Partie IX



UNE SECTE
CONTRE LA CITÉ



N'aimer qu'un seul est barbarie , car c'est
au détriment de tous les autres. Fût-ce l'amour de Dieu.
Nietzsche , Par-delà le Bien et le Mal § 67.1





Allah propose la parabole d'une cité
qui a été paisible et tranquille ,
qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts
et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci , en punition de ce que les gens
de la cité ont accompli ,
leur a fait goûter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux ,
mais ils l'ont traité d'imposteur
et le tourment les a emportés
alors qu'ils étaient injustes.
(Corpus coranique d'Othman 16/113-4).




§ 261. — Présentation.

Un gourou libidineux prêchant la fin du monde , une secte constituée autour de lui, les femmes soumises et pétrifiées au premier rang, et une société narquoise devant le phénomène : le schéma serait banal dans nos sociétés contemporaines.2
Les textes permettent de suivre pas à pas les péripéties du groupe de mohammédiens , les résistances, les mouvements, les doutes , jusqu'à l'échec final.3
Mais par delà la succession romanesque d'épisodes se construit une doctrine et un exemple pour tous les musulmans4 : à partir de Muhammad , modèle du musulman idéal , il s'agit pour la Tradition Islamique de montrer comment l'on doit se comporter quand le groupe est encore minoritaire , dans une société insensible puis hostile , comment ne jamais céder aux pressions, comment résister par tous les moyens , comment susciter des troubles , créer la provocation et susciter la crainte parmi les infidèles.



Mille trois cent ans plus tard, dans le Royaume des Pays-Bas.
(Extraits d'un article deSabine Cessou paru dans Libération , mercredi 12 mars 2008).

Branle-bas aux Pays-Bas face aux fondamentalistes islamiques

Société. Les conflits quotidiens liés aux revendications religieuses exaspèrent les Néerlandais.
De notre correspondante à Amsterdam

L’exaspération monte aux Pays-Bas, sur une multitude de conflits quotidiens liés à l’islam. Les débats se suivent, incessants. Le 5 décembre, le Parlement a interdit le port du foulard islamique dans la police, après des années de politiques plus ou moins tolérantes en fonction des villes. La municipalité d’Amsterdam, de son côté, a demandé à ses travailleurs sociaux, même musulmans, de serrer la main des femmes dans la rue. La décision a été prise après bien des remous : Job Cohen, le maire travailliste d’Amsterdam, a d’abord trouvé qu’il n’était «pas indispensable» de serrer toutes les mains. Puis plusieurs élus travaillistes de l’arrondissement de Slotervaart - à forte immigration -, dans l’ouest de la ville, se sont battus pour le respect de «la norme du pays d’accueil».

Groupe à part. Et puis il y a Geert Wilders, chef de la droite populiste passé maître dans l’art d’exploiter le malaise ambiant. Même si toutes les polémiques ne sont pas provoquées par cet homme politique, il promet depuis quatre mois un film contre le Coran. Cette annonce a déclenché une tempête qui a ravivé le traumatisme subi après la mort du cinéaste Theo van Gogh. Il avait été égorgé le 2 novembre 2004 par un jeune islamiste néerlando-marocain, trois mois après la diffusion de son film, Soumission5 , qui dénonçait la condition des femmes dans l’islam. Depuis, les musulmans sont considérés comme un groupe à part, fort de 850 000 personnes (5 % de la population néerlandaise). La présence de 20 000 à 30 000 radicaux, selon les services secrets, est présentée par Geert Wilders comme une menace «d’islamisation de la société néerlandaise».

Le burqini, ce nouveau maillot de bain qui couvre l’intégralité du corps des femmes, donne la mesure des avancées du fondamentalisme. Pour tester les réactions du public, la chaîne de télévision Netwerk a envoyé une journaliste écumer les piscines du pays en burqini. La réplique la plus féroce est venue d’un musulman qui a vitupéré contre «l’influence croissante de l’islam orthodoxe aux Pays-Bas». Au total, six piscines municipales ont aujourd’hui interdit le maillot de bain islamique.

Le royaume est manifestement pris dans un double conflit entre liberté de religion et liberté d’expression, intégration et tolérance. En septembre, une agence gouvernementale a appelé les Néerlandais à «s’adapter à l’islam». Son argument : «La tolérance est trop faible.» L’islamologue Hans Janssen, de l’université d’Utrecht, estime au contraire que «les Pays-Bas cèdent beaucoup trop aux menaces brandies par les fondamentalistes». Il en veut pour preuve que le gouvernement a demandé à Geert Wilders de ne pas diffuser son film, par peur de représailles. Dans un autre registre, la banque Fortis a remplacé par une encyclopédie la petite tirelire en forme de cochon qu’elle offrait à l’ouverture de tout compte pour enfant.

«Distance». De son côté, l’Association des médecins néerlandais (KNMG) a préconisé, fin février, de céder aux préférences des patients, pour un médecin homme ou femme, mais de ne pas tenir compte des demandes liées à la religion des praticiens. Une façon de clore le débat, face aux exigences croissantes des musulmans dans le système de santé. Enfin, après trois ans d’atermoiements, un permis de construire a été délivré à Amsterdam en vue de la construction d’une grande mosquée, qui sera le plus haut édifice de la ville.

Ronald Plasterk, le ministre de la Culture, de l’Enseignement et de l’Emancipation, a cherché à détendre l’atmosphère en conseillant aux musulmans de «prendre de la distance» avec le Coran. «Si l’on doit tout prendre au pied de la lettre, il y a de quoi devenir fou, par les temps qui courent», a-t-il commenté. Sooreh Hera, une artiste d’origine iranienne, n’en accuse pas moins ce ministre d’avoir «trahi la liberté d’expression». Elle lui reproche son absence de soutien, après le rejet par le musée municipal de La Haye de photos controversées. Ses images montraient un couple d’homosexuels iraniens aux visages recouverts par des masques, à l’effigie du prophète Mahomet et de son gendre Ali. A Paris, le centre Pompidou va les exposer, mais aux Pays-Bas, elles ne trouvent pas preneur. Un seul musée, à Gouda, avait promis de les montrer. Son directeur a changé d’avis, mais nie avoir cédé à de quelconques pressions.



Chapitre 45

L'exposition du missionnaire



Auparavant, Muhammad vaticinait chez lui , dans sa maison , auprès de ses proches. Ses crises nerveuses et un état globalement psychotique ne lui permettaient sans doute pas de se montrer au dehors, dans un monde tribal aussi rude. Le phénomène6 aurait pu s'étendre de lui-même , du manque d'inspiration et de la lassitude de l'entourage .
L'ouverture au reste du quartier , à la ville, au clan, à la tribu, de cette doctrine excentrique permet alors de susciter la contreverse puis le conflit : toutes choses dont le personnage peut tirer parti pour exister encore. Et c'est ainsi , dans l'affrontement , que la doctrine s'élabore, peu à peu. Ce "Mon Combat" construit la doctrine des débuts ; il est l'islam initial, une forme différente de ce qu'il sera ensuite , mais qui restera dans la forme et dans le fond , comme une guerre contre les autres, qu'ils soient de la famille ou du reste de l´Humanité.



§ 262. — Un prophète dans son terroir.

La question est importante sur un plan strictement théologique et vue son importance on nous pardonnera d'insister sur ce point: Muhammad aurait-il été "envoyé" pour convertir (et punir) sa cité , ou le monde entier? On mesure les conséquences immenses d'un tel débat , jusqu'à nos jours et pour longtemps encore.
Cela se joue sur quelques mots, sur leur sens et leur traduction. A l'évidence , du fait de son échec à la Mecque , la conception évoluera , du particulier au général , du local à l'universel (une dimension et une ambition qui sont bien postérieures à Muhammad, qui se limitera au maximum à la péninsule arabique) ,et ceci faute de mieux.


Un "prophète" pour la Mecque.
(Corpus coranique d'Othman 42/5).7

Ainsi nous t'avons révélé une prédication8 en langue arabe pour que tu avertisses la Mère des Cités et ceux qui sont autour d'elle9 et que tu avertisses de la venue du jour de la réunion où sans nul doute , une fraction sera dans le jardin et une fraction dans le brasier.

(Corpus coranique d'Othman 90/1-3).
Non! J'en jure par cette ville -or tu n'es pas sans liens en cette ville , j'en jure par un procréateur et ce qu'il a engendré.

(Corpus coranique d'Othman 27/93).
J'ai seulement reçu ordre d'adorer le seigneur de cette ville qu'il a déclarée sacrée.
A lui appartient toute chose!
J'ai reçu ordre d'être parmi les soumis à lui.

Prophète de malheur.
(Corpus coranique d'Othman 7/92-94).

Nous n'avons envoyé dans une cité aucun prophète sans frapper la population de cette cité de calamité et de malheur , espérant que peut-être ils s'humilieraient (...).
Si les populations des cités avaient cru et avaient été pieuses , nous leur aurions octroyé des dons du ciel et de la terre.
Mais elles ont crié au mensonge10 et nous les avons emportés en prix de ce qu'elles se sont acquis.

La cité paisible.
(Corpus coranique d'Othman 16/113-4).

Allah propose la parabole11 d'une cité qui a été paisible et tranquille , qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci , en punition de ce que les gens de la cité ont accompli , leur a fait goûter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux , mais ils l'ont traité d'imposteur et le tourment les a emportés alors qu'ils étaient injustes.

(Corpus coranique d'Othman 25/ 8-9, 22).
Que se passe t-il avec ce prophète qui mange ses repas et qui se promène à travers les marchés?12
(...)
Chaque apôtre que nous avons envoyé avant mange ses repas et se promène à travers les marchés.

(Tafsir al Jalalayn 90).
et toi, tu es un résident dans cette cité”: et toi, ô Muhammad, tu es un habitant honoré de cette cité. Ou suivant une autre exégèse: On t'a permis de combattre dans ce pays sacré. Et Allah, effectivement, lui a réalisé sa promesse pour la prise de La Mecque.
“Pense-t-il que personne ne pourra rien contre lui? “: Cet homme, Abul Ashadd ibn Kilda, qui était le plus fort parmi les Quraysh, croit-il que personne ne peut le vaincre? Certes oui, car Allah en est capable.


§ 263. — La prédication publique.


On distingue habituellement la prédication de la Mecque en deux périodes: celle où Muhammad s’exprime devant un cercle restreint 13 , puis celle où l’activité devient publique. Le passage de l’un à l’autre , dans la perspective théologique est un commandement divin.
On peut aussi noter que dans une société tribale , il n’y a pas de coupure franche entre les sphères privées et publiques et les enseignements de Muhammad , révolutionnaire au sens strict du terme14 , ne pouvaient que se répandre et attirer la curiosité puis l’inquiétude des autorités. C’est ce moment là que l’on a la trace des premières conversions en masse , dans les catégories intermédiaires , jeunes et parfois marginales de la population. Les thèmes nouveaux apparaissent dans la matière coranique15 , de plus en plus polémiques.
Pour l'essentiel , il ne s'agit encore que d'une poignée de marginaux prêchant l'imminence de la fin du monde , autour d'un chef charismatique: les apparences et la réalité d'une secte arabe eschatologique, issue du fond de doctrine judéo-chrétien.16



1. — Début de la propagande.


Le mot n'est pas péjoratif: Muhammad est là pour propager sa foi , son sytème et sa conception du monde.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 166).

Les gens commencèrent à accepter l’islam , hommes et femmes , en grand nombre , juqu’à ce que la rumeur de cela se propage à travers la Mecque , et on commença à en parler. Alors Allah commanda à son envoyé de déclarer la vérité de ce qu’il avait reçu , de faire connaître ses ordres et de les appeler à lui. Trois ans s’étaient passés pendant lesquels l’envoyé cachait son état , jusqu’à ce qu’Allah lui commande de rendre sa religion publique (...)
Alors Allah dit:
-Proclame ce qui t’a été ordonné et mets les polythéistes de ton côté.
Puis:
-Avertis ta famille , tes relations proches...
Puis:
-Dis , je suis celui qui avertis clairement.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 76).17

A partir de ce moment , Muhammad y accomplissait sa prière , et venait librement au temple , lui et ses compagnons.18 Trois ans après , Allah lui envoya ce verset:
-Ô envoyé , fais connaître ce qui t'a été envoyé de la part de ton seigneur ,
etc.19
Alors le prophète adressa publiquement sa prédication à tous.
Après avoir reçu ce verset , le prophète se rendit au temple de la Ka’ba et le récita devant les hommes. C'est dans la mosquée qu'il leur adressa le premier appel. Ensuite il alla au mont Safa20 , éleva la voix , et tous les habitants de la Mecque s'y réunirent. Muhammad leur parla ainsi :
-Quelle conduite ai-je tenue parmi vous?
Ils répondirent:
-Tu es un homme véridique et sûr ; nous n'avons jamais entendu de toi un mensonge21 . Muhammad reprit :
-Maintenant je dis: je suis l'envoyé d'Allah , envoyé vers vous. Adorez Allah et abandonnez les idoles , sinon le châtiment descendra sur vous du ciel et vous serez exterminés22.

(ibn Ishaq , Maghazi).23
Toutes les fois qu'un fragment du Coran était révélé , le prophète le récitait d'abord dans l'assemblée des hommes puis dans l'assemblée des femmes24 .

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1169).25
Trois ans après le début de sa mission , Allah a ordonné à son prophète de proclamer le message divin qu’il avait reçu , à le déclarer publiquement au peuple , et à les appeler à lui. Allah lui a dit:
-Publie ce qui t’est ordonné et détourne toi des associateurs26 .


2. — Subversion des rituels.

Une fois de plus , c’est le rite qui préfigure les évolutions dogmatiques. On peut placer cet épisode comme une des premières manifestations de la rupture du personnage avec son milieu d’origine. Refuser le sacrifice revient à refuser le banquet , donc la sociabilité.

(Bukhari , Sahih27 58/ 169).28

Un repas lui fut présenté mais il refusa d’en manger. (Il dit:)
-Je ne mange rien de ce qui est sacrifié au nom des idoles de pierre. Je ne mange rien qui ne soit sacrifié avec la mention d’Allah.

(Maqrizi , Imta).29
Le prophète sortait de la Ka'ba au début du jour et faisait la prière30. C'était une prière que les Quraysh ne pouvaient pas contester. Quand ensuite il priait pendant le reste du jour , Ali et Zayd s'asseyaient et le protégeaient. Quand ce fut le temps de la prière d'après-midi31 , le prophète et ses compagnons s'installèrent dans les ravins32 , un par un ou par deux ; ils priaient donc les prières de dua et asr.


3. — Premiers discours.

Le chef de la secte emploie la méthode des harangues , comme faisait Saint Paul six siècles auparavant , et subit les mêmes avanies. Il faut distinguer deux niveaux de discours: le témoignage de la Tradition , ou les chroniques , d'un côté , qui reconstituent tant mieux que mal ce qu'aurait peu être la teneur des paroles , et d'autre part , bien sûr , le Coran , qui , à sa façon , s'adresse aussi aux Mecquois à travers les réflexions in petto de l'agitateur et les triturations intellectuelles de l'orateur.

(Corpus coranique d'Othman 5/71).
Ô apôtre! fais parvenir ce qu’on a fait descendre vers toi , de ton seigneur!
Si tu ne le fais point , tu n’auras pas fait parvenir son message et Allah te mettra hors d’atteinte des hommes.
Allah ne saurait conduire le peuple des impies.

Rhétorique de prédication
( Tabari , Tafsir33 21/191).

Le prophète monta un jour sur as Safa34 et poussa un cri d’appel:
-Ô compagnons!
Et les Quraysh s’assemblèrent autour de lui , en disant:
-Qu’as tu donc?
-Que penseriez-vous si je vous annonçais que l’ennemi vous arrive ce matin ou ce soir? Me croiriez-vous?
-Certainement!
-Eh bien!Je vous avertis que vous êtes devant un châtiment terrible!
-Va t-en au diable , lui cria son oncle Abu Lahab35 , est-ce pour cela que tu nous as convoqués?

(ibn Sa'd , Tabaqat I/1 p. 133).36
L'envoyé d'Allah appelait à l'islam en secret et ouvertement. Ceux que Allah voulut parmi les jeunes et les faibles37 l'écoutèrent favorablement de sorte que ceux qui croyaient en lui devinrent nombreux. Les infidèles quraysh critiquaient pas ce qu'il disait. Lorsqu'il passait auprès leurs groupes , ils le montraient en disant:
-C'est le homme des Banu Abd al Muttalib qui parle du ciel38.

Discours de Muhammad devant les notables Quraysh.39
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 171).40

-Ô fils d’Abdul Muttalib41 , je ne connais pas d’Arabe qui ne soit venu vers son peuple avec un message plus noble que le mien. Je vous ai apporté le meilleur de ce monde et du suivant. Allah m’a intimé l'ordre de vous appeler à lui.
Lequel d’entre vous m’assistera dans cette tâche , comme mon frère , mon exécuteur testamentaire , mon successeur , parmi vous?


4. — L'embarras d’Abu Talib.

Abu Talib sert dès le départ d'intermédiaire entre Muhammad et les autres Mecquois. C'est son rôle traditionnel , en cas de problème dans cette société.
L'analyse de ses arguments est très intéressante: elle nous montre un être marqué fondamentalement par le mode de vie et de pensée tribal , avec sa part d'humanisme , qui le contraint à protéger son neveu. Sa personnalité , n'impressionne pas beaucoup , mais il faut là aussi se méfier de la Tradition , qui est une mise en scène constante: un diplomate doit se contenter de sa place de diplomate , et laisser la place aux vrais hommes d'action et de conviction...


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 73).

Le premier qui en eut connaissance fut Abu Talib , qui demanda à Muhammad quelle était la religion qu'il avait établie. Le prophète le lui dit et voulut le convertir. Abu Talib lui répondit:
- Je ne veux pas abandonner ma religion , qui est celle de mes pères ; si Allah t'a ordonné cette œuvre , accomplis-la ; je te protègerai , et personne ne pourra te molester.
Un jour , Abu Talib vit Ali faire la prière. Il lui dit:
-Mon fils , qu'est-ce que ce culte?
Ali , craignant la colère de son père , répondit :
-C'est Muhammad , le prophète d’Allah , qui m'a converti à cette religion.
Abu Talib dit:
-Si Muhammad te l'a dit ainsi , observe-le ; car Muhammad n'a jamais dit et ne dit pas le mensonge.

Abu Talib s’adresse aux idoles pour protéger Muhammad.42
(Al Kalbi , Livre des idoles 24d/25a).43
A ces idoles s’adresse Abu Talib , les prenant à témoin , lors de la coalition des Quraysh contre les Banu Hashim au sujet du prophète (...):
J’ai fait venir du temple mes gens et mon clan , et , parmi les ornements , j’ai saisi les tentures dorées.
Et là où les Asar laissent s’agenouiller leurs chameaux , à la rencontre des torrents , entre Isaf et Nayla44.


5. — Manoeuvres claniques.


Muhammad commence alors à utiliser les paraboles des prophètes , surtout arabes à ce moment , auquel il est facile et inévitable de l'identifier45. On pourrait se demander l'efficacité d'un tel recours: ces prophètes ne sont pas les ancêtres de la tribu. Mais il doit commencer à marquer sa rupture avec la tradition , et l'appel aux thèmes terrifiants de la colère divine lui vient en secours dans ton oeuvre de subversion sociale

Le clan comme cible.
(Corpus coranique d'Othman 26/214-220).

Avertis ton clan 46 le plus proche!47
Sois tutélaire pour ceux des croyants qui te suivent!
S’ils te désobéissent , dis-leur: je suis innocent de ce que vous faites.
Et mets ta confiance dans le puissant , le miséricordieux qui te voit durant tes vigiles et voit tes gestes parmi les fidèles prosternés.
Il est l’audient , l’omniscient.

La protection du clan.
(Corpus coranique d'Othman 11/93-4).
-Ô Shoayb!48 , répondirent les impies , nous ne saisissons pas une grande part de ce que tu dis. En vérité , nous te voyons certes faible parmi nous et , sans ton clan nous t'aurions certes lapidé car tu n'es pas puissant sur nous.
-Ô mon peuple! , répliqua Shoayb , mon clan , sur vous , est-il donc plus puissant qu'Allah , en sorte que vous tourniez le dos ouvertement à Celui-ci ?
Mon seigneur embrasse en sa connaissance ce que vous faites.

Tentative de conversion du clan.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 77).

Ensuite Allah envoya à Muhammad le verset suivant:
Adresse l'appel à tes proches parents49.
Le prophète dit :
-Mes parents , ce sont les Banu Hashim et les Banu Abd Manaf.50
Il dit à Ali d'aller préparer un repas. Ali , ayant fait cuire dans le four un mouton sur du gruau51 , invita tous les Banu Hashim et les Banu Manaf , de même qu' Abu Talib , Hamza , Abbas et un grand nombre d'autres personnes , et leur servit ce repas. Ils mangèrent beaucoup , cependant la quantité de la nourriture ne diminuait pas52 .
Abu Lahab dit:
-Muhammad nous a invités aujourd'hui pour nous faire voir sa magie.
Le prophète , très affligé de ces paroles , ne leur parla point ce jour-là. Le lendemain , il fit préparer un nouveau repas et les invita. Pendant qu'ils mangeaient , il leur parla ainsi :
-Ô mes oncles et mes cousins , je suis l'envoyé d'Allah , envoyé vers tous les hommes en général , et vers vous en particulier. Croyez en Allah et à ma mission53 , et Allah vous donnera le paradis éternel.
Personne ne répondit. Puis Abu Talib dit:
-Mon fils , tu as parlé et nous avons entendu ; laisse-nous aller et réfléchir jusqu'à demain.
Le prophète dit ensuite:
-Mes oncles et mes cousins , si vous ne cherchez pas l'autre monde , au moins recherchez le bonheur de ce monde ; car Allah répandra ma religion , et l'empire de l'Arabie , de la Perse et de Rum54 m'appartiendra. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui veuille répondre à mon appel , et que je puisse nommer mon vicaire55?
Tous gardèrent le silence. Alors Ali dit:
-Ô envoyé d'Allah , si personne ne croit , moi je suis croyant56 .
Le prophète répondit :
-Ô Ali , tu as cru , et tu es mon frère et mon vicaire57. Les autres se levèrent et sortirent. Ils se moquèrent d'Abu Talib , en lui disant:
-Muhammad a fait de ton fils ton maître.


6. — Le rejet de l’aveugle.

Le personnage évoqué serait un aveugle58 , Abdallah ibn Umm Maktum , que Muhammad aurait délaissé au cours d'un altercation , tournant son attention vers des individus plus utiles à sa démarche. Rien n'est assuré à ce sujet.

(Corpus coranique d'Othman 80/1-10).

Il s’est renfrogné59 et détourné.
Car à lui est venu l’aveugle.
Qui peut te faire savoir?
Peut-être celui-ci se purifiera t-il ou s’amendera t-il , en sorte que le rappel lui aura été utile?
A celui qui affecte la suffisance , tu portes intérêt (pourtant tu n’es pas responsable qu’il ne purifie pas) , mais de celui qui vient à toi empli de zèle et plein de crainte , toi , tu te désintéresses60 .

(Tafsir al Jalalayn 80).
Il s'est renfrogné et il s'est détourné: Révélée tout entière à La Mecque, à la suite de la sourate de l'Etoile .Le visage du prophète s'est renfrogné et il s'est détourné
parce que l'aveugle est venu à lui”: à cause d'un aveugle qui n'était autre que Abdullah ibn Umm Maktum qui etait venu un jour trouver le prophète , alors que celui-ci avait chez lui des notables Quraysh et qu'il espérait leur islamisation. Abdullah n'était pas au courant de la présence de ces gens-là. Il appela, avec insistance, le prophète lui demandant de l'enseigner de ce qu'Allah lui a révélé. Comme il s'est détourné de lui en se renfrognant, cet aveugle retourna chez lui. Les premiers versets de cette sourate furent révélés à son sujet. Plus tard quand Abdullah venait chez le prophète , celui-ci lui disait: "Bienvenu à celui que mon seigneur m'a fait des reproches à cause de lui." Et il lui étendait son manteau pour s'asseoir.


7. — Premières conversions collectives.

Les listes sont tenues avec soi , et sans doute bien artificielles. Des dizaines de miliers de personnes , bien plus tard , peuvent tirer un prestige immense uniquement par la vertu d'un seul nom , présent dans cette liste.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 73-4).

J'ai lu dans toutes les traditions qu'Abu Bakr , après sa conversion , tint sa foi secrète ; mais chaque fois qu'il se trouvait dans la mosquée à causer avec quelqu'un , il lui en parlait et l'engageait à l'islam ; il conduisait auprès du prophète ceux qui acceptaient ; et ils prononçaient la profession de foi. Le premier qui fut converti par Abu Bakr fut Othman61 ibn Affan ; il convertit ensuite Abd er Rahman ibn Awf , puis Zubayr ibn Awwam , puis Talha ibn Obaydallah , puis Sad ibn Abu Waqqas62. Ils furent ainsi trente-neuf adhérents , qui tenaient leur foi secrète63. Ils n'osaient pas se rendre à la mosquée de la Mecque pour prier , ni eux ni le prophète ; ils priaient , soit à la maison , soit sur le mont Hira. (...) On disait , dans les réunions de la mosquée64 , que Muhammad avait fondé une nouvelle religion , qu’il prétendait être le prophète d’Allah et avoir reçu d’Allah un message , que quelques personnes avaient cru en lui et pratiquaient la prière en secret.

La liste des premiers convertis.65
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 162).
Othman ibn Affan66 ibn Abul As ibn Umayya ibn Abdu Shams ibn Abdu Manaf ibn Qusayy ...ibn Luayy ;
al Zubayr ibn al Awwam ibn Khuwaylid ibn Asad ibn Abdul Uzza ibn Qusayy ... ibn Luayy ;
Abdu1 Rahman ibn Auf ibn Abd Auf ibn Abd ibn al Harith ibn Zuhra ... ibn Luayy (appelé aussi Sad ibn Abu Waqqas) ;
Malik ibn Uhayb ibn Abdu Manaf . . . ibn Luayy ;
Talha ibn Ubaydullah ibn Uthman ibn Amir ibn Kab ibn Sad ... ibn Luayy.

La liste des convertis suivants.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 163-4).
Abu Ubayda ibn al Jarrah dont le nom était Amir ibn Abdullah ibn al Jarrah ibn Hilal ibn Uhayb.
Dabba ibn al Harith ibn Fihr. Abu Salama dont le nom était Abdullah ibn Abdul Asad ... ibn Luayy.
Al Arqam ibn Abul Arqam (le nom de ce dernier était Abd Manaf ibn Asad et Asad portait le nom honorifique de Abu Jundub ibn Abdullah ibn Amir . . . ibn Luayy.)
Uthman ibn Mazun ibn Habib ibn Wahb ibn Hudhafa... ibn Luayy.
Ses deux frères Qudma and Abdullah , filsde Mazun. Ubayda ibn al Harith ibn al Muttalib ibn Abdu Manaf ... ibn Luayy.
Sayd ibn Zayd ibn Amir ibn Nufayl ibn Abdul Uzza ibn Abdullah ibn Qurt . . . ibn Luayy , et sa femme Fatima67 bint al Khattab ibn Nufayl déjà mentionné , étant le soeur de Umar ibn al Khattab.68
Asma bint Abu Bakr , avec sa petite fille Aïsha69 .
Khabbab ibn al Aratt , allié des ibn Zuhra.
Umayr ibn Abu Waqqas , frère de Sad.
Abdullah ibn Masud ibn al Harith ibn Shamkh ibn Makhzum ibn Sahila ibn Kahil ibn al Harith ibn Tamim ibn Sad ibn Hudhayl , allié des ibn Zuhra70.
Masud ibn alQari qui était le fils de Rabia ibn Amir ibn Sad ibn Abdul Uzza ibn Hamala ibn Ghalib ibn Muhaffim ibn Aydha ibn Subay ibn al Hun ibn Khuzayma d' al Qara.
Salit ibn Amir ibn Abdu Shams ibn Abdu Wudd ibn Nasr ... ibn Luayy.
Ayyash ibn Abu Rabia ibn al Mughira ibn Abdullah ibn Amir ... ibn Luayy , et sa femme Asmad. Salama ibn Mukharriba le Tamim.
Khunays ibn Hudhafa ibn Qays ibn Adiy ibn Sad ibn Sahm ibn Amir ... ibn Luayy.
Amir ibn Rabia des Anz ibn Wayl , allié de la famille de al Khattab ibn Nufayl ibn Abdul Uzza.
Abdullah ibn Jahsh ibn Riab ibn Yamar ibn Sabira ibn Murra ibn Kabir ibn Ghanm ibn Dudan ibn Asad ibn Khuzayma , et son frère Abu Ahmad , tous deux alliés des ibn Umayya.
Jafar ibn Abu Talib et sa femme Asma bint Umays ibn Numan ibn Kab ibn Malik ibn Quhafa des Khatham.
Hatib ibn al Harith ibn Mamar ibn Habib ibn Wahb ibn Huahafa ... ibn Luayy , et sa femme Fatima bint al Mujallil ibn Abdullah ibn Abu Qays ibn Abdu Wudd ibn Nasr ibn Malik ... ibn Luayy.
Son frère Hattab ibn al Harith et sa femme Fukayha bint Yasar. Mamar ibn al Harith déjà cité.
Al Sayb ibn Uthman ibn Mazun déjà cité.
Al Muttalib ibn Azhar ibn Abdu Awf ibn Abd ibn al Harith . . . ibn Luayy , et sa femme Ramla bint Abu Auf ibn Subayra ibn Suayd ... ibn Luayy.
Al Nahbam dont le nom était Nuaym ibn Abdullah ibn Asid ... ibn Luayy. Amir ibn Fuhayra , affranchi des Abu Bakr.
Khalid ibn Sayd ibn al As ibn Umayya ... ibn Luayy et sa femme Umayna bint Khalaf ibn Asad ibn Amir ibn Bayada ibn Subay ... de Khuzaa ;
Hatib ibn Amir ibn Abdu Shams ... ibn Luayy ;
Abu Hudhayfa ;
Waqid ibn Abdullah ibn Abdu Manaf ibn Arin ibn Thalaba ibn Yarbu ibn Hanzala ibn Malik ibn Zayd Manat ibn Tamim un allié des ibn Adiy ibn Kab71 ;
Khalid , Amir , Aqil , Iyas , les fils de al Bukayr ibn Abu Yam ibn Nashib ibn Ghiyara ibn Sad ibn Layth ibn Bakr ibn Abdu Manat ibn Kinana , alliés des ibn Adiy ;
Ammar ibn Yasir , allié des ibn Makhzum ibn Yaqaza ;
Suhayb ibn Sinan , membre des Namir ibn Qasit , allié des ibn Taym ibn Murra.


§ 264. — Les thèmes de la prédication.


Le Coran , si l’on tente de distinguer les périodes de composition de ses versets , porte la trace , pour cette période , d’intenses efforts visant à la conversion72. On distingue aussi à ce moment des considérations sociales , qui visent souvent l’aristocratie marchande73. L'argumentation la plus efficace répose sur le rappel sec, brutal et répété de la fin du monde74 et du jugement dernier75. L'effet recherché est celui de la terreur , qui s'exprime souvent de façon physique.
Mais la religion traditionnelle n’est pas tout de suite attaquée de front: cela apparait à la fin de cette période. Il n'apparaît pas encore de thèmes véritablement universaliste, sous l'influence chrétienne sans doute76.



1. — La férocité verbale.

Dès le début , ce style inimitable se reconnait sans difficulté. Les allusions spécifiques à que ce soit de religieux ont disparu.

(Corpus coranique d'Othman 68/14).
N'obéis donc pas à ceux qui crient au mensonge!
Ils aimeraient que tu sois doux pour qu'ils le soient.
N'obéis pas au jureur vil ,
au détracteur , semeur de calomnie ,
interdisant le bien , plein d'insolence et de péché ,
arrongant et par surcroît , bâtard!77
Ne lui obéis pas parce qu'il est riche et a des fils pour le soutenir
Quand nos signes lui sont communiqués , il s'écrie: Histoire d'Anciens78 !
Nous le stigmatiserons sur le mufle!79.

La malédiction contre "le calomniateur"80
(Corpus coranique d'Othman 114).
Malheur au calomniateur acerbe qui a amassé une fortune et l'a comptée et recomptée!
Il pense que sa fortune l'a rendu immortel.
Qu'il prenne garde!
Il sera certes précipité dans la Hutama81 .
C'est le feu d'Allah allumé qui dévore jusqu'aux entrailles , qui est sur eux refermé en longues colonnes de flammes.

( Corpus coranique 64/25-29).82

Plût au ciel qu’on ne m’eût pas remis mon rôle et que je ne connusse pas ce qu’est mon jugement!
Plût au ciel que cette mort fût définitive!
De rien ne m’a servi ma fortune!
Disparu , loin de moi , est mon pouvoir!


2. — Défense et organisation de la secte.

Muhammad , devant son petit succès , au sein de son clan , doit se préoccuper des autres , les "croyants"83 : ceux qui ont confiance en lui , et aussi en Allah , la divinité dont il parle.
Il faut assumer la défense du groupe , sa direction , sa subsistance. Quelques indices apparaissent à ce sujet. Mais ce n'est pas encore la logorrhée juridique touffue de Médine.
La logique de toute secte tend à séparer rigoureusement l'adepte du monde extérieur, celui-ci étant peu après considéré comme ennemi dans son ensemble.


(Corpus coranique d'Othman 8/2).
Les croyants sont ceux dont le coeur frémit et la foi augmente lorsque Allah est convoqué et que ses signes sont seulement communiqués.

( Corpus coranique 39/24).
Allah fait descendre le plus beau des discours en une écriture en ses parties , semblables à des répétées par laquelle se hérisse l'épiderme de ceux qui redoutent le seigneur , par laquelle ensuite leur épiderme et leur coeur se font tendres envers l'édification d'Allah.

(Corpus coranique d'Othman 96/9-19).
Penses-tu , prophète , que celui84 qui défend à un serviteur d’Allah85 de prier , penses-tu qu’il soit dans la direction ou qu’il ordonne la piété? (...) Ne sait-il pas qu’Allah le voit?
Qu’il prenne garde!
S’il ne s’arrête , en vérité , nous le traînerons en enfer par le toupet de son front86 ...
Prends garde!
Ne lui obéis pas!
Prosterne-toi et rapproche-toi d’Allah.


3. — Attaque contre l'aristocratie marchande.

Muhammad , au statut social déjà très médiocre , attire à lui nombre de déclassés , des jeunes , des pauvres , mal à l'aise dans une société aristocratique placide mais rigide. Le discours est très directement dirigé contre les riches87 marchands mecquois , oisifs , calmes et heureux , d'où une accumulation terrifiante d'allusions infernales, de paraboles édifiantes copiées sur les textes juifs , et la naissance du thème névrotique de la "Vie Dernière". Des auteurs marxistes88 ont pensé , après avoir été séduits par ce discours "de classe" , que Muhammad était le héros d'une révolution socialiste.
Cette thématique est souvent utilisée de nos jours par les mouvements islamistes pour séduire le sous-prolétariat désespéré des sociétés contemporaines.


(Corpus coranique d'Othman 89/18-22).

Prenez garde! Vous n’honorez pas l’orphelin!
Vous n’incitez pas pas à nourrir le pauvre!
Vous dévorez l’héritage du faible goulûment!
Vous aimez la richesse d’une passion sans borne!
Prenez garde!

(Corpus coranique d'Othman 43/22-4).
Ils disent seulement:
- Nous avons trouvé nos pères en une communauté89 et nos suivons leurs traces!
Et quand cet avertisseur90 a dit:
-Eh quoi! si je vous apportais ce qui est plus droit que ce que vous avez suivi par vos pères?
Les riches91 ont dit:
-Nous sommes sans foi dans ce qu'on vous a donné en message!
Nous nous sommes vengés de ces incrédules.
ère donc quelle fut la fin des dénégateurs.92

(Corpus coranique d'Othman 90/10).

Ne lui avons nous pas indiqué les deux voies?
Pourtant il ne s’est nullement engagé dans la voix ascendante?
Et qu’est-ce qui t’apprendra ce qu’est la voie ascendante?
C’est affranchir un esclave ou bien , par un jour de disette , nourrir un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement?
C’est être , en outre , du nombreux de ceux qui ont la foi , se conseillent mutuellement la constance , se conseillent mutuellement la douceur.
Ceux-là seront les gens de la droite.
Ceux qui au contraire n’auront pas cru en nos aya93 seront les gens de la gauche.
Un feu sur eux sera refermé.

(Corpus coranique d'Othman 6/123-7).
Ainsi , dans chaque cité , nous avons placé des grands , pécheurs de cette cité , afin qu'ils y machinent contre les croyants.
Mais ils ne machinent que contre eux-mêmes sans qu'ils le pressentent.
Quand un signe94 vient à eux , ils s'écrient: Nous ne croirons pas avant que soit venu à nous ce qui est venu aux apôtres d'Allah antérieurs à toi , prophète!
Mais Allah sait bien où placer son message.
Ceux qui ont été coupables seront frappés d'une humiliation auprès d'Allah et d'un tourment terrible , pour prix de ce qu'ils auront machiné.
Celui qu'Allah veut diriger , il lui ouvre la poitrine95 à l'islam.
Celui qu'il veut égarer , il lui rend la poitrine étroite , le met à la gêne 96 comme s'il montait au ciel.
Ainsi Allah fait peser le courroux sur ceux qui ne croient point.
C'est la voie de ton seigneur , s'étendant droite.
Nous avons exposé intelligiblement les signes à un peuple qui s'amende.
Pour ces gens , est la demeure du salut , auprès de leur seigneur.
Il est leur patron en prix de ce qu'ils faisaient sur terre.

La parabole du riche Qorè.97
(Corpus coranique d'Othman 27/76-82).

Qorè98 faisait partie du peuple de Moïse99 . Il fut empli d'insolence envers eux car Nous lui avions donné tant de trésors que les clefs en étaient trop lourdes pour une troupe d'hommes pleins de force. Or son peuple lui dit :
-Ne te réjouis pas !
Allah n'aime pas ceux qui sont réjouis.
Parmi ce qu'Allah t'a donné , recherche la demeure dernière!
N'oublie pas ta part de la vie immédiate et sois bon comme Allah le fut envers toi !
Ne recherche pas le scandale sur la terre !
Allah n'aime pas les fauteurs de scandale.
-Ce qui m'a été donné , répondit Qorè , je le détients par une science qui est en moi.
Eh quoi! Qorè ne savait-il pas qu'Allah avait fait périr , avant lui , des générations100 plus redoutables que lui par la force et plus importantes par le nombre ?
Mais les coupables ne sont pas interrogés sur leurs péchés.
Qoré sortit vers son peuple , avec toute sa pompe.
Ceux qui voulaient la joie de la vie immédiate s'écrièrent:
-Plût au Ciel que nous eussions ce qui a été donné à Qorè! En vérité , il détient certes une grande fortune !
Mais ceux à qui avait été donnée la science , répondirent:
-Malheur à vous! La récompense d'Allah vaut mieux pour celui qui croit et fait ceuvre pie. Seuls les constants la recueilleront.
Nous fîmes engloutir par la terre Qorè et sa maison et il n'eut pas de clan pour le secourir101 , à l'encontre d'Allah , et il ne fut lui pas porté secours.
Au matin , ceux qui la veille avaient souhaité sa place s'écrièrent:
-Malheur à nous! Allah dispense et mesure son attribution à qui il veut parmi ses serviteurs. Si Allah n'avait pas répandu sur nous sa bonté , il nous aurait fait engloutir par la terre. Malheur! les infidèles ne seront pas les bienheureux.

La parabole des maîtres des jardins.
(Corpus coranique d'Othman 88/17-34).

