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Partie V
DES GENS
ET DES LIVRES
Juifs, Chrétiens, Iraniens
"L'islam , greffon judéo-chrétien
sur le vieux tronc du paganisme arabe"...1
"Opéra (coulisses de) :
Est le paradis de Mahomet sur terre.
(G. Flaubert, Dictionnaire des Idées Reçues).2
De nombreuses religions, sectes et hérésies cohabitaient dans le Proche-Orient, et particulièrement en Arabie, sans véritables affrontements dorigine strictement religieuse: païens arabes, chrétiens3 byzantins, persans ou éthiopiens, juifs arabisés ou non, mazdéens et dautres encore. Les sources musulmanes ne peuvent pas les ignorer, déforment leurs doctrines et leurs situations, et décrivent les traitements divers qui leur sont ensuite imposés4.
La question des influences juives, chrétiennes et mêmes perses, évidentes et intangibles, sur la religion créée par Muhammad est un sujet tabou pour les érudits musulmans, un sujet de controverse pour les chercheurs occidentaux5, bien que le phénomène soit généralement reconnu comme une évidence , un fait parfaitement admis et démontrable6. Cela n'enlève pas de caractère d'originalité à la construction mohammédienne , car une synthèse est une création.
Cest dès le début que se sont construits les dramatiques malentendus qui font souffrir lHumanité jusquà nos jours.
L'inégalité entre musulmans et infidèles.
(Ibn Taimiya, Traité de droit public 152-3).7
Ali ibn Abu Talib et Amir ibn Suayb (...) rapportent cette tradition:
-Les croyants sont égaux en matière de sang ; ils forment un seul bloc en face des autres hommes. Le plus humble dentre eux répondra de leur parole. On ne devra pas tuer un musulmans qui a tué un infidèle ; quiconque bénéficie dun pacte est inviolable dans les limites de ce pacte.
On retrouve ce hadith chez Hanbal, Abu Dawud et dautres traditionnistes.
Le dialogue inter-religieux pour un théologien modéré.8
Or, nous, Musulmans, nous nentendons rien céder,
en matière de dogme ou de pratiques religieuses.
Nous estimons quil ne sied point quon ravale lidéal
et les règles de la vie religieuse au niveau des générations dépravées et
désaxées, mais délever au contraire, c
es générations au niveau de la foi dans sa pureté et son intégrité.
Chapitre 21
Les Juifs
Les tribus juives sont nombreuses dans lArabie centrale et méridionale, et notamment autour de Yathrib9 . Ce judaïsme10 , très actif, sera la principale et première influence monothéiste sur la doctrine de Muhammad, qui sen inspire au niveau de la doctrine11 et de la pratique12 , en le déformant13 , avant de la rejeter vigoureusement14.
On remarquera quils portent essentiellement des noms arabes: ce ne sont sans doute pas des groupes issus des tribus dIsraël15, mais plutôt, comme au Yémen, des indigènes judaïsés.
La part quantifiable et linfuence de la tradition juive et finalement de la Torah16 et de ses suites dans le Coran reste considérable , par les emprunts considérables aux récits des Fils dIsraël17 , qui constituent des pans entiers du corpus coranique.
§ 83 Le Temple de Jérusalem
La construction du monument central du peuple juif18 a été décrite en grand détail par le Livre des Rois. Elle se déroule sous le règne de Salomon19 . Il est piquant de noter que Muhammad commet une bévue de plus, en lattribuant indûment à celui de David.
Le Mecquois sest intéressé au Temple pour une bonne raison. Cest en un édifice semblable quil veut transformer la petite Kaba de la Mecque.
1-La construction du temple.
Cest un moment central dans lHistoire du peuple hébreu, qui est décrit avec un luxe de précisions dans la Bible. L'ignorance de Muhammad sur le sujet l'amène à simplifier à lextrême cet épisode.
(1 Livre des Rois 6, 1-19).20
La quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des fils d'Israël hors du pays d'Egypte, la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, le mois de Ziw, qui est le deuxième mois, il bâtit la Maison du Seigneur. La Maison que le roi Salomon bâtit pour le Seigneur avait soixante coudées de long, vingt de large, trente de haut.
Le vestibule qui précède la grande salle de la Maison avait vingt coudées de long, mesurées sur la largeur de la Maison; dix coudées de large, mesurées dans le prolongement de la Maison. Il fit à la Maison des fenêtres à cadre grillagées. Il bâtit contre les murs de la Maison, tout autour, contre les murs de la grande salle et ceux de la chambre sacrée un bas-côté dont il fit des chambres annexes. Le bas-côté inférieur avait cinq coudées de large, celui du milieu, six, le troisième, sept; car on avait donné du retrait à la Maison, au pourtour extérieur, pour éviter un encastrement dans les murs mêmes de la Maison. La construction de la Maison se fit avec des pierres préparées en carrière, ainsi l'on n'entendit ni marteaux, ni pics, ni aucun outil de fer dans la Maison pendant sa construction. Lentrée de l'annexe inférieure était vers le côté droit de la Maison. Par des trappes, on ,ouvait accéder à l'annexe du milieu et, de celle du milieu, à la troisième. Après quil eut bâti la Maison et qu'il l'eut achevée, Salomon y fit un plafond à caissons dont larmature était en cèdre. Il construisit le bas-côté contre toute la Maison ; la hauteur était de cinq coudées. Il s'encastrait dans la Maison avec des troncs de cèdre.
La parole du Seigneur fut adressée à Salomon:
-Tu bâtis cette Maison ! Mais si tu marches selon mes lois, si tu agis selon mes coutumes et si tu gardes tous mes commandements en marchant d'après eux, alors j'accomplirai ma parole à ton égard, celle que j'ai dite à David, ton père.
Et je demeurerai au milieu des fils d'Israël et je n'abandonnerai pas mon peuple Israël.
Salomon bâtit la Maison et l'acheva. Puis il bâtit les parois intérieures de la Maison en planches de cèdre, depuis le sol de la Maison jusqu'aux poutres du plafond - il revêtit de bois l'intérieur - et il revêtit le sol de la maison de planches de cyprès. Il bâtit ensuite en planches de cèdre depuis le sol jusqu'aux poutres l'espace de vingt coudées qui formait le fond de la Maison ; l'intérieur, il en fit une chambre sacrée, un lieu très saint. La Maison, c'est-à-dire la grande salle qui précède la chambre sacrée, avait quarante coudées. Les boiseries de cèdre qui étaient à l'intérieur de la Maison portaient des sculptures en forme de coloquintes et de fleurs entrouvertes. Tout était en cèdre, on ne voyait pas la pierre.
Dans la partie centrale de la Maison, à l'intérieur, il aménagea une chambre sacrée pour y mettre lArche de lAlliance21 du seigneur.
(Mahomet, Coran 34/1012).22
Certes, nous avons donné à David23 une faveur issue de nous
(...)
Pour lui, ils faisaient ce quil voulait: des sanctuaires24 , des statues25 , des chaudrons grands comme des bassins, et des marmites stables.
2 La destruction du temple
Muhammad fait allusion, très brièvement, à un épisode qui a eu une grand retentissement dans les communautés juives: la destruction du Temple de Jérusalem après la chute de la ville, en 69 après J.-C.26
Dans le Coran, les Romains de Titus -sans être nommément cités- sont considérés comme les agents de la punition divine.
(Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques 7,1).27
Quand l'armée n'eut plus rien à tuer ni à piller, faute d'objets où assouvir sa fureur - car si elle avait eu de quoi l'exercer, elle ne se serait abstenue par modération d'aucune violence - César28 lui donna aussitôt l'ordre de détruire toute la ville et le Temple, en conservant cependant les tours les plus élevées, celles de Phasaël, d'Hippicos, de Mariamme, et aussi toute la partie du rempart qui entourait la ville du cité de l'ouest. Ce rempart devait servir de campement à la garnison laissée à Jérusalem ; les tours devaient témoigner de l'importance et de la force de la ville dont la valeur romaine avait triomphé. Tout le reste de l'enceinte fut si bien rasé par la sape que les voyageurs, en arrivant là, pouvaient douter que ce lieu eût jamais été habité. Telle fut la fin de Jérusalem, cité illustre, célèbre parmi tous les hommes, victime de la folie des factieux29 .
(Mahomet, Coran 17/5, 7b).
Quand viendra la réalisation de la première promesse, nous enverrons contre vous des serviteurs à nous pleins dune grande vaillance et ils pénétreront à travers les contrées et cette promesse sera tenue.
(...)
Quand viendra laccomplissement de la dernière menace, nous enverrons ces mêmes serviteurs pour quils vous donnent affliction, pour quils entrent dans le Temple comme ils y seront entrés la première fois et pour quils détruisent entièrement ce qui était superbe.
§ 84. Juifs arabes, Juifs en Arabie
La reconstitution des épisodes est délicate, car il faut sappuyer sur les sources juives et sur les sources arabes. Rien nest sûr, sauf que des Juifs sont largement présents en Arabie, du Nord au Sud. Reste à savoir sils sont vraiment arrivés de Palestine, ou sils sont des autochtones convertis. Dans ce domaine, la prudence est de rigueur.
Larrivée des Juifs à Yathrib.
(Abu al-Faraj Isfahani, Kitap al Aghani 19 - 94-98).30
Musa31 ibn Imran ... envoya des soldats contre les tyrans de ces villes our les conquérir (...) et il envoya une armée des Banu Israël contre les Amalékites32 et ordonna de tous les tuer quand ils seraient devant eux, et de nen laisser aucun. (...) Cette armée fut la première parmi les juifs à habiter Médine. Ils se répandirent dans toutes les régions de Médine à al Aliyah et semparèrent de forteresses, des biens et des champs, et restèrent longtemps à Médine.
La conversion des Himyarites.
(Ibn al Kalbi, Livre des Idoles 8 c-9a).33
Les Himyar adorèrent Nasr34 , dans une localité appelée Balka. A ma connaissance, personne de la tribu des Himyar ne porte le nom de ce dieu. Il n'est pas, non plus, fait mention de lui dans la poésie des Himyar ni dans la poésie arabe en général. Cela s'explique, je crois, par le passage des Himyar de l'idolâtrie au judaïsme au temps de Tubba35.
Lorsque Tubba revint de son expédition d'Irak, les deux rabbins qui, de Médine, lavaient accompagné, lui demandèrent de détruire Riam.
-Faites-en ce que bon vous semble, leur répondit-il. Ils détruisirent le temple, et Tubba, ainsi que les habitants du Yémen, passèrent au judaïsme.
Juifs et Arabes médinois.
(Abu al-Faraj al-Isfahani, Kitap al Aghani 19, 95-97).
Quand les Aws et les Khazraj36 sont arrivés à Médine, ils se sont installés dans les harras37. Ensuite, ils se sont répandus en dehors: certains se sont réfugiés dans des zones sèches et inhabitées et se sont implantés là ; dautre se sont réfugiés dans des hameaux déjà établis et ont vécu en commun avec les habitants. Les Aws et Khazraj sont restés là, vivant pauvrement et misérablement de leurs chameaux et chèvres, parce que Médine nétait pas adaptée au paturage. Ils ne possédaient ni palmeraies ni champ cultivable, sauf quelques-uns qui avaient pris quelques palmiers ou champs sans propriétaires. Les fermes les plus prospères appartenaient en fait aux juifs.
