Partie II


ARABESQUES

LES CIVILISATIONS ARABES








Que de cités nous avons fait périr parce qu’injustes,
sont aujourd’hui désertes bien que debout
1 !
Que de puits maçonnés,
que de palais puissants sont abandonnés !
(Mahomet, Coran 22/44)
2.



Si l’on admet que la civilisation est l’ensemble de ce qui caractérise et unifie une société humaine, celle des Arabes paraît tout à fait manifeste et caratéristique : le milieu naturel, la langue et les structures sociales en sont les bases. Elle ne ressemble donc à aucune autre et mérite d’être connue et reconnue.
L’oeuvre destructice du mouvement dirigé par Muhammad n’en a laissé que des ruines. Un effort de reconstitution et de réhabilitation s’impose donc avec urgence, celle des cultures précédant ce bouleversement.
Il n’est pas encore interdit de penser que l’oeuvre mohammédienne a été fondamentalement une tentative de destruction de la civilisation arabe, voire de la civilisation en général, c’est-à-dire l’expression supérieure de l’existence humaine en société, dont l'emblème est la ville.
En effet, l’islam des débuts ne s’est pas exprimé seulement en tant qu’anti-humanisme, en abaissant avec constance l’être humain, sa grandeur, son originalité et sa liberté : il a veillé à détruire aussi les traditions, les monuments, l’art sous toutes ses formes, la littérature, le fond légendaire, la morale bédouine, l’organisation sociale, tout ce qui constituait l’identité des populations précédentes. Le texte coranique regorge d’allusions aux disparitions de peuples anciens, menace les contemporains des mêmes destinées, et pousse même à la réalisation de ces sinistres desseins3.
Il suffit de remarquer que Muhammad n’a jamais fait construire aucun monument4, et n’a jamais projeté aucune réalisation artistique, poétique, littéraire. Il n’a pas encouragé l’activité économique, se contentant de parasiter le commerce arabe et l’agriculture des oasis. Il n’a créé aucune institution politique, se contentant d’imposer sa volonté.5
Tel n’était pas son rôle sur terre, et toujours selon lui, de constituer une nouvelle civilisation. C’était donc un projet de barbarie, dès le commencement.6


Chapitre 9


Les sociétés arabes




La société arabe sera vue à travers ses deux caractéristiques principales : le nomadisme7 et l’organisation tribale, et par un aspect toujours révélateur du stade de développement de la condition humaine et des communautés humaines : la place des femmes.

§ 29. — Les Nomades

C’est avant tout à travers le nomadisme que les habitants de l’Arabie sont perçus par les observateurs extérieurs : le nomade est l’Arabe par excellence8. Il s’agit d’un type de vie et d’un mode de subsistance imposé par les conditions naturelles. Le campement de tentes et le point d’eau semble donc les éléments essentiels de cette vie. Mais c’est une vue trompeuse, puisqu’une grande partie de la population vit dans des villes9. Et c’est dans les villes que se développera l’islam, et souvent contre les bédouins10. Muhammad lui-même n’a de cesse que de proférer critiques et menaces contre les « éleveurs de chameaux ».
De nos jours, les bédouins constituent toujours une population à part, aux croyances suspectes et hétérodoxes, que les régimes arabes actuels considèrent avec suspicion et respect.


(Jurjani, Livre des Définitions 185).11
al arabi.
Le bédouin arabe.
C’est un Arabe resté dans l’ignorance.12

1 — Les nomades dans la Bible

La présence arabe est périphérique, pour les Hébreux : ce sont des voisins proches par les coutumes et lointains par l’évolution historique, réelle ou mythique. Le Livre exprime au total un préjugé défavorable pour ces populations, ne serat-ce que par l’affaire d’Agar et Abraham.13

(Livre de Jérémie 3,2).
14
Tu t’asseyais pour eux le long des routes comme l’Arabe dans le désert.

(Livre d’Isaïe 13, 20).
L’Arabe n’y15 dressera pas sa tente, et les pasteurs n’y parqueront pas leurs troupeaux.

(Isaïe 31,13).
Oracle dans la steppe.
Dans les taillis, dans la steppe, vous passez la nuit, caravanes de Dédanites.16


2 — Le mode de vie des bédouins

Tous les sédentaires sont étonnés, attirés et repoussés par le modede vie nomade, qui s’oppose au leur en tout point, d’où de constantes confrontations.


La nourritude des nomades
(Pline, Histoire Naturelle 6, 161).17

… Les nomades vivent du lait et de la viande des animaux sauvages. Les autres tribus extraient du vin de leurs palmiers, comme font les Indiens, et font de l’huile avec du sésame.

(Ammien Marcellin, Histoire XIV 2 et 6).18

Ce texte est révélateur des préjugés que les sédentaires peuvent concevoir à l’égard des nomades. L’auteur est syrien d’origine et a combattu dans l’armée romaine en Orient : les bédouins sont pour lui avant tout des adversaires redoutés.

Nul parmi eux ne met jamais la main au manche de la charrue, ne cultive un arbre ou ne demande sa nourriture au travail de la terre, mais ils vont toujours à l'aventure, à travers les immensités, sans foyer, sans demeures fixes et sans lois. Ils ne supportent pas longtemps le même ciel et ne se plaisent jamais au soleil d'une seule contrée.
Tous ces peuples se nourrissent de gibier, de lait en grande quantité, qui est leur principal aliment, de plantes de toute sorte et des oiseaux qu'ils réussissent à prendre à la chasse. La plupart de ceux que nous avons vus ignoraient totalement l'usage du blé et du vin.

(ibn Khaldun, Muqaddima I 2).19
Les différentes façons de vivre sont le résultat des différentes façons d’obtenir la nourriture. Il y en a deux façons : hadr20 et badw. (...) La population de badw21 a adopté un mode de vie naturelle : l’agriculture et l’élevage. Parmi eux se trouvent des gens qui labourent le sol et sont sédentaires. Ils vivent en petites communautés, villages et régions montagneuses. Leurs habitations sont des tentes en poil et laine, ou des maisons de terre, de bois , de pierre. (...) Les gens de badw n’ont pas de murailles, pas de protecteurs et transportent leurs propres armes.
Les Arabes sont les plus proches de la nature et ont le plus fort des respects pour les liens du sang, parce que les conditions de vie sont les pires.

Poésie sur une tente
(Kitap al Aghani XV 341).
22
Abd al Mâlîk ibn Marwân demandait à son fils et à ses proches :
-Quelle tente fut jamais dressée par les Arabes pour un groupe humain et décrite en plus noble alignement, capacité et construction  ?
Les assistants bafouillèrent longtemps, jusqu'à ce qu'il leur citât ces vers d'al-Tufayl :
Ô tente : les vents soufflent sur ses alvéoles d'un libre espace
que nulle porte ne vient occulter de vieux tissus ornés la plafonnent, sa dorsale est de cotonnade serrée
ses cordages :
les brides frontales de chevaux qui chargeraient, reviendraient à la charge, robes rases, pareils au cœur d'un spathe de palmier.
Je la plantai sur un peuple dont les lances puisent aux veines d'adversaires novices ou confirmés.


(ibn Hauqal, Configuration de la Terre 32-3).23
Entre ce point, le territoire de Juhayna et le reste du littoral se trouve le domaine des Banu Hasan qui demeurent dans des tentes de poil ; il y a environ sept cents tentes, Ce sont des Arabes nomades, qui utilisent au mieux paturages et les points d'eau : ils ont toutes les apparences des bédouins ne s'en distinguant ni par leur costume ni par leur moeurs ; leur territoire touche du côté de l'est au Wadi Waddan, à une étape de Jufha, et à six milles d'Abwa, sur la route du pèlerinage à milles à l'ouest. Dans ce lieu se trouve le chef des Banu Ja'far, descendants de Ja'far ibn Abu Talib ; il possède à Fur et à Sabira de nombreuses propriétés rurales, un groupe familial et des clients. Entre eux et les descendants de Hasan ibn Ali ibn Abu Talib il y a des conflits sanglants : c'est au point qu'un parti de Yéménites appelés les Banu Harb se sont emparés de leurs domaines et sont devenus les alliés des uns et les adversaires des autres, et ces luttes intestines les ont affaiblis.


3 — Muhammad contre les bédouins


Muhammad n’a aucune confiance dans les populations nomades, qui semblent l’assister dans ses raids dans le seul but de récupérer le butin. Il les montre comme particulièrement peu intéressés par les questions religieuses et militaires, et rechignent à abandonner si facilement leur indépendance. Il sont trop l’habitude de s’user à survivre pour s’adonner aux facilités mohammédiennes.24
C’est pour ces raisons que le texte du Coran recèle de nombreux passages particulièrement agressifs à l’encontre de ces gens, considérés comme des ingrats.
Après 632, la « Grande apostasie »25 est avant tout la révolte de tous les bédouins d’Arabie, qui décide de se débarasser de cette inutile et absurde chappe de plomb.


Les bédouins chez eux.
(Mahomet, Coran 33/ 20).26

Ces gens comptent que les factions ne sont pas parties27 et si les factions viennent, ils aimeraient se retirer au désert, avec les bédouins...

Les bédouins et leur tribu.
(Mahomet, Coran 48/11).

Ceux des bédouins laissés en arrière te diront :
-Nos biens et nos familles nous ont préoccupés et nous ont empêchés de te suivre.
Pardonne-nous !28

La valeur militaire des bédouins.
(Mahomet, Coran 48/16).

Dis à ceux des bédouins laissés en arrière : vous êtes appelés contre un peuple plein d’une redoutable vaillance.29
Ou bien vous les combattez ou bien ils se convertiront à l’islam.
Si vous obéissez, Allah vous donnera une belle rétribution, alors que si vous lui tournez le dons, comme vous avez tourné le dos antérieurement, il vous infligera un tourment cruel.

Le bonheur d'être bédouin
(Mahomet, Coran 16/82-3).

Allah vous a procuré, dans vos tentes, un lieu habitable.30
Il vous a procuré, dans la peau de vos troupeaux des tentes que vous trouvez légères le jour où vous vous déplacez ou le jour où vous vous fixez.
Il vous a procuré, dans leur laine, leur poil ou leur crin des effets et des objets d’une certaine durée.
De ce qu’il a créé, Allah vous a procuré une ombre.31

Les bédouins pires que tout
(ibn Kathir, Tafsir 9).

Les bédouins sont les pires dans l’incroyance et l’hypocrisie.
Allah déclare qu’il y a des incroyants, des hypocrites et des croyants parmi les bédouins. Il dit aussi que l’incroyance et l’hypocrisie des bédouins est pire encore que l’incroyance et l’hypocrisie des autres. Ils sont les plus à même d’être ignorants des ordres qu’Allah a révélés à son messager.


Sociologie rudimentaire du nomadisme
(Bukhari, Sahih 61/2, 2).
32
Abu Masud rapporte, en faisant remonter la tradition au prophète33 , que celui-ci a dit :
-De là viendront les troubles - et, ce disant, il désignait l'Orient - (c'est-à-dire) la perversité et la dureté des coeurs parmi les braillards nomades qui arriveront à la queue de leurs chameaux et de leurs bœufs dans les tribus de Rabia et de Mudar.


