Partie VII


MHMT

alias
MUHAMMAD,
fils d’Abdallah,
père de Qasim,
du clan des Hashim,
de la tribu des Quraysh


570-610

Enfin1 , au cours des années 5702, un enfant naît, du nom de Muhammad, fils d’Abdallah. Fabulant sans frein, la tradition populaire musulmane a développé à l’extrême cet épisode anodin en soi, qui se voit orné d’une multitude de légendes et d’événements miraculeux. La suite de la vie de Muhammad, la majorité du temps qu’il passe sur terre, celle où il ne se distingue en rien, est très mal connue, et les données fournies par la tradition musulmane sont très peu sûres et rares3 , surtout si on les compare avec la période suivante4. D'une certaine façon, le dogme méprise et rejette la vie de Muhammad avant la "prophétie", pour mieux exhalter sa vie ultérieure5. Mais les exigences des fidèles ont provoqué un phénomène contraire, une fiévreuse curiosité, que tente d'épancher le flot d'historiettes qui sont souvent des copies naïves des traditions chrétiennes tout aussi sottes.
Il faut pourtant en évoquer les grands moments, en n’oubliant jamais qu’il s’agit d’une reconstitution hagiographique6 , qui fait feu de tout bois7 .

Les dernières tendances de l'historiographie8 mettent radicalement en doute l'existence même du personnage , avec de très solides arguments. Il est fort probable que le personnage a été construit , avec son nom9 , au moins un siècle après sa mort supposée. Plus tard, trois siècles avec un luxe de détails , la Tradition s'est constituée , entre Bagdad et Damas, bien loin de la Mecque et de l'Arabie.
Pourtant, le présent dossier prend le parti d'accepter l'hypothèse de l'existence de Muhammad , parce que cette existence a été prise comme référence par le monde musulman par la suite, devenant ainsi un véritable fait historique et culturel.


La vie de Muhammad avant la prédication.
(Mahomet, Coran 10/17).10

Dis encore: si Allah avait voulu, je ne vous aurais pas communiqué cette prédication et il ne vous l’aurait pas fait connaître.
Je suis demeuré une vie parmi vous, avant la prédication.
Eh quoi! ne raisonnerez-vous pas?

(Ibn Sad, Tabaqat II 384).11
Le prophète dit:
-Ô Fatima! Aucun prophète n’a été appelé à la prophétie sans que sa vie après la prophétie ne soit la moitié de sa vie d’avant. Isa ibn Maryam12 a été appelé à la prophétie pour 40 ans ensuite13, et j’ai été appelé pour 20 ans ensuite.




Chapitre 34

Muhammad et toute la famille


Avant de présenter les documents concernant Muhammad lui-même, il faut reconstituer son lignage, présenté bien sûr de façon laudative par les sources. Par l’accumulation de toutes leurs qualités, ces personnages sont les dignes précurseurs de la perfection de Muhammad, et ils préparent sa venue.14
Le clan de Muhammad aurait été fondé par l'ancêtre Hashim ibn abd Manaf, au sein de la tribu des Quraysh. Il reste célèbre pour son organisation des cérémonies religieuses autour de la Ka'ba, et ses voyages lointains. Le clan est en déclin au début du VIIème siècle, soumis à la concurrence des Abd Shams15 et ce n'est pas le placide Abu Talib qui a les moyens de réagir à ces transformations. Muhammad est de toute façon, dès son enfance, en position délicate à la Mecque. C'est une des clés de compréhension de ce qui va advenir.
Après Muhammad, les Hashim fournissent deux familles dirigeantes au monde musulman: les Alides et les Abbassides. Les chérifs16 de la Mecque, au cours de l'histoire moderne, ont revendiqué cette ascendance plus ou moins factice, et à partir d'eux, l'actuelle dynastie jordanienne17.


§ 146-Prééminences en cascades.
Un monde musulman imaginaire est théoriquement dominé par la tribu des Quraysh, puis par d'autres groupes de moins en moins prestigieux: c'est l'idéologie que les textes tenteront longtemps de défendre, une conception inégalitaire et hiérarchisée de l'humanité musulmane : des plus "purs" des Arabes sur les autres Arabes , puis des Arabes sur ceux qui ne le sont pas. La référence à Muhammad est un moyen commode d'assurer sa prééminence.

(Muslim, Sahih 30/5653).18

Wathila ibn al Asqa a rapporté: J'ai entendu le messager d'Allah dire:
-En vérité, Allah a accordé la prééminence des Kinana19 parmi les descendants d'Ismaël20 , et il a accordé la prééminence des Quraysh parmi les Kinana, et il a accordé la prééminence des Banu Hashim sur les Quraysh, et il m'a accordé la préminence sur les Banu Hashim.

(Bukhari, Sahih 93, 2).21
Certaines personnes parmi vous rapportent des hadith qui ne figurent pas dans le livre d’Allah22 et qui ne sont pas transmis par l’envoyé d'Allah. Ce sont ces gens qui sont les ignorants parmi vous. Méfiez-vous des espoirs qui risquent de vous égarer. Car j’ai entendu l’envoyé d’Allah qui disait23 :
-Le commandement appartient aux Quraysh : personne ne se dresse contre eux en ennemi tant qu’ils ont en charge le culte, sans qu’Allah ne le renverse la face contre terre.

(Ibn Sad, Tabaqat I 2-3, 8).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Je suis le chef des enfants d’Adam.

Le prophète a dit:
-En vérité, Allah a choisi Ismael parmi les enfants d’Ibrahim, il a choisi les Banu Kinana parmi les enfants d’Ismael, il a choisi les Quraysh parmi les Banu Kinana, il a a choisi les Banu Hashim parmi les Quraysh, et il m’a choisi parmi les Banu Hashim.

En vérité, le prophète a dit:
-Allah a divisé la Terre en deux moitiés et il m’a placé dans la meilleure partie, puis l’a divisée en trois et je suis allé dans la meilleure partie, puis il a choisi les Arabes parmi les hommes puis il a choisi les Quraysh parmi les Arabes, puis il a choisi les Banu Hashim parmi les Quraysh, puis il a choisi les fils d’Abd al Muttalib parmi les Banu Hashim puis il m’a choisi parmi les fils d’Abd al Muttalib.

Le prophète d’Allah a dit:
-En vérité, Allah a choisi les Arabes, et parmi eux, il a choisi les Kinana (...) et parmi eux, il a choisi les Quraysh, puis parmi eux, il a choisi les Banu Hashim et parmi eux, il m’a choisi.

Le prophète a dit:
-Je suis supérieur aux Arabes.

...le prophète a dit:
-Quand Allah choisi d’élever un prophète, il le choisi dans la meilleure tribu et parmi elle , il choisi le meilleur homme.


§147-Les ancêtres.
Voici les pieux ancêtres24 , mentionnés pour leurs vertus tribales et leur fort caractère. Mais ils ont le défaut terrible de ne pas être musulmans (forcément), ce qui les condamne automatiquement à l'enfer.

Les femmes ancêtres de Muhammad.25
(Ibn Sa’d, Tabaqat I 54-5).

La mère de l’apôtre d'Allah était Amina bint Wahb : sa mère était Barrah bint Abd al Uzza : sa mère était Umm Habib bint Assad : sa mère était Qilaba bint al Harith : sa mère était Umayya bint Malik : sa mère était Dubb bint Thalaba : sa mère était Atika bint Ghadirah : sa mère était Layla bint Awf, qui était Taqhif.
(...)
Il26 a dit: j’ai consigné les noms de 500 ancêtres féminines du prophète, et dans la liste, je n’ai pas trouvé une trace d’adultère ou de ce qui était permis du temps de la jahiliyya.27

1-al Muttalib, Le Vertueux.

Al Muttalib est l'arrière-grand oncle de Muhammad, sur lequel les renseignements sont très limités, en comparaison de son frère Hashim, bien plus prestigieux. Son propre fils est appelé d'une façon parfaitement anormale "Abd al Muttalib" -esclave d'al Muttalib- et non "Ibn al Muttalib" -fils d'al Muttalib- comme il serait normal dans une famille arabe, aristocratique qui plus est: le fait d'être identifié à un esclave est disqualifiant dans ce type de société. La Tradition (Tabari, ibn Hisham)28 a grandement peiné pour expliquer une telle étrangeté. Une solution intéressante au problème serait simplement de considérer que le nom Abd al Muttalib est un nom théophore, de structure parfaitement banale: ainsi, al Muttalib devient le nom d'une divinité. La manipulation permet d'enlever à l'ascendance de Muhammad la souillure que serait la soumission religieuse à une divinité.
Ce n'est qu'une hypothèse, mais qui vaut d'être présentée, jusqu' à preuve du contraire.29

(Ibn Khaldun, p. 300).30

Lorsque Hashim mourut à Gaza31, (...) ce fut al Muttalib, frère de Hashim, qui hérita de son autorité. Il était un homme d'honneur et de vertu. Les Quraysh l’appelaient “le Vertueux32 ” à cause de sa générosité.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 84).
Al Muttalib ibn Abd al Manaf était plus vieux que Hashim et Abd Shams, et il avait fait un traité avec le Négus pour le compte des Quraysh, concernant leur commerce : il était un noble dans son peuple, et ils lui obéissaient. Il était un chef. Les Quraysh lui ont donné le surnom d’al Fayd à cause de sa générosité. Il a pris la responsabilité d’al siqaya et al rifada33 après Hashim.

2- Salma bint Amir, une forte femme.

L'arrière-grand-mère de Muhammad, et femme de Hashim, se distingue par une position sociale remarquable et un caractère tout particulier. Elle viendrait de Yathrib/Médine, ce qui bien plus tard, facilitera l'Hégire, au moins au niveau de la rhétorique , pour convaincre les Ansar.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 88).34
Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir, un des Adiyy ibn al Najjar35. Avant, elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn n Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Awf ibn Amir ibn Malik ibn Aws36 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens, elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme, elle le quittait37 .
Hashim, elle donna Abdul Muttalib, qu'elle appela Shayba.

3- Abd ul Muttalib, l’ “esclave”.

Il s’agit d’un récit aitiologique classique, qui tente d’expliquer l’origine étrange du nom de ce personnage: il serait "l’esclave38 de son père", ce qui est gênant pour ce haut personnage39 . A des moments cruciaux de sa carrière, Muhammad affirme en public que son père est Abdul Muttalib40. Une longue légende le présente aussi dans la posture du père contraint par le sort de tuer son fils: c'est une séquelle du thème abrahamique bien connu, adapté au milieu arabe à partir de l'épisode bien connu de la Genèse.41
Les sources ménagent habilement de courtes scènes où Muhammad, très jeune, est en présence de cet ancêtre prestigieux.

L'explication du nom.
(Ibn Khaldun, Livre des Exemples, p. 300-1).42

Hashim était autrefois descendu à Yathrib et avait alors pris femme chez les Banu Adi. Son épouse avait ét mariée auparavant à Ahiha, (...) qui était le seigneur des Aws. A cause de sa
haute naissance, elle était habilitée à fixer elle-même les conditions de son rnariage. Elle mit au monde Abd al Muttalib et lui donna 1e nom de Shayba : Hashim laissa l'enfant chez elle jusqu'à son adolescence. Lorsqu'il mourut, son frère al Muttalib alla chercher l'enfant auprès d'elle. Elle fut contrariée et le lui donna à regret, et al Muttalib l'emmena, ils entrèrent à la Mecque, l'enfant en croupe derrière son oncle. Les Quraysh s'exclamèrent
-Voilà un esclave
43 acheté par al Muttalib!
Shayba prit, depuis lors, le nom de Abd al Muttalib. Al Muttalib périt à Radman, au Yémen. Abd al Muttalib lui succéda à la tête des Banu Hashim. il s’acquitta des charges de la nourriture et de la boisson des pèlerins mieux que ses prédécesseurs. Il fit partie des délégations qui se rendirent auprès du roi himyarite du Yémen et du roi d'Éthiopie.


