|
|
Partie XIX
DE LA MISSION
A LEMPIRE
(631-632)
Quand la paix règne, l'homme belliqueux
se fait la guerre à lui-même.
Nietzsche, Par de-là le Bien et le Mal 76.
La terre ma été assignée comme oratoire1 et pour moi,
son sol est pur ;
aussi, en quelque endroit quil soit à lheure de la prière,
le fidèle de mon peuple2 doit prier
Muhammad ibn Abdallah3
Chapitre 97
Les gens du Dimanche
Premiers débats, premiers combats contre les chrétiens
Lexpansion continue de la puissance musulmane l entrane vers des contacts de plus en plus fréquents avec les chrétiens, dans et hors dArabie, cest-à-dire au contact de lempire byzantin4 . Ils sont dordre théologique, rarement, juridico-diplomatique, souvent et militaire, toujours. Les deux moments-clés sont la bataille de Tabuk et la soumission de Najran. Mais clairement, à la fin du règne de Muhammad, la Syrie chrétienne est la cible essentielle5 , repérée par Muhammad et ses compagnons depuis leurs voyages commerciaux et réputée pour sa richesse6 .
Avant douvrir le chapitre des faits historiques, un petit rappel de lévolution doctrinale de lislam, sous la direction de Muhammad, est nécessaire. Au départ, les chrétiens sont considérés comme un appui, dans laffrontement contre les juifs. Ils sont ensuite rapprochés de ceux-ci dans la même opprobre.
Il n'est pas inutile de rappeler que les informations les plus anciennes dont l'historien dispose avec certitude sont en réalité d'origine chrétienne7 .
§ 539-Genèse de lantichristianisme.
Il est utile, à ce stade ultime de laventure mohamédienne, de sarrêter sur les textes qui encadrent la conception que les premiers musulmans se font des chrétiens8 . Pour autant, personne ne doit oublier que lislam est alors une pratique bien plus quune doctrine. Ici, lévolution, dune relative faveur à une opposition féroce, est clairement visible9.
(Mahomet, Coran 98/5).
...les pires des créatures...
1-La faveur des chrétiens.
Il faut remarquer que cette faveur est présentée au détriment des juifs, dune part, et quelle est à sens unique, dautre part: les chrétiens sont amicaux, mais il nest rien dit de lattitude musulmane en retour. Enfin, l'affection, déjà bien ambigüe n'est pas éternelle et elle s'efface au moment des premières conquêtes.10
(Mahomet, Coran 5/85-7).11
Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les juifs, et les associateurs, et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient, par lamitié, sont ceux qui disent:
-Nous sommes chrétiens.
Cest que parmi ceux-ci, se trouvent des prêtres et des moines12 et que ces gens ne senflent pas dorgueil.
(Mahomet, Coran 5/70).
Sils avaient traduits la Torah, lEvangile13 et ce quon a fait descendre vers eux14 , de leur seigneur, ils auraient mangé ce qui est au-dessus deux et sous leurs pieds.
Parmi eux est une communauté allant sans dévier15 .
Mais pour beaucoup, combien mauvais est ce quils font16.
2- Les reproches doctrinaux.
Contre les chrétiens, rarement rencontrés, les reproches se limitent à leur doctrine, qui n'est pas forcément bien connue, et qui n'est pas unitaire. Les malentendus et contresens abondent donc. On a même parfois l'impression qu'il s'agit en fait d'un débat entre chrétiens de tendances divergentes.
(Mahomet, Coran 5/76-7)
A quiconque donnera des associés à Allah, Allah interdit le jardin.
Celui-là aura le feu comme refuge.
Aux injustes, point dauxiliaires.
Impies ont été ceux qui ont dit: Allah est la troisième dune triade17 .
Il nest de divinité quune divinité unique.
Sils ne cessent point leur dit, ceux qui parmi eux sont impies seront touchés par un tourment cruel.
(Mahomet, Coran 5/56)
Ô vous qui croyez!
Ne prenez pont les juifs et les chrétiens comme affiliés18 : ils sont affiliés les uns aux autres19 .
Quiconque, parmi vous les prendra comme affiliés sera des leurs.
Allah ne conduit point le peuple des injustes.
3-Le début de la colère.
Il est difficile de dater le début de l'animosité de Muhammad envers les chrétiens, car les relations ont été furtives entre les musulmans et ces derniers. De plus, l'évolution du discours anti-chrétien a sans doute été reconstruit à l'époque des véritables affrontements avec l'empire byzantin. Il y a donc sans doute beaucoup de fiction dans ces discours et ces événements, mais ceux-ci fourniront plus tard aux musulmans de fondement à leurs politiques.
(Mahomet, Coran 1).20
Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieux.
Louange à Allah, Seigneur des Mondes21 ,
Bienfaiteur miséricordieux, souverain du jour du jugement!
C'est toi que nous adorons, toi dont nous demandons l'aide!
Conduis-nous dans la voie droite, la voie de ceux à qui tu as donnés tes bienfaits qui ne sont ni l'objet de ton courroux, ni les égarés.
Commentaire de Tabari.
(Tabari, Tafsir 1,4,2-3).
On nous demandera peut-être: qui sont ceux qui sont égarés? et au sujet desquels Allah nous a ordonnés de lui demander la protection contre légarement?
On dit quil sagit de ceux auxquels Allah sadresse dans le verset suivant22 .
Il est légitime de citer ce verset pour décrire ceux qui se sont égarés car de nombreux hadiths témoignent que le prophète a dit au sujet du dernier verset de la Fatiha23:
-Les égarés sont les chrétiens.
(Mahomet, Coran 5/77).
Ne suivez point les opinions pernicieuses de gens qui, antérieurement, ont été égarés, qui en ont égaré beaucoup et que se sont égarés loin du chemin uni24.
4-Pratique de lanti-christianisme.
Elle prend de multiples allures: de linvasion militaire à la destruction des symboles. Muhammad semble donner l'exemple, et justifie toutes les injustices et brutalités.
La question du symbole de la croix est intéressant: si l'on s'en tient aux indices matériels (monnaies, inscriptions), il semble que les Arabes, à partir de la mort de Muhammad et durant au moins un siècle, au moment de leurs grandes conquêtes, se soient parfaitement accoutumés à la croix. En revanche, deux siècles plus tard, la Tradition évoque une haîne féroce pour ce même symbole.
(Bukhari, Sahih 64/53, 7).25
Mujahid ayant dit à ibn Omar:
-Je veux émigrer en Syrie.
Ce dernier lui répondit:
-Il ny a plus démigration dorénavant, il ne reste que le jihad. Va donc en Syrie, expose ta vie si tu trouves à le faire pour le jihad. Sinon, reviens.
Le témoignage dun chroniqueur chrétien.
(Théophile dEdesse, Chronicon 1234, p. 178-179).26
Lorsquil eut atteint lâge et la taille de jeune homme, il se mit, à partir de Yathrib sa ville, à aller et venir vers la Palestine pour le commerce, pour acheter et vendre. Sétant habitué à la région, il fut attiré par la religion de lunique Allah et il revint chez les gens de sa tribu. Il leur proposa cette croyance. Il en persuada un petit nombre qui adhérèrent à lui. De plus, il leur vantait lexcellence de la terre de Palestine, leur disant:
-Cest à cause de la croyance à lunique Allah que leur a été donnée cette terre si bonne et si fertile.
Et il ajoutait:
-Si vous mécoute, Allah vous donnera à vous aussi une bonne terre où coulent le lait et le miel27 .
Comme il voulait renforcer sa parole, il dirigea une troupe de ceux qui avaient adhéré à lui, et il commença à monter vers la terre de Palestine, attaquant, ravageant et pillant. Ils revinrent chargés28 sans avoir subi de dommages, et ils ne furent pas frustrés de ce quils leur avait promis. Dès lors, mus par lardeur de posséder, ils sen firent une habitude. Ils se mirent à monter de nouveau pour piller, et à revenir. Ceux qui navaient pas encore adhéré à lui virent que ceux qui sétaient soumis à lui jouissaient dabondantes richesses, et ils furent entraînés à se soumettre à lui sans résistance. Ensuite, comme les hommes qui le suivaient étaient devenus une troupe très nombreuse, il ne les conduisit plus (lui-même) pour piller et il resta à Yathrib29, dans les honneurs.
(Bukhari, Sahih 77/90).
Aïsha a rapporté que le prophète ne laissait dans sa maison aucune chose portant une croix, mais il la détruisait plutôt30 .
§ 540-La drôle de bataille de Tabuk.
Cette deuxième tentative contre lempire byzantin31 , hors des limites de lArabie confirme les ambitions de la nouvelle puissance. Lattaque est conçue comme la revanche de léchec de Muta et de gros moyens sont mis en oeuvre, mais dans une ambiance de découragement général et presque de sédition du côté des Médinois. Il faut ajouter au tableau une fin dété caniculaire et les récoltes à faire dans les vergers, qui achèvent dépuiser les vélléités des guerriers pillards de larmée de Muhammad.
Un gros paquet de longs versets coraniques tente de faire surmonter ces mauvais moments que connaissent toutes les troupes des conquérants ambitieux: dans le livre, il est longuement question des exemptions de tel ou tel groupe peu disposé à risquer sa vie hors de lArabie, dans une armée trop grande et démotivée32 .
Laffaire tourne à une démonstration de force, qui contraint quelques seigneurs chrétiens à la soumission33. Mais la tradition tente de faire briller une tournée qui brasse plus de vent que de succès.
1-Tabuk de Syrie.
Tabuk est clairement hors de l'Arabie, et se situe selon les textes en Syrie. Le point n'a guère d'importance, en dehors du fait qu'il fait partie d'une ligne de défense byzantine.
(Abulfeda, Géographie 87).34
Tabuk se trouve dans le troisème climat, aux environs des campagnes de Syrie. Sa situation est entre al Hijr35 et la Syrie. On y remarque une source et des palmiers. Cest là, dit-on, que demeuraient les hommes dAyka, auxquels Allah a envoyé Shoayb36 .
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 31-2).37
Tabuk est situé entre Hidjr et la frontière de la Syrie, à quatre .journées de marche, soit environ à mi-chemin de la Syrie. C'est une forteresse, avec une source d'eau douce, une palmeraie, et un mur qu'on rattache au prophète. C'est là qu'étaient les hommes du Fourré, à qui Allah envoya le prophète Shu'aib, qui n'appartient pas à leur tribu, et venait de Madyan.
(ibn Asakir, Tarikh Dimashq).38
Abu al Bahili a dit:
-Jai entendu parler lapôtre d'Allah qui a dit: en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et ma dit:
-Ô Muhammad! Jai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain39.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-11).40
La ville de Tabuk était située aux confins de la Syrie ; les habitants étaient Grecs et chrétiens41 . Le prophète voulut les attaquer, pour prendre une revanche de la défaite de son armée à Muta et de la mort de Zayd42 et de Jafar.
La valeur des troupes "byzantines".43
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 901-2).44
Un groupe de munafiqun... qui accompagnaient l'apôtre, alors qu'il partait pour Tabuk45, disaient les uns aux autres:
-Penses-tu que combattre contre les Byzantins, c'est un peu comme une guerre entre Arabes? Par Allah, nous avons déjà l'impression de te voir enchaînés...
2- Lexpédition pénible.
Elle est dite ainsi à cause de la chaleur, de la pénurie et globalement de la lassitude. Du fait des conquêtes, larmée musulmane devient pléthorique, et elle perd de sa rapidité brutale qui avait fait sa force des débuts.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 893).