§ 30. — Les tribus arabes

La tribu34 est l’unité sociale de base en Arabie centrale 35, dans laquelle tout individu est forcément intégré, par filiation36 , clientèlisme37 ou alliance38. Il existe aussi une subdivision par clans39 et familles40 ainsi qu' une superstructure confédérale. L’unité de base est matérialisée par la tente, dont le chef est le rabb41 ou le Nagid. Au-delà, le groupe obéit à un chef : « Sayyid »42 ou « Sheikh »43. Parfois de vastes mais éphémères confédérations apparaissent, dominées par des rois44.
Le contribule45 Muhammad, qui s’est exclu de sa tribu46 , aura pour but de détruire cette structure pour la remplacer par le notion de communauté47, d’abord par son activisme à la Mecque, puis par la prise du pouvoir à Yathrib. Sa tribu d’origine lui reproche souvent d’avoir créé la discorde dans la société, pendant la période mecquoise48. L’Hégire est elle-même un mouvement de rupture tribale, un schisme banal qui aurait dû rester local.
Les textes suivants doivent évoquer les notions qui structurent ces sociétés, dont les exigences morales sont élevées. Ils doivent aussi donner la mesure de la transformation radicale, révolutionnaire, que ces groupes humains ont subie avec l’islam.

Qu'est ce que Saba ?49
(ibn Sa’d, Tabaqat I 36).

Un homme demanda :Qu’est ce que Saba ?
Le prophète a répondu : Ni une terre ni une femme, mais un homme, l’ancêtre des dix tribus arabes dont 6 sont au Yémen et 4 en Syrie. Celles de Syrie sont les Lakhm, Judham, Ghassan, Amila et celles du Yémen, les Azd, Kinda, Himyar, al Asharun, Anmar et Mudhij.
L’homme a demandé : Qui sont des Anmar ?
-Ceux dont les sous-tribus sont les Khatam et les Bajila.


(Maqrizi, Livre du contentieux 143-6).50
La nation entière des Arabes peut être considérée comme étant divisée en 6 catégories51 : les peuples52, tribus53, alliances54, clans55 , fratries56 , groupes de familles57.
(...)
Le shuub est le pluriel de shab. On dit que c’est un grand groupe tribal58, comme Rabia et Mudar, et les al Aws et les Khazraj.
(...)
Qabayl est le pluriel de qabila. C’est un peuple qui est constitué des descendants d’un même ancêtre. C’est une plus petite unité que les peuples, comme Badr fait partie de Rabia... le mot est dérivé de « branche » ou de « crâne » parce qu’il est constitué de 4 parties.
(...)
De cette façon, on considère Kinana comme une qabila59, Quraysh comme une imara60, Qussay comme une batn61, Hashim comme une fakhidh62, et les fils d’al Abbas comme une fasila63.


1 — L’organisation et la morale tribales

La dureté des conditions de vie impose un cadre social rigide et efficace qui entoure et soumet l'individu, tout en favorisant la notion de solidarité. Ceci se trouve en constante contradiction avec l'idéal individualiste du bédoin et son idéal de survie solitaire dans le désert, comme ultime épreuve à sa valeur. L'esprit tribal survie largement, et même prospère après l'imposition de l'islam.

La protection du clan64
(Mahomet, Coran 96/15-6).

Qu’il prenne garde65 ! S’il ne s’arrête, en vérité, nous le traînerons en enfer par le toupet du front, toupet menteur et pécheur66 !
Qu’il appelle son clan ! Nous appellerons les archanges67.

(Tabari, Tafsir de la Fatiha68 1,1).
Les Arabes nomment quelqu’un qui est obéi un sayyid, c’est-à-dire un maître, un chef ou un prince : rabb : seigneur.
Egalement Rabb un homme qui arrange ou améliore une affaire.
Quelqu’un qui possède une chose et qui en est maître69 est aussi le Rabb de cette chose.

Société pastorale
(Bukhari, Sahih 67/90).

… le prophète a dit :
-Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Le prince est un berger ; l’homme est un berger vis-à-vis de ceux qui sont sous son toit ; la femme est une bergère pour la maison de son mari. Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau.

Fierté, honneur, solidarité
(Labid ibn Rabia, Muallaqat).70

Nous sommes d'une tribu à laquelle ses pères ont imposé comme une loi de faire moisson de hauts faits.
À chaque clan sa règle, et dans chacun est un homme qui veille à la faire respecter.
Notre honneur n'est souillé d'aucune tache et nos actes sont purs car nulle passion ne les habite.
N'exige pas plus que ce que le seigneur t'a donné en partage71 ; à chacun son lot.
Si les tribus pouvaient répartir entre elles la loyauté, c'est la nôtre qui en aurait la meilleure part.
El Illah72 , pour nous, a dressé une demeure sublime pétrie de noblesse et de gloire, à laquelle tous les nôtres aspirent.
Quand la tribu est en danger, ils s'élancent pour la défendre, eux, ses preux et ses arbitres.
Ils sont un printemps pour ceux qu'îls protègent et pour les veuves aussi, quand l'année leur est dure et cruelle.
Ils sont une tribu que n'atteignent ni les calomnies ni les injures des envieux et des ennemis.

La persistance du sentiment tribal.73
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1423).74
Il y avait parmi eux un étranger, dont les origines étaient inconnues, appelé Quzman75. Quand les gens mentionnaient son nom, le messager d’Allah disait :
-C’est quelqu’un du peuple de l’enfer
Le jour d’Ohod, il combattit durement, tuant neuf ou huit polythéistes de sa propre main, brave, courageux, redoutable. A la fin, il fut empêché de continuer à cause de ses blessures et emmené au camp des Banu Zafar. Des musulmans lui dirent :
-Tu as combattu vaillamment aujourd’hui, Quzman, réjouis-toi !
-Me réjouir de quoi ? Par Allah, je n’ai combattu que pour l’honneur de mon peuple ; je n’ai pas combattu pour autre chose.
Quand la douleur fut trop forte, il prit une flèche de son carquois, se trancha les poignets, et se vida de son sang76.
Le messager d’Allah apprit cela et dit :
-J’atteste que je suis vraiment le messager d’Allah.

Le désespoir d’un vieux juif.77
(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 685).78

Thabit vint vers lui (il était alors un vieil homme) et demanda s’il le connaisait, ce à quoi il répondit :
-Un homme comme moi reconnaîtrait-il un homme comme toi ?
-Je voudrais te rendre un bienfait que tu m’as octroyé autrefois.
-Le noble rend au noble.
Thabit se rendit auprès de l’apôtre et lui dit que al Zabir avait épargné sa vie autrefois et qu’il voulait le lui rendre ce bienfait, alors l’apôtre dit que sa vie serait épargnée.
Il revint lui annoncer que l’apôtre avait épargné sa vie, et celui-ci déclara :
-Que peut faire de sa vie un vieil homme sans famille et sans enfants ?
Thabit retourna vers l’apôtre, qui promit de lui rendre femme et enfants. Quand il le sut, il dit :
-Comment un foyer peut vivre dans le Hedjaz79 sans biens ?
Thabit s’assura que l’apôtre avait promis que ses biens lui seraient rendus et revint lui dire. Il lui répondit :
-Ô Thabit, qu’est devenu celui dont le visage était comme un miroir de Chine dans lequel les vierges de la tribu voulaient se voir, Kab ibn Asad ?
-Tué.
-Et le prince du désert et de la steppe, Huyayy ibn Akhtab ?
-Tué.
-Et celui de notre avant-garde dans l’attaque et de l’arrière-garde dans la fuite, Azzal ibn Samawal ?
-Tué.
-Et celui de nos deux assemblées ? en voulant parler de ibn Kab ibn Qurayza et ibn Amir ibn Qurayza.
-Tués.
-Alors je te demande, Thabit, par le service que tu me dois, de me faire rejoindre ceux de mon peuple, parce que maintenant la vie n’apporte plus de joie puisqu’ils sont morts et je ne veux plus supporter de vivre encore un instant de plus sans rencontrer ceux que j’aimais.
Alors Thabit se leva et lui trancha la tête.

2— Les relations inter-tribales

L’histoire des tribus est ponctuée de guerres interminables et discontinues, dans lesquelles la volonté de gloire des « chevaliers80  » de la tribu peut exprimer leur esprit batailleur.
En parallèle, des efforts sont faits pour régler les conflits, construire des solidarités utiles et même des confédérations plus vastes. Le but ultime de cette activité politique est la résistance face aux intrusions étrangères, fréquentes aux siècles précédents81.

Les petites guerres.
(Al Harith ibn Hilliza, Muallaqât
).82
Nous sommes les oncles maternels de Amir fils d'Umm Unas,
Ce qui nous donne le privilège de lui prodiguer des conseils.
Abandonnez donc cet orgueil qui vous aveugle et ne peut qu'entraîner votre perte.
Rappelez-vous notre pacte de Dhu1 Majaz83 et les gages et garanties offerts alors,
Pour éviter qu'aucune de nos tribus ne commette une quelconque injustice.
La passion qui vous égare ne saurait faire fi de ce que contiennent les parchemins.
Sachez que vous et nous sommes à égalité en vertu des clauses fixées ce jour-là.
Injustement, vous nous avez fait porter le péché d'autrui, comme ces gazelles que l'on immole à la place des moutons.
Si les Kinda84 vous ont attaqués et pillés, est-ce à nous de payer pour eux ?
Pourquoi devrait-on faire peser sur nous le poids du massacre fait par les Iyyad, comme on ferait ployer des chameaux sous de lourdes charges ?
Tous ces hommes tués ne sont pas des nôtres, pas plus que Qays, Jandal et El Hadda.
En quoi serions-nous responsables des actes des Banu Atiq, nous qui, malgré votre perfidie, n'avons rien à nous reprocher à votre égard ?
Quatre-vingts Tamim85 vous ont attaqués, qui brandissaient des lances dont les fers portaient la mort.
Ils vous ont taillés en pièces puis sont rentrés chez eux, en traînant, derrière eux, un immense troupeau dans un vacarme assourdissant.
Doit-on nous imputer les crimes commis par les Banu Hanifa ou les brigands faméliques des Muharib ?
Sommes-nous responsables du carnage fait par les Khuzaa86  ? Nous n'y sommes pour rien.
Puis ils étaient allés réclamer leurs troupeaux et revinrent sans avoir obtenu ne serait-ce qu'une brebis.
Anéantis par le malheur, ils n'avaient même pas pu assouvir leur soif de vengeance.
Après quoi, des cavaliers d'El Ghallaq avaient fondu sur vous sans pitié, ne faisant nul quartier.

Les tribus et les confédérations.
(Mahomet, Coran 49/13).

Hommes !
Nous vous avons créé à partir d’un homme et d’une femelle et nous vous avons constitués en confédérations et en tribus, pour que vous vous connaissiez.

Un chevalier « idiot ».
(Kitap al Aghani XV 200-1).87

On place Amir ibn Madikarib, chevalier du Yémen, encore au dessus de Zayd aux cavales pour la force et le courage.
'Alî ibn Muhammad al-Madaynî rapporte, d'après Zayd ibn Quhayf al-Kilabi :
J'ai entendu des cheikhs prétendre qu'on l'avait surnommé « l'Idiot des Banu Zubayd« . Il était en effet revenu à ces derniers que les Khutham avaient sur eux des intentions hostiles. Ils se préparèrent à les recevoir. Amr les rassembla. Il entra chez sa sœur.
-Donne-moi à manger jusqu'à me rassasier; je pars demain en expédition.
Le père survenant, et la fille l'ayant informé, « Cet idiot », s'exclama-t-il, parle donc ainsi  ?
- Oui.
- Eh bien ! Demande-lui ce qui peut le rassasier.
Elle l'interrogea.
- Un boisseau de mil et une chèvre de quatre ans.
Le boisseau, à cette époque, contenait trois mesures. Le père en apprêta cette quantité, égorgea la chèvre, fit le repas. L'hôte s'assit et nettoya le tout.
Le lendemain, les Khutham arrivèrent. Le choc se produisit. Amir paya de sa personne. Chaque fois qu'il levait la tête, il voyait dressé l'étendard de son père. Soudain, la relevant après l'avoir baissée, il ne le vit plus. Il se dressa comme un chêne en feu. Ralliant son père en pleine déroute :
-Descends de ton cheval, lui dit-il, la journée n'est pas juste.
- Je te le confierais, l'Idiot  ?
Et les Banu Zubayd de crier au père :
-Laisse-le faire à sa guise. S'il est tué, tu n'auras plus à l'entretenir. S'il vit, cela tourne à ton avantage.
Le père lui lança ses armes.
Amir enfourcha la bête et attaqua en personne les Khutham avec tant de fougue qu'il sortit sur leurs arrières, puis revint à la charge, et cela à plusieurs reprises. A leur tour les Banu Zubayd se ruèrent. Enfin les Khutham furent défaits et domptés. Et de ce jour on appela l'Idiot « le Chevalier des Zubayd« .