(...)
Les juifs sont maintenant faibles, dépendants et touchés par la crainte. Si un des Aws ou Khazraj se fâchait contre un juif à cause de quelque offense, ce dernier nallait pas voir ses co-religionnaires, mais plutôt un de ses protecteurs arabes, avec qui il vivait et il lui disait:
-Nous sommes tes protégés et alliés.
Ainsi, toutes les familles juives cherchaient refuge dans lalliance avec des familles arabes des Aws ou Khazraj, et cherchaient leur protection38 .
Des Arabes convertis au judaïsme.
(ibn Kalbi, Livre des Idoles 52c).
L'idole fut installée dans un endroit du pays de Sab appelé Balkha, où elle était adorée par les Himyar et leurs alliés. Ce culte dura jusqu'au jour où ils furent convertis au judaïsme par Dhu Nuwas.
§ 85 Lépigraphie juive
Les nombreuses inscriptions juives trouvées en Arabie (notamment au sud39 ) viennent au secours des historiens, trop dépendants de la littérature. Elles attestent surtout de limportance politique et économique de ces populations, largement autonomes par rapport aux Juifs de Palestine, et culturellment proches des Arabes.
Dédicace dun palais des Himyarites.
(Inscription de Zafar -Vème siècle avant J.-C.-).40
Yehuda41 Yakkuf a construit, posé les fondations et terminé son palais Yakrub, des fondations au sommet, avec laide et la grâce de son seigneur qui a créé sa personne, le seigneur des morts et des vivants, le seigneur du ciel et de la terre, qui a tout créé, avec la prière de son peuple, Israël, avec le soutien de son seigneur Dhat at Amar Ayman, roi de Saba, Dhu Raydan, Hadramut et Yamnat, avec le soutien de ses fils et de sa parentèle ; et pour que personne ne médise de lui ni du statut royal de la synagogue Ahlak (...)
Yehuda a écrit quon sen souvienne en bien, amen shalom, amen42 .
Stèle funéraire de Monah.
(Inscription dHégra).43
Cest la stèle et la tombe qui a été bâtie par Adnon, fils dHoni, fils de Samuel, le prince dHégra, pour Monah, sa femme, la fille dAmir, fils dAdnon, fils de Samuel, le prince de Tayma, qui est morte le mois... dAb, dans lannée 25144 , à lâge de 38 ans.
(Inscription dUsays, 528-9).
Ibrahim fils de Moghira al Awsi. Le roi al Harith ma envoyé au poste de garde de Sulayman en lannée 42345.
Le cimetière des juifs de la tribu des Banu Hasbah.
(Inscription de Hasi, sud-Yémen, -Vème siècle avant J.-C.?-).46
lliyafa Arsal Ibn Hasbah, Yagaf, Yaqimawt dhu Sufr et Ashriq dhu Sahat, grand seigneur47 des deux tribus Madha et Sufar, a concédé au Seigneur du ciel quatre parcelles depuis ce rocher en descendant jusqu'à l'enclos du cimetière pour y enterrer les juifs48 et pour s'assurer de ne pas enterrer avec eux un païen49 , ceci afin qu'elles soient légalement garanties aux juifs ; les trois parcelles et le puits qui sont dans l'enclos, qu'ils soient comme une concession à la synagogue50 Sawriel et la parcelle qui est en dessous de Sawriel de l'enclos, qu'elle appartienne à la synagogue...
Arabo-juifs du Néguev.
(Inscriptions arabes du désert du Néguev).51
Que Dieu Seigneur de Moïse52 pardonne toute faute à D-h-s-m , fils de Amir.
Que mon Seigneur pardonne à D-h-s-m fils de Amir toutes ses
fautes. Amen, Seigneur des siècles de l'univers53 .
Que Dieu, seigneur de Moïse pardonne à Ashath.
Ô Dieu!54 Pardonne à Ashath fils de Isam vivant et mort, et pardonne-lui toute faute quil ait pu avoir jamais commise. Tu es le plus miséricordieux de ceux qui font miséricorde et le plus juste de ceux qui jugent55.
Ô Dieu!56 Pardonne à Ashath fils de Isam ses fautes anciennes et récentes57, toi tu es celui qui entend, qui sait, le haut, le sublime, le puissant, le compatissant, le miséricordieux58, et pardonne-lui vivant et mort, alors quil demande à Dieu59 la protection et quil ne manque pas de le protéger de sorte quil puisse continuer son voyage.
Ô Dieu! Ô toi dont la parole saccomplit60 , dont le ciel est le trône et la terre la place de ses pieds61, pardonne à Khalid fils de Humran toute faute quil ait pu avoir jamais commise.
Ô Dieu! ô longanime, ô généreux, ô seigneur majestueux du trône62 , introduis Khalid fils de Humran dans les jardins63 des délices.
Que le seigneur pardonne à Khalid fils de Humran toutes ses fautes, petites et grandes, récentes et anciennes, secrètes et manifestes. Tu es celui qui connais les choses cachées.
Ô Dieu! pardonne à Khalid fils de Humran. A toi appartiennent la gloire et lhonneur ; tu es le haut, très-haut, et le tout-puissant64 .
Prière juive au Miséricordieux.
(Inscription sud-arabique).65
Hujr fils de Salama ; puisse Rahmanan66 exaucer sa prière.
Le Rahmann et le dieu des Juifs.
(Inscription du Yémen).67
Puisse le nom du Miséricordieux qui est au ciel, être béni et loué, et les Yisraël et leur dieu, le dieu des Juifs, qui a aidé son serviteur ahrum, sa mère Buddum, sa femme Samsum, et leurs enfants Damim, Absaar, Musrim et tous les membres mineurs de sa maison.
Le dieu des juifs contre celui des Thamoudéens.
(Inscription de Thamud).68
Que Ilshadday69 règne sur Manah!
Le soutien du Seigneur du ciel.
(Inscription de Bayt al Ashwal, -384 après J.-C.-).70
Malkikarib Yuhamin et ses fils Abikarib Asad et Dhara amar Ayman, rois de Saba, dhu Raydhan, Hadramut et Yamnat, ont construit, posé les fondations et achevé leur palais Kalam, des fondations au faîte, avec le soutien de leur seigneur, le seigneur du ciel au mois de dhul diwan, de lan 493.
Le mirhab des Juifs.
(Inscription de Nait-Yémen).71
Ilithawb Yadhaq et son fils Ayfa Yarim, du lignage de Fawqaman et de Hufn, gouverneur de dhu Hamdan et chef de Gabaran ont construit, édifié et achevé le palais Hislahan,
/ Ilithawb shalom Hislahan Ayfa72/
leur maison des hôtes73 Yaghul, leur salle d'audience Muddat et leur galerie Kawkaban, avec l'aide de Dieu qui est aux cieux, pour la vie de leurs seigneurs et pour la vie de leurs propres personnes.
Amen74 .
Prosélytisme dans le couple.
(fragment de poème dAws ibn Dani).75
Elle minvita à lislam le jour où je lai rencontrée. Mais je lui ai dit:
-Nay, deviens plutôt juive. Ainsi, tu vivras selon la Torah76 de Moïse et sa religion. Par ma vie, quy a t-il de bon dans la croyance de Muhammad? Il reste à voir qui de nous a la juste croyance. Celui qui est conduit vers la porte juste sera justement guidé.
§ 86. Coutumes juives
Pour Muhammad, les pratiques juives servent de base à sa nouvelle conception du rituel: soit il intègre lessentiel du fond et de la forme, soit il adapte, soit il prend le contre-pied. mais le ritualisme juif, contraignant au possible, reste la référence incontournable77 .
Les pratiques des juifs vues par le Coran.
(Mahomet, Coran 4/159).
Nous avons déclaré illicites, pour ceux qui pratiquent le judaïsme, des nourriture excellentes déclarées licites à lorigine, pour eux, et cela en prix davoir été iniques, de sêtre tant écartés du chemin dAllah, davoir pratiqué lusure qui leur est interdite, davoir mangé le bien des gens au nom du faux.
La souillure dans les pratiques juives.
(Bukhari, Sahih 4/ 67).78
Abu Wayl a dit Abu Musa El Ashari se montrait sévère sur la question duriner ; il rappelait que chez les Banu Israël tout vêtement souillé par l'urine était mis en pièces.
-Plût au ciel, ajoute Hodzayfa, que Abu Mousa, se fut montré plus modéré, car l'envoyé d'Allah s'approcha un jour d'un tas d'immondices et urina dessus en restant debout.
Le refus des coutumes juives.
(Dawud, Hadith 20/3170).
Lapôtre dAllah se mettait debout pour les funérailles jusquà ce que le corps soit dans la tombe. Un savant juif est venu vers lui pour dire:
-Voici comment nous faisons, etc...
Le prophète se rassit et nous dit:
-Soyez assis et faites tout différemment deux.
§ 87. Critiques du judaïsme
Le Coran est un ouvrage particulièrement hostile aux Juifs, du fait de léchec total de la prédication de Muhammad à Médine79. Les hadiths, écrits plus tard encore, sont encore plus violents. Ils sont lexpression dun anti-judaïsme beaucoup plus récent.80
La critique des savants juifs.
(Mahomet, Coran 5/68).
Pourquoi leurs maîtres et leurs docteurs ne les empêchent-ils point de dire le péché et de se nourrir grâce à la vénalité?
Combien détestable est certes ce quils se trouvent accomplir!
Limage des juifs dans le Coran.
(Mahomet, Coran 62/5).
Limage de ceux qui ont été chargés de la Thora et qui, par la suite, ne sen chargèrent point, sont à la ressemblance de lâne chargé de livres81 .
Combien détestable est limage de ce peuple qui traite nos signes de mensonges! Allah ne dirige point le peuple des injustes.
La Torah vue par lislam.
(Tabari, Tafsir 7/149).
Rabi ibn Anas a dit:
La Torah telle quelle a été révélée82 ayant le volume de soixante-dix charges de chameaux, était si importante que lon ne pouvait en lire quune partie en une année. Il ny eut que quatre personnes qui la lurent: Musa ibn Imran83, Isa84 , Uzayr85 , et Yusha ibn Nun86 .
Parodie de discours rabbinique.
(Mahomet, Coran 4/48).
Parmi ceux qui pratiquent le judaïsme, sont ceux qui détournent le discours de ses sens et disent:
-Nous avons entenu et avons désobéi!87 (ou bien), entends sans quil te soit donné dentendre88 ! Considère-nous89 !
Ils disent cela par gauchissement de la prononciation90 et attaque contre la religion.
La dégénèrescence des musulmans.
(Sufyan ibn Uyaïna).91
Quand nos savants dégénèrent, ils deviennent comme les juifs ; quand ceux qui craignent Allah dégénèrent, ils deviennent comme les chrétiens.
Présentation92 du judaïsme par un savant musulman.
(Shahrastani, Livre des religions et des sectes93 , 491-4)94 .
Hàda signifie revenir et se repentir. Ce nom de yahud, c'est-à-dire juifs en arabe leur vient de la parole de Moïse: Nous sommes revenus à Toi!', c'est-à-dire: Nous sommes revenus et nous te supplions.