Mort d’Abdul Muttalib.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 980).44

Abd al Muttalib est mort quand l’apôtre d’Allah avait huit ans. Mais une autre autorité45 dit dix ans.

L’oeuvre d’Abdul Muttalib.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1088).46
Après la mort de son oncle Al Muttalib, Abd al Muttalib assuma la fonction de fourniture de nourriture et de boisson aux pélerins47 , que les fils d’Abd Manaf48 avaient tenu auparavant. Il était honoré parmi le peuple et était un homme de grande importance parmi eux, et personne ne lui était équivalent. C’est lui qui a découvert le puit de Zemzem49 , le puit d’Ismaël, le fils d’Abraham, et a sorti tout avait été enterré, soit deux gazelles d’or dont on dit que ce sont les Jurhum50 , quand ils ont été expulsés de la Mecque, des sabres qa’li51 et des cottes de mailles. Il a intégré les sabres dans la porte de la Ka’ba et a recouvert la porte avec les gazelles, en sous forme de plaques dorées. On dit que c’est le premier or dont la Ka’ba a été ornée.52

Négociation entre Abdul Muttalib et Abraha.53
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah ).
Abraha envoya le Himyarite Hunata à la Mecque avec instruction de savoir qui était le chef de cette région et de lui transmettre le message selon lequel il ne fallait pas le combattre, mais seulement démolir le temple. S'il n'y avait pas de résistance, il n'y aurait pas de sang versé et s'il voulait éviter la guerre, il reviendrait avec lui. En arrivant à la Mecque, Hunata sut que c'était Abdul Mutttalib ibn Hashim ibn Abd Manaf ibn Qussay qui était le chef des notables, alors il vint le voir et lui transmit le message.
Abdul Muttalib répondit:
-Allah sait que je ne veux pas combattre contre lui, parce que nous n'en avons pas le pouvoir. C'est le sanctuaire d'Allah et le temple de son ami Abraham -ou des mots semblables-54 . S'il le défend contre lui, c'est parce que c'est son sanctuaire et le temple de son ami Abraham...

Le creusement du puit de Zemzem.55
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 91-94).
L’épisode tente de lier assez tôt le sanctuaire de la Mecque avec la tradition biblique. On y voit aussi les prémisses de l’affrontement entre les Quraysh et Muhammad. Du point de vue des premiers, cette action est un véritable sacrilège56. On est aussi en présence d'une "pré-révélation": la tradition ose user de ce moyen pour retenir l'attention du public.

Alors qu’Abdul Muttalib dormait dans le Hijr57, il lui fut commandé par une vision de creuser le puit de Zemzem (...):
- je dormais dans le Hijr58 quand un visiteur surnaturel59 vint et me dit “creuse Tiba” .
Je dis:
-Qu’est-ce que Tiba?
Puis il me laissa. J’allais me coucher le jour suivant, je dormais et il vint de nouveau pour dire:
- “Creuse Barra” et quand je demandais ce qu’était Barra, il partit. (...)
Quand le lieu exact me fut présenté par lui, et qu’il sut qu’il correspondait avec les faits, il prit une pioche et alla avec son fils al Harith (...) pour creuser. Quand le haut du puit apparut, il s’écria:
-“Allah ou Akbar!60”.
Alors les Quraysh surent qu’il avait atteint son objectif et virent lui dire:
-C’est le puit de notre père Ismaël, nous avons un droit sur lui, donc donne nous en une part.
-Je ne le ferai pas, dit-il, parce que j’ai été personnellement averti de cela, et pas vous, donc c’est à moi qu’il a été donné.
Ils dirent:
-Fais nous justice, sinon, nous ne te laisserons pas avant que nous ayons une décison judiciaire à ce sujet...
(...)
On dit que quand cela lui a été dit et quand il a demandé où était Zamzam, on lui dit qu’il se trouvait là où était la fourmilière où un corbeau allait planter son bec demain (...). Le jour suivant, Abdul Muttalib et son fils al Harith allèrent trouver la fourmillière et le corbeau picorant, entre les deux idoles de Isaf et Nayla61 , là où les Quraysh sacrifiaient. Il prit une pioche et commença à creuser là où il lui avait été ordonné. Les Quraysh, le voyant au travail virent et refusèrent de lui permettre de creuser là où se trouvaient les deux idoles auxquelles ils sacrifiaient. Abdul Muttalib dit alors à son fils de s’interposer et de le protéger pour qu’il continue à creuser. Quand ils virent qu’il ne cesserait pas son travail, ils le laissèrent seul. Il n’eut pas à creuser bien plus profond avant de trouver la pierre supérieure du puit, et il rendit grâce à Allah d’avoir été aussi bien informé. En creusant un peu plus, il découvrit les deux gazelles d’or que les Jurhum aviaent enterrées là au moment de fuir la Mecque62. Il découvrit aussi des épées et des cottes de maille de Kala63 . (...) Abdul Muttalib s’empara de la charge de la fourniture de l’eau de Zemzem pour les pèlerins64.

Le rôle d'Adul Muttalib dans la reconstruction de la Qa'ba.
Une tradition très rare affirme que c'est Abdul Muttalib, vénérable autorité de son temps, qui a été l'arbitre du déplacement de la pierre noire. Ainsi, le rôle traditionnellement dévolu à Muhammad serait une usurpation. S'il est vivant à cette époque, il est évident que c'est plutôt cet aïeul qui doit s'acquitter de cette tâche. De plus, l'épisode est en concordance avec l'affaire du creusement de Zemzem. Il faut en conclure que la rareté d'une tradition n'est donc pas synonyme de fausseté. Bien au contraire: le zèle correcteur des traditionnistes a effacé tout ce qui dérangeait leur conception de la religion et de ses origines. Parfois, quelques informations originelles leur ont échappés.

(Ibn Bukayr) . 65
Il l'a appelé en lui disant:
-Qu'ai-je entendu au sujet d'Abdul Muttalib? Que c'est celui qui a mis la pierre noire à sa place?
-Allah te préserve, dit al Araj, quelqu'un m'a dit qu'il avait entendu Omar ibn Abdul Aziz dire qu'il avait entendu dire que Hassan ibn Thabit66 disait:
-J'étais présent à la Ka'ba a été reconstruite, et c'est comme si je voyais encore Abdul Muttalib assis sur le mur, un vieil homme avec ses sourcils retenus en arrière par un turban, attendant que la pierre lui soit amenée. C'est lui qui a mis la pierre de ses propres mains.
(...) Puis il se retourna vers moi et me dit:
-C'est vraiment quelque chose dont je n'avais jamais entendu parler. Personne d'autre que l'apôtre d'Allah a mis la pierre à sa place de ses propres mains.67

Le "père" de Muhammad.
(Bukhari, Sahih 4, 52, 126).

... le prophète chevauchait sa mule blanche, et Abu Sufyan tenait ses rênes, et le prophète disait:
-Je suis le prophète en vérité, je suis le fils d'Abdul Muttalib.68

4-Abu Talib.
L’oncle de Muhamad est une figure peu développée, qui servira pourtant de protecteur efficace au cours de la période de prédication, en tant que chef en titre du clan des Hashim. Comme père d’Ali, il sera au contraire mis en avant par la tradition shiite.
Sa mort et son refus de se convertir, attriste profondément Muhammad. Privé de ce soutien, il doit préaprer l'émigration à Médine. Son véritable nom est païen: Abd al Manaf69 , mais les textes préfèrent employer son surnom, exempt de l'impureté du paganisme.
Un témoignage du XIXème siècle démontre que le culte des saints a prospéré jusqu'au coeur de la Mecque, au détriment de l'adoration d'Allah.

Le protecteur de Muhammad.
(Ibn Khaldun, Livre des Exemples p. 306).

Abd al Muttalib mourut lorsque le prophète avait huit ans. Il le laissa sous la tutelle de son fils Abu Talib. Celui-ci fut pour lui un bon tuteur et un bon éducateur. L'enfance et la jeunesse du prophète s'étaient déroulées de façon merveilleuse70 .

La tombe d’Abu Talib.

(J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p. 129).
Un peu au devant de la maison du shérif, et au bout du Mala, se dresse la tombe d’Abu Talib, un oncle de Muhammad, et père d’Ali. Les Wahhabites ont réduit le monument qui recouvrait la tombe à un tas de décombres : et Muhammad Ali Pasha n’a pas jugé opportun de le faire reconstruire. Abu Talib est le grand saint patron de la cité : et il y a beaucoup de gens, à la Mecque, qui bien qu’ils aient peu de scrupules à violer un serment fait au nom d’Allah, seraient très anxieuses d’invoquer le nom d’Abu Talib pour sacraliser un mensonge. “Je jure sur la mosquée”, “je jure par la Ka’ba” sont des exclamations constamment employées par les Mekkawi71 pour en imposer aux étrangers : mais jurer par Abu Talib est une imprécation beaucoup plus grave et elle est plus rarement utilisée dans ces occasions. De l’autre côté de la tombe en ruine se dresse une fontaine publique...



§148-Les géniteurs.

1- Abdallah.
De son nom, Abdallah ibn Abd al Muttalib. Il est le demi-frère d'al Abbas72 et d'Abu Talib, et appartient à un clan de la tribu marchande des Quraysh.
Le personnage du père de Muhammad est très peu développé par les textes. Il est mort jeune et sans responsabilité. On peut aussi voir dans ce manque d’intérêt une volonté de s’écarter de la doctrine chrétienne qui s’appuie sur la question de la paternité de Jésus, et de libérer à l'avance Muhammad du poids d'un père trop puissant, dans une société patriarcale. Il vaut mieux pour lui qu'il meure vite. Osons dire que la Tradition le fait mourir le plus vite possible, comme un personnage indispensable mais embarrassant.
Son nom, pourtant, "Serviteur d'Allah"(ou disons pour cette fois "Serviteur de Dieu"73 ), est courant chez les juifs et surtout chez les chrétiens et il se distingue nettement des noms théophores païens74. Fils posthume, fils de presque personne75 , il ne sera père de personne, dans un clan en déclin: situation déplorable dans un milieu tribal. Il ne reste que l'exil ou la prophétie pour conjurer le destin...
Les calculs savants concernant son âge et la date de sa mort n'existent que pour maintenir un écart cohérent avec la naissance de son fils. En dehors de cet aspect comptable, il n'intéresse personne. C'est un fantôme, à la fonction strictement génétique, ou un masque, dont on ne saura jamais le nom véritable.


La naissance d’Abdallah.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 967).76
Abdallah77 ibn Abd Muttalib, le père du messager d’Allah, est né la 24ème année du règne de Khosroès Anusharvan.

(Ibn Kathir, Sira 122).78

az Zuhrî a dit: Abdullah était le plus beau des hommes de Quraysh : il était le frère d'al Hârith, d'Ezzubîr, de Hamza79 , de Dhirâr, d'Abu Tâlib (de son vrai nom Abd Manâf), d'Abu Lahab (de son vrai nom Abd al Uzza), d'al Muqawwim (de son vrai nom Abd El Kaba), de Hadjl, d'al Ghidâq (de son vrai nom Nawfal). Ce sont là tous les oncles paternels du Prophète.
Quant à ses tantes paternelles, elles étaient au nombre de six: Arwâ, Barra, Umayma, Safiyya, Atika et Umm Hakîm. Nous parlerons de chacune d'elles un peu plus loin, si Allah le veut.

La mort d’Abdallah.
(Waqidi).80
Abd al Muttalib a envoyé Abdallah à Médine pour lui apporter une provision de dattes81 . Et il est mort.

(Ibn Khaldun, Livre des Exemples p. 305).
Son père Abdallah, parti en Syrie, avait péri à Médine, sur le chemin du retour. Notre seigneur l’envoyé d’Allah vint au monde quelques mois après la mort de son père.

(Baladhuri Ansab 1, 92).82

Certains disent qu’il avait 28 ans quand il est mort et que son père lui envoya son frère al Zubayr, qui fut présent à sa mort. Il est enterré dans la cour de al Naghiba.