Un chevalier rapide.
(Kitap al Aghani XIII 233-4).88

Selon une information de Muhammad ibn al-Hasan, à lui venue de Awf ibn al-Hârith al-Azdi par trois relais :
Awf demanda à son fils Hâjiz :
-Dis-moi, fils, quand as-tu couru le plus vite  ?
- Le jour où les Khatham m'ont terrorisé et que je me suis lancé par élans successifs. Et quand les chevaux m'ont fait peur : deux gazelles m'encombraient; en vain les repoussais-je avec les deux mains de ma route, elles m'empêchaient de les gagner à la course tant la sente était étroite, cela jusqu'à ce qu'elle s'élargît; alors nous fûmes au large, et je pus les devancer.
-Y en a-t-il un autre qui t'égale à la course  ?
-Je n'ai vu personne le faire, sauf Ataylis Ughaybir des Nuqûm. Si nous courons ensemble, je ne puis le gagner.

(Bukhari Sahih 2/40).
D'après Abu Jamra : Je fréquentais ibn Abbàs et Il me faisait asseoir sur sa propre banquette. Un jour, il me dit : Demeure avec moi, je t’assignerai une part de mon bien. Il y avait deux mois que je restais chez lui lorsqu'il me dit : Quand une députation des Abd al Qays vint trouver le prophète, celui-ci demanda :
- Qui sont ces gens ? ou -Quelle est cette députation ?
- Nous sommes des gens de Rabî'a.
- Qu'ils soient les bienvenus ! s'écria le prophète, les gens - ou les députés - qui viennent sans y être contraints et sans regrets.
-Envoyé d'Allah ! répondirent-ils, il nous est impossible de venir vers toi excepté durant un mois sacré, parce que entre toi et nous se trouve cette tribu de mécréants de la race de Mudar !

La résistance tribale à l’autorité
(Vie d’Imrul Qays)89

Dans la suite, il leur envoya son receveur, chargé de percevoir leur contribution ; mais ils la refusèrent, et cela dans un temps où Hudjr était à Tihama ; de plus, ils maltraitèrent ses envoyés et les chassèrent en usant de violence et en les accablant d'insultes. A cette nouvelle, Hudjr marcha contre eux avec une armée composée en partie des troupes de la tribu de Rabia, et en partie d'un détachement des forces que son frère tirait des tribus de Qays et de Kinana. En arrivant, chez eux, il se saisit de leurs chefs et fit périr plusieurs individus de la tribu à coups de bâton : de là vient qu'on les a nommés les esclaves du bâton. Il livra aussi leurs biens au pillage, et les força d'émigrer à Tihama, jurant de ne leur jamais permettre d'habiter le même pays que lui. Il retint prisonnier un de leurs chefs nommé Amir al Asadi ibn Masawd, fils de Kaleda ibn Fazara, et le poête Obayd ibn al Abras.

Nobles bédouins
(Kitap al Aghani XIX 196-200).
90
Abû Ubayda disait, d'après Abû Amr ibn al Alâ, ceci :
Les Arabes énuméraient ainsi les souches réputées pour la grandeur et la noblesse, 91 , après celle de Hâchim ibn Abd Manâf chez les Quraysh. Selon certains il y en avait trois, selon d'autres quatre :
1) les Al Hudhayfa ibn Badr al-Fazârî, de Qays.
2) les Al Zurâra ibn 'Udas al-Dârimiyîn, de Tamîm.
3) les Al Dhûl-Jaddayn ibn 'Abdallah ibn Hummâm, de Shaybân.
4) enfin les Banu-Dayyân ibn Banil-Hârith ibn Ka'b, du Yémen.
Quant aux Kinda, ils n'entraient pas dans le classement par souches : c'étaient des rois.
Selon ibn al-Kalbi, Chosroês demanda à Nu'mân s'il y avait parmi les Arabes des tribus plus nobles que d'autres.
-Oui, lui répondit le dynaste de Hira.
Il fallait qu'elles comportassent trois générations continues de chefferie, cela se complétant par l'excellence de la quatrième, et la famille en question se trouvant dans ladite tribu.
-Vérifie-moi [cette règle], demanda Khosroês.
On ne trouva [répondant à ces conditions] que :
- les Al Hudhayfa de Qays.
- les Al Hâjib de Tamîm.
- les Al Dhûl-Jaddayn de Shaybân.
et les Al al-Ash'ath ibn Qays de Kinda.
Le roi rassembla ces familles ainsi que leurs vassaux et leur constitua de justes arbitres. Chacun vint avec son aède. Il leur dit :
-Que chacun de vous célèbre les exploits de sa gent et son histoire. Que leur poète déclame, et s'en tienne à la vérité.
Hudhayfa ibn Badr, de Qays, se leva. C'était le plus âgé et le plus audacieux de sa tribu. Ma'add sait bien qu'à nous viennent la plus antique noblesse, la puissance suprême, la geste la plus généreuse.
- Pourquoi dire cela, homme des Fazâra  ?
- Ne sommes-nous pas les appuis qui ne rompent, la puissance qui ne périclite  ?
- Mais oui.
Alors un autre de leurs poètes se leva et déclama. Puis se leva al Ashath ibn Qays. On lui avait donné licence, avant Rabia et Tamim, du fait de sa parenté avec le roi Numan.

Une tentative royale d’unification.
(Inscription du tombeau du « Roi de tous les Arabes »92 en 328 après J.-C).93
Ceci est le tombeau d’Imru al Qays, fils d’Amir, roi de tous les Arabes, celui ceignit le diadème, qui soumit les Banu Asad94 et la tribu des Nizar et leurs rois, qui mit en déroute 95 jusqu’à ce jour, qui alla frapper Najran, ville de Shamir, qui soumit la tribu de Maadd, qui répartit entre ses fils les tribus et les départagea entre les Perses et les Romains. Aucun roi n’a atteint sa gloire jusque là... Il est mort en l’an 223, le septième jour de keskul.
Que le bonheur soit sur sa postérité.

3— Les vendettas

C’est le ressort de nombreux affrontements entre bédouins : la vengeance96 est alors une véritable institution, codifée97 , transmise, chantée. Elle subsiste avec l’islam et se superpose souvent au jihad. Muhammad, par l’invention de ce dernier, tente de créer un dérivatif à la violence interne à la société bédouine.

(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 802).

.… alors98, les Banu Bakr ibn Abdu Manat ibn Kinana ont attaqué les Khuzaa99 tandis qu’ils étaient installés près d’un puit appartenant aux leurs dans la partie basse de la Mecque, un endroit appelé al Watir. La cause de leur querelle était qu’un homme des Banu al Hadrami appelé Malik ibn Abbad - les Hadrami étant à ce moment alliés des al Aswad ibn Razn - était pati pour un voyage commercial ; et quand il a atteint le coeur du pays des Khuzaa, ils l’ont attaqué et tué, et pris ses biens. Alors les Banu Bakr ont attaqué un homme des Khuzaa et l’ont tué ; et juste avant l’islam, les Khuzaa ont attaqués les fils des al Aswad ibn Razn al Dili, qui étaient les chefs principaux des Banu Kinana - Salma, Kulthum et Dhuayb - et les ont tués à Arafa aux limites de l’aire sacrée100.

(Tabari, Tafsir 4/33).
Dans la jahiliyya, il arrivait qu’un homme s’engageât à l’égard d’un autre en lui disant : ton sang est le mien, tu hériteras de moi et j’hériterai de toi, tu me vengeras et je te vengerai.

(Diwan de Aws ibn Hajar 14).101
J'ai appris que les Banu Sulaym ont emporté dans leurs tentes la vie et l'âme d'al Mundir. C'est un triste cadeau qu'a fait là Samir ibn Amir à son peuple, du moment qu'il était à portée de ta vue et de ton oreille.
Murara ibn Sulami a prétendu qu'il était le maître, qu'il était le protecteur des ramasseurs de dattes contre les gens d'al Mundir.
Et il a défendu les plaines et les hauteurs de la Yamama102 contre tout porteur de tiare, riche de gloire103.
Si l'opinion que j'ai du fils de Hind
104 est exacte ils ne verseront pas cet acte dans l'outre large,
Avant que leurs palmiers et leurs terres de culture ne soient enveloppées d'une flamme semblable au toupet de l'étalon alezan105.


(Poème de Slamah ibn al Jandal).106
Quand vous partez le matin rejoindre votre terre, Banu Amir, munissez vous bien de cordes pour pendre !
Les Banu Dhubyan, sachez-le bien, sont là où vous les avez trouvés la dernière fois,
dans le fond de la vallée d’al Batil, certains dans les pâturages, d’autres dans les villages.
Ils bloquent les portes de leurs tentes de seigneurs avec des coursiers bien entraînés,
retenus par des cordes à des piquets dans leurs enclos,
qui contiennent aussi des chamelles prêtes à donner du lait.
Ils sont un puissant défi !


4— Le malthusianisme tribal.107


La tribu est un petit groupe humain en équilibre fragile avec son environnement : il pratique donc un contrôle strict des naissances, par tous les moyens, y compris par le meurtre des enfants, surtout les filles108.
Muhammad, en élargissant brutalement le groupe à l’Umma, en développant la polygamie109 , et surtout autorisant le pillage à l’extérieur du groupe,
rompt avec cette tradition. Il prône au contraire une politique ultra-nataliste, ouvertement conçue comme un instrument de conquête.

(Mahomet, Coran 17/32-3).
Ton seigneur dispense et mesure son attribution à qui il veut.
Il est très informé et clairvoyant sur ses serviteurs.
Ne tuez pas vos enfants de crainte du dénuement !
Nous, nous leur attribuerons ainsi qu’à vous le nécessaire110 : les tuer est une grande faute111.

(Mahomet, Coran 16/59-61).
Ils donnent leurs filles à Allah - gloire à lui - alors qu’ils ont des fils qu’ils désirent et que, lorsqu’on annonce à l’un d’eux une femelle, son visage s’assombrit.
Suffoqué, il se dérobe aux siens par honte de ce qui lui est annoncé, se demandant s’il conservera cette enfant pour son déshonneur ou s’il l’enfouira dans la poussière.
Ô combien détestable est ce qu’ils jugent.

(Inscription de Matira au Yémen).112
Qu’il soit interdit à la cité de Matirat d’intenter tout procès sans l’ordre et la permission des Banu Sukhaym, et interdit de donner en mariage une fille de la cité de Matirat, en tout lieu et cité autre que la cité de Matirat, et interdit de tuer sa fille à toute la tribu Dhu Matira.