Lapôtre d'Allah resta à Médine de dhul hijja à rajab46 , puis donna des ordres pour aller attaquer les Byzantins47. Lapôtre d'Allah donna lordre à ses compagnons de les attaquer, à un moment où les hommes étaient accablés: la chaleur était écrasante et la sécheresse est là.
La soif.
(ibn Kathir, Tafsir 9).48
La bataille de Tabuk.
... Ils sont allés vers As Sham pendant lannée de la bataille de Tabuk au moment où la chaleur était intense. Allah sait comme les choses étaient difficiles, et ils ont supporté une grande souffrance. On dit que deux hommes se partageaient la même datte. Tour à tour, ils suçaient la datte et buvaient de leau, puis la donnaient à un autre homme.
(...)
Nous avons campé à un endroit où nous avons été si durement touché par la soif que nous pensions que nos cous étaient coupés.
(...)
Un autre voulut tuer son chameau, découper ses intestins et boire leur contenu...
(Bukhari, Sahih 37/5).
Je fis avec le prophète lexpédition dite Expédition Pénible, et ce fut pour moi un de mes actes les plus méritoires. Javais avec moi un mercenaire qui engagea le combat avec un des ennemis. Lun des combattants mordit le doigt de son adversaire et celui-ci, en le retirant, arracha et fit tomber une des incisives de son agresseur49.
Ce dernier se rendit auprès du prophète qui déclara quil ny avait pas lieu à composition en disant:
-Croyais-tu donc quil mettait son doigt dans ta bouche pour que tu le mordes?50 ...
(Bukhari, Sahih 58/15).
Awf ibn Malik a dit: Je me rendis auprès du prophète pendant l'expédition de Tabuk, et je trouvai sous une tente de peau.
-Compte bien sept signes51 , me dit-il, qui apparaîtront avant l'heure du jugement ; d'abord ma mort, puis la conquête de Jérusalem52 ; après, une épidémie qui vous frappera comme la clavelée53 frappe les brebis ; puis une surabondance des richesses telle qu'un don de cent dinars laissera celui qui l'aura reçu plein de dégoût, puis une sédition qui entrera dans les tentes de tous les Arabes54 ; puis enfin, après une trêve conclue avec eux55 , une trahison des Banu Asfar56, qui s'avanceront vers vous en quatre-vingts cohortes de chacune douze mille hommes sous quatre-vingts étendards.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-11).
Les musulmans avaient une grande répugnance pour cette expédition, à cause de la longueur de la route, des grandes forces de l'ennemi, et parce que, lors de la première expédition contre les Grecs, un grand nombre de musulmans avaient trouvé la mort57 . En outre, il y avait, cette année, une disette ; il régnait de grandes chaleurs ; il y avait peu de provisions, et, en attendant la nouvelle moisson, les hommes étaient réduits à la misère. On était au moment de cueillir les dattes et les fruits. Ordinairement, quand le prophète projetait une expédition, il n'apprenait pas à l'armée où il allait marcher, afin de pouvoir fondre sur l'ennemi inopinément58 . Mais cette fois, à cause de la durée de la campagne, il en fit connaître le but aux soldats afin qu'ils pussent se préparer. Ceux-ci trouvèrent cette expédition très pénible et l'appelèrent la campagne de la détresse. C'est alors qu'Allah révéla le verset suivant :
Marchez, vous tous, chargés et non chargés, etc. 59 ,
c'est-à-dire riches et pauvres ; puis cet autre verset
Si vous ne marchez pas, Allah vous exterminera et vous remplacera par un autre peuple, etc. 60 .
Quelques-uns des munafiqun se montrèrent et dirent :
-Ne marchez pas par ces chaleurs.
Il leur fut répondu par ce verset :
Dis : La chaleur du feu de l'enfer est encore plus ardente. 61
Le prophète ayant ordonné aux riches de venir en aide aux pauvres pour leur équipement, chacun donna selon ses moyens ; mais Othman ibn Affan, surpassa tous les autres en contribuant de sa fortune aux dépenses de cette expédition62 . Lorsque tous les musulmans, riches et pauvres, valides et infirmes, furent sortis de la ville, le prophète les passa en revue, et renvoya les infirmes, les aveugles et ceux qui étaient absolument sans ressources. Les versets suivants furent révélés à leur intention:
Les infirmes, les malades et ceux qui ne peuvent pas s'équiper sont exemptés de l'obligation de partir... de même que ceux qui sont venus pour te demander des montures et qui, lorsque tu leur dis que tu ne peux pas leur en donner, s'en retournent les yeux remplis de larmes, etc.63
.. Plusieurs des Banu Ghatafan vinrent s'excuser, et demandèrent la permission de rester. Le prophète la leur accorda ; puis le verset suivant fut révélé :
Plusieurs des Bédouins sont venus s'excuser, etc.64 ;
ainsi que cet autre :
Que Allah te pardonne! pourquoi leur as-tu accordé la permission? Tu aurais du les obliger à partir, car tu aurais pu ainsi reconnaitre ceux qui croient sincèrement en toi, etc. 65
Enfin Abdallah ibn Obayy66 , à la tête de plusieurs des munafiqun67, demanda également à être exempté, en déclarant par serment que, s'il avait pu, il aurait pris part à l'expédition. Il lui fut répondu par le verset suivant du Coran:
Certes, ils jurent par Allah, en disant: Si nous avions pu, nous serions partis avec vous, etc. 68.
La sourate du Repentir69 qui renferme tous ces versets est la première de celles qui furent révélées à l'occasion de cette expédition.
3-La décision du départ.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1683).70
Lapôtre d'Allah partait rarement en expédition sans donner une fausse destination. Lexpédition de Tabuk est une exception parce quil lexpliqua au peuple. Cétait à cause de la longue distance, de la saison pénible et de la supériorité numérique de lennemi. Il voulait que les gens soient bien préparés, alors il leur dit de se préparer et que lobjectif était les Byzantins. Ils se préparèrent en dépit de leur mauvaise volonté.
(ibn Kathir, Tafsir 9).
Allah ordonne la mobilisation en masse avec lenvoyé dAllah, pour la bataille de Tabuk, pour combattre lincroyance, les gens du Livre, les Romains, les ennemis dAllah. Allah a ordonné que les croyants marchent avec lenvoyé dAllah sans considérer sils se sentent capables, paresseux, à laise ou en difficulté.
(Bukhari, Sahih 56/103,1-4).
Le plus souvent, lenvoyé d'Allah dissimulait le but véritable dune expédition projetée et laissait croire à une autre. mais, lorsque ce fut lexpédition de Tabuk, comme il faisait une chaleur très forte, quil y avait une route longue et en pays désert, que les ennemis étaient nombreux, il dévoila aux musulmans ce dont il sagisait pour eux, afin quils fissent tous les préparatifs nécessaires à la rencontre de lennemi ; et il leur annonça le but véritable de lexpédition.
Daprès Kab ibn Malik, lenvoyé d'Allah se mit en route le jeudi, pour lexpédition de Tabuk ; il choisissait de préférence le jeudi comme jour de départ.
(Bukhari, Sahih 52/ 199).71
Le prophète fit partir lexpédition de Tabuk un jeudi parce quil avait lhabitude de les faire partir un jeudi.72
Difficultés logistiques.
(Bukhari, Sahih 64/78, 1).
Abu Musa a dit: Mes compagnons m'avaient dépêché auprès de l'envoyé d'Allah pour lui demander des moyens de transport lors de l'expédition terrible, ou expédition de Tabuk, dont ils faisaient partie.
-Ô envoyé d'Allah, lui dis-je, mes compagnons mont envoyé vers toi te demander des moyens de transport.
-Par Allah, me répondit-il, je ne vous en donnerai aucun.
Sans le savoir je m'étais adressé à lui au moment où il était en colère, et je m'en retournai attristé de son refus et redoutant qu'il n'eut comme un ressentiment contre moi. De retour auprès de mes compagnons, je les avisai de la réponse que m'avait faite le prophète. Il y avait à peine un instant que j'étais revenu que j'entendis Bilal crier73 :
-Hé! Abdallah ibn Qays!
Je répondis à son appel et il me dit :
-Va vers l'envoyé d'Allah qui. t'appelle.
Aussitôt que je fus près de lui, il me dit :
-Prends cette paire de chameaux ; prends cette paire de chameaux.
En tout six chameaux qu'il avait achetés alors de Sad.
Puis il ajouta:
-Emmène ces chameaux à tes compagnons et dis-leur: Allah -ou l'envoyé d'Allah - vous ordonne ces moyens de transport, servez-vous en comme montures.
J'emmenai les chameaux et dis à mes compagnons:
-Le prophète vous donne ces moyens de transport ; mais, par Allah, je ne vous laisserai pas eu repos, tant que quelques-uns d'entre vous ne seront pas venus avec moi vers ceux qui ont entendu les paroles du prophète, afin que vous ne supposiez pas que je vous rapporte des paroles qui n'auraient pas été prononcées par lenvoyé d'Allah
-Nous sommes sûrs de ta sincérité, cependant nous ferons ce que tu nous demandes, répondirent-ils.
Abu Musa emmena donc quelques-uns de ses compagnons ; ils trouvèrent ceux qui avaient entendu les paroles de lenvoyé d'Allah, son refus dabord, sa concession ensuite, et qui leur répétèrent exactement ce que leur avait rapporté Abu Musa.
4-Les dissensions.
La puissance musulmane a grandi trop vite, elle nest unie que par lappât du gain, le charisme dun chef, et des malentendus. Tabuk est loccasion dobserver un début de désagrégation, et les troupes trainent des pieds.
Désagrégation de larmée.
(Bukhari, Hadith 56/35).
Anas a dit: Nous revenions de l'expédition de Tabuk avec le prophète - ou suivant un autre isnad - nous étions en expédition, lorsque le prophète dit :
-Il y a des gens demeurés derrière nous à Médine, qui cependant nous ont accompagnés dans tous les défilés, dans toutes les vallées que nous avons parcourus ; ce sont ceux qu'une excuse valable a retenus loin de notre expédition.
Manoeuvres des munafiqun.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 306-7).
Ce fut au milieu de ces difficultés que le prophète donna à l'armée l'ordre du départ. Abdallah, ibn Obayy, et les munafiqun le suivirent jusqu'à la première étape ; alors ils s'en retournèrent74 . Trois musulmans qui n'étaient point munafiqun rentrèrent également à Médine sans permission, savoir: Kab ibn Malik, et père d'Obayy ; Morara ibn Rabia, et Hilal ibn Omayya75 . C'est de ceux-ci qu'il est dit dans le Coran :
Il pardonna aussi à ces trois qui étaient restés en arrière. La terre, malgré son étendue, leur devint étroite, etc. 76
Le prophète avait laissé, comme son lieutenant à Médine, Siba ibn Orfota, de la tribu des Ghifar, et avait ordonné à Ali ibn Abu Talib, de rester également pour veiller sur sa maison et sa famille77 . Il était parvenu à la première étape, lorsque les munafiqun répandirent à Médine le bruit qu'il n'avait pas emmené Ali, parce qu'il l'avait en aversion. Ali prit ses armes et se mit en route ; le lendemain, il rejoignit le prophète et l'informa des discours que tenaient les munafiqun. Le prophète lui dit:
-Ils mentent, ô Ali! car je te considère comme un autre moi-même78, et je t'ai confié ma maison et ma famille. Tu es pour moi ce qu' Aaron était à Moïse. S'il était possible qu'il y eut un prophète après moi, je suis certain que ce serait toi.
Puis il le fit retourner et renvoya avec lui les infirmes et les pauvres qu'il ne voulait pas emmener ; les munafiqun partirent de leur propre mouvement. Le prophète leva son camp. A la station suivante, ceux qui avaient hésité à le suivre le rejoignirent, et Allah les loua en ces termes:
Allah pardonne au prophète, aux muhajir, aux ansar et à tous ceux qui l'ont suivi au moment de la détresse, etc. 79 .