La tombe d’Abdallah.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 33).83

A Médine était également la tombe du père du prophète, Abdallah, fils d"Abdul Muttalib, qui, au retour d'un voyage de commerce en Syrie, était tombé malade à Médine et y était mort : il avait été enterré au cimetière de Médine, qu'on appelle Dar al Nabigha, et qui se trouve à droite de la route, quand on vient du Khorasan84: c'était au cinquième mois de la grossesse d’Amina.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 980).85
Abdallah ibn Abd al Muttalib est revenu de Syrie dans un caravane des Quraysh et il a campé à Médine, y est resté jusqu’à sa mort. Il a été enterré dans la bâtiment de al Nabighah, dans une petite hutte, qui est dans le bâtiment, sur votre gauche, quand vous entrez.


2- Amina.
La mort rapide et providentielle de cette jeune femme empêche d’en faire une figure comparable à la Marie de Jésus. Elle serait de plus contestée par l’influence d’une multitude d’autres femmes de l’entourage de Muhammad, et surtout de la figure puissament maternelle de Khadidja86. En fait, le personnage n'a subsisté dans les mémoires que pour créer un lien symbolique avec Yathrib, la base des conquêtes musulmanes.
Le public musulman a dû être choqué d'imaginer la propre mère de Muhammad cruellement vouée à l'enfer pour son incroyance, dans le Coran. On a donc développé d'ingénieux détours pour l'épargner, elle et son époux87. Au final, ces tentatives se révèlent plus pathétiques qu'efficaces à concilier la sentimentalité des publics et l'inhumanité des prescriptions de la doctrine.
Son nom même n'est finalement qu'un surnom, à connotation chrétienne: elle est "la fidèle", ou la "croyante". Cela achève d'en faire un véritable fantôme, encore plus qu'Abdallah.


(ibn Sa’d, Tabaqat I 102).
Amina bint Wahb était sous la responsabilité de son oncle paternel88 Wuhayibn Abd al Muttalib l’approcha, avec son fils Abdallah, le père du prophète et le proposa en mariage à Amina. Il la maria avec Abdallah. A ce moment, (Wuhayb) proposa aussi sa propre fille, Hala, à Abd al Mutallib.
(...)
Après le mariage avec Amina, Abdallah vécut avec elle trois jours89 : c’était leur coutume qu’un homme ne puisse vivre que trois nuits seulement avec sa femme dans la famille de son père.

La mort d’Amina90 bint Wahb.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 980).91

La mère du messager d’Allah est morte à al Abwa entre la Mecque et Médine quand le messager d’Allah avait six ans. Elle l’emmenait à Médine pour lui faire visiter ses oncles des Banu Adi ibn al Najjar92 , mais elle est morte au retour avec lui. (...) La tombe d’ Amina se trouve dans le ravin d’Abu Dharr à la Mecque.

Le pèlerinage sur la tombe maternelle.
(Ibn Sa'd, Tabaqat I 1 73).

C'est la tombe de ma mère. J'ai demandé à Allah de la visiter et il me l'a permis. Alors je l'ai prié de pardonner à ma mère93, mais il n'a pas voulu m'entendre. C'est pour cela que je pleure.

L'intervention d'une révélation dans le deuil.
(Mahomet, Coran 9/114).
Il n'est ni du prophète ni des croyants de demander pardon à Allah pour les associateurs -fussent-ils ses proches- après que s'est manifesté aux croyants et au prophète que ces associateurs seront les hôtes de la fournaise.94



Chapitre 35

Muhammad,
fils d’Abdallah.





Voici l'Homme95 .
La biographie fragmentaire qui suit est largement romanesque , le fruit de multiples imaginations. Mais de tels documents, aussi nombreux tous fictifs, déformés ou anachroniques, permettent de combler les attentes du public, avide de tout savoir sur l'homme parfait, l'être idéal.


L'intitulé de la biographie.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 3).
Abu Muhammad Abdul Malik ibn Hisham le grammairien96 a dit:
C'est le livre de la biographie de l'envoyé d'Allah .




§ 149-Mythologies.

Il s’est établi un dogme audacieux qui a présenté Muhammad comme le descendant direct d’Adam, à travers Abraham et Ismaël. La conception et la naissance de Muhammad ont été ornées d’un grand nombre de signes97 surnaturels et de présages confirmant son importance future98 . Des influences de l’Evangile de l’Enfance, consacré à Jésus et écrit en langue arabe sont probables99 . Dans ces épisodes, le romanesque le dispute au merveilleux100 . La tradition a aussi profité d'un événement marquant de l'Histoire de la Mecque, l'échec du siège d'Abraha de 570101 , en établissant une synchronie avec la naissance du personnage.
De fait, toute la chronologie est établie artificiellement à partir de la seule date à peu près assurée, celle de la mort de ce personnage102.

Qu'on ne s'offusque pas de lire le mot "Mythologies"103 qui est exactement à sa place et que rien ne saurait déplacer.

La version officielle: la “pure origine de Muhammad depuis Adam”.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 3).

Muhamnad104 était le fils d’Abdullah, ibn Abdul Muttalib (dont le nom était Shayba), ibn Hashim105 (dont le nom était Amir), ibn Abdu Manaf106 (dont le nom était al Mughira), ibn Qusayy107 (dont le nom était Zayd), ibn Kilab, ibn Murra, ibn Kab, ibn Luayy, ibn Ghalib, ibn Fihr108 , ibn Malik, ibn al Nadr, ibn Kinana, ibn Khuzayma, ibn Mudrika (dont le nom était Amir), ibn Ilyas, ibn Mudar109, ibn Nizar, ibn Maadd, ibn Adnan110 , ibn Udd (ou Udad), ibn Muqawwam, ibn Nahur, ibn Tayrah, ibn Yarub, ibn Yashjub, ibn Nabit, ibn Ismaël111 , ibn Ibrahim, l’ami du miséricordieux112 , ibn Tarih (qui est aussi Azar), ibn Nahur, ibn Sarugh, ibn Rahu, ibn Falikh, ibn Aybar, ibn Shalikh, ibn Arfakhshadh, ibn Sham, ibn Nuh, ibn Lamk, ibn Mattushalakh, ibn Akhnukh, qui est le prophète Idris113 d’après ce qu’ils disent mais Allah sait le mieux (il fut le premier des fils d’Adam à qui le don de prophétie et l’art d’écrire lui fut donné)114 , ibn Yard, ibn Mahlil, ibn Qaynan, ibn Yanish, ibn Sheth, ibn Adam.

Confirmation de la généalogie.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 37).
La généalogie du prophète est constatée par les généalogistes : elle commence à son père et remonte jusqu’à Adam. Dans cet ouvrage, on a indiqué des opinions différentes relatives à la série entre Maadd fils d’Adnan et Ismaël, les uns prétendent qu’il y a trois générations, d’autres cinq, et d’autres encore, dix. La généalogie que nous allons donner n’est pas contestée, et se trouve exactement dans les traités de généalogie.



§150-Conception.

La tradition hésite toujours entre la relation prosaïque ou même triviale de l'origine du personnage, et la tentation du merveilleux ou du fantastique, par contamination du christianisme. Le résultat n'est pas très heureux et on est encore loin de la figure si humaine et si populaire du "Petit Jésus"115.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1081).116
Abdallah était le plus beau des hommes des Quraysh. Ils parlèrent à Amina de sa beauté et de son apparence, et lui demandèrent si elle voulait l’épouser117 . Il consomma le mariage avec elle, et conçut le messager d’Allah.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 56)
Il y avait à la Mecque un chrétien nommé Waraqa118, fils de Nawfal, qui était devin119. Il avait une sœur devineresse120 , nommée Umm Iqbal. Celle-ci, étant assise un jour à la porte de la Ka'ba, lorsque Abdallah en sortit et se dirigea vers sa maison, remarqua sur son front un éclat, qui était celui du prophète121 . Elle avait lu dans les Écritures que le prophète devait naître. Elle appela Abdallah auprès d'elle et lui dit :
-Qui es-tu?
Il répondit :
-Je suis le fils d’Abdul Muttalib.
- Es-tu celui qu'Aldul Muttalib a voulu offrir en sacrifice, par suite de son vœu?
- Oui.
- Je suis, dit-elle, la fille de Nawfal, sœur de Waraqa : si tu me prends pour femme, je te donnerai cent chameaux.
Elle ne savait pas qu’Abdallah était marié. Il consentit et lui dit :
- Reste ici, je vais à la maison pour en parler à mon père. Quand il entra dans sa maison, Amina se jeta à son cou : cédant à sa passion, il s'unit à elle, et le prophète fut conçu dans le sein d'Amina. L'éclat dont avait été entouré le front d’Abdallah avait disparu lorsqu'il se rendit ensuite auprès d'Umm Iqbal. Celle-ci, ne voyant plus le rayonnement sur sa figure, reconnut que le trésor qu'il avait porté en lui était sorti de son corps. Ayant appris de lui qu'il avait une femme et qu’ il venait de s'unir à elle, Umm Iqbal lui dit:
- Va, je n’ai plus de désir.
Abdallah s'en alla122 .

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 101).123

Abdallâh était chez une femme, (...) et il restait sur lui des traces d'argile. Il lui fit des avances, mais elle le renvoya à plus à cause de ces traces d'argile qu'il avait sur lui124. Il sortit de chez elle, fit ses ablutions et se lava de cette argile qu'il avait sur lui. Puis il sortit, se dirigeant vers Amina. Il passa nouveau auprès de cette femme qui l'appela à elle. Mais il la repoussa et se dirigea vers Amina. Il entra chez elle et prit. Elle conçut alors Muhammad, que (...). Puis il repassa auprès de cette femme et lui dit :
-En veux-tu?
Elle répondit :
-Non! Quand tu étais passé près de moi, il y avait entre tes yeux une lueur blanche. Je t'ai appelé et tu m'as repoussée. Tu es entré chez Amina et elle a enlevé cette lueur.

Grossesse d'Amina.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 974).125

Je126 suis le premier-né de ma mère, et elle me conçut et me porta comme le plus lourd fardeau qu’elle ne porta jamais et commença à se plaindre au près des femmes de son entourage.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 102).
On raconte dans les histoires qui se disent (mais Allah connait seul la vérité127 ) que Amina, mère de l’apôtre d’Allah a dit que, quand elle était enceinte de l’apôtre d’Allah, une voix lui dit:
-"Tu es enceinte du seigneur de ton peuple". (...)
Alors qu’elle était enceinte, elle vit une lumière128 sortir d’elle par laquelle on pouvait voir les forteresses de Bostra en Syrie. Peu après, Abdallah, le père de l’apôtre d’Allah, mourut, quand sa mère était encore enceinte.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 106).129
... quand Amina fut enceinte du prophète, elle disait:
-Je en me sens pas comme si j’étais enceinte, et je ne ressents aucun poids comme pour les autres femmes, sauf que mes règles ont cessé. Mais j’ai eu une vision, alors que j’étais entre le sommeil et la conscience, d’un voyageur qui me rencontrait et me disait130 :
-Sais-tu que tu es enceinte?
Je me suis sentir répondre:
-Non.
Il dit alors:
-Tu es enceinte du chef de cette nation, et de son prophète.
C’était un lundi.
(...)
La mère du prophète a dit:
-J’ai été enceinte d’enfants, mais aucun agneau n’était plus lourd que lui131 .
(...)
...Ni Amina ni Abdallah n’ont eu d’autres enfants que le prophète.


§ 151-La naissance.

On ne s'y attarde guère sur la naissance du personnage 132 : là encore, l'influence du christianisme est fâcheuse, et l'on veut éviter que surgissent une crèche, un âne, un boeuf et des Mages au détour d'un récit!
La tradition islamique préfère décrire les humains pubères, barbus et guerriers plutôt que les enfants133 , et de toute façon, il faut absolument éviter le rapprochement avec l'Incarnation chrétienne.