En vérité , nous les avons éprouvés comme nous avons éprouvé les maîtres du jardin , quand ils jurèrent de le cueillir au matin sans rien excepter.
Or sur le jardin s'abattit un fléau envoyé par ton seigneur , durant que dormaient ces gens , et le jardin , au matin , fut comme si tout y avait été coupé.
Ils s'appelèrent les uns les autres , le lendemain , disant:
-Partez au matin à votre champ , si vous vous trouvez devoir en couper la récolte.
Ils se mirent en route , devisant mutuellement tout bas.
Certes , aujourd'hui , nul pauvre n'entrera dans ce jardin , malgré nous!
Ils partirent donc au matin , décidés , résolus.
Ayant vu toutefois le jardin , ils s'écrièrent :
-Nous sommes certes égarés ! Non! nous n'avons plus rien!
Le plus avisé d'entre eux s'écria alors :
-Ne l'avais-je pas dit ? Que ne dites-vous: Gloire à Allah !
- Gloire à notre seigneur! , dirent-ils. Nous avons été des injustes!
et ils se tournèrent les uns vers les autres , se blâmant et disant :
-Malheur à nous! Nous avons été des rebelles! Peut-être notre seigneur nous donnera-t-il , en échange , un jardin plus beau que celui-ci! En vérité , à notre seigneur nous nous trouvons aspirer!
Tel est le tourment d'ici-bas , mais certes le tourment de la vie dernière est pire. Que ne le savaient-ils !
En vérité , aux pieux appartiennent , auprès de leur seigneur , les jardins de délice.

(Corpus coranique d'Othman 11/28-9).

- N'adorez qu'Allah!
Je crains pour vous le tourment d'un jour cruel.
Le conseil102 qui fut infidèle parmi son peuple répondit:
Nous ne te voyons que comme un mortel semblable à nous.
Nous te voyons seulement suivi , sans réflexion , par ceux qui sont les plus vils d'entre nous. Nous ne voyons en vous aucun mérite sur nous.
Bien plutôt nous pensons que vous êtes des menteurs.

(Tafsir Jalalayn 111).

Quand le prophète le menaça qu'il sera châtié, Abu Lahab s'écria:
-Si ce que mon neveu dit est vrai, je pourrai me racheter avec mes biens et mes enfants.
Allah révéla aussitôt: Ses richesses et tout ce qu'il a acquis ne lui serviront à rien.

(Tafsir Jalalayn 107).
C'est bien lui qui repousse l'orphelin” : Il est celui qui repousse l'orphelin avec violence sans lui donner son droit.
“et qui n'encourage point à nourrir le pauvre”: qui n'incite pas lui-même, ni encourage les autres à nourrir le misérable. Ces versets furent révélés au sujet de Al As ibn Wayl ou Al Walid ibn Al Mughira.
(...)
“qui sont pleins d'ostentation”: qui font la prière ou d'autres actes pour être vus des hommes. Ibn Abbas a dit que ce verset:
-”Malheur aux priants insouciants de leur prière” fut révélé au sujet des hypocrites qui faisaient la prière devant les croyants quand ils se présentaient et la délaissaient quand ils se trouvaient seuls. En outre ils refusaient de prêter aux autres des choses qu'on prête souvent sans prix.
“et refusent l'ustensile” : et qui refusent d'accorder leur assistance aux autres, en leur prêtant par exemple: l'aiguille, Ta hache, la marmite et l'assiette


(Tafsir al Jalalayn 104).
Malheur à tout calomniateur diffamateur”: Wayl est un terme de menace ou le nom d'une vallée située à la Géhenne, qui est destinée à ceux qui médisent du prophète et des croyants, tels que: Umayya ibn Khalaf, Al-Walid ibn Mughira et autres.
“qui amasse une fortune et la compte”: ce diffamateur amasse de l'argent, le compte et en réserve contre les vicissitudes de la vie.

(Tafsir al Jalalayn 102).
Ibn Burayda a dit:
-Les versets: "La course aux richesses vous distrait, jusqu'à ce que vous visitiez les tombes." furent révélés au sujet des deux tribus Médinoises: Les Banu Hâritha et Banu Al Hârith qui s'étaient enorgueillies l'une sur l'autre. Les uns dirent aux autres:
-Y a-t-il d'entre vous ceux qui ressemblent à Untel et Untel (de notre tribu)?
Et les autres firent de même en parlant des vivants. A la fin, ils se dirent les uns aux autres:
-Partons au cimetière et voyons si vous aviez comme Untel et Untel?, en s'enorgueillissant même des morts.
Allah alors fit descendre les versets précités.


4. — La terreur du jugement dernier.

Face à la placide aristocratie de sa cité natale , le thème est efficace , et rappelle les paroles de tous les prédicateurs rigoristes , qui fustigent le confort et le bonheur pour y substituer l'angoisse et l'austérité.

(Corpus coranique d'Othman 84).

Quand le ciel se déchirera , qu'il écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir , quand la terre sera nivelée , qu'elle rejettera ce qui est en elle et se videra , qu'elle écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir , alors , ô homme! , toi qui te tournes vers ton seigneur , tu le ren- contreras.
Celui qui recevra son rôle en sa dextre103 , sera jugé avec mansuétude et s'en ira vers ses pareils , en allégresse.
Celui qui au contraire recevra son rôle derrière son dos , appellera l'anéantissement alors qu'il sera exposé à un brasier il aura été allègre , parmi les siens , sur terre il aura pensé qu'il ne reviendrait pas.
Mais si!
Son seigneur était clairvoyant à son sujet!
Non! j'en jure par le crépuscule , par la nuit et ce qu'elle enveloppe , par la lune quand elle est pleine , vous monterez certes couche après couche!
Donc , qu'ont-ils à ne point croire et , quand la prédication leur est prêchée , à ne pas se prosterner ?
Bien plus! ceux qui sont impies104 crient au mensonge.
Or Allah sait bien ce qu'ils cachent.
Fais-leur annonce105 heureuse d'un châtiment cruel!
Exception pour ceux qui ont cru et accompli des œuvres pies à ceux-là appartient une rétribution exempte de rappel106.

(Corpus coranique d'Othman 54/1-7)
L’heure107 approche.
Le terre se fend (...)
Les infidèles pensent ce tourment éloigné , alors que nous le pensons proche.



§ 265. — Les Pharaons de la Mecque.


Muhammad va développer dans sa galerie de portraits un personnage mauvais, dans le Coran108 , le méchant par excellence: Pharaon, qui ne correspond à aucun souverain égyptien en particulier. Il est composé comme l'emblème de l'incroyant et rassemble en fait tous les reproches que lui-même fait à l'aristocratie mecquoise. Il se présente bien sûr comme l'opposant, Moïse...
Le pharaon est devenu par la suite l'appelation idéale des gouvernants arabes luttant contre l'islamisme 109: le président Sadate était surnommé ainsi avant son assassinat.110




(Corpus coranique d'Othman 44/ 16-33 ).
Certes, nous avons tenté, avant eux, le peuple de Pharaon, après que fut venu à eux un apôtre noble qui leur dit : « Livrez-moi les serviteurs d'Allah! je suis pour vous un apôtre sûr.
Ne vous élevez pas contre Allah! je vous apporte une probation111 évidente.
Je cherche refuge en mon Seigneur et en votre Seigneur contre ma lapidation par vous.
Si vous ne me faites pas confiance, écartez-vous de moi »
Il pria donc son seigneur, disant : « Ces gens sont un peuple de coupables. »
Le seigneur répondit : « Pars de nuit avec Mes serviteurs Vous allez être poursuivis.
Traverse la mer béante : les gens de Pharaon sont une armée qui va y être engloutie. »
Cela s'accomplit. Combien les compagnons de Pharaon abandonnèrent-ils de jardins, de sources, de champs ensemencés, de séjours choisis, de mollesse où ils étaient se délectant!
Ainsi fut-il et Nous donnâmes ces biens en héritage à un autre peuple.
Ni le ciel ni la terre ne pleurèrent sur les compagnons de Pharaon et ils ne reçurent point de délai.
Nous avons certes sauvé les Fils d'Israël du Tourment avilissant de Pharaon : celui-ci fut hautain parmi les Impies 112 . Certes Nous avons élu les Fils d'Israël, en pleine connaissance, sur le monde et nous leur avons fourni des signes où se trouve une épreuve évidente.


(Corpus coranique d'Othman 26/9-44).

... Et lorsque ton Seigneur appela Moïse disant : « Va vers le peuple injuste, le peuple de Pharaon ! Ne marqueront-ils point de la piété ? », Moïse répondit : « je crains qu'ils ne me traitent d'imposteur, que mon âme ne reste fermée et que ma langue ne se laisse point délier. Mande plutôt Aaron.
D'ailleurs ils ont à se venger sur moi d'un crime et je crains qu'ils ne me tuent. »
Allah dit : « Non point! Partez avec Nos signes! Nous sommes auprès de vous, écoutant.
Allez à Pharaon et dites nous sommes l'apôtre du Seigneur des Mondes.
Renvoie avec nous les Fils d'Israël! »
Arrivés auprès de Pharaon, celui-ci dit : « Ne t'avons-nous pas élevé, tout enfant ?, ô Moïse N'es-tu pas resté parmi nous, en ta vie, des années ?
Or, tu as commis l'acte que tu as commis. Tu es parmi les ingrats ! » Moïse répondit : « J'ai commis cet acte alors que j'étais parmi les Égarés.
je vous ai fuis parce que je vous ai craints. Or, mon Seigneur m'accorda une illumination 113 et m'a placé parmi les Envoyés, tandis que m'avoir élevé est un bienfait que tu me reproches, concédé à condition que tu asservisses les Fils d'Israël. Pharaon reprit : « Qu'est-ce que le Seigneur des Mondes ?
Moïse répondit : « C'est le Seigneur des Cieux et de la Terre et de ce qui est entre eux. Que n'êtes-vous convaincus »
Pharaon dit alors à qui l'entourait : « Avez-vous entendu ? »
Moïse dit encore : « C'est votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres. »
Pharaon reprit : « Certes, cet apôtre qui vous est envoyé est possédé ».
Moïse dit [encore] : « C'est le Seigneur de l'Orient et de l'Occident et de ce qui est entre eux. Que ne raisonnez-vous 1 »
[Pharaon] répondit : « Certes, si tu adoptes une autre divinité que moi, je te ferai mettre en prison ».
Alors Moïse demanda -. « Et si je t'appor-tais un fait évident ? »
Pharaon répondit: « Apporte-le, si tu es parmi les véridiques!»
Moïse jeta alors son bâton : et soudain ce fut un dragon véritable !
Il tira sa main : et soudain elle fut blanche pour les assistants! Pharaon dit alors au Conseil114 autour de lui : c Certes, celui-ci est un magicien très savant
qui veut vous expulser de votre terre, par sa magie 1 Que pres- crivez-vous ? »
Ils répondirent : « Remets-les à plus tard, lui et son frère, et envoie dans les cités des sergents
qui t'amèneront chaque magicien très savant. » Ils furent donc réunis au temps fixé d'un jour désigné. Et il fut dit aux gens : « Est-ce que vous allez vous réunir
Peut-être suivrons-nous les magiciens, si ce sont eux les vainqueurs. »
Quand les magiciens furent venus, ils demandèrent à Pharaon
« Aurons-nous bien une récompense, si nous sommes les vainqueurs ? »
Pharaon répondit : « Assurément! et vous serez certes alors
parmi ceux admis près de nous. »
Mdise leur dit : « jetez ce que vous allez jeter »
Ils jetèrent leurs cordes et leurs bâtons en disant : « Avec la puissance de Pharaon, nous allons certes être les vainqueurs».
Or Moïse ayant jeté son bâton, voici que celui-ci happait ce qu'ils avaient imaginé.






Chapitre 46

La subversion
de
la Mecque





L’apostolat très offensif de Muhammad fait peu à peu réagir la population de la Mecque et ses dirigeants en premier lieu , qui sont gardiens de l’ordre de la société , garants de la prospérité et serviteurs du sanctuaire. Pour eux , une attaque des traditions et les valeurs ne peut qu’entrainer la ruine de la cité. La tradition donne le tableau constrasté d’un homme inflexible et obstiné , confronté à une masse fluctuante d’aristocrates veules , prêts à tout pour ramener le calme dans la ville. Deux grands personnages115 se dinstinguent dans l'opposition:
-Abu Lahab , "le père de la flamme"116 , qui devient le chef du clan des Hashim à la mort d'Abu Talib , qui a l'honneur d'être maudit jusque dans le texte coranique.117
-Abu Jahl , "père de l'Ignorance"118 qui dirige le clan quraysh des Makhzum , exécuté juste après la bataille de Badr.
Là encore , c'est une reconstitution édifiée à la gloire de celui qui va agir et réussir , et acharnée à abaisser ceux qui se sont opposés à son ambition : malheur aux vaincus.



§ 266. — La montée de la tension.

Les sources musulmanes présentent sans complexe le prophète en position d’infériorité , qui non seulement ne cède en rien face à ses adversaires mais ne cesse de les harceler. Le personnage d’Abu Talib doit encore amortir le choc entre le fondateur de la secte et le reste de la société , poussée à bout.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 183).

Quand les Quraysh se mirent à être troublés par le désordre causé par l’opposition entre eux et l’apôtre ainsi que les gens qui suivaient son enseignement , ils exhortèrent contre lui des fous , qui l’accusèrent de mensonges , l’insultèrent , l’accusèrent d’être un poète , un sorcier , un devin , et d’être possédé. Néanmoins , l’apôtre continua à proclamer ce qu’Allah lui ordonnait de proclamer , ne cédant sur rien , excitant leur agacement en méprisant leur religion , en rejetant leurs idoles et en les laissant à leur incroyance.

(ibn Sa'd , Tabaqat I/1 133).119
L'envoyé d'Allah appelait à l'islam en secret et ouvertement. Ceux que Allah voulut parmi les jeunes et les faibles l'écoutèrent favorablement de sorte que ceux qui croyaient en lui devinrent nombreux. Les infidèles quraysh critiquaient pas ce qu'il disait. Lorsqu'il passait auprès leurs groupes , ils le montraient en disant:
-C'est le homme des Banu Abd al Muttalib qui parle du ciel120.
Cela dura jusqu'à ce que Allah , dans le Coran parle avec mépris des idoles qu'ils vénéraient , autres que lui-même et mentionna la perdition de leurs ancêtres qui étaient morts dans l'incroyance. A ce moment , ils devinrent haîneux et hostiles à l'envoyé d'Allah.

Les reproches d’Abu Talib contre l’intolérance de Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 168).

Abu Talib l’envoya chercher et lui dit ce que son peuple avait dit:
-Epargne-toi et épargne-moi , dit-il. Ne mets pas sur moi un fardeau plus lourd que ce que je puis porter.
L’apôtre pensait que son oncle avait l’idée de l’abandonner ou de le trahir , et qu’il allait donc perdre son aide et son soutien. Il répondit:
- Ô mon oncle , par Allah , s’ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche à la condition que j’abandonne cette tâche , jusqu’à ce qu’Allah ne me rende victorieux ou que je périsse , je ne l’abandonnerai pas. Comme il partait , son oncle le rappela et lui dit:
-Reviens , mon neveu (...) va dire ce qui te plait , par Allah , je ne t’abandonnerai pas sur ce motif.

Le refus des présents.
(Musa ibn Oqba).121

Amir , appelé le Joueur de Lance122 , vint vers l’apôtre d’Allah quand il était polythéiste , et l’apôtre d’Allah lui expliqua l’islam , mais il refusa. Il donna un cadeau à l’apôtre d’Allah qui le refusa , disant qu’il n’acceptait rien de la part d’un polythéiste123 .


§ 267. — Le combat par les paroles.


Avant la permission de la violence , les premiers musulmans doivent se limiter à une série de menaces et de malédictions , dont on retrouve de nombreuses traces dans le Coran124. Il s’agit soit de procédés magiques , soit de menaces débouchant sur de l’élimination future de tel ou tel adversaire , et d'encouragement à l'inflexibilité envers les infidèles. C’est dans ce contexte qu’un personnage véritable , opposant farouche de Muhammad est directement maudit dans le livre sacré.


1. — Menaces contre la Mecque.

C'est d'abord contre la communauté toute entière que Muhammad prèche , comme les prophètes hébreux devant les cités pécheresses et maudites. Ensuite , les institutions , et la classe dirigeante , et pour finir , des individus particulièrement réfractaires à ses paroles.

(Corpus coranique d'Othman 46/25-7).

Certes , nous les avions établis dans une position où nous ne vous avons point établis.
Nous leur avions donné ouïe , vue ou coeur.
A rien ne leur ont servi leur ouïe , leur vue et leur coeur quand ils nièrent les signes d'Allah , et ils furent enveloppés par ce dont ils se raillaient.
Certes , nous avons fait périr les cités qui étaient autour de vous.
Nous leur avions adresé nos signes , espérant que peut-être elles reviendraient de leur erreur.

(Tafsir al Jalalayn 47).
Et que de cités, bien plus fortes que ta cité qui t'a expulsé, avons-nous fait périr, et ils n'eurent point de secoureur”: Que d'autres peuples qui habitaient d'autres cités et qui étaient plus forts que ceux qui habitent La Mecque, ta cité, et qui t'ont expulsé, n'avons-nous pas anéantis et il n'y en a personne pour les secourir. D'après ibn Abbas, quand le messager d'Allah quitta La Mecque pour se diriger vers la grotte, il regarda cette cité et dit:
-"Tu m'es le pays le plus aimé d'entre les pays d’Allah. Si tes habitants ne m'avaient pas contraint à te quitter, je ne t'aurais jamais quitté".
Ce verset fut aussitôt révélé: "Et que de cités, bien plus fortes que ta cité qui t'a expulsé..."

Menaces contre le "Sénat" des Mecquois.

( Corpus coranique 11/28-9).
- N'adorez qu'Allah! Je crains pour vous le tourment d'un jour cruel.
Le conseil125 qui fut infidèle parmi son peuple répondit:
Nous ne te voyons que comme un mortel semblable à nous.
Nous te voyons seulement suivi , sans réflexion , par ceux qui sont les plus vils d'entre nous. Nous ne voyons en vous aucun mérite sur nous.
Bien plutôt nous pensons que vous êtes des menteurs.

(Corpus coranique d'Othman 2/247-8).126
-N'as-tu point vu le Conseil des Fils d'Israël127 quand , postérieurement à Moïse , il dit à un prophète qu'ils avaient:
-Désigne-nous un roi! nous combattrons128 dans le Chemin d'Allah!129
Ce prophète dit:
-S'il vous est prescrit de combattre130 , pourriez-vous ne pas combattre ?
- Pourquoi , répondirent les gens du conseil , pourquoi ne combattrions-nous point dans le Chemin d'Allah , alors que nous avons été expulsés de notre habitat ainsi que nos fils ?131
Toutefois , quand il leur eut été prescrit de combattre , ils tournèrent le dos sauf un petit nombre d'entre eux.
Allah connaît bien les injustes.
Le prophète dit au Conseil des Fils d'Israël:
-Allah vous a envoyé Saül132 comme roi.
-Comment Saül aurait-il la royauté sur nous , répondirent ces gens , alors que nous avons plus droit que lui à la royauté et qu'il n'a pas reçu grande largesse de bien ?
-Allah l'a élu sur vous , répondit leur prophète , et il lui a donné plus de grandeur qu'à vous , pour ce qui touche la science et le corps.
Allah donne sa royauté à qui il veut.
Allah est large133 et omniscient.


2. — Menaces contre les Quraysh.

La tribu entend des paroles inouïes dans un système tribal , où tout est fait pour garantir l'équilibre par la mesure. La verve satirique , elle-même , tient lieu de véritable violence. Muhammad innove en mentionnant "le massacre" , et d'autres paroles peu amènes.
Les Quraysh restent interloqués , puis leur inquiétude s'accroît face à ce nouveau style , d'une violence totalement inédite , sachant qu'ils sont éloignés de l'exemple des anachorètes chrétiens.


La première menace de Muhammad.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1185).134

... Le messager d’Allah apparut soudain , et alla embrasser la Pierre Noire. Il passa parmi eux pour faire la circambulation et comme il le faisait , ils firent des remarques injurieuses sur lui. J’ai vu le visage de l’envoyé d’Allah quand il les a entendu. Quand il est passé une seconde fois , ils ont fait les mêmes remarques , et il est passé. Puis une troisième fois , ils font ont fait les mêmes remarques. mais cette fois , il s’est arrêté et a dit:
-Ecoutez , hommes des Quraysh. Par celui qui détient l’esprit de Muhammad entre ses mains , je vous apporterai le massacre.
Ils furent terrorisés par ce qu’il a dit , et c’était comme si tous les hommes avaient un oiseau sur la tête135. Même ceux qui avaient pris avant des mesures sévères contre lui lui parlèrent de manière conciliante.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 183).

Ils disaient qu’ils n’avaient jamais connu quelque chose comme les ennuis qu’ils supportaient à cause de cet individu. Il a déclaré leur mode de vie absurde , insulté leurs ancêtres , avili leur religion , divisé leur communauté et maudit leurs dieux. Ce qu’ils avaient supporté dépassait tout ce qui était supportable et les mêmes mots pour le dire.
Alors qu’ils parlaient ainsi , l’apôtre vint vers eux et embrassa la pierre noire , il les dépassa et marcha autour du temple. A son passage , ils dirent des choses insultantes pour lui. Je le voyais à son expression...
Il s’arrêta et dit:
-M’écoutez-vous , ô Quraysh? Par celui qui tient ma vie dans sa main , je vous apporte le massacre.
Ce mot les a tellement choqués qu’ils se tinrent silencieux et calmes.


3. — Malédiction contre les Quraysh.

La menace se distingue de la malédiction , qui est à la fois plus lointaine et plus vague. Mais les images que la seconde propage sont encore plus violentes et peut-être efficaces , dans un monde où l'on croit encore à la puissance magique des mots136.
Muhammad use de la puissance de la magie , et à ce que l'on écrit dans les chroniques , celle-ci est atrocement efficace. Un vestige de ces discours subsiste dans le Coran lui-même , dans la malédiction des mains de son ennemi principal , Abu Jahl.137


(Bukhari , Sahih 60/ 215).

Quand le prophète se rendit compte que les Quraysh étaient lents à se convertir à l’islam , il dit:
-Ô Allah , Protège-moi du mal qu’ils représentent , en leur infligeant sept années de famine , comme les sept années du prophète Joseph138 .
Alors ils furent frappés par une année de famine qui détruisit tout jusqu’à ce qu’ils aient plus que des ossements à manger , et que chaque homme regarde le ciel en cherchant de la fumée entre lui et le ciel.
Allah dit:
-Alors surveille le jour où le ciel produira une sorte de fumée bien visible.139 .
Et Allah ajouta:
-Vraiment , nous retirerons le châtiments un petit peu , et vous retournerez à l’incroyance.140

(Muslim141 , Sahih 19/ 4421-2).142
Alors il a dit:
-Ô Allah , c’est à toi de t’occuper d'Abu Jahl , Uqba , Shayba ibn Rabia , Walid ibn Rabia , Umayya ibn Khalaf , Uqba ibn Ab Muhit ( et il a mentionné une septième personne dont je ne me souviens plus)...
J’ai vu tous ceux qu’il a nommé gisant massacrés le jour de Badr. Leurs cadavres ont été tirés pour être jetés dans un puit près du champ de bataille. - à l’exception du corps d’Umayya ou d’Ubayy qui a été découpé en morceaux et jeté dans le puit.

Le destin des moqueurs.
(Muslim , Sahih 19 , 4424).
... Le messager d'Allah s'est tourné la Ka'ba et a invoqué la malédiction divine contre six hommes des Quraysh , parmi lesquels Abu Jahl , Umayya ibn Khalaf , Utba ibn Rabia , Rabia et Uqba ibn Abu Muayt. Et je jure que je les ai vus à terre , massacrés sur le champ de bataille de Badr. C'était un jour de chaleur et leur chair pourrissait déjà.

Verset contre les moqueurs.
(Corpus coranique d'Othman 15/95).

Nous te suffisons contre les railleurs qui placent , à côté d’Allah , une autre divinité , car bientôt ils sauront?
Nous savons certes que ta poitrine se serre à cause de ce qu’ils disent.

Malédiction d’Abu Lahab.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 76).

Abu Lahab , son oncle , qui se trouvait dans l'assistance , se leva et dit :
- Toi , Muhammad , tu veux nous appeler à une religion. Sois maudit , toi et ta religion.
Il engagea le peuple à se retirer , en disant :
- Allez , ce Muhammad est fou.
Alors Allah envoya à son intention les versets suivants143 :
Que les deux mains d'Abu Lahab périssent , etc.
Abu Lahab , par hostilité envers le prophète , avait l'habitude de mettre des épines sur son chemin et sur celui de ses amis , de sorte qu'ils se blessaient les pieds. Sa femme faisait de même.

(Muslim , Sahih 1/406).
Le messager d'Allah grimpa sur Safa144 et dit très fort:
-Soyez sur vos gardes!
Les gens dirent:
-Mais qui hurle ainsi?
-Muhammad.
Ils se rassemblèrent autour de lui.
Il dit:
-Vous fils de untel! Vous fils de Untel! et vous fils d'Abd Manaf , fils d'Abd al Muttalib!145
Alors ils se rassemblèrent autour de lui.
Il dit:
-Si je vous disais qu'il y avait des cavaliers qui arrivaient au pied de cette montagne , me croiriez-vous?
Ils dirent:
-Nous n'avons pas souvenir de mensonges de ta part.
Il dit:
-Je suis un avertisseur146 pour vous , avant un terrible tourment.
Abu Lahab s'écria alors:
-Que le tourment soit sur toi d'abord! Tu nous as rassemblé pour ça!
...alors fut révélé le verset suivant:
-Périssent les mains d'Abu Lahab...147

Malédiction contre Abu Lahab.
(Corpus coranique d'Othman 111).148

Les mains d’Abu Lahab ont péri!
Il a péri!149
Ses troupeaux et sa fortune ne lui ont servi à rien.
Il sera exposé à un feu ardent150 , tandis que sa femme , portant du bois aura au cou une corde de fibre151.

(ibn Kathir , Tafsir 111).152
L'explication de la révélation de la sourate et l'arrogance d'Abu Lahab envers le messager d'Allah. (...)
Cet homme , Abu Lahab était un des oncles de l'envoyé d'Allah. Son nom était Abdul Uzza ibn abd al Muttalib. Son surnom tribal était Abu Utaybah et il était surnommé aussi Abu Lahab à cause de son visage luisant. Il causait souvent du mal au messager d'Allah. Il le détestait et critiquait sa religion.


(Tafsir Jalalayn 111).

Ibn Abbas rapporte: Un jour, le prophète monta sur la colline As Safa et s'écria:
-Quel matin!
Les Quraysh se réunirent et dirent:
-Qu'as-tu?
Il leur répondit:
-Si je vous annonce que l'ennemi vous attaquera le matin ou le soir, ne me croiriez-vous pas?
-Certes oui, répliquèrent-ils.
Il ajouta:
-Je vous avertis qu'un châtiremt douloureux vous attendra.
Abu Lahab lui dit alors:
-Puisses-tu périr! Est-ce pour cela que tu nous a réunis?
Allah fit alors descendre: "Que périsse les deux mains d'Abu-Lahab" jusqu'à la fin de la sourate .


La femme d'Abu Lahab.
(ibn Kathir , Tafsir 111).
Le destin d'Umm Jamil , la femme d'Abu Lahab.
Sa femme faisait partie des femmes notables des Quraysh et elle était connue sous le nom de Umm Jamil. Son nom était Arwa bint harb ibn Umayya et elle était la soeur d'Abu Sufyan. Elle soutenait son époux dans son incroyance , son rejet et son obstination. C'est pourquoi elle l'assistera dans l'administration de sa punition dans le feu de l'enfer , au jour du Jugement.
...
La borgne153 Umm Jamil bint Harb est sortie en criant , et elle avait une pierre dans la main. Elle disait:
-Il a critiqué notre père , et sa religion est objet de notre mépris , et ses ordres sont de nous désobéir.
Le messager d'Allah était assis dans la mosquée de la Kaba , et Abu Bakr était avec lui. Quand Abu Bakr la vit , il dit:
-Ô Messager d'Allah! Elle vient , et j'ai peur qu'elle ne te voit!

(Tafsir Jalalayn 111).

Sa femme, Umm Jamil, qui portait le bois et jetait les plantes épineuses sur la route qu'empruntait le prophète.

Umm Jamil, l’Ommeyade.
(Maqrizi, Livre du contentieux 42).154
Une autre parmi eux était “la femme qui porte son chargement de bois”, dont le vrai nom était Umm Jamil bint Harb ibn Ummaya. Elle portait des branches de l’arbre piquant idah et des buissons épineux et les jetaient sur le chemin de l’apôtre d'Allah. Al Dahhak lui donna ce surnom et Mujahid l’appelle “celle qui porte un chargement d’infâmie sur son dos”.
Allah a sans doute fait allusion à elle dans la sourate “Puisse les mains d’Abu Lahab être coupées!”.
On dit qu’il se réfère au fait qu’elle avait une chaîne de feu autour du cou...
Quand la sourate (...) a été révélée, la femme d’Abu Lahab s’est exclamée:
-Par Allah, Muhammad s’est moqué de moi avec vice, je vais lui faire la même chose!


La tombe d’Abu Lahab.
(ibn Zubayr , Relation de voyages 141).

En poursuivant , à la distance d’une portée de flèche on trouve sur le bord du chemin , à gauche de celui qui se dirige vers la Mecque , deux tombes sur lesquelles ont été entassées de grosse pierres. Ce sont , dit-on , les tombes d’Abu Lahab et de son épouse - qu’Allah les maudisse! Les gens , de tout temps , ont adopté l’habitude de les lapider si bien que les tombes sont recouvertes d’une montagne de pierres.

Invocations et malédictions.
(Bukhari , Sahih 63/7 , 1).

Se tournant vers la Ka'ba , le prophète lança une invocation contre un groupe de Quraysh , comprenant Shayba ibn Rabia , Oqba ibn Rabia , Al Walid ibn Oqba , et Abu Jahl. J'atteste devant Allah que j'ai vu ces quatre personnages étendus sur le sol , le corps décomposé par le soleil , le jour ayant été très brûlant.155


4. — La magie contre les moqueurs.

Les moqueurs 156 , usant de la verve satirique habituelle aux Arabes157 , sont particulièrement visés par les imprécations , qui confinent à la magie noire. Muhammad n'aime pas que l'on se moque de lui , et l'humour apparaît comme une arme efficace contre son mouvement. Il est aidé dans sa tâche répressive par l'apparition de l'archange Gabriel , toujours présent dans les bons coups.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 271).

L’apôtre restait ferme , avec le soutien d’Allah , et il interpelait son peuple en dépit de leurs calomnies , leurs insultes et leurs moqueries. Les principaux moqueurs (...) étaient cinq hommes qui étaient honorés et respectés dans leurs tribus.
(...)
... Gabriel vient à l’apôtre alors que les moqueurs étaient autour du temple. Il se dressa et l’apôtre se mit à côté de lui. Et alors qu’Al Aswad ibn al Muttalib passait , Gabriel lui lança une feuille verte dans la figure , et il devint aveugle.
Alors , Al Aswad ibn al Abdu Yaguth passa et il pointa du doigt son ventre qui se mit à gonfler et il mourut de dropsie. Ensuite , al Walid passa. Il pointa du doigt une vieille calosité au coude (la séquelle d’une blessure...). Et la blessure s’ouvrit à nouveau et il en mourut. Al As passa. Il montra son pied. Il partit à dos d’âne pour Ta’if. Il accrocha l’animal à un arbre épineux et une épine lui rentra dans le pied et il mourut de cela. A la fin, al Harith passa. Il pointa du doigt sur sa tête: aussitôt , elle se remplit de pus et cela le tua.

§ 268. — Tactique offensive et défensive.


Malgré l’injonction à la patience , des heurts entre la minorité musulmane158 et le reste de la société ont eu lieu. Le sang est versé , mais on ne déplore pas encore de victimes graves: dans une structure tribale , on tente de limiter le plus possible les actes extrêmes , préludes à des vengeances incontrôlables. Les textes de la Tradition Islamique insistent sur la première effusion de sang de l'islam, avec une sorte de jouissance.


1. — Défense tactique.

Dans les circonstances du début de son apostolat , Muhammad doit expliquer théologiquement à ses disciples un attitude défensive , dite "de patience"159 tout en maintenant l’espoir d’un changement radical d’attitude: le recul est strictement tactique.
Ce type d'effort d'explication est rare de sa part: les tensions sont fortes et la situation exige ce type de pédagogie. L'argumentation est heureusement simple puisqu'elle résume à la vengeance et à la promesse de violence ultérieure. On est ici très loin de l'attitude des premiers chrétiens faisant face aux persécutions160 . Muhammad a de la chance d'avoir en face de lui les calmes Mecquois, plutôt que l'Empire Romain.


Les versets de la patience.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 79).

Ces paroles d'Abu Talib rassurèrent le prophète , qui continua de prêcher publiquement sa religion. Les incrédules n'osaient pas l'attaquer: seulement ils le raillaient , frappaient ses amis , qui ne pouvaient pratiquer les inclinations et les prières , sans recevoir sur leurs têtes des pierres et sans être maltraités. En outre , ils faisaient des pièces de vers satiriques eontre le prophète et contre ses amis. Cependant Muhammad accomplissait sa mission et récitait le Coran , sans que personne y répondit ou y crût.
A l'époque du pèlerinage , le prophète allait à Arafat161 et appelait à Allah les hommes des différentes contrées , qui , en retournant dans leur pays , y répandaient sa réputation. Alors il venait de tous côtés des Arabes pour voir quel était cet homme et ce qu'il disait ; et ils devenaient croyants. De cette manière , le nombre des adhérents du prophète s'accrut des Arabes de la Mecque et de Batha , et des Arabes du désert162 . Les Quraysh incrédules les attaquaient , partout où ils les trouvaient réunis , par des railleries , des injures et en lançant sur eux des pierres , et ils les dispersaient. Il se passa ainsi un certain temps. Les adhérents du prophète qui avaient à souffir ces actes d'hostilité de la part des incrédules s'en plaignaient à lui ; mais il leur recommandait la patience , parce qu'il n'avait pas encore reçu l'ordre d'agir. Chaque verset du Coran qu'il recevait lui ordonnait la patience. Allah lui rappelait les faits des prophètes antérieurs , comment ceux-ci avaient supporté de la part de leur peuple beaucoup de violences , qu'ils avaient endurées pour obtenir le rang de martyrs.
-Patiente , toi aussi , lui disait-il , afin d'acquérir ce rang , dont tu es le plus digne.
Dans un autre verset , Allah lui disait:
-Il y a eu avant toi des prophètes qui ont été accusés de mensonge par leur peuple , et qui ont été maltraités. Ils ont patienté jusqu'à ce que je leur eusse donné la force. Patiente aussi jusqu'à ce que je te fortifie plus que ceux-là.
Allah l'ordonnait ainsi , parce que les adhérents du prophète étaient moins nombreux que les incrédules , et que le moment d'agir n'était pas encore venu. Lorsque , plus tard , Muhammad accomplit sa fuite à Médine , que les habitants de cette ville se rallièrent à lui et que le nombre des musulmans fut considérable , alors Allah lui ordonna de faire la guerre aux incrédules , de les attaquer par l'épée et de les tuer partout où il les rencontrerait. Il lui ordonna alors l'action violente , comme il lui avait ordonné à la Mecque la patience. Les incrédules étaient embarrassés devant l'attitude des musulmans: plus ils les attaquaient et les insultaient , plus ceux-ci leur opposaient de patience. Enfin les musulmans leur abandonnaient la mosquée et se renfermaient dans leurs maisons pour faire la prière , ou se rendaient dans la montagne pour n'être pas vus des incrédules.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 85).
Les incrédules devinrent plus ardents contre le prophète et contre ses compagnons. Les croyants , ne pouvant plus endurer cet état fâcheux , dirent au prophète:
-Nous pourrions bien nous défendre d'eux , car nous avons des parents et des hommes ; mais nous t'en demandons l'autorisation. Si tu as encore de la patience , quant à nous nous n'en avons plus. Autorise-nous à nous défendre ; s'il faut combattre , nous combattrons.
Le prophète répliqua :
-Je ne peux rien vous dire par moi-même avant d'avoir reçu l'ordre d'Allah.
Pendant la nuit , le prophète pria , et Allah lui envoya ce verset:
Patiente comme ont patienté les hommes résolus d'entre les apôtres.163
Muhammad récita ce verset aux croyants et leur recommanda la patience.

(Corpus coranique d'Othman 70/5).
Supporte avec douce patience!

2. — Le premier acte de violence: la vengeance d’Hamza.

Cet oncle paternel164 de Muhammad est déjà un personnage bien connu à la Mecque pour son courage , son habilité et son goût excessif pour le vin165 : un personnage dans l'esprit de la jahiliyya. Il met ensuite son caractère emporté au service de Muhammad , dont il assure la protection , par solidarité tribale et par esprit d'aventure. C'est le martyr le plus célèbre de l'islam: sa mort à la bataille d'Ohod en fait un véritable héros guerrier pour toutes les générations166 . Le plus piquant est qu'il est pas véritablement musulman et ce n'est que par le martyre finalement qu'il s'islamise un petit peu, et pour de bon, pour des siècles. S'il n'avait pas été aussi efficace sur le plan militaire , nul doute qu'il aurait grossi les rangs des "hypocrites"167.
En un mot un personnage héroïque , stupide mais sympathique , du genre qui est utile à toutes les causes , bonnes ou mauvaises , et qui y plonge totalement , sans réfléchir. Quand on sait que sa fonction de brute est prise ensuite par Omar, on le regrette très vite.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 87-8).
Hamza , ayant accompli les tournées autour du temple , alla voir Muhammad. En voyant le prophète blessé à la tête , il pleura et dit :
-Ô mon cher et excellent Muhammad , voilà ce qui t'est arrivé aujourd'hui sans que j'en eusse connaissance!
Le prophète répliqua :
-Mon oncle , ne t'occupe pas d'un homme qui n'a ni père , ni mère , ni oncle , ni autres parents. Hamza dit:
-Ô Muhammad , je t'ai procuré satisfaction d'Abu Jahl , en lui brisant la tête avec mon arc168.
- Cela n'est pas une satisfaction pour moi , dit Muhammad.
Hamza dit:
- Qu'y a-t-il qui puisse te satisfaire , pour que je l'accomplisse?
Muhammad répliqua:
- Que tu dises: Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah , et Muhammad est l'apôtre d'Allah , et que tu embrasses ma religion.
Hamza dit :
-C'est précisément dans cette intention que je suis venu.
Le prophète fut rempli de joie , se leva , embrassa Hamza sur la tête et lui dit :
-Ô mon oncle , tu me rends heureux.
Hamza prononça la profession de foi. Lorsque les Quraysh en eurent connaissance , ils furent découragés. Il n'y avait pas un seul des oncles et des cousins du prophète , des membres de la famille de Hashim et d'Aldul Muttalib , même de ceux qui n'étaient pas croyants , qui ne fût prêt à le soutenir , sauf Abu Lahab , dont le vrai nom était Abdul Uzza169 ibn Abdul Muttalib.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 80).

Or , un jour , Sad ibn Abu Waqqas , s'étant rendu avec les adhérents du prophète sur le mont Hira , pour y prier , un homme d'entre les incrédules Quraysh vint sur la montagne et vit comment Sad accomplissait la prière. Lorsque celui-ci baissa la tête pour faire l'inclination , il saisit une pierre et la lança sur le dos de Sad , qui supporta en patience la douleur qu'il en ressentit. Sa'd accomplissant l'inclination une autre fois , cet homme prit une autre pierre et l'en frappa sur le dos avec plus de violence que la première fois. Sad. ayant fini le salut , saisit un os du cadavre d'un chameau qui se trouvait là , en frappa l'infidèle sur la tête et lui brisa le crâne. Cet homme , couvert du sang qui coulait de sa blessure sur tout son corps et sur son vêtement , rentra à la Mecque. Les incrédules le voyant dans cet état , se rassemblèrent. Sa'd appartenait à la tribu de Zohra et était un homme respectable et très considéré , ayant un grand nombre de parents ; c'était l'homme le plus respectable parmi les Quraysh. Les incrédules , n'osant rien contre lui , dirent:
-Il faut nous en prendre à Muhammad ; nous le tuerons pour nous en débarrasser.
Mais ils n'osèrent pas l'attaquer , à cause d'Abu Talib ; car les Banu Hashim , très nombreux à la Mecque , obéissaient tous à Abu Talib Les incrédules de toutes les tribus se réunirent à la mosquée , et de là se rendirent chez Abu Talib. qui refusa de les recevoir. La dignité d'Abu Talib était telle qu'il avait un portier et que , selon son bon plaisir , il donnait audience aux gens ou refusait de les recevoir. Cette distinction , à la Mecque , n'appartenait qu'à lui. Les incrédules s'étant réunis de nouveau et étant venus à la porte d'Abu Talib celui-ci leur refusa encore audience. Enfin , le troisième jour , Abu Talib les reçut. Ils entrèrent , firent entendre des plaintes.