C'est la communauté de Moïse. Leur Livre est la Torah, et c'est le premier Livre descendu du ciel: je veux dire qu'on n'appelait pas «Livre», mais «Feuilles», ce qui descendait sur Abraham et les autres prophètes. On rapporte95 du Prophète qu'il a dit: «Allah a créé Adam de Sa main. Il a créé le jardin d'Eden de sa main. Il a écrit la Torah de sa main», cela donne à la Torah une particularité qui la distingue du reste des Livres.
La Torah comprend plusieurs livres. Le commencement de la création est rapporté dans le premier livre, puis sont rapportés, dans chaque livre, prescriptions et sanctions, biographies et récits, exhortations et rappels.
Les Tables aussi furent révélées à Moïse, comme un résumé de la Torah. Elles comprennent les parties doctrinales et morales. Allah a dit: «Nous avons écrit pour lui sur les Tables une exhortation sur toute chose» (pour indiquer toute la partie morale), «et une explication de toute chose» (pour indiquer la partie doctrinale).
On dit que Moïse confia les secrets de la Torah et des Tables à Josué, fils de Nun, qui devait lui succéder, pour qu'il les confie aux enfants d'Aaron. Car la mission96 était partagée entre lui et son frère Aaron, du fait que Moïse avait demandé à Allah: «Associe-le à ma mission». Ainsi, Aaron était le successeur. Mais comme il mourut pendant la vie de Moïse, la succession fut reportée sur Josué, fils de Nûn, comme un dépôt, pour qu'il la transmette comme une fonction stable aux deux fils dAaron, Subayr et Sabar. Car la succession et l'imamat peuvent être, soit à titre stable, soit en dépôt.
Les juifs prétendent qu'il y a une seule Loi, qui commença avec Moïse et s'accomplit avec lui, et qu'il n'y a pas eu de Loi avant lui, mais seulement des sanctions inspirées par la raison et des prescriptions inspirées par l'intérêt commun. Ils n'admettent absolument pas l'abrogation. Ils disent qu'il n'y aura plus aucune Loi après Moïse, parce que l'abrogation concernant les ordres est versatilité97 et qu'on ne peut attribuer de versatilité à Allah.
Chapitre 22
Les Chrétiens
Le christianisme98 en tant que tel est peu présent dans lArabie centrale99 et davantage au nord et au sud, régions plus favorisées et plus avancées100, autour de grands centres tels que Hira101 et Najran102 . Mais ses idées circulent dans tout lorient103. Il sagit dun christianisme influencé par Byzance, ou sous la forme de la doctrine nestorienne (ou monophysite104 ), très populaire en Orient , et de langue et culture araméenne ou syriaque105 . Certains chercheurs émettent l'idée d'une lointaine origine chrétienne de la religion musulmane106, en particulier à travers la secte des Ebionites107 et par la langue syriaque, dans la mise à l'écrit du Coran.108 Les textes musulmans laissent apparaître une forme d'admiration pour le luxe, le prestige et l'allure des dignitaires chrétiens, l'organisation stricte des moines109 et dans un tout autre domaine, pour laustérité et la solitude des ermites110. Sur le plan doctrinal, les échanges sont limités, même si par la suite, la doctrine se structure au contact de ces mêmes chrétiens111 . Le Coran lui-même commence par sembler favorable aux chrétiens112, et finit par les reléguer à la condition des juifs, ce qui nest pas peu dire. La Tradition, elle, multiplie les exemples de brimades. Sur de nombreux points, les divergences sont fondamentales: rejet de la trinité, de la filiation divine de Jésus, de la résurrection113 , etc....114
(Tabari, Tafsir 2/62).
Daprès Ibn Abbas et Qatada, les chrétiens sont appelés Naçara car Jésus115 venait du village de Nasira116.
Le sens du mot Nazaréen.
(Ibn Kathir, Tafsir 2).
On dit quils sont appelés nasara parce quils habitent une terre appelée al Nasirah117 ... Nasara est sans doute le pluriel pour nasran.
§ 88. Points de doctrine
Avant de présenter quelques documents attestant lexistence des chrétiens en Arabie, il est utile de rappeler certains points de doctrine, ne serait-ce que pour souligner la distance existant entre cette religion et la vision que les musulmans en ont.
Voici les points essentiels du dogme, issu du Nouveau Testament118 .
1-Nicée, la doctrine officielle.
Il est indispensdable avant de commencer de observer lessentiel de la doctrine chréitenne telle quelle sest constituée depuis six siècles. Ce nest quainsi que lon peut se figurer les déformations opérées par lislam dans sa vision du christianisme. Laffaire est dimportance.
La doctrine musulmane primitive peut apparaître en effet comme un succession de refus des décisions des différents conciles119 qui ont tenté de structurer , de faire évoluer et d'unifier la doctrine chrétienne: on serait alors tenté de voir dans l'origine du mouvement musulman l'expression d'un ressentiment très violemment anti-conciliaire de la part de populations arabes situées à l'écart des grands centres, dans ce que les chrétiens appelaient "la terre des hérésies".
C'est du moins une hypothèse qui mérite d'être proposée, et qui attend une réfutation convaincante. La christologie coranique, si hérétique, trouverait là un contexte convenable pour son développement.
Le credo du concile de Nicée (381).120
Le christianisme, sujet très tôt à une grande division doctrinale, a tenté au concile de Nicée de définir un Credo121 (ou Symbole122 ) commun à tous les chrétiens. Il est utile de se rappeler ce texte pour comprendre les disputes doctrinales qui vont surgir ensuite entre chrétiens et musulmans. A en croire ce texte, il est patent que si Muhammad nignora pas lexistence christianisme, il ne comprend absolument pas le sens.
Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles.
Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, lumière issu de la lumière, vrai Dieu issu du vrai Dieu, engendré et non créé, d'une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s'est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il a souffert et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité des morts le troisième jour, conformément aux Écritures ; il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne naura pas de fin.
Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui règne et qui donne la vie, qui procède du Père123, qui a parlé par les prophètes, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ; nous croyons une seule Église, sainte, universelle et apostolique. Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés ; nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.
Amen124 .
La Trinité125 selon le concile de Constantinople (553).126
La nature ou la substance une du Père, du Fils et du saint-Esprit: lunique force ou puissance ; la Trinité consubstantielle, la divinité unique en trois hypostases127 .
2-LIncarnation.
Cest un dogme central et fondamental du christianisme, qui à lui seul a suscité des débats considérables sur plusieurs siècles. Cest au sujet des modalités de lIncarnation -le statut de la figure du Christ- que le christianisme primitif sest affronté puis divisé. Muhammad intervient au coeur de la crise, sans rien y comprendre, à lévidence.
Sajoute à cette question cruciale les problèmes du lien avec l Ancienne Alliance, et les fondements de la morale chrétienne.
(Romains 11/36).128
Mais, d'après les chrétiens, il appartenait au Christ, Verbe incarné, d'accomplir parfaitement cette prophétie. En lui, le don divin a atteint la plénitude et l'homme, associé à son double caractère de prêtre et de victime, offre un sacrifice de louange digne de Dieu, adéquat à la majesté divine, puisque Jésus est à la fois Dieu et homme, entraînant l'humanité dans son éternel mouvement de retour vers le Père :
Tout est de lui, par lui et pour lui. A lui la gloire, éternellement! Amen.
Jésus fils de Dieu et Christ.129
(Epître aux Hébreux 3, 1-7).
Ainsi donc, frères saints, qui avez en partage une vocation céleste, considérez l'apôtre et le grand prêtre de notre confession de foi, Jésus. Il est accrédité auprès de celui qui l'a constitué, comme Moïse le fut dans toute sa maison. En fait, c'est une gloire supérieure à celle de Moïse qui lui revient, dans toute la mesure où le constructeur de la maison est plus honoré que la maison elle-même. Toute maison, en effet, a son constructeur, et le constructeur de tout est Dieu. Or Moïse fut accrédité dans toute sa maison comme serviteur en vue de garantir ce qui allait être dit, mais Christ l'est comme Fils, et sur sa maison. Sa maison, c'est nous, si nous conservons la pleine assurance et la fierté de l'espérance .
La reprise de la tradition biblique par le Christ.
(Matthieu 5/17).
Ne croyez pas que je sois venu abroger la Loi130 ou les prophètes: je ne suis pas venu abroger mais parfaire131 .
Le Jésus des chrétiens: Discours sur la montagne
(Matthieu 5, 1-11, 38-48).
Ilsagit dun texte très populaire chez les chrétiens, parce quil expose une doctrine morale particulièrement ambitieuse et difficile daccès et dapplication.
Heureux les pauvres de coeur: le royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux: ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés.
heureux ceux qui ont faim et soif de justice: ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux: il leur sera fait miséricorde.
Heureux les coeurs purs: ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font oeuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque lon vous insulte, que lon vous persécute et que lon dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause demoi. Soyez dans la joie et lallégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; cest ainsi en effet quon a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
(...)
Il vous avez appris qu'il a été dit : il pour il et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. Si quelqu'un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. A qui te demande , donne ; à qui veut temprunter, ne tourne pas le dos.
Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense allez-vous en avoir? Les collecteurs d'impôts eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens n'en font-ils pas autant? Vous donc, vous serez parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
§ 89. La religion dite catholique
Même si le christianisme est divisé en plusieurs tendances, il se considère néanmoins comme universel catholikos en grec, destiné à lhumanité entière, au contraire du judaïsme.
Les auteurs byzantins aiment à décrire le monde de ce temps, comme recouvert totalement par le christianisme, un christianisme qui a tendance à recouper les frontières politiques de lempire, et correspondre à ses ambitions hégémoniques.
(Cosmas Indicopleustès, Topographie Chrétienne).132
Et ainsi de même chez les Bactriens, les Huns, les Persans, les autres Indiens, les Persarméniens, les Mèdes et les Elamites133 et dans tout le pays de Perse les églises sont innombrables avec des évêques, de très nombreuses communautés chrétiennes ainsi que beaucoup de martyrs et de moines vivant aussi en ermites. De même en Ethiopie, à Axum134, et dans toute cette région ; chez les gens d'Arabie heureuse qu'on appelle maintenant Homérites135 , dans toute l'Arabie, la Palestine, la Phénicie, dans toute la Syrie et à Antioche jusqu'à la Mésopotamie, chez les Nubiens et les Garamantes136, en Egypte, en Libye dans la Pentapole, en Afrique et en Mauritanie jusqu'à Gadeira137, dans les régions du Midi, partout où il y a des églises chrétiennes, des évêques, des martyrs, des moines, des ermites parmi lesquels est proclamé l'Evangile du Christ. De même encore en Cilicie, en Asie, en Cappadoce, en Lazique138 et dans le Pont139 comme dans les régions septentrionales où habitent les Scythes, les Hyrcaniens, les Hérules140, les Bulgares141, les Grecs et les Illyriens, les Dalmates, les Goths, les Espagnols, les Romains, les Francs et autres peuples jusqu'à Gadeira sur l'Océan vers le nord, il y a des croyants et des prédicateurs de l'Evangile du Christ, confessant la Résurrection des morts142 . Et nous voyons ainsi les prophéties accomplies sur le monde entier.
L'attrait de l'Orient.