(Jurjani, Livre des Définitions 76).134

al irhas.
Le charisme précurseur, le signe de la précellence.
1-Ce terme désigne les phénomènes insolites135 qui se manifestent en rapport avec le prophète avant son apparition: par exemple, la lumière sur le front des ancêtres du prophète.


Le cadre chronologique.
(Ibn Asakir, Tarikh).136
Les Quraysh décomptaient le temps avant l'ère du prophète, depuis l'année de l'Eléphant. Entre l'Eléphant et les guerres sacrilèges, ils décomptent quarante ans. Entre les guerres sacrilèges et la mort de Hisham ibn al Mughira ils décomptent six ans. Entre la mort d'Hisham et la reconstruction de la Ka'ba, ils décomptent neuf ans137 . Entre la reconstruction de la Ka'ba et le départ du prophète pour Médine, ils décomptent quinze ans : il est resté cinq ans de ces quinze ans sans recevoir de révélation. Ensuite, la chronologie est celle qui suit...

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 29).

Le prophète naquit, comme nous l’avons dit, dans la nuit de lundi138.

(Tabari, Histoire des prophète et des rois V 967).139
Son grand père disait: le messager d’Allah et moi même sommes nés l’année de l’Eléphant.
(...) le messager d’Allah est né la quarante deuxième année du règne140 .

L'intégration de Muhammad à la chronologie.
(Ibn Khaldun, Livre des Exemples p. 305).
L’envoyé d’Allah (...) naquit l’année de l’Eléphant, le 12 du mois de Rabi I, à la quarantième année du règne de Khosroès Anushirvan, (ou, dit-on, à la quarante-huitième) et la la 882ème de celui d’Alexandre le Grand.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 109).
L’apôtre d'Allah est né un lundi, le dizième du moi de rabi al awwal : l’invasion des gens de l’Eléphant a eu lieu au milieu du mois de muharram, 50 jours avant l’événement.

Signes de la prophétie.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 171).
Quand l’apôtre d'Allah est né, il est tombé par terre sur ses mains, et a levé la tête vers le ciel, et il a pris une poignée de terre dans sa main. Un membre de la famille de Lihb a reçu cette information et a dit à ses amis:
-Puisse t-il être sauvé! Si l’augure est juste, ce nouveau-né submergera le peuple de la Terre.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 111).
Amina a dit:
-J’ai remarqué que c’était comme si une météorite141 sortait de moi avec laquelle la terre était éclairée142 .

(ibn Sa’d, Tabaqat I 112).
Quand la mère du prophète a accouché, elle a mis un plat de pierre sur lui, qui s’est brisé. Elle a dit à ce sujet:
-Je l’ai vu regarder vers le ciel.
(...)
Quand le prophète est né, il est tombé sur la paume des mains et ses genoux, regardant vers le ciel143 .
(...)

Le sanctuaire de la naissance de Muhammad.
(J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p. 171).
Dans la ville, on montre: Mouled el Nabi, le lieu de naissance de Muhammad, dans le quartier du même nom. Du temps de Fasi, une mosquée était présente tout près, appelée Mesjid al Mokhtaba. Durant mon séjour, des ouvriers travaillaient à la reconstruction du Mouled, selon son plan primitif. Il est constitué d’une rotonde, le sol étant à 25 pieds au dessous du niveau de la rue, avec un escalier permettant de descendre. Un petit trou est montré, sur le sol, dans lequel la mère de Muhammad se serait assive quand elle a accouché. On dit que c’est la maison d’Abdallah, le père de Muhammad.

La fête anniversaire de Muhammad.

(J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p. 387).
Je crois que les gens de Médine n’avaient pas d’autres moments de réjouissances publiques autres que les fêtes religieuses, à l’exception de Mouled al Nabi, ou Anniversaire du Prophète, le douzième jour de rabi al Thani. Elle est considérée comme une sorte de fête nationale: toutes les boutiques sont fermées dans la journée, et chacun se montre dans son plus bel habit. Tôt le matin, les oulémas et un groupe de gens bien habillés se rassemblent dans la mosquée, où un des khatib, après un court sermon, prononce un récit des actions de Muhammad, de sa naissance à sa mort : après cela, l’assistance, au moins les notables, sont rafraîchis par de la limonade ou de l’eau liquoreuse. Les musulmans zélés passent la nuit précédente en prière.



§ 152-Muhammad avant Muhammad.

Le mot144 était très rare dans le monde arabe, avant la prédication145: des composés, des formules dans les inscriptions : quelques cas bien antérieurs dans la tradition (très peu plausibles) et un autre, contemporain146: ce n'est pas un nom arabe, ce qui peut faire sourire quand on songe à la fortune future du nom.
Comme le nom intrigue, parce qu'il n'est pas vraiment un nom, il faut l'expliquer, ce que font les sources, dans de récits joliment inventés.
C'est un nom laudatif, un participe passif, qui apparaît seulement dans les dernières sourates147: "Qu'il soit loué!" puis "Le Loué". En français, ce serait un peu "Benedictus" puis Benoît (comme Benoît XVI, par exemple).
Des chercheurs contemporains se sont donc demandé s'il s'agissait d'un surnom ou d'une expression, une formule rituelle, en usage en araméen, c'est-à-dire dans le monde chrétien148.

Presque un Muhammad.
(Inscription de Palmyre149).

Cette statue est celle de Taymohammed, fils de Nesa, ... de la tribu des Banu Samad.

Une invocation juive au Yémen.
(fin de l'inscription royale de Yusuf, à Bir Hima).150

... au nom de Rahmanan.
Dresse cette inscription, Taminum, celui de Hadayat, seigneur des Juifs.
B- M-h-m-d151 .

La nouveauté du nom.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 194).
Les Arabes ont appris des gens des Ecritures et des devins qu’un prophète nommé Muhammad avait surgi. Toute personne parmi les Arabes l’ayant appris, se mit à nommer son fils Muhammad, dans l’espoir de recevoir la prophétie.

Muhammad ibn Khuzaa.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 31).
Abraha était furieux et jura d'aller jusqu'à à ce temple et de le détruire. Avec Abraha, il y avait aussi des Arabes qui étaient venus à la recherche de butin, parmi lesquels Muhammad ibn Khuzaa ibn Khuzaba ibal Dhakwani al Sulami, avec d'autres de sa tribu, parmi lesquels son frère appelé Qays152.

Muhammad ibn Maslama.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 550).
L'apôtre d'Allah me dit:
-Qui voudrait me débarasser d'Ibn al Ashraf153 ?
Muhammad ibn Maslama, frère des Banu Abdul Ashhal dit:
-Je vais m'occuper de lui pour toi, ô apôtre d'Allah, je vais le tuer.

D’autres Muhammad.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 194).
Chez les Banu Tamim, il y avait un nommé Muhammad ibn Sufyan. C’était un moine154 : son père avait su qu’en Arabie un prophète avait surgi portant ce nom de Muhammad. Alors il l’a appelé Muhammad. Il y avait aussi le Muhammad al Jushami chez les Banu Suwaa, Muhammad al Usayyid et Muhammad al Fuqaymi : ils furent nommés ainsi pour recevoir la prophétie.

(Ibn Rusteh, Les Atours Précieux 194-201).155
 
Les rares personnes qui, au temps du paganisme, portèrent le nom de Muhammad, avant le prophète, furent:
Muhammad ibn Uhayha, frère utérin d'Abd al Muttalib.
Muhammad ibn Sufyan
Muhammad ibn Suwa.
(...)
Muhammad ibn Barr.
Muhammad ibn Hirmaz
Muhammad ibn Oqba.
Muhammad ibn Humran.
156



§ 153-Le choix du nom .
De son vivant, Muhammad 157 n'est presque pas appelé par son nom158 , semble t-il: seuls les adversaires l'interpellent ainsi159. Il refuse aussi son nom tribal et exige , après son aut-proclamation , d'être appelé par son titre d' "envoyé d'Allah".

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 26).

La mère du prophète a raconté que, quand elle le portait dans son sein et que, au bout de neuf mois, le temps de sa délivrance approchait, elle vit, dans un songe, un ange descendre du ciel, qui lui dit :
-Celui que tu portes dans ton sein est le plus grand de tous les hommes et la plus noble de toutes les créatures : quand tu en seras délivrée, donne-lui le nom de Muhammad160, et prononce ces mots: "J’ai recours pour lui au Allah unique contre la mauvaise influence de tout envieux". 161.
Elle fit part de ce songe à Abdul Muttalib162.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 33).
Quand je l’ai porté dans mon sein, j’ai vu en songe quelqu'un qui m’a dit:
-C'est le meilleur et le plus grand de tous les hommes : quand il viendra au monde, donne-lui le nom de Muhammad163 .

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 29).
Le lendemain, Adul Muttalib lui donna le nom de Muhammad164 : car son père était mort depuis quatre mois165 .

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 968).166
Amina disait que, alors qu’elle était enceinte, les anges venaient à elle pour dire:
-Tu portes le seigneur de la communauté167 , quand il est sorti d’elle, elle s’écria:
-Je cherche refuge dans l’Unique168, contre le mal des envieux!
Puis elle l’appela Muhammad.

Le choix d'Abd al Muttalib.
(Ibn al Athir II 2).
A l'occasion de la cérémonie de la coupe des cheveux169 , son grand-père (son père étant déjà mort) l'appela Katham, mais sa mère le nomma Muhammad.

(Masudi, Prairies d'Or 1446).
La kunya du prophète était Abul Qasim, comme on le voit par les vers suivants:
A Allah appartient, parmi ses créatures, une race pure,
et la race la plus pure de la création est celle des Banu Hashim.
La quintessence de Hashim est le Muhammad de la lumière, Abul Qasim.

On l'appelait Muhammad, ou Ahmad, et aussi al Mahi, parce que Allah, par son intermédiaire, efface les péchés, al Aqib, parce qu'il n'y a pas de prophète après lui, al Hashir, parce que Allah réunira tous les hommes derrière lui.


§ 154-Des Muhammad par milliards.

Le nom "Muhammad", à travers tous ses dérivés, est ensuite le nom le plus répandu chez les musulmans et le plus sacré après celui d'Allah. Des milliards d'individus, par mimétisme social, et sans le vouloir, ont repris ce nom, sous différentes formes170.
C'est pour cela que l'on composera une immense quantité de textes pour en expliquer le sens et la genèse. C'est l'ocasion de donner quelques règles précises.


(Bukhari Sahih 110).

Le prophète a dit:
-Nommez vous avec mon nom171 mais ne vous nommez pas avec ma kunya172 .

(ibn Sa’d, Tabaqat I 114-5).
J’ai entendu l’apôtre d'Allah dire:
-Je suis Muhammad173 , Ahmad174 , al Hashir175 , al Mahi, al Khatim176 , al Aqib177.
(...)
L’apôtre d'Allah a répété devant nous ces noms, certains dont je garde la mémoire et il a dit: je suis Muhammad, Ahmad, al Muqaffi, al Hashir, Nabi al Rahma178 , Tawba179 , al Malhama180.
(...)
Il a dit:
-Je suis Muhammad et Ahmad, Je suis Rasul al Rahma, je suis Rasul al Malhama, je suis al Muqaffi, et al Hashir,:j’ai surgi pour le jihad, et je n’ai pas surgi pour le labour.
(...)
Je suis al Aqib et après moi, il n’y aura plus de prophète.

(Muslim, Sahih 43/4342).

D'après Jubayr ibn Mutim, l'envoyé d'Allah a dit :
-"Je suis Muhammad; je suis 'Ahmad; je suis Al-Mâhî 181 par qui Allah efface l'incrédulité; je suis Al-Hâshir : 182 après qui les hommes seront rassemblés (au Jour de la Résurrection); je suis Al-'Aqib (Al-'Aqib c'est-à-dire le prophète après qui aucun homme ne lui sera accordé la prophétie)".

