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Partie 6
LE LIVRE DES PAYS
-Ô envoyé d'Allah , repris-je , prie Allah quil donne laisance à ton peuple.
Les Persans et les Grecs , qui cependant dadorent pas Allah ,
sont à leurs aises et ont reçu les biens de ce monde.
Le prophète , qui était accoudé , se mit sur son séant et dit:
-Comment! Cest toi , ibn al Khattab , qui parles ainsi.
Ces peuples-là ont reçu par avance de bonnes choses durant la vie de ce monde1 .
-Demande pardon pour moi , ô envoyé d'Allah , répliquai-je.
Omar ibn Khattab2
§ 168. Présentation.
Cette quatrième partie3 présente dabord le contexte général dans lequel va évoluer lindividu Muhammad , de la naissance jusquà lage de 40 ans: tout dabord , la situation des deux grandes puissances voisines , Byzance et la Perse des Sassanides , ainsi que leurs vassaux arabes respectifs , Ghassanides et Lakhmides. Un intermède sera ensuite consacré à lobservation de quelques événements historiques dont on retrouve la trace dans la mentalité collective arabe , à travers ce document exceptionnel que constitue le Coran.
Le contexte suivant a pour objet la région du Hedjaz et ses deux centres , la Mecque et Yathrib , et leurs évolutions récentes et respectives , comme villes , marchés , sanctuaire. Le personnage-clé , Muhammad , nest pas encore présent physiquement. Il lest en fait grâce à la description dun milieu très particulier , qui sera celui de toute son existence et qui dans tous les domaines le façonnera. Il faut sy ahabituer pour comprendre à quel point la notion dindividu nexiste pas dans ces sociétés archaïques.
Cette partie a donc pour but de rappeler une sorte dévidence: la révolution politico-religieuse musulmane na pas fait irruption ex-nihilo dans l'Histoire des hommes.
Chronologie politique de lArabie de 450 à 605.4
464: Sarahbil Yakuf roi dHimyar.
473: Amor Kesos nommé phylarque des Arabes par lempereur byzantin Léon II.
474: Aswad remplace al Mundhir à Hirah :
474:mariage avec la fille dAmir ibn Hugr.
476: révolte des Samaritains : attaque de Césarée.
488: Kavadh roi des Perses sassanides.
c. 490: Saga des Himyarites: Hassan Tubba envoie son neveu Hartih ibnAmir à lattaque de Hira.
491: Anastase I empereur à Byzance.
494: al Mundhir ibn al Mundhir remplace Aswad à Hirah.
496: Martadilan Yanuf roi dHimyar.
500: Numan II ibn Aswad au pouvor à Hirah.
500: Les Arabes Scènites5 battus par Eugenios en Euphratesia.
500: Agar ibn Arith repoussé de Palestine.
502: Début de la guerre entre Kavadh et Anastase I
503: Mort de Numan II dHirah après un combat contre les Perses.
503: Règne dAbu Yafur à Hirah pendant deux ans.
503: Echec dun complot juif pour livrer Constantia à Kavadh.
505: Trève de sept ans entre Byzance et la Perse.
505: Al Mundir III ibn Numan roi dHirah épouse Hind bint Harith.
513: Arrivée des Kushites à Himayr.
513: envoi dun évêque à Himyar par Anastase I ?
513: guerre de Maadi Karib Yafur contre Kata et lalliance des Banu Talabat et al Mundir III
515: campagne de Yusuf Asar roi de Mimyar contre les Abyssiniens à Zafar , Mukha et Najran.
518: Justin I empereur.
Le négus Ella Asbeha prépare linvasion de Himyar.
522: Sumu Yafa Aswa fortifie Kanè pour se prémunir contre les Abyssins.
Massacre dHimyarites en Abyssinie.
523: Attaque de Yusuf contre Najran: deuxième persécution.
523:Simon de Beth Arsham informé par Tayiyayè et Maaddayè.
523:Envoyés de Yusuf arrivés à la cour dal Mundir.
524: Siméon écrit en Syrie.
524: Daus Dhu Talaban appelle lempereur Justin à laide.
524: Daus envoyé à Axum.
524: Navires byzantins confisqués.
524: Conférence de Ramallah.6
525: Qais ibn Khuzaa de Maadd senfuit de la cour de Shumu-Yafa.
525:Yusuf , abandonné , est tué par les Abyssins dans une bataille navale.
526: Ella Asbeha nomme Sumu Yafa roi.
526: Harith ibn Amir senfuit de chez Diomèdos , gouverneur byzantin de Palestine.
526: al Mundir attaque les Ghassan.
526: al Mundir repoussé dans le désert par une armée byzantine
527: reprise de la guerre entre Kavadh et Justin.
527: Justinien devient empereur.
527: Nomination comme phylarques de Harith ibn Galabat et Abu Karib ibn Galabat.
529: le brigand Julianos devient roi des Samaritains.
529: Répression de la révolte en Samarie.
529: Présence de Harith ibn Amir à Hirah.
531: ambassade de Julianos à Ella Asbeha et Shumu Yafa.
531: proposition de paix de Justinien et refus de Kavadh.
531: règne de Khosroès I en Perse.
532: trève entre Justinien et Khosroès I.
532: retour de al Mundir à Hirah.
532: al Mundir gouverne Bahrayn et le Yamama.
533: prise du pouvoir de Abraha à Himyar.
533: Himyar refuse de payer le tribut au Négus.
534: expédition des Abyssins contre Abraha.
536: mort de Ella Asbeha.
536: Abraha reconnu roi par le nouveau Négus.
539: essai darbitrage byzantin entre Harith ibn Galaba et al Mundir.
539: ambassade de Yazid pour Abraha dans lHadramut.
539: rupture de la digue de Marib.
539: accord de paix en Himyar.
540: reprise de la guerre , entre Khosroès I et Justinien.
540: Silko Basiliskos7 de tous les Ethiopiens.
544: envoi dambassades auprès dAbraha.
544: expédition dAbraha contre Maadd.
545: trève entre Justinien et Khosroès I.
546: meurtre du fils dHarith ibn Galaba par al Mundir.
554: al Mundir tué après une bataille contre Harith ibn Galaba.
554: Amir succède à al Mundir à Hirah.
554: Abu Murrah appelle à laide Khosroès I contre Abraha.
561: paix entre Byzance et les Perses8 .
565: règne de Justin II à Byzance.
565: répression anti-monophysites à Byzance.
570: Année de lEléphant.
570: mort dAbraha.
570: épidémie de variole.
570: inter-règne à Hira.
570: règne de Yaksum ibn Abraha à Himyar.
572: règne de Masruq ibn Abraha à Himyar.
572: fuite de Maadi Karib ibn Saif Abu Murrah dHimyar vers Khosroès I.
572: reprise de la guerre entre Khosroès et Justin II.
575: mort de Masruq au combat contre les Perses.
575: Maadi Karib roi dHimayr.
575: départ des Perses dHimyar.
577: Qabus nommé roi à Hirah.
575: Maadi Karib assassiné par des Abyssins.
575: retour des Perses en Himyar.
578: Hormizd IV remplace Khosroès I en Perse.
578: Abdication de Justin II.
578: arrivée au pouvoir de Maurice Tibère à Byzance.
580: al Mundir IV règne à Hirah.
582: règne effectif de Maurice à Byzance.
582: règne de Numan III ibn al Mundir à Hira.
590: anarchie en Perse.
602: occupation du territoire des Lakhmides par les Sassanides.
604: mort de Numan III.
604: nomination de gouverneurs perses en Arabie.
Chronologie ancienne.
(Pseudo-Sébéos, Chronologie).9
La 14ème année de Xosrov, Phokas devint empereur des Grecs et régna 8 ans. Ainsi la 1ère année de Phokas correspond à la 14e de Xosrov.
La 20ème année de Xosrov, roi des Perses, devint empereur des Grecs Eraklos, fils d'Eraklos, et il régna 30 ans. Ainsi la 1ère année d'Eraklos correspond à la 22ème de Xosrov.
La 17ème année de l'empereur Eraklos, devint roi des Perses Kawat, fils de Xosrov, et il régna un an. Ainsi la 1ère année de Kawat correspond à la 17e d'Eraklos.
Ensuite Artasir régna 3 ans. La 1ère année d'Artasir correspond à la 20e d'Eraklos.
Ensuite Bbor la Bambisu, la fille de Xosrov, régna deux ans. La 1ère année de la Bambisu correspond à la 21e d'Eraklos.
Ensuite Yazkert régna 20 ans. La 1ère année de Yazkert correspond à la 23ème d'Eraklos.
Chapitre 29
Les puissances voisines
LArabie centrale du VIème siècle est une région très réduite et très peu importante en considération des grandes puissances voisines10. Dans la tradition musulmane , dans le Coran lui-même , apparaissent des allusions nombreuses à ces Etats autrement prestigieux , et à leurs luttes perpétuelles11 et aux peuples qui se distinguent des Arabes12.
L'Arabie elle-même est isolée, évité, contenue: les relations avec l'extérieur sont discontinues et fragiles. Le contenu même du Corpus coranique en est le résultat: tout ce qui provient de l'extérieur de ce territoire (des brides de textes, de doctrines, des mots éparpillés) y apparaît comme transformé, déformé, adapté. C'est la preuve culturelle de l'absence de véritable relation suivie entre la région et le reste du monde.
§ 169. Le regard arabe.
Cest le point de vue dun peuple tenu à lécart , dominé culturellement ,subissant toutes sortes d'influences, qui prend une brusque revanche , grâce à ladoption appropriée dune idéologie offensive et totalitaire.
Il sagit pour Muhammad de rejeter les références culturelles extérieures , connues par les commerçants mecquois13. C'est ainsi, en négatif , que se construisent bon nombre d'usages suivis par les premiers musulmans.
Faire comme les Perses et les Romains.
(Muslim , Sahih 4 /824).
Il14 regarda vers nous alors que nous étions debout , et il fit le geste de sasseoir. Nous nous sommes assis et nous avons dit notre prière avec sa prière en position assise. Après la salutation , il dit: vous étiez sur le point dagir comme ceux des Perses et des Romains. Ils se tiennent debout devant leurs rois , qui sont assis15 . Alors ne le faites pas. Suivez vos imams16 .
Science politique.
(Ibn Hisham , Conduite de lenvoyé dAllah 744).
Il17 séloigna de la présence de lapôtre en ayant constaté comment ses compagnons le traitaient. Quand il faisait ses ablutions , ils couraient pour récupérer leau qui avait utilisée. Quand il crachait , ils se ruaient sur le crachat. Si un cheveu tombait de sa tête , ils se précipitaient pour le récupérer. Il retourna chez les Quraysh et dit:
-Je suis allé voir Chosroès dans son royaume , le César dans son royaume , le Négus18 dans son royaume , mais je nai pas vu un roi parmi son peuple comme Muhammad et ses compagnons. Jai vu un peuple qui ne labandonnera pour aucune raison...19
Lettres aux puissances voisines.
Ces lettres sont considérés par lensemble des historiens comme des faux , constitués a posteriori pour rehausser limportance du dirigeant musulman. Mais ils sont omniprésents dans la tradition , et ils serviront de modèles pour la correspondance des souverains musulmans20.
(Muslim , Sahih 19/4382).
... le prophète avait écrit à Chosroès roi de Perse , César21 , empereur de Rome , Négus , roi dAbyssinie22 et à dautres dirigeants pour les inviter à se soumettre à lislam.
Promesse
(Ibn Sab , Tabaqat I/1 , 134). 23
Protégez-moi et suivez ma parole , et bientôt , et bientôt vous serez maîtres des empires voisins des Perses et des Romains.
(Tabari , Tafsir 3/26).
Qatada a dit: il nous a été rapporté que le prophète avait demandé à son seigneur quil remette les royaumes des Perses et des romains entre les mains de sa communauté. Allah lui révêla le verset:
-Dis! Ô Allah! Maitre de la royauté! Tu accordes la royauté à qui tu veux et retires la royauté à qui tu veux...
(Ibn Kathir , Sira 321).24
Il a ajouté que le mot Négus veut dire roi chez les Abyssins. C'est l'équivalent de César chez les Romains , et Khosroês chez les Perses.
En effet , tous ceux qui ont dominé la Syrie et le pays des romains sont appelés du nom de César : ceux qui gouverné la Perse , sont appelés du nom de Khosroês , ceux qui ont gouverné l'Egypte , Pharaon , ceux qui ont dominé Alexandrie , Mukawkis , ceux qui ont gouverné le Yémen et Shahr , Tubba , ceux qui ont dominé l'Abyssinie , le Négus , ceux qui ont gouverné la Grèce ou , pour d'autres , l'Inde , Ptolémée25 , et pour ceux qui ont dominé le pays des Turcs , Khakân26.
Les ancêtres mythiques des peuples.27
(Ibn Sad , Tabaqat I 31-32).28
Le prophète a dit:
-Shem est lancêtre des Arabes , Ham celui des Abyssins , et Yafith29 , celui des Romains.
(...)
Noé a laissé trois fils , Shem30 , Ham et Yafith. Shem est devenu lancêtre des Arabes et des Perses , Ham celui des Abyssins , Berbères et Coptes : et Yafith celui des Turcs , Saqlabis , Gog et Magog.
(...)
Les Arabes , Perses , Nabatéens , Sindhis , et Bindis sont les descendants de Shem ibn Nuh.
(...)
Les Nabatéens sont les descendants de Nubayt ibn Mash ibn Iram31 ibn Nuh.
(...)
Les Romains sont les descendants de Nitti ibn Yunan32 ibn Yafith ibn Nuh.
(...)
Les descendants de Sham parlent 18 langues , ceux de Ham , 18 langues , ceux de Yafith , 36 langues.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois II 396-7).
Le premier signe33 fut que la voûte du palais de Madayn34 s'écroula deux fois , et sa réparation coûta chaque fois un million de dirhams35 . Parwiz demanda aux astrologues ce que signifiait cet accident. Ils lui dirent:
-Un événement nouveau va se passer dans le monde , une religion nouvelle va surgir.
Un autre signe fut qu'un pont près de Madayn fut , pendant que Parwiz y passait , emporté par le fleuve , et que Parwiz faillit tomber dans l'eau. Le rétablissement de ce pont exigea une dépense de cinq cent mille dirhams. Un autre signe fut que , Parwiz étant un jour dans son appartement et faisant la sieste , un homme y entra par la porte , tenant dans sa main un bâton de bois , et lui dit:
-Ce Mohammad est dans la vérité : si tu ne crois pas en lui , il brisera ta religion comme je vais briser ce bâton.
Et , en prononçant ces paroles , il brisa le bâton. C'était un ange , qui vint deux fois , parlant ainsi à Parwiz.
Un autre signe fut que les habitants de Rum se concertèrent et tuèrent leur roi et toute la famille royale. Ce roi était Maurice36 , le même qui avait secouru Parwiz , en envoyant son fils Théodose pour le replacer sur le trône et qui l'avait fait triompher de Bahram. Après avoir tué Maurice , les habitants de Rum mirent sur le trône Phocas. Théodose vint auprès de Parwiz et lui dit:
-Tu sais quels services t'a rendu mon père. Maintenant qu'il a été tué , agis envers moi comme mon père a agi envers toi.
Parwiz traita le fils de Maurice avec bonté et le fit partir avec douze mille hommes commandés par un sipahbad37 , nommé Farrukhân , afin de le replacer sur le trône. Il envoya un autre général , nommé Sadrân , contre Jérusalem , pour en chasser tous les chrétiens et rejoindre ensuite Farrukhân. Lorsque Shadrân arriva à Jérusalem , les chrétiens de cette ville avaient caché sous terre la croix. Il leur enjoignit de la lui apporter : sur leur refus , il fit mettre à mort trois mille chrétiens et dodeurs chrétiens. Enfin ils la lui remirent , et on l'envoya à Parwîz , qui la plaça dans son trésor. Farrukhân , de son côté , entra en Rum , et fit la conquête de tout le pays , pour le rendre à Théodose. Cependant les habitants de Rum se concertèrent et dirent: Nous ne voulons pas du fils de Maurice , qui voudra venger sur nous la mort de son père. Alors Farukhân resta dans ce pays et y exerça le pouvoir. Les habitants de La Mecque et de l'Irâq furent très heureux de cet événement et dirent:
-Les Perses dont pas de livre sacré , pas plus que nous. Nous sommes donc leurs égaux. Or ils ont fait la conquête de Rum , et il n'y aura plus jamais de roi grec en Rum.
Alors Allah informa le prophète que les Perses , ayant vaincu les Grecs , seraient vaincus à leur tour par ceux-ci : et il lui révéla le verset suivant38 :
Les Grecs n'ont-ils pas été vaincus dans une contrée voisine? Mais , après avoir été vaincus , ils triompheront dans quelques années. 39 .
Les amis du Prophète furent très satisfaits , et Abu Bakr al Siddîq alla au temple de La Mecque (ceci se passait avant la Fuite40 ) , communiqua ce fait aux Quraysh et leur récita ce verset. Obal ibn Khalaf , dit:
-Cela est impossible , Mohammad ment : jamais les Grecs se seront plus vainqueurs.
Abu Bakr répliqua:
-Je parie avec toi que , d'ici trois ans , ils remporteront la victoire.
Ce pari fut conclu. Lorsque le prophète en eut connaissance , il dit à Abu Bakr:
-Ne fixe pas le terme à trois ans , mais à sept , car le mot quelques employé dans le Coran signifie de trois à neuf : augmente la gageure et recule le terme.
Abu Bakr porta a gageure à cent chameaux , et fixa avec Obal le temps à sept années. Après cela , le prophète resta encore cinq ans à La Mecque. Il était depuis deux ans à Médine lorsque les Grecs remportèrent la vidoire , et que l'empire échut à Héraclius. Après avoir chassé les Perses et Farrukhân de Rum , Héraclius , en les poursuivant , vint attaquer le roi de Perse et le mit en fuite. Parwîz arriva à Daskara , qui est sur la route de Hajjaj et qu'on appelle Daskara al Malik. Cette ville , défendue par une grande et solide forteresse , était la plus grande ville du Sawâd de l'Irâq. Lempereur conclut la paix avec Parwiz et retourna en Rum.
Alors Allah dit: « Ce jour là les croyants se réjouiront» etc. 41
Le sens de ce verset est que , lorsque les chrétiens de Rum obtinrent la victoire , les croyants furent heureux d'un événement qui affligea les Quraysh incrédules. A la même époque où les Grecs furent victorieux , les incrédules firent avancer une armée vers le puits de Badr. Lorsqu'il apprirent que les Grecs avaient triomphé , ils furent découragés et Allah les confondit.
La victoire des Grecs eut la cause suivante: après que Farrukhân eut gouverné pendant sept ans en Rum , Héraclius , étant endormi une nuit dans une église , eut un songe: il vit un ange descendre du ciel et jeter autour du cou du roi de Perse une corde , qu'il fit tenir à Héraclius. Celui-ci , s'éveillant , dit:
-Allah m'a donné un signe.
Il rassembla une armée , envahit l'Irâq avec soixante-dix mille hommes , attaqua le roi de Perse , le mit en fuite et ravagea toute la Perse.
Les astrologues ayant annoncé à Parwîz qu'il naîtrait dans sa famille un enfant mal constitué , qui aurait la couronne à sa place , il fit enfermer tous ses fils dans la forteresse de Daskaral et plaça auprès d'eux des gardiens , afin qu'aucune femme ne pénétrât près d'eux. Par cette mesure , il indisposa contre lui ses fils. Il fit également mettre en prison les troupes qui étaient revenues de Rum parce qu'elles avaient pris la fuite. Ses soldats aussi conçurent des sentiments hostiles à son égard. Ensuite Parwîz conclut la paix avec le roi de Rum , qui retourna dans son pays , et lui-même quitta la forteresse.
§ 170. "Les Romains": l'empire byzantin.
Lempire byzantin connait des troubles politico-militaires au début du VIIème siècle , qui laffaiblissent face aux Perses puis aux Arabes42 . Le règne de Phocas savère particulièrement catastrophique. Il sachève par le rétablissement dHéraclius et ses fils43 . Lempire continue dexercer sa souveraineté sur lOrient , malgré les troubles dus aux nomades et aux divisions théologiques. Ce sont les Rhomaioi , en grec , ce qui a donné Rum44 ou Rumi en arabe , manière de nommer les Occidentaux pour des siècles.
Après la victoire rapide des Arabes sur les Perses, ce sont les territoires byzantins qui subissent leurs assauts. La doctrine musulmane se construit dans ce contexte de lutte, et le Coran lui-même doit sa composition à la volonté de concurrencer sur le plan religieux le christianisme impérial.
1. Un empire puissant et tourmenté.
Lempire est encore dans son premier âge dor , à la suite du règne de Justinien.45 Mais les discordes religieuses46 et les usurpations laffaiblissent au point dencourager les agressions perses.
L'empire chrétien47 .
(Cosmas Indicopleustès , Topographie Chrétienne 1 ,75).48
L'empire des Romains participe ainsi à la dignité du royaume du seigneur Christ car il transcende , autant qu'il est possible dans cette existence , tout autre pouvoir et il demeurera invaincu jusqu'à la consommation finale car on a dit « Jamais il ne sera détruit » 49 ... Et j'affirme avec confiance que , bien que des ennemis barbares se soient élevés un court moment contre la puissance romaine en punition de nos péchés , cependant , par la puissance de celui qui nous gouverne , l'empire demeurera invincible pourvu qu'il ne restreigne pas , mais qu'il élargisse l'influence du christianisme. C'est en effet le premier Etat qui a cru au Christ avant les autres et cet empire est le serviteur des règles établies par le Christ en vertu desquelles Dieu , qui est le Seigneur de tout , le conservera invaincu jusqu'à la consommation finale...
Lautorité des Byzantins.
(Muhallabi , Masalik).50
Lorsquune église avait besoin de réparations , dit-on , il était de pratique des Byzantins de réquisitionner les étrangers qui se trouvaient dans leurs villes. Anciennement , avant lislam , les Quraysh voyageaient en Syrie-Palestine pour commercer. Une fois , Omar entra précisément au moment où lon avait besoin dimposer la corvée aux étrangers , et il dût se soumettre à la corvée dans léglise durant plusieurs jours51.
(Maximus le Confesseur , Relatio Motionis § 13).52
Jaime les Romains parce que nous avons la même foi , et les Grecs , parce que nous avons la même langue.
Largent des Romains.
(Corpus coranique d'Othman 3/68).53
...Et parmi les détenteurs de lEcriture , il en est , si tu leur confies un quintar54 , te le rendent , tandis quil en est qui , si tu leurs confies un dinar55 , ne te le rendent que lorsque tu les harcèles.
(Cosmas Indicopleustes , Topographie chrétienne II 77).56
Il existe un autre signe de la domination des Romains , que Dieu leur a accordé , je veux dire le fait que toutes les nations font commerce avec leur devise , et quà chaque endroit , dun bout à lautre de la terre , elle est acceptée et admirée par chaque homme et chaque royaume.
La valeur des troupes byzantines.57
(Ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 901-2).
Un groupe d' hypocrites58 ... qui accompagnaient l'apôtre , alors qu'il partait pour Tabuk59 , disaient les uns aux autres:
-Penses-tu que combattre contre les Byzantins , c'est un peu comme une guerre entre Arabes? Par Allah , nous avons déjà l'impression de te voir enchaînés...
La mort de Maurice Tibère en 602.
(Sébéos , Histoire dHéraclius 21).60
La quatorzième année du règne de Chosroès , et la vingtième année du règne de Maurice , larmée grecque qui se trouvait en Thrace , se révolta contre lempire et se donna pour roi un cerrtain Phocas. Toutes les troupes marchèrent dun commun accord sur Constantinople , firent mourir Maurice et ses fils et placèrent Phocas sur le trône impérial. (...) Il y eut alors de grands troubles dans lempire romain , dans la capitale , à Alexandrie dEgypte , à Jérusalem , à Antioche , partout on prenait les armes pour sentretuer.
La révolte contre Phocas.
(Sébéos, Histoire dHéraclius 16 61 ).
Il y eut alors de grands troubles dans lempire romain, dans la capitale, à Alexandrie dEgypte, à Jérusalem, à Antioche. Partout on prenait les armes pour sentretuer.
Lempereur Phocas donna lordre de mettre à mort tous les rebelles, qui refusaient de reconnaître son autorité. Il y eut de nombreux massacres dans la résidence impériale. Puis Phocas envoya un seigneur nommé Bonos avec une armée contre les villes dAntioche et de Jérusalem, et contre dautres lieux. Celui-ci partit, châtia par le glaive Antioche et Jérusalem, et ruina nombre de villes de la région.
Ce fut alors que se révolta contre Phocas le général Héraclius qui occupait avec son armée le territoire dAlexandrie62 ; il sempara par la force du pays dEgypte. Du côté de la Syrie, le général Nersès, qui commandait dans la Mésopotamie syrienne, en fit autant; il entra avec son armée dans la ville dEdesse et en prit possession. Mais une autre armée qui avait marché contre lui vint assiéger la ville et le tint bloqué avec ses troupes.
(Ibn Kathir , Tafsir 30).
Qui étaient les Romains?
A propos des Romains , ils étaient les descendants dal Iys ibn Ishaq ibn Ibrahim.. Ils étaient les cousins des enfants dIsraël , et aussi connus sous le nom de Banu Asfar63.
Ils suivaient la religion des Grecs , qui étaient les descendants de Japhet fils de Noé , les cousins des Turcs. Ils vénéraient les sept planètes , et ils priaient en direction du pôle nord. Cest eux qui ont fondé la ville de Damas et ont construit son temple avec une niche à prière en direction du nord. Les Romains ont suivi cette religion jusquà environ 300 ans après lépoque du Messie. Le roi qui dirigeait la Grande Syrie le long du croissant fertile était appelé César. Le premier à entrer dans la religion fut Constantin fils de Costas64 , dont la mère était Maryam al Hilaniyya 65 as Shadqaniyya , de la terre de Harran. Elle est devenue chrétienne avant lui , et la invité à la nouvelle religion. Avant cela , il était un philosophe , et il la suivie.
2. Lempire et les Arabes.
Sur son flanc sud-est , Byzance longe la terre des Arabes. Lempire tente dadopter une politique combinant sécurité et économie , en alternant les coups de force et la négociation , en déléguant la défense à des tribus alliées66 .
(Théophanès , Chronographie 141).67
La même année68 , il y eut une invasion des Arabes appelés Saracènes69 en Euphratesia70 . Eugenios , un homme habile à la fois en paroles et en actes , qui commandait larmée dans cette région , les rencontra à Bithrapsa , dans la Syrie Première71 , et les défit au combat. Les Arabes vaincus étaient les tributaires des Perses et ils étaient de la tribu du phylarque72 Naaman73.
Au même moment , Romanos était commandant de larmée en Palestine , un excellent homme. Grâce à une bonne organisation et un bon commandement , il captura au combat Ogaros , le fils dArethas74 (...) avec un grand nombre de prisonniers. Avant la bataille , Romans avait défait et mis en fuite un autre Saracène , du nom de Gabala75 , qui avait conquis la Palestine avant la venue de Romanos. A la même époque , lile de Iotabè , qui se trouve sur la Mer Rouge et était sujette à lempereur des Romains , lui payant un considérable tribut , mais occupée entretemps par les Arabes saracènes , fut libérée par Romanos après de durs combats , et rendue aux marchands romains , pour vivre sous leurs propres lois , pour importer des marchandises des Indes et amener la taxe prévue à lempereur.
(Théophanes , Chronographie 179).76
A la même période77 , le dux78 de Palestine se disputa avec le phylarque79 des Saracènes soumis aux Romains. Inquiet , le phylarque vint alors se réfugier dans la zone-frontière. Quand Alamoundaros80 entendit cela , il se mit à sa poursuite , le captura , le tua , prit ses femmes et ses enfants , et repartit. Alors , les duces81 de Phénicie , Arabie , Mésopotamie et le phylarque se mirent à le chasser. Quand il le sut , Alamoundaros82 partit pour le territoire indien là où aucun Romain nest jamais allé. Les Romains ont capturé les tentes des Saracènes et ont pris beaucoup de prisonniers , hommes , femmes , enfants , et autant de captifs romains quils ont trouvés , plus des chameaux , des moutons , des boeufs et de la soie et des vêtements.
Desprit dindépendance à la volonté de domination.
(Poème dAbid al Abras contre Imr ul Qays).83
Si tu penses que tu dois chercher du secours auprès de lempereur , tu mourras comme un Syrien. mais pour nous , nous refusons à nous soumettre à la direction dautres hommes , jusquà ce que nous les dirigions nous-mêmes , sans rênes.
3. Jérusalem.
Une cité toute particulière84 , pour son passé et son avenir , à ce moment occupée par Byzance85 , avant de subir l'invasion musulmane86. Elle joue aussi un rôle considérable dans l'eschatologie musulmane, voire même dans la construction du phénomène islamique.
(Ibn Khaldun , Muqaddima IV).87
Jérusalem est la mosquée éloignée88 . A lorigine , au temps des Sabéens , le site était occupé par un temple de Vénus. Les Sabéens y faisaient une offrande dhuile , quils répandaient sur le rocher qui se trouve à lintérieur.
Hérode rebatit le temple de Jérusalem daprès le plan de Salomon. Il y mit tous ses soins et le termina en six ans. Puis Titus , empereur des Romains , vint combattre les Israélites , les défit et les soumit à son autorité. Il détruisit Jérusalem et son temple. Dans l'emplacement de celui-ci , il ordonna de cultiver un champ.
Par la suite , les Romains embrassèrent la religion du Messie89 , qu'ils se mirent à vénérer. Puis leurs empereurs oscillèrent entre l'adoption et le rejet du christianisme qu'au règne de Constantin. La mère de celui-ci , après s'être convertie , se rendit à Jérusalem pour chercher la planche de bois sur laquelle , selon les chrétiens , le Messie aurait été crucifié90. Les prêtres lui apprirent cette planche avait été jetée par terre et quelle était enfouie sous les balayures et les ordures. Hélène lexhuma et bâtit l'église dal Qumama sur l'emplacement des ordures. Les chrétiens croient que cette église était batie sur la tombe du messie. Hélène détruisit ce qui était resté du temple et ordonna qu'on répandit le fumier et les ordures sur le rocher , de sorte qu'il fut entièrement recouvert qu'on n'en distinguat plus l'emplacement. C'était , elle , sa réponse à ce qu'avaient fait les juifs au tombeau du messie. En face de l'église dal Qumama , on construisit plus tard Bethléem , la maison natale de Jésus.
4. Lempereur Héraclius.
Il est empereur de 610 à 641 , cest-à-dire au moment de la révolution qui se déroule en Arabie. La première partie de son règne est vouée à la lutte contre les Sassanides , au point de ne pas prêter attention à lislam naissant. Lempire est alors totalement pris au dépourvu: il perd la Palestine et lEgypte , la Syrie , la Mésopotamie en peu de temps.
Pour les sources musulmanes , il est lempereur chrétien par excellence91 .
La légende de l'entrevue avec lempereur.
(Bukhari , Sahih 1/ 6).92
Abu Sufyan93 ibn Harb a raconté qu'il fut mandé par Héraclius94 à l'époque où il se trouvait en Syrie à la tête d'une caravane de marchands quraysh , et au cours de la trève que le prophète avait conclue avec lui et les infidèles quraysh95. Les envoyés d'Héraclius arrivèrent auprès d'Abu Sufyan au moment où l'empereur et sa suite se trouvaient à Ilya96. Entouré de grands personnages grecs , Héraclius convoqua les Quraysh dans sa salle de réception : puis , il les fit introduire en sa présence et invita son interprète à leur dire :
-Lequel d'entre vous est le plus proche parent de cet homme qui prétend être prophète?
-C'est moi , répondit Abu Sufyan.
-Qu'on fasse approcher cet homme de moi , dit l'empereur : qu'on fasse également rapprocher ses compagnons et qu'ils soient placés contre son dos. Alors , s'adressant à son interprète:
-dis-leur , reprit-il , que je vais interroger cet homme sur le prétendu prophète : si cet homme ment , ses compagnons devront relever ses mensonges.
En faisant ce récit , Abu Sufyan ajouta :
-Par Allah! si je n'avais eu honte de voir relever mes mensonges par mes compagnons , j'aurais hardiment menti sur son compte...
5. Les mots grecs et latins dans le Coran.
Dans cet ouvrage , les mots étrangers abondent97 , notamment issus de langues dites orientales: araméen , hébreu , éthiopien98 , persan.99
Il existe aussi un nombre conséquent de termes issus des langues latines et grecques , donc des territoires de lempire byzantin.
Ce vocabulaire est le fruit de fréquents échanges commerciaux entre les différentes cultures. La Mecque et lArabie sont des territoires privilégiés de transit.
A lévidence , une telle présence , si manifeste , est un démenti sans égal de linanité du mythe musulman du Coran en pur arabe.
Il est remarquable que longtemps, les Ommeyades aient utilisé le grec comme langue administrative, au lieu de l'arabe.
L'étude de référence sur le sujet reste le livre de A. Jeffery publié en 1938 à Baroda en Inde, et heureusement réédité en 2006 à Leyden. Il est déplorable qu'il ait fallu attendre autant de temps pour accéder à cet ouvrage épuisé depuis longtemps.100
Le vocabulaire grec dans le Coran.
Pyrgos (tour , fort) =>BURUJ (id).101
Diabolos (Diable)=>IBLIS (id).
Drakhmè (drachme)=>DARAHIM (id).
Paradeisos (Paradis)=>FIRDAWS (id).
Hodos (route)=> HUDA (voie du salut)102 .
Euuangelia (Evangile)=>INGIL (id).
Magos (mage , mazdéen)=>MAJUS (id).
Kleida (clé)=>MAQALID (id).
Margaritès (corail)=>MARGAN (id).
Kalamos (roseau)=> KALAM (stylet).
Khartès (papier)=> QIRTAS (rouleau de parchemin)103 .
Xestès (mesure)=>QIST (équité).
Xestès (mesure)=>QASTAS (id).
Khronon104 (temps)=>QURUN (siècles).
Rhègma (déchirure)=RAQIM (gouffre).
Sèma (signe)=> SIMIYA (id).
Tekhnè (art)=>ATQAN (fabriquer avec art).
Historia (Histoire)=>USTURA (légende , histoire ancienne).
Hyakinthos (Jacynthe)=>YAQUT (id).
Ziggigeris (gingembre)=>ZANJABIL (id).
Zôgraphia (tableau)=> ZUKHRUF (id).
? (tapisserie?)105 => ISTABRUQ (brocard)106 .
Le vocabulaire latin dans le Coran.
Denarius (denier) =>DINAR (id).107
Romani (Romains)=>RUM (id).
Sigillium (sceau)=> SIJJIL (id)108 .
Cupa (coupe)=>AKWABUN109 (cratère)110.
Stratum (rue)=>SIRATA (voie)111 .
Centenarium (poids de cent livres)=> QINTAR (unité de valeur métallique)112.
La culture gréco-romaine vue par ibn Khaldun.
(Ibn Khaldun , Prolégomènes, Livre III).113
Passons aux Roum (les Grecs et les Latins). Chez ces peuples lempire appartint dabord aux Grecs, race qui avait fait de grands progrès dans les sciences intellectuelles. Leurs hommes les plus célèbres, et surtout (ceux quon appelle) les piliers de la sagesse , soute-naient tout le poids de ces doctrines, et les péripatéticiens , gens du portique , sy distinguaient par leur excellent système denseignement. On dit quils donnaient des lectures sur ces sciences à labri dun portique qui les garantissait contre le soleil et le froid. Ils préten-daient faire remonter leur doctrine à Locman le sage, qui laurait communiquée à ses disciples, qui lauraient transmise à Socrate . Celui-ci lenseigna à son disciple Platon, qui la transmit à Aristote, qui la passa à ses disciples Alexandre dAphrodisée , Themistius, et autres. Aristote fut le précepteur dAlexandre, roi des Grecs, celui qui vainquit les Perses et leur enleva lempire. De tous lesphilosophes, Aristote était le plus profond et le plus célèbre. On lappelle le premier des instituteurs (el-moallem el-aouwel), et sa renommée sest répandue dans lunivers.
Après la ruine de la puissance des Grecs, lautorité souveraine passa aux Césars, qui, ayant embrassé la religion chrétienne, défendirent létude de ces sciences, ainsi que cela se fait par les lois de tous les peuples. Dès lors, les sciences intellectuelles restèrent enfermées dans des livres et dans des recueils, comme pour demeurer éternellement dans les bibliothèques. Quand les musulmans semparèrent de la Syrie, on trouva que les livres de ces sciences y étaient encore restés.
§ 171. Vassaux des Byzantins: les Ghassanides.
Ces gens sont des Arabes chrétiens, surtout jacobites sur le plan religieux, qui assurent la défense114 de lempire byzantin sur sa frontière orientale , au niveau de la Syrie et de la Palestine. Ces successeurs des Nabatéens sont associés à Byzance sur la base de traités115 et reçoivent le titre grec de phylarques116.
1. Une dynastie vassale.
Les rois ghassanides sont bien connus grâce aux sources grecques et arabes117 . On commence à identifier aussi leurs centres de pouvoir , et leur politique monumentale.
Petite chronique des Ghassanides.
(Yaqubi , Histoire I 206-7).118
Les circonstances dans lesquelles les Ghassan accédèrent à la royauté avec les Byzantins furent les suivantes. Les Dajaym (...) étaient les rois dans le Sham119 avant larrivée des Ghassan. Les Salih prélevaient l'impôt pour le compte des Byzantins sur les tribus de Mudar120 et autres qui s'établissaient sur leur territoire.
Les Ghassan arrivèrent en très grand nombre , se dirigeant vers le Sham. Ils s'établirent sur le territoire des Salih. Les Salih leur dirent:
-Si vous êtes daccord pour payer l'impôt annuel , cest bon. Autrement , nous vous combattrons.
Ils refusèrent. Les Salih les combattirent et les défirent. Le chef des Ghassan , en ce temps-là , était Thallaba ibn Amir (...): les Ghassan acceptèrent donc de payer l'impôt annuel aux Salih. Ceux-ci les imposèrent d'un dinar par tête , et un dinar et demi et deux dinar chaque année selon l'importance de leurs groupes.
Ils prélevèrent ainsi l'impôt sur les Ghassan un certain temps jusquAu jour où Jidh ibn Amir , des Ghassan , tua le percepteur des Salih qui se nommait Sabit ibn al Mundhir (...). Les Salih appelèrent aux armes et les Ghassan firent de même. La rencontre se produisit au lien dit al-Muhaffaf. Les Ghassan anéantirent les Salih. L'empereur byzantin craignit que les Ghassan ne se retournent contre lui en salliant aux Perses. Il envoya un émissaire à Thallaba pour lui dire: - Vous êtes un peuple nombreux et très redoutable : vous avez fait périr cette tribu qui , entre tous , Arabes , était la plus vaillante et la plus nombreuse. Je vous mettrai à leur place en établissant entre nous un traité écrit: si êtes attaqués par des Arabes , je vous fournirai 40 000 combattants grecs tout équipés. Et si nous sommes attaqués par Arabes , vous nous fournirez 20 000 combattants. La condition sera que vous ne vous immiscerez point entre nous et Perses.
Thallaba accepta , et le traité fut établi entre eux écrit. L'empereur institua Thallaba comme roi et le couronna. L'empereur des Byzantins se nommait Décius121 . (...)
La royauté se maintint chez eux jusquau dernier d'entre Jabala Ibn al-Ayham (...). C'est lui dont le règne fut suivi du califat dOmar. Il se soumit122 se rétracta et retourna en terre byzantine. Il existe un récit à ce propos.
Des Ghassanides païens.
(Bukhari , Sahih 6 , 60 , 384).
L'idole de Manat était à al Mushaylal , dans la région de Qudayd. Aïsha a ajouté:
Le verset123 a été révélé en rapport avec les auxuliaires124. Eux et les Ghassanides avaient l'habitude de pratiquer l'ihram au nom de Manat avant de se soumettre à l'islam. (...) Il y avait des gens des auxiliaires qui pratiquaient l'ihram au nom de Manat , qui était une idole entre la Mecque et Médine.
2. La richesse de la Syrie.
Au cours de leurs voyages de commerce , Muhammad et ses compagnons on tpu observer la richesse de ce territoire , surtout si on ne compare à lArabie centrale. Dès lors , la Syrie (et la Palestine) sont très tôt considérées comme des proies125 pour des conquérants avides.
(Baladuri , Livre des conquêtes 72).126
Jai demandé un jour à Mujahid:
-Mais pourquoi Omar a t-il levé une capitation plus lourde sur les Syriens que sur les Yéménites?
Il a répondu:
-Parce quils ont les moyens de payer.
(Ibn Asakir , Histoire de Damas).127
Abu al Bahili a dit:
-Jai entendu parler lapôtre d'Allah qui a dit: en vérité , Allah a tourné mon visage vers la Syrie , et mon dos vers le Yémen , et ma dit:
-Ô Muhammad! Jai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort , et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain128.
(Tabari , Tafsir , 34/19).129
... et celui qui veut du vin et du pain au levain130 , du brocard et de la soie , du pouvoir131 et la royauté , laissez le partir à Kutha et Bostra : ceux-là sont les Ghassanides , et plus précisément les Banu Jafna , le rois de Sham , et ceux des Ghassanides qui sont en Iraq.
3. Défenseurs de lempire.
Les Ghassanides ont parfaitement tenu leur rôle de défenseurs de lempire et nont cédé que face aux musulmans , après 632. Ils ont encouru la haîne des premiers musulmans et de Muhammad , du fait de leur obstruction.
Au service de Rome.
(Inscription de Umm al Jimmal, V-VIème siècle?).132
Cette (inscription) a été érigée par les collègues de Ulayh fils dUbaydah, secrétaire de la cohorte Augusta Secunda Philadelphiana; que celui qui lefface devienne fou!
La peur des Ghassanides.
(Ibn Sad , Tabaqat VIII 134). 133
Nous pensions que les Ghassanides étaient prêts à nous attaquer. Un jour , alors que cétait mon tour134 , mon ami est descendu. Il est revenu le soir , et a tapé très fort dans la porte et a dit:
-Il est là?
Jai été surpris et je suis venu le voir. Il a dit:
-Quelque chose de terrible est arrivé.
-Quoi , les Ghassanides ont attaqué ? ai-je demandé.
Il dit alors:
-Non , quelque chose de pire et de plus grave: lenvoyé dAllah a divorcé de toutes ses femmes!135
Lettre menaçante à un prince ghassanide.136
De Muhammad envoyé d'Allah à al Harith ibn al Shamir:
Paix sur qui suit la vraie voie et croit en Allah et le déclare. Je te convie donc à croire en Allah l'unique qui n'a point d'associé , pour que ta royauté te reste.
Malédiction de Muhammad contre les Ghassanides.
(Jahiz , Bayan , II 28).137
Allah! Fais disparaitre la royauté des Ghassanides!
§ 172. Les Perses: l'empire sassanide.
La Perse138 est gouvernée par une dynastie puissante , celle des Perses139 Sassanides , remarquable par son organisation administrative et militaire140. Elle se distingue aussi par le renouveau de la doctrine mazdéenne , fortement associée au pouvoir. Mais lempire est aussi occupé par des populations chrétiennes , juives , et des mouvements religieux hétérodoxes (Manichéisme...). Le roi Khosroès II apparait le plus souvent dans les sources musulmanes: cest un réformateur qui redonne sa puissance à la Perse. Les recherches actuelles ont tendance à insister sur la domination sassanide en Arabie , jusqu'à Médine , même s'il ne s'agit que d'une autorité théorique141 . Elle explique le très fort et très ancien ressentiment des Arabes à l'égard des Perses142 depuis le début du VIème siècle. L'empire est alors un "archi-ennemi" et la culture iranienne semble totalement incompatible avec l'idéologie musulmane.143
Par la suite , l'apport perse144 au système islamique devient prépondérant , et se traduit par l'avènement des Abbassides : l'expansionnisme totalitaire musulman s'associe aux ambitions universalistes de la Perse.
1. Limpérialisme sassanide.
Cest une constante de la politique perse , depuis Cyrus mais qui reçoit avec les Sassanides un coup de fouet remarquable , grâce à une réorganisation étatique et un nationalisme soutenu par une doctrine religieuse.
La frontière avec Byzance.
(Aithéria , Journal de Voyage).145
L'endroit que vous demandez , ma fille , est à la dixième étape d'ici , à l'intérieur de la Perse... Maintenant les Romains n'y ont plus accès , toute cette région est occupée par les Perses.
Lidéologie achéménide.
(Inscriptions: titulature de Darius).146
Darius , seul roi de toute la multitude , seul maître de la multitude.
Je suis Darius le grand roi , le roi des rois , le roi des pays de toutes les ethnies , le roi sur cette grande terre qui sétend au loin , le fils dHystapes , un Achéménide , un Perse fils de Perse , un aryen de souche aryenne.
Un cavalier sassanide.
La puissance militaire des Perses Sassanides a fasciné les Arabes et les auteurs musulmans. Les victoires remportées ultérieurement sur eux apparaissent donc comme une manifestation de la grace divine.
(Tabari , Histoire des prophètes V 964).147
Léquipement quun cavalier de larmée devait prendre avec lui comprenait une cotte de maille pour le cheval , une cotte de maille pour le cavalier , une cuirasse , des jambières de métal , une épée148 , une lance , un bouclier , une masse darme149 , et , accroché à la taille , un fouet , une hache , ou une massue , un carquois contenant deux arcs avec leurs cordes , trente flèches , et deux cordons en forme de nattes , que le cavalier laisse retomber sur le dos depuis le casque.
Limpérialisme sassanide.
(Res Gestae Sapori 1.19-36).150
Au cours de la troisième campagne , comme nous avions attaqué Carrhes et Édesse et assiégions Carrhes et Édesse , le César Valérien marcha contre nous. Il avait avec lui des troupes venant de Germanie , de Rhétie , de Norique , de Dacie , de Pannonie , de Mésie , d'Istrie (?) , dEspagne , de Maurétanie , de Thrace , de Bithynie , d'Asie , de Pamphylie , d'Isaurie , de Lycaonie , de Galatie , de Lycie , de Cilicie , de Cappadoce , de Phrygie , de Syrie , de Phénicie , de Judée , d'Arabie , d'Asie (?) , de Mésopotamie : une force de 70 000 hommes. Et au-delà de Carrhes et d'Édesse nous avons eu une grande bataille avec le César Valérien. Et le Valérien , nous le fimes prisonnier nous mêmes de nos propres mains : et les chefs de cette armée , préfet du prétoire , sénateurs et officiers , tous nous les fimes prisonniers. Et nous les avons déportés en Perside. Et la Syrie et la Cilicie et Cappadoce , nous les avons incendiées , dévastées , pillées.