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1170).170
Ils en vinrent aux coups , Sad frappa un des polythéistes avec une mâchoire de chameau et lui ouvrit le crâne. Ce fut la première effusion de sang de l’islam.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 87).
Hamza ibn Abdul Muttalib , oncle de Muhammad , qui n'était pas encore croyant , était le plus fort et le plus brave de tous les Banu Hashim. Les Mecquois l'estimaient et le respectaient. Il aimait beaucoup la chasse , et , comme il savait tirer de l'arc , c'est avec cette arme qu'il allait habituellement chasser. Or ce jour , revenant de la chasse et passant par le mont Safa , il entendit les sanglots de la vieille femme ; il s'arrêta , et lui demanda ce qui lui était arrivé. Elle lui répondit :
-Ô Hamza , il ne m'est rien arrivé , à moi ; c'est à cause de ton neveu Muhammad ibn Abdallah , que je pleure. Abu Jahl l'a frappé et lui a fait une grave blessure à la tête.
Hamza entra dans une grande colère. Il se rendit dans la mosquée pour faire des tournées autour de la Ka’ba et retrer ensuite dans sa maison. Il rencontra dans la mosquée Abu Jahl en conversation avec plusieurs personnes. Il s'approcha de lui , l'injuria et le frappa avec la poignée de son arc sur la tête , au point de faire jaillir le sang. Les Banu Makhzum171 s'élancèrent pour frapper Hamza. Abu Jahl leur dit:
-Ne le faites pas ; car si vous lui faites quelque mal aujourd'hui , le dépit lui fera embrasser la religion de Muhammad ; le parti des Quraysh en serait affaibli , et celui de Muhammad , fortifié.

Agression de Tulayb contre Abu Jahl.
(ibn Sa'd , Tabaqat VIII 30).172

Abu Jahl et un certain nombre d'incroyants des Quraysh avait abordé le prophète et l'avait insulté , alors Tulayb ibn Umayr est allé voir Abu Jalh et lui a donné un coup qui lui a atteint la tête. Ils l'ont saisi et enchaîné. Ensuite Abu Lahab l'a libéré.



§ 269. — Les réactions des Quraysh.

Les Quraysh sont décrits comme les membres d'une aristocratie oisive et marchande peu portée sur les choses militaires , et adoptant des attitudes syncrétiques en matière de religion. Leur mentalité et leur attitude est particulièrement visible dans les sources musulmanes , y compris le Coran173 . C’est l’attaque contre l’ensemble du système religieux qui les pousse à réagir: en effet , celui-ci structure la société , fournit des bienfaits matériels et assure le lien entre les générations et la confiance dans les dieux. Mais ils n'ont pas fait l'objet de recherches et alors que leurs arguments méritent d'être étudiés174 et qu'on s'y attarde.

Les Quraysh font preuve d’une grande variété d’expression: insultes grossières , malédiction , ironie , dédain , plaisanterie. Dans le milieu tribal , la violence s'exprime d'abord par la parole , pour éviter que le sang ne coule175. Cela donne l'occasion de lire de savoureux discours.
La réaction de Muhammad face à la moquerie est sans appel: ceux qui seront capturés au cours des combats auront la tête tranchée176 .

On remarquera enfin que les femmes sont au premier rang de la réaction , comme si elles pressentaient déjà un danger pour leur condition.


1. — La réussite d'un Mecquois: Walid ibn al Mughira.


Un notable mecquois apprait en filigrane dans un certain nombre d'agressions verbales. On peut à partir de cette matière dresser un semblant de portrait du personnage: le prototype du Mecquois qui a réussi sa vie , qui est riche , estimé , et entouré par ses fils: en tous points l'opposé du prédicateur.177
Muhammad, rappelon-le sans trop de cruauté, fait figure de raté lamentable, employé chamelier, dans un clan en décadence économique... C'est de ce bois-là que sont faits les révolutionnaires et les poteaux des guillotines.


(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 171).
... un certain nombre de Quraysh vint voir al Walid ibn al Mughira178 , qui était un homme important , et il il s’adressa à eux en ces termes:
Le temps de la fête est revenu179 , et des représentants des Arabes vont venir et ils ont entendu parler de l’un d’entre vous , donc il faut s’accorder à ce sujet sans dispute pour que personne ne puisse mentir à l’autre. Ils répondirent:
-Dis nous ton opinion à son sujet.
Ils dirent:
-Non , dites-moi votre opinion et je vous écouterai.
Ils dirent:
-C’est un devin.
Il dit:
-Par Allah , il n’est pas ça , parce qu’il n’a pas le murmure stupide et le discours rythmé du devin.
-Alors il est possédé , dirent-ils.
-Non , il n’est pas cela , dit-il , nous en avons vu , et il n’en a pas les mouvements saccadés , les spasmes et les soupirs.
-Alors il est poète , dirent-ils.
-Non , il n’est pas poète , puisque nous connaissons la poésie sous toutes ses formes et les vers.180
-Alors il est sorcier.
-Non , nous avons vu les sorciers et la sorcellerie et il n’y a pas de crachats et de noeuds.

(Corpus coranique d'Othman 70/1-21).
Un questionneur a réclamé un tourment échéant aux infidèles , que nul ne peut repousser et qui vient d'Allah , maître des degrés.
(...)181 Supporte avec douce patience!
Les infidèles pensent ce tourment éloigné alors que Nous le pensons proche , en ce jour où le ciel sera comme airain fondu , où les monts seront comme flocons de laine , où nul ami fervent n'interrogera un ami fervent en vue de qui il sera mis , - où le coupable aimerait à se racheter du tourment de ce jour-là , en livrant ses fils , sa compagne , son frère , son clan qui lui donne asile , et tous ceux qui sont sur la terre pour qu'enfin cela le sauvât.
Prenez garde!
L'enfer est un brasier arrachant les membres , qui appellera celui qui aura reculé , tourné le dos , amassé et thésaurisé.
En vérité , l'homme a été créé versatile , timide , quand le bonheur le touche , violent , quand le bonheur le touche!

(Corpus coranique d'Othman 43/30-1).

Il se trouverait dans le Coran une trace de la haute estime que les Quraysh portait à Walid ibn al Mughira, un de leurs notables182 .

Et ils ont dit:
-Si seulement le Coran avait été descendu vers quelqu’un d’important des deux cités183 .

Walid ibn Mughira , le précurseur de Muhammad.
(ibn Rusteh , Les Atours Précieux 191).
Walid ibn Mughira fut le premier à enlever ses sandales pour être dans la Qa'ba , avant l'islam , et la coutume fut suivie par tout le monde sous l'islam.
Il fut le premier à introduire la prestation de serment184 au temps du paganisme , et l'envoyé d'Allah la prescrivit à tous sous l'islam.
Ce fut Walid encore qui , le premier , avant l'islam , s'interdit l'usage du vin. Ce fut lui qui , le premier , institua la peine de l'amputation pour le vol , au temps du paganisme , et l'envoyé d'Allah prescrivit la même peine sous l'islam.

La réponse par une révélation coranique.185
(Corpus coranique d'Othman 74/11-25).
Laisse moi seul avec celui que j'ai créé ,
à qui j'ai donné une vaste fortune ,
des fils présents pour le soutenir ,
à qui j'ai tout rendu aisé
et qui pourtant convoite que je lui donne encore
Qu’il prenne garde!
En vérité , il a été hostile à nos signes!
Je lui ferai gravir une pente!
Il a réfléchi et décidé!
Qu’il périsse comme il a décidé!
Oui , qu’il périsse comme il a décidé!
Oui , il a examiné , puis s’est renfrogné et rembruni , puis a tourné le dos à la foi et s’est montré superbe.
Et il a dit: cela n’est que magie apprise!
Cela n’est que parole de mortels.
Je l’exposerai au feu Saqar.186
Elle n’épargne ni ne laisse rien.


3. — Changement d'attitude.


Les Mecquois , et en première ligne les Quraysh , commencent à manifester un agacement certain face à l'agitateur. Mais leurs méthodes répressives restent très modérées et ne franchissent pas les limites de la protection tribale187 .

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 166-8).
Quand l’apôtre prêcha l’islam comme Allah lui avait ordonné , son peuple ne l’abandonna pas et ne tourna pas comme lui , autant que je sais , jusqu’à ce qu’il parle en dénigrant leurs dieux. Quand il le fit , ils en furent blessés et résolurent unanimement de le traiter comme un ennemi , sauf ceux qu’Allah a protégé d’un tel mal , par l’islam , mais ils étaient une minorité méprisée.
(...)
L’apôtre d’Allah continua sur la même voie , appelant publiquement les hommes à la religion d’Allah. En conséquence , ses relations avec les Quraysh se détériorèrent et les hommes s’écartèrent de lui avec animosité. Ils parlaient toujours de lui et se montaient les uns les autres contre lui.

L'embarras.
(Corpus coranique d'Othman 40/29).
Toutefois , un homme , un croyant de la famille de Pharaon188 qui célait189 sa foi , s'écria:
-Tuerez-vous un homme parce qu'il dit "Mon seigneur est Allah"?
S'il est un imposteur , que sur lui retombe son imposture.
est véridique , vous serez atteints par une patie de ce qu'il vous menace.
Allah ne dirige point celui qui est impie et imposteur.

La surprise.
(Tabari , Tafsir 21 ,78).190
Les associateurs191 des Quraysh furent surpris qu'un avertisseur viennent les avertir (...) parmi eux , et non un ange du ciel. Ceux qui déniaient l'unité d'Allah (...) dsaient que Muhammad était un devin menteur...
Muhammad a transfrmé les êtres que nous adorons192 en un seul! qui entend toutes nos prières ensemble et qui connait la dévotion de chaque adorateur qui le vénère parmi nous!

(Bukhari , Sahih 8/465).
Mon père Abu Bakr avait eu l'idée de faire une mosquée dans la cour de sa maison193 , et il l'a fait. Il priait et récitait le Coran devant. Les femmes païennes et leurs enfants se mettaient autour de lui et le regardaitent avec surprise. Abu Bakr était quelqu'un de sensible et il ne pouvait pas s'empêcher de pleurer en récitant le Coran.
Les chefs des Quraysh païens s'inquiétaient de cela.


3. — Les défis.


Les Quraysh prennent Muhammad au mot , et lui demandent d'accomplir des miracles194 , sur le modèle chrétien. Celui-ci refuse d'entrer dans leur jeu , et poursuit les imprécations.

Mise au défi.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 188).
-Donc , Muhammad , dirent-ils , si tu n’acceptes aucun de nos propositions , tu sais qu’il n’y a pas de peuple plus en manque de terre et d’eau et qui vit une vie plus dure que la nôtre , alors demande à ton seigneur , qui t’a envoyé , pour déplacer ces montagnes qui nous bloquent , d’améliorer notre terre , d’ouvrir des rivières comme celles de Syrie et d’Irak , de faire revivre nos ancêtres , de faire qu’il y ait parmi eux Qussayy195 ibn Kilab , qui fut un vrai chef , pour que nous puissions lui demander ce qui est vrai ou faux.

(Corpus coranique d'Othman 17/92-94).
Les infidèles ont dit: nous n'aurons pas foi en toi jusqu'à ce que tu fasses jaillir de terre une source ou que tu donnes un jardin contenant palmiers et vignes parmi quoi tu feras en abondance jaillir des ruisseaux.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 198-199).196
Et ils dirent:
-Nous ne croirons pas en toi avant que des fontaines sortent du sol pour nous , ou que tu fasses un jardin de dattes et de raisins et que tu fasse des rivières qui coulent abondamment , ou que tu fasses que les cieux tombent en morceaux comme tu le prétends , ou apporte Allah et les anges comme une preuve , ou apporte une maison en or ou monte au ciel ; à moins de cela , nous ne croirons pas à ton ascension avant que tu ne nous donnes un livre que nous puissions lire.

La réponse coranique.
(Corpus coranique d'Othman 17/47-53).

Quand tu récites la prédication , entre toi et ceux qui ne croient point en la vie dernière , nous plaçons un voile197 tendu et plaçons , sur leurs coeurs , des enveloppes , et une fissure , dam leurs oreilles , afin qu'ils ne comprennent point.
Quand tu invoques ton seigneur , l'unique , dans la prédication. ils tournent le dos par répulsion.
Nous savons très bien ce qu'ils écoutent , quand ils tendent l'oreille vers toi ou qu'ils sont en conciliabule et que les injustes disent: Vous ne suivez qu'un homme ensorcelé!
Considère comment ils te proposent des exemples , s'égarent et ne peuvent retrouver le chemin.
Ils ont dit:
Quand nous serons ossements et poussière198 , serons-nous rappelés en une nouvelle création ?
Réponds: Soyez pierre ou fer199 ou tout objet qui s'impose à votre esprit , vous serez ranimés
Ils diront: Qui nous fera revenir ?
Réponds: Celui qui vous créa une première fois.
Ils secoueront alors la tête vers toi disant : Quand cela ?
Réponds: Peut-être est-ce proche.


4. — Menaces.

Les paroles des Quraysh se situent dans la tradition d'indépendance d'esprit des Arabes anciens200. Plutôt que d'agir , ils disent ce qu'ils font ou voudraient faire , dans un processus cathartique. Muhammad est encore protégé par son clan et son oncle.

Menaces d’Abu Jahl.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 74).

Abu Jahl , ibn Hischam , parla ainsi :
-Si j'apprends que quelqu'un ait cru en lui , j'écraserai sa tête comme celle d'un serpent ; et si je vois Muhammad venir à la mosquée et adorer un autre objet que Hobal , je lui lancerai à la tête une pierre et ferai jaillir son cerveau201 ; et Abu Talib perdra le commandement , quand j'aurai frappé son neveu.
Abu Talib était le chef des descendants de Hashim: le chef des Banu Makhzum était Abu Jahl ibn Hischam qui portait le surnom d'Abul Hikam202 . C'est le prophète qui l'avait appelé Abu Jahl.

Menaces d’Abu Jahl sur les partisans de Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 206-7).
C’est ce mauvais homme d’Abu Jahl qui excitait les Mecquois contre eux. Quand il apprenait que quelqu’un était devenu musulman , si c’était quelqu’un d’important et qu’il avait des relations pour le défendre , il le réprimandait et l’accablait de reproches , en disant:
-Tu as abandonné la religion de ton père qui était meilleur que toi. Nous allons faire un blocus autour de toi , te présenter comme un fou et briser ta réputation. Si c’était un marchand , il disait , nous allons boycotter tes marchandises et te réduire à la mendicité. Si c’était quelqu’un de peu d’importance , il le battait et poussait les gens contre lui.

Menaces d’Abu Jahl.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 190).
J’appelle Allah à être témoin que je vais l’attendre jusqu’à demain avec un pierre que je peux à peine porter , et je me mettrai face à lui et quand il s’agenouillera pour la prière , je lui écraserai la tête avec.


5. — Moqueries.


La réponse la plus efficace est certes encore la moquerie contre le chef de la secte , qui d'ailleurs le sait , et prend au sérieux toute attaque contre sa personne , et surtout contre sa fonction. Les attaques portent sur les discours , particulièrement pris en défaut.

Moquerie sur le nom de Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 234).
Les Quraysh appelaient l’apôtre Mudhammam203 pour le dénigrer. Il disait alors:
-N’êtes-vous pas surpris des injures des Quraysh , qu’Allah a détournées de moi? Ils maudissent et se moquent de Mudhammam alors que je suis Muhammad204.

(Bukhari , Sahih 56/ 733).

L’apôtre d’Allah a dit: ne vous étonnez-pas si Allah me protège des insultes et des malédictions des Quraysh. Ils insultent Mudhamman et maudissent Mudhammam alors que je suis Muhammad.

Moqueries d’al Nadir ibn al Harith.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 191).
Al Nadir205 était un des satans des Quraysh. Il avait coutume d’insulter le prophète et de montrer son hostilité. Il était allé à al Hira206 et avait appris là-bas les contes des rois de Perse , les contes de Rustum et Isbandiyar. Alors que l’apôtre tenait une réunion dans laquelle il tenter de leur rappeler Allah , et menaçait les gens de ce qui était arrivé autrefois par les générations précédentes comme vengeance d’Allah , al Nadir se leva quand il s’assit et dit: je peux être un meilleur raconteur d’histoires que toi , viens me voir.
Alors il se mit à parler des contes des rois de Perse , Rustum et Isbandiyar207, puis il dit:
-Alors , Muhammad est-il un meilleur raconteur d’histoires que moi?

Moqueries contre le Coran.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 201).
L’un d’entre eux dit:
-N’écoutez pas ce Coran , traitez le comme une absurdité et ainsi vous le verrez comme il vaut mieux , c’est-à-dire absurde et faux...

Moqueries des Quraysh.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 204).
Quand l’apôtre leur récitait le Coran et les appelait à Allah , ils disaient en ca moquant: nos coeurs sont voilés , nous ne comprenons pas ce que tu dis. Il y a quelque chose dans nos oreilles qui fait que nous n’entendons rien de ce que tu dis , et un rideau nous sépare de toi , alors suis ton propre chemin et nous suivrons le nôtre , nous ne comprenons rien à ce que tu dis.

(Muslim, Sahih 50-4979).

ibn Masûd a dit : Deux Quraysh et un Banu Thaqîf208 - ou suivant une variante - deux Banu Thaqîf et un Quraysh, aux ventres chargés d'embonpoint et à l'esprit borné, étaient réunis auprès de la Maison.
- "Pensez-vous, dit l'un, qu'Allah entend ce que nous disons?".
Un autre reprit :
-"Il entend quand nous parlons à haute voix, mais il n'entend pas quand nous parlons à voix basse".
- "Alors, s'écria le troisième, s'il entend ce que nous disons à haute voix, Il entend aussi ce que nous disons à voix basse".
C'était alors qu'Allah, l'exalté, révéla ce verset : Vous ne pouviez vous cacher au point que ni votre ouïe, ni vos yeux et ni vos peaux ne puissent témoigner contre vous...

Le malentendu sur "Le Miséricordieux".
(ibn Durayd 37).209

Quand le prophète prononça le nom d’ar Rahman , les Quraysh demandèrent:
-Savez vous qui est ar Rahman que Muhammad nomme? C’est un devin de la Yamana210 !

Allah ou Rahman.211
(Corpus coranique d'Othman 17/110).

Dis: Priez Allah ou priez Rahman!
Quel que soit celui que vous priez , il possède les noms les plus beaux!

Moqueries d’Abu Jahl.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 201-2).
Abu Jahl , comme il se moquait de l’apôtre et de son message , un jour , dit:
-Muhammad prétend que les troupes d’Allah qui vont nous punir dans l’enfer et nous enfermer là sont seulement dix-neuf , alors que vous êtes une population nombreuse. Se peut-il que chaque centaine d’entre vous soit l’égale d’un seul de ceux-là! (...)
Puis comme l’apôtre récitait le Coran à voix haute , ils commenèrent à se disperser et refusèrent de l’entendre.

La réponse coranique.
(Corpus coranique d'Othman 74/31).
Qu’est-ce qui t’apprendrace qu’est la Saqar?212
Elle n’épargne ni ne laisse rien.
Elle est dévorante pour les mortels.
Sur elle veillent dix-neuf archanges213 .
Nous n'avons pris comme gardiens du feu que des archanges.
Nous avons pris ce nombre seulement pour éprouver ceux qui sont incrédules , pour que soient convaincus ceux qui ont reçu l'écriture , pour que grandisse la toi de ceux ont cru , pour que ne doutent ni ceux qui ont reçu l’écriture , ni les croyant , pour que ceux dont le cœur est troublé et les infidèles disent: Qu'a voulu signifier Allah par ceci , en parabole ?
Ainsi Allah égare qui il veut et guide qui il veut !
Nul ne connait les armées de ton seigneur , sauf lui.
Ce n'est qu'une édification pour les mortels.
Prenez garde !
Par la lune !
Par la nuit quand elle recule!
Par l'aube quand elle point!
La Saqar est un des plus grands tourments214 donné en avertissement215 aux mortels , à ceux , parmi vous , qui veulent s'avancer vers la foi ou reculer devant elle.

Moqueries des Quraysh sur l’au-delà.
(Corpus coranique d'Othman 27/69-70).
Ceux qui sont infidèles ont dit: quand nous serons poussière , comme nos pères216 , serons-nous en vérité expulsés de nos sépulcres?
Certes , nous avons reçu promesse de cela , nous et nos pères , auparavant!
Ce ne sont qu’histoires des anciens.

Moqueries d’Umm Jamil , femme d’Abu Jahl.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 233).
Nous rejettons le dépravé.
Nous repoussons ses discours.
Nous haïssons et abhorrons sa religion!




§ 270. — Les accusations: un portrait alternatif.


Les Quraysh restent surpris et désemparés face à un nouveau type d’agitateur ; la faible présence de juifs et de chrétiens dans la ville ne les a pas habitués à la notion de prophétie et d’apostolat et de prédication virulente. Ils interprêtent donc le message et l’action de Muhammad à l’aide des catégories habituelles , visant aussi à la dénigrer de cette façon , en dénaturant le rôle qu’il se donne. Le Coran permet de présenter avec précision toute la gamme des interprétations données par les gens de la Mecque. C'est une façon de donner la parole à un groupe jamais entendu , passé sous silence et dénigré depuis 1300 ans.
Leur voix est pourtant éminement précieuse: le texte ne cherche pas à déformer leurs propos, et ceux-ci proviennent de témoins directs, il ne faut pas le sous-estimer.



1. — Le dossier d'accusation.


Les auteurs de la Tradition Islamique n'hésitent à faire le catalogue de tous les reproches faits à Muhammad , sans penser que les faits rapportés puissent avoir une quelconque réalité. Pourtant ce sont ces discours , si l'on y réfléchit , qui sont ceux de la majorité des Mecquois , l'expression de la norme sociale.
C'est par son Coran que Muhammad réplique, dévoilant ainsi tout ce que son entourage social pense de lui: un fou , un sorcier, un devin.217


(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1185).218
Quand les Quraysh virent qu’ils n’avaient aucun moyen de l’attaquer physiquement , ils l’ont accusé de sorcellerie , de divination , de folie , et de pratiquer la poésie. Ils commencèrent à écarter de lui ceux dont ils craignaient qu’ils l’écoutent et qu’ils le suivent.

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1185).219
Il a dénigré nos valeurs traditionnelles , dénoncé nos ancêtres , abaissé notre religion , créé la division parmi nous , et insulté nos dieux.

Un poète , fou et devin.
(Corpus coranique d'Othman 52/29-30).
Edifie donc car tu n’es , par la grâce de ton seigneur , ni un devin , ni un possédé!220
Diront-ils: Poète! Nous l’attendons lors de l’incertitude du trépas!

(Corpus coranique d'Othman 69/40-43).
En vérité , c’est là , certes , la parole d’un apôtre bienfaisant!
Ce n’est pas la parole d’un poète! (Comme vous êtes de peu de foi!) ,
ni la parole d’un devin! (comme vous êtes de courte mémoire!).
C’est une révélation du seigneur des mondes!


2. — Un imposteur.


Il est d'abord accusé de ne pas être sincère dans sa prédication: les faux prophètes ont été légions en Orient , usant de leur apostolat pour acquérir du bien et du pouvoir, et fasciner les femmes, selon les dires de leurs ennemis. Il est bien entendu impossible de juger d'emblée sur ce point , qui a été sujet de polémique très tôt. Les chrétiens notamment ont repéré que le personnage et son expression était un maillon faible de la doctrine musulmane: c'est un moyen aussi de remettre en cause la révélation elle-même.
Les témoignages sont nombreux sur la question de l'escroquerie spirituelle: les Quraysh devaient avoir des preuves , et des éléments de comparaison avec d'autres prédicateurs , juifs ou chrétiens.221

Témoignage sur la falsification.
(Bukhari , Sahih 56/ 814).222

Un chrétien s'était converti à l'islam , il lisait la sourate al Baqara et al Imran223 et il écrivait (les révélations) pour le prophète. Plus tard , il est revenu au christianisme et a dit :
- Muhammad ne sait rien d'autre que ce que j'ai écrit pour lui.
Ensuite , Allah l'a fait mourir et les gens l'ont enterré. Mais le matin , ils virent que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
-C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent à nouveau profondément pour lui , mais le matin , ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent dans la tombe le plus profondément possible pour lui mais le matin , ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Alors , ils pensèrent que ce qu'il lui était arrivé n'avait pas été causé par des êtres humains et ils durent le laisser sur le sol224

Un falsificateur.
(Corpus coranique d'Othman 67/8-9).
... Un avertisseur225 n’est-il pas venu à vous?
Oui , répondent-ils , un avertisseur est venu à nous , mais nous avons crié au mensonge et avons dit: Allah n’a fait descendre aboslument rien.
Toi et tes adeptes êtes dans un grand égarement.

Un faussaire et un imposteur.
(Corpus coranique d'Othman 10/42).
Cette prédication ne saurait être forgée en dehors d'Allah , mais elle est venue pour marquer la véracité des messages antérieurs et pour exposer226 l'Ecriture venue , sans nul doute , du seigneur des mondes.
Diront-ils :
-Cet homme l'a forgée!
Réponds-leur: Apportez une sourate semblable et priez pour cela qui vous pourrez , en dehors d'Allah , si vous êtes véridiques!
Loin de croire , ils ont traité de mensonge ce dont ils n'embrassent point la connaissance et dont l'explication ne leur est pas encore venue.
De même ont crié au mensonge ceux qui furent avant eux.
Or , considère quelle fut la fin des injustes!
Parmi eux , il en est qui croient en cette prédication , tandis que , parmi eux , il en est qui n'y croient point.
Ton seigneur connaît bien les semeurs de scandale.
S’ils te traitent d’imposteur227 , dis-leur: à moi mes actes et vous les vôtres.
Vous êtes irresponsables de ce que je fais et je suis iresponsable de ce que vous faites.

Un imposteur.
(Corpus coranique d'Othman 35/4 et 23).
Si les impies vivants t’ont traité d’imposteur , d’autres apôtres , avant toi , ont été traités aussi d’imposteurs.
A Allah sont ramenées toutes choses. (...)
Si les présents infidèles te traitent d’imposteur , de même crièrent au mensonge ceux qui furent avant eux , quand leurs apôtres vinrent à eux avec les preuves , avec les écritures et avec l’écriture lumineuse.

Un menteur et un copieur.
(Corpus coranique d'Othman 83/10-12).
Malheur , ce jour-là , à ceux qui auront crié au mensonge et traité de mensonge le jour du jugement!
Seul le taxe de mensonge un adversaire plein de péchés , qui , lorsqu’on lui communique nos aya , s’écrie: ce sont histoires des anciens!

Un faussaire.
(Corpus coranique d'Othman 16/103).
Quand nous substituons une aya228 à une aya -Allah sait très bien ce qu’il fait descendre- , les infidèles disent:
-Tu n’es qu’un faussaire!
Mais la plupart ne savent point.

Un faussaire.
(Corpus coranique d'Othman 30/58).
Nous avons certes proposé aux hommes , dans cette prédication , toutes sortes d’exemples , et quand tu viens certes avec un signe , à ceux qui sont incrédules , ils s’écrient:
-Toi et les tiens , vous n’êtes que des tenants du faux!

Un inventeur.
(Corpus coranique d'Othman 7/202).
Quand tu viens à eux avec un signe , ils s’écrient: ne l’aurais-tu point inventée?
Réponds-leur: je suis seulement ce qui m’est révélé , de mon seigneur.

Un copieur.229
(Corpus coranique d'Othman 25/6).
Ils ont dit: ce sont histoires de nos aïeux qu’il s’est écrites et qui lui sont dictés matin et soir.

(Corpus coranique d'Othman 27/70).
Certes , nous avons reçu promesse de cela , nous et nos pères , auparavant! Ce ne sont qu’histoires des anciens!

(Corpus coranique d'Othman 8/31).
Nous avons déjà entendu de telles choses.
Si nous le voulions, nous dirions autant.
Ce sont seulement des fables des anciens230 .

(Corpus coranique d'Othman 16/26 et 105).
Et quand on leur demande: qu’a fait votre seigneur. Ils répondent: des histoires des anciens231 ! (...)
Certes nous savons que les infidèles disent:
-Cet homme a seulement pour maître un mortel232! Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare233 , alors que cette prédication est en claire langue arabe234 .

Un copieur des chrétiens.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 260).

Selon mes informations , l’apôtre allait souvent d’asseoir à al Marwa là où vivait un jeune chrétien appelé Jabr235 , esclave des Banu al Hadrami , et les gens disaient:
-Celui qui enseigne à Muhammad ce qu’il apporte , c’est Jabr le chrétien , esclave des Banu al Hadram.


3. — Un sorcier.


Autre type d'argumentation , qui replace Muhammad dans le contexte païen , et qui lui enlève le bénéfice de la révélation , en lui conservant celui de la prophétie et de la magie: c'est l'accusation de sorcellerie, qui, en soi, à cette époque, n'a rien de scandaleux236 . Les Quraysh sont incrédules , et intègrent le personnage dans leurs schémas habituels de pensée , et cela constitue pour eux un mortel danger.

Un sorcier237 et magicien. 238
(Corpus coranique d'Othman 46/6-8).
Quand nos signes , en matière de preuves , leur sont communiquées , les infidèles disent de la vérité , quand elle est venue à eux:
-C’est une sorcellerie évidente.
Disent-ils:
-Il l’a forgée239 !
Réponds-leur:
-Si je l’ai forgée , vous ne possédez rien pour moi contre le châtiment que cela me vaudra d’Allah.

Sorcier et imposteur.
(Corpus coranique d'Othman 38/3).
Les infidèles s’étonnent qu’à eux soit venu un avertisseur issu d’eux et ils disent: c’est un sorcier , un imposteur!

Un sorcier.
(Corpus coranique d'Othman 11/10).
Certes , si tu dis aux incrédules: vous serez rappelés après la mort.
Ils répondent: ceci n’est que sorcellerie évidente!

Un magicien.
(Corpus coranique d'Othman54/1-4).
L’heure approche.
La lune se fend.
S’ils voient un signe , ils s’écartent disant: magie continuelle!
Ils crient au mensonge , suivent leurs caprices.
Or tout décret est immuable.

(Tafsir al Jalalayn 54).
Ibn Massud a dit: Du temps du prophète , j'ai vu la lune fendre en deux au-dessus de La Mecque. Les Quraysh s'écrièrent alors:
-"La lune est touchée par une magie".
Allah fit descendre: "L'heure du Jugement approche et la lune se fend". D'après Anas, les Mecquois demandèrent au prophète de leur apporter un signe. La lune fut fendue alors deux fois au-dessus de La Mecque. Le verset précité fut descendu à cette occasion.

Un magicien.
(Corpus coranique d'Othman 43/29).
Et quand la vérité est venue à eux , il sont dit: ceci est magie et nous n’y ajoutons pas foi.

(Corpus coranique d'Othman10/2).
Avertis les hommes et annonce à ceux qui croient qu’ils auront auprès de leur seigneur , le mérite antérieur de la croyance240 .
Les infidèles ont dit: en vérité , cet homme est certes un magicien avéré.


3. — Un malade mental.
Il est dément , dans le sens où un sort a été jeté sur lui241 . Comme l'accusation est vexante , le Coran ne glose pas exagérément sur ce thème. La démence n'est pas un défaut en soi , dans un système archaïque de pensée ; c'est même plutôt un avantage qui , dans ce cas , aurait pu réintègrer Muhammad dans le cadre de la religion traditionnelle.242

Un homme ensorcelé.
(Corpus coranique d'Othman 25/9).
Et les injustes d’ajouter: vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.

(Corpus coranique d'Othman 17/50).
Nous savons très bien ce qu’ils écoutent quand ils tendent l’oreille vers toi ou qu’ils sont en conciliabule et que les injustes disent: vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.


§ 271. — Un puzzle prophétique: Noé, Jonas, Moïse, Abraham, Salih etc...

Le Coran présente Muhammad assez rarement en tant que tel. Mais celui-ci est présent ailleurs, mais masqué. Il utilise de multiples paraboles dont il est en fait le héros, en prenant le visage et le nom d'autres personnages, prophètes majeurs ou mineurs, juifs ou arabes. Il le fait par une forme de mythomanie, mégalomanie, mais aussi parce qu'il a rompu totalement avec son milieu et donc avec ses ancêtres: il convoque ici une cohorte d'ancêtres de substitution, imaginaires.
Le schéma narratif est toujours le même: un avertisseur arrive dans un groupe, délivre un message, n'est pas cru, est opprimé et ses auditeurs ingrats reçoivent un châtiment.243
On se livrera ici à un petit jeu qui montrera évidemment la véricité de cette thèse, en manipulant légèrement le texte: nous remplacerons momentanément le nom des prophètes cités par celui de Muhammad. Car celui-ci, en fait, se moque éperdument du modèle biblique, et adapte le nom à sa propre situation. Il y aura donc ici un dévoilement, en échange d'une petite modification du document, qu'on nous pardonnera. Le nom des interlocuteurs sera aussi transformé selon le contexte.244
On verra à quel point les situations présentés sont invariables, au détriment de la fidélité à la source biblique (et sans doute aux légendes arabes). On pourrait multiplier les exemples tout au long du Corpus coranique.245

Muhammad alias Salih.
(Corpus coranique d'Othman 26141/159).

Les MECQUOIS traitèrent d'imposteurs les envoyés, quand, leur frère MUHAMMAD leur dit :
-Ne serez-vous pas pieux  ? je suis pour vous un apôtre sur !
Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi !
Je ne vous réclame pour cela nul salaire246 : mon salaire n'incombe qu'au seigneur des mondes247. Serez-vous laissés éternellement parmi ce qui est ici-bas, en sécurité, parmi des jardins, des sources, des champs de céréales et des palmiers aux régimes pendants  ?
Continuerez-vous à creuser des demeures avec art, dans les montagnes  ?
Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi !
N'obéissez pas à l'ordre des impies qui portent la corruption sur la terre et ne marquent nulle sainteté !
Ils répondirent :
-Tu es seulement un ensorcelé248. Tu n'es qu'un mortel comme nous ! Apporte-nous un signe, si tu es parmi les véridiques !

Muhammad alias Shoayb.
(Corpus coranique d'Othman 11/85-98).
Nous avons certes envoyé aux MECQUOIS leur contribule MUHAMMAD qui dit :
-Ô mon peuple ! adorez Allah !
Vous n'avez point de divinité autre que lui.
Ne faites point mauvaise mesure et mauvais poids ! je vous vois dans la prospérité, mais je crains pour vous le tourment d'un jour qui vous enveloppera.
-Ô mon peuple ! faites en équité bonne mesure et bon poids !
Ne causez point de dol249 aux gens, dans leurs biens !
Ne vous élevez point sur terre en fauteurs de scandale !
Ce qui reste auprès d'Allah est un bien pour vous si vous êtes croyants.
Je ne suis point un gardien pour vous.
MUHAMMAD !, lui répondit-on, ta prière t'ordonne-t-elle que nous abandonnions ce qu'adoraient nos pères ou que nous cessions de faire de nos richesses ce que nous voulons  ?
En vérité, tu es certes longanime et droit !
MUHAMMAD répondit :
-Ô mon peuple ! que vous en semble  ?
Si je me conforme à une preuve venue de mon seigneur, si celui-ci m'a attribué de sa part une belle attribution, c'est à bon escient.
Je ne veux point simplement vous contrarier en ce que je vous défends.
Je ne veux que réformer autant que je puis.
Mon assistance n'est qu'en Allah.
Sur lui je m'appuie, et vers lui je reviens repentant.
(...)
MUHAMMAD! , répondirent les impies, nous ne saisissons pas une grande part de ce que tu dis. En vérité, nous te voyons certes faible parmi nous et, sans ton clan nous t'aurions certes lapidé car tu n'es pas puissant sur nous.
-Ô mon peuple !, répliqua MUHAMMAD, mon clan, sur vous, est-il donc plus puissant qu'Allah, en sorte que vous tourniez le dos ouvertement à Celui-ci  ?
Mon seigneur embrasse en sa connaissance ce que vous faites.
-Ô mon peuple ! agissez selon votre position !
Moi je vais agir et vous saurez qui sera frappé par un tourment déshonorant et qui aura été un menteur.
Guettez ! je suis aussi avec vous guettant.
Quand vint notre ordre, par une miséricorde venue de nous, nous sauvâmes MUHAMMAD et ceux qui avaient cru avec lui.
Le cri emporta ceux qui avaient été injustes et, au matin, dans leurs demeures, ils se trouvèrent gisants, omme s'ils n'y avaient pas élu séjour.

Muhammad alias Hud.
(Corpus coranique d'Othman 11/52-63).
Nous avons certes envoyé aux QURAYSH leur contribule250 MUHAMMAD qui dit :
-Ô mon peuple ! adorez Allah !
Vous n'avez point de divinité autre que lui.
Vous n'êtes que des forgeurs de mensonges.
-Ô mon peuple ! Je ne vous demande pas de rétribution pour ma peine.
Ma rétribution n'incombe qu'à celui qui m'a créé. Eh quoi ne raisonnerez-vous point  ?
-Ô mon peuple ! demandez pardon à votre seigneur puis revenez à lui !
Il envoie sur vous du ciel une pluie abondante et il ajoute, pour vous, force à votre force.
Ne tournez point le dos en coupables.
On lui répondit :
MUHAMMAD ! tu ne nous as pas apporté de preuve.
Nous ne délaisserons point nos divinités, sur ta parole, et nous n'avons pas foi en toi.
Nous affirmons seulement qu'une certaine de nos divinités t'a porté un coup funeste.
MUHAMMAD répondit :
-J'atteste Allah ! soyez-en témoins ! que je suis innocent de ce que vous lui associez en dehors de lui.
Machinez251 donc contre moi, tous ensemble, et ne me faites point attendre ! je me repose sur Allah, mon seigneur et le vôtre : il n'est aucun être qu'il ne tienne par son toupet252.
Mon seigneur est sur une voie droite.
Si vous tournez le dos, toi je vous aurai fait parvenir ce a quoi je vous suis envoyé.
Mon seigneur vous remplacera par autre peuple car vous ne lui nuisez en rien.
Allah, de toute chose, est gardien.
Quand notre ordre vint, nous sauvâmes d’un fond et ceux qui avaient cru avec lui, par une grâce253 venue de nous.
Nous les sauvâmes d'un immense tourment.
Ces MECQUOIS nièrent les signes de leur seigneur, désobéirent à ses apôtres et suivirent l'ordre de tout violent révolté.
Ils ont été et seront poursuivis par une malédiction en cette vie immédiate et au jour de la résurrection.

Muhammad alias Noé.

(Corpus coranique d'Othman 26/105-118).
Les contribules de MUHAMMAD ont traité d'imposteurs les envoyés,
quand leur frère MUHAMMAD leur dit : Ne marquerez-vous point de la piété ? je suis pour vous un apôtre sûr! Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi. Je ne vous réclame pour cela nul salaire : mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des Mondes.
Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi!
Ils répondirent : « Croirons-nous en toi alors que seuls te suivent les plus vils ? »
dit : « je n'ai pas connaissance de ce qu'ils faisaient.
Compter avec eux n'incombe qu'à mon Seigneur. Que ne le devinez-vous ! Je ne suis pas celui qui repousse les croyants je ne suis qu'un avertisseur explicite!
Ils s'écrièrent « Si tu ne finis point, ô MUHAMMAD! nous allons, certes, te lapider! »
Il dit alors « Seigneur!, mon peuple m'a traité d'imposteur.
Décide clairement entre eux et moi et sauve-moi ainsi que ceux des croyants qui sont avec moi !»