(Bukhari, Sahih 78/634).113
L’apôtre d’Allah a dit : Sulayman114 a dit ‘Cette nuit, je coucherai avec quatre-vingt dix femmes qui me donneront autant de cavaliers combattant pour la cause d’Allah’.
Puis son compagnon lui dit ‘Dis : si Allah le veut !’.
Mais il ne le dit pas.
Sulaymân coucha avec toutes les femmes, mais aucune ne devint enceinte, sauf une, qui donna naissance à une moitié d’homme …
Si Sulaymân avait dit ‘Si Allah le veut’, ces femmes seraient tombées enceintes et les fils auraient combattu pour la cause d’Allah.115

5 — La référence ancestrale

Chaque tribu s’est créé une origine mythique, par un ancêtre fondateur éponyme, comme dans toute société primitive. Les ancêtres suivants ne font qu’ajouter leur renommée personnelle à la gloire du groupe116. Muhammad cherche à briser ce cadre traditionnel, pour lui substituer celui de la communauté musulmane117. Il rejette donc les références aux ancêtres118, notamment en leur substituant les figures tout aussi mythiques des prophètes juifs et arabes.


La communauté des anciens
(Mahomet, Coran 43/22).

Ils disent seulement :
- Nous avons trouvé nos pères en une communauté et nous suivons leurs traces.

La trace des ancêtres
(Mahomet, Coran 37/67-70).

En vérité, ils ont trouvé égarés leurs ancêtres !
Eux, sur leurs traces, se précipitent.
Certes, la plupart des anciens furent dans l’erreur avant eux.
Certes, nous envoyâmes parmi eux, des avertisseurs.

(Mahomet, Coran 37/167-9).
En vérité, les infidèles disaient certes :
-Si nous avions eu une édification des anciens, nous aurions été de sincères serviteurs d’Allah.

Les histoires des anciens.
(Mahomet, Coran 16/25-6).

Il n’aime point les orgueilleux.
Et quand on leur demande :
-Qu’a fait descendre votre seigneur ?
Ils répondent :
-Des histoires des anciens !

Une farce d'ancêtre
(Bukhari, Sahih 86/41).

D’après Abu Hurayra, un bédouin vint trouver le prophète et dit :
-Ô envoyé d'Allah, ma femme vient de mettre au monde un enfant nègre.
-As-tu des chameaux ? demanda le prophète.
-Oui.
-De quelle couleur sont-ils ?
-Roux.
-Il y en a bien de gris cendrés ?
-Oui.
-Comment cela se fait-il ?
-C’est quelque ancêtre qui lui aura enlevé sa couleur.
-Eh bien, dit le prophète, c’est un ancêtre qui lui a enlevé la couleur de ton fils119.

6 — La survivance des tribus

Même si la nouvelle idéologie tente à dépasser les clivages tribaux, ceux-ci subsistent bien après la soumission à l’islam. Les musulmans, y compris les principaux d’entre eux, gardent en eux la nostalgie de cette organisation tribale. Ils l’utilisent encore pour justifier tel ou tel acte guerrier, tel ou tel privilège politique. Les poètes sont encore mobilisés pour chanter leurs gloires, présentes ou passées, ce qui est le signe d’un intérêt pour l’antiquité arabe. De nos jours, les tribus jouent encore un grand rôle social et politique, que les Etats peinent à canaliser.120

Les tribus arabes au moment de la prise de la Mecque (début 630).
(Muslim, Hadiths , chapitre 44).


4574.

D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah dit : « 'Aslam que Allah la préserve, Ghifâr, que Allah lui pardonne. Ce n'est pas moi qui l'a dit, mais c'est Allah Tout Puissant« .

4576.
D'après ibn 'Omar, l'envoyé d'Allah a dit : « Ghifâr, Allah leur a garanti le pardon; 'Aslam, Allah les a délivrés de tout danger. Quant aux 'Usayya, ils ont été rebelles à Allah et à son envoyé« . 121

4578.
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit : « Quraysh, les ansar, Muzayna, Juhayna, 'Aslam, Ghifâr et 'Ashja' sont mes alliés et ils n'ont d'autres supporteurs que Allah et son envoyé« .

4579.
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit : « 'Aslam, Ghifâr, Muzayna et quelques-uns des Juhayna, ou les Juhayna sont mieux que les Banû Tamîm, les Banû 'Amr et les deux alliés 'Asad et Ghatfân« .

4582.
Récit rapporté d'après Abu Bakra  : Al Aqra ibn Hâbis vint trouver l'envoyé d'Allah et lui dit : « Ce ne sont que les voleurs des pèlerins qui t'ont fait acte d'allégeance parmi 'Aslam, Ghifâr, Muzayna (je crois également qu'il a mentionné Juhayna, c'est le transmetteur Muhammad qui l'a mis en doute)« . L'envoyé d'Allah a dit : « Et si 'Aslam, Ghifâr, Muzayna et -je crois- Juhayna valaient mieux que les Banû Tamîm, les Banû 'Amr, les Banû 'Asad et les Banû Ghatafân, est-ce que les gens de ces dernières tribus seraient-ils perdus et ruinés ?« .
- Un homme dit alors : « Oui« .
- « Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains ils valent mieux, reprit le prophète, qu'eux (les Banû Tamîm, les Banû 'Amr, les Banû 'Asad et les Banû Ghatafân)« .

(Masudi, Prairies d’Or 1568).122

Au rapport d'Abu Mikhnaf Lut ibn Yahya, lorsque Amir ibn Madikarib se rendit de Kufa123 auprès de Umar124 , ce dernier lui demanda des renseignements sur Sad ibn Abi Waqqas. Amir fit de lui le plus grand éloge. Aux questions du calife sur l'armement, il répondit ce qu'il savait. Umar lui dit ensuite :
-Parle-moi de ta propre tribu, les Madhhidj.
-Interroge-moi sur ceux d'entre ses clans que tu voudras, répondit Amir.
-Parle-moi, dit Umar, des Ula ibn Jald.
-Ce sont les champions de notre honneur, les tireurs sur nos cibles, les médecins de nos maux, l'élite de notre noblesse, toujours prompts à l'attaque et les derniers à prendre la fuite. Le sabre, la lance et la libéralité,voilà leur affaire.
-Que laisses-tu alors aux Sad al Ashira ? demanda Umar.
-Ils ont parmi nous la plus grosse armée, ce sont les plus généreux et les plus braves de nos chefs.
-Que laisses-tu aux Murad ? reprit Umar.
-A eux les plus vastes tentes, les meilleurs territoires, la renommée la plus lointaine ; ils sont aussi nobles que bienfaisants, et leurs prouesses les couvrent  » de gloire.
-Parle-moi des Banu Zabid, demanda le calife.
- Je les garde jalousement. Tous ceux que tu interrogeras te le diront : les Zabid sont la tête et les autres hommes la queue.
- Parle-moi des Banu Tayyi.
-Ils ont reçu la générosité en partage et ils sont en outre une des grandes tribus des Arabes.
- Et les Abs ?
- Gros volume et queue traînante.
-Et les Himyarites ?
-Ils se repaissent de clémence et boivent à une source limpide.
-Parle-moi des Kinda.
-Ils gouvernent les hommes et se sont solidement établis dans leur pays.
-Et les Hamdan ?
-Ce sont les fils de la nuit, les héros des grandes actions ils défendent leur protégés, remplissent leurs engagements et poursuivent le cours de leurs vengeances.
-Et les Azd ?
-Les premiers d'entre nous par la naissance et par l'étendue de leurs possessions.
-Et les Balharith ibn Kab ?
-Hommes de guerre et de rapine, on trouve la mort au bout de leurs lances.
- Et les Lakhm ?
125
- Les derniers au partage des biens, les premiers en face de la mort.
-Et les Judham ?
-Vieilles têtes de femmes aux cheveux gris, mais hommes de parole et d'action.
- Et les Ghassanides ?
- Des rois dans la Jahiliyya, des étoiles dans l'islam.
- Parle-moi des Aws et des Khazraj.
-Ce sont les Ansar, les plus puissants et les plus redoutables parmi nous. Leur plus bel éloge est dans cette parole de Allah
126 : ceux qui sont installés à Médine et en la foi, avant la venue des émigrés 127, etc.
-Et les Khuzaa ?
-Ils sont avec les Kinana ; nous partageons leur noble origine, mais leurs victoires sont à eux seuls.
Le calife dernanda ensuite :
-Quels sont les Arabes, que tu aimerais le moins avoir pour adversaires ? Amir répondit :
-Dans mon peuple, les Wadaa chez les Hamdan, les Ghutayf chez les à Murad, les Balharith chez les Madhhij. Parmi les Maaddites, les Adi chez les Fazara, les Murra chez les Dhubyan, les Kilab chez les Amir et les Shayban chez les Bakr ibn Wayl. Cependant, si je lançais mon cheval contre les points d'eau des Ma'add, je ne redouterais l'attaque d'aucun des leurs, à l'exception de leurs deux hommes libres et de leurs deux esclaves.
-De qui veux-tu parler ? demanda Omar.
-Les deux hommes libres sont Amir ibn at Tufayl et Utayba ibn al Harith ibn Shab at Tamimi ; les deux esclaves, Antara al Absi et Sulayk al Maqanib.


§ 31-Femmes libres d’Arabie

Ce sujet n’a cessé d’alimenter les descriptions des observateurs étrangers et les recherches des historiens128 ; il est toujours difficile de séparer la réalité de l’information, l’attrait pour le pittoresque et le fantasme pur et simple. Il semble, à partir des sources musulmanes ou non-musulmanes, que les femmes aient pu jouir d’une large liberté d’action tout particulièrement en Arabie du sud129 qui étend peu après130 : on se souvient de reines arabes depuis les chroniques assyriennes, de la reine de Saba, de Zénobie, parfois même de véritables « cheffes » de tribus, ou simplement de femmes au fort tempérament...131
Mais on les retrouve aussi au combat132 , comme arbitre dans des concours de poésie133 , comme devineresse134, prêtresse135 , poétesse136, prophétesse137 ou femme politique gérant les affaires de la cité138.
Il faudra s’en souvenir, quand le lecteur du Coran abordera la Sourate intitulée « Les Femmes », qui, avant de règler leur sort en détail, commence simplement par ces mots :
« Ô Hommes ! 

1 — Fantasmes et réalités

Toutes les sources insistent sur les moeurs des populations arabes, et particulièrement sur les aspects sexuels de leur comportement. il leur faut assouvir l’intense curiosité du public. Mais on a peine à deviner quelle est la part du vrai dans ces récits, et celle de l'invention grivoise.


Les moeurs des Nabatéens
(Strabon, Géographie XVI 25).139

Ils n'ont aussi qu'une femme pour eux tous, celui qui, prévenant les autres, entre le premier chez elle, use d'elle après avoir pris la précaution de placer son bâton en travers de la porte (l'usage veut que chaque homme porte toujours un bâton). Jamais, en revanche, elle ne passe la nuit qu'avec, le plus âgé, avec le chef de la famille. Une semblable promiscuité lesfait tous frères les uns des autres. Ajoutons qu'ils ont commerce avec leurs propres mères. En revanche l'adultère, c'est-à-dire le commerce avec un amant qui n'est pas de la famille, est impitoyablement puni de mort. La fille de l'un des rois du pays, merveilleusement belle, avait quinze frères, tous éperdument amoureux d'elle, et qui, pour cette raison, se succédaient auprès d'elle sans relâche. Fatiguée de leurs assiduités, elle, s'avisa, dit-on, du stratagème que voici : elle se procura des bâtons exactement semblables à ceux de ses frères, et, quand l'un, d'eux sortait d'auprès d'elle, elle se hâtait de placer contre la porte le bâton pareil à celui du frère qui venait de la quitter, puis, peu de temps après, le remplaçait par un autre, et ainsi de suite, en ayant toujours bien soin de ne pas y mettre le bâton pareil à celui du frère dont elle prévoyait la visite. Or, un jour que tous les frères étaient réunis sur la place publique, l'un d'eux s'approcha de sa porte et à la vue du bâton comprit que quelqu'un était avec elle ; mais, comme il avait laissé tous ses frères ensemble sur la place, il crut à un flagrant délit d'adultère, courut chercher leur père et l'amena avec lui. Force lui fut de reconnaitre en sa présence qu'il avait calomnié sa sœur.