Dans cette troisième campagne , nous avons conquis sur l'Empire des Romains: la ville de Samosate et le plat-pays , la ville d'Alexandrette et le plat-pays , la ville Catabolos et le plat-pays , la ville d'Aegeae et le plat-pays , la ville de Mopsuesta , la ville de Mallos , etc. , la ville d'Adana , etc. , la ville de Tarse , etc. , la ville d'Augusta , etc. , la ville de Zephyrium , etc. , la ville de Sebastè , etc. , la ville de Corycus , etc. , la ville d'Anazarbos , etc. , la ville de Castabala , etc. , la ville de Néronia etc. , la ville de Flavias , etc. , la ville de Nicopolis , etc. , la ville d'Epiphania etc. , la ville de Celenderis , etc. , la ville d'Anemurion , etc. , la ville de Selinous , etc.. de Myonpolis , etc. , la ville d'Antioche , etc. , la ville de Séleucie , etc. , la ville de Domitioupolis , etc. , la ville de Tyane , etc. , la ville de Césarée , etc. , la ville de Comana , etc. , la ville de Cybistra , etc. , la ville de Sébasteia , etc. , la ville de Barata etc. , la ville de Rhacoundia , etc. , la ville de Laranda , etc. , la ville d'Iconion.-
Toutes ces villes avec leur plat-pays : 36.
Et des hommes pris sur l'Empire romain , sur les non-Iraniens , nous en emmené en déportation. Et dans notre Empire d'Iran , en Perside , en Parthie , en Susiane et dans l'Assyrie et dans chaque autre pays où il avait des domaines de père , de nos grands-pères et ancêtres , là nous les avons établis.
Une persécution des chrétiens par les Perses.
(Agapius , Kitab al Onwan).151
La seconde année , Khosroès fils dHormizd commença à faire violence aux peuples de son empire qui étaient dune autre croyance. Il laissa renverser les églises de Syrie et de Mésopotamie et fit amener dans sa capitale le marbre et des objets dor , dargent et de bois.
2. Le Roi des Rois.
Le shah est la clé du système politique152 . Il est à la tête dune monarchie modernisée , qui sest débarassé du poids politique de laristocratie. Le regard arabe sur le roi perse est fait dadmiration , de jalousie , puis de haîne. Il est l'archétype des conceptions islamiques sur la royauté, qui s'opposent totalement à la notion de pouvoir royal (en cela, elles proviennent aussi de la Bible, fertile en mauvais rois ennemis des prophètes).
(Bukhari , Sahih 78/114).
Abu Horayra rapporte que l'envoyé d'Allah a dit : Le nom qui , au jour de la Résurrection , sera le plus haï de Allah sera celui de l'homme qui s'appellera : roi des rois153.
(...) Le nom qui sera le plus ignoble aux yeux de Allah , sera celui de l'homme qui s'appellera : roi des rois. Et Sufyan ajoute que cette dénomination a été expliquée par : shahan-shah154.
Le fondateur de lempire sassanide , Ardéshir I.155
(Masudi , Prairies d'Or 579-81).
Ardeshir disait : Rien n'est plus préjudiciable à un roi , à un chef ou à un homme d'un savoir réel que la société d'un sot ou la compagnie d'un homme vulgaire. En effet , autant l'on gagne a commerce d'un lettré noble par sa naissance ou son mérite , autant l'on se gate au contact du vulgair » car cette fréquentation dégrade l'ame , lui fait perdre sa vertu et la détourne de ses tendances nobles et louables. De même que le vent , en passant sur des parfums , s'imprègne de senteurs qui vivifie l'ame et fortifient les organes du corps , de même , s'il effleure des matières corrompues et se charge d'exhalaisons fétides , celles-ci provoquent , une souffrance pénible et nuisent considérablement à la santé. Les effets de la corruption sont plus prompts sur l'ame que ceux du bien , car il est plus facile de détruire » que d'édifier : un sage qui demeure pendant un mois auprès d'un homme ignorant et abjec risque de voir son intelligence troublée pendant longtemps .
Ardéshir disait aussi: Un roi doit être débordant de justice. La justice est la source de tous les biens : c'est une citadelle élevée pour la défense de l'État contre la destruction et la ruine : la suppression de la justice est le premier symptôme du déclin d'un pays. Dès que les étendards de la tyrannie flottent sur un peuple , les aigles de la justice doivent les combattre et les mettre en déroute. Parmi tous ceux qui fréquentent les cours , personne ne doit posséder plus de qualités et de talens , dêtre doué d'un esprit plus aimable et plus ingénieux que le familier156 du prince. Il doit unir à la noblesse d'un roi l'humilité d'un esclave , la chasteté du dévot à la licence du libertin , et la gravité du vieillard à l'enjouement du jeune homme. Chacune de ces qualités lui est nécessaire en un moment où il convient qu'aucune d'elles ne lui fasse défaut : il doit avoir assez de ressources dans l'esprit pour fortifier le moral du roi dont il est le familier , d'après l'expérience qu'il a acquise de son caractère : un coup d'il , un geste doivent lui laisser deviner les volontés du maitre. Enfin un courtisan n'existe qu'à la condition d'être beau et digne. Sa beauté , c'est une mise recherchée , une odeur agréabile , une élocution facile : sa dignité consiste en une grande réserve dans la manifestation de sa gratitude , un maintien noble uni à un visage ouvert , mais sans aucun mélange de vulgarité , car la dignité n'est parfaite que si l'on sait se détacher du plaisir.
Après avoir établi cette organisation , Ardéchir créa sept corps d'État. Le premier était celui des ministres. Le second celui des mobed157 : ce nom , qui signifie juge suprême , désignait le préposé aux affaires religieuses et le supérieur des prêtres : ces derniers étaient chargés du culte dans tout le royaume , et ils prononçaient des arrêts en qualité de juges. Ardéshir nomma quatre ispahbadhs158 : le premier dans le Khorassan , le second dans les provinces occidentales de l'empire , le troisième dans le Sud et le quatrième dans le Nord. Ces quatre fonctionnaires étaient les principaux agents de l'État : chacun d'eux était le maitre de l'administration d'une partie de l'empire , dont il gouvernait le quart : il avait sous ses ordres un marzuban159 qui était son lieutenant. Ardéchir réunit dans ces quatre premières classes les hommes du gouvernement , tous ceux qui tenaient les rênes du pouvoir et étaient consultés sur l'administration de l'État. Puis il répartit les chanteurs , les autres artistes et les musiciens en différentes classes.
Le trône160 des Perses.
(Thaalibi , Histoire des Rois Perses).161
(Le trône) est fait d'ivoire et de bois de teck dont les plaques et les balustrades étaient d'argent et d'or. Sa longueur était de 180 coudées , sa largeur de 130 et sa hauteur de 15. Sur les gradins se trouvaient des sièges de bois noir et d'ébène dont les cadres étaient d'or. Ce trône était surmonté d'un baldaquin fait d'or et de lapis-lazuli où étaient représentés le ciel et les étoiles , les signes du zodiaque et les sept climats ainsi que les rois en leurs différentes attitudes , soit dans le banquet , soit dans la bataille ou à la chasse. Il y avait aussi un mécanisme qui indiquait les heures du jour. Le trône lui-même était entièrement recouvert de quatre tapis de brocart broché d'or et orné de perles et de rubis et chacun de ces tapis se rapportait spécialement à l'une des saisons de l'année.
Lettre à l'empereur sassanide.
(Yakubi, Histoire II 83).162
De Muhammad à Khosroès , grand-chef des Perses.
Paix sur celui qui suit la vraie voie et croit en Allah et son envoyé , proclamant qu'il n'y a d'autre dieu qu'Allah seul n'ayant point d'associé , et que Muhammad est son serviteur et son envoyé!
Or , je t'appelle de tout l'appel de l'islam , car je suis l'envoyé d'Allah auprès de la totalité des humains , afin que j'avertisse quiconque est vivant et que s'accomplisse la parole contre les mécréants. Soumets-toi donc et tu seras sauf : mais si tu refuses , alors le crime des mages retombera sur toi163.
3. La reine Shirin.
On observe dans le document qui suit un tableau dune sorte de tolérance religieuse164 , perçue comme exceptionnelle à cette époque. Le roi perse tient essentiellement à conserver le calme dans ses Etats , selon la tradition achéménide: il favorise les autres cultes , sils ne mettent pas en cause son pouvoir. Le concept musulman de dhimmitude est très éloigné de ce système de pensée.
Cest loccasion de mentionner une personnalité hors du commun et peu connue , la reine Shirin , dont lexemple est peu apprécié par les musulmans.165
(Sébéos , Histoire dHéraclius 4).166
Chosroès avait plusieurs femmes , selon la loi des mages167 qui était la sienne. Il prit pour femmes des chrétiennes : une femme chrétienne168 , nommé Shirin , très belle , originaire du Khuzistan , était la reine des reines : elle batit un couvent et une église près de la résidence royale , et elle y établit des prêtres et serviteurs ecclésiastiques : elle leur assigna sur le trésor royal des salaires et des frais dentretien et les orna dor et dargent. Elle préchait lEvangile des cieux dans le palais royal , avec hardiesse et la tête haute : et aucun mazdéen , pas même les grands , nosait ouvrir la bouche ni dire quoi que ce fut contre un chrétien. (...) Chosroès donna lordre suivant: quaucun infidèle ne se fasse chrétien , et quaucun chrétien ne devienne infidèle , chacun doit rester ferme dans la loi de ses pères. Quiconque ne tiendra pas à la religion de ses pères et sinsurgera contre les lois de ses pères mourra. A la grande fête des Rameaux , ceux qui venaient du monastère de Shirin et les autres chrétiens allaient à la porte de la chambre du roi , lisaient lEvangile en cérémonie , recevaient des cadeaux du roi et sen retournaient. Et personne nosait leur rien dire.
La reine des Perses.
(Bukhari , Sahih 9/88 , 219).
...quand le prophète a su que le peuple de Perse avait fait de la fille de Khosroès leur reine , il dit:
-Jamais une nation naura le succès si elle fait dune femme son dirigeant169 .
4. Les Perses en Arabie, les Arabes en Perse.
Les recherches historiques actuelles170 modifient radicalement la vison précédente dune Arabie autonome , rejetant avec dédain les influences extérieures. De nouveaux documents attestent au contraire que la puissance perse occupait directement ou indirectement lArabie171 . Mais la chose na pas plu aux sources arabes , qui lont dissimilée le plus possible...
Les relations entre Arabes et Perses ont été conflictuelles et complexes et elles le restent, renforcées par de mutuels préjugés.172
Les Perses au Yémen.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah , notes).173
Quand Wahriz est mort , Khosroès a nommé son fils al Marzuban174 comme chef du Yémen. Quand Marzuban est mort , Khosroès a nommé son fils al Taynujan chef au Yémen , et quand il est mort , il a nommé son fils , qu'il a ensuite déposé , et anommé Badhan. Cet homme était en fonction quand Allah a envoyé Muhammad le prophète.
On m'a dit , selon Az Zuhri , que Khosroès avait envoyé la lettre suivante à Badhan:
J'ai entendu dire qu'un homme des Quraysh est apparu à la Mecque , en déclarant qu'il était prophète. Va le voir , et invite le à se retirer. S'il se retire , c'est tant mieux. Sinon , apporte moi sa tête. (...)
Linfluence architecturale des Perses.
(Jahiz , Livre des Animaux ).175
Les non-Arabes176 , de leur côté, firent appel à un autre moyen pour consigner leurs titres de gloire : les édifices architecturaux. Parmi ces monuments, on peut citer ceux de Kurd Bîdâd. Ardashîr construisit les châteaux forts d'Istakhr177 et de Madâin - Ctésiphon -, des demeures citadines, des villes et des forteresses, des aqueducs et des ponts, des mausolées.
Ibn al-Kalbî et AI-Haytham ibn 'Adî ajoutent que « plus tard les Arabes voulurent se joindre aux Persans dans cette uvre de bâtisseurs, tout en se distinguant par la spécificité de leur art poétique. C'est ainsi qu'ils bâtirent le palais de Ghumdâni, la Kaaba de Najrân, la forteresse de Mârid, le palais de Marib, le palais de Shaûb, la forteresse de As-Samaw'af Al-Ablaq al Fard. C'est, du reste, à propos de cette forteresse et de celle de Mârid que l'on dit de manière proverbiale: " L'insolent s'est rebellé, mais Al Ablaq est toujours inviolé. " »
Une visite dun chef arabe au roi perse.
(Kitap al Aghani XIII 229-31).178
Selon une information de mon oncle, à lui venue de Muhammad ibn Sa'd al-Kurânî, Ghaylân ibn Salama al-Thaqafi, venu en délégation auprès de Khosroês, ce dernier lui dit un jour :
-Ô Ghaylân, lequel préfères-tu, parmi tes enfants ?
- Le plus petit jusqu'à ce qu'il grandisse, le malade jusquà ce qu'il guérisse, l'absent jusqu'à ce qu'il soit revenu.
- De quoi mangez-vous ?
- Du pain de blé.
- Je m'étonne que, si raisonnable, tu aies pour nourriture celle des Arabes. Ce n'est donc que le blé qui t'a doué de raison ?
Selon une information plus complète venue d'al-Haytham après son père, mais que je n'ai pas entendue de lui :
Abû Sufyân ibn Harb partit avec un groupe de Quraysh et Thaqif pour commercer en Iran. Arrivés à trois journées, il dit ses compagnons :
-A partir de cette étape nous allons en danger. N'arrivons-nous pas chez un tyran qui ne nous
a pas autorisés, et qui n'a pas ouvert son territoire au commerce ? Qui d'entre nous va oser conduire la caravane, sans nous soyons responsables de son sang, s'il était pris, mais une moitié du gain s'il gagne ?
Ghaylân se désigna courir cette chance. Il pénétra dans un wed179 , où il se faufila en abattant des branches d'arbres. Il déclamait, ce faisant :
Si le père de Ghaylân le voyait,
quand tout cela va éclater en périls il dirait:
convoitise et crainte ne font qu'un,
tout comme l'amour de la vie,
la terreur de l'âme et la pitié
ou bien tu persistes dans l'honneur et la gloire,
ou tu prends pour modèle le dissipateur d'argent.
Il se dégagea enfin, avec la caravane.
Il était blanc, élancé, bouclé, vigoureux. Dès qu'il entra dans le pays de Khosroês, il en adopta les usages. Il endossa deux robes jaunes et se fit connaître. Il se tint à la porte du roi, sollicitant une audience. Celle-ci lui fut accordée, au travers d'un treillis d'or et par l'intermédiaire d'un truchement.
Le roi te demande : qui t'a fait entrer dans ce pays sans autorisation ?
- Dis-lui : Je ne suis pas de vos ennemis, non plus que je ne viens en espion ni en opposant, mais seulement avec des marchandises qui pourront vous être utiles. Si vous les voulez, elles sont à vous. Sinon, et si vous m'autorisez à les vendre à vos sujets, je le ferai. Faute de quoi, je les remporterais.
Il parlait encore qu'il entendit la voix de Khosroês et tomba prosterné.
-Le roi, lui dit l'interprète, te demande pourquoi tu te prosternes ?
- C'est que j'ai entendu une voix s'élever là où il ne sied à personne d'élever la sienne, par respect pour le roi. J'en ai donc conclu que personne, hormis le roi, ne se serait hasardé à le faire, et me suis prosterné pour l'honorer...
Khosroês apprécia cette conduite et ordonna qu'on lui avançât un coussin. Mais lui, comme on lui en avançait un, voyant sur cet objet l'effigie royale, le plaça sur sa tête, si bien que le roi le prit pour un fou.
-Dis-lui, dit-il à l'interprète, que nous le lui passons pour s'asseoir dessus.
- Je le savais bien. Mais quand on m'a présenté le coussin, j'y ai vu l'image du roi : un homme comme moi aurait manqué aux droits de son image en s'asseyant dessus. Car elle a droit à notre vénération. Je l'ai donc mis sur ma tête, car c'est la plus noble partie de mon corps.
Le roi apprécia derechef cette conduite.
-As-tu des enfants ?
- Oui.
-Lequel préfères-tu ?
- Le premier, jusqu'à ce qu'il grandisse. Le malade, jusquà ce qu'il guérisse. L'absent, jusqu'à ce qu'il soit revenu.
-Zih ! Rien ne t'a fait venir ni ne t'a induit à ce propos comportement que ta bonne chance. Car se sont là paroles actions de sagesse, alors que tu appartiens à un peuple fruste dénué de sagesse. De quoi mangez-vous ?
- Du pain de blé.
- Cette manière de raisonner te vient du blé, non du lait des dattes.
Le roi acheta tout son chargement pour plusieurs fois et le vêtit, et le fit accompagner de Perses qui lui bâtirent un fortin à Taif, le premier du genre.
Lexpansion sassanide au Yémen.
(Masudi , Prairies dOr 1020-1021 ,1024).
Lexpédition des Perses dans le Yémen et la victoire quils remportèrent sur les Abyssins ont inspiré les vers suivants à un poète originaire de la Perse:
Nous avons traversé les mers pour affranchir Himyar de la tyrannie des Noirs ,
Avec une armée de lions de la race de Sasan ,
héros aux regards superbes qui faisaient aux femmes un rempart de leurs lances ,
Et de leurs sabres acérés et brillants qui pénétraient dans le corps , rapides comme léclair.
Vous avons tué 1'orgueilleux Masraq ,
tandis que les tribus abyssines nous provoquaient au combat.
Le rubis qui brillait sur son front a été fendupar la flèche du guerrier de Sasan ,
Wahriz ad Daylamb , quand il le vit plein de sang-froid et solidement campé sur ses jambes.
Alors notre armée victorieuse apris possession du pays de Qahtan :
elle a pénétré je que sous les portiques de Ghumdan.
Là nous avons gouté toutes les voluptés et comblé de nos bienfaits les fils de Qathan180.
Abu Ubada a traité du même sujet dans des vers adressés à un noble de Perse (...):
Quelle générosité est la vôtre et qu'il est doux de la louer!
Vous avez accordé un bienfait dont la mémoire durera autant que les siècles.
Quand vous l'avez fait ce n'était pas le premier ,
mais aucun service ne vaut celui que vous avez rendu au Yémen ,
Le jour où votre ancêtre Anushirvan181 déchira le voile d'humiliation qui recouvrait Sayf ibn Dhu Yazan ,
Et que les chevaux de Perse ne cessaient de défendre Sanaa et Aden par le sabre et la lance.
Vous êtes les fils d'un bienfaiteur généreux
et non les fils de ceux qui ont bénéficié de vos graces et de vos faveurs.
Abu Zama (...) récita alors le poème qui commençait ainsi:
Pour chercher à se venger , des rois pareils à Ibn Dhi Yazan ont affronté les périls de la mer.
Enfin le roi de Perse envoya des fils de nobles qui semblaient des montagnes dans les ténèbres de la nuit.
Quelle excellente troupe que celle qui se mit en campagne!
Je n'en ai jamais vu de pareille au monde.
Tu as déchainé des lions contre ces chiens de Noirs et ,
le soir de la bataille , les débris de l'armée en fuite jonchaient le sol.
Bois gaiement , le front ceint du diadème ,
au sommet du Ghumdan , ta demeure si prospère.
Maintenant qu'ils sont anéantis , parfume-toi de musc
et drape-toi avec fierté dans les deux manteaux de satisfaction et d'orgueil.
De pareilles prouesses ne sont pas comme deux vases de lait mêlé d'eau qui se transforme ensuite en urine.
Les taxes des Sassanides: l'exemple de Médine.
(Ibn Khuradadhih).182
Dans la jahiliyya , Médine et Tihama étaient sous le contrôle d'un officier choisi par le Marzuban al Badiya183 qui levait des taxent sur Médine. Les tribus juives de Qurayza et Nadir184 régnaient alors sur Médine , exerçant la suprématie sur les Aws et les Khazraj.
Un poète des Ansar a rappelé cette circonstance , quand il adit:
-Après un tribut payé à Khosroès , après un tribut pour les Qurayza et les Nadir185 , on nous rançonne encore!
5. La culture perse.
La civilisation perse , dimportance mondiale et d'un raffinement étonnant, écrase culturellement le vaste espace vide et isolé qu'était lArabie. Tous les documents témoignent de cette influence disproportionnée entre les deux régions , jusque dans la vie quotidienne.
A la mode des Perses.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 15753).186
Les deux hommes vinrent auprès de l'apôtre et Babawayh lui dit que le Shahansha187 Khosroès avait écrit au gouverneur Badhan lui ordonnant d'envoyer des hommes pour le ramener (...) : mais s'il refusait de venir , il saurait quelle sorte d'homme il était: il détruirait son peuple et viderait son pays. Ils arrivèrent en présence de l'apôtre avec des barbes rasées et de longues moustaches , de telle manière qu'il ne put supporter de les regarder. Il avança vers eux et dit:
-Qui vous a ordonné de faire cela?
Ce à quoi ils répondirent:
-Notre seigneur (évoquant Khosroès).
L'apôtre répondit:
-Mais moi , mon seigneur m'a ordonné de laisser pousser ma barbe , très longue et de me couper la moustache188.
(ibn Sad , Tabaqat I 532).
Un mage est venu voir lapôtre d' Allah. Il avait laissé pousser ses moustaches et avait rasé sa barbe. Le prophète lui demanda:
-Qui ta demandé de faire cela?
-Mon seigneur me la demandé.
Le prophète dit alors:
-Mais mon seigneur ma ordonné de couper les moustaches et de laisser pousser la barbe.
L'hostilité de la Perse.
(Bukhari , Sahih 3/7 , 1).
Abdallah ibn Abbas informe que l'envoyé d'Allah expédia un messager porteur d'une lettre , avec mission de la remettre au prince de El Bahreyn. Ce prince envoya cette lettre à Chosroès189 qui , après l'avoir lue , la déchira en mille morceaux. Ibn El Mosayyab (si je ne me trompe dit Ez Zuhri) ajoute que le prophète (en apprenant cette nouvelle) maudit ces gens en disant qu'eux aussi soient mis en mille pièces190 .
(Bukhari , Sahih 819).
Abu Huraira rapporte que le prophète d'Allah a dit:
Le nom le plus détesté par Allah est "Roi des Rois"191.
Rejet des échecs.
(Muslim, Hadith 28/5612).192
Ce jeu193 est le jeu des Perses par excellence. La détestation de ce peuple à la culture supérieure se traduit par les prohibitions les plus diverses.
Lapôtre dAllah a dit: celui qui joue aux échecs est commme celui qui trempe sa main dans la chair et le sang du porc.
Largent des Perses.194
(Corpus coranique d'Othman 12/20).
Ils se défirent de Joseph à vil prix -pour quelques dihrams195 - car ils ne tenaient pas à le garder.
Le mérite des Perses.
(Muslim , Sahih 31/6177).
... le messager d'Allah disant: s'il y avait une religion dans les Pléiades196 , même une personne de Perse pourra s'en emparer , ou quelqu'un d'origine perse la trouvera surement197.
Linfluence culturelle perse.
Le commantateur Tabari remarque la présence de mots étrangers -surtout persans- dans le texte coranique198 .
(Tabari , Tafsir , introduction 2 ,1).199
Ainsi , larabe et le persan ont de nombreux mots en commun: dirhem , dinar200 , dawat (encrier) , qalam (plume à écrire) et bien dautres encore quil serait fastidieux dénumérer201 .
6. La vie de Salman.
Salman est une figure populaire des légendes musulmanes : même si son importance politique est négligeable , il est le précurseur des rapports ambigus entre l'islam et l'Iran. De plus , il devient par la suite un des premiers partisans d'Ali. Ici , ce sont plutôt les errements de sa jeunesse qui sont intéressants202 .
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois IX 1779). 203
Salman al Farisi204 , surnommé Abu Abdallah , était originaire d' un village de la région d'Ispahan. On dit qu'il est en fait originaire du village de Ramhurmuz , qu'il est entré en captivité , à cause de gens de Kalb , et qu'il a été vendu à des juifs dans la région de Wadil Qura. Il a fait ensuite un contrat écrit avec son maitre juif pour payer sa propre rançon , et après cela , il fut affranchi. Le messager d'Allah et les musulmans l'ont aidé à remplir ses obligations dans le contrat.
Des généalogistes perses affirment que Salman venait des villages de la région de Sabur et que son nom était Mabih ibn Budhakhshan ibn Dih Dirih.
7. Menaces sur lempire.
Cela devient un véritable thème littéraire à part entière , dorigine conjointe , perse et arabe , à portée théologique.
Premières menaces.205
(ibn Sad , Tabaqat I 249).
Lapôtre d'Allah resta à la Mecque pendant les trois premières années de son appel à la prophétie. La quatrième année , il se déclara et appela les gens à se soumettre à lislam , et fit cela pendant 10 ans. (...) A chaque fois , il sapprochait des tribus aux haltes , en disant:
-Ô gens! Il ny a pas de dieu sinon Allah ; vous allez prospérer et devenir les maîtres de lArabie , et les Perses se rendront devant vous en état dhumiliation , et si vous croyez , vous serez des rois au paradis.
Un poème sur le destin de la Perse
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 28).206
En chemin , il207 récita en lui-même une pièce de vers très belle , dont on ne sait que quelques vers. Il dit :
Apprête-toi , toi qui es prompt et résolu!
La peur et la préoccupation ne tatteignent pas.
Si le royaume est perdu pour les enfants de Sassan208 ,
c'est que la fortune consiste en changements.
Dans leur demeure leurs attaques effrayent les lions féroces :
eux , habitants du chateau , Mihran et ses frères ,
et les Hormuzd , et Schapur et Schapur.
Les hommes sont enfants d'un même père :
mais lorsqu'ils savent que quelqu'un est diminué ,
alors il est méprisé et abandonné par eux.
Ils sont fils d'une même mère , quant à leur naissance :
mais quelques-uns sont favorisés par la Providence.
Le bien et le mal se trouvent rattachés ensemble :
mais le bien est à suivre , le mal à éviter209.
La terreur de la Perse.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 27).
Le présage explique la future destruction de la dynastie par les musulmans210 .
Dans la même nuit , Nurshirvan vit en songe les tours de son palais renversées. Le grand mobed211 eut un songe dans lequel il vit comment de grands chameaux vigoureux luttèrent contre de petits chameaux arabes en petit nombre , comment ils furent mis en fuite , comment les chameaux arabes passèrent le Tigre , pénétrèrent dans la Perse et s'y répandirent. Le matin , le mobed se leva et ne dit le songe à personne : mais son cur fut très affligé. Le lendemain , on reçut de la Perside la nouvelle que le principal feu s'était éteint dans le pyrée212 , dans la même nuit que Nushirwan avait eu ce songe. Il y avait mille ans que ce feu ne s'était éteint. Nurshirwan fut stupéfait et dit:
-C'est là une grave nouvelle : il faut en avertir le peuple. Il réunit ses ministres , les principaux officiers et les mobeds , leur raconta le songe et leur fit lecture de la lettre qui était arrivée de la province de Perse213 . Le mobed dit :
-Moi aussi jai eu , dans la même nuit , un songe , dans lequel j'ai vu des chameaux.
Et il raconta son songe et ajouta :
-Un grand événement se passe parmi les Arabes.
(Théophylacte Simocatta , Histoire IV 13 , 9-13).214
Même si les Perses sont privés de leur pouvoir , leur domination ira aussitôt à dautres hommes, parce que le cours de événements ne supporte pas labsence dautorité... Donc quelle prospérité les événements apporteraient-ils aux Romains , si les Perses étaient privés de pouvoir, et transmettaient leur empire à une autre nation?215
La Perse, lAmérique du VIIème siècle.
(Oussama Ben Laden, Recommandations Tactiques).216
Les historiens217 racontent comment, al Muthanna al Shaybani (que Allah ait son âme!) étant venu à Médine demander au calife des renforts pour combattre les Perses, Omar (que Allah l'agrée !) encouragea les hommes au combat trois jours durant mais personne ne vint. Àyant compris ce que les hommes pensaient du combat contre la superpuissance , il ordonna à al-Muthanna de s'adresser à eux et de leur rapporter ce que Allah lui avait permis de réaliser contre les Perses afin de leur ôter toute crainte. Alors al-Muthanna se leva, leur adressa la parole et les exhorta au combat :
-« Ô hommes, que cette face ne vous effraie pas car nous avons pénétré en Perse, avons vaincu ses soldats en faisant une percée par deux points du sud de l'Irak, puis nous nous sommes partagés leurs dépouilles, avons fait un bon butin et nous nous sommes enhardis contre eux, et, si Allah le veut, ce n'est pas fini. » Alors tous furent enthousiasmés, Abou Oubayd al Thaqafi se leva, le calife lui remit l'étendard et ils marchèrent au combat (que Allah les agrée !).
§ 173. Les vassaux des Perses: les Lakhmides.
La dynastie des Lakhmides218 , regroupée autour de la ville dHira219 , centre actif du christianisme , pôle culturelle220 , assure le même rôle que les Ghassanides pour Byzance: ces vassaux surveillent la marche sud de lempire et contrôle les circuits commerciaux221.
La ville a été un centre de diffusion du manichéisme. Les sources arabes y citent comme adhérent à cette doctrine un Quraysh important: Abu Sufyan lui-même222.
Notice géographique.
(Abulfeda , Géographie 300).223
Hira est une ville anté-islamique où coulent de nombreux cours deau. Située à environ une parasangue de Kufa. (...) Cétait la résidence de la dynastie de Numan ibn al Mundhir224 . Mundhir ibn Imrul Qais , un des rois de Hirah , y embrassa le christianisme et y construisit de grandes églises. Hirah est située sur un emplacement appelé Nadjaf225.
1. La monarchie des Lakhmides.
Elle est vue comme une copie en petit de lempire perse , avec le même luxe , qui émerveille les nomades.
La couronne du roi226 dHira227 .
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois V 946) . 228
Kisra était dans la salle du trône , là où sa couronne était gardée. Cette couronne était un grand récipient de mesure à grain , décorée de rubis , de perles229 , dor , dargent , et était accrochée par une chaine dor à la voute de la salle. Cette couronne était tellement grosse que son cou ne pouvait pas la supporter. Alors , il senroulait dans son manteau avant de montrer sur le trône. Sa tête était alors insérée dans la couronne et il sinstallait confortablement sur le trône.
Abu al Baqa (XIIème siècle).230
La majeure partie de leurs revenus leur provenaient des bénéfices quils tiraient du commerce , du butin quils faisaient lors des incursions contre les tribus arabes et aux confins du Sham et dans tous les territoires quils attaquaient. Ils percevaient le tribut des Arabes qui leur obéissaient et dont ils avaient triomphé. Cest de cette manière quils avaient accumulé une quantité considérable de bétail.
2. Les reines Hind.
Une série de reines homonymes a vécu à Hira , et a laissé nombres dindices de leur piété et générosité autour de Hira.
Une église dédicace de la reine Hind.
(Yaqut , Géographie II 709).231
Cette église a été costruite par Hind , fille dal Harith , fils dAmir fils dHujr , la reine , fille des rois et mère du roi Amir , fils dal Mundhir , servante du Christ , mère de son serviteur , et fille de ses serviteurs , du temps du règne du roi des rois , Khosroès Anushirwan , et du temps de lévêque Mar Iphraem.
(Yaqut, Géographie IV 184).232
Cette église a été érigée par Hind , fils dal Harith ibn Amir ibn Hujr , le reine , fille des rois , et mère du roi Amir ibn al Mundir , la servante du Christ , mère de son serviteur et fille de son serviteur , sous le règne du roi des rois Khosroès Anushirvan , au temps de lévêque Mar Ephraïm.
Puisse Dieu , pour qui elle a bâti ce monastère , lui pardonner ses péchés : puisse t-il avoir pitié delle et de son fils : puisse t-il la recevoir avec son peuple dans la sauvegarde de sa vérité et puisse Dieu être avec elle et avec son fils pour toujours.
3. La capitale du christianisme arabe.
Les Lakhmides , bien qualliés des Sassanides , sont chrétiens , et laffirment ouvertement par une intense activité monumentale. Hira a laissé le souvenir dune ville couverte déglises et de monastères.
Le monastère de al Jaraa.
(Yaqut , Buldan II 521a-b). 233
Ce monastère , dit Yaqut , se trouve à l'extérieur de Hira , au lieu dit al Jaraka. Abd al Masih est celui qui rencontra Khalid Ibn al Walid lorsque celui-ci attaqua Hira. Puis Abd al Masih demeura dans ce monastère jusqu'à sa mort après avoir conclu la paix avec les musulmans pour le prix de 100 000 dirhams. Au bout d'un certain temps , le monastère tomba en ruines. Il en apparut un portique vouté234 en pierres. On pensa que s'y trouvait un trésor. On l'ouvrit. Sy trouvait une banquette de marbre sur laquelle était étendu un homme mort. À sa tête il y avait une planchette avec une inscription235:
Moi , Abd al Masih fils de Amir fils de Buqayla. En noblesse j'ai presque atteint la hauteur des Pléiades. Mais il n'est aucun moyen d'atteindre l'éternité.
Le Serviteur du Messie à Hira.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 27).
Envoie-moi236 un Arabe savant et agé , afin que nous lui demandions quelque chose touchant les traditions arabes.
Il y avait à Hira un chrétien nommé Abdul Masih , fils dAmir le Ghassanide , descendant des rois de Syrie. Cet homme avait déjà vécu trois cent soixante ans : il était très versé dans les anciennes traditions et avait lu beaucoup de livres.
Les archives de Hira.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois 769-70). 237
Nous nous appuyons sur ce que nous avons eu la possibilité de trouver d'authentique dans ce qui a été transmis au sujet des rois de Hira. Car tout ce qui concerne la famille de Nasr Ibn Rabihal et ceux d'entre eux qui furent gouverneurs pour les rois perses et leurs agents chez les Arabes dans les confins désertiques de l'Irak , est très connu des habitants de Hira et attesté chez eux dans leurs églises et leurs livres238.
On m'a rapporté que Hisham Ibn al Kalbi239 disait:
- À Hira , où était le siège de leur royauté et de toutes leurs entreprises , c'est des monastères que j'ai tiré les informations concernant les Arabes , les généalogies de la famille de Nasr Ibn Rabia , la durée du règne de ceux d'entre eux qui uvrèrent pour la dynastie des Kisra240 , ainsi que la chronologie de leur règne.
4. La ruine de Hira.
Les vestiges de la ville ont impressionné les voyageurs , partagés entre la fierté de voir une ville chrétienne abaissée et la nostalgie inévitable aux esprits raffinés.
(Masudi , Prairies dOr 1075).
A dater de cette époque , la décadence de Hira s'accrut rapidement jusqu'aux premières années du règne d'al Mutadid , où elle disparut sous ses ruines. Quelques califes abbasides , tels qu'as Saffah , al Mansur et ar Rashid , aimaient à s'y arrêter et à y séjourner , à cause de l'agrément de son climat , de la pureté de son ciel , de la nature forte et salubre de son terroir , et aussi à cause du voisinage du Khawarnaq et de Najaf. Elle renfermait plusieurs monastères : mais quand elle tomba en ruine , les moines qui les occupaient émigrèrent dans d'autres contrées.
Aujourd'hui , Hira n'est plus qu'un désert dont la chouette et le hibou sont les seuls hôtes. Cependant , beaucoup de gens , qui prétendent lire dans les secrets de l'avenir , assurent que sa prospérité renaitra et que cette ville se relèvera de ses ruines. On en dit autant de Kufa.
Visite de Hira.
(Yaqubi , Buldan) . 241
On rattache aussi à Kufa la ville de Hira , qui en est éloignée de trois milles , dit Yaqubi. Hira domine Najaf... Cest là quhabite , entre autres , la famille de Buqayla. Cétait autrefois la résidence des princes lakhmides , de la famille de Numan ibn al Mundhir. La haute société de Hira est composée de chrétiens , et certains appartiennent à des tribus arabes , entre autres , aux Banu Tamim , dont la famille du poète Adi Ibn Zayd Ibadi , aux Sulaym , aux Tayyi.
§ 174. LEthiopie.
LEthiopie chrétienne242 apparait dans les événements dArabie , par lintermédiaire des marchands , des esclaves , des mercenaires243 et de ses incursions au Yémen. LAbyssinie est le nom arabe de ce royaume244 , Axum , son nom indigène245 . Au tournant du VIIème siècle , cette puissance alliée des Byzantins saffaiblit au contact des Sassanides.
Les musulmans croient entretenir de bonnes relations avec le Négus246. Les mots éthiopiens sont par ailleurs assez nombreux dans le texte du Coran247 , ce qui est un indice des contacts constants entre les deux mondes culturels, géographiquement très proches, séparés par un bras de mer: la Mecque est en face de ces chrétiens à la peau sombre.
La peur de l'Ethiopien.
(Ibn Kathir , Tafsir 2).248
Un Ethiopien détruira la Ka'ba avant la dernière heure.
La Ka'ba sera détruite par Sawiqatyan , venant dEthiopie.
Sawiqatyan , venant dEthiopie , détruira la Ka'ba , volera les ornements et le voile. Cest comme si je le voyais maintenant: chauve , avec ses jambes fines , frappant la Kaba avec la hache. Cela viendra après lapparition des gens de Gog et Magog.
Les relations entre l'Arabie et l'Ethiopie.249
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1180-1).250
Quand les musulmans se virent traités de la sorte , le messager dAllah leur dit de partir pour le pays des Abyssins , les Abyssins étaient sous le règne d'un bon roi appelé le Négus. Dans son pays , nul n'était inquiété , et il était loué de tous pour sa droiture. L'Abyssinie était un marché où les Quraysh venaient faire du commerce , y trouvant approvisionnements et sécurité en abondance , et de bonnes affaire.
1. Un réservoir de main-doeuvre.
LAbyssinie , séparée dun étroit bras de mer , fournit les aristocraties arabes en esclaves domestiques et en mercenaires. Ce trafic na été interrompu quau milieu du XXème siècle , sous pression occidentale.
Les esclaves éthiopiens.
(Dawud , Hadith 23 , 4976).251
Aïsha a appelé sa servante abyssinienne et lui a demandé:
-Est-ce lui ou toi qui a préparé le nabidh252 pour lapôtre dAllah?
La servante abyssinienne a répondu:
-Jai préparé le nabidh pour lui et je lai mis dans une outre pour la nuit , lié lembouchure et suspendu , pour quil puisse le boire le matin.253
Les esclaves éthiopiens de Médine.
(Dawud , Hadith 41 , 4905).254
Quand lapôtre dAllah est venu à Médine , les Abyssiniens jouaient pour exprimer leur joie : ils jouaient avec des lances255 .
Les esclaves-concubines éthiopiennes des Quraysh.
(Ibn al Kalbi , Livre des Défauts). 256
Les Quraysh fils dEthiopiennes:
-Nadla ibn Hashim ibn Abd Manaf (il na pas de postérité : il eut pour mère Sohak.
-Nufayl ibn Abd al Uzza ... (il eut pour mère Sohak).
-Amir ibn Rabia ... Ils eurent pour mère Sohak , une Ethiopienne qui appartenait à Hashim Abd Manaf.
-Rabia al Makhzumi: sa mère était éthiopienne chrétienne.
-Al Abbas ibn Walid...
-Abdallah ibn Ubayy.
-Abdallah ibn Abu ... Amir ibn Hafs.
Le jeu des Ethiopiens.
(Dawud , Hadith 4 ,1941).
Je me souviens que lapôtre dAllah se tenait à la porte de ma maison , empêchant avec son manteau que je puisse voir le jeu des Abyssiniens alors quils samusaient avec leurs dagues dans la mosquée.
2. Le christianisme éthiopien.
Autour de 350 , lEthiopie est christianisée , par les marchands , sous linfluence dAlexandrie257 . Elle adopte la doctrine monophysite.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 85).
Le prophète leur accorda cette autorisation , en leur disant:
-Allez dans l'Abyssinie , dont les habitants sont chrétiens , possesseurs d'un livre sacré , et plus rapprochés des musulmans que les idolâtres. Le Négus est un roi qui ne commet jamais d'injustice envers personne.
Les églises éthiopiennes.
(Bukhari , Sahih 8/419) . 258
Umm Habiba et Umm Salama ont mentionné une église quelles avaient vues en Ethiopie , dans laquelle il y avait des images259. Elles en parlèrent au prophète , qui dit à ce sujet: si un homme pieux meurt parmi ces gens , ils feront un sanctuaire sur sa tombe et mettront des images dessus. Ils sont parmi les pires créatures sous le regard dAllah le jour de la résurrection.
Légendes monétaires dAxum (350-750). 260
Cela convient au pays.
Christ avec nous!.
Joie pour les Nations!
Sois conquérant par le Christ
Grâces aux Nations.
3. Le Négus.
La tradition musulmane a cherché à prouver que le Négus sétait converti à lislam261 , pour expliquer le bon traitement dont avaient bénéficié les musulmans réfugiés à sa cour. Il est le seul des dirigeants étrangers à recevoir un traitement favorable par ces sources.
Si lon en croit les sources numismatiques , le nom du souverain est Yoel262 .
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 89).
Le Négus était intérieurement croyant. Or il voulait faire connaitre publiquement sa foi , et à cet effet il convoqua le peuple abyssin , les grands , les officiers et les troupes , et il leur parla ainsi:
-Je pense que ce Muhammad est le personnage dont il est parlé dans l'Évangile. Ne pourrions-nous pas croire en lui et le faire venir dans notre pays , avant que sa religion ait conquis le monde entier?
Les Abyssins protestèrent en disant:
-Nous ne consentons pas : nous ne voulons pas abandonner la religion chrétienne : celui qui le fera sera répudié et abandonné par nous.
Le Négus , craignant de perdre la couronne , dit :
- Je n'ai fait que vous éprouver , pour voir ce que vous en diriez. Le peuple fut rassuré. Le Négus continuait de bien traiter les musulmans , et professait lui-même en secret l'islamisme. Il en fit part , par un messager , au prophète , qui agréa sa conversion et l'autorisa à pratiquer263.
L'accueil du Négus.
(Ibn Sad , Tabaqat 8/116).264
Jafar arriva et sautilla autour du messager d'Allah. Le prophète dit:
-Que t'arrive t-il , Jafar?
Il répondit:
-Messager d'Allah , quand le Négus veut faire plaisir à quelqu'un , il se lève et sautille autour de lui.
Le fils du Négus.
(Ibn Bukayr).265
J'ai vu Abu Nayzar , le fils du Négus. Jamais je n'ai vu un homme , Arabe ou étranger , plus fort , plus grand , plus beau que lui. Ali est venu vers lui en compagnie d'un marchand à la Mecque et l'a acheté , l'a affranchi en retour de la bonté du Négus envers Jafar et ses compagnons. J'ai demandé à mon père si Abu Nayzar était un homme noir comme les Abyssins et il a dit que si je l'avais vu , j'aurai dit que c'était un Arabe.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 69).
Burayda a dit:
-Le Négus a envoyé en cadeau à lenvoyé d'Allah deux simples boites noires. Il les prenait pour pratiquer ses ablutions.
4. Lexpansionnisme éthiopien.
Une puissance chrétienne toute proche, bien organisée et peuplée de gens tout noirs, voilà qui ne peut qu'inquiéter les populations arabes de l'autre côté de la mer. Ajoutons que cette puissance est expansionniste, et qu'elle est précédée d'un préjugé défavorable dans les textes bibliques.266
Des récits de la Tradition Islamique prophétisent même la destruction de la Ka'ba par un Ethiopien aux jambes maigres: les plus pieux des musulmans voient d'un oeil inquiet l'élection du nouveau président américain B. Obama...
(Ibn Kathir , Sira 32-3).
Mention du passage du royaume du Yémen aux mains des Abyssins du Soudan
Ce fut comme l'avaient annoncé Chiqq et Satih , les deux devins. Seul un homme parmi les habitants de Nadjran , du nom de Daws Dhu Thalaban , échappa à ce massacre. Il s'enfuit sur son cheval et gagna le royaume du roi de Byzance qu'il mit au courant de ce massacre en se mettant sous sa protection , car ils étaient de la même religion. Le monarque byzantin lui répondit:
-Ton pays est loin du nôtre , mais je vais envoyer un message au Négus d'Abyssinie , qui partage la même croyance que nous et dont le pays est proche du tien. Il lui envoya , en effet , un message , dans lequel il lui demanda d'assister le rescapé de Najran et de venger les suppliciés.
Daws partit donc voir le Négus avec le message du monarque byzantin. Dès qu'il eut connaissance du contenu du message , le Négus mobilisa une armée de soixante dix mille hommes , en donnant le commandement à un chef militaire du nom de Aryât. Dans cette armée se trouvait aussi Abraha.
Cette armée prit la mer et accosta sur les côtes du Yémen. Daws l'accompagnait. Informé de cette invasion des soldats du Négus , Dhu Nuwâs alla à leur rencontre , accompagné des gens de Hieir et des tribus du Yémen qui lui prêtèrent allégeance.
La bataille tourna cependant en faveur de l'armée abyssine. Voyant la défaite inéluctable de son armée , Dhu Nuwâs entra avec son cheval dans la mer jusqu'à ce qu'il fut submergé par les flots. Son règne se termina ainsi , et Aryât occupa le Yémen et y établit sa domination.
Une tentative d'attaque contre l'Ethiopie.
(Ibn Sad, Tabaqat II 201-2).
Lattaque dAlqamah ibn Mujazziz al Mudliji contre les Abyssins267 eut lieu le mois de rabi al akhar de la 9ème année de lHégire.
Lapôtre d'Allah avait appris que les gens de Juddah avaient vu les Abyssins. Alors, il envoya Alqamah ibn Mujazziz à la tête de 300 hommes. Il alla vers une île, mais quand la marée sapprocha deux, ils senfuirent...
La peur des Ethiopiens.
(Bukhari, Sahih 18/49).
De la démolition de la Ka'ba.
D'après 'Aïsha, le prophète a dit : "Une armée attaquera la Ka'ba, mais tous ses soldats seront engloutis (dans le sol)."
D'après ibn 'Abbâs, le prophète a dit :
-"Il me semble voir un nègre aux jambes torses qui en enlève les pierres l'une après l'autre."
D'après Abu Hurayra, l'envoyé de Allah a dit :
-"Celui qui détruira la Ka'ba, sera Dhu-Suwayqatayn, un abyssin."
Chapitre 30
Trois Fragments
d'Histoire d'Arabie
La trace de quelques rares événements survenus en Arabie a été miraculeusement conservée dans des textes variés : pour les trois qui suivent , le plus remarquable est leur présence dans le Coran: cest le signe quils ont eu une forte influence dans les mentalités des populations de lArabie , parmi lesquelles celle d'un simple Mecquois , Muhammad ibn Abdallah.
§ 175. Les martyrs du fossé de Najran.
Un terrible roi dArabie du sud , du nom de Dhu Nuwas268 , puis baptisé Yusuf après sa conversion au judaïsme269 , aurait persécuté les populations chrétiennes de la région de Najran270. La date communément admise de cet événement est celle de 523.
Ce personnage malfaisant inaugure en Arabie la tradition des massacres de masse commis au nom des convictions religieuses. C'est un exemple repris quelques dizaines d'années plus tard par Muhammad ibn Abdallah lui-même.
1. Le persécuteur.
La découverte dune inscription a confirmé la réalité de lépisode dont le corpus coranique aurait271 conservé le souvenir , par l'énigmatique formule "gens du Four"272 ou "Gens de la Fosse"273.
La conversion de Dhu Nuwas.
(Tabari , Histoire des prophètes V 920).274
Zurah Dhu Nuwas , quand il se convertit au judaïsme , prit le nom de Yusuf. Cest lui qui a creusé la tranchée à Najran et qui a tué les chrétiens.