(Aetheria, Journal de voyage).143
Au temps où la bienfaisante foi catholique144 naissante et l'immense clarté lumineuse de notre sainte religion, tard venues sur ces plages du bout de l'Occident, y eurent enfin brillé, la bienheureuse moniale Aetheria, brûlée de la flamme du désir de la grâce divine, aidée par la puissance de la majesté du Seigneur, de toutes ses forces, d'un cur intrépide entreprit un voyage à travers le monde entier. Marchant ainsi un certain temps sous la conduite du Seigneur, elle parvint aux lieux sacrés et désirables de la nativité, de la passion et de la résurrection du Seigneur et aussi auprès des corps d'innombrables saints martyrs, dans diverses provinces et villes, pour y prier et pour s'y édifier. Plus elle avait acquis de connaissance du saint dogme, plus brûlait dans son cur la flamme inextinguible du saint désir. (...) Cherchant partout tout ce qui est contenu dans tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dit encore d'elle Valerius, visitant tous les lieux où s'étaient accomplies de saintes merveilles dans les différentes parties du monde, provinces, cités, montagnes et autres déserts qu'elle avait vus signalés dans les livres, ayant soin d'aller partout dans des voyages qui durèrent de longues années, parcourant tout avec l'aide de Dieu, elle arriva enfin dans les contrées de l'Orient.
(Synode de 486).145
Maintenant et désormais, qu'aucun évêque n'établisse des obstacles ou des difficultés pour empêcher le mariage dans le pays qu'il gouverne et dans l'Eglise où il exerce ses fonctions. Il suffit des maux qui jusqu'aujourd'hui sont tombés sur nos diocèses par l'adultère et la fornication dont l'iniquité s'est répandue et est parvenue jusqu'aux oreilles des gens du dehors, de sorte que le mépris et la division se sont élevés contre nous dans la conscience de tous les peuples. Qu'aucun d'entre nous ne fasse prévaloir de force cet engagement dans son clergé soit parmi les prêtres des villages, soit parmi les clercs (c'est-à-dire les moines) qui sont sous son autorité ; mais que son enseignement sur ce point soit conforme à l'enseignement des Livres saints, et que par sa propre faiblesse il connaisse la faiblesse des autres.
§ 90. Les Arabes chrétiens
Daprès les documents chrétiens, la conversion des Arabes na pas été difficile: elle a connu de grands succès. On dit même que le premier roi converti fut arabe: Abgar V dOsrhoène , au début du IIIème siècle.
Plus tard, des régions (Syrie), des tribus entières passèrent au christianisme, comme les deux dynasties les plus importantes, les Ghassanides et les Lakhmides146. Sur un plan strictement démographique, les Arabes étaient sans doute majoritairement chrétiens au VIème siècle.
Il est important de présenter des preuves de l'existence de ces chrétiens, qui ont soit disparu, soit sont sur le point d'être totalement éliminés.147
Les sources numismatiques et épigraphiques apportent des informations totalement différentes de celles fournies par la tradition musulmane: le caractère chrétien de ce mouvement apparait clairement, pour se transformer à partir du début du VIIIème siècle. Auparavant, monnaies et inscriptions148 sont décorés de croix, Jésus est présenté comme un ressuscité, le comput hégirien est celui "des Arabes" et Muhammad ("MHMT") n'est qu'une formule chrétienne affirmant "Qu'il soit loué!".
1-La conversion des Arabes.
Si lon se tient aux textes, elle semble avoir été très facile. Mais la littérature apostolique est aussi une affaire de propagande. Lopposition entre Juifs et Arabes a peut-être favorisé le basculement.
Mission de Paul.
(Epître aux Galates 1, 17)
... Je partis aussitôt pour lArabie149, et ensuite je revins à Damas....
La conversion des Arabes au christianisme.
(Siméon le Stylite 108).150
Combien dArabes qui ne savent pas ce quest le pain, et qui ne mangent que de la chair des animaux, sont venus et ont vu le saint Siméon et sont devenus disciples et chrétiens, ont abandonné les images de leurs pères et ont servi Dieu. Il est impossible de compter les Arabes, leurs rois et leurs nobles, qui sont venus et ont reçu le baptème, ont accepté la croyance en Dieu et ont reconnu Jésus, et sur les mots de Siméon, ils ont élevés des sanctuaires dans leurs tentes.
(Jérôme, Vie de Saint Hilarion 1-12, 25).151
Quand la nouvelle que Saint Hilarion passait par là se sut, comme il avait souvent guéri les Saracènes en les libérant des esprits malins, ls hommes affluèrent pour le rencontrer, avec leurs femmes et leurs enfants, baissant la tête et criant en arabe barikna152 . Les recevant avec grace et humilité, il les exhorta à se détourner du culte des idoles et à honorer Dieu. (...) et le prêtre de Vénus, tout couronné quil fut, il se marqua du signe du Christ.
(Vie dAhudemmeh, Patrologia Orientalis III).153
Ahudemmeh, un patriarche jacobite, à la fin du Vème siècle, se lance dans une vaste et efficace politique dévangélisation.
Il était du pays des Arabes et se proposa d'évangéliser les nombreux peuples qui vivaient sous des tentes entre l'Euphrate et le Tigre et qui étaient barbares et homicides. Il brisait les idoles, faisait des prodiges. Certains campements ne le laissaient pas approcher et lui lancaient des pierres, mais il guérit la fille du chef d'un campement et le bruit de ce prodige lui facilita son apostolat. Il s'appliquait avec grande patience à passer par tous les campements des Arabes, il les instruisait et les enseigna par de nombreux discours ; il ne cessait d'ailleurs pas son jeûne parfait, ses prières et ses veilles. Il réunit par son zèle et il fit venir des prêtres de beaucoup de pays, pour eu arriver à établir dans chaque tribu un prêtre et un diacre. Il fonda des églises et leur donna les noms des chefs de leurs tribus, afin qu'ils les aidâssent dans toute chose on affaire dont elle auraient besoin.
Il attacha ensuite les curs des Arabes à toutes les perfections de la piété et plus spécialement aux dons envers les indigents. Leurs aumônes se répandaient sur tous les hommes et en tout lieu, mais plus particulièrement sur les saints monastères qui sont encore soutenus par eux jusqu'à maintenant dans leurs nécessités temporelles: le monastère saint et divin de Mar Mattay et de Kokta et de Beit Mar Sergius, et la communauté des moines qui est dans la montagne de Singar, avec tous les autres saints monastères qui sont dans les pays des Romains et des Perses ; ils faisaient de grands dons qui étaient vendus pour, des prix élevés, et ils ne se bornaient pas à faire des dons aux églises, aux moines, aux pauvres et aux étrangers, mais ils aimaient le jeûne et la vie ascétique plus que tous les chrétiens, beaucoup de personnes chez eux ne mangeaient pas de pain durant tout le temps du jeûne, non seulement les hommes, mais encore beaucoup de femmes ; ils étaient zélés et ardents pour la foi orthodoxe, et chaque fois que la sainte Église était persécutée, ils donnaient leurs têtes pour l'Eglise du Christ, surtout les peuples choisis et nombreux des Aqulayé, des Tanukayé et des Tuayé. Quand ils furent parfaits dans toutes les coutumes du christianisme, il les quitta et alla bâtir la grande et belle maison des Pesilotâ, au milieu du Beit Arbayd, dans un lieu appelé Aynqénayé. Il y placa un autel et des saints martyrs, et il appela cette maison du nom de saint Mar Sergios, l'illustre martyr, parce que ces peuples arabes aimaient beaucoup son nom et y avaient recours plus que tous les autres hommes.
2- Lattirance pour le christianisme.
Les ors du rituel, lopulence des costumes, la majesté des bâtiments, tout cela a contribué au succès du christianisme, sans compter lusage du vin. Cest du moins ce quévoquent les textes.
Le cas du perse Salman.154
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 136-7).
... alors que je passais à côté dune église chrétienne155 , jai entendu des voix dhommes en prière. Je ne savais rien deux parce que mon père me gardait cloîtré à la maison. Quand jai entendu ces voix, je suis allé voir ce quils faisaient ; leurs prières me plaisaient et je me suis senti attiré par ce culte et jai pensé que cétait mieux que notre religion, et jai décidé de ne pas partir avant le coucher du soleil. (...) Je suis allé voir les chrétiens pour leur demander sils pouvaient me dire quand une caravane de marchands chrétiens viendraient de Syrie. Ils me le dirent, et je leur ai répondu:
-Quand ils auront fini leurs affaires et voudront rentrer chez eux, demandez leurs sils peuvent me prendre avec eux156.
(Tabari, Tafsir 2/62).
Pendant quils mangeaient, Salman parlait avec le prophète et évoquait ses anciens compagnons chrétiens:
-Ils jeûnaient, disait-il, priaient, croyaient en toi et témoignaient que tu serais suscité comme prophète157.
Lorsquil eut terminé de parler et de faire léloge de ses anciens compagnons, le prophète lui dit:
-Ô Salman, ils font partie du feu.
Cette parole fut pénible à Salman dautant plus quil avait dit au prophète que sils étaient parvenus jusquà lui, ils lauraient reconnu et suivi.
Cest alors que Allah fit descendre le verset158.
Satire dun poète arabe.
(al Acha).159
Vin rouge!
Le moine le porte en procession et le présente.
Sur lui est un sceau.
Ensuite, il le place devant lui et,
plein de désir, il prie sur sa cruche.
Quss, ermite et prédicateur chrétien.160
(Ibn Kathir, Sira 101).161
Y a t-il parmi vous quelquun qui connaisse Quss?
-Ô toi pour qui je sacrifierai père et mère! Nous le connaissons tous, et moi encore plus. (...) Quss faisait partie dune tribu parmi les tribus arabes ; il a vécu 600 ans, dont 500 dans le désert et les endroits retirés. Il passait son temps à louer Allah, à lexemple du Christ ; il ne se fixait à aucun endroit, ne sétablissait dans aucune maison et ne tenait compagnie à aucun voisin ; il shabillait de frocs et faisait de longues pérégrinations, il ne se lassait pas de son isolement ; pendant ses périgrinations, il absorbait le liquide des oeufs dautruches, se suffisait de la compagnie des bêtes et jouissait de lobscurité ; il observait et méditait, réfléchissait et analysait.
Il devint donc un de ceux dont on connait la sagesse comme exemple et quon sollicitait pour dissiper les malheurs. Il rencontra Simon162, le chef des apôtres.
(Kitap al Aghani XV 236-8).163
Je tiens cette information de sources multiples, encore quau moment de la consigner elle soit seule à me revenir.
Mais si elle n'est des plus solidement fondées selon la méthode des gens des hadîth, elle n'en est pas moins des plus complètes...
Suit une autre information remontant, par six relais, à Ibn Abbâs, et selon laquelle lorsqu'une délégation des Iyâd vint se présenter au prophète, il leur demanda :
- Que devient Quss ibn Sâyda ?
- Il est mort, ô envoyé dAllah.
- Je le vois encore à la foire de Ukâz menant un chameau blanchâtre et disant d'élégantes paroles, que je n'ai pas retenues.164
- Moi je les ai retenues.
- Que lui as-tu entendu dire ?
- Voilà ce que je lui ai entendu dire... »
Suit un discours moral, en prose rythmée assonancée se terminant par ces vers :
Les générations d'anciens avant nous parties nous réservent des enseignements
quand je les vois allant à la mort et n'en plus revenir
quand je vois s'en aller mon peuple vers elles, petits et grands,
je suis sûr que là où tous s'en vont je vais aussi inéluctablement.
