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Partie VIII
LES MYTHES
DE LA CAVERNE
"Homme, contente-toi de cette soif béante ;
Mais ne dirige pas vers Dieu ta faculté
D'inventer de la peur et de l'iniquité,
Tes catéchismes fous, tes korans, tes grammaires,
Et ton outil sinistre à forger des chimères."
(Victor Hugo, Religions et religion).1
Au point de vue scientifique,
il faut classer évidemment Mahomet,
comme la plupart des fondateurs de religions,
dans la grande famille des aliénés.
(G. Lebon, La civilisation des Arabes II,1).2
§ 240. Présentation.
Cette partie traitera du début de la prédication3 de Muhammad ibn Abdallah, dans le cadre de sa patrie, la Mecque, au sein de sa tribu et de son clan. Son activité religieuse aboutit peu à peu à la constitution dune secte4. Les documents montrent bien que son apostolat se limite alors strictement aux frontières de sa cité, et même de son clan; l'ambition universelle inspirée d'Abraham ne survient que bien plus tard5 , au gré des circonstances.
Les source deviennent de plus en plus nombreuses sur cette période. Mais elles ne sont pas sûres pour autant, notamment en ce qui concerne la chronologie. Une foule de traditions manipulent et camouflent, décorent à lextrême le banal en dinutiles ornementations6 .
Dans ce contexte très mouvementé, Muhammad et ses disciples nont pas eu loccasion de se construire une Histoire (en excluant le Coran, bien entendu7 ). Cest pourquoi le traitement de ce sujet ne sera pas strictement chronologique, une mise en ordre dune telle nature étant trop hypothétique. Mais lorganisation thématique suivra la succession général des grandes périodes de lapostolat mecquois.
Que l'on soit bien clair à propos de cette affaire de "révélation", car plusieurs cas peuvent se présenter: vous vous dites musulman, et vous êtes sûr qu'il y a bien eu une "révélation" par Gabriel d'un début de révélation. Soit, vous suivez un dogme, c'est votre problème et peu importe alors. Vous vous soumettez à cette conception sans être pour autant musulman, et dans ce cas, vous êtes naïf et même imbécile. Enfin, parce que vous êtes savant et intelligent dans ces affaires, dans un enseignement ou dans un ouvrage, mais que néanmoins, vous divulguez ces idées de "révélation", alors vous êtes malhonnête et lâche.
Voici les pièces du dossier concernant cette remarquable et redoutable mystification.
Chapitre 40
A l'aube du VIIème siècle
(610-622)
La grande affaire au Proche-Orient au début du VIIème siècle est laffrontement entre les empires perse et byzantin8 , dont une sourate porte la trace9. On retrouve des répercutions du conflit jusquen Arabie, qui reste une région périphérique. La prise de Jérusalem renforce les inquiétudes eschatologiques de lépoque : il n'est pas étonnant que Muhammad se soit emparé si vite du thème de la fin du monde, comme un moyen efficace d'amener la population à sa doctrine: lambiance général est à langoisse et au désespoir, notamment pour les Arabes, qui sont plutôt favorables à Byzance, et qui rejettent la Perse. Il fallait en profiter et ce fut fait avec habilité et sans restriction.
§ 241. Les succès de loffensive sassanide.
Les Perses, en ce début du VIIème siècle, sont dans une phase expansionniste, qui les amènent aux portes de Constantinople. Au sud, ils semparent de Jérusalem, cible toute particulièrement symbolique pour tout le Proche-Orient.10
Par la suite, ce sont les Byzantins qui reprennent l'initiative11, aux alentours de l'Hégire des musulmans.12
(chronique syrienne. 614-626).13
614: les Perses ont pris Jérusalem, massacrant 90 000 personnes. Les juifs ont rançonné les chrétiens pour les tuer14 . Le patriarche Zakhariah a été emmené avec la Croix et beaucoup de prisonniers en Perse.
619: Les Perses occupent toute lEgypte, Alexandrie, la Libye jusquà lEthiopie, et le général perse Shahin assiège et prend Chalcédoine15.
622:(...)16
Les Perses prennent Ankyra en Galatie et lîle de Rhodes.
Khosroès commenca à se montrer arrogant à cause de ses nombreuses victoires et durcit son autorité sur tous les hommes.
La captivité de la Sainte Croix.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 1002).17
Khosroes envoya (Rumiyuzan) en Syrie, quil soumit et lalla aussi loin que la Palestine. Il arriva à la cité de Jérusalem et maltraita lévêque et tous les prêtres de la cité, le reste des chrétiens à cause de la croix (de Jésus) qui avait été placée dans un coffre dor et enterrée, avec un potager planté par dessus. Il les opprima jusquà ce quils lui montrent lendroit. Il la déterra de sa main et lenvoya à Khosroès dans la vingt-quatrième année de son règne.
(Sébéos, Histoire dHéraclius 24).18
Ils prirent aussi le patriarche Zakharia et le gardien de la croix et se mirent à les torturer après avoir cherché la croix vivifiante. Ils exterminèrent sur le champ la plupart des ministres de léglise en leur coupant la tête. On leur montra où était cachée la croix et la prenant, ils lemportèrent en captivité. (...)
Dabord, ils se soumirent tous ensemble et offrirent au commandant et aux princes de grands présents; puis, ayant demandé des ostikans fidèles, ils les établirent chez eux pour garder la ville. Quelques mois après, alors que toute la populace était réunie, les jeunes gens de la ville tuèrent les ostikans du roi des Perses, sinsurgèrent, et se dérobèrent à son service. Alors un combat eut lieu entre les habitants de la ville de Jérusalem, entre Juifs et chrétiens; la foule de chrétiens prit le dessus, elle frappa et extermina beaucoup de Juifs; les autres, sautant par-dessus les murailles, se rendirent auprès des troupes persanes. Alors Xoream, cest-à-dire Razmiozan, rassemblant ses soldats, alla camper autour de Jérusalem, lassiégea et, pendant dix-neuf jours, la maintint en état de siège. Ils sapèrent les fondements de la ville et démolirent la muraille; le dix-neuvième jour du mois de margach qui était le vingt-septième jour du mois, lan 25e de la royauté dApruêz Xosrov, dix jours après Pâques, les soldats persans semparèrent de Jérusalem; pendant trois jours, ils détruisirent avec lépée tous les habitants de la ville; ils sy établirent et la livrèrent aux flammes. Puis ils donnèrent lordre de compter les cadavres de ceux qui avaient succombé; ce nombre sélevait à 57.000; ceux quils firent captifs, vivants, étaient de 35.000 hommes. Ils prirent aussi le patriarche Zacharie et le gardien de la croix et se mirent à les torturer après avoir recherché la croix vivifiante. Ils exterminèrent sur le champ la plupart des ministres [de lEglise] en leur coupant la tête. On leur montra lendroit où était cachée [la croix], et, la prenant, ils lemportèrent en captivité; puis ils rassemblèrent largent et lor de la ville et les apportèrent à la Porte du roi; celui-ci donna lordre davoir pitié des captifs, de reconstruire la ville et de les y rétablir chacun à sa place; il ordonna ensuite de chasser de la ville les Juifs; et lon accomplit immédiatement lordre royal.
Sébéos, Histoire dHéraclius 16.19
Découverte dun morceau de la croix.
Un homme, nommé Yosêph, avait eu un songe trois mois avant ce combat : « Un homme, dit-il, dun aspect merveilleux, sétant approché me dit : il y aura une guerre dans trois mois; beaucoup succomberont dans le combat, mais toi, tu iras sur le lieu du combat; et voici quel signe tu observeras : lorsque tu verras un homme tombé à terre, dont le corps brillera parmi tous les cadavres, alors tu iras et tu prendras avec toi ce que tu trouveras sur lui. Fais attention, dit-il, noublie pas; car cest un miracle. » Yosêph se leva et partit; et lorsquil fut arrivé à lendroit [désigné], il trouva ce qui lui avait été annoncé dans la vision quil avait eue, après avoir déshabillé [lhomme en question] et tous les cadavres. Cet homme avait une bougette en cuir sous lépaule; son corps était parmi les cadavres; Yosêph sapprocha, prit la bougette, vit quil y avait une boîte en argent et une croix à lintérieur, dans laquelle se trouvait un grand morceau de la croix de Notre-Seigneur sen signa, et, après lavoir pris, il rejoignit ses camarades.
Toutes les troupes partirent du champ de bataille et arrivèrent aux forteresses de leur pays. Alors le roi manda auprès de lui Vahritch et envoya à Smbat de [grandes marques] de reconnaissance, car il avait été repoussé en combattant loyalement et navait pas déserté son poste; il navait pris la fuite quaprès tous les antres.
(ibn Kathir, Tafsir 30).20
La prévision de la victoire des Romains.
Ce verset a été révélé à propos de la victoire de Sabur, le roi de Perse sur ash Shams21 , les Etats vassaux de la péninsule arabe, et les régions proches du pays des Romains. Héraclius, lempereur des Romains, a été contraint à la fuite vers Constantinople, où il a été assiégé pendant longtemps. Puis Héraclius reprit lavantage.
La paix entre les deux empires.
Sébéos, Histoire dHéraclius 27 (trad. F. Macler).
Ensuite le roi Kawat tint conseil avec les naxarars de son royaume : « Il faut faire la paix avec lempereur et lui céder toutes les limites de son royaume, et de tous côtés faisons la paix. Dun commun accord ils consentirent tous à agir de la sorte. Alors le roi Kawat donne lordre décrire à Héraclius une adresse de salutation et lui cède toutes ses frontières; il fait porter avec son adresse du sel scellé; il charge un ichxan du nom de Rach de confirmer cet accord par de grands présents.
Or lorsque ce Rach arriva, annonçant la bonne nouvelle, présentant ladresse et offrant les présents, lempereur Héraclius et tous ses soldats rendirent de grandes actions de grâce à Dieu. Alors lempereur Héraclius donna lordre de mettre en liberté les nombreux captifs et de renvoyer tout le butin; il écrit un témoignage de bénédiction et établit la paix sous serment. Ensuite il envoie un de ses principaux naxarars dont le nom était Yustath avec de grands présents, et, après avoir comblé dhonneurs et de précieux trésors ce Rach, il le congédie. Et lui rentra en paix chez lui. Yusdath se rendant avec des présents devant le roi Kawat présente le décret et offre les cadeaux. Le roi Kawat le reçut avec joie, lui confirmant à nouveau les paroles de paix et les frontières cédées par le serment des décrets, scellant le sel [avec Yusdat], suivant la tradition [comme faisaient danciens rois]. Devant lui, il donne lordre décrire à Chahr Varaz de rassembler ses soldats, de repasser en Perse, évacuer les territoires des frontières grecques, ordre auquel celui-ci ne voulut du reste pas se conformer. Puis ils congédièrent Yusdat en le comblant de trésors; et il sen alla.
Le retour de la croix à Jérusalem.
(Sébéos, Histoire dHéraclius 27).22
Après avoir reçu la sainte Croix du Seigneur,23 le bienheureux, le pieux, lheureux roi Héraclius rassemble son armée dun cur léger et joyeux; et se mettant en route avec toute la domesticité royale, honorant la découverte sainte, miraculeuse et céleste, il la fait parvenir à la ville sainte avec tout lappareil ecclésiastique qui avait échappé aux mains des ennemis dans la ville de Byzance. Il y eut beaucoup dallégresse ce jour-là à leur entrée à Jérusalem: bruit des pleurs et des soupirs, larmes abondantes, une immense flamme dans les curs, un déchirement des entrailles du roi, des princes, de tous les soldats et des habitants de la ville; et personne ne pouvait chanter les hymnes du Seigneur à cause du grand et poignant attendrissement du roi et de toute la multitude. Il rétablit [la croix] en son lieu et remit tous les objets ecclésiastiques, chacun à sa place; il distribua à toutes les églises et aux habitants de la ville bénédiction et prit de largent pour lencens.24
Puis il se dirigea vers la Mésopotamie syrienne, pour sen emparer et prendre possession des villes des frontières. Les limites furent rétablies telles quelles avaient été établies sous Xosrov et Maurice. La croix du Seigneur resta dans la ville sainte jusquà la seconde prise de Jérusalem par les fils dIsmaël, lors de laquelle elle revint trouver un refuge dans la ville royale avec tous les objets ecclésiastiques.
§ 242. Réactions eschatologiques.
Lambiance générale est à lattente angoissée de la fin des temps, et la prise de Jéruslem semble un signe pour tous. Muhammad et ses paroles sintègre dans ce contexte de peur, qui a dû favoriser amplement son entreprise de subversion des esprits.
La réaction eschatologique des chrétiens.
(Anonyme de Jérusalem).25
Les anges trembleront en disposant les sièges. On verra le fleuve noir du feu éternel, fleuve de plomb et de poix fondue, fleuve d'enfer sans clarté....
Les attentes juives
(Midrash Rabba, Commentaire de Genèse 14).26
Si vous voyez les royaumes en lutte entre eux, regardez où sont les pas du Messie. Sachez qu'il en sera ainsi, parce que cela arriva de même aux jours d'Abraham. Quand les royaumes s'attaquaient les uns les autres.
(Targum27 sur les Lamentations de Jérémie).28
Réjouis-toi, exulte, Constantinople, ville du criminel Edom29 , bâtie dans la terre de Romanie, pourvue darmées nombreuses du peuple dEdom! Sur toi aussi va venir le châtiment, les Parthes30 te dévasteront, la coupe de la malédiction savance vers toi, tu seras énivrée et rejetée au dehors. Et alors ton péché sera expié, communauté de Sion31 ! Tu seras délivrée par le roi Messie et par le prêtre Elie.
La fin du monde: quelques versets eschatologiques présentés comme contemporains.32
(Corpus coranique d'Othman 81/1-14).
Quand le soleil sera obscurci33
Quand les étoiles seront ternies,
quand les montagnes seront mises en marche,
quand les chamelles pleines de dix mois seront négligées,
quand les bêtes farouches seront groupées
quand les âmes seront réparties en groupes ;
quand on demandera à la victime pour quel péché elle a été tuée ;
quand les feuillets seront déroulés,
quand le ciel sera écarté34 ,
quand la fournaise sera atisée,
quand le jardin35 sera avancé,
toute âme saura ce qu'elle aura accompli.
(Corpus coranique d'Othman 82/1-5).
Quand le ciel s'entr'ouvrira,
quand les planètes se disperseront,
quand les mers seront projetées hors de leurs rivages,
quand les sépulcres seront bouleversés,
toute âme saura ce qu'elle aura amassé pour ou contre elle.
(Corpus coranique d'Othman 84/1-15).
Quand le ciel se déchirera,
qu'il écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir,
quand la terre36 sera nivelée,
qu'elle rejettera ce qui est en elle et se videra,
qu'elle écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir,
alors, ô Homme!, toi qui te tournes vers ton seigneur,
tu le rencontreras. Celui qui recevra son rôle en sa dextre37 , sera jugé avec mansuétude et s'en ira vers ses pareils, en allégresse.
Celui qui au contraire recevra son rôle derrière son dos,
appellera l'anéantissement alors qu'il sera exposé à un brasier ;
il aura été allègre, parmi les siens,
sur terre il aura pensé qu'il ne reviendrait pas.
Mais si ! Son seigneur était clairvoyant à son sujet!
§ 243. Les répercutions du conflit à la Mecque.
Il serait faux de se figurer le Hedjaz comme coupé du monde extérieur38 : les Quraysh sont des marchands, et toute nouvelle est importante pour eux, leurs affaire et leur sécurité. Les deux grandes puissances ont aussi leurs partisans respectifs. Mais cest peut-être aussi une reconstitution postérieure.39
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 1005).40
Les Byzantins et les Perses se sont battus sur la région la plus proche. (Il ajoute) que la région la plus proche se réfère à la journée dAdhriat, où les deux armées se sont rencontrées, et les Byzantins ont été battus. Cela est venu aux oreilles du prophète et de ses compagnons41 alors quils étaient encore à la Mecque et cela leur cause de la tristesse. Le prophète naimait pas que les païens zoroastriens42 aient eu le dessus sur les Byzantins détenteurs des saintes Ecritures. Les incroyants à la Mecque se réjouissaient et les provoquaient ; ils rencontrèrent les compagnons du prophète et dirent:
-Vous êtes détenteurs dune écriture et les chrétiens sont détenteurs dune écriture, alors que nous sommes incroyants. Maintenant, nos frères, les Perses ont été victorieux de vos frères, les détenteurs décritures, et si vous nous attaquez, nous serons sûrement victorieux sur vous!
Les païens pro-perses.
(Wahidi).43
Les infidèles de la Mecque se réjouissaient et ils injuriaient les compagnons de Muhammad44 au cours de leurs rencontres en disant:
-Vous êtes gens du Livre et les chrétiens sont gens du Livre, mais nous nous sommes païens. Nos frères les Perses ont vaincu les Romains, et quand vous voudrez combattre, nous vous vaincrons aussi.
§ 244. Le réveil des Arabes.
La cause fondamentale du succès des musulmans hors dArabie sera plus lépuisement des deux puissances majeures, et le dégoût devant la discorde religieuse que la force intrinsèque des envahisseurs. Aussitôt que les signes de faiblesse ont été ressentis de leur part, les tribus arabes ont commencé à secouer le joug qui les opprimaient, comme elles l'avaient fait depuis des siècles. Le système idéologique musulman donne ensuite une vigueur inédite à leur soulèvement, en appelant ouvertement à la violence et à la domination.
Muhammad explique facilement l'établissement de ces conditions très favorables par la faveur divine45.
La fin de la soumission des Arabes.
(Chronique de Siirt 13, 539-40).46
Quand Khosroès a empoisonné par trahison Numan ibn Mundhir, roi des Arabes, et son fils, les Arabes intégrés dans les empires des Perses et des Romains47 ont abrogé leur allégeance et se sont dispersés, chacun agissant de son côté... Alors ils devinrent plus forts et causèrent beaucoup de dégats dans les provinces, et ils restèrent ainsi jusquà larrivée du législateur musulman48 .
Les trésors.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 158).
Cest Muhammad ibn Abdallah qui prétend quAllah lui a été envoyé et que les trésors de Chosroès et de César souvriront pour lui.
La prophétie49 coranique.
(Corpus coranique d'Othman 30/1-3a/b).
A ce moment, Allah a envoyé la révélation (...)
Les Romains ont été vaincus50 aux confins de notre terre51, mais eux, après leur défaite, seront vainqueurs, dans quelques années.
A Allah appartient le sort dans le passé comme dans le futur.
(alternative52 )
Les Romains ont vaincu aux confins de notre terre.
Mais eux, après leur victoire, seront vaincus dans quelques années.
A Allah appartient le sort dans le passé comme dans le futur.
(Tafsir al Jalalayn 30).
Les Romains ont été vaincus: Les Byzantins ont été vaincus dans la terre la plus voisine. Les Byzantins qui sont des gens du Livre, donc monothéistes, ont été vaincus par les Perses adorateurs des idoles et du feu. Les incrédules de La Mecque furent alors très réjouis et dirent aux musulmans: "Nous allons vous vaincre comme les Perses ont vaincu les Byzantins".
dans le pays voisins, et après leur défaite ils seront les vainqueurs: la bataille se déroula au pays de Shâm qui est plus proche de la péninsule arabique que le pays perse. Mais les Byzantins vaincront les Perses dans quelques années53 , une période variant entre trois et dix années. Selon Abu Sayd, le jour de la bataille de Badr, les Byzantins avaient vaincu les Perses.
(...)
En effet les deux armées rencontrèrent l'une l'autre après sept ans de la première rencontre et les Byzantins purent remporter la victoire sur les Perses. La décision appartient à Allah: au début quand les Perses sortirent victorieux, et à la fin lorsque les Byzantins l'emportèrent sur les Perses. Donc les deux événements relèvent du commandement d'Allah. Le jour où les Byzantins triomphent, les fidèles se réjouissent de cette victoire.
Chapitre 41
Un prophète se révèle
§ 245. Présentation.
Vers 610 survient lépisode fondateur de la religion musulmane: Muhammad, au cours dexercices dascèse mystique qui mettent son psychisme à l'épreuve, semble percevoir une présence surnaturelle et se met à transmettre ce quil perçoit54. Les chrétiens, souvent dans un but polémique, ont interprété ce moment-clé de la naissance de la religion musulmane avec un mélange de curiosité et de mépris ; par leurs ermites, ils sont de plus familiers de ce type dévénements55. Les Arabes mecquois ont été bien plus impressionnés.
La psychologie peut aussi comprendre les phénomènes qui ont pu se dérouler56.
Il s'agit pour les musulmans de la révélation57, mais le terme exact reste "prédication": les deux en fait sont confondus dans la démarche de Muhammad, qui convertit son entourage dès la première crise. tout au plus peut-on parler de lexaltation dun imaginaire en travail, selon la si belle expression de J. Chabbi58 .
Il faut se rappeler à ce moment la position sociale de Muhammad ibn Abdallah: fils de personne, père de personne, marié à une femme riche et dominante: à quarante ans, sans indépendance et sans descendance, il ne compte pour rien dans un milieu tribal traditionnel. Le fait de se réfugier dans la solitude, à lécart de ses congénères qui ont socialement mieux réussi que lui est aisément compréhensible. Lexemple des ermites chrétiens, rencontrés au cours des expéditions commerciales a dû être considérable: hors du monde, ils nencourent plus le mépris de leurs proches et le remplace par le contact direct avec leur divinité, auprès de laquelle il devient glorieux de s'humilier: grandeur de l'abaissement, athlétisme de l'ascète.
A partir de ce moment, Muhammad est considéré par les musulmans comme l'apôtre d'Allah, ou le prophète59, une sorte de merveille insurpassable. Pour tous les autres, c'est un cavernicole amoindri et perturbé, refusant de vivre sa vie d'homme dans un milieu qui refuse les faibles, les pitoyables et les lâches.
Pour lui-même, le choix est simple: "je serai prophète ou rien". Il sera donc prophète...
Résumé.
(ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 129).
Tout ceci60 dura jusquau moment où Allah envoya Muhammad et se révéla à lui quand il lui donna les lois de sa religion et les coutumes du pèlerinage61 .
Chronologie de la carrière de Muhammad.
(Bukhari, Sahih 58/190).
L'apôtre d'Allah a été inspiré par Allah à l'âge de quarante ans. Il est resté à la Mecque treize ans, puis son lui ordonna d'émigrer et il a émigré à Médine et il est resté dix ans et puis il est mort.
(ibn Sad, Tabaqat I 223).
Ton prophète a été appelé à la prophétie un lundi.
(Jurjani, Livre des Définitions 1727).62
al nabi.
Le prophète.
Cest celui qui reçoit la révélation63 par lintermédiaire dun ange, ou qui reçoit linspiration64 dans le coeur, ou encore celui qui est averti65 par la vision authentique66 .
Lenvoyé ou messager est gratifié dune révélation supérieure à la prophétie, car le messager est celui à qui larchange Gabriel accorde la révélation en faisant descendre lEcriture67 de la part dAllah.
Quarante ans, âge critique.
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 3).68
La vie dune génération est de la même longueur que lâge moyen de lhomme ; à savoir, quarante ans, période à laquelle la croissance du corps est parvenue à son terme. Allah a dit : Lorsquil parvient à la maturité (de lâge) et atteint quarante ans, etc. Voilà pour-quoi, nous avons dit que la vie dune génération est égale à lâge moyen de lhomme, et notre assertion se trouve justifiée par ce trait de la sagesse divine qui fixa à quarante ans, lespace de temps que les Israélites devaient passer dans le désert. Ce terme fut choisi afin de faire disparaître du monde la génération qui vivait alors et de la remplacer par une autre à laquelle lhumiliation de lesclavage était inconnue. Cela nous porte à regarder lespace de quarante ans, qui est lâge (moyen) de lhomme, comme égal à la vie dune génération.
§ 246. Les prémisses.
La tradition musulmane fait précéder la révélation dune grande variété de signes intérieurs à la conscience de Muhammad ou clairement extérieurs, voire fabuleux. Les états mystiques sont en fait le résultat, dans de nombreux systèmes religieux, de techniques précises qui incluent léloignement, la solitude, la faim, la fatigue: la transe et lhallucination sont alors favorisés69 .
Muhammad pratique ces exercices dans des régions que fréquentent aussi les membres de sa tribu.
1. Lâge de Muhammad.
L'âge du personnage -40 ans- fait l'objet d'un quasi-consensus ne serait-ce que pas son sens symbolique (qui fait que justement, on doit se méfier de ce nombre précis). Il fallait de toute manière lui donner un âge respectable, pour donner du poids à son action, dans ce milieu arabe qui respecte l'âge comme une condition de la puissance sociale. C'est ce que fait sans complexe la Tradition Islamique.
Le nombre 40 est chargé en Orient d'un sens très évocateur et aussi très approximatif: cela signifie "beaucoup" ou "assez" : le nombre impressionne de toute manière, et les mystiques peuvent considérer que c'est le nombre de la perfection. En fait, la mise au point de cet âge par les traditions obéit à de très complexes motivations. A la quarantaine, l'homme de ce temps doit avoir assuré son avenir en ayant une solide descendance : ce n'est évidemment pas le cas de Muhammad, incapable d'avoir un fils viable.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 65).70
Lorsque Muhammad eut accompli sa quarantième année71 , Allah envoya vers lui Gabriel, pour lui portér une vision72. D'après une autre version, Muhammad avait alors quarante-trois ans. Muhammad ibn Jarir73 mentionne une tradition d'après laquelle le prophète reçut la vision à l'âge de vingt ans. Mais cela n'est pas exact ; car Muhammad a dit qu'aucun prophète n'a reçu sa mission avant l'âge de quarante ans74 , parce que ce n'est qu'à cet âge que la raison et l'intelligence arrivent à tout leur développement.
(Corpus coranique d'Othman 46/14).
Quand enfin il75 atteignit sa maturité et atteignit quarante ans, il sécria:
-Seigneur! permets moi de te remercier du bienfait dont tu mas comblé ainsi que de mon père!
Fais que jaccomplisse des oeuvres pies que tu agréeras!
Réforme pour moi ma descendance!
Je suis revenu à toi et suis parmi les soumis76.
2. Les signes avant-coureurs de la crise mystique.
A ce moment, Muhammad ressent simplement des impressions, est sujet à des visions77 , qui ne saccompagne daucun message particulier. Lui-même sinquiète pour son équilibre mental. Khadija lui apporte alors un réconfort de nature quasi-maternelle.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 65-6).
Or, vers l'époque où Gabriel allait apporter à Muhammad sa mission prophétique, celui-ci en remarquait les signes. Il voyait, la nuit, en songe, sans le connaître et non sans en éprouver de la crainte, Gabriel sous la forme d'un être énorme. Quand il marchait seul dans la ville de la Mecque, il entendait sortir des pierres, des décombres et des animaux, des voix qui lui disaient :
-Salut à toi, ô envoyé dAllah!
Muhammad en éprouvait des craintes. (...)
Cette année, Muhammad, en quittant la montagne, vint auprès de Khadija et lui dit :
-Ô Khadija, je crains de devenir fou.
-Pourquoi? lui demanda celle-ci.
-Parce que, dit-il, je remarque en moi les signes des possédés: quand je marche sur la route, j'entends des voix sortant de chaque pierre et de chaque colline ; et, dans la nuit, je vois en songe un être énorme qui se présente à moi, un être dont la tête touche le ciel et dont les pieds touchent la terre ; je ne le connais pas, et il s'approche de moi pour me saisir.
Khadija lui dit:
-Ô Muhammad, ne t'inquiète pas ; avec les qualités que tu as, toi qui n'adores pas les idoles, qui t'abstiens du vin et de la débauche, qui fuis le mensonge, toi qui pratiques la probité, la générosité et la charité, tu n'as rien à craindre ; en considération de ces vertus, Allah ne te laissera pas tomber sous le pouvoir du diw78 . Avertis-moi, si tu vois quelque chose de ce genre.
Or, un jour, se trouvant dans sa maison avec Khadija, Muhammad dit :
-Ô Khadija, cet être m'apparaît, je le vois.
Khadija s'approcha de Muhammad, s'assit, le prit sur son sein79 et lui dit:
- Le vois-tu encore?
- Oui, dit-il.
Alors Khadija découvrit sa tête et ses cheveux, et dit:
-Le vois-tu maintenant?
- Non, dit Muhammad.
Khadija dit :
- Réjouis-toi, ô Muhammad ; ce n'est pas un diw, c'est un ange. Car si c'était un diw, il n'aurait pas montré de respect pour ma chevelure et n'aurait pas disparu. Quand Muhammad était triste, il se rendait sur le mont Hira et s'y livrait à la solitude ; le soir, il rentrait à la maison, la figure triste et abattue. Khadija en était fort affligée.
(Tirmidhi, Hadith 3630).
Il a été établi, par des traditions authentiques, que les rochers et les montagnes disaient à lapôtre d'Allah:
-Paix sur toi, ô apôtre d'Allah!
Ali a dit:
-Chaque fois que nous sortions dans les environs de la Mecque, dans les premiers temps de la prophétie, les arbres et les rochers que nous rencontrions disaient:
-Paix sur toi, ô apôtre d'Allah!
3. Les retraites mystiques.
On possède des informations détaillées sur les pratiques disolement80 des Mecquois. Linitiative de Muhammad na rien doriginal et lon a déjà vu quelles pouvaient être les motivations psychologiques dun individu en train de rater toutes les étapes de sa vie81 .
Mais les sources de la Tradition Islamique ont agrémenté lépisode de la révélation dépisodes cocasses et fabuleux: le personnage est avalé par la terre, et plus loin, des arbres se démènent pour le dissimuler tandis que dans le délassement de sa solitude, il sadonne pleinement aux délices de la défécation82.
Bien entendu, cette phase est inventée par la Tradition islamique, qui veut égaler d'autres prophètes qui se sont retirés eux aussi du monde avant leur mission.83
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 152).84
Lenvoyé dAllah pria dans sa retraite chaque année pendant un mois et pratiquait les tahannuth, qui sont une pratique des Quraysh pour les jours sacrés85 . Tahannuth est une forme de dévotion.86
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 65).
Il était d'usage parmi les Quraysh que tous ceux qui tenaient à la réputation d'hommes pieux se rendissent chaque année, au mois de rejeb87 , sur le mont Hira, pour y vivre jour et nuit dans le recueillement, désirant se retirer du commerce des hommes, et regardant cette solitude comme un acte de dévotion religieuse. Cette pratique avait d'abord été en usage parmi les Banu Hashim ; les autres tribus quraysh avaient suivi leur exemple ; mais les Banu Hashim l'observaient plus rigoureusement. Chaque tribu avait sur le sommet de la montagne un endroit où l'on avait élevé des constructions dans lesquelles on passait le temps de la retraite.
(Az Zuhri88 B).89
Après il eut besoin de solitude et il se rendait à une grotte90 à Hira pour consacrer au tahannuth plusieurs nuits avant de retourner vers les siens, puis il revenait chez eux pour s'approvisionner en prévision d'un séjour identique. A la fin, la vérité arriva inopinément et dit :
-Ô Muhammad, tu es le messager dAllah.
(Baladuri, Ansab al Ashraf I 84).91
Il fut le premier à pratiquer les tahannuth à Hira92 . Quand la lune de ramadan93 est apparue, il pénétra dans le mont Hira et le quitta plus jusquà la fin du mois, à nourrir les pauvres. Il était affligé de linjustice malfaisante du peuple de la Mecque et fit la circambulation autour de la Kaba plusieurs fois.
(Baladuri, Ansab al Ashraf I 105).94
Quand le mois de ramadan commençait, les gens des Quraysh -ceux qui voulaient faire tahannuth- avaient coutume de partir pour le mont Hira et restaient là un mois, à nourri les apuvres qui les appelaient. Quand ils voyaient la lune de shawwal, ils redescendaient mais ne pénêtraient pas dans leurs maisons avant davoir accompli la circambulation de la Kaba pour une semaine95 . Le prophète suivait cette façon de faire.
(Bukhari, Sahih 1, 3).
Plus tard, il se prit à aimer la retraite. Il se retira alors dans la caverne de Hira, où il se livra au tahannut, c'est-à-dire à la pratique d'actes d'adoration durant un certain nombre de nuits consécutives, sans qu'il revint chez lui ; aussi se munissait-il à cet effet de provisions de bouche. Ensuite il revenait vers Khadija et prenait les provisions nécessaires pour une nouvelle retraite. Cela dura jusqu'à ce que la vérité lui fut enfin apportée dans cette caverne de Hira.
(Corpus coranique d'Othman 16/83).
Il96 vous a, dans les montagnes, procuré des retraites.
(ibn Sad, Tabaqat I 224).97
Le début des révélations98 à lapôtre d'Allah est venu sous la forme de vrais rêves. Il ne rêvait pas mais cela lui venait au moment du crépuscule.
(...)
Il restait dans cette situation aussi longtemps quAllah le voulait. La solitude99 était appréciée par lu ; rien ne lui était plus cher. Il se retirait dans la grotte de Hira, ayant pris des provisions pour plusieurs jours, et après, il rentrait dans sa famille. Il revenait vers Khadija pour prendre ses provisions, jusquà ce que la vérité lui tombe dessus, alors quil était dans la grotte de Hira.
La préparation de létat mystique.
(ibn Khaldun, Livre des Exemples I 6).100
Un homme, dit-on, a fait cela après plusieurs nuits d'ascèse alimentaire et de dhikr. Un être lui apparut et lui dit:
-Je suis ta nature parfaite. Questionne.
Et il l'informa sur ce qu'il voulait savoir. Moi-même, grâce à ces noms, j'ai eu des rêves merveilleux qui m'ont révélé des choses que je voulais savoir sur ma propre vie. Cependant, cela ne prouve pas que l'intention de rêver puisse provoquer le rêve. Les inducteurs de rêve ne font que produire dans l'âme un état de disponibilité pour le rêve. Lorsqu'on est bien préparé pour une chose, cela favorise la production de la chose pour laquelle on s'eft préparé. Mais on peut se préparer tant qu'on veut pour une chose, cela ne prouve pas que l'on a provoqué l'apparition de cette chose. La capacité de se préparer pour une chose n'est pas la même que celle de la produire. Il faut savoir tout cela et en tenir compte dans les cas analogues.
Allah est le sage, l'informé101.
Les retraites des Arabes chrétiens.
(Vie de Jean lHésychaste, début du VIème siècle).102
Au bout de quatre ans, comme le bienheureux Sabas avait quitté la laure103 pour la région de Scythopolis à cause de la révolte des moines qui plus tard habitèrent la Nouvelle Laure104, ce très honoré Jean, fuyant ce sanhédrin105 de désordre, se retira au désert du Rouba e, cinquantième année de son âge durant la onzième indiction106 . Il y vécu là en solitaire dans une grotte pour six année, séparé de tout contact avec les hommes. Il navait quun désir : converser avec Dieu dans le silence, purifier lil de lâme par ses longs exercices dascèse pour voir face à face, dun visage découvert, la gloire du seigneur ; il mettait tout son zèle à progresser de gloire en gloire en naspirant quaux biens les meilleurs. Il ne condescendait aux besoins physiques de son corps quaprès deux jour ou trois.
Vie de Barsauma.
(Hagiographie du début du Vème siècle)107 .
« Il demeurait lhiver dans la caverne et lété, depuis le jour des azymes108 jusquà la Pentecôte, il allait avec ses disciples sur une montagne éloignée denviron 25 milles de toute habitation pour y souffrir de la faim et du froid ».
4. Les signes.
Divers signes surnaturels préparent la venue du moment fatidique. Ils sont issus des traditions populaires et de la magie, mais ont été largement acceptés.109
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 151).
... au temps où Allah souhaitait lui offrir sa grâce et lui confier la prophétie (le prophète) alla pour cette affaire et dans son voyage aussi loin que les vallées de la Mecque et le fond de ces vallées où aucune maison nest visible ; toutes les pierres et tous les arbres près desquels il passait lui disaient:
-Paix sur toi, envoyé dAllah. 110
(Bukhari, Sahih 58/199111).
Jai demandé à Masruq:
-Qui a informé le prophète à propos des djinns112 la nuit où ils ont entendu le Coran?
Il dit:
-Ton père Abdullah ma informé que cétait un arbre qui a prévenu le prophète à leur sujet.
(ibn Sad, Tabaqat I 1 102).
Toute pierre et tout arbre par lesquels il passait sexclamaient:
-Salut à toi, ô envoyé dAllah!
Il regardait à droite, à gauche et derrière lui, et ne voyait rien.
5. Le Mont Hira.
Ce serait dans une grotte113 étroite de cette montagne114 proche de la Mecque que Muhammad se retire, comme dautres gens de la Mecque. Le lieu est devenu le but dun pèlerinage au cours des siècles.
(ibn Battuta, Voyage).115
Le mont Hira, au nord, de La Mekke, à environ une parasange. Il domine Minâ116, s'élève haut dans le ciel où son sommet altier. L'envoyé d'Allah s'y rendait souvent pour faire ses dévotions avant la mission prophétique. C'est là que la vérité lui apparut de par son seigneur et que l'inspiration divine commença. C'est le mont Hira qui tressaillit sous le prophète qui lui dit alors:
-Reste traquille! Tu ne portes qu'un prophète, un homme véridique, Abu Bakr et un martyr.
Les avis divergent sur ceux qui accompagnaient le prophète ce jour-là. On dit que les dix117 , étaient avec lui et on dit que le mont Thabir tressaillit aussi sous le prophète.
La grotte.
(Récit de voyage de M. Hamidullah au XXème siècle).118
J'ai visité cette caverne de Hira, qui se trouve au sommet du Mont Nur (littéralement : Lumière). Situé à un kilomètre à peine de l'emplacement de la maison de Muhammad, le mont Nur présente un aspect très singulier ; on l'aperçoit d'ailleurs de très loin parmi les nombreuses montagnes qui l'entourent. La caverne de Hira est construite avec des rochers éboulés et entassés, qui en forment trois côtés ainsi que la voûte. Elle est assez haute pour permettre à un homme de rester debout, sans que sa tête touche la voûte ; et elle est assez allongée pour qu'il puisse s'y coucher. Par un curieux hasard, l'allongement de cette cavité se dirige vers la Kaba. Au sol, le roc est assez plat, et on peut y étendre des draps pour y faire une couchette. L'entrée est constituée par une petite ouverture placée assez haut, ce qui oblige à monter plusieurs marches, faites de rochers, avant d'y pénétrer. On ne sait pas pourquoi on a appelé ce sommet le Mont Lumière. Il est près de la route qui va de la Mecque à l'esplanade de Mina, où les pèlerins de la Mecque vont passer plusieurs jours. Il se pouvait qu'on allumât du feu sur cette montagne, pour servir de guide aux égarés dans la nuit, pratique assez répandue à cette époque dans la région. Puisqu'on allumait un feu sur une colline de Muzdalifah119 , comme nous le savons, il n'y a pas de raison pour qu'elle eût été la seule entre Arafat et la Mecque, car les pèlerins qui venaient des quatre coins de la Péninsule devaient passer là.
§ 247. Le contact mystique.
Le contact aurait eu lieu sur une montagne proche de la Mecque, où certains habitants avaient lhabitude de pratiquer des retraites périodiques. On peut distinguer des procédés variés pour parvenir à cet état, dans une tradition particulièrement confuse120. Le Coran lui même décrit les phases de révélation durant cette "Nuit du Destin121 " ou Nuit du Décret122 .
Gabriel est le personnage central de ces épisodes: il est considéré comme le messager divin, celui qui transmet le Coran, lintermédiaire entre les hommes et Allah123.
Les sources ne cachent rien de létat psychologique de Muhammad durant cette période: transe physique, rejet, angoisse devant larrêt des révélations124 , dépression125 et terreur en présence de ce quil conçoit comme la présence divine.
Il existe plusieurs versions du même ou des mêmes faits. Comme on peut s'y attendre pour une telle situation, la confusion est grande. On touche là au coeur du "mystère", et toute étude du sujet, susceptible de mettre à bas toute la théologie musulmane, en suspectant par exemple la sincérité de Muhammad, peut rencontrer des oppositions obstinées de la part des pieux musulmans. Ceux-ci se réfugient dans des formules telles que message, appel descente126 , etc... Les historiens et scientifiques eux-mêmes éprouvent un certain embarras127. Il faut rester strict, neutre et précautioneux dans lutilisation des termes décrivant ces phénomènes.
On verra plus loin que le recours au personnage de larchange Gabriel est une invention beaucoup plus tardive de la Tradition Islamique.
1. Lannonce faite à Muhammad.
Il existe une foule de récits contradictoire sur ce moment important. Le concensus se fait pourtant sur le contenu du premier message, une sourate particulière du Coran. A partir de là, la Tradition brode à partir de presque rien.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 66-7).
Enfin le jour arriva où Allah fit parvenir à Muhammad sa mission128 prophétique. Ce fut un lundi. Il est dit dans cet ouvrage de Tabari, que ce fut le dix-huitième jour du mois de ramadan. D'après d'autres traditions, ce fut le lundi, douzième jour du mois de rabi'a premier, que Muhammad reçut sa mission, le même jour du même mois où il était né, et qui fut plus tard le jour de sa mort. Or, le jour du lundi, Allah envoya Gabriel avec l'ordre de se faire connaître à Muhammad, et de lui porter sa mission prophétique et la sourate du Coran appelée Iqra, qui fut la première que Muhammad reçut de lui. Gabriel descendit du ciel et trouva Muhammad sur le mont Hira. Il se montra à lui et lui dit :
- Salut à toi, ô Muhammad, envoyé d'Allah!
Muhammad fut épouvanté. Il se leva, pensant qu'il était devenu fou. Il se dirigea vers le sommet pour se tuer en se précipitant du haut de la montagne. Gabriel le prit entre ses deux ailes, de façon qu'il ne pût ni avancer ni reculer. Ensuite il lui dit :
-Ô Muhammad, ne crains rien, car tu es le prophète d'Allah, et moi je suis Gabriel, l'ange d'Allah.
Muhammad resta immobile entre les deux ailes. Puis Gabriel lui dit:
-Ô Muhammad, lis.
Muhammad dit:
-Comment lirais-je, moi qui ne sais pas lire?129
Gabriel dit:
-Lis : Au nom de ton seigneur130, qui a tout créé, qui a créé l'homme de sang coagulé131.
Lis: Ton Seigneur est le généreux par excellence ; c'est lui qui a enseigné l'écriture ; il a enseigné aux hommes ce qu'ils ne savaient pas.
Ensuite, Gabriel le laissa à cet endroit et disparut.
(Az Zuhri C-E).132
J'avais été debout133 , mais je tombai à genoux ; puis je m'éloignai, les épaules tremblantes. Puis pénétrant dans la chambre de Khadija, je lui dis134:
-Cache-moi , cache-moi, jusqu'à ce que la peur me quitte.135
Alors il vint à moi et me dit:
-Ô Muhammad, tu es le messager d'Allah.
Il dit :
-J'avais médité de me jeter d'un rocher de la montagne, mais tandis que j'étais ainsi en méditation, il m'apparut et dit :
-Ô Muhammad, je suis Gabriel et tu es le messager d'Allah.
Alors il dit :
-Récite136.
Je dis:
-Je ne puis réciter (ou bien -. que dois-je réciter? ).
Alors il me prit et me serra violemment trois fois jusqu'à ce que je tombe épuisé. Alors il dit: -Récite au nom de ton seigneur le créateur137.
Et je récitai.
(Bukhari, Sahih 1, 3).
L'ange vint alors le trouver et lui dit:
-Lis! Je ne suis point de ceux qui lisent138, répondit-il.
L'ange me saisit aussitôt, raconta le prophète ; il me pressa au point de me faire perdre toute force et me répéta ce mot :
-Lis!
-Je ne suis point de ceux qui lisent, lui répliquai-je encore.
Pour la troisième fois l'ange me saisit, me pressa au point de m'enlever toute force, puis me lâcha en disant :
-Lis : au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l'homme de sang coagulé.
- Lis: et ton Seigneur est le très généreux139.
La sourate du destin.140
(Corpus Coranique 97).
Nous l'avons fait descendre durant la nuit de la destinée.
Qu'est-ce qui t'apprendra ce qu'est la nuit de la destinée?
La nuit de la destinée vaut mieux que mille mois.
(...)141
Salut elle est jusqu'au lever de l'aube.142
(Tafsir al Jalalayn 97).
Et qui te dira ce qu'est la nuit d'Al-Qadr? : Que sais-tu, ô Mohammad, de cette nuit?
La nuit d'Al-Qadr est meilleure que mille mois: La nuit des décisions est meilleure que mille mois qui ne renferment pas cette nuit, car les bonnes uvres qui seront accomplies dans cette nuit auront plus de mérite que celles faites dans les autres mille nuits. D'après Mujahid, le messager d'Allah parla un jour d'un homme des Fils d'Israël qui avait porté la cuirasse mille mois pour combattre dans la voie dAllah. Comme ce récit étonna les musulmans, Allah révéla, à la suite, la sourate de la Destinée et dit qu'elle est meilleure que les mille mois durant lesquels cet Israélite avait porté la cuirasse pour la cause dAllah.
La "révélation" de Jérémie: la référence biblique.
(Jérémie 1,4-13).143
La parole du Seigneur s'adressa à moi: Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais avant que tu ne sortes de son ventre, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations.
Je dis:
-Ah! Seigneur Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune.
Le seigneur me dit:
-Ne dis pas : Je suis trop jeune. Partout où je t'envoie, tu y vas ; tout ce que je te commande, tu le fais ; n'aie peur de personne: je suis avec toi pour te libérer - oracle du Seigneur.
Le seigneur, avançant la main, toucha ma bouche, et le seigneur me dit "mets mes paroles dans ta bouche".
Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les nations et sur les royaumes.
pour déraciner et renverser, pour ruiner et démolir, pour bâtir et planter.
La parole du Seigneur s'adressa à moi:
-Que vois-tu, Jérémie ?
Je dis:
-Ce que je vois, c'est un rameau d'amandier.
Le Seigneur me dit :
-Bien vu ! Je veille à l'accomplissemt de ma parole .
La parole du seigneur s'adresse à moi une seconde fois :
-Que vois-tu?