(Inscription de Bir Hima , ca. 523).275
Que Dieu , à qui sont le ciel et la terre , bénisse le roi Yusuf Asar Yathar , roi de toutes les tribus , et qu'il bénisse les grands seigneurs Lahayat Yarkham , Sumuyafa Ashwa , Sharahil Ashwa et Shurahbiil Asad , fils de Shurahbiil Yakmul , (du lignage) de Yazan et Gadan. Ils sont partis avec leur seigneur le roi Yusuf Asar Yathar quand il a brulé l'église et massacré les Abyssins à Zafar , fait la guerre à Asharan276 , à Rakban277 , à Farasan et à Mukhawan 278 , attaqué et assiégé Najran , enfin fortifié la chaine de Maddaban279 , quand il a fait un rassemblement auprès de lui et qu'il les a envoyés avec une armée , quand ce que le roi a réussi à prendre comme butin au cours de cette campagne se monte à 12 500 tués , 11 000 prisonniers , 290 000 chameaux , vaches et moutons : a écrit cette inscription le grand seigneur280 Sharahil dhu Yazan , quand il faisait le siège de Najran avec la tribu dhu Hamdan , villageois et nomades , un contingent de Yazanites et dauxiliaires arabes de Kinda , Murad , Madhhij , tandis que les grands seigneurs , ses frères , étaient avec le roi en position au bord de la mer contre l'Abyssinie et fortifiaient la chaine de Maddaban , et quand tout ce qu'ils ont mentionné dans cette inscription comme massacre , butin et siège , ceci fut en une campagne qu'achevèrent ceux qui rentrèrent chez eux en treize mois.
Que bénisse Rahmanan281 leurs fils , Sharahbiil Yakmul et Haan Asar , fils de Lahayat , ainsi que Lahaycat Yarkham , fils de Sumuyafa , et Marthadilan
Yamgud , fils de Sharahil , du lignage de Yazan , au mois de dhu madhraan.
Puisse , avec la protection du ciel et le loyalisme et les capacités des hommes , cette inscription être protégée contre tout briseur et déprédateur , et Rahmanan Très Haut contre tout briseur qui la mutilerait. A consigné , écrit et supervisé au nom de Rahmanan le secrétaire Tamim dhu Hadya. Seigneur des juifs.
Par le Louangé282 .
2. La persécution.
Cest surtout le mode de lexécution qua retenu la tradition , chrétienne et musulmane: les victimes furent brûlées vives dans des fosses. Mais le texte coranique peut être le résultat erratique d'une mélange d'influences diverses et anachroniques.
(Ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 24).283
Dhu Nuwas partit en guerre contre eux avec ses armées et les incita à se convertir au judaïsme , donnant le choix entre cela et la mort: ils choisirent la mort. Alors il fit creuser des tranchées pour eux : il en brûla certains , en fit massacrer par le sabre et en mutila d'autres , jusqu' à tuer un total de 20 000 d'entre eux. (...)
On dit aussi que parmi les morts de Dhu Nuwas , il y eut Abdullah al Thamir , leur chef et imam284 .
Le précédent biblique.285
La référence coranique (ou même le comportement du roi) a pu être influencée par la contamination de cet épisode de persécution biblique.
(Livre de Daniel 3 ,21-22).286
Alors ces hommes , avec leurs tuniques , leurs robes , leurs tiares et leurs autres vêtements furent jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Mais comme lordre du roi287 était pressant et que la fournaise était extraordinairement chauffée , la flamme du feu tua les hommes qui y avaient jeté Sidrach , Misach et Abdénago.
Inscription du roi Dhu Nuwas.288
Une inscription provenant du roi Dhu Nuwas , et datée de 518 , mentionne le même épisode. Mais les Fosses289 pourraient aussi bien être le nom dun localité.
...ils furent tués , les compagnons des fosses , par le feu en brasier , alors quils étaient auprès , assis... Ils leur reprochaient de croire en Dieu!
Lallusion byzantine.
(Théophanes , Chronographia 169).
Dans la même année des faits concernant le saint Arethas et ceux perpétrés dans la cité de Negra290 par les Homérites291 , une guerre fut entreprise par Elasbaas , empereur des Ethiopiens , contre les Homérites , et il fut victorieux.
Lallusion coranique.
(Corpus coranique d'Othman 85/5-11).
Ils ont été tués292 , les hommes du four -feu sans cesse alimenté- tandis quils étaient assis autour , témoins de ce quils faisaient aux croyants : ils ne les tourmentèrent que parce que ceux-ci croyaient en Allah , le puissant , le digne de louanges , à qui revient la royauté des cieux et de la terre. Allah , de toute chose est témoin.
En vérité , à ceux qui auront soumis une épreuve , des croyants et des croyantes , puis ne se seront pas repentis , à ceux-là sont réservés le tourment de la géhenne et le tourmant de la calcination.
(Tafsir al Jalalayn 85).
Périssent les gens de l'Ukhdud : que ceux qui ont creusé le fossé 293 soient maudits. Tel est l'objet du serment.
par le feu plein de combustible: Car ils y ont jeté les croyants après avoir enflammé le fossé,
cependant qu'ils étaient assis tout autour: ils étaient assis autour du bord de la fosse sur des chaises
ils étaient ainsi témoins de ce qu'ils faisaient des croyants: Ils étaient témoins de leur supplice, mais il est dit dans un hadith qu'Allah a sauvé les croyants en recueillant leurs âmes avant qu'il ne soient jetés. Et que le feu, ensuite, se retourna vers les impies et les brûla.
Les gens de la fosse.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois II 29).
Ces gens de la fosse étaient les habitants de Najran. Or Najran était une ville dont les habitants avaient cru en Moïse. Il y avait dans cette contrée un roi nommé Yusuf , et surnommé Dhu Nuwas. C'était un géant qui avait de nombreux sujets. Or Jésus , fils de Marie , était venu au monde , et Allah l'avait élevé au ciel. Quelques-uns des apôtres qui avaient été avec Jésus arrivèrent à cette ville de Najran , manifestèrent la religion de Jésus , et dirent aux habitants:
-La religion de Moïse a été abrogée: un autre prophète est venu: son nom est Jésus: maintenant il vous faut croire en Jésus , et abandonner la religion et la loi de Moïse. Et ils leur firent connaitre les oeuvres merveilleuses de Jésus. Ces habitants de Najran devinrent croyants et adoptèrent la religion de Jésus. Deux ou trois des courtisans intimes de Dhu Nowas se trouvaient à Najran. Les habitants de cette ville les prirent et leur dirent:
-Entrez dans notre religion , ou bien nous vous tuerons.
Les courtisans ne le voulurent point et les habitants de Najran les tuèrent. Cette nouvelle parvint au roi: il se mit en marche avec cinquante mille hommes , et arriva à Najran. On creusa des fossés autour de cette ville , et on y jeta du feu. Le roi prit ensuite les habitants de Najran , les amena sur le bord de ces fossés , et dit:
-Abandonnez la religion de Jésus ou nous vous jetterons dans le feu.
Comme il est dit dans le Coran:
Les gens de la fosse , du feu doué de matière ignée , ont été tués. 294
Cette histoire est longue...
3. Epilogues.
La persécution , provoquant un grand émoi , entraine une réaction des Byzantins , qui chargent leurs alliés éthiopiens de punir Dhu Nuwas. Cest ce qui est rapidement exécuté: avec laide de seigneurs locaux , le trop sinistre personnage est promptement éliminé.295
La mort du persécuteur (525?).
(Inscription de Husn al Ghurab).296
Sumyafa Ashwa et ses fils , Shurahbiil Yakmul et Madikarib Yacfur , fils de Lahiat Yarkham , (seigneurs) de Kalan , dhu Yazan , Gadan , Mathlan , Shariqan , Habb , Yathian , Yashur , Yaras , Makrab , Aqahat , Basiiyyan , Yalghub , Ghayman , Yasbur , Shabah , Gadawiyan , Kasaran , Rakhyat , Girdan , Qabilan , Shirgay , Banu Malham , de leurs tribus Wahazat , Alhan , Sulufan , Dayfatan , Rathah , Rakban , Matiafatan , Sakalan et Sakrad , également chefs et gouverneurs de Sayban Dhu Nasaf , ont écrit cette inscription sur le mont Mawiyat , quand ils en ont aménagé les murailles , la porte , les citernes et les voies d'accès , quand ils s'y sont retranchés à leur retour du pays d'Abyssinie et que les Abyssins ont envoyé leur corps expéditionnaire au pays de Himyar , quand ils ont tué le roi de Himyar297 et ses grands seigneurs298 , Himyarites et Rahbatites.
Au mois de dhu hillatan de l'an 640299.
Archéo-théologie.
(Ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 25).
A l'époque d'Omar ibn Khattab300 , un habitant de Najran a creusé dans les ruines de Najran pour pouvoir utiliser la terre , et ils sont tombés sur Abdullah ibn al Thamir , dans sa tombe : il était en position assise , sa main couvrant une blessure à la tête , et la tenant solidement. Sa main fut déplacée , et du sang sortit de la blessure. Alors ils ont replacé la main à sa place. Il avait au doigt une bague sur laquelle il était écrit: Allah est mon dieu301 .
Les gens du Fossé, exemples pour le jihad.
(Abu Mussab al Zarqawi, Lettre à Ben Laden et al Zawahiri).302
Par Allah, la religion dAllah est plus précieuse que tout: elle passe avant les personnes, les biens et les enfants. Le meilleur exemple en est lhistoire advenue aux gens du Fossé303 , quAllah a remerciés. Al Nawawi a déclarté que ce récit était la preuve que si le monde entier sentretuait pour prouver lunicité dAllah, cela serait une bonne chose.
On ne vit, on ne se protège, on ne préserve son honneur que par le sacrifice pour cette religion.
§ 176. La rupture de la digue de Marib.
Cet épisode de 542304 est attesté par une inscription , les allusions , musulmanes , mais aussi par des fouilles archéologiques récentes305 .
Il semble avoir marqué durablement les mentalités, et déclenché des Hégires parmi les populations.
Muhammad a su utiliser l´événement et son souvenir durable, à son profit, pour menacer ceux et celles qui l'écoutent. On évoque la date de 542 à propos de l'épisode.
1. La construction de la digue.
Les inondations périodiques qui affectaient la région de Marib306 ont incité la population à ériger ce monument toujours visible. Cest aussi une marqued e laffirmation dun pouvoir politique très organisé , une monarchie , en loccurence. De ce barrage , qui en soi est aussi un chef doeuvre , découle la prospérité dune grande partie de lArabie Heureuse307 du VIème siècle.
Linscription dAbraha.308
Par la puissance et la clémence et la miséricorde du Tout miséricordieux309 et de son messie et du Saint Esprit. Cette inscription est gravée par Abraha ,310 délégué du roi ge'estite311 Ramm Zubayman , roi de Saba et de Dhu Raydan et de Hadramut et de Yamanat et de ses Arabes de Tihamah et de Najd.
Et il écrivit cette inscription lors de la révolte de Yazid ibn Kabshah , gouverneur de Kindah et de Di... Il envoya Jarrah Dhu Zinbur... mais Yazid le tua... Recevant la nouvelle , le roi rassembla ses troupes abyssines et himyarites par milliers au mois de Dhul Qiyat de lannée 7312 : il se mit en marche et pénétra dans les plaines de Saba... Alors Yazid se rendit auprès de lui à Nabat , et capitula devant les chefs de l'armée... A ce moment vint de Saba la terrible nouvelle qu'au mois de Dhul Madhrah de lannée 7 , la digue s'était brisée ainsi que le mur , les réservoirs d'eau , et le bassin dAfan... Et le roi donna l'ordre aux tribus de ramasser la terre de la construction , les pierres des fondations , les pierres rouges de construction , les autres matériaux de construction , les feuilles de l'arbre Khafaj , les pierres blanches ainsi que le plomb de fonte , pour restaurer la digue , les murs et les dégats causés à Marib. Ce travail de rassemblage s'acheva au mois de Dhul Surab de lannée 7... Le roi se rendit à Marib pour consacrer son église... ensuite , il alla à la digue , creusa jusqu'au niveau des fondations et dégagea le rocher pour ériger le mur. Et lorsqu'il eut commencé , arriva la nouvelle de la révolte des tribus. Les rebelles se soumirent au roi. De là , il rentra dans la ville de Marib de la digue. Les chefs qui restèrent fidèles , furent Aksum , Murjazif de Dhirnah , Adil chef de Faysh , etc... Alors vinrent à lui l'ambassade du Négus , et l'ambassade du roi des Rum , et l'ambassade du roi des Perses , et l'envoyé d'al Mundhir313 , et un envoyé de Harith ibn Jabalah , et un envoyé d'Abu Karib ibn Jabalah , ainsi que les envoyés de tous ceux qui cherchaient son amitié , grace au Tout Miséricordieux... et le roi restaura le mur bâti par Yafur à Saba...314
(Masudi , Prairies dOr 1253).
Les eaux , représentant la majeure partie de celles qui arrivaient dai-is le pays de Saba , remplissaient une écluse315 faite en pierres dures et en fer , qui partait de l'ensemble formé par] la digue et la montagne. La longueur de cette écluse était , comme nous l'avons dit , d'une parasange : et derrière la digue et les montagnes , il y avait de grands fleuves. Dans cette écluse , à laquelle aboutissaient les eaux de ces fleuves , on avait pratiqué 30 ouvertures d'une rondeur et d'une proportion parfaites , dont le diamètre , en tous sens , était d'une coudée. Les eaux sortant par ces ouvertures formaient des ruisseaux qui , dans leurs cours , arrosaient les jardins et fournis- saient à la boisson de tous les habitants. Avant que le pays de Saba jouit de la fertilité et de la riche culture dont nous venons de faire le tableau , il était recouvert par la crue de ces cours d'eau.
2. Le cataclysme.
Cest , selon des études récentes , la rupture de cette digue qui a causé le déclin de toute la région. Muhammad semble sen réjouir dans son oeuvre.
Les sources musulmanes attribuent la catastrophe , au mieux , au mauvais entretien de lédifice , à des rats obéissant à des ordres divins , ou à la "colère dAllah" contre des hommes trop heureux et trop peureux.
(ibn Hisham , notes p. 693).316
Amr vit un rat en train de creuser dans le barrage à Marib , là où ils retenaient leau et lamenaient là où elle était la plus utile. Il sentait que le barrage nallait pas durer et il se résolut à quitter le Yémen. (...) Alors Allah envoya un torrent contre le barrage et le détruisit.
(Baladuri , Livre des Conquêtes 15-6).
Alors Allah créa des rats qui commencèrent à ronger le barrage , qui se trouvaient entre deux montagnes , et qui comportait des canalisations pour que les gnes qui le souhaitaient puissent retirer autant deau quils voulaient. Cétait le barrage dArim. Les rats sactivèrent sur la barrage jusquà ce quil rompe. Ainsi , Allah inonda leurs jardins et leurs arbres disparurent : il les changea en khamt317 , tamariniers et quelques jujubiers318 .
La rupture de la digue , punition dAllah.
(Corpus coranique d'Othman 34/14).
Les Saba se détournèrent cependant de nous.
Nous déchainames contre eux linondation319 dal Arim et , au lieu de leurs deux jardins320 , nous leur donnames deux jardins poussant des végétaux aux fruits amers , des tamaris et de rares baies de jujubiers.
(Masudi , Prairies dor 1255).
Les enfants de Qahtan ayant fixé leur demeure dans le pays que nous venons de faire connaitre et ayant soumis tous ses habitants , ne se doutèrent pas de la catastrophe qui les menaçait du fait de la dégradation et de l'affaiblissement de la digue et de l'écluse. Quand la digue , la batisse et l'écluse en furent venues à un tel point de faiblesse qu'elles ne furent plus capables de soutenir l'effort des eaux , elles cédèrent à leur violence , furent entrainées dans le courant et renversées par.leur impétuosité. Cela arriva à l'époque de la crue des eaux , qui submergèrent tout le pays: jardins , terres cultivées et batiments : cette catastrophe en éloigna tous les habitants et entraina son entière dépopulation.
(...)
Voilà en peu de mots l'histoire de l'inondation d'al Arim et du pays de Saba. Tous les gens instruits , parmi ces peuples , conviennent que le mot arim désigne la digue321 qu'ils avaient solidement construite pour mettre leurs campagnes à l'abri des ravages de la crue. Ce fut un rat qui y pratiqua une fente , pour accentuer le merveilleux de l'événement , de même que Dieu avait fait jaillir les eaux du Déluge du milieu d'un four afin que l'enseignement qu'il comportait fut plus frappant et la preuve de la toute-puissance divine plus convaincante. Les descendants de Qahtan , qui habitent encore aujourd'hui cette contrée , ne contestent pas la catastrophe d'al Arim , car le fait est chez eux célèbre et connu de tous.
§ 177. Lannée de lEléphant.
Cette fameuse année322 de 570 a servi de point de repère immuable pour la tradition musulmane: il y aurait eu synchronisme entre lattaque éthiopienne323 et la naissance de Muhammad. Les historiens contestent bien sûr ce rapprochement : le règne du roi Abraha a eu lieu environ trente ans avant l'événement .
Mais la protection miraculeuse du sanctuaire contre lattaque éthiopienne fournit un contexte symbolique particulièrement séduisant324. Il est certain que cet événement fondateur -réel , transposé ou inventé- pour les Mecquois a laissé une impression profonde sur les esprits325. On connait donc laffaire dans un grand luxe de détails , par des développements héroïques , comiques et fantastiques326. Elle permet de montrer les Quraysh dans la posture de défenseurs de la Kaba , contre les Yéménites chrétiens327 . Léléphant , au service dun roi chrétien se soumet devant le dieu de la Kaba , dans une scène frappante: il accomplit ainsi , lui , léléphant chrétien , en sagenouillant des rites qui font de lui le premier des musulmans...
Il est pourtant permis de douter , hélas , de la présence pittoresque dun éléphant328 durant lévénement: plus simplement , les Ethiopiens étaient appelés traditionnellement Gens de lEléphant ou plutôt "les gens de l'ivoire", suivant une confusion assez classique329...
Et finalement , c'est même la présence des Ethiopiens que l'on doit contester330 : il ne reste donc presque plus rien de véritablement historique dans ce récit si séduisant au premier abord.
1. Le vice-roi Abraha.
La connaissance de plus en plus précise des événements politiques en Arabie du Sud (grâce aux découvertes d'inscriptions) a bouleversé la chronologie et a réfuté toute l'interprétation musulmane : le Yémen est soumis aux Ethiopiens au début du VIème siècle : Abraha , qui est leur créature , règne selon les inscriptions au milieu du siècle, et il est remplacé par son fils Yaksum.331
(Procope , Histoire des Guerres I 20 , 5 et 8).332
Ces gens333 , un peu plus tard , en compagnie de quelques autres , se souleva contre le roi Esimiphaios334 et lenferma dans une de ses forteresses et ils établirent un nouveau roi , du nom dAbraha. Il était alors chrétien , mais avait été lesclave dun citoyen romain (...). Quand Hellesthaios335 lapprit , il voulut le punir en même temps que tous ceux qui sétaient révoltés , à cause de leur comportement injustce envers Esimiphaios , et il envoya contre eux une armée de 3.000 hommes avec un de ses parents comme commandant. Larmée , une fois sur les lieux , refusa de rentrer chez elle , et elle souhaitait plutôt rester là où il y avait de bonnes terres , et sans en avertir leur chef , ils ouvrirent des négociations avec Abraha. (...) Après la mort dHellesthaios , Abraha accepta de payer tribut au roi dEthiopie qui lui succéda , et de cette façon , il renforça son pouvoir.
Inscription du roi Abraha.336
Par le pouvoir du Miséricordieux et son envoyé337 , le roi Abraha... a écrit cette inscription quand il a ravagé Maadd dans sa razzia de printemps au mois davril , alors que la tribu des Banu Amir sétait révoltée. Maintenant , le roi a envoyé Abu Jabr avec les tribus de Kinda338 et Ali et il a envoyé Bishr ibn Hisin avec les tribus de Sad et Murad. Kinda et Ali étaient dans lavant-garde de larmée contre les Banu Amir dans la vallée de Dhu Markh , et Murad et Sad dans une vallée dans la direction de Turaba339 . Puis ils massacrèrent et capturèrent les ennemis et semparèrent dun butin satisfaisant. Le roi , dun autre côté , combattit à Haliban340 et les troupes de Maadd furent battues et contraintes à livrer des otages. Après cela , cet Amr fils de Mundhir négocia avec Abraha et accepta de donner des otages à Abraha , parce que Mundhir avait donné à cet Amir la charge de gouverneur de Maadd. Alors Abraha quitta Haliban par le pouvoir du miséricordieux , lannée 662341.
2. Lattentat scatologique de Sanaa.
Le point de départ de l'affaire est un épisode stupido-comique mettant en scène un sacrilège commis par des païens sur un lieu de culte chrétien. En même temps, le sacrilège grossier d'un lieu chrétien doit amuser le public musulman.
Le sacrilège dans léglise.342
(Ibn Kalbi , Livre des Idoles 40 c , 41a-b).
Abraha al-Asram fit construire un édifice à Sanaa , une église qu'il nomma al-Qalis343 . Elle était construite de marbre et du meilleur bois doré. Puis il écrivit au roi dAbyssinie:
-Je tai construit , disait-il , une église telle que personne n'en a jamais construit de semblable. Et je naurai point de cesse que les Arabes ne soient détournés du pèlerinage qu'ils font à leur propre Temple.
La nouvelle parvint à l'une des autorités du calendrier religieux344 qui envoya deux de ses hommes avec ordre de ne point revenir avant davoir déféqué à l'intérieur même de l'église345 . Ce que firent les deux hommes.
En apprenant ce sacrilège , Abraha al Asram demanda , tout irrité:
-Oui a osé faire pareille chose?
On lui répondit:
-Des gens de la Kaba.
A la tête de ses éléphants346 et de ses troupes dAbyssins , il s'élança avec fureur. L'on connait la suite de son équipée.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois V 934).347
Cétait un des hommes des Banu Fuqaym , une partie du groupe des Banu Malik. Il sarrangea pour pénétrer dans la cathédrale et ensuite déféqua dedans , repartit et réussit à rejoindre son pays. Abraha fut informé de cet incident et sexclama:
-Qui a commis cet acte?
On lui répondit:
-Un homme de la maison de la Mecque , où les Arabes font un pélerinage , la commis , parce quil avait entendu tes paroles Je vais détourner les pélerins arabes de là. Cela la rendu furieux et il est entré et a déféqué dedans , pour montrer que cela nétait pas un endroit digne de cette fonction.
3. La légende du siège de la Mecque.
L'histoire est contée avec un luxe de détails tout à fait inventés, sur la base peut-être de très vagues et très lointains souvenirs locaux.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 35-36).
Le matin , Abraha se prépara à entrer dans la ville , mit son éléphant en position et disposa ses troupes. Son intention était de détruire le temple et de retourner au Yémen. Quand ils placèrent léléphant (son nom était Mahmud348) face à la Mecque , Nufayl ibn Habib vint à ses cotés , attrapa une de ses oreilles et dit:
-A genoux , Mahmud , ou retourne doù tu viens , parce que tu es sur la terre sainte dAllah. Il lacha loreille et léléphant sagenouilla... Les soldats ont battu léléphant pour le faire avancer , mais il refusait toujours. Ils lui frappaient la tête avec des barres de fer , ils lui mettaient des crochets sur son ventre et le balafraient. Alors ils le placèrent face au Yémen , et aussitôt , il se leva et se mit en mouvement. Quand ils le placèrent face au nord et lest , il fit la même chose , mais dès quil était en face de la Mecque , il se mettait à nouveau à genoux.
Alors Allah leur envoya des oiseaux de mer comme des hirondelles ou des étournaux. Chacun tenait trois cailloux dans les serres. Chaque homme touché mourut mais ils ne furent pas tous touchés. Ils senfuyèrent par là où ils étaient venus.
Les oiseaux et les éléphants.
(ibn Sad , Tabaqat I 99).
Alors les groupes doiseaux349 sont venus du côté de la mer et chaque oiseau tenait trois cailloux , deux dans les griffes , un dans le bec. Ils ont lâché les cailloux sur eux et dès quils touchaient quelque chose , ils causaient aussitôt des blessures , et la vermine et les microbes sétendirent. Les cailloux donnèrent aussi aux arbres des fruits amers. Ensuite Allah envoya un déluge350 , qui les submergea et les envoya dans la mer.
(...)
Abraha senfuit avec ceux qui restaient , et à la fin , tous ses membres se mirent à tomber. Concernant léléphant du Négus , Mahmud , il sabstint dattaquer le sanctuaire , alors il fut sauvé , mais les autres furent plus grossiers , et furent donc écrasés. On dit quil y avait en tout 30 éléphants.
Les oiseaux bombardiers.
(Ibn Kathir , Sira 41).
Iqrima a dit que ces oiseaux avaient des têtes pareilles à celles des loups , qu'ils étaient de couleur verte , et qu'ils étaient sortis de la mer pour s'abattre sur eux.
Ubayd Ibn Umayr soutient , lui , quils étaient des oiseaux marins et de couleur noire. Ils tenaient les cailloux dans leurs becs et leurs pattes.
Quant à Ibn 'Abbâs , il estime que ces oiseaux avaient la forme du phénix dOccident et que les plus petits des cailloux qu'ils tenaient , avaient la dimension dune tête d'homme.
Ibn Abu Hâtem a dit pour sa part: (...) Lorsque Allah a voulu exterminer les gens de l'éléphant , Il leur envoya des oiseaux sortis de la mer , pareils aux hirondelles. Chaque oiseau parmi eux , portait trois cailloux sur lui. deux dans ses pattes et un dans son bec. Ils tombèrent sur eux en criant et lancèrent ce qu'il y avait dans leurs pattes et dans leur bec. Dès qu'un caillou atteignait un homme de l'armée d'Abraha , à la tête , il en ressortait par son postérieur , et à chaque fois qu'il tombait sur une partie du corps d'un homme , il en ressortait par l'autre partie. Allah envoya aussi un vent violent qui poussa les cailloux et leur donna encore plus de rigueur. Ils furent tous exterminés.
(Ibn Kathir , Tafsir 105).
A propos du mot sijjil , (...) , certains des commentateurs ont dit qu'il y avait deux mots persans que les Arabes ont transformé en un seul mot. Les deux mots sont sanj qui veut dire pierre , et jil , qui veut dire argile. Les roches étaient de deux natures: en pierre et en argile.
Précision sur les attaquants.
(Ibn Bukayr).351
La ville est une ville qui doit être dévorée.
Les Akk et les Asharites et l'Eléphant vont la détruire.
La punition d'Abraha.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 36).
Abraha fut frappé dans son corps même: ils l'emportaient , mais ses ongles tombaient les uns après les autres. Il lui apparut une plaie qui produisait du pus et du sang , et quand il est arrivé à Sanna , il ressemblait à un tout petit oisillon. On raconte aussi qu'il est mort d'une explosion de son coeur dans sa poitrine.352
Poème sur lévénement.
(Abu Qays).353
... Son oeuvre ce fut le jour de lEléphant abyssinien.
Quoi quils firent , il resta à sa place.
Ils tirent avec leurs crochets sur ses flancs ,
ils lui lacérèrent la trompe et elle fut arrachée.
Ils usèrent dun couteau comme dun fouet.
Quand ils le frappèrent avec sur le dos ,
cela fit une blessure.
Il finit par se retourner
et rentra par là où il était venu.
Ceux-là supportèrent le poids de leur injustice.
Allah envoya un vent qui apportait des cailloux den haut
et ils tentèrent de se cacher comme des agneaux.
Leurs prêtres les enjoignaient à supporter cela ,
mais ils étaient frappés comme des moutons.
La sourate de lEléphant.354
(Corpus coranique d'Othman 105).
355 Nas tu pas vu comment ton seigneur a traité les hommes de lEléphant?356
Na t-il point fait tourner leur stratagème en confusion?
Na t-il point lancé contre eux des oiseaux , par vols , qui leur jetaient des pierres dargile357 , en sorte que ton seigneur en fit comme feuillage dévoré?358
(Tafsir al Jalalayn 105).
On a rapporté que le roi de Yémen appelé Abraha avait bâti une église à Sanaa pour que les hommes la visitent au lieu de se rendre à La Mecque pour leur pèlerinage. Un homme de Banu Kinana fit une déjection à l'intérieur de l'église et souilla sa nef par mépris pour elle. Abraha jura alors de détruire la Ka'ba. A ces fins, il se dirigea vers La Mecque avec une troupe de soldats et à la tête il y avait des éléphants dont le plus grand s'appela Mahmud. Allah raconte leur histoire et leur sort dans cette sourate.
(...)
Et il les a rendus semblables à une paille mâchée.: sur chacun d'elles était gravé le nom de chaque soldat. Allah les a rendus ensuite semblables à de la paille mâchée. La pierre était plus petite que le grain de pois chiche et plus grande qu'un grain de lentilles qui a percé le casque, l'homme et l'éléphant et a atteint la terre. Ce fut l'an de la naissance de notre prophète .
Léléphant , lennemi des dieux.
Léléphant est un animal énorme et anormal dans lAntiquité , qui frappe les imaginations : son existence semble en soi un véritable défi à la divinité et il est de plus devenu un symbole des grandes monarchies orientales. Quand le roi séleucide Antiochos V attaque Jérusalem , la littérature religieuse juive sempare du thème.
(I Maccabées 6).359
Le roi se leva de grand matin , et lança son armée d'un seul élan sur le chemin de Bethzakharia360 : les troupes se rangeaient en ordre de bataille , et on sonna des trompettes. On présenta aux éléphants du jus de raisin et de mûres pour les exciter au combat361. Les bêtes furent réparties entre les phalanges. Près de chacune , on rangea mille hommes cuirassés de cottes de mailles et coiffés d'un casque de bronze , et cinq cents cavaliers d'élite étaient affectés à chaque bête. Ceux-ci prévenaient tous les mouvements de la bête et l'accompagnaient partout sans jamais s'en éloigner. Sur chaque bête , une solide tour de bois , fixée par des sangles , formait abri , et dans chaque tour , se trouvaient les trois guerriers combattant sur les bêtes ainsi que leur cornac.(...)
Eléazar , surnommé Awaran , vit l'une des bêtes caparaçonnée d'un harnais royal et surpassant toutes les autres par la taille. Il pensa que le roi était dessus et il se sacrifia pour sauver son peuple et acquérir un nom immortel. Il se précipita avec audace vers la bête et au milieu de la phalange , tuant à droite et à gauche si bien que les ennemis s'en écartèrent de part et d'autre. Il se glissa sous léléphant et par en dessous lui porta un coup mortel: il s'écroula sur Eléazar qui mourut sur place. Les Juifs , constatant la force impétueuse des troupes royales , rompirent le contact.
4. Manipulations chronologiques.
Tout est fait pour adapter lévénement à la chronologie musulmane: le synchronisme est articifiel mais adopté.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 116).
Plus tard , ce fut lannée de lEléphant qui servit de point de départ dune ère. Les Abyssins ayant amené dAbyssinie un éléphant pour détruire le temple de la Ka'ba , Allah les avait fait périr. Cétait également un événement important362 , dont le bruit sétait répandu dans le monde entier363 .
(Tabari , Histoire des prophètes V 966).364
Lannée de la naissance de lapôtre dAllah se place sous le règne de Khosroès Anusharwan , lannée où Abraha al Ashram abu Yaksum marcha contre la Mecque avec les Abyssiniens , apportant avec lui un éléphant , dans lintention de démolir la maison dAllah.
La chronologie des Quraysh.
(Ibn Asakir , Tarih 1 , 28).365
Les Quraysh décomptent le temps , avant lère du prophète , depuis lannée de lEléphant. Entre lEléphant et les guerres sacrilèges , ils décomptent quarante ans. Entre les guerres sacrilèges et la mort dHisham , ils décomptent six ans. Entre la mort dHisham et la reconstruction de la Kaba , ils décomptent neuf ans. Entre la reconstruction de la Kaba366 et le départ du prophète pour Médine , ils décomptent quinze ans : il est resté cinq ans sans recevoir de révélation. Ensuite , le décompte est le suivant...
La preuve par la bouse.
(Tabari , Histoire des prophètes V 967).367
Qubath ibn Ashyam a dit:
- Jai vu la bouse de léléphant , de couleur noire et réduite en poudre , un an après lapparition de lanimal.
5. Le traumatisme de lEléphant.
Laffaire de léléphant a touché les esprits , et on voit réapparaître cette histoire bien plus tard.
Le souvenir de l'éléphant.368
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 243).
Lorsqu'il arriva à Hodaybiya369 , non loin de la Mecque , son chameau s'arrêta et s'agenouilla : il fut impossible de le faire avancer. Les musulmans dirent:
-Apôtre d'Allah. qu'est-il arrivé à ce chameau?
Le prophète répondit:
-Il est retenu par celui qui a retenu l'éléphant. C'est la volonté d'Allah qui l'arrête , de même qu'elle a arrêté l'éléphant , du temps d'Abraha.
(Bukhari , Sahih 26/ 667).370
Des traces de lévénement se retrouvent dans les dernières prophéties de Muhammad à lagonie.
Lapôtre dAllah a dit: lhomme aux jambes maigres371 viendra dEthiopie pour démolir la Kaba.
(Dawud , Hadith , 37/ 4295).372
Le prophète a dit: laisse les Abyssiniens aussi longtemps quils vous laissent tranquilles , parce que cest seulement un Abyssinien aux jambes courtes qui voudra semparer du trésor de la Kaba373.
Chapitre 31
LA MECQUE
La cité sacrée
§178. Présentation.
La Mecque374 est à la fois une ville , une cité375 , un centre commercial376 et un sanctuaire377 et ces trois natures du même lieu cohabitent parfaitement , pour la prospérité de sa florissante aristocratie.
Nos connaissances sur le sujet sont extirpées du passé par leffort antiquaire des musulmans , et ceux-ci se satisfont de toute information dorigine mythique : elles sont à manipuler avec précaution , lhistoire , la légende et la fantaisie étant mêlées. Mais on peut clairement établir lorganisation générale de la cité-sanctuaire , qui changera peu après létablissement de lislam378.
Un des aspects les plus mystérieux de la cité est son organisation politique379. Très peu de recherches ont été faites à ce sujet. On conclut généralement que son fonctionnement est aristocratique: de grandes familles dominent en contrôlant une sorte de Sénat380 , en gérant le sanctuaire , et faisant preuve de générosité envers la population et les pèlerins.
Il ne reste presque plus rien de la physionomie de la ville antique381 , ce qui détruit largement le sens du pèlerinage ancien , dans la forme et dans le fond382 : des milliards de dollars sont dépensés ou vont l'être dans des projets pharaoniques, dirigés par la famille Ben Laden, qui transforment la ville en une nouvelle Babylone dont le mauvais goût n'a d'égale que le gigantisme: lieu cosmopolite, décadent, démesuré, orgueilleux, phariséen au possible, voué à la superstition la plus éhontée.
Il est en effet prévu que les revenus du pèlerinage finissent par égaler ceux du pétrole...
Du point de vue mecquois, l'avènement de l'islam peut être considéré comme une excellente affaire: c'est finalement la victoire de son dieu tutélaire, et le succès assuré pour son sanctuaire. La cité doit partager la gloire récemment acquise avec Médine, et ensuite, accepter le déplacement du centre de l'empire avec Damas. Mais la nouvelle dynastie ommeyade est mecquoise elle-même, et le sanctuaire mecquois voit affluer des millions de pèlerins plutôt que des milliers.
§ 179. Cité maudite et sacrée.
Dans le Coran , Muhammad alterne les éloges pour sa cité natale et les menaces contre la cité quil a quittée , cest-à-dire , dans les deux cas , la Mecque. Dans toutes les sources , lambiguité subsiste quant à son attitude face à la ville , jusquaux dernières heures avant la conquête de 630.
Il y avertit clairement son intention de la soumettre ou de la détruire: la Mecque devient une cité maudite de plus , comme il y en a tant dans la Bible.
Si l'on avait mauvais esprit, on dirait que la malédiction a frappé effectivement la cité: c'est le pèlerinage lui-même, qui a détruit l'urbanisme, écrasé le sanctuaire sous des formes architecturales monstrueuses, destructuré la société locale et ses conditions de vie par l'arrivée de millions de pèlerins.
La parabole de la cité perverse.
(Corpus coranique d'Othman 16/113-4).
Allah propose la parabole d'une cité qui a été paisible et tranquille , qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci , en punition de ce que les gens de la cité ont accompli , leur a fait gouter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux , mais ils l'ont traité d'imposteur et le tourment les a emportés alors qu'ils étaient injustes.
(Corpus coranique d'Othman 27/93).
J'ai seulement reçu ordre d'adorer le seigneur de cette ville qu'il a déclarée sacrée.
A lui appartient toute chose!
J'ai reçu ordre d'être parmi les soumis à lui.
(Corpus coranique d'Othman 90/1-3).
Non! Jen jure par cette ville383 -or tu nes pas sans liens avec cette ville- jen jure par un procréateur et ce quil a engendré...
La Mère des Cités.384
(Corpus coranique d'Othman 6/92).
Ceci est une écriture bénie que nous avons fait descendre , déclarant vrais les messages antérieurs afin que tu avertisses , prophète , la Mère des Cités et ceux qui sont autour delle.
(Corpus coranique d'Othman 42/5).
Ainsi nous t'avons révélé une prédication en langue arabe pour que tu avertisses la Mère des cités et ceux qui sont autour d'elle et que tu avertisses de la venue du jour de la réunion où sans nul doute , une fraction sera dans le jardin et une fraction dans le brasier.
Les autres noms de la Mecque.
(Ibn Kathir , Tafsir 3).
Les (autres) noms de Makkah , comme Bakkah.
...Bakkah était un des autres noms de Makkah. Bakkah , parce quelle provoque les pleurs385 aux tyrans et aux arrogants , et donc ils deviennent humbles à proximité delle. On dit aussi que Makkah est appelée Bakkah parce que les gens font buka devant elle , cest-à-dire quils se rassemblent autour delle. Il y a dautres noms pour Makkah , comme Bakkah , lAncienne Maison386 , la Maison Sacrée387 , la Cité Sûre388 , la Sûre389 . Les noms de Makkah comprennent aussi La Mère Miséricordieuse390 , la Mère des Cités391 , et Salah392 .
§ 180. Lantiquité de la Mecque.
Makoraba , le Sanctuaire393 est connu par les textes depuis le géographe Ptolémée. Les autres informations sont sans doute dorigine locale , et les glorieuses généalogies familiales constituent la base des chroniques de la ville , enrichies de données bibliques. Aucune fouille nest possible dans cette zone , considérée comme sacrée394. Les textes veulent présenter l'irrésistible domination des Quraysh sur la cité , et leur quantité permet de comprendre assez finement dans quel type de société l'individu Muhammad a été formé395. Ce nest pas lui contesté son statut de grand-homme que de considérer les choses de cette manière396.
1. Larchéologie de la Mecque.
Le discours ancien: ce que lon dit sans avoir de preuves écrites. : ici , la tradition orale constitue de lien fragile avec le passé. Tabari tente la synthèse des données bibliques et arabes.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 47).
Les Arabes se composent de deux populations distinctes: les Maaddites et les Qahtanides397 . Les habitants de Saba et du Yémen sont qahtanides , et les Arabes du désert , maaddites. L'histoire des Jurhum a été rapportée dans l'histoire d'Ismaël , fils d'Abraham. Ismaël avait épousé une femme de cette tribu , et il en avait eu des fils. Ses descendants étaient répandus dans le désert , et les descendants de Maadd et dAdnan398 habitaient également et exclusivement le désert , de même que ceux de Nizar , de Mudar et dElyas. De temps en temps ils venaient à la Mecque , sans y rester. Lorsqu'ils devinrent nombreux , une partie d'entre eux vint se fixer à la Mecque , et une partie demeura dans les montagnes. Mais la souveraineté de cette ville appartenait aux Khuzaa.
2. Lexpulsion des gardiens Jurhum.
Avec cette population , on commence à quitter lentement le mythe pour entrer dans lHistoire. Il semble que ce peuple , chargé de tous les vices , ait conservé la gestion du sanctuaire pendant plusieurs siècles. Ils réapparaisssent dans le souvenir des Mecquois au moment du creusement du puits de Zemzem par Abd al Muttalib.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 73).
Ensuite , les Juhrum agirent de façon arbitraire399 , et rendirent licite ce qui était illicite. Ceux qui entraient dans la Mecque sans être de leur tribu , ils les maltraitaient et prenaient les offrandes qui avaient été faites pour la Kaba : ainsi , leur autorité saffaiblit. Alors Ibn Bakr des Kinana et Jhubshan de Khuzaa sen rendirent compte et ils saccordèrent pour aller ensemble au combat et pour les expulser de la Mecque. La guerre fut déclarée et dans le combat , ibn Bakr et Jhubshan eurent le dessus et les expulsèrent. Maintenant , dans le temps des païens , la Mecque ne tolérait plus les injustices et le mal dans ses limites et quiconque se comportait mal au dedans en était expulsé. Cest alors quon appela la ville la Fournaise et tout roi qui voulait profaner son caractère sacré mourrait aussitôt. On dit aussi quelle était appelée Bakka400 parce quelle brisait le cou des tyrans qui y faisaient entrer des innovations401 .
La guerre sacrée.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 61).
Il y eut une guerre sacrée entre Fihr et Hassan al Himyari402 , qui était venu depuis le Yémen avec les gens de sa tribu pour ramener les pierres de la Kaba au Yémen , pour détourner le pèlerinage vers le Yémen. Il alla jusquà Nakhla , captura du bétail , bloqua les routes , mais il eut peur daller à la Mecque. Quand les Quraysh , les Kinana , les Khuzayma , les Asad et les Judham , ainsi que dautres éléments inconnus du Mudar sen rendirent compte , ils marchèrent contre lui sous la direction de Fihr. Un combat difficile sensuivit dans lequel Himyar fut vaincu et Hassan fut capturé par Fihr. (...) Hassan resta prisonnier deux ans avant quil ne paie la rançon. Il fut relaché et mourrut sur le chemin du retour au Yémen.
§ 181. La tribu des Quraysh.
Cest la tribu dorigine de Muhammad , sur laquelle la tradition sest attardée403 ainsi que le Coran qui y fait de discrètes allusions404 . Les sources indiquent quelle prend de plus en plus dimportance dans la gestion de la Mecque , avec ses clans405 , au détriment des autres tribus.
Elle possède un prestige exceptionnel dans le monde musulman pour son lien avec Muhammad406 . Mais elle tire ses origines lointaines de l'Arabie du nord , et elle a fondé sa puissance sur l'accaparement des privilèges sacerdotaux dans le sanctuaire et s'assure ainsi peu à peu le contrôle de toute la cité , au détriment des Khuzaa407. Les "Petis Requins" (nom totémique selon la tradition, qui est très inprobable408 ) ont alors le monopole du commerce longeant la Mer Rouge et ils constituent ainsi une aristocratie caravanière. Le clan des Abd Shams409 domaine celui des Hashim au début du VIIème siècle. Muhammad entretient des relations contrastées avec sa tribu: les Quraysh sont des ennemis à détruire , qui l'ont rejeté , mais ils sont aussi ses parents et il doit respecter ses propres origines.
1. Enquête sur une tribu dexception.
Lintérêt que le public portera sur la tribu , devenue la plus célèbre du monde arabe , justifie que les historiens , très tôt , tentent de réunir des informations sur elle.
Lorigine des Quraysh.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah , notes).410
On dit que Fihr ibn Malik est Quraysh , et que la lignée des Quraysh vient de sa descendance uniquement. Le nom Quraysh vient de taqarrush , qui veut dire "marchandise" ou "profit". Ruba ibn al Ajjaj a dit:
La viande grasse et le lait pur
les a rendus méprisants de la pauvre farine
et de ce qui tombe du palmier funeste411.
Les ancêtres des Quraysh.
(Bukhari , Sahih 58/177).
Le prophète a dit: Si quelqu'un doit prêter serment , il doit le faire seulement par Allah.
Alors les gens des Quraysh ont demandé s'ils pouvaient jurer sur leurs ancêtres , alors le prophète a dit:
-Ne jurez pas sur vos ancêtres.
Etymologie du mot Quraysh.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 47).
Les hommes de Kussay sappelaient Quraysch depuis le jour où il les avait réunis - c'est d'eux que les Quraysh actuels tirent leur origine. Quelques-uns disent que le nom de qoraysh signifie investigation. En effet , Kussay s'informait de la position de ses concitoyens , des étrangers , des pauvres et des nécessiteux , qui venaient chaque année pour le pèlerinage. Tous ceux qui étaient dans le besoin étaient entretenus par lui jusqu'à leur départ.
Chaque année Kussay faisait contribuer les tribus arabes à l'entretien des pèlerins , et lui-même y contribuait de ses propres ressources , en leur donnant un potage composé de dattes et de lait , mets que les Arabes appellent haïs. Il tuait des chameaux et offrait aux pèlerins de grands repas , et faisait mettre à un endroit de grandes quantités de dattes et de gruau412 . Lorsque les pèlerins accomplissaient leurs tournées et qu'ils revenaient dArafat à la Mecque , Kussay traitait toute la foule , qu'elle fut de cent mille hommes ou plus , à Batlha : il faisait étendre des nattes de cuir rouge et faisait servir la nourriture à tous , riches et pauvres. Puis il prenait des informations sur la position des gens : ceux qui navaient pas de provisions recevaient de lui des dattes , de la farine , des gâteaux et autres choses , et tous s'en retournaient de la réunion annuelle chargés de vivres. C'est à cause de ces enquêtes que Kussay reçut le nom de Quraysh. Dautres prétendent que qorayseh est le nom d'un cheval marin , qui épouvante tout ce qui habite la mer , poissons et autres animaux. Comme Kussay et son peuple avaient pris le dessus sur les Khuzaa , on les avait appelés Quraysh , par métaphore.
Abdallah ibn Abbas , a dit à ce sujet le vers suivant :
Qoraïseh , qui est cet animal qui habite la mer ,
du nom duquel sappellent les Quraysh.
Donc Kussay exerçait le pouvoir , à la Mecque , sur les Quraysh et sur les autres. Après lui , le gouvernement passa à ses descendants , de père en fils , dabord à son fils Abd Manaf , qui eut pour successeur son fils Hashim , à qui succéda son fils Abdul Muttalib , qui le laissa à son fils Abu Talib , nommé aussi Abd Manaf413. La prééminence des Quraysh était reconnue par tous les Arabes et la été jusqu'à ce jour414.
Les Quraysh mentionnés par les chrétiens.
(Stéphane dAlexandrie , Horoscope 21).415
Dans le désert de Ethrib416 , apparut un homme de la soit-disante tribu des Korasianov , de la généalogie dIsmaël , dont le nom était Muhammed et qui disait quil était prophète.
2-Les clans des Quraysh.
Une tribu arabe est constituée de plusieurs clans : ceux des Quraysh sont dûment répertoriés.
(Masudi , Prairies dOr 1449-50).
Les Quraysh comptaient 25 clans :
1. Banu Hashim ibn Abd Manaf 417
2. Banu Muttalib ibn Abd Manaf
3. Banu Harith ibn Abd al-Muttalib
4. Banu Umayya ibn Abd Shams
5. Banu Nawfal ibn Abd Manaf
6. Banu Harith ibn Fihr
7. Banu Asad ibn Abd al Uzza
8. Banu Abd ad Dar ibn Qusayy - qui étaient les portiers de la Kaba
9. Banu Zuhra ibn Kilab
10. Banu Taym ibn Murra
11. Banu Makhzum
12. Banu Yaqaza
13. Banu Murra
14. Banu Adi ibn Kab
15. Banu Sahm
16. Banu Djumah
Ici se termine la liste des clans constituant les Quraysh al Bitah , ainsi que nous l'avons dit plus haut dans ce livre.