Et le prophète dit :
-Allah l'ait en sa miséricorde ! J'espère qu'il ressuscitera en tant qu'archétype à lui seul.
3-Epigraphie chrétienne.
Elle propose une vision plus institutionnelle de la religion chrétienne, celle des princes et des bourgeois. On y distingue aussi le rôle moteur du culte des martyrs, qui prend le relais des anciennes idoles.
Un roi chétien du Yémen.
(Inscription de Sumyafa Ashwa).165
Avec la puissance, laide, et la miséricorde de Rahmanan, de son messie et de lesprit de sainteté, on a écrit cette inscription, moi, Abraha Azlay166 le roi guèze167 , Ramhas (?) Zabayaman168 , roi de Saba, Dhu Raydan, Hadramawt et Yamnat, ainsi que de leurs Arabes de la montagne et de la plaine côtière, on a écrit cette inscription...
Dédicace dun martyrion.169
Le très illustre Silbanos, toujours puissant parmi les Arabes, a élevé aux martyrs célèbres ce sanctuaire longtemps souhaité, large sous le soleil, bien construit en de sûres enceintes. Il a agi sous les suggestions dune enfant absente, célébrée par toutes sortes de vertus, Khasidathè. A lui seul les princes phylarques170 lavaient uni en mariage.
Dédicace dun martyrion de Saint Thomas.171
Du sexe féminin, admirable chef-doeuvre, gloire de sagesse, de piété même et damour conjugal, Mawia a construit ce martyrion de Saint Thomas, aux temps de la dizième indiction172, lan 737173 .
Dédicace dun martyrion à Saint Jean Baptiste.174
(Inscription bilingue de Harran, 568).175
(arabe) Moi, Sharahil fil de Zalim, jai bâti ce martyrion176 en lannée 463, un an après la destruction de Khaybar177.
(grec) moi, Sharahil, fils de Talimu178 jai construit ce martyrion pour Saint Jean dans lannée 463, quon se souvienne de celui qui grave cela.
Inscription de la basilique de Zebed (511).179
[En grec]
« Lan 823, le 24 du mois de Gorpiaios fut achevé le martyrion de Saint-Serge sous le Périodeute180 Jean, Annéos, fils de Boukéos et Sergios, fils et petit-fils de Sergios.
Construit par Syméon, fils dAmraa, fils dHélias et Léontios, architectes.
Satorninos Azizos. Azizos fils de Sergios et Azizos, fils et petit-fils de Marabarka. »
[En Arabe]
« Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Lan 823, le 24 (du mois) Iloul, ont été posées les fondations (de léglise) et ce fut Jean le périodeute que sa mémoire soit bénie- qui en posa la première pierre et Mara qui écrivit (linscription) et Amas et Antiochos qui en furent les fondateurs. »
« Abou Sergis »
« Avec le secours de Dieu » ou « Que Dieu secours Sergios fils dAmat Manaf et Han(n)ai, fils dImrulqays et Sergios, fils de Saad et Sitr et Suraykh 181 .
Dédicace dun martyrion de Saint Serge.182
(Inscription de Zabad).183
Satorninos, Azizos, Azizos fils de Sergios, et Azizos fils de Marabarka fils de Marabarka184 .
Le 24 septembre 512 furent posées les fondations du martyrion de saint Serge, sous le périodeute Jean, Anneos, fils de Borkaios, et Sergius, fils de Sergius, fils de Sergius, le fondèrent.
Siméon, fils d'Amraas, fils d'Élias, et Léontios en furent les architectes.
Amen.185
Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit.
Le 24 septembre 512 ont été posées les fondations et c'est Jean le périodeute186 - que sa mémoire soit bénie! - qui en posa la première pierre et Mara qui écrivit et Annas et Antiochus et Sergius qui en furent les fondateurs187 .
La transformation des temples en église.
(Eglise Saint-Georges à Ezra, Arabie).188
« Le séjour des démons est devenu une demeure de Dieu. La lumière salvatrice resplendit là où les ténèbres recouvraient tout. Là où se tenaient les sacrifices des idoles, maintenant les churs des anges, là où Dieu sirritait, maintenant Dieu manifeste sa bienveillance. Un homme ami du Christ, un notable, Jean, fils de Diomédès, à ses frais, a fait ajouter en don pour Dieu un édifice digne dêtre vu, après avoir dressé en ce lieu les précieuses reliques du beau vainqueur et martyr Georges, qui lui était apparu à lui, Jean, non dans son sommeil, mais réellement. Lan 9, lan 410 (ou 41) + »
Supplique de pèlerins chrétiens.
(Inscription de Zabad, septembre 512).189
Que Dieu190 assiste Sergios fils dAmat Manaf191 et Hélias192 fils dImrul Qays, Sergios fils de Sad et Stru... et Sergios....
4- Hira, la métropole chrétienne du nord.
La ville, sur le site actuel de Najaf, en Irak, a été un centre urbain très actif, que la dynastie des Lakhmides a choisi comme capitale, et quelle a recouvert déglises et de monastères dobédience nestorienne. Elle a été conquise en 633 et vite abandonnée par la suite.
Léglise de la reine a reine Hind.193
(Yaqut, Géographie II 709).194
Cette église a été construite par Hind, fille dal Harith, fils dAmir fils dHujr, la reine, fille des rois et mère du roi Amir, fils dal Mundhir, servante du Christ, mère de son serviteur, et fille de ses serviteurs, du temps du règne du roi des rois, Khosroès Anushirwan, et du temps de lévêque Mar Iphraem.
Monastères de Hira.
(Abul Faraj al Isfahani, Livre des Monastères).195
Abu1 Faraj a dit: Parmi les monastères des Banu Alqama à al Hira se trouve le monastère de Hanzala fils de Abd al Masih ibn Alqama ibn Mâlik ibn Rubba ibn Numara ibn Lakhm. Sur la partie frontale du monastère se trouvait une inscription gravée avec du plomb sur du bois de teck:
Hanzala fils de Abd al Masîh - sanctifié soit le nom du Messie tant que durera le monde-, désirant se rapprocher de la vérité et de la foi, a construit ce saint édifice et, de même que l'on fait mention de ses proches pour demander la rémission de leurs fautes, qu'il soit fait mention de Hanzala le pécheur.
Le monastère196 de Hind l'Ancienne. C'est un monastère qui fut construit par Hind l'Ancienne, la mère de Amir Ibn Hind. Il y a, sur le devant de son église, l'inscription suivante :
Ce monastère a été construit par Hind fille d'al Harith ibn Amr ibn Hujr, la reine fille des rois, et mère du roi Amir Ibn al-Mundhir, servante du Christ, mère de son serviteur et servante de son serviteur, au temps du roi des rois Khusraw Anushirwan, et au temps de l'évêque Éphrem. Et que Dieu197, pour lequel elle a construit ce sanctuaire lui pardonne ses péchés, qu'il soit miséricordieux pour elle et pour son fils, qu'il les agrée tous deux et les raffermisse en vue d'établir le droit la vérité, et que Dieu soit avec elle et avec son fils à jamais.
Abul Faraj dit: Puis Jalfar Ibn Qudama m'a rapporté, etc.
5- Najran, la métropole chrétienne du sud.
Cette grosse ville198 , située au sud de la Mecque, sur la frontière avec le Yémen, est une étape importante de commerce des caravanes. Elle se distingue surtout par son peuplement chrétien. Ses habitants semblent en contact constant avec l'islam naissant, et pour Muhammad, ce sont les chrétiens les plus proches. Ils parviennent à faire respecter leur condition, en échange dun statut de soumission, du moins avant leur expulsion définitive par Omar.199
Des fouilles actuelles sont pratiqués sur la zone de l'ancienne ville, et elles ont révélé l'existence de milliers d'inscriptions, pas encore publiées hélas.
Lorigine des chrétiens de Najran.
(Chronique de Siirt ).200
Sur la terre de Najran au Yémen, il y avait, du temps du roi Yazdegard201 un marchand, bien connu dans son pays, qui sappelait Hayyan. Il est allé à Constantinople pour affaires et était revenu. Plus tard, il prévut daller en Perse et traversa al Hira. Là, il fréquenta des groupes de chrétiens et apprit leur religion. Il fut donc baptisé et resta là quelque temps. Enfin, il retourna au pays et là il exhorta les gens à adopter sa foi, et fit de sa famille des chrétiens, comme beaucoup de gens aux alentours. Puis des personnes le rejoignirent et laidèrent dans la conversion au christianisme du peuple du pays himyarite et de régions dAbyssinie.
(Chronique Nestorienne V 330).202
A Najran, au Yémen, vivait à lépoque de Yazdegard un grand commerçant nommé Hannan. Il fit un voyage daffaire à Constantinople. Sur le chemin du retour il voulut visiter la Perse et vint à Hira. Il y fit connaissance avec des chrétiens et apprit leurs opinions. Il fut baptisé et demeura quelque temps là. Ensuite, il retoruna dans sa patrie et chercha à répandre sa foi nouvelle. Sa famille accepta le christianisme. Il sallia ensuite avec des hommes qui laidèrent à gagner au christianisme Himyar et les pays den face.
La Kaba203 de Najran.
(al Acha).204
La Kaba de Najran est ton but, jusquà ce que tu tagenouilles à ses portes. Nous visiterons Yazid, Abd al Masih, et Qays ; ce sont les meilleurs de ses maîtres.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 20-22).
Lorigine du christianisme à Najran vient dun homme appelé Faymiyun, qui était juste, sérieux et ascétique, et dont les prières étaient entendues. Il se promenait entre les villes. Dès quil était connu dans lune il allait dans lautre, mangeant seulement ce quil avait gagné, parce que cétait un maçon itinérant employant la technique de la brique de terre205. Il allait dans le désert et priait là jusquau soir.
Alors quil continuait son travail dans un village syrien, en sécartant des autres hommes, un des habitants appelé Salih comprenant quel genre dhomme il était, fut pris dune grande affection envers lui. Il partit par le sud et atteignit la terre des Arabes, qui les attaquèrent et une caravane les emporta et les vendit à Najran. Les gens de Najran suivaient la religion des Arabes adorant un grand palmier. Chaque année, ils avaient une grande fête où ils accrochaient les plus belles décorations et les bijoux des femmes. Faymiyun fut vendu à un noble et Salih à un autre ...
Un soir comme Faymiyun priait avec sérénité, le maître fut pris dadmiration et lui demanda sa religion. Faymiyun lui dit et dit quil était dans lerreur. (...) Après sêtre purifié et avoir pratiqué deux rakat206 , il invoqua Allah contre larbre et Allah envoya un vent qui lui arracha les racines et labattit sur le sol. Alors le peuple de Najran adopta sa religion et il lui apprit les lois de Isa207 ibn Maryam208 .
Les notables chrétiens de Najran.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 401-2).
Une députation des chrétiens de Najran vint auprès de l'apôtre. Il y avait soixante cavaliers, quatorze d'entre eux étant des nobles parmi lesquels il y avait les trois principaux, qui contrôlaient les affaires, c'est-à-dire:
-Le aqib209 , chef du peuple, un homme d'affaires, et leur conseiller principal dont l'opinion dirigeait leur politique. Son nom était Abdul Masih210.
-Le sayyid211 , leur administrateur, qui s'occupait des questions de transports212 et des affaires générales. Son nom était al Ayham.