Je dis :
-Ce que je vois, c'est un chaudron sur un foyer attisé grâce à une ouverture sur le nord.
Le seigneur me dit:
C'est du nord qu'est attisé le feu pour tous les habitants du pays.
2. La première sourate: "Ladhérence"144 .
Tous les commentaires musulmans, la Tradition Islamique, et la recherche occidentale saccordent sur sa primauté. Son contenu sera analysé plus loin.145
(Az Zuhri L).146
Les premiers mots qui lui furent révélés furent:
Récite au nom du seigneur qui ta créé.
(Az Zuhri H).147
La première partie du Coran qui me fut révélée après Récite fut:
-Je le jure par la plume et par ce que les hommes écrivent,
Tu n'es pas, par la grâce de ton Seigneur, un possédé!
En vérité, il t est réservé une récompense qui ne te sera pas reprochée.
Et en vérité, tu es d'une création élevée! Mais tu verras et eux verront! 148
et:
Ô toi, qui es couvert d'un manteau!149
Lève-toi et avertis! 150
et:
(Je le jure) par la matinée!
Et par la nuit, quand l'obscurité vient!151 .
Le contenu de la première révélation.
(Corpus coranique d'Othman 96).152
Prêche au nom de ton seigneur qui créa! qui créa lhomme dune adhérence .
Prêche! ton seigneur étant le très généreux qui enseigna par le calame153 et qui enseigna à lhomme ce quil ignorait.
Prenez garde154 !
L'homme en vérité est rebelle parce qu'il se passe de tous.
A ton seigneur pourtant tu retourneras.
Penses-tu que celui qui défend à un serviteur d'Allah de prier155 , penses-tu qu'il soit dans la Direction ou qu'il ordonne la piété ?
Penses-tu au contraire qu'il crie au mensonge et se détourne de la voie droite?
Ne sait-il pas qu'Allah le voit ?
(Tafsir al Jalalayn 96).
Lis, au nom de ton seigneur qui a créé : Cette sourate est la première révélée à Mohammad. Elle lui a été révélée à La Mecque Allah ordonne à son prophète: Ô Mohammad, lis en commençant par invoquer le nom de ton seigneur qui a le pouvoir de créer toutes les créatures.
qui a créé l'homme d'une adhérence: il a créé le genre humain d'un caillot de sang.
Lis! Ton seigneur est le Très Noble: Lis. Car ton seigneur est le Très-Généreux
qui a enseigné par la plume: qui a enseigné à l'homme l'écriture avec la plume. Sachant que le prophète Idriss était le premier des humains qui a écrit.
a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas.: il a enseigné à l'homme ce qu'il ignorait, avant cela, de la voie droite, de l'écriture, de l'industrie et autre chose.
3. Description coranique de la révélation.
Le texte lui-même fait de brèves allusions à sa genèse.
(Corpus coranique d'Othman 53/1-18).
Par l'étoile quand elle s'abîme!, votre contribule156 n'est pas égaré!
Il n'erre point.
Il ne parle pas par propre impulsion.
C'est seulement là une révélation qui lui a été transmise, que lui a enseignée un ange redoutable, fort et doué de sagacité157 .
Cet ange se tint en majesté alors qu'il était à l'horizon supérieur.
Puis il s'approcha et demeura suspendu et fut à deux arcs ou moins.
Il révéla alors à son serviteur ce qu'il révéla. Son imagination n'a pas abusé sa vue.
Quoi! le chicanerez-vous sur ce qu'il voit?
Certes, il l'a vu une autre fois, près du jujubier158 d'al Montaha159, près duquel est le jardin dal Mawa, quand couvrait le jujubier qui le couvrait.
Sa vue ne sest ni détournée ni fixée ailleurs.
Certes, il a vu lun des signes les plus grands de son seigneur.
(Corpus coranique d'Othman 81/17-23).
...par la nuit quand elle sétend!
Par laube quand sexhale son souffle! en vérité cest là, certes la parole dun vénérable messager, doué de pouvoir160 auprès du maître du trône, ferme, obéi, en outre sûr!
Votre compagnon161 nest point possédé!
Certes, il la vu, à lhorizon éclatant!
De linconnaissable il nest pas avare.
Ce nest point la parole dun démon maudit.
L'allusion coranique à la révélation
(Corpus coranique d'Othman 44/1-5).
Cette écriture explicite, nous l'avons révélée par une nuit bénie162 : nous avons été lui qui avertit. Durant cette nuit, est dispensé tout ordre sage, tout ordre venu de nous.
En vérité, nous sommes celui qui dépêche les envoyés divins avec une grâce de ton seigneur.
La nuit de la Destinée.163
(Corpus coranique d'Othman 97).
...164 Nous lavons fait descendre165 durant la nuit de la destinée. Quest-ce qui tapprendra ce quest la nuit de la destinée?166
La nuit de la destinée vaut mieux que mille nuit.
Les anges et lesprit y descendent avec la permission de leur seigneur, pour tout ordre167.
Salut elle est jusquau lever de laube.
4. Les accidents de loracle.
Dans lensemble confus qui a été reconstitué autour des premières phases de la révélation, des événements apparaissent qui montrent les difficultés de transmission que connait Muhammad: un long silence, comme une forme dabsence dinspiration, qui le désespère, des perturbations dans lélocution, des réactions physiques mal maîtrisées: le tableau sans nuance de la faiblesse humaine face à la puissance divine168 .
Le silence.169
(Az Zuhri I).170
Az Zuhri dit:
-Il y eut pendant un certain temps un trou dans la révélation du messager dAllah et il était très triste. Il partait de bonne heure pour les sommets de la montagne afin de se précipiter en bas. Mais à chaque fois qu'il parvenait au sommet d'une montagne Gabriel lui apparaissait et disait:
-Tu es le prophète dAllah.171
Alors son inquiétude cessait ...
(ibn Sad, Tabaqat I 226-7).
Après la première révélation qui est venue au prophète, la venue de révélations fut interrompue pendant quelques jours. Comme il ne voyait plus Gabriel, il était très déprimé ; il se rendit ) Thabir et encore à Hira avec lintention de se jeter dans le vide. Mais dès que lApôtre d'Allah eut décidé de faire cela depuis le sommet dune montagne, il entendit un son venant du ciel. LApôtre d'Allah sarrêta un instant à cause du bruit terrible, il leva la tête et... cétait Gabriel assis sur une chaise entre le ciel et la terre.
(ibn Sad, Tabaqat I 227).
...quand la révélation est tombée sur le prophète, il a souffert de grandes peines et son visage était couleur de poussière.
La rupture du silence.
(Corpus coranique d'Othman 93/1-4).
Par la clarté diurne!172
Par la nuit quand elle règne!
Ton seigneur ne ta ni abandonné ni haï173.
Certes la vie dernière sera meilleure pour toi que la vie première.
(Tafsir al Jalalayn 93).
Ton seigneur ne t'a ni abandonné, ni détesté.: ton seigneur ne t'a pas abandonné ô Mohamamd ni t'a haï. Sachant que quand la révélation avait tardé quinze jours, les incrédules s'écrièrent:
-Son seigneur l'a abandonné et haï". Jundub a dit:
-Le prophète tomba malade et demeura une ou deux nuits sans faire la prière nocturne. Une femme vint auprès de lui et dit:
-Ô Muhammad, je trouve que ton démon t'a délaissé..."
Allah fit descendre: "Par la clarté du jour, par la pleine nuit, ton seigneur ne t'a ni délaissé ni méprisé".
(Muslim, Sahih 32-3354).
Jundab a dit : L'ange Gabriel étant resté quelque jour sans se montrer au prophète, les Quraysh dirent :
-"Il (le prophète) est abandonné".
C'est alors que fut révélé : Par le Jour Montant! Et par la nuit quand elle couvre tout! ton Seigneur ne t'a ni abandonné, ni détesté.
Les difficultés de transmission de la révélation.174
(Bukhari, Sahih 1/4).
Suivant Sayd ibn Jubayr, voici comment ibn Abbas commentait le verset du Coran :
N'agite pas ta langue afin de hâter ainsi la révélation175 .
Lenvoyé d'Allah essayait de calmer la souffrance que lui inspirait la révélation, et c'est dans ce but qu'il remuait les lèvres.
Ce disant, ibn Abbas remuait les lèvres et ajoutait:
-Regarde, je les remue de la même façon que le faisait l' envoyé d'Allah.176
A son tour, Sayd rapportant cette tradition, remuait les lèvres et disait :
-Je les remue comme je l'ai vu faire à ibn Abbas177.
Ce fut dans ces circonstances que Allah fit descendre178 ce verset:
N'agite pas ta langue afin de hâter ainsi la révélation.
-C'est à nous qu'incombe l'assemblage de ces textes et leur récitation179. ibn Abbas expliquait ces derniers mots en disant:
-Allah les assemblera dans ta poitrine et tu les réciteras ensuite. Dans le verset:
Lorsque nous le réciterons, suis sa récitation180,
ibn Abbas expliquait les derniers mots par:
-Écoute la récitation et tais-toi.
Enfin ce verset:
Ensuite ce sera à nous de le rendre explicite181 , doit s'entendre, selon ibn Abbas:
-Ensuite ce sera à nous de te le faire réciter.
Après cette révélation, chaque fois que Gabriel venait trouver l'envoyé d'Allah, celui-cî l'écoutait, puis dès que Gabriel était parti, il récitait le Coran exactement comme l'ange l'avait récité.
La panique.
La proximité immédiate entre la révélation et son expression, la prédication aboutit à une sorte de confusion catastrophique. Il sensuit un brusque rappel à lordre.
(Corpus coranique d'Othman 75/16-19).
Ne remue point ta langue, en le disant, pour en hâter l'expression!
A nous de le rassembler et de le prêcher!
Quand nous le prêchons, suis-en la prédication,
ensuite, à nous, son exposition.
Le nez dans la boue.
(Bukhari, Sahih 10/ 135, 1).
Abu Salama a dit: m'étant rendu auprès de Abu Sayd al Khodry, je lui dis :
-Ne veux-tu pas nous accompagner jusqu'à En Nakhl? Nous parlerons de hadith.
Il accepta et alors je lui demandai de nous raconter ce qu'il avait entendu dire au prophète au sujet de la nuit du Destin.
-L'envoyé d Allah, nous raconta- t-il, avait passé en retraite pieuse les dix premières nuits du ramadan et nous avions suivi son exemple. Gabriel vint alors le trouver et lui dit:
-Ce que tu désires est devant toi.
Le prophète passa ensuite en retraite les dix nuits de la seconde décade du ramadan et nous fîmes de même.
Gabriel vint de nouveau le trouver et lui répéta:
-Ce que tu désires est devant toi.
Le matin du vingtième jour du ramadan, le prophète se leva et fit le prône suivant:
-Que ceux qui ont fait la retraite religieuse avec le prophète continuent à rester en retraite. Car on vient de me montrer la nuit du Destin ; je ne me souviens plus de sa date, mais elle a lieu un jour impair de la dernière décade du ramadan. Il m'a semblé me voir prosterné dans la boue et dans l'eau.
5. Le retour chez Khadija ; lannonce faite à Waraqa.
Khadija et son cousin182 sont évoqués dans la première phase révélatoire, et disparaissent ensuite, une fois leur tâche achevée. Ils appartiennent à la sphère étroite de la famille, et nen sortent pas.
Le mari réconforté par sa femme: cest aussi un thème qui plaît au public musulman, même si Khadija se montre puissamment maternelle dans toutes ces circonstances. Encombrante pour l'exposition du personnage masculin, elle disparaît peu à peu.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 67).
Muhammad descendit de la montagne. Il fut saisi d'un tremblement et retourna à sa maison, tout en répétant en lui-même la sourate. Son coeur était fort rassuré par ces paroles, mais il tremblait de tout son corps par suite de la peur et de la terreur que lui avait inspirées Gabriel. Rentré dans la maison, il dit à Khadija:
-Celui qui m'avait toujours apparu de loin s'est présenté aujourd'hui devant moi.
- Que t'a-t-il dit? demanda Khadija.
- Il m'a dit : Tu es le prophète d'Allah, et je suis Gabriel ; et il m'a récité cette sourate :
Lis : Au nom de ton Seigneur, etc.
Khadija, qui avait lu les anciens écrits et qui connaissait l'histoire des prophètes183 , avait aussi appris à connaître le nom de Gabriel. Ensuite Muhammad fut saisi du froid, il pencha la tête et dit :
-Couvrez-moi, couvrez-moi!
Khadija le couvrit d'un manteau184, et il s'endormit.
(Az Zuhri F.) . 185
Et j'allai vers Khadija et lui dis:
-Je suis plein d'angoisse pour moi.
Et je lui confiai mon aventure.
Elle dit :
-Réjouis-toi! Par Allah, jamais Allah ne pourra te causer de confusion. Tu agis bien envers les tiens, tu parles selon la vérité, tu rends ce qui t'est confié, tu es endurant, tu traites bien tes hôtes, tu assistes ceux de la vérité.
(ibn Ishaq).186
Aussitôt que je suis seul, jentends une voix qui mappelle:
-Ô Muhammad! ô Muhammad! ; et ce nest pas en sommeil, mais tout à fait réveillé que je vois une lumière céleste. (Par Allah, je nai jamais rien détesté plus que ces idoles et ces kahin ayant des prétentions à la connaissance des choses invisibles et des choses à venir187 ). Est-ce que je suis devenu, moi aussi, un kahin188, un magicien? Celui qui mappelle, nest-il pas un diable?
(ibn Sad, Tabaqat I 195).
Le prophète a dit:
-Oh, Khadija, jentends une voix et je vois de la lumière, et jai peur que le démon ne prenne possession de moi.
Elle dit:
-Allah ne voudra pas une telle choix pour toi, ô fils dAbdallah.
Alors elle alla voir Waraqa ibn Nawfal et lui parla de cela, et il dit:
-Sil dit la vérité, alors cet ange est comme ceux de Moïse. Si jétais encore vivant quand est envoyé le prophète, je lui apporterai mon soutien, je laiderai et je croirai en lui.
(Bukhari, Sahih 60/21).
Daprès Urwa, Aysha a dit:
-Le prophète revint auprès de Khadija, le coeur tout palpitant. Elle lemmena chez Waraqa ibn Nawfal. Cet homme avait embrassé le christianisme et récitait lévangile189 en arabe.
-Et que vois-tu? demanda Waraqa.
Puis le prophète lui ayant raconté ce quil voyait, il sécria:
-Cest le namus190 quAllah a envoyé autrefois à Moïse. Si je suis encore vivant ton jour venu, je taiderai de toutes mes forces. Le namus est celui à qui lon confie des choses intimes que lon cache à tous les autres.
(Hanbal, Musnad191 VI 232-3).192
Waraqa écrivait lécriture hébraïque193, et il écrivait en hébreu, de lEvangile194, ce quAllah avait voulu quil écrive.
Le manteau.
Ce vêtement est traditionnellement employé par les devins au cours de leurs crises mystiques, ce qui laisse perplexe quant à loriginalité de la démarche de Muhammad.
(Az Zuhri j-k).195
Je fus frappé dépouvante et je retournai auprès de Khadija en lui disant:
-cache-moi.
Ainsi nous le cachâmes ou autrement dit nous le couvrîmes dun manteau et Allah très haut descendit:
-Ô toi couvert dun manteau...
(Corpus coranique d'Othman 93/1-4).
Ô toi enveloppé dun manteau!196
Reste en vigile197 seulement peu de temps, la moitié ou moins de la moitié de la nuit ou un peu plus, et palmodie avec soin la prédication.
§ 248. Variations sur le personnage de l' ange Gabriel.
L'archange Gabriel198 apparaît très peu, en réalité, dans la Bible199 , et se fait très discret dans le Nouveau Testament ; lislam (mais pas le Coran, c'est notable) développe en revanche largement le thème de l'ange intermédiaire entre Muhammad et la divinité qu'il pressent, comme vecteur privilégié de la "révélation"et, involontairement, comme signe de l'influence chrétienne sur les premiers temps de l'islam200. Il réapparaîtrait à plusieurs reprises dans des épisodes importants de la vie de Muhammad, notamment les batailles, et le personnage lattend à chaque instant, au point de changer son régime alimentaire pour ne pas le rebuter201. La figure prend une importance encore plus grande dans les tendances mystiques musulmanes et dans le shiisme.202
Pourtant un examen plus précis de la question montre que la mention de Gabriel figure en fait dans les toutes dernières sourates du Coran203 ; cest par conséquent une figure très tardive de la construction théologique et de la Tradition Islamique. Laccumulation de références dans cette dernière nest là que pour le dissimuler204.
(ibn Sad, Tabaqat I 220).
Lapôtre d'Allah fut appelé à la prophétie alors quil avait 40 ans. Saraphel était avec lui depuis trois ans, puis il a été remplacé par Gabriel, qui est resté 10 ans avec lui à la Mecque, et dans la cité de lHégire, Médine, dix ans encore.
1. Gabriel dans la Bible.
Gabriel est un personnage très secondaire de la Bible, très peu représenté, et finalement inutile au discours principal. L'islam naissant en a par contre dramatiquement besoin comme intermédiaire entre l'homme et le dieu, ce qui perturbe aussitôt les discours prônant un monothéisme outrancier. Le discours sur Gabriel est donc mis en sourdine de nos jours.
(Livre de Daniel 8,15-17).
Or, tandis que moi, Daniel, je regardais cette vision et cherchais à la comprendre, voici que ce tint devant moi comme une apparence d'homme. Et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Oulay205 qui criait et disait:
-Gabriel! Fais comprendre la vision à celui-ci!
Il vint près de l'endroit où je me tenais ; et tandis qu'il venait, je fus terrifié et me jetai face contre terre.
Il me dit:
-Comprends, fils d'homme, car la vision est pour le temps de la fin...
Gabriel dans le Nouveau Testament.
(Luc, Evangile 1, 11, 19-20).
Alors apparut un ange du seigneur, debout à droite de l'autel de l'encens. A sa vue, Zacharie fut troublé et la crainte s'abattit sur lui. (...)
L'ange lui répondit:
-Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu. J'ai été envoyé pour te parler et pour t'annoncer la bonne nouvelle.
(Luc, Evangile 1, 26-35).
Le sixième mois, 1'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s'appelait Marie. L'ange entra auprès d'elle et lui dit:
-Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le seigneur est avec toi.
A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit :
-Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut. Le seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin.
Marie dit à l'ange :
-Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas de relations conjugales ?
L'ange lui répondit :
L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre: c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu.
2. Jibril dans le Coran.
Au départ, Gabriel apparaît timidement dans le texte coranique, qui suit sur ce point la tradition biblique. A partir de ce point de départ, c'est la Tradition qui va user ce thème sans retenue.206
(Corpus coranique d'Othman 2/91-93).
Dis-leur: Celui qui est ennemi de Gabriel est infidèle car celui-ci, avec la permission d'Allah, a fait descendre la révélation sur ton coeur, prophète! pour déclarer véridiques les messages antérieurs, comme direction et annonce pour les croyants.
Celui qui est ennemi d'Allah, de ses anges, de ses apôtres, de Gabriel, de Michel207 , celui-là est ennemi d 'Allah, car Allah est ennemi des infidèles.
Nous avons fait certes descendre vers toi, prophète! de clairs signes que récusent seulement les pervers.
(Corpus coranique d'Othman 66/4).
Si vous revenez à Allah... car vos coeurs ont fléchi.
Si au contraire, vous vous prêtez assistance contre le prophète... car Allah est son maître208 et Gabriel, le saint des croyants209 et les anges sont par surcroît son assistance210 .
3. Le géant, le monstre ailé, lhomme.
Gabriel apparaît sous des formes très variées, sûrement mal maîtrisées par la Tradition, qui joue avec le merveilleux, en s'inspirant du fond cuturel de l'Orient ancien.
Le monstre ailé.
(Bukhari, Sahih 54/455).
... le prophète avait vu que Gabriel avait 600 ailes.
(Bukhari, Sahih 65/53, 3).
Abdallah ma raconté que Muhammad avait vu Gabriel et que celui-ci avait 600 ailes.
Le géant.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 65-6).
Or, vers l'époque où Gabriel allait apporter à Muhammad sa mission prophétique, celui-ci en remarquait les signes. Il voyait, la nuit, en songe, sans le connaître et non sans en éprouver de la crainte, Gabriel sous la forme d'un être énorme. (...)
Cette année, Muhammad, en quittant la montagne, vint auprès de Khadija et lui dit :
-Ô Khadija, je crains de devenir fou.
-Pourquoi? lui demanda celle-ci.
-Parce que, dit-il, je remarque en moi les signes des possédés: quand je marche sur la route, j'entends des voix sortant de chaque pierre et de chaque colline ; et, dans la nuit, je vois en songe un être énorme qui se présente à moi, un être dont la tête touche le ciel et dont les pieds touchent la terre ; je ne le connais pas, et il s'approche de moi pour me saisir.
Gabriel dans le ciel.
(Baladhuri, Ansab I 104).211
Alors que le messager dAllah était assis de cette façon sur la montagne Ajyad, il vit un ange dans lhorizon, levant une jambe après lautre. Il lentendit dire:
-Ô Muhammad! Je suis Gabriel! Ô Muhammad! Je suis Gabriel!
(Bukhari, Sahih 54/457).
Récit d'Aïsha212: celui qui affirme que Muhammad a vu son seigneur se trompe lourdement, parce qu'il n'a vu que Gabriel dans sa forme véritable, dans laquelle il a été créé, recouvrant l'horizon tout entier.
Une draperie verte.
(Bukhari, Sahih 65/53, 4).
Abdallah ibn Masud a dit au sujet des mots Il a vu la plus grande merveille du seigneur:
-Il vit une draperie verte qui couvrait lhorizon.
Retour de lange sur le trône.
(Az Zuhri J).213
Le prophète en parla. il dit:
-Un jour que je marchais, je vis lange qui était venu à moi à Hira sur un trône214 entre ciel et terre. Je fus frappé dépouvante.
Lange sur une mule.
(Waqidi, Livre des Expéditions 30).215
(Muhammad) alla dans la maison dAïsha216 , et il prit un bain, et se parfuma. Après la prière de midi, Gabriel arriva sur une mule pourvue dune belle selle. Il sarrêta au niveau du banc funéraire et cria très fort:
-Ah! tu es un beau guerrier!
Comme Muhammad sortait effrayé, il luidit:
-Tu as déjà enlevé ta cuirasse, alors que les anges la portent encore! Allah tordonne de marcher contre les juifs. Moi, Gabriel, je pars ébranler leurs châteaux217.
Gabriel, génie anthropomorphe.
(Bukhari, Sahih 65/31, 2).
Abu Hurayra rapporte que, l'envoyé d'Allah étant un jour au milieu des fidèles, un homme vint le trouver et, tout en marchant, lui dit :
-Ô envoyé d'Allah, qu'est-ce que la foi?
-C'est, répondit-il, croire à Allah, aux anges, aux envoyés dAllah, à sa rencontre avec lui, et croire à la résurrection dernière.
-Et qu'est-ce que l'islam, ô envoyé d'Allah? reprit l'homme.
-L'islam consiste à adorer Allah, à ne rien lui associer, à pratiquer la prière, à donner la dîme prescrite et à jeûner pendant le ramadan.
-Et qu'est-ce que la piété, ô envoyé d'Allah?
-La piété consiste à adorer Allah comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, lui te voit.
-Quand viendra l'Heure, ô envoyé d Allah?
-Là-dessus, répondit-il, celui qui est interrogé n'en sait pas plus que celui qui interroge. Je vais seulement t'en faire connaître les signes qui l'annonceront. Quand la femme esclave donnera le jour à sa maîtresse, est un des signes. Quand les gens pieds nus et à peine vêtus seront les chefs du peuple, est également un des signes. Tels sont deux des signes sur les cinq que Allah seul connait, car certes Allah a par devers lui, la connaissance de lHeure ; il a fait descendre la plus et il sait ce que contiennent les utérus218. Puis lhomme étant parti, il dit quon le ramenât. On chercha à le ramener, mais on en trouva plus personne.
-Cet homme, dit le prophète, cest Gabriel qui vient pour enseigner la religion aux hommes.
(ibn Sad, Tabaqat I 224).
...lApôtre d'Allah était à Ajyad, et il a vu un ange, avec un pied sur lautre, à lhorizon, et il a appelé:
-ô Muhammad! Je suis Gabriel, ô Muhammad! Je suis Gabriel!
LApôtre d'Allah était terrifié. Quand il leva la tête vers le ciel, il le vit ; puis il rentra en vitesse chez Khadija.
Gabriel dans le nuage.
(Bukhari, Sahih 59/7, 8).
Aïsha, épouse du prophète, a raconté qu'elle lui dit:
-Y eut-il jamais pour toi journée plus pénible que celle de la bataille d'Ohod.
-Certes, répondit-il, j'ai eu bien à souffrir de tes compatriotes, mais ce qui me fut le plus pénible de leur part, ce fut l'affaire dAqaba, lorsque, à l'exposé de mes demandes, Ibn Abd Yalil ibn Abd Kulal répondit par un complet refus. Je m'en retournai ne sachant trop où diriger mes pas, et ne recouvrai mes esprits qu'arrivé à Qarn at Thalib ; et alors, levant la tête, voilà que je vis un nuage qui me couvrait de son ombre, et, l'ayant considéré, voilà que dedans j'aperçus Gabriel ; et il m'appela, me dit :
-Allah a bien entendu les propos de tes compatriotes, et les réponses qu'ils ont faites ; et il a envoyé vers toi l'ange des montagnes219 pour que tu lui donnes, au sujet de ces infidèles, tel ordre qu'il te plaira. Et l'ange des montagnes, m'ayant appelé, me salua, me répéta ce qu'avait dit Gabriel et ajouta :
-Que veux-tu ? désires-tu que je fasse se replier sur eux les deux rocailleuses220 ?
-Non, répondis-je, car des flancs de ces impies, j'espère que Allah fera sortir des fidèles qui l'adoreront seul, sans lui donner d'associés.
Diverses apparitions.
(Bukhari, Sahih 43/3).
-Ne bouge pas de ta place, me dit alors le prophète qui s'en alla loin de moi.
Puis, comme j'entendis une voix, je voulus aller le rejoindre, mais je me souvins qu'il m'avait dit:
-Ne bouge pas de ta place tant que je ne serai pas revenu près de toi.
Quand le prophète revint, je lui dis :
-Ô envoyé dAllah, qui donc ai-je entendu ? (...)
- Tu as donc entendu ? me demanda-t-il.
-Oui, répliquai-je.
-Gabriel, ajouta-t-il, est venu me trouver et m'a dit: Celui de ta nation221 qui mourra sans avoir rien associé à Allah (dans son culte) entrera dans le paradis.
- Même celui qui aura fait telle ou telle chose ? lui dis-je.
-Oui, me répondit-il.
(Bukhari, Sahih 61/25, 57).
Abu Othman a dit: on ma raconté que Gabriel vint trouver le prophète pendant que Umm Salama se trouvait chez lui. Le prophète s'était mis à causer avec quelqu'un, puis, quand cet homme se fut levé, il dit à Umm Salama :
-Sais-tu qui c'est? ou une phrase ayant ce sens.
-C'est Dihya, répondit-elle.
J'en jure par les serments les plus solennels, s'écria Umm Salama, et je fus persuadée que c'était lui, jusqu'au jour ou j'entendis le prophète dAllah déclarer en chaire qu'il s'agissait de Gabriel. Tel est le sens, sinon les termes des paroles de Abu Othman. Suleyman avant demandé à Abu Othman de qui il avait entendu ce hadith, il répondit:
-De Usama ibn Zayd.222
(Bukhari, Sahih 77/114).
Salim a dit: Le prophète attendait l'ange Gabriel à l'heure habituelle. Celui-ci tardant à venir, le prophète, vivement contrarié, sortit de chez lui, et, ayant rencontré l'ange, il se plaignit à lui de son retard.
-Nous, dit Gabriel, nous n'entrons pas dans une maison où il y a une image et où il y a un chien.
(Bukhari, Sahih 81/14).
Abu Zarr a dit: Une nuit que j'étais sorti je trouvai l'apôtre d'Allah marchant tout seul sans qu'aucun être humain l'accompagnât. Je pensai qu'il lui répugnerait d'avoir un compagnon de marche et je continuai ma route au clair de la lune. Comme il s'était retourné il me vit et dit :
-Qui est là?
-Moi, Abu Zarr, répondis-je, Allah fasse de moi votre rançon.
- Ô Abu Zarr, reprit-il, viens.
Après avoir marché un instant avec lui il me dit:
-Les riches seront les pauvres au jour de la Résurrection, sauf celui à qui Allah aura donné la fortune et qui l'aura répandue à droite, à gauche, devant lui, derrière lui en faisant de bonnes uvres.
Après avoir de nouveau marché un instant avec lui il me dit :
-Assieds-toi ici.
Et il me fit asseoir sur un tertre entouré de rochers.
-Assieds-toi ici, répéta-t-il, jusqu'à ce que je revienne te trouver.
Il s'éloigna alors dans la harra223 au point que je le perdis de vue. Il me laissa ainsi et je trouvais son absence longue lorsque je l'entendis s'avancer vers moi en disant:
-Même s'il vole ; même s'il fornique224 .
Quand il fut arrivé vers moi je ne pus m'empêcher de lui dire de suite :
-Ô prophète dAllah, toi pour qui je donnerais ma vie, à qui parlais-tu donc dans un coin de la harra? Je n'ai entendu personne te répondre quoi que ce soit.
-C'était, dit-il, Gabriel, que sur lui soit le salut, qui s'est présenté à moi dans un coin de la barra en me disant: Annonce une bonne nouvelle225 à, ton peuple ; celui d'entre eux qui mourra sans associer personne à Allah entrera dans le paradis.
-Et, ai-je répondu, même s'il vole, même s'il fornique?
-Oui.
-Même s'il vole, même s'il fornique ?
-Oui.
- Même, s'il vole, même s'il fornique ?
-Oui226.
L'intercesseur.
(Tirmidhi, Hadith Qudsi227 245-6).228
Lapôtre d'Allah a dit: Lorsque Allah aime un serviteur, il dit à Gabriel:
-Jaime untel, aime-le.
Gabriel laimera, puis il appellera les habitants du ciel et leur dira:
-Allah aime untel, aimez-le!
Les habitants du ciel laimeront alors, puis il lui sera fait la même chose sur terre. Il en est de même lorsque Allah déteste quelquun.
D'après Abu Hurayra, le prophète it a dit: Lorsque Allah aime un serviteur, Il appelle Gabriel et lui dit:
-«J'aime untel, aime-le! ».
Gabriel appellera ensuite les habitants du ciel et leur dira la même chose, puis l'amour descendra parmi les habitants de la terre en sa faveur. Cest là le sens de la parole du très haut:
A ceux qui croient et font de bonnes uvres, le tout miséricordieux leur accordera son amour. 229
Et lorsque Allah déteste un serviteur, Il appelle Gabriel et lui dit:
-Je déteste untel!
Gabriel appellera alors les habitants du ciel et leur dira la même chose. Ensuite, il lui sera fait la même chose sur terre .
Ange maléfique.
(ibn Sad, Tabaqat 8/36).
... lapôtre d'Allah a dit:
-Gabriel est venu à moi avec la fièvre et la peste. Jai gardé la fièvre pour Médine et jai envoyé la peste en Syrie. La peste est un martyre pour ma communauté, une miséricorde pour eux, et une punition pour les infidèles230.
§ 249. Autoportrait dune prédication.
Le dogme se construit et se décrit simultanément, comme par extraordinaire. La théologie considère que les circonstances de la révélation231 peuvent expliquer le sens de certains versets. Le Corpus coranique n'est pas d'une grande aide pour comprendre quel aurait été le processus révélatoire.
1. Ce quelle nest pas.
La définition de la prédication par elle-même se fait par la négative, ce qui est le signe quil y a une forte opposition à ce que dit Muhammad.
(Corpus coranique d'Othman 53/1-18).
Par l'étoile quand elle s'abîme!232 , votre contribule233 n'est pas égaré234 !
Il n'erre point.235
Il ne parle pas236 par propre impulsion237 .
C'est seulement là une révélation238 qui lui a été transmise, que lui a enseignée un ange redoutable239 , fort240 et doué de sagacité241 .
Cet ange se tint en majesté alors qu'il était à l'horizon supérieur.
Puis il s'approcha et demeura suspendu et fut à deux arcs ou moins.
Il révéla242 alors à son serviteur243 ce qu'il révéla.
Son imagination244 n'a pas abusé sa vue.
Quoi! le chicanerez-vous sur ce qu'il voit?
Certes, il l'a vu une autre fois, près du jujubier d'al Muntaha245, près duquel est le jardin246 dal Mawa247 , quand couvrait le jujubier qui le couvrait.
Sa vue ne sest ni détournée ni fixée ailleurs.
Certes, il a vu lun des signes les plus grands de son seigneur.248
(Corpus coranique d'Othman 81/15-23)
Non ! j'en jure par les astres gravitants! (...)
Votre compagnon n'est point possédé!
Certes, il l'a vu, à l'horizon éclatant!
De l'Inconnaissable, il n'est pas avare.
Ce n'est point la parole d'un démon maudit249.
Où allez-vous ?
Ce n'est qu'un édification pour le monde, pour ceux qui veulent, parmi vous, suivre la voie droite.
Mais vous ne voudrez qu'autant que voudra Allah, seigneur des mondes.
2. Ce quelle est.
Tout de même, un peu de définition positive, et laudative du phénomène sur lui-même : la tautologie est une figure traditionnellement islamique.
Inimitabilité.250
(Corpus coranique d'Othman 17/90).
Dis: certes, si les humains et les djinns s'unissaient pour produire une révélation pareille à cette prédication, ils ne sauraient produire rien de pareil, fussent-ils les uns pour les autres des auxiliaires.
(Corpus coranique d'Othman 2/21).
Si vous êtes en un doute à l'égard de ce que nous avons fait descendre sur notre serviteur, apportez une sourate semblable à ceci et appelez pour cela vos témoins en dehors d'Allah, si vous êtes véridiques.
Fragments.
(Corpus coranique d'Othman 17/107).
Une prédication a été, par nous, fragmentée pour que tu la prêches aux hommes avec lenteur et nous l'avons fait descendre d'une façon répétée.
Psalmodies.
(Corpus coranique d'Othman 73/4).
...Et psalmodie avec soin la prédication.
(Corpus coranique d'Othman 73/20).
...Récitez donc à pleine voix ce qui vous sera possible de la prédication (...)
Récitez donc à haute voix, ce qui vous sera possible de la prédication.
Répétition.
(Corpus coranique d'Othman 76/23).
En vérité, nous nous avons fait descendre sur toi la prédication d'une manière répétée.
Arabité.
(Corpus coranique d'Othman 43/1-3).
Par l'écriture explicite!
Nous avons fait de celle-ci une prédication en arabe251 !
Peut-être raisonnnez-vous.
En vérité, cette écriture, dans l'archétype auprès de nous252, est certes sublime et sage!
§ 250. Kerygma: essai de chronologie mystique.
R. Blachère a édité en 1949 une traduction originale du Coran253 , qui tente de reconstituer la "révélation" sur un plan chronologique, en rejetant donc l'ordre canonique datant du califat d'Othman254 . Il suit pour cela la tradition musulmane elle-même et les apports philologiques modernes (R. Bell et surtout H. Birkeland255 ). Ainsi, on peut approcher au plus près ce qu' a pu être le contenu de la transe mohammédienne256, à son tout début, le Kérygma, lAnnonce257. A partir de cette tentative, rarement présentée à cause d'une prudence respectueuse, on peut tirer quelques conclusions, sans doute un peu brutales mais qui méritent d'être proposées258. L'exercice est de toute manière réjouissant et mériterait d'être poursuivi.
1. Première phase jaculatoire.
C'est dès le début un appel à la prédication (DAWA). On distingue quelques points remarquables:
-La deuxième image proposée par le Coran est d'origine étrangère et plus précisément grecque.
-La notion terrifiante de cataclysme est employée comme premier contexte et premier argument.
-Le ciel et la terre sont considérés comme des éléments naturels actifs, selon un schéma typiquement agricole du Moyen-Orient.
-La Mecque, son histoire et son actualité sont le milieu natif de cette révélation. Il n'y a au départ strictement aucun thème universel.
Prêche259 au nom de ton seigneur qui créa! qui créa l'homme d'une adhérence260 .
Prêche! ton seigneur261 étant très généreux qui enseigna par le calame262
et qui enseigna à l'homme ce qu'il ignorait263.
Quand le ciel se déchirera,
qu'il écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir,
quand la terre sera nivelée, qu'elle rejettera ce qui est en elle et se videra264,
qu'elle écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir,
alors, ô Homme!, toi qui te tournes vers ton seigneur, tu le rencontreras265.
Nas tu pas vu comment ton seigneur a traité les hommes de lEléphant?266
Na t-il point fait tourner leur stratagème en confusion?
Na t-il point lancé contre eux des oiseaux, par vols, qui leur jetaient des pierres dargile267, en sorte que ton seigneur en fit comme feuillage dévoré268 ?
A cause de l'entente des Quraysh, de leur entente dans la caravane d'hiver et d'été?
Qu'ils adorent le seigneur de ce temple, qui les a munis contre la faim et à l'abri d'une crainte!269
2-Deuxième phase jaculatoire.
Ce verset marque la reprise des révélation après la rupture. Il se compose:
-d'invocations célestes.
-d'encouragements face au désespoir mystique.
-d'allusions directes (mais seulement probables) à la vie de Muhammad.270
-d'appel à la charité et à la prédication (thèmes chrétiens).
-de rappel de l'impureté précédente de Muhammad et de qu'il doit à la divinité: culpabilisation du public.
-d'appel à la contrition, comme remède à la culpabilité.
-d'une conclusion sur la détestable condition humaine: amorce d'un thème qui sera particulièrement développé, à partir dans doute d elarcgétype mohammédien: on devine que celui-ci se déteste particulièrement, et doit se reprocher tous ses échecs dans sa vie personnelle et sociale.
Le dieu honoré à ce moment n'est que la divinité du temple de la Mecque. A l'ordre d'honorer le dieu est assorti un rappel de ses bienfaits: la structure de pensée religieuse est encore contractuelle.
Par la clarté diurne!271
Par la nuit quand elle règne!272
Ton seigneur ne t'a ni abandonné ni haï273,
Certes la vie dernière sera meilleure pour toi que la vie première!274
Certes ton seigneur te donnera et tu seras satisfait!275
Ne te trouva-t-il point orphelin si bien qu'il te donna un refuge ?
Ne te trouva-t-il point égaré si bien qu'il te guida ?
Ne te trouva-t-il point pauvre si bien qu'il t'enrichit ?276
L'orphelin, ne le brime donc pas!
Le mendiant, ne le repousse donc pas!277
278 Du bienfait de ton seigneur, parle à autrui!
N'avons-nous point ouvert ta poitrine?
et déposé loin de toi le faix qui accablait ton dos?279
N'avons-nous pas exalté ta réputation?280
En vérité, à côté de l'adversité est la félicité!
Quand tu seras dolent, prends de la peine281
et, à ton seigneur, aspire!282
Par le destin!
En vérité, l'homme est en perdition!283
3. Troisième phase jaculatoire.
Le passage contient à la suite:
-Une longue suite d'invocations aux éléments.
-Essai de transition vers une forme de spiritualité.
-Début des imprécations.
-Législation rituelle et menaces.284
Par le soleil et sa clarté!285
Par la lune286 quand elle le suit!
Par le jour quand il le fait briller!
Par la nuit quand elle le couvre!
Par le ciel et ce qui l'a édifié!
Par la terre et ce qui l'a étendue!287
Par l'âme288 et ce qui l'a formée harmonieusement
et lui a inspiré son libertinage et sa piété!289
290 Heureux sera celui qui aura purifié son âme!
Malheureux sera celui qui l'aura abaissée!291
Vois-tu celui qui traite de mensonge le jugement?
C'est celui qui repousse l'orphelin,
qui n'incite pas à nourrir le pauvre292 .
Malheur aux orants293
qui, de leur prière294 sont distraits,
qui sont pleins d'ostentation
et refusent l'aide295 .
4. Quatrième phase jaculatoire.
Court extrait296 comportant:
-le rappel de l'insignifiance humaine.
-l'utilisation de thèmes eschatologiques, toujours efficaces à cette époque.
-l'allusion à la résurrection, peut-être ajouté par la suite, et de toute manière inspirée par le christianisme.
Par le ciel et l'astre nocturne!297
298Que l'homme considère de quoi il a été créé!
Il a été créé d'un liquide éjaculé299 .
En vérité, il sera certes capable de le ressusciter
au jour où seront éprouvés les secrets des coeurs
et où l'homme n'aura ni force ni aide!300
5. Commentaire.
On se limitera à deux remarques conclusives: à ce niveau de sa prédication, la divinité invoquée n'est pas "le dieu": il n'y a encore moins de proclamation de l'unicité301 , pas de rejet des autres dieux, pas d'ambition universaliste, entre autres302 . Autant dire: pas d'islam du tout, rien d'authentiquement musulman.
Au contraire, des mentions du "seigneur"303 et de la patrie de Muhammad poussent vers la plus évidente constatation, quil faudra répéter inlassablement: il ne s'agit que du Seigneur de la Ka'ba, et non d'Allah304, terme qui apparaît bien plus tard.
On doit aussi noter que le message est un contenant plus qu'un contenu, une enveloppe plutôt qu'un message. La divinité invoquée annonce qu'elle annonce, qu'elle va annoncer, et que ce qu'elle annonce est important, et qu'il faut l'écouter. Ce n'est qu'après l'interruption de l'inspiration que les premiers thèmes sont énoncés.
Nous sommes encore dans un monde arabe qui n'a rien de musulman; c'est ce que dit un Coran strictement arabe, et non musulman.
§ 251. Les premiers dieux de Muhammad.
Les sourates constituées en premier révèlent une conception primitive de la divinité: la puissance est invoquée au nom de la communauté, et lon espère delle quelle sauve et quelle guide. Elle obtient alors des expressions de gratitude, la promesse dun culte. On souhaite ainsi établir des relations de proximité et de confiance avec elle. Rien dans ces relations ne peut déclencher encore laffrontement avec la religion traditionnelle de la communauté.
A ce stade, on ne se trouve en aucun cas en présence dun monothéisme.
Lauteur du Coran (ou les auteurs ultérieurs , sortes de rhapsodes, qui composent en son nom) a vécu les quarante premières années de sa vie en acceptant les normes de ce système dit païen, dans lequel il a puisé les éléments de sa doctrine, comme son dieu, et il sest finalement dressé contre lui, quelques années plus tard.
Cest pour ces raisons que lon retrouve dans son Coran lessentiel des puissances, des croyances et des rituels précédents, modifiées de façon si minime que lon y retrouve les bases du système précédent.
La chose est indiscutable quant aux rites. Mais il faut avoir le courage de laffirmer, et de ladmettre aussi à propos des conceptions du divin. Dans louvrage susdit, où des noms didoles honnies sont cités, apparaît un nom et une figure divine traditionelle, qui, loin de les supplanter, tente en fait dassimiler leurs caractéristiques. Leffort dunicité, dès quil est entrepris, est invalidé par lénumération des épiclèses, la litanies des attributions, la délégation de pouvoirs à dautres puissances, les détails de son apparence matérielle, le flottement dans la terminologie: en est témoin irréfutable lhésitation, longue de plusieurs années sans doute, entre les mots, ALLAH, RAHMAN, RABB pour finir.
Dans ce cas, la thèse qui déclare que lislam tel que Muhammad la constitué est immédiatement un monothéisme, celle-ci est une imposture, une lâcheté et une soumission aux conclusions dautorités théologiennes lointaines, arbitraires et autoritaires.
Quon observe donc cet extrait de poésie dHassan ibn Thabit, un bas courtisan, affidé de Muhammad305 :
Quand Le Dieu récompense un peuple pour ses faits
Et quand le Miséricordieux les punit
Puisse mon Seigneur taffliger, Uqayba ibn Malik
Et tapporter une punition mortelle avant que tu ne meurs306 .
Trois divinités -ALLAH, RAHMAN, RABB-, de nature et d'origine bien différentes, sont mentionnées les unes après les autres307.
1. Rabb: "Le seigneur".
Le nom dAllah est absent308 , remplacé par celui, très traditionnel lui aussi309 , de Seigneur.
(Tabari, Tafsir de la Fatiha 1,1).310
Les Arabes nomment quelquun qui est obéi un sayyid, cest-à-dire un maître, un chef ou un prince: rabb: seigneur.
également Rabb un homme qui arrange ou améliore une affaire.
quelquun qui possède une chose et qui en est maître311 est aussi le Rabb de cette chose.
Le sens du mot Rabb.
(ibn Kathir, Tafsir 1).
Le sens du mot Rabb, le Seigneur.
Ar Rabb est le propriétaire qui a toute autorité sur sa propriété. Ar Rabb, sur le plan linguistique, signifie que cest le maître ou celui qui a une autorité à mener. Tous ces sens sont corrects pour Allah. Quand il est seul, le mot Rabb est utilisé seulement pour Allah...
2. Le seigneur de la Maison.
Le seigneur312 de la Maison313 , ici vu comme protecteur des caravanes: ce titre topique est sans doute le plus proche de la réalité cultuelle. On peut trouver la confirmation dans le thème général de ce court extrait coranique, et dans sa date très ancienne314 . Cette formulation se répand à travers toute lArabie. Dans le verset du Coran 20/65, la divinité étend son territoire vers les alentours de la Mecque, le territoire sacré315 .
(Corpus coranique d'Othman 106).316
317 ...à cause de lentente318 des Quraysh, de leur entente dans la caravane dhiver et dété? Quils adorent le seigneur de ce temple319 qui les a munis contre la faim et mis à labri dune crainte!320
3. Le seigneur du fidèle.
Le seigneur321 est celui avec lequel le fidèle entretient une relation priviligiée, sinon mystique. Ce nest pas à ce moment une manifestation de monothéisme: dans le système traditionnel, il est normal que certains choisissent de privilégier telle ou telle puissance.
(Corpus coranique d'Othman 96/1).
