a dit : L'envoyé d'Allah avait l'habitude d'aller chez 'Umm Harâm bint Milhân (une vieille femme) qui lui servait à manger. Elle était la femme de 'Ubâda ibn As-Sâmit. L'envoyé d'Allah entra un jour chez elle. 'Umm Harâm lui servit à manger, puis se mit à lui épouiller la tête. Le prophète s'endormit, puis, quelque temps après, il se réveilla en riant :
-"Qu'est-ce qui te fait rire, envoyé d'Allah?", lui demanda-t-elle.
- "Ce sont des gens de ma Communauté, répondit-il, qui viennent d'être offerts à ma vue. Ils font une expédition dans le sentier de Allah et naviguent en pleine mer, tels des rois sur leurs trônes - ou comme des rois assis sur leurs trônes".
- "Demande au Seigneur, envoyé d'Allah, reprit-elle, que je sois parmi eux".
Il invoqua alors Allah en sa faveur, puis posa de nouveau sa tête (et s'endormit). Ensuite, il se réveilla en riant :
-"Qu'est-ce qui te fait rire, envoyé d'Allah?", demanda-t-elle.
- "Ce sont, répondit-il, des gens de ma Communauté qui viennent d'être offerts à ma vue. Ils sont en expédition dans le sentier de Allah..." Et il fit la même description que la première fois.
- "Ô envoyé d'Allah, dit-elle, prie Allah pour que je sois parmi eux".
- "Tu es déjà avec les précédents", répondit-il. Umm Harâm bint Milhân s'embarqua effectivement du temps de Mu'âwiya ibn Abî Sufyân817 ; et, au moment où elle venait de quitter le navire, sa monture s'étant abattue, elle mourut.

(Bukhari, Sahih, 34/102).
L’envoyé d'Allah a dit:
-J’en jure par celui qui tient mon âme d’entre ses mains, il s’en faut de bien peu que le fils de Marie descende parmi vous comme un juge équitable, afin de briser la croix818 , de tuer les porcs, de faire disparaître la capitation819 et de faire déborder la richesse au point que personne n’en voudra plus.

(Muslim, Sahih 33/3545).
D'après Al-Mughîra, j'ai entendu le prophète dire :
-"Il y a des gens de ma Communauté qui ne cesseront de triompher des hommes (par la vérité), jusqu'à ce que vienne à eux le commandement de Allah et alors ils seront également vainqueurs"

(Bukhari, Sahih 88/6).
Suayd ibn Ghafala rapporte qu’Ali a dit: je vais vous rapporter un hadith de l'envoyé d'Allah et, par Allah, je préférerais tomber du haut du ciel que de vous dire une chose mensongère820 . Quand je vous aurai raconte cela, la guerre entre vous et moi serait une trahison821. J’ai entendu l'envoyé d'Allah prononcer ces mots:
-A la fin des temps il surgira un peuple d'hommes aux dents jaunes822, à l'esprit perverti qui diront les plus belles paroles du monde sans que leur foi dépasse leurs gosiers. Ils transperceront la religion comme la flèche lancée par l'arc. Partout où vous les rencontrerez, tuez-les, car il y aura pour ceux qui les mettront à mort une récompense au jour de la Résurrection823.

Abu Salama et Ata ibn Yesar rapportent qu'ils allèrent trouver Abu Sayd al Khudri et l'interrogèrent au sujet des Haruriyya.
-As-tu entendu, lui demandèrent-ils, le prophète dire :
-Je ne sais pas ce que c'est que les Haruriyya?
-J'ai entendu, répondit-il, le prophète dire: “ Il surgira contre cette nation - il n'a pas dit de cette nation824 - un peuple qui avilira vos prières en même temps que les leurs, qui récitera le Coran sans que cela aille au delà de leur gorge - ou de leur gosier. Ils transperceront la religion comme la flèche lancée par l'arc. L'archer regardera le fer de sa flèche d'une extrémité à l'autre ou s'imaginera que la corde de l'arc est souillée de quelques gouttes de sang.

Omar rapporte que son père Abdallah ibn Omar, parlant des Haruriyya a dit:
-Le prophète a assuré qu'ils transperceraient l'islam comme la flèche lancée par l'arc.

Prédictions sur Byzance.
(Nuaym ibn Hammad, Kitab al Fitan).825

C’est quand le cinquième de la dynastie des Héraclius826 sera au pouvoir que les guerres827 auront lieu. Héraclius règnera ; ensuite, son fils Constans ; puis son fils Constantin, fils de Constans ; puis son fils Justinien, fils de Constantin ; alors, le royaume des Romains se déplacera828 de la famille d‘Héraclius à celle de Léon829 et de son fils après lui. Puis la royauté reviendra au cinquième des Héracliens, et à ce moment, il y aura les guerres830 .