Un musulman, nommé Abu Khaythama, était resté à Médine. Le troisième jour après le départ de l'armée, il alla, vers le milieu du jour, pendant la chaleur, dans son jardin, que ses deux femmes avaient arrosé et où elles avaient préparé un lieu de repos pour la sieste ; elles avaient mis des nattes et des coussins. Abu Khaythama vint s'y reposer. Puis, pensant au prophète, il dit en lui-même:
-Je me réjouis ici dans un lieu frais et délicieux, tandis que le prophète souffre la chaleur et la fatigue ; cela n'est pas juste.
Il se leva aussitôt et se dirigea vers le prophète jusqu'à ce qu'il l'eut rejoint. Le prophète lui donna des éloges.
Cependant, il y avait plusieurs munafiqun dans l'armée du prophète. Arrivé à une certaine station, on ne trouva pas d'eau. Les munafiqun dirent :
-Voilà maintenant qu'il va périr, lui et tous ses compagnons.
Allah amena un nuage, et il tomba une si grande quantité de pluie, que toute l'armée put se désaltérer. A un autre campement, l'un des chameaux du prophète s'échappa du lieu de paturage, et l'on ne put le retrouver. Le prophète en éprouva du chagrin. Les munafiqun dirent :
-Si Muhammad est un prophète, il doit savoir où se trouve ce chameau.80
Ces paroles furent rapportées au prophète, qui dit:
-Je ne sais que ce qu'Allah me fait connaître ; maintenant mon chameau se trouve dans telle vallée, et sa bride s'est embarrassée dans un arbre ; allez le chercher. On s'y rendit, on trouva le chameau, ainsi que le prophète l'avait dit, et on le ramena. Abu Dhurr, des Banu Ghifar, était resté en arrière, à Médine. On le dit au prophète, qui répondit:
-S'il y a de bons sentiments en lui, Allah l'amènera.
Le lendemain, en effet, il arriva à pied, et dit :
-Apôtre d'Allah, mon chameau est resté en route, et je viens à pied.
Certains munafiqun disaient encore:
-Muhammad croit qu'on peut attaquer les Grecs comme les Arabes ; mais il n'y a pas analogie entre ceux-là et les Arabes. Allah fit connaître au prophète ces propos. Les munafiqun, ne pouvant les nier, prétendaient avoir plaisanté. Le verset suivant fut révélé:
Si tu les interroges, ils répondent : Nous plaisantions en causant. Dis : Raillez-vous Allah, ses signes et son apôtre? 81
(Mahomet, Coran 9/116-121).
Il n'est point d'Allah d'égarer un peuple après qu'il l'a dirigé jusqu'à lui et qu'il lui a montré ce envers quoi il doit être pieux.
Allah, sur toute chose, est omniscient.
A Allah la royauté des cieux et de la terre.
Il fait vivre et fait mourir.
Vous n'avez, en dehors d'Allah, nul patron et nul auxiliaire.
Certes, Allah est revenu de sa rigueur contre le prophète, les muhajirun et les ansar qui l'ont suivi à l'heure de la gêne.
Certes, il est revenu de sa rigueur contre eux envers eux, il est indulgent et miséricordieux -, après que les curs d'une fraction d'entre eux ont failli obliquer82 .
Il est revenu de sa rigueur contre les trois croyants qui furent laissés à larrière83 , en sorte que la terre, en dépit de son étendue, leur parut trop étroite, en sorte que leurs âmes furent à langoisse et quils pensèrent qu il nexistait aucun refuge contre la rigueur dAllah en dehors de lui-même.
Allah est revenu de sa rigueur afin quils reviennent de leur faute84 .
Allah est le révocateur, le miséricordieux.
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques !
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des bédouins qui sont autour d'eux, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une oeuvre pie ne soit inscrite à leur avoir : Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.
(ibn Kathir, Tafsir 9).
Les hypocrites se réjouissent parce quils restent en arrière pendant la bataille de Tabuk.
Allah menace les hypocrites qui se sont repliés loin de la bataille de Tabuk, alors que les compagnons du messager dAllah (y allaient).
...
De leau brûlante sera versée sur leurs têtes. Avec cela, ce qui est dans leurs intestins se mettra à fondre, ainsi que leurs peaux.85
...
On leur dira alors: goûtez le tourmant dêtre brûlé!86
(Mahomet, Coran 9/82-97).
Ceux laissés en arrière se sont réjouis de leur exemption, par opposition à l'apôtre d'Allah, et ont éprouvé répulsion à mener combat de leurs biens87 et de leurs personnes88 , dans le chemin d'Allah.
Ils ont dit :
-Ne vous lancez point en campagne durant l'ardeur de l'été !
Réponds-leur :
-Le feu de la Géhenne sera plus ardent!
Ah! s'ils se trouvaient comprendre!89
Qu'ils rient un peu sur cette terre!
Qu'ils pleurent beaucoup dans l'au-delà, ce sera en récompense de ce qu'ils se seront acquis!
Si Allah te remet en présence d'une partie de ces gens et s'ils te demandent permission de partir en campagne, réponds-leur:
-Vous ne partirez plus jamais avec moi en campagne et vous ne combattrez plus aucun ennemi avec moi! Vous avez en effet trouvé l'exemption agréable, une première fois.
Abstenez-vous donc avec ceux restés en arrière90 ! jamais tu ne prieras sur celui d'entre eux qui sera mort, et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe91 .
Ces gens sont infidèles envers Allah et son apôtre, et ils meurent pervers.
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait !
Allah veut seulement, de leur fait, les tourmenter en la vie immédiate et il veut que leurs ames s'exhalent alors qu'ils sont infidèles.
Quand descend une sourate ordonnant: croyez en Allah et menez combat avec son apôtre! , ceux qui, parmi eux, détiennent le prestige te demandent la permission de s'abstenir et disent: -Laisse-nous avec les exemptés!
Ils ont été satisfaits d'être avec ceux restés en arrière92 .
Un sceau93 a été mis sur leurs curs et ils ne comprennent point.
Que l'apôtre et ceux qui croient avec lui mènent néanmoins combat de leurs biens et de leurs personnes !
A eux les biens de ce monde.
Ceux-là seront les bienheureux.
Allah a préparé pour eux des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils demeureront.
C'est là le succès immense.
Ceux qui invoquent des excuses, parmi les bédouins, sont venus à toi, prophète !, afin d'avoir permission de ne pas combattre.
Ceux qui ont traité d'imposteurs Allah et son apôtre se sont abstenus de partir en campagne. Un tourment cruel atteindra ceux, parmi eux, qui sont infidèles.
S'ils sont loyaux envers Allah et son apôtre, nul grief n'est à faire ni aux faibles ni aux malades ni à ceux qui ne trouvent point de quoi faire dépense pour s'armer, si tous ces gens s'abstiennent d'entrer en campagne.
Il n'est nulle voie de contraint à l'encontre des bienfaisants.
Allah est absoluteur et miséricordieux.
Pas de voie de contrainte à l'encontre de ceux qui, étant venus à toi , prophète !, afin que tu leur donnes une monture pour participer à la guerre s'en retournent, les yeux versant tristement des flots de larmes, après que tu leur as répondu :
-Je ne trouve aucune monture pour vous.
Ah ! que ne trouvent-ils de quoi faire dépense pour se procurer cette monture !94
Il n'est aucune voie de contrainte à l'encontre des bienfaisants.
La voie de contrainte n'est qu'à l'encontre de ceux qui te demandent permission de ne pas entier en campagne: ils sont riches ; ils ont trouvé agréable d'être avec ceux restant à l'arrière. Allah a scellé leurs curs et ils ne savent point.
Ces gens s'excuseront auprès de vous, quand vous reviendrez parmi eux.
Dis-leur alors :
-Ne vous excusez point!
Nous ne vous croirons point!
Allah nous a avisés de ce qui se dit de vous.
Allah et son apôtre verront vos actions et, par la suite, vous serez ramenés à celui qui sait l'inconnaissable et le témoignage.
Alors il vous avisera de ce que vous vous serez trouvé avoir fait.
Ils vous feront des serments par Allah, quand vous reviendrez parmi eux, pour que vous vous détourniez d'eux.
Détournez-vous d'eux!
Ils sont souillure95 et leur refuge sera la Géhenne, en récompense de ce qu'ils se seront trouvé s'être acquis.
Ils vous font des serments pour que vous les agréiez à nouveau.
Si vous les agréez à nouveau, sachez qu'Allah n'agréera point le peuple des pervers.
(Mahomet, Coran 9/120-123).
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques!
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des Bédouins qui sont autour d'eux96, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles97.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une uvre pie ne soit inscrite à leur avoir:
-Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.
Les croyants n'ont point à se lancer en campagne, en totalité98.
Pourquoi, de chaque fraction parmi eux, un groupe ne se lancerait-il point en campagne pour s'instruire en la religion et avertir les siens, quand ce groupe reviendra à eux ?
Peut-être seront-ils sur leur garde.
(Mahomet, Coran 9/38-52).
Ô vous qui croyez !, quand il vous est crié: Lancez-vous en campagne99 dans le chemin d'Allah100 ! qu'avez-vous à rester cloués à la terre ?
Agréez-vous plutôt la vie immédiate que la vie dernière 101 ?
Qu'est la jouissance de la vie immédiate au prix de la vie dernière, sinon peu de chose ?
Si vous ne vous lancez pas en campagne, Allah vous infligera un tourment cruel et vous substituera un peuple autre que vous et vous ne lui porterez nul dommage.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
Si vous ne le secourez point, Allah, en revanche, l'a secouru quand, expulsé par les infidèles, avec un seul compagnon, il disait à celui-ci alors qu'ils étaient tous deux dans la grotte:
-Ne t'attriste point !102
Allah est avec nous !
Allah fit descendre sur lui sa présence divine 103 et le soutint de légions que vous ne voyiez point.
Allah fit de l'arrêt104 des infidèles celui qui a le dessous, tandis que l'arrêt d'Allah fut celui qui l'emporta105.
Allah est puissant et sage.
Lancez-vous légers et lourds!106
Menez combat de vos biens et de vos personnes, dans le Chemin d'Allah!
Cela sera un bien pour vous, si vous vous trouvez savoir.
S'il s'était agi d'une affaire s'offrant à leur portée ou d'un voyage non éloigné, ils t'auraient suivi, prophète!
Mais longue leur a paru la distance107 !
Ils jureront par Allah : Si nous avions pu, nous serions partis en campagne avec vous!
Ils se perdent eux-mêmes.
En vérité, Allah sait qu'ils sont des menteurs.
Qu'Allah efface pour toi ton erreur, prophète !
Pourquoi leur as-tu permis de rester à l'écart, jusqu'à ce que se manifestent à toi ceux qui étaient véridiques et que tu reconnaisses les menteurs ?108
Ceux qui croient en Allah et au dernier jour ne te demandent pas la permission de mener combat de leurs biens et de leurs personnes.
Allah connait les pieux.
Seuls te demandent permission de ne pas le faire ceux qui ne croient point en Allah et au dernier jour, ceux dont les curs sont emplis de doute, en sorte qu'en leur doute ils demeurent hésitants.
S'ils avaient voulu partir en campagne, ils sy seraient préparés.
Allah a toutefois trouvé mauvais qu'ils entrent en mouvement.
Il leur a inspiré l'indolence et il leur a été dit :
-Abstenez-vous avec les exemptés !
S'ils étaient partis en campagne à vos côtés, ils n'auraient été pour vous qu'un trouble superflu et auraient semé la défiance parmi vous, en cherchant à faire naître la tentation de désobéir109 .