Prêche au nom de ton seigneur qui créa.
(Corpus coranique d'Othman 74/3).
Ton seigneur, magnifie-le.
(Corpus coranique d'Othman 108/2).
Prie donc en lhonneur de ton seigneur et sacrifie!
(Corpus coranique d'Othman 105/1).
Nas tu point vu comment ton seigneur a traité les hommes de lEléphant?
(Corpus coranique d'Othman 102/8).
Et à ton seigneur, aspire!
4. Le Rahman.
Le Miséricordieux est lappelation traditionnelle de Yahvé pour les Juifs dArabie322 et peut-être des hanifs323 . Il nest donc pas populaire à la Mecque. Dans cet extrait coranique, Muhammad lâche encore une incongruité théologique, donnant le choix entre deux dieux à honorer.324
(Corpus coranique d'Othman 17/110).
Dis: priez Allah ou priez le Rahman!
Quel que soit celui que vous priez, il possède les noms les plus beaux.
En ta prière, ne parle ni à voix haute ni à voix basse et recherche entre les deux le juste milieu.
Le malentendu sur "Le Miséricordieux"
(ibn Durayd 37).325
Quand le prophète prononça le nom dar Rahman, les Quraysh demandèrent:
-Savez vous qui est ar Rahman que Muhammad nomme? Cest un devin de la Yamana326 !
§ 252. Les premiers thèmes des révélations.
Les premiers versets révélés327 sont très courts, rythmés, incantatoires, métaphoriques328 . Les thèmes329 sont peu nombreux: l'autosuffisance de la prédication, la supériorité absolue de la divinité330 face à la condition misérable de lhomme (face aussi aux autre dieux)331 , et la création332 et la destruction du monde333 . A noter quil napparaît pas encore le dogme de lunicité divine334, qui apparaît très tardivement, de manière à renouveler les thèmes dune prédiction335.
Quelques mises en perspectives de textes montrent que l'auteur -ou les auteurs- du Coran se sont inscrits dans un courant d'inspiration identique à celui des chrétiens orientaux.
1. Lappel à la prédication.
Il fallait pour les coranistes ne pas rater le début: sorte d'angoisse de la page blanche... Que dire donc pour débuter? La solution est simple: dire que l'on va dire, et qu'il faut le dire: l'inspiratation viendra plus tqrd, si elle vient.
(Corpus coranique d'Othman 96/1-5).
Prêche au nom de ton seigneur qui créa! qui créa lhomme dune adhérence.
Prêche! ton seigneur étant le très généreux qui enseigna par le calame48 et qui enseigna à lhomme ce quil ignorait336.
2. Menaces et humiliations pour les hommes.
Ensuite viennent les menaces, et l'appel à une pulsion profonde de l'être humain, la haîne de soi, et une forme de culpabilité existentielle.
(Corpus coranique d'Othman 96/6-19).
Prenez garde!
L'Homme en vérité est rebelle parce qu'il se passe de tous.
A ton Seigneur pourtant tu retourneras.
Penses-tu que celui qui défend à un serviteur d'Allah de prier, penses-tu qu'il soit dans la direction ou qu'il ordonne la piété ?
Penses-tu au contraire qu'il crie au mensonge et se détourne de la voie droite?
Ne sait-il pas qu'Allah le voit ?
337 Prends garde!
Ne lui obéis pas !
Prosterne-toi et rapproche-toi dAllah!
L' abaissement de lhomme face à la toute-puissance divine.
(Corpus coranique d'Othman 90/4-7).
... en vérité, nous avons créé lhomme misérable!
Croit-il que nul ne pourra rien contre lui?
Jai dévoré, dit-il, un bien considérable.
Croit-il que nul ne lait vu?
3. La création du monde.
C'est un thème très nouveau, donc efficace a priori devant le public arabe, mais qui provoque finalement l'incompréhension des Mecquois. Il est nettement issu du fond doctrinal chrétien. Il permet aussi de charmants et réconfortants passages comme celui qui suit, parfaitement adapté à des Arabes souvent tiraillés par la soif et inquiets de ce que sera le lendemain.
(Corpus coranique d'Othman 80/ 24-32).
Que l'homme considère sa nouriture!
Nous avons versé l'eau du ciel abondamment, puis nous avons fendu la terre largement, et nous y avons fait pousser graines, vignes, cannes, oliviers, palmiers, jardins touffus, fruits338 et pâturages, objet de jouissance pour vous et vos troupeaux .
(Corpus coranique d'Othman 41/8-11).
En vérité, serez-vous infidèles envers celui qui créa la terre en deux jours?
(...)
Il a placé sur elle des montagnes immobiles339 . Il l'a bénie. Il y a réparti des nourritures, en quatre jours exactement.
(...)
Il a décrété les sept cieux créés en deux jours...340
4. Le jugement dernier: comparaison de traditions.
Muhammad est friand dès le départ des thèmes eschatologiques, totalement étrangers à la mentalité des Arabes: c'est un thème d'une totale nouveauté, comme le précédent.
(Corpus coranique d'Othman 80/33-42).
Et quand viendra le fracas, le jour où l'Homme fuira son frère, sa mère et son père, sa compagne et ses fils, car chacun alors aura sujet de ne considérer que soi, ce jour-là des visages seront rayonnants, souriants et joyeux, tandis que d'autres, à ce moment, seront couverts de poussière, recouverts de ténèbres: ceux-là auront été les infidèles et les libertins.
(Corpus coranique d'Othman 101).341
Celle qui fracasse!
Qu'est-ce que celle qui fracasse?
Qu'est-ce qui te fera connaître ce qu'est celle qui fracasse?342
(Tafsir al Jalalayn 101).
Le fracas! : (...) Le fracas est un des noms de la résurrection qui frappe les curs par ses affres.
(...)
C'est le jour où les gens seront comme des papillons éparpillés : Ce jour-là, les gens seront semblables à des papillons éparpillées [en sortant de leurs tombes] ou à des sauterelles dispersées, en sorte qu'ils s'agiteront et fondront les uns sur les autres comme des ondes à cause de leur perplexité jusqu'à ce qu'ils seront appelés à rendre compte de leurs uvres.
et les montagnes comme de la laine cardée: ce jour-là, les montagnes seront réduites et semblables à des flocons de laine cardée à cause de la légèreté de leur marche jusqu'à ce qu'elles soient au même niveau de la terre.
(Corpus coranique d'Othman 81/ 1-4,12-14).
Quand le soleil sera obscurci, quand les étoiles seront ternies343 , quand les montagnes seront mises en marche, quand les chamelles pleines de dix mois seront négligées (...) quand la fournaise sera attisée, quand le jardin sera avancé, tout âme saura ce quelle aura accompli.
Lépouvante dans leschatologie chrétienne.
(Exhortation de lEvêque Psote).344
J'ajoute maintenant que par le commandement du bon Dieu, je sais déjà que mon sang doit être répandu pour l'amour du doux nom de mon Seigneur Jésus le Christ, selon que cela m'a été révélé. Mais je suis effrayé par le chemin qui me mène à Dieu et par la Puissance qui s'y tient, parce que je ne suis que chair et sang comme tout homme, et personne n'est sans péché aux yeux de Dieu... Et en particulier c'est la grande terreur des difficultés et de la grande abomination de cette rivière de feu sur laquelle roulent vagues sur vagues (de flammes) et les flammes ardentes auxquelles personne ne peut échapper. Qu'un homme soit juste ou pécheur, tous doivent être plongés dans cette rivière de feu avant d'atteindre le trône redoutable de Dieu.
Oh ! cette rivière de feu ! pleine de tremblements et d'horreurs !
Oh ! ce trône de terreur!
Chacun doit y comparaître dans la crainte et le tremblement, l'angoisse et le trouble, et les genoux s'entrechoquent.
Malheur à moi, mes fils ! car avant de me présenter nu devant ce trône, mes actes mauvais seront devant moi dans l'ordre où je les ai commis, et je les verrai. Malheur à moi! à cet instant, quand lui qui voit la vérité, et qui connaît d'avance chaque chose, prononcera la sentence de mon jugement.
Malheur à moi! lorsque lui qui est sans colère sera courroucé contre moi, et qu'on dira: Hélas ! pour ce vieil homme et ses cheveux gris!
Hélas, pour ce nom (de moine) et ce costume chrétien même ma dignité d'évêque ne me sera d'aucun bénéfice!
5. La création de lêtre humain: comparaison de traditions.
Muhammad, s'il s'agit bien de lui, a su recueillir, rassembler et synthétiser plusieurs mythes moyen-orientaux de diverses origines345, qui tentaient de donner des réponses à des questions sans fin.346 Les images employées traînaient dans le fond doctrinal des chrétiens orientaux depuis longtemps.
(Corpus coranique d'Othman 80/16-23).
Périsse lhomme!
comme il est impie!
De quoi a t-il été créé? dune goutte de sperme347.
Il la créé et il a décrété son destin, puis le chemin, il lui a facilité, puis il la fait mourir et mettre au tombeau, puis quand il voudra, il le ressuscitera.
Eh bien, non! lhomme na pas encore accompli ce que le seigneur lui a ordonné.
(Corpus coranique d'Othman 86/5-7).
Que lhomme considère de quoi il a été créé!
Il a été créé dun liquide éjaculé qui sort dentre les lombes348 et les côtes.
La création de lhomme dans la tradition syriaque.
(Aphraates).349
Au commencement Dieu créa Adam, il le forma de poussière et le mit debout. Si donc, quand Adam n'existait pas, il l'a créé de rien, combien il est plus facile pour lui maintenant de l'éveiller de nouveau quand il est semé en terre... Quand aucune semence n'était encore semée, la terre fit sortir ce qui n'était pas tombé en elle, et alors qu'elle n'avait pas conçu elle enfanta dans sa virginité. Quelle difficulté y a-t-il à ce que la terre fasse de nouveau jaillir ce qui est tombé en elle, et qu'elle puisse enfanter après avoir conçu ?
(Didascalie350 syrienne).351
Comme Dieu, au commencement, commanda par sa parole et le monde naquit... ainsi il ressuscitera et rendra vivant l'homme qui est sa créature particulière. Car s'il a formé et constitué le monde du néant, il est donc bien plus facile de ressusciter l'homme et de le rendre vivant en partant de ce qui est ; car il est l'ceuvre de ses mains, comme aussi il donne forme à l'homme et le fait grandir grâce à la semence virile dans le sein maternel.
La création de lhomme dans la tradition nestorienne.
(Babay).352
Si tu ne comprends pas la vérité de mes paroles, souviens-toi de la naissance de lhomme. Elle arrive par une goutte qui sort de lobscurité des entrailles. Ensuite viennent des membres, des artères et des os, et après neuf mois il se présente sous une forme parfaite par la toute-puissance de Dieu. La résurrection est le retour de lhomme et du corps dans la même forme après la putréfaction.
Chapitre 42
La révélation après la révélation
Après ces débuts hésitants, la doctrine concernant l'apostolat de Muhammad estime que la "révélation" se poursuit pendant plusieurs années, presque jusqu'à la mort du personnage principal353 . Il faut donc s'arrêter ici pour observer les caractéristiques qu'on a voulu donner à ce phénomène très particulier. On ajoutera aussi au dossier la question des débuts de la constitution du Coran, sujet immense qui dépasse largement la dimension de ce travail. C'est pourquoi on se limitera volontairement aux épisodes de la vie même de Muhammad, et de l'immédiat "après-Muhammad.
§ 253. L'observation d'un phénomène.
Arabes païens, musulmans et chrétiens se sont penchés sur le phénomène qui a touché Muhammad. Les conclusions sont tout à fait opposées, ce qui ne laisse de ne pas surprendre. Les chrétiens font au moins preuve d'une certaine curiosité, qui est suivie dun mépris certain et ricaneur. Ils ont senti très tôt que là se trouvait la partie la plus fragile de lapostolat de Muhammad, celle qui laissait voir son imposture.
C'est toujours une joie que de pouvoir confronter les opinions...
1. Lopinion musulmane.
De ce côté, l'unanimité se fait, et il n´y a pas grand chose à dire: on a déjà suffisamment de récits imaginés des siècles après le phénomène présumé.
Dénomination.
(Tabari, Tafsir, introduction 4,1).
Des quatre noms du Coran, Tabari a dit:
Allah a donné quatre noms à la révélation quil a fait descendre sur son prophète Muhammad:
-La récitation354 (Coran 12/3).
-La discrimination355 (Coran 25/1).
-Le livre356 (Coran 18/1).
-Lédification357 (Coran 15/9).
Le résumé par ibn Khaldun
(Peuples et Nations du Monde 308-9).358
Muhammad eut d'abord des visions bonnes. C'étaient des visions éclatantes comme l'aurore. Les gens parlèrent de sa venue et de sa prophétie. Puis Allah lui inspira l'amour de la prière et de la retraite. Il se retirait dans la solitude jusqu'au jour où il eut la révélation à Hira, alors qu'il était âgé de quarante ans - ou, selon une opinion différente, de quarante-trois ans. Il entrait dans un état d'absence, alors qu'il était physiquement présent avec ses compagnons. Parfois l'ange lui apparaissait sous la forme d'un homme. Il lui parlait, et il comprenait ce qu'il disait. D'autres fois, la parole fondait sur lui, et il tombait alors dans un état d'absence, accompagné de râle et d'une intense transpiration, comme cela est mentionné dans les récits authentiques de sa vie:
-La révélation produit sur moi l'effet le plus intense et cesse au moment où j'ai compris ce que l'ange a dit ; d'autres fois l'ange m'apparaît sous la forme d'un homme. Il me parle, et je comprends ce qu'il dit.
Cet état se produisit alors qu'il se trouvait dans la grotte de Hira. Il reçut la parole:
-Lis : Au nom de ton Seigneur, qui a tout créé, qui a créé l'homme de sang coagulé. Lis, ton Seigneur est le Généreux par excellence ; c'est lui qui a enseigné avec le calame, il a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas.
2. Le faux moine et le brigand.
Pour les chrétiens, cest un marchand qui devient mystique, et un mystique qui devient guerrier. Les témoignages, tous très anciens, et proches chronologiqument des chrétiens sont très négatifs et méprisants. Leur valeur vient du fait quils précèdent largement la Tradition Islamique. Des Chinois ajoutent leur façon de voir, de façon étonnante...
(Sébéos, Histoire dHéraclius 27). 359
A cette époque, il y avait un des enfants dIsmaël 360, du nom de Mahomet 361, un marchand362 ; il se présenta à eux comme sur lordre de Dieu, en prédicateur, comme étant le chemin de la vérité, et leur apprit à connaître le Dieu dAbraham; car il était très instruit et très versé dans lhistoire de Moïse. Comme lordre venait den haut, ils se rallièrent tous, sur lautorité dun seul, à lunité de loi et, abandonnant les cultes de vanité, retournèrent au dieu vivant qui sétait révélé à leur père Abraham. Mahomet leur prescrivit de ne manger la chair daucun animal mort [naturellement], de ne pas boire de vin, de ne pas mentir et de ne pas forniquer.
(Disputatio dun moine de Beth Hale).363
... par conséquent, Muhammad, puisquil a constaté votre simplicité desprit et votre faiblesse dans la compréhension des choses364, il vous a dabord enseigné des choses à propos du seul vrai dieu, ... parce que vous êtes des enfants en termes de compréhension365.
(Dionysios de Tellmahre).366
Ce Muhammad, alors quil avant lâge et lallure de la jeunesse, commença à aller et venir de sa ville de Yathrib367 jusquen Palestine pour vendre et acheter. Quand il fut dans ce pays, il vit la croyance en un seul dieu et cela plut à ses yeux. Quand il revint chez ceux de sa tribu, il présenta la croyance devant eux, et put convraincre quelques-uns qui devinrent ses disciples.
(Théophanes, Chronique 334).368
Il était aussi atteint dépilepsie. Quand sa femme fut consciente de cela, elle fut désemparée, parce quelle, femme de noble condition, avait avait épousé un homme tel que lui, qui était non seulement pauvre, mais aussi épileptique. Il chercha à limpressionner trompeusement en lui disant:
-Jai eu la vision dun certain ange appelé Gabriel, et, incapable de supporter cette vision, je me suis évanoui et je suis tombé.
Elle connaissait un certain moine habitant là, un ami des siens (exilé pour sa doctrine dépravée)369 , et elle lui raconta tout cela, en mentionnant le nom de lange. Voulant la satisfaire, il lui dit:
-Il a dit la vérité, parce cest lange envoyé aux prophètes.
Quand elle entendit les mots de ce faux moine, elle fut la première à croire en Mouamed et proclama aux autres femmes de sa tribu quil était prophète. Ensuite, la nouvelle se propagea des femmes aux hommes370 , et dabord à Aboubacharos371 , quil laissa comme successeur.
(Stéphane, Horoscope 21).372
Dans le désert de Ethrib373 , il y eut l'apparition d'un certain homme de la tribu appelé les Quraysh374 , de la généalogie d'Ismael, dont le nom était Muhammad et qui disait qu'il était prophète. Il est apparu dans le mois de pharmuti375, qui est appelé avril chez les Romains, de la 932ème année de Philippe. Il fournit une nouvelle forme d'expression et un bizarre enseignement, promettant à ceux qui l'acceptaient des victoires dans les guerres, la domination sur leurs ennemis et des délices au paradis.
(Jacob dEdesse, Chronique 326).376
Muhammad377 est allé pour le commerce dans les pays de Palestine, dArabie, de Phénicie ....378 le royaume des Arabes379 , de ceux quon appelle les Tayyaye380 , a débuté quand Héraclius, roi des Romains était dans sa onzième année de règne, et Khosroès, roi des Perses, dans sa 31ème année381 et les Arabes ont commencé à envoyer des expéditions de pillage dans la terre de Palestine.
(Jean de Damas, Sur les Hérésies 100, 3).382
Beaucoup d'autres absurdités dignes de rire sont rapportées dans cet Écrit , et il se vante qu'il est descendu sur lui venant de Dieu. Mais nous disons :
-Qui témoigne que Dieu lui a donné une Écriture, ou qui, parmi les prophètes, a annoncé qu'un tel prophète devait venir?
Nous les mettons dans l'embarras quand nous leur disons :
-Moïse avait reçu la Loi sur le Sinaï, à la vue de tout le peuple, quand Dieu apparut dans la nuée, le feu, les ténèbres et la tempête ; et tous les prophètes, depuis Moïse, ont tour à tour annoncé que le Christ viendra, que le Christ est Dieu et que le fils de Dieu arrivera en prenant chair, sera crucifié, qu'il mourra et ressuscitera, et que c'est lui qui jugera les vivants et les morts.
Et quand nous disons:
-Pourquoi votre prophète n'est-il pas venu de la même façon, avec d'autres pour lui porter témoignage, et pourquoi Dieu, qui a donné la Loi à Moïse aux yeux de tout le peuple, sur une montagne fumante, ne lui a-t-il pas transmis de même l'Écriture dont vous parlez, en votre présence, pour asseoir votre certitude?
Ils répondent que Dieu fait ce qu'il veut.
-Cela, disons-nous, nous le savons bien nous aussi, mais nous demandons comment l'Écriture a été révélée à votre prophète.
Ils répondent que c'est pendant son sommeil que l'Ecriture est descendue sur lui. Pour nous moquer d'eux383 , nous disons:
-Puisqu'il a reçu l'Écriture pendant son sommeil, sans se rendre compte de cette activité, l'adage populaire lui convient parfaitement.
Nous leur demandons à nouveau :
-Puisque lui-même vous a ordonné, dans votre Écriture, de ne rien faire ou de ne rien recevoir sans témoins, pourquoi ne lui avez-vous pas demandé -toi le premier, prouve à l'aide de témoins que tu es prophète et que tu es envoyé de Dieu ; et quelle Écriture témoigne en ta faveur.
Honteux, ils gardent le silence. Avec raison nous leur disons :
-Puisqu'il ne vous est pas permis d'épouser une femme, ni d'acheter ni d'acquérir sans témoins, et que vous n'admettez pas de posséder ne fût-ce que des ânes ou du bétail, sans un témoin, vous ne prenez donc femmes, biens, ânes et le reste que devant témoins ; seules donc la foi et l'Écriture vous les acceptez sans un témoin! Car celui qui vous a transmis cette Écriture ne possède de garantie d'aucun côté, et on ne connaît personne qui ait témoigné en sa faveur par avance. Bien plus, il l'a reçue pendant son sommeil!
La version chinoise des aventures de Muhammad.
(Histoire officielle des Tang 221b, 6262-4).384
Au milieu de la période Ta-yeh de la dynastie Sui385 , il était une fois un Perse386 , qui gardait ses troupeaux dans les collines de Médine. Une bête lui parla et dit:
-Sur le côté occidental de cette colline, il y a trois grottes, et dans lune delle, se trouvent un sabre tranchant et une pierre noire, avec une inscription en blanc disant que quiconque en prendrait possession deviendrait roi.
Lhomme y alla donc et trouva ce quon lui avait dit. Linscription disait quil devrait se révolter, rassembler des partisans dans la vallée de Hen Ko.
Linscription disait quil devrait se révolter, rassembler des partisans dans la vallée de Hen Ko. Là, ils se sont mis à voler les marchands, et a édifié une forteresse dans les régions occidentales, et cet homme finit par se proclamer lui-même roi. Il déplaça la pierre noire à cet endroit et la considéra comme très précieuse . Des gens vinrent ensuite pour le punir et léliminer, mais ils subirent une grave défaite. A partir de ce temps, il augmenta en puissance, détruisit la Perse et Byzance, où il eut enfin accès à dabondantes réserves de millet et de froment, et il envahit lInde et dautres pays. Il avait au moins 400 000 guerriers....
On dit quil y avait parmi les Arabes une tribu appelée Ku-lieh387 avec des chefs héréditaires, et quils étaient surnommés les Arabes à vêtements blancs. Ils comprenaient deux clans, les Banu Marwan388 et les Banu Hashim389. Il y avait alors un homme, malin et courageux, Muhammad390 , et les gens le choisirent comme chef391 . Il étendit ses possessions sur une étendue de 3000 li autour de la ville de Hsia-la.
3. Les effets somatiques.
La tradition islamique se plait à montrer comment la réévlation affecte Muhammad et son chameau. Leffet recherché nest pas comique, même s'il atteint involontairement ce but auprès d'un public occidental critique et moqueur. Le public, simplement, est incapable de concevoir un mouvement strictement spirituel: il lui faut le spectacle du corps qui ploie et qui souffre.
L'effondrement physique de la chamelle.
(ibn Sad, Tabaqat I/132).392
Jai393 vu la révélation lui venir394 alors quil était sur sa chamelle, et celle-ci mugissait et se tordait les jambes de sorte que je craignais quelles ne se rompent. Parfois, elle sasseyait et parfois elle restait debout, les jambes fichées comme des pieux, jusquà la cessation de cet état, et cela à cause du poids de la révélation ; et alors la transpiration lui traînait en perles.
Souffrance de la révélation.
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).395
De quelque façon quun prophète reçoive une révélation, il éprouve un sentiment doppression et de souffrance, fait que Allah lui-même a indiqué par ces mots du Coran (sourate LXXIII, verset 5) : « Nous allons tadresser une parole accablante. » Aïcha rapporte quune fa-tigue extrême était une des souffrances que Mohammed éprouvait en p.205 recevant une révélation. Elle a dit aussi : « Une révélation descendit sur lui un jour quil faisait très froid, et, lorsquelle eut cessé, son front fut baigné de sueur. » Cest à la même cause quil faut attri-buer ce que nous savons de labsence desprit quon remarquait en lui et des gémissements quil poussait pendant quil était dans cet état.
La cuisse.
(Bukhari, Sahih 56/31, 1-2).
A ce moment même, ibn Umm Maktum survint et dit à l'envoyé d'Allah:
-Envoyé d'Allah, si je pouvais prendre part à la guerre sainte, certes je le ferais.
Or il était aveugle. Alors Allah continua sa révélation au prophète ; celui-ci avait sa cuisse sur la mienne, et je la sentis s'appesantir à tel point que je craignais de voir la mienne se rompre. Puis cela se dissipa, et Allah lui révéla : sans que quelque nécessité les y contraigne. . .
(...)
396 Lors dune journée daffluence, où tout le monde était assis par terre quand une révélation commença, son genou se trouva sur ma cuisse397 et pesait si lourd que je craignais que mon fémur ne se rompe.
(Muslim, Sahih 17/4192).
Ubada ibn as Samit a remarqué que chaque fois que lapôtre d'Allâh recevait une révélation, il ressentait cela comme une violence, et laspect de son visage changeait.
(Muslim, Sahih 43/4303).
'Aïsha a dit : "Certains jours au matin que le froid était très vif, je vis le prophète recevoir la Révélation; au moment où elle cessait, le front du prophète ruisselait de sueur".
(ibn Kathir, Sira 263-4).398
-Ô messager dAllah, comment te vient la révélation?
Il lui399 répondit:
-Parfois, elle mapparaît sous forme d'un bruit de chaîne. C'est le plus difficile pour moi. Lorsqu'elle me quitte, j'ai déjà assimilé ce que Gabriel m'a révèlé. Parfois, l'Ange m'apparait sous la forme d'un humain qui me parle et j'assimile ce qu'il me dit.
...Je400 l'ai vu, alors que la révélation descendait sur lui, par un jour de froid intense et, lorsqu'elle cessait, son front ruisselait de sueur.
En outre, lors de l'événement de la calomnie dont fut l'objet Aïsha, celle-ci a dit :
-Par Allah, avant que les gens qui étaient dans la pièce ne soient sortis, le prophète, reçut la révélation. Comme à l'accoutumée, il fut rempli d'extase, et on voyait la sueur perler abondamment sur son front, alors que c'était une journée luvieuse, ceci en raison du poids de la révélation qui descendait sur lui.
...Lorsque la révélation descendait sur le prophète on entendait comme un vrombissement d'abeilles devant son visage.
...Lorsque le prophète, recevait la révélation, cela le peinait et son visage devenait gris. Et dans une autre version, ceci est ajouté : Il fermait les yeux, et nous savions cela de lui.
Lorsque fut révélé le verset: Les croyants qui s'abstiennent de combattre, ne sont pas égaux... , ibn Umm Maktum se plaignit de son infirmité ; cest alors que fut révélé : à l'exception des infirmes .401
Zayd ibn Thâbit qui assistait à la révélation, dit:
-La cuisse du Messager d'Allah, se trouvait sur la mienne, tandis que je transcrivais ce qui lui était révélé. Lorsque la révélation était en train de descendre, sa cuisse faillit écraser la mienne.
...Omar m'a dit:
-Veux-tu te réjouir de voir le prophète quand il reçoit la révélation ?
Il leva alors le voile de son visage alors qu'il recevait la révélation à al Jarâna, et j'ai vu qu'il avait le visage rouge et qu'il râlait comme une jeune chamelle.
...Il est dit que lorsque le verset sur le hijab402 fut révélé, Sawda sortit de nuit pour quelque affaire403 . Omar lui dit:
-Nous t'avons reconnue, Sawda !
Elle revint alors vers le prophète, pour l'interroger, et elle le trouva, assis, en train de manger, alors que ses mains étaient en sueur ; Allah fit descendre la révélation, alors que ses mains étaient toujours en sueur. Il finit par relever la tête et dire à Sawda :
-Il vous est permis de sortir pour vaquer à vos affaires. Ceci prouve que la révélation ne lui faisait pas perdre totalement sa perception et sa conscience, dans la mesure où il était assis, et la sueur couvrait ses mains.
...Lorsque la révélation descendait sur le prophète, son corps et son visage devenaient gris ; il ne parlait pas à ses compagnons et aucun d'eux ne lui adressait la parole.
...J'ai dit404:
-Ô Messager d'Allah, est-ce que tu sens la révélation quand elle vient ?
Il a répondu :
-Oui, j'entends un bruit de chaînes, puis je reste ferme jusqu'à ce qu'il cesse. Plusieurs fois, tandis que la révélation m'était faite, j'ai senti que mon âme allait me quitter.
...Nous étions chez le prophète, lorsque la révélation descendit sur lui. Son regard était fixe et ses yeux ouverts ; il ouvrit son cur et son ouïe à ce qui lui parvenait de son seigneur.
...Je tenais la bride d'al Adhbâ 405 , lorsque la sourate al Mayda lui fut révélée. Le poids de la révélation faillit écraser la chamelle.
...La sourate al Mayda fut révélée au prophète alors qu'il était monté sur sa chamelle. Ne pouvant le supporter, vu le poids de la révélation, il descendit de sa chamelle.
Lanalyse dun psychologue du XIXème siècle sur le cas "Mahomet".
(G. Lebon, La civilisation des Arabes II, 1).406
Au point de vue scientifique, il faut classer évidemment Mahomet, comme la plupart des fondateurs de religions, dans la grande famille des aliénés. Mais la chose importe peu. Ce ne sont pas de froids penseurs qui fondent des cultes nouveaux et conduisent les hommes : les hallucinés seuls peuvent remplir ce rôle. Quand on examine l'action des fous dans le monde, on reconnaît qu'elle fut immense. Ils fondent des religions, détruisent des empires et soulèvent les masses à leur voix. Leur main puissante a conduit l'humanité jusqu'ici et le cours de l'histoire eût été tout autre si la raison, et non la folle, avait régné dans le monde. Quant à prétendre que Mahomet fut un imposteur, il me semble évident qu'une telle assertion ne peut se soutenir un instant. Ce n'est que dans ses hallucinations qu'il pouvait trouver les encouragements nécessaires pour surmonter toutes les résistances qui entourèrent ses premiers pas. Il faut d'abord croire en soi pour réussir à imposer sa croyance aux autres. Mahomet se croyait appuyé par Dieu, et, fort d'un tel appui, il ne pouvait reculer devant aucun obstacle.
4. Circonstances des révélations.
Elles sont tout à fait diverses, disséminées dans la vie quotidienne, surgissant quand il faut, ou quand il ne faut pas, ou ne surgissant pas quand il le faut. Tout Médine est suspendu à ces moments. Le plus souvent, tout se passe en temps réel, et cest mieux.
Pendant le sermon "Le bien est vert".
(Bukhari, Sahih 56/37, 2).
D'après Abu Sayd el Khudri, l'envoyé d'Allah se leva en chaire et dit:
-Je ne crains pour vous, quand je ne serai plus là, que ce qui vous sera offert des bénédictions de la terre.
Et il se mit à décrire les splendeurs du monde, après avoir parlé des bénédictions de la terre. Alors un homme se leva et lui dit:
-envoyé d'Allah, est-ce donc que le bien peut amener le mal?
Le prophète se tut, et nous nous dîmes:
-Voici la révélation qui lui vient!
Et les gens gardèrent un profond silence, comme s'il y avait eu des oiseaux au-dessus de leurs têtes. Puis le prophète essuya de son visage une sueur abondante et dit :
-Où est celui qui m'a tout à l'heure interrogé ? Est-ce que les splendeurs du monde méritent vraiment le nom de bien ?
Et il répéta cela par trois fois :
-Le bien, continua-t-il, ne saurait amener que le bien. Toutes les plantes que fait pousser la pluie printanière peuvent tuer par météorisation407 , ou mettre en danger de mort ; mais la bête qui a le ventre gonflé à force d'en avoir mangé, s'étant mise au soleil, fiente, urine, se remet à paître. Le bien est chose verte et douce. Il sied comme compagnon au musulman qui le prend avec les obligations qu'il engendre, et l'emploie dans la voie dAllah, et pour secourir les orphelins, les pauvres. Mais celui qui ne le prend pas avec les obligations qu'il engendre ressemble à celui qui mange et ne se rassasie pas ; son bien viendra témoigner contre lui au jour de la résurrection.
A table.
(Bukhari, Sahih 65/33, 8).
Aysha a dit: Après que le port du voile eut été décrété, Sawda408 sortit un jour pour aller satisfaire ses besoins. Elle avait un fort embonpoint qui la faisait toujours reconnaître. Omar ibn al Khattab409 , l'ayant aperçue, lui dit :
-Ô Sawda, par Allah! tu n'es pas méconnaissable pour nous ; vois donc comment tu pourrais sortir sans être reconnue.
Sawda, à son retour, trouva l'envoyé d'Allah dans mon appartement. Il soupait et tenait à la main un os entouré de viande. En entrant, elle s'écria :
-Ô envoyé d'Allah, j'étais sortie pour aller satisfaire mes besoins et Omar m'a dit telle et telle chose.
La révélation lui vint à ce moment et, lorsqu'il eut retrouvé le calme, il dit, tout en tenant à la main son os qu'il n'avait pas abandonné:
-On vous autorise à sortir pour satisfaire vos besoins410.
(Bukhari, Sahih 67/115).
Aïsha a dit:
Sawda bint Zema étant sortie durant la nuit, fut vue par Omar qui la reconnut411.
-Par Allah, ô Sawda, sécria t-elle, tu ne te caches pas de nous.
Sawada revint ensuite vers le prophète qui était dans ma chambre en train de souper et tenait à la main un os entouré de viande. La révélation lui survint à ce moment, et quand il fut remis, il dit:
-Allah vous autorise à sortir, mais seulement pour satisfaire vos besoins412.
Dans une polémique.
(Bukhari, Sahih 96/3, 9).
ibn Masud a dit: J'étais dans un champ auprès de Médine avec le prophète qui se tenait appuyé sur une branche de palmier. Comme il passait auprès d'un groupe de Juifs, l'un d'eux dit:
-Interrogeons-le sur l'âme.
-Ne le faites pas, dit un autre, parce qu'il vous ferait entendre quelque chose qui vous déplairait.
Cependant ils s'avancèrent vers le prophète et dirent:
-Ô Abu Qasim, parle-nous de l'âme.
Le prophète resta un instant le regard vague et je compris quil allait recevoir la révélation. Je me tins un instant à l'écart jusquau moment où la révélation se produisit et alors il dit :
-Ils tinterrogeront au sujet de l'âme:
-Réponds-leur: L'âme a été créée par ordre du seigneur... 413
Le mois favorable.
(Bukhari, Sahih 66/ 7, 1).
Le prophète était le plus généreux des hommes, et cétait pendant le mois de ramadan quil était particulièrement généreux, parce que Gabriel venait le visiter chaque nuit pendant le mois de ramadan jusquau dernier jour et lui exposait le Coran. Chaque fois Gabriel venait trouver le prophète, celui-ci se montrait plus généreux que le vent qui amène la pluie.
5. Les modes de révélations.
Le sujet a passionné le public, doù ces textes qui présentent un phénomène varié, pittoresque, vague, car tout simplement, ils ne peuvent pas en savoir grand chose, en dépit de leurs efforts.
(Bukhari, Sahih 1/2).
-Envoyé dAllah, comment te vient la révélation?
Celui-ci répondit:
-A certains moments, elle marrive pareille au tintement dune clochette414 , et cest pour moi la plus pénible. Puis la révélation s'interrompt, et alors seulement je saisis ce que l'ange m'a transmis. D'autres fois, l'ange se montre à moi sous une forme humaine, il me parle et je retiens ce qu'il m'a dit.
(Bukhari, Sahih 44/4, 3).
-Le Coran a été révélé de sept manières, récitez-en ce que vous pourrez415 .
(Bukhari, Sahih 60/381).
A propos de la révélation: en vérité, Muhammad a vu les signes de son seigneur, le très grand! Le prophète a vu un écran vert couvrant l'horizon.
La révélation dans le sommeil.416
(Muslim, Sahih I, 97-98).417
La première expérience prophétique du messager dAllah fut un vrai rêve dans le sommeil. Chaque fois, il rêvait, et cela lui semblait comme la lumière de laube.
6. Insaisissable prophétie.
La révélation est un phénomène polymorphe, bizarre et finalement banal dans le Proche-Orient antique418 : dans tout ce dossier, les circonstances de leurs apparitions, cocasses ou tragiques, sont nombreuses. Ce point de lactivité de Muhammad, le mysticisme, est mal reproduit par la tradition islamique, qui visiblement, ne sait pas le concevoir, et encore moins la présenter419 .
Dans ce petit chapitre, trois points sont à ajouter: quand les révélations pèsent sur la communauté entière, quand la révélation ne vient pas, alors quelle est attendue, quand Muhammad lui-même raconte la révélation des autres...
La menace des révélations.420
(Bukhari, Sahih 67/80, 2).
ibn Omar a dit: Du vivant du prophète, nous évitions de causer et plaisanter avec nos femmes, de peur que cela nous attirât quelque révélation. Mais, quand le prophète est mort, nous causâmes et plaisantâmes avec elles.
Le silence.
(Bukhari, Sahih 96/8).
Jarir ibn Abdallah a dit: jétais malade ; lapôtre d'Allah vint à pied me rendre visite en compagnie dAbu Bakr. Au moment où ils arrivèrent, je venais davoir une syncope. Lapôtre d'Allah fit ses ablutions, versa sur moi leau qui lui avait servi et je revins à moi aussitôt.
-Ô apôtre d'Allah, que dois-je faire au sujet de mes biens? Quelle résolution dois-je prendre à leur sujet?
Le prophète ne me répondit rien tant quil neut pas reçu la révélation relative aux successions.
Récit dune révélation.
(Bukhari, Sahih 59/16, 6).
Daprès Abu Hurayra, lenvoyé d'Allah a dit:
- Un prophète ayant campé sous un arbre fut piqué par une fourmi. Il fit aussitôt retirer son bagage de dessous larbre, puis donna lordre de mettre le feu à la demeure des fourmis.
Allah lui révéla alors:
-Pourquoi nas tu pas brûlé quune seule fourmi?
7. Le sceau.
La tradition musulmane a tenu à matérialiser par un signe physique la notion de "sceau prophétique", d'origine chrétienne et manichéenne421 . La description n'a certes pas d'objectif purement esthétique. Ailleurs, le naevus 422 est simplement considéré comme un signe423 de la prophétie.
L'image du sceau a pour fonction de faire comprendre que la révélation mohammédienne clôt un cycle d'une multitude de révélations prophétiques. C'est ainsi que l'islam peut s'afficher comme un sommet indépassable, par cette proclamation qui se veut définitive. Mais on doit rappeler qu'en son sein sont nés des mouvements qui ont refusé cette fermeture du phénomène de la prophétie: ce sont les bahaï en Iran et ailleurs424 , et les Ahmadis au Pakistan.425
Il y a toujours de petits malins qui ne respectent pas les règles imposées, mais à leurs risques et périls.
(Jean 6/27).426
C'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau.
(Tertullien, Contre les Juifs 11/10).
... Jésus est le sceau427 de tous les prophètes, tous ceux qui l'ont précédé étant venus pour l'annoncer. Après sa venue et sa passion, il n'y aura plus ni vision ni prophétie.
(ibn Sad, Tabaqat I 503-5).
Jai vu le sceau qui était dans le dos de lapôtre d'Allah. Il avait la forme dune loupe, comme loeuf dune colombe.
(...)
Et comment était le sceau?
-(Fait) de poils épais au milieu des épaules.
(...)
Je suis allé voir lapôtre d'Allah et jai vu comme de la bouse de chameau ou un oeuf de colombe entre ses épaules.
(Corpus coranique d'Othman 33/ 40).
Combien Allah suffit comme justicier!
Muhammad nest le père de nul de vos mâles428 , mais il est lenvoyé dAllah et le sceau des prophètes.
Allah de toute chose, est omniscient.
(Muslim, Sahih 43/4237).
D'après Abu Hurayra, l'envoyé d'Allah a dit : Comparée à celle des prophètes (qui m'ont précédé), ma situation est la suivante : les prophètes ressemblent à un bâtiment, embelli et paré mais à qui il manquait une brique à l'un des coins. Les gens, venant visiter ce bâtiment tournèrent autour duquel; l'admirèrent et dirent :
-"Si seulement la brique qui lui manquait était à sa place?".
- "Or, C'est moi qui suis cette brique". (je suis le dernier des prophètes à être envoyé par Allah, comme cette brique est la dernière brique à être posée).
(Muslim, Sahih 43/4240).
D'après Jâbir, l'envoyé d'Allah a dit :
-Comparée à celle des prophètes, ma situation est la suivante : eux, ils ressemblent à un bâtiment, embelli et paré par un homme, mais auquel il manquait une brique à l'un de ses coins. Les gens, entrèrent le bâtiment et l'admirèrent en disant :
-"Si seulement la brique qui lui manquait était à sa place!".
- "Or, je suis cette brique, je suis le dernier des prophètes".
§ 254. Omar ibn Khattab, le vice-prophète?
Un examen attentif de la tradition429 permet disoler de nombreux documents qui attestent quOmar, un de deux lieutenants parmi les fidèles de Muhammad, agit et parle presque comme un prophète. Dans quelques cas, cest même lui qui a le dernier mot sur Muhammad.
Cette révélation assez gênante est pourtant acceptée sans difficulté430.
Lislam, qui nest pas à ce moment un monothéisme, ne serait pas non plus issu dun seul personnage, mais de deux? voire trois en incluant les prétentions puériles dAïsha?
Lexplication de ce fait nest pas évidente: un vestige de linfluence du personnage, du vivant de Muhammad et surtout après sa mort, comme calife particulièrement brutal et intransigeant?431 Il a pu pendant quelques années intégrer dans la Tradition Islamique432 nombre de passages à son avantage et à sa gloire.
(Dawud, Hadith 19/2956).433
Jai entendu lapôtre d'Allah dire:
Allah lexhalté, a placé la vérité dans la bouche dOmar, et il lexprime.
(Suyuti, Itqan I 10).434
Je me suis trouvé d'accord avec mon seigneur en trois circonstances435 : Je dis à l'apôtre d'Allah :
-Et si nous choisissions la station d'Abraham (à La Mecque) comme lieu de prière ?
Alors le verset descendit :
Prenez la station d'Abraham comme lieu de prière!436.
Je dis une autre fois:
-apôtre d'Allah les gens vertueux comme les libertins pénètrent chez tes femmes. Et si tu ordonnais à tes femmes de se dérober à leurs regards par un voile ?
Alors le verset du voile437 descendit 438.
(Une dernière fois) lorsque les femmes de l'apôtre d'Allah se montrèrent jalouses les unes des autres à son sujet, je leur dis :
-Il peut arriver que, s'il vous répudie, son seigneur lui donne, pour vous remplacer, des épouses meilleures que vous!
Et le verset descendit tel quel439 .
(Tirmidhi, Jami, Manaqib Umar).440
Aucun événement ne se produisait sans que le Coran ne soit révélé selon lopinion dOmar.
Il peut exister dans les peuples des gens inspirés. Pour ce qui est de mon peuple, sil y existe un personnage qui ait cette qualité, il sagit dOmar ibn al Khattab.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 166).
Le prophète fut satisfait de cet avis ; il sourit et dit :
-Ô Abu Bakr, il en est dOmar441 comme de Gabriel, qu'Allah envoie partout où il y a un châtiment ou un fléau à porter, comme au peuple de Lot et au peuple de Pharaon . Toi, tu es comme l'ange Michel, qu'Allah envoie toujours pour porter la clémence ; c'est lui qui porte la pluie, qui porte la clémence d'Allah au peuple de Jonas, qui en détourne le châtiment, et qui fait sortir Jonas du ventre du poisson. Tu es encore comme Abraham, qui, par pitié pour son peuple, a dit :
Que celui qui me suivra soit des miens ; que celui qui me désobéira.... mais tu es indulgent et miséricordieux! 442
Tu es comme Jésus, qui a dit :
Si tu les punis, ils sont tes serviteurs. Si tu leur pardonnes, tu es le puissant, le sage. 443
Omar est comme Noé parmi les prophètes ; car Noé a dit :
Seigneur, ne laisse subsister sur la terre aucun des incrédules! 444
Il est comme Moïse, qui a dit: Seigneur, détruis leurs biens, etc. 445
Vous avez raison l'un et l'autre ; maintenant attendons ce qu'ordonnera Allah.
(Abd al Razzaq, Musannaf446 ).447
Nous448 nétions pas loin de penser que la présence divine449 parlait pas la bouche dOmar.
(ibn Hanbal, Musnad450 I 16,4).451
(... ) D'après Nafi le rapportant dibn Omar452 :
Lorsque Abdallah ibn Ubayy ibn Salul mourut, son fils Abdallah453 vint trouver l'envoyé d'Allah et lui demanda de lui donner sa chemise pour qu'il en fasse le linceul de son père454. Il la lui donna. Puis il lui demanda de venir prier sur sa tombe. L'envoyé d'Allah se leva pour aller y prier.
Mais Omar se leva, prit l'envoyé d'Allah par son vêtement et lui dit:
-Envoyé d'Allah, irais-tu prier pour lui alors quAllah t'a interdit de le faire455 ?
L'envoyé d'Allah répondit:
-Allah m'a seulement donné le choix en disant:
Demande pardon pour eux ou bien ne le fais pas. Si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois, Allah ne leur pardonnera point456.
Si je savais qu'en ajoutant encore aux soixante-dix fois il leur pardonnerait, je l'ajouterais457 .
-Mais, dit Omar, c'était un "hypocrite"!
Cependant, l'envoyé d'Allah alla prier pour lui. Alors Allah révéla:
Ne prie jamais pour aucun d'entre eux lorsqu'il sera mort et ne te recueille pas sur sa tombe458.
(Muslim, Sahih 2/14-2).
Suivant Abu Sayd al Khudry, le prophète a dit :
-"Tandis que je dormais, je vis défiler devant moi des gens vêtus de chemises ; chez les uns cette chemise descendait jusqu'aux reins, chez d'autres elle n'y atteignait même pas.
Ensuite Omar ibn al Khattâb passa devant moi ; sa chemise traînait à terre.
- Et quelle interprétation donnez-vous à ce vêtement, demanda-t-on au prophète ?
-Il représentait la religion" répondit-il.
(Muslim, Sahih 44/4410).
Sad a dit : Omar demanda un jour la permission d'enter au prophète, alors que ce dernier avait auprès de lui des femmes Quraysh qui, avec des éclats de voix, l'entretenaient d'une augmentation de leurs parts dans les dons. Lorsque Omar demanda la permission d'entrer, elles se levèrent et s'empressèrent de se dérober aux regards. Omar, ayant reçu la permission d'entrer de l'envoyé d'Allah, trouva l'envoyé d'Allah en train de rire.