-Leur évêque, érudit, chef religieux qui contrôlait les écoles, Abu Haritha, de la tribu des Banu Bakr ibn Wayl.
(...)
Les noms des quatorze principaux cavaliers parmi les soixante étaient:
Abdul al Masih le Aqib, al Ayham, le sayyid, Abu Haritha ibn Alqama, frère des banu Bakr ibn Wayl ; Aws ; al Harith ; Zayd ; Qyas ; Yazid ; Nubayh ; Khawaylid ; Amir ; Khalid ; Abdullah, Johannes213 ; parmi eux, seuls les trois premiers ont parlé à l'apôtre.
6-Les chrétiens du Hedjaz.
Quelques individualités se distinguent, dans lenturage de Muhammad, ou parmi les opposants à Médine. Chaque fois, les historiens chréitens se sont interrogés sur linfluece que ces personnages ont pu avoir sur la construction de la foi de Muhammad.
Un savant chrétien de la Mecque.
(Bukhari, Sahih 96/15).
Récit d'Aïsha: Khadija était alors accompagné par son cousin Waraqa ibn Nawfal (...), qui était le fils de son oncle paternel, le frère de son père, et qui était devenu chrétien durant la période pré-islamique. Il écrivait les Evangiles en arabe autant quAllah lui permettait d'écrire. Il était déjà un vieil homme et avait perdu la vue.
Des chrétiens à la Mecque?
(Yabubi I 298).214
Parmi les clans arabes chrétiens, il faut mentionner ceux des Quraysh.
Un ermite chrétien de Médine.
On a très peu étudié le thème des opposants à Muhammad ; ce personnage est pourtant particulièrement intéressant: Abdallah est un ami du roi de Médine, et son départ, accompagné de nombreux disciples, laisse à penser quil y eut une âpre lutte dans la ville dès larrivée du chef des musulmans215.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 194-5).216
Un habitant de Médine, nommé Abu Amir, l'un des principaux de la tribu d'Aus, avait été croyant. On l'appelait Abdallah le Moine217 . N'ayant pas été bien traité par le prophète, il avait apostasié et s'était rendu à la Mecque, en entraînant avec lui cinquante jeunes gens218 qu'il avait séduits et qui avaient apostasié. Depuis lors le prophète l'avait toujours appelé coquin. Vivant à la Mecque avec ses compagnons, il avait suivi l'armée mecquoise219.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 411-2).220
Avec lui221, il y avait un homme des Aws, à qui les Aws obéissaient, Abu Amir Abdu Amir ibn Sayfi ibn al Numan, de la famille des Banu Dubaya ibn Zayd, le père de Hanzala (...). Il avait été ascète durant la période païenne et portait un grossier manteau de peau222, et il était appelé "le moine". (...)
Abu Amir avait grossièrement refusé de croire et avait abandonné son peuple, quand celui-ci se soumit à l'islam, et il alla à la Mecque avec dix de ses disciples, pour fuir l'islam et son prophète...
L'apôtre a dit:
-Ne l'appelez plus "moine", mais "malfaiteur".
Un bédouin chrétien.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1707).223
On m'a rapporté que Adi ibn Hatim des Tayyi224 disait:
-Aucun Arabe n'a détesté le messager d'Allah autant que moi, quand j'ai entendu parler de lui pour la première fois. En ce qui me concerne, j'étais un noble, un chrétien, voyageant parmi mon peuple, collectant le quart de leurs prises de guerre. Je professai ma propre religion, et la façon dont j'étais traité , c'était comme si j'étais un roi chez moi.
J'ai entendu parler du messager d'Allah, et je l'ai détesté (...).
-O Adi, (...) j'ai vu des bannières, je225 me suis informé et on m'a dit que c'était l'armée de Muhammad.
Je lui ai demandé d'apporter mes chameaux, ce qu'il fit, j'ai pris ma famille et mes enfants et je lui ai dit que j'allais rejoindre mes co-religionnaires en Syrie.
(...226 )
Puis il dit:
-Adi, n'es-tu pas à moitié chrétien et à moitié sabéen?
J'ai répondu:
-Oui.
-Et ne vas-tu pas parmi ton peuple pour collecter le quart de leurs prises de guerre?
-Je l'ai admis et il a dit:
-Mais ce n'est pas permis par ta religion!
-En effet.
Et j'ai réalisé qu'il était le prophète envoyé par Allah, qui sait ce qui n'est pas su227.
Parole de Quss ibn Sayda, prédicateur à Okaz.
(al Jahiz, Bayan I 247).228
Celui qui vit va mourir,
celui qui meurt disparaît,
et chaque chose qui doit arriver arrivera.
7-Sectes et hérésies.
Du montanisme jusquaux plus obscures hérésies arabes, le christianisme sest émietté en une multitude de communautés plus ou moins durables. Avec le recul, cette floraison peut être considéré positivement: un signe de vitalité, et un facteur denrichessement culturel. Il faut tout dabord noter que pour Jean de Damas229 , lislam nest quune hérésie chrétienne poussée à lextrème, et que le christianisme sest divisé avant tout sur des points de doctrine230 et daprès des ambitions politiques, comme dans le cas de lislam.
En Orient, trois tendances principales se sont constituées, quon peine à nommer hérésies tant elles ont eu dimportance, par tous les soutiens populaires ou politiques quelles ont obtenus, et par leur influence sur le christianisme orthodoxe et lislam: larianisme231 , le monophysisme232 et le nestorianisme233 .
La plupart des chrétiens n'y comprennent rien, et les musulmans, encore moins que rien, ce qui ne les empêchent pas de s'exprimer.
Une première hérésie arabe.
(Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies 5,122).234
Les fidèles de Monoimus235 lArabe assurent que le principe originel de lunivers est un homme premier fils dun homme. (...) et Monoimus assure que le fils de lhomme est i, qui compte comme 10, le nombre principal dans lequel est inhérent lexistence de tous les nombres en général, et à travers chaque nombre en particulier, se trouve, comme pour la génération de lunivers, le feu, lair, leau, la terre...236
Les disputes théologiques entre chrétiens.
(Mahomet, Coran 5/17).
De ceux qui disent:
-Nous sommes chrétiens. Nous avons reçu alliance.
Toutefois, ils ont oublié une partie de ce par quoi ils ont été édifiés et nous avons excité entre eux lhostilité et la haîne jusquau jour de la Résurrection.
Alors Allah les avisera de ce quils se trouvaient accomplir.
Les dissensions dans les communautés chrétiennes.237
(Mahomet, Coran 42/13).
Les premières communautés ne se sont divisées par mutuelle insolence qu'après que la science fut venue à elles.
N'eût été un arrêt qui a précédé, de ton seigneur, reportant à un terme fixé, il aurait été décidé entre elles.
En vérité, ceux qui ont hérité l'Ecriture238, après ces premières communautés sont certes en un doute profond concernant cette révélation.
La différence de traitement entre les Nestoriens et les monophysites.
(Lettre de lévêque Ichoyab III).239
Ces Arabes névitent pas seulement de combattre le christianisme, ils recommandent même notre religion, et font des présents aux couvents et aux églises. (...)
Les Arabes ne supportent pas du tout ceux qui soutiennent que Dieu aurait été crucifié240 .
La préférence des Nestoriens.
(Lettre dAbdallah al Hachimi à Abdal Amsih al Kindi).241
Les Nestoriens, tes coreligionnaires, sont, sur ma vie, parmi les gens de la spéculation théologique près des vrais croyants ; ils penchent le plus vers notre conception - celle des musulmans -. C'est eux dont le prophète a loué la religion ; c'est à eux qu'il a accordé pacte et alliance. Il leur a donné le droit à la protection, obligatoire pour lui et ses compagnons. Il leur a donné une lettre à ce sujet et un document, lorsqu'ils vinrent chercher protection quand le pouvoir lui vint en mains et lui fut assuré.
Le Nestorianisme.242
(Shahrastani, Livre des religions et des sectes 521-7).
Ce sont les adeptes du sage Nestorius, qui se manifesta au temps d'al Mamun243 et utilisa arbitrairement les Évangiles. Il est dans le même rapport aux chrétiens que les mutazilites244 à notre Loi.
D'après lui, Allah est un, à trois hypostases: l'Existence, la Science et la Vie. Ces hypostases ne s'ajoutent pas à l'essence, mais ne lui sont pas identiques.
Le Verbe s'est uni au corps de Jésus, non point par voie de mélange (comme disent les melkites, ni par voie de manifestation en lui (comme disent les jacobites), mais comme la lumière du soleil qui resplendit dans la fenêtre ou sur un cristal, ou comme la gravure qui se manifeste dans la cire lorsqu'elle y a été imprimée par le sceau.
La doctrine qui ressemble le plus à celle de Nestorius sur les hypostases, ce sont les «états» du mutazilite Abu Hagim. Nestorius affirme en effet l'existence de propriétés différentes appartenant à une chose une. En disant «une», il veut dire quAllah est un par la substance, c'est-à-dire qu'Il n'est pas composé de deux genres, mais qu'Il est simple et un. Quant à la Vie et la Science, il entend par là deux hypostases, deux substances, c'est-à-dire deux principes initiaux du monde. Il explique ensuite que la Science, c'est la raison et le Verbe. Ses propos reviennent finalement à affirmer que Allah est existant, vivant245, raisonnable, comme le disent les philosophes pour définir l'homme, avec cette différence que ces nw'àni" sont distincts les uns des autres dans l'homme, parce qu'il est une substance composée, tandis quAllah est une substance simple, non composée.
Certains d'entre eux disent quAllah a d'autres attributs, tels que la puissance, la volonté etc., mais ils n'en font pas des hypostases comme la Vie et la Science.
Parmi eux, certains vont jusqu'à dire que chacune des trois hypostases est vivante, est raisonnable, est dieu. Mais les autres affirment que le nom de «dieu» n'est pas donné aux hypostases séparément.
Ils affirment que le Fils a toujours été engendré du Père, mais ne s'est incarné et uni au corps du Christ qu'à sa naissance, en sorte que la venue à l'existence porte seulement sur le corps et l'humanité.Le Christ est un dieu et un homme qui se sont unis. Ce sont deux substances, deux hypostases, deux natures: une substance éternelle et une substance introduite à l'existence, un dieu parfait et un homme parfait. L'union de l'un et de l'autre n'a supprimé ni l'éternité de l'éternel, ni la venue à l'existence de ce qui y a été introduit, mais tous deux sont devenus un seul Christ, une seule volonté. Ils changent parfois les mots: à la place de substance, ils mettent « nature », et à la place d'hypostase, individu.
Quant à leur doctrine sur la mise à mort et la crucifixion, elle s'oppose à la doctrine des melkites et des jacobites. Ils disent que la mise à mort a atteint le Christ du point de vue de son humanité, mais non du point de vue de sa divinité. Car Allah est impassible.
(Ibn Kathir, Tafsir 3, 172).
Sad ibn Batriq, le patriarche dAlexandrie, et un célèbre érudit chrétien, ont écrit que 400 après lHégire, un conseil chrétien a eu lieu sous le règne de Constantin, celui qui a construit la ville qui porte son nom. Dans ce conseil, les chrétiens ont abouti à ce quils appellent le Grand Accord, qui est en fait la Grande Trahison. Il y avait plus de 2000 patriarches à ce conseil, comme ils étaient en grand désarroi, ils se sont divisés en beaucoup de sectes, dont les membres étaient 20, 50 ou 100!