17. Banu Malik ibn His.
18. Banu Mayis ibn Amir ibn Luayy
19. Banu Nizar ibn Maiss ibn Amir
20. Banu Sama ibn Luayy
21. Banu Adram - c'est-à-dire Taym ibn Ghalib
22. Banu Muharib ibn Fihr
23. Banu Harith ibn Abd Allah ibn Kinana :
24. Banu Aydha - alias Khuzayma ibn Luayy
25. Banu Bunana - alias Sad ibn Luayy.
Les clans énumérés depuis les Banu Malik jusqu'à la fin constituaient les Quraysh al Zawahir , ainsi que nous l'avons dit plus haut dans ce livre , à propos des Mutayyabun et d'autres Quraysh.
Une liste des clans Quraysh.
(Muslim , Sahih 1/399).
Le messager dAllah appela les Quraysh : il se rassemblèrent et il leur adressa un avertissement général. Puis il fit une référence à chaque clan:
-Ô fils de Kab ibn Luayy , sauvez-vous du feu! ô fils de Murra ibn Kab , sauvez-vous du feu! ô fils de Abd Shams , sauvez-vous du feu! ô fils dAbd Manat , sauvez-vous du feu! ô fils dHashim , sauvez-vous du feu! ô fils dAbd al Muttalib , sauvez-vous du feu! ô Fatimah , sauve-toi du feu , parce que je nai aucun pouvoir pour te protéger contre Allah...
La liste des Quraysh en charge des pèlerins
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 475).
Pour les Banu Hashim: Al Abbas ibn Abdul Muttalib.
Pour les Banu Abdu Shams: Uqba ibn Rabia.
Pour les Banu Nawfal al Harith ibn Amir et Tuayma ibn Adiy à tour de rôle.
Pour les Banu Asad: Abul Bakhtati et Hakim ibn Hizam à tour de rôle.
Pour les Banu Abdul Dar: al-Nadr ibn al-Hàrith ibn Kalda ibn Alqama
Pour les Banu Makhzum: Abu Jahl418 .
Pour les Banu Jumah: Umayya ibn Khalaf.
Pour les Banu Sahm: Nubayh et Munabbih fils d'al Hajjaj ibn Amir à tour de rôle.
Pour les Banu Amir ibn Luayy: Suhayl ibn Amr Abdu Shams.
Les puits des Quraysh.
(Ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 95-6).419
Avant le creusement de Zamzam420 , les Quraysh avaient déjà creusé des puits à la Mecque (...). Abdu Shams avait creusé un puits dans la partie haute de la ville près d'al Bayda , la maison de Muhammad ibn Yusuf ibn Thaqafi.
Hashim ibn Abdu Manaf a creusé Badhdha qui est près d'al Mustandhar , un pic du Mont al Khandama , à l'embouchure du col d'Abu Talib. On dit que quand il l'a creusé , il a dit:
-Je le fais comme moyen de subsistance pour mon peuple.
Il creusa aussi Sajla qui est un puits appartenant à al Mutim ibn Adiy ibn Nawfal ibn Abd Manaf , qui est toujours en usage. Les Banu Nawfal disent qu'al Mutim l'acheté aux Asad Banu Hashim , alors que les Banu Hashim asurent il lui a donné alors que Zamzam n'était pas encore percé , et que son peuple n'avait pas d'autre accès aux autres puits
Umayya ibn Abdu Shams a creusé le puits al Hafr pour lui-même. Les Banu Asad ibn Abdul Uzza ont creusé Suqayya qui leur appartient touours. Les Banu Abdul Dar ont creusé Umm Ahrad. Les Banu Jumah ont creusé al Sunbula qui appartient à Khalifa ibn Wahb. Les Banu Sahm ont creusé al Ghamr qui leur appartient toujours.
Il existe des puits anciens hors de la Mecque datant de l'époque de Murra ibn Kab et Kilab ibn Murra où les premiers princes de la Mecque puisaient leur eau: Rumm et Khumm. (...)
Zamazam a ensuite éclipsé les autres puits où les pèlerins prélevaient leur eau , et les gens y allaient parce qu'il était dans l'enceinte sacrée et parce que son eau était supérieure aux autres. Et aussi parce que c'était le puits d'Ismaël ibn Ibrahim421. A cause de cela , les Banu Abdu Manaf se montraient très prétentieux envers les Quraysh et les autres Arabes.
Une source pas comme les autres: Zemzem.
(at Tirmidhi , Hadith v. 4, 37).
Les gens qui visitent la Mecque et Médine prendront leau de Zam Zam avec eux pour la ramener dans leurs pays, parce quelle est bénie et parce quelle est un remède pour les malades.
Aïsha a rapporté quelle avait pris de leau de Zam Zam chez elle dans des récipients et elle a dit:
-Lenvoyé d'Allah en a pris avec lui, et il la utilisé pour les malades et leur en a donné à boire.
La destinée des Quraysh.
(Ibn Hanbal , Musnad , v. 1 p. 56).
Les gens dArabie ne se rendent pas compte de la puissance politique de quelquun, à moins quil ne sagisse dun Quraysh.
(Ibn Hanbal , Musnad v. 1, p. 5).
Ô Saad! Tu sais très bien que le prophète a dit en ta présence que les Quraysh recevront le califat parce que les nobles parmi les Arabes suivent les nobles, et les vilains suivent leurs vilains.
Saad répliqua:
-Ce que tu dis est correct, nous sommes vos conseillers et vous êtes nos dirigeants.
(Ibn Hanbal , Musnad , vol. 3, p. 183).
Après moi, lautorité politique422 devra être transférée aux Quraysh
Les Quraysh au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 180).
Les habitants de la Mecque sont sans doute dorigine étrangère , ou descendants détrangers , à lexception de quelques bédouins du Hedjaz , ou de leurs descendants qui se sont établis ici. Lancienne tribu des Quraysh , qui était divisée entre une branche nomade et une autre sédentaire , est presque éteinte. Il y a encore quelques bédouins des Quraysh dans les environs : mais les Quraysh sédentaires , qui étaient les habitants de la Mecque du temps de Muhammad , ont été soit éliminés , soit ont migré , du fait des fréquentes guerres intestines.
En ce moment , trois familles de Quraysh seulement , descendant de la tribu du même nom , sont connues à la Mecque , et le chef de lune dentre elles est le Nayb , ou de la mosquée : mais les deux autres sont constituées de pauvres gens , aussi attachés à son service.
3. Le coup-dEtat de Kussay.
Il est le premier grand représentant de la tribu , et celui qui fonde la suprématie de celle-ci sur toute la ville.
Les pustules des Khuzaa.423
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1094-1095).424
On dit , mais Allah sait le mieux , que les Khuzaa ont été touchés par un accès de pustules capable de les éliminer , et voyant cela , ils abandonnèrent la Mecque. Quelques-uns donnèrent leurs maisons , dautres les vendirent dautres encore les abandonnèrent. Kussay prit en charge la Kaba et le pouvoir à la Mecque. Il rassembla les clans des Quraysh , et les établit dans les vallées de la Mecque , alors que dautres restèrent dans les ravins et sur les sommets.
La prise du pouvoir par les Quraysh.425
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 79/80).
Kussay vint vers eux avec les gens des tribus des Quraysh , Kinana426 , Khuzaa , à Al Aqaba427 , et dit:
-Nous avons un meilleur droit à lautorité que vous. Un combat féroce suivit , et aboutit à la défaite de Shufa , et Kussay assuma le pouvoir. Les Khuzaa et les Banu Bakr se retirèrent en sachant bien quil allait imposer les mêmes restrictions sur eux que celles que Shufa avait imposées et quil allait se placer entre eux , la Kaba et le pouvoir à la Mecque. Après leur départ , Kussay exprima son hostilité contre eux , rassembla des troupes pour les combattre. Les Khuzaa et les Banu Bakr se returnèrent contre lui , et une dure bataille eut lieu dans une vallée de la Mecque , et les deux camps souffrirent beaucoup. Ensuite , ils saccordèren tpour faire la paix et pour quun des Arabes soit larbitre entre eux. Ils nommèrent à ce poste Yamar ibn Auf des Kinana. Son jugement fut que Kussay avait un meilleur droit sur la Kaba et pour dirigier la Mecque , et que le sang versé par Kussay serait annulé et les compensations ignorées , mais les Khuzaa et Banu Bakr devraient payer le prix du sang pour les hommes des Quraysh , Kinana , Kudaa qui avaient été tués , et que Kussay aurait lautorité sur la Kaba et la Mecque.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 45).
Quelques années après , Holayl mourut. Il y avait , parmi les Banu Khozaa , un homme nommé Sulayman ibn Amir , surnommé Abu Jhubshan , homme joyeux et gourmand , aimé des Khozaa. Holayl , en mourant , le désigna comme son successeur et lui remit les fonctions du Siqaya428 et du Hidjaba429. Kussay se lia damitié avec Abu Jhubshan , qui , ne se souciant pas de lautorité ni du gouvernement , vendit sa charge pour une outre de vin à Kussay , qui prit possession de la souveraineté de la Mecque , des clefs du temple , du Hidjaba et du Siqaya. Les Banu Khuzaa s'étant réunis pour lattaquer , Kussay appela ses proches et ses cousins , les descendants de Luayy ibn Ghalib , ceux de Fihr , de Kinana , de Khuzayma , de Mudrika , d'Elyas , de Modhar , de Maadd et dAdnan , en tout douze tribus , et fit la guerre aux Khozaa. Ceux-ci eurent le dessus , tuèrent un grand nombre des gens de Kussay et les chassèrent de la Mecque. Kussay alla demander du secours au chef de la tribu des Khuzaa , qui était son frère utérin. Durraj vint avec une armée nombreuse. Ceux du parti de Kussay qui étaient à la Mecque , ceux qui étaient répandus dans les montagnes , et la troupe qui avait été mise en fuite par les Khuzaa , vinrent se grouper autour de Kussay , et tous ensemble livrèrent une grande bataille aux Khuzaa , en tuèrent un grand nombre et les mirent en fuite. Kussay s'empara du gouvernement de la Mecque , des fonctions du Hidjaba et du Siqaya et de l'intendance du temple. Quand il fut bien établi , il congédia son frère Durraj , qui retourna dans sa tribu.
Kussay , ayant saisi le gouvernement , réunit à la Mecque les gens de sa famille , ses alliés et la tribu de Maadd ibn Adnan , les y fit demeurer et leur donna les maisons des Banu Khuzaa. Quand il les eut tous rassemblés dans la ville , il les appela Qorayseh , ce qui signifie en arabe une réunion d'hommes. On navait jamais auparavant employé ce nom. Depuis lors les Arabes désignent Kussay par le nom de qoraïseh430 . Les Banu Khuzaa , après avoir été mis en fuite , ne pouvant pas rester dans le désert , revinrent à la Mecque , se mirent sous la protection de Kussay , conclurent un traité avec lui et reconnurent son autorité. Kussay leur accorda sa protection , mais il ne les laissa pas à la Mecque : il leur assigna des demeures dans les montagnes autour de la ville.
Kussay , premier roi de la Mecque.431
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 80).
Ainsi , Kussay obtient le pouvoir sur le temple et sur la Mecque , et emmena sa tribu depuis leurs campements jusqu'à la Mecque. Il se comportait comme un roi pour sa tribu et pour la Mecque , et donc ils l'ont fait roi. Il garantissait pourtant à tous les Arabes leurs droits coutumiers , estimant qu'il s'agissait pour lui un devoir et qu'il ne devait pas le modifier. (...)
Qussay fut le premier des Banu Kab ibn Luayy à obtenir la royauté et il fut obéi par son peuple en tant que roi. Il détenait les clé du sanctuaire , le droit d'accès à l'eau pour les pèlerins , au puits de Zemzem432 le droit de les nourrir , de présider au assemblées , et de brandir les bannières de la guerre. En ses mains se trouvaient toutes les dingités de la Mecque.
Le feu de Muzdalifa.
(ibn Sad , Tabaqat I 72).
Qusayy a introduit le feu brûlant à Muzdalifa , quand il sest arrêté là , de telle façon que toute personne se rendant à Arafat puisse le voir. Le feu ne cessa pas de brûler dans la période de jahiliyya la nuit de lassemblée433.
4. Le gouvernement de la cité.
On connait particlièrement bien les institutions mecquoises, qui sont typiquement aristocratiques: un partage habile et fragile du pouvoir entre les grandes familles , au profit de léquilibre de la société et de la prospérité de leurs affaires. Les fonctions politiques et religieuses sont mêlées , autour de la gestion du sanctuaire.
(Al Kalbi).434
Voici les noms de ceux qui avaient reçu par héritage les dignités parmi les Quraysh dans la jahiliyya et qui rencontrèrent lislam. Il sagit de dix familles , à savoir , les Hashim , les Umayah , les Nawfal , les Abd al Dar , les Asad , les Taym , les Makhzum , les Adi , les Jumah , et les Sahm.
Au sein des Hashim , ce fut al Abbas ibn Abd al Muttalib , qui fournissait l'eau aux pèlerins dans les Jours de l'Ignorance. L'islam lui conserva cette fonction.
Chez les Banu Umayyah , ce fut Abu Sufyan ibn Harb. Il possédait l Aigle435 , étendard des Quraysh. Celui qui le possédait , le sortait lors de la déclaration d'une guerre. Si les Quraysh s'étaient mis d'accord sur un commandant , on lui remettait l'étendard : sinon , le gardien de l'étendard restait chef , et on lui donnait la préséance.
Chez les Banu Nawfal al Harith ibn Amir. Son attribut était la rafadah , c'est-à-dire les contributions monétaires que les Mecquois payaient pour venir en aide aux pèlerins pauvres.
Chez les Banu Abd ad Dar: Othman ibn Talhah436. A lui revint le drapeau437 ainsi que la garde du temple et de sa porte 438 . On dit que la fonction de garde de la maison du parlement439 fut recueillie également par les Banu Abd ad Dar.
Chez les Banu Asad: Yazid ibn Zamah ibn al Aswad. A lui appartint le...440 : cest-à-dire que les chefs quraysh ne décideraient jamais rien sans le consulter : s'il était d'accord , il les laissait faire : sinon , il avait le choix , et on l'aidait 441. Il tomba martyr442 à côté du prophète dans la bataille de Taif.
Chez les Banu Taym: Abu Bakr le Véridique443. A lui revint dans la jahiliyya la fonction des achnaq , qui signifie les prix du sang et les paiements de dommages444 . Sil se chargeait de quelque responsabilité , puis en parlait aux Quraysh , on lui donnait raison , et tout le monde contribuait à l'exécution de la charge qu'il avait acceptée (au nom de la ville. Si un autre que lui se chargeait de quelque chose (au nom de la collectivité) , on abandonnait ce dernier.
Chez les Banu Makhzum : Khalid ibn al-Walid , à qui revinrent 445 le dais et les 446 les rênes de cheval. Quant au dais , on le plantait sur la terre , et tout le monde y apportait sa contribtion (en argent) pour équiper une expédition : quant aux rênes , c'est parce que ce fonctionnaire était l'hipparque447 des Quraysh lors de la guerre.
Chez les Banu Adi: Umar ibn al Khattab , à qui revint dans la jahiliyya la représentation plénipotentiaire448 . Donc , s'il y avait une guerre entre les Mecquois et les étrangers , on l'envoyait comme représentant : ou s'il y avait une contestation449 , avec une autre tribu , on envoyait Omar comme avocat , et on acceptait tout ce qu'il acceptait.
Chez les Banu Jumah: Safwan ibn Umayyah , qui détint les aysar450. Ce jeu de hasard se faisait avec des flèches451. On ne décidait pas une affaire publique sans qu'elle ne passât par les mains de ce dignitaire.
Chez les Banu Sahm: al Harith ibn Qays. Il détint la fonction de Hukumah 452 et des biens réservés offerts à leurs dieux453.
Le conseil municipal: an Nadwah.454
(Baladuri , Livre des Conquêtes 52).
Le bâtiment fut construit par Qussay et les gens sy réunissaient et y débattaient des problèmes. Plus tard , les Quraysh sy assemblèrent pour décider de la guerre et des affaires générales , pour donner les bannières aux chefs , et pour contracter les mariages. Ce fut la première maison construite par les Quraysh à la Mecque.
La municipalité à la Mecque.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois II 43 et 47-48).
Cette souveraineté comprenait deux fonctions: Le hidjaba (garde des clés du sanctuaire) et le siqaya (distribution de leau). (...) Kussay , après avoir enlevé le pouvoir aux Khuzaa , avait ajouté aux prérogatives du Hijaba et du Siqaya quatre autres attributions , savoir - le Rifada , le Niran , le Liwa et le Nadwa. Quiconque réunissait entre ses mains ces six prérogatives avait le gouvernement de la Mecque. Le Rifada consistait dans lattribution de nourrir les pèlerins , comme nous avons dit que le faisait Kussay , chaque année , en traitant les riches et les pauvres , un soir à Muzdalifa , lutre soir à la Mecque. En effet , le jour où les pèlerins vont à Arafat455 , restant toute la journée , jusquau coucher du soleil , sur pied , sur le sommet de la montagne dArafat , à prier , personne na le temps de préparer le repas du soir. Ils s'en retournent , lorsque le soleil décline , et récitent la prière du soir et la prière du coucher , à Muzdalifa. Ils ne se reposent pas avant d'y arriver , et ils n'y arrivent que quand la nuit est déjà avancée. Kussay donnait donc son repas à Muzdalifa , le jour dArafat : il réunissait tous les pèlerins , et tous mangeaient à satiété et se couchaient ensuite. Puis , à la fin du pèlerinage , lorsqu'ils faisaient les dernières tournées à la Mecque , il les traitait de la même façon , et donnait à tous les pauvres des provisions de voyage autant qu'il leur en fallait jusqu'à leur retour dans leur pays. Cette distribution de nourriture sappelle rifada , car le verbe rafada veut dire « donner du secours. ». (...)
Le Niran est l'éclairage par des feux , lorsque les pèlerins reviennent , dans l'obscurité de la nuit , dArafat , afin que personne ne s'égare sur la route de Muzdalifa.
Le Liwa456 consistait dans la pratique suivante chaque fois que Kussay faisait partir de la Mecque une expédition guerrière , il mettait à la tête de larmée un chef qui recevait de ses mains le drapeau , une pièce d'étoffe de soie blanche , que Kussay lui-même attachait au bout d'une lance , et l'on portait ce drapeau devant le chef , comme signe de commandement. Cette coutume se perpétua depuis lors parmi les descendants de Kussay , et fut aussi maintenue par le prophète , qui , chaque fois qu'il envoyait un général contre une ville , attachait de ses propres mains le Liwa457.
Le Nadwa ou conseil était une institution qui avait également été établie par Kussay. Pour toute affaire qu'il voulait entreprendre , il réunissait les Quraysh et les principaux habitants , pour en délibérer avec eux. Aucune décision prise par les principaux habitants relativement aux affaires des citoyens n'avait de force si elle n'avait été délibérée dans la maison de Kussay , où ils se réunissaient en conseil appelé Nadwa. Kussay avait acheté à cet effet une maison à côté du temple qui reçut le nom de Dar en Nadwa , et cette maison appartenait aux Quraysh. Cette institution dura jusqu'au moment où le prophète prit la ville de la Mecque. Le jour où il y entra et détruisit toutes les coutumes du paganisme , il abolit aussi le Dar en Nadwa.
La gestion des affaires religieuses.
(Corpus coranique d'Othman 38/5).
Leur conseil458 issu deux sen est allé disant:
-Partez et soyez constant envers vos divinités! Cest là , certes , chose désirable!
(Corpus coranique d'Othman 27/32-33).459
Ô conseil! continua la reine , inspirez moi en cette affaire!
Je ne déciderai rien dont vous ne soyez témoin.
-Nous sommes , répondit le conseil , gens de force et de courage redoutable.
Laffaire relève de toi.
Considère ce que tu dois ordonner.
(Tabari , Tafsir 7/60).
Lassemblée des notables de son peuple... Le terme mala désigne une assemblée460 exclusivement composée dhommes...
5. Dissensions et manigances.
Comme dans toute république marchande et aristocratique461 , des régulières et brèves confrontations ébranlent lédifice. Le contrôle du sanctuaire , de son prestige et de ses bénéfices est lenjeu de ces luttes.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 85).
Les Banu Adbu Manaf apportèrent alors un grand bol d'encens , et ils l'installèrent pour leurs alliés dans la mosquée à côté de la Kaba : ensuite , ils trempèrent tous leurs mains dedans , et eux et leurs alliés firent un serment solemnel. Ils frottèrent leurs mains sur la Kaba pour renforcer la force du serment. Pour cela , on les a appelés "Les encensés".
L'autre camp fit le même serment à la Kaba , et ils furent appelés "Les alliés".
Les tribus se groupèrent en groupes , les unes contre les autres. Les Banu Abdu Manaf contre les Banu Shams , les Banu Asad contre les Banu Abdul Dar , Zuhra contre les Banu Jumah , les Banu Taym contre les Banu Makhzum462 , les Banu al Harith contre les Adiyy ibn Kab. Ils faisaient en sorte chacun d'exterminer l'autre tribu.
La ligue des Fudul.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 85-6).
Les clans des Quraysh décidèrent faire un accord (...) Ils se jurèrent par une convention solemnelle que sils estimaient que quelquun , quil soit mecquois ou étranger , avait été maltraité , ils agiraient contre lagresseur et feraient en sorte que la propriété volée soit restituée. Les Quraysh appelèrent cette confédération la Confédération des Fudul463.
Le serment des Fudul.
(ibn Sad , Tabaqat I 144).
Le serment des Fudul a été juré après le retour des Quraysh de la bataille de Fijar , alors que lapôtre d'Allah avait 20 ans.
(...)
Ce fut le meilleur traité qui fut conclu. La personne qui en a pris linitiative a été Zubayr ibn al Muttalib. Ensuite , les Banu Hashim , Zuhra , Taym se rassemblèrent dans la maison dAbdallah ibn Judam qui leur prépara le repas. Ils firent le serment et arrivèrent à un accord en disant:
-Par Allah! aussi longtemps que locéan trempe la laine , nous serons du côté de l opprimé , jusquà ce quil obtienne réparation de ses droits et quil reçoive un traitement équitable.
Les Quraysh lont appelé le serment des Fudul.
(Masudi, Prairies d'Or 1452-3).
Le Hilf al Fudul fut conclu pendant le mois de dhu1 qada , voici à quelle occasion: un homme de Zabid , au Yémen , avait vendu des marchandises à al As ibn Wayl as Sahmi qui en différa le paiement. Le marchand , désespérant de recevoir ce qui lui était du , gravit le mont Abu Qubays à l'heure où les Quraysh étaient réunis autour de la Kaba. Là , il récita d'une voix retentissante des vers où il racontait l'injustice dont il était victime :
Venez au secours d'un homme spolié dans ses biens ,
au milieu de La Mecque , loin de sa tribu et de ses guerriers.
Le territoire inviolable appartient à celui dont l'honneur est intact :
mais il n'y a pas de demeure inviolable pour l'homme revêtu d'opprobre.
Alors les Quraysh , suivant l'exemple d'az Zubayr ibn Abd al Muttalib ibn Hashim ibn Abd Manaf , entreprirent les uns auprès des autres des démarches , et un certain nombre de clans se réunirent au Dar an Nadwa464 où se prenaient les grandes décisions.
Parmi les clans quraysh ainsi réunis , on notait la présence des Banu Hashim ibn Abd Manaf , des Banu Muttalib ibn Abd Manaf465 , des Zuhra ibn Kilab , des Taym ibn Murra et des Banu Harith ibn Fihr. Ils s'engagèrent à prendre la défense de l'opprimé contre l'oppresseur , et en firent le serment solennel dans une réunion tenue chez Abdallah ibn Djudan. Az Zubayr ibn Abd al Muttalib a dit à ce propos :
Les hôtes de la maison sacrée savent que nous exécrons l'injustice
et que nous repoussons loin de nous toute action infame.
La guerre sacrée466 (c. 590).
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allâh 119).
Cette guerre éclata quand lapôtre dAllâh eut 20 ans. Elle est appelée ainsi parce que les deux tribus , les Kinana et les Qays Aylan ont combattu durant le mois sacré. Au début du jour , les Qays lemportaient , mais au milieu du jour , la victoire alla aux Kinana.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allâh , notes).
Un messager est venu dire que al Barrad avait tué Urwa alors qu'ils étaient à Ukaz467 durant le mois sacré , et ils sont montés tout de suite sans rien savoir sur les Hawazin468. Quand ceux-ci surent qu'ils étaient partis , ils se mirent à les poursuivre et ils les rattrapèrent avant qu'ils aient pu atteindre le territoire sacré. Ils se battirent jusqu'à la nuit. Ils entrèrent dans le territoire sacré , et les Hawazin cessèrent le combat. Des rencontres sporadiques eurent lieu les jours suivants , mais les hommes n'avaient pas de commandant en chef , et chaque tribu suivait son chef. L'apôtre était présent à ces rencontres , ses oncles l'avaient pris avec eux. Il disait qu'il ramassait les flèches que l'ennemi avait tirées et qu'il les donnait ensuite à ses oncles.
La haîne entre les clans.
Cet extrait est révélateur de létat des relations entre clans , qui constituent la vie politique de la cité de la Mecque. Mais Tabari cherche aussi à nuire à la dynastie des Ommeyades , en relatant cet affrontement ancien avec le clan de Muhammad.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 51-52).
Ensuite Abdul Shams mourut , et laissa un fils nommé Umayya. Quelques-uns prétendent que son véritable nom était Hashim , et Umayya un surnom. Umayya , qui avait hérité de son père une grande fortune , était traité par Hashim avec beaucoup de considération. Or , une certaine année , à l'époque du pèlerinage , où Hashim se disposait à offrir aux pèlerins les repas , Umayya sollicita de lui la permission d'offrir , pour cette fois , le Rifada. Hashim y consentit avec peine. En conséquence , Umayya prépara les repas , et y dépensa toute sa fortune : mais le Rifada ne fut pas suffisant , et les pèlerins manquèrent de nourriture. Hashim , très embarrassé , fit immédiatement tuer cinquante de ses chameaux , et compléta ainsi le repas. Ensuite , étant en colère contre Umayya , il lui dit:
-Pourquoi ne t'occupes-tu pas de jeux d'enfant? et il l'exila de la Mecque.
Umayya se rendit en Syrie , où il resta dix ans , n'osant pas revenir à la Mecque du vivant de son oncle. Il ne revint qu'à la mort de Hashim. Hashim avait plusieurs fils : Umayya avait également plusieurs fils , dont laîné était Harb , le père dAbu Sufyan. C'est là l'origine de l'inimitié qui se perpétua entre les familles de Hashim et dUmayya , jusqu'à l'époque où Abu Sufyan exerça tant d'hostilités contre le prophète: le siège de Médine , le combat d' Ohod , le massacre de tant de ses compagnons et de Hamza (...). Tout cela est la suite de linimitié des familles Hashim et Umayya , inimitié qui sest perpétuée jusquà ce jour469.
6. Une aristocratie marchande.
Cest un groupe de familles monopolisant le commerce qui dirige la cité entière: lorganisation confisque le pouvoir , et le gère de la façon la plus rentable et calme. Exclu de leur prospérité et de leur gloire , Muhammad se vengera tous ces gens.470
Lentente des Quraysh.
Ce mystérieux fragment471 figure dans le Coran comme le reste dune prière action de grâce prononcée après le passage sans encontre dune caravane. Il est presque assuré que ce document est très antérieur à la prédication de Muhammad et relève plutôt dune sorte daction de grâces due à des marchands mecquois472 .
(Corpus coranique d'Othman 106).473
474 ...à cause de lentente475 des Quraysh , de leur entente dans la caravane dhiver et dété? Quils adorent le seigneur de ce temple476 qui les a munis contre la faim et mis à labri dune crainte!
Le parallèle yéménite.
(Inscription de la muraille de Baraqish -c. 340-).477
Ammisadaq (...) et Sad (...) , chefs des caravaniers minéens , gens partis en expédition pour faire du négoce avec eux en Egypte , en Assyrie-Babylonie et en Transeuphratène478 (... ) alors que Athtar dhu Qabd , Wadd et Nakrah avaient sauvé leurs personnes et leurs biens et les avaient avertis des hostilités que Saba et Khawlan avaient engagées contre leurs personnes , leurs biens et leurs bêtes de somme sur la piste entre Mayn et Ragmat479 , et de la guerre qui sévissait entre le Sud et le Nord , et alors que Athtar dhu Qabd , Wadd et Nakrah480 avaient sauvé leurs personnes , et leurs biens du cur de l'Egypte lors du conflit qui eut lieu entre les Mèdes et l'Egypte (...).
(Tabari , Tafsir 2 , 198).
Allah a a ordonné de vénérer le seigneur de sa maison , et il leur a épargné les difficultés. Leur voyage avait lieu en hiver et en été , et ils ne se reposaient ni en hiver ni en été. Après , il leur fournit de la nourriture contre le famine et les protégea contre la peur , et ainsi , ils ont pu voyager à loisir , cest-à-dire selon quils voulaient rester à la Mecque , ou partir. Ceci est la bienveillance dAllah envers eux.
(Ibn Sad , Tabaqat I , p. 43-44).
Le nom dHashim était à lorigine Amir , cest de lui que parle lilaf des Quraysh481 . Lilaf est une coutume des Quraysh , et cest lui qui a introduit la tradition des deux périples: le premier pendant lhiver vers le Yémen et lAbyssinie (...) : lautre durant lété , vers la Syrie et Gaza482 et parfois jusquà Ancyre483. Ils y furent même introduits auprès du César484 qui les honora et les apprécia.
(Ibn Qutayba , Mushkil 413).485
Le sens de la sourate est que les Quraysh étaient en sûreté dans le Haram par rapport au danger dêtre attaqués à lintérieur par des ennemis , et des brimades quand ils sortaient pour leur commerce. Les gens disaient alors:
-Ce sont les habitants du Haram dAllah , ils sont le peuple dAllah et les gardiens de sa maison. Il y avait deux voyages par année , un en hiver vers le Yémen et un en été vers la Syrie. Sil ny avait pas eu ces voyages , ils nauraient pas pu survivre à la Mecque , et sils navaient pas habité près de la Maison , ils nauraient pas pu mener leurs affaires.
La richesse des Quraysh.
(Corpus coranique d'Othman 34/33-36).
Nous n'avons envoyé dans une cité aucun avertisseur sans que les riches de cette cité s'écrient: -nous sommes incrédules en votre mesage , et sans qu'ils disent:
-Nous sommes abondamment pourvus de biens et d'enfants. Nous ne serons point soumis au tourment.
Réponds: mon seigneur dispense et mesure l'attribution à qui il veut , mais la plupart des hommes ne savent point. Ni vos biens ni vos enfants ne vous rapprocheront tout près de nous.
7. Les sentiments de Muhammad envers les Quraysh.
Jusquà la conquête , les documents alternent à ce sujet: certains vouent les Quraysh à lenfer et à lextermination , dautres leur accordent la sauvegarde et la prédominance parmi les Arabes. Le tiraillement de Muhammad est bien compréhensible: la première attitude est dictée par la cohérence religieuse et le désir de vengeance , la seconde par son respect de la tradition et par son appartenance tribale.
Mais ces documents ont sans doute été rédigés plus tard , en grande partie , dans les luttes qui décident de la place des Quraysh dans lempire.
(Dawud , Hadith 21/ 3279).
Le prophète a dit:
-Je jure par Allah , je combattrai contre les Quraysh : je jure par Allah , je combattrai contre les Quraysh : je jure par Allah , je combattrai contre les Quraysh.
Puis il dit:
-Si Allah le veut.
(Dawud , Hadith 14/ 2626).486
Allah ma ordonné de brûler les Quraysh..
(Baladuri , Livre des conquêtes 39).
Voyez-vous la foule des Quraysh?
-Nous la voyons , dirent les Ansar.
Il fit un signe de la main posée sur l'autre comme pour dire: "Tuez-les"487 .
Le prestige des Quraysh dans la défaite
Après Badr , Muhammad manifeste finalement une forme de respect tribal envers ses compatriotes , qu'il a pourtant fait massacrer , et dont il a tout de même insulté les cadavres. Ce sont les aléas de la tradition islamique qui expliquent cette inconstance.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 168-9).
Les habitants de Médine sortirent de la ville et vinrent saluer le prophète. Il était assis lorsqu'ils arrivèrent , et l'un des principaux Ansar , nommé Usama ibn Salama , se tenait devant lui avec son sabre. C'était un homme très brave , qui avait fait preuve d'un grand courage dans le combat , et qui avait tué plusieurs Quraysh. On lui demanda comment il était arrivé que tous ces nobles Quraysh avaient été tués.
Il répondit :
-Ils étaient comme de faibles vieillards , quand nous les avons attaqués : ils étaient comme des prisonniers ayant les mains et les pieds liés , et destinés à être mis à mort : nous les avons tués un à un.
Le prophète fut blessé de ces paroles , qui jetaient le mépris sur les Quraysh , ses compatriotes. Il apostropha cet homme en ces termes:
- Tais-toi! C'étaient des nobles Quraysh : c'est Allah qui les a mis en fuite , ils ont été frappés par les anges.
Le prophète quitta ce lieu et vint à Médine. Il descendit chez sa femme Sawda bint Zama. Zama ibn Aswad , était l'un des principaux Quraysh : il avait été tué dans le combat , lui et ses frères Harith et Aqil. Aswad , fils dAbd Yaghuth , leur père , un vieillard décrépit , vivait à la Mecque. Sawda avait appris la mort de son père et de ses oncles , et lorsque le prophète arriva chez elle , elle se mit à pleurer. Le prophète en fut attristé , et le soir il quitta sa maison et alla dans celle dAïsha , où il passa la nuit.
Les femmes des Quraysh.
(Bukhari , Sahih 66/12).
Daprès Abu Hurayra , le prophète a dit:
-Les meilleures femmes sont celles qui montent à chameau. Les femmes pieuses de Quraysh sont plus tendres pour lenfant en bas âge : ce sont aussi les meilleurs ménagères des deniers de leurs maris.
(Hadith , Muslim 19/ 4395).488
Il dit:
-Avez vous vu les vauriens des Quraysh?... Quand vous les rencontrerez demain , éliminez-lez les...
Quiconque a été vu avec eux ce jour là a été mis à mort...
Abu Sufyan vint et dit:
-Messager dAllah , les Quraysh ont péri. Aucun membre de la tribu des Quraysh ne survivra à ce jour.
Le messager dAllah dit:
-Celui qui entre dans la maison dAbu Sufyan sera sauf , celui qui dépose les armes sera sauf , celui qui ferme sa porte sera sauf.
Les ansar dirent:
-Lhomme est poussé par sa tendresse envers sa famille et lamour de sa cité.
8. Le mythe de la domination universelle des Quraysh.
En dépit du rejet de Muhammad par sa tribu , celui-ci affiche une nette conscience de la domination que celle-ci doit exercer. Ce type de Hadith a été forgé pour justifier la domination des califes et terrifier les meneurs de révolte. De fait , lessentiel de la conquête musulmane a été conduite par des chefs militaires issus de cette tribu , à de rares exceptions près.
Cest donc lhistoire étrange dune tribu arabe qui rêvait de domination universelle...
(Bukhari , Sahih 93/2 )
Certaines personnes parmi vous rapportent des hadith qui ne figurent pas dans le livre dAllah et qui ne sont pas transmis par lenvoyé d'Allah. Ce sont ces gens qui sont les ignorants parmi vous. Méfiez-vous des espoirs qui risquent de vous égarer. Car jai entendu lenvoyé dAllah qui disait489 :
Le commandement appartient aux Quraysh : personne ne se dresse contre eux en ennemi tant quils ont en charge le culte , sans quAllah ne le renverse la face contre terre.
La postérité des Quraysh.
(Muslim , Sahih 20/4476).
Le messager d'Allah dit:
-Le califat restera parmi les Quraysh , même s'il ne reste plus que deux personnes sur terre.
(Bukhari , Sahih 61/1 , 6).
Suivant Abu Horayra , le prophète a dit : pour ce rang490 , les gens sont partisans des Quraysh : les musulmans d'entre eux sont partisans des Quraysh musulmans , les polythéistes étant partisans des polythéistes des Quraysh. Les gens sont (pareils à) des mines. Ceux qui ont été les meilleurs aux temps antéislamiques sont les meilleurs au temps de l'islam lorsqu'ils sont instruits. Vous trouverez les gens les plus dignes éprouver la plus vive répugnance pour ce rang , tant qu'ils n'y seront pas parvenus.
(Ibn Khaldun , Muqaddima III 26 , 345-6).491
Si le pouvoir avait été dévolu à d'autres que les Quraysh , on aurait pu s'attendre à ce qu'ils soient contestés et que , comme ils ne pouvaient être obéis , l'unanimité disparaisse... On établit alors l'appartenance généalogique aux Quraysh - lesquels sont dotés d'un puissant esprit de corps492 - comme étant une condition pour occuper la fonction 493 , afin que l'institution religieuse494 soit bien organisée et que l'unanimité soit établie. Lorsque les Quraysh furent bien organisés grace au fait qu'ils avaient unifié l'ensemble des Arabes de Mudar495 tous les Arabes leur obéirent , et les autres nations se laissèrent conduire par les décisions de leur religion. Leurs armées parcoururent les pays lointains , ce qui se produisit à l'époque des conquêtes. Celui qui s'est familiarisé avec l'histoire des Arabes et leurs gestes glorieuses496 et qui a constaté cela à travers leur manière d'être , sait bien que les Quraysh avaient en leur faveur le nombre et la capacité de s'imposer aux clans de Mudar. Ibn Ishaq , dans son livre des Siyar497 , l'a souligné , comme bien d'autres.
Les Quraysh en 1833.
(M. Tamisier , Voyage en Arabie , Paris , 1833 , p. 212-2).
Les Arabes qui avaient recu du grand chérif l'ordre de nous conduire à Taïffa appartenaient à l'ancienne tribu de Koréich , renomnée jadis par son urbanité et sa puissance. Elle a eu la gloire de compter parmi ses enfins l'envoyé de Dieu , et la honte de le persécuter violemme'nt lorsqu'il commencait à précher sa religion. Ses compatriotes ne se doutaient guère alors de l'immense avenir réservé à sa croyance. Mahomet , disent les musulmans , irrité des persécutions qu'on lui faisait subir , appela la colère divine sur les Koréïch : il leur prédit qu'un jour leur importance serait détruite , et que leurs familles démembrées seraient dispersées sur la terre.
Cette malédiction semblerait avoir eu réellement pour résultat le démembrement de cette ancienne tribu : car plusieurs Cabyles498 qui portent le même nom sont répandus sur divers points de l'Arabie , et nous en trouverons plusieurs sur notre chemin. Ces cheikhs ont cependant un air de fierté et d'indépendance que l'on ne sait comment justifier : car ils sont censés porter aujourd'hui le châtiment du crime de leurs pères , et les musulmans qui les connaissent les considèrent comme des espèces de renégats qui ne méritent que le mépris. La tribu qui habite les environs de la Mecque ne compte que trois cents hommes capables de porter les armes. Elle s'adonne presque exc1usivement à la vie nomade et pastorale , et on voit très peu de ses Bédouins faire servir leurs chameaux au transport des marchandises. Ceux qui veut nous accompagner paraissent pauvres: leur costume ressemble à celui de leurs compatriotes qui campent aux alentours de Djeddah : mais il est beaucoup moins riche : les Korèïch n'ont pour se défendre que des djambies499 et des fusils à mèche , et encore tous ne sont-ils pas armés.
§ 182. Le clan des Banu Hashim.
Au sein de la tribu des Quraysh , il existe plusieurs subdivisions500 , dont celui qui tient son nm de lancêtre Hashim501 . Cest le clan dorigine de Muhammad502.
Toute la littérature concernant lancêtre éponyme est une hagiographie. Vanter laïeul est une manière de plus de louer le Louangé , Muhammad.
Dans le cas présent, cest létymologie de son nom étrange qui fournit la trame de lHistoire: cest que la mémoire collective na rien retenu de certain sur le personnage.
La légende dHashim.
(Ibn Sad , Tabaqat I 43-44).
Le nom dHashim était à lorigine Amir , cest de lui que parle lilaf des Quraysh503 . Lilaf est une coutume des Quraysh , et cest lui qui a introduit la tradition des deux périples: le premier pendant lhiver vers le Yémen et lAbyssinie (...) : lautre durant lété , vers la Syrie et Gaza504 et parfois jusquà Ancyre505. Ils y furent même introduits auprès du César506 qui les honora et les apprécia.
Alors que les Quraysh subissaient une grande famine qui durait depuis plusieurs années , tout ce quils avaient était épuisé. Alors Hashim partit pour la Syrie et demanda que du pain soit cuit pour lui en grande quantité. Il le chargea dans des sacs quil mit sur des chameaux et rentra à la Mecque. Il les brisa en morceaux , les trempa dans un bouillon. Il tua ensuite les chameaux et ordonna quon les cuise : et il vida les chaudrons dans des plats. La population de la Mecque mangea à satiété , tandis que les premières pluies arrivaient. De là vient son nom de Hashim.507
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 49-51).
... en y ajoutant encore celle du therid. Auparavant on donnait à chaque homme quatre pains , du bouillon et un peu de viande. Amir y ajouta le therid , augmentant ainsi la portion de pain: pour cette raison , on lappelait Hashim , c'est-à-dire celui qui émiette le pain dans le bouillon. A l'exemple de son père Abd Manaf , Hashim , même en dehors de l'époque du pèlerinage , tuait des chameaux , dont il offrait la chair aux habitants de la Mecque. Une certaine année , du temps de Hashim , une famine étant survenue à la Mecque , Hashim partit pour la Palestine et en rapporta des vivres , qu'il avait achetés de ses propres ressources , et il les distribua aux habitants de la Mecque. Pendant toute la durée de la famine , il faisait donner à chacun , régulièrement , chaque jour , un vase de therid : et le nom de Hashim lui resta. C'est à ce propos qu'un poète a dit :
Amir , le noble , a émietté le pain du tharid pour ses compatriotes ,
des gens de la Mecque , affamés et épuisés.
Pendant cette famine , Hashim , nayant pas de provisions à l'époque du pèlerinage , partit lui-même pour la Syrie , en rapporta de la farine , dont il fit faire du pain , et donna les repas du Rifada d'une manière plus parfaite que les autres années. La famine dura trois ans : chaque année , Hashim faisait deux fois le voyage de Syrie , pour aller chercher de la farine , une fois en hiver et une fois en été , comme il est dit dans le Coran:
... leurs caravanes qu'ils envoient en hiver et en été.508
Cette coutume fut introduite parmi les Quraysh par Hashim , qui , même lorsque la famine eut cessé , allait deux fois par an en Syrie , pour y faire le commerce et pour y chercher des vivres. Les autres fils dAbd Manaf , Abdul Schams , Nawfal et Muttalib , distribuèrent également , de leurs propres ressources , des vivres aux habitants de la Mecque , pendant ces années de disette. Ils ne voulaient pas souffrir qu'une seule personne mourut de faim. Cependant ils avaient laissé le privilège du Rifada à Hashim , parce qu'il exerçait le pouvoir. Si , pendant cette famine , les fils dAbd Manaf navaient pas été à la Mecque , tous les habitants auraient succombé à la faim. Les quatre frères se rendirent dans toutes les contrées , en Syrie , dans le Yémen , en Abyssinie et dans lIraq , et obtinrent des souverains de ces pays des sauf-conduits pour les Quraysh , pour y chercher des vivres et y voyager pour le commerce , sans être inquiétés par personne. Hashim obtint un sauf-conduit des rois de Syrie509 : Abdul Schams , des rois dAbyssinie : Muttalib , des rois du Yémen , et Nawfal , des rois de lIraq510 : ils les rapportèrent aux Quraysh en même temps que des vivres. Matrud ibn Kab , le Khuzaa , a fait l'éloge de Hashim et de ses frères dans les vers suivants:
Ô toi , halte , dont la selle est toujours en mouvement ,
pourquoi n'es-tu pas descendu chez les gens d' Abd-Manaf? etc.
Les fils dAbd Manaf étaient ainsi , tous les quatre , les princes des Quraysh: Hashim exerçait le gouvernement , et ses frères étaient ses auxiliaires.
Louange d'Hashim.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 87).
On dit que Hashim fut le premier à instituer la rotation des deux caravanes des Quraysh , hiver et été , et le premier à introduire le tharid à la Mecque.
Son vrai nom était Amir , mais il a été appelé Hashim parce qu'il brisa le pain de cette façon pour le peuple de la Mecque. Un poète Quraysh , ou un poète arabe , a dit:
Amir a fait le pain-bouillon pour son peuple ,
Le peuple de la Mecque qui souffrait famine depuis longtemps
C'est lui qui a commencé les deux voyages
La caravane d'hiver et le convoi de l'été511 .
La mort dHashim.
Le souvenir de la présence dHashim se serait conservé bien après sa mort à Gaza.
(Ibn Sad , Tabaqat IV 19).512
Lévêque de Gaza vint trouver le prophète à Tabuk513 et lui dit:
-Envoyé dAllah , Hashim et Abd Shams sont morts chez moi. Cétaient des commerçants. Voici leurs biens.
Alors le prophète appela Abbas et lui dit:
-Partage les biens de Hashim entre les notables des Banu Hashim...
§ 183. Les hanif.
La tradition musulmane a insisté sur la présence à la Mecque , avant la révélation à Muhammad , de personnages pratiquant déjà une vague forme514 de monothéisme : ils sont des sortes de précurseurs , hésitant comme des errants entre les différents types de doctrines de cette période , et rattachés à la figure tutélaire d'Abraham515 . Ce tableau naïf est là pour prouver lattente qui se fait sentir dun nouveau système religieux. Il sagit aussi de masquer lappartenance trop forte de ces personnages aux doctriens juives et chrétiennes.
Le chrétien Waraqa , par son influence sur Muhammad , est le plus important , pour le peu que lon sache réellement sur lui. Muhammad lui-même nest jamais vu comme hanif516 , ni même comme sympathisant517. Tout au contraire , cest une posture dattardé quon lui prodigue naïvement.
(Masudi , Prairies d'or 1122-5).518
Les Arabes , à l'époque de la Jahiliyya , étaient partagés dans leurs opinions religieuses. Les uns proclamaient l'unicité de Allah , affirmaient l'existence du Créateur , croyaient à la résurrection et tenaient pour certain que Allah récompenserait les fidèles et punirait les pécheurs. Déjà , dans cet ouvrage et dans d'autres de nos écrits , nous avons parlé de ceux qui , pendant la période de l'Intervalle519 , appelaient les hommes à la connaissance du Seigneur tout-puissant et éveillaient leur attention sur ses signes miraculeux. De ce nombre étaient Quss ibn Sayda520 , Ryab ash Shanni , le moine Bahira , ces deux derniers appartenant aux Abd al Qays.