Omar lui dit :
-"Que Allah fasse épanouir le rire sur tes dents, ô envoyé d'Allah!".
Le prophète lui répondit :
-"C'est que j'ai été amusé de voir ces femmes, qui étaient chez moi, s'empresser au son de ta voix de se dérober aux regards".
- "Et pourtant toi, envoyé d'Allah, répondit Omar, tu es plus digne (que moi) de leur imposer la vénération".
Et Omar ajouta :
-"Ennemies de vos âmes, vous me vénérez au lieu de vénérer l'envoyé d'Allah !".
- "Oui, répondirent-elles, toi tu es plus roide459 et plus rude que l'envoyé d'Allah !".
- "Par celui qui tient mon âme entre ses mains, dit alors le prophète, le diable ne t'a jamais rencontré sur une route sans prendre aussitôt une autre route que la tienne".
(Bukhari, Sahih 57/ 59).460
Umar ibn al Khattab demandait à Allah quil pleuve, par lintermédiaire dal Abbas ibn Abdul Muttalib, disant:
-Ô Allah! Nous avions lhabitude de demander la pluie à notre prophète et il nous la donnait. Maintenant, nous demandons à loncle de notre prophète de demander la pluie.
Et ils reçurent la pluie.
(Malik, Muwatta 20/32/116).461
Omar a dit sur le coin de la pierre noire, alors qu'il faisait le tawaf462 de la maison:
-Tu es seulement une pierre et si je n'avais pas vu de mes yeux le messager d'Allâh t'embrasser, je ne le ferai pas.
Ensuite, il l'embrassait.
(ibn Sad, Tabaqat II 334).
Le prophète a dit:
-Allah a placé la vérité sur la langue et le coeur dOmar
(...)
Abdallah ibn Masud a dit: si la connaissance de tous les Arabes vivants était mis sur le balancier dune balance, et de lautre, celle dOmar, le balancier dOmar était plus lourd.
(...)
La connaissance possédée par tout le monde se cache sous longle dOmar.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois III 348).
Le corps inanimé du prophète était couvert de son manteau. Abu Bakr découvrit le visage du prophète et vit qu'il était mort. Il le recouvrit et sortit. Omar continuait à haranguer la foule.
Abu Bakr lui dit:
-Ne parle pas ainsi, ô Omar, car Allah a dit au prophète:
Tu mourras et eux aussi ils mourront. 463 .
Omar dit:
-Il me semble que je n'ai jamais entendu ce verset.
(Muslim, Sahih 44/4412).
Omar ibn al Khattâb a dit : "Allah (m'a inspiré) et était d'accord avec moi sur trois choses : la station d' Abraham, l'observation du voile et les captifs de Badr ".
(Muslim, Sahih 44/4413).
ibn Omar a dit : Lorsque Abdullâh ibn Ubayy ibn Salûl étant mort, son fils, 'Abdullâh ibn 'Abdullâh vint demander à l'envoyé d'Allah de lui donner sa chemise pour servir de linceul à son père. Le prophète le lui ayant donné, il lui demanda de faire la prière funéraire sur son père. Quand l'envoyé d'Allah se leva pour faire cette prière, 'Umar se leva et, saisissant l'envoyé d'Allah par son vêtement, s'écria :
-"Ô envoyé d'Allah, le Seigneur t'a interdit de prier sur lui".
- "Allah, répondit l'envoyé d'Allah, m'a seulement laissé le choix, en disant : Que tu demandes pardon pour eux, ou que tu ne le demandes pas
- et si tu demandes pardon pour eux soixante dix fois... Eh bien! je l'implorerai plus de soixante-dix fois".
- "Mais c'est un hypocrite", reprit 'Umar.
L'envoyé d'Allah fit néanmoins la prière et ce fut alors qu'eut lieu la révélation suivante : Et ne fais jamais la Salâ464 sur l'un d'entre eux qui meurt et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe
Inspiration dOmar.
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).465
On lit dans le Sahîh que le Prophète dit à ses compagnons : « Il y a parmi vous des inspirés et Omar est de ce nombre. » On sait que les compagnons eurent souvent loccasion de reconnaître la vérité de cette parole. Citons, comme exemple, lexclamation dOmar : « O Sa-rïa ! à la colline ! » Lors des premières conquêtes de lislamisme, Sarïa, fils de Zoneïm, commandait, en Irac, un corps de troupes musulmanes. Dans une bataille qui sengagea entre lui et les infidèles, il songeait à ordonner la retraite, et auprès de sa position était une colline où il pouvait se réfugier. Omar, qui était alors à Médine et qui prê-chait en ce moment dans la mosquée, vit, par intuition , ce qui se passait et sécria : « O Sarïa ! à la colline ! » Sarïa entendit cet ordre dans le lieu même où il se trouvait, et il aperçut auprès de lui une personne ayant la figure dOmar. Lanecdote est, du reste, bien connue .
Et Abu Bakr?
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).466
On raconte du khalife Abu Bakr un trait semblable. (Étant sur son lit de mort) il adressa des conseils à sa fille Aïsha, au sujet de quelques charges de dattes dont il voulait lui faire cadeau et qui se trouvaient dans son jardin. Il lui recommanda ensuite de faire la cueillette de ces fruits sans retard, pour les empêcher de devenir la propriété des héritiers. Dans le cours de lentretien, il fit cette remarque :
-« Les héritiers, ce sont ton frère et tes deux surs.
- Comment cela ? lui dit Aïcha ; jai là ma sur Asma ; mais qui est lautre ? ».
Il lui répondit :
-« Lenfant qui est dans le sein de (ma femme) Bint Kharedja est une fille ; je vois cela dici . » En effet, cétait une fille. Cette anecdote se trouve dans le Mowatta , au chapitre intitulé Des donations illégales .
§ 255. Ivres d'un livre.
Cest un livre467 tout particulier que celui-là468 , par sa composition, ses auteurs divers, sa très longue période de gestation, son agencement irrationnel, et la façon dont il doit être employé: il est plus à réciter469 qu'à comprendre d'emblée.
Sa structure déséquilibrée, ses défauts de composition, son inégalité d'inspiration, sur le fond et dans la forme470 , ont été reconnus par les véritables éditeurs scientifiques du texte, tel que Th. Nöldeke, fondateur de l'examen critique du Coran au XIXème siècle 471. Mais on ne peut lui enlever toute valeur: il est un réceptacle remarquable des traditions culturelles et religieuses de ce temps, et un témoignage remarquable de l'acharnement politique dont l'homme est capable pour s'emparer du pouvoir, imposer ses idées, construire son ambition: un monument de foi, sans aucun doute, mais une foi à laquelle il ne faudrait pas faire confiance.
Ce nest pas à proprement parler un livre (comme la Bible), mais cest une Récitation, selon létymologie.472 Le mot devrait peut-être faire comprendre l'origine de l'oeuvre: un rassemblement de prières, de litanies et de prêches destinés à des prêtres pour animer des cérémonies, comme l'on faisait dans les églises syriaques.
Quelques documents, rarement publiés, permettent dentrevoir des aspects de son élaboration et de son statut473.
Le sujet est dimportance: le Coran est à la base de lensemble de la doctrine musulmane474 , comme lexemple du Christ pour les chrétiens, ou lAlliance et la Loi pour les Juifs.
(ibn Sad, Tabaqat I 441-2).
La récitation du prophète se voyait par les mouvements de sa barbe.
(...)
En vérité, lapôtre d'Allah na jamais récité lensemble du Coran en moins de trois jours.
(En Nisay, Hadith Qudsi 185).
Rapporté par Ennisay, dans ses Sunen, chapitre sur ce qui a été rapporté dans le Coran.
Ubayy ibn Kab , a rapporté ceci: Tandis que le prophète se trouvait près de la mare des Banu Ghifar, Gabriel vint à lui et lui dit:
-Allah t'ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté avec une variante.
Le messager d'Allah répondit:
-Je demande à Allah de me préserver et de me pardonner, car ma communauté ne pourra pas supporter cela.
L'excès de Coran peut nuire au salut!
(Tirmidhi, Hadith Qudsi 400).
...lapôtre d'Allah a dit: le seigneur a dit:
-Celui que le Coran ou mon évocation occupent, au point doublier ma sollicitation, je lui accorderai plus que ce que jai accordé à dautres demandeurs. Le mérite de la parole dAllah par rapport à dautres paroles est comme le mérite dAllah par rapport à ses créatures.
1. Prise de notes.
Les sources présentent un oracle qui prend immédiatement la peine de sinscrire sur un support, pour servir de référence intangible. Il faut rester méfiant face à ce plus court chemin de la parole au texte, effectué par une sorte de sténographie...
Critique de la révélation par les Quraysh de la Mecque
(Corpus coranique d'Othman 25/6).475
Ils ont dit aussi: ce sont des histoires de nos aïeux quil sest écrites et qui lui sont dictées matin et soir!
(Muslim, Sahih 17/4192)
Un jour, la révélation descendit sur lui, et il ressentit la même violence. Quand ce fut terminé, il se sentit apaisé et il dit:
-Prends en note476 ...
(Tafsir al Jalalayn 42).
Ain, Sin, Qaf. : Allah seul connaît le sens des lettres énigmatiques précitées.
(Bukhari, Sahih 56/31, 1-2).477
...Lenvoyé d'Allah fit venir Zayd. Celui-ci arriva muni dune omoplate478 et y écrivit le verset...
(...)
Sahl ibn Sad es Saydi a dit: Apercevant Marwan ibn al Hakam assis dans la mosquée, je mavançai et m'assis à côté de lui. Il m'apprit alors que Zayd ibn Thabit lui avait appris ce qui suit:
-L'envoyé d'Allah me dicta:
Les croyants qui resteront dans leurs foyers ne seront pas les égaux de ceux qui combattront dans le sentier dAllah.
2. Le support matériel.
Quelques allusions décrivent les moyens par lesquels les dires de Muhammad sont conservés. Mais deviner la part de ce qui aurait été écrit immédiatement ou bien conservé dans les mémoires est chose encore impossible. On sait seulement que la mise en forme générale a été très tardive et que les moyens pour y accéder ont été divers et aventureux.479
Le rouleau.
(Corpus coranique d'Othman 6/7).
Si nous avions fait descendre sur toi, prophète, une écriture contenue dans un rouleau de parchemin480 que les infidèles eussent palpé de leurs mains, ils diraient encore:
-Ce nest que sorcellerie évidente.
(Bukhari, Sahih 65/ 18, 2).
Lorsque fut révélé ce verset:
Il ne saurait y avoir parité entre ceux des croyants, etc...,
le prophète dit:
-Quon mande untel! Celui-ci arriva avec son encrier et une planche -ou, selon une variante, une omoplate....
Le support écrit de la révélation.
(Corpus coranique d'Othman 98/1).
Ceux qui sont incrédules, parmi les détenteurs de lEcriture et les associateurs, ne se trouvaient point déliés jusquà ce que leur vint la preuve: un apôtre qui leur communiqua des feuilles purifiées contenant des écritures immuables.
Un titre dans le Coran.
(Corpus coranique d'Othman 19/1-3).
Il existe un passage du Coran qui comporte un titre, au début du récit481. C'est une preuve de la composition du corpus coranique par des additions extérieures.
La présence des lettres pourrait aussi s'expliquer comme étant des repères indiquant la place des psaumes chrétiens dans les psautiers syriaques.L'extrait lui-même est une paraphrase complète de textes chrétiens.482
K H Y S. Récit de la miséricorde483 de ton seigneur envers son serviteur Zacharie.484
Quand Zacharie invoqua secrètement le seigneur, il lui dit...485
Le style des Quraysh.
(ibn Sad, Tabaqat I 311).
Lapôtre d'Allah avait coutume décrire daprès le style des Quraysh: en ton nom, ô Allah! Et après le verset Quau nom dAllah se fassent son cours et son mouillage486 ait été révélé, il commença à écrire Au nom dAllah. Après la révélation du verset Priez Allah ou priez le Bienfaiteur487, il écrivit Au nom dAllah, il écrivit Au nom dAllah le bienveillant.
Après la révélation du verset Elle est de Salomon et dit: au nom dAllah le bienfaiteur miséricordieux488 , il écrivit: Au nom dAllah, le bienveillant, le miséricordieux.
3. Les scribes.
Les différents rédacteurs du Coran sont bien connus489 , notamment le Juif Zayd ibn Thabit. La tradition fait aussi une place de choix aux circonstances qui ont amené à la mise en forme et à lécrit de la masse des révélations: cest une hasardeuse lutte contre loubli, un travail denquête pour recueillir les témoignages ici et là, reconstituer une forme orale et la transcrire pour la transmettre490 . Ce sont des informations à conserver pour juger ensuite du satut tout particulier du livre.
(ibn Sad, Tabaqat II 457-8).
Quatre personnes, Ubayy ibn Kab, Zayd ibn Thabit, Othman ibn Affan, Tamim al Dari ont rassemblé le Coran, entièrement durant la durée de vie du prophète.
(...)
Cinq personnes parmi les ansar ont rassemblé entièrement, durant la durée de vie du prophète. Ils étaient Muadh ibn Jabal, Ubadah ibn Samit, Ubayy ibn Kab, Abu Ayyub, Abu al Darda.
(ibn Sad, Tabaqat II 461).
Lapôtre d'Allah ma dit491 : des lettres sont arrivées pour moi et je ne voudrai pas que nimporte qui puisse lire. Tu devras apprendre lécriture héraïque -ou lécriture syriaque-. Jai répondu daccord. Je lai appris en 17 jours.
(...)
Quand lapôtre d'Allah est arrivé à Médine, il me dit:
-Apprends lécriture des juifs, parce que je ne fais pas confiance en ce qui concerne mes lettres. Jai appris cela moins dun mois.
Le secrétaire Abdullah ibn abu Sarh.492
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 818).
Parmi ceux-ci se trouvait, Abdullah ibn Sad frère des Banu Amir ibn Luayy. La raison de cet ordre était quil avait été un musulman et quil rédigeait les révélations ; ensuite, il a apostasié, pour revenir vers les Quraysh, et il a fui chez Othman ibn Affan, son beau-frère. Ce dernier la caché jusquà ce quil lamène devant lapôtre d'Allah quand la situation à la Mecque redevint calme. Il demanda alors son immunité. On dit que lapôtre d'Allah est resté silencieux longtemps, avant de dire oui. Quand Othman est parti, il a dit à un de ses compagnons:
-Jai gardé le silence pour que lun dentre vous ait le temps de lui trancher la tête!
Un des ansar dit alors:
-Alors pourquoi nas tu pas fait un signe, ô apôtre d'Allah?
Il répondit quun prophète ne tue pas en pointant du doigt.
(Dawud, Hadith 38/ 4345).493
Abdullah ibn Abu Sarh écrivait les révélations de lapôtre de Allah. Satan la séparé (de la communauté) et il a rejoint les infidèles.
Lapôtre dAllâh a ordonné de le tuer le jour de la conquête (de La Mecque)...
Les scribes494 des révélations.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 819).
Lapôtre donna des instructions à ses officiers quand ils entreraient à la Mecque: ils ne devaient combattre que ceux qui résistaient, à lexception dune petit nombre, qui devaient être tués, même sils étaient trouvés collés contre le rideau de la Kaba.
Parmi eux, il y avait Abdullah ibn Sad, frère des Banu Amir ibn Luayy. Il lordonna pour la raison suivante: il avait été un musulman et il avait écrit les révélations ; ensuite, il avait apostasié et était retourné chez les Quraysh...
Un secrétaire chrétien.
(Bukhari, Sahih 56/ 814).495
Un chrétien s'était converti à l'islam, il lisait la sourate al Baqara et al Imran496 et il écrivait (les révélations) pour le prophète. Plus tard, il est revenu au christianisme et a dit :
- Muhammad ne sait rien d'autre que ce que j'ai écrit pour lui.
Ensuite, Allah l'a fait mourir et les gens l'ont enterré. Mais le matin, ils virent que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent à nouveau profondément pour lui, mais le matin, ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent dans la tombe le plus profondément possible pour lui mais le matin, ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Alors, ils pensèrent que ce qu'il lui était arrivé n'avait pas été causé par des êtres humains et ils durent le laisser sur le sol497.
Un secrétaire juif.
(Muslim, Sahih 38/6693).498
Il y avait quelquun qui faisait partie des Banu Najjar, et qui récitait les sourates al Baqarah et al Imran499 , et avait coutume de recopier les révélations pour lapôtre d'Allâh. Mais il sest enfui comme rebelle et a rejoint le peuple du Livre.
Lecteurs500 et rédacteurs.
(Bukhari, Sahih 65/9,20).
ibn Es Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit al Ansari501, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit:
-Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama502, my envoya chercher pendant que Omar était auprès de lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, et qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties ; et il estime que c'est toi qui devrais m procéder à cette rédaction. Or, continua Abu Bakr, j'ai répondu à Omar que je ne voyais pas comment je pourrais faire une chose que l'envoyé d'Allah n'avait pas faite lui-même. Mais Omar m'a dit que cette rédaction serait préférable, et il a insisté sur ce point auprès de moi. Enfin Allah m'a fait adopter cette idée, et je suis de l'avis de Omar.
-Pendant ce discours, ajouta Zayd ibn Thabit, Omar, qui était là, resta assis sans rien dire. Alors Abu Bakr, s'adressant à moi, dit :
-Tu es un homme jeune, intelligent et nous avons pleine te confiance en toi. Tu as mis par écrit la révélation pour l'envoyé d'Allah ; mets en ordre le Coran et en rassemble les diverses parties.
-Par Allah! il m'aurait obligé à transporter une montagne, que cela ne m'aurait pas été plus pénible que l'ordre qu'il me donnait de rassembler les diverses parties du Coran ; aussi répondis-je:
-Comment voulez-vous entreprendre une chose que le prophète te lui-même n'a pas faite?
-Par Allah, s'écria Abu Bakr, rien ne m vaudra mieux que cette rédaction.
Après avoir essayé à maintes reprises de le faire revenir sur cette idée, Allah ouvrit ma poitrine à cette idée ainsi qu'il l'avait fait pour Abu Bakr et Omar. Je commencai donc à mettre en ordre le Coran et ci en rassembler les diverses parties d'après les feuillets, les omoplates, les branches de palmiers (qui avaient servi à les inscrire), et aussi d'après la mémoire des hommes.
C'est ainsi que dans la sourate Le Repentir , je trouvai chez Khozayma al Ansari, ces deux versets que je n'avais pas trouvés chez aucun autre que lui: Il vous est venu un prophète choisi parmi vous. Il lui est pénible. . . 503 Les feuillets sur lesquels on rassembla les diverses parties du Coran restèrent chez Abu Bakr jusqu'à sa mort ; ensuite ils furent déposés chez Omar, et, à la mort de ce dernier, chez Hafsa bint Omar.
Le scribe504 Zayd.
(Bukhari, Sahih 65/9, 20).
ibn Es Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit al Ansari, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit: Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama, m'envoya chercher pendant que Omar était auprès de lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, met qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties ; et il estime que c'est toi qui devrais m procéder à cette rédaction.
-Or, continua Abu Bakr, j'ai répondu à Omar que je ne voyais pas comment je pourrais faire une chose que l'envoyé d'Allah n'avait pas faite lui-même. Mais Omar m'a dit que cette rédaction serait préférable, et il a insisté sur ce point auprès de moi. Enfin Allah m'a fait adopter cette idée, et je suis de l'avis de Omar.
Pendant ce discours, ajouta Zayd ibn Thabit, Omar, qui était là, resta assis sans rien dire. Alors Abu Bakr, s'adressant à moi, dit :
-Tu es un homme jeune, intelligent et nous avons pleine confiance en toi. Tu as mis par écrit la révélation pour lenvoyé d'Allah ; mets en ordre le Coran et en rassemble les diverses parties.
-Par Allah! il m'aurait obligé a transporter une montagne, que cela ne m'aurait pas été plus pénible que l'ordre qu'il me donnait de rassembler les diverses parties du Coran ; aussi répondis-je:
-Comment voulez-vous entreprendre une chose que le prophète lui-même n'a pas faite?
-Par Allah, s'écria Abu Bakr, rien ne vaudra mieux que cette rédaction. Après avoir essayé à maintes reprises de le faire revenir sur cette idée, Allah ouvrit ma poitrine à cette idée ainsi qu'il l'avait fait pour Abu Bakr et Omar. Je commencai donc à mettre en ordre le Coran et à en rassembler les diverses parties d'après les feuillets, les omoplates, les branches de palmiers qui avaient servi à les inscrire, et aussi d'après la mémoire des hommes. C'est ainsi que dans la sourate Le Repentir505 , je trouvai chez Khozayma al Ansari, ces deux versets que je n'avais pas trouvés chez aucun autre que lui:
-Il vous est venu un prophète choisi parmi vous. Il lui est pénible506.
Les feuillets sur lesquels on rassembla les diverses parties du Coran restèrent chez Abu Bakr jusqu'à sa mort ; ensuite ils furent déposés chez Omar, et, à la mort de ce dernier, chez Hafsa bint Omar.
La dureté des combats.
(Tabari, Tafsir, introduction 2, 3).
Les compagnons de lapôtre d'Allah ont été décimés au Yémen comme des papillons sur un brasier, et je crains quil nen soit de même ailleurs. Or ils étaient porteurs du Coran car ils le savaient par coeur et sils venaient à disparaître, le Coran se perdrait, et disparaîtrait.
La jalousie du scribe Abdallah ibn Masud.
(ibn Shabba, Madina III 1008).507
Jai appris de la bouche de lapôtre d'Allah soixante-dix sourates alors que Zayd nétait quun juif portant deux mèches de cheveux.508
(Bukhari, Sahih 65/33, 3).
Zayd ibn Thabit a dit: Lorsque nous copiâmes les feuillets pour lexemplaire du Coran dOthman, je maperçus quil manquait un verset de la sourate Les Confédérés509 que javais entendu réciter par lenvoyé d'Allah. Je ne retrouvai ce verset que dans la mémoire de Khuzayma al Ansari, celui dont lenvoyé d'Allah avait dit que son témoignage valait celui de deux hommes.
Ce verset était:
Parmi les croyants, il est des hommes qui ont tenu les engagements quils avaient pris vis à vis dAllah.
(Bukhari, Sahih 92/22, 8).
Zayd ibn Yhabit a dit:
Abu Bakr menvoya lordre de réunir les fragments du Coran et je finis par trouver la fin de la sourate du repentir chez Khuzayma al Ansari. Je navais pu la trouver chez personne auparavant et elle était conçue en ces termes:
Un prophète est venu chez nous, un prophète prie parmi vous...510
Ces mots terminaient la sourate.
Anges et scribes.
(An Nisay, Hadith Qudsi 21).
Rapporté par An Nisay dans ses sunen, chapitre sur le mérite de ceux qui louent Allah.
...le messager d'Allah, leur a raconté qu'un serviteur parmi les serviteurs a dit:
-Seigneur, à toi la louange, comme il sied à la majesté de ta face et à la puissance de ton pouvoir!
Ces paroles mirent les deux Anges scribes dans lembarras et ils ne surent quoi écrire. Ils montèrent au ciel et dirent:
-Ô notre Seigneur! Ton serviteur a prononcé des paroles que nous ne savons pas comment copier!
Allah leur a dit - bien qu'il sache ce qu'a dit son serviteur:
-Qu'a dit mon serviteur?
Ils répondirent: Il a dit:
-Seigneur! A toi la louange, comme il sied à la majesté de ta face et à la puissance de ton pouvoir!
Allah leur dit:
-Copiez-les comme mon serviteur les a prononcées, jusqu'à ce qu'il me retrouve et que je le récompense à cause d'elles!
4. Le statut du livre.
Le livre a obtenu un statut exceptionnel511 , dans ce monde-là, sans quil soit utile de le lire ou de le comprendre. Cest selon l'immense majorité des musulmans512 , la parole divine retranscrite, incréée, parfaite, sans qu'il soit utile d'y réfléchir. Doù certaines déviances, qui en font un véritable talisman513 , un double du Muhammad sous forme écrite, un objet suffisant comme preuve de la prophétie.
On peine, de lextérieur, à comprendre limportance de lobjet, qui a été aussi considéré comme la référence littéraire de la langue arabe.514
Enfin, chaque fois que des citations coraniques sont présentés, au gré des circonstances, le lecteur doit garder en mémoire que le livre nexiste toujours pas sous forme rédigée et organisée.
Le mieux pour se rappeler le statut sacré et prodigieux de l'objet est de rappeler qu'il était interdit aux infidèles de le toucher, car ils allaient le souiller par le simple contact.
La révélation, la prédication, la rédaction.
(Corpus coranique d'Othman 10/38).
Cette prédication ne saurait être forgée en dehors dAllah, mais elle est venue pour marquer la véracité des messages antérieurs et pour exposer lEcriture, sans nul doute, du seigneur des mondes.
(Bukhari, Sahih, 56/129).
Daprès Abdallah ibn Omar, lenvoyé d'Allah interdit demporter le Coran dans un voyage en pays ennemi515 .
Le Coran selon ibn Taymiya.
(ibn Taymiya, Profession de foi 63-65).516
Croire en Allah, et en ses livres, cest croire que le Coran est la parole517 dAllah. Allah la fait descendre518 et il est incréé519 . Le Coran procède dAllah et retournera à Allah.
Allah a réellement parlé pour faire « descendre » le Coran.
Ce Coran que Allah a fait descendre sur Muhammad (que le salut et la prière de Allah soient sur lui !) est au sens propre520 la parole de Allah et non la parole d'un autre. Il n'est pas permis de dire que le Coran est la transmission521 ou la traduction522 de la parole de Allah.
Quand les gens récitent le Coran ou quand ils le mettent par écrit sur des feuilles523, le Coran reste toujours, au sens propre la parole dAllah. Une parole, en effet, ne peut être attribuée qu'à celui qui le premier la prononce et non point à celui qui la transmet ou la colporte .
Le Coran enfin est la parole dAllah dans ses lettres et dans ses idées. La parole dAllah, ce nest pas seulement les lettres à lexclusion des idées, ni les idées à lexclusion des lettres.
(ibn Hanbal, Musnad 6/188).524
Jinterrogeai Aïsha, raconte un informateur, sur la nature525 de lapôtre d'Allah. Elle me répondit:
-Le Coran!
(Bukhari, Sahih 93/ 649).526
Le prophète a dit :
- Le croyant qui récite le Coran est comme un citron qui est bon au gout et à l'odeur. Le croyant qui ne récite pas le Coran est comme une datte avec un bon gout mais pas d'odeur. L'impie qui récite le Coran est comme ar Rihana527 qui sent bon mais est amer au goût. Et l'impie qui ne récite pas le Coran est comme une coloquinte de goût amer et sans odeur.
(Bukhari, Sahih 56/129).
Daprès Abdallah ibn Omar, lenvoyé d'Allah interdit demporter le Coran dans un voyage en pays ennemi.
La langue arabe.
(Corpus coranique d'Othman 20/112).
Nous lavons fait descendre sous forme dun révélation en langue arabe et nous y avons adressé aux hommes des menaces.
(Corpus coranique d'Othman 16/45-6).
Cest une révélation en langue arabe pure et cela se trouve certes dans les écritures des anciens.
Le dialecte quraysh.
(Bukhari, Sahih 66/2, 1).
Othman donna lordre à Zayd, à Sayd ibn al As, à Abdallah ibn as Zubayr et AbderRahman de copier le Coran en volumes.
-Si, leut dit-il, vous nêtes pas daccord avec Zayd sur un mot arabe du Coran, écrivez-le dans le dialecte des Quraysh.
-Cest dans ce dialecte quil a été révélé.
On se confroma à ses indications.
(Bukhari, Sahih 61/3).
Daprès Anas, Othman donna lordre à Zayd, à Sayd ibn al As, à Abdallah ibn as Zubayr et Abderrahman pour mettre le Coran par écrit, et ils le mirent par écrit sur des feuillets.
Othman dit aux trois personnages des Quraysh:
-Si, leut dit-il, vous nêtes pas daccord avec Zayd ibn Thabit528 sur un mot arabe du Coran, écrivez-le dans le dialecte des Quraysh. Cest dans ce dialecte quil a été révélé529 .
On se conforma à ses indications.
Le Coran guérisseur.530
(Bukhari, Sahih 66/14, 1-2).
Daprès Aysha, quand lenvoyé d'Allah tomba malade, il récitait pour lui les trois prières talismaniques531, et il soufflait sur sa main avec pulvérisation de salive.
-La maladie ayant fait des progrès, je les récitai pour lui et je lui frottai le corps avec la main, espérant que cela lui ferait du bien.
Daprès Aysha, chaque nuit, au moment de se mettre au lit, le prophète réunissait ses deux mains soufflait dedant et récitait les trois sourates Lunité dAllah, Laube, Les hommes. Ensuite, il frottait ses mains sur toutes les parties du corps quil pouvait atteindre, commençant par la tête, puis la figure, et ensuite la partie antérieure du corps. Il faisait cela trois fois532.
Disputes sur la prononciation.
(ibn Sad, Tabaqat 2/444).
Les gens étaient coupables de tromperie dans la lecture du Coran. J'aimais le lire selon la récitation de lui-même, que j'aimais plus que celle de Zayd ibn Thabit. Par celui auprès duquel il n'y a pas de dieu! J'ai appris plus de 70 sourates des lèvres de l'apôtre d'Allah, alors que Zayd ibn Thabit était jeune, avec ses deux nattes et qu'il jouait avec les enfants.
Effet pervers.
(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de lenvoyé d'Allah, Hadith 40).
Ibn Abbas a dit: Abu Bakr a dit une fois :
-Ô envoyé d'Allah, tu es devenu vieux!
Lenvoyé d'Allah a répondu:
- La récitation des sourates Hud, Waaqiah, Mursalat, Amma and Kuwwirah mont rendu vieux.
Le Coran comme miracle533 .
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).534
Après avoir reproduit ces opinions, nous dirons au lecteur : Sachez bien que le miracle le plus grand, le plus éclatant, le plus péremp-toire, cest le noble Coran, que notre prophète a reçu du ciel. En effet, la plupart des manifestations surnaturelles narrivent pas simul-tanément avec les révélations dont les prophètes reçoivent communication ; pour quelles témoignent de la vérité dune révélation, il est évident quelles ne doivent se présenter quaprès ; or le Coran est, non seulement une révélation, ainsi que le Prophète la allégué, mais aussi un miracle tout à fait extraordinaire. Ce livre porte en lui-même la preuve de son inspiration et na aucun besoin dune preuve extrinsèque telle que les miracles venant à lappui dune ré-vélation divine. Il est lui-même la preuve la plus claire, étant à la fois la preuve et la chose prouvée. Telle est lidée que le Prophète a exprimée dans ces termes : « Chaque prophète a reçu des signes manifestes qui inspirent la conviction aux hommes ; mais ce que jai reçu, moi, cest une révélation. Aussi jespère quau jour de la résurrection jaurai une suite plus nombreuse quaucun autre prophète. » Par ces mots il donnait à entendre quun miracle aussi évident, aussi convaincant que le Coran, livre qui, par sa nature, est la révélation même, devait porter la conviction dans beaucoup desprits, en sorte que le nombre des croyants et des fidèles deviendrait très -grand ; voilà ce quil a voulu désigner par le mot suite ou peuple. Du reste, le Très-Haut en sait plus que nous.
5. Jugements d'érudits musulmans.
Les musulmans les plus doctes dans leur religion ont toujours voulu exhiber bien haut le contenant de leur doctrine, et ont tenté de surmonter les immenses difficultés logiques qui ont trait à son assemblement. Le mieux de leur part est d'apposer le sceau du miracle sur le processus, ce qui dispense de toute réflexion à ce sujet.
(ibn Khaldun, Muqaddima I,6).535
Cela étant établi, il faut savoir que le noble Coran, qui a révélé à notre prophète, est le miracle le plus grand, le plus noble, le plus probant. En général, les prodiges sont distincts de la révélation que reçoit un prophète. Le miracle vient authentifier la révélation. Cela est évident. Le Coran est à la fois révélation proclamée et prodige miraculeux. Il est à lui-même sa propre preuve. Il n'a pas besoin d'une preuve extérieure, comme c'est le cas des prodiges liés aux révélations. Il est la preuve la plus probante qui soit, puisqu'il réunit en lui la preuve et ce qu'il faut prouver. Cest le sens de ces paroles du prophète:
-Il nest aucun prophète qui n'ait reçu des signes tels qu'ils entraîné l'adhésion des hommes. Moi, ce que j'ai reçu, une révélation qui m'a été révélée. Ainsi, j'espère avoir le plus grand nombre dadeptes le jour de la résurrection. Il veut dire qu'un miracle aussi clair et probant, vu qu'il est identique à la révélation, rencontre, à cause de sa clarté, une plus forte adhésion ; il n y a donc grand nombre de gens qui ajoutent foi à la vérité du prophète et qui croient en lui. Ce sont eux qui conftituent adeptes et la communauté du prophète.
Allah, qu'il soit exalté, est plus savant.
Tout cela est la preuve que le Coran se distingue tous les livres divins par le fait que notre prophète l'a reçu tel quel, dans sa forme récitée, avec ses mots et expressions. Il n'en eft pas ainsi de la Torah, de l'Évangile d'autres livres célestes. Les prophètes les ont reu moment de la révélation, sous leur forme didées. Après leur retour à l'état humain, ils ont exprimé ces idées d leurs mots ordinaires. C'est pourquoi ces livres n'ont pas caractère d'inimitabilité. Celle-ci est donc réservée au Coran. La façon dont les prophètes ont reçu leurs livres est même que celle dont notre prophète reçut les idées quil attribue à Allah, comme on peut le voir dans plusieurs traditions. Le prophète rapporte, d'après son seigneur, ces paroles, qui témoignent qu'il a reçu le Coran dans sa forme récitée:
N'agite pas ta langue pour le hâter: à nous l'assembler et d'en fixer la lecture536 .
La raison de la révélation de ces versets fut la hâte du prophète à apprendre les versets coraniques de peur de loublier et afin de bien garder ce qui lui a été lu et rêvelé. Mais c'est Allah qui s'est chargé de le garder. Il dit:
Nous, en revanche, qui faisons descendre le rappel, au bien que nous en assurons la garde 537.
C'eft la signication de la garde propre au Coran, et non pas ce que croient, à tort, les gens du commun.
Il y a de nombreux versets qui attestent que le Coran été révélé dans une forme récitée, dont chaque verset inimitable. Notre prophète n'a pas produit de miracle plus grand que le Coran, et le fait d'avoir uni les Arabes autour de sa mission. Même au prix de tous les trésors de la terre, tu ne pourrais pas unir leurs curs. Mais Allah les a unis538 .
Il faut savoir tout cela, et l'avoir présent à l'esprit. La vérité en apparaîtra comme je l'ai établie. Cela montre combien le rang du prophète Muhammad est supérieur à celui d autres prophètes et combien sa position est élevée.
(Ibn Khaldun, Prolégomènes, Livre I, 1-Discours 6).539
Le Très-Haut a choisi, dans lespèce humaine, certains individus auxquels il a concédé le privilège de converser directement avec lui. Les ayant créés pour le connaître, et les ayant placés comme intermédiaires entre lui et ses serviteurs, il les a chargés dapprendre aux hommes leurs véritables intérêts, de les diriger avec zèle, de les préserver du feu de lenfer en leur montrant la voie du salut. Aux connaissances quil leur communique et aux merveilles quil énonce par leur bouche, il ajoute la faculté de prédire ce qui doit arriver et dindiquer les événements qui sont cachés aux autres mortels. Allah seul peut faire connaître ces choses ; il emploie alors le ministère de quelques hommes délite, qui, eux-mêmes, ne les savent que par son enseignement. Le Prophète a dit : « Quant à moi, je ne sais que ce que Allah ma enseigné. » Leurs prédictions ont la vérité pour caractère distinctif et essentiel, ainsi que le lecteur pourra le reconnaître lorsque nous lui exposerons la nature réelle du prophétisme.
Un signe caractéristique distingue les individus de cette classe : au moment de recevoir la révélation divine, ils se trouvent complètement étrangers à tout ce qui les entoure, et ils poussent des gémissements sourds. On dirait, à les voir, quils sont tombés dans un état de syncope ou dévanouissement ; et toutefois il nen est rien ; mais, en réalité, ils sont absorbés dans le royaume spirituel quils viennent de rencontrer. Cela leur arrive par leffet dune puissance perceptive qui leur est propre et qui diffère totalement de celle des autres hommes. Bientôt après, cette puissance redescend jusquà la perception de choses compréhensibles aux mortels : tantôt cest le bourdonnement de paroles dont elle parvient à saisir le sens ; tantôt cest la figure dune personne qui apporte un message de la part de Allah. Lextase se passe, mais lesprit retient le souvenir de ce qui lui a été révélé.
On interrogea le Prophète sur la nature de la révélation divine, et il répondit : « Tantôt elle me vient comme le tintement dune cloche, ce qui est très fatigant pour moi ; et, lorsquelle me quitte, jai retenu ce quon ma dit. Tantôt lange prend la forme humaine pour me parler, et je retiens ce quil dit. » Dans cet état, il éprouvait des souffrances inexprimables et laissait échapper des gémissements sourds. On lit dans les recueils des traditions : « Il (le Prophète) traitait comme une maladie une certaine espèce de douleur quil ressentait à la suite des révélations divines . » Aïcha (la femme de Mohammed) disait : « Une fois, la révélation lui arriva dans un jour excessivement froid et, lorsquelle eut cessé, son front fut baigné de sueur. » Le Très-Haut a dit 540 : Nous allons tadresser une parole accablante .
Ce fut à cause de létat dans lequel se trouvaient les prophètes, quand ils recevaient des révélations divines, que les polythéistes les taxaient de folie, et disaient, « Celui-là a eu une vision » ; ou bien : « Il a auprès de lui un démon familier ». Mais ces mécréants furent trompés par les circonstances extérieures qui accompagnent létat dextase, et celui que Allah veut égarer ne trouve point de guide.541
On reconnaît encore ces personnages favorisés à la conduite vertueuse quils avaient tenue avant davoir reçu des révélations, à leur vive intelligence et au soin quils avaient mis à ne pas commettre des actes blâmables, et à éviter toute espèce de souillure : cest là ce quon désigne par le terme eïsma . On dirait que tout prophète tient de son caractère inné une profonde aversion pour les choses blâmables, et une exacte attention à les éviter. On peut même affirmer que ces choses répugnent à la nature des prophètes.
Le Coran vu par T. Ramadan.
(T. Ramadan, Muhammad, vie du Prophète, p.69-70).542
De la nature à l'exigence de l'éthique et de l'équité dans le comportement humain, tout renvoie au souvenir du Créateur, dont la manifestation première est la bonté et la clémence. C'est d'ailleurs au nom de Sa bienveillance à l'égard des Hommes qu'Il a révélé le Texte: la Révélation est à la fois un don et un poids, et c'est ainsi que se présente d'emblée ce qui constitue le second axe des premiers enseignements islamiques. Le statut du Coran - lequel, dans les trois premiers versets ci-dessus, établit le lien entre Allah et l'Homme - est un des fondements du credo musulman (al-'aqîda): il s'agit de la parole divine révélée en l'état à l'humanité - dans une langue arabe claire » - et elle est à la fois rappel, lumière et miracle. « Rappel » des messages monothéistes du passé, « lumière » de l'orientation divine pour l'avenir et « miracle » de la parole éternelle et inirnitable transnùse à la conscience des hommes au cur de leur Histoire.
Le Coran, dès l'origine, se présente comme le miroir de l'Univers. Ce qui fut traduit par « verset » par les premiers traducteurs occidentaux - se référant au vocabulaire biblique - signifie littéralement, en arabe, signe (âya). Ainsi, le Livre révélé, le Texte écrit, est constitué de signes (âyât), de la même façon que l'Univers, à l'image d'un texte devant nos yeux déployé, est foisonnant de ces mêmes signes. Lorsque c'est l'intelligence du cur qui lit le Coran et le monde, et non seulement l'intelligence analytique, alors les deux Livres se font écho, et chacun d'eux parle de lautre et de l'Unique. Les signes rappellent le sens de naître, de vivre, de penser, de sentir et de mourir. Par sa forme et son contenu très évocateurs de même que par sa puissance spirituelle, le Coran est le miracle de l'islam. Il représente également une immense et
double responsabilité pour les musulmans: d'une part, l'exigence éthique que l'enseignement coranique leur impose et, d'autre part, leur rôle de témoins de ces mêmes enseignements devant l'humanité. Cette dimension est présente dès les premières Révélations puisque, dans la sourate al-Muzzammil (Celui qui est enveloppé d'un manteau), une des premières révélées, on trouve l'avertissement : En vérité!, Nous allons te charger [te faire parvenir] d'une parole de grand poids !. »
Un autre verset exprime de façon imagée et forte le statut spirituel du Coran:
Si Nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, tu aurais vu celle-ci se prosterner d'humilité et se fendre sous l'effet de la crainte révérencielle d'Allah. »
Le Texte révélé, Parole d'Allah (Kalâm Allah), se présente tout à la fois comme un rappel bienveillant et une injonction morale particulièrement exigeante qui répand autant le souffle spirituel qu'il structure la forme précise du rituel religieux.
6. Regards occidentaux sur le livre.
Les orientalistes se sont autorisés à jeter leur regard et à prononcer des jugements critiques sur la "révélation" et sur le Corpus coranique. Les textes réellement critiques sur le plan strictement sicentifiques sont encore rares. Th. Nöldeke, un des premiers chercheurs sur le matériel coranique ose exprimer son opinion avec une assurance qui n'est plus de mise de nos jours.
La faiblesse littéraire du Coran vue par un arabisant allemand.543
(Th. Nöldeke, Encyclopédie Biblique (XIème ed.), vol. XV, p. 898-9).
Dans l'ensemble, alors que de nombreuses parties du Coran ont indiscutablement un pouvoir rhétorique considérable, même sur un lecteur athée, le livre en lui-même, considéré d'un point de vue purement esthétique, n'est en aucune façon un chef-d'uvre... Étudions quelques-uns des énoncés les plus longs. On a déjà remarqué combien ils sont véhéments et brusques là où ils devraient être caractérisés par un calme et une tranquillité poétiques. Les liens indispensables, aussi bien pour l'expression que pour l'ordonnancement des événements, sont souvent omis, si bien que nous les comprenons plus facilement que ceux qui les entendent pour la première fois, parce que nous connaissons les faits par des sources meilleures. En même temps, on ne peut trouver nulle part une progression régulière de la narration et l'on se noie dans un verbiage superflu. Quel contraste entre les inexactitudes de l'histoire de Joseph (sourate XII) et le récit admirablement bien conçu de la Genèse. Semblables fautes existent dans des passages descriptifs du Coran. Les liens entre les idées sont extrêmement lâches et la syntaxe trahit une grande maladresse. Les anacoluthes (incohérences ou ruptures dans l'enchaînement des parties d'une phrase) sont fréquentes et ne peuvent pas se justifier par une recherche consciente d'effets stylistiques. De nombreuses phrases commencent par des Quand ou par des Ce jour-là incongrus, si bien que les commentateurs sont forcés d'ajouter des Il en est ainsi ou quelque autre forme d'ellipse. Encore une fois, les répétitions fréquentes et inutiles d'un même mot ou de la même phrase ne témoignent pas d'une grande maîtrise narrative. Par exemple, dans la sourate XVIII, l'expression hatta idha544 est répétée plus de huit fois. En résumé, Muhammad est loin d'être un génie littéraire".
Le jugement de Voltaire.
Le célèbre auteur, symbole des Lumières, a écrit sur l'islam, d'abord par le théâtre, dans son "Mahomet ou le fanatisme" et dans son vaste "Dictionnaire philosophique". Il se livre à une analyse assez superficielle du Coran, qui lui permet de survoler l'islam en général. Il faut se rappeler que pour lui, le fanatisme des chrétiens reste à ce moment la cible principale, et celui des musulmans reste encore un peu lointain. D'une certaine façon, pour lui, évoquer l'islam est encore une manière d'écraser "l'infâme".
(Dictionnaire Philosophique, sv. Alcoran).545
Ce livre gouverne despotiquement toute lAfrique septentrionale du mont Atlas au désert de Barca, toute lÉgypte, les côtes de locéan Éthiopien dans lespace de six cents lieues, la Syrie, lAsie Mineure, tous les pays qui entourent la mer Noire et la mer Caspienne, excepté le royaume dAstracan, tout lempire de lIndoustan, toute la Perse, une grande partie de la Tartarie, et dans notre Europe la Thrace, la Macédoine, la Bulgarie, la Servie, la Bosnie, toute la Grèce, lÉpire et presque toutes les îles jusquau petit détroit dOtrante où finissent toutes ces immenses possessions.
Dans cette prodigieuse étendue de pays il ny a pas un seul mahométan qui ait le bonheur de lire nos livres sacrés ; et très peu de littérateurs parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en faisons presque toujours une idée ridicule malgré les recherches de nos véritables savants.
Voici les premières lignes de ce livre:
« Louanges à Dieu, le souverain de tous les mondes, au Dieu de miséricorde, au souverain du jour de la justice ; cest toi que nous adorons, cest de toi seul que nous attendons la protection. Conduis-nous dans les voies droites, dans les voies de ceux que tu as comblés de tes grâces, non dans les voies des objets de ta colère, et de ceux qui sont égarés. »
Telle est lintroduction, après quoi lon voit trois lettres, A, L, M, qui, selon le savant Sale, ne sentendent point, puisque chaque commentateur les explique à sa manière ; mais selon la plus commune opinion elles signifient, Allah, Latif, Magid, Dieu, la grâce, la gloire.
Mahomet continue, et cest Dieu lui-même qui lui parle. Voici ses propres mots:
« Ce livre nadmet point de doute, il est la direction des justes qui croient aux profondeurs de la foi, qui observent les temps de la prière, qui répandent en aumônes ce que noue avons daigné leur donner, qui sont convaincus de la révélation descendue jusquà toi, et envoyée aux prophètes avant toi. Que les fidèles aient une ferme assurance dans la vie à venir: quils soient dirigés par leur seigneur, et ils seront heureux.