La kunya.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 116).
(Il) a dit:
-Nommez vos enfants d’après moi, mais n’utilisez pas mon patronyme: en vérité, je suis Abu al Qasim.
(...)
Ne combinez pas mon nom et mon patronyme, je suis Abu al Qasim, Allah me donne et je transmets aux autres.


(Bukhari, Sahih 57, 7).183
De cette parole du Coran :
A Allah appartient le quint du butin et à son envoyé... 184 .
c'est-à-dire: ... et à son envoyé appartient le partage de ce quint. L'envoyé d'Allah a dit:
Je ne suis, moi, qu'un partageur, un gardien, et c'est Allah qui donne185.

1-Jabir ibn Abdallah a dit :
-Un fils étant né à un ansar186 d'entre nous, cet homme voulut donner à l'enfant le nom de Muhammad.
D'après une autre version, l'ansar a dit :
-Je portai l'enfant sur mes épaules au prophète.
D'après une autre version : et un fils lui naquit (à cet ansar),
et il voulut lui donner le nom de Muhammad.
Le prophète dit alors: Donnez mon nom comme nom, mais ne prenez pas pour kunia ma kunia. Car, moi, je n'ai été institué que comme un partageur chargé de partager entre vous.
D'après une autre version : J'ai été envoyé comme partageur, chargé de partager entre vous.
Suivant une autre version : L'ansar voulut donner à son fils le nom de El Qasim187.

2. Jabir ibn Abdallah al Ansari a dit:
-L'un d'entre nous, ayant eu un fils, lui donna le nom d'al Qasim.
Les ansar lui dirent:
-Nous ne te donnerons pas pour kunya188 Abul Qasim189 : certes nous ne te ferons pas cet honneur.
L'homme s'en vint trouver le prophète et lui dit :
-envoyé d'Allah, un fils m'est né et je lui ai donné le nom d'al Qasim : alors les ansar m'ont dit qu'ils ne me donneraient pas pour kunya Abul Qasim, qu'ils ne me feraient pas cet honneur!
-Les ansar ont bien dit, répliqua le prophète. Donnez mon nom comme nom, mais ne prenez pas ma kunya pour kunya. Je ne suis, moi, qu'un partageur.

3. Moawiya a dit: L'envoyé d'Allah a dit :
-Celui à qui il veut du bien, Allah lui fait acquérir la science190 dans la religion. C'est Allah qui donne, moi je partage. Ce peuple-ci ne cessera de se maintenir, triomphant de ses adversaires, jusqu au jour viendra l'ordre d'Allah : et ce jour les trouvera triomphants.

4-D'après Abu Horayra, l'envoyé d'Allah a dit :
-Je ne vous donne pas, et je ne vous refuse pas. Je ne suis qu'un partageur : et je mets les biens là ou j'en ai recu l'ordre.

5. Khawla l' ansar191 a dit : j'entendis le prophète dire à des gens qui administreront injustement le bien d'Allah auront l'enfer pour lot, au jour de résurrection.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 336).
Les noms par lesquels le prophète avait l’habitude de se désigner lui-même sont: Muhammad, Ahmad192, Al Aqib, nom qui signifie qu’il était le dernier des prophètes ; quelques-uns donnent, au lieu de ce nom, Muqib; mais, dans les traditions, le nom d'Aqib est plus fréquent; - Mâdhî, nom qui signifie qu'Allah a arrêté par lui l'idolâtrie et qu'il l'a enlevée de la terre; Al Hâshir, ce qui signifie que, au jour de la résurrection, tous les hommes se réuniront autour de lui et suivront ses pas; - Nabiyyul Malhama; Malhama signifie la guerre; aucun autre prophète n'a reçu d'Allah la permission de faire autant de guerres et la faveur de remporter autant de victoires; - Nabiyyul-Tawba, parce qu'Allah a accordé au prophète et à son peuple la grâce du repentir, et qu'il agrée le repentir de l'homme qui a commis un crime par un des membres de son corps, lorsqu'il exprime son repentir par ses paroles.

(Ibn Bukayr, Sira).193
... et quand il sera né, appelle-le Muhammad, parce que le nom dans la Torah est Ahmad, que les habitants du ciel et de la terre loueront. Son nom dans les Evangiles est Ahmad que les habitants du ciel et de la terre loueront, et son nom dans le Furqan194 est Muhammad, alors appelle-le de ce nom.

Une liste de plus.
(Ibn Kathir, Sira 121).

...effet, il est le maître des enfants d'Adam et leur fierté en ce bas monde et dans l’autre : il s'appelle Abu Qâsim, Abou Ibrahim, Mohammed, Ahmed, al Mahi195, celui avec qui est effacée l'incroyance, al Aqib, c'est-à-dire celui après lequel il n'y a aucun prophète, al Hâshir, c'est-à-dire celui dont les gens suivront les pas au jour de la résurrection, al Muqaffa, le prophète de la miséricorde, le prophète du repentir, le prophète des épopées, le sceau des prophètes, al Fatih196 , Taha, Yasîn et Abdullah197 .


Le prestige du nom de Muhammad.
(Ibn Sa’d, Tabaqat 1,1, 66).198

Si vous avez cent fils, appelez-les tous Muhammad.

(Tabari, Tafsir 2).199
Avant la nomination du prophète, une rumeur s'est répandue à la Mecque, qu'un messager venu d'Allah du nom de Mohammed allait apparaître, et que l'orient et l'occident tomberaient en son pouvoir. A cette époque, quarante femmes étaient enceintes, et chacune, après l'accouchement, ont nommé leur fils Mohammed, au cas où il s'agissait du messager attendu.

Les noms de Muhammad passés en revue par un ecclésiastique français du XIXème siècle.
(Abbé J.-P. Migne, Encyclopédie Théologique, t. XXVI).200


L’enthousiasme donna différents noms à cet homme fameux : connu sur terre sous le nom de Mohammed, il porte, dit le même écrivain, dans les cieux, le nom d'Ahmed : dans le paradis celui de Casem : sous terre celui de Mahmoud : et dans le feu, celui de Dayi. On lui donne aussi différents titres : les principaux sont mahi, le destructeur, faisant allusion à la ruine de l'idolâtrie : haschi, le réunisseur, pour désigner la réunion de divers peuples sous les enseignes de sa loi et de sa doctrine : akib, le dernier, s'étant lui-même annoncé pour le dernier des prophètes et le consommateur de la loi ancienne. On l'appelle encore Aboul-Eramin, le père des veuves, à cause des actes multipliés de charité et de bienfaisance qu’il fit pendant sa vie, et Aboul-Mouminin, le père des croyants, comme fondateur de l'islamisme. On porte ses noms, ses surnoms, ses titres à quatre-vingt-dix-neuf, nombre égal à celui des attributs de la Divinité.


§ 155-L’interprétation théologique du nom.

La biographie officielle de Muhammad veut démontrer que Muhammad est nommé dans le Nouveau Testament: la démonstration va du grec à l’arabe en passant par le syriaque, et sans tenir compte du sens des mots: ainsi, le paraklètos201 (défenseur) devient vite le périklètos (très honoré)202. La jonglerie linguistique n'a pas convaincu les hellénistes, mais elle est pieusement répertoriée par les érudits musulmans203 car la théologie estime avoir le droit de violer la philologie...204

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 150).

Parmi les choses qui ont retenu mon attention de ce que Jésus fils de Marie a déclaré dans l’Evangile qu’il a reçu d’Allah pour les fidèles de l’Evangile, dans la recherche d’un terme définissant l’apôtre d’Allah, se trouve ce qui suit: cela provient de ce que Jean l’apôtre leur dit quand il écrivit l’Evangile pour eux à partir du testament de Jésus fils de Marie: “(...), mais quand le menahhema205 sera venu celui qu’Allah vous a envoyé depuis la présence divine, et que l’esprit de vérité qui provient dela présence du seigneur, il témoignera pour moi et vous aussi, parce que vous avez été avec moi depuis le début. Je vous ai parlé de cela pour que vous ne soyez pas dans le doute.”
Le Munahhemena, en syriaque, c’est Muhammad : en grec, c’est le paracletos206 .

Le texte de référence.
(Evangile selon Saint Jean 15, 26-16,1).207

Lorsque sera venu le défenseur que je vous enverrai d’auprès du père, l’esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous êtes mes témoins, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses afin que vous ne soyez pas scandalisés.

Jeu de noms.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 234).
Les Quraysh appelaient l’apôtre Mudhammam208 pour le dénigrer. Il disait alors:
-N’êtes-vous pas surpris des injures des Quraysh, qu’Allah a détournées de moi? Ils maudissent et se moquent de Mudhammam alors que je suis Muhammad209 .

(Bukhari, Sahih 56/ 733).

L’apôtre d’Allah a dit:
-Ne vous étonnez-pas si Allah me protège des insultes et des malédictions des Quraysh. Ils insultent Mudhamman et maudissent Mudhammam alors que je suis Muhammad.

(Hassan ibn Thabit, Diwan I 306).210
Et il211 fit dériver de son nom pour l'honorer:
ainsi, le possesseur du trône est Mahmud212, et ceci est Muhammad.

L’interprétation d’un orientaliste du XVIIème siècle.
(Barthélémy d’Herbelot, Bibliothèque Orientale... , sv. Mohammed).

Il y a à la fin du verset de l'Alcoran qui a déjà été cité, que ceux qui suivront ce Prophète idiot et ignorant trouveront son nom écrit dans la Loi et dans l'Évangile, c.-à-d. dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. [ ... ] Et c'est ici l'imposture la plus grossière dont ce faux Prophète s'est servi pour persuader aux juifs et aux Chrétiens la vérité de sa mission.
Les interprètes de ce passage pour favoriser et soutenir un mensonge aussi impudent, disent, sans citer ce lieu, que le passage du Vieux Testament est celui-ci : [ ... ] « Ahmed, ou Mohammed, car ces deux noms signifiant la même chose se prennent aussi pour le même nom, aura un visage riant, sera un grand guerrier, montera sur un chameau, et sera vêtu d'un habit fait d'une seule pièce qui lui couvrira tout le corps ». Ce verset ne se trouve conçu en propres termes en aucun Livre de l'Ancien Testament, et semble avoir été cousu de divers endroits des Prophètes. Et quand bien même il s'y trouverait tel qu'il est, comme le mot d'Ahmed signifie « loué » ou « louable » « désiré » ou « désirable » et que c'est un mot arabe et non pas hébreu, la signification de ce mot ne pourrait jamais tomber sur ce faux Prophète : mais seulement sur le Messie qui est appelé par les Prophètes « le désiré des Nations ».
Quant au passage de l'Évangile où ces interprètes disent que le nom de Mahomet se trouve, le voici tel qu'ils le citent: “ Je m'en vais vers mon Seigneur et le vôtre, et le Paraclet viendra à la fin, ou, après moi”, et ils prétendent que le mot « Paraclita » signifie la même chose que Mohammed.
Ceci est fondé sur ce que quelques demi-savants parmi eux ont cru que ce mot « Paraclita », était tiré du Grec, PERIKLYTOS qui signifie, « illustre et digne de louange », et non de PARAKLITOS, ou PARAKLÈTOS, qui signifie, « consolateur, ou avocat ».
Mais cette explication, bien loin d'être reçue des plus habiles Mahométans, est absolument rejetée par l'auteur du livre intitulé Tebian qui dit que le nom de « Paraclita » en Syriaque, signifie la même chose que « Mehalla », et « Menakhmia » dans la même langue, c.-à-d. «Vivifiant » et « Consolateur » laquelle signification ne convient nullement ni Ahmed ni à Mohammed.