Quand le roi a vu quil y avait plus de 300 patriarches qui avaient la même idée, il saccorda avec eux et adopta leur croyance. Constantin, qui était un philosophe déviant, les soutint et en lhonneur de cette secte, des églises furent construites, la doctrine fut enseignée aux enfants, qui étaient baptisés dans cette foi, et des livres furent écrits. Le roi oppressait les autres sectes. Un autre conseil engendra la secte appelée les Jacobites, et les nestoriens se constituèrent dans un troisième conseil.
Ces trois sectes saccordent pour considérer Isa comme étant divin, mais se disputent sur la façon dont sa divinité est liée à son humanité ; sil y a une unité ou si Allah est incarné dans Isa! Les trois sectes saccusent mutuellement dhérésie ; nous, nous croyons quils sont tous trois des incroyants.
§ 91. Le christianisme vu par lislam
Après avoir observé la situation du christianisme, sur le plan doctrinal et social, il sera utile voir comment lislam a considéré cette religion.
Pour cela, le plus simple est de distinguer les discours selon les types de sources.
1-LHistoire musulmane des religions.
Dans une époque où des savants soumis à lislam tentaient de comprendre le monde dans lequel ils vivaient, au prix de gros efforts intellectuels, et en prenant de grands risques, certains ont osé observer les systèmes étrangers. Ce ne sont en aucun cas des analyses objectives. Les doctrines sont déformées, soit pour correspondre aux conceptions islamiques, soit par ignorance, soit pour accroître leur ridicule. Ainsi, on ne apprend peut-être plus sur lislam et ses préjugés, que sur le christianisme, par exemple.
Présentation du christianisme par un musulman.
(Shahrastani, Livre des religions et des sectes 521-7).
Ils sont la communauté du Christ Jésus, fils de Marie: c'est lui qui a été vraiment envoyé après Moïse et qui avait été annoncé dans la Torah. Il a été pourvu de signes manifestes, tels que rendre la vie à des morts, guérir l'aveugle de naissance et le lépreux. Son existence même et sa nature étaient un signe parfait de sa véracité, puisqu'il n'est pas venu au monde à partir d'un sperme antérieur, et qu'il a parlé avant qu'on le lui ait appris. Alors que tous les prophètes reçoivent la révélation à quarante ans, Allah lui révéla la parole au berceau246 et lui révéla le message à trente ans247 . La durée de son appel fut de trois ans, trois mois et trois jours.
Lorsqu'il eut été élevé au ciel, les apôtres et d'autres divergèrent à son sujet. Leur désaccord ne porte en définitive que sur deux questions.
La première est la modalité de sa descente du ciel, de son union à sa mère et de l'Incarnation du Verbe.
La seconde est la modalité de son Ascension, de sa jonction aux anges et de l'unification du Verbe.
Quant à la première, ils confessent l'Incarnation du Verbe, et discourent sur la modalité de l'union et de l'Incarnation.
Pour les uns, le Verbe a illuminé le corps qu'il a pris comme la lumière illumine un corps transparent.
Pour d'autres, il s'est imprimé en lui comme la gravure s'imprime dans la cire.
Pour d'autres, il s'est manifesté en lui comme ce qui est spirituel se manifeste en ce qui est corporel.
Pour d'autres, la divinité a revêtu l'humanité.
Pour d'autres, le Verbe s'est mêlé au corps du Christ comme le lait se mêle à l'eau.
Ils affirment quAllah a trois hypostases248 . Ils disent que le Créateur est une seule substance, et ils entendent par ce mot: «ce qui subsiste par soi», et non pas la spatialité et le volume. (Dieu serait) donc un par la substantialité, trois par l'hypostaticité. Par les «hypostases», ils entendent les attributs comme l'Existence, la Vie, la Science, c'est-à-dire le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Mais seule la Science, à l'exclusion des autres hypostases, a revêtu un corps et s'est incarnée.
Quant à l'Ascension du Christ, ils disent qu'il a été tué et crucifié. Les juifs l'ont tué par jalousie et par impiété, parce qu'ils refusaient d'admettre son caractère prophétique et son rang, mais sa mise à mort n'a pas atteint dans le Christ la part divine, elle a seulement atteint la part humaine.
La perfection de la personne humaine, disent-ils, réside en trois choses: la prophétie, l'imamat249 , la royauté. Les autres prophètes possédaient
ces trois qualités ou certaines d'entre elles. Mais le rang du Christ est plus élevé, car il est le Fils unique. Il est sans pareil, et il n'y a pas de commune mesure entre lui et les autres prophètes: c'est par lui qu'a été pardonnée la faute d'Adam, et c'est lui qui jugera le monde.
Ils sont en désaccord sur sa descente du ciel250 . Pour les uns, il reviendra avant le jour de la Résurrection", comme le disent les musulmans. Pour les autres, il ne reviendra qu'au jour du Jugement.
Après avoir été tué et crucifié, il descendit. Simon Pierre vit sa forme physique, le Christ lui parla et en fit son successeur. Puis il quitta ce monde et monta au ciel.
Son successeur fut Simon Pierre. Parmi les Apôtres, c'est lui qui l'emportait en science, en ascèse et en éducation. Mais Paul troubla sa mission, se fit son associé, changea le caractère de son discours en y mêlant le discours des philosophes et ses propres pensées insidieuses ". J'ai vu dans l'épître que Paul écrivit aux Grecs:
-Vous pensez que le rang de Jésus est comme celui des autres prophètes, mais il n'en est pas ainsi. Il n'est sembable qu'à Melchisédech, roi de paix, à qui Abraham donna la dîme, et qui bénit Abraham et lui oignit la tête251 .
Combien est surprenant ce que rapportent les Évangiles, à savoir que le Seigneur aurait dit:
-« Tu es le Fils unique »252 .
Celui qui est «unique», comment est-il comparé à l'un des hommes ?
Ensuite, quatre des Apôtres se réunirent et chacun rassembla un livre qu'il appela l'Évangile. Ce sont Matthieu, Luc, Marc et Jean. La finale de l'Évangile de Matthieu est la suivante:
-«Je vous envoie aux nations comme mon Père m'a envoyé à vous. Allez donc, et appelez les nations au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint».
Quant au prologue de l'Évangil'e de Jean, c'est: « Le Verbe était de toute éternité, et le Verbe était auprès de Dieu, et Dieu était lui-même le Verbe, et tout fut par Lui » .
Les chrétiens se sont ensuite divisés en soixante-douze sectes253 . Il y en a trois grandes: les melkites, les nestoriens, les jacobites. Elles ont eu des ramifications: julianistes, apollinaristes, macédoniens, sabelliens, photiniens, paulianistes, etc.
Limmaculée conception: version musulmane.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois II 251-2).
On nest pas d'accord quant à l'époque de la naissance de Jésus. Quelques-uns disent qu'il est né six mois après la naissance de Jean254 ; d'autres disent qu'il a vu le jour trois ans après Jean. Le Coran rapporte l'histoire de la naissance de Jésus et la conception de Marie en ces termes:
Mentionne dans le Coran Marie, lorsquelle se retira de chez sa famille à un endroit exposé au soleil. Elle se cacha derrière un voile. Nous lui envoyâmes notre Esprit, qui prit devant elle la figure d'un homme255 . Il est raconté dans les commentaires que Marie n'avait pas eu ses menstrues256 avant sa treizième année ; et, quand elle les a eues deux fois, et qu'elle venait d'être purifiée de ses troisièmes menstrues257 , Allah envoya Gabriel vers elle, afin quil souffle dans sa manche et qu'elle conçut Jésus. Amram, le père de Marie, était mort. On dit qu'il était mort à l'époque où Marie se trouva dans le sein de sa mère, qui, après la mort d'Amram, avait consacré Marie au service dAllah. Alors Marie se trouvait sous l'autorité de Zacharie dans cette cellule du temple258, et nul autre que lui n'entrait chez elle. Amram avait un frère nommé Jacob ibn Matan, qui avait un fils qu'il avait également consacré. Ce fils s'appelait Joseph, et, après la mort de son père, il avait été élevé dans le temple, le même que Marie. Zacharie confia le service du temple à ce cousin de Marie, qui, quand il eut atteint comme elle l'âge de treize ans, apprit le métier de charpentier. Il servait dans le temple et y exécutait tout ouvrage de charpenterie qu'il y avait à faire.
Zacharie ne laissait personne pénétrer auprès de Marie, excepté Joseph. Quand il avait une occupation, il lui donnait la clef de sa cellule, pour lui rendre les services dont elle aurait besoin. Or, lorsque Marie fut délivrée de ses troisièmes menstrues, Joseph lui porta de l'eau dans la cellule pour se laver la tête, comme il est dit dans le Coran:
-Lorsqu'elle se retira de chez sa famille, etc. ..
Alors Gabriel se présenta à elle devant le rideau qu'elle avait tiré sur elle. Elle avait fini de se laver la tête, elle s'était purifiée et s'était couverte de son vêtement. Gabriel se montra à elle sous la figure de Joseph le charpentier. Marie n'avait jamais vu d'homme excepté Joseph et Zacharie. En voyant Gabriel, elle pensa que c'était Joseph, et elle dit:
J'implore la protection de Allah contre toi, etc... 259
-Tu es venu pour me voir nue, ou pour avoir commerce avec moi.
Gabriel, voyant qu'elle le craignait, lui dit:
-Je suis l'envoyé dAllah, je dois te donner un fils saint260 c'est-à-dire pur de toute souillure. Allah l'a créé dans ton sein. Quand Marie comprit que ce n'était pas un homme qui lui parlait, elle se tranquillisa et lui répondit en disant:
-Comment aurais-je un fils, puisque jamais homme ne ma touchée, et je ne suis pas une pécheresse?
Il répondit:
-Il en sera ainsi. Allah a dit: Cela est facile pour moi, etc...261
Gabriel dit:
-Allah a dit: je veux créer cet enfant sans père, et j'en ferai un prophète. C'est l'arrêt du Seigneur de faire naître de toi un enfant sans le concours d'un homme. Allah l'a appelé Jésus et Messie. Quand il naît, donne-lui également ce nom. On dit que Gabriel lui parla encore, comme il est dit dans le Coran: Allah t'annonce son Verbe ; il sappellera le Messie, Jésus, fils de Marie.262 Allah appelle ce fils qui est dans ton sein son Verbe. Il l'a créé en disant: Sois, et il est sans être engendré par un homme. Son nom est Messie et Jésus. Messie est un symbole ; il sera appelé ainsi, parce que, partout où il imposera sa main à un malade, le malade guérira à l'instant, ou si c'est un aveugle, celui-ci recouvrera la vue.