« A légard des incrédules, il est égal pour eux que tu les avertisses on non ; ils ne croient pas: le sceau de linfidélité est sur leur coeur et sur leurs oreilles ; les ténèbres couvrent leurs yeux ; la punition terrible les attend.
« Quelques-uns disent: Nous croyons en Dieu, et au dernier jour ; mais au fond ils ne sont pas croyants. Ils imaginent tromper lÉternel ; ils se trompent eux-mêmes sans le savoir ; linfirmité est dans leur coeur et Dieu même augmente cette infirmité, etc. »
On prétend que ces paroles ont cent fois plus dénergie en arabe. En effet lAlcoran passe encore aujourdhui pour le livre le plus élégant et le plus sublime qui ait encore été écrit dans cette langue.
Nous avons imputé à lAlcoran une infinité de sottises qui ny furent jamais.
Ce fut principalement contre les Turcs devenus mahométans que nos moines écrivirent tant de livres, lorsquon ne pouvait guère répondre autrement aux conquérants de Constantinople. Nos auteurs, qui sont en beaucoup plus grand nombre que les janissaires, neurent pas beaucoup de peine à mettre nos femmes dans leur parti: ils leur persuadèrent que Mahomet ne les regardait pas comme des animaux intelligents ; quelles étaient toutes esclaves par les lois de lAlcoran ; quelles ne possédaient aucun bien dans ce monde, et que, dans lautre, elles navaient aucune part au paradis. Tout cela est dune fausseté évidente ; et tout cela a été cru fermement.
Il suffisait pourtant de lire le second et le quatrième sura ou chapitre de lAlcoran pour être détrompé ; on y trouverait les lois suivantes ; elles sont traduites également par du Ryer qui demeura longtemps à Constantinople, par Maracci qui ny alla jamais, et par Sale qui vécut vingt-cinq ans parmi les Arabes.
Règlements de Mahomet sur les femmes.
I. « Népousez de femmes idolâtres que quand elles seront croyantes. Une servante musulmane vaut mieux que la plus grande dame idolâtre.
II. « Ceux qui font voeu de chasteté ayant des femmes, attendront quatre mois pour se déterminer.
Les femmes se comporteront envers leurs maris comme leurs maris envers elles.
III. « Vous pouvez faire un divorce deux fois avec votre femme ; mais à la troisième, si vous la renvoyez, cest pour jamais ; ou vous la retiendrez avec humanité, ou vous la renverrez avec bonté. Il ne vous est pas permis de rien retenir de ce que vous lui avez donné.
IV. « Les honnêtes femmes sont obéissantes et attentives, même pendant labsence de leurs maris. Si elles sont sages, gardes-vous de leur faire la moindre querelle ; sil en arrive une, prenez un arbitre de votre famille et un de la sienne.
V. « Prenez une femme, ou deux, ou trois, ou quatre, et jamais davantage. Mais dans la crainte de ne pouvoir agir équitablement envers plusieurs, nen prenez quune. Donnez-leur un douaire convenable ; ayez soin delles, ne leur parlez jamais quavec amitié....
VI. « Il ne vous est pas permis dhériter de vos femmes contre leur gré, ni de les empêcher de se marier à dautres après le divorce, pour vous emparer de leur douaire, à moins quelles naient été déclarées coupables de quelque crime.
« Si vous voulez quitter votre femme pour en prendre une autre, quand vous lui auriez donné la valeur dun talent en mariage, ne prenez rien delle.
VII. « Il vous est permis dépouser des esclaves, mais il est mieux de vous en abstenir.
VIII. « Une femme renvoyée est obligée dallaiter son enfant pendant deux ans, et le père est obligé pendant ce temps-là de donner un entretien honnête selon sa condition. Si on sèvre lenfant avant deux ans, il faut le consentement du père et de la mère. Si vous êtes obligé de le confier à une nourrice étrangère, vous la payerez raisonnablement. »
En voilà suffisamment pour réconcilier les femmes avec Mahomet, qui ne les a pas traitées si durement quon le dit. Nous ne prétendons point le justifier ni sur son ignorance, ni sur son imposture ; mais nous ne pouvons le condamner sur sa doctrine dun seul Dieu. Ces seules paroles du sura 122, « Dieu est unique, éternel, il nengendre point, il nest point engendré, rien nest semblable à lui ; » ces paroles, dis-je, lui ont soumis lorient encore plus que son épée.
Au reste, cet Alcoran, dont nous parlons, est un recueil de révélations ridicules et de prédications vagues et incohérentes, mais des lois très bonnes pour le pays où il vivait, et qui sont toutes encore suivies sans avoir jamais été affaiblies ou changées par des interprètes mahométans, ni par des décrets nouveaux.
Mahomet eut pour ennemis non seulement les prêtres de la Mecque, mais surtout les docteurs. Ceux-ci soulevèrent contre lui les magistrats, qui donnèrent décret de prise de corps contre lui, comme dûment atteint et convaincu davoir dit quil fallait adorer Dieu et non pas les étoiles. Ce fut, comme on sait, la source de sa grandeur. Quand on vit quon ne pouvait le perdre, et que ses écrits prenaient faveur, on débita dans la ville quil nen était pas lauteur, ou que du moins il se faisait aider dans la composition de ses feuilles, tantôt par un savant juif, tantôt par un savant chrétien ; supposé quil y eût alors des savants.
Cest ainsi que parmi nous on a reproché à plus dun prélat davoir fait composer leurs sermons et leurs oraisons funèbres par des moines. Il y avait un P. Hercule qui faisait les sermons dun certain évêque ; et quand on allait à ces sermons, on disait: « Allons entendre les travaux dHercule. »
Mahomet répond à cette imputation dans son chapitre xvi, à loccasion dune grosse sottise quil avait dite en chaire, et quon avait vivement relevée. Voici comme il se tire daffaire.
« Quand tu liras le Koran, adresse-toi à Dieu, afin quil te préserve de Satan.... il na de pouvoir que sur ceux qui lont pris pour maître, et qui donnent des compagnons à Dieu.
« Quand je substitue dans le Koran un verset à un autre (et Dieu sait la raison de ces changements), quelques infidèles disent: Tu as forgé ces versets ; mais ils ne savent pas distinguer le vrai davec le faux: dites plutôt que lEsprit saint ma apporté ces versets de la part de Dieu avec la vérité.... Dautres disent plus malignement: « Il y a un certain homme qui travaille avec lui à composer le Koran ; » mais comment cet homme à qui ils attribuent mes ouvrages pourrait-il menseigner, puisquil parle une langue étrangère, et que celle dans laquelle le Koran est écrit, est larabe le plus pur? »
Celui quon prétendait travailler avec Mahomet était un juif nommé Bensalen ou Bensalon. Il nest guère vraisemblable quun juif eût aidé Mahomet à écrire contre les juifs ; mais la chose nest pas impossible. Nous avons dit depuis que cétait un moine qui travaillait à lAlcoran avec Mahomet. Les uns le nommaient Bohaïra, les autres Sergius. Il est plaisant que ce moine ait eu un nom latin et un nom arabe.
Quant aux belles disputes théologiques qui se sont élevées entre les musulmans, je ne men mêle pas, cest au muphti à décider.
Cest une grande question si lAlcoran est éternel ou sil a été créé ; les musulmans rigides le croient éternel.
On a imprimé à la suite de lhistoire de Chalcondyle le Triomphe de la croix ; et dans ce Triomphe il est dit que lAlcoran est arien, sabellien, carpocratien, cerdonicien, manichéen, donatiste, origénien, macédonien, ébionite. Mahomet nétait pourtant rien de tout cela ; il était plutôt janséniste ; car le fond de sa doctrine est le décret absolu de la prédestination gratuite.
Section II.
Cétait un sublime et hardi charlatan que ce Mahomet, fils dAbdalla. Il dit dans son dixième chapitre: « Quel autre que Dieu peut avoir composé lAlcoran? On crie: « Cest Mahomet qui a forgé ce livre. » Eh bien ; tâchez décrire un chapitre qui lui ressemble, et appelez à votre aide qui vous voudrez. » Au dix-septième il sécrie: « Louange à celui qui a transporté pendant la nuit son serviteur du sacré temple de la Mecque à celui de Jérusalem! » Cest un assez beau voyage, mais il napproche pas de celui quil fit cette nuit même de planète en planète, et des belles choses quil y vit.
Il prétendait quil y avait cinq cents années de chemin dune planète à une autre, et quil fendit la lune en deux. Ses disciples, qui rassemblèrent solennellement des versets de son Koran après sa mort, retranchèrent ce voyage du ciel. Ils craignirent les railleurs et les philosophes. Cétait avoir trop de délicatesse. Ils pouvaient sen fier aux commentateurs, qui auraient bien su expliquer litinéraire. Les amis de Mahomet devaient savoir par expérience que le merveilleux est la raison du peuple. Les sages contredisent en secret, et le peuple les fait taire. Mais en retranchant litinéraire des planètes, on laissa quelques petits mots sur laventure de la lune, on ne peut pas prendre garde à tout.
Le Koran est une rapsodie sans liaison, sans ordre, sans art ; on dit pourtant que ce livre ennuyeux est un fort beau livre ; je men rapporte aux Arabes, qui prétendent quil est écrit avec une élégance et une pureté dont personne na approché depuis. Cest un poème, ou une espèce de prose rimée, qui contient six mille vers. Il ny a point de poète dont la personne et louvrage aient fait une telle fortune. On agita chez les musulmans si lAlcoran était éternel, ou si Dieu lavait créé pour le dicter à Mahomet. Les docteurs décidèrent quil était éternel ; ils avaient raison, cette éternité est bien plus belle que lautre opinion. Il faut toujours avec le vulgaire prendre le parti le plus incroyable.
Les moines qui se sont déchaînés contre Mahomet, et qui ont dit tant de sottises sur son compte, ont prétendu quil ne savait pas écrire. Mais comment imaginer quun homme qui avait été négociant, poète, législateur et souverain, ne sût pas signer son nom? Si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il était fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. Il faut avouer quil retira presque toute lAsie de lidolâtrie. Il enseigna lunité de Dieu ; il déclamait avec force contre ceux qui lui donnent des associés. Chez lui lusure avec les étrangers est défendue, laumône ordonnée. La prière est dune nécessité absolue ; la résignation aux décrets éternels est le grand mobile de tout. Il était bien difficile quune religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjuguât pas une partie de la terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par lépée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusquaux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à lislamisme.
Mahomet laissa dans sa loi beaucoup de choses quil trouva établies chez les Arabes ; la circoncision, le jeûne, le voyage de la Mecque qui était en usage quatre mille ans avant lui ; des ablutions si nécessaires à la santé et à la propreté dans un pays brûlant où le linge était inconnu ; enfin lidée dun jugement dernier que les mages avaient toujours établie, et qui était parvenue jusquaux Arabes. Il est dit que comme il annonçait quon ressusciterait tout nu, Aishca sa femme trouva la chose immodeste et dangereuse: « Allez, ma bonne, lui dit-il, on naura pas alors envie de rire. Un ange, selon le Koran, doit peser les hommes et les femmes dans une grande balance. Cette idée est encore prise des mages. Il leur a volé aussi leur pont aigu, sur lequel il faut passer après la mort, et leur jannat, où les élus musulmans trouveront des bains, des appartements bien meublés, de bons lits, et des houris avec de grands yeux noirs. Il est vrai aussi quil dit que tous ces plaisirs des sens, si nécessaires à tous ceux qui ressusciteront avec des sens, napprocheront pas du plaisir de la contemplation de lÊtre suprême. Il a lhumilité davouer dans son Koran que lui-même nira point en paradis par son propre mérite, mais par la pure volonté de Dieu. Cest aussi par cette pure volonté divine quil ordonne que la cinquième partie des dépouilles sera toujours pour le prophète.
Il nest pas vrai quil exclue du paradis les femmes. Il ny a pas dapparence quun homme aussi habile ait voulu se brouiller avec cette moitié du genre humain qui conduit lautre. Abulfeda rapporte quune vieille limportunant un jour, en lui demandant ce quil fallait faire pour aller au paradis: « Mamie, lui dit-il, le paradis nest pas pour les vieilles. » La bonne femme se mit à pleurer, et le prophète, pour la consoler, lui dit: « Il ny aura point de vieilles, parce quelles rajeuniront. » Cette doctrine consolante est confirmée dans le cinquante-quatrième chapitre du Koran.
Il défendit le vin, parce quun jour quelques-uns de ses sectateurs arrivèrent à la prière étant ivres. Il permit la pluralité des femmes, se conformant en ce point à lusage immémorial des Orientaux.
En un mot, ses lois civiles sont bonnes ; son dogme est admirable en ce quil a de conforme avec le nôtre mais les moyens sont affreux ; cest la fourberie et le meurtre.
On lexcuse sur la fourberie, parce que, dit-on, les Arabes comptaient avant lui cent vingt-quatre mille prophètes, et quil ny avait pas grand mal quil en parût un de plus. Les hommes, ajoute-t-on, ont besoin dêtre trompés. Mais comment justifier un homme qui vous dit « Crois que jai parlé à lange Gabriel, ou paye-moi un tribut? »
Combien est préférable un Confucius, le premier des mortels qui nont point eu de révélation ; il nemploie que la raison, et non le mensonge et lépée. Vice-roi dune grande province, il y fait fleurir la morale et les lois: disgracié et pauvre, il les enseigne il les pratique dans la grandeur et dans labaissement ; il rend la vertu aimable ; il a pour disciple le plus ancien et le plus sage des peuples.
Le comte de Boulainvilliers, qui avait du goût pour Mahomet, a beau me vanter les Arabes, il ne peut empêcher que ce ne fût un peuple de brigands ; ils volaient avant Mahomet en adorant les étoiles ; ils volaient sous Mahomet au nom de Dieu. Ils avaient, dit-on, la simplicité des temps héroïques ; mais quest-ce que les siècles héroïques? cétait le temps où lon ségorgeait pour un puits et pour une citerne, comme on fait aujourdhui pour une province.
Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de lenthousiasme. Rien nest plus terrible quun peuple qui, nayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion.
Il est vrai quil ny avait pas beaucoup de finesse dans leurs procédés. Le contrat du premier mariage de Mahomet porte « quattendu que Cadisha est amoureuse de lui, et lui pareillement amoureux delle, on a trouvé bon de les conjoindre. » Mais y a-t-il tant de simplicité à lui avoir composé une généalogie, dans laquelle on le fait descendre dAdam en droite ligne, comme on en a fait descendre depuis quelques maisons dEspagne et dÉcosse? LArabie avait son Moreri et son Mercure galant.
Le grand prophète essuya la disgrâce commune à tant de maris ; il ny a personne après cela qui puisse se plaindre. On connaît le nom de celui qui eut les faveurs de sa seconde femme, la belle Aishca ; il sappelait Assan. Mahomet se comporta avec plus de hauteur que César, qui répudia sa femme, disant quil ne fallait pas que la femme de César fût soupçonnée. Le prophète ne voulut pas même soupçonner la sienne ; il fit descendre du ciel un chapitre du Koran, pour affirmer que sa femme était fidèle. Ce chapitre était écrit de toute éternité, aussi bien que tous les autres.
On ladmire pour sêtre fait, de marchand de chameaux, pontife, législateur, et monarque ; pour avoir soumis lArabie, qui ne lavait jamais été avant lui, pour avoir donné les premières secousses à lempire romain dorient et à celui des Perses. Je ladmire encore pour avoir entretenu la paix dans sa maison parmi ses femmes. Il a changé la face dune partie de lEurope, de la moitié de lAsie, de presque toute lAfrique, et il sen est bien peu fallu que sa religion nait subjugué lunivers.
A quoi tiennent les révolutions ; un coup de pierre un peu plus fort que celui quil reçut dans son premier combat, donnait une autre destinée au monde.
Son gendre Ali prétendit que quand il fallut inhumer le prophète, on le trouva dans un état qui nest pas trop ordinaire aux morts et que sa veuve Aishca sécria: « Si javais su que Dieu eût fait cette grâce au défunt, jy serais accourue à linstant. » On pouvait dire de lui: Decet imperatorem stantem mori.
Jamais la vie dun homme ne fut écrite dans un plus grand détail que la sienne. Les moindres particularités en étaient sacrées ; on sait le compte et le nom de tout ce qui lui appartenait, neuf épées, trois lances, trois arcs, sept cuirasses, trois boucliers, douze femmes, un coq blanc, sept chevaux, deux mules, quatre chameaux, sans compter la jument Borac sur laquelle il monta au ciel ; mais il ne lavait que par emprunt, elle appartenait en propre à lange Gabriel.
Toutes ses paroles ont été recueillies. Il disait que « la jouissance des femmes le rendait plus fervent à la prière. » En effet, pourquoi ne pas dire benedicite et grâces au lit comme à table? une belle femme vaut bien un souper. On prétend encore quil était un grand médecin ; ainsi il ne lui manqua rien pour tromper les hommes.
Le Coran analysé par un historien français du XIXème siècle.
(V. Duruy, Histoire du Moyen-Âge II 6).546
Le Coran est la réunion de tous les versets tombés, selon l'occasion, de la bouche du prophète, et recueillis dans une première édition par les ordres du khalife Abou-Bekre, et dans une seconde par ceux du khalife Othman. Lincohérence et les contradictions nombreuses indiquent le mode de sa formation. Il se compose de 114 chapitres ou surates, subdivisés en versets. Ces versets, qui contiennent tous les préceptes de la morale islamite, sont inscrits par les musulmans sur les murs de leurs mosquées, sur leurs bannières, leurs monuments.
Ce qui caractérise le Coran, c'est une simplicité générale et même une certaine stérilité d'imagination. On y retrouve bien la chaude hyperbole et l'image forte de l'Orient, mais par traits rares et rapides, sans aucune trace de l'exubérance indienne ni de l'abondance d'imagination des races européennes. Cela se voit dans le fond même du dogme qui est tout dans ces mots : « Dieu seul est Dieu, et Mahomet est son prophète. » À côté d'Allah, Dieu unique, tout-puissant créateur, le Coran n'admet aucune divinité inférieure ; dans Allah, il n'admet point la pluralité des personnes, et il rejette toute idée d'un Dieu fait homme. Il ensei- gne seulement que Dieu s'est révélé aux hommes par une série de prophètes dont Mahomet est le dernier et le plus complet : ceux qui l'ont précédé sont Adam, Noé, Abraham, Moïse et le Christ. Il admet aussi les anges, messagers de Dieu auprès des prophètes. Mahomet reconnaissait que le Christ avait eu le don des miracles, mais lui-même avouait qu'il ne l'avait point reçu. Les infidèles disent : « Nous ne te croirons pas, à moins que tu ne fasses jaillir de la terre une source d'eau vive, qu'un fragment du ciel ne tombe sur nous ou que tu n'amènes Dieu et les anges comme garants de ta parole... Réponds-leur: Louanges à Dieu, suis-je donc autre chose qu'un homme et un apôtre! »
Le Coran admet l'immortalité de l'âme sans oser décider quelle est sa nature : « Lâme est une chose dont la connaissance est réservée à Dieu. Il n'est accordé à l'homme de posséder
qu'une bien faible part de science. » Il admet aussi la résurrection des corps et la participation de cette portion de notre être aux joies et aux souffrances d'une vie future. Mounkir et Nebir, anges noirs aux yeux bleus, interrogent les morts ; Gabriel pèse leurs actions dans une balance assez vaste pour contenir le ciel et la terre. Les ressuscités sont conduits vers le pont al Sirat, plus étroit qu'un cheveu, plus effilé que le tranchant d'une épée. Les coupables ne le peuvent franchir ; ils tombent dans l'enfer qui s'étend au-dessous, et où les moins criminels ont aux pieds des souliers de feu, qui font bouillir leurs crânes comme des chaudières. Pour les vrais croyants, ils traversent l'abîme aussi vite que l'éclair et vont habiter les jardins du septième ciel ou le paradis. Là ils trouvent des bosquets éternellement verts et pleins de fraîcheur, des pavillons de nacre, de rubis, d'hyacinthe, des eaux limpides coulant dans l'ambre jaune, les diamants et les émeraudes, de riches tapis de soie ; des fleurs, des parfums, des repas exquis, des nymphes immortelles, aux yeux noirs. Tel est le paradis sensuel que Mahomet proposait à la masse des fidèles musulmans, mais il mettait bien au-dessus les joies spirituelles : « Le plus favorisé de Dieu sera celui qui verra sa face soir et matin, félicité qui surpassera tous les plaisirs des sens, comme l'Océan l'emporte sur une perle de rosée. »
Cette doctrine des peines et des récompenses dans la vie future suppose la liberté morale de l'homme, puisque Dieu ne peut récompenser ou punir que ceux qui ont été libres de choisir entre le bien et le mal. Mahomet cependant enseigna le dogme contraire de la prédestination, qui anéantit cette liberté, en déclarant l'homme prédestiné de toute éternité au bien ou au mal. Mais cette croyance lui était un Puissant auxiliaire. Pourquoi éviter les périls ou la mort, si tout est écrit d'avance, si le sort de chacun est réglé par une volonté immuable? Alors le musulman, poussé par sa passion qu'il appelait l'esprit de Dieu, courait à l'ennemi, à la victoire, à la conquête du monde, comme aujourd'hui, qu'il a perdu son enthousiasme guerrier, il s'assoit calme et résigné, en face de l'incendie qui dévore ses villes, de la peste qui décime son peuple, et de la civilisation chrétienne qui ébranle et ferait crouler son empire, si elle n'avait intérêt à le conserver.
La loi religieuse des Arabes, comme celle des juifs, est aussi une loi civile, et le Coran est en même temps le livre sacré et le code des musulmans. Mahomet modifia l'état de la famille arabe. Il releva la condition de la femme. Les filles n'héritaient pas : il leur assigna la moitié de la part de leur frère. Tout en maintenant l'autorité de l'époux, il lui ordonna d'être pour la femme un protecteur plein d'égards. S'il laissa subsister la polygamie, pour ne pas trop heurter les murs de l'Orient, il conseilla, comme un acte louable, de se borner à une seule épouse. La femme est encore relevée comme mère : « Un fils gagne le paradis aux pieds de sa mère. » Lenfant est protégé, et le Coran proscrit l'affreuse coutume qui permettait aux parents d'enterrer leurs filles vivantes. S'il ne prononce pas l'abolition de l'esclavage, du moins, il règle les obligations des maîtres à l'égard de leurs esclaves, et leur présente l'affranchissement comme un acte agréable à Dieu.
Le Coran porte des peines sévères contre le vol, l'usure, la fraude, le faux témoignage, et prescrit les aumônes.
Il règle avec sévérité les pratiques du, culte : le jeûne du Rhamadan ; l'observation des quatre mois sacrés, coutume ancienne qui suspendait, par une sorte de trêve de Dieu, les hostilités des fidèles entre eux ; le grand pèlerinage annuel à La Mecque, où Mahomet avait installé le siège du nouveau culte, afin de ne point faire une révolution dans les habitudes des Arabes et de les tourner au contraire au profit de l'islamisme, les cinq prières par jour, obligation assez pénible pour que le faux prophète Moseilama ait pu s'attirer beaucoup de sectateurs par l'exemption d'une de ces prières. Les ablutions, soit avec l'eau, soit avec le sable fin du désert si l'eau manquait, la circoncision, la privation du vin, de la chair de porc, mesure d'hygiène, sont aussi des prescriptions du Coran.
« Les croyants sont tous frères, » dit-il encore. Mais aussi tous ceux qui ne croient pas sont ennemis. Il y a cependant une distinction capitale établie entre les chrétiens, les juifs, tous les infidèles enfin qui croient en un seul dieu et au jugement dernier, et les idolâtres, les apostats, les schismatiques. Les premiers, il suffit de ne point s'alher avec eux par le sang, et l'on ne doit les combattre que s'ils provoquent. Quant aux autres, c'est le devoir de tout bon musulman de les attaquer, de les poursuivre, de les tuer s'ils n'embrassent pas la religion du prophète. « Ô croyants! ne vous liez point avec les chrétiens et les Juifs. - Malheur au musulman qui reste à son foyer plutôt que d'aller combattre! il n'évitera pas la mort, car le terme de sa vie est fixé. » Redouterait- il la chaleur brûlante dans les combats? « Lenfer est plus brûlant que les feux de l'été. » Songerait-il à fuir? « Le paradis est devant vous et derrière vous les flammes de l'enfer. »
Ces préceptes, ces espérances, ces menaces furent des ressorts puissants qui lancèrent les Arabes, le sabre à la main, dans toutes les directions.
Chapitre 43
Anatomie d'une mission
Dès le début, la prophétie contient lexhortation à la conversion des autres547. Muhammad commence son apostolat548 dans le cadre de sa famille proche, puis de quelques amis. Le mouvement reste discret et ne trouve pas encore la société des Quraysh de la Mecque. Si l'on suit le texte du Corpus coranique, c'est le milieu de réception principal des paroles proférées, au coeur de la tribu, et non l'ensemble de l'humanité, comme s'acharnera à le montrer la Tradition Islamique beaucoup plus tard.
§ 256. Vue densemble.
Musulmans et infidèles ont tenté de définir, et parfois comprendre le phénomène dune révélation qui est en même temps un prédication, un oracle qui est une mission, et tout ceci en simultané, et en pleine confusion. Les premiers nont pas de mots assez forts pour vanter le grandiose de la démarche, tandis que les seconds laissent sexprimer leur perplexité ou leur ironie.
De la difficulté dêtre prophète.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 155).
Alors la révélation vint en entier à lenvoyé pour quil croit en lui et en son message. Il la reçut volontiers, et lassuma quelle entraine de la part des hommes de la sympathie ou de la haîne. La prophétie est un fardeau qui provoque des difficultés, et seuls des messagers forts et résolus peuvent la porter, avec laide et la grâce dAllah, à cause de lopposition quils rencontrent de la part des hommes dans la transmission du message. Lenvoyé porta les messages dAllah en dépit de lopposition et des mauvais traitements quil reçut.
Résumé par ibn Khaldun.
(Peuples et Nations du Monde 309).549
Khadija crut en lui et en sa sincérité. Elle lui prodigua son soutien. Puis il lui fut demandé de faire la prière. Gabriel lui montra comment se purifier, exécuta une prière devant lui et lui en indiqua tous les actes. Puis il y eut le voyage nocturne de la Mecque à Jérusalem, et de la Terre au septième ciel et au Lotus de la limite, où Allah lui fit des révélations particulières. Ensuite son cousin Ali, fils d'Abu Talib, crut en lui. Ali vivait sous sa tutelle, alors que son frère Jafar, l'aîné des enfants d'Abu Talib était élevé par al Abbas, à la suite d'une disette qui avait frappé les Quraysh. Ali s'était donc converti à l'islam alors qu'il vivait sous le toit du prophète. Il priait avec lui dans les ravins, en se dissimulant de son père. Lorsque celui-ci les surprit, l'envoyé d'Allah l'invita à l'islam. Abu Tâlib lui répondit:
- Je ne puis abandonner ma religion et la religion de mes ancêtres. Mais, tant que je vivrai, tu n'auras rien à craindre. Il dit à Ali :
- Ne te sépare pas de lui, car il n'invite qu'au bien.
La première personne qui se convertit donc à l'islam fut Khadija, fille de Khuwaylid, fils d'Asad, fils de Abd al Uzza ; puis il y eut Abu Bakr et Ali ibn Abu Talib, comme nous l'avons mentionné, puis Zayd ibn Haritha, l'affranchi550 de l'envoyé dAllah, Bilal ibn Hawama, l'affranchi d'Abu Bakr, puis Urnar ibn Anbasa as-Sulamî et Khalid ibn Salîd ibn al As ibn Umayya. Puis tout un groupe de Quraysh se convertit, que Allah choisit entre tous pour qu'ils fussent les compagnons du prophète et pour beaucoup dentre eux, il témoigna qu'ils iraient au paradis.
Jugement chrétien sur lapostolat de Muhammad.
(Jean de Damas, Sur les Hérésies 100, 1).551
A partir de cette époque, et jusquà nos jours, un faux prophète, du nom de Mamed, sest levé parmi eux, qui, après avoir pris connaissance, par hasard, de lAncien et du Nouveau Testament, et, de même, fréquenté vraisemblablement un moine arien552, fonda sa propre hérésie. Après sêtre concilié la faveur du peuple en simulant la piété, il insinue quune Ecriture venue du ciel lui a été révélée par Dieu. Ayant rédigé dans son livre quelques doctrines risibles, il leur transmet cette façon dadorer Dieu.
Conception chrétienne de la prophétie de Muhammad.
(Chronique de Zuqnin 154) . 553
Le premier roi fut un homme de chez eux, du nom de Muhammad. Cet homme, ils lappelaient prophète, parce quil les avait détournés de toutes sortes de cultes et leur avait appris quil ny avait quun seul dieu, origine de la création.
La version d'Abraham de Tibérias.
(Correspondance d'al Kindi).554
Ensuite, comme elle l'avait enhardit par sa richesse, son esprit s'emporta jusqu'à revendiquer la domination et le pouvoir sur son propre clan et sur les gens de son pays.... Comme il était désespéré de ce que son esprit lui avait dit de faire, il se proclama prophète, disant qu'il était envoyé par le seigneur des mondes.... Ceci était dû en fait à un homme qui lui dictait des choses, dont vous trouvez le nom et l'histoire à un autre endroit du livre...
Le retour du merveilleux.
(ibn Sad, Tabaqat I 132).
Quand la mission de Muhammad commença, les génies furent expulsés et bombardés détoiles. Avant cela, ils écoutaient les mots prononcés dans les cieux, et chaque groupe de génies, avait un endroit où sasseoir à cette fin...
§ 257. La prise de conscience: Waraqa.
Cest un chrétien de la Mecque555, de la famille de Khadija, qui aurait rassuré Muhammad sur sa mission. Par chance pour la nouvelle doctrine, le personnage a le bon goût de disparaître vite pour laisser Muhammad libre de létablir, au point que on sinterroger sur sa véritable réalité : un fantôme de plus dans la biographie du personnage?
La tradition a tout fait pour l'occulter et de nos jours, peu de musulmans connaissent Waraqa ibn Nawfal. Cest pourtant un prodromos, un éclaireur, comme Jean le Baptiste dans la naissance du christianisme. Des indices pourraient aussi étayer la thèse dun Waraqa manichéen556.
Le conseil du chrétien Waraqa.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 67-8).
Khadidja se rendit auprès de Waraqa ibn Nawfal, qui était un savant chrétien, vivant à la Mecque dans la religion de Jésus et pratiquant le culte dAllah. Il avait lu beaucoup de livres, connaissait l'Évangile et savait que le temps était venu où un prophète devait paraître. Khadidja lui dit :
-N'as-tu trouvé nulle part dans les anciens livres le nom de Gabriel, et sais-tu ce que c'est que Gabriel?
Waraqa dit :
-Pourquoi fais-tu cette demande? Khadidja lui fit le récit de ce qui était arrivé à Muhammad, du commencement à la fin.
Waraqa dit:
-Gabriel est le grand namus557 , l'ange qui est l'intermédiaire entre Allah et les prophètes, qui leur apporte les messages dAllah. C'est lui qui est venu trouver Moïse, ainsi que Jésus ; et si ce que tu racontes est vrai, Muhammad, ton mari, est le prophète qui doit être suscité à la Mecque, au milieu des Arabes, et dont il est fait mention dans les Écritures.
Waraqa demanda encore:
-Ne lui a-t-il donné aucun ordre? Lui a-t-il dit d'appeler les hommes à Allah?
Khadija lui récita la sourate Iqra558 .
Waraqa dit :
-S'il lui avait ordonné d'appeler les hommes à Allah, le premier qui lui aurait répondu et qui aurait cru en lui, ç'aurait été moi ; car depuis de longues années je l'attends.
(Masudi, Praries d'Or 145).
Un autre personnage de l'Intervalle559 fut Waraqa ibn Nawfal ibn Asad ibn Abd al Uzza ibn Qusayy, cousin germain de Khadija bint Khuwaylid, l'épouse du Prophète. Il avait lu les Écritures, recherché la science et rejeté le culte des idoles. Il annonça à Khadija la venue du prophète, lui prédit qu'il serait le prophète de cette nation et serait accueilli par des persécutions et l'incrédulité. Par la suite, il rencontra le prophète et lui dit :
-Fils de mon frère, persévère dans ton action ; j'en atteste par celui qui tient l'âme de Waraqa entre ses mains, tu es le prophète de cette nation ; tu seras persécuté, traité de menteur, chassé et combattu. Puissé-je voir ce jour, et Allah sait si je soutiendrai sa cause.
Cependant le cas del Waraqa a donné lieu à des opinions divergentes: les uns prétendent qu'il mourut chrétien avant la venue du prophète et par conséquent dans l'impossibilité de l'aider ; d'autres le font mourir musulman et citent ce vers qu'il aurait composé à la louange du prophète :
Plein dindulgence et de pardon,
Il ne rend jamais le mal quon lui fait ;
il réprime sa colère et son ressentiment
quand on linsulte.
(Az Zuhri G).560
Alors elle me conduisit auprès de Waraqa ibn Nawfal ibn Asad. Et dit: Écoute le fils de ton frère. Il m'interrogea et je lui contai mon aventure. Il dit :
-C'est le namus descendu autrefois sur Musa ibn Imran561 . Que ne suis-je jeune! Que ne puis-je espérer être en vie au moment où ta tribu te chassera.
Je dis:
-Ils vont me chasser?
Il dit:
-Aucun homme n'a jamais apporté ce que tu apportes sans se voir traité en ennemi. Si ton jour m'avait touché, je t'aurais aidé de tout mon courage.
(Bukhari, Sahih 1/3).
Ensuite Khadija emmena Muhammad chez Waraqa. Cet homme, qui était le cousin paternel de Khadidja, avait embrassé le christianisme aux temps antéislamiques. Il savait tracer les caractères hébraïques, et avait copié en hébreu toute la partie de l'Évangile quAllah avait voulu qu'il transcrivît562 . A cette époque il était âgé et était devenu aveugle:
-Ô mon cousin, lui dit Khadidja, écoute ce que va te dire le fils de ton frère.
-Ô fils de mon frère, répondit Waraqa, de quoi s'agit-il ?
Le prophète raconta alors ce qu'il avait vu.
-Cet ange, dit Waraqa, c'est le confident que Allah a envoyé autrefois à Moïse. Plût à Allah que je fusse jeune en ce moment! Ah! que je voudrais être encore vivant à l'époque où tes concitoyens te banniront!
-Ils me chasseront donc, s'écria le prophète?
-Oui, reprit Waraqa. Jamais un homme n'a apporté ce que tu apportes sans être persécuté! Si je vis encore ce jour-là, je taiderai de toutes mes forces.
Après cela Waraqa ne tarda pas à mourir, et la révélation fut interrompue563 .
La mission.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 68).
Khadidja retourna à la maison et trouva Muhammad endormi sous le manteau. Alors Gabriel revint, s'annonçant à Muhammad par un bruit, et dit:
-Lève-toi, toi qui es couvert d'un manteau.
Muhammad répliqua :
-Me voilà levé, que dois-je faire?
Gabriel dit :
-Lève-toi et avertis les hommes et appelle-les à Allah ; ton Seigneur, glorifie-le par la vertu ; tes vêtements, tiens-les purs, c'est-à-dire purifie ton cur du doute ; fuis l'abomination, c'est-à-dire le mensonge, en dissimulant ta mission aux hommes ; ne donne pas pour amasser des récompenses, et endure pour ton seigneur les mauvais traitements des hommes. Dans ces paroles, Allah a résumé pour le prophète la prophétie, la prière, la religion, la pureté, la foi, la libéralité, le bon naturel et la persévérance, toutes les parties de la religion et les qualités de la fonction prophétique.
§ 258. La prédication pro domo.564
Lactivité du missionnaire565 commence très peu de temps après les premiers troubles. Muhammad ressent lordre de transmettre. Il sest aperçu quil est facile de circonvenir son entourage, et que lon peut aller plus loin, et prendre une belle revanche sur un destin social trop sombre.
Les premiers convertis566 appartiennent au cercle familial: sa femme, sur qui il peut enfin avoir lascendant, son neveu et son affranchi. Il est à noter que lordre chronologique des conversions a été très tôt un sujet de contreverses dans la tradition musulmane, cet ordre justifiant laccès de telle ou telle famille au pouvoir, et plus largement, dattribuer des pensions567 à tel ou tel. Lavidité et lambition politique ont suscité nombre de ces histoires568.
Pourtant, ces compagnons569 ont un grand rôle: ils sont une source dinspiration pour la doctrine, en complément du personnage du chef, par leur comportement ou leurs paroles570 .
Avant même lexposé de la théologie, qui restera de toute façon sommaire dans cette période, cest avant tout la question de la soumission à Muhammad et à lapprentissage des rites qui constitue la première étape pour les nouveaux convertis, avant même tout exposé théologique. A ce moment du processus, la personne de Muhammad est la seule référence possible pour les nouveaux convertis. La notion de divinité est encore trop floue pour susciter un attachement véritable; nous sommes en présence d'un phénomène purement sectaire, qui vise un public restreint. Les échecs successifs de Muhammad donnent lieu à un élargissement de l'audience ciblée, mais jamais cette activité n'aura du vivant de celui-ci une portée universelle. S'il y a bien une leçon à retenir de cette période, c'est bien l'acharnement prodigieux du chef à vouloir répandre ses convictions et imposer son pouvoir.
(Jurjani, Livre des Définitions 163).
al ashab.
Les compagnons du prophète.
Le compagnon, homme ou femme est celui qui a vu le messager dAllah ou qui sest assis à côté de lui tout en lui étant fidèle.
(Jurjani, Livre des Définitions 928).
al sahabi.
Le compagnonnage, le compagnon.
Dans la tradition571, cest toute personne qui a vu le prophète et qui a vécu un certain temps en sa compagnie572, même si elle na rien rapporté à ce sujet; on dit aussi: même si elle na pas vécu longtemps en sa compagnie.
1. Conversion de Khadidja.
La femme de Muhammad est présentée comme son soutien inconditionnel dans les premiers temps573 . Sans tarder, elle est convertie, exclusivement par lobéissance aux rites574 . Cest la dernière occasion pour elle de sexprimer. Ensuite, elle reste en retrait jusquà sa mort: la patronne, la femme responsable et active sest soumise et elle disparaît à l'instant même.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 68).
Ensuite le prophète rejeta le manteau dont il était couvert, et se leva. Khadidja lui dit :
-Ô Abul Qasim575, pourquoi ne dors-tu pas pour te reposer?
Il répondit:
-C'en est fait pour moi du sommeil et du repos. Gabriel est venu et m'a ordonné de transmettre le message d'Allah576 aux hommes, et de pratiquer la prière et l'adoration.
Khadija, remplie de joie, se leva et dit:
-Ô envoyé d'Allah, que t'a ordonné Gabriel?
Muhammad dit :
-Il me recommande d'appeler les hommes à Allah. Mais qui appelerai-je, qui me croira?
Khadidja dit :
-Tu peux au moins m'appeler, moi, avant tous les autres hommes ; car je crois en toi577 .
Le prophète fut très heureux, présenta la formule de foi à Khadija, et Khadija crut.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 155).
Khadija crut en lui et accepta comme vrai ce quil apporta dAllah, et laida dans son travail. Elle fut la première à croire en Allah et son envoyé et dans la vérité du message. Par elle, Allah a allégé le fardeau du prophète. Sil rencontrait de la contradiction et des accusations de mensonge, qui lattristait, Allah le réconfortait par elle quand il rentrait à la maison. Elle le renforça, allégea son fardeau, proclama sa vérité, et réduisit lopposition des hommes. QuAllah tout puissant ait pitié delle.
2. Enseignement des rites.
La soumission commence par des rites, des gestes précis, ordonnés, répétitifs: les placer ainsi au tout début de la révélation leur donne un statut dautorité absolu. La Tradition Islamique a voulu insister sur le caractère profondément ritualiste de la religion musulmane, sans doute à des fins pédagogiques.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois III 68).
Gabriel étant présent dit au prophète:
-Demande de l'eau, afin que je t'enseigne les ablutions578 , la manière de laver les mains, et la prière, pour que tu saches comment tu dois adorer Allah.
Le prophète demanda de l'eau, et Gabriel lui montra l'ablution des mains, et lui indiqua la façon de prier ; ensuite il se plaça devant lui et dit :
-Nous allons prier. Il fit deux rak'at579, et le prophète les répéta après lui, et Khadija après le prophète.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 157).
Lenvoyé reçut lordre de prier, alors il pria (...) Quand la prière fut pour la première fois imposée à lenvoyé, cétait avec deux prostrations par prière ; puis Allah a montré le nombre à quatre dans la maison, mais en voyage, le nombre habituel est resté à deux.
(Malik, Muwatta 1/1).
ibn Shihab a rapporté que Omar ibn Abdel-Aziz avait un jour retardé la prière de l'asr. Urwa ibn al Zubayr se rendit chez lui et lui raconta que al Mughira ibn Shu'ba avait retardé pour un jour la prière, alors qu'il se trouvait à Kufa; Abu Massud Al Ansari entra chez lui et dit:
-« Que signifie cela ô Mughira ? Ne savais-tu pas que Gabriel descendit du ciel, fit la prière du midi et l'envoyé d'Allah la fit également, puis Gabriel fit la prière de l'asr et l'envoyé d'Allah la fit, puis Gabriel fit la prière du coucher du soleil et l'envoyé d'Allah la fit également puis Gabriel fit la prière du soir et l'envoyé d'Allah la fit également, puis Gabriel fit la prière de l'aube et l'envoyé d'Allah la fit.
Par suite Gabriel dit:
-« voilà ce qui t'est ordonné ».
Et Omar ibn Abdel-Aziz répondit:
-« Assure-toi mieux sur ce que tu rapportes ô Urwa ! Est-ce Gabriel qui a indiqué les moments de la prière à l'Envoyé d'Allah ? ».
Urwa répliqua:
-« Je ne fais qu'une répétition de ce que Bachir ibn Abu Masud al Ansari a rapporté d'après son père ».
(ibn Kubayr).580
Alors Gabriel apparut au prophète quand la prière fut ordonnée, et il vida un endroit dans la vallée avec son talon, pour qu'une source d'eau vive surgisse. Gabriel fit l'ablution tandis que Muhammad le regardait. Il se lava le visage, se rinça la bouche, mit de l'eau dans ses nairnes, s'essuya la tête, les oreilles, les jambes jusqu'aux chevilles, aspergea son sexe581. puis il se releva, fit deux inclinaisons de prière, et se prosterna quatre fois visage à terre.
Le prophète revint, Allah l'avait rafraichi, et son esprit était en repos, parce que ce qu'il désirait lui venait d'Allah.
Il prit Khadija par la main et l'emmena voir la source, et il fit l'ablution comme Gabriel lui avait montré. Il fit les deux inclinaisons et les quatre prosternations. Enfin ils prièrent tous les deux582 .
Les premières ablutions.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 158).
... quand la première ablution fut imposée à lenvoyé, Gabriel vint à lui alors quil était sur les hauteurs de la Mecque et creusa un trou avec son talon sur le côté de la vallée, doù une fontaine a surgi et Gabriel pratiqua lablution rituelle pour que lenvoyé le voit. Cétait pour quil lui montre comment se purifier avant la prière. Alors lenvoyé pratiqua lablution rituelle comme il avait vu faire Gabriel. Puis Gabriel fit une prière avec lui alors que lenvoyé faisait sa prière. Lenvoyé alla voir Khadidja et pratiqua le rituel comme Gabriel lavait fait pour lui, et elle limita. Alors il pria comme Gabriel avait prié pour lui, et elle fit sa prière.
3. Conversion dAli.
Ali583 ibn Abu Talib est le neveu puis le gendre de Muhammad par son mariage avec Fatima. Il serait un des plus anciens convertis, dès son enfance. Mais tout ce qui a trait à son action est sujet à caution, parce que les sources subissent très tôt les conséquences des luttes féroces entre sunnites et shiites et à la fin, rien de sûr ne peut être dit de lui, du fait de ces considérables déformations partisanes.
Tous s'accordent du moins à reconnaître sa fidélité indéfectible584 et son efficacité militaire dans la lutte contre les infidèles et les hérétiques: il est surnommé " Le Lion d'Allah585 " et son emblème est toujours un spectaculaire sabre à deux pointes. Linsistance sur ses talents de sabreur586 est là pour camoufler sa grande insuffisance dans les autres domaines: la médiocrité de ses capacités oratoires et intellectuelles et sa débilité politique dissuadent Muhammad de lui confier aucun commandement important et il ne lui laisse aucune autonomie. C'est du moins ce que l'historiographie sunnite a voulu laisser comme témoignage.
Pourtant, son attitude catastrophique et son comportement irresponsable au moment de la crise de succession, en 632 et même au-delà, ne laisse planer aucun doute sur ses déficiences. Dans ces périodes troublées, dans lesquelles chacun est prêt à tout pour accaparer le pouvoir, ceux qui n'ont pas la tête politique finissent inmanquablement par la perdre.
Mais cela ne lempêche pas de devenir le premier imam587 incontesté de la doctrine shiite588 , qui est aussi appelée comme étant la "Religion d'Ali".589
Un examen indépendant de la question laisse apparaître qu'Ali semble être, même sur le plan graphique, une figure particulièrement proche de la figure du Christ. Il est d'ailleurs vénéré par les shiites en tant que martyr, par sa mort ou son sacrifice, qui finalement rachète la médiocrité de sa vie. Le schéma reproduit des figures chrétiennes, pour lui et sa descendance.590
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 69).
Ali, fils d'Abu Talib, entra en ce moment dans l'appartement. Il était agé alors de sept ans, ou, d'après d'autres, de neuf ans, ou, d'après d'autres encore, de dix ans ; mais la majorité des traditions rapportent qu'il n'avait alors que sept ans. Voyant Muhammad et Khadija s'incliner, et ne voyant devant eux ni idole ni autre objet, il dit:
-Ô Muhammad que fais-tu? Devant qui t'inclines-tu?
Muhammad répondit:
-Devant Allah, dont je suis le prophète. Gabriel m'a commandé d'adorer Allah et d'appeler les hommes à Allah. Si tu crois en ma religion, abandonne le paganisme et l'idolâtrie.