La contreverse au XIXème siècle.
(C. M. Doughty, Voyages dans l’Arabie Déserte, p. 779).213
Je voyais Hamûd tous les jours. Je retournai dîner chez lui, et dans la soirée, comme nous étions assis ensemble, il me dit:
-N'y a-t-il pas dans l'Enjîl214 quelque chose d'écrit au sujet dé Mahomet ?
-Nenni, il n'y a rien, et j'en connais chaque mot.
-Mais n'y est-il pas mentionné qu'un prophète, nommé Hamed, viendra dans la suite des temps ? Et n'est-ce pas Mahomet ?
Je répondis avec le même laconisme:
-Non, il n’a rien de tel.
Hamûd tressaillit. Il me croyait, son humanité le persuadait de la pureté de mes intentions et offenser la religion eût été sans rémission. Je poursuivis:
-Si cela se trouvait dans l'Enjîl, je serais musulman. C'est dans le Coran que vous lisez ces choses-là !
Hamûd ne répondit pas, plongé dans une grave méditation. Ce qu'ils pouvaient prendre pour une prédiction de la venue de Hamed ou de Mahomet (il s'agit du même) dans les Écritures chrétiennes, était pour moi une énigme.




§ 156-Les événements miraculeux.

La naissance de tout personnage important de l’Histoire suscite la production d’une abondante tradition mythique215, plus ou moins naïve, et parfois puérile, suivant en cela l'exemple chrétien216. La tradition doit combler le silence du Coran à ce sujet217 et doit s'adresser au public musulman féminin, en inventant de belles, édifiantes et lénifiantes histoires218 .

La lumière vers la Syrie.219
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 26).

Ensuite, dans la nuit où le prophète vint au monde, sa mère regarda et vit qu'il jaillissait de lui une lumière rayonnant jusque vers la Syrie, et elle vit tous les palais220 de ce pays : et la lumière sortant de lui rayonnait aussi vers le ciel et atteignait les étoiles.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 33).
Et quand je fus délivrée, je vis jaillir de lui une lumière qui rayonnait jusqu’aux étoiles221 et jusqu'à la terre de Syrie, et je vis les palais de Syrie : puis je regardai, l'enfant était couché sur le dos, tenant son doigt élevé vers le ciel.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).
Quand ma mère était enceinte de moi, elle aperçut une lumière qui se dégageait d'elle et illumina pour elle les palais de Syrie.

(Ibn Bukayr).222
Le signe de ceci sera qu'un lumière surgira avec lui et emplira les châteaux de Bosra223 en Syrie.

La menace contre le paganisme.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 26-7).

Une autre tradition rapporte que, au moment de la naissance du prophète, toutes les idoles qui se trouvaient dans la ville de la Mecque et dans le temple de la Ka’ba furent renversées et tombèrent sur la face

La fin du mazdéisme.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 27).

...le feu des mages de tous les pyrées224 , dans l’Arabie225 et dans la Perse, s'éteignit dans cette nuit.

La terreur de la Perse.
Le présage explique la future destruction de la dynastie par les musulmans226 .

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 27).

Dans la même nuit, Nurschirvan vit en songe les tours de son palais renversées. Le grand mobed227 eut un songe dans lequel il vit comment de grands chameaux vigoureux luttèrent contre de petits chameaux arabes en petit nombre, comment ils furent mis en fuite, comment les chameaux arabes passèrent le Tigre, pénétrèrent dans la Perse et s'y répandirent. Le matin, le mobed se leva et ne dit le songe à personne : mais son cœur fut très affligé. Le lendemain, on reçut de la Perside la nouvelle que le principal feu s'était éteint dans le pyrée, dans la même nuit que Nurshirwan avait eu ce songe. Il y avait mille ans que ce feu ne s'était éteint. Nurshirwan fut stupéfait et dit:
-C'est là une grave nouvelle : il faut en avertir le peuple. Il réunit ses ministres, les principaux officiers et les mobeds, leur raconta le songe et leur fit lecture de la lettre qui était arrivée de la province de Perse228. Le mobed dit :
-Moi aussi j’ai eu, dans la même nuit, un songe, dans lequel j'ai vu des chameaux.
Et il raconta son songe et ajouta :
-Un grand événement se passe parmi les Arabes.


§ 157-La mise en nourrice.

La figure de la nourrice229 tend à remplacer celle de la mère. Cette institution est caractéristique d’un milieu social urbain et aisé. Elle vise traditionnellement à nouer des relations indéfectibles de protection mutuelle avec le milieu des nomades. Muhammad gardera longuement le souvenir de cette période, y compris au moment de la soumission militaire de ces tribus230 .
Cette période est le cadre d’événements qui là encore, tendent à montrer la prédestination de Muhammad et sa nature surnaturelle231.
Ce type d'épisodes est aussi destiné au public féminin et maternel: on lui présente un modèle de comportement envers les enfants (mâles) , qu'il faut bien traiter en tant que futurs combattants. Dans toute la production littéraire islamique, masculine et violente, les passages consacrés aux activités considérées comme féminines sont très rares232 .


Croissance impressionnante.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 31).
Le prophète grandisssait autant en un jour qu’un autre enfant en un mois, et un mois qu’un autre en un an233.

Mise en nourrice chez les Banu Sad.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 29).
Les principaux habitants de la Mecque avaient la coutume de donner leurs petits enfants en nourrice en dehors de la ville, pour les y faire élever, parce que l’air de la Mecque est pestilentiel, surtout en été. Dans les montagnes du désert et du Hedjaz, à deux journées de la Mecque, demeuraient les Banu Sad (...), des gens pauvres. Chaque année, à l’époque du printemps, ils venaient à la Mecque, emportaient les nourissons qu’on leur confiait, les élevaient jusqu’à ce qu’ils fussent grands et les rapportaient ensuite à leurs parents.

Le choix de la nourrice Halima.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 30).
Quand ls femmes durent arrivées à la Mecque, elles prirent chacun un nourrisson : mais aucune de celles à qui on présenta le prophète ne voulut le prendre, disant que c’était un orphelin, n’ayant plus de père, et que la nourrice recevait du père différentes gratifications, et n’eurent pas confiance dans les promesses que leur fit Abdu Muttalib. Celui-ci le présenta aussi à Halima, qui refusa également, disant:
-J’ai assez de ma pauvreté, je n’ai pas besoin d’y ajouter un enfant orphelin.
Toutes les femmes des Banu Sad avaient trouvé des nourrissons, excepté Halima.
Les femmes se disposèrent à s’en retourner : alors Halima dit:
-Je serai honteuse de voyager avec ces femmes, qui toutes ont trouvé des nourrissons, moi n’ en n’ayant pas trouvé : je vais prendre cet enfant orphelin, pour l’emporter. Au moins, je n’aurai pas honte devant les autres femmes.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 118).
La première femme qui a allaité l’apôtre d'Allah était Thuwayba, qui l’a nourri avec le lait de son fils appelé Masruh, quelques jours après l’arrivée de Halima. Elle a allaité aussi Hamza et avant Abu Salama, après le prophète.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).234
L’apôtre, Hamza et Abu Salama ibn Abdul Asad avait été frères de lait, qu’une affranchie d’Abu Lahab avait allaités.

Le récit de la nourrice.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 103).235
... avec son mari et un petit enfant qu'elle allaitait, elle partit de son pays avec d'autres femmes du clan de Sad ibn Bakr à la recherche d'enfants à nourrir. C'était une année de sècheresse, dit-elle, qui ne laissait rien indemne. Je partis sur une ânesse jaune que j’avais et avec nous suivait une vieille chamelle
-Par Allah!236 qui ne nous donnait pas une goutte de lait. Aucune de nous ne dormit de la nuit à cause du petit enfant qui criait parce qu'il avait faim. Je nAvais pas assez de lait pour lui dans mes seins et la chamelle n'avait rien dans ses mamelles... Nous attendions la pluie et la fin de nos misères.
Ainsi je partis sur cette anesse : elle davait plus de force, était toute maigre et marchait si lentement qu'elle causait de l'embarras aux autres. A la fin, nous parvinmes à La Mecque, à la recherche de nourrissons. Une femme d'entre nous se vit proposer le messager d’Allah237 (...), mais quand elle apprit qu'il était orphelin, elle refusa. Nous pensions toutes au cadeau que nous escomptions du père.
Nous nous exclamions:
-Un orphelin! Qu'est-ce que sa mère et son grand-père pourront bien faire pour lui!
Nous n'en voulions pas. Et toutes les femmes de notre bande trouvèrent un enfant, sauf moi. Si bien que lorsque nous nous préparâmes à retourner au pays, je dis à mon mari:
-Allah! je vais à la maison de cet orphelin et le prends avec moi. Je ne veux pas revenir avec les autres sans enfant.
- Il ne te causera pas de souci, dit-il, peut-être Allah voudra-t-il nous bénir au travers de lui.
-J’allai et le pris, continua-t-elle, et la seule raison était que je n’en avais pas trouvé d’utre. L’ayant pris, je repartis avec lui où se tenait notre caravane : je le plaçai alors contre ma poitrine et lui donnai le sein pour y téter tout le lait qu'il voudrait. Il but jusqu'à ce qu'il en eut assez et son frère (ici le propre enfant de la femme) but aussi. Les deux furent rassasiés et s'endormirent alors que nous avions pu dormir avec l'enfant auparavant. Mon mari se leva et se rendit près de notre vieille chamelle qu'il trouva, tout surpris, gonflée de lait. Il se mit à la traire. Lui et moi bûmes tout notre saoul, puis passâmes une excellente nuit. Le matin mon mari dit :
-Par Allah! Halimah, tu sais maintenant qu’on t’a confié une créature bénie.
Je répliquai :
-Je l'espère! Nous partîmes et j'enfourchai mon ânesse en tenant l'enfant, et elle alla d'un si bon pas qu'aucune des autres ânesses ne pouvait plus la suivre, si bien que mes compagnes me dirent:
-Le diable t'emporte! Bint Abu Dhu Ayb, attends-nous. Ne nous dis pas que tu montes l’ânesse que tu avais emmenée à l’aller?
- C'est pourtant bien la même, répondis-je.
-Par Allah, il lui est arrivé quelque chose. Nous arrivâmes à nos campements au pays du clan de Sad. De la terre entière je ne connais rien de plus dénudé. Eh bien, après que je l'eus ramené là-bas, les bêtes se mirent à rentrer le soir, satisfaites et pleines de lait. Nous les trayions et buvions. Et pourtant personne d'autre ne pouvait tirer une seule goutte des pis de ses bêtes. Si bien que ceux de notre tribu qui étaient là disaient à leurs bergers :
-Le diable vous emporte! menez donc paître les bêtes où Bint Abl Dhu Ayb conduit son troupeau. Mais le soir leurs bêtes revenaient non rassasiées et sans donner une goutte de lait de plus, tandis que les miennes n’avaient plus faim et étaient pleines de lait.
Nous continuâmes à éprouver ainsi les bontés d’Allah jusqu'à ce que l'enfant atteignit ses deux ans et je le sevrai. Il était plus vigoureux qu’ aucun autre enfant. Nous l’avions séparé de sa mère, mais espérions plus que tout le garder avec nous pour les bienfaits qu'il nous apportait. Nous parlames à sa mère et je lui dis :
-Peut-être voudrez-vous bien me laisser l'enfant jusqu'à ce qu'il ait grandi, je crains qu'à La Mecque il ne contracte la peste238 . Nous insistâmes auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle décida de le laisser repartir parmi nous.

La législation de la mise en nourrice dans le Coran.
(Mahomet, Coran 2/233).
Les mères allaitent leurs enfants deux années entières, ceci pour quiconque veut donner un complet allaitement.
Au père de l'enfant incombe la subsistance et la vêture des mères, de la manière reconnue convenable: chaque personne mais n'est imposée qu'à sa capacité.
Nulle mère ne subira contrainte en son enfant et nul père, en l'enfant qui lui est né.
A l'héritier incombe pareille charge qu’au père.
Si d'un commun agrément, le père et la mère désirent sevrer l'enfant, nul grief à leur faire.
Si vous désirez mettre vos enfants en nourrice, nul grief à vous faire, à condition de verser ce que vous donnez en rétribution de la manière reconnue convenable.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).