Parmi vous se trouveront des gens à eux qui sont tout oreilles, mais Allah connait bien les injustes.
Ils ont certes antérieurement cherché à faire naître la tentation de désobéir.
Pour toi, prophète ! ils ont bouleversé les affaires jusqu'à ce que vint la vérité et qu'apparut l'ordre d'Allah, en dépit de leur aversion.
Parmi eux, il en est qui te disent :
-Permets-moi de ne pas partir en campagne!
Ne me mets pas en tentation de désobéir !
Eh quoi !
Certes, si tu les interroges, ils disent: nous ergotions seulement et jouions!
Demande-leur: D'Allah, de ses signes et de son apôtre vous railliez-vous ?110
Ne vous excusez point!
Vous avez été infidèles après avoir reçu la foi111 .
Si nous effaçons la faute d'un groupe d'entre vous, en revanche, nous tourmenterons un autre groupe pour prix qu'il a été coupable.
Les munafiqun, hommes et femmes, s'ordonnent mutuellement le blâmable et s'interdisent le convenable112 .
Ils referment leurs mains pour ne point donner.
Ils ont oublié Allah et celui-ci les a oubliés.
Les munafiqun sont les pervers.
Allah a promis aux munafiqun, hommes et femmes, ainsi qu'aux infidèles, le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront.
Ce feu sera leur suffisant.
Qu'Allah les maudisse !
Ils auront un tourment permanent.
(Bukhari, Sahih 79/21).
Abdallah ibn Kab dit:
-Jai entendu Kab ibn Malik raconter quaprès la défection de Tabuk, lenvoyé d'Allah avait défendu dadresser la parole aux coupables. Jallai trouver lenvoyé d'Allah pour le saluer, me demandant en moi-même sil remuerait ou non les lèvres pour me rendre mon salut.
Cinquante jours sétaient écoulés et le prophète nous annonça alors après la prière de laurore que Allah nous avait accordé le pardon.
5-Le passage de Muhammad à Hégra.
Hégra113 se trouve exactement sur le chemin des expéditions militaires contre la Syrie. Muhammad a dû connaître l'endroit quand il participait, étant jeune, au commerce caravanier. C'est sans doute pour cela que le site d'Hégra, et ses habitants, les Thamud, occupent -pour leur malheur- une place si importante dans les recueil coranique.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 898-9).
Quand lapôtre passa à côté dal Hijr114 , il sarrêta, et ses hommes allèrent prendre de leau au puit. Comme ils le faisaient, lapôtre leur dit:
-Ne buvez pas cette eau, et ne lemployez pas pour vos ablutions. Si vous en avez utilisé pour la pâte, donnez-la aux chameaux et nen mangez pas. Ne laissez aucun partir seul la nuit, ou donnez lui un compagnon. Les hommes firent ainsi quil leur avait été dit, sauf deux de la tribu des Banu Sayda: lun se leva pour se soulager, et lautre, pour aller voir son chameau. Le premier fut preque étranglé sur le chemin, et lautre, emporté par un coup de vent qui lenvoya dans les montagnes des Tayyi115.
Localisation dal Hijr.
(Abulfeda, Géographie 88).116
Hijr, lieu rocailleux.
La sitation de Hijr est au milieu de gorges, à une journée de Wadil Qura. (...) Ces gorges portent le nom de Roches Fendues117. Jajouterai que Hijr est un lieu de station pour les pèlerins de Syrie.
(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 31).118
Hidjr est un petit bourg, peu peuplé, à une journée de marche de Wadil-Qura, au milieu des montagnes. C'est là que résidait Thamud, dont Allah dit : « Tandis que vous creusez des demeures dans les montagnes.119 »
Abu Ishaq Farisi a précisé que leurs demeures, creusées à l'intérieur des montagnes, étaient analogues aux nôtres. Ces montagnes portent le nom d'Athalib. Ce sont des montagnes qui, à vue d'il, se touchent, mais lorsqu'on se trouve au milieu, chaque tronçon forme un piton isolé autour duquel le voyageur peut tourner. En avant de ces montagnes se développent des collines de sable, dont on ne peut atteindre le sommet qu'avec les plus grandes difficultés. Il y a là aussi le puits de Thamud, dont Allah dit à propos de la chamelle :
« Elle aura sa portion d'eau un jour, et vous aurez la vôtre un autre jour fixe. »120
(Bukhari, Sahih 60/225).121
Alors que nous étions en marche pour la bataille de Tabuk, nous avons atteint les régions des gens dal Hijr, et lapôtre dAllah a dit à propos de ces gens:
Nentrez pas dans les habitations de ces gens, à moins dentrer ne pleurant. Parce que sinon, si vous nentrez pas ne pleurant, vous serez affligés de ce qui les a affligé.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).122
Jai entendu ce qua dit Az Zuhri:
-Quand lapôtre est passé par al Hijr, il a couvert son visage avec sa cape et a ordonné à son chameau:
-Ne va pas parmi les maisons de ceux qui ont péchés, ou alors va vite, de crainte de rencontrer le même destin qui les a accablés.
(Mahomet, Coran 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et lapôtre dAllah leur dit:
-Ne touchez pas à la chamelle dAllah, ni à son lait123.
Les Thamud le traitèrent dimposteur et sacrifièrent la chamelle.
Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.
(Muslim, Sahih 5/2319 et 2320).124
.... il dit aussi: si je les trouve, je les tuerais certainement, comme ont été tués les gens de Thamud.125
La découverte des tombeaux dHégra au XIXème siècle.
(MEDAIN SALIH. - Note de M. Philippe Berger, Sous-Bibliothécaire de lInstitut ; L'ARABIE AVANT MAHOMET D'APRÈS LES INSCRIPTIONS: Conférence faite à la Sorbonne, Mars 1885.).126
Voici toute une vallée pleine de sépultures de famille : car chacune de ces constructions n'est pas une sépulture particulière ; ce sont de véritables caveaux de famille, où les ayant droit sont spécifiés et qui sont entourés de toutes les formalités et de toutes les garanties que nous donnons à nos actes officiels.
Mais alors où étaient les maisons ? Ce problème, qui nous embarrasse, a dû dérouter les Arabes du temps de Mahomet. On conçoit qu'en présence de ces monuments dont ils ne comprenaient plus la signification, ils se soient dit : ce sont les demeures des anciens habitants du pays, d'impies, de géants : les deux choses se touchent ; et que pénétrant dans l'intérieur et voyant des cadavres, ils les aient pris pour les ossements des infidèles, frappés par le ciel dans leurs demeures. Ils ont dû être confirmés dans cette opinion par l'aspect de ces monuments. Les créneaux qui les surmontent et qui sont un des motifs habituels de l'architecture assyrienne, leur donnent un faux air de fortifications.
Un autre fait qui ressort clairement de ces légendes, c'est qu'à l'époque de Mahomet on ne
comprenait plus ces inscriptions, dont on était séparé par cinq cents ans à peine, et cela nous
montre combien l'horizon des Arabes était borné du côté de ses origines. Qui sait pourtant s'ils n'en ont pas eu encore un vague sentiment, au moins par tradition. Ces inscriptions, qui présentent un singulier mélange d'araméen et d'arabe, commencent par un mot qui n'est pas araméen, qui est arabe : Dena Kafrâ « Ceci est le tombeau. » Or le même mot signifie en arabe tombeau et impie. Qui sait si, à une époque déjà éloignée de la dynastie nabatéenne, quand le souvenir de la langue araméenne commençait à se perdre, la confusion ne s'est pas faite entre les deux mots, et si, en répétant machinalement cette formule, les Arabes ne se sont pas dit : Voilà les mécréants écrasés par le ciel dans leurs demeures.
Il est un point sur lequel ils ne s'étaient pas trompés : c'est que ces anciens habitants du pays étaient bien des mécréants et des idolâtres. À l'une des entrées de la vallée de Medain-Saleh se trouve une gorge, taillée à pic, conune elles le sont toutes dans cette région. D'un des côtés on voit les restes d'une salle qui est creusée dans le roc ; seulement au lieu d'être fermée par devant, elle est ouverte sur toute la largeur de la façade. Elle ne présente pas de niches : quelques figures, grossièrement dessinées au trait sur les murs ; rien de plus. C'est la seule construction qui n'ait pas de caractère funéraire. On l'appelle le Divan. Sur la paroi opposée de la gorge, au même niveau et dominant le précipice, on découvre toute une série de niches dans lesquelles se trouvent des pierres dressées, tantôt isolés, tantôt réunies par groupes de deux ou de trois.
La vue de ces petits monuments, dessinés avec soin par M. Doughty, a été pour nous une véritable révélation. Nous avions déjà rencontré des monuments analogues à l'autre extrémité du monde sémitique. Il y a trois ans, on n'en connaissait qu'un exemple : un bas-relief, trouvé en Sicile, et qui représentait un homme en adoration devant une petite triade de pierre. Ce monument isolé était inexplicable ; mais il avait frappé l'attention de M. Renan, quand quelque temps après (une découverte ne marche jamais seule), M. l'abbé Trihidez en rapporta plusieurs du même genre qui venaient d'Hadrumète, en Tunisie. Ces pierres, accouplées trois par trois, étaient des représentations divines ; de véritables triades, il n'y avait pas de doute à avoir. S'il en restait encore, ils sont levés par les découvertes de M. Doughty. Voilà les dieux qu'allaient adorer les habitants de Medain-Saleh. Une inscription placée au-dessus d'une de ces niches le dit expressément :
« Ceci est le mesgeda qu'a fait élever Serouh, fils de Touca, à Aouda (ou Aera) de Bostra, grand dieu. Dans le mois de Nisan de l'an 1 du roi Malchus. »
Une autre niche porte une inscription analogue. Le mesgeda, c'est-à-dire la mosquée, n'est donc pas la salle située de l'autre côté du ravin, mais la niche avec la pierre qui'est dedans. Voilà le Beth-El devant lequel les Nabatéens allaient se prostemer ; cette pierre n'est autre que le dieu Aouda.
On se demande où est, au milieu de tout cela, l'Arabe des Coréischites et de Mahomet. Il nous apparaît comme un dialecte excessivement restreint, comme la langue d'une toute petite tribu, qui par suite de circonstances, très locales, est arrivée à un degré de perfection extraordinaire. C'est à l'islamisme qu'elle a dû toute sa fortune.
L'islamisme de même a imposé sa langue avec sa religion à toute l'Arabie, et de là il s'est répandu de proche en proche, sur l'Afrique et sur l'Asie, créant, partout où il s'établit, une puissance qui pénètre tout, mais qui ferme la porte à tout ce qui n'est pas elle. Nulle part l'unité n'a été réalisée d'une façon aussi absolue. De là viennent les obstacles toujours renaissants que l'on trouve à pénétrer dans ces contrées fanatiques et désertes, obstacles si grands que l'on hésite à désirer que d'autres cherchent à les surmonter : le prix en est trop cher. Ils le seront pourtant, car il est une autre puissance que rien n'arrête, c'est la force intérieure qui pousse l'homme à la recherche de la vérité127 .
6-Le séjour de Tabuk.
Lexpédition ne ressemble à rien: il ny a pas de grand combat, et larmée tourne à vide. On rançonne un peu quelques gens, des communautés de second ordre, puis on rentre. Le plus grande pour la suite des événements est que les Byzantins ont montré leur léthargie.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 309).