(ibn Kathir, Tafsir 3).
De plus, les musulmans sont les vrais croyants en Isa. Les musulmans ont pris la Syrie831 aux chrétiens, les poussant à évacuer l’Asie Mineure, vers leur cité fortifiée de Constantinople. Les musulmans seront au dessus d’eux jusqu’au jour de la Résurrection. Vraiment, lui, Muhammad, qui est véridique et qui a reçu les vraies nouvelles, a promis aux musulmans qu’ils iront conquérir Constantinople dans le futur, et pilleront tous ses trésors.

(ibn Kathir, Tafsir 8).
Par leur courage, et en obéissance à Allah et à son messager, les compagnons ont atteint un niveau jamais atteint avant, par quelque génération ou nation que ce soit, ou même après eux. Par la bénédiction du messager et en obéissance à ce qu’il a commandé, les compagnons ont été capables de s’emparer du coeur du monde et de ses parties orientale et occidentale, en un temps assez court. C’est arrivé, alors qu’ils étaient très peu nombreux, en comparaison des armées des diverses nations de cette époque. Par exemple, les Romains, Perses, Turcs, Slaves, Berbères, Ethiopiens, Soudanais tribaux, Coptes, et tout le reste des enfants d’Adam. Ils ont battu toutes ces nations, jusqu’à ce que le monde d’Allah soit au plus haut, et que sa religion devienne prédominante par rapport aux autres religions. L’Etat islamique s’est répandu vers les parties orientale et occidentale du monde, en moins de 30 ans. Qu’Allah leur accorde sa grâve, qu’il soit content d’eux tous, et qu’il nous amène parmi eux, parce qu’il est le plus généreux, le pourvoyeur.


(Malik, Muwatta 2/899).
Le prophète a dit:
-Je laisse derrrière moi deux choses, et vous ne finirez pas en poussière tant que vous vous accrochez aux deux, le livre d’Allah et ma sunna.

(Ibn Hanbal, Musnad 4/126).
Le prophète a dit:
Celui parmi vous qui vivra longtemps verra beaucoup de choses différentes. Je vous conjure de suivre ma sunna et le voie des califes bien guidés qui viendront après moi.Faites attention aux choses nouvelles, parce que chaque innovation finira en poussière.

(at Tirmidhi, Hadith 4801).

Récit d’Anas al Malik.
L’envoyé d'Allah a dit:
-La nuit où j’ai été emmené vers le ciel, je suis passé par des gens dont les lèvres avaient été découpées par des ciseaux de feu. J’ai demandé à Gabriel qui ils étaient et il m’a dit qu’ils étaient des prêcheurs parmi mon peuple, qui ont dit des choses qu’ils ne faisaient pas.

(Ibn Hanbal, Musnad, Vol. 3, p. 37).

Le prophète a dit:
-Je vous donne les présages heureux du mahdi qui se dressera dans ma umma aux temps de dispute et de détresse du peuple. Il emplira la terre d’équité et de justice alors qu’elle était pleine d’oppression et de violence.

Prémisses schismatiques.
(at Tirmidhi, Hadith v. 5, p. 699).

L’envoyé d'Allah a regardé vers Ali, Hasan, Hussein et Fatima et il a déclaré:
-Je suis en guerre avec lui qui vous combattra, et en paix avec ceux qui feront la paix avec vous.

(Ibn Hanbal , Musnad 1371).
Le prophète a dit:
-Ô Allah, je les aime tous les deux832 , alors aimez les aussi.

(Ibn Hambal, Musnad v. 4, p. 172).
L’envoyé d'Allah a dit: Hussein vient de moi et je viens d’Hussein.

(at Tirmidhi, Hadith v. 5, p. 660).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Hasan et Husayn sont les chefs parmi les jeunes du paradis et Fatima est le chef de leurs femmes.

(Ibn Hambal, Musnad v. 2, p. 288).
L’envoyé d'Allah a dit:
-Celui qui a aimé Hasan et Hussein m’a aimé, et celui qui les a haï m’a haï.

(at Tirmidhi, Hadith v. 5, p. 656).

L’envoyé d'Allah a dit à propos de Hasan et Husayn:
-Ils sont les chefs des jeunes dans le paradis.

Festival eschatologique dans le recueil de Muslim.
(Muslim, Sahih 53).