L’apôtre d’Allah disait à ses compagnons: je suis le plus arabe d’entre vous. Je viens des Quraysh et j’ai été mis en nourrice chez les Banu Sad Banu Bakr.

Muhammad élevé par sa mère.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 34).
Muhammad était resté trois ans parmi les Banu Sad, et fut ensuite rendu à sa mère, qui le garda jusqu'à l'âge de cinq ans. Alors elle demanda à Abdul Muttalib la permission de se rendre à Médine pour voir ses oncles, leur présenter son fils, et pour visiter la tombe de son père. Abdallah ibn Abdul Muttalib y consentit. Elle se rendit donc avec son fils à Médine. C'était là le premier voyage du prophète, qui resta à Médine avec sa mère pendant un an, jusqu'à sa sixième année.
Ensuite elle le ramena.

Mort d’Amina.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 34).

Il y a, entre la Mecque et Médine239, une station appelée Al Abwa, où Amina tomba malade et mourut. Muhammad, resté seul, fut ramené par ses compagnons de voyage auprès d’Aldul Muttalib, qui le garda jusqu'à ce qu'il eut atteint l’âge de huit ans.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 107).

Il avait six ans, quand sa mère Amina mourut. Elle mourut à Abwa entre la Mecque et Médine, au retour d’une visite à ses oncles maternels.

La nouvelle maman.
(Ibn Sa'd, Tabaqat I/1 71).240
Nous tenons de Abdallah ibn Numayr al Hamdani qui le tenait de Yahya ibn Sayd al Ansari, que Muhammad ibn al Munkadir racontait: une femme frappa chez le prophète qu'elle avait nourri. Lorsqu'elle entra, il s'écria:
-Maman! maman!
Il alla prendre son manteau, l'étendit devant elle, et elle s'assit dessus.


§ 158-Souvenirs d'enfance.

Ils sont répartis tout au long de la vie de Muhammad, comme des réminiscences, forcément suspectes, entre récits populaires et traditions chrétiennes.

Le petit berger.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).
L’apôtre d’Allah disait:
-Il n’y a pas d’autre prophète qui n’ait pas gardé un troupeau.
Quand ils demandèrent:
-Toi aussi, apôtre d’Allah?
Il répondit:
-Oui.

(Ibn Sad, Tabaqat I/, p. 69).241
Faites attention aux fruits noirs242, c'est ceux que je cueillais lorsque je faisais paître les moutons.
Ils lui dirent:
-Envoyé d'Allah, tu as donc été pâtre de moutons?
Il répondit:
-Oui, et il n'y a pas de prophète qui ne l'ait pas été.

Rixe enfantine et vengeance tardive
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 158).

-Quiconque d'entre vous rencontrera Abu Jahl243, qu'il ait soin de ne pas le laisser échapper. Si vous ne le rencontrez pas, recherchez-le parmi les morts : car Allah m'a promis qu'il serait tué aujourd'hui. Si vous ne le reconnaissez pas à son visage, qui pourrait être couvert de poussière, vous pourrez le distinguer à une cicatrice qu'il a au pied. Dans notre enfance, nous nous trouvâmes un jour dans la maison d'Abdallah ibn Diwdan, l'un des nobles de la Mecque. En quittant la table, après avoir mangé, Abu Jahl me poussa et voulut me faire tomber : mais il n'y réussit pas. Ensuite je le bousculai, et son pied ayant frappé le seuil de la maison, il se blessa, et son genou a gardé la trace de cette blessure. Vous le reconnaîtrez à ce signe : tranchez-lui la tête et apportez-la moi.
En terminant ses recommandations, il dit:
-Maintenant, au nom d'Allah, allez et exécutez ce que je vous ai dit.


§ 159-Le cauchemar de l'ouverture de la poitrine.

C’est un épisode largement repris par la tradition244, et qui a été diversement analysé par la théologie et la psychanalyse depuis Freud. Il réapparait plus tard, au moment du “Voyage céleste” et dans le Coran, le traitement s'applique aussi à Moïse245 .
C’est un développement populaire d’un verset énigmatique du Coran246 sans doute issu d'un fond légendaire chrétien247 et c'est pour la tradition islamique un moyen commode de se débarrasser de la notion gênante de péché originel , avec des effets horrifiants.
Les petits musulmans ont dû être fortement impressionnés par cet épisode, inventé sans doute à leur intention, pour les éloigner de la souillure.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 31-32).248

Celui-ci alla faire paître quelques moutons sur la montagne : Muhammad et d’autres petits garçons allèrent avec lui. Là, après quelque temps, quand la journée fut avancée, il se passa un événement qu’on rapporte de deux manières. Les uns prétendent que Muhammad était éveillé : d’autres, qu'il dormait. Trois hommes vêtus de blanc249 descendirent du ciel, s'approchèrent de Muhammad, le saisirent et le couchèrent sur le côté, lui ouvrirent le ventre, en retirèrent tout le contenu et y cherchèrent quelque chose. Son frère de lait et les autres enfants, voyant cela, s'enfuirent et vinrent en criant auprès de Halima, et lui dirent:
-Viens, on a tué Muhammad!
Halima et son mari coururent sur la montagne, pour aller trouver Muhammad. Lorsqu'ils furent en sa présence, ils s’aperçurent que sa mine était altérée : ils le prirent, l'embrassèrent sur la tête et sur les yeux et lui dirent:
-Ô Muhammad, que t'est-il arrivé?
Il répondit:
-Trois hommes, avec un bassin et une cuvette d'or, sont venus, m'ont ouvert le ventre, ont pris tous mes intestins et les ont lavés dans ce bassin, puis ils les ont remis dans le corps, me disant : "Tu es né pur, maintenant tu es plus pur". Ensuite l'un d'eux a plongé sa main dans mon corps, en a arraché le cœur, l’a ouvert par le milieu et en a enlevé le sang noir, disant: "C'est la part de Satan250 , qui est dans tous les hommes : mais je l’ai enlevée de ton sein". Ensuite il m’a remis le cœur à sa place. L'un d'eux avait un anneau, avec lequel il m’a marqué, et le troisième a plongé sa main dans mon corps, et tout a été remis en ordre.
Halima prit Muhammad et le ramena à la maison.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 103).
...il était encore là au milieu des agneaux avec son frère dans nos tentes, lorsque Bon frère courut un jour vers nous pour nous dire :
Mon frère Quraysh, deux hommes en habits blancs viennent de le prendre, l'ont jeté à terre, lui ont ouvert le corps et sont en train d'y fouiller des mains ! Son père et moi courumes vers lui. Nous le trouvames debout et tout pâle. Je le serrai contre moi, mon père le serra contre lui et nous lui dimes :
-Que t’a-ton fait de mal, mon fils ? Deux hommes vêtus de blanc sont arrivés, dit-il, ils m'ont ouvert le corps, y ont cherché quelque chose, je ne sais quoi.

(Muslim, Sahih 1/311).
Gabriel251 est venu auprès du messager d'Allah alors qu'il jouait avec ses camarades. Il s'en empara et le mt en état de prostration sur le sol : il déchira sa poitrine, préleva son coeur et en fit sortir un caillot de sang. il dit:
-C'est la part de Satan en toi.
Ensuite il l'a lavé avec l'eau de Zamzam, dans un bassin doré : enfin, il remit tout à sa place. Les enfants se sont mis à courir chez sa mère (c'est-à-dire sa nourrice) en disant:
-Muhammad a été tué!
Ils sont tous arrivés autour de lui et l'ont trouvé en forme.
-Sa couleur avait changé, a dit Anas. Moi, j'ai vu les traces d'aiguille sur sa poitrine.

(Ibn Khaldun, Livre des Exemples p. 305).
La famille de Muhammad lisait dans ses traits les signes de la bonté et des grâces de d'Allah. C'est ainsi qu'il y eut l'histoire (racontée par l'envoyé de Allah - sur lui la prière et le salut de Allah -) des deux anges qui lui avaient ouvert le ventre, extrait de son cœur le caillot de sang noir, et lavé les intestins et le cœur avec de la glace. Cela s'était passé à sa quatrième année, alors qu'il se trouvait derrière les maisons, en train de faire paître les moutons. Il rentra, le teint altéré. Et lorsque Halima apprit le récit de ce qui lui était arrivé, elle craignit qu'il ne fut possédé par les démons et elle le ramena auprès de sa mère Amina...

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).
J’ai d’abord été élevé dans le clan de Sad ibn Bakr. Un jour que j'étais avec un frère sous la tente abritant les agneaux, deux hommes vêtus de blanc vinrent à moi avec un bassin d'or empli de neige. Ils se saisirent de moi et m'ouvrirent le corps, puis ils me tirèrent le cœur, l'ouvrirent et en tirèrent un caillot noir qu'ils jetèrent. Alors ils me lavèrent le cœur et le corps avec la neige jusqu'à les purifier. L'un dit à son compagnon:
-Pèse-le contre dix de son peuple : et il me pesa contre eux, et je pesais plus qu'eux.
Puis il dit :
-Pèse-le contre cent de son peuple et il me pesa contre eux, et je pesais plus qu'eux.
Puis il dit:
-Pèse-le contre mille de son peuple : et il me pesa contre eux : et je pesais plus qu'eux.

L’ouverture de la poitrine dans le Coran.
(Mahomet, Coran 94/1).
N’avons-nous point ouvert ta poitrine et déposé loin de toi le faix qui accablait ton dos?252

Interprétation du devin.253
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 32-33).

Le mari de Halima dit à sa femme :
-Je crains que cet enfant n'ait eu quelque accès démoniaque : viens, que nous le menions auprès d'un tel, devin très habile, qui demeure dans telle tribu : nous lui raconterons son histoire. S'il doit devenir possédé, nous le rendrons à sa mère.
Le lendemain, Halima et son mari se rendirent auprès du devin, emmenant Muhammad avec eux. Halima lui dit:
-Voilà un enfant que j'ai pris à la Mecque, des Banu Quraysh, et que j'ai élevé : maintenant les diws le tourmentent, comme s'il devait devenir un possédé : vois ce qui en est.
Ce devin était idolâtre, ayant la religion des Arabes. Il dit :
-Quel signe de possédé vois-tu en lui?
Halima lui raconta son aventure. Le devin répliqua :
-Fais approcher l'enfant, pour que je l'entende lui-même, car il doit mieux savoir son histoire. Ils firent approcher Muhammad du devin, qui l'interrogea sur la manière dont tout s'était passé, et Muhammad lui raconta ce qu'il avait vu. Quand l'enfant eut terminé son récit, le devin se leva, prit Muhammad sur sa poitrine et cria à haute voix :
-Arabes, celui-ci est votre ennemi et l'ennemi de votre religion et de vos dieux : il changera votre religion et renversera vos idoles.
Les hommes de la tribu se rassemblèrent, et le devin leur dit:
-Tuez-le et coupez-le en deux.
Halima se précipita sur lui, lui arracha l'enfant et lui fit:
-Tu es beaucoup plus possédé que cet enfant.
Ensuite elle ramena Muhammad à la maison.