L’avis d’un historien du XIXème siècle : V. Langlois140.
« Avant la publication du livre de M. Caussin de Perceval, on n’avait que des données assez vagues sur la condition des femmes arabes anté-islamites141 , et l’on supposait assez généralement que le rôle de la femme, n’ayant point changé en Orient, elles étaient, de toute antiquité, considérées comme des esclaves. En général, il est vrai, les Arabes ont toujours eu mauvaise opinion des qualités morales de la femme, parce que le caractère de la femme est exactement le contraire de ce qu’ils envisagent comme le type de l’homme parfait. Quoi qu’il en soit, le rôle de la femme arabe, dans les siècles qui précèdent la venue du prophète, était tout autre que ce qu’il est aujourd’hui. Ce n’est pas la femme esclave, tantôt enfermée dans un harem, où elle est placée sous la surveillance d’eunuques vigilants, tantôt condamnée aux travaux les plus durs de la maison, ne prenant aucune part dans la vie civile ; c’était au contraire l’idole adorée, le foyer vivifiant où s’échauffaient et rayonnaient les pensées de l’homme. « C’est la lionne faisant jouer ou rugir tout à tour le lion, c’est la colombe faisant soupirer la colombe ».

La « prostitution » chez les bédouins.
(Ammien Marcellin, Histoires XIV 4-6).142

Leurs femmes sont des mercenaires engagées pour un temps par contrat143 mais, pour qu'il y ait une apparence de mariage la future femme offre à son mari, à titre de dot144 , une lance et une tente, prête à le quitter au jour fixé si elle choisit parti. Incroyable est chez ces peuples l'ardeur avec laquelle les deux sexes s'abandonnent aux choses l'amour. Pendant toute leur existence, ils sont si nomades que dès qu'une femme se marie à un endroit, accouche à autre, et elle élève ses enfants loin de là, sans qu'il lui est permis de faire halte.

2 — Femmes au combat

Les bédouins, surtout au moment des combats contre l’islam, n’hésitent pas à se faire accompagner de leurs femmes, en masse. Celles-ci semblent particulièrement hostiles au nouvel ordre religieux. En cas de défaite, elles constituent le troupeau des captives pour les musulmans, avec leurs enfants.
C’est en fait une vieille tradition : les femmes arabes accompagnaient les troupes, brandissaient l’étendard tribal145 et recevaient parfois le titre prestigieux de « Dames de la Victoire »146.

Les femmes à la bataille d’Ohod.
147
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 190).148

Il149 emmena également sa femme, Hind (...) Il emmena en outre Umm150 Hakim, sa cousine, femme d’Ikrima, (...). Il y avait quinze femmes et chacune était accompagnée de trois ou quatre esclaves.

Les bédouins et leurs femmes à la bataille d’Honayn.151
(Dawûd,
Hadith 14, 2495).152
Le jour d’Honayn153 , nous avancions avec l’apôtre d’Allah depuis un long moment...
Un cavalier est venu et dit :
-Apôtre d’Allah, je suis allé en avant et j’ai escaladé une montagne et j’ai vu les Hawazin154 tous ensemble avec leurs femmes, leur bétail, leurs moutons, rassemblés à Honayn.
L’apôtre de Allah sourit et dit :
-Ce sera le butin des musulmans demain si Allah le veut...

Les Quraysh et leurs femmes à la bataille d’Ohod.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 557).155

Abu Sufyan, qui commandait, partit avec Hind bint156 Utba, and Ikrima ibn Abu Jahl parti avec Umm Hakim bint al Harith ibn Hisham ibn al Mughira ; et al-Hârith ibn Hishàm ibn al-Mughira partit avec Fatima bint al Walid ibn al Mughira ; and Safwan partit avec Barza bint Masud ibn Amir ibn Umayr des Thaqif157 qui était la mère de Abdullah ibn Safwan ibn Umayya. Amir ibn al As partit avec Rayta bint Munabbih ibn al Hajjaj qui était aussi Umm Abdullah ibn Amir. Talha ibn Abù Talha qui était aussi Abdullah ibn Abdul Uzza ibn Uthman ibn Abdul Dar partit avec Sulafa bint Sad ibn Shuhayd al Ansariya qui était la mère des fils de Talha, Musafi, al Julas et Kilab ; Ils furent tués avec leur père ce jour-là. Khunas bint Malik ibn al-Mudarrib, une des femmes des Banu Malik ibn Hisl partit avec son fils Abu Aziz ibn Umayr. Elle était la mère de Musab ibn Umayr. Amra bint Alqama, une des femmes des Banu al Harith ibn Abd Manat ibn Kinana partit aussi158.
Hind disait :
- Viens, Père des Ténèbres159, satisfaire ta vengeance et la nôtre.

3 — Reines des Arabes

Dans son article devenu classique160, N. Abbot recense pas moins de vingt-quatre reines, impératrices et princesses arabes. Il est certain qu’il y a en a eu beaucoup plus, et ce ne sont pas les sources musulmanes qui seront d’un quelconque secours dans ce domaine.

La reine de Saba.161
(Livre des Rois I 10, 1-13).162

La reine de Saba163 , ayant appris la renommée dont jouissait Salomon, à la gloire de Yahweh, vint pour l'éprouver par des énigmes. Elle vint à Jérusalem, avec un cortège très considérable, des chameaux chargés d'aromates, d'or en très grande quantité et de pierres précieuses. Etant arrivée auprès de Salomon, elle dit tout ce qu'elle avait en son cœur, et Salomon donna explication à tout ce qu'elle proposait : il n'y eut rien qui restât caché au roi et qu'il ne sût lui expliquer. La reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon, le palais qu'il avait bâti, les mets de sa table, la demeure de ses officiers, la tenue de ses serviteurs et leurs vêtements, ses échansons, les holocaustes qu'il offrait dans la maison du Seigneur, et elle en perdait la respiration, Et elle dit au roi :
-C'était donc bien vrai ce que j'ai entendu dire dans mon pays de toi et de ta sagesse ! Je n'en croyais pas le récit avant d'être venue et de voir de mes yeux, et voici que je n'en avais pas appris la moitié. Tu surpasses en sagesse et en magnificence ce que j'avais entendu par la renonmée. Heureux tes sujets, heureux tes serviteurs, qui se trouvent constamment en ta présence et entendent ta sagesse ! Béni soit Yahvé, ton dieu164 , qui s'est complu en toi, qui t'a placé sur le trône par l'amour qu'il porte à jamais à Israël, et qui t'a établi roi pour faire droit et justice !
Elle donna au roi cent vingt talents165 d'or, des aromates en grande quantité et des pierres précieuses. jamais plus il n'arriva autant d'aromates qu'en avait donnés la reine de Saba au roi Salomon.
Les vaisseaux de Hiram, qui apportaient l'or d'Ophir166 , amenèrent aussi d'Ophir du bois de santal en grande quantité et des pierres précieuses. Avec le bois de santal, le roi fit des balustrades pour la maison de Yahvé167 et pour le palais royal, ainsi que des harpes et des lyres pour les chantres168. Il n'arriva plus ainsi de bois de santal et on n'en a plus revu jusqu'à ce jour. Le roi Salomon donna à la reine de Saba tout ce qu’elle désira et demanda, sans compter ce qu’il donna selon sa munificence qu’il convenait au roi Salomon. Elle s’en retourna donc et s’en alla dans son pays avec ses serviteurs.

La reine Shamsi.
Shamsi169 est une de nombreuses femmes de pouvoir que mentionnent les sources cunéiformes, d’Assyrie ou de Babylone, actives sur toute la surface de l’Arabie170.

(Inscription de Tiglath-Pileser III, 744-727).171

… de même pour Shamsi, la reine des Arabes, au mont Saqurri, j’ai battu 9400 hommes de son peuples.Son camp au complet ; 1000 personnes, 30 0000 chameaux, 20 000 bêtes... 5 000 sacs d’épices... les piédestals de ses dieux, les armes et serviteurs de sa déesse172 et ses biens, je m’en suis emparé. Et elle, pour sauver sa vie, elle s’est enfuie comme une ânesse, dans le désert, dans un endroit aride. Le reste de ses biens et de ses tentes, ce qui faisait le salut de son peuple, je l’ai brûlé. et elle, saisie par mes armes puissantes, elle m’a apporté ses chameaux, ses chamelles et leurs petits, jusqu’en Assyrie en ma présence. J’ai nommé un gouverneur et 10 000 hommes auprès d’elle.

La reine Zénobie.
Elle est la reine arabe la plus célèbre et la plus emblématique173. C’est aussi elle qui a obtenu le plus de pouvoir réel, et les Romains n’ont cessé d’être fascinés par leur ennemi. C’est oublier qu’ils avaient eu-mêmes été gouvernés par des « princesses syriennes »174 au début de ce même siècle. Plus tard, son exemple est suivie par une certaine Mawia, qui attaque l’empire de Rome en 375-380, avec plus de succès encore que Zénobie175.

(Histoire Auguste).176

Elle était, dit-on, si chaste qu'elle n'avait de relations sexuelles avec son mari que dans un but de procréation. En effet, une fois qu'elle avait couché avec lui, elle refusait tout rapport jusqu'à ses prochaines règles pour voir si elle était enceinte. Dans le cas contraire, elle lui permettait de tenter à nouveau d'avoir un enfant. Elle vivait au milieu d'un faste royal. Elle se faisait adorer plutôt à la manière perse et ses banquets se déroulaient selon le cérémonial des rois de Perse. Mais c'est à la manière des empereurs romains qu'elle se présentait aux assemblées des soldats, coiffée d'un casque et portant une écharpe de pourpre dont les franges laissaient à leur extrémité pendre des pierreries, tandis qu'était fixée au centre en guise de broche féminine une gemme en forme d'escargot, ses bras étaient souvent nus. Elle avait le visage basané, le teint foncé, des yeux noirs d'une exceptionnelle vivacité, un esprit extraordinaire, un charme incroyable. Sa dentition était d'une telle blancheur que beaucoup croyaient que des perles lui tenaient lieu de dents. Sa voix avait un timbre éclatant et viril. Elle affichait, quand la nécessité l'exigeait, la rigueur propre aux tyrans, mais quand l'équité le demandait, la clémence propre aux bons princes. Elle était d'une générosité mesurée, gérait ses trésors avec une économie rare chez une femme ; elle utilisait un carrosse, rarement une voiture pour dames, mais se déplaçait le plus souvent à cheval. Il lui arrivait, dit-on, souvent de faire avec ses fantassins des marches de trois ou quatre milles. Elle chassait avec une fougue toute espagnole. Elle buvait fréquemment avec ses généraux, bien qu'elle fût sobre par ailleurs ; elle buvait aussi avec des Perses et des Arméniens pour les faire rouler sous la table. Elle utilisait pour ses banquets des vases à boire en or rehaussés de pierreries ainsi que d'autres ressemblant à ceux dont se servait Cléopâtre. Elle avait pour son service des eunuques d'âge avancé mais fort peu de filles. Elle avait obligé ses fils à parler latin, si bien qu'ils ne s'exprimaient en grec qu’avec difficulté et rarement. Pour sa part, elle n'avait pas une connaissance parfaite de la langue latine et était en la parlant paralysée par la timidité. En revanche elle parlait l'égyptien à la perfection. Elle était si versée dans l’histoire d’Alexandrie et de l’Orient qu’elle en composa, dit-on, un abrégé. Quant à l’histoire romaine, elle l’avait lue en grec.