5128.
L’ouverture du rempart de Gog et Magog.
Un jour, le prophète se réveilla effrayé et dit alors :
-"Il n'y a d'autre divinité que Allah; malheur aux Arabes qui sont sous le coup d'un danger imminent. Aujourd'hui, une brèche est faite dans le mur de Gog et de Magog de cette grandeur".
Sufyân fit alors signe pour indiquer le nombre dix (pour donner idée de la grandeur de la fissure).
-"Ô envoyé d'Allah, m'écriai-je, allons-nous donc périr, alors qu'il y a parmi nous des gens vertueux?".
- "Oui, répondit-il, si les turpitudes deviennent nombreuses".

5130.
...le prophète a dit :
-"Aujourd'hui, une brèche de cette grandeur est faite dans le mur de Gog et de Magog ". Wuhayb fit indiquer avec ses doigts qu'il s'agit de quatre-vingt-dix.

5134.
Engloutissement de l'armée qui attaquera la Maison Sacrée.
... l'envoyé d'Allah s'était renfrogné en dormant. Comme on lui dit :
-"Ô envoyé d'Allah, tu as fait une grimace en dormant, que tu n'as pas l'habitude de faire".
-"C'est l'étonnement, dit-il, j'ai vu quelques-uns de ma communauté attaquer la Ka'ba à la recherche d'un Quraysh qui y a pris refuge. Arrivés à un certain endroit du désert, ces gens y furent engloutis".
- "Ô envoyé d'Allah, répondîmes-nous, un même chemin peut grouper des gens de diverses intentions".
-"Certes, dit alors le Prophète, il y a eu entre eux ceux qui sont bien conscients de leur objectif (attaquer la Maison Sacrée), ceux qui sont contraints à les suivre et il y a eu enfin les voyageurs suivant accidentellement leur chemin. Cependant, ils seront tous engloutis mais ils seront en revanche ressuscités selon leurs intentions".

5135.
Les troubles se produiront comme la pluie qui tombe.
Le prophète, montant un jour sur une des tours de Médine, s'écria :
-"Voyez-vous, ce que je vois? Eh bien! Je vois les lieux de troubles parmi vos demeures, comme on voit les lieux où tombe la pluie".

5136.
..., l'envoyé d’Allah a dit : "Il y aura des séditions; celui qui restera alors éloigné d'eux (sans y participer) vaudra mieux que celui qui se lèvera (y prendra part); celui qui se lèvera vaudra mieux que celui qui marchera (y participera grandement), celui qui marchera vaudra mieux que celui qui courra (excitera les autres). Celui qui s'exposera à ces séditions, elles s'exposeront à lui. Que celui qui pourra trouver un asile ou un abri, qu'il s'y réfugie".

5139.
Les deux musulmans qui s'entre-tuent.
Abu Bakr a dit : J'ai entendu le prophète dire :
-"Quand deux musulmans, le sabre à la main, se jettent l'un sur l'autre, le meurtrier et la victime iront tous deux en Enfer".
Et comme je demandai, ou selon une variante on demanda au prophète :
-"C'est bien le sort du meurtrier; mais pourquoi la victime?".
- "La victime voulait lui aussi tuer son adversaire".

5142.
..., l'envoyé d’Allah a dit :
-"L'Heure Suprême n'arrivera pas avant qu'un grand combat ne soit livré entre deux grandes troupes prêchant toutes les deux la même chose".

5143.
... l'envoyé d'Allah a dit : -"L'Heure ne se dressera avant que le haradj ne se produise à grand échelon".
Comme on lui demanda :
-"Qu'est-ce que le haraj?".
- "C'est, répondit-il, le meurtre, le meurtre".

5146.
Les événements qui se produiront jusqu'au Jour du Jugement Dernier.
Hudhayfa ibn Al-Yamâna dit :
-Par Allah! Je suis le plus informé que quiconque d'entre vous des séditions qui se produiront à partir de ce jour jusqu'au Jour de la Résurrection et je ne les rapporte pas d'après ma propre connaissance mais d'après ce que l'envoyé d'Allah m'avait dit en secret sans dire à aucun autre que moi. Cependant, Le prophète était dans une assemblée dont je faisais partie et il a parlé alors des séditions et il a dit en les comptant :
-Il y aurait trois séditions qui ne laisseraient rien sans l'anéantir, d'autres qui ressembleront aux vents de l'été, dont certaines seront petites et les autres, grandes.

5152.
L'Heure n'aura pas lieu avant que l'Euphrate ne laisse apparaître une montagne d'or.
, l'envoyé d'Allah a dit : L'Heure n'aura pas lieu jusqu'à ce que l'Euphrate laisse apparaître une montagne d'or et que les gens s'entre-tueront pour s'en emparer. De chaque centaine d'hommes, quatre-vingt-dix neuf seraient tués et chacun d'eux dirait :
-"Peut-être serais-je le survivant".