La jeunesse de Muhammad racontée par un orientaliste du XVIIIème siècle.
(Comte de Boulainvilliers, Vie de Mahomed, p. 195).254

Revenons maintenant à cet enfant que nous avons laissé entre les mains de Halimah sa nourrice, et transporté à cette occasion, du lieu de la naissance pour y être élevé à la manière des autres enfants.
Sa mère Ennnab vivait dans le regret de la perte de son époux, dans la confiance que le Ciel protégerait le fils qu'il lui avait laissé. Et à cette occasion les Historiens postérieurs, plus dévots les anciens, ou du moins plus féconds en suppositions pieuses, ont imaginé que cette veuve affligée avait eu un si grand nombre témoignages miraculeux de la future grandeur de Mahomed, qu’elle ne pouvait ignorer qu'il ne fùt destiné à changer l'état de l’Arabie et du Monde entier : à rétablir le véritable Culte de divinité, et à éclairer tous les hommes par des instructions, et des lois oubliées depuis plusieurs siècles. Ils disent enfin, avec une témérité insensée, que les arbres et les pierres qui se trouvèrent sur le passage de cet enfant, lorsque sa nourrice l'emportait, le saluèrent , sur la route par des mouvements de différentes espèces. Les arbres se courbaient : les rochers étaient agités, ou se fendaient du haut en bas, pour lui témoigner leurs respects. Mais entre ces divers prodiges inventés, comme on vient de le dire : lesquels, quoique hors de vraisemblance, sont rapportés par tant d'Auteurs, et crus si généralement des Musulmans, qu'il est nécessaire d'en faire mention particulière : on convient que l'éducation de Mahomed chez sa nourrice fut extrêmement simple.
L’Histoire de sa vie porte expressément que dès qu'il put marcher, elle l'envoyait tout nu, avec les autres enfants du lieu, à la suite des troupeaux communs du Village : portant avec lui le peu de nourriture dont il avait besoin pour quelques jours. On insère justement de là qu'il couchait, et vivait à l'air, comme les autres enfants, sans aucune distinction, selon l'usage pratiqué en Arabie : où on les accoutume dès cet âge tendre à supporter la chaleur sur la terre, et à se contenter d'une très légère nourriture. Or un jour que l'enfant était à la pâture des troupeaux, étant déjà de l'âge de 4 à 5 ans, Helimah, dormant sur sa natte dans sa hutte ordinaire, rêva que deux hommes inconnus s'étant saisis du petit Mahomed lui ouvraient le ventre, et en arrachaient le cœur. Son effroi, et son inquiétude furent grands à cette occasion. Toutefois s'étant rassurée, comme on le peut faire au sujet d'une chimère conçue dans le sommeil, elle n'y pensait plus, quand le jour venu elle apprit par la suite de quelques enfants, revenus du troupeau pleins de terreur et de crainte, qu'il était arrivé quelque chose d'extraordinaire à son nourrisson. Cette nouvelle l'engagea à se rendre elle-même dès le lendemain au troupeau, où elle trouva le petit Mahomed en bonne santé. Cependant elle apprit, et des hommes qui gardaient le troupeau, et des enfants qui étaient restés, que Mahomed avait été véritablement enlevé par des inconnus sur la Montagne voisine : et que les enfants qui l'avaient suivi de loin avaient vu ouvrir le ventre avec un couteau brillant comme du feu : ce qui leur avait fait une si grande peur, que les uns étaient retournés au village, et les autres avaient regagné le troupeau avec toute la vitesse possible. Elle interrogea donc Mahomed lui-même sur ce qui lui était arrivé, et apprit de lui, quoiqu'avec beaucoup de peine, parce qu'il ne voulait rien dire : que les hommes qui l'avaient pris, lui avaient dit qu'ils étaient des Anges envoyés pour lui ôter la racine du mal que tous les hommes apportent au Monde : Qu'à l'instant ils l'avaient couché sur le dos, lui avaient fendu l'estomac avec un couteau de feu , et qu'ayant pris son cœur, l'un des deux l'avait tant pressé qu'il en était sorti quelques gouttes noires : Qu'ensuite ils l'avaient lavé de neige, et pesé dans une balance, d'abord contre dix autres cœurs, et ensuite contre cent, et qu'il s'était trouvé plus pesant. Que cela fait, ils avaient remis le cœur à sa place, et lui ayant refermé l'estomac, l'avaient redressé sur ses pieds : Qu'il avait cru dormir pendant ce temps-là : cependant qu'il voyait ce qu'ils faisaient, qu'il entendait leurs paroles, et qu'il leur répondait quand elles s'adressaient à lui : Qu'étant remis sur ses pieds, l'un des Anges lui avait montré le Ciel et la Terre, en lui disant « Regarde c'est un seul DIEU qui a fait tout cela, ne veux-tu pas l'aimer et lui obéir ? » Qu'ils l'avaient ensuite renvoyé au troupeau, lui commandant de ne point parler ce qui s'était passé, et de se souvenir tous les jours de Dieu, uand il regardait le Ciel et la Terre. La nourrice extrêmement touchée d'un événement si singulier, et en appréhendant les suites, ramena peu après l'enfant à sa mère. Eminah ayant jugé nécessaire d'instruire Abdol-Motalleb de ce qui s'était passé au sujet du petit Mahomed, eut de lui un commandement très exprès de ne jamais révéler ce secret à personne, et d'attendre avec patience les exécutions des Décrets du Tout-Puissant. C'était sans doute la conduite la plus sage, et la plus convenable, mais la vanité d'une mère ne s’arrête pas toujours par de justes considérations. Eminah publia mal à propos cet événement, qui ne fut reçu par les Korelshites que comme extravagance, ou plutôt comme une tentative des Haschémites pour préparer les changements qu'ils avaient envie de faire à la Religion commune. Pour Eminah, elle fut punie de son indiscrétion par une prompte mort, qui l'emporta dans sa sixième année de l'âge de son fils. Ce jeune orphelin fut conduit aussitôt chez son aïeul, en la maison duquel il vécut jusqu'à sa mort : après laquelle il passa en celle de son oncle Abutaleh, auquel la garde et l'éducation en furent confiées selon la disposition d'Abdol-Mottaleb.
J'ai déjà observé que l'on sait fort peu de circonstances de la première jeunesse de Mahomed, et qu'il n'est point sûr d'en croire les Historiens postérieurs à son âge : dont la dévotion trop ardente s'est répandue en fictions, desquelles nous n'avons nous-mêmes que trop d'exemples jusques dans le sein de la vérité. D'ailleurs il est assez croyable que l'humeur active de son oncle Abutaleb ne lui permit pas de s'occuper d'autres objets que de ceux qui le possédaient lui-même tout entier, qui faisait la satisfaction et son plaisir. Telle était une espèce de vie militaire qu'il menait au nulieu de la paix, s'exerçant continuellement à manier des chevaux, qu'il dressait après les avoir nourris : à tirer de l'arc, à signaler son adresse avec l'épée, ou par des coups de force singuliers. Mais son occupation principale était la chasse, qu'il allait faire dans les montagnes de Naged et de l'Yemen aux bêtes les plus farouches, tigres et lions, qu'il attaquait dans le temps de leur plus grande fureur : s'imaginant que c'était celui où elles avaient le moins de forces, à cause du manque d'eau général pendant les grandes chaleurs.







Chapitre 36

Muhammad,

le pupille d'Abu Talib



Le personnage poursuit sa vie, celle d'un individu normal dans une tribu. Il n'est certes pas favorisé par le destin, et contraint en toute circonstance de rester en position de soumission -ou de protection- sur le plan social. Personne ne peut vivre autrement dans une société archaïque. C'est un fait très remarquable: une personne ayant vécu durant quarante années comme un être soumis en tout aux autres, un homme, certes, mais jamais libre (donc pas véritablement un homme, dans le milieu arabe) et qui soudain invente un système de soumission à l'encontre de tous ses contemporains, pour l'Humanité toute entière. Un fait remarquable et peu évoqué, dont la psychanalyse devrait s'emparer avec profit .


§ 160- Les tutorats.

Muhammad perd rapidement sa mère, ce qui fait de lui un orphelin255: mais il est protégé aussitôt par les personnages dominants du clan, parmi lesquels l'affable Abu Talib256.

La situation de l'orphelin.
(Tabari, Tafsir 2/220).
D'autres commentateurs partagent l'avis fondé sur le propos de Dahhak:
...Ubayd ibn Sulayman rapporte avoir entendu Dahhak dire ceci à propos de ce passage : Dans la jahiliyya les Arabes accordaient beaucoup d'importance au cas des orphelins : ils ne touchaient à aucun de leurs biens ne chevauchaient pas leur monture et ne mangeaient pas leur nourriture. Or, en islam les compagnons eurent une vie très difficile et ceux qui avaient la charge d'orphelins en arrivèrent à avoir besoin des biens des orphelins. Ils interrogèrent le prophète à ce sujet pour savoir s'ils pouvaient mêler leurs biens aux leurs et c'est alors qu'Allah fit descendre ce passage:
... Si vous les mêlez à vous il n'y a aucun mal à cela car ils sont vos frères.
Le fait de les mêler 257 concerne ici l'utilisation de leur monture, l'emploi de leur serviteur, ou la consommation de leur nourriture comme le lait.

Tutorat d’Abdul Muttalib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 107-8).

L’apôtre d’Allah fut laissé à son grand père pour qui on avait fabriqué un lit à l’ombre de la Ka’ba. Ses fils s’asseyaient autour du lit vide, et quand il arrivait, ils se levaient, par respect pour lui. L’apôtre d’Allah, encore enfant, vint et s’assit et ses oncles voulurent le repousser. Quand Abdul Muttalib vit cela, il dit:
-Laissez mon fils, car par Allah, il connaîtra un grand destin.

Mort d’Abdul Muttalib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 108).

Quand l’apôtre d’Allah eut huit ans, son grand père mourut. Quand il sut que la mort était proche, il convoqua ses six filles, Safiyya, Barra, Atika, Umm Hakim, Umayna, Arwa, et leur dit:
-Composez des élégies sur moi que je pourrais entendre quand vous les direz avant que je ne meure258.

La mort d’Abd al Muttalib.
(ibn Sa’d, Tabaqat I 132).
Abd al Muttalib est mort et a été enterré à al Hajjun. Son âge était de 82 ans et on disait aussi qu’il avait plus de 120 ans. L’apôtre d'Allah était interrogé:
-Te souviens tu de la mort d’Abd al Muttalib?
Il dit:
-Oui! J’avais 8 ans.

(ibn Sa’d, Tabaqat I 244).
Il259 demanda:
-Ô Muhammad! Abd al Muttalib est-il entré en enfer?
-Oui, et quinconque mourra dans la foi d’Abd al Muttalib ira en enfer.
Là dessus, Abu Lahab dit:
-Je ne cesserai jamais d’être ton ennemi, pour toute l’éternité, puis que tu penses qu’Abd al Muttalib est en enfer.
Lui et les Quraysh commencèrent à le traiter durement.

Tutorat d’Abu Talib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 114).

Après la mort d’Abdul Muttalib, l’apôtre d’Allah vécut avec son oncle Abu Talib.

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 34).
Alors Abdul Muttalib mourut, laissant les fonctions de chef de la Mecque à Abu Talib, nommé aussi Abdul Manaf260 : il lui confia Muhammad. Abu Talib lui prodigua ses soins.

Consultation de devin.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 114).

Il y avait un homme de la tribu de Lihb qui était devin. Quand il vint à la Mecque, les Quraysh lui présentèrent leurs garçons pur qu’ils les observent et disent leur avenir. Alors Abu Talib l’amena parmi les autres. Le devin le vit et quelque chose attira son attention.
Il cria donc:
-Amène cet enfant!
Quand Abu Talib vit son empressement, il cacha l’enfant et le devin dit:
-Malheur à toi, apporte-moi l’enfant que je viens de voir, parce que par Allah il est promis à un grand avenir261.

L’orphelin selon le Coran.
(Mahomet, Coran 93/6,10).

Certes ton seigneur te donnera et tu seras satisfait!
Ne te trouve t-il point orphelin si bien qu’il te donna un refuge262 ?
(...)
L’orphelin, ne le brime donc pas!


§ 161-La guerre sacrée (c. 590).

Guerre sacrée263, ou plutôt guerre sacrilège, qui affecte la communauté mecquoise, et qui concerne le sanctuaire. Le jeune homme y participe modérément.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 119).

Cette guerre éclata quand l’apôtre d’Allah eut 20 ans. Elle est appelée ainsi parce que les deux tribus, les Kinana et les Qays Aylan ont combattu durant le mois sacré. Au début du jour, les Qays l’emportaient, mais au milieu du jour, la victoire alla aux Kinana.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes).264
Un messager est venu dire que al Barrad avait tué Urwa alors qu'ils étaient à Ukaz