1. Les quatre hanif de la Mecque.
On retrace en détail la carrière de chacun de ces précurseurs , et leurs errances doctrinales. Là encore, les multiples péripéties et détours de leurs discours sont comme le fruit d'inventions très postérieuses. Ces personnages ont peut-être un petit fond de réalité: ils montrent la variété des comportements religieux en Arabie à cette époque.
Waraqa est distingué du lot, du fait de la place que la tradition islamique lui offre dans l'étape de la révélation.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 143).
Un jour que les Quraysh étaient rassemblés pour une fête , et vénéraient , tournaient autour de lidole à laquelle ils offraient des sacrifices , fête qui se tenait chaque année , quatre hommes se retirèrent en secret , et saccordèrent pour se réunir par les liens de lamitié. Ils étaient Waraqa , Ubaydullah , Uthman et Zayd. Ils étaient davis que leur peuple avait corrompu la religion dAbraham et que la pierre autour de laquelle ils tournaient navait pas dintérêt. Elle ne pouvait pas entendre , voir , bénir , aider. Ils dirent:
-Trouvons pour nous une religion , parce quils nen ont pas. Alors ils partirent chacun dans les environs , cherchant la hanifiya , la religion dAbraham.
Waraqa521 se fit chrétien et étudia les Ecritures jusquà ce quil les maitrise parfaitement. Ubaydullah cherchait encore quand lislam vint. Il émigra avec les musulmans en Abyssinie (...). Là , il se convertit au christianisme , après lislam , et mourut comme chrétien en Abyssinie. Uthman approcha lempereur byzantin et devint chrétien. On lui donna de hautes charges là-bas.
Zayd resta comme il était: il naccepta ni le judaïsme , ni le christianisme.
2. Le hanif Zayd ibn Amir.
Il est celui que la tradition a présenté le plus longuement: il a fréquenté Muhammad dans sa jeunesse , et a manifesté une foi sans concession : le militantisme de lun préfigure celui de lautre.
(Ibn Bukayr).522
Parmi eux , il n'y avait personne de plus honnête dans sa conduite et ses intentions. Il s'était séparé des idoles et se tenait à l'écart de la religion des juifs , des chrétiens et de toutes les sectes , à l'exception de la religion d'Abraham , déclarant l'unité d'Allah et rejetant tout le reste. Il ne mangeait pas la viande des sacrifices de son peuple et montrait de son hostilité en se séparant de leur façon de vivre.
(Bukhari , Sahih 72/16).
...l'envoyé d'Allah rencontra au dessus de Baldah Zayd ibn Nawfayl. C'était avant l'époqeu où le prophète avait reçu la révélation. L'envoyé d'Allah fit apporter une table sur laquelle était servie de la viande. Zayd refusa d'en manger en disant:
-Je ne mange pas de la chair des animaux égorgés sur vos autels , et je ne mange que la viande des animaux sur lesquels on a invoqué le nom d'Allah.
(Ibn Hisham , Conduite de lenvoyé dAllah 144).
Zayd ibn Amir est resté tel quil était: il naccepta ni le judaïsme ni le christianisme. Il a abandonné la religion de son peuple et sabsteint de fréquenter les idoles , les animaux qui sont morts , le sang et les offrandes aux idoles. Il interdit le meurtre des filles523 , disant quil vénérait le dieu dAbraham et il appelait ouvertement les gens à rejeter leurs pratiques.
La déclaration d'un hanif .
(ibn Kalbi , Livre des Idoles 18a).
Ibn Amir ibn Nufayl , qui , avant l'islam étaitrevenu au culte d'Allah unique , en abandonnant celui d'al Uzza et des autres autres idoles , déclarait:
-J'ai délaissé tout ensemble Allat et al Uzza , c'est ainsi qu'agit l'homme ferme , endurci aux épreuves : je n'ai plus de culte à rendre à al Uzza ni à ses deux filles ni de visite aux deux idoles des Banu Ganm.
Plus de visite , non plus , à Hobal qui était pour nous un dieu , à l'époque où mon entendement était imparfait.
Un poème pour la mort dun hanif.
(Waraqa ibn Nawfal).524
Nous étions tous deux sur le bon chemin , Ibn Amir ,
Tu tes échappé du four brûlant de lenfer
En servant un dieu et un seul
Et en laissant les vaines idoles.
Et en atteingant la religion que tu cherchais
Sans être inconscient de lunité de ton seigneur
Tu as atteint un noble domicile
Où tu pourras jouir dun traitement généreux.
Tu y trouveras l ami de Dieu525 ,
Puisque tu nes pas un tyran mur pour lenfer
Parce que la miséricorde de Dieu atteint les hommes
Même sils sont à soixante-dix vallées de profondeur sous la terre.
3. Lexemple des hanif dans le Coran.
Ce mot étrange est présent dans le Coran , surtout pour qualifier la foi d un Abraham dûment coranisé , dépouillé de sa judaïté , mais pas encore vraiment musulman. Il ne sera présenté comme tel que plus tard.
(Corpus coranique d'Othman 30/29).
Acquitte-toi du culte , en hanif , selon la conception originelle quAllah a données aux hommes! Nulle modification à la création dAllah!
Cest la religion immuable mais la plupart des hommes ne savent point.
(Corpus coranique d'Othman 2/129).
Les détenteurs de lEcriture ont dit:
-Soyez juifs ou chrétiens! vous serez dans la bonne direction.
Réponds leur:
-Non point! Suivez la religion dAbraham , un hanif qui ne fut point parmi les associateurs.
(Corpus coranique d'Othman 3/67).
Abraham nest pas un juif , pas un chrétien , mais un hanif , un musulman , et il nétait pas un des associateurs.
4. Poésie religieuse des hanif .
Lauthenticité de ces textes est encore débattue. Ils apparaissent comme des creusets de plusieurs doctrines , pas tout à fait sincères526.
(Diwan de Samawal ibn Aiya).527
Comme une goutte , j'ai été répandu au jour où je fus répandu.
- Elle reçut (de Dieu) l'ordre , ainsi je fus créé.
Dieu le cacha dans un lieu secret.
- Sa place devait être secrète , ainsi je devais être caché.
J'ai été mort un certain temps , ensuite je fus vivant.
- Ma vie témoigne que je dois (de nouveau) mourir.
Si je savais , et je le saurai.
- Quand mon livre sera présenté ouvert , et que je serai appelé.
Si le poids l'emportera , pour ou contre moi.
- Quand le compte sera fait. C'est pour cela que je suis préparé pour être jugé.
Car j'ai en partage de savoir que moi , lorsque je serai mort.
- Et que mes os seront pourris , je serai réveillé.
Pourrai-je dire , quand mes péchés s'avanceront l'un après l'autre.
- Et viendront sur moi , que je fus empêché (de faire le bien) ?
Serai-je récompensé par la grâce du roi et par ses faveurs.
- Ou puni pour les péchés que j'ai commis ?
J'ai été informé du règne de Dawud. J'en ai été consolé et contenté.
Et de Sulayman528 et de l'apôtre Yahya529 .
Et de Mota530 et Yusuf531 , comme si j'avais été présent.
Et des autres tribus , les tribus de Ya'qub532 .
- L'étude de la Torah et l'arche.
Les vagues fendues comme deux montagnes pour Mousa533 .
- Et ensuite le roi Talut534 .
Et le malheur d'al-Ilri quand il fut désobéissant envers Dieu.
- Et comment Jalut535 j encourut son destin.
Sache que si ma patience me manque.
- Je serai abaissé aussi grand que j'ai été.
Combien souvent j'ai entendu les outrages et suis resté muet !
- Combien souvent j'ai abandonné le chemin de l'erreur et j'ai trouvé le contentement.
Anxieusement j'ai veillé sur le bien confié.
- Ma pauvreté ne consommera jamais le gage aussi longtemps que je vivrai.
Une situation honorable , même modeste , est un bénéfice.
- Ce qui est acquis injustement ne profite pas , même surabondant.
Donne-moi donc un pain justement acquis
- et un coeur innocent , autant que je vivrai.
Le puissant ne reçoit pas davantage de la sollicitude de Dieu.
- Et le faible et le misérable ne sont pas oubliés.
Non , chacun reçoit pour ses besoins comme Dieu l'a voulu.
- Et celui qui se précipite dans le danger sera humilié.
(Ibn Hisham , Conduite de lenvoyé dAllah 293).
Seigneur de lhumanité , des événements graves sont advenus
La difficulté et la simplicité sont en cause
Seigneur de lhumnaité , si nous sommes dans lerreur
Conduis-nous sur le droit chemin.
Sil ny avait pas notre seigneur , nous serions juifs
Mais la religion des juifs ne nous convient pas.
Sil ny avait pas notre seigneur ,
Nous serions chrétiens
Parmi les moines du mont Jalil.
Mais quand nous avons été créés , nous avons été créés
Avec notre religion distincte de celle dune autre génération.
Nous conduisons les animaux à sacrifier , marchant dociles vers le fer
Leur épaules découvertes sous leur décoration.
Poésie dun hanif.536
(Poème de Umayya ibn Abu Salt).537
Cest le dieu des mondes
de toute la terre,
le seigneur des monts,
vaisseaux immenses
qui ont jeté lancre pour toujours.
Il les a bâtis et a construit sept régions
solidement, sur des colonnes que lon peut voir
cela sans le recours des hommes.
La terre, il la étendue en surface plane
et de lumière, il la ornée
soleil qui éclaire et croissant de lune,
et brassées détoiles qui,
dans sa nuit sombre,
étincellent en perles et lancent des flèches
de feu plus brillantes que les traits rapides
à lheure du combat.
Il a fendu la terre et leau claire a jailli,
limpide et savoureuse en sources,
en ruisseaux, en rivières, ou en fleuves.
Il a béni le sol aux alentours, y faisant
croître les plantes de toutes sortes
grâce à leau fécondante, fruits des champs
labourés, et mille autres richesses.
Mais tout ce qui prospère va de nécessité
vers sa chute et sa fin; tout ce qui appartient
au monde dici bas est promis à passer.
5. Doutes dun hanif .
La plupart des hanif ont le bon goût de disparaître au mooment où le personnage principal , Muhammad , entre sur scène. Le texte suivant , très étrange , est certainement un morceau de propagande anti-ommeyade: on vit ce que la haine politique de ce temps a pu engender comme document , qui ose proférer des blasphèmes inouïs.
(Ifshaghani , Kitap al Aghani III 191).
Quand Umayya fut atteint par sa dernière maladie , il déclara :
-C'est ma fin : cette maladie c'est ma mort. Je sais que la foi des Hanif est vraie , et cependant j'ai des doutes sur Muhammad538 . Quand sa fin approcha , il fut un temps évanoui : il s'éveilla de nouveau et dit :
-Présent ! Présent! me voici ! Aucun empire pour me racheter! Aucun parent pour me sauver !
Il s'évanouit encore , et les assistants pensaient que c'était déjà sa fin. Il s'éveilla de nouveau et dit:
-Présent! Présent! me voici! Pas innocent , que je puisse m'innocenter , pas assez fort pour me délivrer. Il s'entretint ensuite une heure avec les assistants. Mais il s'évanouit encore , si bien que l'on doutait qu'il fut encore vivant. Mais il s'éveilla encore et dit :
-Présent! Présent! me voici ! Entouré de bienfaits!... Ainsi tu pardonnes , ô Dieu! puisses-tu tout pardonner! Quel est celui d'entre tes serviteurs qui n'est pas coupable ?
Il se tourna de nouveau vers les gens et dit :
-Mon heure est venue. Préparez-vous.
Il parla un certain temps avec eux , si bien qu'ils comrnencèrent à douter de l'issue de sa maladie. Ensuite il leur récita:
-Toute vie , quelle que soit sa longueur , ne dure qu'un temps avant de disparaître. Oh! si , avant ce qui m'arrive maintenant , j'avais mené paître les antilopes sur les montagnes! Fixe ton attention sur la mort , et garde-toi de la malice du temps -car le temps est malicieux.
Ensuite , il mourut sans croire au prophète.
§ 184. Descriptions de la Mecque.
La Mecque et Médine sont des passages obligés pour tous les voyageurs arabes et musulmans , à toutes les époques: leur public attend de longues et détaillées descriptions539 des lieux saints. Toute la région semble merveilleuse à ces touristes540 conquis davance et chaque lieu se rattache à la période primitive de l'islam.
1. Récits de voyages.
Ceux-ci se répartissent sur des siècles après lHégire. Limpression est quau fil du temps rien ne change en Arabie , surtout dans cette région , conçue comme un conservatoire culturel.
Lieux notables de la Mecque.
(Al Harawi, Guide des lieux de pèlerinage 87).541
A la Mecque, la maison du Conseil 542 ; la demeure d'al Abbas ; la demeure d'al Hayzuràn; la demeure d'Abû Bakr as-Siddîq , qui est aujourd'hui l'hôtel de la Monnaie et en face de laquelle est maçonnée dans un mur une pierre sur laquelle s'appuyait, ou contre laquelle s'adossait, l'envoyé de Allah.
Dans le ravin543 des Banu Hashim544 , le lieu de naissance de l'envoyé dAllah ; le lieu de naissance d'Abu Bakr as Siddîq près de la porte du Quartier Bas 545 et, en face de lui, celui de Omar ibn al-Khattab; le lieu de naissance de Aïsha ; le lieu de naissance de Fatima et sa maison ; le lieu de naissance de Khadija bint Khuwaylid, qui est en même temps la demeure où habita l'envoyé de Allah, où Khadija donna naissance aux enfants qu'elle eut de lui, où elle mourut et où le prophète continua de résider jusqu'à l'Hégire: c'est aujourd'hui une mosquée.
(Abulfeda , Géographie 86).546
Elle fait partie du Tihama , dautres disent du Hedjaz. Sa situation est dans une vallée , entre des montagnes arides. On y remarque la Ka'ba , au centre de la mosquée sacrée547 . Comme la ville est très connue , nous nous dispenserons den donner une description. La vallée de la Mecque est nommmée Bakka. (...) La Mecque est entourée dun mur. Dans lenceinte sacrée est le puits de Zemzem : ce puits est fameux : il se trouve en face de la porte de la Ka'ba. On a bâti dessus une coupole.
La Mecque au XIVème siècle.
(Ibn Battuta).548
La Mecque vénérée est une grande ville dont les édifices ne sont pas disséminés , qui a une forme allongée et qui est située dans le fond d'une vallée bordée de montagne. Celui qui s'en approche ne la découvre qu'au dernier moment. Les montagnes qui surplombent la ville ne sont pas très hautes , ce sont les deux al Akhshab: Abu Qubays au sud et Quayqian de l'autre côté , et au nord la montagne al Ahrnar. À côté d'Abu Qubays , se trouvent Ajyad al Akbar et Ajyad al Asghar qui sont des cols. Citons encore la montagne al Khandama dont nous parlerons plus loin. Tous les lieux sacrés: Mina , Arafa , al Muzdalifa sont à l'est de La Mecque. La ville possède trois portes: al Mala , dans la partie haute , Bab al Shubayka dite Bab az Zahir et Bab al Umra dans la partie basse de la ville , à l'ouest , d'où part la route de Médine , du Caire , Damas et de Jedda et qui conduit à at Tadim dont nous parlerons plus loin. La troisième porte au sud est Bab Fal par laquelle entra Khalid ibn Walid , le jour où la ville fut conquise.
La Mecque , comme Allah l'a dit dans son livre vénéré , rapportant les paroles de son prophète al Khalil549 , est située dans une vallée aride. Cependant la prière bénie du prophète a été exaucée : en effet toute marchandise rare y est expédiée et toutes les espèces de fruits y réunies. J'ai mangé à La Mecque les fruits suivants: raisins , figues , pêches et dattes fraîches comme nulle part dans le monde : ajoutez à cela des melons qui sont importés dans la ville et qu'aucune autre variété n'égale en parfum et en douceur. Les viandes y sont grasses et de ce ont de la saveur. On y trouve réunies toutes les marchandises qui viennent de tous les pays. On importe des fruits et des légumes de Ta'if , de Wadi Nakhla et Batn de par la bonté dAllah envers les habitants de son territoire sacré et sur et les pèlerins qui séjournent longtemps auprès de sa maison antique.
La Mecque au XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 103).
Cette ville est située dans une vallée , étroite et sableuse , dont la direction principale est nord-sud : mais elle incline vers le nord-ouest près de lextrémité sud de la ville. En largeur , cette vallée varie entre 100 et 700 pas , la majeure partie de la ville étant là où la largeur est la plus grande. Dans la partie étroite , ce sont de simples rangées de maisons , ou des boutiques isolées. La ville elle-même couvre un espace denviron 1500 pas de long , du quartier appelé el Shebeyka , à lextrémité du Mala : mais lextension globale au sol qui comprend , sous la dénomination de la Mecque , les territoires depuis le faubourg appelé Djerouel (qui est lentrée depuis Jedda) jusquau faubourg appelé Moabede (sur la route de Taif) , correspond à 3500 pas. Les montagnes entourant cette vallée (quavant la construction de la ville , les Arabes nommaient Wady Mekka ou Bekka) atteignent de 200 à 500 pieds de hauteur , totalement nues et dépourvues darbres. La chaîne principale se trouve sur le côté est de la ville: la vallée verse calmement vers le sud , là où se trouve le quartier el Mesfale (lendroit bas). Leau de pluie tombant sur la ville part vers le sud de Mesfale dans la vallée appelée Wady el Tarafeyn. Lessentiel de la ville est située dans la vallée elle-même. Mais il y en a des éléments qui sont bâtis sur les pentes des montagnes , principalement sur lest , là où se trouvaient les habitations primitives des Quraysh , et il semble que la ville ancienne doive être située à cet endroit.
La Mecque peut être vue comme une belle ville: ses rues sont plus larges que dans la plupart des villes orientales : les maisons , hautes et construites en pierre : et les nombreuses fenêtres qui donnent sur la rue leur donnent un aspect plus vivant et européen que celles dEgypte ou de Syrie , où les maisons ne présentent que peu douvertures vers lextérieur. La Mecque , comme Jedda contient aussi des maisons hautes de trois étages : peu dentre elles sont blanchies à la chaux : mais la couleur grise sombre de la pierre est bien préférable au blanc aveuglant qui choque loeil à Jedda. Dans la majorité des maisons du Levant , létroitesse de la rue contribue à conserver la fraicheur : et dans les pays où les transports à roues ne sont pas utilisés , un espace permettant le passage de deux chameaux de front est bien suffisant. A la Mecque , il est nécessaire de conserver des voies de passage larges , du fait du nombre incalculable de visiteurs qui sassemblent ici : et cest dans les maisons adaptées à la réception des pèlerins et autres visiteurs que les fenêtres sont ainsi forcées à souvrir sur la rue.
La ville est ouverte sur tous ses côtés : les montagnes voisines , bien défendues , pourraient former une barrière dune puissance considérable contre un ennemi. Dans les temps anciens , trois murs protégeaient ses extrémités : lun était bâti à travers la vallée , au niveau de la rue du Mala : un autre dans le quartier Shebeyla , un troisième dans la vallée ouvrant sur le Mesfale. Les murs ont été restaurés en 816 et 828 , et un siècle après , quelques traces subsistent.
Le puits de Zemzem au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 143).
Le bâtiment actuel qui entoure Zemzem se dresse près du Makam Hanbali , et a été construit en 1072 AH: il est de forme carrée , et de formation massive , avec une entrée au nord , ouvrant sur une pièce qui contient le puits. Cette pièce est joliment ornée de marbres de différentes couleurs : et à côté , mais séparé par une porte , se trouve une petite pièce avec un réservoir de pierre qui est toujours plein de leau de Zemzem : là viennent les hajji pour boire , en passant la main par une ouverture grillagée de fer , servant de fenêtre , sans entrer dans la pièce. Lembouchure du puitsest entouré dun mur de 5 pieds de haut , et de 10 de diamètre. Les gens qui puisent leau montent dessus , usant de seaux de cuir , une barre de fer les empêchant de tomber. (...)
Davant laube jusquà minuit , la pièce du puits est constamment pleine de visiteurs. Chacun peut librement prendre de leau pour lui-même , mais le travail est généralement effectué par des gens destinés spécialement à cela , et payés par la mosquée: ils attendent une gratification de la part de ceux qui boivent , bien quils nosent pas la demander. Jai été plus dune fois dans la pièce , durant un quart dheure avant de pouvoir accéder à leau , tant la foule est nombreuse. Des hajji dévôts escaladent parfois le mur , et tirent les seaux pendant des heures , pour expier leurs méfaits.
Avant linvasion wahhabite , le puits Zemzem appartenait au shérif : et leau devenant ainsi un monopole , elle était achetée à un prix élevé : mais lun des premiers ordres de Saoud , à son arrivée à la Mecque , a été dabolir ce trafic , et leau a de nouveau été dispensée gratuitement. Les Turcs considèrent comme un miracle que leau du puits ne sépuise jamais , malgré les prélévements continuels: il ny a probablement pas de diminution de sa profondeur : après un examen précis des cordes des sauts , jai trouvé la même profondeur était atteinte aussi bien le matin que le soir. Dans lenquête , jai appris par une personne qui est descendue là du temps des wahhabites , pour réparer la maçonnerie , que leau remuait à la surface , et le puits serait donc plutôt alimenté par une ruisseau souterrain. Leau est lourde , au goût , parfois sa couleur ressemble à celle du lait , et elle est très douce , diffèrant ainsi de celle , saumâtres des autres puits de la ville. Quand elle est tirée , leau semble légérement tiède , et elle sapparente sur ce point aux autres fontaines du Hedjaz.
Leau à la Mecque , au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 106-7).
Du point de vue de leau , la plus importante de toutes les denrées , qui constitue toujours le premier objet de toute enquête parmi les Asiatiques , la Mecque nest pas mieux fournie que Jedda : il ny a que quelques citernes pour récolter leau de pluie , et leau des puits est si saumâtre quelle ne peut être employée que pour la cuisine , sauf au moment du pèlerinage , où la classe la plus basse des hajji la boit. Le fameux puit de Zemzem , dans la grande mosquée , est assez riche pour fournir toute la ville : mais , quoique sacrée , son eau est lourde au goût et difficile à digérer : les classes les plus pauvres nont pas la permission de sen servir à volonté. La meilleure eau de la Mecque est apportée par un canal depuis les environs dArafat , à six ou sept heures.
2. Les montagnes de la Mecque.
Lintérêt pour les montanges environnantes est presque suspect , pour lobservateur contemporain. On se souvient de la capacité des Arabes à sacraliser tous les lieux élevés550 .
(ibn Jubayr).551
Sur les deux côtés de la route , à cet endroit , se dressent quatre montagnes , deux de chaque côté , avec au sommet des signaux en pierres. On nous a dit que c'étaient les montagnes bénies sur lesquelles Abraham (...) avait placé des morceaux d'oiseaux qu'il appela ensuite à lui après qu'il eut demandé à Allah , puissant et majestueux , de lui montrer comment Il ressusciterait les morts. Autour de ces quatre montagnes , on en voit d'autres. On dit aussi quAbraham aurait placé ces morceaux d'oiseaux sur sept d'entre elles. Allah seul le sait!
Quand on a passé az Zahir , on traverse la vallée dite Dhu Tawa où , dit-on , le prophète fit étape quand il entra dans la Mecque et où le fils de Omar (...) faisait une ablution totale avant d'entrer à La Mecque. Cette vallée est entourée de puits appelés ash Shubayka. Une mosquée y a été érigée qui est , dit-on , celle d'Abraham (...) Réfléchissez à la bénédiction de cette route , à tous les signes qu'elle contient et aux monuments sacrés qui sy trouvent!
Lorsque la vallée se retrécit , on arrive aux repérés qui ont été fixés pour indiquer la ligne de démarcation entre le territoire sacré et le profane: tout ce qui est à l'intérieur est territoire sacré et le reste territoire profane. Ces repères ressemblent à des tours grandes et petites , alignées l'une près de l'autre , toutes proches. Elles commencent au sommet de la montagne qui se trouve à droite de la route en direction de La Mecque et traversent la route qui conduit au sommet de la montagne , à gauche. C'est là que se trouve la station (...) des pèlerins de la umra. Y ont été baties des mosquées en pierre où les pèlerins prient et se sacralisent. La mosquée de Aïsha (...) est à l'extérieur de ces repères à deux portées de flèche. (...)
Parmi les illustres montagnes de La Mecque , après celle d'Abu Qubays , citons la montagne Hira , située à l'est , à environ une parasange , et qui domine Mina. C'est une montagne très élevée et qui est bénie. Le prophète (...) sy est souvent rendu pour y faire ses dévotions. La montagne a tressailli sous Muhammad (...) qui lui alors dit:
-Reste tranquille , Hira , tu ne portes quun prophète , un témoin véridique et un martyr552
(...) Le premier verset coranique qui fut révélé au prophète (...) le fit au mont Hira. Cette montagne est orientée nord-ouest et , derrière la pointe nord , se trouve le cimetière dal Hajun dont nous avons parlé.
La Mecque n'était entourée d'un rempart que dans la partie supérieure de la ville par où on accède et la partie inférieure par où on entre également. Du côté de la porte de la umra et ailleurs , elle est cernée par des montagnes qui la dispensent de rempart. de nos jours , les murailles sont en ruine: il nen reste que des vestiges et des portes.
(ibn Battuta).553
Parmi les montagnes entourant La Mecque , citons:
La montagne Abu Qubays au sud-est de La Mecque cest un des deux Akhshab et qui est la plus proche montagne de la ville. Elle se trouve en face de l'angle de la pierre noire. Au sommet , on voit une mosquée et les ruines d'un couvent et d'habitations qual Malik az Zahir aurait aimé restaurer. Abu Qubays domine la mosquée sainte et toute la ville. De ce point de vue , on peut admirer la beauté de La Mecque , la splendeur et la grandeur de la mosquée et la Kaba vénérée. On dit quAbu la première montagne créée par Allah qui y entreposa la pierre noire pendant le déluge. Les Quraysh l'appelaie al Amin554 car elle remit à l'Ami dAllah , Abrabam , la pierre qui y était entreposée. On dit que la tombe d'Adam s'y trouve. C'est dans cette montagne que le prophète se trouvait lorsque la lune s'entrouvrit pour lui.
Qu'ayqi'an , un des deux Akhshab.
La montagne al-Ahmar555, au nord de Mecque.
Khandama , montagne située entre les deux cols dits dal Akbar et Ajyad al Asghar.
La montagne at-Tayr556 qui est quadruple et qui est située sur les deux côtés de la route at Tanim. On dit que ce sont les montagnes sur lesquelles Abraham mit les membres des oiseaux , puis les appela comme Allah le raconte dans son noble Livre. On y voit des signaux de pierre.
(Ibn Hauqal , Configuration de la Terre 29).557
Thabir est une montagne qui domine les environs, qu'on voit de Mina et de Muzdalifa. Avant l'islam, les pèlerins ne partaient de Muzdalifa qu'après le lever du soleil, lorsque l'astre était visible au-dessus de Thabir.
3. La station de Taif.
Taif 558 est une petite ville très liée à la Mecque: elle est le lieu de villégiature , plus frais , des familles nobles.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 97).
Il y a entre la Mecque et Taif trois journées de marche , sur la route du Yémen. Taif se compose de plusieurs villages très considérables , dont aucun ne possède une mosquée pour les réunions du vendredi. Il y a là un grand nombre de vergers , de champs cultivés et de vignes , et beaucoup de ruisseaux , et cette contrée , par son aspect riant et florissant , ressemble au Soghd de Samarcande559 . Les habitants de la Mecque doivent constamment avoir recours à Taif , parce qu'il n'y a à la Mecque ni vigne , ni arbre , ni fruits. Tous les fruits que l'on a à la Mecque viennent de Taif , qui produit toutes les espèces de fruits du monde. Tout habitant de la Mecque , excepté ceux qui sont tout à fait pauvres , possède à Taif une vigne ou un jardin , et , pendant les trois mois de l'été , il ne reste personne à la Mecque , excepté les pauvres. A cette époque , Taif était gouverné par trois frères: Habib , Masud et Abd Yalil ibn Amir ibn Omayr , de la tribu de Thaqif.
(Tafsir al Jalalayn 56).
Ata et Mujahid ont dit: Les gens de Taif avaient demandé de leur donner la vallée qui contenait des ruches d'abeilles comme un enclos privé, et ils furent exaucés. Car cette vallée était un endroit plein de merveilles". Puis, ils entendirent les hommes dire:
-"Au Paradis, il y aura telle et telle chose".
Alors ils s'écrièrent:
-"Plaise à Allah que nous ayons là-bas quelque chose semblable à cette vallée". Allah fit descendre à cette occasion: "Et les gens de la droite; que sont les gens de la droite? Ils seront parmi des jujubiers sans épines..."
(Abulfeda , Géographie 94).560
Taif , dans les environs du Hedjaz , au commencement du deuxième climat. Cest une petite ville abondante en fruits. Sa situation est en haut de la montagne de Gazuan. Aussi est-ce le lieu le plus froid du Hedjaz. Souvent leau gèle dans les flancs de la montagne. Les fruits de Taif consistent surtout en raisins secs561 : lair y est excellent.
(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 27-8).562
Son nom est Wakk; elle fut appelée at Tâ'if à cause de la tournée que fit autour d'elle Qasi (c'est-à-dire Taqif). C'était un lieu où s'enfuyaient et se réfugiaient tous les fugitifs. A Tà'if se trouvait le waht de Amir ibn al Às: c'étaient des pieds de vigne échalassés soutenus par mille perches dont chacune lui avait coûté un dirham; waht, chez les Arabes, signifie « terre pulvérisée »; on dit turâb mùhat c'est-à-dire «terre pulvérisée». Sulaymân ibn Abd al-Malik, au cours d'un pèlerinage, passa sur ce waht et dit:
-Je désire y jeter un coup d'il.
Après l'avoir vu, il déclara:
-C'est là le plus excellent et le plus beau des biens; je n'en aurais »jamais vu de pareil à personne, n'était la harra (terrain couvert de pierres noires) qui en occupe le milieu ».
On lui répondit:
-« Ce » n'est pas une harra; ce sont les raisins secs du waht » (on les avait rassemblés au milieu de la propriété et, en y jetant de loin, le regard, le calife avait cru à une harra noire).
Il déclara:
- « Quel excellent » homme que Qasi! Quel nid que celui où il installa sa nichée! ».
(Ibn Hauqal , Configuration de la Terre 31).563
Taif est une petite ville de la grandeur approximative de Wadil Qura. Elle possède beaucoup d'arbres et de fruits, et l'huile est sa principale production ; on y jouit d'un climat agréable. La Mecque eu tire ses fruits et ses légumes. Elle est située sur le versant du mont Ghazwam, où sont groupées les habitations des Banu Sa'd et (les autres fractions de la tribu de Hudhayl. Il n'y a dans le Hedjaz, pour autant que je sache, aucun point plus froid que le sommet de cette montagne : telle est la raison pour laquelle le climat de Taïf est tempéré. J'ai entendu dire que l'eau gelait parfois au sommet de cette montagne, et c'est vraiment le seul endroit du Hedjaz où l'eau gèle.
Taif en 1833.
(M. Tamisier , Voyage en Arabie , Paris , 1840 , p. 273-5).
La ville de Taïffa est construite sur une plaine sablonneuse , qui n'est que la continuation de celle que nous avons suivie en venant de Djeddah. Ici elle est resserrée par deux chaînes de montagnes qui vont se réunir à un quart de lieue plus loin , et placent la cité au milieu d'un fer à cheval dont l'ouverture est tournée vers l'ouest. Sa forme est celle d'un quadrilatère allongé , mais irrégulier : les grands côtés se dirigent du nord-nord-ouest au sud-sud-est , et les petits de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest.
On pénètre dans la ville par trois portes: la pre- mière se trouve du côté du nord-est : on la nomme Bab el Mekka , Bab-es Sel564 , ou Bab el Cherif : elle est défendue par une tour carrée nouvellement construite par les ordres d'Ahmed Pacha : elle a deux embrasures pour recevoir des canons : mais elle les attend encore. A l'autre côté de la porte s'élève une petite tour en forme de fer à cheval : elle est construite en pierre , comme la grande : ce sont les Ouahabis565 qui en ont jeté les fondemens. Bab el Salamé566 est située au sud-ouest : ses mon- tans sont en bois et lui donnent l'aspect d'une porte de nos bergeries : on a beaucoup de peine à y passer quand on est à cheval : elle n'est défendue que par une petite tour. La troisième est celle d'Abul Abbas , qui donne vers le sud-sud-ouest : elle n'offre rien de remarquable. Autrefois il existait une quatrième porte nommée Bab el Tarabé : mais lorsque Mohammed Ali eut pris la ville sur les Ouahabis , il ordonna de la murer , parce que les incursions des ennemis avaient toujours lieu de ce côté : elle n'a pas été rouverte depuis. Les remparts de Taïffa sont en assez bon état , quelques portions même ont été réparées tout récemment : ils ont environ vingt pieds de hauteur au-dessus du fond du fossé. Les murailles sont bâties en pierres jusqu'à fleur de terre : ce qui s'élève au-dessus du sol est construit en briques crutes : elles sont percées de meurtrières dont quelques-unes sont si étroites qu'elles laissent à peine la place nécessaire à un canon de fusil. Les tours sont presque toutes construites dans le même genre : elles sont dépourvues d'artillerie , niaîs on peut s'en passer à la rigueur , parce qu'on n'est exposé qu'aux attaques des Bédouins , qui ne font pas usage de canons. Ces murailles , quoique construites en terre , présentent des moyens de défense plus puissans qu'on ne croirait d'abord : et en supposant même que l'ennemi attaque la place avec l'artillerie , les boulets , au lieu d'ébranler le mur , font un simple trou dont le diamètre est égal à celui du boulet , et il est extrèmement difficile de pratiquer une brèche suffisante pour donner un assaut : cette opération exigerait beaucoup de temps , et surtout beaucoup de munitions.
Le fossé a dix pieds de large sur huit de hauteur. Pendant tout le temps de mon séjour à Taïffa , je n'y ai jamais vu une goutte d'eau. Cependant , dans le cas d'une averse , on pourrait le remplir si l'on savait y conduire les eaux de pluie : mais je doute qu'elles puissent s'y conserver longtemps , à cause de la nature sablonneuse du terrain. Au reste devant toutes les portes , le fossé est interrompu parce que les Arabes ignorent l'usage des ponts-levis. Dans certaines parties , on n'a pas tenté de le creuser , parce qu'il se trouvait sur des rochers de granit : et pour fortifier ces points , qui eusseiit été trop faibles , les Turcs ont construit des tours en pierre , qu'ils ont garnies d'un plus grand nombre de meurtrières.
Le château est situé sur un rocher de granit : ses murailles sont en pierre : elles forment une partie du rempart de l'ouest. Ce château renferme la caserne , les magasins de vivres et la poudrière : en temps de guerre , le gouverneur y fait sa résidence. C'est là que se trouvait Mohammed Ali lorsque le célèbre voyageur Burckhardt alla le visiter. Ahmed-Pacha en a laissé la libre jouissance au gouverneur , et lui-même loge dans une maison de campagne de Chebi Effendi , où il trouve plus d'ombre et de fraîcheur.
J'ai fait un jour le tour de la ville en longeant le fossé extérieurement aussi près que possible , et j'ai trouvé que la circonférence avait 3 ,657 pas de développement : j'ai compté 9 tours cylindriques , 14 en forme de fer à cheval , 1 hexagone , 1 en arc de cercle très surbaissé. Du côté du nord , ou remarque un petit fort bâti en pierre : il est saillant et entouré d'une muraille qui , s'élève de huit pieds au-dessus du sol.
Chapitre 32
Le sanctuaire de la Mecque
§ 185. Présentation.
Le sanctuaire567 étant aussi un lieu déchanges commerciaux , il est impératif dy assurer la sécurité. Les grandes familles en sont chargées568 . Mais la meilleure des sécurités vient de la sacralisation de lespace , qui est confirmée par les sources musulmanes569 . Muhammad lui-même doit en tenir compte lorsquil sempare de la ville en 630570. Le lieu , très restreint géographiquement , et peu spectaculaire à lorigine , doit cependant être observé en détail: il est le point central de toute laventure de Muhammad , dans toute son ambiguité: le lieu le plus marqué par le paganisme polythéiste et exubérant se transforme en vitrine du monothéisme le plus intrangeant , obligeant à quelques contorsions quant à la doctrine et à la mythologie.
Par la suite , après cet incident de lHistoire ,il devient une sorte de centre du monde pour des milliards dindividus571 et un objet d'incompréhension pour dautres milliards.
Mais du point de vue arabe , la révolution provoquée par Muhammad ne change rien: elle confirme la primauté du sanctuaire primitif.
§ 186. La sacralité de la Mecque.
De nombreux récits , sans doute très postérieurs , ont été constitués pour renforcer le caractère sacré du sanctuaire. Partout dans le monde , ce même processus a donné naissance à la plupart des mythes. Ici , très artificiellement , la mythologie musulmane a réuni toutes ses références fondatrices à cet endroit , de Adam à Muhammad. Cest dans ces moments que limaginaire saffole.
1. Une attestation antique?
On ne saura jamais si lhistorien grec a décrit le sanctuaire mecquois , qui existait à son époque.
(Diodore , Bibliothèque Historique III 43 , 1-2).572
On voit aussi un autel de pierre dure (dans la Palmeraie) : dépoque ancienne , il porte une inscription en caractère antiques et inconnus. Pour prendre soin du sanctuaire , il y a un homme et une femme , qui exercent le sacerdoce à vie....
Dans la palmeraie mentionnée plus haut , on célébrait tous les quatre ans un panégyrie573 et les peuples voisins avaient l'habitude d'y venir de tous côtés , pour sacrifier aux dieux du sanctuaire des hécatombes de chameaux bien engraissés , ainsi que pour remporter dans leurs patries de l'eau de cet endroit , parce que , selon la tradition , cette boisson procurait la santé à ceux qui l'absorbaient. Alors que les Maranites s'étaient rendus pour ces raisons à la panégyrie , les Garindanes égorgèrent ceux qui avaient été laissés au pays , firent périr dans une embuscade les pèlerins revenant de la panégyrie , puis , ayant vidé le pays de ses habitants , ils se partagèrent au sort ces plaines , qui étaient fertiles et qui produisaient en abondance des paturages pour le bétail .
2. Mythe fondateur: Abraham à la Mecque.
Le tour de force de la doctrine islamique est de déformer la Bible en détournant laventure dAbraham vers la Mecque , dont il serait le fondateur. Le Coran laffirme dabord , puis la Sunna , dans un récit mythologique étonnant, et appartenant à la fin de la prédication mohammédienne, quand il faut régler le statut du sanctuaire conquis sur les Mecquois.574
Cette longue légende racontée selon Bukhari mérite dêtre citée in extenso. On devine derrière le très léger vernis biblique , des comportements tribaux très primitifs et prosaïques.
La légende dAbraham , Ismaël575 et Agar à la Mecque.
(Bukhari , Sahih 60/9 , 3).
On rapporte , avec quelques variantes , d'après Sayd ibn Jubayr , que Ibn Abbas a dit :
-La première fois que les femmes se servirent d'une ceinture , ce fut quand la mère dIsmaïl en fit usage pour dissimuler la trace de sa fuite à Sarah. Ensuite Abraham emmena Agar avec son fils Ismaïl , à qui elle donnait le sein , et les laissa près de l'emplacement du Temple , à côté d'un grand arbre , au-dessus de Zemzem , à la partie la plus élevée de la mosquée. A cette époque , il n'y avait personne à La Mecque et on ny trouvait pas d'eau. Abraham abandonna là Agar et son fils , en leur laissant une sacoche pleine de dattes et une outre remplie d'eau : puis il se mit en marche pour s'éloigner.
La mère d'Ismaïl le suivit en lui disant :
-Abraham , où vas-tu? Tu nous abandonnes donc dans cette , vallée où il n'y a ni être humain ni rien. Elle avait répété ces mots à plusieurs reprises sans que Abraham se retourne , quand elle finit par lui dire :
-Est-ce Allah qui t'a ordonné d'agir ainsi?
-Oui , répondit-il.
-Alors , il ne nous laissera pas périr , s'écria-t-elle.
Abraham continua sa marche jusqu'au moment où il fut arrivé à un col d'où Agar et son fils ne pouvaient plus le voir. Alors , tournant son visage du côté du Temple , il éleva les mains et fit une invocation en ces termes :
-Seigneur , je viens d'installer une partie de ma descendance dans une vallée qui ne produit point de grains , auprès de ton temple sacré ... ils en seront reconnaissants576 .
La mère d'Ismaïl se mit ensuite à allaiter son fils. Elle but de l'eau (qui lui avait été laissée) jusqu'à ce que le contenu de l'outre fut épuisé. Alors elle eut soif et son fils eut soif aussi. Elle vit bientôt celui-ci se tordre - ou suivant une variante - se rouler. Ne pouvant pas supporter un tel spectacle , elle partit , et , comme elle trouva que Safa était la montagne la plus rapprochée delle , elle y monta et , dominant la vallée , elle chercha des yeux si elle n'y voyait personne. Et elle ne vit personne. Alors elle descendit des hauteurs de Safa : puis , arrivée dans la vallée , elle retroussa les pans de sa tunique et courut comme un homme éperdu. Elle traversa la vallée , gagna al Marwa , monta à son sommet et regarda de nouveau si elle ne voyait personne. Et elle ne vit personne. Sept fois elle répéta ce manège.
Ibn Abbas ajoute que le prophète a dit:
-C'est (en souvenir) de cela que les fidèles font la course entre les deux montagnes577 pendant le pèlerinage578.
Arrivée au sommet de al Marwa , Agar entendit une voix.
-Chut! dit-elle , en s'adressant à elle-mème. Elle prêta l'oreille et entendit de nouveau. Alors elle dit :
-Tu tes fait entendre. Si tu as par devers toi un moyen de secours , (secours-moi).
Alors apparut un ange à l'endroit où se trouve le puits de Zemzem. Il frappa le sol de son talon - ou suivant une variante - de son aile et bientôt l'eau se montra. Agar se mit à faire un bassin , semblant dire de sa main: Ainsi.
Puis elle se mit à puiser de l'eau dans son outre et l'eau (de la source) bouillonnait de nouveau chaque fois qu'elle venait d'en prendre.
Ibn Abbas ajoute que le prophète a dit :
-Allah fera miséricorde à la mère de Ismaïl , car , si elle avait laissé Zemzem - ou suivant une variante - si elle n'avait pas puisé d'eau , Zemzem serait devenue une source d'eau courante.
Agar but et allaita son enfant.
-Ne redoutez aucun danger , dit alors l'ange , car ici s'élèvera le temple de Allah et ce temple sera bati par cet enfant et son père. Et Allah ne laisse point périr les siens. Le Temple formait , au-dessus du sol , une éminence pareille à un monticule. Quand les eaux envahissaient la vallée , elles passaient à droite et à gauche. Agar resta ainsi jusquau jour où vint à passer une troupe de Jurhum - ou suivant une variante - des gens d'une famille des Jurhum , arrivant par la route de Keda. Ils campèrent dans la partie basse de la Mecque et virent un oiseau qui planait.
-Cet oiseau , dirent-ils , tournoie autour d'une source deau. Or , depuis le temps que nous fréquentons cette vallée , il n'y a jamais eu. d'eau. Envoyez donc un éclaireur -ou suivant une variante - deux éclaireurs.
Le , ou les éclaireurs , ayant découvert de l'eau , revinrent , annoncèrent qu'il y avait de l'eau et tous les Jurhum se rendirent à cet endroit. Comme la mère dIsmaïl était auprès de l'eau , les Jurhum lui dirent :
-Nous autorises-tu à camper ici auprès de toi?
-Oui , répondit-elle , mais vous naurez aucun droit de propriété sur cette eau.
- C'est entendu , répliquèrent-ils.
Ibn Abbas ajoute que le prophète continua en ces termes. Cette demande des Jurhum fit plaisir à Agar , qui aimait la société. Les Jurhum campèrent donc auprès delle et envoyèrent dire à leurs contribules de venir s'installer avec eux. Bientôt un certain nombre de familles furent établies en cet endroit. L'enfant grandit , apprit la langue arabe des Jurhum et , en grandissant , il s'acquit leurs sympathies et leur admiration. Aussi , quand il eut atteint (lage de la puberté) , il lui firent épouser une femme choisie parmi eux. Puis , la mère dIsmaïl étant morte , Abraham arriva (à La Mecque) , après que Ismaïl avait été marié : il venait s'informer du sort de ceux qu'il avait abandonnés.
Ne trouvant pas Ismaïl , Abraham demanda de ses nouvelles à sa femme.
-Mon mari , répondit celle-ci , est sorti pour aller se procurer notre subsistance.
-Et quelle est votre existence et votre situation? demanda Abraham.
-Nous sommes , reprit-elle , dans la détresse , dans l'angoisse et dans la peine.
Elle exhala ses plaintes à Abrabam , qui lui dit :
-Quand ton mari reviendra , salue-le et dis-lui m qu'il change le seuil de sa porte.
A son retour , Ismaïl , qui semblait avoir eu vent de quelque chose , dit à sa femme:
-Est-il venu quelqu'un?
- Oui , répondit-elle , un vieillard de telle et telle façon : il m'a demandé de tes nouvelles : je lui en ai donné. Puis , comme il s'informait de notre existence , je lui ai annoncé que nous étions dans la misère et la peine.
-T'a-t-il fait quelque recommandation? ajouta Ismaïl.
-Oui , répliqua-t-elle : il m'a chargé de te saluer et de te dire: Change le seuil de ta porte.
-Cet homme , s'écria Ismaïl , c'est mon père , et il m'enjoint de me séparer de toi. Retourne donc dans ta famille.
Et il répudia sa femme et épousa une autre femme des Jurhum.
Abraham s'éloigna et demeura absent le temps que Allah voulut , puis il revint et , ne trouvant pas Ismaïl , il entra chez sa femme et lui demanda des nouvelles de son mari.
-Il est parti pour aller m chercher notre subsistance , répondit-elle.
-Et comment êtes-vous , dit Abraham , s'informant ainsi de leur existence et de leur situation.
-Nous sommes heureux et dans l'aisance , répliqua-t-elle.
Et elle rendit grâces à Allah.
-Que mangez-vous ? reprit Abraham.
- De la viande , dit-elle.
- Et que buvez-vous? ajouta Abraham.
-De l'eau! n répondit-elle.
Alors Abraham s'écria :
-Allah bénisse pour vous la viande et l'eau!
A cette époque , ajouta le prophète , ils n'avaient point de grains à La Mecque : sinon il eût demandé à Allah de les bénir pour eux. La viande et l'eau n'auraient pu seules suffire à personne autre part qu'à La Mecque : ailleurs , ils n'auraient pu s'en contenter.
Quand ton mari sera de retour , ajouta Abraham , salue-le et enjoins-lui de maintenir le seuil de sa porte.
Ismaïl étant rentré dit :
-Est-il venu quelqu'un?
-Oui , répondit sa femme , il est venu un vieillard de belle apparence - et elle en fit l'éloge , - qui m'a demandé de tes nouvelles : je lui en ai donné. Puis , comme il s'informait de notre facon de vivre , je lui ai dit que nous étions heureux.
-T'a-t-il fait quelque recommandation? ajouta Ismaïl.
-Oui , répliqua-t-elle , il m'a chargé de te saluer et il tenjoint de conserver le seuil de ta porte.