Lorsque le prophète arriva à Tabuk, grande ville128 habitée par des chrétiens, il ne rencontra pas de trace de l'armée romaine qu'il y croyait réunie. Il y résidait un prince, nommé Yuhanna129 , fils de Ruba, qui possédait une grande fortune. Quand le prophète vint camper aux portes de Tabuk, Yuhanna sortit de la ville et fit la paix avec lui, en consentant à lui payer un tribut. Il y avait près de Tabuk deux villes, Jarba130 et Adsroh131 , dont les habitants vinrent également trouver le prophète ; ils firent des propositions de paix et offrirent de payer tribut. Le prophète leur donna des lettres de paix.132
(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).133
Dans lannée 9, le prophète marcha sur Tabuk en Syrie, pour attaquer les Grecs... qui sétaient assemblés contre lui, il ne rencontra pas de résistance. Il passa par Tabuk, dont les habitants acceptèrent de payer la capitation.
Anecdote utile.134
(Bukhari, Sahih 64/81).
Al Mughira ibn Shaba a dit:
-Le prophète était allé faire satisfaire ses besoins135 , et je me mis ensuite à lui verser de leau - et ceci se passait, disait-il, durant lexpédition de Tabuk-. Il lava son visage, et comme il voulut laver ses deux bras, les manches de sa tunique se trouvant trop étroites, il en sortit ses bras sous sa tunique et les lava. Ensuite, il frotta ses deux bottines136 .
(Dawud, Hadith 14/ 2707).137
Nous sommes entrés en territoire byzantin avec Maslamah. Un homme qui avait été malhonnête avec le butin a été amené... Maslamah demanda que faire de lui à Salim:
-Jai entendu de mon père racontant dUmar ibn al Khattab qui avait entendu le prophète:
il a dit: quand vous trouvez un homme qui a été malhonnête avec le butin, brûlez ses biens138 et battez-le139.
Test dautorité sur le retour.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 904).
Lapôtre d'Allah resta à Tabuk dix jours, pas plus. Puis il rentra à Médine. Sur le chemin, il y avait de leau sortant dun rocher, assez deau pour deux ou trois cavaliers. Cétait un wadi140 appelé al Mushaqqaq. Lapôtre d'Allah ordonna de ne pas boire leau avant son arrivée. Un certain nombre de gens assoiffés sont arrivés et ont bu. Quand lapôtre d'Allah est arrivé, il est arrêté, et a vu que leau sétait tarie. Il demanda qui était venu, et demanda aussi leurs noms. Il sexclama:
-Ne vous ai-je pas interdit de prendre leau avant moi?
Alors il les maudit et appela la vengeance dAllah sur eux. Il mit sa main sous le rocher, et leau revint, couler dans sa main, comme Allah le voulait.
(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 1347).
Asab ibn Yazid rapporte :
"A son retour de l'expédition de Tabuk, le prophète a été accueilli par les gens. Je l'ai accueilli avec les enfants au faubourg dit "Thaniyat Al Wadà'".
7-Un témoignage byzantin.
La source est très postérieure ; on ne peut pas savoir sil sagit bien de cette expédition.
(Michel le Syrien).141
En plus, il vanta la richesse de la terre de Palestine, en disant:
-A cause de votre foi en un seul dieu, cette bonne et fertile terre leur sera donnée.
Et il ajouta:
-Si vous mécoutez, si vous abandonnez ces dieux inutiles et si vous ne croyez quen un seul dieu, alors à vous Dieu donnera un terre doù coulent le lait et le miel142 .
Pour confirmer ses paroles, il conduisit une bande de ceux qui lui obéissaient et commença à piller la terre de Palestine, asservisant et ravageant. Il revint chargé de butin et sans pertes, et ainsi, il ne les déçut pas par rapport à sa promesse.
§ 543-La soumission dUkaydir des Banu Kinda.
Importante tribu, fortement expansionniste, du centre de lArabie, qui jouera encore un rôle autonome après sa conversion et qui se singnalera par une vigoureuse révolte dès 632. 143
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 309)
A quelques parasanges144 de là, était la forteresse de Duma, commandée par un prince arabe et chrétien, des Banu Kinda, nommé Ukaydir ibn Abdul Malik. Le prophète y envoya Khalid ibn Walid, avec un petit détachement, et lui dit :
-Tu le trouveras à la chasse, car il est grand chasseur.
Khalid, s'approcha de la forteresse. Il faisait nuit et la lune brillait. La porte de la forteresse était fermée, et Ukaydir se trouvait sur la terrasse. Khalid, après avoir fait le tour de la forteresse, voyant qu'il ne pouvait rien entreprendre, se cacha derrière le mur. Un peu plus tard, Ukaydir, qui veillait encore, apercevant des antilopes et d'autre gibier s'approcher des murs, donna l'ordre de seller son chameau, et sortit de la forterese avec trois de ses parents, pour aller chasser. Khalid le fit prisonnier et l'amena auprès du prophète. Les musulmans regardaient avec étonnement la robe d'Ukaydir, qui était de brocart brodé d'or145 ; ils n'en avaient jamais vu de pareille. Après s'être engagé à payer un tribut146 , Ukaydir s'en retourna.
La délégation des chrétiens de Kinda.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 953).
Al Ashath ibn Qays vint voir lapôtre d'Allah avec une délégation de Kinda. Ils étaient 80 cavaliers de Kinda, et sont arrivés jusquà la mosquée. Ils avaient peigné leurs mèches et noirci leurs yeux avec du kohl147, et ils portaient des robes148 rayées avec de la soie149. Lapôtre d'Allah leur demanda sils avaient accepté lislam. Ils lui dirent quils sétaient soumis. Il leur demanda alors pourquoi ils avaient de la soie autour de leurs cous. Alors ils la déchirèrent et la jetèrent.
§ 544-Conversions individuelles de chrétiens.
De rares conversions chrétiennes ont droit à une grande publicité dans les sources. Elles restent anecdotiques. Les motivations des transfuges sont étonnantes, et rarement spirituelles au sens strict.
La conversion de Jarud.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 320).
Après la députation des Zubayd, arriva une députation des Abdul Qays, qui étaient chrétiens. Leur chef, Jarud ibn Amir, vint auprès du prophète et embrassa l'islam. Après la mort du prophète, il resta fidèle à la religion musulmane, tandis que sa tribu apostasia150.
La conversion de Adiy ibn Hatim.
(Tabari, Histoire des prophètes IX 1707).151
On m'a rapporté que Adi ibn Hatim des Tayyi152 disait:
-Aucun Arabe n'a détesté le messager d'Allah autant que moi, quand j'ai entendu parler de lui pour la première fois. En ce qui me concerne, j'étais un noble, un chrétien, voyageant parmi mon peuple, collectant le quart de leurs prises de guerre. Je professai ma propre religion, et la façon dont j'étais traité, c'était comme si j'étais un roi chez moi.
J'ai entendu parler du messager d'Allah, et je l'ai détesté (...).
-Ô Adi, (...) j'ai vu des bannières, je153 me suis informé et on m'a dit que c'était l'armée de Muhammad.
Je lui ai demandé d'apporter mes chameaux, ce qu'il fit, j'ai pris ma famille et mes enfants et je lui ai dit que j'allais rejoindre mes co-religionnaires en Syrie.
(...154 )
Puis il dit:
-Adi, n'es-tu pas à moitié chrétien et à moitié sabéen155 ?
J'ai répondu:
-Oui.
-Et ne vas-tu pas parmi ton peuple pour collecter le quart de leurs prises de guerre?
Je l'ai admis et il a dit:
-Mais ce n'est pas permis par ta religion!156
-En effet.
Et j'ai réalisé qu'il était le prophète envoyé par Allah, qui sait ce qui n'est pas su157.
La conversion de Farwa ibn Amir al Judhami.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 958).
Farwa, du clan des Nufatha, fit dire à lapôtre d'Allah quil se soumettait à lislam, et il lui donna une mûle blanche. Il était gouverneur des Arabes pour le compte des Byzantins, sur la frontière, à lapôtre d'Allah158 et sur les environs de la Syrie. Quand les Byzantins lapprirent, ils lattrapèrent, et le mirent en prison.
Quand ils vinrent pour le crucifier159 , il dit:
-Dites aux chefs des musulmans que j abandonne à mon seigneur mon corps et mes os160 .
Ils le décapitèrent et laccrochèrent au dessus de leau.
QuAllah ait pitié de lui.
§ 545-La soumission de Najran.
Najran est la grande ville chrétienne dArabie, qui a déjà eu des contacts avec Muhammad à Médine, sous forme dune fastueuse ambassade161. La conjoncture a radicalement changé et les gens de Najran doivent se soumettre, non sans négocier162 . Le dossier est bien connu, et montre comment Muhammad tire profit de la soumission sans conversion163, en exigeant un tribut particulièrement lourd et précis164 . Ces chrétiens sont les précurseurs involontaires des dhimmis,165 les protégés de lempire musulman. Limpérialisme est aussi une méthode de domination économique, et les biens des Arabes chrétiens ont toujours fasciné les musulmans166 .
1-La procédure de soumission.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1724).167
Le prophète envoya Khalid... à Najran avec ordre de faire à la population trois fois lappel à lislam avant de leur livrer bataille. Sils y répondaient, leur conversion serait acceptée, sinon, il faudrait les réduire par la force:
-Convertissez-vous et vous serez sauvés!168
(Baladuri, Livre des conquêtes XII 58).
Lapôtre dAllah a conclu la paix169 avec le peuple du Najran à condition quils donnent aux musulmans deux mille vêtements... quils prêtent trente cottes de mailles, trente chevaux, trente chameaux, et trente armes de chaque sorte utilisée dans la bataille170. Les musulmans leur accorderont la sureté à moins quils ne se retournent contre eux en cas de complot ou de trahison au Yémen. Aucune de leurs églises ne sera démolie et aucun de leurs religieux ne sera maltraité, à moins quils napportent quelque chose de nouveau (à laccord) ou quils ne pratiquent lusure.
Ismaïl a dit:
-Ils ont pratiqué lusure.171
La soumission des Banu Haritha.172
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 959).
Lapôtre d'Allah envoya Khalid contre les Banu Haritha ibn Kab de Najran, pour leur ordonner de se soumettre à lislam ; pendant trois jours et ensuite, de les attaquer. Sils acceptaient, il devait accepter leur soumission ; sils refusaient, il devait les combattre. Alors Khalid est arrivé chez eux, envoya des cavaliers dans toutes les directions, pour les inviter à lislam, disant:
-Si vous accepter lislam, vous serez saufs!
Alors les gens ont accepté lislam.
Khalid est resté chez eux pour leur enseigner lislam et le livre dAllah et la sunna173 de son prophète, parce que lapôtre d'Allah lui avait ordonné de faire cela, sils acceptaient lislam.
Khalid écrivit ensuite à lapôtre d'Allah:
"Au nom dAllah le clément le miséricordieux.
A Muhammad le prophète et lapôtre d'Allah. De Khalid ibn al Walid.
La paix soit sur toi, ô apôtre d'Allah et la bénédiction dAllah.
Tu mas envoyé auprès des Banu Haritha ibn Kab et je suis venu, non pour combattre mais pour les inviter à lislam ; siils acceptaient, je devais rester parmi eux, accepter la soumission, et leur apprendre les institutions de lislam, le livre dapôtre d'Allah et la sunna de son prophète.
Et sils ne se rendaient pas, de les combattre. Je suis venu vers eux, comme prévu et je les ai invité à se soumettre durant trois jours, comme lapôtre d'Allah lavait ordonné. Jai envoyé des cavaliers partout avec ton message. Ils se sont rendus et nont pas combattre et je suis resté pour les instruire des ordres positifs et négatifs174 de lislam et de la sunna du prophète comme lapôtre d'Allah me la demandé.
Paix soit sur toi..."
2-Les documents de la soumission.