Ali dit:
-Attends que je consulte Abu Talib, car je ne peux rien faire sans son autorisation. Ali sortit, et le prophète lui dit :
-Tiens cette affaire secrète et n'en parle à personne qu'à Abu Talib.
Arrivé à la porte de la maison, Ali rentra et dit :
-Ô Muhammad, Allah m'a créé sans consulter Abu Talib591. Qu'ai-je besoin de consulter Abu Talib pour suivre la religion d'Allah et pour l'adorer? Expose-moi la religion qu'on t'a ordonnée.
Le prophète présenta la formule de foi à Ali, qui la prononça et qui accomplit avec Muhammad la prière primitive, et ils gardaient le secret sur cet événement.
Gabriel s'en alla.
(Masudi, Prairies dOr 1463).592
On n'est pas d'accord sur la date de la conversion de Ali ibn Abu Talib.
Les uns, et ils sont nombreux, ne pouvant admettre qu'il ait été polythéiste avant d'embrasser l'Islam, sont d'avis qu'il suivit toujours le prophète et conforma sa conduite à la sienne, parvenant ainsi à l'âge de raison ; ils ajoutent que Allah le prémunit contre l'erreur, le dirigea et lui accorda son assistance, au même degré qu'à Muhammad, parce que l'un et l'autre ne furent point pousses fatalement et malgré eux à l'obéissance à Allah, mais que, libres et capables, ils choisirent de lui obéir, de se soumettre à ses ordres et de s'abstenir des choses qu'il avait interdites. D'autres, au contraire, disent que Ali fut le premier à croire et que le prophète l'y invita alors qu'il jouissait de la responsabilité de ses actes, cri vertu de la lettre du verset:
Avertis ton clan le plus proche593 .
Muhammad a commencé par Ali parce qu'il était son parent le plus proche et son compagnon le plus intime. Il y a encore d'autres opinions sur ce sujet, sur lequel les Shiites, les Ibadites et les Sunnites modérés sont très partagés. Chaque secte parmi les partisans de la désignation textuelle ou de l'élection de l'imam trouve des arguments pour prouver le bien-fondé de ses opinions et présente à sa manière les circonstances de la conversion de Ali et l'âge qu'il avait alors atteint.
(Ibn Hanbal, Musnad 3, p. 483).
Celui qui blesse Ali me blesse.
(Ibn Hanbal, Musnad 4/372).
Hadith rapporté par Zayd Ibn al-Arqam, le prophète dit:
«Ne savez-vous pas que je suis plus responsable de tout croyant que lui-même?»
Ils (les gens présents) répondirent: "Si!".
(Le prophète dit alors): «Alors, de quiconque je suis le maître, Alî en est le maître. Ô Allah, sois l'ennemi de quiconque est son ennemi, et l'ami de quiconque est son ami»
4. Conversion dAbu Bakr.
Abu Bakr594 obtient le surnom officiel de as Siddiq, le "Véridique", parce qu'il est le compagnon le plus fidèle et le plus proche de Muhammad595 ; il serait le seul à l'accompagner dans le refuge de la grotte au moment de l'Hégire. On sait de lui qu'il est à peu près du même âge que Muhammad, qu'il devient son beau-père en lui offrant sa fille Aïsha. Il est aussi réputé pour une certaine bonhommie, une grosse barbe, un gros bon sens et une sensiblerie qui tranche avec les autres compagnons, tels qu'Omar qui, dans la bande, est plutôt le méchant. C'est sans doute pour cela qu'il semble peu associé aux activités politiques de Muhammad. Pourtant c'est lui qui est élu comme premier calife, à l'instigation dOmar, justement, dans des circonstances très confuses 596.
Durant son règne, sa bonhommie bien partagée n'exclut pas du tout la dureté: c'est lui qui a en charge la très sanglante répression de la Grande Apostasie597.
Abu Bakr est par son nom le Père de la Vierge (en fait, le mot correspond plus à un petit chameau quà une vierge) ; il est aussi appelé Abdal Kabah (transformé ensuite en Abdallah) ibn Othman Abu Quhafa, du clan des Taym, et aussi Atik Affranchi (sous-entendu de lenfer. Qu'il soit vu comme Abu Bakr ou Abdallah - ce qui est aussi un masque onomastique de plus-, ce sont des appelations inventées par les auteurs musulmans, qui cherchent à masquer son nom arabe et païen. L'entreprise est efficace et jamais personne ne saura sans doute le véritable nom de cet important personnage.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 70-1)
Muhammad et Abu Bakr as Siddiq étaient liés d'amitié. Abu Bakr était un homme très aimé parmi les Quraysh, ayant de l'autorité, honnête et riche ; il faisait le commerce. Quand il se tenait dans la mosquée, les hommes, jeunes et vieux, l'entouraient ; il leur parlait, et ils l'écoutaient, et lui demandaient des conseils. Le cercle d'Abu Bakr, dans la mosquée, était plus grand que celui dAbu Talib ou celui d'Abu Jahl ou de Walid ibn Moghira. Muhammad choisissait toujours, quand il venait à la mosquée, le cercle d'Abu Bakr et causait avec lui de ses affaires. (...) Or, le jour où Muhammad reçut sa mission et où Gabriel lui enseigna la prière, où Khadija et Ali embrassèrent l'islam et prièrent avec le prophète, comme celui-ci, après le départ de Gabriel, qui lui avait recommandé d'appeler les hommes à Allah, réfléchissait continuellement à qui il pourrait d'abord révéler ce secret, il songea à Abu Bakr. Il se dit: Abu Bakr est un homme âgé et mon ami: il est intelligent, judicieux et de bon conseil. J'irai le trouver demain matin pour lui demander son avis sur ce que je dois faire et à qui je devrai m'adresser. Muhammad ne prévoyait pas ni n'espérait qu'Abu Bakr deviendrait croyant aussitôt. (...) Au matin, le prophète se leva et sortit pour se rendre chez Abu Bakr, qui, de son côté, s'était mis en route pour aller chez Muhammad. Ils se rencontrèrent dans la rue, et, s'étant adressé des questions sur cette rencontre, Muhammad dit:
- J'allais chez toi pour te consulter sur une certaine chose.
Abu Bakr répliqua :
- Et moi, je me rendais chez toi pour te demander un avis. (...)
Abu Bakr dit:
-Parle d'abord, toi ; car mon récit est long.
Alors Muhammad lui dit :
-Hier, un ange m'est apparu, m'apportant un message de la part d'Allah, me disant d'appeler les hommes à Allah, afin qu'ils croient en Allah et en ma mission prophétique et qu'ils abandonnent le culte des idoles. je me rendais chez toi pour te demander à qui je dois adresser cet appel, et à qui je pourrais en parler.
Abu Bakr répliqua :
-Ô Muhammad, que je sois le premier de tous les hommes à qui tu adresseras cet appel ! J'ai réfléchi toute cette nuit à cette affaire, et c'est pour cela que je me suis mis en route pour aller chez toi ; ce n'était pas pour autre chose. Engage-moi à cette religion avant tous les autres, afin que je sois le premier croyant.
Le prophète, qui n'avait pas formé cet espoir, fut très heureux, lui exposa à l'instant la formule de l'islam, et Abu Bakr prononça la profession de foi.
Le prophète n'a jamais été aussi heureux d'aucune conversion que de celle dAbu Bakr. On rapporte, d'après Abu Ubayda Abdallah ibn Sallam, dans son livre sur les événements remarquables de la vie du prophète, que Muhammad a dit :
-De tous les hommes à qui j'ai présenté l'islam, il n'y en a pas eu un seul qui n'ait fait des difficultés, sauf Abu Bakr, qui n'a pas hésité un instant(...) Le prophète veut dire par cette phrase que tous ont refoulé leur parole dans leur bouche, excepté Abu Bakr, qui, dès que l'appel tomba dans son esprit, eut l'étincelle de l'islam au bout de la langue.
Hasan ibn Thabit598, a fait quelques vers à l'éloge d'Abu Bakr, parce qu'il avait cru avant tous les autres599 :
si tu rappelles quelque grande action d'un frère fidèle,
souviens-toi de ton frère Abu Bakr et de ce qu'il a fait ;
lui, le meilleur des hommes, le plus fidèle et le plus juste après le prophète,
par la grandeur de sa tache ;
le second qui suivit la doctrine, bénie est sa tombe,
il est le premier des hommes ayant attesté la vérité de la mission divine.
5. Conversion de Zayd.
Il est d'abord l'esclave de Khadija, de la tribu chrétienne des Banu Kalb, qui l'offre à Muhammad. Tout au début de la prédiction, il se convertit et est alors affranchi, puis adopté600 . Il reste cependant son serviteur et son secrétaire: il s'occupe aussi bien de la transcription des révélations coraniques que de la répartition du butin, fonctions qu'il effectue jusque sous le califat. Son personnage est ridiculisé par Voltaire dans son fameux Mahomet: il en fait le type du serviteur fanatique et borné, dont le français a fait le mot "séide".
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 72-3).
Muhammad ibn Jarir dit dans cet ouvrage que Zayd601 ibn Haritha, l'esclave du prophète, embrassa l'islam avant Abu Bakr, qui se serait converti seulement lorsque cinquante personnes furent devenues musulmanes. Cette version n'est pas fondée602 ; elle est contredite par tous les traditionnistes et par tous les croyants, qui rapportent que le premier croyant fut Abu Bakr ; après lui vint Zayd ibn Haritha, l'esclave du prophète.
(Bukhari, Sahih 65/33, 2).
Zayd ibn Haritha, affranchi de lenvoyé d'Allah, nétait jamais appelé par nous autrement que Zayd ibn Muhammad. Cela dura jusquau moment où fut révélé ce passage du Coran:
Appelez les du nom de leurs pères, cela est plus équitable aux yeux dAllah603 .
6. Le désaccord sur les conversions.
Pour des raisons extra-religieuses, et peu compréhensible pour un esprit moderne, la question de la hiérarchie chronologique des conversions est cruciale, notamment avec la place à débattre pour Ali. Khadija est la première, de lavis de tous, mais nétant quune femme, cela na plus aucune importance.
(Waqidi).604
Les autres érudits saccordent à dire que la première personne du peuple de la qiblah605 à répondre au messager dAllah fut Khadidja. Après cela, il y a une différence dopinion parmi eux pour savoir lequel des trois, Abu Bakr, Ali ou Zayd a été le premier à se soumettre à lislam. Khalid sest soumis avec eux et cela fait un cinquième. Daprès certains, cest Abu Dharr qui sest soumis, quatre ou cinquième, alors que ce serait Amr ibn Abasah pour dautres. Il y a une divergence dopinion entre eux pour savoir lequel a accepté lislam et il y a de nombreux récits concernant cela. Il y a des désaccords à propos des trois premiers et à propos des noms qui ont été donnés.
(Masudi, Prairies dOr 1464-5).
L'islam fut ensuite adopté606 par Abu Bakr, qui invita sa tribu à l'embrasser ; Uthman ibn Affan, az Zubayr ibn al Awwam, Abd ar Rahman ibn Awf, Sad ibn Abu Waqqas et Talha ibn Ubayd Allah se convertirent par son intermédiaire ; il conduisit ces néophytes au prophète qui reçut leur conversion. Ces personnages précédèrent tous les autres musulmans dans la foi. Un ancien poète des débuts de l'Islam parle d'eux en ces termes :
1. Ô toi qui m'interroges sur l'élite des serviteurs dAllah, tu t'adresses à un homme instruit et bien informé.
2. De tous les adorateurs de Allah, les Quraysh sont les meilleurs et, parmi les Qurayshites, ceux qui ont émigré.
3. Mais au premier rang des émigrés marchent huit croyants qui à eux seuls amenèrent la victoire :
4. Ali, Uthman, puis az-Zubayr, Talha, deux Zuhrites.
5. Et deux shaykhs607 voisins dAhmad pendant leur vie et jusque dans le tombeau608 .
6. Quelque glorieux que 1"on puisse être après eux, cette gloire n'est en rien comparable à la leur.
Quoi qu'il en soit, on ne s'accorde pas sur la conversion des premiers disciples de lislam. Selon les uns, Abu Bakr Siddiq fut le premier à embrasser l'islam et précéda tous les autres dans la foi ; il fut suivi par Bilal ibn Hamama puis par Amir ibn Absa. D'autres font de Khadija parmi les femmes et de Ali parmi les hommes les premiers à s'être convertis. D'autres désignent d'abord Zayd ibn Haritha - l'aimé609 du prophète -, puis Khadija, puis Ali. On verra, dans nos écrits cités plus haut et relatifs à ces questions, à laquelle de ces opinions nous avons donné la préférence.
7. Conversion dOmar.
Omar ibn Khattab610 est un des premiers compagnons de Muhammad, mais il s'est converti un peu plus tard: il a d'abord été un violent adversaire. Il se distingue ensuite par son caractère ombrageux et déterminé, qui en impose aux autres Mecquois. Il ne suscite pas daffection, comme Abu Bakr, mais il est aussi considéré comme un quasi-prophète, de façon unanime.
Il devient le soutien le plus efficace et fidèle de Muhammad, qu'il sert dans toutes les occasions, en marquant toujours une préférence pour les solutions violentes. Originaire d'une famille riche mais déclassée, il obtient une place de choix dans la nouvelle communauté et contrôle l'élection du sucesseur Abu Bakr en 632.
Il est enfin le deuxième calife, qui organise l'expansion du nouvel empire musulman: pacification et purification religieuse de l'Arabie, victoire du Yarmuk sur les Byzantins et invasion de la Perse. Il est assassiné par un de ses esclaves chrétiens dans des circonstances troubles. Voici une des deux versions de la conversion611 .
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois III 74-5).
Muhammad ibn Jarir n'a pas raconté dans son livre la conversion d Omar ibn Al Khattab, quoique ce soit un récit agréable612 . Je vais le rapporter tel que je l'ai lu dans d'autres livres, comme je viens de rapporter la conversion d'Abu Bakr.
Omar avait une sur mariée à Talha ibn Obaydallah. Un Jour, Omar, venant chez sa sceur, entendit qu'elle récitait le Coran613. Il entra dans la maison et lui dit:
-Qu'est-ce que tu viens de réciter? Est-ce que tu as embrassé la religion de ce fou?
Sa sur lui répondit:
-Il n'est pas fou ; il est le prophète d'Allah.
Omar dit:
-Laisse-moi voir l'écrit que tu viens de lire.
Sa sur répliqua :
-Tu le souillerais ; tu ne dois pas le toucher.
Omar dit:
-Que dois-je faire pour me purifier?
-Il faut te laver la tête et le corps614 .
Omar ayant fait ainsi à l'instant même, sa sur lui remit l'écrit, et Omar y lut les versets suivants:
Au nom du Allah clément et miséricordieux. Ta Ha615 . Nous ne t'avons pas envoyé le Coran pour que tu sois malheureux, mais pour servir d'avertissement616 à celui qui craint Allah. Il est envoyé par celui qui a créé la terre et les cieux élevés, etc.617
Omar dit :
-S'il en est ainsi, l'idôlatrie que nous pratiquons est absurde, et nos dieux ne sont rien.
Il dit ensuite à sa sur:
-Où est Muhammad? Elle répliqua :
- Si tu ne veux rien lui dire de désagréable, je te conduirai auprès de lui.
Omar le promit, et sa sur le conduisit chez le prophète, dans la maison de Khadija. Lorsque Omar entra dans l'appartement, le prophète lui dit :
-Pourquoi viens-tu?
- Je viens, dit Omar, embrasser ta religion.
Le prophète dit :
-Grâces soient rendues à Allah de ce qu'il a exaucé ma prière en ce qui te concerne, et non en ce qui concerne ton ami Abu Jahl618 .
Omar prononça la formule de foi et dit ensuite au prophète :
-Que faut-il faire maintenant?
- Il faut accomplir la prière, dit Muhammad.
-Qu'est-ce que la prière?
- C'est l'action de prier Allah.
- Où faut-il prier?
-Pour le moment, dit Muhammad, il faut le faire en secret, jusqu'à ce que nous puissions le faire publiquement.
Omar dit:
-Nous avons adoré Allat et Hobal en public, et nous devrions adorer Allah en secret! Viens, sortons.
Le prophète et tous ses compagnons se rendirent à la mosquée, firent les tournées autour du temple et prièrent en publie. Les principaux personnages quraysh qui s'y trouvaient n'osèrent rien dire, parce qu Omar était avec le prophète.
Lannonce faite à Omar.619
(Corpus coranique d'Othman 20/14-117).
En vérité, je suis Allah.
Nulle divinité excepté moi!620
Adore-moi!
Accomplis la prière pour minvoquer!
En vérité, lheure est imminente.
Je puis la cacher afin que toute âme soit récompensée de ce quelle se sera evertuée à faire. Que ne te détourne point de lheure celui qui ny croit point et suit son caprice, sinon tu périras.
(Corpus coranique d'Othman 20/15, version du corpus d'ibn Masud et ibn Ubayy).
En vérité, l'heure est imminente. Je ne puis la cacher -je l'occulte presque à moi-même. Comment pourrais-je vous la montrer.
(Bukhari, Sahih 62/6, 6).
Qays rapporte que Abdallah ibn Masud a dit:
-Nous navons cessé de voir croître la puissance de lislam depuis le moment où Omar a embrassé cette religion.
(Ibn Hanbal, Musnad I,17.8).621
Je commençai à m'émerveiller de la composition du Coran, et je me disais:
-Par Allah, c'est un poète!
(Bukhari, Sahih 58/205).
Quand Omar accepta l'islam, tous les infidèles se rassemblèrent pour dire:
-Omar a accepté l'islam!
A cette époque, j'étais encore un enfant et je me tenais sur le toit de la maison.
Un homme est venu ensuite, vêtu d'une cape de Dibaj622 et a dit:
-Omar a accepté l'islam. Personne ne peut l'attaquer parce que je suis son protecteur623 .
J'ai vu les gens s'écarter d' Omar et se demander:
-Qui est donc cet homme?
Et certains répondirent:
-C'est Al As ibn Wayl.
Omar décrit par un historien des religions au XIXème siècle.
(E. Renan, Mahomet et les origines de lislamisme, p. 1063-1101).624
Toute l'énergie qui fut déployée dans la fondation de la religion nouvelle appartient à Omar. Omar est vraiment le saint Paul de l'islamisme, le glaive qui tranche et qui décide. On ne peut douter que le caractère indécis de Mahomet n'eût compromis son uvre sans l'adjonction de cet impétueux disciple, toujours prêt à tirer le sabre contre ceux qui n'admettaient pas sans examen la religion qu'il avait d'abord persécutée. La conversion d'Omar fut le moment décisif dans le progrès de l'islamisme. Jusque-là les musulmans s'étaient cachés pour pratiquer leur religion et n'avaient osé confesser leur foi en public. Laudace d'Omar, son ostentation à s'avouer musulman, la terreur qu'il inspirait leur donna la confiance de paràitre au grand jour. Il ne semble pas que Mahomet ait rien vu au-delà de l'horizon de l'Arabie, ni qu'il ait songé que sa religion pût convenir à d'autres qu'aux Arabes. Le principe conquérant de l'islamisme, cette pensée que le monde doit devenir musulman, est une pensée d'Omar. C'est lui qui, après la mort de Mahomet, gouvernant en réalité sous le nom du faible Abou Bekr, au moment où I'uvre du prophète à peine ébauchée va se disloquer, arrête la défection des tribus arabes et donne à la religion nouvelle son dernier caractère de fixité. Si la chaleur d'un tempérament impétueux s'attachant avec frénésie un dogme, afin de pouvoir haïr à son aise, doit s'appeler foi, Omar a réellement été le plus énergique des croyants, jamais on n'a cru avec plus de rage, jamais on n'a dépensé plus de colère au nom de l'indubitable. Le besoin de haîne amène souvent à la foi les caractères entiers et sans nuances, car la foi absolue est le plus puissant prétexte de haîne, celui auquel on s'abandonne avec le plus de sécurité de conscience.
§ 259. Contes et légendes.
Il faut distinguer le voyage nocturne625 , de la Mecque à Jérusalem626 , puis lascension céleste627 à partir de Jérusalem628. La tradition a été constamment renforcée pour légitimer la possession de Jérusalem par les musulmans629 (Omar notamment630 ), à partir du point central du Dôme du Rocher631 et à partir dun seul verset coranique, très obscur632.
Cest aussi loccasion de conversations pittoresques entre prophètes. La représentation de Muhammad chevauchant à cette occasion un animal fantastique, un monstre gynocéphale633 est aussi un sujet très populaire dans l'iconographie d'Asie centrale, tandis que le mythe lui-même trahit des influences mazdéennes.634 D'une manière générale, l'idée de faire voler un personnage pour illustrer son caractère exceptionnel est un lieu commun, facile à repérer en Orient, et plus particulièrement dans le monde persan.635 L'image vulgaire du tapis volant en est la conséquence lointaine...
Ces mythes très postérieurs ont rempli deux fonctions: renforcer linfluence des Ommeyades en Palestine, au moment où le Hedjaz et la Mecque se révoltent contre eux, et marquer la domination de lislam sur les deux religions monothéistes précédentes, sur le lieu même de leur constitution, en reprenant un schéma très classique dans la formation des religions orientales636 . Cette prétention, dont on voit quelle est parfaitement infondée, perdure de nos jours, provoquant meurtres et désastres, s'appuyant sur un genre littéraire constitué ad hoc637 . Elle perdure néanmoins, comme on peut en juger par la lecture des extraits de la Charte du Hamas, présentée ci-dessous.
Les édifices de lesplanade du temple638 sont laboutissement de cet effort de légitimisation artificieuse639. Pour le public shiite, lascension céleste, aussi folkorique quelle paraisse, est considérée avec un pieux sérieux, car elle préfigure lascension de limam suprême640.
Plus sérieusement, on peut retrouver la trace dans ces récits séduisants de débats pénibles -presque des marchandages- concernant les obligations rituelles imposées à la nouvelle communauté: il faut créer une unité dans le groupe, sans pour autant décourager. Il a existé aussi quantité de légendes extra-canoniques, expurgées des sources, mais qui subsistent parfois.
Elles semblent directement inspirées du christianisme populaire et rehaussent le prosaïsme des petites affaires mecquoises641.
Les voyages de Muhammad et la situation au Proche-Orient.
(Extrait des articles 14 et 15 de la Charte du Hamas642 ).643
Le question de la libération de la Palestine est liée à trois cercles : le cercle palestinien, le cercle arabe, et le cercle islamique. Chacun dentre eux a un rôle dans la lutte contre le sionisme. Chacun a ses devoirs. Cest une grossière erreur et un signe de profonde ignorance que dignorer lun de ces cercles. La Palestine est une terre islamique qui contient la première des deux « Kibla » (la direction pour la prière des musulmans), le troisième des sanctuaires sacrés des musulmans, et le point de départ du voyage de Mahomet pour le septième ciel. « Louange à celui qui a transporté, pendant la nuit, son serviteur du temple sacré de la Mecque au temple éloigné de Jérusalem, dont nous avons béni lenceinte pour lui faire voir nos merveilles. Dieu entend et voit tout » (Coran, XVII, 1).
Il est impératif dinstiller dans lesprit des musulmans que le problème de la Palestine est un problème religieux et quil doit être traité sur cette base. La Palestine abrite des lieux sacrés musulmans. Ainsi, la mosquée Al Aqsa, rattachée à la grande mosquée de la Mecque dans un lien indéfectible tant que le Ciel et la Terre parlent de « Isra » (le voyage de minuit de Mahomet vers le septième ciel) et de Miraj (lascension de Mahomet au septième ciel à partir de Jérusalem). « Le lien dun jour pour Allah est mieux que toute la terre et ce qui sy trouve. La place de son fouet au Paradis est mieux que la terre entière et tout ce qui sy trouve. Un croyant qui va et vient au service dAllah est mieux que toute la terre et ce qui sy trouve » (rapporté par Boukhari, al-Tirmidhi et ibn Maja644 ). « Je jure par le détenteur de lâme de Mahomet que je veux envahir et être tué pour Allah, et encore envahir et être tué, et encore envahir et être tué » (rapporté par Bukhari et Moslem).
(Adomnan, De Locis Sanctis I 1, 14/186).645
A ce fameux endroit où se trouvait le Temple magnifiquement construit, près du mur oriental, les Sarazins ont maintenant édifié une salle de prière rectangulaire, quils ont construite dune manière grossière avec des planches dressés et de grands poutres prélevés sur des ruines. Lédifice, à ce que lon dit, peut acceuillir au moins 3000 personnes.
1. Le voyage céleste.
Cette longue légende a pour but de rattacher Muhammad aux personnages bibliques les plus connus, et au niveau du rituel, à faire accepter un nombre important mais raisonnable de prières. Le contenu du récit est parfois pittoresque et les dialogues inter-prophétiques frappent par leur allure comique.646
(Tabari, Tafsir 15,3).
Il y eut une brèche dans le toit de ma maison, tandis que jétais à la Mecque, et Gabriel descendit par là. Il fendit ma poitrine et la lava avec leau de Zemzem647 . Puis il apporta une aiguière dor, remplie de sagesse et de foi, quil vida dans ma poitrine ; puis il la referma.
Le voyage céleste de Muhammad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1158-9).648
Ensuite, il fut emmené au premier ciel649. Gabriel fut interrogé, ils lui dirent:
-Qui es tu? Gabriel.
-Qui est avec toi? Muhammad.
-A t-il commencé sa mission?
-Oui.
-Alors, sois le bienvenu.
Ils appelèrent ensuite la bénédiction dAllâh sur lui. Quand ils entrèrent, ils virent un grand et bel homme.
-Qui est-il, Gabriel? demanda t-il?
- Cest Adam, ton père.
Puis ils lemmenèrent dans le deuxième ciel. Gabriel demande dentrer, et ils dirent comme avant. De même, les mêmes questions furent posées et les mêmes réponses données dans tous les cieux. Quand Muhammad entra dans le deuxième ciel, il vit devant lui deux hommes.
-Qui sont-ils, Gabriel? demanda t-il.
-Cest Jean650 et Jésus, tes cousins maternels, répondit-il.
Quand il fut emmené au troisième ciel, il vit devant lui un homme.
-Qui est-il, Gabriel? demanda t-il.
-Cest Joseph, ton frère, à qui a été donnée la primauté en beauté sur tous les autres hommes, comme celle de la lune sur toutes les étoiles la nuit.
Alors il fut emmené au quatrième ciel et il vit devant lui un homme et dit:
-Qui est il, Gabriel?
-Cest Idris651 , dit-il, et il récita: Et nous lavons élevé à la plus haute place652 .
Alors ils furent emmenés au cinquième ciel,et il vit devant lui un homme et demanda:
-Qui est -il, Gabriel?
-Cest Aaron653 , dit-il.
Puis ils furent emmenés au sixième ciel,et il vit un homme devant lui et demanda:
-Qui est-il, Gabriel?
-Cest Moïse, dit-il.
Puis ils furent emmenés au septième ciel et il vit un homme devant lui et demanda:
-Qui est-il, Gabriel?
-Cest ton père Abraham, dit-il.
Le voyage céleste de Muhammad.
(Bukhari, Sahih 8/1).
Anas ibn Malik a dit: Abu Dharr rapportait que l'envoyé d'Allâh avait dit: Pendant que j'étais à la Mecque, le plafond de ma maison s'entr'ouvrit et Gabriel descendit (par là). Il m'ouvrit la poitrine, me la lava avec de l'eau de Zemzem, puis il apporta un bassin d'or plein de foi et de sagesse et vida le tout dans ma poitrine654. Cela fait, il la referma et, me prenant par la main, il m'enleva vers le ciel le plus rapproché (de nous). Quand je fus arrivé au ciel le plus rapproché, Gabriel dit au portier du ciel:
-Ouvre.
-Qui est là? demanda-t-il.
-Gabriel, lui répondit l'ange.
-Quelqu'un est-il avec toi ? reprit le portier.
- Oui, répliqua Gabriel, Muhammad est avec moi.
- A-t-il été mandé, ajouta le portier.
- Oui, dit l'ange.
Quand le portier nous eut ouvert, nous nous élevàmes dans le ciel le plus rapproché, et tout à coup nous vîmes un homme assis, ayant à sa droite des ombres et d'autres ombres à sa gauche. Chaque fois qu'il regardait à droite, il souriait ; dès qu'il regardait à gauche, il pleurait. Il dit :
-Qu'il soit le bienvenu, le prophète vertueux et le fils vertueux!
- Qui est-ce ? demandai-je à Gabriel.
- Cet homme, répondit-il, c'est Adam, et quant à ces ombres qui sont à sa droite et à sa gauche, ce sont les âmes de ses descendants ; les ombres qui sont à sa gauche sont les élus de l'enfer ; (c'est pourquoi) lorsqu'il regarde à droite il sourit et lorsqu'il regarde à gauche il pleure.
Gabriel m'enleva ensuite vers le deuxième ciel et dit au portier:
-Ouvre! Après avoir posé les mêmes questions que le premier, ce second portier nous ouvrit.
Anas rapporte que Abu Dharr dit que le prophète trouva dans les cieux655: Adam, Idrîs, Moïse, Jésus et Abraham656 ; mais il n'établit pas quelles étaient les places qu'ils occupaient. Toutefois, il mentionne que Muhammad trouva Adam dans le ciel le plus rapproché et Abraham dans le sixième ciel.
Anas ajoute:
-Quand Gabriel passa avec le prophète auprès de Idris, celui-ci dit :
-Qu'il soit le bienvenu, le prophète vertueux, et le frère vertueux! Comme je demandais:
-Qui est-ce ? poursuivit le prophète. Gabriel me répondit :
-C'est Idris, Puis je passai auprès de Moïse qui dit:
-Qu'il soit le bienvenu, le prophète vertueux et le frère vertueux!
-Qui est-ce? demandai-je.
-Moïse, me répondit l'ange.
Je passai ensuite auprès de Jésus qui s'écria:
-Qu'il soit le bienvenu, le prophète vertueux et le frère vertueux!
-Qui est-ce? fis-je.
-Jésus, répondit Gabriel. Je passai après cela auprès d'Abraham qui dit:
-Qu'il soit le bienvenu, le prophète vertueux et le frère vertueux !
-Qui est-ce ? interrogeai-je.
- C'est Abraham, me dit l'ange.
ibn Hazm raconte que ibn Abbas et Abu Habba al Ansari avaient dit que le prophète avait prononcé les paroles suivantes, puis l'ange m'enleva jusqu'à ce qu'il me fît arriver sur une éminence d'où j'entendis le grincement des plumes.
ibn Hazm et Anas ibn Malik ajoutent: Le prophète a dit:
-Allâh prescrivit alors à mon peuple cinquante prières (par jour)657 .
Comme je m'en retournais avec cette prescription, je passai auprès de Moïse:
-Que t'as prescrit Allâh pour ton peuple? me demanda t-il.
- Il m'a prescrit cinquante prières, lui répondis-je.
- Retourne auprès du Seigneur, me dit Moïse, car ton peuple n'aura pas la force de supporter cela.
Je retournai donc auprès d'Allâh qui diminua le nombre de moitié. Puis, passant près de Moïse, je lui dis :
-On en a diminué la moitié.
- Retourne auprès du Seigneur, reprit-il, car ton peuple n'aura pas la force de supporter cela." Je retournai auprès d'Allâh qui diminua de nouveau le nombre de moitié. Repassant près de Moïse je lui annonçai cette nouvelle réduction de moitié.
- Retourne auprès du Seigneur, répliqua-t-il, car ton peuple n'aura pas la force de supporter cela.
Je revins près d'Allâh qui me dit:
-Ce sera donc cinq prières qui en vaudront cinquante à mes yeux, car rien de ce qui a été dit en ma présence ne saurait être changé. Je m'en retournai vers Moïse qui me répéta :
-Retourne vers le seigneur.
-J'ai honte du seigneur, lui répondis-je.
Alors Gabriel m'emmena et me conduisit jusqu'au lotus de la limite qui est couvert de couleurs que je ne saurais dire. Ensuite j'entrai dans le paradis: on y trouve des coupoles de perles et le sol en est formé de musc658 .
Aïsha, la mère des croyants659 a dit :
-Lorsque Allâh présent vit les prières il les fixa à deux prosternation chacune aussi bien à la ville qu'en voyage. La prière du voyage fut maintenue telle quelle ; celle de la ville fut rendue plus longue.
(En Nisay, Hadith Qudsi 66-8).
...le prophète a dit: Tandis que j'étais devant la maison sacrée, dans un état intermédiaire entre le sommeil et l'éveil, trois hommes vinrent et l'un deux s'approcha de moi, portant une bassine pleine de sagesse et de foi. Il fendit mon corps, du haut de la poitrine jusqu'au ventre, lava mon cur avec leau de Zemzem et le combla de sagesse et de foi. On me fit apporter ensuite une bête, plus petite que le mulet et plus grande que lâne, que je pris comme monture, en mélançant avec Gabriel vers le ciel terrestre. En y arrivant, on nous dit:
-Qui est là?
Gabriel répondit:
-Cest Gabriel.
On lui dit:
-Qui est avec toi?
Il répondit:
-Muhammad.
On lui dit:
-As-tu été mandé? Quil soit le bienvenu, sa venue est bénie.
J'y trouvais donc Adam, que j'ai salué. Il ma répondu:
-Bienvenue à toi, fils et prophète.
Nous partîmes ensuite vers le deuxième ciel, où on nous dit:
-Qui est là?
Gabriel répondit:
-Cest Gabriel.
On lui dit:
-Qui est avec toi?
Il répondit:
-Muhammad.
On lui répéta la même chose qu'au premier ciel. J'y trouvais Jean le Baptiste 660 et Jésus 661 que j'ai salués. Ils m'ont répondu:
-Bienvenue à toi, frère et prophète .
Nous partîmes, ensuite, vers le troisième ciel, où on nous dit:
-Qui est là?
Gabriel répondit:
-Cest Gabriel.
On lui dit:
-Qui est avec toi ?
Il répondit:
-Muhammad.
On lui répéta la même chose qu'au deuxième ciel. J'y trouvais donc Joseph que j'ai salué. Il m'a répondu:
-Bienvenue à toi, frère et prophète.
Nous partîmes, ensuite, vers le quatrième ciel, où on nous dit la même chose que dans les autres cieux. J'y trouvais Idris que j'ai salué. Il ma répondu:
- Bienvenue à toi, frère et prophète.
Nous partîmes ensuite vers le cinquième ciel, où on nous dit la même chose. J'y trouvais Aaron que jai salué. Il m'a répondu:
-Bienvenue à toi, frère et prophète.
Nous partîmes ensuite, vers le sixième ciel où on nous dit la même chose. J'y trouvais Moïse que j'ai salué. Il m'a répondu:
- Bienvenue à toi, frère et prophète.
Ensuite, il s'est mis à pleurer. On lui dit:
-Quest-ce qui te fait pleurer?
Il répondit:
-Seigneur, ce jeune homme que tu as envoyé, après moi, ceux qui vont entrer au Paradis, parmi les gens de sa communauté, seront plus nombreux et meilleurs que les gens de ma communauté!
Nous arrivâmes, ensuite, au septième ciel, on nous dit la même chose. J'y trouvais Abraham que j'ai salué. Il m'a répondu:
-Bienvenue à toi, frère et prophète.
On me montra, ensuite, le Bayt Mamur 662 , dans lequel prient, chaque jour, soixante dix anges, qui le quittent sans jamais y revenir. On me montra alors la Sidrat Muntaha663 , dont les épines sont pareilles aux jarres de Hadjar et les feuilles, pareilles aux oreilles des éléphants. Il sort de sa source, quatre fleuves: deux intérieurs, et deux extérieurs. Les deux fleuves intérieurs, sont situés au Paradis664 , tandis que les deux extérieurs, sont l'Euphrate et le Nil. On m'imposa ensuite cinquante prières. Lorsque je retrouvais Moïse, il me dit:
-Qu'as-tu fais?
Je lui dis:
-On m'a imposé cinquante prières.
Il me répondit: «Je possède plus que toi l'expérience des hommes, et j'ai enduré tant de problèmes avec les enfants d'Israël. Ta communauté ne pourra jamais supporter cela. Retourne vers ton seigneur et demande-lui de diminuer le nombre de prières.
Je suis retourné donc auprès de mon seigneur et je lui ai demandé de diminuer le nombre de prières. Il les diminua de dix, ce qui en fit quarante. Je retrouvais de nouveau Moïse qui me dit:
-Qu'as-tu fais?
Je répondis:
-Il les a diminuées jusqu'au nombre de quarante.
Il me répéta les mêmes propos qu'auparavant. Je suis retourné donc auprès de mon seigneur qui les diminua à trente. je retrouvais de nouveau Moïse et l'informais de ma démarche Il me répéta les mêmes propos. Je suis retourné auprès de mon Seigneur qui les diminua à vingt, puis à dix, puis à cinq. Je suis retourné, ensuite, auprès de Moïse, qui me répéta les mêmes paroles quauparavant. Je lui dis alors:
-Jéprouve de la pudeur à me retourner auprès de mon seigneur.
Il dit alors:
-Mes prescriptions ont été promulguées et jai allégé à mes serviteurs ; je récompenserai chaque bonne action par dix de semblables.
(at Tirmidhi, Hadith 1445).
Le prophète a dit:
-La nuit de mon ascension665, jai rencontré Abraham qui ma dit Muhammad, transmets mon salut à ton peuple et dis leur que le paradis est une vaste plaine de sol pur, deau douce et que ses arbres crient Loué soit Allah, toutes les louanges sont pour Allah, rien nest digne de vénération sinon Allah, et Allah est grand.
(at Tirmidhi Hadith 5920).
Récit dAnas al Malik: la nuit où le prophète a été emporté pour le ciel, al Buraq lui a été amenée, harnachée, sellée, mais elle a fait preuve dobstination, alors Gabriel a dit:
-Cest à Muhammad que tu fais cela? Personne na jamais plus honorable aux yeux dAllah de monter sur toi!
Ensuite, elle se calma.
Le débat sur la prière avec Moïse.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1159).666
Puis il passa devant Moïse, qui lui dit:
-Quimposes tu à ta communauté?
-Cinquante prières667, dit-il.
-Retourne auprès du seigneur, et demande lui dalléger le fardeau, parce que ta communauté est la plus faible et la plus éphémère. Puis il dit à Muhammad ce quil avait souffert de la part des fils dIsraël. Le messager revint et Allâh réduisit le nombre à dix. Il repassa devant Moïse, qui lui dit:
-Demande à ton seigneur dalléger encore le fardeau.
Cela se poursuivit jusquà ce quil soit descendu jusquà cinq668 .
La description de régions infernales.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allâh 269).
Alors jai vu des hommes avec des lèvres comme celles des chameaux ; dans leurs mains, il y avait des boules de feux comme des pierres quils lançaient dans leurs bouches et qui sortaient par leurs derrières669. Jai appris que cétait ceux qui avaient injustement dévoré la fortune des orphelins.
Puis jai vu la famille de Pharaon670 avec des ventres comme je nen avais jamais vu. Ils roulaient dessus comme sils étaient des chameaux rendus fous par la soif...
Puis jai vu des hommes avec de la viande grasse devant eux, à côté de viande puante, mangeant celle-ci et rejettant la première. Ce sont ceux qui permettent aux femmes ce quAllâh permet et qui autorisent ce quAllâh interdit.
Puis jai vu des femmes pendues par les seins. Ce sont celles qui ont fait des bâtards à leurs époux671 .
La description des autres prophètes.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allâh 266).
... lapôtre dAllâh a décrit à ses compagnons Abraham, Moïse et Jésus, comme il les avait vus pendant la nuit, en disant:
-Je nai jamais vu un homme aussi proche de moi quAbraham. Moïse est un homme à la figure colorée, grand, mince, aux cheveux bouclés avec un nez crochu comme sil était issu des Shanua. Isa ibn Miriam672, était un homme rougeaud de taille moyenne avec le poil roux et des tâches de rousseur sur son visage, comme sil sortait dun bain673 . Son visage semblait trempé deau mais il ny avait pas deau. Lhomme parmi vous qui lui ressemble le plus est Urwa....
Lorigine mazdéenne du mythe du miraj.
(Artay Viraf).674
Notre première ascension nous mena au paradis inférieur ( ... ) et là nous vîmes des anges resplendissants de lumière. Et je demandai à Sarosh le saint et Azar l'ange :
-Quel est cet endroit, et ceux-là, qui sont-ils ?
(...) Se levant d'un trône recouvert d'or, l'archange Bahman me conduisit, jusqu'à ce que nous rencontrâmes Ormazd675 entouré d'une compagnie d'anges et de puissances célestes, si brillamment couverts d'or que jamais je n'avais vu quelque chose de comparable auparavant. Mon guide dit :
-Voici Ormazd.
Je lui fis mes salutations et il répondit qu'il était heureux de m'accueillir dans ce monde immaculé ( ... ) Finalement, dit Arta, mon guide et l'ange du feu m'ayant fait visiter le paradis, ils me firent descendre en enfer et de cet endroit noir et épouvantable me portèrent dans un lieu magnifique où se tenait Ormazd et sa compagnie d'anges. Je désirais le saluer, sur quoi il dit gracieusement :
-Artay Viraf, va dans le monde matériel, tu as vu et maintenant tu connais Ormazd, car je suis Lui. Celui qui est droit et vertueux, lui, je le connais.
2. Le voyage à Jérusalem.
La finalité de l'autre voyage 676 est simplement d'intégrer Jérusalem à la doctrine musulmane, alors qu'elle n'a rien à y faire a priori. Mais les ambitions expansionnistes expliquent cette construction qui illustre les prétentions musulmanes sur le "troisième lieu saint de l'islam", comme on l'entend couramment: sur ce point, l'islam a largement réussi sa manoeuvre.677
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allâh 264-5).
Lapôtre et Gabriel ont cheminé jusquà ce quils arrivent à Jérusalem. Là, ils trouvèrent Abraham, Moïse, et Jésus, en compagnie de prophètes. Lapôtre agit alors comme leur imam678 dans la prière. On lui apporta deux vases, contenant lun du vin, lautre du lait. Lapôtre prit le lait et le but laissant le vin. Gabriel dit:
-Tu as été justement guidé par la nature et que ton peuple le soit ainsi, Muhammad. Le vin vous est interdit679 .
Alors lapôtre retourna à la Mecque et le matin il dit aux Quraysh ce qui était arrivé. La plupart dirent:
-Par Allâh, cest une aberration complète! Une caravane prend un mois pour aller en Syrie et un autre mois de retour, et Muhammad peut faire le voyage de retour en une nuit? Beaucoup de musulmans abandonnèrent leur foi. Certains allèrent voir Abu Bakr pour lui dire:
-Que penses tu de ton ami maintenant, Abu Bakr? Il prétend quil est allé à Jérusalem en une nuit, a prié là-bas et est revenu à la Mecque.
Il répondit quils mentaient à propos du prophète. Mais ils ajoutèrent quil était justement en train de dire ces choses à la mosquée au même moment.
Abu Bakr dit:
-Alors sil le dit, cest que cest vrai. Et quy a t-il de surprenant à cela? Il me dit que la communication divine depuis le ciel jusquà la terre lui vient en une heure du jour ou de la nuit et je le crois...680
Lallusion coranique.
(Corpus coranique d'Othman 17/1).
Gloire à celui qui a transporté681 son serviteur682 , la nuit, de la mosquée sacrée683 à la mosquée très éloignée684 autour de laquelle nous avons mis notre bénédiction685 , afin de lui faire voir certains de nos signes.686
Il est laudient, le clairvoyant.
La jument Buraq.
(Bukhari, Sahih 59/6, 1).
Malik ibn Sasaa a dit: le prophète a dit:
-Je me trouvais auprès de la Ka'ba dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, lorsqu'on cria :
-Lhomme qui se trouve entre les deux autres!
On apporta alors vers moi un bassin d'or rempli de sagesse et de foi ; on me fendit le corps du sternum au bas-ventre ; puis on me lava la poitrine avec de l'eau de Zemzem, et !on la remplit ensuite de sagesse et de foi. Une monture blanche me fut amenée, plus petite que le ni ulet, plus grande que l'âne: c'était Buraq ; et alors je partis avec Gabriel jusqu'au ciel le plus près.
-Qui est là? demanda-t-on.
Gabriel, répondit mon guide.
-Et qui taccompagne?
- Muhammad.
(Tafsir al Jalalayn 17).687
Cette nuit, Gabriel est venu, emmenant un animal à quatre pattes, plus grand quun âne, et plus petit quune mûle, avec les sabots tournés vers lextérieur. Il monta dessus et chevaucha vers la maison du sanctuaire. Il attacha la bête, Buraq, à lanneau habituel des prophètes. Dans la mosquée lointaine, jai688 baissé vers le sol trois fois en prière. Quand je suis sorti, Gabriel est arrivé avec deux récipients vers moi, un rempli de lait et lautre de vin. Jai choisi, et Gabriel approuva ce choix.
Alors nous sommes allés vers le premier ciel. A la porte du premier ciel, un garde a demandé:
-Qui est-ce?
Gabriel a répondu:
-Muhammad.
Le garde a demandé:
-A t-il été convoqué?
-Oui.
(ibn Sad, Tabaqat 1/246-8).
L'apôtre d'Allah fut pris de nuit la dix septième nuit du mois de rabi I, avant l'Hégire, et un an avant le blocus dans la vallée d'Abu Talib, à Bayt al Muqaddas689 . l'apôtre d'Allah a dit: je suis monté sur une bête dont la taille était entre un âne et une mule, avec deux ailes aux cuisses, qui partaient de ses sabots et lui étaient accrochées. Quand je fus sur le point de l'enfourcher, elle devint rétive. Alors, Gabriel mit sa main sur sa tête et dit:
-Ô Buraq! N'as tu pas honte de ce que tu fais? Par Allah, aucun serviteur d'Allah ne t'a montée avant Muhammad, le plus honoré par la vue d'Allah.