La reine Hind, une bonne chrétienne.
(Yaqut, Géographie II 709).177

Cette église a été construite par Hind bint al Harith178 , fils d’Amir ibn Hujr, la reine, fille des rois et mère du roi Amir, fils d’al Mundhir, servante du Christ, mère de son serviteur, et fille de ses serviteurs, du temps du règne du roi des rois, Khosroès Anushirwan, et du temps de l’évêque Mar Iphraem.

4 — Fidèles et prêtresses

Dans les religions polythéistes, les femmes ont beaucoup de place et d’importance que dans celles qui se prétendent d’origine abrahamique. Elles sont forcément concernées par les rites liés à la fécondité/fertilité, et sont aussi très fortement concernés par l’obsession de la pureté et de l’impureté, qui se retrouve largement dans le judaïsme et l’islam179. Ces préjugés primitifs expliquent largement l’infériorité de leur condition réelle.

Les femmes dans le culte traditionnel
(Bukhari, Sahih 88/232).
180
L’apôtre d’Allah a dit :
-L’Heure181 ne viendra pas avant que les fesses des femmes de la tribu de Daws ne tournent autour de Dhul al Khalasa182. Dhul al Khalasa était une idole de la tribu de Daws qu’ils vénéraient avant l’islam.

Le pouvoir des femmes
(Inscription de Dédan).183

Baalshamin184 a interdit la ville à celui que sa femme ensorcelle185.
Par B-h-n-y la prêtresse.

Les rondes de jeunes filles
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 36 b-c).

Les Arabes avaient aussi des pierres dressées couleur de terre, autour desquelles ils faisaient des processions et auxquelles ils offraient des sacrifices. Les pierres s'appelaient des ansab et les rondes rituelles exécutées autour d'elles dawar.186
Amir ibn at Tufayl mentionne le dawar dans le vers suivant :
… il était survenu un jour chez les Gani ibn Asur, pendant qu'ils accomplissaient les rondes rituelles autour d'une pierre dressée qui leur appartenait, et il avait admiré la beauté de leurs jeunes filles tandis qu’elles évoluaient autour de la pierre sacrée :
Ah ! Si mes oncles les Gani pouvaient avoir à accomplir tous les soirs une ronde sacrée !

La souillure corporelle
(Inscription de Haram au Yémen).187

Haram ibn Hawban s'est confessé et a fait pénitence auprès de Dhu Samawi parce qu'il a approché une femme pendant sa période interdite et a eu des relations sexuelles avec une femme qui avait ses règles ; qu'il est entré en relation avec une femme en couches ; qu'il est entré en relation sans purification et est resté188 avec ses vêtements sans purification ; qu'il a touché une femme qui avait ses règles et ne s'est pas lavé et qu'il a aspergé ses vêtements de sperme189 , alors il s’est humilié et affligé. Puisse-t-il être pardonné ! Qu’il le récompense190 !

5 — Mariage et répudiation

Le mariage reste un échange commercial, mais justement, cet aspect mercantile deivnt un avantage pour les femmes, qui deviennent un enjeu191 . Leur survie, l’autorité sur les enfants, leur présence constante dans la maison, les remariages, répudiations192 et mariages temporaires193 permettent aux plus habiles d’avoir une solide place dans la société, même s’il est excessible de vouloir parler d’égalité de statut194.

L’âge au mariage
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 80).

Quand une fille atteignait l’âge de se marier, elle allait dans sa maison195 pour recevoir et mettre son drap. Le drap était déchiré sur sa tête dans sa maison, elle pouvait le mettre et repartait avec sa famille.

Salma, l’arrière-grand mère de prophète
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 88).

Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir, un des Adiyy ibn al Najjar196. Avant, elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Auf ibn Amir ibn Malik ibn Aws197 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens, elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme, elle le quittait198.
Hashim, elle donna Abdul Muttalib, qu'elle appela Shayba199. Si elle n'aimait pas un homme, elle le quittait.

La répudiation traditionnelle
(Mahomet, Coran 58/2).

Ceux d'entre vous qui répudient leurs femmes par la formule : « Sois pour moi comme le dos de ma mère ! «  savent que leurs épouses ne sont pas leurs mères.
Leurs mères sont seulement celles qui les ont enfantés.
En vérité, en proférant cette formule, ils disent certes une parole blâmable et erronée.
En vérité, Allah est certes pardonneur et absoluteur.

6 — Femmes dans la tribu, tribu de femmes ?

Une partie de la littérature musulmane, et toutes les inscriptions permettent à l’historien d’observer d’un oeil neuf les structures sociales d’avant l’islam. La place des femmes, par de nombreux indices et dans les situations les plus diverses, semble importante et la polygamie, si elle existe, reste particulièrement discrète200. Il semble même que l’on puisse déceler ici et des là des indices de polyandrie. Tout ceci, bien évidemment, n’a jamais été étudié en détail.201.


La « cheffe » de la tribu des Banu Fazarah.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VIII 1557).202
Cette année, une expédition conduite par Zayd ibn Harithah fut mise sur pied contre Umm Qirfah203 , au mois de ramadan. Pendant cette attaque, Umm Qirfah (de son vrai nom Fatima bint Rabia ibn Badr) subit une mort cruelle. Il attacha ses jambes avec deux cordes, et ensuite à deux chameaux, et ils la déchirèrent en deux morceaux. C’était une très vieille femme.

Le meurtre d’Umm Qirfa, chef de tribu.204
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 980).

Il205 les affronta au Wadil Qura206 et en tua quelques-uns. (...) Umm Qirfa bint Rabia ibn Badr fut faite prisonnière. C’était une vieille femme, épouse de Malik207. Sa fille et Abdullah ibn Masada furent également capturés. Zayd208 ordonna qu’elle soit mise à mort avec cruauté, en mettant une corde à chacune de ses jambes, reliées à deux chameaux, qui l’ont écartelée jusqu’à la déchirer.
Ensuite, ils amenèrent la fille d’Umm Qirfa et le fils de Masada devant l’apôtre. La fille d’Umm Qirfa fut donnée à Salam ibn Amir ibn Akwa, qui la prit...

(Inscription de Palmyre, 52 après J.-C.).209

Au mois de tebet de l’an 363, cette colonne a été offerte par Amtallat, fille de Baraa, fils de Aténatan, de la tribu des filles de Mita, épouse de Tayma, fils de Belhazay, fils de Zabdibel, de la tribu des Banu Maziyan, dieu bon et rémunérateur, pour son salut et le salut de ses fils et de son frère.


Les liens entre femmes
(Inscription de Dédan).210

M-t-y-t-n fille de D-d a consacré, en faveur de sa fille (...), fille de H-t-l, pour Salman, selon la promesse qu’avait faite sa mère en sa faveur. Alors il a été satisfait de lui et l’a aidée.

Une femme entreprenante.
(Inscription du Yémen).211

Abirathad, du lignage de Zawr, fille des Banu Thagr, a construit et achevé la tour Yafa et le tombeau Rabakh, avec l’aide de son mari Azabr et de ses fils, les Banu Zawr.

Indice de polyandrie ?
(Inscription du Yémen).212
Khalhamad du lignage de Galidan, fille d’ibn Hanz, a construit, fondé et achevé la maison Tabn et a aidé ses deux maris213 , Sharb et Shab et ses fils, les Banu Glidan, avec mille monnaies banlat, de sorte qu’elle soit rachetée de ses liens de dépendance ( ?)...

Promesse matrimoniale
(Inscription lihyanite de Madayn Saleh).214

Amatyatan fille de Dad a promis à la place ( ?) sa fille Qayn, la fille de Hatil, à Salman, suivant la promesse que lui avait faite sa mère, pour sa prospérité et son bonheur.

Donation féminine.
(Inscription lihyanite de Medayn Saleh).215

Amathamid, fille de Asim, la donatrice.

Sépultures féminines
(Inscription de Bir Hima).216

Monument et tombe de Samita et de sa soeur Batsaa, fille de Aslam.

(Inscription du Hasa).217
Monument et tombeau de Ghadiyyat fille de Malikat, fille de Shibam, fille de Ahdhat, du lignage de Yanakhil.

Dédicace de deux femmes
(inscription de Marib-Yémen).218

Hamlat et Naamsaad, toutes deux femmes de Gabaat ont consacré à Ilumquh, maître de Awwan cette statue de femme en prière parce qu’il a préservé un enfant à cette dame Naamsaad. Et pour qu’il puisse prendre soin de leurs personnes. Et que Ilumquh continue à les sauvegarder de l’hostilité et de la méchanceté des ennemis.
A Ilumquh219, maître d’Awwan.

Les conquérantes
(ibn Sad, Tabaqat 8/31).

Un des Banu Tamim220, Asha ibn Mazim a dit : je suis allé voir le prophète et j’ai dit :
J’ai épousé une femme à la langue acérée
Je suis parti chercher de la nourriture pour elle au mois de rajab
et elle m’a quitté en me faisant la guerre
Les femmes sont les pires conquérantes pour celui qui a été conquis.

(...)
Ô maître de ton peuple et des Arabes221
Je me plains d’une femme à la langue acérée
Elle est comme une louve avide qui lorgne vers le troupeau
Je suis allé lui chercher sa nourriture au mois de rajab
et elle a rompu notre contrat et a commit des méfaits222.
Elle espérait que j’étais coincé dans un épais fourré.
Les femmes sont les pires conquérantes pour celui qui est conquis.


7— L’excision

Cette mutilation féminine gravissime 223, que souvent l’on tente de s’amalgamer avec malhonnêteté à la circoncision masculine, a été pratiqué avant et après l’islam. Elle apparaît d’origine africaine, et si elle n’est pas spécifiquement arabe ou musulmane, c’est dans ces zones qu’elle continue à être pratiquée massivement224. On suit toujours servilement quelques avis imbéciles et inhumains mais sans ambiguités, datant de plus de 1300 ans, et qui soutiennent ces mutilations barbares.
La pratique de l’excision est donc attestée par les sources musulmanes, comme contre-partie de la circoncision. Muhammad ne l’interdit pas à Médine : il conseille de « ne pas exagérer » la coupe.
Ces documents originaux ne sont absolument jamais publiés, que ce soit par les « féministes musulmanes«  ou par les islamologues largement soumis à leur sujet.

(ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 563).

Alors, Siba ibn Abdul Uzza (...), connu sous le nom de Abu Niyar, passa près de lui, et Hamza225 lui dit :
-Viens, toi fils de l’exciseuse !
Car sa mère était Umm Anmar, affranchie de Shariq ibn Amir (...) une exciseuse de la Mecque. Quand ils furent proches, Hamza le frappa et le tua.

(Dawûd, Hadith 51/ 5251).226

Une exciseuse travaillait227 à Médine.228
Le prophète lui dit : ne coupe pas trop sévérement parce que c’est mieux pour la femme et plus désirable pour l’époux.

(ibn Rusteh, Kitab al A‘laq al Nafisa 197).
La première femme circoncise fut Agar229. Lorsque Sara, folle de jalousie, fit le serment de couper les extrémités du corps d’Agar, Abraham craignit de graves mutilations et luidit :
-Circoncis-la et perce-lui les oreilles.
C’est ce qu’elle fit, et cette pratique est devenue habituelle pour les femmes. Suivant un hadith, la circoncision est de précepte chez les hommes et elle est recommandée chez les femmes230.

8 — Le phénomène Khadija


La première épouse de Muhammad est emblématique du dernier état des femmes en Arabie231. Tant qu’elle vit, Muhammad ne prend pas d’autres épouses232. C’est elle qui dirige le ménage et l’entreprise, qui élève ses enfants issus de deux lits différents, et qui prend à Muhammad sa virginité.