5164.
L'Heure n'aura pas lieu avant qu'un feu ne jaillisse dans le Hedjaz833 .
... l'envoyé d'Allah a dit : "L'Heure Suprême n'arrivera pas avant qu'un feu ne jaillisse du pays du Hedjaz, dont la lueur éclairera les cous des chameaux se trouvant à Bostra".

5167.
Le trouble viendra de l'Orient où se lèveront les deux cornes de Satan.
D'après ibn 'Omar, Il a entendu l'envoyé d'Allah dire en se dirigeant vers l'Orient : "La sédition viendra de ce côté, la sédition viendra de ce côté, d'où apparaîtra les cornes du Satan".

5173.
L'Heure n'arrivera avant que Dhû Al-Khalasa834 ne soit adorée par les Daws.
... l'envoyé d'Allah a dit :
-"L'Heure Suprême n'arrivera pas avant que les femmes de Daws ne tournent autour de Dhûl Khalâsa (pour l'adorer)".
Dhûl Khalâsa était une idole qu'adoraient les Daws à l'époque antéislamique à Tabâla.

5175.
L'Heure n'arrivera pas avant que l'homme ne passe par une tombe en souhaitant être à la place du mort à force des malheurs.
... le prophète a dit : L'Heure suprême n'arrivera pas avant que l'homme, passant près de la tombe d'une personne, ne dise : "Je souhaite être à sa place".

5182.
... l'envoyé d’ Allah a dit : "L'Heure Suprême n'arrivera pas avant que ne surgisse un homme de Qahtân conduisant les hommes avec son bâton".

5184.
... le prophète a dit : "L'Heure Suprême ne viendra pas avant que vous ne combattiez des gens dont les visages ressemblent à des boucliers et l'Heure Suprême ne viendra pas avant que vous ne combattiez un peuple qui chausse des sandales de poils".

5200.
.... l'envoyé d'Allah a dit : Vous combattrez les juifs (qui se réfugieront de vous derrière les pierres). Mais chacune de ses pierres dira :
-"Ô Musulman! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer!".

5203.

... l'envoyé d'Allah a dit :
-L'Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu'à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant :
-"Ô musulman! Ô serviteur de Allah! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer!", exception faite de l'arbre dit al Gharqad qui est l'un des arbres des juifs.

5205.
... l'envoyé d'Allah a dit : L'Heure Suprême n'arrivera pas avant que n'apparaissent environ trente imposteurs et menteurs, prétendant tous être l'envoyé d'Allah.

5209.
Récit d' ibn Sayyâd.
D'après Abu Sayd Al-Khudri: Je faisais route vers La Mecque accompagné de ibn Sayyâd, lorsque celui-ci me dit :
-"Vois-tu comment les gens prétendent que je suis l'Antéchrist, n'as-tu pas entendu l'envoyé d'Allah dire que l'Antéchrist était stérile?".
- "Si", répondis-je.
-"Eh bien! Moi j'ai un enfant. Ne l'as-tu pas entendu dire également que l'Antéchrist n'entrera ni à La Mecque ni à Médine?".
- "Si"
-"Eh bien! Je suis né à Médine et me voilà en route pour la Mecque".
ibn Sayyâd dit enfin :
-"Par Allah! Je sais bien quand et où l'Antéchrist est né et où il est actuellement".
Or par ses propos, ajouta le transmetteur, ibn Sayyâd me mettra dans la confusion à propos de son identité".

5214.
Muhammad ibn Al-Munkadir a dit :
-J'étais présent quand Jâbir ibn 'Abdullâh jura, par Allah, qu' ibn Sayyâd était l'Antéchrist.
-"Jures-tu par Allah?", lui dis-je.
-"J'ai entendu 'Umar jurer ainsi, répondit-il en présence du prophète qui ne le lui a pas reproché".

5219.
L'Antéchrist, son portrait et ce qu'il y aura avec lui.
... le prophète a dit : Aucun prophète n'a pas pris soin d'engager son peuple à se méfier du borgne imposteur. Or il est borgne, mais votre Seigneur, Lui, n'est pas borgne. Entre les yeux de l'Antéchrist, ces lettres sont écrites : le Kâf, le Fâ' et le Râ' .

5222.
... le prophète a dit :
-"L'Antéchrist est borgne de l'œil gauche, aux cheveux touffus et présentera aux gens un Paradis et un Enfer : son Enfer sera un Paradis et son Paradis un Enfer".

5227.
L'envoyé d'Allah a dit :