Elle devint honteuse alors jusqu'à se couvrir de sueur, et elle se calma ; ensuite, je pus la monter. Elle bougea les oreilles, et la terre se contracta à tel point que ses sabots semblaient toucher sa surface à l'extrémité de l'horizon. Elle avait un long dos, et de longues oreilles. Gabriel m'accompagna et il ne perdit pas mon contact ni moi non plus jusqu'à ce que nous atteignîmes Bayt al Muqaddas ; et al Buraq rejoignit son lieu de repos. Elle fut attachée là, et c'est l'endroit où les animaux appartenant aux prophètes étaient attachées avant l'apôtre d'Allah.
Il dit: J'ai vu les prophètes qui étaient assemblées là pour moi. J'ai vu Abraham, Moïse et Jésus et j'ai pensé qu'il fallait quelqu'un pour les diriger dans la prière ; Gabriel me fit avancer et je débutais les prières devant eux puis leur demandais ce qu'était leur mission. Ils dirent: nous avons pour mission d'être avec l'unité d'Allah.
Certains ont dit: le prophète a disparu cette nuit, et c'est alors que des membres de la famille d'Abd al Muttalib sont sortis le chercher. Al Abbas alla à Dhu Tuwa et commença à crier:
-Ô Muhammad! Ô Muhammad!
L'apôtre d'Allah dit:
-Je suis ici.
Il dit:
-Ô le fils de mon frère! Tu as inquiété les gens depuis le début de la nuit, où es tu allé?
Il répondit:
-Je suis venu de Bayt al Muqaddas.
Il dit:
-En une nuit?
Il répondit:
-Oui.
Il dit:
-As tu fait l'expérience de quelque chose de malfaisant?
Il répondit:
-Je n'ai fait l'expérience que de bonnes choses.
Um Hani a dit:
-Il a été enlevé pour son périple de notre maison. Il a dormi avec nous cette nuit. Il a fait la prière al isha puis il s'est couché. Quand il y eut presque l'aube, nous l'avons réveillé pour les prières du matin. Il s'est levé pour faire les prières du matin et il a dit:
-Ô Umm Hani! J'ai fait la prière d'al isha avec vous, comme vous l'avez tous remarqué, ensuite, j'ai atteint Bayt al Muqaddas et j'ai fait des prières là-bas. Puis j'ai accompli les prières du matin devant vous.
Ensuite, il se leva et sortit ; je lui dis:
-Ne dis pas cela aux gens parce qu'ils ne te croiront pas et te battront.
Il dit:
-Par Allah, je leur raconterai et je les avertirai.
Ils furent surpris de cela et dit:
-Nous n'avons jamais entendu quelque chose de pareil.
L'apôtre d'Allah dit à Gabriel:
-Ô Gabriel! Les gens ne confirmeront pas cela.
Il répondit:
-Abu Bakr en témoignera et il sera al Siddiq690 .
Le narrateur a ajouté: beaucoup de gens qui avaient accepté l'islam et qui pratiquaient les prières étaient perturbés.
(Le prophète a ajouté) Je suis allé à al Hijr, j'ai visualisé Bayt al Muqaddas et j'ai décrit son apparence.
Certains ont dit:
-Combien y a t-il de portes dans cette mosquée?
Il dit:
-Je ne les ai pas comptées parce que quand j'ai commencé à regarder, je les ai considérées une par une et je les ai décrites.
J'ai aussi donné des informations sur leur caravane qui était en chemin, et son apparence. Ils la trouvèrent comme je l'avais décrite.
Allah le tout-puissant, le grand, révéla:
-Nous avons déterminé la vision que nous t'avons montré comme une épreuve pour l'humanité.
Propagande islamo-sioniste.691
(Al Hamadani, Abrégé du Livre des Pays 115).2
Au dire de Adi ibn Ka'b, la parole d'Allah 692 : « Nous préparâmes, pour les enfants d'Israël, une demeure parfaite » et nous les approvisionnâmes en choses excellentes », désigne Jérusalem.
Au dire de Muqàtil ibn Sulaymàn, la parole d'Allah: « Nous » le sauvâmes, etc. », désigne Jérusalem. La parole divine693 : « Nous leur donnâmes asile [à Jésus et à Marie] sur » une hauteur tranquille et riche en sources », désigne Jérusalem.
Il en est de même du verset694 : « La terre est à Allah: » Il la donne en héritage à qui Il veut parmi ses adorateurs ».
Allah y consolida le pouvoir de David; Il lui soumit695 les montagnes et les oiseaux qui chantaient Ses louanges à Jérusalem; Il lui donna Salomon696 à Jérusalem; Il pardonna à Sa- lomon sa faute et lui fit comprendre la sagesse, à Jérusalem.
Les prophètes israélites avaient coutume d'y offrir des sacrifices.
Allah y élut Marie de préférence à toutes les femmes de l'univers.
Il y donna la sagesse à Jean.
Le nombril de la terre, c'est Jérusalem.
D'après la tradition, celui qui prie à Jérusalem, c'est coinme s'il priait au ciel; la Ka'ba sera cérémonieusement conduite avec tous ses pèlerins, le jour du Jugement, à Jérusalem, qui lui dira:
« Bienvenue à qui visite et est visité »; toutes les mosquées d'Allah seront conduites de même vers Jérusalem. Ce dont le déluge697 se retira tout d'abord, c'est le Rocher698 de Jérusalem; il y sera soufflé dans la trompette699 au jour du jugement; Allah y rassemblera les créatures; le Paradis sera transporté à Jérusalem; la porte du ciel sera ouverte sur Jérusalem; Allah absoudra ceux qui viendront à Jérusalem, et ils seront dégagés de leurs fautes [et redeviendront] comme au jour où leur mère les enfanta.
Allah dit à Moïse: « Va-t'en vers Jérusalem, car il y a là ma lumière et mon feu », et Allah a garanti à quiconque y viendra que le pain quotidien ne lui fera pas défaut.
L'envoyé d'Allah a dit: « Vous émigrerez vers le lieu où émigra Abraham (c'est-à-dire Jérusalem), car quiconque prie deux rakas à Jérusalem est dégagé de ses fautes, [et redevient]
comme au jour où sa mère lui donna le jour; à chaque poil de son corps, il aura cent lumières aux yeux d'Allah; et Allah, au jour du jugement, le réunira aux prophètes ».
Allah dit à Salomon, fils de David, lorsqu'il eut terminé la fondation de Jérusalem:
-« Demande-Moi, et je te donnerai.
- 0 Seigneur! je Te demande de me pardonner ma faute.
- C'est accordé.
-Seigneur! quiconque viendra vers ce temple avec le seul désir d'y prier, je Te demande de le dégager de ses fautes, afin qu'il redevienne comme au jour où sa mère l'enfanta.
- C, est accordé.
- Je Te demande de rendre riche celui qui arrivera pauvre et de guérir celui qui arrivera malade,
- C'est accordé. - je Te demande d'avoir l'il sur Jérusalem jusqu'au jour du jugement.
- C'est accordé .
L'Envoyé d'Allah a dit: « On ne peut se diriger vers quelque chose de supérieur à ces trois mosquées: la mosquée du haram700 , ma rnosquée701 et la mosquée de Jérusalem; une seule prière à. Jérusalem vaut mieux que mille prières partout ailleurs; à quiconque en supporte patiemment l'adversité et les duretés, Allah apportera le pain quotidien devant, derrière, à droite, à gauche, au-dessus et au-dessous, de sorte qu'il se sustentera commodément et entrera ensuite au Paradis ».
Jérusalem est la première terre quAllah bénit; Allah y annonça à Abraham et à Sara la naissance d'Isaac; Il y annonça à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste; les anges y escaladèrent le mihràb contre David702 ; l'entrée en est interdite à l'Antéchrist, ennemi d'Allah; Gog et Magog seront anéantis autour de Jérusalem.
Adam a recommandé qu'on l'y inhumât; de même Isaac et Jacob; Jacob y fut transporté de la terre d'Égypte; Marie y fut inhumée; c'est là que prendront place le Siràt 703, la vallée de la Géhenne et la « présence divine »704 ; c'est là que les hommes se rassembleront et se dis- perseront [pour le jugement dernier]; c'est là qu'Allah pardonna à David; c'est là qu'Abraham ajouta foi à sa vision705 ; c'est là que Jésus, dans son berceau, fit un discours aux gens 706 ; c'est vers elle que seront amenés le Paradis et l'Enfer, au jour du jugement.
Ka'b a dit: «Celui qui visite Jérusalem, entre au Paradis; tous les prophètes l'ont visitée et ont désiré la voir; celui qui »jeûne un seul jour à Jérusalem se trouve ainsi affranchi du feu infernal; il n'est d'eau douce qui ne sorte de dessous le Rocher qui se trouve à Jérusalem ».
ibn 'Abbàs, à propos de la parole divine707 :
-Nous vous faisons boire de l'eau douce », déclare: « Il s'agit de quatre fleuves: le Saybàn, le Gaybàn, l'Euphrate et le Nil d'Égypte; le Saybàn c'est le Tigre; le Gaybàn c'est l'Oxus708 ; quant à l'Euphrate c'est celui qui passe à Kufa ».
Ka'b a dit: « Salomon, fils de David le prophète, avait 700 concubines et 300 épouses légitimes; Allah lui inspira par révélation de bâtir Jérusalem; il la faisait donc à l'aide des génies et des humains; la nourriture qu'il leur donnait quotidiennement se composait en viande de 60 000 ovins, 20 000 veaux, 20 000 paires de bufs709 et de la quantité de froment appropriée ».
Ka'b a dit: « Adam descendit dans 1'Inde; alors il se prosterna, et son front toucha la Sahra710 de Jérusalem ».
Il a dit aussi: « Ne la nommez pas Iliyà, mais Bayt al-Maqdis; Iliyà n'est qu'une femme, fille de Bayt al-Maqdis »711 .
Et encore: « Celui qui, venu à Jérusalem, y demande une chose à Allah,'est assuré d'être exaucé s'il lui demande [ensuite] autre chose ».
On a rapporté ces paroles d'ibn 'Abbâs: «Jérusalem fut bâtie par les prophètes, habitée par les prophètes; elle ne contient pas l'espace d'un empan où un prophète n'ait prié, où un roi ne se soit arrêté ».
On a rapporté ces paroles d'ibn 'Abbâs: «Jérusalem fut bâtie par les prophètes, habitée par les prophètes; elle ne contient pas l'espace d'un empan où un prophète n'ait prié, où un roi ne se soit arrêté ».
Léchelle de Mahomet: une parodie médiévale du miraj.
(Bonaventure de Sienne, Liber Scale Machometi III-IV)712 .
Pendant que moi, Mahomet, monté sur cette bête. comme vous l'avez compris d'après ce qui précède, je me dirigeais vers le Temple de Jérusalem, le saint ange Gabriel marchait à ma droite ; il me rapportait maintes choses étonnantes que je me réjouissais beaucoup d'entendre et qui me plaisaient beaucoup. Et pendant que nous cheminions de la sorte et que les étonnants récits de Gabriel, voici que jentendis une voix qui m'appela une fois fort doucement et dit : « Eh! Mahomet! ». Mais moi, je ne me souciai nullement de regarder dans la direction d'où la voix était venue ; bien au contraire, sans rien répondre,je poursuivis mon chemin. Quand j'eus continué à marcher pendant un long moment, j'entendis une autre voix qui m'appela deux fois avec force en ces termes : « Eh! Mahomet, attends-moi ! » Moi, je ne répondis pas et ne me souciai pas de regarder dans la direction d'où s'était élevée cette voix, mais je passai outre, poursuivant mon chemin. Quand j'eus cheminé de la sorte assez longtemps, voici que je vis une dame, la plus belle que j'aie jamais vue de ma vie, qui, revêtue d'habits de toutes les couleurs imaginables, me dit à trois reprises d'un ton fort doux mais d'une voix forte : Eh! Mahomet, attends-moi un petit peu! » Moi, je l'attendis et quand elle se fut approchée et voulut me parler, je la laissai là, comme si J'éprouvais pour elle un profond dédain, et je passai mon chemin. Au bout de quelques instants, Gabriel me regarda et dit : « Mahomet, je viens de me rendre compte qu'il y avait beaucoup de sagesse en toi et je vais te dire pourquoi. Sache que la première voix qui t'a appelé était la loi des juifs et si tu lui avais répondu, tout ton peuple serait devenu juif. » Ensuite il m'interrogea pour que je lui dise si je savais ce qu'était la seconde voix qui mavait appelé. Moi, je lui répondis : « Non, Dieu seul le sait. » Alors Gabriel : « Sache que cette voix était la loi des Chrétiens et si tu lui avais répondu, tout ton peuple aurait embrassé la foi chrétienne. » Après cela, je dis à Gabriel : « Maintenant que tu m'as éclairé et renseigné sur ces deux points,j'e te demande de me dire qui était cette belle dame qui m'a appelé en dernier et a voulu me parler. » Il me dit : « Sache que cette dame vêtue de toutes les couleurs représente le monde qui est plein de délices. Sache que puisque tu l'as attendue, ton peuple aura plus de consolations et de délices que tous les autres peuples qui ont été ou seront. Mais comme tu l'as laissée là avec dédain et que tu ne t'es pas soucié de lui répondre, tu seras sans péché, encore plus que ne le furent tous les autres prophètes jusquà ce jour ou que ne le seront les prophètes à venir. » Après ces mots, il se tut et me conduisit au temple dont il a été question. Lorsque nous fûmes devant la Porte du Temple, il me dit de descendre près d'une pierre noire auprès de laquelle descendent habituellement les prophètes ; je descendis et, quand je fus descendu, Gabriel attacha Alborak à cette pierre avec les rênes et, me prenant par la main, me conduisit au Temple.
Quand moi, Mahomet, je fus entré dans le Temple précédemment nommé et Gabriel avec moi,voici queje trouvai là tous les prophètes qui se tenaient tout le long du mur à l'intérieur du Temple ; Dieu les avait fait venir là et sortir de leurs tombeaux pour m'honorer. Ils se tenaient tous là debout sur leurs pieds en m'attendant. Quand ils me virent, tous se mirent à prier. Alors Gabriel me dit : « Passe devant moi, Mahomet, et prie devant les autres puisque tu es le roi de tous les prophètes et le maître de tous les peuples. » Entendant cela,je m'avançai et fis deux courtes oraisons. Puis je me relevai et aussitôt tous les prophètes me saluèrent et me firent grand honneur ; me serrant sur leur cur, ils me donnèrent de bonnes nouvelles sur le très grand bonheur que Dieu avait prévu pour moi et pour mon peuple tout entier. Chacun d'entre eux s'enquit de mes actions et il n'y en eut pas un qui ne montrât qu'il désirait ouvertement que Dieu me fasse du bien et de l'honneur ; et même, après cela, tous le demandèrent à Dieu pour moi.
3. Vestiges hagiographiques.
Pour compenser le manque dépisodes miraculeux, surtout en comparaison avec la vie du Christ713 , la tradition populaire, dans une conception très chrétienne va composer quelques récits, qui sont vite effacés dans les versions officielles des "Vies de Prophètes".
L'exorciste et l'épileptique.714
(ibn Ishaq, Sira).715
Une femme lui amena son fils, âgé de sept ans, qui succombait à des crises d'épilepsie deux fois par jour.
-Approche-le, lui dit-il.
Elle l'approcha, il lui cracha dans la bouche et dit:
-Sors, ennemi d'Allâh! Je suis l'envoyé d'Allâh!
Le miracle716 du muet.
(ibn Ishaq, Sira).717
Une femme avançant d'un pas lourd lui amena son fils et dit:
-Ô Envoyé d'Allâh, mon fils n'a point parlé depuis sa naissance.
-Approche-le, lui dit-il.
Elle l'approcha. Il lui demanda:
-Qui suis-je.
-Tu es l'envoyé d'Allâh, répondit-il.
Chapitre 44
Chronologie
d'un
corpus textuel
En attendant que soit publiée enfin une édition scientifique du Coran, à laide de documents originaux718, voici une remise en ordre réalisée par R. Blachère, dans sa seconde traduction, puis par J. Chabbi, dans son remarquable ouvrage Le Seigneur des Tribus. Ces deux tentatives renversent lordre traditionnel, totalement arbitraire (globalement, de la plus longue sourate à la plus courte), et datant du califat dOthman. Dès le départ, la confrontation avec la réalité est insupportable, le vraisemblable est rejeté, et le texte est manipulé de manière psychotique.
On remarquera aisément que les deux versions ne saccordent pas exactement: le débat est ouvert pour léternité. Une solution consite à découper de manière encore plus fine, à lintérieur de chaque sourate, et de mettre au rebut tous les versets clairement apocryphes ( et même de se débarrasser définitivement des sourates, bien plus tardives que le contenu du texte).
Ainsi seulement la recherche pourra approcher un peu plus létat natif du texte (pour peu quil existe, quil ne soit pas un mirage, et que sa quête ne soit pas parfaitement utopique).
§. 260: deux tentatives.
R. BLACHÈRE.
Première période mecquoise.
L'Adhérence (XCI, v-.1-5),
Celui couvert dun manteau (LXXIV,v.1-7),
Les Qoraïch (CVI),
La Clarté diurne. (XCIII),
N'avons nous point ouvert ? (XCIV),
Le Destin (CIII),
Le Soleil (XCI),
L'Aide (CVIII),
L'Astre nocturne (LXXXVI),
Le mont des Figuiers (XCV),
Le Séisme719 (XCIX),
Celle qui fracasse (CI),
Celles qui galopent (C),
La Nuit (XCII),
Quand le Ciel sentrouvrira (LXXXII),
Le Très-Haut (LXXXVII),
Il s'est renfrogné (LXXX),
L'Obscurcissement (LXXXI),
La Déchirure (LXXXIV),
Celles qui tirent (LXXIX),
Celle qui couvre (LXXXVIII),
La montagne (LII),
L'Échéante (LVI),
Celle qui doit venir (LXIX),
Celles qui sont envoyées (LXXVII),
L'Annonce (LXXVIII),
La Résurrection. (LXXV),
Le Bienfaiteur (LV),
La Destinée (XCVII),
L'Étoile (LIII),
La Rivalité (CII),
L'Adhérence (XCVI), v. 6-19,
Les Degrés (LXX),
Celui qui s'est enveloppé, (LXXIII),
L'Homme (LXXVI),
Les Fraudeurs (LXXXIII),
Celui couvert dun manteau (LXXIV, v. 8-55),
La Corde (CXI),
L'Abondance, (CVIII),
Le Calomniateur (CIV),
La Ville (XC),
L'Éléphant (CV),
L'Aube (LXXXIX),
Les Constellations (LXXXV),
Le Culte (CXII),
Les Infidèles (CIX),
La Liminaire (I),
L'Aurore (CXIII),
Les Hommes (CXIV).
Deuxième période mecquoise.
Celles qui vont (LI),
La Lune (LIV),
Le Calame (LXVIII),
Celles qui sont en rangs (XXXVII),
Noé (LXXI),
La Fumée (XLIV),
Qâf (L),
Ta'Ha' (XX),
Les Poètes (XXVI),
al Hijr (XV),
Marie (XIX),
Sâd (XXXVIII),
Yâ'Sîm (XXXVI),
Les Ornements (XLIII),
Les Djinns (LXXII),
La Royauté (LXVII),
Les Croyants (XXIII),
Les Prophètes (XXI),
La Salvation (XXV),
Les Fourmis (XXVII),
La Caverne (XVIII).
Troisième période mecquoise.
La Prosternation (XXXII),
Elles ont été rendues intelligibles (XLI),
L'Agenouillée (XLV),
Le voyage Nocturne ou Les Fils d'Israël (XVII),
Les Abeilles (XVI),
Les « Romains » (XXX),
Houd (XI),
Abraham (XIV),
Joseph (XII),
Le Croyant (XL),
Le Récit (XXVIII),
Les Groupes (XXXIX),
L'Araignée (XXIX),
Loqman (XXXI),
La Délibération (XLII),
Jonas (X),
Les Sabâ (XXXIV),
Créateur ou les Anges (XXXV),
Les A'râl (VII),
Al Ahqâf (XLVI),
Les Troupeaux (VI),
Le Tonnerre (XIII).
Période médinoise.
La Génisse (II),
La Preuve (XCVIII),
La Mutuelle Duperie (LXIV),
Le Vendredi (LXII),
Le Butin (VIII),
Mahomet (XLVII),
La famille de Imrân (III),
Le Rang (LXI),
Le Fer720 (LVII),
Les Femmes (IV),
La Répudiation (LXV),
Le Rassemblement (LIX),
Les Factions (XXXIII),
Les Hypocrites (LXlII),
La Lumière (XXIV),
La Discussion (LVIII),
Le Pèlerinage (XXII),
Le Succès (XLVIII),
Déclarer illicite (LXVI),
L'examinée (LX),
Le Secours victorieux (CX),
Les appartements (XLIX),
Revenir de l'erreur ou l'Immunité (IX),
La Table servie (V).
J. CHABBI.
Sourate 1: XCVI, al-'Alaq, versets 1-5
Sourate 2: LXVIII, al-Qalam, les versets 17-33 et 48-50 sont considérés comme médinois.
Sourate 3: LXXIII, al-Muzzammil, les versets 10, 11, 20 sont considérés comme médinois. Sourate 4: LXXIV, al-Muddatlithir
Sourate 5: 1, al-Fâtiha.
Sourate 6: CXI, al-Masad.
Sourate 7: LXXXI, at-Takwîr.
Sourate 8: LXXXVII, al-A'lâ.
Sourate 9: XCII, al-Layl.
Sourate 10: LXXXIX, al-Fadjr
Sourate 11: XCIII, ad-Duhâ.
Sourate 12: XCIV, ash-Sharh.
Sourate 13: CIII, al-'Asr
Sourate 14: C, al- 'Âdiyât.
Sourate 15: CVIII, al-Kawthar.
Sourate 16: CII, at-Takâthur
Sourate 17: CVII, al-Mâ 'ûn.
Sourate 18: CIX, al-Kâfirûn.
Sourate 19: CV, al-Fîl.
Sourate 20: CXIII, al-Falaq.
Sourate 21: CXIV, an-Nâs.
Sourate 22: CXII, al-Ikhlâs.
Sourate 23: LIII, an-Nadjm.
Sourate 24: LXXX, 'Abasa.
Sourate 25 : XCVII, al-Qadr
Sourate 26: XCI, ash-Shams.
Sourate 27: LXXXV, al-Burûdj.
Sourate 28: XCV, at-lîn (cette sourate a été omise dans le classement de T. E. Welch).
Sourate 29: CVI, Quraysh.
Sourate 30: CI, al-Qâri'a.
Sourate 31: LXXV, al-Qiyâma.
Sourate 32: CIV, al-Himaza.
Sourate 33: LXXVII, al-Mursalât, le verset 48 est considéré comme médinois.
Sourate 34: L, Qâf, le verset 38 est considéré comme médinois.
Sourate 35: XC, al-Balad.
Sourate 36: LXXXVI, at-Târiq.
Sourate 37: LIV, al-Qamar, les versets 54-56 sont considérés comme médinois.
Sourate 38 XXXVIII, Sâd.
Sourate 39: VII, al-A 'râf, les versets 163-170 sont considérés comme médinois.
Sourate 40: LXXII, al-Djinn.
Sourate 41: XXXVI, Yâsîn, le verset 36 est considéré comme médinois.
Sourate 42: XXV, al-Furqân, les versets 68-70 sont considérés comme médinois.
Sourate 43: XXXV, Fâtir
Sourate 44: XIX, Maryam, les versets 58 et 71 sont considérés comme médinois.
Sourate 45: XX. Tâhâ', les versets 130 et 131 sont considérés comme médinois.
Sourate 46: LVI, al-Wâqi'a, les versets 71, 72 sont considérés comme médinois.
Sourate 47:XXVI,, ash-Shu'arâ', les versets 197, 224-227 sont considérés comme médinois.
Sourate 48: XXVII, an-Naml.
Sourate 49: XXVIII, al-Qasas, les versets 52-55 sont considérés comme médinois. Le verset 85 aurait été révélé pendant l'hégire.
Sourate 50: XVII, al-Isrâ', les versets 26, 32, 53, 57, 73-80 sont considérés comme médinois.
Sourate 51: X, Yûnus, les versets 40, 94-96 sont considérés comme médinois.
Sourate 52: XI, Hûd, les versets 12, 17, 114 sont considérés comme médinois.
Sourate 53: XII, Yûsuf, les versets 1-3, 7 sont considérés comme médinois.
Sourate 54: XV, al-Hidjr
Sourate 55: VI, al-An'âm, les versets 20, 23, 91, 114, 141,151-153 sont considérés comme médinois.
Sourate 56: XXXVII, as-Sâffât.
Sourate 57: XXXI, Luqmân, les versets 27-29 sont considérés comme médinois.
Sourate 58: XXXIV, Saba, le verset 6 est considéré comme médinois.
Sourate 59: XXXIX, az-Zumar, les versets 52-54 sont considérés comme médinois.
Sourate 60: XL, Ghâfir
Sourate 61: XLI, Fussilat.
Sourate 62: XLII, as-Shûrâ, les versets 23-25, 27 sont considérés comme médinois.
Sourate 63: XLIII, az-Zukhruf, le verset 54 est considéré comme médinois.
Sourate 64: XLIV, ad-Dukhân.
Sourate 65: XLV, al-Djâthiya, le verset 14 est considéré comme médinois.
Sourate 66: XLVI, al-Ahqâf, les versets 10, 15, 36 sont considérés comme médinois.
Sourate 67: LI, adh-Dhâriyât.
Sourate 68: LXXXVIII, al-Ghâshiya.
Sourate 69: XVIII, al-Kaf, les versets 28, 83-101 sont considérés comme médinois.
Sourate 70: XVI, an-Nahl, les versets 126, 127, 128 sont considérés comme médinois.
Sourate 71: LXXI, Nûh
Sourate 72: XIV, Ibrâhîm, les versets 28, 29 sont considérés comme médinois.
Sourate 73: XXI, al-Anbiyâ'.
Sourate 74: XXIII, al-Mu'minûn.
Sourate 75: XXXII, as-Sadjda, les versets 16-20 sont considérés comme médinois.
Sourate 76: LII, at- Tûr
Sourate 77: LXVII, al-Mulk.
Sourate 78: LXIX, al-gâqqa (cette sourate a été omise dans le classement d'A. T. Welch)
Sourate 79: LXX, al-Ma'âridj.
Sourate 80: LXXVIII, an-Naba'.
Sourate 81: LXXIX, an-Nâzi,'ât.
Sourate 82: LXXXII, al-Infitâr
Sourate 83: LXXXIV, al-Inshiqâq.
Sourate 84: XXX, ar-Rûm, le verset 17 est considéré comme médinois.
Sourate 85: XXIX, al-'Ankabût, les versets 1-11 sont considérés comme médinois.
Sourate 86: LXXXIII, al-Mutaffifin.
"MOMENT DE L'HÉGIRE".721
Sourate 87: II, al-Baqara, le verset 281 est considéré comme médinois plus tardif.
Sourate 88: VIII, al-Anfâl, les versets 30-36 sont considérés comme mekkois.
Sourate 89: III, Âl 'Imrân.
Sourate 90: XXXIII, al-Ahzâb.
Sourate 91: LX, al-Mumtahana.
Sourate 92: IV, an-Nisâ'.
Sourate 93: XCIX, az-Zalzala 722 .
Sourate 94: LVII, al-Hadîd.
Sourate 95: XLVII, Muhammad, le verset 13 aurait été révèlé pendant l'hégire.
Sourate 96: LV, ar-Rahmân.
Sourate 97: XIII, ar-Ra'd 723
Sourate 98: LXXVI, al-Insân 724
Sourate 99 : LXV, at-Talâq.
Sourate 100: XCVIII, al-Bayyina.
Sourate 101: LIX, al-Hashr.
Sourate 102: XXIV, an-Nûr
Sourate 103: XXII, al-Hadjdj.
Sourate 104: LXIII, al-Munâfiqûn.
Sourate 105: LVIII, al-Mudjâdala.
Sourate 106: XLIX, al-Hudjurât.
Sourate 107: LXVI, at-Tahrîm.
Sourate 108: LXIV, at-Taghâbun.
Sourate 109: LXI, as-Saff.
Sourate 110: LXII, al-Djum'a.
Sourate 111: XLVIII, al-Fath.
Sourate 112: V, al-Mâ'ida.
Sourate 113: IX, at-Tawba, les versets 128, 129 sont considérés comme mekkois.725
Sourate 114: CX, an-Nasr .
Appendice poëtique.
Un verset hugolien.726
Qu'il soit encore permis de plaisanter: dans la Légende des Siècles, Victor Hugo a reçu l'inspiration d'écrire un verset du Coran, à sa façon: un agréable exercice de paraphrase.
La terre tremblera d'un profond tremblement,
Et les hommes diront: qu'a t-elle ? en ce moment,
Sortant de l'ombre en foule ainsi que des couleuvres,
Pâles, les morts viendront pour regarder leurs oeuvres.
Ceux qui firent le mal le poids d'un fourmi
Le verront, et pour eux Dieu sera moins ami;
Ceux qui firent le bien ce que pèse une mouche
Le verront, et Satan leur sera moins farouche.
1 Paris, 1880.
2 Paris, 1884.
3 Début de prédication et non "révélation" comme cela est écrit dans nombre d'ouvrages. Le premier terme est d'une réalité historique assez admissible, tandis que le second ne peut guère être montré comme une certitude.
4 Le mot est pris ici sans but polémique: les idées religieuses de Muhammad poussent ses disciples vers un nouveau comportement qui les sépare du reste de la population ; à ce stade, la personnalité du dirigeant du groupe minoritaire est primordial ; cest avec le passage à Médine que lislam (qui na pas encore ce nom) devient une religion, un mouvement majoritaire puis totalitaire, qui fournit la norme dune communauté ; J. Vernette, Les sectes, Paris, 1996; George Makdisi, Dominique Sourdel et Janine Sourdel-Thomine..., Prédication et propagande au Moyen âge : Islam, Byzance, Occident = Preaching and propaganda in the Middle ages = Islam, Byzantium, West (Penn-Paris-Dumbarton Oaks colloquia 3 ; 1980)
5 Cook 1983, p. 35.
6 Le meilleur exemple est celui de lintégration décorative et superficielle de larchange Gabriel à ces épisodes: son ampleur, ses ailes, sa couleur, etc... C'est un comme si l'aniconisme musulman trouvait là un massif retour du refoulé, car il ne peut exprimer sa foi, son imaginaire, sa créativité comme toutes les autres civilisations; cf. les immenses et précises fresques chrétiennes partout en Orient.
7 Il est exclu du fait de sa composition très postérieure, et de son organisation tout à fait artificielle.
8 V. Popp, Von Ugarit nach Samarra, in K-H. Ohlig, Der Frühe Islam, ein historisch-kritische Rekonstruktion anhand Zeitgenössischen Quellen, Berlin 2007, p. 20: Der byzantinisch-sassanidische Konflikt in der Zeit von 590-630 ; P.-L. Gatier, "La dernière guerre entre Byzance et les Perses 603-630", in Th. Bianquis éd., Lexpansion de lIslam Nouvelle Clio. .
9 E. Beck, Die Sure al Rum (30), Orientalia 13, 1944 et 14, 1945; M. Bonner, N. M. el Cheikh, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Byzantines; M. Götz, Zum historischen Hintergrund von Sure 30,1-5, Fest. Caskel Leiden 1968; N. M. el Cheikh, Surat al Rum. A Study in exegital literature, Journal of the American Oriental Society 188, 1988.
10 Le sujet a beaucoup inspiré les historiens : P. Peeters, "La prise de Jérusalem par les Perses", Mélanges de l'Université Saint Joseph 9, 1923-4 ; Comte Couret (trad.) "La prise de Jérusalem par les Perses", Revue de l'Orient Chrétien 2, 1897 ; C. Clermont-Ganneau, "The taking of Jerusalem by the Persians AD 614", Palestine Exploration fund quarterly statement 1898 ; S. Vailhé, "La prise de Jérusalem par les Perses en 614", Revue de l'Orient Chrétien 6, 1901; Brannon M. Wheeler, Imagining the Sasanian Capture of Jerusalem: The Prophecy and Dream of Zerubbabel and Antiochus Strategos Capture of Jerusalem, Orientalia Christiana Periodica 57, 1991; Rivka Nir, The Destruction of Jerusalem and the Idea of Redemption in the Syriac Apocalypse of Baruch Atlanta: 2003; S. Weksler-Bdolah, The Fortification of Jerusalem in the Byzantine Period, ARAM 18-2006; P.-L. Gatier,"Les Perses à Jérusalem : la fin dun monde", LHistoire, 332, juin 2008; id.,"La dernière guerre entre Byzance et les Perses (603-630)", in Th. Bianquis éd., Lexpansion de lIslam (Nouvelle Clio) .
11 J.M. Fiey, "The last byzantine campaign into Persia and ints influence on the attitude of the local populations towards the muslim conquerors", in Bakhit (ed.) Bilad al Sham during the early islamic period, Amman 1986.
12 Ce n'est sans doute pas le fruit du hasard: on peut envisager le fait que cette date fameuse ait été prise comme référence chronologique non parce qu'elle évoque le départ d'un individu entre deux villes arabes, ce qui n'a en soi aucune importance, mais parce qu'elle correspond à l'année d'une offensive chrétienne de grande envergure et couronnée de succès ; cf. partie IX.
13 R. Hoyland, Early islam as others saw it, p. 634-5 ; il sagit dune reconstitution par l'auteur.
14 Indice des mauvaises relations judéo-chrétiennes de ce temps, depuis Justinien.
15 En face de Constantinople.
16 Relation rapide de la présence de Mahomet à Yathrib.
17 Ed. State fo New York University; Norman H. Baynes, "The restoration of the Cross at Jerusalem". The English Historical Review 27 1912.
18 Ed. F. Macler, Paris 1904.
19 Trad. F. Macler.
20 Source: risala.net.
21 La Syrie.
22 Trad. F. Macler.
23 Année 629.
24 Il expulse aussi les juifs de la ville.
25 Migne, Patr. Gr. 86, col. 1351.
26 Midrash Rabbba I 42, 1 (Trad. B. Maruani/ A. Cohen-Arazi, 1987).
27 Commentaire sur les Ecritures dans la tradition hébraïque.
28 Cité par D. Masson, Monothéisme...
29 Rome.
30 Les Perses.
31 Israël.
32 Le texte peut fort bien être chrétien dans son inspiration.
33 cf. Apocalypse 6/12.
34 Apocalypse 6/14.
35 Le paradis.
36 ARZ.
37 La main droite.
38 L'Arabie Saoudite actuelle, Etat totalitaire, isolé et sclérosé, est une représentation caricaturale et repoussante de l'Arabie antique. Auparavant, celle-ci était un carrefour commercial et culturel, traversé de voies de passages actives et animées.
39 V. Popp, Von Ugarit nach Samarra, in K-H. Ohlig, Der Frühe Islam, ein historisch-kritische Rekonstruktion anhand Zeitgenössischen Quellen, Berlin 2007, p. 31 Spiegelung der Zeitgenössischen Kontexte in Koran.
40 Ed. State of New York University.
41 ASHAB.
42 Les zoroastriens ne constituent pas vraiment une religion païenne. Ils suivent une doctrine largement monothéiste, et dotée dun livre sacré ; cf. partie V.
43 Asbad al Nozul, Le Caire, 1315, 259.
44 L. L. Kern, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. companions of the prophet.
45 Même phénomène pour la batalle de Buath, qui lui permet dentrer à Yathrib.
46 Cité par R. Hoyland, Islam as others...
47 RUM:les Byzantins ; cest la seule fois quune puissance politique est mentionnée dans le livre; N. M. el Cheikh, Surat al-Rum: A study of the exegetical literature , Journal of the American Oriental Society 118, 1998.
48 Muhammad.
49 NUBUWWA ; le mot "prophète" est d'origine grecque; c'est celui qui "parle avant les autres"; F. Rahman, Prophecy in islam, Londres 1958; B. Uffenheimer, Prophecy, NUMEN 29-1982; M. E. Marmura, Avicennas psychological proof of prophety, Journal of the Near East Studies 22, 1963
50 GHULIBAT AL RUM.
51 FI ADNA ARD. Certainement la Syrie, ou la Palestine (et Jérusalem): les limites de l'Arabie.
52 La sourate peut avoir des sens contraires selon la traduction. Mais le contexte conduit à préférer ce sens.
53 BIZ'I SINÎRI.
54 Dans la présentation de cet épisode, les précautions sont de mise dans lemploi du vocabulaire.
55 Les Vies de Saints de la tradition chrétienne orientale mentionnent aussi des états de transes mystiques ; cf. D. Burton-Christies, The word in the desert: scripture and the quest for holiness in early christian monasticism, Oxford 1993; A. Vööbus, History of ascetism in the syrian desert, Louvain 1958-60.
56 Tentative remarquable dans R. Blachère, Le problème de Mahomet, Paris, 1952, E.J. F. Rondeau du Noyer, Mahomet, Etude médico-psychologique, Paris, 1865 ; et surtout T. Andrae, Mahomet, sa vie et sa doctrine, Paris, 1945, qui sont les auteurs les plus originaux dans le domaine ; le comportement de Muhammad est à rapprocher de celui des saints du christianisme syrien pour toutes ces questions de psychologie religieuse, cf. M. Argyle, The psychological explanation of religious experience, Psyche Logos 11, 1990; R. Bell, "Mohammed's Call," The Muslim World, 24 (1934); Tor Andrae, Of Revelation, id. 23, 1933; R. Bell.Muhammad's visions, id. 24, 1934.; G. W. Broomfield, The psychology of Mohammed, id. 16, 1926; E.J.F. Rondeau Du Noyer, Mahomet : Etude médico-psychologique (Mémoire ou thèse ) Paris,1865; A. J. Arberry, Revelation and Reason in Islam Londres, 1957. Mohammed Arkoun, The Notion of Revelation, Die Welt des Islam 28, 1988; Nagra Al Tuhami, "Le problème de la révélation (wahy) selon le credo musulman", Islamochristiana, Rome 1978; C. G. Jung, Psychology and Religion , Yale, 1992; J. H. Leuba,. The Psychology of Religious Mysticism , New York, 1925; id., The Psychological Origin and the Nature of Religion, Folcroft, 1978; A. Adler, E. Jahn, Religion and Psychology , Francfort, 1933..
57 TANZIL:WAHY ; le mot doit être évité, dans tout travail scientifique. La notion de révélation est bien sûr présente dans le Corpus Coranique en 42/52, 43/4, 45/16, 46/12, 47/20, 52/2-3, 56/80, 57/16, 57/25, 57/26, 66/12, 69/43, 74/31, 74/52, 80/13, 98/1, 98/4, 98/6.
58 J. Chabbi, Le Seigneur des tribus, p. 63.
59 Dans le Coran et les hadiths, Mahomet est habituellement appelé le messager d'Allah (RASUL) (« le messager », « l'envoyé »), plus de 200 fois dans le Coran. Il est également désigné par l'expression prophète ( AN NABI, « le prophète »). Ces deux appellations renvoient à une distinction faite en islam entre deux catégories de personnes investies d'une mission apostolique ; les messagers d'Allah, appelés aussi envoyés d'Allah, sont d'après la terminologie islamique les personnages ayant reçu la révélation de lois abrogeant les lois des messagers qui les auront précédés, avec l'ordre de le transmettre aux hommes, tandis que les prophètes reçoivent une révélation par les mêmes voies ainsi que l'ordre de transmettre un message aux hommes mais ce message ne leur est pas propre, il est celui du messager qui les aura précédés. Selon cette classification, tout messager est un prophète mais ce n'est pas tout prophète qui est messager. Les uns comme les autres reçoivent la révélation mais seuls les messagers reçoivent un livre ou une loi nouvelle. Selon la tradition musulmane il y aurait 124 000 prophètes et 313 messagers, le premier d'entre eux étant Adam, le premier des humains, et le dernier, Mahomet, l'un comme l'autre étant des prophètes messagers (adapté de l'encyclopédie Wikipédia). On peut ajouter que NABI, de l'hébreu NEBI limite sa mission à la parole, à la présentation du monothéisme ; le RASUL apporte en plus les lois, modèle de comportement, direction politique ; cf. J. Jomier, "La notion de prophète dans l'islam", Bulletin du Secretarius pro non christianis 18, 1971; W. A. Bijlefeld, A prophet and more than a prophet?, The Muslim World 59, 1969
60 LIgnorance et les pratiques païennes des Arabes ; cf. partie II.
61 Les apports de Muhammad selon ibn Hisham se résument de façon remarquable: la doctrine, par la loi, le rituel, par le pèlerinage.
62 Al Jurjani, Livre des Définitions, ed. M. Gloton, Beyrouth 2005.
63 WAHYI.
64 ILHAM.
65 NABAHA.
66 RUYA SALIHA.
67 TANZIL AL KITAB.
68 Trad. De Slane 1863.
69 G. Lapassade, La transe, Paris, 1990; G . A n d r e , E c s t a t i c P r o p h e s y i n t h e O l d T e s t a m e n t , i n N . H o l m , e d . R e l i g i o u s E c s t a s y , S t o c k h o l m , 1 9 8 2 .
70 Tabari, Histoire des prophètes, Mohamed, Sceau des prophètes, Paris, 1980 (trad. Zotenberg). Il s'agit de la version persane abrégée.
71 Il a donc 41 ans, dans cette version.
72 RUYA; R. Bell, "Muhammad's Visions," Muslim World, 24 (1934); T. Andrae, "Die legenden von der berufung Muhammeds," Le Monde Oriental, 6, 1912.
73 Tabari, mentionné par l'abréviateur persan.
74 C'est une façon de rejeter la prophétie de Jésus, mort, selon les chrétiens vers 33 ans.
75 Il sagit de lêtre humain en général ; il y a sans doute contamination du sujet avec lexpérience religieuse de lauteur ; on est surpris de voir que lhomme doive attendre cet âge pour devenir musulman... Ce passage est en effet un mélange mal maîtrisé dautres sourates.
76 Musulmans.
77 R. Bell.Muhammad's visions, The Muslim World 24, 1934.
78 Un démon.
79 Le geste est ouvertement maternel: Khadija compense l'absence de mère, pour un Muhammad resté dans l'enfance par bien des aspects.
80 TAHANNUTH ; G.R. Hawting, Encyclopédie de l'Islam2 X p. 106 ; M. J. Kister, "al Tahannuh: an inquiry into the meaning of a term", Bulletin of the School of Oriental and African Studies 31, 1968.
81 Cf. partie VII; G. W. Broomfield, The psychology of Mohammed, The Muslim World 16, 1926
82 ibn Sad, Tabaqat I 1, 112.
83 Jésus dans le désert, Moise sur la montagne.
84 ibn Hisham, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. A. Guillaume, Oxford 1967. Réédité plusieurs fois depuis, notamment au Pakistan.
85 Donc, il sagit dun rituel païen ; cf. M.J. Kister, al Tahannuth: an inquiry into the meaning of a term, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 31, 1968, p. 223-36.
86 La précision de l'auteur indique qu'à cette époque très postérieure, personne ne sait plus à quoi cela correspond.
87 Mois sacré à lépoque pré-islamique.
88 A. A. Duri, Al Zuhri: a study on the beginnings of historical writing in islam, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 19, 1957 ; M. Lecker, Biographical notes on ibn Shihab al Zuhri, Journal of Semitic Studies 41, 1996; W. Raven, Encyclopaedia of the QuranV p. 32, sur al Zuhri; Nabia Abbott, "Hadith Literature-- II Collection and Transmission of Hadith." in A.F.L. Beeston, et al (Eds.), Arabic Literature to the End of the Umayyad Period, Cambridge, 1983 ; Andrew Rippin, "Al-Zuhri, Naskh al-Qur'an and the problem of the early tafsir texts," Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 48, 1985
89 Cité par Watt 1958.
90 GHAR; le Corpus coranique ignore complètement la grotte comme contexte de la "révélation": c'est une invention de la Tradition musulmane, que J. Chabbi, a clairement identifiée.
91 Trad. Prémare 2002.
92 Cest très improbable. Il suit lhabitude dautres Mecquois, peut-être sous linfluence des ermites chrétiens.
93 Le calendrier pré-islamique est lunaire, comme le calendrier islamique.
94 Trad. Prémare 2002.
95 USBU, SUBU.
96 Allah.
97 ibn Sa'd, Tabaqat I-II, ed. Moinul Haq, Karachi (sans date).
98 BAD AL WAHY.
99 KHALWAT.
100 Ed. de la Pléiade, trad. Cheddadi, p. 347.
101 Corpus coranique 6/18.
102 A.-J. Festugière, Les moines dOrient, III/3, Les moines de Palestine, Cerf, 1963, p. 21.
103 Monastère.
104 Monastère.
105 Institution juive, conseil de décision de la communauté (du grec synédrion). Ici, le sens doit évoquer le désordre du monde profane.
106 Comput fiscal byzantin.
107 Trad. F. Nau, ROC, 18, 1913, p. 380.
108 Journée de la Pâque juive, moment de l'épisode de la multiplication des pains par le Christ.
109 Binyamin Abrahamov, "Religion versus Philosophy- the Case of Fakhr al-Din al-Razis Proofs of Prophecy, in Religion versus Science in Islam, A Medieval and Modern Debate", Oriente Moderno 19, 2000
110 Sur la pétrolâtrie et la dendrolâtrie, cf. partie III.
111 Récit dAbdur Rahman.
112 Cf. partie IV.
113 J. E. Campo, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. cave; Mgr Perrier (ed.), La grotte et le rocher dans les religions (colloque, novembre 2003 organisé par communications de l'Équipe des professeurs de l'Institut de sciences et théologie des religions de Marseille, Marseille, 2004
114 A ne pas confondre avec la ville chrétienne du nord de lArabie. Elle est aussi appelée JABAL AL NUR, "Montagne de la Lumière".
115 Ed. de la Pléiade, p. 499.
116 Vallée à lest de la Mecque où aurait eu lieu le sacrifice dAbraham, selon la tradition musulmane.
117 Une élite de dix personnages (ASHARAH MUBASHSHARAH), aurait un accès priviligé au paradis: Abu Bakr,' Omar, Othman, 'Ali, Talhah, az-Zubayr'.Abdu 'r-Rahman, Sa'd-ibn- Abu-Waqqas, Sa'id ibn Zaid, Abu 'Ubaydah ibn al-Jarrih.