Muhammad alias Elie.
(Corpus coranique d'Othman 37/123-130).

En vérité, MUHAMMAD fut au nombre des envoyés, quand il dit à son peuple :
Ne serez-vous point pieux ? Prierez-vous Baal et délaisserez-vous le meilleur des Créateurs, Allah votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers Ancêtres ? »
Ses contribules le traitèrent d'imposteur. Ils seront certes réprouvés, à l'exception des sincères serviteurs d'Allah.
Nous le perpétuâmes parmi les modernes. Salut sur MUHAMMAD.


Muhammad alias Loth.
(Corpus coranique d'Othman 38/133-138).

En vérité, MUHAMMAD fut au nombre des envoyés quand nous le sauvâmes, lui et sa famille en entier, à l'exception d'une femme restée en arrière. Puis nous anéantîmes les autres254 . En vérité, vous passez sur eux, le matin et la nuit. Ne raisonnerez-vous pas ?

Muhammad alias Jésus.
(Corpus coranique d'Othman 43/57-65 ).

Quand TU AS ÉTÉ proposé en exemple, voici que ton peuple, ô prophète!, s'écarte de TOI.
« Nos divinités », demandent-ils, « sont-elles meilleures ou bien lui ? »
Ils n'ont proposé cet exemple que pour discuter - ils sont en effet un peuple disputeur.
TU n' ES qu'un serviteur auquel nous avons accordé notre faveur et que nous avons proposé en exemple aux Fils d'Israël.
Si nous voulions, nous mettrions des anges issus de vous, vous succédant sur la terre. Quand ES VENU avec les preuves, TU AS dit : « je suis venu à vous avec la sagesse255 et pour vous exposer une partie de ce sur quoi vous êtes en opposition. C'est un signal de l'Heure. Ne contestez pas celle-ci et suivez-moi C'est une voie droite. Que le démon ne vous écarte pas ! Il est pour vous un ennemi déclaré. Allah est mon seigneur et votre seigneur. Donc adorez-le!
C'est une Voie droite. » Les Factions256 s'opposèrent parmi les MECQUOIS 257 . Malheur et tourment d'un jour cruel à ceux qui furent injustes!



§ 272. — Les brimades.


Il est difficile de parler de véritable persécution 258 , sur le modèle "prestigieux" du christianisme primitif259 . Il eut été facile pour les Mecquois de faire disparaitre la secte naissante , s’ils avaient constitué un Etat puissant et sans la présence du système tribal. Les textes emploient plus les expressions de “séductions” pour décrire les pressions sur les nouveaux convertis. Les Quraysh , respectueux de l’ordre public , prennent garde à bien respecter les règles sociales et tribales: Muhammad est protégé malgré tout , ses disciples riches sont épargnés et les mauvais traitements tombent sur les plus faibles. Du fait de la protextion d’Abu Talib , ils se limitent à des protestations verbales et des gestes d’humiliation symbolique . Il est remarquable qu'au bout de dix ans d'agitation , aucun musulman n'ait été tué par les Mecquois260 . Dans les dix années suivantes , ce sont des milliers de personnages qui perdent la vie.


1. — La faiblesse des persécutions.


Toutes les sources sont en accord sur ce point. Il eut été facile , pourtant , de présenter Muhammad en martyr , mais cela aurait été pris comme une posture chrétienne , et aurait mis en cause la grâce divine du personnage. La Tradition Islamique a donc pris le parti de mentionner le phénomène de manière à susciter la sympathie sans toutefois insister, pour ne pas diminuer le prestige d'un personnage puissant et viril par essence. On sent de l'embarras dans tous ces textes quant à la question du dosage des effets. Par exemple, les agressions le recouvrent sans le frapper: l'intégrité prophétique est sauve.
Dans les sources , un excès de persécution de Muhammad aurait aussi posé un problème théologique: il ne faut pas montrer de sacrilège trop évident de la personne du prophète , qui serait une preuve de sa faiblesse. A l'évidence , le modèle proposé n'est pas christique.


(Bukhari , Sahih 57/ 27).261

J’ai demandé à Abdullah ibn Amir:
-Quelle a été la pire chose que les païens ont faite à l’envoyé d’Allah?
Il dit:
-J’ai vu Uqba262 ibn Abi Muhit venir quand le prophète était en train de prier. Uqba a mis son manteau autour du cou du prophète et a serré très fort. Abu Bakr est venu et il a tiré Uqba et a dit:
-Veux-tu seulement tuer un homme parce qu’il dit seulement:
-Mon seigneur est Allah et il m’a été apporté des signes évidents de mon seigneur ?

(ibn Sa’d , Tabaqat I 232).263
L’Apôtre d'Allah a dit:
-j’étais placé entre deux mauvais voisins , Abu Lahab et Uqba ibn Abd al Muayt. Ils apportaient des excréments et les jettaient contre ma porte , et ils amenaient des matières répugnantes et les jetaient contre ma porte.

(Bukhari , Sahih 56/ 814).264

Le messager d'Allah disait:
-Les Quraysh ne m'ont jamais fait rien de désagréable avant la mort d'Abu Talib.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 207).
... des hommes des Banu Makhzum était venus chez Hisham ibn al Walid parce que son frère al Walid était devenu musulman. Ils furent d’accord pour s’emparer de jeunes hommes devenus musulmans , parmi lesquels Salma (...) et Ayyash (...). Ils s’inquiétaient de son tempérament violent et donc ils lui dirent ; nous voulons gronder ces hommes à cause de leur religion qu’ils ont récemment introduite ; (...) D’accord , répondit-il , grondez-le , mais faites attention à ne pas le tuer.


2. Les agressions contre les compagnons.


Le très mince martyrologue265 va donc concerner les compagnons de Muhammad , et les plus humbles , pour épargner les séides principaux , ceux qui joueront plus tard un rôle politique , et qu'il faut éviter de souiller , au propre et au figuré. Il est remarquable que le martyr le plus représenté est Bilal , l'Africain , que le public musulman croit voir souffrir , sans d'ailleurs que cela pose problème. Des femmes sont aussi présentées ainsi: on ne souhaite vraiment pas concevoir un homme musulman martyr de persécutions. Le modèle du musulman est viril266 , c'est le martyr au combat, le guerrier et non la victime.267 Une multitude de sources de la Tradition Islamique le répèteront plus tard.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 86).
Ces paroles d'Abu Talib rassurèrent le prophète , qui continua de prêcher publiquement sa religion. Les incrédules n'osaient pas l'attaquer: seulement ils le raillaient , frappaient ses amis , qui ne pouvaient pratiquer les inclinations et les prières , sans recevoir sur leurs têtes des pierres et sans être maltraités. En outre , ils faisaient des pièces de vers satiriques contre le prophète et contre ses amis. Cependant Muhammad accomplissait sa mission et récitait le Coran , sans que personne y répondît ou y crût. (...) Les Quraysh incrédules les attaquaient , partout où ils les trouvaient réunis , par des railleries , des injures et en lançant sur eux des pierres , et ils les dispersaient. Il se passa ainsi un certain temps. Les adhérents du prophète qui avaient à souffrir ces actes d'hostilité de la part des incrédules s'en plaignaient à lui ; mais il leur recommandait la patience , parce qu'il n'avait pas encore reçu l'ordre d'agir.

Agression contre Abu Bakr.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 184).
Quelqu’un de la famille d’Umm Kulthum , la fille d’Abu Bakr me dit qu’elle avait dit:
-Abu Bakr revint un jour avec sa barbe tordue. C’était un homme très barbu et ils lui avaient tiré dessus.

L’agression d’Oqba.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 87).
Un jour , pendant que le prophète accomplissait la prière , Oqba ibn Abu Moayth , lui jeta au cou une corde , le traîna hors de la mosquée et lui serra la gorge de sorte qu'il faillit mourir. Abu Bakr arriva et le dégagea d'entre les mains des infidèles.

L’agression d’Abu Jahl.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 87).
Un autre jour , le prophète se trouvant sur le mont Shafa268 , Abu Jahl ibn Hisham , s'approcha de lui , l'accabla d'injures , lança contre lui une pierre et lui fit une blessure à la tête. Le sang coula sur la figure du prophète ; mais il ne dit rien , se leva et retourna dans sa maison. Une vieille femme , affranchie d’Aldallah ibn Jodhan , qui demeurait sur cette colline , fut témoin de ce fait ; elle fut saisie de pitié et se mit à pleurer et à sangloter.

L’agression contre Abdallah.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 88).
De tous les adhérents du prophète , le plus faible269 était Abdallah ibn Masud. C'est lui qui mettait par écrit toutes les parties du Coran qui étaient révélées au prophète , et qui les apprenait par coeur.
Un jour , le prophète dit :
-Qui d'entre vous veut se sacrifier à Allah , en se rendant à la mosquée pour réciter à haute voix un chapitre du Coran?
- C'est moi qui m'y rendrai , dit Abdallah ibn Masud.
Mais comme il n'était pas un personnage marquant , n'ayant pas une nombreuse parenté , le prophète dit:
- Il faut quelqu'un qui ait une nombreuse parenté , pour être soutenu s'il lui arrivait un accident.
Abdallah dit:
- Allah me protégera.
Abdallah se rendit à la mosquée270 , et à un moment où un grand nombre de personnes y étaient réunies , il se plaça près du Maqam Ibrahim , en face de la Ka'ba , et commença à réciter la sourate Er Rahman271 .
-Qu'est-ce qu'il récite? dirent les Quraysh entre eux.
-C'est quelque chose des paroles de Muhammad.
Ils s'élancèrent sur lui , l'entourèrent et le frappèrent à coups de pierres , pendant qu'il continuait à réciter la sourate jusqu'à la fin. Couvert de sang , il retourna auprès de Muhammad , qui lui dit :
-Voilà ce que je redoutais.

Mauvais traitement contre une esclave musulmane.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 206).
Omar ibn Khattab la punissait pour lui faire abandonner l’islam. A cette époque , il était polythéiste. Il la frappait jusqu’à ce qu’il se fatigua et dit:
-J’arrête seulement parce que je suis fatigué.
Elle lui répondit:
-Puisse Allah te traiter de la même façon.
Abu Bakr l’acheta et la libéra.

Mauvais traitements contre Bilal.
Esclave d'origine éthiopienne , sans doute chrétien , il est racheté par Abu bakr , qui l'affranchit au moment de sa conversion. Il est ensuite le serviteur personnel de Muhammad et le muezzin officiel à Médine. Du fait de ses origines , il n'obitendra jamais aucun poste de responsabilité , malgré son intimité avec Muhammad.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 205).
Ummaya (...) le faisait sortir au plus chaud de la journée dans la vallée avec une grosse pierre sur la poitrine et ensuite il lui disait:
-Tu resteras ici jusqu’à ce que tu meurs ou dénonce Muhammad et honore Allât et al Uzza. Celui-ci disait en endurant:
-Un seul! un seul!272

(Corpus coranique d'Othman 16/108-9).
Celui qui renie Allah après avoir eu foi en lui - excepté celui qui a subi la contrainte et dont le coeur reste paisible en sa foi- ceux dont la poitrine s'est ouverte à l'impiété , sur ceux-là tomberont le courroux d'Allah et un tourment terrible.
C'est là le prix de ce qu'ils ont plus aimé la vie immédiate que la vie dernière et de ce qu'Allah ne saurait conduire le peuple des infidèles.

L'émeute contre Unays.
(Muslim, Hadith 31/6046).
Les gens de la vallée m'ont attaqué en me lançant des mottes de terre273 , et en me frappant avec leurs arcs et je suis tombé inconscient. Je me suis redressé après cela , et j'ai vu que j'étais comme une idole rouge274. Je suis allé à Zamzam , je me suis lavé de tout mon sang , et je suis resté , je vous assure , trente jours et nuits sans nourriture sinon l'eau de Zamzam. Je suis pourtant devenu énorme et mon ventre faisait des plis , et je ne ressentais aucune faim275.


3. — Les brimades contre Muhammad.

Ce sont des passages à l'acte , de mauvaises farces , et des traitements humiliants. Mais Muhammad ne subit pas de coups: les agressions sont supeficielles , et visent à lui ôter son état de pureté rituelle.

Jet de boue.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 96).
Celui-ci fut en butte aux violences des Quraysh , qui lui lançaient des pierres et lui jetaient de la boue sur la tête. Un jour qu'il faisait sa prière dans la mosquée , au moment où il se prosterna la face contre terre , les infidèles , ayant apporté une grande quantité de boue , la lui versèrent sur la tête. Muhammad avait des cheveux qui lui allaient jusqu'aux épaules ; ses cheveux , sa tête et ses joues furent entièrement couverts de boue. Il se leva et s'en alla dans sa maison. Une de ses filles , en lui nettoyant la tête , pleura. Le prophète lui dit :
-Ô ma fille , ne pleure pas , invoque Allah et aie patience. Ces choses arrivent quand on perd ses parents et ses oncles. Du vivant de mon oncle Abu Talib , personne n'a osé faire cela.

(Tafsir al Jalalayn 44).
Goûte! Toi le puissant, le noble” : On dira à ce pécheur: "Goûte au supplice douloureux, toi qui es noble parmi les tiens et plus puissant que les autres”. 'Ikrima rapporte: Le messager d'Allah rencontra Abu Jahl et lui dit:
-"Allah m'a ordonné de te dire: "Malheur à toi! Malheur! Et encore: Malheur à toi! Malheur!".276
Abu Jahl arracha son vêtement aux mains du prophète et répondit:
-"Ni toi, ni ton Allah ne pouvez rien contre moi. Je suis l'inabordable d'entre les habitants du désert, le plus puissant et le plus noble!"
Le jour de la bataille de Badr, Allah le tua, l'avilit et l'insulta par ses propres paroles: "Goûte! Toi le puissant, le noble...".

Jet d’intestins de chamelle.
(Bukhari , Sahih , 9/109).
Abdallah a dit: Pendant que l'envoyé d'Allah debout faisait la prière dans la Ka’ba et que le groupe des Quraysh tenait une de ses réunions , l'un des Quraysh se mit à dire:
-Hé! voyez donc l'ostentation de cet homme. Quel est celui d'entre vous qui voudra aller à l'abattoir des Banu un tel , y prendre des tripailles , du sang , des membranes de foetus , les apporter ici et ensuite attendre que cet homme se prosterne pour lui mettre le tout sur les épaules?
Le plus misérable d'entre eux se décida à le faire et , au moment où l'envoyé d'Allah se prosterna , il lui déposa ces débris sur les épaules. Comme le prophète était prosterné , les Quraysh se mirent à rire au point qu’ils se cognaient les uns contre les autres à force de rire. Quelqu'un alla aussitôt prévenir Fatima , qui était alors une toute jeune fille. Elle arriva en courant et le prophète resta prosterné jusqu'au moment où elle le débarrassa de ces immondices. Cela fait , elle se tourna vers les Quraysh et les invectiva. Quand l'envoyé d'Allah eùt terminé sa prière , il s'écria:
-Ô Allah , à toi les Quraysh! ô Allah , à toi les Quraysh! ô Allah , à toi les Quraysh!
Ensuite il en désigna nominativement quelques-uns et dit :
-Ô Allah à toi Amir ibn Hisham ; Oqba ibn Rabia , Shayba ibn Rabia , El Walid ibn Oqba , Omayya ibn Khalaf ; Oqba ibn Abu Moayt et Omara ibn al Walid!
Abdallah ajoute:
-J'ai vu tous ces gens-là étendus morts le jour de la bataille de Badr. On traîna leurs corps jusqu'au puits dit Qalib277 Badr. L'envoyé d'Allah dit alors:
-Poursuis de ta malédiction les hommes du puits!

Jet de placenta de chamelle.
(Bukhari , Sahith , 4 , 68 , 1).
Abdallah ibn Masud rapporte le fait suivant: Le prophète était prosterné , -ou , suivant un autre isnad278 , priait près du temple- pendant que Abu Jahl279 et ses compagnons étaient assis (près de là). L'un de ces derniers dit aux autres:
-Qui d'entre vous ira , dans la boucherie des Banu un tel , chercher un placenta280 et le posera sur le dos de Muhammad lorsqu'il se prosternera?
Le plus misérable de ces gens-là se détacha du groupe et rapporta le placenta ; puis il attendit que le prophète se prosternât. A ce moment , il plaça le placenta sur le dos de Muhammad entre les deux omoplates281.
-Témoin de cette scène , ajoute Abdallah , il ne me fut pas possible d'empêcher la chose , en eussé-je eu d'ailleurs le pouvoir. Alors ces gens se mirent à rire , se rejetant la faute les ans sur les autres. Pendant ce temps , l'envoyé d'Allah était resté prosterné , et il ne releva pas la tête jusqu'au moment ou Fatima survint. Alors elle rejeta l'ordure loin du dos du prophète et celui-ci leva la tête en disant à trois reprises :
-Ô Allah , à toi de tirer vengeance des Quraysh. Cette malédiction peina vivement les Quraysh , car ils pensaient que toute invocation faite à la Mecque devait être exaucée. Ensuite le prophète désigna chacun nominativement et dit:
-Allah , charge-toi de Abu Jalh , charge-toi de Oqba ibn Rabia , de Shayba ibn Rabia , de al Walid ibn Oqba , de Omayya ibn Khalaf , de Oqba ibn Abu Moayt et il en désigna un septième dont le nom n'a pas été retenu.
-Par Celui entre les mains de qui est ma vie , ajouta Abdallah , j'ai vu tous ceux que l'envoyé d'Allah avait énunérés gisants dans le qal'ib282 , le qal’ib de Badr.

Jet d'un foetus de chamelle sur Muhammad.
(Muslim , Sahih 19/4421).
Alors que le messager d'Allah faisiat la prière près de la Ka'ba et que Abu Jahl et ses amis étaient assis non loin , Abu Jahl dit , en faisant référence à la chamelle qui avait été sacrifiée la veille:
-Qui va se lever pour prélever le foetus de cette chamelle d'untel , et de le placer entre les épaules de Muhammad , quand il sera prostré dans la prière?
Le plus maudit d'entre tous se leva , prit le foetus et quand le prophète s'est abaissé , il l'a mit entre ses épaules. (...)
Le prophète avait baissé sa tête et ne levait plus , jusqu'à ce q'un homme alla chez lui et informa sa fille Fatima , qui était une petite fille à cette époque. Elle vint et enleva cette chose horrible de lui. Elle se tourna ensuite en injuriant les malfaiteurs. Quand le prohète eut fini sa prière , il invoqua la malédiction divine contre eux , à voix haute. Il pria , trois fois , et il demanda la bénédiction divine , trois fois.
Il dit trois fois:
-Ô Allah , c'est toi qui vas t'occuper des Quraysh.
Quand ils entendirent cette voix , les rires disparurent et ils se mirent à craindre cette malédiction.

(Muslim, Sahih 32-3349).

D'après ibn Masûd , l'envoyé d'Allah faisait la prière auprès de la Maison Sacrée283 , alors que Abu Jahl et ses compagnons étaient assis non loin de lui. Comme on venait d'égorger un chameau la veille, Abu Jahl dit :
-"Lequel d'entre vous pourra apporter le placenta de la chamelle des Banû tel et le mettra sur le dos de Muhammad, quand il se prosternera?".
Le plus malheureux d'entre eux se leva et apporta le placenta, puis il attendit que le prophète se prosternât et le mit sur son dos entre ses épaules. Ils éclatèrent de rire en se penchant les uns vers les autres. Quant à moi, ajouta le transmetteur, quoique j'aie assisté à cette scène, je n'ai pas pu agir; or si j'avais quelque force, j'aurai ôté ce placenta loin des épaules du prophète . Le prophète demeura alors prosterné, alors qu'un homme alla prévenir Fâtima, encore très jeune, qui ne tarda pas à venir. Elle prit le placenta, le jeta loin de son père et se tournant vers les Quraysh, elle les invectiva284 . Ayant terminé sa prière, le prophète leva sa voix en appelant les malédictions sur les Quraysh. Quand il maudissait les impies, le prophète avait l'habitude de le faire trois fois et quand il invoquait Allah, il le faisait à trois reprises aussi; et c'était ainsi qu'il le fit ce jour-là :
-"Allah! C'est à toi de ruiner les Quraysh".
Quand ils entendirent sa voix, les Quraysh cessèrent de rire redoutant l'exaucement de son invocation. Le prophète, quant à lui, poursuivit :
-"Allah! Tire vengeance de Abu Jahl ibn Hichâm, de `Utba ibn Rabî`a, de Chayba ibn Rabî`a, d'Al Walîd ibn Uqba, de 'Umayya ibn Khalaf, et de `Uqba ibn 'Abu Muayt".
Le transmetteur ajoute qu'il a mentionné un septième mais qu'il n'a pas retenu son nom et poursuit : "Par Celui qui, par la vérité, a envoyé Muhammad j'ai vu tous ces gens-là morts le jour de la bataille de Badr et on les traîna jusqu'au puits de Badr ".

Une obscénité.
(ibn Bukayr).285
Un homme des Quraysh à la Mecque est venu voir l'apôtre et lui a dit:
-Est-il vrai , Muhammad , que tu interdis de détenir des captifs?
-Il voulait dire des Arabes capturés-.
L'apôtre répondit:
-Certainement.286
Alors l'homme se retourna et montra son derrière tout nu juste devant le visage du prophète.
L'apôtre le maudit et invoqua Allah contre lui.


(Tafsir al Jalalayn 96).
Prenez-garde! Vraiment l'homme devient rebelle” : En fait, l'homme est rebelle contre son seigneur
“ dès qu'il estime qu'il peut se suffire à lui-même .”: aussitôt qu'il se trouve dans l'aisance.Et ceci fut révélé au sujet d'Abu Jahl. D'après Abu Hurayra, Abu Jahl avait dit un jour à ses compagnons:
-Muhammed se prosterne (en priant) en votre présence?
-Oui, lui répondit-on.
Il poursuivit:
-Je jure par Allat et Al Uzza, si je le vois faire, je mettrais mon pied et je roulerais son visage dans la poussière.
Allah révéla à cette accasion: "Oh non! l'homme ne tire qu'outrance" et les versets qui s'ensuivent.


(Tafsir al Jalalayn 96).

As-tu vu celui qui interdit”: Que penses-tu de celui 287 qui interdit
à un serviteur d'Allah288 de célébrer la Salat? “: à un homme de faire sa prière?
Selon ibn Abbas, alors que le messager d'Allah priait Abu Jahl arriva et l'empêcha de continuer sa prière. Ce verset fut alors révélé.
-As-tu vu celui qui interdit à un serviteur de célébrer la prière?


Les machinations.
(Corpus coranique d'Othman 8/30).
Prophète , rappelle-toi quand ceux qui sont infidèles machinaient contre toi pour t'affermir ou te tuer ou t'expulser!
Ils machinaient alors -qu'Allah machinait , mais Allah est meilleur en machination.

Des épreuves normales.
(Corpus coranique d'Othman 29/1-2).
Les hommes croient-ils qu'on leur laissera dire: nous croyons! sans qu'ils soient éprouvés? Nous avons certes éprouvé ceux qui furent avant eux.
Allah reconnaîtra certes ceux qui sont véridiques et il reconnaîtra aussi les menteurs.

L'encouragement par la terreur.
(Bukhari , Sahih 89/2 , 3).
Khabbab ibn El Aratt a dit: Nous nous plaignîmes à l'envoyé d'Allah qui , à ce moment-là , était étendu sur son manteau à l'ombre de la Ka'ba.
-Pourquoi , lui dîmes-nous , ne viens-tu pas à notre aide ; pourquoi ne fais-tu pas de vœux pour nous ?
- Avant vous , répondit-il , il y avait des gens qui prenaient un homme , le plaçaient dans un trou qu'ils avaient creusé dans la terre , puis apportaient une scie , la plaçaient sur la tête de l'homme et le sciaient en deux ; ensuite ils le peignaient avec des peignes de fer entamant la chair jusqu'aux os: cet homme endurait cela sans renoncer à sa religion.289
Par Allah , il faut que cette oeuvre de l'islam s'achève au point qu'un cavalier puisse aller de Sanaa au Hadramut sans avoir à craindre autre chose que Allah pour lui et le loup pour son troupeau. Mais pour cela vous devez vous hâter.


4. — Les plaintes.


Les sources musulmanes ont trouvé un thème plaisant dans la présentation des plaintes des Quraysh polythéistes , vus comme de pleutres bourgeois qui ne cessent de geindre.
La figure aimable et embarrassée du brave Abu Talib est toutefois rendue de façon très marquante et touchante.


L’agacement des notables face à Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 183).
J’étais avec eux290 quand les notables se rassemblèrent dans le Hijr et l’apôtre fut cité. Ils dirent qu’ils n’avaient jamais connu quelque chose qui soit égal aux désordres qu’ils enduraient de la part de cet individu. Il avait déclaré que leur mode de vie était stupide , il avait insulté leurs ancêtres , avilit leur religion , divisé la communauté , maudit leurs dieux. Ce qu’ils avaient supporté dépassait tout entendement...

Plaintes à Abu Talib.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 77).

Le prophète continuait sa prédication , et l'on n'osait pas s'y opposer , par respect pour Abu Talib , mais on frappait et l'on insultait ses amis. Alors fut révélé le verset suivant:
Certes , vous et les idoles que vous adorez , à côté d'Allah , vous serez la proie de l'enfer , etc291 .
Le prophète vint à la mosquée et proclama ce verset devant le peuple. Les hommes se tournèrent tous contre lui , l'expulsèrent de la mosquée et se rendirent ensuite auprès d'Abu Talib. Ils lui dirent:
-Notre patience est à bout. Ton neveu insulte nos divinités. Il a introduit une religion nouvelle , et nous l'avons supporté. Il nous a insultés en disant que nous sommes des sots ; nous l'avons supporté. Il a dit que nous et nos pères nous irons en enfer , et nous l'avons supporté. Maintenant il se met à insulter nos dieux. Dis-lui qu'il fasse ce qu'il voudra , mais qu'il n'attaque pas nos dieux , qu'il s'occupe de son Allah et de sa religion. S'il ne le fait pas , nous le frapperons , et nous le chasserons de la ville.
Abu Talib fit appeler Muhammad , qui vint et prit place.
Abu Talib lui dit:
-Écoute ce que disent ces gens.
Le prophète , ayant entendu leur discours , dit :
-Il n'y a qu'un point qui nous divise , eux et moi ; s'ils professent qu'il n'y a qu'un seul dieu et que je suis son prophète , Allah sera satisfait d'eux , et je ne parlerai plus contre eux. Mais s'ils ne font pas cette profession , aussi longtemps que mon âme sera en moi je les appellerai à Allah et à sa religion.
Abu Talib congédia les gens avec de bonnes paroles et resta seul avec le prophète. Il lui dit :
-Ces gens agissent avec équité envers toi , mais tu n'es pas juste envers eux. Ils te disent d'enseigner et de faire ce que tu voudras , seulement de ne pas insulter leurs dieux. Si tu n'insultais pas leurs dieux , cela profiterait à ta religion.
Le prophète pensa qu Abu Talib voulait lui retirer sa protection.
Ses larmes coulèrent et il dit :
-Ô mon oncle , c'est Allah qui me l'ordonne ainsi. S'ils mettaient dans ma main droite le soleil et dans ma main gauche la lune , et s'ils me brûlaient par le feu , je ne retrancherais pas une lettre de ce que Allah ordonne , et je ne dirais ni plus ni moins.
Puis il quitta Abu Talib , qui fut touché , le rappela , prit sa tête sur son cœur et lui dit:
-Ô mon fils , va , exécute ce que Allah t'ordonne et ne t'inquiète pas ; aussi longtemps que je vivrai , personne n'osera mettre la main sur toi. Je sais que tu dis la vérité , et si je ne craignais pas d'encourir le blâme des Arabes , qui diraient qu'Abu Talib , sur ses vieux jours , a quitté la religion de ses pères , je croirais aussi en toi.
A ce propos , il fit quelques vers :
-Par Allah! ils ne pourront pas t'atteindre , tous ensemble , aussi longtemps que je serai vivant et que je ne serai pas enterré.292
Poursuis ton œuvre ; n'aie pas de souci , sois content ; tu atteindras un désir fait pour réjouir tes yeux.
Certes , j'ai déclaré et dit que j'étais ton ami , et antérieurement déjà je t'ai appelé véridique.
Si je ne craignais pas le blâme , et n'était mon désir d'éviter les reproches , tu me verrais adhérer fermement à cela.

La dénonciation des musulmans auprès du Négus.293
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 218).
Ils envoyèrent Abdallah et Amir avec instructions de donner à chaque général son présent avant de parler au Négus294 des réfugiés. Ils donnèrent d’abord leurs présents au Négus qui les distribuera.
Ils exposèrent les instructions de la lettre , et dirent à chaque général:
-Quelques fous issus de notre peuple ont pris refuge dans le pays du roi. Ils ont abandonné notre religion et n’ont pas accepté la vôtre , mais ils ont plutôt inventé une nouvelle religion dont ni nous ni vous nous ne savons rien. Nos nobles nous ont envoyé au roi pour les faire revenir , donc nous conseillons au roi de les rendre et de ne pas leur parler...


5. — Les conciliations.


Ces tentatives de rapprochement , de compromis , et l’acharnement que les Quraysh montrent à les mettre en oeuvre , en pure perte , sont la preuve du malentendu fondamental existant entre les deux types de religions. Mais ces moments de confrontation et de débat , même s’ils sont promis à l’échec , sont particulièrement révélateurs du fonctionnement des deux systèmes religieux295.
Tous les efforts proviennent des Quraysh , sans exception. Face à ce déploiement de veulerie , Muhammad paraît incorruptible et intransigeant. C'est du moins les images que les textes présentent au public.
On ne saura jamais véritablement ce qu'il en a été ; l'important est que ceci devient un modèle théorique de diplomatie pour des négociateurs musulmans.

L'embaras des notables.
(ibn Sa'd , Tabaqat I/1 146).296
Nous297 sommes préoccupés par ce prieur qui à propos de tout et de rien déclare qu'il est l'envoyé d'Allah...

Essais de conciliation.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1191).298

... Les nobles de la tribu se rassemblèrent pour lui parler un jour. (...)
Les Quraysh lui promirent de lui donner tellement de richesse qu’il pourrait devenir l’homme le plus riche de la Mecque , qu’ils lui donneraient autant de femmes qu’il demanderait en mariage , et qu’il se soumettraient à ses volontés:
-Voilà ce que nous te donnerons , Muhammad , alors cesse de critiquer nos dieux et ne parle pas en mal d’eux. Si tu ne le fais pas , nous t’ofrrons une autre solution qui est à ton avantage et à notre avantage.
-Laquelle?
Ils dirent:
-Tu adoreras nos dieux , Allat et al Uzza , et nous adorerons ton dieu pendant une année.
-Laissez-moi voir quelle révélation viendra de mon seigneur.
Alors , l’inspiration suivante vint de la tablette préservée299 :
Dis , oh! Infidèles! Je n’adorerai pas ce que vous adorez. Vous n’êtes pas adorant ce que j’adore. Je ne suis pas adorant ce que vous avez adoré et vous n’êtes pas adorant ce que j’ai adoré. A vous votre religion. A moi , ma religion300.
Allah révéla aussi:
-Dis: eh quoi! m’ordonnez-vous d’adorer un autre qu’Allah? ô sans loi! Certes , à toi et à ceux qui furent avant toi , il a été dit par révélation:
Certes si vous êtes associateurs , vos actes seront vains et vous serez parmi les perdants. Tout au contraire , adore Allah , et sois parmi les reconnaissants301 .

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1192).302
Al Walid , al Ash , al Aswad , et Ummayah rencontrèrent le messager d’Allah et dirent:
-Muhammad , viens et laisse nous vénérer ce que tu vénères et tu vénèreras ce que nous vénérons , et nous ferons de toi un partenaire dans toutes nos entreprises. Si ce que tu nous apportes est meilleur que ce que nous avons , nous serons tes partenaires et nous en prendrons une part , et si ce que nous avons est meilleur que ce que tu as , tu seras notre partenaire , avec nous , dans ce que nous avons , et tu en prendras ta part.
Alors Allah lui révéla:
Dis , oh! Infidèles! Je n’adorerai pas ce que vous adorez. Vous n’êtes pas adorant ce que j’adore. Je ne suis pas adorant ce que vous avez adoré et vous n’êtes pas adorant ce que j’ai adoré. A vous votre religion. A moi , ma religion.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 90).
Les incrédules , fatigués de la prédication du prophète , l'appelèrent à la mosquée et lui parlèrent ainsi :
-Nous allons te faire une proposition équitable. Si tu veux que nous adorions ton dieu , adore aussi nos divinités : de cette façon tu seras de notre religion , comme nous serons de la tienne ; si notre culte est le vrai , tu en auras l'avantage , et si c'est le tien qui est le vrai , nous aurons l'avantage de celui-ci.
Alors Allah révéla les versets suivants:
-Dis : M'ordonnerez-vous d'adorer un autre dieu , ô ignorants! etc. 303 ;
et cet autre verset :
Ô infidèles , je n'adorerai point ce que vous adorez , etc. 304 ,
c'est-à-dire gardez votre religion , et moi je garderai la mienne.
Les infidèles reconnurent qu'il n'accéderait pas à leur religion. Ensuite Allah révéla le verset suivant :
Peu s'en est fallu qu'ils ne t’aient détourné de ce que nous t'avons révélé , etc. 305

(Tafsir Jalalayn 109).
Révélée à La Mecque à la suite de la sourate du Secours. Les polythéistes avaient dit au messager d'Allah : "Tu adores nos divinités un an et nous adorons Allah un an". Allah lui révéla alors cette sourate. Dis: "O incrédules,
(...)
"A vous votre religion; le polythéisme, et à moi, ma religion qu'est l'islam".
Ce fut avant de lui ordonner leur combat. Ibn Abbas rapporte que les Quraysh proposèrent au messager d'Allah de lui donner de l'argent pour faire de lui le plus riche à La Mecque et de lui donner en mariage ce qu'il voudra des femmes. Ils ajoutèrent:
-Tout ceci sera pour toi, Muhammed, à condition de cesser d'insulter nos divinité et de ne dire rien de mal d'elles. Sinon, adore donc nos divinités durant une année.
Il leur répondit:
-Laissez-moi pour le moment attendant ce que mon Seigneur me révélera à ce sujet.
Allah fit alors descendre cette sourate.


Tentative d’accord avec Abu Jahl.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 235).

Abu Jahl rencontra l’apôtre d'Allah , d’après ce que j’ai su , et lui a dit:
-Par Allah , Muhammad , cesse de maudire nos dieux ou nous maudirons le dieu que tu sers. Alors Allah révéla à ce sujet:
N’insultez pas ceux qu’ils prient , en dehors d’Allah! Ils injuraient Allah , par hostilité , sans savoir. Ainsi , nous avons paré de fausses apparences les actes de chaque communauté. Ensuite , vers leur seigneur , se fera le retour des membres des communautés et il les avisera de ce qu’ils faisaient sur terre.

Négociations menées par les chefs Quraysh.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 187).
... Ils décidèrent de faire venir Muhammad pour négocier et discuter avec lui de telle façon qu’ils ne seraient pas à blâmer par la suite. (...) Quand il arriva , il s’assit avec eux et ils lui expliquèrent qu’ils l’avaient appelé pour pouvoir discuter ensemble. Aucun Arabe , n’avait traité sa propre tribu comme Muhammad l’avait fait avec eux , et ils répétèrent les reproches qu’ils avaient fait auparavant.

Les propositions d’Oqba.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 186).

... Oqba vint s’asseoir à côté du prophète et dit:
-Ô mon neveu , tu es l’un d’entre nous , comme tu sais , parmi les plus nobles de la tribu et tu tiens une place notable parmi tes ancêtres. Tu es venu à ton peuple avec une affaire importante , divisant la communauté par la suite et ridiculisant nos coutumes , et tu as insulté nos dieux et notre religion , tu as aussi déclaré que nos ancêtres étaient des incroyants , alors écoute-moi: je vais de faire des propositions et tu seras peut-être capable d’accepter d’une d’entre elles.
L’apôtre accepta et il poursuivit:
-Si ce que tu veux c’est l’argent , nous allons en rassembler avec nos biens de façon à ce que tu sois le plus riche d’entre nous. Si ce que tu veux est l’honneur , nous faisons de toi notre propre chef de telle façon que personne ne puisse décider sans toi. Si ce que tu veux est le pouvoir , nous faisons de toi un roi ; et s’il s’agit d’un esprit qui te vient , et que tu ne peux pas t’en débarasser , nous allons trouver un médecin pour toi , et user de tous les moyens pour te guérir , etc , etc...
L’apôtre écouta patiemment et il dit:
-Maintenant écoutez-moi:
Au nom d’Allah , le miséricordieux , une révélation du miséricordieux , un livre dont les vers sont exprimés comme une récitation en arabe pour un peuple qui comprends , comme une annonce et un avertissement , auquel la plupart d’entre vous ne prêtent pas attention , s’écartent et disent: nos coeurs se voilent contre ce à quoi tu nous invites.
Puis le prophète continua à réciter. Oqba l’écoutait attentivement , mettant ses mains dans son dos , et s’appuyant avec pendant l’écoute. Le prophète conclut au sujet de la prosternation , et se prosterna lui-même. Puis il dit:
-Tu as entendu ce que tu as entendu , Abu Walid ; le reste te concerne.

La sourate “La prosternation306 ” récitée à Oqba (extraits).307
(Corpus coranique d'Othman 41-1-38).

H. M. révélation du Bienfaiteur miséricordieux.308
Écriture dont les signes ont été rendues intelligibles , en une révélation arabe , pour un peuple qui sait.309
... Annonciateur et avertisseur.
La plupart d'entre eux se sont détournés et eux n'entendent point.
Ils ont dit:
-Nos cœurs sont dans des enveloppes qui les isolent de ce vers quoi vous nous appelez.
En nos oreilles est une fissure. Entre vous et nous est un voile.
Agis , car nous allons agir !
Réponds-leur: je ne suis qu'un mortel comme vous.
Il m'est seulement révélé que votre divinité est une divinité unique.
Allez droit à elle et demandez-lui pardon!
Malheur aux associateurs qui ne font point l'aumône et qui , de la vie dernière , sont les négateurs!
Ceux qui auront cru et auront accompli des œuvres pies , auront une rétribution exempte de rappel.
Dis: En vérité , serez-vous infidèles envers celui qui créa la terre en deux jours ? Lui donnerez-vous des égaux ?
Celui-là est le seigneur des mondes.
Il a placé sur elle des montagnes immobiles.
Il l'a bénie.
Il y a réparti des nourritures , en quatre jours exactement.
Ceci vise ceux qui interrogent.
Ensuite , il se tourna vers le ciel alors qu'il était fumée et il lui dit ainsi qu'à la terre:
-Venez de gré ou de force! , et le ciel et la terre répondirent :
-Nous venons avec obéissance.
Il a décrété les sept cieux créés en deux jours et , à chaque ciel , il fixa son état par révélation.
Nous avons paré le ciel le plus proche de luminaires et cela en protection.
C'est une détermination du puissant , de l'omniscient.
S'ils se détournent , dis-leur: je vous avertis de la menace d'une foudre semblable à celle des Ad et des Thamud.
Quand les apôtres vinrent à eux de toutes parts leur disant:
-N'adorez qu'Allah! , ils répondirent:
-Si notre seigneur avait voulu , Il eût fait descendre des anges.
Nous sommes incrédules en ce message à vous confié.
Les Ad , par la non-vérité , se sont montrés insolents sur la terre.
Ils ont dit:
-Qui donc , plus que nous , est redoutable en sa force310 ? Eh quoi! tandis qu'ils niaient nos signes , n'ont-ils point vu qu'Allah , qui les créa , est plus redoutable qu'eux , par la force ?
Nous déchaînâmes donc contre eux un vent mugissant , durant des jours néfastes , pour leur faire goûter le tourment de l'ignominie en la vie immédiate.

Révélation interdisant tout compromis.
(Corpus coranique d'Othman 109).
311
Dis: ô infidèles! Je n’adorerai pas ce que vous adorerez.
Vous n’êtes pas adorant ce que j’adore.
Je ne suis pas adorant ce que vous avez adoré et vous n’êtes pas adorant ce que j’ai adoré.
A vous , votre religion.
A moi , ma religion.