-C'est mon père , s'écria Ismaïl , et toi tu es le seuil : il m'enjoint de te garder.
Abraham s'éloigna et demeura absent le temps que Allah voulut , puis il revint et trouva Ismaïl occupé à se tailler des flèches à l'ombre d'un grand arbre , près de Zemzem. En apercevant son père , Ismaïl se leva pour le recevoir et tous deux se comportèrent comme un père avec son fils et un fils avec son père.
-Ô Ismaïl , dit ensuite Abraham , Allah m'a donné un ordre à exécuter.
-Exécute ce que le Seigneur a ordonné , répondit Ismaïl.
-Tu dois m'aider! reprit Abraham.
-Je t'aiderai , répliqua Ismaïl.
- Allah , ajouta Abraham , m'a enjoint de batir un temple ici.
Et , ce disant , il désigna un tertre qui dominait les alentours. Alors ils élevèrent tous deux les assises de ce temple , Ismaïl apportant les pierres et Abraham maçonnant. Quand la construction atteignit une certaine hauteur , Ismaïl apporta cette pierre579 à son père qui monta dessus pour maçonner , pendant qu'il lui apportait des pierres. Tous deux disaient alors :
-Seigneur580 , accepte notre uvre , car tu es celui qui entend tout et qui sait tout.
Ensuite ils continuèrent à batir tous les deux se portant successivement tout autour du temple et disant:
-Seigneur , accepte notre uvre , car tu es celui qui entend tout et qui sait tout.
3. La protection du sanctuaire.
Le respect de lespace sacré est ce qui fonde tout sanctuaire. Comme partout ailleurs , une foule de récits plus ou mythiques sont là pour justifier ou renforcer ce caractère privilégié.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 73).
A ce moment581 , dans la période du paganisme , la Mecque ne toléra plus l'injustice et le mal dans ses limites , et quiconque commettait le mal était expulsé : c'est alors qu'on l'a surnommée "L'Ecorcheuse" , et tout roi qui tentait de profaner son caractère sacré allait mourir dans l'instant. On dit aussi qu'on l'a appelée Bakka582 a parce qu'elle brisait les cous des tyrans qui introduisaient des innovations à l'intérieur583 .
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 16).
Subahay... dit à un de ses fils ce poème où elle célébrait la sainteté de la Mecque , et lui interdisait dy commettre une injustice:
Ô mon fils! A la Mecque , ne commets aucune injustice ni envers les grands ni les petits.
Respecte son caractère sacré et ne temporte pas.
Ô mon fil! celui qui commets une injustice dans la Mecque connaitra un mauvais sort.
Son visage sera rongé et ses joues brûleront.
Ô mon fils! Jen ai lexpérience et jai conclu que celui qui lui nuira sera perdu.
Allah la consacrée et aucun palais ne sera bati à lintérieur. Allah a consacré ses oiseaux et a protégé les chèvres du mont Thabir...
(Ibn Rusteh, Encyclopédie 57).584
Parmi les bienfaits du Haram , il faut noter les observations suivantes:
Un loup chasse une gazelle , la poursuit , la harcèle il va latteindre : elle entre dans le haram , et le loup abandonne toute poursuite.
Aucun pigeon ne se pose sur la Ka'ba à moins dêtre malade: on connait la chose pour lavoir expérimentée et constaté létat du pigeon. Tant quun pigeon est sain , il ne se pose pas sur la Kaba.
Règle et exceptions lors de la prise de la Mecque par Muhammad.585
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 282).
Il avait aussi donné l'ordre à Zubayr et à Khalid de ne tuer personne , à moins qu'ils ne fussent attaqués : il exceptait seulement six hommes et quatre femmes , qu'ils devaient massacrer , n'importe où ils les trouveraient , quand même ils se seraient réfugiés dans le temple ou attachés au seuil de la Kaba.
La Ville Sûre.
L'expression est l'occasion de rappeler le mythe de la fondation du culte par Abraham586 . La sécurité est un préalable: le sanctuaire est un lieu d'échanges et de dépots.
(Corpus coranique d'Othman 2/120).
Rappelez-vous quand Abraham dit:
-Seigneur! fais de cette ville une ville sûre!
(Corpus coranique d'Othman 14/38).
Et quand Abraham dit: seigneur! rends cette ville sûre587 et détourne-nous , moi et mes fils d'adorer les idoles588!
(Corpus coranique d'Othman 95/1-3).
Par le mont des figuiers et des oliviers!
Par le Mont Sinaï!
Par cette ville sûre!
(Tafsir al Jalalayn 95).
Et par cette Cité sûre !: ainsi par la cité, La Mecque, où régne la sécurité de temps de l'ignorance et celui de l'Islam.
(Bukhari , Sahih 28/ 9).
...le prophète a dit:
-Cest Allah qui a rendu la Mecque sacrée. Elle na jamais cessé de lêtre avant moi : elle ne cessera jamais de lêtre après moi. Elle na cessé davoir ce caractère pour moi quun instant et un seul jour589 .
(Bukhari , Sahih 3/104).590
... si quelquun estime que le combat est licite à La Mecque parce que le prophète sest battu à La Mecque , dis-lui quAllah a donné la permission à son apôtre mais il ne la pas donné à toi.
Le prophète a ajouté:
-Allah ma permis à moi seulement pour quelques heures du jour de la conquête (la violence) , mais maintenant , la sacralité du lieu est la même quavant.
(Ibn Kathir , Tafsir 16).
Lexemple de Makkah.
Cet exemple se réfère au peuple de Makkah , qui a été en sécurité , paisible , stable , un sanctuaire sûr alors que les hommes étaient arrachés de partout tout autour. Quiconque entre à Makkah , il sera sauf et il naura rien à craindre.
§ 187. Les rituels mecquois.
Les rituels antiques sont pratiquement restés les mêmes à lépoque musulmane , sur un plan formel591. Muhammad a voulu en changer le sens. Lesprit ritualiste est resté aussi fort dans lune et lautre période et chaque geste individuel ou colletif est bien connu , par dinnombrables descriptions , autour du phénomène central du grand pèlerinage592 .
Les rituels collectifs , pèlerinages et rondes593 , restent inchangées dans leur structure. La fonction de cette catégorie de rites est de délimiter et sacraliser le territoire dune communauté , dintégrer lindividu à un processus collectif et de simplement parader devant un public , non sans lui donner une impression de perte de sa personnalité.
A la Mecque , on tourne autour de beaucoup de choses. Le tour de la Kaba594 est le rite principal des Arabes puis celui obligatoire des musulmans. On tourne autour des rochers de Safa et Marwa , puis de celui dArafa , de Muzdalifa595 , le tout en décrivant par tous ces points le tracé dune autre ronde596. A chaque étape correspondent des gestes primitifs.
Avoir donné un caractère dobligation à ce rite circulaire , pour des milliards de personnes est une belle oeuvre de Muhammad , à partir d'un simple rituel local597 . Mais cest aussi le signe dun grand succès pour le seigneur de la Kaba.
Les rituels nayant certainement pas changé dans leur forme archaïque avant et après Muhammad598 , il vaut en faire maintenant la liste:
1-purification du pèlerin599.
2-entrée dans le sanctuaire.
3-prière et invocation vers la Kaba.
4-contact direct ou geste vers la pierre noire.
5-7 tours de lédifice , 3 rapides et 4 lents.
6-7 tours rapides autour des rochers de Safa et Marwa600.
7- Ingestion de leau du puits Zemzem.
8-marche vers Mina.
9-campement à Mina.
10-marche vers Arafat.
11- station debout601 devant le mont de la Miséricorde602.
12-marche et campement à Muzadalifa.
13-ramassage de 49 cailloux à Muzadalifa.
14-marche vers Mina.
15-jet des pierres contre des piliers603 .
16-sacrifice604.
17-Coupe ou rasage des cheveux.
18-deuxième jet de pierres605.
19-troisième jet de pierres606 .
20-retour à la Kaba.
21-7 tours de lédifice , 3 rapides et 4 lents.
22-quatrième jet de pierres (facultatif).
23-pèlerinage à Médine (facultatif).
1. Lancienneté des rituels de la Mecque.
Plus un sanctuaire est ancien , plus il est vénérable , moins ses rituels sont compris , plus ils sont respectés. Le but de tous les récits est alors de faire remonter le plus loin possible la fondation du sanctuaire , en dépit du bon sens , à lévidence.
Pour la Mecque , la tradition musulmane remonte à Adam. Peut-on faire mieux?
(Ibn Hisham , Conduite de lenvoyé dAllah 15).
Le roi607 demanda ce quil devrait faire quand il serait là-bas. On lui dit de faire ce que faisaient les gens de la Mecque: tourner autour du temple , le vénérer et lhonorer , se raser la tête et se conduire avec humilité jusquà la sortie du sanctuaire.
Le roi demanda pourquoi il ne devrait pas faire autrement. On lui répondit que cétait vraiment le temple de leur ancêtre Abraham , mais que les habitants des environs lavait entouré didoles , et que le sang quils répandaient là étaient des obstables insurmontables. Ils étaient des polythéistes impurs , selon eux.
(Le roi) poursuivit son voyage vers la Mecque , tourna autour de la Kaba , sacrifia , se rasa la tête , resta là six jours à sacrifier des animaux , quil distribuait ensuite à la population , et il leur donnait aussi du miel à boire.
Découverte sous la Kaba dune inscription.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 124).
On ma dit que les Quraysh avaient trouvé dans le coin une inscription en syriaque608. Ils ne pouvaient pas la comprendre jusquà ce quun juif puisse la lire. Elle disait ceci:
Je suis Allah le seigneur de Bakka609 ,
jai créé cela le jour où jai créé le ciel et la terre et formé le soleil et la lune ,
et je lai surmontée de sept anges pieux610.
Il tiendra autant que deux montagnes611 tiennent ,
comme bénédiction pour le peuple , avec le lait et leau612 .
Et on ma dit quils avaient trouvé dans le maqam une inscription:
La Mecque est la sainte maison ,
sa subsistance vient des trois directions.
Que son peuple ne soit pas le premier à la profaner.
Le fondement du culte des Quraysh.
(Corpus coranique d'Othman 106).613
A cause de lentente des Quraysh , de leur entente dans la caravane dhiver et dété , quils adorent le seigneur du temple qui les a munis contre la fin et les a mis à labri dune crainte.
2. Les pèlerins.
La Mecque est un sanctuaire international , ou plutôt inter-arabe. Il doit attirer les pèlerins , les protéger , les héberger , les nourrir , les abreuver, à travers des fonctions tenues par l'aristocratie614 . Ce savoir-faire décide de la prospérité de la cité entière.
La trêve dAllah.
(al Kalbi).615
Lors du pèlerinage de la Mecque , il y avait trois mois de Trêve de Allah , mais les gens se partageaient en trois groupes à ce propos: ceux qui pratiquaient l'abomination et violaient même le territoire sacré , où ils allaient jusqu'à assassiner et piller : ceux qui s'en abstenaient et observaient scrupuleusement les mois de la Trêve de Allah : et enfin les fantaisistes616 , partisans du Tamimite Sulsul ibn Aws , qui permettait de combattre les profanateurs de la Trêve de Allah. Ibn al Kalbi ajoute: C'est ce que disaient les Tamim : mais nous sommes certains qu'il s'agit là du Kinan Qalammas et de ses ancêtres (et non pas de Sulsul). Qalammas est celui qui inaugura l'intercalation dans le calendrier lunaire arabe. Les profanateurs de la Trêve de Allah étaient les tribus Tayy , Khathlam , et une partie des Banu Asad ibn Khuzaymah617 . Les nobles parmi les Arabes se rendaient à ces foires , tout comme les commerçants : car les rois récompensaient les nobles et partageaient avec eux une partie des gains commerciaux que faisaient ces rois. Les nobles régionaux assistaient aux foires de leurs régions , mais à Ukaz , on s'y rendait de toutes les régions. Avec cette particularité que , les nobles qui s'y rendaient portaient des voiles , pour rester inconnus , cela par peur d 'être surpris un jour , et faits prisonniers par des brigands professionnels qui demanderaient de lourdes rançons. Le premier qui abandonna cette coutume et jeta son voile fut le Anbar Turayf.
La protection des pèlerins.
(al Kalbi).618
Ibn al Kalbi rapporte , sur l'autorité de son père , que lorsque quelqu'un sortait de sa maison , en qualité de pèlerin 619 , ou de dajj 620 , il conduisait les animaux du sacrifice , qu'il marquait avec les signes coutumiers du sacrifice: colliers et blessures manifestes de l'animal : et lui- même , il portait les vêtements du pèlerinage. Cela lui valait la sécurité même parmi les profanateurs de la Trêve de Allah. Si le dajj était tout seul , craignait pour sa vie , et ne trouvait pas les animaux du sacrifice rituel , il marquait sa propre personne avec les signes de l'animal du sacrifice : il portait un collier de poils de chèvre ou de chameau et marquait sa personne avec de la laine 621 : cela le rendait inviolable. Et lorsqu'il voulait rentrer de la Mecque , il portait un collier de l'écorce des arbres du territoire sacré. Si un dajj ou quelqu'un d'autre allait à la Mecque , sans connaitre ces coutumes , et sans porter les vêtements de pèlerin , il risquait d'être pillé par les profanateurs de la Trêve d'Allah.
Les fonctions rituelles.
(ibn Taimiya , Traité de droit 3).
Après la conquête de la Mecque , en effet , les Banu Sayba622 avaient remis au prophète les clefs de la Ka'ba. Abbas623 déjà chargé du ravitaillement en eau624 des pèlerins , les lui demanda afin d ,'avoir en outre la garde625 ,de la maison dAllah.
Allah révéla alors ce verset , donnant l'ordre de remettre les clefs de la Ka'ba aux Banu Sayba.
3. La confrérie des Hums.
Il est possible626 que Muhammad ait été membre de cette confrérie dévote627 qui contrôle laccès au sanctuaire et surveille les rondes autour de la Kaba628. Ce groupe de militants , attaché à étendre la gloire du sanctuaire dans toute la région , et distinguant clairement leurs membres des autres fidèles , est encore mal connu. Mais son rôle des Hums629 peut être vu comme précurseur lointain de lexpansion musulmane: leur fanatisme encore tempéré nest pas du tout dans le ton du système polythéiste.
(Azraqi630 , Chroniques de la Mecque I 115).631
Nous sommes le peuple du Haram. Nous nabandonnons pas le Haram. Nous sommes Hums , et les Quraysh deviennent Hums et tous ceux qui sont issus des Quraysh. Les Hums et les tribus devenues Hums avec eux sont appelés ainsi parce quils sont très stricts dans leur religion , et un ahmasi632 est un homme conservateur dans les questions religieuses.
(...)
Quand les Quraysh laissaient un Arabe épouser une de leurs femmes , ils précisaient que leurs descendance deviedrait ahmasi , suivant leur religion. (...) Les Hums observaient strictement les mois sacrés et ne maltraitaient jamais leurs protégés et ne laissaient personne les maltraiter.
Règles des Hums.
(Mutaqi , Tafsir).633
Les Hums - cétaient les Quraysh , les Kinana , les Khuzaa , les Amir ibn Sasaa- disaient:
-Safa et Marwa nappartiennent pas au sanctuaires dAllah.
Du temps de la jahiliyya , il y avait sur le mont Safa634 une idole appelée Nayla et sur le mont Marwa635 une idole appelée Asaf.
Les Hums ont dit:
-Il est impur pour nous de toruner autour delles.
Les Hums , invention des Quraysh.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 126).
... les Quraysh inventèrent cette idée des Hums et la mirent en pratique. Ils disaient:
-Nous sommes les fils dAbraham , le peuple du saint territoire , les gardiens du temple , et les citoyens de la Mecque. Aucun autre Arabe na de droits ou de situation comme les nôtres.
Les Hums et les pèlerins.
(Bukhari , Sahih 25 , 91 ,2).
Au temps du paganisme , les gens faisaient tout nus la tournée processionnelle. Les homs , et par là , on entendait les Quraysh et leurs descendants , faisaient seuls exception. Chaque homme des Hums se faisait un mérite de donner des vêtements à des hommes qui les revêtaient pour la tournée processionelle. Les femmes également donnaient à certaines femmes des vêtements quelles revêtaient pour la tournée processionnelle. Ceux à qui les Hums ne donnaient point de vêtement faisaient la tournée processionnelle du temple tout nus.
(Bukhari , Sahih 18/111).
Jubayr ibn Mutim a dit : "Un de mes chameaux s'était égaré ; je me mis à sa recherche le jour d'Arafa. J'aperçus le prophète qui était debout à Arafa. Alors je dis :
-"Par Allah, c'est un Hums ! que fait-il donc-là ?"
Urwa a dit : "Au temps du paganisme les gens faisaient tout nus la tournée processionnelle. Les Hums, et par là on entendait Quraysh et ses descendants, faisaient seuls exception. Chaque homme des Hums se faisait un mérite de donner des vêtements à des hommes qui les revêtaient pour la tournée processionnelle. Les femmes donnaient également à certaines femmes des vêtements qu'elles revêtaient pour la tournée processionnelle. Ceux à qui les Hums ne donnaient point de vêtements faisaient la tournée processionnelle du temple tout nus. La masse des pèlerins dévalait tumultueusement de Arafa, tandis que les Hums pratiquaient la chose de Jam (c'est un des noms de al Muzdalifa).
"Mon père m'a dit tenir de Aïsha que c'est au sujet des Hums que le verset suivant a été révélé : "Puis dévalez par là où les autres dévalent..." 636 . Les Hums dévalaient autrefois par Jam ; ils dévalèrent dorénavant par Arafât.
Le pèlerinage des Hums.
(Bukhari , Sahih 60/44).
Les gens des Quraysh et ceux qui avaient leur religion s'arrêtaient à Muzdafila637 et s'appelaient alors les al Hums , alors que le reste des Arabes s'arrêtaient à Arafat.
Un Hums parmi les Hums.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 115).
Lannée dHodaybiyya638 , le prophète est entré dans sa maison. Un des ansar de Médine était avec lui , et sarrêta au niveau de la porte , disant quil était un ahmasi.
Lapôtre dit:
-Moi aussi je suis un ahmasi. Ma religion est la même que la tienne.
Alors lansar est entré dans la maison par la même porte , de la même façon que lapôtre.
4. La circambulation.
On a déjà vu639 que le fait de tourner autour dun point central était une caractéristique commune à toutes les religions sémitiques. Nulle part ce nest aussi bien attesté quà la Mecque.
(Tabari , Tafsir I 468).640
Al Hasan disait:
-le premier à faire le pèlerinage vers la Maison a été Adam. Cela montre que cest lui qui la construit avant Abraham. On raconte daprès al Baqir quAllah a placé quatre colonnes sous son trône (...) les anges tournaient autour. Alors , il envoya les anges qui dirent:
-Construis une maison comme ça , avec ces dimensions , sur la terre.
Il ordonna que quiconque sur la terre accomplisse ces tours autour de la Maison.
La procession que fit Adam autour de la Maison visitée.641
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois I 50).
Ensuite Gabriel conduisit Adam vers cette maison , afin qu'il en fit processionnellement le tour. Or tous les lieux sur lesquels Adam posait le pied , et tous ceux que touchait son talon , devenaient florissants et se couvraient d'eaux courantes et de verdure: et tous les endroits qui se trouvaient entre ses deux talons n'étaient points florissants , mais ils étaient entièrement déserts. Gabriel apprit à Adam à faire le pèlerinage , et il lui enseigna toutes les cérémonies relatives à ce devoir religieux. C'est pour cette raison que , si quelqu'un part pour faire le pèlerinage sans en connaître les cérémonies , il faut qu'il ait un guide qui les lui enseigne.
Or Adam vivait dans ces montagnes dont nous avons parlé , et Ève était à Jeddah , à sept parasanges de La Mecque. Adam n'avait point de nouvelles d'Eve , et Eve n'avait point de nouvelles d'Adam. Eve était devenue triste , et elle vivait pleine de hagrin. Elle regarda et vit de loin Adam , qui venait du côté de La Mecque. Or il n'y avait dans le monde aucun autre homme qu'Adam: Ève se dirigea vers lui et le rencontra dans le lieu que l'on nomme aujourd'hui Arafat. Lorsque Adam et Ève se furent retrouvés et qu'ils se furent reconnus l'un l'autre , ils furent pleins de joie. Ils allèrent à La Mecque
et firent en procession le tour de la maison visitée. Ils demeurèrent trois jours dans ce lieu-là et immolèrent des brebis. Le coton et le lin n'étaient point en usage à cette époque: Adam et Ève prenaient des peaux de brebis , les préparaient et s'en faisaient des vêtements. Ensuite Adam dit à Gabriel:
-Je ne puis demeurer dans ce lieu , car il est désert , et tous les travaux que j'ai faits sont sur la montagne de Sarandib.
Gabriel répondit à Adam:
-C'est juste , retournes-y.
Et Adam et Ève y retournèrent.
Ils ensemencèrent la terre dans cet endroit , leur travail réussit , et ils recueillirent des biens de toute espèce. Or il n'y avait pas dans le monde un seul être humain , excepté eux deux , et il n'existait aucune maison , excepté la maison visitée. Ensuite ils se mirent à élever des constructions , et ils bâtirent des maisons pour eux.
(Bukhari , Sahih 26/750).
Le prophète fit le tawaf de la Kaba à son arrivée à la Mecque : il toucha le coin de la pierre noire pui saccomplit la course ramal642 pendant les trois premiers tours et il marcha pour les quatre derniers. Après il fit deux prières rakat dans le Maqam Ibrahim643 , et après la prière il alla à Safa et Marwa , fit sept tours de tawaf entre eux et ne fit rien de contraire à l'état de ihram.
(Ibn al Kalbi , Livre des Idoles 4 a).
(...) Ils vénéraient le temple et faisaient autour de lui les rondes sacrées : ils accomplissaient le pèlerinage et la visite au sanctuaire : ils sarrêtaient aux stations rituelles de Arafa et Muzdalifa : ils offraient des sacrifices et poussaient lIhlal , le cri rituel , durant le pèlerinage et la visite du lieu saint.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois I 70).
Ceux qui entraient dans la mosquée faisaient d'abord les processions d'usage autour de la Kaba , adoraient une des idoles qui se trouvaient dans le temple , et venaient ensuite choisir une place dans un des cercles des grands personnages. Il y avait dans la mosquée de la Mecque trois cent soixante idoles , outre celles qui se trouvaient dans la Kaba , Hobal et Manaf , et d'autres. Toutes les idoles étaient de pierre et avaient la forme humaine : elles étaient couvertes de vêtements de différentes couleurs , de khaluq , de safran et d'autres arômes. Muhammad n'avait jamais adoré aucune idole644.
La circambulation des bédouins: un témoignage
Un pèlerin lettré du début du XXème siècle décrit ainsi lattitude primitive des fouilles de bédouins tournant autour de la Kaba. La persistance des usages anté-islamiques est évident , malgré le fondamentalisme nihiliste et furieux (et si peu connu) des Wahhabites. Le culte pratiqué ici est à nouveau celui du Seigneur de la Maison , du Seigneur de la Mecque , et toute ambition universaliste et totalitaire alors sévanouit.
(Batanuni , Rihla 158).645
Le spectateur qui observe avec attention les tournées accomplies par les Bédouins , et particulièrement par ceux de l'Est646 , les Otayba et les Mtir , s'aperçoit qu'ils considèrent le pèlerinage comme s'accomplissant à la Ka'ba , bien plutôt qu'à Arafa. On pourrait en conclure l'antique survivance des habitudes d'une population qui , serviteurs de la Ka'ba comme les Kuraysh Hums , refusaient de se rendre hors du territoire sacré , au zuquf de Arafa. Ces Bédouins arrivent à La Mecque en troupes dans les six premiers jours de zou1 qa'da. et installent leurs campements hors de la ville , à l'est. Ils viennent faite les tournées d'arrivée tazvaf el quduni par bandes dhommes se tenant par la main. Ils ne s'occupent pas de ceux qui sont sur le mataf avant eux et entrainent tout 1e monde avec eux , en criant:
-Allah! Muhammad! Labbayka!647 Labbayka! Je fais le hajj ! Tu accueilles taqhal ou tu n'accueilles pas! je fais le hajj! N'accueilleras-tu pas?
Quand il y a des femmes en petit nombre et toutes avancées en age , elles sont derrière les hommes accrochées à leurs épaules : on ne voit que leurs yeux : leurs mains sont enfermées dans des gants de coton montant au coude guffazat. Quand ils sont arrivés à la pierre noire , leur chef saisit la housse de la Kaba et si cramponne de façon que personne ne puisse l'en écarter. Les compagnons l'aident à éloigner tout étranger qui voudrait toucher à la pierre noire: tous la touchent et la baisent648 , les femmes après les hommes. Le mari cogne la tête de sa femme contre la pierre de façon qu'elle en garde une marque qui est pour eux celle du hajj : le mari crie en même temps à sa femme649 :
-As-tu fait le hajj , ô hajja! et elle crie en réponse: J'ai fait le hajj , j'ai fait le hajj!
Puis elle se tourne vers la pierre noire :
-J'ai fait le hajj: informe ton Maître que j'ai fait le hajj!
Puis levant la tête vers le ciel :
- Que tu accueilles ou non , j'ai fait le hajj : Si tu ne m'accueille , par force tu accueilleras!
(Corpus coranique d'Othman 2/119).
Et rappelez-vous quand nous fimes du temple de la Mecque un lieu de visitation et un asile pour les hommes , quand ceux-ci tirèrent du maqam dAbraham , un lieu de prière!
Nous fimes pacte650 avec Abraham et Ismaël en leur disant:
-Purifiez651 mon temple652 pour ceux qui font la circumambulation , pour ceux qui font retraite pieuse , pour ceux qui sinclinent et se proternent.
La réinterprétation du culte de la Kaba selon le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 5/98).
Allah a institué la Kaba , temple sacré se dressant pour les hommes , le mois sacré , les victimes offertes en offrande , les guirlandes attachées aux victimes , tout cela pour que vous sachiez quAllah sait ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.
§ 188. Le divin couple de la Kaba: Hobal et Allah.
On ne sait pas si Hobal sidentifie avec le dieu , el ilah (Allah) résidant à la Kaba , sil est différent dès le départ , ou sil y a eu scission du fait de lagitation de Muhammad , qui prend parti pour Allah contre Hobal653 ou sil correspond au Rabb du sanctuaire654 . Les sources indiquent que son idole domine le sanctuaire de la Mecque. Hobal possède un caractère tribal plus affirmé , et il peut symboliser en réalité le regroupement entre les tribus des Quraysh et des Kinana à la Mecque.
Hobal et Allah.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 99).
Abdul Muttalib655 était en train de prier Allah. Ils apportèrent cent chameaux aurpès dAbdallah656 , alors quAbdul Muttalib se tenait contre Hobal , priant Allah.
La description de lidole dHobal.
(Ibn Kalbi, Livre des Idoles 23 c-e).
Les Quraysh avaient également des idoles à l'intérieur de la Kaba et autour d'elle. La plus importante à leurs yeux était celle de Hobal. C'était , à ce que j'ai appris , une statue à forme humaine de cornaline rouge. Sa main droite était déjà brisée à l'époque où les Quraysh la connurent. Ils remplacèrent la main brisée par une main en or.
Le premier qui érigea cette statue fut Huzayma ibn Mudrika ibn al Yas ibn Mudar. C'est pourquoi elle s'appelait le Hubal de Huzayma.
Lidole de Khuzayma.
(ibn Sad , Tabaqat I 68).
La première personne de la tribu de Mudar à sétablir à la Mecque a été Khuzayma ibn Mudrika , qui a fabriqué lidole dHobal et la placée là de telle façon quelle est appelée lidole de Khuzayma.
Larrivée dHobal selon la tradition musulmane.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 73-4).
Amir ibn Luhayy a apporté avec lui une idole appelée Hobal , depuis le pays de Hit en Mésopotamie. Hobal était une des idoles les plus importantes des Quraysh. Il la érigée dans le puits à lintérieur de la Kaba et a ordonné à la population de ladorer. Quelquun revenant dun voyage , devait lui rendre visite et tourner autour de la Maison avant daller voir sa famille , et il devait raser sa tête avant cela. (...)
Le nom du puits dans la Kaba était al Akhsaf.
Le dieu Hobal à la bataille dOhod.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 189-194).
Abu Sufyan résolut de prendre avec lui lidole dHobal , la plus grande de celles qui étaient placées dans le temple de la Mecque , afin que larmée arabe eut à combattre pour sa religion.
(...) Abu Sofyan fit placer le chameau qui portait lidole dHobal devant les rangs : puis il dit aux soldats: Si vous ne voulez pas combattre pour votre religion , au moins combattez pour venger le sang versé à Badr et pour les femmes.
(...)
Tous les musulmans chargèrent en même temps les Quraysh , qui , au premier choc , furent mis en fuite. Le chameau qui portait l'idole de Hobal fut jeté par terre , et l'idole renversée.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 74).
Hobal est lidole à qui Abu Sufyan avait dit au moment de (la bataille d) Ohod:
-Dresse-toi , Hobal , cest-à-dire manifeste ton pouvoir religieux , alors que le prophète disait:
- Dresse-toi , ô lUnique.
Le sort dHobal.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 282).
Le prophète ordonna douvrir la porte du temple et den enlever toutes les idoles , quil fit briser : la plus grande , celle dHobal , qui était de pierre , fut renversée et jetée à la porte du temple pour servir de seuil , afin que ceux qui entraient et sortaient la foulassent du pied.
Leffort monothéiste
La doctrine monothéiste de Muhammad suscite lironie des tenants de la religion traditionnelle.
(Corpus coranique d'Othman 38/4).
A t-il fait , des divinités , une divinité unique?
En vérité , cest là certes chose admirable!
§ 189. Allah , le seigneur de la Mecque.
Il n'est pas bien difficile de suivre le Coran pour trouver toutes les caractéristiques de la divinité adorée autrefois par les Mecquois657.
Allah dieu du ciel et de la Terre
(Corpus coranique d'Othman 13/17).658
Demande aux infidèles: qui est le seigneur des cieux et de la terre? Ils répondront:
-Cest Allah!
Allah créateur des éléments
(Corpus coranique d'Othman 29/61).
Certes , si tu demandes aux incrédules: qui a créé les cieux et la terre et a soumis le soleil et la lune? ils répondent: cest Allah! (...)
Allah dieu de la pluie.659
(Corpus coranique d'Othman 29/63).
Certes , si tu demandes aux incrédules: qui fait descendre du ciel une eau par laquelle il fait revivre la terre après sa mort?
Ils répondent: cest Allah!
Allah , créateur des hommes.
(Corpus coranique d'Othman 48/87).
Certes , si tu leur demandes: qui les a créés? ils répondent: Allah...
Allah père des djinns.
(Corpus coranique d'Othman 37/158).
Ils ont établi entre lui et les djinns une filiation.
Or les djinns savent quils seront certes réprouvés.
Allah dieu principal.
(Corpus coranique d'Othman 2/20).
Ne donnez pas de parèdres660 à Allah , alors que vous savez!
(Corpus coranique d'Othman 40/12).
C'est le prix de ce qu'ayant reçu l'appel d'Allah , l'unique , vous avez été incrédules alors que si des associés lui étaient donnés , vous croyiez en eux!
Allah dieu des éléments atmosphériques.
(Corpus coranique d'Othman 13/13-14).
Cest lui qui vous fait voir léclair , source de crainte et despérance , qui fait naitre les nuages lourdes.
Par crainte , le tonnerre glorifie sa louange ainsi que les anges.
Il lance les foudres et il en atteint ceux quil veut , tandis quils discutent sur lui , car il est redoutable en sa colère.
Allah , "le seigneur de la Maison".
Ce titre topique est sans doute le plus proche de la réalité cultuelle. On peut trouver la confirmation dans le thème général de ce court verset , et sa date très ancienne , certainement pré-islamique , issu de la tradition mecquoise.
(Corpus coranique d'Othman 106/3).
A cause de l'entente des Quraysh , de leur entente dans la caravane d'hiver et d'été?
Qu'ils adorent le seigneur de ce temple , qui les a munis contre la faim et à l'abri d'une crainte!
Les cultes domestiques.
(Ibn al Kalbi , Livre des Idoles 28).
Chaque famille mecquoise avait une idole dans sa maison à qui elle rendait un culte. Quand un membre de la famille était sur le point de partir en voyage , il allait , avant de quitter la maison , toucher lidole. A son retour , son premier geste , dans la maison , était daller encore toucher lidole.
§ 190. La foule des idoles des sanctuaires.
Il ny a pas quun dieu à la Mecque , ni un seul sanctuaire: ce sont de multiples lieux de culte qui se sont regroupés , se chevauchent , se concurrencent. Dans la géographie actuelle du sanctuaire musulman, les structures anciennes apparaissent au premier coup d'oeil.
(Bukhari , Sahih 43/658 et 49/583 ).661
Quand le prophète entra dans La Mecque le jour de la conquête , il y avait 360 idoles autour de la Kaba662.
(Ibn Sad , Tabaqat II/1 , 99).663
Le prophète envoya des missions de destruction des idoles disposées autour de la Kaba , et il les détruire. Parmi elles , il y avait al Uzza , Manat , Suwa , Buwana , Dhul Kaffayn.664
Trois dieux de la Kaba.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 54).
Les Quraysh ont une idole dans un puits au centre de la Kaba appelé Hobal : et ils ont adopté Isaf et Nayla à lendroit nommé Zamzam , sacrifiant auprès deux. Ils étaient un homme et une femme de Jurhum , coupables de relations sexuelles dans la Kaba , et Allah les a transformés en pierre.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 170).
Lapôtre dAllah entra dans la Mecque et le jour de la conquête , elle contenait 360 idoles quIblis665 avait renforcé de plomb.
(ibn Sad , Tabaqat II/1 ,99)666 .
Le prophète envoya des expéditions contre les idoles autour de la Kaba , pour les briser. Parmi celles-ci , al Uzza , Manat , Suwa , Buwana , Dhul Kaffayn.
(Abu Talib , Tabrir al Maqal)667 .
Voici lhistoire des Ghatafan (...): Ils vivaient ensemble avec les autre fils dIsmaël. Les idoles des Arabes , qui se trouvaient contre la Kaba étaient du nombre de 360 , chacune pour une tribu. Chaque tribu était composée de plusieurs subdivisions et chaque subdivision avait elle aussi une idole. Cela resta comme cela , pour un long moment , jusquà ce quils se mettent à se répandre partout.
Cris rituels des Quraysh.
(Ibn al Kalbi, Livre des Idoles 25 e).
Les Quraysh faisaient leurs rondes rituelles autour de la Kaba en criant:
Par Al Lat , et par al Uzza , et par Manah , la troisième et dernière dans l'ordre. Ce sont les sublimes déesses dont l'intercession est à souhaiter668. On disait qu'elles étaient les filles dAllah (...) et qu'elles intercédaient auprès de lui.
Mythologie dIsaf et Nayla.
(Ibn al Kalbi , Livre des Idoles 6 c).
Isaf et Nayla (...) vivaient au Yémen et s'aimaient avec passion. Au cours d'un pèlerinage , les deux jeunes gens entrèrent dans la Kaba et , profitant du sommeil des pèlerins et de la solitude qui régnait en ce lieu , dans le Temple même ils s'unirent. Tous deux furent pétrifiés sur-le-champ. Au lever du jour , on les trouva ainsi transformés en pierre. Les deux statues furent mises à leur place respective et , par la suite , adorées par les Khuzaa , les Quraysh et par les Arabes qui venaient en pèlerinage à la Kaba.
§ 191. La Kaba.
Le mot signifie cube669. Le bâtiment cultuel mesure 10 x 12 mètres et 15 mètres de haut670 , recouvert dun voile671. Lédifice actuel nest ni loriginal , ni même celui réparé par le charpentier chrétien Pakhomios672. Cest à l'origine un simple temple673 , de terre crue et de bois , aux assises de pierre674 , dun modèle antique que lon connait ailleurs en Arabie675. Ses angles676 correspondent , comme souvent dans le cas de bâtiments religieux , aux points cardinaux.
Lislam veut y voir le premier temple de lhumanité , un centre du monde , fréquenté par Adam , etc...677 Cest tou simplement la maison anthropomorphisée du dieu: Bayt Allah.
Il est en fait très mal connu tant par les musulmans que par les non-musulmans: les premiers dont la foi obscurcit la curiosité et les seconds effrayés par la foi des premiers. Lorigine du batiment et sa décorationsont un sujet particulièrement dérangeants pour tous. Certains ont considéré que les preuves étaient assez importantes pour conclure que lédifice avait été une église. Un voie moyenne consiste à le considérer comme un batiment syncrétique , assemblage de toutes les tradtions que les Quraysh ont ramasser au cours de leurs périples. Il est aussi probable que les sources , notamment Azraqi ont judaïsé et christianisé des idoles païennes: ainsi , Abraham jouant avec des flèches678 doit être un Hobal pratiquant la divinisation , et Marie , une déesse féminine...
Elle est déjà une mosquée , avant touttes les autres , parce quelle est , étymologiquement , le lieu de prosternation679.
1. Le temple.
Observons dabord le bâtiment lui-même680 . Même sil ne possède rien de spectaculaire , ni même de monumental. La littérature qui lui a été consacré est sans commune mesure avec son apparence véritable.
(Tabari , Tafsir 5/97).
Le terme Kaba désigne ici en fait lensemble de lenceinte sacrée quAllah a donc qualifiée de haram du fait quil a déclaré que certaines choses y étaient illicites. Quant à lédifice proprement dit , il a été appelé Kaba du fait quil a une forme cubique681.
Louverture de la Ka'ba.
(ibn Sad , Tabaqat I 167).
Jai remarqué que les Quraysh ouvraient la Ka'ba du temps de la jahiliyya , les lundis et jeudis. Les gardiens surveillaient les portes , et les gens essayaient de monter. Sils ne voulaient pas que certaines personnes entrent , ils les poussaient pour les faire tomber : parfois il y avait des blessés. On nentrait pas dans la Ka'ba avec ses chaussures et on laissait ses chaussures sous lescalier.
(Ibn Rusteh , Les Atours précieux 24).682
Selon Kab , Allah envoya à Adam un ange pour lui indiquer lemplacement et les limites du temple , et lui ordonna de le fonder: ce fut le premier édifice construit sur terre.
Ibn Abbas , Adam fut le premier qui fonda le temple et y pria.
Le puits de la Kaba.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 73).
Le nom du puits se trouvant à lintérieur de la Kaba est al Akhsaf : les Arabes ont coutume de lappeler al Akhshaf.
Description de la Kaba au XIIème siècle.683
(Al Harawi, Guide des lieux de pèlerinage 85).684
Là, la Ka'ba magnifiée. On dit qu'elle porte ce nom parce qu'Ibrâhim, en la construisant, lui avait donné neuf coudées de haut et, [comme dimensions], trente-deux coudées de l'angle Noir à l'angle nord, côté de la porte; trente et une coudées pour le côté ouest; vingt-deux coudées de l'angle de la Pierre Noire jusqu'à l'angle qui lui fait face en direction du sud; vingt coudées pour le côté nord situé à l'opposé du précédent; le périmètre total étant de cent cinq coudées . Elle demeura en cet état jusqu'à ce que les Quraysh l'aient détruite et rebâtie du vivant de l'envoyé dAllah, la diminuant, par rapport à ce qu'elle était auparavant, en laissant au dehors, dans le Hijr685 , six coudées et demie et en ajoutant neuf coudées à sa hauteur qui devint de dix-huit coudées. Elle fut construite en assises superposées de bois et de pierre de telle manière qu 'il y en eut quinze de bois et seize de pierre. (....)
La Kaba demeura en cet état jusqu'à l'époque dIbn az-Zubayr, où elle brûla et fut reconstruite par Ibn az-Zubayr qui y inclut le Hijr; elle devint alors si large et basse qu'on ajouta encore neuf coudées à sa hauteur qui fut de vingt-sept coudées en assises de pierre.
2. Le mythe musulman de la construction de la Kaba.
On imagine d'abord qu'Adam ui-même a érigé le sanctuaire. On ne peut trouver mieux. pour affirmer le domination du sanctuaire sur tous les autres.
L'autre mythe va à lencontre de celui qui fait dAdam le constructeur. Il est plus avantageux , par rapport aux Juifs , de modifier la tradition et de donner cette tâche prestigieuse à Abraham...686
(Ibn Sad , Tabaqat I 26).
(Adam) , à la fin , a fait halte à la Mecque. Partout où il sétait arrêté , lendroit devenu populeux et quand il partait , il redevenait sauvage et désolé. Alors la maison dAllah a été construite avec des matériaux venant des cinq montagnes , Sina687 , Zaytun688 , Lubnan689 et Judi690. Ses poutres étaient venues de Hira. Quand il a terminé le travail , lange la conduit à Arafat et lui a expliqué tous les rites que les gens font aujourdhui. Ensuite , il est revenu à la Mecque et a fait le tour rituel de la Ka'ba , pendant une semaine. Après ça , il est retourné en Inde et est mort sur la montagne de Nawdh.
(Zamakhshari , Tafsir 311).
Alors Allah a ordonné à Abraham de la bâtir , et Gabriel lui a montré lendroit. Il est dit quAllah a envoyé un nuage pour le couvrir et (Abraham) a du la construire dans son ombre sans excéder ou diminuer ses dimensions. (...)
On dit quAbu Qubays691 a apporté (la pierre) (...) Cétait un saphir blanc du Paradis , mais des femmes qui avaient leurs règles lont touché pendant la période dignorance , et elle est devenue noire.
On dit quAbraham bâtissait , alors quIsmaël lui apportait les pierres.
Nouvelle interprétation de la place de la Kaba par le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 14/39).
Seigneur! Jai692 établi pour une partie de ma descendance dans une vallée sans culture , auprès de ton temple rendu sacré!
(Ibn Kathir , Tafsir 3).
La Ka'ba a été construite par Ibrahim al Khalil , que juifs et chrétiens prétendent suivrent. Mais pourtant , ils ne font pas le pèlerinage693 à la maison quIbrahim a construite sur ordre dAllah , alors quil a exigé que les gens fassent le pèlerinage.
3. La réparation de la Kaba.
Surtout si lon le compare aux énormes temples sud-arabiques , la Kaba de la Mecque est vraiment un édifice de second ordre , sommaire et fragile. Les réparations y sont constantes.
Les récits veulent mettre en valeur la personne de Muhammad avant le révélation , en le faisant participer.
Le responsable de la reconstruction serait un chrétien , un copte , ce qui est déjà une donnée intéressante.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 108-9).
Quand vint le moment dabattre les ruines du vieux bâtiment , un certaine angoisse apparut , et elle ne fut dissipée que par un signe divin , un oiseau volant au dessus et attrapant un serpent qui avait protégé le sanctuaire et son trésor694 depuis 500 ans. Un des plus vieux Quraysh , qui avait dit quil navait rien à perdre , commença ce travail , mais les autres se tenaient en arrière , jusquau moment où ils virent que rien ne survenait de mal. Du moins , pas avant datteindre les fondations de lépoque dAbraham. Quand ils essayèrent de les déplacer , un éclair surgit et un séisme secoua la Mecque. Ils les laissèrent alors dans létat. Chacun des quatre clans des Quraysh aménagea son propre côté. Cest à cette occasion que lentrée , auparavant au niveau du sol , fut surélevée. Quand vint le moment de déplacer la pierre , ils sexclamèrent Amen695 , et le sérieux Muhammad sen chargea. Il utilisa son manteau , comme le décrit Ibn Ishaq.696
Baqum697 construisit alors le toit et intégra à lintérieur des images des prophètes , dont Abraham et Marie et lenfant Jésus. La Gazelle dOr et les trésors qui avaient été rassemblés dans la maison dAbu Talha pendant la réparation , et les idoles , conservées à Zamzam , furent ramenées à leurs emplacements habituels dans la Kaba.
La réparation de la Ka'ba.
(ibn Sad , Tabaqat I 164-5).
La coulée est entrée par un ravin au dessus de la Mecque et elle a submergée la Ka'ba , qui a craqué et ils ont craint quelle ne seffondre et que les ornements dorés , les gazelles698 , pourvus de perles et de joyaux , ne soient disséminés dans le sol et volés. A cette époque est apparue sur la mer un navire de Romains sous la commandement de Baqum , qui était aussi maçon. Le vent souffla sur le navire vers al Shuayba , qui est le port avant Jeddah. Là , le navire séchoua. Al Wald ibn al Mughira , avec quelques Quraysh , vint auprès du navire , et acheta des poutres de bois. Ils parlèrent à Baqum le Romain , puis se dirent:
-Et si nous reconstruisons la maison de notre Seigneur?
Alors ils demandèrent que des pierres soient rassemblées et ils les taillèrent. Lapôtre d'Allah porta des pierres avec les autres. Il avait 35 ans.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 114).
Les Quraysh dirent à Pakhômios:
-Construis-nous la en construction de Syrie699 .
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 60 et 63-64).
Le temple de la Kaba n'avait pas été touché depuis le temps d'Abraham. La cause pour laquelle on le démolit fut la suivante : Abraham et Ismaël l'ayant construit entre deux collines , sur le sol plat , chaque fois que la pluie formait un torrent , l'eau entrait dans le temple. Depuis de longues années on avait l'intention de le démolir , pour exhausser le sol , afin d'empêcher l'eau de pénétrer dans l'édifice : mais personne nosa y porter la main. (...)
La maçonnerie du temple fut terminée , mais il restait à faire la toiture , et , à cette époque , il n'y avait à la Mecque ni bois , ni charpentier. Or un vaisseau marchand contenant du bois ayant abordé à Jeddah , les Mecquois achetèrent ce bois et chargèrent de la construction un charpentier copte , fixé à la Mecque.
Suivant une autre tradition , rapportée par Muhammad ibn Jarir d'après les récits du livre Mubteda , le Négus , le roi d'Abyssinie700 , désirait faire construire , à Antioche en Syrie , une église qui porterait son nom. A cet effet , ayant envoyé une personne pour évaluer les dépenses nécessaires et le bois qu'il faudrait , il rassembla tout le bois de petite et de grande dimension , coupé et préparé pour être mis en uvre , le fit charger sur un grand vaisseau , y fit ajouter un surplus de bois , et fit monter sur le vaisseau d'habiles charpentiers et un inspecteur , avec l'argent nécessaire aux dépenses. Il les fit donc partir pour la Syrie , afin d'y construire l'église. Il y avait en Syrie quantité de bois , mais le roi dAbyssinie voulait y employer son propre bois , suivant un de ces caprices habituels aux rois. Ce vaisseau , passant près de Jeddah , échoua : le bois surnagea , les gens du vaisseau s'y placèrent , et le vent les porta à Jeddah , où ils abordèrent. Ils recueillirent et portèrent à terre tout le bois qui flottait à la surface de la mer. Ensuite l'inspecteur et les autres délibérèrent sur ce qu'ils devaient faire. Les uns disaient:
-Nous sommes charpentiers , nous avons ici assez de bois pour construire un autre vaisseau et pour porter le reste en Syrie.
Les autres disaient :
-Cette petite quantité ne serait pas digne du roi : nous allons louer un autre vaisseau , par lequel nous nous ferons transporter.
L'inspecteur dit:
-Je n'ose rien faire sans demander l'autorisation du roi : je vais lui écrire : nous attendrons ici ses ordres.