La reddition a constitué une sorte de jurisprudence, servant de cadre ou de modèles aux soummissions futures des communautés chrétiennes. L'authenticité des documents reste à prouver. On devine trop l'intérêt des premiers musulmans à falsifier ces lettres.
Première lettre de Muhammad aux habitants de Najran.
(Yaqubi II).175
De Muhammad apôtre d'Allah aux évêques de Najran.
Au nom du dieu d'Abraham176 , d'Isa apôtre d'Allah177 et de Jacob178 ! Or donc, je vous appelle hors de l'adoration des créatures à l'adoration dAllah et vous appelle hors de l'alliance des créatures à l'alliance avec Allah179 . Si donc vous refusez, ce sera la jizya180 ; si vous refusez aussi la jizya, je vous déclarerai la guerre.
Traité de soumission des chrétiens de Najran.
(ibn Sad n° 72).181
Au nom dAllah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le prophète Muhammad apôtre d'Allah, aux habitants de Najran sur qui il avait autorité, au sujet toute récolte de fruits, de toute monnaie jaune ou blanche182, de tout esclave. Or, il leur fut généreux en leur abandonnant le tout contre 2000 habits onciaux183, dont 1.000 chaque mois de rejeb et 1.000 à chaque mois de safar avec en surcroît, une once d'argent par habit. Etant entendu que tout excédent, sur l'impôt ou tout manquant à la quantité d'onces serait mis en compte ;que tout ce qu'ils remettraient, comme cottes de mailles ou comme chevaux ou montures184 ou autres objets, leur serait mis en compte ; quaux Najranites incomberait le soin de l'approvisionnement et des fournitures de mes envoyés pour la durée maximum d'un mois ; que mes envoyés ne pourraient être retenus au-delà d'un mois qu'au cas d'une guerre ou d'un crime dans le Yémen, ils auraient à prêter à mes envoyés 30 cottes de mailles, 30 chevaux et 30 chameaux ; que ce qui aurait été prêté des cottes de mailles, chevaux, montures et autres objets, à mes envoyés, resterait à la charge de mes envoyés jusquà restitution aux gens de Najran. La protection dAllah et la garantie du prophète, apôtre d'Allah s'étendent sur Najran et alentours, soit sur leurs biens, leurs personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs familles, leurs sanctuaires et tout ce qui, grand ou petit, se trouvent en leur possession. Aucun évêque ne sera déplacé de siège épiscopal ni aucun moine de son monastère, ni aucun prêtre de sa cure. Aucune humiliation ne pèsera sur eux ni le sang daucune vengeance antérieure à la soumission. Ils ne seront ni rassemblés ni assujettis à la dîme. Aucune troupe ne foulera leur sol lorsque 1'un d'eux réclamera un dû, l'équité sera de mise parmi eux. Ils ne seront ni oppresseurs ni opprimés. Et quiconque d'entre eux pratiquera à l'avenir l'usure, sera mis hors de ma protection. Aucun homme parmi eux ne sera tenu responsable de la faute d'un autre.
Donc, la garantie dAllah et l'assurance du prophète Muhammad apôtre d'Allah sanctionnent le contenu de cet écrit pour jusqu'au jour où Allah manifestera son autorité, tant qu'ils demeureront dans de bonnes dispositions et agiront en conformité de leurs devoirs ; sans subir aucun outrage185 .
Ont témoigné:
Abu Sufyan ibn Harb186, Ghallan ibn Amir, Malik ibn Awf de 1a tribu des Banu an Nasr, Aqra ibn Habis de la tribu de Hanzala ; et al Mughira ibn Shubah, Lls présentes ont été écrites par eux par Abd Allah ibn Abu Bahr.
Autre version du traité (Tabari).187
Au nom dAllah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le serviteur dAllah, Abu Bakr, vicaire188 du prophète Muhammad, pour les habitants de Najran.
Il les garantit par la garantie dAllah et l'assurance du prophète, garantie allant à leurs personnes, à leurs terres, à la pratique de leur culte, à leurs biens, à leur personnes, à leurs fantassins, à leurs absents et présents, à leurs évêques, à leurs moines, à leurs églises, à toute chose grande ou qui se trouve en leur possession. Qu'ils ne puissent être, ni assujettis à la dime ; qu'aucun évêque ne soit déplacé son siège épiscopal ni aucun moine, de son monastère, en accomplissement de ce que le prophète Muhammad leur avait fixé par écrit. Et sur tous les points contenus dans cet écrit jouieront à jamais189 la garantie dAllah et la garantie du prophète Muhammad, la paix soit sur lui ! Et à eux d'avoir de bonnes dispositions et de bien faire en ce qui leurs devoirs.
§ 546-La soumission dAylah.
L'expansion musulmane dépasse le cadre de l'Arabie du vivant même de Muhammad. Aylah correspondrait avec le site actuel de la ville israélienne d'Eilat, dans le golfe d'Aqaba.
(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).
Durant son séjour à Tabuk, vint le rencontrer Yuhanna ibn Rubah, chef dAylah, qui fit un accord, acceptant de payer pour chaque adulte de son territoire un dinar par an, soit 300 dinars en tout. Le prophète imposa comme condition quils fournissent le gîte et le couvert à ceux des musulmans qui passaient par là. Il écrivit un pacte selon lequel ils seraient saufs et protégés190 .
Lettre de Muhammad.
(ibn Sad, n° 45).191
Au nom dAllah, le clément, le miséricordieux.
A Mar Yuhannah192 ibn Rubah et aux chefs du peuple
Soyez en paix! Or, je vous mande les louanges dAllah hors duquel il n'y a point de dieu. Car, je n'ai pas été homme à vous combattre avant de vous avoir écrit. Soumets-toi donc ou acquittez la jizyah et obéis à Allah et à son envoyé et aux envoyés de son envoyé. Honore-les et vêts-les de vêtements convenables qui soient autre chose que des vêtements rêches193. Vêts Zayd de vêtements convenables194. Et quoi que mes envoyés acceptent, je l'accepterai. Et l'on connait la jizyah. Si donc vous désirez la sécurité sur terre et sur mer195 , tu devras obéir à Allah et à son envoyé. Et que vous soit interdite toute redevance, ayant appartenu jusqu'ici aux Arabes et aux non-Arabes, la redevance revenant à Allah et la redevance revenant à l'envoyé. Mais, si tu les renvoies sans les donner satisfaction, je n'accepterai de vous que combat. Je ferai alors les petits captifs, et ferai périr les adultes, car, je suis en droit l'apôtre d'Allah196.
Je crois en Allah et en ses livres et en ses envoyé et en le Messie fils de Marie qui est le Verbe dAllah197 que je crois être l'envoyé dAllah.
Or, viens avant qu'aucun mal ne vous touche198. En effet, je vous ai recommandés à mes envoyés, et remets à Harmalah trois charges d'orge. Car, Harmalah a intercédé pour vous. Quant à moi, sans Allah et cela199 je n'aurais pas correspondu avec vous autrement qu'en vous faisant voir l'armée. Si donc, vous vous soumettez à mes envoyés, Allah sera votre sauvegarde, ainsi que Muhammad et ceux qui sont siens.
Et mes envoyés sont: Shurahbil, Ubayy, Harmalah et Hurayth ibn Zayd des Banu Tayyi. Ceux-ci, quoi quils concluent avec toi, je laccepterai ; et sur vous iront la protection dAllah et la protection de Muhammad lapôtre d'Allah. La paix soit sur vous si vous obéissez. Envoyez les habitants de Maqna, tout équipés, dans leur pays.
§ 547-La soumission de Tabalah et Jurash.
(Baladuri, Livre des conquêtes XI 59).
Les populations de Tabalah et Jurash acceptent lislam sans résistance. Le prophète les épargna en échange de quoi ils sont devenus musulmans, imposant sur chaque adulte du peuple du Livre parmi eux un dinar de capitation200 , et exigeant deux quils fournissent aux pèlerins le gîte et le couvert. Abu Sufyan fut désigné gouverneur201 de Jurash202 par le prophète.203
§ 548-La soumission de Maqna.
Les juifs de Maqna et le cheval de Muhammad.
(Maqrizi I 469-70).204
Et Ubayd ibn Yasir ibn Numayr ainsi qu'un homme de la tribu de Judham se rendirent à Tabuk et se convertirent à l'islam. Le prophète octroya à ces deux hommes le quart de Maqna : de ce qui provient de la mer et des produits de ses dattiers, ainsi que le quart des quenouilles ; et il octroya à Ubayd ibn Yasir cent tresses, c'est-à-dire manteaux, puisqu'il était à cheval et l'homme de Judham à pied. Puis tous les deux se rendirent à Maqna, où il y avait des Juifs, qui s'occupaient de son cheval. Et il lui205 octroya soixante tresses de son cheval. Et Ubayd fit cadeau d'un cheval de race au prophète, appelé Murawih, en disant qu'il était gagnant de la course. Le prophète organisa une course hippique à Tabuk, et ce cheval l'emporta. Puis le prophète donna ce cheval à al Miqdad ibn Amir.
§ 549- Soumission de Hadas.
(ibn Sad, Tabaqat § 16).206
Muhammad écrivit à ceux de Hadas, qui devaient accepter lislam, faire la prière et donner laumône, la part207 dAllah et de lenvoyé d'Allah et quils devaient se déparer des idoles208 , et ainsi ils seraient assurés de la protection dAllah et de son envoyé. Celui qui quittait lislam, il perdait la protection de Allah et son envoyé.
(...)
Et celui qui voulait attester de sa soumission à lislam, il devait amener avec lui un musulman, pour être sur de la protection de Allah et son envoyé, et pour être sur de faire partie des musulmans.
§ 550- Lexpédition de Ussama ibn Zayd.
Elle est particulièrement bien connue à cause du contexte de Médine à la fin mai 632: Muhammad est déjà bien malade, et les troupes en profitent pour contester le choix du chef de lexpédition, Ussama, considéré comme trop jeune, exhalté, et métis de surcroît209. Lerreur a sans doute été de lui adjoindre les grognards de la vieille garde mohammédienne.
Le raid pénêtre profondément en Palestine byzantine210 , sans autre résultat quune accumulation de destructions, pieusement décrite. On peut encore la considérer comme un test des capacités de réactions des Byzantins.211
1-Les objectifs de la mission.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 338)
Le prophète fut informé qu'il y avait, à la frontière de Syrie, des mouvements et des rassemblements de troupes romaines. Malgré sa maladie, il donna l'ordre aux musulmans de se préparer pour aller en Syrie, et nomma Usama ibn Zayd, chef de l'expédition. Usama établit son camp aux portes de Médine, et tous firent leurs préparatifs.
(ibn Habib, Muhabbar, p. 125).212
En lan 9, (le prophète) envoya Usama ibn Zayd vers le Darum, en terre de Palestine, à la tête dune troupe. Il fit du butin et revint indemne.
Dawud Hadith.
(Jihad 83).213
... Usama ma rapporté que lenvoyé dAllah lui avait fait une injonction en disant:
-Attaque Ubna de bon matin et mets-y le feu.
(ibn Sad, Tabaqat IV 67).214
... Hisham ibn Urwa nous a rapporté ce qui suit: Mon père ma informé que lenvoyé dAllah confia le commandement à Usama ibn Zayd et lui ordonna dattaquer Ubna qui est du côté de la mer215.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 970).
Lapôtre d'Allah rentra et sarrêta à Médine pour le reste de dhul hijja, muharram et safar. Il ordonna que les gens fassent une expédition en Syrie et mit à sa tête Ussama ibn Zayd ibn Haritha, fils de son affranchi. Il lui ordonna de mener la cavalerie dans le territoire de Balqa et al Darun, en Palestine. Les hommes se tinrent prêts, et tous les premiers muhajirun partirent avec Ussama.