(Corpus coranique d'Othman 39/64-5).
Dis: eh quoi! m’ordonnez-vous d’adorer un autre qu’Allah?
Ô sans loi!
Certes à toi et à ceux qui durent avant toi , il a été dit par révélation:
-Certes , si vous êtes des associateurs , vos actes seront vains et vous serez parmi les perdants.






Chapitre 47

L’affrontement





La crise ouverte est inévitable , après plusieurs années de troubles diffus. C'est une menace de ruine pour toute la cité , qui n’avait jamais connu de telle dissension. Aucun accord n'est possible à partir de là entre les deux camps. La tension est extrème et pourtant on ne distingue toujours pas de véritables combats , comme dans une guerre civile normale312.

On peut distinguer plusieurs étapes dans l'affrontement:
-un blocus visant à isoler la secte du reste de la société (ca. 617-9).313
-l’affaire troublante des “Versets sataniques314 ” , qui oblige Muhammad à abandonner toute ambiguité dans sa politique (?).
-la fin des protections sociales et économiques , avec la mort d’Abu Talib et Khadija (619).







§ 273. — La rupture définitive.


La tension monte au fil des années (car tout ceci s'est déroule dans un cadre chronologique de plusieurs années) et un incident public marque la rupture totale entre les musulmans et les Mecquois. C'est un pas de plus vers l'isolement de la secte dans la ville , et un pas de plus de séparation de la communauté avec l'Humanité dite "infidèle".

(ibn Sa’d , Tabaqat I 230)
L’Apôtre d'Allah préchait secrètement ou ouvertement , de telle façon que les jeunes et les pauvres se soumettent à l’islam comme il plaisait à Allah , jusqu’à ce que leur nombre s’accroisse et que les incroyant parmi les Quraysh se rendent compte de ce qu’il disait. Quand il passait près de leurs assemblées , ils le désignaient du doigt en disant:
-C’est le jeune des Banu Abd al Muttalib qui parle des cieux.
Cette situation perdura jusqu’au moment où Allah condamna leurs divinités , qu’ils adoraient à côté de lui , et qu’il rappelle la perdition de leurs ancêtres morts comme infidèles.

(Az Zuhri).315
Le messager d’Allah exhorta à l'islam secrètement et ouvertement , et alors répondirent à Allah ceux qu'Il voulut d’entre les jeunes gens et les faibles , si bien que ceux qui crurent en lui furent nombreux et les Quraysh incroyants se gardèrent de critiquer ce qu il dit. Alors qu'il passait près d'eux comme ils étaient assis en groupes , ils lui indiquèrent :
-Voici le jeune homme du clan d’Abd al Mutthalib qui parle des choses du ciel.316
Ceci dura jusqu'à ce qu’ Allah (dans le Coran) se mit à parler sévèrement des idoles qu’ils adoraient en dehors de lui , et évoqua la perdition de leurs pères morts en incroyants. Alors ils se mirent à haïr le messager d’Allah et à lui manifester leur hostilité.

Un compte-rendu optimiste.
(Urwa).317
Quand Muhammad annonça publiquement son message , tous les gens de la Mecque ont embrassé l’islam318. Cela eut lieu avant que la prière quotidienne ne devienne obligatoire. Les musulmans devinrent si nombreux que quand ils se rassemblaient et voulaient pratiquer la prosternation durant la récitation du Coran , ils ne le pouvaient plus à cause de la foule qui arrivait. Telle était la situation quand les chefs des Quraysh revinrent de Ta’if. Les chefs réprouvèrent les Mekkois pour avoir abandonné la religion de leurs ancêtres , et finalement , le peuple renonça à l’islam et rompit avec Muhammad.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 244).
Il319 demanda:
-Ô Muhammad! Abd al Muttalib est-il entré en enfer?
-Oui , et quinconque mourra dans la foi d’Abd al Muttalib ira en enfer.
Là dessus , Abu Lahab dit:
-Je ne cesserai jamais d’être ton ennemi , pour toute l’éternité , puis que tu penses qu’Abd al Muttalib est en enfer.
Lui et les Quraysh commencèrent à le traiter durement.

Les versets de la rupture.
(Corpus coranique d'Othman 109).
Dis: ô infidèles!
Je n’adorerai pas ce que vous adorerez.
Vous n’êtes pas adorant ce que j’adore.
Je ne suis pas adorant ce que vous avez adoré.
Et vous n’êtes pas adorant ce que j’ai adoré.
A vous votre religion , à moi , ma religion.

Le credo monothéiste.
(Corpus coranique d'Othman 92/1-4).
Dis: Il est Allah , unique , Allah , le seul.
Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré.
N’est égal à lui personne.

Le rejet du polythéisme.
(Corpus coranique d'Othman 37/149-153).

Ton seigneur a t-il des filles et eux des fils?
Or ça! Dans leur imposture , iront-ils jusqu’à dire: Allah a engendré?320
En vérité , ce sont certes des menteurs!

L’évolution de la situation.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1180).321
... En ce qui le concerne , lui , le messager d’Allah quand il appela sa tribu à accepter la conduite et la lumière lui ayant été révélées , comme il était dans le dessein d'Allah de lui envoyer , ils ne se détournèrent pas de lui quand il les appela la première fois mais l'écoutèrent jusqu'à ce qu'il mentionnât leurs idoles . Il vint des Quraysh de Ta'if , ayant des biens (là)322 , et ils le reprirent avec véhémence , n'approuvant pas ce qu'il disait , et dressèrent contre lui ceux qui lui avaient obéi. De la sorte , le peuple se détourna de lui et l'abandonna , à l'exception de ceux que Allah protégea , et ils étaient fort peu nombreux. Les choses en restèrent là le temps qu’ Allah voulut. Alors leurs chefs se réunirent en conseil pour savoir comment distraire de la religion d'Allah ceux d'entre leurs fils , leurs frères , et membres du clan qui l'avaient suivi. Il y eut alors pour le peuple de l'islam qui suivait le messager d'Allah une période d'extrême tension et de soulèvement. Certains se laissèrent séduire , mais Allah préserva qui il voulut.


§ 274. — Le blocus.


Prenant enfin conscience du danger qu'ils courent , les Quraysh auraient décidé d'employer ce qui pour eux est une mesure extrême: l'isolement total du clan. Le moyen de pression est en fait considérable en milieu tribal , mais il a l'avantage de rester non-violent.
Le procédé implique que tout le groupe social est solidaire de la décision , ce qui indice l'inquiétude de la cité et de ses dirigeants.


L’instauration du boycott.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 230).
Quand les Quraysh se rendirent compte que les compagnons de l’apôtre s’étaient établis sur un docmaine en paix et sécurité , et que le Négus avait protégé ceux qui avaient trouvé refuge chez lui , et qu’Omar était devenu musulman et que lui et Hamza était du côté de l’apôtre et de ses compagnons , et que l’islam avait commencé à se répandre parmi les tribus , ils se rassemblèrent et décidèrent d’écrire un document dans lequel ils instituaient un boycott sur les Banu Hashim et les Banu Muttalib: ils ne leur donneraient plus leurs femmes en épouses , ils ne leur achèteraient ni ne leur vendraient plus rien et ils étaient d’accord pour l’écrire dans un document. Ils se mirent d’accord sur tous ces points et accrochèrent le document au centre de la Ka’ba , pour se rappeler leurs obligations323.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 90-91).
Les incrédules dirent:
- Le moyen de nous débarrasser de Muhammad et de ses adhérents et des Banu Hashim , c'est de cesser tout commerce avec eux , de ne pas leur parler , de ne pas leur demander de femmes en mariage et de ne pas leur donner nos filles ; de cette façon , ils seront humiliés à la Mecque , et ils s'en iront. Toutes les tribus déléguèrent deux hommes , qui se réunirent dans la mosquée et qui dressèrent en commun un acte dans ce sens , le signèrent tous et prirent pour témoins de cet engagement tous les habitants de la Mecque. Ils suspendirent cet écrit à la porte du temple , afin que tous pussent le voir et le lire. Les croyants furent tous du côté du prophète et d'Abu Talib , et tous les Quraysh formèrent le parti opposé. Abu Lahab se joignit aux Quraysh en se séparant d'Abu Talib. Cette mesure fut très pénible à Abu Talib , aux Banu Hashim et aux croyants. Aucun habitant de la Mecque ne leur parlait , ne leur vendait rien et n’achetait rien d’eux.
Il se passa ainsi sept ou huit mois.

(Corpus coranique d'Othman 9/28)324 .
Si vous craignez la pauvreté, Allah vous enrichira avec son butin.

Le blocus forcé par la violence.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 232).

Abu Jahl rencontra Hakim (...) avec un esclave , qui portait de la farine pour sa tante Khadija , la femme du prophète , qui était avec lui dans la rue. Il l’attrapa et dit:
-Apportes-tu de la nourriture aux Banu Hashim? Par Allah , devant toi et ta nourriture , écarte-toi sinon je pars te dénoncer à la Mecque.
Abu Bakhtari vient les voir et dit:
-Que se passe t-il entre vous deux?
Quand il dit que Hakim apportait de la nourriture aux Banu Hashim , il dit:
- c’est de la nourriture qui appartient à sa tante et elle l’a envoyé pour cela. Vas tu essayer d’empêcher qu’il lui apporte sa propre nourriture? Laisse passer cet homme!
Abu Jahl refusa et ils en vinrent aux coups , et Abu Bakhtari prit une mâchoire de chameau et le frappa avec , le blessa et le piétina violemment325, alors que Hamza passait par là.

La fin du blocus.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 93).
La position du prophète et des Banu Hashim était fort difficile ; car personne , à la Mecque , n'entretenait de relations avec les croyants. Un Quraysh nommé Zuhayr ibn Abu Ommaya , songea à faire cesser cet état de choses , en déchirant l'acte que l'on avait écrit. La mère de Zuhayr était Atika bint Abdul Muttalib. Un jour elle lui dit:
-Mon fils , comment peux-tu manger et boire , connaissant la position pénible des Banu Hashim , tes cousins? Personne , à la Mecque , ne leur parle. Jusqu'à présent , Abu Talib a été le chef de tous les Quraysh ; maintenant personne en dehors des Banu Hashim ne lui adresse la parole. Abu Jahl n'aurait pas souffert une telle chose.
Zuhayr répliqua :
-Que puis-je faire? J'en suis affligé , cependant je ne puis lutter seul contre tous les Quraysh ; il me faut quelqu'un pour m'aider.
Il alla trouver un personnage marquant et lui fit part de ses sentiments. Celui-ci lui dit :
-Tâche de trouver quelqu'un qui puisse nous aider.
Zuhayr répliqua :
- Nous sommes deux , n'est-ce pas assez?
- Il en faut plus , dit l'autre.
Quand ils furent au nombre de sept , tous personnages importants parmi les Quraysh , ils résolurent de se rendre à la mosquée à un moment où les Quraysh et tous leurs chefs et Abu Jahl y seraient réunis.
-Alors , dit Zuhayr , je chercherai querelle à Abu Jahl , et vous viendrez à mon secours ; j'arracherai l'acte326 de dessus la porte du temple , je le déchirerai et anéantirai ainsi leur convention.
Ils attendirent donc. Un jour que les chefs Quraysh , avec Abu Jahl , étaient réunis à la mosquée , Abu Talib s'y trouvant aussi , abandonné seul à sa place , ces sept personnages entrèrent dans la mosquée séparément , afin qu'on ne sût pas qu'ils s'étaient concertés , et allèrent prendre place dans le cercle d'Abu Jahl. Enfin Zuhayr entra , fit des tournées autour du temple327 , et vint s'asseoir auprès d'eux. Alors il jeta les yeux sur l'acte suspendu à la porte328 et dit :
-Jusqu'à quand sera suspendu ici cet acte inique et illégal , et combien de temps encore les Banu Hashim en souffriront-ils?
Abu Jahl répliqua :
-Ce n'est pas un acte injuste , puisqu'il a été fait , consenti et signé par tous les Quraysh.
Un des sept dit à Abu Jahl :
-Ce n'est pas un acte commun à tous les Quraysh ; il a été fait par toi et tes amis.
Un autre s'écria :
-C'est la chose la plus injuste qui soit au monde.
Un quatrième dit :
-Pour quelle raison faut-il s'abstenir des relations avec les Banu Hashim? Est-ce que les Banu Makhzum et telles ou telles tribus font la loi aux Quraysh?
Un cinquième dit:
-Il faut déchirer cet écrit et annuler cette convention , qui est injuste.
Un sixième dit:
-Oui , il faut le déchirer et couper la main à celui qui l'a écrit329.
Un septième enfin s'écria :
-Je ne me soucie ni de l'acte , ni de ce qu'il contient.
Abu Jahl fut confondu et dit :
-C'est une affaire qu'ils ont concertée dans la nuit.330
Mutim ibn d'Adi ibn Nawfal ibn Abd Manaf , l'un des chefs Quraysh , étendit la main et arracha l'acte pour le déchirer. On avait déjà l'habitude d'écrire en tête des actes et des lettres le nom d'Allah , en ces termes:
En ton nom , à Allah.
Lorsqu'on eut arraché l'écrit et qu'on le regarda , on remarqua que toute l'écriture , excepté le nom d'Allah , était rongée par les vers. Ils le jetèrent en disant :
-Allah lui-même l'a détruit.
Ensuite ils firent chercher le scribe331 qui avait écrit cet acte , pour lui couper la main. C'était un homme de la tribu de Hashim , nommé Mansur ibn Ikrima ibn Hashim ibn Abd Manaf. Quand on l'amena , ses deux mains étaient paralysées. Ils dirent :
-Allah lui-même lui a coupé les mains ; et ils le laissèrent.
C'est ainsi que cette affaire fut déjouée , et les Quraysh reprirent leurs relations avec les Banu Hashim.

(Maqrizi, Livre du contentieux 54).332

... les Quraysh, dans leur complot malfaisant, conspiraient ensemble pour tuer l’apôtre d'Allah au grand jour. Quand Abu Talib a vu ce qu’ils faisaient, il appela ensemble la descendance d’Abd al Muttalib et leur demanda d’amener l’apôtre d'Allah dans leur ravin et de le protéger contre ceux qui avaient conjuré son assassinat. Alors, ensemble, les musulmans et les infidèles du clan sont sortis pour faire cela, certains pour des raisons de fierté clanique333 , d’autre pour des raisons religieuses et de foi. Quand les Quraysh se sont rendus compte que les contribules de l’apôtre d'Allah le protégeaient, les polythéistes des Quraysh se sont rassemblés et ont décidé à l’unanimité de ne plus avoir aucun rapport social avec eux, de ne pas faire de commerce avec eux, et de ne pas entrer dans leurs maisons, tant qu’ils ne leur rendaient pas l’apôtre d'Allah pour le tuer. Dans leur idée diabolique, ils établirent un document, avec des dispositions formelles et des accords, pour ne pas faire la paix avec les Banu Hashim et de ne pas se laisser influencer par des sentiments de pitié enveurs eux avant qu’ils ne livrent le prophète pour son exécution.


§ 275. — Les versets sataniques.


Muhammad , pour une raison qui reste inconnue , semble abandonner un instant son dogme monothéiste et suscite alors de la part de ses ennemis un grand espoir de réconciliation. La solution la plus probable est l'interpolation de fragments de prières traditionnelles, dans le corpus coranique. Ensuite , il a fallu la justifier , l'expliquer , l'excuser , avec les difficultés que l'on sait. Il se peut aussi que la doctrine muhammadienne n'ait pas été aussi monothéiste que l'on a dit. De fait, l'obstination de l'exclusivisme date d'une période plus tardive.
Il est un fait que le Corpus coranique et la Tradition Islamique évoque clairement ce moment de crise doctrinale extrême, sans nier ou dissimuler son aspect dramatique.
Pour couper court à tout faux-semblant , il décide de redoubler d’intransigeance334. Cet épisode étrange a suscité une immense littérature et des questions sans fin335.
Il est sans doute dû aux difficultés et aux erreurs de composition du Coran, on l'a dit, très longtemps après la mort de Muhammad: des extraits erratiques se sont glissés dans le corpus , et du fait de leur sacralité nouvelle , n'ont pas pu en être extirpés.
On ne devra pas nier l'effet pédagogique de ces textes sur le public musulman de toutes les époques: la crise et surtout sa résolution enseigne de ne rien céder aux infidèles sous prétexte de concorde sociale.
Ces versets tendancieux ont été popularisés à travers l'oeuvre éponyme de Salman Rushdie, qui a suscité une polémique célèbre sur la liberté d'expression en Occident, même si l'auteur ne les évoque pas directement.336



1. — Le contexte.


Les auteurs de la Tradition Islamique ont tenté d'expliquer le phénomène, en redoublant de prudence. Tabari est un des plus innovants ou inventifs sur ce point, comme souvent.

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1192).337
L’envoyé d’Allah voyait ses gens se détourner de lui , et il était affligé de l’éloignement qu’ils témoignaient pour ce qu’il avait reçu d’Allah. Il souhaitait recevoir de lui quelque chose qui permit un rapprochement entre lui et son peuple.

Circonstance de la révélation de la sourate "de l’étoile".
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 91).

Alors fut révélée au prophète la sourate de l’Étoile. Il se rendit à la mosquée , où étaient réunis les Quraysh , et récita cette sourate. Lorsqu'il fut arrivé au verset :
-Que croyez-vous de Lât , d'Uzza et de Manât , la troisième? Auriez-vous des mâles et Allah des femelles? ,
Iblis338 vint et mit dans sa bouche ces paroles :
-Ces idoles sont d'illustres Gharâniq339 , dont l'intercession doit être espérée.
Les incrédules furent très heureux de ces paroles et dirent :
-Il est arrivé à Muhammad de louer nos idoles et d'en dire du bien.
Le prophète termina la sourate , ensuite il se prosterna , et les incrédules se prosternèrent à son exemple , à cause des paroles qu'il avait prononcées , par erreur , croyant qu'il avait loué leurs idoles.


2.— Le texte.

Cette profession de foi païenne n'est pas reproduite dans toutes les éditions du Coran340. Elle est pourtant intégrée au texte sans ambiguité.
Le texte lui-même est clair par son sens , et ne proserait aucune difficulté si Muhammad était un païen comme n'imprte quel autre. C'est son intégration à la tradition islamique et à l'apostolat qui pose problème.



Les Versets sataniques.
(Corpus coranique d'Othman 53/19-25).
Avez-vous considéré Allat et al Uzza et Manat , cette troisième autre?
Ce sont les sublimes déesses et leur 341 est certes souhaitée.
Avez-vous le mâle , et lui , la femelle!
Cela , alors , serait un partage inique!
L’homme a t-il ce qu’il désire?
A Allah appartient la première et la dernière.

Les filles d’Allah au pays de Saba.
(trois encensoirs inscrits , Sanaa).342

1-M-t a dédié aux filles d’Allah , pour sa fille Q-h-t-m , servante des H-n-y , cet encensoir , pour la prospérité d’elle-même et de sa fille.

2- M-s-t a dédié ceci aux filles d’Allah.

3- T-w-b a dédié aux filles d’Allah.

Les filles d’Allah à Palmyre.
(Inscription araméenne).343

A Arsu et à Kismaya , et aux filles d’Allah , les bons dieux.


3. — L'effet sur le public.


Les paroles incongrues de Muhammad sucitent un immense espoir de concorde retrouvée dans la cité , qui se matérialise spontanément dans un rituel en commun. Tout aurait pu s'arrêter là.

(ibn Sad , Tabaqat 1/236-7).

Muhammad ibn Umar nous a informé ; il a dit: Yunus ibn Muhammad ibn Fudalah al Azfari m'a raconté sous l'autorité de son père qu'il a dit344: Kathir ibn Zayd m'a raconté sous l'autorité d'al Muttalib ibn Abdallah ibn Hantab ; ils ont dit:
L'apôtre d'Allah avait vu son peuple s'éloigner de lui. Il était un jour assis seul quand il exprima un souhait:
-J'espère qu'Allah ne m'a pas révélé quelque chose de déplaisant pour eux.
Alors l'apôtre d'Allah s'approcha d'eux , se joignit à eux et eux aussi se joignirent à lui. Un jour , il était assis dans leur assemblée près de la Ka'ba , et il récita:
-Par l'étoile quand elle vient... jusqu'à ce qu'il dise Avez-vous considéré Al Uzza et Manat , la troisième , l'autre.
Satan lui fit réciter ces deux phrases deux fois:
-Ces idoles sont élevées et leur intercession345 est espérée.
L'apôtre d'Allah les répéta puis il alla réciter la sourate entière et accomplit alors une prosternation et tout le monde fit la proternation avec lui.
Al Walid ibn al Mughira , qui était un vieil homme et qui ne pouvait se prosterner , prit un poignée de poussière et la mit sur son front , et il se prosterna ensuite.
Des gens ont dit: c'est al Walid qui a pris la poussière. ; d'autres disent: c'est Abu Uhayhah ; tandis que d'autres disent: ils l'ont fait tous les deux.
Ils étaient tous contents de ce que l'apôtre d'Allah avait prononcé. Ils dirent:
-Nous savons qu'Allah donne la vie et cause la mort346. Il crée et nous donne la nourriture , mais ces divinités intercéderont avec lui , et dans ce que tu as dit d'elles , nous sommes avec toi.
Ces mots dérangèrent l'apôtre d'Allah.
Il était assis dans sa maison et quand vint le soir , Gabriel s'approcha de lui et corrigea la sourate. Puis Gabriel dit:
-Ai-je apporté ces deux phrases?
L'apôtre d'Allah dit:
-J'ai attribué à Allah ce qu'il n'avait pas dit.

Récit alternatif de la crise.
(Urwa).347
Les polythéistes parmi les Quraysh dirent:
-Si cet homme avait mentionné nos idoles de façon favorable , nous laisserions celui-ci et ses compagnons , mais il n’a pas attaqué les juifs et les chrétiens aussi durement qu’il a attaqué nos idoles.
Peu après , Allah révéla la sourate al Najm348 , et quand le prophète atteint le passage concerant les trois déesses , Satan introduisit ses propores paroles fausses dans la récitation de Muhammad. C’était la tentation de Satan , et les polythéistes répétèrent ces vers en se réjouissant , disant:
-Muhammad est revenu à sa religion précédente!
Quand Muhammad a fini la sourate , il s’est prosterné et chacun s’est prosterné avec lui , musulmans et polythéistes. Parmi ces derniers , seul al Mughira ne prosterna pas , parce qu’il était trop vieux. Le mieux qu’il put faire est de lever de la terre vers son front. Les deux groupes s’émerveillaient de leur prosternation commune avec le prophète. Les musulmans s’émerveillaient de la participation des polythéistes dans la prosternation , parce que ces derniers étaient incroyants , et les musulmans n’étaient pas au courant des versets que Satan avait jeté dans la récitation du prophète. Satan leur dit alors que Muhammad avait récité les versets avec le reste de la sourate al Najm , alors ils se prosternèrent dans la vénération de leurs idoles. Les versets de Satan se répandirent dans la Mecque , et les nouvelles de la participation des polythéistes à la prière musulmane atteignit les musulmans réfugiés en Abyssinie... Alors ils rentrèrent à la Mecque.


Récit alternatif de la crise.
Cet extrait est intéressant parce qu'il mentionne le cas exceptionnel de musulmans qui apostasient aussitôt. La Tradition, d'ordinaire, ne préfère pas montrer de si mauvais exemples.

(ibn Ishaq , Sira).349
Les émigrés350 restèrent jusqu'à ce qu'ils aient entendu que le peuple de la Mecque avait acccepté l'islam et qu'ils s'étaient prosternés. C'est à cause de la sourate de l'Etoile qui avait été envoyée à Muhammad et que l'apôtre avait récité. Les musulmans et les polythéistes l'avaient écoutée ensemble en silence jusqu'à ce qu'il arrive à
Avez-vous considéré al Lat et al Uzza?.
Ils entendirent cela très attentivement et les croyants crurent leur prophète. Certains apostasièrent quand ils entendirent ce poème de Satan , et dirent:
-Par Allah , nous les servons pour qu'elles nous mènent près d'Allah.
Satan apprit ces deux versets à chaque polythéiste et leurs langues les apprirent vite. Cela fut d'un grand poids sur l'apôtre jusqu'à ce que Gabriel lui apparut et se plaignit à lui de ces deux versets et de l'effet qu'ils avaient eu sur les gens.
Gabriel déclina toute responsabilité sur eux et dit:
-Tu as récité quelque chose que je ne t'ai pas apporté d'Allah et tu as dit que ce tu ne devais pas dire...


4.— Correction de la bévue.


Gabriel intervient , comme toutes les grandes occasions. Il corrige l'énorme erreur doctrinale et impose le rejet total des Quraysh. Derrière tout cela , on devine les atermoiements de Muhammad , son épuisement après ces années de lutte stérile et ses angoisses.
La correction de la bévue figure jusque dans le texte coranique.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 91).

Le lendemain , Gabriel vint trouver le prophète et lui dit351 :
-Ô Muhammad , récite-moi la sourate de l’étoile.
Quand Muhammad en répétait les termes , Gabriel dit :
-Ce n'est pas ainsi que je te l'ai transmise ; j'ai dit: "Ce partage est injuste". Tu l'as changée et tu as mis autre chose à la place de ce que je t'avais dit.
Le prophète , effrayé , retourna à la mosquée et récita la sourate de nouveau. Lorsqu'il prononça les paroles:
-Et ce partage est injuste , les incrédules dirent :
-Muhammad s'est repenti d'avoir loué nos dieux.
Le prophète fut très inquiet et s'abstint de manger et de boire pendant trois jours , craignant la colère d'Allah. Ensuite Gabriel lui transmit le verset suivant:
Nous n'avons envoyé , avant toi , aucun apôtre , ni prophète , sans que Satan ait jeté quelque erreur dans sa pensée , etc.
Allah rassura ainsi le prophète. Les incrédules s'en éloignèrent de nouveau.

Ajout de correction des versets “sataniques”.
(Corpus coranique d'Othman 53/23).
Ce ne sont que des noms dont vous les avez nommées , vous et vos pères.352
Allah ne fit descendre , sur elles , aucune probation353 .
Vous ne suivez que votre conjecture354 et ce que désirent vos âmes alors que certes , à vous pères , est venue la direction de leur seigneur.

Les excuses données par Gabriel.
(Corpus coranique d'Othman 22/51).
Avant toi , nous n’avons envoyé nul apôtre et nul prophète , sans que le démon jetât l’impureté dans le souhait , quand ils le formulaient.
Allah abrogea355 donc ce que le démon jette d’impur en ton message , puis Allah confirmera ses signes.
Allah est omniscient et sage.

Rectification de la révélation.
(ibn Sa’d , Tabaqat 1 ,1 , 137).356
Ce ne sont là que des noms dont vous les avez appelés , vous et vos pères.

L'intervention satanique.
(Tabari , Tafsir 17/119).
Les Quraysh dirent au messager d’Allah :
-ceux qui sont assis auprès de toi ne sont que des esclaves de tel ou tel et les clients de tel ou tel. Si tu parles de nos divinités , nous nous assoirons auprès de toi. Les nobles d’entre les Arabes (c’est-à-dire les nomades) viennent à toi et quand ils verront que ceux qui sont assis auprès de toi sont les nobles de ta tribu , ils auront plus d’estime pour toi.
Ainsi Satan intervint dans ces paroles et ces versets furent révélés:
-Avez-vous considéré al Lât et al Uzza , et Manat , l’autre la troisième?
Et Satan lui fit monter aux lèvres:
-Voici les cygnes exhaltés357 , espérez leur intercession , de sorte qu’ils n’oublient pas.
Alors , quand il leur eut récité , le prophète se prosterna et les musulmans ainsi que les idolâtres se prosternèrent avec lui. mais quand il sut ce que Satan lui avait monter aux lèvres , cela lui fut d’un grand poids. Et Allah lui révéla:
-Et nous n’avons envoyé avant toi aucun messager ou prophète mais quand il en forma le désir , Satan glissa (quelque chose) dans ces paroles... jusqu’aux mots: ... et Allah est celui connait , le sage.

Récit alternatif de la crise.
(Urwa).358

Ces événements inquiétèrent le prophète , et quand Gabriel vint à Muhammad le soir pour corriger les révélations de la journée , Muhammad lui fit part de ses inquiétudes. L’ange lui demanda de réciter la sourate al Najm. Quand le prophète atteint les versets de Satan , Gabriel les contesta et dit:
-Il ne se peut pas qu’Allah ait révélé de tels versets. Il ne les a pas révélés et ne m’a jamais demandé de te les apporter.
Quand Muhammad comprit ce qui se passait , il fut profondément attristé et dit:
-J’ai obéi à Satan et prononcé ses paroles , et il a prit part à l’autorité qu’Allah a sur moi. Ensuite , Allah abrogea les versets de Satan et révéla les versets concerant la tentation à laquelle tous les prophètes sont sujets. Quand Allah dédouana le prophète des versets de Satan et de sa tentation , les polythéistes retournèrent à leur ancien égarement et animosité.


5. — L'effet sur les réfugiés d'Abyssinie.

L'Ethiopie est proche de la Mecque , et les nouvelles vont vite . Les idées de la très petite communauté musulmane réfugiée sont difficiles à connaître : les sources camouflent les informations sur un sujet gênant359 . A ce moment , il semble que ces gens n'aient pas eu la même rigueur dogmatique que les proches de Muhammad. Eux sont sensibles au compromis et prêts au retour. Une dernière partie ne rentrera que bien plus tard, au temps de Khaybar , quand la puissance de Muhammad semble irrésistible.

(ibn Sad , Tabaqat 1/238-9).

Muhammad ib Omar nous a informé ; il a dit: Muhammad ibn Abdallah m'a dit sous l'autorité d'al Zuhri , et lui-même sous l'autorité d'Abu Bakr ibn al Harith ibn Hisham ; il a dit:
La prosternation fut connue de tous et les nouvelles arrivèrent jusqu'en Abyssinie et jusqu'aux compagnons de l'apôtre d'Allah , qui disaient que les gens de la Mecque avaient accompli la prosternation et avaient rejoint l'islam , et même al Walid ibn al Mughira et Abu Uhayha , qui s'étaient prosternés derrière le prophète.
Les gens dirent:
-Si de telles personnalités ont rejoint l'islam , qui d'autre reste à la Mecque (dans l'infidélité)?
Ils dirent aussi:
-Nos parents nous sont chers.
Alors ils rentrèrent.
Quand ils furent à une distance d'une heure de marche de la Mecque , ils rencontrèrent des cavaliers des Banu Kinana. Ils leur posèrent des questions sur les Quraysh et leurs affaires.
Les cavaliers dirent:
-Muhammad a bien parlé de leurs divinités , alors ils l'ont suivi , puis sont devenus apostats. Il a commencé à insulter leurs dieux , et eux ont commencé à le conspuer. Nous les avons laissé dans cette lutte.
Ils se demandèrent s'ils devaient retourner en Abyssinie. Mais ils dirent:
-Nous les avons rejoint , alors entrons dans la ville , voyons les Quraysh , visitons nos familles et rentrons.
Muhammad ibn Omar nous informe ; il a dit: Muhammad ibn Abdallah m'a rapporté sous l'autorité d'al Zuhri , et lui-même d'Abu Bakr ibn Abdal Rahman ; il dit: Ils entrèrent à la Mecque , et aucun n'entra sans avoir la protection de quelqu'un. ibn Masu resta un peu et retourna en Abyssinie.
Muhammad ibn Omar dit:
-Ils ont quitté la Mecque le mois de rajab dans la cinquième année. Là ils sont restés les mois de shaban et ramadan. L'incident de la prosternation eut lieu au mois de ramadan , et ils rentrèrent au mois de shawwal dans la cinquième année.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 238).
Ils dirent:
-Nos parents nous manquent.
Alors ils rentrèrent.
A une distance d’une heure de la Mecque , ils rencontrèrent des cavaliers des Kinana. Ils les interrogèrent à propos des Quraysh et de leurs affaires. Les cavaliers dirent:
-Muhammad parle bien de leurs divinités , alors ils l’ont suivi , mais ensuite , ils sont devenus apostats. Il a commencé à dénigrer leurs dieux et ils ont commencé à le maltraiter. Nous les avons laissé dans ces problèmes.
Ils discutèrent entre eux pour savoir s’ils allaient retourner en Abyssinie ; puis ils dirent:
-Nous avons atteint ce point , alors entrons dans la ville , voyons les Quraysh et rendons visite à nos familles. Après , nous partirons.360

(Muslim , Sahih 44/4558).

Abu Mûsa a dit : Nous apprîmes l'émigration de l'envoyé d'Allah pendant que nous étions au Yémen. Je partis aussitôt le rejoindre avec deux de mes frères plus âgés que moi : Abu Burda et Abu Ruhm. Selon diverses versions il a dit : "avec quelques-uns", "avec cinquante -deux hommes de ma tribu" ou "avec cinquante-trois hommes de ma tribu". Nous nous embarquâmes sur un navire qui nous jeta sur le pays du Négus, en Abyssinie. Nous rencontrâmes là Ja'far ibn Abu Tâlib ainsi que ses compagnons. Ja'far dit :
-"L'envoyé d'Allah nous a envoyés ici et nous a ordonnés de rester. Restez donc avec nous".
Nous demeurâmes ensemble jusqu'au jour où nous nous mîmes tous en route. Nous rejoignîmes l'envoyé d'Allah au moment où il s'emparait de Khaybar. Il nous donna une part du butin, bien qu'il n'ait pas donné à quiconque parmi ceux qui n'ont pas pris part à la conquête de Khaybar, exception faite des gens de notre navire, ainsi qu'à Ja'far et ses compagnons. Certains gens prétendaient nous avoir devancés dans l'Emigration (à Médine), nous autres les gens embarqués sur le navire. Asma bint Umays, qui était venue avec nous, alla visiter Hafsa, la femme du prophète . Elle était parmi ceux qui avaient émigré auprès du Négus. Pendant que Asma était chez Hafsa, 'Omar entra et, voyant Asma, demanda qui c'était.
- "C'est, répondit Hafsa, Asma bint Umays".
- "Ah!, dit 'Omar, c'est l'Abyssinienne et la marine".
- "Oui", répondit Asma.
- "Nous vous avons devancés dans l'Emigration, reprit 'Omar et nous avons plus de droit sur l'envoyé d'Allah que vous".
- "Point du tout, s'écria Asma pleine de colère, tu ne dis pas la vérité, ô 'Omar. Par Allah! Tandis que vous étiez avec l'envoyé d'Allah , qui nourrissait les affamés parmi vous et instruisait ceux qui étaient dans l'ignorance parmi vous, nous étions dans la contrée -ou suivant une variante la terre- des infidèles et des ennemis, en Abyssinie et cela pour la cause d'Allah et de son envoyé. Je fais le serment le plus solennel que je ne goûterai à aucun mets ni à aucune boisson, tant que je n'aurai pas raconté à l'envoyé d'Allah ces paroles que tu viens de dire, alors que nous souffrions et que nous étions en danger. Je veux dire tout cela à l'envoyé d'Allah et lui demander son avis. Par Allah! Je ne mentirai pas, je n'inventerai rien et je n'exagérerai pas".
Quand le prophète arriva, Asma dit :
-"Ô prophète d'Allah, 'Omar a dit telle et telle chose".
- "Il n'a pas plus de droit sur moi que vous, dit l'envoyé d'Allah . Lui et ses camarades ont fait une seule émigration, cependant que vous autres les gens embarqués sur le navire en avez fait deux".
- "Abu Mûsa et ses compagnons d'embarquement, ajoute Asma, vinrent en foule me trouver et m'interroger au sujet de ce hadith; car rien au monde ne leur causait une plus grande joie et un plus légitime orgueil que ces paroles que l'envoyé d'Allah avait prononcées à leur sujet".
Selon Abu Burda, Asma a dit : "J'ai vu Abu Mûsa qui venait me demander de lui répéter ce hadith".


§ 276. — La perte des protections.


Avec ses pertes et la persistance de l'intransigeance , la position de Muhammad s’affaiblit: ses ennemis pourraient l’attaquer plus franchement. Muhammad cherche sans succès d’autres protecteurs. Il est alors contraint à envisager d’autres solutions. C’est la mort de son oncle qui l’affecte le plus , et son refus final de se convertir361 . La mort de sa femme suscite moins de troubles , et , pour renforcer sa position il commence à épouser les femmes et filles de ses partisans. C’est là qu’apparaît le personnage d’Aïsha: elle sera l'épouse préférée , et la seule à pouvoir émettre des critiques contre le chef lui-même , une forme subtile de scepticisme.362


1. — La mort d’Abu Talib.


Il fallait bien que ce personnage sans relief disparaisse. Il avait accordé une protection de nature tribal à l'agitateur , sans plus.
L'important est maintenant qu'il meurt sans avoir accepté de se soumettre à l'islam. Le fait aberrant est développé dans le détail par la tradition: c'est un homme bon mais païen , chose difficile à concevoir pour un musulman primitif , qui se demande quel pourrait être le destin post-mortem du personnage. La dureté inhumaine , l'absence de charité de Muhammad , et son rejet du respect patriarcal sont exhibés sans gêne , avec même une bonne dose de pathétique et de cynisme. On peut aussi distinguer une sorte de lutte d'influence entre le Coran et la Tradition: le premier inflexible et féroce envers Abu Talib , la seconde tentant d'adoucir son sort363 .
Ajoutons qu'Abu Talib est le géniteur de Ali , et tout ce qui le concerne dans la tradition musulmane est pollué par la présence de celui-ci.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 94-6).
Du vivant d'Abu Talib , le prophète avait fait beaucoup d'efforts pour le convertir à l'islam. On raconte que , lorsque Abu Talib tomba malade , Muhammad fut très affligé ; car , aussi longtemps qu'Abu Talib avait vécu , il avait toujours espéré le voir embrasser l'islam , puisqu'il le soutenait constamment et le protégeait. Quand il tomba malade , Muhammad fut jour et nuit dans sa maison et ne s'éloigna pas de son lit. Abu Talib disait à tous ceux d'entre les Quraysh qui venaient le voir:
-Embrassez la religion de Muhammad , car il dit la vérité , c'est un homme honnête.
Ensuite il fit son testament et laissa le commandement à son frère Abbas , qui restait alors l'aîné des fils d'Abdul Muttalib et le plus intelligent. Abbâs était de deux ans plus âgé que le prophète. Il avait la plus grande autorité parmi les Banu Hashim ; c'était un homme de bon sens et de bon conseil364. Abu Talib le nomma donc son successeur et lui recommanda Muhammad , en lui disant:
-Protège-le comme je l'ai protégé , et embrasse sa religion , qui est préférable à la nôtre.
Le prophète pensa alors que lui-même prononcerait aussi la formule de foi , et il lui dit:
-Ô mon oncle , tu fais cette recommandation aux autres , pourquoi ne professes-tu pas toi-même l'islam?
Abu Talib garda le silence. Un jour , le prophète , étant retourné dans sa maison , n'était pas encore assis que quelqu'un vint lui annoncer qu'Abu Talib était à la mort. Muhammad quitta en toute hâte sa maison et courut , en traînant son manteau par terre , à la maison d'Abu Talib. Lorsqu'il y arriva , il le trouva à l'agonie , près de rendre l'âme. Muhammad , les yeux remplis de larmes , se mit devant lui à genoux et lui dit à voix basse :
-Ô mon oncle! ô mon oncle! Abu Talib ouvrit les yeux et dit:
- Que veux-tu , mon fils?
Muhammad répondit :
-Que tu dises "Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah"365 .
Abu Talib ferma les yeux. Après un certain temps , le prophète murmura de nouveau :
-Ô mon oncle , ô mon oncle!
Abu Talib ouvrit encore les yeux et dit:
-Que veux-tu , mon fils?
Muhammad répondit :
- Dis : "Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah".
Abu Talib ferma les yeux de nouveau. Le prophète , au milieu de ses pleurs et de ses sanglots , dit pour la troisième fois :
-Ô mon oncle , ô mon oncle!
Abu Talib ouvrit les yeux et dit:
-Ô mon fils , pourquoi t'affliges-tu tant?
Muhammad répliqua :
-Si tu prononçais seulement une seule fois ces paroles : "Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah" , au jour de la résurrection , devant le trône d'Allah , je me détournerais de tous les hommes et me jetterais la face contre la terre , et prierais et supplierais Allah pour qu'il te sauve de l'enfer et pour que je te mène avec moi dans le paradis.
Abu Talib se mit à pleurer et dit :
-Je sais que tu dis la vérité ; mais je ne peux pas prononcer ces paroles , à cause du blâme des hommes366 ; car , après ma mort , les Arabes dans leurs tribus , les habitants de la Mecque dans leurs réunions , et les femmes des Quraysh en filant et en causant ensemble , diront : "Abu Talib a eu peur de la mort , et , au moment de rendre l'âme , il a abandonné la religion de ses pères".
Après ces paroles , Abu Talib ferma les yeux. Le prophète pleurait et sanglotait et ne pouvait se soutenir. Abu Talib perdit la parole et ne fut plus en état d'ouvrir les yeux , tandis que Muhammad l'appelait toujours et murmurait:
-Ô mon oncle , ô mon oncle!
Enfin Allah envoya Gabriel avec ce verset :
Certes toi tu ne dirigeras pas ceux que tu voudras ; c'est Allah qui dirige ceux qu'il veut , etc. 367
Gabriel consola le prophète , en lui disant :
-Ô Muhammad , sois tranquille. Ton oncle était-il plus vénérable pour toi que le père d'Abraham le fut pour Abraham? Lui aussi a fait beaucoup d'efforts , du vivant de son père et pendant son agonie , pour l'amener à sa religion , et n'a pas réussi , parce que ce n'était pas la volonté d'Allah ; et Abraham se résigna et se soumit à la décision d'Allah. Résigne-toi , ô Muhammad , comme ton père Abraham368.
Alors Muhammad se résigna et reconnut qu'il était trop tard. Lorsque Abu Talib perdit l'usage de la parole , le prophète s'éloigna du lit et retourna dans sa maison.369 Lorsqu'il y fut arrivé , Abu Talib mourut.
Ali vint auprès du prophète et dit :
-Ô apôtre d'Allah , ton oncle370 est mort dans l'égarement.
Muhammad pleura ; puis il dit :
-Ô Ali , va pour le laver et l'enterrer.
Mais il ne lui dit pas de prier pour lui371 .
Le prophète lui-même n'assista pas à l'ensevelissement ni à l'enterrement ; il donna seulement ses ordres à Ali.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 136).
Quand les derniers instants d’Abu Talib approchèrent , l’apôtre d'Allah vint auprès de lui , (...) et il dit:
-Ô mon oncle , récite “Il n’y a pas de dieu sinon Allah , formule dont je témoignerai devant Allah”.
Abu Jahl et Abdallah dirent alors:
-Ô Abu Talib! Vas tu abandonner la foi d’Abd al Muttalib?
L’apôtre d'Allah ne cessait de le harceler en lui disant:
-Ô mon oncle! Répète “Il n’y a pas de dieu sinon Allah , formule dont je témoignerai devant Allah”
Abu Jahl et Abdallah dirent encore:
-Ô Abu Talib! Vas tu abandonner la foi d’Abd al Muttalib?
Et à la fin , il déclara:
-Je meurs dans la foi d’Abd al Muttalib.
Puis il expira.
L’apôtre d'Allah demanda son pardon , mais il en fut empêché372 .