Lorsque les habitants de la Mecque eurent connaissance de cet événement , Abu Talib et les anciens de la ville se rendirent à Jeddah , et demandèrent à l'inspecteur de lui acheter ce bois au prix qu'il voudrait. Ils lui dirent:
-Vends-nous ce bois , et prête-nous ces charpentiers pour un salaire que tu fixeras : car nous sommes en train de reconstruire le temple de la Kaba , ce temple qui a été élevé à Allah par Abraham.
L'inspecteur répondit:
-Attendez que je demande les ordres du roi. Il loua un vaisseau , envoya un messager avec une lettre au Négus lui raconta ce qui lui était arrivé , la perte du vaisseau , et lui demanda s'il devait revenir ou aller en Syrie.
A la fin de la lettre , il mentionna la proposition des habitants de la Mecque.
Le Négus écrivit à l'inspecteur701 :
-Je donne tout ce bois au temple de la Kaba. Rends-toi à la Mecque avec les charpentiers , fais construire ce temple , et emploie l'argent que tu as avec toi aux dépenses de la construction. L'inspecteur fit ainsi : ensuite il s'en retourna702.
La couverture de la Kaba.703
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 15).
Il704 tourna autour de la Kaba , sacrifia , rasa sa tête , resta pendant six jours , à sacrifier des animaux quil distribuait aux peuples , et à leur donner du miel à boire. Il lui fut révélé dans un rêve quil devait couvrir le temple , alors il le fit avec des branches de palmier : une vision suivante lui montra quil ferait mieux de le couvrir dun tissu du Yémen. Un troisième rêve le poussa à le couvrir dun tissu rayé et précieux du Yémen. On dit que Tubba est le premier à avoir couvert ainsi le temple.
4. La décoration de la Kaba.
La décoration extérieure est bien connue: un drap705 , qui rappelle la tente du bédouin. Lintérieur offre plus de surprises. Il a été largement décrit , mais -cest presque surprenant- aucun écho de ces descriptions nest arrivé jusquà la littérature contemporaine.
Le temple a été décoré selon les considératons syncrétiques des Mecquois , et de ce quils ont ramené comme influences culturelles , de leurs périples. On ne sera donc pas étonné dy découvrir des fresques chrétiennes , des objects rappelant le culte chrétien , et des idoles. Lhistorien est encore tributaire des sources originales , et on ne saura sans doute jamais avec certitude en quoi consistait le mobilier et la décoration de lédifice. Mais les indices présents sont déjà un bon point de départ à lanalyse. Il ne reste plus aux chercheurs quà oser la faire... pour enfin vérifier ce qu'il y a de véridique dans la Tradition musulmane
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 107).706
Les Quraysh avaient mis dans la Kaba des images dont deux de Jésus fils de Marie et une de Marie. Lapôtre dAllah a ordonné que les images soient effacées sauf celles de Jésus et Marie707.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 110).
... des images des prophètes et des images darbres et danges. Parmi celles-ci , il y a avait une image dIbrahim708 comme un vieillard , tirant au sort avec des flèches , une image de Jésus fils de Marie , et de sa mère , et un image des anges.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 113).
Une femme ghassanide , qui faisait le hajj parmi les pèlerins arabes a dit en voyant limage de Marie dans la Kaba:
-Par mon père et ma mère , tu es donc bien arabe!
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 111).
Il y avait une image dAbraham comme un vieil homme pratiquant la divination par la manipulation des flèches , un image de Jésus fils de Marie et de sa mère , et une image des anges. Le jour de la conquête , le prophète entra dans la maison et il envoya al Fadl ibn al Abbas chercher de leau de Zamzam. Alors il ordonna que toutes soient effacées et ce fut fait. Et il regarda limage dAbraham et dit:
-QuAllah les détruise! Ils lont représenté en train de manipuler des flèches divinatoires. Quest ce quAbraham peut avoir à faire avec des flèches divinatoires?
Ata ibn Abi Rabah dit quil a vu dans la Kaba une statue peinte de Marie avec un Jésus peint aussi , assis sur ses genoux.
La maison contenait six colonnes709... et la représentation de Jésus était sur celle près de la porte. Tout ceci fut détruit par le feu du temps dibn al Jubayr710. Ata dit quil nest pas sur que cétait ainsi du temps du prophète , mais il pense que cétait ainsi711.
(Bukhari , Sahih 60/8 , 3-4).
Le prophète entra dans le temple. Il y trouva leffigie dAbraham et celle de Marie712 .
-Nont-ils pas entendu dire que les anges nentrent point dans un temple où il y a des statues , sécria le prophète.
Cet Abraham est une statue , comment pourrait-il augurer?
Daprès ibn Abbas , quand le prophète vit les statues dans le temple , il ny entra pas avant quon eut exécuté lordre quil avait donné de les enlever. En voyant la statue dAbraham713 et celle dIsmaël714 , ayant entre les mains les flèches augurales , il sécria:
-Allah les maudisse! Par Allah , ces deux statues nont jamais rien décidé par les flèches augurales.
Un objet dans la Kaba.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 340).715
Il y vit une colombe en osier716 , quil cassa de sa main717 .
Fresques de la Kaba.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 341).
Il y vit des représentations murales danges et dautres personnages. Il y vit une image du prophète Ibrahim718 en train de tirer au sort avec des fléches.
(Masudi , Prairies dOr 1454).719
Les Quraysh démolirent alors l'édifice , dont les murs étaient couverts d'un grand nombre d'admirables figures peintes , notamment l'image d'Abraham , l'Ami du Miséricordieux , tenant à la main les flèches divinatoires720 : en face d'Abraham , l'image d'Ismaïl son fils , à cheval et faisant passer721 la foule des pèlerins qui se rendaient à Arafat : plus loin , le grand-juge 722 debout rendait la justice au milieu de la foule qui l'environnait. Après ce tableau , de nombreuses autres figures , une soixantaine environ , représentaient des descendants de ces personnages jusqu'à Qusayy ibn Kilab et d'autres. A côté de chaque personnage , on voyait le dieu qu'il adorait , les rites de son culte et ses faits les plus notables.
Lintérieur de la Kaba.
(Al Harawi, Guide des lieux de pèlerinage 85).723
Six colonnes se dressaient à l'intérieur. Dedans se trouvaient des représentations des anges, des prophètes et de l'arbre, l'image d'Ibràhim avec les flèches de divination dans sa main, l'image de Isà ibn Maryam et de sa mère -seule image que l'envoyé dAllah épargna lorsque, l'année de la Victoire, il fit disparaître toutes ces représentations figurées -; les cornes du bélier qu'immola Ibràhim y étaient également accrochées.
Lintérieur de la Kaba au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 178).
Lintérieur de la Kaba consiste en une seule pièce , dont le toit est soutenu par deux colonnes , et qui na pas dautre lumière que celle reçue par la porte. Le plafond , la partie supérieure des colonnes et les murs de côté , jusquà 5 pieds au dessus du sol , sont couverts dun épais tissu de soie rouge , richement décoré de fleurs et dinscriptions en grands caractères argentés : la partie basse de chaque colonne est couverte de bois daloès sculpté , et la partie des murs sous le tissu de soie est couvert d un beau marbre blanc , orné dinscriptions en relief , et délégantes arabesques: le tout , fruit dun délicieux
artisanat. Le sol , qui est au niveau de la porte , et donc à 7 pieds au dessus de celui de la place , est composé de marbres de couleurs différentes. Entre les piliers , de nombreuses lampes sont allumées , offrandes des croyants , qui semblent être dor massif : elles nont pas souffert des wahhabites. Dans langle nord-ouest de la chambre se trouve une petite porte , qui conduit au toit plat de lédifice. Je nai pas observé autre chose qui soit digne dintérêt : mais la pièce est si sombre quil y a besoin dun certain temps pour repérer quelque chose.
5. Les destructions de la Kaba.
Les chroniques rapportent les innombrables incidents qui ont frappé le bâtiment au cours de lHistoire , avant et après Muhammad. Les mentionner ramène la Kaba à sa juste proportion.
La Kaba actuelle na sans doute plus rien de loriginal , après 20 siècles de modifications. Ce n'est qu'une illusion de plus que de croire, comme le font des millions de pèlerins, qu'il s'agit bel et bien du monument touché par Muhammad et les siens. Il est aussi probable que la fameuse pierre noire ne soit, après bien des vicissitudes, plus que l'ombre d'elle-même.
Confidence de Muhammad sur la Kaba
( Bukhari , Sahih 25/ 42 , 5).
Aïsha rapporte que le prophète lui a dit:
-ô Aïsha , si tes concitoyens nétaient pas si rapprochés de lépoque du paganisme , jaurais donné lordre de démolir le temple , jy aurais fait entrer tout ce qui est en dehors et je laurai mis au niveau du sol. jy aurais mis deux portes: une à lest , lautre à louest. Enfin , jaurais exactement suivi les fondations dAbraham.
(Bukhari , Sahih 3/128).
-Aïsha avait l'habitude de me dire en confidence plusieurs choses.
-Que t'as t-elle dit à propos de la Ka'ba?
J'ai répondu:
-Elle m'a dit ce que le prophète lui a dit:
-Ô Aïsha! Si ton peuple n'avait été aussi proche de la période de jahiliya , j'aurai démantelé la Kaba , j'aurai fait percer deux portes dedans , une pour l'entrée , une pour la sortie.
(Masudi , Prairies dOr 1929-30).
Après avoir , comme nous l'avons dit , tué , pillé et réduit en esclavage et en captivité les Médinois , à la suite de toutes sortes d'excès dont nous détournerons les yeux , Musrif724 sortit de Médine à la tête de l'armée syrienne et , par l'ordre de Yazid , marcha contre La Mecque , afin de tomber sur Ibn az Zubayr et le peuple de cette ville : cela se passait en 64725.
Mais Musrif mourut en route dans une localité nommée Qudayd et laissa le commandement à al Husayn ibn Numayr. Ce dernier continua sa marche , parvint devant La Mecque le 26 muharram 64 / 24 septembre 64 , et bloqua la ville en l'entourant de toutes parts. Ibn az Zubayr se réfugia alors auprès de la Maison Sacrée et se donna le surnom de Aydh bil Bayt , surnom qui lui resta , au point que plusieurs poètes l'employèrent : on le trouve notamment dans ce vers , déjà cité , de Sulayman ibn Qatta :
Si vous le suivez , lui , ce réfugié de la Maison Sacrée ,
comme les Ad vous perdrez de vue la voie du salut , et vous serez égarés.
Al Husayn à la tête de l'armée syrienne , fit placer des mangonneaux et des balistes sur les montagnes et les cols en les dirigeant contre La Mecque et la mosquée. Dans cette mosquée , se tenait Ibn az Zubayr ayant auprès de lui al Mukhtar ibn Abi Ubayd at Thaqafi: ce dernier était entré dans son parti , s'était joint à ses partisans et l'avait reconnu comme imam , à de certaines conditions moyennant lesquelles il lui avait juré obéissance et fidélité. Cependant les machines de guerre faisaient pleuvoir une grêle de pierres sur la Kaba : et avec les pierres , du feu , du naphte , des étoupes enflammées et d'autres matières combustibles. La Kaba s'écroula et l'incendie dévora l'édifice : mais la foudre tomba sur les servants des mangonneaux et en tua onze , ou , dit-on , un plus grand nombre. Cela se passait le samedi 3 rabi I 65 de la même année , onze jours avant la mort de Yazid. Ibn az Zubayr et la population de La Mecque souffrirent toutes les horreurs d'un siège rigoureux : les pierres , le feu et le sabre firent parmi eux des ravages continuels : comme la dit le poète Abu Wajza al Madani:
Linfâme entreprise que celle dibn Numayr:
Brûler le Maqam et loratoire.
(Ibn Khaldun , Muqaddima IV 6).726
La Kaba resta dans cet état jusqu'à l'époque où Ibn Zubayr se retrancha à La Mecque et se proclama calife. Les armées de Yazid Ibn Moawiya , dirigées par al Husayn Ibn Numayr Sakuni , marchèrent contre lui en l'an 64727. Le temple fut ravagé par un incendie provoqué , dit-on , par le feu grégeois lancé contre Ibn Zubayr , et les murs se fendirent. Ibn Zubayr fit démolir l'édifice rebatit en mieux. Aux objections des compagnons du prophète , il répondit en citant ces paroles de l'envoyé d'Allah adressées à Aysha:
-Si ton peuple n'était pas près encore de l'incroyance , je rétablirais la Ka'ba sur assises posées par Abraham et y ouvrirais deux portes l'une à l'est , l'autre à l'ouest.
Là-dessus , Ibn az Zubayr fit démolir l'édifice et découvrit les assises posées Abraham. Il rassembla les grands notables pour qu'ils le voient de leurs yeux. Ibn Abbas lui recommanda de server la qibla. A cet effet , il fit entourer les assises de planches de bois et les recouvrit de voiles. Il fit venir Sanaa du plâtre et de la chaux et s'informa sur la carrière d'où avaient été tirées les premières pierres. C'est là s'approvisionna. Ensuite , on commença la construction les fondations d'Abraham. Il éleva des murs de vingt-spet coudées et fit ouvrir deux portes au niveau du sol , conformmément aux paroles du prophète déjà citées. Il fit recouvrir le sol et le bas des murs de marbre , fit fabriquer des clés d'or et recouvrit les portes de plaques d'or.
Sous le règne dAbd al Malik , al Hajjaj728 vint assiéger Ibn Zubayr. Il bombarda la mosquée avec des catapultes , causant des fissures dans les murs...
La Ka'ba en 1833.
(M. Tamisier , Voyage en Arabie , Paris , 1840 , p. 187-191).
La Ka'ba proprement dite , si respectée des musulmans , est un petit édirice à base rectangulaire : sa longueur est de 56 pieds et sa largeur de 48 , sur une hauteur d'environ 80.
La porte par laquelle on pénètre dans l'intérieur est en argent massif : elle est située du côté du sud et à huit pieds au-dessus du sol. Au lieu d'y monter par un escalier fixe , on se sert d'une échelle portative , qui est enlevée à la fin , de chaque cérémonie religieuse.
Cette porte s'ouvre onze fois par an:
Dans le mois de ramadan , deux fois :
En zel iadé , une fois :
En zel hajji , deux fois :
En sefer , une fois :
En rabi-el-aouel , deux fois :
En chaban , deux fois :
En regeb , une fois :
Enfin dans le mois de rabi el aklier , on l'ouvre pour la nettoyer et la purifier par de nombreuses aspersions.
En outre , lorsque quelque grand personnage vient à la Mekke , et qu'il n'est pas dans l'intention d'y séjourner jusqu'à l'époque de la cérémonie , il peut obtenir du gardien729 qui est en possession de la clef la permission d'y entrer moyennant une forte redevance.
Chaque fois quc le public y est introduit , elle reste ouverte pendant deux jours: le premier est consacré à la visite des hommes , et le second à celle des femmes. Toute personne qui y entre fait cinq prières , une à chaque angle de l'édifice , et la cinquième près de la porte. Elle en sort ensuite pour céder sa place à la foule nombreuse qui attend avec impatience le bonheur de l'imiter. Le soir , on met sur le seuil des candélabres allumés , et les bonnes femmes dévotes viennent v attacher des petits cierges de quelques paras.
L'intérieur de la Ka'ba est tapissé en mosaïques arabes de différentes couleurs. A la hauteur d'un par milliers sur toutes les montagnes voisines de la Mekke. Un iman a prétendu quautrefois , au milieu de cette pierre , était un trou qui correspondait directement à l'oreille de Dieu.
Tout mortel qui faisait sa prière près de ce trou était sûr d'être exaucé. Plus tard , lorsque les Arabes s'adonnèrent à l'idolâtrie , Dieu ferma le trou , et ne l'a plus rouvert depuis. Il n'existe pas de pierre au monde qui ait été autant adulée , autant caressée. Chaque fois qu'un musulman fait le tour dela maison sacrée , il y dépose un baiser , et quand , à cause de la trop grande afruence du peuple , il ne peut y parvenir , du moins est-il heureux de pouvoir la toucher avec la main.
Tout autour de la Ka'ba régne une galerie circulaire de pilastres en bronze , espèce de candélabres qui supportent chacun sept cierges qu'on allume religieusement tous les soirs. En dehors , et non loin de ces pilastres , s'élève une chaire en marbre blanc. on y monte par un petit escalier orné d'une rampe formée par de petites colonnettes sculptées avec goût.
Tous les vendredis , le grand iman de la mosquée monte sur cette chaire pour expliquer et commenter le Coran au peuple dévôtement assemblé autour de lui.
La Kaba au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 134-7).
La Kaba se dresse dans une place oblongue , de 250 pas de long , et 200 de large , dont aucun bord ne suit une ligne droite , même si elle apparaît à première vue comme de forme régulière. La place ouverte est fermée du côté oriental par une colonnade: les piliers sont disposés sur quatre rangs: ils le sont sur trois rangs sur les autres côtés , et se rejoignent chacun par des voûtes en arc brisé , et quatre par quatre , forment un petit dôme , plâtré et blanchi à lextérieur. Les dômes (...) sont au nombre de 122. Le long de la colonnade , sur les quatre côtés , des lampadaires sont suspendus aux arches. Certains sont allumés chaque nuit , et ils le sont tous au moment du ramadan.Certains sont en marbre blanc , en granite , porphyre , mais la plupart sont faits de la pierre commune de la région mecquoise.
(...)
Ce temple a été si souvent ruiné et réparé quaucune trace dune lointaine
antiquité ne peut être repérée. A lintérieur du grand mur qui entoure les colonnades , une seule inscription est visible , en grands caractères , qui contient simplement les noms de Muhammad et de ses successeurs immédiats: Abu Bakr , Omar , Othman , Ali. Le nom dAllah , en grands caractères se trouve aussi à plusieurs endroits.
(...)
Vers le milieu de la zone se dresse la Kaba : elle est à 115 pas de la colonnade nord , 88 du sud. De cet irrespect de la symétrie , que lon constate , on peut conclure que la Kaba existait avant la construction de la mosquée , qui a été érigée autour , et agrandie à différentes époques.
La Kaba est une structure oblongue , massive , de 18 pas de long , et 14 de large , de 35 à 40 pas de hauteur. Jai étudié lorientation dun de ses grands côtés que jai estimée être NNW 1/2 W. Elle est construite dans la pierre grise de la Mecque ,et gros blocs de taille différente , joints entre eux de façon grossière , avec du mauvais ciment. Elle a été entièrement reconstruite comme elle est en 1627: le torrent , lannée davant , lavait abattue sur trois de ses côtés : et comme préalable aux travaux , le quatrière côté a été démoli , après que les ulémas , ou devins savants , aient été consultés sur la question de savoir si de simples mortels avaient la permission de démolir une partie du saint édifice sans encourir les accusations de sacrilège et dinfidélité.
La Kaba se dresse sur une base de 2 pieds de haut , qui présente une surface inclinée : zon toit étant plat , à distance , elle apparait comme un cube parfait. La seule porte qui permet dentrer et qui est ouverte deux ou trois fois par an , est sur le côté nord , et à 7 pieds au dessus du sol. Pour entrer , des marches en bois sont utilisées , dont je parlerai ailleurs. Dans les premières périodes de lislam , cependant , quand elle a été reconstruite en 64 AH par Ibn Zubayr , chef de la Mecque , le neveu dAïsha , elle avait deux portes en contact avec le sol de la mosquée. La porte actuelle , (qui , selon Azraki , a été apportée depuis Constantinople en 1633) est entièrement couverte dargent , et de plusieurs ornements. Sur son seuil , on place chaque nuit de nombreuses bougies , et encensoirs , remplis de musc , daloès etc...
§ 192. La pierre noire.
Cette météorite (?)730 noire a été scellée dans langle oriental de la Kaba731 . Ce vestige du culte des bétyles se rapproche fortement des pratiques païennes et magiques , dont le comble de labomination , lidolâtrie. Elle ne se justifie aucunement par la doctrine musulmane , mais elle subsiste comme un reliquat plus ou moins bien supporté des pratiques anciennes , suivies par Muhammad lui-même. Peut-être encore ce personnage qui est le clé de cet attachement à lobjet: il l'a embrassée, touchée, s'est frotté732 contre elle .
Comment expliquer cette survivance si évidente du paganisme, qui fait de nos jours l'objet d'un très discret consensus? Une explication semble plus probable que les autres: son acceptation par Muhammad et ses disciples serait le résultat d'un compromis entre eux et les Mecquois lors du retour à la Mecque de 630, dont on devine qu'il a été rendu possible par des négociations.733
Il y a peu de chances que la pierre actuelle soit loriginale734.
Il existe une autre pierre sacrée , plus discrète , un ancien bétyle , sur langle sud , la Pierre de la Fortune735.
1. La pierre noire dEmèse.
Un fameux précédent: le bétyle syrien dEmèse , ramené en grande pompe à Rome par lempereur arabe Héliogabale.736
(Hérodien , Histoire des empereurs V 6).737
Tous deux738 deux étaient consacrés au dieu : tel est le dieu que vénère la population locale et qui s'appelle en phénicien Elaigabal739 . On avait construit en son honneur un très grand temple orné d'une grande quantité d'or et d'argent et d'un très grand luxe de pierres précieuses. Ce dieu ne reçoit pas seulement un culte des gens du pays. tous les satrapes et les rois barbares du voisinage rivalisent entre eux pour lui adresser , chaque année , de magnifiques offrandes. Quant à sa statue cultuelle , elle n'est pas , comme chez les Grecs ou les Romains , sculptée de main d'homme et ne vise pas à représenter la divinité. C'est une très grande pierre , circulaire en bas et pointue à l'extrémité supérieure , de forme conique et de couleur noire. Les gens du pays en parlent solennellement comme d'une statue tombée du ciel , ils en montrent certaines petites proéminences ou incisions , et veulent qu'on voie en elle l'image inachevée du soleil parce qu'ils la regardent effectivement ainsi. C'est donc à ce dieu que Bassianus était consacré le culte lui en avait été confié parce quil était l'ainé.
(Hérodien , Histoire des Empereurs V 6).
Il plaça le dieu dans un char incrusté de pierres précieuses et l'emmena de la ville vers la banlieue. Il dirigeait ce char tiré par six chevaux , des chevaux blancs et sans tache , parés de brides richement ornées d'or. Il en tenait les rênes. En outre , aucun mortel navait pris place dans le char: on l'entourait comme si le dieu lui-même faisait office d'aurige. Antonin740 , qui courait devant le char , regardait en arrière , les yeux fixés sur le dieu , et avait en mains les rênes des chevaux. Il fit tout le chemin en marchant à reculons , contemplant la face de son dieu741 . Pour lui éviter de buter ou de glisser , puisqu'il ne voyait pas où il allait , on avait répandu en abondance de la terre dorée , et les gardes du corps le soutenaient de chaque côté pour assurer sa sécurité pendant le trajet. De part et d'autre le peuple courait en portant des torches de toutes sortes et en jetant des couronnes et des fleurs. Les images de tous les dieux , les offrandes somptueuses et précieuses , tous les insignes et tous les splendides trésors qui sont l'apanage des empereurs , la cavalerie et tout le reste de l'armée formaient l'escorte du dieu. Après l'avoir ainsi transporté et après l'avoir installé dans le temple , il accomplit des sacrifices et les fêtes.
2. Lorigine de la pierre noire.
Les légendes abondent pour expliquer le satut de la pierre , sa couleur , son emplacement etc... Elles tentent de justifier un élément totalement contradictoire avec le reste de la doctrine musulmane.
(Tabari , Tafsir I 460)
Allah a créé la pierre en dessous du pied dAbraham , avec quelque chose ressemblant à de largile , de telle façon que son pied senfonce dedans. Ce fut un miracle. (...) Trois pierres sont descendus du Jardin (du Paradis): la pierre dAbraham , le rocher des Fils dIsraël , et la Pierre Noire , quAllah a confiée à Abraham comme une pierre blanche. Elle était blanche comme le papier , mais elle devint noire à cause des péchés des fils dAdam.
(Ibn Sad , Tabaqat I 22).
Quand Adam a fait le pèlerinage742 , il a mis la pierre noire dans les montagnes dAbu Qays. Elle émettait de la lumière dans les nuits noires comme une lune brillante et a illuminé la Mecque. Seulement quatre ans avant lislam , quand des femmes en menstrues743 et des personnes sales lont touchées , elle est devenue noire et les Qurasyh lont redescendue de la montagne.
La pierre touchée.
(Azraqi , Chroniques de la Mecque I 227.)
Sans les mains des gens de la jahiliyya , qui lont touchée744 , elle guérirait laveugle de naissance et le lépreux.
(at Tirmidhi, Hadith 961).
La pierre noire745 reviendra le jour de la résurrection et elle témoignera en faveur de ceux qui lauront touchée de façon sincère. Lenvoyé d'Allah a dit à propos de la pierre:
-Par Allah, Allah lapportera le jour de la résurrection, et elle aura deux yeux avec lesquels elle verra et une langue avec laquelle elle parlera, et elle témoignera en faveur de ceux qui lauront touchée de façon sincère.
(at Tirmidhi , Hadith 2577).
Lenvoyé d'Allah a dit:
-Hajar al aswad est descendue du paradis plus blanche que le lait, mais les péchés des descendants dAllah lont rendue noire.
3. Les rituels.
Le fait de toucher , embrasser , caresser la pierre au cours des rondes est parfaitement attesté , et par le comportement de Muhammad lui-même , ceuqi fait que même si théologiquement , le rituel de la pierre pose problème , par voie de mimétisme inconditionnel , des centaines de millions de personnes lont touchée , ou veulent le faire746 .
(Malik , Muwatta 20/32/108).747
J'ai vu le messager d'Allah marchant vite depuis la pierre noire jusqu'à l'atteindre à nouveau , et trois fois de suite.
(Dawud , Hadith 10/1893).
J'ai vu le prophète et se compagnons sortir de la Ka'ba et embrasser la Kaba depuis son entrée. Ils plaçaient leurs joues sur la maison alors que l'apôtre d'Allah était parmi eux.
(Dawud , Hadith 10/1894).
Il est allé plus loin748 , et il touché la pierre noire , il s'est mis entre le coin de la pierre et l'entrée de la Ka'ba. Il a placé sa poitrine , son visage , ses mains , ses paumes de cette façon , et il les a écartées , et puis il a dit:
-J'ai vu l'apôtre d'Allah faire ainsi.
(Bukhari , Sahih 2).
57. Aslam rapporte que 'Omar ibn al Khattâb a dit à la pierre noire :
-"Par Allah ! ne sais-je pas bien que tu n'es qu'une pierre, ne pouvant ni nuire, ni être utile. Si je n'avais vu l'envoyé de Allah te toucher, je ne t'aurais jamais touchée."
Omar toucha la pierre, puis il dit :
-"Qu'avons-nous à faire maintenant de l'allure précipitée ? Nous voulions seulement faire une démonstration devant les polythéistes que Allah a anéantis."
Il ajouta toutefois :
-"Une chose que l'envoyé a pratiquée, nous ne voulons cesser de la faire."
58. Du fait de toucher la pierre noire avec un bâton recourbé (Il s'agit du bâton recourbé dont on se sert pour guider le chameau quand on est monté sur l'animal.).
Ibn 'Abbâs a dit : "Durant le pèlerinage d'adieu, le prophète fit la tournée processionnelle sur son chameau et il toucha la pierre noire avec un bâton recourbée."
60. Du fait d'embrasser la pierre (noire).
Aslam a dit : "J'ai vu 'Omar ibn El Khattâb embrasser la pierre noire en disant : "Si je n'avais vu l'envoyé de Allah t'embrasser, je ne t'embrasserais pas."
..."J'ai vu l'envoyé de Allah la toucher et l'embrasser.
- Et, ajouta l'homme, penses-tu qu'il faille le faire quand on est bousculé ou entraîné ?
-Va exprimer ce doute dans le Yémen, répliqua Ibn Omar ; moi j'ai vu l'envoyé de Allah toucher la pierre et l'embrasser."
61. De celui qui, arrivé près de la pierre noire, fait le geste d'y toucher.
Ibn 'Abbâs a dit : "Le prophète fit la tournée processionnelle monté sur un chameau ; chaque fois qu'il passait devant la pierre noire, il faisait le geste d'y toucher."
62. Du Tekbîr auprès de la pierre noire.
Ibn-'Abbâs a dit : "Le prophète fit la tournée processionnelle du temple, monté sur un chameau ; chaque fois qu'il passait devant la pierre noire, il faisait le geste d'y toucher avec ce qu'il tenait à la main et disait le tekbîr."nti
(at Tirmidhi, Hadith 959).
Parmi les vertus de la pierre noire, il y a celle selon laquelle celui qui la touche, ses péchés (mineurs) sont pardonnés; ibn Omar a dit:
-Jai entendu lenvoyé d'Allah dire Touchez les tous les deux749 , cest une expiation des péchés.
4. Laccusation didolâtrie.
Très vite , chez les musulmans ou les chréitens , la suspicion didolâtrie est née , à propos de c eculte étrange envers un bétyle. Mais larchétype du comportement mohammédien a suffi à dépasser les inquiétudes ou les scrupules. La réflexion personnelle na guère besoin de plus pour abdiquer.
Les scrupules dOmar.750
(Malik , Muwatta 20/32/116)
Omar a dit sur le coin de la pierre noire , alors qu'il faisait le tawaf751 de la maison:
-Tu es seulement une pierre et si je n'avais pas vu de mes yeux le messager d'Allah t'embrasser , je ne le ferai pas.
Ensuite , il l'embrassait.
La pierre noire vue par un chrétien.
(Jean de Damas , Sur les Hérésies 100 , 5).752
Ils nous accusent aussi d'idolâtrie parce que nous nous prosternons devant la croix qu'ils ont en horreur. Nous leur disons alors :
-Pourquoi donc vous frottez-vous à cette pierre dans votre Ka'ba , et aimez-vous la pierre au point de l'embrasser?
Certains d'entre eux disent que c'est sur elle qu'Abraham s'est uni à Agar , d'autres qu'il y a attaché la chamelle au moment de sacrifier Isaac. Nous leur répondons :
-Il y avait là , selon l'Écriture , une montagne buissonneuse et des arbres : Abraham en coupa pour l'holocauste753 et en chargea Isaac , et il laissa les anes en arrière avec les serviteurs'. Pourquoi alors ces stupidités? A cet endroit , en effet , il n'y a pas de bois provenant d'une forêt , et les anes n'y passent pas. Ils éprouvent alors de la honte : ils disent cependant que c'est la pierre d'Abraham.
Ensuite nous disons :
-Qu'elle soit d'Abraham , comme vous l'affirmez stupidement! Vous n'avez pas honte de l'embrasser uniquement parce qu'Abraham s'est uni sur elle à une femme , ou parce qu'il y a attaché la chamelle , mais vous nous blamez parce que nous nous prosternons devant la croix du Christ qui a ruiné la puissance des démons et les séductions du diable! On raconte d'ailleurs que cette pierre est la tête d'Aphrodite , devant laquelle ils se prosternaient et qu'ils appelaient Chabar754 . Et de nos jours encore , la trace d'une effigie apparaît à ceux qui observent minutieusement.
Les sarcasmes du poète al Maari.755
Loue le Seigneur et prie Tourne soixante-dix fois et non pas sept fois autour du Temple Et toujours sois impie : n'est dévot que celui qui , quand il peut assouvir ses désirs , avec courage s'abstient de le faire.
(...)
La fortune est si curieusement répartie que des pierres visitées par des Pèlerins sont touchées par des mains et des lèvres Comme le saint Rocher de Jérusalem ou les deux angles de Quraysh , néanmoins , tous les deux sont des cailloux que l'on frappait
(...)
N'est il pas étrange que Quraysh et son peuple lavent leur visage avec l'urine d'une vache. Et que les chrétiens disent , Christ a été torturé , on s'est raillé de lui et Pour finir on l'a crucifié , Et que les juifs le dépeignent comme Celui qui aime l'odeur de la chair rôtie 756. Etrange encore que les musulmans fassent d'aussi longs voyages pour embrasser une pierre noire réputée divine. Allah tout puissant! La race humaine ne verra-t-elle donc jamais qu'elle s'écarte de la vérité!
La pierre noire au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 137-8).
Sur le coin nord-ouest de la Kaba , près de la porte , se trouve la fameuse pierre noire : elle forme une partie de langle du bâtiment , à 4 ou 5 pieds du sol. Cest une forme ovale irrégulière , de 7 inches de diamètre environ , à la surface ondulée , composée dune douzaine de pierres plus petites , de tailles et de formes diverses , jointes entre elles par un peu de ciment , et parfaitement polies: elle semble constituée un tout , qui aurait été éclaté par un coup violent , puis réuni à la fin. Il est difficile de déterminer la qualité de la pierre , qui a été émoussée à la surface par des millions de mains et de baisers quelle a reçus. Elle mest apparue comme de la lave , contenant plusieurs particules étrangères , de teinte blanche et jaune. Sa couleur est maintenant dun rouge profond , touchant vers le noir: elle est entourée sur tous les côtés dune bordure composée dune substance que jai prise pour un ciment de chaux et de graviers , ou approchant , sans la même couleur brunâtre. La bordure permet de maintenir les éléments isolés : elle a 2 ou 3 inches de largeur et saccroit un peu au dessus de la pierre. La bordure et la pierre elle-même sont entourées dune bande dargent , plus large en dessous quau dessus , et sur les côtés , avec un renflement considérable en bas , qui fait quune partie de la pierre est dissimulée derrière. La partie basse de la bordure est maintenue par des clous dargent.
§ 193. Descriptions physiques du sanctuaire.
Le pèlerinage est une obligation pour tout musulman qui en a les moyens, et qui peut y dépenser une fortune et même la vie757 . La description des lieux est un exercice obligé pour tout pèlerin lettré , qui rapporte chez lui le trésor de ses observations , dune précision extrême qui témoigne de leur dévotion.
Lieux notables dans le sanctuaire.
(Al Harawi, Guide des lieux de pèlerinage 86).758
Auprès de la Ka'ba, le lieu de naissance de 'Alî ibn abu Tàlib759 ; le maqâm d'Ibràhîm et l'empreinte de son pied; «l'anse solide»760 ; la Pierre Noire qu'embrassa l'envoyé dAllah et qui est «la Droite de Allah sur la terre»; le Hijr où se trouve, dit-on, la tombe d'Ismâ'il et de Hàgar , Allah seul sait la vérité, ou bien, dit-on encore, celle de Sàlih , tandis que les tombes de ceux qui crurent en lui761 seraient entre le Hijr et la «Nadwa»762 , Allah seul sait la vérité; enfin le Multazam763 . Dans le Haram, le puits Zamzam dont l'eau produit les effets que l'on espère en la buvant et qu'avoisinent, entre le puits et l'ancle de la Kaba, les tombes de soixante-dix prophètes parmi lesquels Hud, Salih et Ismaïl764 , Allah seul sait la vérité; la coupole de la Boisson765 avec la Siqàya766 d'al Abbàs ; enfin les deux Bornes Vertes767 . Le périmètre de la Ka'ba est de quatre-vingt-treize coudées mesurées à la petite coudée, celui du Higr de cinquante-six coudées et la distance du Higr à l'angle de la Kaba de six coudées et demie. Le périmètre de la coupole de Zamzam est de soixante-neuf coudées, celui de la coupole de la Boisson, de soixante-deux coudées et celui de la Siqaya d'al Abbas, de soixante-sept coudées. Le tour du Haram est de mille huit cent quarante coudées; ses portes sont au nombre de vingt-deux, ou même de trente-six si on y ajoute les petites.
La Kaba au XIIèmesiècle.
(Ibn Jubayr , Relation de Voyages ).768
La maison vénérée a quatre angles et est presque carrée. (...) la hauteur de la face qui est tournée vers Bab as Safa , de la Pierre noire l'angle yéménite , était de vingt-neuf coudées , alors que les autres côtés en mesuraient vingt-huit , et ceci à cause de la pente de la terrasse vers la gouttière769 .
Le premier angle est celui où est encastrée la Pierre noire et c'est à partir de là que le pèlerin débute les tournées , en reculant afin de passer devant la Maison vénérée , à sa gauche. Le pèlerin voit ensuite l'angle irakien qui est tourné vers le nord , puis l'angle syrien , tourné vers louest et enfin l'angle yéménite tourné vers le sud , puis il revient à l'angle de la Pierre noire , tourné vers l'est. Il a alors fait un tour complet.
La porte de la noble maison est percée dans la facc comprise entre l'angle irakien et l'angle de la pierre noire à dix empans mesure vérifiée. Cet espace compris entre les deux s'appelle al Multazam et c'est un lieu où les rières sont exaucées. La noble porte est à onze empans et demi au-dessus du sol , elle est en argent doré , parfaitement exécutée , merveilleusement belle. Elle attire les regards tant elle est magnifique et tant elle inspire d'humilité , grace à la majesté dont Allah l'a dotée. Ses deux montants et le linteau sont du même art. À la partie supérieure , on voit un bandeau d'or pur de deux empans de large : la porte a deux grands anneaux sur lesquels se ferme le loquet. Elle est tournée vers l'est , a huit empans de large et treize de hauteur , et , le mur dans lequel est percée la porte a cinq empans d'épaisseur. L'intérieur de la noble maison est pavé de marbre veiné ainsi que les murs. La Ka'ba repose sur trois colonnes en bois de teck , fort hautes , distantes l'une de l'autre de quatre pas et placées , au milieu , sur la longueur: la première ait face au milieu du côté que limitent les deux angles yéménites et se trouve à trois pas , la troisième est vis-à-vis du côté que limitent les angles irakien et syrien. Le pourtour du mur intérieur de la maison , à partir de la moitié supérieure , est peint d'argent doré , si épais et si consistant qu'on croirait voir une plaque d'or entourant les quatre murs , dans la partie supérieure. Le plafond est tendu d'une étoffe de soie colorée.
À l'extérieur , la Kaba , sur les quatre côtés , est tout entière revêtue de voiles de soie verte dont la chaine est en coton. Dans la partie supérieure , on voit une inscription sur soie rouge qui porte: La première maison qui fut donnée à l'humanité est celle de Bakka770 (...) sur une largeur de trois coudées : cette inscription en fait tout le tour. Sont représentées sur ces voiles avec beaucoup d'art et en raccourci des arcatures merveilleuses et sont reproduites des inscriptions répétant le nom dAllah (...). Tout cela ne jure pas avec la couleur du revêtement. Les lés verticaux sont au nombre de trente-quatre sur les quatre côtés: sur les deux grands , ils sont dix-huit , sur les petits , seize. La Kaba a cinq lucarnes en verre , doré ans la masse , fort bien découpé : une de ces lucarnes est percée au milieu du plafond et quatre à chaque angle. Une des lucarnes n'est pas visible parce qu'elle se trouve sous la niche dont on parlera plus loin. Entre les colonnes , il y a des lampes d'argent au nombre de treize et une en or.
La première chose que lon voit celui qui entre par la porte à sa gauche , c'est là où la pierre noire est encastrée à l'extérieur. Il s'y trouve deux coffres contenant des exemplaires coraniques et surmontés de deux petites portes en argent qui ressemblent à des lucarnes , plaquées dans lencognure : elles sont à plus d'une taille d'homme au-dessus du sol. Dans l'angle suivant , c'est-à-dire l'angle yéménite , on trouve les mêmes petites portes , mais elles ont été arrachées et il ne reste que le bois sur lequel elles étaient apposées. Dans l'angle syrien , on voit les mêmes portes , mais là , elles subsistent : il en est de même dans langle irakien. À droite , on distingue l'angle irakien qui a une porte dite porte de la Miséricorde et donne accès à la terrasse de la maison vénérée. Le plafond a une niche qui le touche et dans laquelle se trouve un escalier. En bas , se trouve la pièce qui renferme le noble Maqam. On a limpression à cause de cette niche que la Maison antique est pourvue de cinq côtés. La largeur des deux côtés de cette niche est de deux tailles et elle empiète sur l'angle irakien à raison de la moitié de chaque côté. Les deux tiers de cette niche sont recouverts de soie multicolore de telle sorte qu'on dirait qu'elle a été enroulée , puis placée là.
Le Maqam Ibrahim.771
(Ibn Jubayr).772
Le noble Maqam773 qui se trouve à l'intérieur de cette niche est le Maqam Ibrahim (...) , pierre recouverte d'argent , d'environ trois empans de haut et deux de large. Le haut est plus large que le bas , ce qui le fait ressembler , mais qu'on excuse une comparaison d'une telle irrévérence , à un grand fourneau en poterie , la partie centrale étant plus étroite que le bas et le uaut. Nous l'avons vu et nous nous sommes attiré sa bénédiction en le touchant et le baisant. Nous versâmes de l'eau de Zemzem sur l'empreinte des deux pieds bénis et nous la bûmes. (...) L'empreinte des pieds est visible , ainsi que celle des orteils vénérés et bénis. Gloire à celui qui a fait cette pierre soit assez tendre pour que l'empreinte des deux pieds y reste imprimée alors qu'elle ne reste pas dans le sable mou! Louange à celui qui a fait de ce Maqam un signe évident! À contempler ce Maqam et à contempler la noble Maison , on éprouve une angoisse qui inspire l'extase et transporte curs et ames! On ne voit quhumbles regards , que larmes qui coulent , qu yeux mouillés et on n'entend que suppliques et prières adressées à Allah , puissant et majestueux!
Les oiseaux de la Mecque.
(Ibn Jubayr).774
Lantique maison est bâtie de grandes pierres , dures et brunes , ajustées les unes aux autres et jointes par un liant si solide qu'avec le temps il ne s'altère , ni ne s'effrite. Il est étonnant qu'un fragment , s'étant détaché de l'angle yéménite et ayant été cloué à l'aide de clous en argent soit redevenu aussi beau qu'il l'était bien que les clous apparaissent. Ce qui est prodigieux , c'egt que la maison antique sélève au milieu du sanctuaire comme un superbe colombier qu'on veuille bien excuser cette comparaison! En effet , les pigeons du sanctuaire sont innombrables et si bien protegés que cela est passé en proverbe : mais ils ne se posent pas sur la terrasse de la Kaba , ni n'y restent en aucune façon , ni dans aucun cas. On voit les pigeons survoler tout le sanduaire , mais lorsqu'ils approchent de la maison , ils tournent , à droite ou à gauche. Il en est d'ailleurs de même pour les autres oiseaux. J'ai lu dans les Chroniques de la Mecque que les oiseaux ne se posent la Kaba que s'ils sont malades: alors , ou ils meurent sur-le-champ ou ils guérissent.
Les pigeons.
(Al Hamadani , Abrégé du Livre des Pays 24).775
L'un des mérites du temple sacré est le suivant: aucun de ceux qui ne l'avaient jamais vu, ne l'ont vu sans rire ou pleurer. Un autre de ces mérites consiste en ceci: aucun pigeon ne s'abat sur le dessus de la Ka'ba, à moins d'être malade; or, quand il s'y est posé, il est guéri; une file d'oiseaux, pigeons ou autres approche jusqu'à ce que, lorsqu'ils vont survoler la Ka'ba, ils se séparent en deux bandes et s'écartent de son dessus, carjamais un oiseau ne l'a survolée. Une des merveilles du temple et de la mosquée, c'est la multitude de pigeons qui s'y trouvent; or, au cours des âges, on n'a jamais vu d'excréments de pigeons ou d'autres oiseaux dans la mosquée ou dans la Ka'ba. Et voici d'autres choses surprenantes: volatiles, bêtes féroces et sauvages s'y trouvent en sécurité. Allah en éloigna la calamité des Abyssins et des éléphants.
Les pigeons sacrés de la Mecque au début du XIXème siècle.
(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 151-2).
La Mecque en général , et la mosquée en particulier abonde en vols de pigeons , qui sont considérés comme la propriété inviolable du temple , et sont appelés les Pigeons du Beitullah. Personne nose les tuer , même sils entrent dans les maisons particulières. Sur la place de la mosquée , des petits bassins de pierre sont disposés et remplis deau à leur usage : des femmes arabes exposent aussi à la vente , sur de petits tapis de paille , des grains de blé , que les pèlerins achètent puis jettent aux pigeons. Jai vu quelques unes des femmes publiques user de cette méthode pour sexhiber , et pour négocier leurs prix avec les pèlerins , sous prétexte de vendre des grains pour les pigeons.
Mesures du sanctuaire.
(Yaqubi , Livre des Pays , p. 153).776
Le temple saint est situé entre Jiyad et Kuaykian. Il fut , en dernier lieu , restauré , agrandi et élargi , de façon que la Kaba en occupa le centre , par Mahdi , en l'an 164777. Le sanctuaire couvre une surface de 120.000 coudées carrées : sa longueur est de 404 coudées , depuis la porte des Banu Jumah jusqu'à la porte des Banu Hashim , cette dernière proche du signal vert : et sa largeur est de 304 coudées , de la porte de Nadwa à la porte de Safa. On y compte 484 colonnes de marbre , hautes de 10 coudées , 498 arcs et 23 portes. C'est l'émir des croyants Mahdi qui fit installer les deux signaux verts qui se trouvent entre Safa et Marwa , ils sont distants l'un de l'autre de 112 coudées , alors qu'il y a 754 coudées entre Safa et Marwa. La hauteur de la Kaba est de 28 coudées. De l'angle de la pierre noire à l'angle syrien , il y a 25 coudées : de l'angle occidental à l'angle syrien , côté du Hijr , 22 coudées : de l'angle occidental à l'angle yéménite , 25 coudées : de l'angle yéménite à l'angle de la pierre noire , 91 coudées.
Description de la ville en 1833.
(M. Tamisier , Voyage en Arabie , Paris 1840 , p. 181-185).
La Mekke , la ville sacrée des musulmans , qui se glorifie d'avoir donné le jour à l'apôtre de l'islamisme778 , est située au fond d'une vallée dont le territoire est sec et stérile faute de culture.
La Mekke est défendue par une citadelle et deux petits forts. Privée de murailles d'enceinte , elle est ouverte de toutes parts aux nombreuses caravanes qui viennent y accomplir chaque année le saint pèlerinage consacré par Mahomet. Forte d'une population de dix mille âmes , cette ville étend ses bras en forme de fer à cheval parallèlement aux montagnes au milieu. desquelles elle est située. et qui , comme le disent les Arabes , semblent l'envelopper d'un voile , pour la dérober aux regards impurs des mécréans.
Le territoire sacré ne possède qu'une seule source dont l'eau soit potable : c'est celle du fameux puits de Zemzem : mais , comme cette source ne pouvait pas suffire aux besoins de la ville , les Arabes avaient du nécessairement chercher un moyen industriel pour se procurer l'eau que leur triste patrie leur refusait. Des hommes avaient fait plusieurs essais qui tous avaient été infructueux , lorsqu'une femme , l'épouse d'un Soliman779 , empereur des Turcs , eut le courage de l' entreprendre et la gloire d'y réussir.
L'eau est conduite de Zébéda à la Mekke par un canal en pierre et en ciment fort dur. Ce canal , de huit lieues de longueur , alimente huit fontaines ornées de robinets de bronze. Ces fontaines coulent sans cesse , et chacune d'elles a un homme préposé à sa garde : il est en même temps le chef des saka chargés de distribuer l'eau dans toute la ville. En dehors , on a creusé quatre vastes citernes , réservées aux quatre grandes caravanes du pèlerinage . L'une désaltère la caravane du Caire , l'autre celle de Bagdad , la troisième sert aux pèlerins de Damas , et la dernière à ceux de Yémen. Les Moggrabins780, ou les autres peuples de l'Afrique et des îles de l'Asie , se pourvoient à la Mekke , parce que leur nombre n'est jamais fort considérable.