Le choix dUssama.
(ibn Taimiya, Traité de droit 8).
Pour des raisons analogues il choisit Usama ibn Zayd quand il s'agit de venger le père de ce dernier. Le prophète choisissait toujours un chef en considération de l'intérêt supérieur de la communauté, quand bien même ce chef devait-il avoir sous ses ordres des hommes qui le surpassaient par leur science ou par leur foi.
2-La contestation.
Elle est ouverte, alors quauparavant, elle couvait seulement. Une décision prophétique est contestée en public, ce qui est inouï, de la part de musulmans. Ils songent surtout à leur sécurité, et sur un plan strictement hiérarchique, ils refusent dobéir à un blanc-bec.
Mais la raison profonde au malaise est que le chef est affaibli, et quen labsence dinstitutions pérennes, son pouvoir est aussitôt contesté.
(Bukhari, Sahih 83/2,1).
Abdallah ibn Dinar rapporte quibn Omar a dit: lenvoyé d'Allah avait envoyé une expédition dont il avait donné le commandement à Usama ibn Zayd. Certains fidèles ayant critiqué cette nomination, lenvoyé d'Allah se leva et dit:
-Vous critiquez cette nomination comme vous aviez déjà critiqué celle de son père auparavant216 ; eh bien, par Allah, son père a été digne du commandement et il a été un des hommes que jai le plus aimé et celui-ci est un des hommes que jai le plus aimé après lui.
(Musa ibn Uqba 8).217
Des hommes contestaient le commandement dUsama, et lapôtre d'Allah sest levé et a dit:
-Si vous contestez le commandement dUsama, vous contestez aussi celui de son père. Par Allah, il était digne dêtre chef. Il était des hommes les plus chers pour moi, et Usama est le plus cher après lui. Alors traitez-le bien quand je ne serai plus, parce quil était le meilleur dentre vous.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1794-5).218
Lapôtre d'Allah ordonna à son peuple dentreprendre une expédition en Syrie. Il mit Ussama le fils de son affranchi Zayd à sa tête, avec ordre de conduire la cavalerie dans les territoires de al Balqa219 et al Darum220, en Palestine. Le peuple se tint prêt, et les premiers muhajirun faisaient partie de laffaire.
(...)
Les munafiqun critiquèrent le commandement dUssama alors le prophète les contredit, en affirmant quil était digne de commander, et quils avaient critiqué son père avant lui, alors que Zayd était digne de commander.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1006).
Les gens critiquaient le commandemant dUsama, en disant:
-Il a mis un jeune homme à la tête des meilleurs des muhajirun et des ansar.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 338)
Cependant les soldats murmuraient en disant :
-Il fait du fils de son affranchi, le chef des muhajirun, des Quraysh et des ansar221.
Le prophète, apprenant ces propos, dit:
-Il est digne du commandement. Lorsque j'ai placé son père Zayd ibn Haritha, à la tête de l'armée de Muta, on a tenu le même langage222 .
Quand Usama vint chez le prophète, celui-ci attira sur sa poitrine la tête de ce chef et lui dit:
-Ne t'afflige pas de ce que disent les hommes ; ils ont dit la même chose de ton père, et il était bien digne du commandement ; tu l'es pareillement.
Il lui donna des éloges et le combla d'honneurs. Usama se rendit au camp, et les soldats, après avoir terminé leurs préparatifs, y vinrent également.
(Bukhari, Sahih 64/42).
Lenvoyé d'Allah avait nommé Usama et un groupe de fidèles qui protestèrent contre cette désignation. Le prophète dit alors:
-Vous protestez contre cette nomination comme vous avez déjà protesté contre celle de son père autrefois. Eh bien! Jen jure par Allah, il est digne des fonctions qui lui ont été conférées, et si son père a été pour moi le plus cher des hommes, lui est pour moi le plus cher des hommes après son père.
(Bukhari, Sahih 85/31).223
Urwa rapporte que Aïsha a dit:
-L'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux, la face resplendissante de gaieté.
-Sais-tu bien, me dit-il, que Mujazziz vient de regarder tout à l'heure Zayd ibn Haritha et Usama ibn Zayd et il di :
-Voici des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.
Urwa rapporte que Aysha a dit:
-Un certain jour l'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux.
-Ô Aïsha, me dit-il, sais-tu bien que, Mujazziz al Mudliji vient de venir ; il a vu Usama et Zayd la tête couverte d'une pièce d'étoffe et laissant voir leurs pieds.
-Voici, a-t-il dit, des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.
3-Lexpédition.
( Dawud,Hadith Jihad/ 82).224
Lenvoyé dAllah ma ordonné - et cest la dernière recommandation quil ma faite- de presser la marche pour prévenir la diffusion de la nouvelle de mon arrivée, de lancer lattaque sans appeler à lislam225 , dincendier et de dévaster.
(Dawud, Hadith 19/ 3035).226
Il lança lattaque. Aucun chien navait aboyé, personne navait bougé et ne sétait aperçu de rien avant de voir les assaillants fondre sur eux au cri de :
-Ô toi qui est assisté (par Allah), donne la mort!
Il tua tous ceux qui lui apparaissaient, il fit captifs tous ceux quil put capturer ; il brula au feu leurs groupements, incendiant leurs maisons, leurs cultures et leurs palmiers, dont sélevèrent des nuages de fumée ; et il fit galoper les cavaliers dans les enclos et les pourtours de leurs demeures. Ils arrêtèrent là leurs poursuites. Semparant de tout ce qui était à leur portée, ils passèrent ce jour-là à mettre en ordre le butin quils avaient fait.227
(ibn Sad, Tabaqat II 237-8).228
Le premier jour du mois de rabi al akhar, à la 11ème année, Ussama partit et avança contre le peuple de Ubna, marchant pendant 20 nuits. Il les attaqua et leur mot dordre était alors Eh! Conquérants! frappez!"229 . Il tua ceux qui venaient à sa rencontre, asservissait ceux quil pouvait attraper, mit le feu à leurs navires, brûla leurs habitations, fermes, palmeraies. Il sempara de leurs chevaux dans les champs. Les musulmans arrêtèrent à un moment de piller tout le butin quils pouvaient. Ussama montait le cheval de son père, Sabhah. Il attaqua et tua le meurtrier de son père230 . Il fit de chaque cheval deux lots, dont un pour le propriétaire. Il prit sa part de cette façon. Le soir venant, il dit aux gens de partir. Ensuite, ils marchèrent plus vite et ils atteingirent Wadi al Qura en neuf nuits. Il envoya de bonnes nouvelles à Médine, informant de sa bonne situation. Il revient vers Médine, quil atteignit en 6 jours. Aucun musulman navait subi de pertes. Abu Bakr, les muhajirun et les Médinois sortirent pour laccueillir. Ils exprimèrent de la joie quant à sa sauvegarde. Il entra dans la ville sur le cheval Sabhah avec le drapeau porté avant lui par Burayda ibn Husayb. Il approcha de la mosquée, entra et fit deux prières avec des rakat. Il entra dans sa maison, pour finir.
§ 551-Lunion avec Mariyah.
Muhammad aurait reçu de la part de lévêque dAlexandrie une esclave chrétienne du nom de Marie, quil conserve comme concubine. Elle lui donnera un fils, Ibrahim, mort peu de temps après. La véracité de lépisode est largement douteuse. Mais il est problable que le chef a pu récupérer dun lot desclaves une chrétienne, pour son usage personnel. Qu'elle est été fécondée malgré elle est aussi très probable. Mais l'enfant -qui aurait pû modifier le cours de l'Histoire disparaît rapidement.
(ibn Sad, Tabaqat I 134-5).
Le messager d'Allah la logea - soit Mariayh la Copte 231 et sa soeur- avec Umm Sulaym bint Milhaan, et le messager d'Allah alla chez elle pour leur parler de l'islam. Il prit Mariyah comme concubine et il la déplaça vers une de ses propriétés à al Awaali. Ensuite, elle devint bonne musulmane.
(ibn Sad, Tabaqat I 151).
Il présenta au prophète Mariyah et sa soeur Sirin, un âne et une mûle blanche. L'apôtre d'Allah aimait bien Mariyah qui avait la peau blanche et des cheveux bouclés et qui était jolie. Alors il fit de Mariyah sa servante, et il l'envoya dans une de ses propriétés qu'il avait pris aux Banu Nadir.
Maria la Copte.
(ibn Sad, Tabaqat I 151).
Quand lapôtre d'Allah est revenu dHudaybiya, il a envoyé Hatib ibn Abu Balta à al Muqawqas le Copte, le seigneur dAlexandrie, et lui écrivit une lettre pour lappeler à se soumettre à lislam. Quand il lut la lettre, il lapprécia ; elle était scellée ; il la plaça dans une coupe divoire et la scella et la fit porter par un serviteur. Il écrivit ensuite une lettre en réponse, mais il ne se soumit pas à lislam. Il présenta au prophète Maria et sa soeur Sirin, un âne appelé Yafur et une mûle appelée Duldul232 qui était blanche, alors quaucune nétait blanche en Arabie à ce moment233 .
Ibrahim.
(ibn Sad, Tabaqat I 151-5)1 .
Lapôtre d'Allah appréciait Maria, qui avait une peau blanche, les cheveux bouclés, et qui était jolie. Lapôtre d'Allah lhébergea avec sa soeur chez Umm Sulaym bint Milhan. Il sy rendit et leur demanda de se soumettre à lislam et elles joignirent le chemin de lislam. Ensuite, il cohabita avec Maria, considérée comme servante, et lenvoya à al Aliya dans la propriété quil avait prise aux Banu Nadir ; là-bas, elle vivait lété. Elle vécut aussi à Khurafat al Nakhl. Il lui rendit visite à cet endroit et elle était fidèle à sa nouvelle foi. Il donna sa soeur Shirin à Hassan ibn Thabit, le poête. Elle lui donna un fils, Abd al Rahman ; et Maria apporta un enfant mâle à lapôtre d'Allah. Il lui donna le nom dIbrahim, et à loccasion de la cérémonie du septième jour, il sacrifia une chèvre, rasa sa tête, donna de largent par charité en poids égal à ses cheveux, pour les pauvres, et ordonna que ses cheveux soient enterrés, ce qui fut fait. Il lappela Ibrahim et sa nourrice était Salma, esclave affranchie du prophète. Elle était allée voir son époux, pour lui dire quelle attendait un enfant mâle. Alors Abu Rafi alla le dire à lapôtre d'Allah qui le félicita. Il lui offrit un esclave. Les femmes de lapôtre d'Allah se mirent à être jalouses et il leur était insupportable quelle ait pu lui donner un enfant mâle.
(...)
Quand Ibrahim est né, Gabriel est venu à lapôtre d'Allah, et a dit:
-La paix soit sur toi, Abu Ibrahim !
(...)
Lapôtre d'Allah est venu un matin et a dit:
-Un enfant mâle ma été apporté cette nuit, et je lai nommé daprès mon ancêtre Ibrahim.
(...)
Il y avait un troupeau de chèvres, propriété de lapôtre d'Allah, réservé à Ibrahim, et le lait des chamelles était aussi pour lui. Alors son corps et le corps de sa mère étaient beaux.
La mort dIbrahim.
(ibn Sad, Tabaqat I 156-164).
Le prophète a offert des prières funèbres pour son fils Ibrahim ibn al Qibtiya, qui est mort quand il avait 16 mois. Il a dit:
-Il y a une nourrice qui complètera son allaitement au paradis, et il est un fidèle.
(...)
Il a dit:
-Je ne sais pas si Ibrahim, en vie, serait devenu un vrai prophète.
(...)