Le destin d’Abu Talib.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 139).
J’ai demandé à l’apôtre d'Allah:
-Abu Talib a t-il bénéficié dans l’au-delà de ce qu’il t’a protégé et qu’il était hostile à ceux qui te combattaient?
-Oui! Il est à la surface de l’enfer , et non pas dans ses profondeurs.

Surdité bien ordonnée.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 278).
Abu Talib dit:
-Je ne pense pas que tu me demandes quelque chose d’extraordinaire.
Entendant cela , l’apôtre avait l’espoir qu’il accepterait l’islam et il dit aussitôt:
-Tu dis bien , mon oncle , et je pourrai intercéder en ta faveur le jour de la résurrection. Voyant l’enthousiasme de l’apôtre , il répliqua:
-S’il n’y avait pas que je craigne que toi et les fils de ton père puissent être maltraités après ma mort , et que les Quraysh pensent que j’ai dit cela seulement par peur de la mort , je le dirai. Je le dirai rien que pour te faire plaisir.
Alors que sa mort était proche , al Abbas le regarda bouger ses lèvres et il approcha son oreille et dit:
-Neveu , par Allah , mon frère a prononcé les mots que tu lui a donnés à dire.
L’apôtre répondit:
-Je n’ai rien entendu.

L'intervention d'une révélation dans le deuil.
(Corpus coranique d'Othman 9/114).
Il n'est ni du prophète ni des croyants de demander pardon à Allah pour les associateurs -fussent-ils ses proches- après que s'est manifesté aux croyants et au prophète que ces associateurs seront les hôtes de la fournaise373.

(Bukhari , Sahih 78/115 , 2).
Abbas ibn Abd al Muttalib s'étant adressé au prophète lui dit:
-Ô envoyé d'Allah , as-tu pu être utile en quelque chose à Abu Talib qui te protégeait et prenait fait et cause pour toi?
-Oui , répondit-il , il est dans un dahdah374 de l'enfer , tandis que sans mon intervention il serait dans le darak375 le plus profond de l'enfer.

(Bukhari , Sahih 81/51 ,14 ,16).

An Numan ibn Bashir a entendu le prophète dire:
-Au jour de la résurrection , le réprouvé le plus légèrement châtié sera l’homme à qui on mettra sous la plante des pieds deux charbons qui feront bouillir sa cervelle comme si elle était dans un chaudron ou une casserole.
(...)
Abu Sayd al Khodri a entendu l’envoyé d'Allah dire comme on venait de parler devant lui de son oncle paternel Abu Talib:
-Peut-être qu’au jour de la résurrection , mon intercession lui sera profitable au point qu’il sera placé dans une petite flaque de feu qui n’atteindra que ses rotules et fera seulement bouillir la naissance de son cerveau376.

La tombe d’Abu Talib.

(J. L. Burckhadt , Travels in Arabia , Londres , 1829 , p. 129).
Un peu au devant de la maison du shérif , et au bout du Mala , se dresse la tombe d’Abu Talib , un oncle de Muhammad , et père d’Ali. Les Wahhabites ont réduit le monument qui recouvrait la tombe à un tas de décombres ; et Muhammad Ali Pasha n’a pas jugé opportun de le faire reconstruire. Abu Talib est le grand saint patron de la cité ; et il y a beaucoup de gens , à la Mecque , qui bien qu’ils aient peu de scrupules à violer un serment fait au nom d’Allah , seraient très anxieuses d’invoquer le nom d’Abu Talib pour sacraliser un mensonge. “Je jure sur la mosquée” , “je jure par la Ka’ba” sont des exclamations constamment employées par les Mekkawi pour en imposer aux étrangers ; mais jurer par Abu Talib est une imprécation beaucoup plus grave et elle est plus rarement utilisée dans ces occasions. De l’autre côté de la tombe en ruine se dresse une fontaine publique...


2. — La mort de Khadija.


Sa mort n'a pas vraiment troublé son époux. Elle est très peu évoquée par les sources et sera très vite remplacée. Même si elle est considérée comme la première convertie377 , si elle a été un soutien au début de la prédication , elle n'aura pas su lui donner un fils , et puis , ce n'est qu'une vieille femme sans utilité dans le milieu tribal: un soulagement plus qu'une peine.

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 94).

Lorsqu'il se fut écoulé sept ans , ou , d'après d'autres auteurs , cinq ans depuis la mission prophétique de Muhammad , Khadija et Abu Talib moururent dans la même année. Le prophète n'a jamais éprouvé de plus grande affliction que celle de la mort d'Abu Talib.

(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 12).
Khadija est mort avant que la prière ne soit rendue obligatoire. C’était trois ans avant l’hégire.
(...)
Khadija bint Khuwailid est morte durant le mois de ramadan dans la dixième année de la prophétie. Elle avait soixante-cinq ans. Nous l’avons sortie de la maison et nous l’avons enterrée à al Hajun. Le messager d’Allah est descendu dans sa tombe378 . A ce moment , nous n’avions pas la tradition de la prière funéraire.

(Ibn Hanbal, Musnad 6/118).
Khadija est morte, seulement deux mois après la mort d’Abu Talib, et le prophète a ressenti une autre grande perte. Sa femme et la mère des croyants379 , Khadija, est morte. Khadija était une bénédiction d’Allah pour le prophète. Elle partageait les pièges et les difficultés de la vie avec lui, depuis 25 ans. Le prophète a respecté son deuil et il a dit, une fois:
-Elle a cru en moi quand personne ne croyait380 . Elle a accepté l’islam quand les gens ne me croyaient pas. Et elle m’a aidé et réconforté par sa personne et ses biens quand personne ne m’offrait de main secourable. J’ai seulement eu des enfants d’elle.

Avis d’Adam sur Khadija.
(ibn Sa’d , Tabaqat 7 , 85).381

Une des supériorités qu’Allah a accordées sur moi à mon fils382 , c’est que son épouse Khadija a été pour lui une aide à accomplir les ordres d’Allah , alors que la mienne fut une aide à y désobéir.


§ 277. — Consolations domestiques ; la petite Aïsha est à disposition.

La première à combler le vide est une veuve sans apprêts , mais la deuxième est plus importante , Aïsha , qui inaugure vraiment la liste du harem mohammédien 383 . Après la continence subie durant une quinzaine d'années , Muhammad est sujet à des pulsions sexuelles sans frein , largement attestées , et dont nous parlerons plus tard384, car sa puissance sexuelle fantasmée est mise au niveau de son pouvoir politique.
Dépassant la nature grivoise de ces épisodes , il est un point qui est à souligner: Muhammad promeut aussitôt , par son exemple , la polygamie , phénomène aux très graves conséquences sociales , économiques et militaires , tant pour les musulmans que pour leurs victimes385.

La question de l'âge au mariage de la petite (6 ans), suivi de la défloration (9 ans) est un sujet particulièrement sensible: il a donné lieu à de multiples réflexions, pour défendre le comportement prophétique, allant d'oiseuses considérations sur la puberté précoce des femmes arabes à de grands élans romantiques, en passant par toutes les comparaisons ethnologiques possibles386 . Cela répugne à presque tous, mais il semble que cela excite certains autres.
Le plus grave est bien sûr que durant des siècles, ces actes, qualifiés de nos jours de pédophiles , ont servi de modèle de comportement. et de caution morale à de pieux religieux libidineux: l'une des autorités musulmanes les plus prestigieux, al Qaradawi, en est l'exemple le plus illustre à notre époque.387



Mariage avec Sawda.
(ibn Sad , Tabaqat VIII 38-39).388

Amir est venu à la Mecque depuis l’Abyssinie , avec sa femme , Sawda bint Zama. Il est mort à la Mecque , la laissant veuve. Quand elle devint licite389 , le messager d’Allah l’envoya chercher et lui proposa le mariage. Elle dit:
-Tu peux disposer de moi.
Le messager d’Allah dit:
-Dis à un homme de ta famille de te donner en mariage.
Il dit à Hatib ibn Amir (...) de la lui donner en mariage. Elle fut la première femme que le messager d’Allah épousa après Khadija.
(...)
Le messager d’Allah épousa Sawda au mois de ramadan , la dixième année de la prophétie , après la mort de Khadija et avant d’épouser Aïsha. Il consomma le mariage avec elle à la Mecque et émigra avec elle à Médine. On dit qu’Aïsha a dit:
-Sawda bint Zama vieillit et le messager d’Allah n’avait pas envie de faire grand chose avec elle390 . Elle connaissait ma position par rapport au messager d’Allah et que je passais beaucoup de temps avec lui. Elle avait peur qu’il divorce d’elle et qu’elle perde sa place chez lui.
Alors elle dit:
-Messager d’Allah , le jour qui m’est réservé revient à Aïsha , tu en as la permission.
Le prophète l’embrassa. A ce sujet , la révélation suivante est apparue...391

Confirmation coranique selon Aïsha.
(Corpus coranique d'Othman 4/128).

Si une femme craint , de son époux , rudesse ou indifférence , nul grief à leur faire s’ils procèdent entre eux à quelque arrangement , car l’arrangement est un bien.

Union avec Aïsha.
(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 43-44).392

Le messager d’Allah m’a épousé alors que je jouais avec les petites filles. Je ne savais pas que le messager d’Allah m’avait épousé avant que ma mère ne me prenne et me fasse asseoir dans la chambre plutôt que de rester dehors393 . Là , il m’apparut que j’étais marié. Je ne lui ai rien demandé et ma mère m’expliqua tout.
(...)
On rapporte d’Abu Ubayda que le prophète a épousé Aïsha quand elle avait sept ans , a consommé le mariage quand elle avait neuf ans394 , et est mort quand elle avait dix-huit ans.
(...)
Le prophète m’a épousé quand j’avais sept ans et a consommé le mariage quand j’en avais neuf. Je jouais à la poupée395 avec mes amies. Quand il est venu , elles étaient avec moi , le prophète nous dit:
-Restez où vous êtes.

La fierté d’Aïsha.
(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 47).396

J’ai reçu des particularités qu’aucune autre femme n’a reçues. Le messager d’Allah m’a épousée quand j’avais sept ans. L’ange lui apporta mon image397 dans sa main et l’a regardée. Il a consommé le mariage quand j’avais neuf ans. J’ai vu Gabriel et aucune femme ne l’a vu à part moi398 . J’ai été la plus aimée de ses femmes et mon père399 a été le plus aimé de ses compagnons...

(ibn Kathir , Sira 395-6).400
J’ai401 dit au prophète:
-Ô messager d’Allah , vois-tu , si tu descends dans une vallée et que tu trouves un arbre qui a été brouté et un autre qui n’a pas été brouté , à quel arbre vas-tu attacher ton chameau?
Il a répondu:
-A celui qui n’a pas été brouté.
Elle entendait par là que le prophète n’avait pas épousé d’autres vierges qu’elle.


La pudeur d’Aïsha.
(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 49).402

Ishaq al Ama403 a dit: quand je rendais visite à Aïsha , elle se voilait devant moi. Je lui dis: pourquoi te voiler alors que je ne te vois pas?
Elle répondit:
-Même si tu ne me vois pas , moi , je te vois.

La piété d’Aïsha.
(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 51).404

Urwa a dit: parfois , Aïsha récitait une série de 60 à 100 versets.

La tendresse de Muhammad envers Aïsha.
(ibn Sa’d , Tabaqat VIII 55).405

Rabia ibn Othman a dit:
-Le messager d’Allah voyageait la nuit quand il dit à Aïsha: tu m’es plus chère que du beurre avec des dattes.

Les mérites d’Aïsha.
(Muslim , Sahih 44).

4468.
D'après 'Aïsha , l'envoyé d'Allah a dit :
-On me te montra en songe trois fois. Un ange me t'amena enveloppée dans une pièce en soie, en me disant : "Voilà ta femme", je découvris ton visage et je ne trouvai autre que toi. Je dis alors : "Si c'est prédestiné par Allah, qu'il me l'accomplisse".

4469.
D'après 'Aïsha : L'envoyé d'Allah me dit :
-"Je reconnais quand tu es satisfaite de moi et quand tu es irritée contre moi".
- "Et comment reconnais-tu cela?", lui demandai-je.
- "Quand tu es satisfaite de moi, me répondit-il, tu dis : "Non j'en jure par le Seigneur de Muhammad" et quand tu es irritée contre moi : "Non j'en jure par le Seigneur d' Abraham ".
- "C'est vrai, repris-je, par Allah! ô envoyé d'Allah, en fait je ne peux renoncer qu'à prononcer ton nom".

4470.
'Aïsha a dit qu'elle jouait à la poupée chez l'envoyé d'Allah . Elle a ajouté :
-"J'avais des amies qui venaient jouer avec moi. Quand l'envoyé d'Allah entrait, elles se cachaient de lui par timidité et l'envoyé d'Allah envoyait quelqu'un les chercher pour continuer à jouer avec moi".

4471.
D'après 'Aïsha : Les musulmans connaissaient la prédilection que donnait l'envoyé d'Allah à 'Aïsha; aussi, lorsque l'un d'eux avait un cadeau à lui offrir, et pour gagner sa satisfaction, il attendait que le prophète fut dans l'appartement de 'Aïsha et alors, il envoyait le porteur du cadeau le trouver chez elle.

4472.
Récit de 'Aïsha , la femme du prophète : Les femmes du prophète mandèrent Fâtima, la fille de l'envoyé d'Allah et la dépêchèrent auprès de lui . Elle demanda l'autorisation d'entrer chez lui, pendant qu'il était allongé sur le côté avec moi, sur ma couverture de laine. Quand il lui permit d'entrer, elle dit :
-"Ô envoyé d'Allah, tes femmes te demandent, en te conjurant par Allah, d'être impartial et de ne pas favoriser la fille de Abu Quhâfa".
Alors que moi ('Aïsha), je gardais le silence. Fâtima parla à l'envoyé d'Allah qui lui répondit : "Ma chère fille, n'aimes-tu donc pas ce que j'aime moi-même?".
- "Si", répliqua-t-elle.
- "Aime donc celle-ci", répliqua-t-il.
Ayant entendu ceci de l'envoyé d'Allah , Fâtima se leva et retourna auprès des femmes de l'envoyé d'Allah et leur fit part de ce qu'elle avait dit et de la réponse de l'envoyé d'Allah . Celles-ci lui répondirent :
-"A vrai dire, nous trouvons que ta démarche n'a servi à rien".
Puis elles, lui demandèrent de faire une nouvelle démarche auprès de l'envoyé d'Allah et de lui dire :
-"Tes femmes te demandent en te conjurant par Allah d'être impartial et de ne pas favoriser la fille de Abu Quhâfa".
Mais Fâtima refusa. 'Aïsha poursuivit :
-Les femmes du prophète envoyèrent ensuite Zaynab bint Jahsh, la femme du prophète qui était de toutes les femmes du prophète celle qui me contrebalançait dans l'estime de l'envoyé d'Allah . Je n'ai jamais vu dans la religion une femme meilleure que Zaynab : plus pieuse, plus véridique, plus attachée à ses liens du sang, plus généreuse à faire l'aumône et se donnant corps et âme dans toute œuvre charitable, en vue de se rapprocher de plus en plus d'Allah le Très-Haut. Mais, vite elle se fâche, vite elle se calme. Elle alla trouver l'envoyé d'Allah et pendant qu'il était avec 'Aïsha, enveloppé dans sa couverture de laine, dans l'état dans lequel Fâtima l'avait déjà trouvé, l'envoyé d'Allah lui donna l'autorisation d'entrer. Elle lui dit d'une voix forte :
-"Ô envoyé d'Allah, tes femmes te demandent en te conjurant par Allah d'être impartial et de ne pas favoriser la fille de Abu Quhâfa".
Elle éleva la voix au point que 'Aïsha, qui était là assise, l'entendit dire du mal d'elle. Alors 'Aïsha dévisagea indiscrètement l'envoyé d'Allah afin de voir s'il lui permettrait de parler à son tour. 'Aïsha prit, en effet, la parole et répliqua à Zaynab jusqu'à ce qu'elle l'eut réduite au silence. A ce moment, l'envoyé d'Allah regarda 'Aïsha et dit en souriant :
-"Elle est bien la fille de Abu Bakr".

4473.
D'après 'Aïsha , au cours de la maladie à la suite de laquelle il mourut, l'envoyé d'Allah disait :
-"Où serai-je aujourd'hui?", "Où serai-je demain?"; trouvant loin le jour consacré à 'Aïsha. 'Aïsha a ajouté :
-"Quand arriva le jour qu'il m'avait consacré, il rendit le dernier soupir, la tête placée entre mon cou et ma poitrine".

4477.
D'après 'Aïsha , quand l'envoyé d'Allah devait partir en expédition, il fit tirer au sort entre ses femmes. (Cette fois), le sort désigna 'Aïsha et Hafsa. Elles partirent donc toutes deux avec lui. Or, dès que la nuit tombait, l'envoyé d'Allah faisait route avec 'Aïsha pour causer avec elle.
- "Voudrais-tu, dit Hafsa à 'Aïsha, monter cette nuit sur mon chameau, tandis que moi je monterai sur le tien, nous verrons toi et moi ce qui arrivera?".
- "J'accepte", répondit 'Aïsha.
Puis, 'Aïsha monta sur le chameau de Hafsa et Hafsa monta sur le chameau de 'Aïsha, l'envoyé d'Allah vint vers le chameau de 'Aïsha qui portait en effet Hafsa. Il salua et fit route avec elle jusqu'à l'étape. L'ayant manqué, 'Aïsha fut prise de jalousie. Quand on arriva à l'étape, 'Aïsha, mettant son pied dans l'idhkhir406 , s'écria :
-"Seigneur, fais qu'un scorpion ou un serpent me pique, car je ne puis rien dire à ton envoyé (pour me justifier)".

4478.
Anas ibn Mâlik a dit : J'ai entendu l'envoyé d'Allah dire : "La supériorité de 'Aïsha sur les femmes est comme celle du tharîd407 sur tous les autres mets".

4479.
D'après 'Aïsha , le prophète lui dit :
-"Ô 'Aïsha! Voici Gabriel qui te salue".
- "Et, répondit-elle, que sur lui soient la paix et la miséricorde divines".

Divorcée à 8 ans.
(NOUVELOBS.COM, Al Watan et et AFP 09.09.2008).


Une fille de 8 ans demande le divorce, le juge réfléchit.
Alors qu'elle s'apprête à entamer sa 4e année à l'école primaire, elle a été mariée par son père à un quinquagénaire qui refuse d'invalider l'acte.
Un juge saoudien s'est donné jusqu'au 20 décembre pour "réfléchir plus à l'affaire" d'une demande de divorce d'une fille de 8 ans mariée à son insu par son père à un quinquagénaire, a annoncé mardi 9 septembre un avocat de la famille.
Après avoir entendu, lors d'une audience lundi, le mari qui a répété qu'il ne voulait pas invalider l'acte de mariage, le juge, cheikh Habib Al-Habib, a fixé la prochaine audience au 20 décembre, a indiqué à l'AFP Abdallah Jtili, l'avocat chargé de demander le divorce par la mère de la fillette.
"Le juge a dit vouloir réfléchir plus à l'affaire et donner le temps aux parties pour un éventuel accord à l'amiable, avant de prononcer un verdict", a ajouté Me Abdallah Jtili.

Rentrée scolaire
L'audience s'est tenue, selon lui, dans la ville d'Unayzah, à 420 km au nord de Ryad, où le mariage a été conclu.
L'affaire avait été révélée le 24 août par le quotidien saoudien Al-Watan .
La fillette, qui s'apprête à entamer sa quatrième année à l'école primaire, "ne sait pas encore qu'elle a été mariée", avait alors indiqué Me Abdallah Jtili au journal.
Des proches de la fillette ont saisi une association saoudienne des droits de l'Homme, souhaitant son intervention pour faire invalider l'acte de mariage.
Des mariages avec des pré-adolescentes sont épisodiquement évoqués dans des pays de la péninsule arabique, dont l'Arabie saoudite, une monarchie ultraconservatrice, qui applique les principes du wahhabisme, une doctrine puritaine de l'islam, et où la polygamie est en vigueur.
Au Yémen, une fillette de huit ans avait obtenu en avril le divorce après avoir porté plainte auprès d'un tribunal contre son père qui l'avait forcée à se marier à un homme de 28 ans.


Terrorisme et pédophilie.
(Extraits résumés de The Times 17 Octobre 2008).408


Une enquête du Times révèle qu’un lien entre complots terroristes et pornographie enfantine hardcore a été mis en évidence à la suite d’une série de descentes de police en Grande-Bretagne ainsi que sur le continent. On a trouvé des images d’abus sexuels commis sur des enfants au cours de raids antiterroristes menés par Scotland Yard et d’enquêtes majeures en Italie et en Espagne.
Des messages secrets codés sont incrustés dans des images pédopornographiques, et les sites pédophiles sont utilisés pour échanger des informations entre terroristes en toute sécurité.
Les services de sécurité britanniques sont également conscients de ce phénomène, et estiment qu’il faudrait approfondir l’enquête afin de mieux comprendre les méthodes et la mentalité des terroristes.
Les policiers ont remarqué que les photographies d’abus sexuels sur enfants ont été trouvées au cours d’enquêtes portant sur certains des complots présumés les plus évolués.
On ne sait pas exactement si l’intérêt premier des terroristes pour ces photographies a davantage à voir avec des satisfactions personnelles, ou avec l’utilisation des réseaux de pédopornographie afin d’échanger des messages en toute sécurité.
Les services de sécurité britanniques ont confirmé qu’un tel lien avait été découvert dans plusieurs affaires. Ils ont fait remarquer la contradiction existant entre ces individus censés se consacrer à la théocratie, au fondamentalisme islamique, et leur usage de la pornographie enfantine. Une source policière déclare que « cela montre que ces individus n’ont pas les idées claires. D’un côté ils détestent la décadence occidentale, et d’un autre ils en font usage et y prennent du plaisir.»

Abdul Makim Khalisadar, le prédicateur violeur.
Les premiers soupçons britanniques sur le lien entre les abus sexuels sur enfants et les jihadistes sont apparus en 2006 à Londres lorsque la police eut le choc de découvrir dans deux enquêtes ne présentant aucun lien commun des images informatiques de pornographie enfantine hardcore. L’affaire principale qui aiguilla les services de sécurité sur la possibilité d’un lien concernait “le violeur de Whitechapel” Abdul Makim Khalisadar. Ancien moudjahidine et prédicateur de la Moquée d’East London, il faisait l’objet d’une enquête en raison de ses liens avec un activiste islamique radical qui fut ultérieurement déclaré coupable d’activités terroristes. Khalisadar n’a jamais quant à lui été reconnu coupable d’activités terroristes. L’autre enquête concernait un jeune musulman pratiquant.
Le Times a appris qu’une enquête criminelle avait également révélé la présence de pornographie enfantine sur des ordinateurs suite à une descente de police en 2001 dans une mosquée de Milan dirigée par un recruteur d’al-Qaïda. La police italienne pense que des messages codés étaient incrustés dans les images. De façon similaire, le cerveau présumé d’une cellule musulmane terroriste qui sera jugé prochainement pour terrorisme en Espagne s’est vu accusé d’avoir téléchargé des centaines d’images et de vidéos de pornographie enfantine.


Attentat pour avoir porté atteinte au personnage d’Aïsha.
(Article de J.H. Armengaud, Libération 30 septembre 2008).

Royaume-Uni. Un attentat a visé Martin Rynja, qui veut publier un livre sur une épouse de Mahomet.
Comme une ébauche d’autodafé. L’éditeur néerlandais d’un roman historique sur la vie d’Aïcha, une des épouses de Mahomet, a été la cible d’un mini-attentat au cocktail Molotov. Rares sont les personnes qui ont déjà lu The Jewel of Medina («le Joyau de Médine») mais sa publication, prévue le 30 octobre au Royaume-Uni, est promise à la polémique.
L’éditeur américain Random House avait jeté l’éponge en août, craignant des représailles. Les droits pour le Royaume-Uni ont alors été achetés par Martin Rynja, propriétaire de la maison d’édition indépendante Gibson Square. Samedi, son domicile londonien a été visé par un cocktail Molotov qui a déclenché un début d’incendie. Trois hommes ont immédiatement été arrêtés par Scotland Yard, qui protégeait depuis plusieurs semaines sa maison. L’éditeur a été, depuis, placé sous protection policière dans un lieu secret. Hier, les trois auteurs présumés de l’incendie étaient toujours en garde à vue.
«Soft pornographie». Ecrit par une Américaine, Sherry Jones, le Joyau de Médine raconte d’une façon romancée la vie de celle qui est considérée comme l’épouse préférée du prophète, depuis son mariage, à 6 ou 7 ans, jusqu’à sa mort, à Médine, quarante-cinq ans après celle de Mahomet.
Présenté comme un «roman d’amour et d’intrigue», le livre se fonde sur des faits historiques mais librement adaptés. Aux Etats-Unis, Random House avait renoncé à le publier, malgré les 100 000 dollars d’à-valoir déjà versés, en suivant l’avis d’une universitaire américaine spécialiste de l’Islam qui recommandait de «ne pas jouer avec une histoire sacrée et en faire de la soft pornographie.» «Quiconque lira le livre verra qu’il ne fait qu’honorer le prophète et son épouse favorite, avait répondu l’auteur. J’ai délibérément et consciemment écrit de façon respectueuse sur l’Islam et sur Mahomet. Estimer qu’il pourra provoquer des réactions violentes de certains musulmans est absurde.»
C’est pourtant bien ce qui avait conduit l’éditeur américain à annuler, au dernier moment, la publication, au nom de «la sécurité de l’auteur, des employés de Random House et des libraires.» «Qu’une des plus grosses maisons d’édition du monde renonce à publier ce livre en dit long sur l’état de la liberté d’expression aux Etats-Unis», avait alors grincé l’agent de Sherry Jones.
(...)
«Age de pierre». Malgré l’attaque de samedi, il est peu probable que Gibson Square renonce à la publication du Joyau de Médine. «J’ai été bouleversé par ce roman et l’histoire d’amour qu’il raconte, affirmait Martin Rynja début septembre, quand il a acheté les droits. J’ai tout de suite senti qu’il me fallait le publier.» Défendant Sherry Jones et «ses recherches poussées» sur Mahomet et Aïcha, il a estimé qu’il ne fallait «pas avoir peur du débat» : «Ce livre est devenu un baromètre important de notre époque. S’il ne peut pas être publié ici, cela voudra vraiment dire que les aiguilles de nos horloges remontent vers l’âge de pierre.»
Dimanche, un prêcheur islamiste a estimé que l’attentat contre le domicile de Martin Rynja était «le début de la fin» pour The Jewel of Medina : «Si cette publication se confirme, il y aura inévitablement d’autres attaques, a lancé Anjem Choudary, ancien membre du groupe radical Al-Mouhajiroun, fondé par Omar Bakri, cette figure du «Londonistan» expulsée du Royaume-Uni en 2006. Les conséquences seront sévères pour tous ceux qui ont été associés à ce livre qui s’en prend à l’honneur de Mahomet.»



§ 278. — Conversion diverses.

Les récits de conversion sont destinés à propager de bons exemples: c'est une littérature de propagande assez banale , et parfois ridicule , comme dans le cas du concours de lutte entre Rukana et Muhammad , qui s'agrémente d'un déplacement magique d'arbre. Les exigences de la piété populaire sont responsables de ces puérilités. L'immense littérature chrétienne des Actes de Saints a dû fournir un matériau de choix.409

Conversion de al Tufayl et sa femme.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 253).

Alors ma femme est venue vers moi et j’ai dit: va t’en , parce que je n’ai rien à faire avec toi et toi avec moi!
-Pourquoi? (...)
J’ai dit:
-L’islam nous a dévisé et je suis maintenant la religion de Muhammad.
Elle dit:f
-Alors ta religion est ma religion.
J’ai dit:
-Allons au sanctuaire de Dhu l Shara410 et purifions-nous de tout cela. (...)
-N’as tu pas peur de Dhul Shara pour cette raison?
-Non , dis-je , j’y vais avec assurance.
Alors elle est venue , s’est lavée ,et quand elle est revenue , je lui ai expliqué l’islam et elle est devenue musulmane.

Combat de lutte entre Rukana et Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 258).

Rukana (...) était le plus fort des Quraysh , et un jour , il rencontra l’apôtre dans un des cols de la Mecque seul. Il lui dit:
-Rukana , pourquoi ne crains-tu pas Allah et n’acceptes-tu pas ma prédication?
-Si je savais que ce que tu dis est vrai , je te suivrai , dit-il.
L’apôtre lui demanda alors s’il reconnaitrait qu’il disait la vérité s’il arrivait à le terrasser , et quand l’autre accepta , ils commencèrent à lutter. Quand l’apôtre put l’attraper fermement , il le jetta au sol ; lui-même étant incapable d’aucune résistance.
-Recommence Muhammad , dit-il , et il le refit. C’est extraordinaire , comment peux-tu réellement me terrasser?
-Je peux te montrer quelque chose de plus formidable que ce que tu espères. Je vais appeler l'arbre qui est là-bas et il va venir:
-Appelle-le.
Il l’appela et l’arbre vint s’installer juste devant l’apôtre. Puis il dit:
-Retourne à ta place.411

Conversion d’un groupe de chrétiens.412
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 259).

Quand l’apôtre était à la Mecque , une vingtaine de chrétiens vinrent à lui d’Abyssinie parce qu’ils avaient entendu parler de lui. Ils le trouvèrent à la mosquée , s’installèrent à côté de lui et lui parlèrent , lui posant des questions , alors que les Quraysh étaient réunis pour tourner autour de la Ka’ba. Quand ils eurent posé leurs questions , ils demandèrent à ce que l’apôtre les invite à l’islam et qu’il leur lise le Coran. Quand ils entendirent le Coran , leurs yeux se remplirent de larmes et ils acceptèrent l’appel d’Allah , crurent en lui et proclamèrent sa vérité. Ils reconnurent en lui ce qui avait été dit de lui dans leurs écritures.


§ 279. — Les moments de faiblesse.


Durant cette lutte quotidienne qui se prolonge pendant des années , Muhammad ressent ici ou là des moments de faiblesse , de passages de doute , des envies de concession: il est difficile de se comporter avec constance , contre la paix civile , en opposant farouche et non-conformiste obstiné , au sein même de sa communauté. La tradition effacera bien entendu tous les témoignages. Mais elle ne pourra pas faire taire le Coran , qui lui conserve des traces évidentes de ces courts instants où la prédication s'assouplit: le dieu que conçoit Muhammad n'hésite pas à lui reprocher durement. Le thème est peu étudié , malgré son intérêt psychologique.

(Corpus coranique d'Othman 17/73-79).
Le jour où nous appellerons tous les hommes avec leur rôle , ceux à qui l'on remettra leur rôle dans la dextre , ceux-là le liront et ne seront point lésés d'un fil.
Quiconque aura été aveugle en cette vie-ci , sera aveugle en la vie dernière et plus égaré encore , en chemin.
En vérité , les impies ont certes failli tenter de te détourner de ce que nous t'avons révélé , pour que tu forges quelqu'autre chose contre nous. Si tu les avais suivis , alors ils t'eussent pris comme ami.
Si nous ne t'avions point confirmé , tu aurais certes failli t'incliner vers eux quelque peu.
Si tu l'avais fait , nous t'aurions certes alors fait goûter le double de la vie et le double de la mort.
Ensuite tu n'aurais plus trouvé pour toi de secours contre nous.
En vérité , ils ont failli t'inciter à fuir de cette terre pour t'en faire sortir.413
S'ils y avaient réussi , ils n'y seraient demeurés que peu après toi , selon la coutume de ceux de nos apôtres que nous avons envoyés avant toi , coutume que tu trouveras immuable.

(Corpus coranique d'Othman 13/37).
Et ainsi nous avons fait descendre cela en une illumination en arabe.
Certes , si tu suis leurs doctrines pernicieuses après que la science soit venue à toi , tu n'auras , contre Allah , nul patron et nul protecteur.

(Corpus coranique d'Othman 33/1).
Ô prophète! sois pieux envers Allah et n'obéis ni aux incrédules ni aux hypocrites!
Allah est omniscient et sage.

(Corpus coranique d'Othman 33/47).
N'obéis ni aux infidèles ni aux hypocrites!
Laisse leurs sévices et appuie-toi sur Allah!
Combien Allah suffit comme protecteur!


§ 280. — Les thèmes coraniques.

On y retrouve la violence croissante des circonstances de l’apostolat: maintenant , la religion traditionnelle est maintenant attaquée frontalement. Le ton est toujours polémique et menaçant alors que les invectives contre l'association414 de divinités à Allah ne cessent plus. Les idoles et les rituels sont ensuite les cibles des attaques , et le dogme de l'unicité , déjà apparu dans la période précédente , devient le fondement du discours.
La méthode efficace de l'alternance entre la promesse de bienfaits et la menace de souffrances continue avec constance.
Au niveau théologique , le discours insiste sur la supériorité de la foi sur toute autre considération , sans parler encore de soumission415: au sens strict du terme, il n'y a pas de musulman, mais des Muhammadiens, si l'on se permet la formule.
Voici quelques aspects des textes issus de milieu de la période dite "mecquoise"416 .

Insistance sur le dogme de l’unicité.417
(Corpus coranique d'Othman 28/88).

Ne prie , à côté d’Allah , aucune divinité!
Nulle divinité excepté lui!
Toute chose périt sauf sa face.
A lui le jugement.
Vers lui vous serez ramenés.

Férocité de la polémique contre les Mecquois.
(Corpus coranique d'Othman 7/181-2).

Laissez ceux qui traitèrent nos signes de mensonges!
Nous les toucherons par où ils ne savent point.
Je leur laisse seulement un répit.
En vérité , mon stratagème est sûr.

Essai de séduction par la présentation de la générosité divine.
(Corpus coranique d'Othman 55/10-15).

C’est lui qui a fait descendre du ciel une eau dont vous tirez de quoi boire et dont vivent les arbustes où est une nourriture par vous donnée à vos troupeaux.
Par cette eau , il fait pousser pour vous les céréales , l’olivier , le palmier , la vigne et toutes sortes de fruits.418
En vérité , cela est un signe pour un peuple qui réfléchit.

Visions infernales.
(Corpus coranique d'Othman 7/36).

Allah dira alors: entrez dans le feu , parmi des comunautés de djinns et de mortels qui , avant vous , ont disparu.

Attaque contre les pratiques polythéistes.
(Corpus coranique d'Othman 30/11-12).

Au jour où surgira l’heure , il frappera les coupables de mutisme.
Ils n’auront point d’interceseurs en ceux qu’ils associent à Allah et ils seront infidèles à ceux-ci.

Provocation contre les divinités traditionnelles.
(Corpus coranique d'Othman 7/193-4).

Infidèles!
Ceux que vous priez , en dehors d’Allah , sont comme vous des serviteurs du seigneur.
Priez-les!
Qu’ils vous exaucent , si vous êtes véridiques!
Ont-ils des jambes avec lesquelles ils marchent? ou des mains avec lesquelles ils luttent? ou des yeux avec lesquels ils voient? ou des oreilles avec lesquelles ils entendent?419
Dis: priez vos associés , puis formez un stratagème contre moi et ne me faites point attendre!
Moi , mon patron est Allah qui fait descendre l’écriture et qui se charge des saints.

L’affirmation du déterminisme.
(Corpus coranique d'Othman 80/18-22).

Allah a créé l’homme et il a décrété son destin , puis , le chemin , il lui a facilité , puis il l’a fait mourir et mettre au tombeau , puis , quand il voudra , il le ressuscitera.

La contradition entre le déterminisme divin et la responsabilité humaine.
(Corpus coranique d'Othman 16/95).

Mais il égare420 qui il veut et il dirige qui il veut et il vous sera demandé compte de ce que vous faisiez421.

Rappel de l’irresponsabilité humaine.
(Corpus coranique d'Othman 10/42).

S’ils te traitent d’imposteur , dis-leur: A moi mes actes et à vous les vôtres.
Vous êtes irrresponsables de ce que vous faites.

L’intégration du message coranique à la tradition monothéiste.
(Corpus coranique d'Othman 10/38).

Cette prédication ne saurait être forgée en dehors d’Allah , mais ele est venue marquer la véracité des messages antérieurs et pour exposer l’Ecriture venue , sans nul doute , du seigneur des mondes.

Obligation de pratiquer la prière.
(Corpus coranique d'Othman 17/80).

Accomplis la prière au déclin du soleil jusqu’à l’orée de la nuit et accomplis la récitation de l’aube: la récitation de l’aube est faite devant témoin.

La supériorité de la foi sur le bien.422
(Corpus coranique d'Othman 40/43).

Quiconque fait une mauvaise action ne sera récompensé que par un mal égal , mais quiconque , homme ou femme , fait oeuvre pie en ayant la foi , celui-là entrera au jardin où il recevra tout sans compter.