Puis Gabriel ajouta:
-Il sera illustre dans ce monde et dans l'autre. Il sera des familiers de Allah, et il parlera aux hommes dans son berceau et dans son âge mûr, et il sera du nombre des justes... Allah lui enseignera le Livre de la sagesse, le Pentateuque et lEvangile, et il sera son prophète auprès des enfants d'Israël. 263
Lorsque Marie eut entendu ce portrait de Jésus, elle comprit que Gabriel était l'envoyé de Allah qui voulait l'élever, et non un homme qui voudrait la séduire. Elle se tranquillisa, et elle crut à la parole de Allah et à la révélation que Allah de lui venait envoyer par la bouche de Gabriel, et elle fut convaincue de sa vérité, et ne conserva dans son cur aucun doute. Allah a loué Marie dans le Coran en ces termes:
-Et Marie, fille dAmram, qui conserva sa virginité, etc... 264 . Quand Gabriel eut réconforté le cur de Marie, il souffla sur elle, par ordre de Allah, et Marie conçut de ce souffle pur, comme il est dit dans le Coran. Jésus resta dans le sein de sa mère, et, lorsqu'elle priait, il adressait des louanges à Allah.
La disparition du Jésus musulman.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois II 262-3).
Mohammad ibn Jarir dit que Jésus resta trois ans au milieu du peuple, mais, dans les livres qui traitent des récits des prophètes, il est dit qu'il ne resta que deux ans. Vers la fin de sa vie, il revint à Jérusalem, après l'événement de la table descendue du ciel265 . Les juifs résolurent de le tuer et gagnèrent l'amitié du roi de Jérusalem, nommé Hérode le Jeune266, qui suivait la religion des Grecs267 . Ils lui dirent:
-Jésus est un magicien qui séduit le peuple.
Hérode leur donna l'ordre de le tuer. Alors ils cherchèrent à s'emparer de Jésus, mais celui-ci se cacha ; ils ne le trouvèrent dans aucune maison. Une nuit il était avec ses disciples dans une maison et leur dit:
-Priez cette nuit pour moi.
Mais ils tombèrent dans un lourd sommeil. Jésus leur dit:
-Vous m'avez livré à mes ennemis. Il arrivera aussi que vous me reniez, et il arrivera que vous me trahissiez.
Le lendemain, un des disciples, nommé Siméon268 , sortit. Les juifs le saisirent, en disant:
-C'est un compagnon de Jésus. Montre-nous où est Jésus.
Siméon dit:
-J'ai abandonné Jésus et je ne suis pas de ses amis. Il renia donc et devint infidèle. Les juifs saisirent aussi un autre disciple269 qui était sorti et lui dirent:
-Montre-nous où est Jésus ou nous te mettrons à mort.
Le disciple dit:
-Si vous ne donnez une récompense, je vous dirai où il se trouve.
Ils consentirent. Ce disciple vendit Jésus pour trente dirhams270 et les amena à la maison où Jésus se trouvait. Les juifs le saisirent et le lièrent des pieds à la tête, et les disciples s'enfuirent. Les Juifs dirent à Jésus:
-Tu as exercé la magie devant les hommes et tu as dit que tu ressuscites les morts ; pourquoi maintenant ne te délivres-tu pas d'entre les mains des hommes? Ils le traînèrent à un endroit où ils avaient préparé une croix pour le crucifier, et un grand nombre de juifs se rassemblèrent autour de lui. Ils avaient un chef nommé Isua 271 , qui était également parmi eux. Quand ils voulurent attacher Jésus à la croix, Allah l'enleva à leurs regards et donna la forme et l'aspect de Jésus à Josué, leur chef. Lorsque Jésus disparut, ils restèrent stupéfaits et dirent:
-Il emploie la magie et s'est dérobé à nos yeux ; attendez un peu, l'effet de la magie sera bientôt passé, et il reparaîtra, car la magie na pas de durée. Quand ils regardèrent, ils virent Josué entièrement ressemblant à Jésus, et ils le saisirent. Il dit:
-Je suis Josué.
Ils répondirent:
-Tu mens, tu es Jésus, tu t'es dérobé à nos regards par la magie, maintenant la magie est passée et tu es devenu visible. Il proclama en vain qu'il était Josué. Ils le tuèrent et l'attachèrent à la croix. Quant à Jésus, Allah l'éleva au ciel comme il est dit dans le Coran:
Ils ne l'ont pas tué, etc...
Le rôle de lempereur Constantin selon un théologien musulman.
(Ibn Kathir, Tafsir 3).
Les chrétiens sont restés ainsi jusquau troisième siècle, quand un roi grec appelé Constantin est devenu chrétien dans le but de détruire le christianisme. Constantin était soit un philosophe, soit quelquun de particulièrement ignorant.Constantin a modifié la religion chrétienne en enlevant des choses, et en rajoutant des choses. Il a établi les rituels du christianisme et la soit-disante grande alliance, qui était en fait la grande trahison. Il leur a permis de manger de la viande de porc, de changer la direction de la prière quIsa avait établie vers lest, a construit des églises pour Isa, et a ajouté dix jours de jeûne pour racheter un péché quil avait commis, comme il la dit. Ainsi, la religion de Isa est devenue la religion de Constantin, qui a construit plus de 12 000 églises, temples et monastères pour les chrétiens, et une ville portant son nom, Constantinople.
LHistoire sainte chrétienne par un musulman.
(Ibn Khaldun, Muqaddima III 31).272
Les juifs furent jaloux de Jésus et le traitèrent d'imposteur. Hérode, leur roi, écrivit à Auguste273, empereur romain, et l'excita contre Jésus. Auguste donna aux juifs la permission de le mettre à mort. Ce fut l'histoire de Jésus, telle qu'elle est rapportée dans le Coran274 .
Les apôtres se divisèrent en groupes divers. La plupart ,entre eux se rendirent au pays des Romains, où ils appelèrent à la foi chrétienne. Pierre fut le plus grand de tous les apôtres275 . Il s'établit à Rome, capitale des empereurs romains. Alors, ils écrivirent l'Évangile révélé à Jésus, en quatre versions correspondant à leurs différentes traditions. Matthieu écrivit son Evangile à Jérusalem, en hébreu276. Il fut traduit en latin par Jean, fils de Zébédée, un des apôtres. Lapôtre Luc écrivit son Évangile en latin, pour un grand dignitaire romain. L'apôtre Jean, fils de Zébédée, écrivit un Evangile à Rome. Pierre écrivit son Évangile en latin277 et l'attribua à son disciple Marc. Ces quatre versions de lEvangile diffèrent entre elles. En outre, elles ne contienent pas que la Révélation pure, mais celle-ci y est mêlée aux paroles de Jésus et de ses apôtres. La plus grande partie de ces versions de l'Évangile est faite de sermons et de récits. Les lois y sont peu nombreuses278.
Les apôtres se réunirent en ce temps-là à Rome et définirent les règles de la communauté chrétienne. Ils les placèrent sous l'autorité de Clément, disciple de Pierre, et y notifièrent la liste des livres qu'il faut accepter et qui doivent guider l'action des chrétiens.
La dégénèrescence des musulmans.
(Sufyan ibn Uyayna).279
Quand nos savants dégénèrent, ils deviennent comme les juifs ; quand ceux qui craignent Allah dégénèrent, ils deviennent comme les chrétiens.
Le danger chrétien.
(Jahiz, al Radd alal Nasara).280
Ils traquent ce qui est contradictoire dans nos traditions, nos rapports qui ont la moindre ligne de transmission281 suspecte, les versets ambigus de notre Ecriture. Ensuite ils isolent les esprits faibles parmi vous et interrogent les gens du peuple sur ces sujets, sur ce quils pourraient savoir des affaires des hérétiques et des maudits manichéens. De plus, ils sadressent souvent aux érudits et aux puissants parmi nous, entraînant la dissenssion parmi les gens importants et perturbant les faibles. Ce qui rend les choses encore pires, cest que chaque musulman estime quil est un théologien et que personne nest plus capable que lui de discuter avec ces déviants.
2-Les chrétiens dans les chroniques musulmanes.
Au cours de sa sanglante aventure théologico-politique, Muhammad rencontre quelques chrétiens: affectueux comme Waraqa, sceptiques comme Amir le rahib, hostiles, comme les Rums de Syrie. On repère ici ou là dautres traces de contacts, dans des contextes très divers. Cela napprend rien sur le fond, a priori, mais les réactions musulmanes sont toujours significatives.
La non-circoncision.
(Ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 850).
Un jeune esclave chrétien non-circoncis fut tué avec Othman282 et alors qu'un des compagnons étiat en train de dépouiller les morts des Thaqif283, il dénuda l'esclave pour le voler, et vit qu'il n'était pas circoncis. Il appela alors avec la voix la plus forte et disant:
-Arabes, venez voir! Allah sait que les Thaqif ne sont pas circoncis!
Mughira ibn Shuba le retint, parce que cela linquiétait que cette nouvelle ne circule parmi les Arabes, et il lui dit de ne pas dire cela, parce que l'homme concerné était seulement un esclave chrétien.
Ensuite, il dénuda les autres corps pour montrer qu'ils étaient bien circoncis.
Une vision de Jésus par Muhammad.
(Musa ibn Uqba).284
Quand je dormais, jai rêvé que jallais autour de la Kaba quand un homme avec les cheveux longs est apparu entre deux hommes, sa tête ruissellante deau. Quand jai demandé qui il était, on ma dit:
-Jésus, fils de Marie.
Alors je me suis retourné et jai vu un homme rouge, avec les cheveux bouclés, borgne. Il semblait que son oeil était un grain de raisin surnageant.
Jai demandé qui il était et on me dit:
-LAntéchrist285 .
Un chrétien inspirateur de Muhammad?
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 260).
Selon mes informations, lapôtre avait lhabitude de sinstaller à al Marwa devant la baraque dun jeune chrétien appelé Jabr, un esclave des Banu al Hadrami, et ils dirent:
-Celui qui enseigne à Muhammad la majorité de ce quil apporte est Jabr le chrétien, esclave des Banu al Hadrami. Alors Allah révéla en référence à ces paroles...286
Habilité rhétorique et assurance théologique.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 403).
... l'apôtre leur dit287:
-Soumettez-vous!288
Ils dirent:
-Nous sommes déjà soumis.
Il dit:
-Vous n'êtes pas soumis, alors soumettez-vous.
Ils dirent:
-Non! Nous avons été soumis avant toi.
Il dit:
-Vous mentez. Vos allégations selon lesquelles Allah a un fils, votre vénération de la croix289, et votre nourriture avec du porc, ce sont des choses qui vous éloignent de la soumission.
Ils répliquèrent:
-Mais alors, qui est son père, Muhammad?
L'apôtre resta silencieux et ne répondit pas290 .
(Ibn Kathir, Tafsir 5).
Le polythéisme et lincroyance des chrétiens.
Allah a décrété que les chrétiens étaient des incroyants à cause de leur revendication selon laquelle Isa fils de Miriam était Allah. Allah est plus saint que tout ce quon lui attribue. Allah se souvient deux de sa merveilleuse capacité sur tout...
(Ibn Kathir, Tafsir 30).
Ils291 ont modifié la religion du Messie, ajoutant des choses et enlevant des choses. Ils ont commencé par prier vers lest, et ont mis les rites du samedi292 au dimanche.
Ils ont vénéré la croix, autorisé quon mange du cochon, ont adopté des innovations telles que la fête de la croix, la messe, le baptême, le dimanche des psaume293 s et dautres épisodes. Ils ont nommé un pape, comme chef, des évêques, des prêtres et diacres, et ils ont inventé le monachisme.
3-Les chrétiens dans la Sunna.
Certains hadiths évoquent les chrétiens et leur sens, quand il peut être établi, est dune |