En vérité, le prophète a dit 4 tekbir234 pour son fils Ibrahim.
(...)
Le soleil a connu une éclipse le jour de la mort dIbrahim.
(...)
Jétais présente à la mort dIbrahim, et jai remarqué que lapôtre d'Allah na pas interdit les pleurs quand ma soeur et moi nous avons pleuré, mais il nous a interdit de pleurer quand Ibrahim est mort. ibn Abbas235 la lavé alors que lapôtre d'Allah le bénissait, et al Abbas était assis. Ensuite, il a été emporté dans la tombe, et jai vu lapôtre d'Allah au bout de la tombe et al Abbas était à ses côtés.
(...)
Lapôtre d'Allah a dit:
-Si Ibrahim avait vécu, il aurait exempté tous les coptes de la capitation236 .
(Muslim, Sahih 43/4279).
... l'envoyé d'Allah dit à l'occasion de la naissance de son enfant :
-"Cette nuit-ci a connu la naissance de mon fils; je lui ai donné comme prénom celui de mon ancêtre Abraham".
Le prophète confia plus tard son fils à Umm Sayf, nourrice et épouse d'un forgeron, Abu Sayf. Il alla un jour le visiter et je l'accompagnai, dit Anas. Nous entrâmes chez Abu Sayf et le trouvâmes en train de souffler dans son instrument alors que la pièce était empestée de fumée. Je me précipitai vers l'homme, surpassant ainsi l'envoyé d'Allah .
- "Ô Abu Sayf, lui dis-je, arrête! L'envoyé d'Allah est venu!".
Abu Sayf cessa aussitôt de souffler. Le prophète demanda de voir l'enfant; il le prit, l'embrassa et lui chuchota quelques mots que Allah Seul sait. Et j'ai vu 'Ibrâhîm au moment où il rendait le dernier soupir entre les mains de son père, le prophète . Les yeux de celui-ci se mirent à répandre des larmes et il dit :
-"L'il verse des larmes et le cur est chagriné; mais nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur (point de contestation devant la volonté divine). Ô 'Ibrâhîm, par Allah, nous sommes affligés d'être séparés de toi!".
Le début de la guerre entre musulmans et chrétiens, par un historien anglais du XIXème siècle.
(E. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de lempire romain, tome X, livre 50).237
Lorsque Héraclius revint triomphant de la guerre de Perse. il recut à Émèse un des envoyés de Mahomet, qui invitait les princes et les nations de la terre à la profession de l'islamisme. Le fanatisme des Arabes a vu dans cet événement une preuve de la conversion secrète de cet empereur chrétien, la vanité des Grecs a supposé de son côté que le prince de Médine était venu en personne visiter l'empereur, et qu'il avait accepté de la munificence impériale un riche domaine et un sûr asile dans la province de Syrie ; mais l'amitié d'Héraclius et de Mahomet fut de courte durée : la nouvelle religion avait excité plutôt que diminué l'esprit de rapine des Sarrasins, et le meurtre d'un envoyé fournit une occasion honnête d'envahir avec trois mille soldats le territoire de la Palestine qui se prolonge à l'est du Jourdain. Zeid fut chargé de la sainte bannière ; et telle fut la discipline ou le fanatisme de la secte naissante, que les plus nobles chefs servirent volontiers sous l'esclave du prophète. Si Zeid venait à mourir, Jaafar et Abdallah devaient le remplacer successivement ; et s'ils périssaient tous les trois, les troupes étaient autorisées à choisir leur général. Ces trois généraux furent tués en effet à la bataille de Muta, c'est-à-dire à la première action de guerre où les musulmans mesurèrent leur valeur contre un ennemi étranger. Zeid tomba comme un soldat au premier rang: la mort de jaafar fut héroïque et mémorable ; ayant perdu la main droite, il saisit l'étendard de la gauche ; la gauche fut aussi coupée : alors il embrassa et retint la bannière avec ses deux poignets couverts de sang, jusquau moment où cinquante blessures honorables l'étendirent par terre. «Avancez. s'écria Abdallah qui alla le remplacer ; avancez avec confiance, la victoire ou le paradis est à nous. » La lance d'un Romain décida l'alternative ; mais Caled, le converti de La Mecque, s'empara du drapeau ; neuf glaives se brisèrent dans sa main, et sa valeur contint et repoussa les chrétiens supérieurs en nombre. On tint conseil dans le camp la nuit suivante, et il fut choisi pour général dans le combat qui eut lieu le lendemain ; son habileté assura aux Sarrasins la victoire ou du moins la retraite, et Caled a reçu de ses compatriotes et de ses ennemis le glorieux surnom de l'Epée de Dieu. Mahomet monta en chaire, et peignit avec un transport prophétique le bonheur des soldats qui avaient perdu la vie pour la cause de Dieu, mais en particulier il laissa voir les sentiments de la nature ; on le surprit pleurant sur la fin de Zeid. « Qu'est-ce que je vois? lui dit un de ses disciples étonné. -Vous voyez, lui répondit l'apôtre, un ami qui pleure la mort de son plus fidèle ami. » Après la conquête de La Mecque, le souverain de l'Arabie voulut avoir l'air de prévenir les hostilités d'Héraclius, et il proclama solennellement la guerre contre les Romains, sans essayer de déguiser les fatigues et les dangers de cette entreprise. Les musulmans étaient découragés ; ils observèrent qu'ils manquaient d'argent, de chevaux et de vivres ; ils objectèrent les travaux de la récolte et la chaleur de l'été. « renfer est beaucoup plus chaud, » leur dit le prophète indigné. Il ne daigna pas les contraindre au service ; mais, à son retour, il lança une excommunication de cinquante jours contre les plus coupables. Leur désertion servit à faire ressortir le mérite d'Abubeker, d'Othman et des fidèles serviteurs qui exposèrent leur vie et leur fortune. Dix nulle cavaliers et vingt mille fantassins suivirent l'étendard de Mahomet. La marche fut en effet très pénible ; aux tourments de la soif et de la fatigue se Joignit le souffle brûlant et pestilentiel des vents du désert : dix hommes montaient tour à tour le même chameau, et se trouvèrent réduits à l'humiliante nécessité de recourir, pour se désaltérer à l'urine de cet utile quadrupède. À la moitié du chemin, c'est-à-dire à dix Journées de Médine et de Damas, ils se reposèrent près du bocage et de la fontaine de Tabuc. Mahomet ne voulut pas aller plus avant, il se déclara satisfait des intentions pacifiques de l'empereur d'Orient, dont les préparatifs militaires l'avaient probablement effrayé ; mais l'intrépide Caled répandit la terreur de son nom aux environs des lieux qu'il parcourait, et le prophète reçut la sourmission des tribus et des villes, depuis l'Euphrate jusqu'à Allah, ville située à la pointe de la mer Rouge. Mahomet accorda sans peine à ses sujets chrétiens la sûreté de leurs personnes, la liberté de leur commerce, la propriété de leurs biens, et la permission d'exercer leur culte. La faiblesse des Arabes chrétiens les avait empêchés de s'opposer à son ambition ; les disciples de Jésus étaient chers à l'ennemi des juifs, et un conquérant avait intérêt de proposer une capitulation avantageuse à la religion la plus puissante de la terre.
Chapitre 98
Les prophètes arabes
Léradication des doctrines concurrentes
Lessor de lislam, dans lArabie du VIIème siècle, est assurément un phénomène historique unique, mais qui en laisse un autre dans lombre, celui des anti-prophètes, ceux qui contestent lunicité et l'originalité du projet musulman. La réussite remarquable de Muhammad ibn Abdallah a suscité des répliques, en dehors de lislam et peut-être déjà à lintérieur. Le sujet a été très peu abordé en Occident, à peu près inconnu238 . Il faut noter que les sources sont là encore musulmanes, donc très partiales et même caricaturales. En passant outre leur point de vue unilatéral et caricatural, il est possible démettre lidée que ces prophéties étaient de toute façon présentes, sur la scène arabe, avant même larrivée de Muhammad239. La répression de ces mouvements concurrents se fait de façon particulièrement brutale. Entre concurrents, il ny a pas de pitié quand on doit semparer dun marché porteur et Muhammad se révèle le plus violent et le plus retors d'entre eux.
§ 552-La mosquée de la nuisance.
Les sources musulmanes préfèrent donner des informations très superficielles sur cet incident curieux, qui a laissé des traces dans le Coran: la destruction par Muhammad dune mosquée dite de la nuisance240 , située à Qoba241, et la dispersion de ses fidèles. On ne saura sans doute jamais ce qui est advenu: hérésie, schisme, manichéisme242, rébellion ?
Les événements qui suivent la mort de Muhammad indiquent bien les dissensions hérétiques qui agitent déjà la communauté musulmane, et qui font de cet épisode la première hérésie de lislam. Derrière laffaire, on a suspecté linfluence dAbu Amir243 , un ermite chrétien de Médine, opposant de la première heure à Muhammad.
Il faut noter, sans trop sourire, que cest linventeur de lislam en personne, qui ordonne la première détruction de mosquée dans lHistoire.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 311).
Les munafiqun avaient construit près de la porte de Médine une mosquée pour pouvoir s'y réunir sous prétexte de prier, mais, en réalité, pour y délibérer et se communiquer leurs griefs. Ils avaient dit au prophète :
-Apôtre d'Allah, nous avons construit une mosquée à une extrémité de la ville, afin que les infirmes et tous ceux qui ne peuvent pas se rendre à la grande mosquée aient un lieu pour prier. Il peut arriver que quelqu'un se trouve malade, ou que la nuit soit obscure, ou qu'il tombe de la pluie et qu'il y ait de la boue ; dans ces cas, nous accomplirons notre prière dans cette mosquée. Viens-y prier, afin que ta bénédiction y reste attachée244.
Le prophète avait répondu:
-Ne soyez pas si pressés, attendez que je sois de retour de cette expédition.
Or, lorsqu'il revint et qu'il s'arrêta à la porte de Médine, les munafiqun vinrent lui demander de prier avec eux dans cette mosquée. Allah révéla les versets suivants :
Il y en a qui ont construit une mosquée pour te nuire et pour produire l'infidélité... N'y entre jamais ... 245
En conséquence, le prophète appela quelques-uns de ses compagnons et leur dit:
- Allez détruire cette mosquée ; brisez tout ce qui est pierre et maçonnerie, et brûlez tout ce qui est bois.
Ces hommes firent ainsi ; et le prophète rentra dans la ville. Les trois musulmans qui n'avaient pas suivi le prophète, Kab ibn Malik, Morara ibn Rabi, et Hilal ibn Omayya, se présentèrent devant le prophète. Celui-ci ne leur adressa pas la parole et défendit aux musulmans de leur parler.
Ces trois hommes demeurèrent ainsi interdits dans la ville pendant quarante jours. Enfin Allah exauça leurs prières et agréa leur repentir ; il révéla le verset suivant:
Il pardonna à ces trois qui étaient restés en arrière, etc246.
Le prophète les fit appeler et leur annonça que leur repentir était agréé.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 907).
Les douze hommes247 qui lavaient construit:
-Khidham ibn Khalid (sa maison ouvrait sur la mosquée).
-Thalaba ibn Hatib
-Muattib ibn Qushayr
-Abu Habiba ibn al Azar
-Abbab ibn Hunayf
-Jarmiya ibn Amir et ses deux fils Mujammi et Zayd
-Nabtal ibn al Harith
-Bahzaj
-Bijad ibn Othman
-Wadia ibn Thabit.
(Baladuri, Livre des conquêtes I 3).
La mosquée de Quba a été bâtie par Sad ibn Khaythamah et son site était une propriété de Labbah où elle gardait son âne. Les d |