Chapitre 48

La tentation
universaliste



Muhammad est avant tout un Mecquois qui parle à d'autres Mecquois. Son apostolat est destiné au public d'une seule ville , aux fidèles d'un seul sanctuaire , et il ne parle que du dieu des Mecquois. Mais les difficultés de sa tâche ,ses propres faiblesses et la souple résistance des Quraysh poussent à l'élaboration d'une autres stratégie: la recherche à l'extérieur de sites de refuges , de points d'appuis , d'alliances.
C'est l'occasion de se confronter à d'autres types de populations , d'autres temples d'autres dieux , et même d'autres conceptions divines , à la rencontre de juifs et de chrétiens , pour qui le dieu de la Mecque n'est rien423 . C'est donc peu à peu que se construit une autre figure divine , aux prétentions universelles ( un universalisme en réalité limité aux peuples arabes), à l'image de celle des juifs et des chrétiens. C'est aussi là que naît le projet totalitaire , après le stade sectaire.

A force d'échecs successifs, le mouvement réussit à prendre de la force: c'est une leçon pour tout mouvement politique.


§ 281. — L'Hégire en Abyssinie.

Certains estiment qu'il s'agit d'une première Hégire, aux alentours de 615. Une partie des musulmans quitte la Mecque et part s'installer en Ethiopie, tout près de la Mecque424 . Ils s'y déclarent vaguement monothéistes , et la religion des Ethiopiens , un christianisme monophysite fortement lié au judaïsme , est le meilleur contexte d'accueil qui se puisse trouver.
Le souverain les reçoit généreusement et reçoit un traitement de faveur dans les sources musulmanes , qui inventent la fable de sa conversion secrète à l'islam. Certains historiens ont proposé de voir -aussi- dans cet exil éthiopien une première scission dans la communauté musulmane. De fait , les sources semblent embarrassées pour expliquer les retards dans les retours des exils , et l'apostasie de quelques autres.
L'épisode est de toute manière important car il constitue le premier contact avec un autre système religieux , en situation d'infériorité (et non de domination).
Il est remarquable que les musulmans n'aient jamais vraiment compris pourquoi ils avaient été correctement reçus par les Abyssins. Le concept de tolérance véritable leur est absolument étranger425 : c'est pour cela que le mythe de la conversion du Négus a pris corps , qui , seule , peut expliquer cet accueil. Il serait très précieux de savoir sous quel statut véritables ces "proto-musulmans" ont été reçus en Ethiopie: mais de cela, les sources ne disent rien.426



1. — La fuite.


En tant que petite Hégire , elle est racontée comme une épopée , et surtout pas comme un aveu de faiblesse , ou un schisme.
Les véritables raisons de l'exil ne sont pas évoquées. On peut suspecter un début de scission dans la communauté , supportant mal l'autoritarisme du chef , dans un contexte sectaire.


Résumé de l’épisode.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois VI 1180-1).427

Quand les musulmans se virent traités de la sorte , le messager d’Allah leur dit de partir pour le pays des Abyssins428 , les Abyssins étaient sous le règne d'un bon roi appelé le Négus. Dans son pays , nul n'était inquiété , et il était loué de tous pour sa droiture. L'Abyssinie était un marché où les Quraysh venaient faire du commerce , y trouvant approvisionnements et sécurité en abondance , et de bonnes affaire. Le messager d’Allah leur donna cet ordre et le plus grand nombre d'entre eux s'y rendit quand ils furent opprimés à la Mecque et il craignait (les effets de) la tension. Lui-même continua sans se lasser. Pendant des années , ils continuèrent à harceler ceux d'entre eux qui devenaient musulmans. Plus tard , l'islam s'y étendit (à La Mecque) et certains de leurs nobles y entrèrent.

La décision de l’exil.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 208).

Quand l’apôtre vit la persécution de ses compagnons429 , que lui y échappait à cause de son rang , et qu’avec Allah et Abu Talib , il ne pouvait pas les protéger , il leur dit: si vous allez en Abyssinie , ce sera mieux pour vous , parce que le roi ne tolérera pas l’injustice et que c’est un pays amical , jusqu’à ce qu’Allah ne vous dispense de votre détresse. Là-dessus , les compagnons allèrent en Abyssinie , ayant peur de l’apostasie et fuyant vers Allah avec leur religion. Ce fut la première émigration dans l’islam430 .

(ibn Sa’d , Tabaqat I 235-6).
(Les musulmans) émigrèrent en secret et leur nombre fut alors de 11 hommes et 4 femmes ; puis ils atteignirent al Shuayba. Quelques uns avaient des montures et d’autres marchaient. Quand ils ont atteint la côte , heureusement , deux navires de marchands étaient là. Ils embarquèrent , payant un demi dinar chacun. Leur migration s’est déroulée durant le mois de rajab , la cinquième année de la révélation.
Les Quraysh les ont suivi ; mais ils ne les trouvèrent pas.
Les émigrants ont déclaré:
-Nous avons débarqué en Abyssinie , là où il y a les meilleurs de nos voisins , et nous étions en sécurité quant à notre foi. Nous adorions Allah et nous n’étions pas frappés , et aucune parole n’était désagréable envers nous.

La supplique des disciples.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 85).

Mais leur situation devenant de plus en plus intolérable , à cause de l'hostilité croissante des infidèles , ils vinrent trouver le prophète et lui dirent:
-Il nous est impossible d'endurer plus longtemps les vexations , les peines et le mépris dont ces hommes nous accablent. Nous craignons de commettre quelque action ou de laisser échapper une parole que Allah désapprouverait. Autorise-nous à quitter la Mecque et à nous rendre dans une autre contrée , jusqu'à ce que tu reçoives d'Allah la permission de faire la guerre. Le prophète leur accorda cette autorisation , en leur disant:
-Allez dans l'Abyssinie , dont les habitants sont chrétiens , possesseurs d'un livre sacré , et plus rapprochés des musulmans que les idolâtres. Le Négus est un roi qui ne commet jamais d'injustice envers personne.
Alors une partie des compagnons du prophète se rendit en Abyssinie , tandis que luî-même , avec Abu Bakr , Omar , Ali et d'autres restèrent à la Mecque , sous la protection d'Abu Talib. Cette fuite est appelée la première fuite431 ; car il y a eu deux fuites : l'une fut celle-ci , et l'autre fut celle de Médine , qui eut lieu après la mort d'Abu Talib , et qui est appelée la grande fuite , accomplie par le prophète , et qui était obligatoire pour tous ses adhérents. La profession de foi de ceux qui ne le suivirent pas ne fut pas agréée.

La première fuite en Abyssinie.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 86).

La fuite en Abyssinie eut lieu dans la cinquième année de la mission prophétique de Muhammad. Les noms de ceux d'entre les compagnons du prophète qui se rendirent en Abyssinie se trouvent dans le livre des Expéditions432 de Muhammad ibn Ishaq. Muhammad ibn Jarir , dans le présent ouvrage , dit qu'ils étaient en tout soixante et dix personnes. D'après d'autres traditions et le livre des Expéditions , leur nombre était de cent vingt , en comptant les personnages importants aussi bien que les adhérents inconnus. Quelques auteurs rapportent que quelques-uns d'entre eux , comme Othman ibn Affan433 , Jafar ibn Abu Talib , Sad ibn abu Waqqas , Abd Rahman ibn Awf , Zubayr ibn Awwam , Ammar ibn Yasir , avaient emmené avec eux leurs femmes. Tout cela est raconté en détail dans le livre des Expéditions434 . Le nombre de femmes était de quinze ; d'après d'autres auteurs , les femmes n'étaient qu'au nombre de quatre.
Ils partirent donc pour l'Abyssinie , pays qu'on ne peut atteindre de la Mecque que par voie de mer , en se rendant d'abord de la Mecque à Jeddah. Les incrédules les poursuivirent , mais ils ne purent les atteindre.


2. — L'exil d' Abyssinie.


Les détails foumillent ici sur l'exil abyssin 435 , mais ce n'est pas bon signe: tout paraît inventé dans le récit de ce refuge loin des troubles , certes , mais loin aussi de l'autorité du chef de la secte, de plus en plus lourde et certainement contestée. Le schéma se retrouve souvent dans le développement sectaire.436
Le projet de présenter le Négus comme un converti à l'islam est aussi un moyen un peu grossier de détourner l'attention du public et de nourrir son exhaltation.


(Tabari , Histoire des prophètes VI 1182).437

Les émigrants dirent: nous sommes venus en Abyssinie et nous avons été reçus de manière accueillante par le meilleur des hôtes. Nous avons eu la sécurité de pratiquer notre religion , et nous avons honoré Allah sans être persécutés et sans entendre de mots déplaisants.

La protection des exilés en Abyssinie.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 87).

Cependant tous ceux qui s'étaient rendus en Abyssinie jouissaient de la sécurité. Les Quraysh , en étant informés , résolurent d'envoyer une ambassade en Abyssinie , pour demander au Négus de leur livrer ces gens pour les mettre à mort. Ils firent donc partir deux messagers , Amir ibn Al As , Abdallah ibn Rabia , de la tribu de Makhzum , avec des présents considérables pour le Négus , pour ses familiers et ses officiers. Ces deux envoyés étaient des hommes très habiles à manier la parole. Ils vinrent à la cour du Négus , lui présentèrent les cadeaux , et lui demandèrent l'extradition des croyants qui se trouvaient dans son pays , pour les ramener à la Mecque. Le roi ne fit pas droit à leur demande et refusa d'accepter les présents. Les envoyés , voyant leur insuccès , s'en retournèrent. Il y avait de nombreuses discussions entre le Négus et les musulmans au sujet de l'islam et du christianisme , discussions courtoises et amicales , qui sont rapportées dans le livre des Expéditions , et que Muhammad ibn Jarir438 a passées sous silence. Le roi , en refusant les présents , avait dit:
-Je n'ai que faire de vos présents ; vous accusez d'imposture le prophète d'Allah et vous ne voulez pas croire en lui. De même que le Négus , tous ses officiers avaient rendu les cadeaux que leur avaient remis Amir et Abdallah , qui s'en allèrent confondus et désappointés.
Le Négus était intérieurement croyant439. Or il voulait faire connaître publiquement sa foi , et à cet effet il convoqua le peuple abyssin , les grands , les officiers et les troupes , et il leur parla ainsi :
- Je pense que ce Muhammad est le personnage dont il est parlé dans l'Évangile440. Ne pourrions-nous pas croire en lui et le faire venir dans notre pays , avant que sa religion ait conquis le monde entier?
Les Abyssins protestèrent en disant:
-Nous ne consentons pas ; nous ne voulons pas abandonner la religion chrétienne ; celui qui le fera sera répudié et abandonné par nous.
Le Negus , craignant de perdre la couronne , dit :
-Je n'ai fait que vous éprouver , pour voir ce que vous en diriez.
Le peuple fut rassuré. Le Négus continuait de bien traiter les musulmans , et professait lui- même en secret l'islam441 . Il en fit part par un messager , au prophète , qui agréa sa conversion et l'autorisa à pratiquer sa religion en secret. Plus tard , lorsque le prophète était à Médine , cinq ans après la fuite , le Négus mourut en Abyssinie. Gabriel en informa le prophète , en écartant de devant ses yeux tout ce qui faisait obstacle , pour lui permettre de voir de Médine jusqu'en Abyssinie442 , et il lui ordonna de prier pour le Négus. Le prophète et ses amis firent ainsi. Muhammad vit le corps du Négus couché sur le lit.

La seconde migration en Abyssinie.
(ibn Sa’d , Tabaqat I 239-40).
L’Apôtre d'Allah leur dit:
-Votre première Hégire , comme la seconde , vers le Négus s’est passée sans être avec moi. (...) Vous émigrez pour Allah et pour moi.
(...) Le nombre de personnes ayant émigré était de 83 hommes et 11 femmes.(...)
Quand ils entendirent parler de l’Hégire de l’Apôtre d'Allah à Médine , 33 hommes et 8 femmes rentrèrent.

L'allusion à l'exil abyssinien.
(Corpus coranique d'Othman 39/13).

Dis: ô mes serviteurs qui croyez! soyez pieux envers votre seigneur!
Ceux qui auront été bienfaisants en cette vie immédiate auront une belle part.
La terre d'Allah est vaste.
Les constants recevront leur entière rétribution , sans compter.


§ 281. — La tentative de Ta’if.

Vers 620, Muhammad part précher dans la ville voisine de Ta’if , lieu de villégiature des aristocrates mecquois: c'est une ville d'altitude , fertile et agréable: on y boit du vin, ce qui veut tout dire.
443 Pour un prêcheur eschatologique de l'espèce de Muhammad, c'est une sorte d'enfer sur terre...
L’entreprise échoue de façon catastrophique444 et Muhammad laisse échapper des signes de découragement , voire de dépression. Ses habitants , de la tribu des Thaqif , vénèrent Allat , qu'ils n'abandonnent qu'avec réticence à la fin de la période445. Il s'y trouvait aussi sans doute une petite communauté chrétienne. La population étant divisée en deux camps , il se rapproche habilement de l'un deux , les Banu Malik , pour combattre l'autre , les Akhlaf.
Au retour , Muhammad tente de retrouver une protection atténuée de la part d'un autre petit clan , celui des Nawfal: mais la solution ne peut être que temporaire.



1. — La tentative de subversion.

Dans cet épisode , Muhammad est seul , et sa mission a quelque chose de christique. Il avance aussi masqué , prétendant ne rechercher qu'une protection. L'échec est compensé par la conversion isolée d'un chrétien , sur laquel les sources insistent.

L’échec de la prédication à Ta’if.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 97).

Le prophète se rendit auprès d'eux , à pied , pour chercher à se faire accepter et protéger par eux contre les gens de la Mecque. Il alla trouver les trois frères446 et leur exposa sa situation.
-Je suis venu , leur dit-il , afin que vous croyiez en moi , que vous me receviez et que vous me donniez aide et protection contre les habitants de la Mecque.
L'un d'eux répliqua :
-Si tu es prophète d'Allah , pourquoi nous demandes-tu assistance?
L'autre frère dit :
-Pourquoi Allah , qui t'a chargé d'une mission prophétique , ne te protège-t-il pas?
Le troisième dit :
-Si Allah voulait charger un homme d'une mission prophétique , il aurait pu trouver , à la Mecque et à Ta’if , quelqu'un qui n'aurait pas besoin d'aller de porte en porte pour demander protection ; pourquoi n'a-t-il pas donné cette mission à un chef de la Mecque , auquel personne n'aurait osé faire de l'opposition?
Le prophète fut ainsi éconduit par eux. Il est dit , dans les Commentaires447 , que Allah a révélé à leur intention le verset suivant :
Si du moins le Coran avait été révélé à un homme marquant des deux villes , etc.448 ;
de même que cet autre verset :
Si on leur donne un signe , ils disent : Nous ne croirons pas , à moins qu'on ne nous donne un miracle pareil à ceux qui ont été révélés aux apôtres d’Allah. Mais Allah sait parfaitement où il place sa mission. 449 .
Alors le prophète leur dit :
-Puisque vous ne m'accordez pas votre assistance , au moins n'en dites rien à personne , afin que je puisse retourner sans que l'on sache que je suis venu ici.
Il ne voulait pas que les Quraysh apprissent qu'il s'était rendu à Ta’if pour y chercher aide et protection , et qu'il n'avait rien pu obtenir.
Mais les trois frères firent venir les jeunes gens de la populace de Ta’if et leur dirent :
-Chassez ce fou Quraysh hors de la ville , pour qu'il n'y reste pas la nuit.
Le prophète , ayant fait la route à pied , était très fatigué ; et lorsque ces jeunes gens le chassaient devant eux , il ne pouvait pas marcher ; mais ils le poussèrent , le frappèrent et lancèrent contre lui des pierres , dont une l'atteignit à la cuisse , de sorte que le sang en coula. Enfin , harassé de fatigue , abattu , exténué de faim et de soif et souillé de sang , il parvint à quitter le territoire de Ta’if. Le soleil était ardent , et le prophète , dans sa triste situation , s'assit pour se reposer , et il pleura. Puis , craignant qu'un châtiment ne fondît sur les habitants de Ta’if , et ne voulant pas les voir périr parce qu'ils n'avaient pas cru en lui et qu'ils l'avaient accablé de mépris , il tourna sa face contre le ciel et dit :
-Ô seigneur , ne les punis pas , car ils ne savent pas que je suis ton prophète!450

Conversion d’un chrétien.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 98-99).

Près de l'endroit où le prophète se reposait451 , il y avait une vigne452 appartenant à Oqba et à Shayba ibn Rabia , de la famille d'Abd Shams453 , cousins de Muhammad , qui se trouvaient en ce moment dans leur vigne. Ils avaient appris que Muhammad était allé à Ta’if , mais ils ne savaient pas comment il avait été traité par les habitants , et ils étaient restés dans leur vigne. Il y avait avec eux un esclave de Shayba , un chrétien de la ville de Ninive , qui y avait été fait prisonnier. Ninive est une ville située vers la Syrie454 ; elle était la patrie de Jonas455 . Cet esclave , nommé Addas , avait lu l'Évangile et le Pentateuque456 , et pratiquait , à la Mecque , le culte chrétien457 . Oqba , Schayba et l'esclave étaient dans l'enclos , car c'était l'époque des vendanges. Le prophète arriva à la porte de l'enclos et alla s'asseoir au bord d'une citerne , qui se trouvait là , pour se reposer et laver son pied , ses mains et son visage. Il ne savait pas à qui appartenait cette vigne. Oqba et Shayba , regardant de l'intérieur de l'enclos et voyant le prophète assis au bord de la citerne , couvert de poussière , surent qu'il avait été chassé de Ta’if. Leur parenté avec Muhammad leur inspirait de la pitié pour son état , et Oqba dit à Schayba:
-Mon frère , voilà Muhammad assis à la porte de cette vigne ; il vient de Ta’if , pourchassé et épuisé de faim ; envoie-lui quelque chose à manger. Ils ne voulaient cependant pas se montrer. Schayba dit à l'esclave :
-Tu vois cet homme qui est assis au bord de la citerne? C'est un magicien et un possédé458 ; partout où il va , il est frappé et chassé par les hommes.
Mais il est notre parent et il a faim ; nous avons pitié de lui. Porte-lui un plat de raisin , place-le devant lui et reviens sans lui parler , car il pourrait te séduire et te faire perdre ta foi chrétienne. L'esclave vint , plaça le plat devant Muhammad et se tint devant lui , à distance , en le regardant. Le prophète prit un raisin , et , en ayant détaché un grain , il le mit dans sa bouche , disant:
-Au nom d’Allah!459
L'esclave lui dit :
-Ô jeune homme , quelle parole viens-tu de prononcer? Depuis que j'ai quitté ma patrie , je ne l'ai pas entendue460 .
-D'où es-tu? lui dit le prophète.
-De la ville de Ninive , répondit l'esclave.
Le prophète répliqua:
-C'est la ville de mon frère Jonas ibn Matay461 .
L'esclave lui demanda à son tour :
-Qui es-tu , et comment connais-tu Jonas?
-Je suis un prophète , répondit Muhammad , et Jonas fut prophète ; tous les prophètes sont frères.
L'esclave conversait ainsi avec Muhammad , tandis que Oqba et Schayba regardaient de loin. L'esclave dit ensuite :
-Quel est ton nom?
-Muhammad et Ahmed462 .
-Es-tu cet Ahmed dont il est question dans l’Evangile463 ? Il y est dit que Allah t'enverra aux habitants de la Mecque , qui te feront sortir de la ville ; que Allah te ramènera pour les soumettre par la force , et que ta religion régnera dans le monde.
- Certainement , dit le prophète.
-Annonce-moi ta foi , dit l'esclave , car je te cherche depuis longtemps.
Le prophète lui présenta la formule de l'islam , et l'esclave en fit la profession , ensuite il se précipita sur le pied du prophète et le baisa. Muhammad mangea le raisin et s'en alla.

Le rejet de Muhammad .
(Corpus coranique d'Othman 6/124).

Quand un signe vient à eux , ils s’écrient: nous ne croirons pas avant que soit venu à nous ce qui est venu aux apôtres d’Allah antérieurs à toi , prophète!
Mais Allah sait bien où placer son message. ceux qui ont été coupables seront frappés d’une humiliation auprès d’Allah et d’un tourment terrible , pour prix de ce qu’ils ont machiné.


2. — Le retour.

Le retour a la Mecque , après cet échec piteux , est une phase délicate pour l'agitateur: son prestige est atteint pour les Mecquois et pour les siens. Des rencontres surnaturelles viennent égayer la situation.

La recherche d’une protection464 , au retour de Ta’if.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 100-1).
Cet homme vers Akhnas ibn Schariq , homme considérable , allié des Banu Hashim , mais étranger à la Mecque , pour lui demander sa protection , afin de pouvoir rentrer dans la ville malgré le projet d'Abu Jahl. Akhnas répondit:
-Je suis moi-même étranger à la Mecque et sous la protection d'un autre ; il faut t'adresser pour cela aux citoyens de la ville. Muhammad , ayant reçu cette réponse , envoya le messager vers Sohayl ibn Amir , l'un des principaux personnages de sa tribu. Sohayl dit:
-Ma tribu est moins nombreuse et plus faible que les autres , et je ne peux pas protéger quelqu'un contre les Quraysh. Ensuite le prophète fit porter sa demande à Mutim ibn Adi465 , homme puissant dans sa tribu et allié d'Abu Jahl et de son parti.
Mutim fit dire à Muhammad qu'il lui accordait sa protection , qu'il pouvait venir. Le prophète rentra à la Mecque. Le lendemain , il voulut se rendre à la mosquée. Abu Jahl et les Quraysh vinrent se placer à la porte de la mosquée. Mutim , croyant qu'Abu Jahl prendrait les armes , s'y rendit avec les Abd Manaf , tous armés , et le prophète avec eux. Abu Jahl pensa que Mutim et toute sa tribu avaient embrassé la religion de Muhammad , et il lui dit :
-Es-tu un de ses sectateurs ou son protecteur?
Mutim répondit:
-Je lui ai accordé seulement ma protection.
Abu Jahl répliqua:
-Celui que tu protèges , nous le protégeons également466.
Le prophète entra dans la mosquée , fit les tournées autour de la Ka'ba et accomplit deux inclinations ; ensuite , il sortit467 . Il demeurait dorénavant sous la protection de Mut'im , dans la patience , jusqu'à ce qu'il se lassât des habitants de la Mecque.

L'hommage à Mutin.
(Hassan ibn Thabit , Diwan 86).468

Si un jour , un haut fait devait conférer une gloire éternelle
à un homme d'entre les tribus , aujourd'hui , c'est sans conteste
A Mutim que serait conférée la gloire la plus durable.
Seul parmi eux , tu as proclamé ta protection au messager d'Allah.
Et eux seront à jamais tes esclaves , tant q'un pérégrinant viendra disant:
Puisses-tu m'accueillir , Seigneur!
Tant que l'on prendra l'habit de sacralisation.



3. — Rencontre de djinns et de fées à Nakhla.

La rencontre fortuite de djinns permet de recouvrir d'un voile fantastique masquant ce qui a été un aventure désastreuse. C'est un exemple idéal des manipulations auxquels se livre sans scrupules la Tradition islamique.

La conversion de djinns.
(Hanbal , Musnad 1/455).

Hanbal a rapporté (...) que l’apôtre d'Allah a invité les jinns à se soumettre à l’islam et leur a appris le Coran.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 100).

A Batn Nakhl , sept péris469 vinrent auprès du prophète et l'écoutèrent réciter le Coran. Lorsqu'il eut prononcé le salut final , ils se montrèrent à ses yeux. Il leur présenta la formule de l'islam , et ils firent profession de foi. Ensuite le prophète leur dit :
-Allez trouver vos compagnons et appelez-les à la foi. Ils s'en allèrent et firent cet appel à leurs compagnons , qui reçurent la religion musulmane , comme il est dit dans le Coran :
Rappelle-toi comment nous avons fait venir une troupe de djinns pour entendre le Coran , etc. 470
Les noms de ces sept péris étaient : Hasa , Masa , Schad , Nas , Qasim , Ans et Aqjam. Plus tard , lorsque le prophète fut à Médine , ces sept péris se présentèrent devant lui et lui dirent : Nos compagnons sont devenus croyants ; ils désirent te voir et t'entendre. Alors ils se réunirent tous dans la vallée des Djinns , endroit situé à deux parasanges471 de Médine , vers le désert , où personne n'ose passer pendant la nuit , à cause de la terreur qui y règne. Tous les péris , qui étaient devenus croyants , s'y réunirent , le prophète leur ayant promis qu'il s'y rendrait , une nuit , auprès d'eux.

La sourate des djinns.
(Corpus coranique d'Othman 46/28-31).

Et rappelle quand nous t'adressâmes une troupe de djinns écoutant la prédication. Quand ils assistèrent à celle-ci , ils dirent : Écoutez! et quand elle fut terminée , ils s'en revinrent à leur peuple , l'avertissant.
-Peuple des djinns , dirent-ils , nous avons entendu une écriture qu'on a fait descendre [du ciel , après Moïse , déclarant vrais les messages antérieurs , dirigeant vers la vérité et vers une voie droite.
Peuple des djinns! répondez au prédicateur d'Allah et croyez en lui! Allah vous pardonnera une partie de vos péchés et vous défendra contre un tourment cruel.
Celui qui ne répond pas au prédicateur d'Allah ne se trouve point réduire Allah à l'impuissance sur la terre et il n'a pas de patrons en dehors de lui.
Celui-là est dans un égarement évident.

Le souvenir des djinns.
(ibn Jubayr , Relations de voyages 141).472

A droite , en fisant face au cimetière , on voit une mosquée dans un ravin entre deux montagnes. C’est la mosquée où , dit-on , les génies ont prêté allégeance au prophète , - qu’Allah lui accorde sa bénédiction et son salut , l’anoblisse et l’honore!


§ 282. — La préparation de l’Hégire.

De 620 à 622 et malgré l’échec de Ta’if , Muhammad prévoit que l’extension du combat hors de la Mecque est une solution inévitable. De fait , il avait déjà préché lors des réunions périodiques autour de la Mecque , où son nom est connu des autres tribus. plus au nord , la situation intérieure de Yathrib , fait que ses habitants veulent faire appel à un étranger , pour résoudre leurs dissensions. La conspiration aboutit et les accords se font à Aqaba473.


1. — La prédication auprès des autres tribus arabes.


C'est d'abord l'occasion d'observer les tribus qui gravitent autour de la Mecque. Les bédouins sont habitués à voir des prédicateurs silloner le territoire , à la recheche d'audiences. Là encore , c'est pour l'instant un échec: l'état d'esprit des bédouins est trop éloigné de la rhétorique de Muhammad.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 101-2).

Chaque année , à l'époque du pèlerinage , le prophète abordait les Arabes venus de tous côtés , et leur proposait sa religion. Il espérait que quelqu'un d'entre eux croirait en lui et l'emmènerait dans sa tribu , pour qu'il y pût adorer Allah et qu'il fût délivré des gens de la Mecque et des Quraysh474 . Mais aucun de ceux à qui il s'adressait ne répondait à son appel ; ou si quelqu'un croyait , il n'osait pas le recevoir , par crainte des habitants de la Mecque. Il se présenta aux Banu Kinda475 , qui formaient une tribu fort considérable et étaient d'une grande autorité parmi les Arabes ; mais ils le refusèrent ; les Banu Kalb et les Banu Hanifa et toutes les autres tribus
firent de même. Les Quraysh , de leur côté , postaient chaque année quelqu'un à Mina476 pour empêcher que personne n'acceptât la religion de Muhammad. Cet homme se rendait auprès de toutes les tribus arabes , leur disant:
-Il y a ici un fou , nommé Muhammad , qui a établi une religion nouvelle. S'il vient vers vous , ne le croyez pas et n'acceptez pas sa foi.
Voici ce qu'un homme de la tribu de Kinda a raconté :
-Une certaine année , étant encore enfant , j'étais venu avec mon père pour le pèlerinage de la Mecque. Lorsque nous nous arrêtâmes à Mina , je vis un homme ayant une longue chevelure , beau de visage , se tenant en face de nous majestueusement , nous tenant des discours fort beaux , qui allaient au cœur des hommes , et qui nous présenta sa religion , en nous appelant à Allah et en nous détournant de l'idolâtrie. Après lui vint un homme ayant une longue barbe , des cheveux noirs , l'œil louche , un manteau d'Aden sur les épaules , un homme si laid que je n'ai jamais vu son pareil , et qui nous dit :
-Gardez-vous de cet homme , qui est possédé et menteur ; n'écoutez pas ses paroles et n'abandonnez pas votre religion!
Alors je demandai à mon père:
-Qui est celui-là?
-C'est le prophète des Quraysh , répondit mon père , Muhammad ibn Aldallah , ibn Abdul Muttalib ; il appelle les hommes à sa religion.
-Et qui est l'autre? lui dis-je.
-C'est son oncle , Abu Lahab , qui s'attache partout à ses pas et le fait passer pour un imposteur devant le peuple.
Le prophète faisait ainsi chaque année. Sa réputation se repandit dans toute l'Arabie477 , dans le Bahrayn478 , le Yamama , le Yémen , et dans toutes les autres contrées. Mais il ne trouvait personne qui voulût le recevoir , jusqu'au moment où , rebuté par les gens de la Mecque , il émigra à Médine , avec quelques personnages notables de cette ville.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 282).

L’apôtre se présenta lui-même aux tribus des Arabes dans les foires dès que l’occasion se présentait , les exhortant à Allah et leur disant qu’il était le prophète qui leur avait été envoyé. Il leur demandait de croire en lui et de le protéger jusqu’à ce qu’Allah leur apporte un message clair479 que le prophète était chargé de leur donner.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 249).
L’apôtre d'Allah resta à la Mecque pendant les trois premières années de son appel à la prophétie. La quatrième année , il se déclara et appela les gens à se soumettre à l’islam , et fit cela pendant 10 ans. Chaque saison de pèlerinage , il s’approchait des pèlerins , à leurs haltes , Ukaz , Majanna , Dhul Majaz480 , et leur demandait de le protéger pour qu’il puisse propager aux gens le message de son seigneur , et en retour , ils recevraient une place au paradis. Mais il trouva personne pour le soutenir , ou pour répondre à son appel. A chaque fois , il s’approchait des tribus aux haltes , en disant:
-Ô gens! Il n’y a pas de dieu sinon Allah ; vous allez prospérer et devenir les maîtres de l’Arabie , et les Perses se rendront devant vous en état d’humiliation , et si vous croyez , vous serez des rois au paradis.
(...)
Les noms des tribus que l’apôtre d'Allah approcha et invita à se soumettre à l’islam et auxquelles il se présenta nous ont été transmis: ce sont les banu Amir ibn Sasa , Muharib ibn Khasafa , Fazara , Ghassan , Murrah , Hanifa , Sulaym , Aws , Banu Nadir , Banu al Bakka , Kinda , Kalb , al Harith ibn Kab , Udhra et al Hadarima.

2-Yathrib: la nouvelle cible.

C'est un peu par hasard , au gré de rencontres , que le contact se fait , là encore , sur des années. La ville n'est pas au mieux , elle sort d'une guerre civile.
La Tradition islamique a cherché à créer des liens des Mecquois avec Médine , pour expliquer la décision de se rendre là-bas.


La destination de l'Hégire.
(Bukhari , Sahih 61/25 , 47).

Abu Musa , qui le tenait sans doute du prophète , rapporte que celui-ci a dit:
-Je me suis vu en songe émigrer de la Mecque vers un pays où il y aurait des palmiers. Je supposais que c'était le Yamama ou Hajar ; or il se trouva que c'était la ville de Yathrib.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 178).

Quand la réputation du prophète commença à s’étendre à travers tout le pays , il fut mentionné à Médine. Il n’y avait pas parmi les Arabes pas de tribu qui connaisse plus de choses à propos du prophète que les Aws et les Khazraj. La raison pour cela est qu’ils étaient bien habitués aux discours des rabbins juifs et qu’ils vivaient côte à côte avec eux en tant qu’alliés.

Un précédent à l'Hégire.
(ibn Sa'd , Tabaqat III).481

Quand Sad et Umayr , fils d'Abu Waqqas ont émigré de la Mecque à Médine , ils sont resté dans une maison appartenant à leur frère , Oqba ibn Abu Waqqas , qui l'avait fait construire sur la terre des banu Amiribn Awf , dans une palmeraie lui appartenant. Oqba avait autrefois versé le sang à la Mecque. Il avait fuit et résidait parmi les Banu Amir ibn Awf. C'était avant la bataille de Buath.

La situation à Yathrib.
(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 103 ).

Peu de temps avant la fuite , six personnes de la tribu de Khazraj étaient venues à la Mecque pour le pèlerinage. Médine était occupée par deux tribus: les Aws et les Khazraj. Ces derniers étaient les plus nombreux. Les villages du territoire de Médine , comme Khaybar , Qurayza , Wadil Qura et Yanbu , étaient habités par des Juifs ou Arabes descendants des Banu Israël482 , de ceux qui étaient venus de la Syrie et de Jérusalem , fuyant devant Nabuchodonosor483 , antérieurement à Alexandre484 . Les Aws et les Khazradj voulaient s'emparer de ces villages , mais ils ne réussirent pas ; car les Juifs avaient des châteaux forts grands et solides.
Les Juifs connaissaient , pour l'avoir lue dans le Pentateuque485 , la description du prophète , et avaient cru en lui486 . Mais ils pensaient qu'il serait l'un des Banu Israël , de la parenté de Moïse ; ils ne savaient pas qu'il viendrait des Arabes. Le Pentateuque avait contenu la description même de Muhammad , mais les anciens Juifs l'avaient supprimée , de sorte que leurs descendants ne savaient pas que ce prophète , qu'ils honoraient et en qui ils croyaient , serait Arabe. Chaque fois qu'ils étaient attaqués par des Arabes , ils prenaient le Pentateuque , cherchaient le passage concernant le prophète , y mettaient la main et disaient:
-Seigneur , aide-nous contre ces ennemis , à cause de ton prophète! et ils obtenaient ce secours. Or , quand le prophète parut , et qu'ils virent qu'il était Arabe , et non Israélite , comme ils l'avaient pensé , ils ne voulurent pas croire en lui , et ils dirent :
-Ce n'est pas ce prophète que nous attendions , comme il est dit dans le Coran:
Et lorsqu'ils reçurent d'Allah une révélation confirmant celle qu'ils avaient , eux qui auparavant avaient prié pour être secourus contre les infidèles , lorsque celui qu'ils reconnaissaient leur vint , ils ne voulurent pas y croire. Que la malédiction d'Allah soit avec les incrédules! 487

Délégation des gens de Yathrib.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 104).

Les six habitants de Médine , de la tribu de Khazraj , qui étaient venus cette année au pèlerinage étaient: Asad ibn Zorara , surnommé Abu Umama ; Awf ibn al Harith ; Rafi ibn Malik ; Qotba ibn Amir ; Oqba ibn Amir , descendant de Haram ; enfin Jabir ibn Abdallah. C'étaient des gens connus , mais de classe moyenne , ni très illustres , ni de condition inférieure. Le prophète se rendit auprès d'eux à Mina , où ils s'étaient arrêtés , leur présenta l'islam et leur récita le Coran. Ils l'entendirent avec plaisir et crurent en lui , et il leur enseigna une portion du Coran. Ensuite il leur demanda de le recevoir et de l'emmener avec eux à Médine.
Ils répondirent:
-Ô apôtre d'Allah , les habitants de Médine forment deux tribus : les Aws et les Khazraj488 . Nous sommes tous de la tribu de Khazraj , qui est en hostilité avec les Aws. Nous allons retourner à Médine et parler à nos compatriotes de toi et de ta religion , apaiser les différends qui existent entre eux ; ensuite nous reviendrons une autre année pour t'avertir ; tu viendras avec nous , et tu seras plus honoré.
Ces hommes partirent , et le prophète resta à la Mecque. Personne n'eut connaissance de ce fait.


3. — Les débuts de l’islam à Yathrib.


On évoque ici l'expansion de l'islam à Yathrib , sans même la présence de Muhammad , par une sorte de grâce , par la propagande , et déjà par la violence. La cité devient alors une sorte de nouvelle Mecque du début de la prédication , où une petite secte se reconstitue.
Les événements ultérieurs prouvent que la soumission à l'islam est encore quantitativement insignifiante.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 104).

De retour à Médine , ces six personnes parlèrent aux gens des tribus d'Aws et de Khazraj , leur exposèrent la religion musulmane et leur récitèrent ce qu'elles avaient appris du Coran , et leur dirent :
-Ce Muhammad est ce prophète dont le nom est constamment dans la bouche des Juifs , en qui ils ont cru , et en qui ils espèrent489 . S'ils entendent parler de lui , ils l'emmèneront. Prévenez-les , en l'amenant au milieu de vous. Cette religion , le Coran et les paroles du prophète firent une bonne impression sur les habitants de Médine , et un grand nombre d'entre eux se convertirent. Il y eut peu de maisons à Médine où l'on n'apprît ces quelques versets du Coran que les six personnes avaient retenus.

(ibn Bukayr, Sira).490
Fatima la Najjariya491 bint al Numan avait une relation de chez les djinns492 , et chaque fois qu'il venait chez elle , il se précipitait sur elle dans sa maison , et quand la mission du prophète a commencé , il est venu , s'est asis sur le mur et n'est pas rentré. Quand elle a demandé pouquoi il ne rentrait pas , il dit qu'un prophète était venu , et qu'il avait interdit la fornication. C'est la première mention du prophète à Médine.

§ 283. — Les serments d'Aqaba.

Le serment de fidélité493 d'Aqaba494 est prononcé par un groupe de Médinois495 en faveur de Muhammad , pour lui assurer un bon accueil dans leur ville. Les tractations sont secrètes , sous couvert de pélerinages dans la ville sacrée496 . Il y a en fait deux serments consécutifs: le premier en 621 , "Serment des femmes" , est défensif497 .
Le second , l'année suivante , est offensif et obtient le surnom significatif de "Serment de la guerre". A partir de ce moment , le modèle de Muhammad devient Moïse , énergique chef de son peuple en mouvement.
Les textes sont importants: les serments498 sont religieux , mais ce sont aussi des contrats entre deux parties , un programme et des obligations réciproques. On passe ainsi peu à peu du modèle sectaire au modèle théocratique , où les fonctions religieux , économiques , sociales , militaires et politiques sont mêlées.
Autre remarque importante: la permission de la violence intervient très tôt , trop tôt , au moment d'Aqaba , et non à l'étape de l'Hégire. Les gens du serment , à leur retour , peuvent commencer leur action. A Médine , la violence ne sera plus permise , mais obligée499.


1. — Le “Serment des femmes”.


La paix est vue comme une activité indigne aux hommes , et plus conforme à la nature des femmes: c'est pour cela que le nom du serment est resté , car il ne prévoit pas encore de combat.
Tous les signataires sont évidemment des hommes , mais ils ne se comportent pas encore selon leur nature...


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 104).500

Alors ils se réunirent et désignèrent comme messagers les mêmes personnes , au nombre de six , en leur associant six autres personnes de la tribu de Khazradj , dont voici les noms : Moaz ibn Harith ; Abbas ibn Obada ; Abul Khaytham ibn Tayyahan ; Dsakwan ibn Abd Qays ; Obada ibn Samit ; Yazid ibn Thalaba. Ils les firent partir , en leur disant :
-Allez , prenez envers Muhammad l'engagement et ramenez-le avec vous ; car nous tous , à Médine , nous nous sommes engagés envers lui , et nous sommes à sa disposition , corps et biens.
Ces douze hommes501 arrivèrent à la Mecque , à l'époque du pèlerinage , et s'arrêtèrent sur la colline d' Aqaba , près de Mina. Muhammad se rendit auprès d'eux. Lorsqu'ils le virent , ils furent remplis de joie , lui témoignèrent de la déférence et lui transmirent les hommages des habitants de Médine. Le prophète en fut charmé ; il reçut leur engagement sur leurs corps et leurs biens , tant en leur propre nom qu'au nom de leurs compatriotes. Ce serment est appelé le premier serment , parce qu'il y en eut un autre plus tard , ou serment des femmes , parce qu'il n'y était pas question de la guerre qu'ils promirent de soutenir avec le prophète contre les habitants de la Mecque. D'ailleurs cet autre serment contenait les mêmes obligations que le serment des femmes , à savoir de n'adorer qu'Allah , de ne pas dérober , de ne pas tuer leurs filles , de ne pas mentir , de ne pas désobéir au prophète et de le protéger comme leurs propres corps. Après avoir reçu cet engagement , le prophète forma le dessein de partir secrètement avec eux pour Médine.