118 M. Hamidullah, Le prophète de lislam, sa vie son oeuvre, Paris, 1998, p. 79-80 ; à cette occasion, exceptionnellement, on peut faire confiance à la bonne foi de lérudit. Il est meilleur et plus fiable en touriste qu'en historien!
119 L'endroit est un ancien sanctuaire voué au culte du feu ; mais Hamiddulah savant passablement ignare, l'ignore ; cf. partie IV.
120 On distingue jusquà sept moyens différents utilisés par Muhammad pour essayer de rentrer en contact avec la puissance surnaturelle. Nous n'avons pas de temps à consacrer à ces détails.
121 LAHILAT AL QADAR: la 27ème nuit du mois de ramadan ; l'islamologue C. Luxenberg a rapproché l'élaboration du mythe cette fameuse nuit d'un autre mythe, celui de la nuit de Noël ; cf. "Noël dans le Coran", in Enquêtes sur l'islam, Hommages A. Moussali, Paris 2004; cf. aussi Fethi Benslama, La nuit brisée : Muhammad et l'énonciation islamique, Paris, 1988; Franz Taeschner, Ein Gebet am Schlusse der Feier der "Nacht der Bestimmung" (Lailat ul-qadr, Kadir gecesi) , Die Welt des Islam 4, 1955; Imad A. Ahmad, "The dawn sky on Lailat-ul-qadr (Night of power)," Archaeoastronomy, 11, 1989-93
122 La traduction du mot varie ; le décret est alors le Coran ; la notion du nuit du décret est dorigine hébraïque et mésopotamienne: cf. Talmud, Rosh ha Shana I 2,16b, pour le jour du partage du destin de chacun pour lannée. Le dieu babylonien Marduk rédigeait aussi ses décrets sur des tablettes pour fixer les destins humains.
123 Le personnage est populaire (par exemple dans liconographie), mais sa présence trouble le dogme de lunicité divine ; son prestige ne doit pas faire oublier la présence dautres anges secondaires, Michel, Azarël, Malik...
124 D. A. Madigan, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. revelation.
125 H. Loo, P. Loo, La dépression, Paris, 1992.
126 TANZIL ; le mot évoque directement la descente de leau, la pluie, tant attendue par les habitants de lArabie.
127 R. Bell, Muhammads call, Muslim World 24, 1934 ; id, Muhammads visions, Muslim World 24, 1934 ; R. Sellheim, "Muhammeds erstes Offenbarungserlebnis", Jerusalem Studies in Arabic and Islam 10, 1987 ; S. Wild, " 'We have sent down to thee the book with the truth' :spatial and temporal implications of the curanic concepts of nuzul, tanzil, and inzal", in The Quran as Text, Leiden 1996.
128 RISALA.
129 MA ANA BI QARI.
130 RABB.
131 La sourate AL ALAQ.
132 Citation de Watt 1958.
133 Muhammad sexprime.
134 A Khadija.
135 L'image d'un Muhammad pétrifié de peur tranche avec le guerrier redoutable qu'il sera plus tard. Là aussi, l'idée d'une construction d'un personnage en fait de pure composition prend de la consistance.
136 Pour R. Blachère, "Prèche" ; en fait, c'est un moyen terme...
137 Allah nest pas cité dans lextrait coranique considéré comme primordial.
138 La tradition insiste sur ce fait pour démontrer que Muhammad illetré n'a pas pu recopier d'autres fragments de théologie ; I. Goldfeld, "The illiterate prophet: an inquiry in the development of a dogma in islamic tradition", Der Islam 57, 1990.
139 Le récit en trois répétitions est un procédé banal dans les société orales.
140 Michael Sells, "Sound, Spirit, and Gender in Surat al-Qadr" JAOS 111,2 , 1991
141 Interpolation tardive.
142 Précision non-indispensable.
143 Ed. TOB.
144 Les traduction sont très variées: le caillot de sang, le grumeau, etc....
145 Ch. Luxenberg, The syro aramaic reading of the Koran, Berlin 2007, p. 320, sur le sens du mot; U. Rubin, Iqra bi-smi rabbika
: Some Notes on the Interpretation of Surat al-Alaq, Israel Oriental Studies 13, 1993
146 Cité par Watt 1958.
147 Cité par Watt 1958.
148 Corpus coranique 68/1-5.
149 AL-MUDDASSIR.
150 Corpus coranique 74/1-2.
151 Corpus coranique 93/1-2.
152 Elle est considérée par toute lexégèse musulmane comme la première révélation.
153 Le stylet de roseau, ou plus largement et postérieurement, létude de la religion ; cf. J. Pedersen, The arabic book, Princeton 1984.
154 KALLA!
155 Abu Jahl, pour la tradition.
156 Membre de la même tribu.
157 Allusion à Gabriel? C'est ce que la Tradition a voulu imposer.
158 SIDRAH.
159 Arbre légendaire localisé dans le ciel, ou un toponyme proche de la Mecque.
160 DHU QUWWA: un être puissant.
161 SAHIP.
162 LAYLA MUBARAKA.
163 Il est possible que la sourate date de la période médinoise, quand Muhammad est confronté à la fête de lAshura et à la tradition juive de la descente de la Torah à Moïse.
164 La sourate est mutilée à son début.
165 Lobjet de cette descente serait le Coran, tout entier.
166 LAYLATU L QADAR.
167 Interpolation probable.
168 J. Jomier, Dieu et l'homme dans le Coran, l'aspect religieux de la nature humaine joint à l'obéissance au prophète de l'islam, Paris 1996 ; id., La faiblesse ontologique de l'homme selon le Coran", in Recherches d'islamologie, Mélanges Anawati/Gardet, Louvain 1977.
169 FATRA; F . E . G r e e n s p a h n , " W h y P r o p h e c y C e a s e d , " J B L 1 0 8 , 1 9 8 9 pour le contexte biblique.
170 Cf. Watt 1958.
171 L'auteur de la tradition se permet de composer une parole divine hors du corpus habituel, pour rassurer le public.
172 La clarté du jour et non la clarté matinale, selon R. Blachère.
173 Cette phrase pourraity être une réponse aux moquéeries subies par Mhummad, sans que lon sache qui pourrait être lauteur de ces sarcasmes (Khadija?) ; cf. Birkeland 1955, p. 13.
174 Elles aboutissent au premier effort de réglementation de la récitation, objet de constantes préoccupations (TAJWID, la diction, TARTIL, psalmodie); G. H. A. Juynboll, The position of Qur'an recitation in early islam, Journal of Semitic Studies 1974
175 Corpus coranique 75/16.
176 Le personnage est un neveu contemporain de Muhammad: sa mimique a donc un grand prix.
177 Comportement mimétique caractéristique des premiers temps de lislam, que perpétuent les salafistes.
178 Verbe NAZALA.
179 Corpus coranique 75/16-7.
180 Corpus coranique 75/18.
181 Corpus coranique 75/19.
182 J. Azzi, Le prêtre et le prophète (Waraqa), aux sources du Coran, Paris 2001; M. Hamidullah, Two Christians of Pre-Islamic Mecca Uthman ibn al-Huwairith and Waraqah ibn Naufal, Karachi 1958
183 Cest une femme qui possède assez dautonomie intellectuelle pour savoir lire et pour accèder aux textes religieux: elle connait la doctrine des juifs et des chrétiens. A lévidence, la tradition musulmane refusera de la présenter comme juive ou chrétienne. Cest Waraqa -un homme, qui a lavantage de disparaître vite- qui est choisi comme soutien principal ; C.F. Robinson, Encyclopédie de l'Islam2 X I p.156.
184 AL BURDA ou DITAR ; le manteau est lattribut des devins dans lArabie antique ; cf. Fahd 1966, p. 129.
185 Cité par Watt, Mahomet 1958.
186 Baladuri, Ansab I 193.
187 Ajout malhabile du traditionniste, pour neutraliser la question suivante, qui manifeste un doute trop brutal.
188 Un devin.
189 INJIL ; 12 occurences dans le texte coranique.
190 M. Plessner, Encyclopédie de l'Islam2 VII p. 954-6.
191 Le Livre Etayé.
192 Trad. Prémare 2000, p. 395.
193 AL KITAP AL IBRANI.
194 LEvangile est rédigée en grec, puis en araméen, en arabe ; on peut bien se demander quel intérêt il y a à la traduire en hébreu à cette époque tardive. Les juifs sont rares à la Mecque, peu ouverts au christianisme, et ils connaissent souvent larabe; cf. parties V et XI.
195 Cité par Watt 1958.
196 al MUDDATIR, qui est entouré du DITAR; U. Rubin, The Shrouded Messenger : On the Interpretation of al-Muzzammil and al-Muddaththir, Jerusalem Studies in Arabic and Islam 16, 1993.
197 Méditation nocturne.
198 JIBRIL ; en hébreu JABRI EL: El est ma force (voire même Homme de Dieu) ; J. Pedersen, Encyclopédie de l'Islam2 II, p. 372-3.
199 On peut penser que c'est une autre figure biblique qui a provoqué ce développement incontrôlé de la tradition islamique concernant Gabriel: l'Ange du Seigneur présent dans la Genèse 22/11.
200 Le mouvement est involontaire ;Le Corpus coranique évoque des figures distinctes qui ont été trop rapidement rapprochées de Gabriel, sans aucune justification: "Esprit saint," RUHU L-QUAUS , Corpus coranique 16/ 104; "Esprit sûr", AR-RUHU 'L-AMIN, Corpus Coranique 26/ 193; "au pouvoir terrible" SHADULU 'L-QUWA Corpus coranique 53/5; la tradition évoque aussi un "Esprit suprême" AR-RUHU 'L-A'ZAM. Gabriel est aussi le grand législateur AN NAMUS AL AKABR, l'esprit-saint AR RUH AL QADDUS, notre seigneur, l'intègre AL AMIN, etc.... Le plus étrange est le rapprochement fait avec la notion de namus, le nomos des Grecs (=la loi). Les confirmations de Waraqa sont là pour le prouver : le personnage vient d'au-delà de la culture arabe; H. Motzki, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. namus.
201 Il évite notamment de manger de loignon, aliment qui pourrait provoquer des renvois déplaisants ; cf. ibn Sad, Tabaqat I 1, 110.
202 Suhrawardî dAlep, Le bruissement de laile de Gabriel (Awâz-e Parr-e Jabrâyêl). Traité philosophique et mystique », éd. et trad. du persan par H. Corbin et P. Kraus, Journal asiatique, juill.-sept. 1935; H. Corbin, "LArchange empourpré, récit mystique de Sohrawardî", traduit du persan par H. Corbin, Hermès 1, Bruxelles, 1962; Wolfgang Fauth, Die persische Simurg und der Gabriel-Melek ? , Persica 12, 1985-1987
203 Corpus coranique 2/97-8 ; Corpus coranique 66/4, occurences médinoises.
204 Chabbi 1997, p. 24 et 65.
205 Rivière de la région de lElam.
206 G. Webb, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. Gabriel; J. Petersen, Encyclopédie de l'Islam2, sv. Djabrail.
207 Cf. A. J. Wensick, Encyclopédie de l'Islam2,sv. Mikal; cet ange n'a pas été mis en avant parce qu'il est trop lié au peuple d'Israel, dont il est le seigneur (Daniel 10/14).
208 MAWLA: allié et protecteur.
209 SALIH AL MUMININ: formule inexpliquée.
210 Le verset s'adresse aux femmes de Muhammad, qui se disputent dans son harem.
211 Trad. Prémare 2002.
212 Elle affirme aussi avoir vu Gabriel en personne.
213 Cité par Watt 1958.
214 C. le trône des dieux en Orient, partie III.
215 Waqidi, Maghazi, in J. Wellhausen, Muhammad in Medina, Berlin 1878.
216 C'est une des cellules d'une aile de la mosquée de Médine ; cf.partie XI.
217 Cf. partie XIII, pour le contexte de lextermination de la tribu juive des Qurayza.
218 Savoir si lenfant est un garçon ou une fille est un grand sujet dangoisse pour les familles arabes.
219 Un être surnaturel de plus.
220 Les montagnes de la Mecque Abu Qobays et Al Ahmar.
221 LUMMA.
222 Sur ce personnage intéressant, cf.partie XIX.
223 La zone désertique autour de Médine.
224 Acte sexuel hors-mariage. Ce type de méfait est particulièrement favorisé par linstitution de la polygamie, qui accroît loppression sexuelle ; cf. partie XII.
225 BUSHRA, la forme arabe de lEvangile.
226 Même sil suit le principe islamique selon lequel la foi prime sur les bonnes actions, ce hadith permissif a dû soulager nombre dâmes inquiètes. Le recours à Gabriel renforce encore lassurance du salut pour les malfaiteurs.
227 "Sacré" : se dit d'une catégorie spéciale de hadiths, sensés provenir directement de la divinité.
228 Somme de Hadiths Qudsi, ed. M. Boudjenoun, Paris 2006.
229 Coran, 19/ 96.
230 La Syrie est byzantine à cette époque. Pour les circonstance,s on peut songer aux maladies des musulmans à leur arrivée à Médine.
231 ASBAB AL NUZUL ; A. Rippin, The function of asbab al nuzul in Quranic exegesis, Bulletin of the School of Oriental and African Studies 51, 1988 ; id. "The exegetical genre asbab al nuzul", Bulletin of the School of Oriental and African Studies 48, 1985 ; T. Andrae, "Die legenden von der berufung Muhammeds," Le Monde Oriental, 6 (1912). ; A. Rippin, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. occasions of revelation; D. Powers,"The Asbab al-Nuzul and Legal History," Annual Meeting of the Middle Eastern Studies Association, San Francisco, 1984; Andrew Rippin, "Al-Zarkashi and al-Suyuti on the Function of the "Occasions of Revelation" Material." Islamic Culture 10, 1985 .
232 A l'aube.
233 SAHIBUKUM.
234 DALLA.
235 GHAWA: le piège pour les animaux.
236 YANTIQ.
237 HAWA: la passion.
238 WAHI: une voix lointaine, une rumeur vague, incertaine: le mot révélation est trop connoté.
239 SHADID AL QUWA: idée de puissance et de résistance, d'une corde par exemple.
240 DHU MIRRA: une entrave ferme pour les chameaux.
241 ALLAMAHU: "qui l'a instruit..."
242 WAHI: cf. plus haut.
243 ABD: esclave, Muhammad.
244 FUAD, le coeur, considéré comme l'organe de l'intelligence dans les cultures primitives.
245 SIDRATI L MUNTAHA ; Arbre légendaire localisé dans le ciel, ou plutôt un toponyme proche de la Mecque ; MUNTAHA: le bout, la limite.
246 JANNA: le jardin horticole, cultivé à l'ombre des palmiers.
247 Le bosquet, le maquis permettant de se cacher.
248 MIN AYAT RABBIHI AL KUBRA".
249 RAJIM
250 IJAZ ; cf. A. Aleem, Ijaz al Quran, Islamic Culture 7, 1933; Claude-France Audebert, Al- Hattâbî et l'inimitabilité du Coran, Traduction et introduction au Bayân I'djâz al-Qur'ân,Damas, 1982 .
251 Cf. A. Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Quran, Baroda, 1938, (réed. Leiden 2006), et partie VI pour la liste de quelques mots étrangers.
252 Ce verset a suscité dans la doctrine le thème de lexistence dun autre Coran inaccessible à lhomme, et archétype du premier. Le public avait sans doute été rebuté par la faiblesse d'inspiration du texte, et s'était plu à imaginer un autre texte, supérieur et inaccessible. Le thème est particulièrement platonicien.
253 R. Blachère, Le Coran, Paris, 1949 ; les extraits présentés ici sont tirés de sa seconde édition (traduction la plus "grammaticale", et donc la plus utile à la recherche ; cf. excursus à la fin de cette partie, la version de l'ordre des sourates par J. Chabbi est présentée.
254 Celui-ci est parfaitement arbitraire, et le résultat dune compilation qui a duré plusieurs dizaines dannées, ramassant ici et là des fragments sélectionnés avec plus ou moins de rigueur. Dans le cadre des fragments les plus primitifs, leur prélèvement dans un fond pré-islamique ne fait pas de doute.
255 R. Bell, The Quran, translated, with a critical re-arrangement of the surahs, Edinbourg, 1937-9 ; H. Birkeland, The Lord Guideth. Studies on primitive islam, Oslo 1956: ce dernier concentre létude sur les cinq sourates primitives: 93, 94, 108, 105, 106 ; M. Sells, Approaching the Quran: The Early Revelations. Ashland, 1999. On a pu lui reprocher d'être encore trop soumis et servile par rapport à l'exégèse musulmane.
256 On évitera ici d'indiquer la référence dans le corps du texte, la réservant en note: cela permet de comprendre le texte dans son ensemble. La division en sourates est une innovation éditoriale ultérieure ; de même ont été omises les invocations à Allah qui se trouvent au début de chaque sourate.
257 W.M. Watt 1958, p. 89-90, utilise cette belle et vigoureuse formule chrétienne: l'Appel, l'Annonce... en grec; C. F. Evans,The kerygma, Journal of Theological Studies 7, 1956
258 Nous tenterons d'autres reconstitutions ultérieurement. La tentative ne vise pas du tout au vrai, au réel, mais seulement au vraisemblable. Mais les auteurs précédents, musulmans dans limmense majorité, mais aussi, et cest plus grave, les orientalistes occidentaux, chrétiens parfois, complices, séduits par la soumission, toute cette foule tentée par la veulerie sest livrée à de telles manipulations et aberrations, en profitant de l'ignorance générale, quil ne serait pas juste de ne pas tenter, ici aussi, à notre tour, de jouer à lexégète, mais plus de liberté, de dureté, de froideur, dhonnêteté et de prudence que tous les autres. Car rien n'est sacré dans tout cela et il ne s'agit que de littérature, de celle qui fait tomber des têtes ; ou de vilaine poésie bédouine qui joue à se faire chrétienne, qui essaye de ne pas se montrer trop juive ; rien n'est sacré sinon l'être humain, rien n'est sacré sinon la Terre.
259 Et non "lis" comme il est écrit dans la plupart des traductions ; il s'agit de récitation à voix haute (IQRA): elle serait dès le départ destinée aux autres que Muhammad ; on notera que l'ordre n'est accompagné d'aucun message à transmettre ; on a remarqué le rapport avec la formule liturgique des Hébreux Le nom de Yahvé, je lappellerai (Psaume 116, 3), cf. C. Gilliot, Bulletin dIslamologie, Revue des Sciences philosophiques et théologiques, juillet 1994 et U. Rubin, "Iqra' bi-smi rabbika ...! Some notes on the interpretation of Sûrat al-'Alaq," Israel Oriental Studies, vol. 13, 1993. L'ensemble de la tradition islamique (à une exception près -cf. partie XIX) s'accorde à voir Muhammad comme un illettré total, ce qui s'oppose au sens proposé habituellement au sens du terme IQRA.
260 ALAQ ; les traducteurs hésitent entre "sang coagulé" et grumeau de sang", selon l'exégèse ; cf. S. Hussain, "The clot (al alaq)", The islamic Quarterly 24, 1980 et Ch. Luxenberg, The syro aramaic reading of the Koran, Berlin 2007, p. 320, pour la solution syriaque de la difficulté.
261 RABB: le terme le plus utilisé pour désigner la divinité dans le Coran, et le plus traditionnel dans la religion arabe.
262 Le KALAM est le Kalamos des grecs: une tige de roseau transformé en stylet. Ici, l'instrument culturel est vu comme attribut de la puissance divine. Un des tout premiers mots est un terme d'origine totalement étrangère, à connotation intellectuelle ; M. A. Cook, "The origins of kalam," Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 43, 1977 sur le sens ultérieur du terme, ainsi que A. Nader, Bibliographie douvrages en langues européennes concernant le kalam., Bulletin de philosophie médiévale 15 1973; Friedrich Niewöhner,. Bibliographie douvrages en langues européennes concernant le kalam., Bulletin de philosophie médiévale 16-17, 1974/1975; D. Cook, "The origins of kalam," Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 43, 1977; R. M. Frank, The science of Kalam, Arabic Sciences and Philosophy 2, 1992; W.C. Smith, The concept of sharia among some mutakallimun, Stud. Gibb, Cambridge Mass. 1965; J. L Kraemer, The jihad of the falasifa, JSAI 10, 1987.
263 Corpus coranique 96/1-5 ; la suite est vue comme postérieure (Nöldeke, Bell).
264 La fin du monde, le jugement dernier. Les morts occupent la terre: limage se veut atroce.
265 Corpus coranique 84/1-7.
266 Cf. partie VI.
267 En fait, des sceaux d'argile, SIJILL (sigillos) -l'étymologie reste débattue -: autre mot d'origine grecque, du même registre que kalamos.
268 Allusion à l'échec de l'invasion éthiopienne des années 570 ; reprise d'une légende patriotique des Mecquois.
269 Corpus coranique 106 ; la sourate "des Quraysh" a deux traductions alternatives.
270 Cf. partie VII.
271 Action de grâce traditionnelle dans de multiples cultures, au moment de l'aube.
272 Invocations céleste: la religion arabe traditionnelle repose sur des divinités célestes et astrales.
273 Allusion à l'angoisse du mystique après le contact divin: idée d'abandon, dépression, envoie de suicide, visible dans d'autres cas, chez les ermites chrétiens notamment.
274 Avant ce contact mystique, la vie de Muhammad ne le satisfait pas entièrement ; il lui manque notamment une descendance masculine, ce qui le réduit à presque rien dans les relations sociales.
275 Promesse de récompense personnelle.
276 Allusions directes et claires à la vie de Muhammad: il est orphelin, païen (l'égarement est le contact avec la religion traditionnelle), il s'est enrichi par l'union avec la riche Khadija.
277 Suite logique des versets précédents ; appel à la charité, thèmes inspirés du christianisme.
278 Corpus coranique 93, "La clarté diurne".
279 La purification de l'incroyance précédente, qui donne plus tard naissance au mythe de l'ouverture de la poitrine.
280 Il n'y a presque pas de rupture de sens entre les deux sourates, qui sont souvent récitées à la suite.
281 Deux versets antithétiques sur le confort de Muhammad.
282 Corpus coranique 94. " n'avons-nous point ouvert?"
283 Corpus coranique 103 ; la plus courte sourate, qui est en fait un fragment ; le troisième verset est une longue addition ultérieure qui atténue la violence du deuxième.
284 Corpus coranique 107. "L'aide".
285 On peut penser qu'une suite d'invocations marque une reprise de l'inspiration, d'où la rupture.
286 M. Rodinson, La lune chez les Arabes et dans lIslam, in La Lune, mythes et rites, Paris, 1962
287 Suite d'invocations astrales, concession à la rhétorique traditionnelle.
288 NAFS ; R. Blachère, "Notes sur le substantif nafs 'souffle vital', 'âme' dans le Coran", Semitica 1, 1948.
289 Transformation d'une invocation en évocation spirituelle: insistance sur la notion d'âme et aussitôt de culpabilité, proche de la thèmatique chrétienne.
290 Corpus coranique 91/1-10 ; les versets suivants mentionnent déjà la légende des Thamoud: addition?
291 Appel à la purification et premier recours à la répartiton binaire de l'humanité.
292 Reprise plus agressive d'un groupe de versets précédents.
293 Personnes en état de prière.
294 SALAT: le verset serait postérieur, du fait de lintrusion de ce mot.
295 Allusion à une première réglementation de la prière, qui pourrait coïncider avec son instauration dans le foyer de Muhammad. ; placement incertain de ces versets sur le plan chronologique.
296 Corpus coranique 96, "L'astre nocturne".
297 Aucune information sur cette étoile, al TARIQ: le mot évoque lapparition subite, létonnement.
298 Le verset 2 doit être une interpolation: "Et qu'est-ce qui te fera connaître ce qu'est l'astre nocturne? C'est l'étoile perçant la nuit. En vérité, à l'encontre de chaque âme, existe quelqu'un qui retient ses actes!"
299 Thème de la genèse et de la condition humaine ; transformation physiologique et prosaïque de la création humaine rapidement évoquée dans la Genèse.On y parle certes de semence, mais dans le domaine végétal. Le but du passage est d'abaisser encore la condition de l'homme. Le but du passage est d'abaisser encore la condition de l'homme.
300 Corpus coranique 86 ; la seconde partie de la sourate contient une allusion aux stratagèmes des infidèles, qui correspond mal au contexte des premières révélations ; le titre de la sourate est l aide: MAWN, un mot dorigine sans doute hébraïque (le refuge).
301 TAWHID.
302 Birkeland 1956, p. 130: Neither the day of judgment, nor monotheism, and a new moral are announced.
303 RABB.
304 J. Jomier, Le nom divin al Rahman dans le Coran, Mélanges Massignon, 1957, p. 371; J. C. Greenfield, "From LH RHMN To AL-RAHMÅN: The Source Of A Divine Epithet" in B. H. Hary, J. L. Hayes & F. Astren (Eds.), Judaism And Islam: Boundaries, Communication And Interaction - Essays In Honor Of William M. Brinner, 2000, p. 381-393.
305 Cf partie II.
306 ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 572.
307 Souvent, comme on le verra dans cette étude, les fragments poétiques recèlent plus de vérités que le récit officiel.
308 Il faut effacer les invocations, rédigées très ultérieurement.
309 Cf. partie IV.
310 Ed. P. Godé, Paris, 1983.
311 MALIK: roi.
312 J. Schelhod, Note sur lemploi du mot rabb dans le Coran, Arabica 5, 2, 1958; R. D. Wilson, The Use of the Terms "Allah" and "Rab" in the Koran, The Muslim World 10, 1920.
313 RABB HADHAL BAYT ; ou du temple ; le temple est considéré comme la maison du dieu ; Birkeland, TheLord. 1956, p. 131. Le mot Demeure, en français, serait plus à sa place.
314 Il pourrait sagir dun fragment tout simplement pré-islamique.
315 HARAM, temenos.
316 Il existe trois versions du même texte.
317 Le texte est amputé du début.
318 ILAF: un accord de passage garanti à travers lArabie.
319 FAL YABUDU RABBA HADHAH BAYT. Traditionnellement, on estime quil sagit du seigneur de la kaba mecquoise.
320 FAATAMAHUM MIN JUWAMANAHUM MIN KHAWF.
321 RABBUKA.
322 Pour une interprétation islamiquede la "miséricorde", cf. Hani Ramadan (isl.), La miséricorde en islam, Lyon, 2003
323 A. Rippin,RHMNN and the Hanifs, Wael B. Hallaq, Donald P. Little (dir.), Islamic Studies Presented to Charles J. Adams, Leiden 1991
324 J. Jomier, "Le nom divin al Rahman dans le Coran", Mélanges Massignon II, Damas 1957; R. Bell, Introduction to the Koran, p. 101-; J. Horovitz, Jewish proper names and derivatives in the Quran, Ohio 1925; Ch. Robin, Judaïsme et christianisme en Arabie du sud d'après les sources épigraphiques et archéologiques, PSAS, 10, 1980; M. Gawlikowski,Les dieux de Palmyre, Aufstieg und Niedergang der römischen Welt II 18- 4. , Berlin - New York 1990, p. 2632; A. F. L. Beeston, Foreign Loanwords in Sabaic, Arabia Felix. Beiträge zur Sprache und Kultur des vorislamischen Arabien. Festschrift Walter W. Müller zum 60. Geburtstag, Norbert Nebes (ed.), Wiesbaden 1994; I. Gajda, The Earliest Monotheistic South Arabian Inscription, Archäologische Berichte aus dem Yemen (à paraître); Gottfried Müller, Die Barmherzigkeit Gottes, Die Welt des Islam 28, 1988
325 Trad. Fadh 1968, p.142.
326 Région de l'est de l'Arabie à ne pas confondre avec le Yémen ; le personnage en question doit être Mosaïlima, autre prophète arabe en activité à l'est de la péninsule. Les sources musulmanes l'évoquent surtout au momet de l'élimination de son mouvement ; cf. partie XVII.
327 Les derniers dans lordre canonique du Coran.
328 Angelika Neuwirth, "Images and Metaphors in the introductory sections of the Meccan suras", G.R. Hawting & Abdul-Kader A. Shareef (eds.), Approaches to the Quran. Londres, New York 1993; Angelika Neuwirth, Studien zur Komposition der mekkanischen Suren, Berlin 1981.
329 Cf. J. van Ess, Early islamic theology, (The Formation of the classical islamic World 30); M. Sells, Approaching the Quran: The Early Revelations. Ashland, 1999.
330 JABR.
331 Le discours reste fondamentalement polythéiste à ce stade de la prédication.
332 KHALQAH; Th. O'Shaughnessy, Creation and the Teaching of the Quran, Rome, 1985; Cf. Corpus Coranique 50/37, 41/ 8, 16/3, 13/2, 35/12; sur les ravages imbéciales du créationnisme islamique actuel, cf. son représentant le plus amusant et le plus puissant, Harun Yahya, Le mensonge de l'évolution, Paris, 2003; id. , Le mensonge de l'évolution, l'effondrement scientifique du darwinisme et son arrière-plan idéologique, Paris, 2002
333 W. Madelung, Eschatology and Apocalyptic in early islam, (The Formation of the classical islamic World 31); F.C. Fensham, The Destruction of Mankind in the Near East, Annali dell'Istituto Universitario Orientale di Napoli 1965
334 Watt 1985, p. 90 et surtout A. T Welch, Allah and other supernatual beings: the emergence of the Quranic doctrine of Tawhid, Journal of the American Academy of Religion 47, 1979. Il n'y a qu'un verset qui l'évoque (Corpus coranique d'Othman51/51), mais il s'agit d'une interpolation tardive, qui tente de corriger la tendance.
335 Cest globalement, la première période mecquoise, elle-même divisée en sous-périodes (classement de R.Blachère): L'Adhérence (XCI, v-.1-5), Celui couvert dun manteau (LXXIV,v.1-7), Les Qoraïch (CVI), La Clarté diurne. (XCIII), N'avons nous point ouvert ? (XCIV),Le Destin (CIII),Le Soleil (XCI),L'Aide (CVIII), L'Astre nocturne (LXXXVI), Le mont des Figuiers (XCV), Le Séisme (XCIX),Celle qui fracasse (CI),Celles qui galopent (C), La Nuit (XCII), Quand le Ciel sentrouvrira (LXXXII), Le Très-Haut (LXXXVII), Il s'est renfrogné (LXXX), L'Obscurcissement (LXXXI),La Déchirure (LXXXIV), Celles qui tirent (LXXIX), Celle qui couvre (LXXXVIII), La montagne (LII), L'Échéante (LVI),Celle qui doit venir (LXIX), Celles qui sont envoyées (LXXVII),L'Annonce (LXXVIII), La Résurrection. (LXXV),Le Bienfaiteur (LV), La Destinée (XCVII),L'Étoile (LIII),La Rivalité (CII),L'Adhérence (XCVI), v. 6-19, Les Degrés (LXX),Celui qui s'est enveloppé, (LXXIII), L'Homme (LXXVI), Les Fraudeurs (LXXXIII), Celui couvert dun manteau (LXXIV, v. 8-55), La Corde (CXI), L'Abondance, (CVIII), Le Calomniateur (CIV), La Ville (XC),L'Éléphant (CV), L'Aube (LXXXIX), Les Constellations (LXXXV), Le Culte (CXII), Les Infidèles (CIX), La Liminaire (I), L'Aurore (CXIII), Les Hommes (CXIV). Tout classement prend le risque de larbitraire, mais ici plus quailleurs. J. Chabbi, dans le "Seigneur des Tribus", note qu'aucun effort sérieux n'a été entrepris pour tenter une classification chronologique argumentée des sourates.
336 Thème de la résurrection et du jugement dernier, eschatologie rudimentaire d'inspiration clairement chrétienne.
337 La suite "Qu'il prenne garde ! S'il ne s'arrête, en vérité, nous le traînerons en enfer par le toupet de son front , toupet menteur et pécheur! Qu'il appelle son clan! Nous appellerons les Archanges!" semble postérieure et liée à une opposition déjà constituée.
338 FAKIHA.
339 Z . R . E l - N a g g a r , S o u r c e s o f S c i e n t i f i c K n o w l e d g e : T h e G e o l o g i c a l C o n c e p t o f M o u n t a i n s i n t h e Q u r a n , H e r n d o n , 1 9 9 1
340 Grosse difficulté arithmétique: l'addition des jours de création aboutit au chiffre 8 et non l'habituel 6 (suivi du septième de repos), présent dans la Bible et ailleurs dans le Corpus coranique (50/37-8).
341 A. Fischer, Zu Sura 101, 6, Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft 60, 1906, What the Koran Really Says : Language, Text & Commentary, ed. Ibn Warraq. (réed.) New Delhi, 2006; R. Bell, Surat al Hashr, a study in its composition, The Muslim World, 38, 1948;Michael Sells, "Sound and Meaning in Surat al-Qariah" Arabica 40, 3, 1993. .
342 On pourrait imaginer que ces questions répétitives sont le reliquat d'interrogations de lecteurs et collecteurs du Corpus coranique, des sortes de gloses.
343 D. Cook "A Survey of Muslim Materials concerning Comets and Meteorites." Journal for the History of Astronomy, 30, 1999; id., "Muslim messianic movements and astronomical phenomena." Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, 91-94 (2001).
344 E.W. Budge, Coptic Texts V 726.
345 K. E. Nolin, The story of Adam, The Muslim World 54, 1964; Samuel S. Zwemer, The "creation of man" in the Qur'an, The Muslim World 31, 1941; Habib Affes (isl.), Adam, Paris, 2004 (ouvrage pour la jeunesse); Irène Bonifassi Rekad (isl.), Adam: la merveilleuse histoire de la création du premier homme, Paris, 2003 (ouvrage pour la jeunesse); M. Abdel-Haleem, "Adam and Eve in the Qur'an and the Bible." Islamic Quarterly 41, 1997; M. J. Kister, "Adam: A Study of Some Legends in Tafsir and Hadith literature." , IOS 13, 1993; M. Mir, "The Qur'anic Adam: The First Man and the First Prophet." in Encyclopaedic Survey of Islamic Culture: Studies in Quran, Ed. M.Taher, Delhi, 1997; M. J. Kister, "Legends in Tafsir and Hadith Literature:The creation of Adam and related stories. In Approaches to the History of the Interpretation of the Qur'an, Ed. A. Rippin, Oxford, 1988; P. Orsatti, "La storia di Adamo in un commento corainico persiano." In Yad-nama in Memoria de Alessandro Bausani. Ed. B. S. Amoretti, L. Rostagno, Studi Orientali 10. Rome, 1991; C. Schick, Adam im Islam: ein Beitrag zur Ideengeschichte der Sunna. Islamkundliche Untersuchungen 168. Berlin: K. Schwarz, 1993; J. I Smith,, Y. Haddad, "Eve: Islamic Image of Woman." in Women and Islam: Womens's Studies International Forum. Ed. Azizah al-Hibri, Oxford, 1982; S. M. Zwemer, "The Worship of Adam by Angels." The Muslim World 27, 1937 .
346 J. Bottéro, S. N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient l'homme : mythologie mésopotamienne, Paris 1989 ; E. Eliade, Cosmologie et alchimie babylonienne, Paris 1991.
347 NUFTA ; lovulation féminine nest pas vraiment prise en compte: lauteur du Coran est bien un homme qui sait ce quest une éjaculation, et qui, si l'on en croit les biographies mohammédiennes, n'en était guère avare . Le thème, poétique entre tous, est souvent répété.
348 Région des reins; mais c'est une approximation pour ne pas mentionner les testicules.
349 Hom. VIII 2, ed. Bert, 133.
350 Instructions d'un auteur dans un manuscrit pour le lecteur ou l'interprète.
351 Achelis, Die Syrische Didaskalia 101 in H. Achelis J. Flemming, Die ältesten Quelen des orientalischen Kirchenrechts, Leipzig, 1891-1904.
352 Hist. Nest. Patr. Or. VII 130.
353 C'est au cours du "Pèlerinage de l'Adieu" que la dernière "révélation" serait apparue.
354 AL QURAN.
355 AL FURQAN
356 AL KITAP.
357 AD DHIKR.
358 ibn Khaldun, Peuples et Nations du Monde, trad. A. Cheddadi, Paris, 1986.
359 Trad. F. Macler.
360 Cf. Partie I.
361 La forme française Mahomet est tirée de la prononciation en grec byzantin.
362 Thankangar en arménien; le mot pourrait venir de laraméen.
363 R. Hoyland, Earliest Christian Writings, p. 287.
364 Aux Arabes.
365 Cette dernière phrase est dune crudité étonnante.
366 Michel le Syrien, Chronique IV 435.
367 Confusion avec la Mecque.
368 The Chronicles of Theophanes Confessor, trad. C. Mango, Oxford, 1997 : L.I. Conrad, Theophanes and the arabic historical tradition: some indications of intercultural transmission, Byzantinische Forschungen 15, 1990.
369 Dia kakodoxia: un Nestorien.
370 Cette expansion de la doctirne par les femmes rappelle fortement les débuts du christianisme.
371 Abu Bakr.
372 Citation de R. Hoyland, Seeing islam as others saw it, Princeton 1996, p. 304. L'extrait n'a jamais été traduit.
373 Yathrib.
374 Korasianou.
375 Mois égyptien.
376 Cité dans A. Palmer, S.P. Brock, R. G. Hoyland, The Seventh century in west-syrian chronicles, Liverpool 1993, p. 36-40.
377 MHMT en syriaque.
378 Le manuscrit de la British Library est semé de lacunes telles que celle-ci.
379 ARBAYE.
380 Les Arabes sont mentionnés à travers la grande tribu nordiste des Banu Tayyi (surtout chrétiens).
381 Cela correspondrait à lannée 620-1.
382 Ed. Sources Chrétiennes. Le texte mériterait une autre traduction plus fidèle au texte.
383 Lauteur a la franchise de déclarer ses intentions, ce que ne font pas les auteurs musulmans.
384 U Yang Hsiu, Hsin Tang shu (Zhonghua Shuju, Pékin-Beijing 1975).
385 Période de 605 à 617.
386 L'identification de Muhammad comme perse est étonnante et remarquable : elle confirme l'influence perse sur l'Arabie de l'époque, et la supériorité absolue de la culture perse, vue depuis l'extérieur.
387 Quraysh, sans doute.
388 Pen-ni-mo-huan.
389 Pen-ni-hsi-shen.
390 Mo-ho-mo.
391 La notion de prophétie, étrangère à la mentalité chinoise, est évitée.
392 Ed. Bewley.
393 Abu Arwa al Daws.
394 Le phénomène de WAHY, inspiration, souffle direct.
395 Trad. De Slane 1863.
396 Variante.
397 Récit de Sayd ibn Thabit.
398 ibn Kathir, Sira (Conduite de l'envoyé d'Allah), ed. M. Boudjenoun, Paris 2007.
399 Al Harith.
400 Aïsha.
401 Corpus coranique 4/95.
402 Le voile.
403 Pour faire ses besoins, en réalité. Les éditions sont prudes et semblent croire que pour ces femmes, la fréquentation intime de Muhammad les exonèrent de l'obéissances aux lois naturelles. Par ailleurs, les sources musulmanes excellent à traiter des questions excrémentielles; cf. partie XII.
404 Abdullah ibn Amir.
405 La chamelle de Muhammad.
406 Publié à Paris en 1884.
407 Cest un afflux considérable de gaz dans lintestin des bovidés qui provoque de très puissantes flatulences ; on a déjà vu que Muhammad nétait pas à son aise avec les paraboles. Mais il a dans son public des gens qui gèrent leurs troupeaux, et pour qui la mort d'un bête peut représenter une catastrophe: l'image est donc efficace.
408 Une des femmes de Muhammad.
409 Omar, étant donné sa position par rapport à Muhammad, peut se permettre ces méchancetés misogynes.
410 Cest une révélation qui ne figure pas dans le Coran. Il en existerait dautres, selon les traditionnistes (dont le fameux verset de la lapidation).
411 Daprès dautres récits, elle était particulièrement enrobée.
412 Le hadith a été rédigé pour résoudre des problèmes hygiéniques délicats dans des situations durgence.
413 Corpus coranique 17/83.
414 SALSALAT AL JARAS ; Ou bruissement dailes.
415 Doù les sept façons de réciter; C. Gilliot, Les sept lectures: corps social et Ecriture révélée, Stud. Isl. 46, 1985.
416 HULM ; NANAM ; RUYA ; sur les rêves de Muhammad, cf. Fahd 1966, p. 256-278 et P. Lory, Le rêve et ses interpétations en islam, Paris 2003 et M. J. Kister, "The Interpretation of Dreams," Israel Oriental Studies, 4, 1974 ; L. Kinberg, Encyclopaedia of the Qur'an, sv. dreams and sleep; John C. Lamoreaux, The early Muslim tradition of dream interpretation, Albany, 2002; H. Corbin, " The Visionary & Dream in Islamic Spirituality ", in: The Dream and Human Societies, ed. von Grunebaum and R. Caillois. Berkeley, 1966
417 Récit de Az Zuhri.
418 M . A n b a r , , " M a r i a n d t h e O r i g i n o f P r o p h e c y , " i n A . F . R a i n e y , K u t s c h e r M e m o r i a l V o l u m e . T e l A v i v, 1 9 9 ; J . A s u r m e n d i ..., P r o p h é t i e s e t o r a c l e s 1 : d a n s l e P r o c h e - O r i e n t a n c i e n , S u p p l e m e n t a u c a h i e r E v a n g i l e 8 8 , P a r i s 1 9 9 4 ; J . F . C r a g h a n , , " M a r i a n d i t s P r o p h e t s . T h e C o n t r i b u t i o n s o f M a r i t o t h e U n d e r s t a n d i n g o f B i b l i c a l P r o p h e c y " , B T B 5 , 1 9 7 5 ; F . E l l e r m e i e r , P r o p h e t i e i n M a r i u n d I s r a e l , H e r z b e r g , 1 9 6 8 ; J . A . G o l d s t e i n , , T h e H i s t o r i c a l S e t t i n g o f t h e U r u k P r o p h e c y , J N E S 4 7, 1 9 8 8 ; A . K . G r a y s o n , , W . G . L a m b e r t , A k k a d i a n P r o p h e c i e s , J C S 1 8 , 1 9 6 4; A . R . M i l l a r d , , " L a p r o p h e t i e e t l ' e c r i t u r e - - I s r a e l , A r a m , A s s y r i e , " R H R 2 0 0 2 , 2 , 1 9 8 5; M . N i s s i n e n , , " W h a t i s P r o p h e c y ? A n A n c i e n t N e a r E a s t e r n P e r s p e c t i v e , " i n J . K a l t n e r a n d L . S t u l m a n , e d s . I n s p i r e d S p e e c h , J S O T S u p 3 7 8 , L o n d res 2 0 0 4 ; M . W e i n f e l d , , " A n c i e n t N e a r E a s t e r n P a t t e r n s i n P r o p h e t i c L i t e r a t u r e , " V T 2 7 , 1 9 7 7
419 On est loin de lexemple des mystiques musulmans classiques, comme les soufis, dont les méthodes sont clairement identifiables.
420 Extraordinaire exemple de ce que peut être une théocratie à létat natif, sappliquant dans la vie quotidienne.
421 Cf. partie V.
422 Med. : kyste sébacé couvert de poils.
423 AYA.
424 Baha'u'llah, Kitab-i-Aqdas (le livre sacré du bahaïsme), tr. en anglais depuis l'original en arabe par Earl E. Elder et William Mc E. Miller, Royal Asiatic society, Londres, 1961; Le livre de la certitude , tr. en français par Hippolyte Dreyfus, Ernest Leroux, Paris, 1923-1928; John Esslemont, Baha'Ullah et l'ère nouvelle , Bruxelles, 1972; J-F Faü, " Juifs et baha'ïs en Iran, 1844-1920", Revue des études juives 163, 2004; Baha'ullah, Selections from the Writings of the Bab. Haifa, 1976; E. G. Browne, ed. Materials for the Study of the Babi Religion. Cambridge, 1918; Abdul Baha, A Traveller's Narrative Written to Illustrate the Episode of the Bab, New York, 1930; Muhammad Afnan, William Hatcher, "Western Islamic Scholarship and Baha'i Origins." Religion 15, 1985; Abbas Amanat, Resurrection and Renewal: The Making of the Babi Movement in Iran, 1844-1850. Ithaca, 1989.
425 H. J. Fisher, Ahmadiyyah (1963); S. Lavan, The Ahmadiyyah Movement (1974); Yohanan Friedmann, Prophecy Continuous: Aspects of Ahmadi Religious Thought and Its Medieval Background. Berkeley, 1989. .
426 Ed. TOB.
427 Signaculum.
428 Allusion à son incapacité dramatique à engendrer des fils ; cf. partie VII.
429 A.J. Wensick, Muhammed und die Propheten, Acta Orientalia 2, 1924, p. 9 ; A. Hakim, "Umar b. al Khattab as a fighter against Satan", Jerusalem Studies in Arabic and Islam 31, 2006 ; A.L. de Prémare, Les Fondations 2002, p. 313-6.
430 Elle nest pas mise en avant non plus. On peut la percevoir dans le développement du surnom de FARUQ, "celui qui distingue la vérité et l'erreur".
431 Ce tableau noir du personnage permet à l'historiographie musulmane et vulgarisante de reporter toutes les abominations sur lui, et de dédouaner Muhammad, forcément sympathique. Le cas est particulièrement patent pour ce qui concerne le traitement des femmes.
432 On parle même parfois de "Sunna dOmar", ce qui fâche les shiites ; il a existé de même des recueils de "Vertus d'Omar" (FADAHIL OMAR) ou des "Accords d'Omar avec Allah" (MUWAFAQAT OMAR).
433 Source internet: usc-msa Compendium of Muslim Texts.
434 Trad. Prémare 2002, p. 314 ; le titre du chapitre 10 est Ce qui, dans le Coran, a été révélé par la langue de certains compagnons.
435 Cest Omar qui sexprime. Mon seigneur sest trouvé daccord avec moi, selon dautres versions ; cf. Prémare 2002, p. 3 |