La vie de Khadidja avant Muhammad.
(ibn Sa’d, Tabaqat 8, p. 9).233

Son nom était Khadidja bint Khuwaylid ibn Assad. (...) Avant que quiconque ne l’épouse, elle fut offerte à Waraqa ibn Naufal, mais il n’y eut pas de mariage234. Alors elle épousa Abu Hala. (...) Son père était un noble235 au sein de son peuple. Il s’installa à la Mecque et forma une alliance avec les Banu Abd’ul Dar ibn Qusayy236. Les Quraysh avait coutume de se marier avec leurs alliés. Khadija apporta à Abu Hala un fils appelé Hind237 et un autre appelé Hada.
Après Abu Hala, elle se maria avec Atiq ibn Abid de Makhzum. Elle lui donna une fille appelée Hind. (...) Khadija était appelée Umm Hind.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1766-7).238
Il épousa Khadija bint Khuwaylid ibn Asad ibn Abd al Uzza à l'époque pré-islamique, alors qu'il avait vingt et un ans. Elle fut la première femme qu'il épousa. Avant, elle avait été mariée à Atiq ibn Abid ibn Abdallah ibn Omar ibn Makhzum. Sa mère était Fatima bint Zaydah ibn al Asamm ibn Rawahah ibn Hajar ibn Mais ibn Luayy. D'Atiq elle eut une fille, et après, il mourut. Elle se maria ensuite avec Abu Halah ibn Zurarah ibn Nabbash ibn Zurarah ibn Habib ibn Salamah ibn Ghuzayy ibn Jurwah ibn Ussayid ibn Amir ibn Tamin239 , qui faisait partie des Banu Abd al Dar ibn Qussayy. D’Abu Hahal, elle eut Hind bint Abu Halah, et après il mourut.240

Khadidja commerçante
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 58).

Khadidja était de la parenté de Muhammad, de la tribu de Quraysh : elle était fille de Khuwaylid, fils... d’Asad, ibn Aldul Uzza, ibn Kussay241. Elle avait perdu son mari, qui lui avait laissé une fortune considérable, et elle faisait le commerce.

La marieuse Nafissa (Ib Sad, Tabaqat I 184).242
Khadija m’envoya vers Mohammad pour le sonder après son retour de Syrie avec sa caravane243. Je lui dis :
-Muhammad ! Qu'est-ce qui t'empêche de te marier ?
Il me dit :
-Je ne possède pas de quoi me marier.
Je lui répondis :
-Et si ce souci t'était évité  ? Et si on te conviait à la beauté, à la fortune, à une situation honorable et en convenance, est-ce que tu n'accepterais pas ?
- De quelle femme s'agit-il ?
- De Khadija.
- Que dois-je faire ?
-C'est moi qui m'en charge.

9 — Une régression sur 1300 ans

Dès le début de l’époque musulmane, les discours et les actes ne laissent aucun doute sur le changement de rapport de force entre hommes et femmes. La documentation exprime sans aucun complexe le brusque retournement de tendance, jusqu’à présent irréversible. Une telle tendance, aussi massive et obstinée, est une phénomène unique dans l’Histoire humaine.

Poème misogyne d’Omar.244
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1416-7).245

Cette femme ignoble est devenue insolente,
en plus d’être vulgaire, comme d’habitude,
depuis qu’elle mélange l’insolence et l’incroyance.
Qu’Allah maudisse Hind246 ,
à distinguer parmi les Hind,
celle qui a un gros clitoris,
et qu’Allah maudisse son époux avec elle.
Est-elle partie à Ohod 247 sur un chameau tranquille,
parmi l’armée, sur un chameau sellé ? (Non !)
C’est un chameau au pas lent, qui n’avance pas,
qu’il soit grondé ou réprimandé.
Grimpe sur ta monture avec ton cul,
Hind, assouplis tes tendons en les frappant d’une pierre.
Son cul et son sexe sont couverts d’ulcère,
comme résultat de voyage long et à toute vitesse sur ta selle.
compagnon continue de la soigner
avec de l’eau dont elle s’éclabousse et de feuilles de sidr248.
Es-tu parti si rapidement en quête de vengeance,
pour ton père et pour ton frère, le jour de Badr ?
Et pour ton oncle, qui avait été blessé au cul,
gisant dans son sang, et ton frère,
tous enroulés dans la poussière du puit ?
Te rappelles-tu l’acte dément que tu as commis249  ?
Hind, malheur à toi, la honte de ton âge.

Meurtre d’Asma
(Waqidi, Livre des expéditions 10).250

Vers le cinquième jour du mois de ramadan, il y eut l’assassinat de Asma bint Marwan, une femme …
Elle offensait et provoquait le parti musulman. A cause de cela, Umayr annonça qu’il allait la tuer, dès que le prophète rentrait de Badr.
Ainsi, la nuit, il se faufila chez elle pendant que ses enfants dormaient autour d’elle. Le plus jeune était encore accroché à son sein. Avec le sabre, il la transperça.
Pour la prière du matin, il était déjà de retour à Médine. Muhammad lui demanda aussitôt s’il l’avait tuée. Il avait peur de la question. Ensuite, il fut tout de suite rassuré.

10— La génération des premières musulmanes

Il faut s’arrêter quelque temps sur leur cas, avant d’examiner, dans les parties suivantes251, le détail de leur soumission à la nouvelle idéologie, marquée du sceau du virilisme et de la misogynie.

La nouvelle place des femmes
(Bukhari, Sahih 66/12).

D’après Abu Horayra, le prophète a dit :
-Les meilleures femmes sont celles qui montent à chameau. Les femmes pieuses de Quraysh sont plus tendres pour l’enfant en bas âge ; ce sont aussi les meilleurs ménagères des deniers de leurs maris.


La cantinière Umm Atiyya
(Muslim, Sahih 19/4462).252

On raconte, sous l’autorité de Umm Attiya, qui a dit :
J’ai pris part à sept batailles avec l’apôtre d’Allah. Je restais derrière, dans le camp des hommes, préparant leurs repas, soignant les blessés, soulageant les malades.

(Bukhari, Sahih 6/301).
Un jour, il 253 passa devant des femmes et dit :
-Femmes ! prenez garde, parce que j’ai vu que la majorité des occupants du feu de l’enfer sont des femmes.
Elles demandèrent :
-Pourquoi en est-il ainsi, ô apôtre ?
Il répondit :
Vous jurez fréquemment et vous êtes injustes envers vos maris. Je n’ai jamais rien vu de plus déficient en intelligence et en religion que vous. Un homme sensible et sensé peut devenir cendre par quelques-unes d’entre vous.
Les femmes demandèrent :
-Ô apôtre d’Allah ! Qu’y a t-il de déficient dans notre intelligence et notre religion ?
Il dit :
-La preuve apportée par deux femmes n’est-elle pas équivalente à celle d’un seul homme ?
Elles répondirent par l’affirmative.
Il dit :
-C’est là qu’est la déficience dans l’intelligence. N’est-il pas vrai qu’une femme ne peut pas prier pendant ses règles ?
Les femmes répondirent par l’affirmative. Il dit :
-Il y a là la déficience dans la religion.254

Brusque répudiation.255
(Masudi, Prairies d'Or 2052).

La mère d'al Hajjaj256 avait épousé en premières noces al Harith ibn Kalada. Son mari étant entré chez elle, un matin à l'aube, et l'ayant trouvée occupée à se curer les dents, il lui fit signifier son divorce. Comme elle lui demandait pourquoi il la répudiait et s'il avait quelque soupçon sur son compte :
-Oui, répondit-il, je suis entré chez toi, à l'aube, et t'ai trouvée occupée à te curer les dents. Ou tu avais devancé l'heure du déjeuner, et tu es une gloutonne ; ou tu avais dormi avec les débris du souper dans tes dents, et tu es une malpropre.
-Ces reproches ne sont pas fondés, répondit cette femme, j'enlevais seulement les fragments de cure-dent
257 qui y étaient restés.

Pratiques diverses
(Dawud, Hadith 11/ 2157).258

Le prophète a dit : celui qui a des relations sexuelles avec sa femme par l’anus est maudit.259

(Bukhari, Sahih 65/39, 2).
Les juifs assuraient que celui qui usait de sa femme en se tenant derrière elle avait un enfant louche. C’est à cause de cela que fut révélé le verset :
Allez à votre champ comme vous voudrez.260

11 — Révoltes et commérages

Quelques hadiths malencontreux mais fort savoureux permettent tout de même de reconstituer les discours des femmes sur les hommes ; ils ne manquent pas d’ironie. On y retrouve en fait la verve arabe, débarrassée de la censure musulmane. De tels documents sont particulièrement précieux pour comprendre la réalité de la vie quotidienne et des relations sociales. Ils sont les derniers soubressauts d'une existence, d'une visibilité féminines qui s'étend peu de temps après.

Un cri du coeur d’Aïsha
(Bukhari, Sahih, 9/ 486).261

-Nous considères-tu comme égales aux chiens et aux ânes ?
Quand j’étais allongée dans mon lit, le prophète pouvait venir et prier face au lit. Je considérais que ce n’était pas bien d’être en face de lui au moment de ses prières. Alors je m’esquivais lentement et tranquillement depuis le pied du lit jusqu’au moment où s’éteignait ma honte.

Abu Zer, une merveille de mari!
(Bukhari, Sahih 67/83).

Urwa262 rapporte que Aïsha a dit : onze femmes se réunirent et convinrent de s'imposer l'obligation de ne se rien cacher les unes aux autres des faits et gestes de leurs maris. La première prit la parole en ces termes :
-Mon mari est de la chair de chameau maigre placée sur le sommet d'une montagne. Il n'a pas de plaine qu'on puisse gravir, ni de graisse qu'on puisse emporter.
-Je ne divulguerai rien de mon mari, dit la seconde, car je craindrais de ne pas arriver jusqu'au bout, si j'en parlais, je ne dirais rien que des défauts.
-Mon grand diable de mari, dit la troisième, si je parle, me répudiera, et si je me tais, il me délaissera.
-Mon mari, dit la quatrième, est comme la nuit du Tihama263, ni chaud, ni froid. Il ne m'inspire ni crainte, ni ennui.
- Quand, dit la cinquième, mon mari entre à la maison, il est comme un guépard, mais lorsqu'il sort, c'est un lion, il ne s'inquiète pas de ce qui manque (à la maison).
-Mon mari, dit la sixième, s'empiffre quand il mange, et lappe jusqu'à la dernière goutte quand il boit. S'il se couche, il s'emmitoufle et n'introduit pas la main pour connaître mes soucis.
-Mon mari, dit la septième, est dans les nuages - ou suivant une variante - un impuissant ; C'est un abruti, il a tous les vices possibles, il vous fend le crâne ou vous blesse, ou même vous fait l'une et l'autre de ces deux choses.
-Les attouchements de mon mari, dit la huitième, sont doux comme ceux du lièvre et son parfum est celui du zernel264.
-Mon mari, dit la neuvième, est de grande tente265 ; il porte haut sa bandoulière ; sa générosité est grande ; sa maison est pour ainsi dire le forum266 de son peuple.
-Mon mari, dit la dixième, est un prince, et quel prince ! vous n'en trouveriez pas de mieux que lui. Il a des chameaux nombreux que l'on fait souvent agenouiller267, mais qu'on n'envoie qu'en petit nombre au pâturage268. Quand ces chameaux entendent le bruit des cithares, ils sont certains qu'ils n'ont plus longtemps à vivre.
-Mon mari, dit la onzième, c'est Abu Zer ! Ah ! quel homme que Abu Zer !
Il a comblé mes oreilles de bijoux et donné de l'embonpoint à mes biceps269.
Il me cause de la joie et je suis heureuse auprès de lui. Il m'a trouvée chez des gens n'ayant que quelques moutons, dans un hameau, et m'a emmenée chez des gens ayant chevaux, chameaux dépiquant des grains et épluchant leurs légumes. Quand je parle auprès de lui, il ne blâme pas ce que je dis. Je me couche et dors jusqu’au matin. Je bois à ma soif.
La mère de Abu Zer ! Ah ! quelle mère , que celle de Abou Zer ! Ses approvisionnements sont lourds et sa maison est vaste.
Et le fils de Abu Zer ! Ah ! quel fils que celui de Abu Zer ! Sa couche est pareille à une lame dégainée, une épaule de chevreau suffit à le rassasier.
Et la fille de Abu Zer ! Ah ! quelle fille que celle de Abu Zer ! Elle obéit à son père ; elle obéit à sa mère ; elle remplit bien ses vêtements et elle excite l'envie de ses voisines.
Et la servante de Abu Zer ! Ah ! quelle servante que celle de Abu Zer ! Elle ne répand pas au dehors les propos que nous tenons entre nous ; elle ne gaspille pas nos provisions ; elle ne remplit pas notre maison d'ordures.
Abu Zer, mon mari, étant sorti pendant que les outres étaient agitées pour faire le beurre, rencontra une femme ayant avec elle deux enfants pareils à deux guépards qui jouaient avec deux grenades270 qu'ils faisaient passer sous sa taille (alors qu'elle était couchée). Il me répudia et épousa cette femme. Alors j'épousai un homme de bonne naissance. Il monta sur un cheval agile, prit une lance de Khat, et le soir il revint vers moi avec un nombreux troupeau. Il me donna une paire de chacun des animaux qu'il avait ramenés en me disant :
-Mange, ô Umm Zer, et approvisionne ta famille.
Eh bien ! j'aurais réuni tout ce qu'il m'avait donné, que cela n'eût pas suffi à remplir le plus petit des chaudrons de Abu Zer.
Et, ajouta Aïsha, l’envoyé d'Allah me dit :
-J’ai été pour toi un Abu Zer et tu as été pour moi une Umm Zer271.