En fait d'architecture , la Mekke ne renferme rien de remarquable. Le monument le plus intéressant sous le rapport de son antiquité , mais surtout de sa renommée , c'est la Ka'ba , ou maison de Dieu.
On sait que certains voyageurs ont débité beaucoup de fables sur les richesses de ce sanctuaire et de la grande niosquée qui l'environne , sur la quantité innombrable des candélabres , des lustres et des lampes d'or ou d'argent qui embellissent de leur éclat les murs et les colonnes du temple.
Mon premier soin , en arrivant à Djeddah , a été de m'informer de ce qu'il y avait de vrai dans tous ces récits. Voici les renseignemens que j'ai recueillis :
Le lieu saint, au milieu duquel est une grande cour, se compose d'un édifice de forme rectangulaire fermé en ,dehors , ouvert en dedans , et reposant sur des rangs de colonnes en marbre de mauvaise qualité de différentes couleurs.
La mosquée a trois cents pieds de long sur deux cent cinquante de large. Au milieu des deux façades principales , on remarque un portique saillant à l'extérieur.
Le faite de cet ensemble est arrondi en une infinité de petites coupoles fort basses , déprimées au sommet et soutenues par une colonnade dans le style arabe tel que le comprennent les indignes successeurs des architectes auxquels on doit les monumens du Caire , de Grenade ou de Bagdad.
Les deux grands côtés du rectangle possèdent trois rampes de colonnes dans toute leur longueur , excepté vers la hauteur du portique , où ils en ont cinq. Un des petits côtés en a trois et l'autre quatre.
C'est sous cette colonnade que se mettent les pèlerins pour éviter les feux du jour. Chaque secte se tient eu fitee de sa maison de prière , bâtie autour de la Ka'ba.
Sous les portiques , on voit un grand nombre de lampes en verre noir suspendues par quatre petites chaînes de fer scellées chacune dans une colonne. On les allume tous les soirs depuis le maghreb781 jusquà leskhè782 : à lépoque du ramadan , on en double le nombre.
Chapitre 33
Yathrib ou Medinta
§ 194. Présentation.
Cette ville , au nord de la Mecque , est déjà appelée Médina783 , avant linstallation de Muhammad784. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes. La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad785 .
Son nom le plus ancien , déjà connu de Ptolémée est Yathrib786 : cet oasis se situe dans le Hedjaz , à 350 Km au nord de la Mecque787. Ce n'est pas un centre urbain , mais plutôt un agrégat de palmeraies , de collines , de villages , de marchés788 et de forteresses789 . Sa population est complexe: deux tribus arabes790 , trois tribus juives791 , qui pratiquent l'élevage , l'agriculture et l'artisanat. Muhammad découvre donc un situation totalement différente de celle de la Mecque.
En 622 , les Arabes se convertissent , plus ou volontairement , à la doctrine nouvelle , et leur nouveau chef établit une sorte de constitution qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids.
Après 630 , Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore la capitale du nouvel empire792 , jusqu'à l'établissement des Ommeyades. Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans793 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée794 .
§ 195. Situation de Médine.
Le site de Médine est moins spectaculaire que celui de la Mecque , et sa sacralité est bien moindre. Mais sa visite est conseillée , comme une étape facultative du pèlerinage.
(Abulfeda , Géographie 86).795
Médine se trouve dans une plaine: au nord , elle a la montagne dOhod , et au midi , celle de Eyr. Elle abonde en palmiers. La plus grande partie de son territoire consiste en marais salins. On y remarque le tombeau de lapôtre dAllah ainsi que la mosquée qui laccompagne. A côté sont ceux dAbu Bakr et Omar. Médine est entourée dun mur de brique.
L'agglomération de Médine
(Yaqubi , Les Pays , p. 149) .796
La richesse des habitants de imédine consiste en palmiers , dont. ils leur nourriture et leurs moyens d'existence. Comme impôts , ils versent la dime de la récolte des palmiers et paient la dime aumônière sur le bétail.
Médine est à trois jours de marche de la mer: le port le plus proche est où mouillent les navires de commerce et les vaisseaux qui transportent le blé d'Égypte.
A 6 milles de Médine se trouve Kuba , où résidaient avant l'islam les Aws , et les Khazraj , et où s'arrêta l'envoyé d'Allah avant d'arriver à Médine. A Kuba , il logea chez Kulthum ibn Hidm , puis , après la mort de Kulthum , chez Sad ibn Khaythama Ansari: la demeure de Sad était voisine de la mosquée de Kubà.
C'est de là qu'il partit pour Médine , où il fit rédiger les "Pactes de 1a fraternité"797. Puis la population délimita ses quartiers: auparavant les logements étaient séparés les uns des autres , mais dès cet instant les constructions se touchèrent et l'ensemble forma une cité.
Les environs de Médine
(Ibn Jubayr).798
Lundi , au moment du zhur , aussitôt après la prière , nous quittâmes Khulays et nous poursuivimes notre route jusqu'au dernier isha. Alors nous nous arrêtames pour faire un court somme. Le kus retentit et nous partimes pour un voyage de nuit qui se prolongea jusque dans la matinée , moment où nous fimes halte pour nous reposer jusquau début du zbur , mardi. Puis nous gagnames une vallée du nom de Wadi as-Samk799 , nom qui ne va guère à ce lieu! Nous y campâmes au moment du dernier isha et y séjournâmes , mercredi , pour nous ravitailler en eau: on en trouve dans cette vallée dans des mares et parfois en creusant dans le sable. Au début du jour , mercredi , nous levâmes le camp puis nous franchîmes la nuit un versant caillouteux et abrupt où périrent de nombreux chameaux. Nous campames dans une plaine où nous dormimes jusqu'à minuit. Nous traversames alors un immense désert plat de dunes amoncelées , s'étendant à perte de vue. Alors , les chameaux purent avancer sans être en caravane à cause de la largeur de la route. Nous fîmes une halte pour nous reposer pendant la canicule , jeudi 29 dhu al-hijja.
(Ibn Hauqal , Configuration de la Terre 29-30).800
Médine représente une superficie inférieure à la moitié de la Mecque. Elle est située sur un terrain rocailleux et salin ; elle possède beaucoup de palmiers ; ils sont, ainsi que les terrains de culture, arrosés par des eaux de puits, et l'irrigation est assurée par des esclaves. La ville est ceinte d'une muraille ; (...)
L'oratoire en plein air où le prophète priait, lors des jours de Fêtes, se trouve dans la partie occidentale de Médine, en decà du rempart. Baqi al-Gharqad est situé en dehors de l'enceinte, près du Bab al-Baqi à l'est de la ville.
(...)
Selon une tradition du Prophète , la poussière de Médine immunise contre la lèpre. Quiconque séjourne à Médine y percoit dans le sol et dans l'air une odeur qui n'a pas sa pareille, qui est comme un arôme naturel801 , une essence qui ne se détériore pas. Ce parfum médinois est plus durable que celui de sabur ; sa brise est plus délicieuse que celle dit fleuve d'Obolla ; les pâtes802 et les aromates s'y conservent sans se gâter.
§ 196. Les noms de Médine.
Médine a deux autres noms , plus anciens et mal compris. Comme le fait étonne déjà à lépoque , la tradition lévoque incidemment.803
(Bukhari , Sahih 29/ 2).
Lenvoyé dAllah a dit: jai reçu lordre de ma rendre dans un bourg qui dévorera les autres bourgs : cetains lappellent Yathrib , mais son nom est Médine...
(Bukhari , Sahih 29/ 3).
Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fûmes en vue de Médine , il sécria: voici Taba!
(Corpus coranique d'Othman 33 , 13).
La ville est appelée une seule fois par son nom originel dans le texte.
Rappelez-vous quun parti dentre eux vous a dit:
-Ô gens de Yathrib! ne restez point! retournez-vous-en!
(Corpus coranique d'Othman 33 , 60).
Le nom est déjà prononcé dans le Coran.
Certes , si les hypocrites , ceux au coeur de qui est un mal et ceux qui tremblent ne cessent point , à Médine...
(Chronique du Khuzistan 38).804
...Médine est nommée ainsi daprès Midian , le quatrième fils dAbraham et de Qetura; on lappelle aussi Yathrib.
§ 197. Lantiquité de Médine.
Les récits oscillent toujours entre légende locale et Histoire venue d'ailleurs. Mais le peuplement de Médine ayant sans doute été plus stable que celui de la Mecque , la mémoire collective a sûrement gardé des souvenirs plus vraisemblables. Il faut aussi expliquer la présence des Juifs au sein de la population arabe.
Les plus anciens habitants de Yathrib.
(Al Isfahani , Kitap al Aghani 19 , p. 94-98).805
Le premier peuple à avoir occupé Médine avant les Banu Israël était un peuple ancien applé les Amalékites. Ils faisaient peur à toute la région parce quils étaient un peuple puissant et injuste. Les tribus de Haff , Sad , Al Azra , Matruq étaient parmi celles qui ont occupé Médine. Le roi du Hedjaz était issu deux , un homme appelé Al Arqam , qui a vécu dans la région de Tayma et Fadak. Les Amalékites ont occupé la ville et ils avaient de nombreux champs et palmeraies.
Linvasion de Yathrib par le roi du Yémen Abu Karib Tiban.806
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 13).
Quand il vint de lest , il traversa Médine sans maltraiter les gens , mais laissa là un de ses fils qui fut lachement assassiné. Alors il revint avec lintention de détruire la ville et dexterminer la population et de raser les palmiers. (...) Un des hommes des Banu Adiy ibn al Najjar , appelé Akhmar surprit un des hommes de Tubba quand il les menait à médine , et il le tua parce quil lavait trouvé dans ses palmiers , en train de couper des dattes. Il le frappa avec sa serpe et le tua en disant: les fruits appartiennent à ceux qui les cultivent.
fit enrager les Tubba contre eux et le combat éclata. Les Ansar807 affirment quils les combattaient de jour , et les traitaient en invités la nuit. Tubba fut étonné de cela et disait:
-Par Allah , vous êtes des gens généreux!.
§ 198. Une guerre civile.
Elle déchire la communauté médinoise juste avant larrivée de Muhammad et de sa secte. Celui-ci sait profiter de la situation à peine stabilisée808 .
Un verset du Corpus coranique pourrait fait allusion à l'épisode, daté le plus souvent autour de 616.
La bataille de Buath .
(Ibn Hisham , Conduite de lenvoyé dAllah 372-3 , 385-6).
Il y avait deux camps: les Banu Qaynuqa et leurs affiliés , alliés aux Khazraj : et les al Nadir , les Banu Qurayza et les affilis , alliés aux Aws. Quand il y eut une guerre entre les Aws et les Kharaj , les Banu Qaynuqa , allèrent du côté des Khazraj et les al Nadir et Banu Qurayza avec les Aws809 , chacun aidant ses alliés en contradiction avec ses orgines , de telle façon qu'ils versèrent leur sang les uns les autres , tandis que la Torah étai entre leurs mains , par laquelle ils savaient ce qui leur était permis et interdit. Les Aws et les Khazraj étaient polythéistes adorant les idoles , ne connaissant rien au paradis ou à l'enfer , le réveil et la résurrection , les écritures , le licite et l'illicite. (...)
A la bataille de Buath , les Aws et les Khazraj combattirent et la victoire alla aux Aus , qui étaient commandés à cette époque par Hudyr ibn Simak al Asshali le père de Usayd ibn Hudayr , les Khazraj étant commandés par Amir ibn al Numan al Bayadi , et tous les deux furent tués.
(Bukhari , Sahih 58/186).
Récit d'Aïsha: Allah a fait en sorte que la bataille de Buath ait lieu avant l'arrivée de l'apôtre d'Allah comme apôtre , pour que quand l'apôtre d'Allah est arrivé à Médine , ces gens étaient déjà bien divisés et leurs chefs avaient été tués ou blessés. Donc , Allah a fait en sorte que cette bataille précède l'arrivée de l'apôtre d'Allah pour qu'ils puissent accepter l'islam.
(Corpus coranique d'Othman 2/79-80).
Par la suite , vous êtes devenus ces juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement : vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs , vous les rançonnez.
Or , les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'Écriture et êtes-vous incrédules en une autre ?
Quelle sera la récompense810 de ceux parmi vous qui font cela , sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être , au jour de la résurrection , repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière , le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.
(Tabari , Tafsir 2/86).
Ibn Abbas commente ainsi ce verset:
Ce passage signifie: vous prêtez main-forte aux associateurs pour accabler vos coreligionnaires de crime et dhostilité jusquà verser leur sang et les expulser de leur habitat (...) Allah attire ici leur attention sur la anture de leur acte car il leur était interdit dans la Torah de verser le sang de lun dentre eux et ils étaient tenus également de payer la rançon pour racheter ceux dentre eux qui avaient été faits prisonniers par les ennemis.
Or à Médine , ils se répartissaient en deux groupes: dautre part , les banu Qaynuqa qui étaient allés des Khazraj , et dautre part , les Banu Nadir et Banu Qurayza qui étaient alliés des Aws.
Lorsque les Aws et les Khazraj entraient en conflit , les Banu Nadir et les Banu Qurayza soutenaient les premies , et les Banu Qaynuqa les seconds , en sorte quils combattaient leurs frères et versaient leur sang. Or les uns et les autres détenaient la Torah et savaient ce qui leur était permis et ce qui ne létait pas , alors que les Aws et les Khazraj sadonnaient à limpiété et adoraient les idoles sans rien connaître du paradis , du feu , de la résurrection et du jour dernier , sans livre et sans discerner les choses interdites et licites811 .
Lorsque le conflit fut terminé , ils rachetaient ceux dentre eux qui avaient été prisonniers , fidèles en cela à la Torah.
Le faisant , ils respectaient une partie du livre et en délaissaient un autre.
§ 199. La société de Yathrib.
Elle est mieux connue que dans toute autre ville arabe , et elle se révèle particulièrement complexe , sur les plans religieux , ethnique , économique.812
Les tribus de Médine.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 303).
Médine était occupée par deux tribus: les Aws et les Khazraj. Ces derniers étaient les plus nombreux. Les villages du territoire de Médine , comme Khaybar , Qurayzha , Wadil Kura et Yanbu étaient habités par des juifs ou Arabes descendants des Banu Israël , de ceux qui étaient venus de la Syrie et de Jérusalem , fuyant devant Nabuchodonosor813 , antérieurement à Alexandre. Les Aws et les Khazraj voulaient semparer de ces villages , mais ils ny réussirent pas : car les juifs avaient des chateaux forts grands et solides.
Les lettrés de Yathrib.
(Baladhuri , Futuh).814
D'après al-Waqidi:
L'écriture de l'arabe était rare chez les Aws et les Khazraj815 .
C'était un juif qui l'avait apprise , et il l'enseignait autrefois aux enfants de Médine. Aussi , lorsque vint l'islam , un certain nombre de gens parmi les Aws et les Khazraj connaissaient l'écriture. C'étaient Sad Ibn Ubada ibn Dulaym , al Mundhir Ibn Amr , Ubayy Ibn Ka'b , Zayd Ibn Thabit816 , lequel écrivait l'arabe et l'hébreu817 , Rafi ibn Malik , Usayd Ibn Hudayr , Man Ibn Adi al Balawi , allié des ansar , Bashir Ibn Sad , Sad Ibn al Rabil , Aws Ibn Khawli , Abdallah Ibn Ubayy l'hypocrite. Ceux d'entre eux qu'on appelait « les parfaits » - un parfait818 étant celui qui , en plus de sa connaissance de l'écriture , connaissait le tir à l'arc et la nage- étaient Rafi Ibn Malik , Sad Ibn Ubada , Usayd Ibn Hudayr , Abdallah Ibn Ubayy et Aws Ibn Khawli. Ceux de Yathrib819 qui ,820 avant l'islam , avaient toutes ces qualités , étaient Suwayd ibn al Samit et Hudayr al Katayb.
Juifs et Arabes médinois.
(Kitap al Aghani 19 , 95-97).
Quand les Aws et les Khazraj sont arrivés à Médine , ils se sont installés dans les harras821. Ensuite , ils se sont répandus en dehors: certains se sont réfugiés dans des zones sèches et inhabitées et se sont implantés là : dautre se sont réfugiés dans des hameaux déjà établis et ont vécu en commun avec les habitants. Les Aws et Khazraj sont restés là , vivant pauvrement et misérablement de leurs chameaux et chèvres , parce que Médine nétait pas adaptée au paturage. Ils ne possédaient ni palmeraies ni champ cultivable , sauf quelques-uns qui avaient pris quelques palmiers ou champs sans propriétaires. Les fermes les plus prospères appartenaient en fait aux juifs.
Les liens familiaux de Muhammad avec Médine.
(Ibn Khaldun , p. 306).822
La mère du prophète , Amina , fille de Wahb , fils de Abd Manaf , fils de Zuhra , l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel823 de son grand-père Abd al Muttalib , les Banu Adi Ibn an Najjar , à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.
§ 200. Les religions à Yathrib.
Quelques textes permettent mettre un peu en lumière la situation religieuse de Yathrib, mêlant le judaisme arabisé des tribus juives et le paganisme idolâtre des autres tribus. La destruction de ces deux systèmes par les premiers musulmans a laissé parvenir jusqu'à nous cex informations.
Les pèlerins de Yathrib
(Ibn al Kalbi , Livre des Idoles 10 b-d.).
Aucune tribu n'avait pour Manah autant de vénération que les Aws et les Khazraj (...).
Les Aws , les Khazraj et ceux parmi les Arabes de Yatrib824 et d'autres localités , qui adoptaient leurs usages , allaient en pèlerinage et s'arrêtaient , avec tout le monde , à toutes les stations rituelles. Mais ils ne se rasaient pas la tête et , lorsque commençait la fuite sacrée , ils se rendaient auprès de Manah , se rasaient la tête dans son sanctuaire et y accomplissaient une visite.
Les cultes de Yathrib.
Il existe un témoignage rare des pratiques religieuses de la cité de Yathrib (future Médine)825.
(1) Il dit: chaque clan des Aws et des Khazraj , (...) avait une idole dans un chambre appartenant à lensemble du clan , quils honoraient et vénéraient et à qui ils sacrifiaient.
-les Banu Abd al Ashhal avaient al Harish.
-les Banu Haritha avaient Shakhr.
-les Banu Zafar avaient Shams.
-les Banu Muawiya avaient al Banu Ham.
-les Banu Khatma avaient Shafr.
-les Qawaqila avaient al Habs.
-les Banu Umayya vaient Ghayyan.
-les Banu Salima avaient Isaf.
-les Banu Adi ibn an Najjar avaient Samul.
-les Banu Dinar ibn an Najjar avaientHusa.
-les Banu Malik ibn an Najjar avaient at Tamm.
-les Banu Zurayq avaient as Samh.
(2) Chaque noble avaient une de ces idoles. Dans la maison dAmir ibn al Jamuh , il y avait un idole appelée Saf (...)
Al Bara ibn Marur avait une idole appelée ad Dibaj.
Al Jadd ibn Qays avait une idole appelée az Zabr.
Les Salima avaient une idole appelée Manaf. (...).
(7) Les Banu al Harith ibn al Khazraj vénéraient une idole appelée Huzam qui était située dans leur maison de prière , elle aussi appelée Huzam , à Buthan.
(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).826
Abu Darda était la seule personne sur le territoire de son clan à n'avoir pas accepté l'islam. Abdallah ibn Rawaha le poussait à le faire et il refusait. Et c'était pourtant son ami. Il attendit une opportunité favorable , et quand Abu Dadda sortit de chez lui , il entra à l'intérieur et détruisit l'idole , en récitant:
-Je rejette les noms des démons , tous les démons. En vérité , tout ce qui est associé à Allah dans la prière est nul.
sa femme dit:
-Tu m'as ruiné , ibn Rawaha!
Ensuite , il sortit. Abu Darda arriva et trouva sa femme en pleurs. Il dit:
-Qu'as-tu donc?
Elle dit:
-Ton ami ibn Rawaha est entré et il dit: "Y a t-il quelque chose de bon dans cette idole qui fait qu'elle va se défendre elle-même?".
Alors il alla voir le prophète et accepta l'islam.
(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).827
L'islamisation de Kab ibn Ujra était tardive : il avait une idole dans sa maison. Ubada ibn as Samit était son ami. Un jour , il entra dans la maison de Kab alors que celui-ci était absent et il détruisit l'idole. Quand Kab rentra et vit ce quil avait fait , il dit:
-Cette idole est inutile.
Les fêtes de Médine.
(Dawud , Hadith 3/1130).
Quand l'apotre d'Allah est venu à Médine , les gens avaient deux jours durant lesquels ils se consacraient à des joutes.
Il demanda:
-Que signifient ces jours?
Ils répondirent:
-Nous avons coutume de nous livrer à cela dans la période pré-islamique.
L'apôtre d'Allah dit:
-Allah les a substitué pour vous en quelque chose de meilleur que cela: le jour du sacrifice et le jour de rupture du jeûne.
1 Sous-entendu: pas dans lautre monde.
2 Rapporté par Ibn Abbas (Bukhari , Sahih 67/83) : ce récit suinte de malveillance à légard du futur calife.
3 "Le Livre des Pays": KITAP AL BULDAN , nom dun ouvrage classique de géographie.
4 S. Smith , Events in Arabia in the VIth century , Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 1954 , p. 464-5; on notera que presqu'aucu événement ne concerne l'Arabie centrale: ce bout de désert ne compte pas pour l'Histoire avant l'irruption de Muhammad.
5 Cf. partie I.
6 I. Shahid, Byzantino-Arabica. The conference of Ramlah AD 524, Journal of the Near East Studies 23, 1964
7 Patriarche?
8 I. Kawar , The Arabs in the peace treaty of AD 561 , Arabica III , 1956.
9 Trad. F. Macler.
10 Cf. A. Palmer , The seventh century in west syriac chronicles , Liverpool 1995 ; C. E. Bosworth, The Arabs, Byzantium and Iran: Studies in Early Islamic History and Culture , Aldershot 1996.;
Thierry Bianquis, "L'islam entre Byzance et les Sassanides, éléments pour une analyse comparative des pouvoirs politiques à Byzance, dans le domaine iranien pré-islamique et dans l'Orient arabe au début des Omayyades", in P. Canivet, J.-P.Rey-Coquais (dir.), La Syrie de Byzance à l'Islam VIIe-VIIIe siècle, Damas,
11 M. J .Higgins , The persian wars of the emperor Mauric I: chronology , Washington , 1939 : G. Greatex , "The two fifth century wars between Rome and Persia" , Florilegium , 1993.
12 AJAM , qui corrrespond plus précisément aux Iraniens.
13 Le même processus a cours tout au long de létablissement de la doctrine , du jeûne à la coupe des moustaches.
14 Abu Bakr : Muhammad est malade à ce moment; cf. partie XVII.
15 Aziz Al-Azmeh, Muslim Kingship. Power and the Sacred in Muslim, Christian, and Pagan Policies, Londres, New York 1997
16 Les guides. Il faut les suivre...
17 Le Mecquois Al Moghira.
18 AL NADJASHI : E. Berthels , Encyclopédie de l'Islam2 VII p. 863-5.
19 Le témoin décrit sans le savoir , et par opposition , la nature théocratique du pouvoir de Muhammad. Dans les autres régimes présentés ici , la religion est présente , mais aucun des dirigeants nest un dignitaire religieux.
20 CF. la lettre du président iranien Ahmadinejad à G.W. Bush en 2006 , et une toute récente à A. Merkel.
21 Lempereur byzantin Héraclius.
22 Nom arabe de lEthiopie.
23 Ed. Bewley.
24 Ibn Kathir, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. M. Boudjenoun, Paris 2007.
25 En fait , lEgypte.
26 KAGAN.
27 Noter l'absence des Juifs dans ces listes.
28 Ibn Sa'd, Tabaqat I-II, ed. Moinul Haq, Karachi (sans date).
29 Japet.
30 SAM.
31 ARAM.
32 Ioniens: les Grecs.
33 Signe de la naissance de Muhammad.
34 Ctésiphon; le palais de Taq-e Kisr possède justement une immense voûte qui a dû frapper les imaginations; toutes les architectures démesurées sont perçues par les nomades comme des outrages;O. Kurz, "The Date of the Taq-e Kisr?," JRAS , 1941; J. de Morgan, Mission scientifique en Perse IV, Paris, 1896
35 E. Yarshater (Ed.)"Dirham" , Encyclopædia Iranica,VII 1996; G. C. Miles, "Dirham" in , Encyclopaedia of Islam II, 1965 p. 319.
36 Maurice Tibère; cf. M.J. Higgins, The persian war of the emperor Maurice (582-602), part I... Washington 1939.
37 Un général, en parsi; Rika Gyselen, Lorsque larchéologie rencontre la tradition littéraire : les titres militaires des spâhbed de lempire sassanide. Comptes rendus de lAcadémie des Inscriptions et Belles Lettres Paris, 2002, pp. 447-458. .
38 Tabari utilise tous les moyens possibles pour intégrer des fragments coraniques à ses récits, pour montrer sa science au public et convaincre de son orthodoxie. Ici , le fragment est problématique , puisque son sens est strictement ambivalent sur le plan grammatical.
39 Corpus coranique 30/21
40 L'Hégire.
41 Corpus coranique 30/4
42 A. Cameron , Byzantium before the rise of islam , (The Formation of the classical islamic World 1) : P. Lemerle , Histoire de Byzance , Paris , 1991; Paul Goubert, Byzance avant l'Islam. Tome I, Byzance et l'Orient sous les successeurs de Justinien. L'empereur Maurice , Paris, 1951; AM.M.Shboul, Arab islamic perception of byzantine religion and culture, in J. Waardenburg (ed.), Muslim perceptions of other religions, a historical survey, Oxford 1998; John Haldon, Byzantium in the Seventh Century: the Transformation of a Culture , Cambridge 1997.
43 M. Cook , The Heraclean dynasty in muslim eschatology , al Qantara 13 , 1992; G.J. Reinik, B.H. Stolte (ed.), The reign of Heraclius, Louvain 2002; G. J. Reinink, Heraclius, the New Alexander: Apocalyptic Prophecies during the Reign of Heraclius, in The Reign of Heraclius (610-641): Crisis and Confrontation (ed. Gerrit J. Reinink and Bernard H. Stolte; Leuven: Peeters, 2002), 81-94; André Stratos, Byzance au VIIe siècle. L'empereur Heraclius et l'expansion arabe , Lausanne, 1976.
.
44 Sur le mot , N.E.I. Cheikh , Encyclopédie de l'Islam2 VIII p. 620.
45 Liste des premiers empereurs: Justin I er (518-527); Justinien I er le Grand (527-565); Justin II (565-578); Tibère II Constantin (578-582); Maurice Tibère (582-602);Phocas (602- 610); Héraclius (610-641); lempire strictement byzantin commence en fait à partir du règne dAnastase, qui élabore une réforme complète du système monétaire et fiscal.
46 La crise iconoclaste touche l'empire plus tard, en même temps que l'agression arabe; cf. Paul Speck, "Ikonoklasmus und die Anfänge der Makedonischen Renaissance", Varia 1, Poikila Byzantina 4 1984; Stephen Gerö, Byzantine Iconoclasm during the Reign of Leo III, with Particular Attention to the Oriental Sources , Löwen 1973; id. Byzantine Iconoclasm during the Reign of Constantine V, with Particular Attention to the Oriental Sources , Löwen 1977. .
47 Dans lidéologie byzantine , il existe un mythe solide qui confond les limites de la chrétienté et les frontières de lempire lui-même.
48 PG Migne 88 : ed. W. Wolska-Conus , Sources chrétiennes 141 , 159 , 197; E. O. Winstedt, Notes from Cosmas Indicopleustes, Journal of Theological Studies 1905.
49 Danien 2 ,44.
50 Muhallabi , Masalik , Le Caire , 1958 , p. 65 , trad. Prémare 2002.
51 Le hadith est sans doute rédigé dans un but aitiologique: justifier linterdiction pour les chrétiens de réparer leurs lieux de culte : Omar est justement à la pointe de ce mouvement : dans un autre hadith similaire , il finit par tuer celui qui le contraint à coups de pelle.
52 Patroligia Graeca 90 , 128 C.
53 Corpus coranique, ed. R. Blachère, Paris, 1999.
54 Quintal, du grec byzantin kentenarion, lui-même provenant du bas latin centanarium: un des nombreux termes liés au commerce présents dans le Corpus coranique.
55 Denier.
56 Cosmas Indicopleustès , Topographie chrétienne , ed. Conus-Wolska , Paris 1968-73.
57 Dans la région , elles sont essentiellement constituées de contingents arabes chrétiens.
58 Cf. partie X.
59 En 631.
60 Sébéos , Histoire dHéraclius (version arménienne) , trad. F. Macler , Paris , 1904.
61 Trad. F. Macler
62 La révolte part en fait de Sicile.
63 Les fils des Jaunes : allusions aux cheveux blonds?
64 Constans.
65 Hélène.
66 F. E. Peters, Byzantium and the arabs of Syria, AAAS, 27-28, 1977-1978
67 The Chronicles of Theophanes Confessor , trad. C. Mango , Oxford , 1997 : L.I. Conrad , Theophanes and the arabic historical tradition: some indications of intercultural transmission , Byzantinische Forschungen 15 , 1990.
68 Lannée 497/8 après J.-C.
69 Ceux qui vivent sous la tente (skènè).
70 La région de l'Euphrate, la Mésopotamie.
71 Nom administratif de la province.
72 Chef de tribu , en grec.
73 Le roi lakhmide Naaman.
74 Hujr ibn Arith , en arabe.
75 Jabalah , chef des Ghassanides.
76 A.S. Proudfoot, The sources of Theophanes for the Heraclian Dynasty, Byzantion 44, 1974.
77 Lannée 528
78 Chef militaire.
79 "Chef de tribu" , en grec.
80 Al Mundhir.
81 "Chefs", ou "ducs".
82 Al Mundhir.
83 Diwan , ed. Lyall 22.
84 BAYT AL MAQDIS , maison de la sainteté (terme repris de laraméen) , ou AL QODS : F. E. Peters , Jerusalem: the holy city in the eyes of the chroniclers , visitors , pilgrims and prophets from the days of Abraham to the beginning of modern times , Princeton 1985
85 Pour la vision musulmane de la ville et son utilisation par la doctrine , cf. partie VIII.
86 Prise de Jérusalem en 638.
87 Ed. de la Pléiade , trad. A. Cheddadi.
88 L'auteur s'avance un peu vite: il lui faut donner cette interprétation à un verset très obscure de Coran , pour légitimer la possession de Jérusalem par les musulmans. On sait que celle-ci est revendiquée a posteriori , pour des raisons strictement politiques : cf. partie VIII.
89 Lauteur , musulman , refuse demployer le mot Christ.
90 La doctrine musulmane refuse obstinément la mort du Christ sur la croix , conçue comme indigne d'un prophète. Ainsi , c'est l'essence même du christianisme qui est incomprise , niée , rejetée.
91 En fait, le seul qu'elles connaissent, grâce à sa conversion fantasmée à l'islam.
92 Bukhari, Sahih ("L'Authentique") , ed. V. Houdas/ W. Marçais, Paris, 1900-4.
93 Lun des chefs des Quraysh , et à ce moment , opposant de Muhammad.
94 Lempereur byzantin: il ny a bien sur aucune trace dune telle entrevue dans les sources byzantines. Le texte est partie intégrante de la propagande anti-byzantine postérieure.
95 La trêve de Hodaibiya.
96 Aelia Capitolina , Jérusalemen en latin , du nom de lempereur Hadrien , refondateur de la cité.
97 Selon A. Jeffery , 275 mots : environ 70 ont un caractère chrétien , 25 hébraïque ou araméen ; A. Rippin, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. foreign vocabulary; en voici la liste dressée par A. Jeffery: abb, ababil, Ibriq, Iblis, Ajr, Ahbar, Adam, Idris, Ara'ik, Iram, Azar,Asatir,Ashat, Istabraq, Ishaq, Isra'il, Ussis, Aslama, Ismail, Al-A'raf, Allah, Allahumma, Ilyas, Al Yasa', Umma, Amr, Amshaj, Amana, Injil, Aya, Ayyub, Bab, Babil, Baraka, Bara'a, Barzakh, Burhan,Buruj, Bashshara, Batala, Ba'l, Ba'ir, Bighal, Balad, Banna, Bunyan, Buhta,BahimaBur, Biya,Taba,Tabut,Tubbal,Tatbir,Tijara,Tajalla,Tasnim,Tafsir,Tannur, Tawwab,Taurah, Tin, Jabia, Jalut, Jubb, Jibt, Jibril, Jabin, Jizya, Jalabib,Junah, Jund, Jahannam,Judi, Habl, Hizb, Hasada, Hisn, Hitta, Hikma, Hanan, Hanif, Hawariyun, Hub, Hur, Khalam, Khubz, Khardal, Khazana, Khati'a, Khalaq, Khamr, Khinzir, Khaima, Dawud, Darasa, Dirham, Dihaq, Din, Dinar, Dhakka, Ra'ina, Rabb, Rabbani, Ribh, Ribbiyun, Rujz, Rajim, Ar-Rahman, Rahiq, Rizq, Raqq, Ar-Raqim, Rumman, Rauda, Ar-Rum, Zad,Zabania, Zabur, Zujaja, Zukhruf, Zarabi, Zakariyya, Zaka, Zakat, Zanjabil, Zawj, Zur, Zait,Sa'a, As-Samiri, Sahira, Saba', Sabt, Sabbaha, Sabil, Sajada, Sijill, Sijjil, Sijjin, Suhl, Sahara, Siraj, Suradiq, Sirbal, Sard, Satara, Sifr, Safara, Safina, Sakar, Sakana, Sikkin, Sakina, Salam, Silsila, Sultan, Sullam, Salwa, Sulaiman, Sunbul, Sundus, Siwar, Sura, Sawt, Suq, Sima, Saina', Shirk,Shi'ra, Shahr, Shuhadal, Shaitan, Shi'a, As-Sabi'un, Sibgha, Suhuf, Sadaqa, Siddiq, Sirat, Sarh, Salaba, Salawat, Salla, Sanam, Suwa', Sawami', Sura, Saum/Siyam, Taghut, Tabul,Taba'a,Tabaq, Tahara, Tuba, Tur, Tufan,Tin, 'Alam, 'Abd, 'Abqari, 'Aliq, Adn, , 'Arub,'Azzara, 'Uzair, 'Ifril, 'Illiyun, 'Imad, 'Imran, 'Ankabut, 'Id, 'Isa, Fajir, Fatir, Fath, Fakhkhar, Furat, Firdaws, Fir'aun, Furqan, Falaq, Fulk, Fil, Qurun, Qudus, Qur'an, Qurban, Qirtas, Qarya, Quraish, Qist, Qistas, Qissisun,Qasr, Qitt, Qatiran, Qufl,Qalam,Qamis, Qintar, Qiyama, Qayyum, Ka's, Kafur, Kahin,Kibriya,Kalaba, Kursiy, Kafara, Kanz, Kab, Kail, Lata, Lauh, Lat, Ma'ida, Ma'un, Malik,Mathani, Mithqal, Mathal, Al-Majus, Madyan, Madina, Marjan, Mursa, Maryam, Mizaj, Masjid, Misk, Miskin, Masih, Mishkat, Misr, Musawwir, Ma'in, Miqlad,Milla, Malak, Malik, Malakut, Manna, Munafiqun, Manfush, Minhaj, Muhaimin, Mawakhir, Mu'tafika, Musa, Mikal, Nabiy, Nabuwwa, Nadhr, Nuskha, Nasara, Namariq, Nuh, Nun, Harut wa Marut, Harun, Haman, Hawiya, Wathan, Warda,Wazir,Yajuj wa Majuj, Yaqut, Yahya, Ya'qub, Yaghuth, Yaqtin, Yaqin, Yamm, Yahud,Yusuf, Yunas (Arthur. Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur'an. Oriental Institute, Baroda, India, 1938).
98 Cf. A. Jeffery, Foreign Vocabulary in the Quran, p. 12-14; cf. aussi A.I. Hebbo, Die Fremdwörter in der arabischen Prophetenbiographie des Ibn Hisham, Francfort 1984; R. Dvorak, Über die Fremdwörter im Koran. Vienne, 1885; id. , Ein Beitrag zur Frage über die Fremdwörter im Koran. Munich, 1884.
99 A. Mérad , Lexégèse coranique , Paris , 1998 , p.30-31.
100 Ajouter: D.S. Margoliouth, Some additions to Pr. Jefferys Foreign Vocabulary of the Quran, JRAS 1939; M. Kamil, Persian Words in ancient arabic, BFA 19, 1957;AH. Irhayem Hebbo, Die Fremdwörter in der arabischen Prophetenbiographie des ibn Hischam, Heidelberg 1970
101 Corpus coranique 85 (titre); en 15/16, les BURJ sont des symboles du zodiaque.
102 Corpus coranique 6/7 et 2/185.
103 Corpus coranique 6/7-91.
104 A laccusatif.
105 Le début du mot en IST (=sta...) trahit une origine dun produit dimportation , que l'on hésite à désigner.
106 Corpus coranique 76/21.
107 T . Bertelè, Numismatique byzantine , éd. C. Morrisson, Wetteren, 1978 ; C. Morrisson, Monnaie et finances à Byzance : analyses, techniques , Aldershot, 1994; Alfred Bellinger, Philip Grierson, Michael Hendy, Catalogue of the byzantine coins in the Dumbarton Oaks collection and in the Whittemore collection. 5 vols. Washington, 1966-1999
108 Le mot nétant pas compris par les exégètes musulmans , ils ont en fait le nom dun scribe de Muhammad.
109 Pluriel: KUBUN.
110 Vase permettant de mélanger leau et le vin; présent dans le Corpus coranique 88/14.
111 Lorigine nest pas sure : le mot nest sûrement pas arabe; A. Jeffery, Foreign Vocabulary, p. 58-60; Widengren, Muhammad 1955, p. 178.
112 Corpus coranique 3/12 : Gaudefroy-Demonbynes 1957 , p. 608; transfert par le grec byzantin.
113 Trad. De Slane 1863.
114 Système des Limitanei : W. Smeaton , The beginnings of Ghassan , Chicago 1943 : liste des ruines retrouvées de ces tribus dans Prémare 2002 , p. 46 : I. Shahid , Encyclopédie de l'Islam2 II , p. 1044-5; P. Goubert, Le problème ghassanide à la veille de lislam, Actes du VIème congrès détudes byzantines, Paris 1951; I. Kawar, Procopius on the Ghassanids, Journal of the American Oriental Society 77-1957; I. Kawar, Ghassan and Byzantium: a new terminus a quo, Der Islam 33, 1958; id. r, Procopius on the Ghassanids, JAOS 77, 1957; I.R. Khalidi, The arab kingdom of Ghassan: its origins, rise and fall, The Moslem World 46, 1956; Th. Noldecke , Die Ghassânischen Fürsten aus dem Hause Gafna's, Berlin 1887;
115 Ils sont des Fderati: le terme peut sembler humiliant par la suite, ce qui explique l'afflux d'étymologies fantaisistes.
116 Eux-mêmes le traduisent en MULUK , rois.
117 Rois ghassanides du III au VIIèmes siècles: Jafnah I ibn `Amr (220-265); Amr I ibn Jafnah (265-270); Tha'labah ibn Amir (270-287); al-Harith I ibn Th`alabah (287-307); Jabalah I ibn al-Harith I (307-317); al-Harith II ibn Jabalah "ibn Maria"(317-327)7; al-Mundhir I ibn al-Harith II (327-330); al-Ayham ibn al-Harith II(327-330) ; al-Mundhir II Junior ibn al-Harith II(327-340); al-Nu`man I ibn al-Harith II(327-342); Amir II ibn al-Harith II(330-356); Jabalah II ibn al-Harith II(327-361); Jafnah II ibn al-Mundhir I(361-391); al-Nu`man II ibn al-Mundhir I(361-362); al-Numan III ibn 'Amir ibn al-Mundhir I(391-418); Jabalah III ibn al-Numan(418-434); al-Numan IV ibn al-Aiham(434-455); al-Harith III ibn al-Ayham(434-456); al-Numan V ibn al-Harith (434-453); al-Mundhir II ibn al-Numan (453-472); Amir III ibn al-Numan (453-486); Hijr ibn al-Nu`man (453-465); al-Harith IV ibn Hijr (486-512); Jabalah IV ibn al-Harith (512-529); al-Harith V ibn Jabalah (529-569); al-Mundhir III ibn al-Harith (569-581); Abu Kirab al-Numan ibn al-Harith (570-582); al-Numan VI ibn al-Mundhir (582-583); al-Harith VI ibn al-Harith (583); al-Numan VII ibn al-Harith Abu Kirab (583- ?); al-Ayham ibn Jabalah (? -614) ; al-Mundhir IV ibn Jabalah (614- ?); Sharahil ibn Jabalah (? -618); Amir IV ibn Jabalah (618-628); Jabalah V ibn al-Harith (628-632); Jabalah VI ibn al-Ayham (632-638).
118 Trad. A.L. de Prémare 2002.
119 La région de Damas.
120 Les Arabes du nord.
121 Il sagit de lempereur byzantin Anastase (491-518) et non de Trajan Dèce , connu en Orient à cause de la légende des Dormants dEphèse : cf. partie V.
122 Soit ASLAMA.
123 Corpus coranique 2/158.
124 Les Médinois.
125 Cf. dès le raid de Muta , cf. partie XIII.
126 Al Baladuri , The Origins of the Islamic State , ed. P.K. Hitti , 2002.
127 Tahdhib Tarikh Dimashq al-Kabir, (Dar al-Masiyrah, Beirut, 1979) , 1 , 378.
128 La métaphore géographique considère donc la Syrie comme une terre à conquérir et piller , domaine des infidèles , et le Yémen , un réservoir démographique musulman , ce qui est une considération assez juste. Le Yémen bénéficie dun a priori favorable.
129 Tabari , Tafsir XX p. 59 : trad. M.Lecker , Levying taxes , p. 120.
130 KHAMIR.
131 TAMIR.
132 J. A. Bellamy, "Two Pre-Islamic Arabic Inscriptions Revised: Jabal Ramm And Umm Al-Jimal", Journal Of The American Oriental Society,108 1988, , pp. 372-378.
133 Ed. Bewley.
134 Le tour de garde.
135 Heureusement , ce nétait quune rumeur... : lépisode na pas de visée humoristique.
136 Hamidullah n°25.
137 Trad. Prémarre 2002 , p. 45.
138 S h a u l S h a k e d , F r o m Z o r o a s t r i a n I r a n t o I s l a m , A l d e r s h o t , 1 9 9 5; S a n d r a M a c k e y , T h e I r a n i a n s : P e r s i a , I s l a m a n d t h e S o u l o f a N a t i o n , N e w Y o r k 1 9 9 8 .
139 AL FURS.
140 A. Christensen , L'Iran sous les Sassanides , Paris , 1944 : S. Shaked , The Sasanian East before the rise of islam , (The Formation of the classical islamic World 2) : C.E. Bosworth , Iran and the Arabs before islam , Cambridge History of Iran 3 : M. Morony , Encyclopédie de l'Islam2 IX p. 73; H. Bailey, ed. The Cambridge History of Iran, 8 Vols. Cambridge 1993 ; S. Shaked, From Zoroastrian Iran to Islam. Aldershot, 1995; Clive Foss, The Persians in Asia Minor and the End of Antiquity, The English Historical Review 90 , 1975) ; id., The Persians in the Roman Near East (602-630 AD), JRAS series 3, 13, 2 (2003): 149-70; J.D. Pearson, A Bibliography of pre-Islamic Persia , Londres 1975; R. Ghirshman, Iran : from the earliest times to the Islamic conquest, Harmondsworth,1954; Richard G. Hovannisian, Georges Sabagh (ed.) The persian presence in the islamic world, Cambridge 1998; Henning Börm, "Das Königtum der Sasaniden - Strukturen und Probleme. Bemerkungen aus althistorischer Sicht." Klio 90 2008; R.N. Frye, "The Political History of Iran under the Sassanians", in The Cambridge History of Iran . Cambridge 1993
141 Les sources musulmanes refusent d'évoquer clairement cette domination.
142 Ils sont les "non-Arabes" par excellence , les al Ajam.
143 Nader Naderpour, Une contradiction : L'âme iranienne et l'esprit islamique , Die Welt des Islam 23, 1983
144 R.G. Hovannisian , G. Sabbagh (ed.) , The persian presence in the islamic world , Cambridge 1998; Sandra Mackey, The Iranians: Persia, Islam, and the Soul of a Nation. New York, 1996. .
145 Sources Chrétiennes n° 21 , p. 178-9.
146P. Lecoq , Les Inscriptions Achéménides , Paris 1997 , DNa.
147 Ed. State of New York University.
148 K. Masia, The Evolution of Swords and Daggers in the Sasanian Empire, Iranica Antiqua 35-2000
149 GURZ.
150 Syria 1958 : trad. A. Maricq.
151 Patr. Or. VIII 677.
152 La dynastie sassanide comprend les rois suivants ( y compris les usurpateurs): Ardashîr I 224-241; Shâhpûr I 241-272; Hormizd I 272-273 ; Vahram I 273-276; Vahram II 276-29; Vahram III 293-293 ; Narseh 293-302; Hormizd II 302-309; Adhur-Narseh 309-309 ; Châhpûhr II 309-379; Ardashîr II 379-383 ; Shâpûhr III 383-388 ; Vahram IV 388-399; Yazdgard I 399-420; Shâpûhr IV 420; Khusru 420; Vahram V 420-438; Yazdgard II 438-457; Hormizd III 457-459; Firuz I 459-484 ; Valash 484-488; Kavad I 488-496; Zamasp 496-498 ; Kavad I 498-531; Khusru I Anushîrvan 531-579 ; Hormizd IV 579-590 ; Khusru II Parviz 590 ; Vahram VI 590-591; Hormizd V 593-593; Khusru II 591-628; Kavad II 628; Ardachir III 628-630 ; Schahr-Barâz 630; Khusru III 630; reine Bûrândûkht 630-631; Firuz II 631; reine Azarmedûkht 631; Khusru IV 631; Hormizd VI 631-632; Khusru V 63 ; Yazdgard III 632-651 (en fuite); Firuz III 651-677 (en fuite).
153 Le titre officiel des rois sassanides , héritage de la période achéménide; Philip Huyse, Die sasanidische Königstitulatur : Eine Gegenüberstellung der Quellen, in J. Wiesehöfer, Ph. Huyse, éds., Eran und Aneran. Studien zu den Beziehungen zwischen dem Sasanidenreich und der Mittelmeerwelt. Beiträge des Internationalen Colloquiums in Eutin, 8-9 Juni 2000 , Oriens et Occidens 13, 2006; G. Widengren, The sacral kingship in Iran, in The Sacral Kingship, Numen Suppl. 1959
154 La traduction en persan du terme.
155 Les rois sont dits "fils de Sassan", le fondateur mythique de la dynastie.
156 NADIM.
157 Prêtre.
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