Chapitre 10

La morale bédouine



La poésie, principal mode d’expression de l’Arabie ancienne, permet de comprendre l’imaginaire et la morale des Arabes anciens272, les valeurs qu’ils respectent et qui les caractérisent : ce mode littéraire est caractérisé par une absolue liberté de ton et une origine toute personnelle de l’inspiration. Ces valeurs, rarement mises en évidence par la suite, constituent une norme et un idéal de vie273.
La conformité de l’individu à cet idéal élévé est ce qu’on appelle l’honneur274, ou l’orgueil viril275. C’est tout ce que remplacera l’ « Imitatio Mahometi »276 pour des siècles.

La poésie des Muallaqat277 est un vestige écrit de la poésie orale des bédouins ; celle-ci est d’inspiration extrèmement personnelle, de caractère hédoniste et portée sur les excès278. L’inspiration est exacerbée par les angoisses et les appétits qu’occasionnent l’existence, les coups du destin279 et la mort280.
Le panorama est finalement rassurant et sympathique : ces Arabes anciens sont des individus libres et désireux de vivre, en jouissant de la vie, une vie dont ils veulent être fiers et qu’ils chantent.
Il y a peu d’exemples, dans la littérature humaine, d’une exhaltation aussi débridée de l’existence.
Tout le long de sa lugubre et lancinante Récitation281, Muhammad répartit çà et là à destination de ses adeptes quelques promesses paradisiaques qui correspondent exactement à ce que peut attendre le public arabe dans la vie réelle : vin, banquet, femmes vierges à perpétuité et jeunes garçons, badinage sans fin. Dans la vie ou dans la mort, comme malgré lui et avec emphase, emporté par le délire, il offre finalement un tableau complet des aspirations, finalement paisibles et compréhensibles, humaines, de ces populations.

Il était une fois...
Contrairement aux apparences, ceci est l’oeuvre d’un musulman, qui dépeint « la vie d’avant ». On y trouve résumés tous les thèmes principaux de la morale arabe antique.

(Hassan ibn Thabit).282
Voici ce qu’est mon peuple, si vous me le demandez,
généreux quand un hôte arrive.
Grandes sont les marmites pour les jouteurs
dans lesquels ils cuisent les chameaux à grasse bosse.
Ils donnent à celui qui vient une vie d’abandance
et protègent leur ami quand il est maltraité.
Ils sont rois dans leurs terres,
ils en appellent au sabre
quand l’injustice est flagrante.
Ils sont rois sur les hommes, jamais par les autres
ils n’ont été dominés même un court moment283.



§ 32. — Les bons vivants

On reprend la formule de Muhammad, celle de l’opposition banale, mais clairement affirmée entre la « vie immédiate », celle que les simples hommes vivent et la « vie dernière », la fantasmagorie qu’il ne cesse de clamer, tel un ermite syrien, faisant trembler son auditoire dans sa fureur.

1— « Carpe diem »
284
(Muallaqat : Le Jeune Homme et la Mort).285

Ah ! toujours boire des vins, jouir, vendre, dissiper son acquêt286 tout comme son héritage, jusqu’au jour où la famille unanime m’interdira, m’isolant comme on isole un chameau goudronné (...)
Le généreux abreuve de lui-même sa vie tu sauras, si demain nous mourons, qui de nous sera le plus altéré ne vois-tu pas que la tombe du cupide avare de son argent, ne diffère en rien de celle du fol, oisif et prodigue ?
Rien que deux tas de terre surmontés de dalles sourdement empilées.
Je vois la mort prélever sur le généreux tout autant qu'elle s'arroge le plus précieux des biens du scélérat qui se cramponne je vois dans la vie un trésor fondant chaque nuit et les jours fondre et le temps s'épuiser la mort, par ta tête !
Quelles que soient les fautes de l'homme, une longe287 ballante dont une main commande les deux bouts...


Disputes dans un couple.
(poème de Taabbata Sharran, Vème siècle).288

Femme aimant à blâmer, détournant de moi les amis,
à moi collée et criblant ma peau de réprimandes :
-Si tu avais gardé l’argent sans le dilapider,
disait-elle, on aurait riches vêtements et bijoux.
Rapièce donc ton habit avec l’or amassé
jusqu’à ta rencontre avec celle que tout homme trouve !
Toi qui me blâmes, certains reproches sont une injure.
Quand je voudrais les conserver, les biens demeurent-ils ?
Je suis décidé, si tu ne cesses ton blâme,
à faire en sorte que les gens me cherchent partout
et demandent en quel lieu je suis à ceux qui le savent :
aucun d’eux ne dirait où l’on peut rencontrer Thabit
pendant que toi, de repentir, tu claqueras des dents,
au souvenir amer de mes nobles vertus.


Vieux et encore vert!
(inscription de Tayma).289

Voici S-z-t, un vieil homme certes, mais est toujours enlacé et embrassé !

Les aspirations des Mecquois.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allâh 188).
-Donc, Muhammad, dirent-ils, si tu n’acceptes aucun de nos propositions, tu sais qu’il n’y a pas de peuple plus en manque de terre et d’eau et qui vit une vie plus dure que la nôtre, alors demande à ton seigneur, qui t’a envoyé, pour déplacer ces montagnes qui nous bloquent, d’améliorer notre terre, d’ouvrir des rivières comme celles de Syrie et d’Irak, de faire revivre nos ancêtres, de faire qu’il y ait parmi eux Qussayy290 ibn Kilab, qui fut un vrai chef, pour que nous puissions lui demander ce qui est vrai ou faux.

2 — La vie immédiate, objet de la fureur mohammédienne.

La promesse d’une condition de vie future bien supérieure à la vie réelle est un des instruments les plus efficaces de domination d’une population. Pour les auteurs marxistes, c’est même la raison d’être des religions291. Du point de vue psychanalitique, c’est un superbe outil névrotique, prélude à toutes les souffrances mentales et sociales.
Nulle part ceci est évoquée de manière aussi caricaturale, par la doctrine mohammédienne, contre le mode de vie arabe. Nulle part , même chez les auteurs chrétiens, on ne resssent un tel mépris pour l’existence humaine292 et son aspiration au bonheur.


(Mahomet, Coran 3/12).

Pour les hommes, ont été parés de fausses apparences l’amour des voluptés tirées des femmes, l’amour des fils, des lingots thésaurisés d’or et d’argent, l’amour des chevaux racés, des bêtes des troupeaux, et des terres cultivables.293
C’est là jouissance de la vie immédiate, alors qu’auprès d’Allah est beau lieu de retour294.

(Mahomet, Coran 52/19-24).
Mangez et buvez en paix, en récompense de ce qe vous avez fait, accoudés à des lits alignés ! Nous leur aurons donné comme épouses des houri295 aux grands yeux. (...)296 Nous leur aurons pourvus de fruits et de viande qu’ils désirent.
Ils se passeront, dans ces jardins, des coupes au fond desquelles ne seront ni jactance ni incitation au péché. Pour les servir, parmi eux circuleront des éphèbes297 à leur service qui sembleront perles cachées298.

(Mahomet, Coran 45/23).
Les impies ont dit : il n’existe que cette vie immédiate.
Nous mourons et nous vivons et seule la fatalité nous fait périr.
De cela ils n’ont nulle science.
Ils ne font que conjecturer.
Quand nos clairs signes leur ont été communiqués, ils n’ont eu d’autres arguments que d’objecter :
-Faites revenir nos pères, si vous êtes véridiques.

(Mahomet, Coran 10/25).
La vie immédiate est seulement à la ressemblance d'une eau que nous avons fait descendre du ciel.
Les plantes de la terre, celles que mangent les hommes et les troupeaux, s'en gorgent.
Quand la terre prend sa parure et se montre belle et que ses habitants pensent qu'ils ont pouvoir sur cette parure, alors notre ordre la frappe, la nuit ou le jour, et nous en faisons un sol rasé comme si, la veille, elle n'avait pas existé.
Ainsi nous avons rendu les signes intelligibles299 pour un peuple qui réfléchit.

(Bukhari, Sahih 81/1,1).
D’après ibn Abbas, le prophète a dit :
-Nombre de gens sont dupes de ces deux faveurs : la santé et les loisirs.

§ 33. — Du vin !

La vigne -élément culturel indispensable300 - ne pousse pas en Arabie centrale301 : c‘est un produit de luxe et un moyen d’affirmation de la noblesse : il est de bon ton d’en consommer sans compter, d’en parler avec talent302 et d’en partager les bienfaits.

1 — Eloges du vin
Emotion, description, adulation, adoration, vénération du vin, par des poètes sans doute grands consommateurs.

(Amir ibn Kulthum, Muallaqât).303

Éveille-toi pour nous verser de ta coupe généreuse ces vins venus d'El Andarin304.
Des vins safranés qui nous rendent prodigues, scintillent quand l'eau s'y mêle,
Et dont le goût dissipe chez ceux qui le boivent chagrins et soucis.
Devant la ronde des coupes, le plus grand des avares, pour son plaisir, y laisserait son bien.
Umm Amir305 ! Pourquoi tarder à me servir, et ne me laisser boire qu'en dernier ?
Aurais-je moins de mérite que mes compagnons pour que tu prolonges ainsi ma soif ?
Que de coupes j'ai bues à Baalbeck306 et combien d'autres à Damas et à Kaserin307 !
La Mort nous atteindra, et le destin qu'elle nous réserve nous lie, inexorable.


Le poète à la taverne
(Antara, Muallaqât).308

Après que se fussent apaisées les ardeurs de midi,
j'ai donné une pièce d'or polie et finement ciselée
pour boire un vin jailli d'une aiguière éclatante de blancheur et coiffée d'un couvercle
que j'ai approchée d'un verre jaune or