(Bukhari , Sahih 59/7 , 8).
Aïsha , épouse du prophète , a raconté qu'elle lui dit:
-Y eut-il jamais pour toi journée plus pénible que celle de la bataille d'Ohod.
-Certes , répondit-il , j'ai eu bien à souffrir de tes compatriotes , mais ce qui me fut le plus pénible de leur part , ce fut l'affaire d’Aqaba , lorsque , à l'exposé de mes demandes , ibn Abd Yalil ibn Abd Kolal répondit par un complet refus. Je m'en retournai ne sachant trop où diriger mes pas , et ne recouvrai mes esprits qu'arrivé à Qarn at Thaalib ; et alors , levant la tête , voilà que je vis un nuage qui me couvrait de son ombre , et , l'ayant considéré , voilà que dedans j'aperçus Gabriel ; et il m'appela , me dit :
-Allah a bien entendu les propos de tes compatriotes , et les réponses qu'ils ont faites ; et il a envoyé vers toi l'ange des montagnes pour que tu lui donnes , au sujet de ces infidèles , tel ordre qu'il te plaira.
Et l'ange des montagnes , m'ayant appelé , me salua , me répéta ce qu'avait dit Gabriel et ajouta :
-Que veux-tu ? désires-tu que je fasse se replier sur eux les deux rocailleuses502?
-Non , répondis-je , car des flancs de ces impies , j'espère que Allah fera sortir des fidèles qui l'adoreront seul , sans lui donner d'associé503.


(Muslim, Sahih 32-3352).
D'après Aïsha, femme du prophète, , elle lui demanda un jour :
-"Y eut-il jamais pour toi une journée plus pénible que celle de la bataille de Uhud?".
- "Certes, répondit-il, j'ai eu bien à souffrir de tes compatriotes, mais ce qui me fut le plus pénible de leur part, ce fut l'affaire d' Al Aqaba, lorsque, à l'exposé de mes demandes, ibn `Abd Yâlîl ibn `Abd Kulâl répondit par un refus total. Je me retournai, affligé ne sachant trop où diriger mes pas et ne recouvrai mes esprits qu'arrivé à Qarn Ath Thaâlib; et alors, levant la tête, voilà que je vis un nuage qui me couvrait de son ombre et, l'ayant considéré, voilà que dedans j'aperçus Gabriel qui m'appela et me dit :
-"Allah, l'Exalté, a bien entendu les propos de tes compatriotes et les réponses qu'ils t'ont faites; et il t'a envoyé l'Ange des montagnes504 pour que tu lui donnes, au sujet de ces infidèles, tel ordre qu'il te plaira".
L'Ange des montagnes, m'ayant appelé, me salua et me répéta ce qu'avait dit Gabriel :
-"Ô Muhammad! Allah a bien entendu les propos de tes compatriotes et les réponses qu'ils t'ont faites; et je suis l'Ange des montagnes et ton Seigneur m'a envoyé vers toi pour me dicter ton ordre à leur sujet. Désires-tu que je fasse replier sur eux les deux grandes montagnes qui dominent La Mecque?".
- "Non, répondis-je, car du dos de ces impies, j'espère qu'Allah fera sortir des fidèles qui l'adoreront seul sans lui donner d'associés".505

(Muslim , Sahih 33/3470).
D'après 'Aïsha, la femme du prophète, l'envoyé d'Allah mettait à l'épreuve toutes les croyantes qui émigraient vers lui, au moyen de ce verset :
Ô prophète! Quand les croyantes viennent te prêter serment d'allégeance, (et en jurent) qu'elles n'associeront rien à Allah, qu'elles ne voleront pas, qu'elles ne se livreront pas à l'adultère... jusqu'à la fin du verset.
'Aïsha ajouta : Les croyantes qui acceptent ces conditions, ont ainsi prêté légitimement serment d'allégeance. L'envoyé d'Allah se contentait de leur dire :
-"Vous pouvez s'en aller. J'accepte votre serment".
Aïsha poursuivit :
-Mais, par Allah! Jamais sa main ne toucha la main d'aucune d'elles. Le pacte de fidélité s'échangeait plutôt oralement.


(ibn Sa’d , Tabaqat I 254-5).
Le prophète d’Allah a dit:
Si vous remplissez ces conditions , le paradis sera pour vous , et ceux qui échoueront , il appartiendra à Allah de les tourmenter s’il le veut ou bien il leur pardonnera. Combattre n’est pas ordonné à ce moment précis.
Ensuite , ils retournèrent tous à Médine et Allah y répandit l’islam.

Les Douze.
(ibn Sa’d , Tabaqat I 258).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Moïse a choisi 12 naqib506 pour les Hébreux , donc 12 seront choisis parmi vous ; aucun ne devra trahir celui qui vous a choisi , parce que Gabriel m’a choisi. Quand il les a choisis , il leur a dit:
-Vous êtes les gardiens des autres , comme les apôtres507 de Jésus fils de Marie , et je suis le gardien de mon peuple.



2. — Le “Serment de la guerre”.

Prêter un serment d'alliance , de type offensif , contre sa patrie , est considéré de tous temps comme une trahison , dans le domaine politique. Dans les circonstances présentes , la religion -ou l'idéologie- prime et excuse tout.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 109).

La nuit du rendez-vous étant arrivée , les soixante et dix hommes508 de Médine se réunirent sur la colline d'Aqaba ; Abbâs et le prophète s'y rendirent de leur côté. Abbâs adhérait encore à la religion des Quraysh ; mais il voulut confier lui-même le prophète entre leurs mains509 . Lorsqu'ils parurent au haut de la colline , tous les hommes se levèrent et leur témoignèrent du respect. Le prophète prit le premier la parole , et leur exposa les dogmes de sa religion. Ils répliquèrent :
-Nous avons accepté cette foi , et nous sommes venus pour t'emmener avec nous , afin que tu y sois à ton aise , et que nous ayons le plaisir de t'avoir. Le prophète leur fit prêter le même serment qu'il avait reçu des douze , en y introduisant seulement l'obligation pour eux de combattre ses ennemis , de le protéger comme eux-mêmes , et de sacrifier leurs corps et leurs biens , jusqu'à ce que la religion soit répandue partout. Ils acceptèrent toutes les clauses de ce serment , qui est appelé serment de la guerre ou second serment. Puis le prophète tendit la main pour recevoir l'engagement , et le premier qui mit sa main dans celle de Muhammad fut Bara ibn Marur , d'autres disent Asad ibn Zorara ; d'autres encore , Abul Khaytham ibn Tayyahan. Tous , au nombre de soixante et dix , prêtèrent le serment.
Ensuite Abbas ibn Abdul Muttalib , prit la parole et dit:
-Ô hommes d'Aws et de Khazraj510 , vous êtes tous des hommes notables et d'un rang élevé. Vous êtes venus ici , supportant des fatigues , et moi je suis venu pour bien établir nos conventions. Il est vrai que je ne suis pas partisan de la religion de Muhammad511 ; mais il est le fils de mon frère , mon enfant , ma chair et mon sang512. Sachez que Muhammad est , à la Mecque , au milieu de ses compatriotes , bien à son aise ; personne n'ose le toucher ; car de toutes les tribus celle des Banu Hashim est la plus puissante. Mais il a détourné son coeur des Quraysh et désire se rendre au milieu de vous. Aujourd'hui , les Quraysh le respectent513 ; mais demain , quand il les aura quittés et qu'il aura rompu tout lien avec eux , ils se sentiront humiliés , et une guerre sanglante éclatera entre eux et lui. Tous les Arabes du monde se joindront aux Quraysh et seront avec eux ; ils tireront leurs sabres et se tourneront contre vous514. Si alors vous deviez abandonner Muhammad , il vaudrait mieux le laisser aujourd'hui au milieu de ses compatriotes.
Les soixante et dix hommes de Médine acceptèrent ces paroles et renouvelèrent leur serment , en engageant de nouveau leur vie. Ils dirent à Abbas:
-Nous l'avons reçu d'abord d'Allah , maintenant nous le recevons de tes mains. Nous sacrifierons notre sang et nos biens pour Allah et son prophète ; nous en prenons pour témoin d'abord Allah , ensuite toi , qui es l'oncle du prophète.

Le désordre à Yathrib.
(ibn Sad , Tabaqat I 218-9).

Le prophète dit:
-Me protégerez-vous si je délivre le message du seigneur?
Les ansar dirent:
-Apôtre d'Allah , nous nous efforcerons en faveur d'Allah et de son envoyé. Mais nous , tu dois le savoir , nous sommes ennemis et nous nous détestons mutuellement , et la guerre de Buath , un combat durant lequel nous nous sommes affrontés , a lieu lieu il y a un an.
Si tu viens à Médine , alors que nous sommes dans cet état , peu d'entre nous s'uniront sous ton pouvoir. Retournons donc dans nos clans , peut-être qu'Allah nous réconciliera ; et s'il le fait , nous nous rencontrerons au pèlerinage l'an prochain.



L’ordre de combattre révélé à Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 303-4).

L’apôtre n’avait pas reçu la permisison de combattre et l’autorisation de verser le sang avant la deuxième réunion d’Aqaba. Il était seulement incité à appeler les hommes à Allah , à endurer les injures et à pardonner l’ignorant. Les Quraysh avaient persécuté ses disciples , débauché certains de la relgion , exilé d’autres de leur pays. Ils avaient à choisir entre l’abandon de leur religion , les mauvais traitements , ou la fuite , certains en Abyssinie , d’autres à Médine.
Quand les Quraysh devinrent insolents envers Allah et rejetèrent son merveilleux dessein , accusant son prophète de mensonges et le traitant mal , exilant ceux qui le suivaient et proclamaient son unité , croyant en son proohète et tenaient ferme à cette religion , il donna la permission à son apôtre de combattre et de se protéger contre ceux qui l’agressaient et qui le maltraitaient.

Le verset autorisant la violence.
(Corpus coranique d'Othman 22/40-42).

Permission est donnée de combattre à ceux qui combattent parce qu’ils ont été lésés - en vérité Allah a pleine puissance pour les secourir- , à ceux qui , sans droit , ont été expulsés de leurs habitats seulement parce qu’ils disent: notre seigneur est Allah.


(Tafsir al Jalalayn 22).
Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) - parce que vraiment ils sont lésés; et Allah est certes capable de les secourir “: La permission de se défendre est accordée aux croyants qui ont été attaqués parce qu'ils ont été injustement opprimés par les mécréants. Ce fut le premier verset révélé qui donne l'autorisation aux fidèles de combattre pour la cause d'Allah. Allah est, certes, capable de les rendre victorieux. ibn Abbas rapporte que lorsque le prophète quitta La Mecque (pour faire l'émigration), Abu Bakr s'écria: "Ceux qui ont chassé leur prophète seront abattus". Allah alors fit cette révélation: "Témoignage est donné aux victimes d'une agression...".



3. — Les conséquences des serments.

Les serments font passer Muhammad et les siens au niveau de la politique "inter-arabe". Les rumeurs rapportant cette alliance se répandent aussi , et le pacte lui-même suscite des ambitions dans tous les camps: l'ambiance devient animée , à ce qu'en rapportent les sources.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 110).

Ensuite le prophète parla ainsi :
-Vous n'avez ici pour garant515 qu'Allah. Désignez parmi vous des mandataires qui s'engagent pour vous.
Alors douze hommes d'entre les soixante et dix furent désignés , neuf d'entre les Khazraj et trois d'entre les Aws516 .
-Voilà nos chefs , dirent-ils ; tous les habitants de Médine obéissent à leurs ordres ; voilà nos mandataires.
Ceux-ci affirmèrent de nouveau par serment qu'eux et tous les hommes présents , comme tous les habitants de Médine , étaient d'accord.
Ils ajoutèrent :
-Nous allons envoyer un messager , afin que tous les habitants de notre ville viennent avec leurs armes ; tu n'y trouveras aucun adversaire ; et s'il y a quelqu'un qui te fasse opposition , nous le tuerons immédiatement.
Le prophète fut très heureux et les remercia. Ensuite il dit à Abbas:
-Ô mon oncle , j'espère qu'Allah conduira à bien cette affaire , et propagera ma religion parmi ces gens ; car ces chefs et naqib517 qui ont fait acte d'acceptation sont au nombre de douze , comme étaient les disciples de Jésus , par lesquels Allah a répandu la religion de Jésus dans le monde entier.518
Abul Khaytham ibn Tayyahan , était l'un des naqib de la tribu d'Aws ; mais c'était un des principaux d'entre eux ; il était un allié des Banu Abdul Ashhal. Il dit à Abbas:
-Ô homme excellent , il reste quelque chose à dire que personne n'a encore dit et que je ne peux pas passer sous silence.
- Parle , lui dit Abbas.
L'autre reprit :
-Toutes les conditions que l'apôtre d'Allah nous a posées ont été acceptées par nous ; nous y avons mis comme prix nos existences. Nous aussi , nous avons une condition à poser.
-Quelle est-elle? demanda Abbas.
Abul Khaytham répondit:
-Il existe depuis longtemps , du temps de nos pères , entre nous et les Quraysh et tous les Arabes du désert des relations d'amitié. Nous acceptons toutes ces obligations , et nous défendrons le prophète. En faisant cela , nous aurons pour ennemis tous ces hommes , et le fléau de la guerre éclatera entre nous et les Quraysh et les Arabes. Il ne faudra pas que , lorsque le prophète aura triomphé , qu'il aura le pouvoir et qu'il régnera sur tous les Arabes , il forme le désir de retourner dans sa patrie , et qu'il revienne à la Mecque , au milieu de ses compatriotes , en nous abandonnant en butte aux hostilités des Arabes.
Le prophète dit :
-Je suis un des vôtres , je veux vivre et mourir parmi vous519.
Ces paroles leur causèrent une grande joie. Ensuite ils se dispersèrent. Le lendemain , ils se disposèrent au départ.


Plaisanterie menaçante à l’égard des Mecquois
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 112).

L'un des naqîb de Médine , Abbas ibn Obada ibn Nadhla , remarqua aux pieds de l'un des grands personnages de la Mecque , Harith ibn Hisham ibn Mughira al Makhzumi , frère d'Abu Jahl , une paire de souliers fort beaux.
Abbâs dit en plaisantant à l'un des ansar , Jabir ibn Abdallah:
-Tu es l'un des plus grands personnages de Médine. mais tu n'as pas à tes pieds de si beaux souliers que al Harith.
Celui-ci , ayant entendu ces paroles , ôta ses souliers , les jeta à Abbas , et s'en alla pieds nus. Jabir dit à Abbas :
-Il n'est pas convenable qu'un homme considérable aille nu-pieds ; il faut courir après lui et lui rendre ses souliers.
Abbas répliqua :
-Je ne les lui rendrai pas ; j'en tire un présage :
-Si Allah fait réussir notre pacte , nous enlèverons aux Mecquois tous leurs biens , comme je viens d'enlever ces souliers.

Un simple compromis politique?
(ibn al Dayba , Nashr al mahasin 173-176).520

Lorsque les Quraysh virent ce qu'il en était de l'action des Aws et des Khazraj , les parents521 les plus proches de Muhammad vinrent les trouver. Il y avait parmi eux Abu Jahl , Uqba , Abu Sufyan , Shayba , Ubayy , Umayya , Suhayl , Nubayh , Munabbah , Nadr ibn al Harith et Amir ibn al As.
Ils dirent aux Aws et aux Khazraj :
-Gens de Yathrib , nous avons plus de droits à son sujet que vous , car nous sommes sa parenté et sa famille.
Les Aws et les Khazraj leur dirent:
-Non , au contraire , c'est nous qui avons plus de droits à son sujet parce que , lui et nous , nous servons un seigneur unique522.
Lorsque les Quraysh constatèrent la sincérité de leur noble ambition et la force de leur résolution , ils craignirent que ne se produisit une guerre et ils leur proposèrent un compromis et ils dirent:
-Laissez-le-nous à condition que nous lui garantissions sauvegarde et protection et qu'il ne lui arrive que du bien , ainsi qu'à ceux qui le suivent et ceux qui parmi eux veulent vous rejoindre ; nous ne les en empêcherons pas - ils parlaient des muhajirun.
Les Aws et les Khazraj ne démordaient pas de leur point de vue.
L'envoyé d'Allah dit:
-Répondez-leur favorablement , gens des Aws et des Khazraj. Allah réalisera son dessein et accomplira sa promesse.
Ils lui dirent :
- Seras-tu satisfait si nous faisons cela , envoyé d'Allah?
Il dit:
-Oui.
Ils dirent:
-Nous avons entendu et obéissons.
Et on décida mutuellement d'un délai de quatre mois , et les Aws et les Khazraj s'en retournèrent à Yathrib.


§ 284. — Expansion de l’islam à Médine.

Yathrib/Médine offre des conditions bien plus favorables à l’extension de l’islam. L’influence du monothéisme juif prépare les esprits au nouveau système. Ses progrès se font aux dépens de la religion traditionnelle arabe , les juifs étant en retrait à ce moment. Sur le plan politique , l’équilibre est précaire entre les tribus juives et arabes , et la recherche d’un arbitre apparait comme une solution , notamment après la bataille de Buath , vers 617.
Un examen plus précis des documents fournis par la Tradition Islamique et les historiens appuyés sur elle montre aussi qu'il existe des institutions à Médine , un véritable petit roi , et quelques chrétiens organisés523.



1. — La situation à Médine.

Médine est une ville prospère mais divisée entre tribus et clans. Muhammad ne doit pas négliger ces données , quand il planifie son arrivée et le phagocytage progressif du milieu d'accueil.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 286).

Quand le prophète les rencontra , il apprit par enquête qu’ils étaient issus des Khazraj et alliés des juifs. Il les invita à s’asseoir avec eux et leur exposa l’islam et récita le Coran pour eux. Maintenant , Allah préparait le chemin pour l’islam dans lequel ils vivraient côte-à-côte avec les juif , qui était un peuple des écritures et du savoir , alors qu’eux étaient des polythéistes et des idolâtres.
Ils les avaient souvent pillés dans leurs domaines et chaque fois que de mauvais sentiments surgissaient , les juifs leur disaient:
-Un prophète sera bientôt donné. Son jour est proche. Nous le suivrons et nous vous tuerons avec son aide , comme Ad et Iram524 ont péri.
Donc , comme ils entendaient le message de l’apôtre , ils se dirent:
-C’est le prophète dont nous ont averti les juifs. Ne les laissons pas l’avoir avant nous! Ensuite , ils acceptèrent son enseignement et devinrent musulmans , en disant:
-Nous avons quitté notre peuple , parce qu’il n’y a pas de tribu plus divisée par la haîne et la rancoeur que la nôtre. Peut-être qu’Allah nous unira à travers toi525 . Alors laisse-nous aller vers eux et invite-les à ta religion ; et si Allah les unit , il n’y aura pas d’homme plus puissant que toi.

Une bataille providentielle.
(Bukhari , Sahih 58/186)

Récit d'Aïsha: Allah a fait en sorte que la bataille de Buath ait lieu avant l'arrivée de l'apôtre d'Allah comme apôtre , pour que quand l'apôtre d'Allah est arrivé à Médine , ces gens étaient déjà bien divisés et leurs chefs avaient été tués ou blessés. Donc , Allah a fait en sorte que cette bataille précède l'arrivée de l'apôtre d'Allah pour qu'ils puissent accepter l'islam.

La discorde entre tribus juives.
(Corpus coranique d'Othman 2/79).

Par la suite , vous êtes devenus ces juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement , vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs , vous les rançonnez.
Or , les expulser est illicite à vous.
Eh quoi ! croyez-vous à une partie de l'Ecriture et êtes-vous incrédules en une autre ?
Quelle sera la récompense526 de ceux parmi vous qui font cela , sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être , au jour de la résurrection , repoussés jusqu'au plus dur du tourment ? Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière , le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.


2. — Ibn Ubayy , le roitelet de Médine.

Les textes passent très brièvement sur le fait que Médine , malgré son instabilité , est dirigée par un véritable chef , qui semble même avoir eu les attributs d'un petit roi. Ce n'est pas la situation d'anarchie , de vide politique que l'on veut nous présenter.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 412-3).527

Quand le messager d'Allah est venu à Médine , le chef de son peuple était Abdallah ibn Ubayy. Personne dans sa tribu ne lui contestait sa noblesse. Jamais , ni avant ni après l'avènement de l'islam les Aws et les Khazraj ne s'étaient unifié sous un homme qui n'était pas d'un des deux groupes.
Son peuple lui enfilait des perles pour le couronner et en faire ainsi leur roi. Mais , Allah leur apporta le messager alors qu'ils étaient dans cet état. Quand le peuple s'est détourné de lui pour devenir musulman , il a été touché par la rancoeur et il a pensé que le messager d'Allah lui avait volé sa royauté.

(Waqidi).528
Messager d'Allah , sois clément avec lui , parce que par Allah , Allah t'a fait venir ici aors que son peuple 529 enfilaient des perles pour lui. La seule pierre précieuse qu'ils devaient encore recevoir , elle était avec Yusha le juif qui , très avare530 , voulait la garder pour lui. Il les empêchait de l'avoir , parce qu'il savait ils en avaient besoin pour le couronner.
Allah t'a fait venir dans ces circonstances , et c'est pourquoi ibn Ubayy ne pouvait pas s'empêcher de penser que tu lui avais volé sa royauté.


3. — L'intolérance en action.

Les premiers musulmans de Médine se distinguent par leur intransigeance. Ils sont plein d'initiative et de confiance dans leurs actions prosélytes, et livrent déjà à la violence.
Il ne faut pas exclure que ces textes , souvent alertes , ont été composées par des familles médinoises en quête de renommée , et se voulant les contemporains des musulmans mecquois.


(ibn Sa'd , Tabaqat III/1 , 83).531

....alors Musab leur récitait le Coran et leur apprenait. Il écrivit à l'envoyé d'Allah pour lui demander la permission de faire avec eux le rite du vendredi. Le prophète lui accorda et leur écrivit:
-Le jour où les juifs font leurs préparations publiques pour le sabbat et que le soleil se lève , approche toi d'Allah avec deux arcs532 et fais un sermon.
Alors Musab ibn Umayr fit la prière du vendredi avec eux dans le domaine de Sab ibn Khaythama.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 303).

Quand ils vinrent à Médine , ils professèrent ouvertement l’islam. Mais certains sheyks533 persistaient dans leur idolâtrie , parmi lesquels Amir ibn al Jamuh. (...) Son fils était présent à Akaba et avait rendu hommage à l’apôtre. Amir était un des nobles et chef de tribus qui avait installé dans sa maison une idole de bois appelée Manat comme les nobles avaient coutume de faire , pour en faire un dieu à vénérer et à maintenir propre. Quand les jeunes des Banu Salama (...) adoptèrent l’islam , ils s’insinuèrent chez lui la nuit pour s’emparer de l’idole , qu’ils jetèrent tête la première dans une fosse d’aisance. Le matin , Amir hurla:
-Honte à vous! Qui a porté atteinte aux dieux cette nuit?
Alors il se mit à la recherche de l’idole et quand il put la trouver , il la lava , la nettoya et lui mit du parfum en disant:
-Par Allah , si je savais qui a fait cela , je le traiterai de façon humiliante!
Quand la nuit vint , il s’endormit vite et ils firent la même chose , et il récupera à nouveau l’idole le matin. Cela arriva plusieurs fois jusqu’au jur où il prit l’idole là où ils l’avaient jetée , la purifia comme avant , et il y accrocha son sabre en disant:
-Par Allah , je ne sais pas qui a pu faire cela , mais si vous avez encore un peu de puissance , défends-toi puisque tu as ce sabre.534
La nuit , quand il dormait , ils revinrent encore , prirent le sabre du cou de l’idole et y accrochèrent à la place un chien crevé et jetèrent le tout dans la fosse d’aisance. Le matin , Amir vint , ne la trouva pas exactement là où il pensait , et finalement la découvrit face contre terre et attachée au chien mort535 . Quand il vit cela et comprit ce qui était arrivé , et que les musulmans de son clan lui en parlaient , il accepta l’islam par la grâce d’Allah et devint un bon musulman.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).536
Hawwa bint Yazid était la femme de Qays ibn al Khatim. Elle dit:
-Qays était un homme que les autres n'osaient pas concurrencer. Un jour , j'ai attaqué son idole et je l'ai détruite.
Quand il est rentré , il l'a regardée , et a dit:
-Qu'est-ce que c'est que cela? Qui l'a détruite?
Elle répondit:
- C'est la brebis qui l'a rongée!
Alors il est allé chercher la brebis et il l'a sacrifiée.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).537
Quand les soixante-dix qui avaient participé à la réunion d'Aqaba arrivèrent , ils commencèrent à détruire les idoles. Abdallah ibn Rawaha entra dans la maison d'un vieil homme , accorcha l'idole à une cadavre de bête et la sortie. Le vieux se réveilla , le vit et dit:
-C'est l'acte commis par ibn Rawaha!
ibn Rawaha vint le voir et dit:
-Tu n'as pas honte , d'être un de nos hommes les plus honorés , et de vénérer un morceau de bois que tu as fait de ta propre main?
Le vieux dit:
-Je ne l'attaque pas , j'ai peur pour mes petits enfants.
Bashir ibn Sad se mit à rire et dit:
-A t-il le pouvoir de nuire ou d'avantager?
Alors Abdallah ibn Rawaha s'en empara pour la détruire , et le vieux se soumit à l'islam538 .

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).539
Abu Darda était la seule personne sur le territoire de son clan à n'avoir pas accepté l'islam. Abdallah ibn Rawaha le poussait à le faire et il refusait. Et c'était pourtant son ami. Il attendit une opportunité favorable , et quand Abu Darda sortit de chez lui , il entra à l'intérieur et détruisit l'isole , en récitant:
-Je rejette les noms des démons , tous les démons. En vérité , tout ce qui est associé à Allah dans la prière est nul.
sa femme dit:
-Tu m'as ruiné , ibn Rawaha!
Ensuite , il sortit. Abu Darda arriva et trouva sa femme en pleurs. Il dit:
-Qu'as-tu donc?
Elle dit:
-Ton ami ibn Rawaha est entré et il dit: "Y a t-il quelque chose de bon dans cette idole qui fait qu'elle va se défendre elle-même?".
Alors il alla voir le prophète et accepta l'islam.

(Maqrizi , al Khabar anil Bashar).540
L'islamisation de Kab ibn Ujra était tardive ; il avait une idole dans sa maison. Ubada ibn as Samit était son ami. Un jour , il entra dans la maison de Kab alors que celui-ci était absent et il détruisit l'idole. Quand Kab rentra et vit ce quil avait fait , il dit:
-Cette idole est inutile.





Chapitre 49


L’Hégire
ou
"L'année des Arabes"





§ 285. — Présentation.
C’est l’épisode541 , bien plus tard, qui a été choisi comme le point de départ de l’ère musulmane542 , en septembre 622543 , au détriment de la “révélation” elle-même (ce qui consitue en soi un fait remarquable). En effet , à partir de cette Emigration544 , véritable "passage à sec de la Mer Rouge" , l’islam passe du statut de secte limitée à une ville à celui de religion s’imposant à toute une société ; la tribu est remplacée par la communauté , dont le ciment est religieux. Donc , en plus d'une date symbolique , c'est une véritable naissance, avec le recul. L'épisode de l'Hégire , dans toute l'histoire musulmane , est un modèle de comportement politique et un sujet de réflexion pour les dirigeants , presque par réflexe545. Néanmoins, il faut considérer que des mouvement de populations, petits ou vastes, étaient monnaie courante à cette époque, pour des raisons politiques ou économiques.546
Pourquoi 622? Plutôt que de se focaliser vers le déplacement d'un minuscule groupe d'Arabes sectaires à travers le désert, il vaudrait mieux voir ce qui se passe à cette époque de beaucoup plus décisif. C'est un moment exceptionnel pour l'Histoire orientale: les deux puissances, Byzance et les Sassanides mettent à leurs têtes deux souverains prestigieux: Héraclius et Chosroès II. Héraclius lance une vaste offensive contre son ennemi, au-delà de l'Arménie. Le succès est inespéré , et les Arabes (Ghassanides et même Lakhmides547 ), surtout leurs troupes au service du nouveau Basileus sentent que l'événement est exceptionnel: c'est ainsi que l'on peut expliquer que sur des monnaies ou des inscriptions légèrement ultérieures, la date de 622 ne soit pas évoquée comme "Hégire", mais comme "année selon les Arabes": en grec, KATA ARABAS.548
Le comput de 622 a été conservé pour célébrer un moment important: il a suffit d'ajouter ensuite un contenu correspondant à cette date: il aurait suffi de trouver alors un épisode d'importance toute régionale dans la région du Hedjaz...

Tous les moments du voyage ont été abondamment développés par la tradition. Rien que chez Tabari , il existe trois versions différentes de l’événement. En fait , on sait peu de choses certaines sur ce transfert , et même l'afflux de précisions différentes est suspect. Par exemple , le récit du complot des Quraysh , soudainement sanguinaires (au bout de huit ans de troubles) , pour les besoins de l'intrigue , qui masque le fait que la prédication était à bout de souffle à la Mecque , et l'émigration
549 indispensable et sûrement préparée de longue date par la négociation , par des contacts tribaux.
Muhammad , ayant définitivement perdu ses soutiens à la Mecque , a longuement préparé son refuge dans la cité de Médine , déchirée par des luttes tribales. Il quitte la Mecque accompagné par Abu Bakr et par un guide.
Les Emigrés550 constituent ensuite une sorte d'élite musulmane , secondée par les Auxiliaires551 de Médine. Leur prestige leur vaut d'être toujours mentionnés à part , et de recevoir des parts de butin par la suite.
Le mouvement de l'Hégire acquiert par la suite un prestige tout particulier pour les musulmans: au niveau théologique, le déplacement se justifie , s'intègre dans un combat552 , se trouve une finalité.553
Il y a eu d'autres Hégires mineures: deux vers l'Abyssinie et peut-être une tentative à Ta'if , toutes vues auparavant.


(Jurjani, Livre des Définitions 1840).554
al hijra.
L’émigration.
C’est quitter le pays aux mains des mécréants555 et se transporter en terre islamique.

(Ibn Hanbal, Musnad IV 198-5).556
L'Hégire et l'islam abolissent ce qui a précédé.


§ 286. — Le tournant de l'aventure.


Tous les auteurs musulmans ont bien vu que l'épisode était le plus important , jusqu'à servir de référence chronologique: la transition d'une secte locale à une religion aux ambitions universalistes. Si cette Histoire était un roman (et c'en est un de toute manière), le lecteur aborde là le moment du coup de théâtre.

Résumé de Tabari.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 112).
On raconte aussi que , lorsque le prophète voulut se rendre à Médine , il vint d'abord avec Abu Bakr dans une caverne , et que c'est de là qu'il partit pour Médine , accompagné seulement d'Abu Bakr.
(...)
Le prophète ordonna à ses compagnons de partir un à un , ou deux à deux. Lui-même resta jusqu'aux premiers jours du mois de rabia premier. Les Mecquois recherchèrent les musulmans ; mais ils ne les trouvèrent pas , car ceux-ci étaient partis.

L’allusion coranique.
Un événement aussi important n'a laissé qu'une trace infime dans le texte de référence.

(Corpus coranique d'Othman 8/30).557

Prophète!
Rappelle-toi quand ceux qui sont infidèles558 machinaient contre toi pour t’affermir559 ou te tuer ou t’expulser!
Ils machinaient alors qu’Allah machinait , mais Allah est meilleur en sa machination.

La vengeance sur la Mecque.
(Corpus coranique d'Othman 47/14).

Combien de cités plus redoutables par la force que ta cité qui t'a expulsé , prophète! ont péri par nous , sans qu'elles eussent un auxiliaire!

(Dawud , Hadith , 14/ 2473).560
J'ai entendu l'apôtre d'Allah dire:
-La migration ne finira pas jusqu'à ce que le repentir s'achève , et le repentir s'achèvera quand le soleil se lèvera à l'ouest.561

(Muslim , Sahih 20/ 4597).562
... le messager d’Allah a dit le jour de la conquête de La Mecque: il n’y a plus d’Hégire maintenant , il y a le jihad et la sincérité des buts. Si on vous demande de préparer (une expédition pour la cause de l’islam) , vous devez aussitôt le faire.

(Bukhari , Sahih 52/ 42).563
....le jour de la conquête de La Mecque , le prophète dit:
-Il n’y aura plus d’émigration après la conquête , mais le jihad et des projets ; quand vous êtes appelés au combat , allez y immédiatement.

(Tirmidhi , Hadith Qudsi 140).564
Le prophète a dit:
-Allah m’a inspiré celci: Là où tu habiteras , dans l’une des ces trois villes , elle sera la demeure de ton émigration: Médine , Bahrein , Qinsarin.

La discrimination par l'Hégire.
La participation à l'Hégire des quelques centaines de musulmans est un critère souvent rappelé de supériorité face aux autres musulmans , ceux de Médine565 .

(Corpus coranique d'Othman 8/73-76).
Ceux qui croient , qui ont émigré et mené combat , de leurs biens et de leurs personnes , dans le chemin d'Allah , ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus , - tous ceux-là sont affiliés les uns aux autres.
Avec ceux qui croient , mais n'ont pas émigré , vous n'aurez aucune affiliation jusqu'à ce qu'ils émigrent ; s'ils vous demandent secours , eu égard à la religion , à vous de les secourir sauf contre des gens entre lesquels et vous existe une alliance.
Allah , sur ce que vous faites , est clairvoyant.
Ceux qui sont infidèles sont affiliés les uns aux autres.
Si vous n'assistez pas les croyants non encore émigrés , il y aura tentation d'abjurer sur la terre et grand scandale.
Ceux qui croient , qui ont émigré et mené combat dans le chemin d'Allah , ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus , - tous ceux-là sont véritablement les croyants.
A eux pardon et généreuse attribution , dans l'au-delà.
Ceux qui , ayant cru par la suite , ont émigré et mené combat avec vous , ceux-là sont aussi des vôtres.
Toutefois , ceux liés par la consanguinité sont mutuellement plus proches , dans la prescription d'Allah.
Allah , sur toute chose , est omniscient.

Les participants à l'Hégire.
(Corpus coranique d'Othman 16/111).

Toutefois , ceux qui ont émigré après avoir subi une épreuve , qui ensuite ont mené combat et ont été constants , en vérité , ton seigneur , après tout cela , sera certes envers eux absoluteur et miséricordieux.

Une allusion à travers la Bible?
(Corpus coranique d'Othman 2/247-8).566
-N'as-tu point vu le Conseil des Fils d'Israël567 quand , postérieurement à Moïse , il dit à un prophète qu'ils avaient:
-Désigne-nous un roi! nous combattrons568 dans le Chemin d'Allah!569
Ce prophète dit:
-S'il vous est prescrit de combattre570 , pourriez-vous ne pas combattre ?
- Pourquoi , répondirent les gens du conseil , pourquoi ne combattrions-nous point dans le Chemin d'Allah , alors que nous avons été expulsés de notre habitat ainsi que nos fils ?571


§ 287. — Le départ.

On en sait presque rien du départ des quelques centaines d'émigrés. Toute l'attention s'est concentrée sur la figure du chef et son aventure.


1. — Le complot des Quraysh.

Pour renforcer le dramatique de l'aventure , un récit sur les complots des Quraysh est composé. Ceux-ci deviennent soudain dangereux , après dix ans d'opposition.
C'est l'occasion d'en faire de vrais méchants , juste quand c'est trop tard.


(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 120).

Après la mort d'Abu Talib , oncle du prophète , celui-ci fut en butte aux violences et aux outrages des infidèles , qui enfin résolurent de le mettre à mort. A cet effet , Walid ibn Mughira ; Sufyan ibn Omayya ; Abu Jahl ibn Hisham , et Abu Sufyan ibn Harb , se réunirent en secret pour délibérer de quelle manière ils feraient périr Muhammad , qui , disaient-ils , nous insulte , nous et nos invités572 , et qui veut nous empêcher d'adorer les idoles.
Walid ibn Mughira , dit :
-Enfermons-le dans une maison et laissons-le mourir de faim et de soif.
Abu Jahl dit:
-Ceci n'est pas un bon avis ; car Muhammad a des parents à la Mecque , qui le rechercheront et qui , s'ils le trouvent , nous soupçonneront ; alors il y aura du sang versé entre nous et les Banu Hashim.
Abu Sufyan ibn Harb , dit :
-Il faut le placer sur une chamelle , lui attacher fortement les mains et les pieds , et laisser courir cette chamelle dans le désert ; elle le portera vers une tribu étrangère , où il tiendra aux gens ses discours , et ceux-là le tueront.
Walid ibn Mughira , prit la parole et dit :
-Cet avis n'est pas bon ; car Muhammad est un homme dont la paroles est insinuante , douce et agréable ; s'il tombe dans une des tribus arabes , il séduira les gens , qui se concerteront et viendront nous attaquer. Cela ne serait pas prudent.
Ensuite on demanda l'opinion d'Abu Jahl. Celui-ci dit :
-Je pense que nous devons choisir quarante hommes , pris dans toutes les tribus , des hommes vigoureux , de trente à quarante ans , que nous enverrons se poster à la porte de Muhammad. Ils le guetteront à son passage ; au moment où il sortira , le soir , pour faire sa prière et pour faire les tournées autour du temple , ils fondront sur lui avec leurs épées et le tueront. Quand les Banu Hashim apprendront sa mort , nous dirons que , comme il a été tué par quarante hommes et que l'on ne peut pas tuer quarante personnes pour le talion d'une seule , nous consentons à payer le prix du sang , tel qu'ils le fixeront. Ensuite nous répartirons entre nous cette somme , que nous payerons. De cette façon nous serons débarrassés de toute difficulté à son endroit.
A ces paroles d'Abu Jahl , Sufyan ibn Omayya , et les autres assistants dirent:
-C'est là un excellent avis , ô Abul Hikam573 .
On prétend aussi qu'à cette délibération assistait Iblis , sous la figure d'un vieil ermite , feignant de venir de Syrie574. Interrogé sur ce qu'il pensait de l'avis que venait d'émettre Abu Jahl , il dit:
-C'est très juste et c'est un plan excellent.

L'intervention du diable en personne.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 122).

Alors Abu Jahl réunit les Quraysh et leur dit :
-Muhammad a fait une alliance avec les gens de Médine , et il veut partir. Si nous ne l'en empêchons pas , demain il aura acquis des forces et nous fera périr. Ayant pris rendez-vous , ils se réunirent tous le lendemain , et Iblis575 , sous la figure d'un vieillard couvert du taylesan576 , vint assister à leur délibération. On émit toutes sortes d'avis. On disait :
-Nous ne pouvons pas tuer Muhammad , parce que les membres de sa famille sont trop nombreux.
Iblis fut également de cet avis. Ensuite on proposa de chasser Muhammad de la ville. Iblis dit :
-Cela ne serait pas prudent ; car Muhammad a la parole insinuante , et partout où il ira on l'accueillera.
Il ajouta:
-Il ne reste qu'à le tuer , mais il faut agir de telle sorte que personne ne puisse s'en prendre à vous. Il faut faire venir des hommes de toutes les tribus arabes , un homme de chaque tribu , avec ses armes , envahir sa maison pendant la nuit , et le tuer , afin que toutes les tribus soient complices de sa mort , et les Banu Hashim ne pourront pas tuer tous les Arabes.
On convint d'agir ainsi , et l'on fit venir deux hommes de chaque tribu.

(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 325).
Là-dessus , Abu Jahl dit qu’il avait un plan qui n’avait jamais été suggéré auparavant , à savoir que chaque clan fournirait un jeune , puissant et noble guerrier ; que chacun serait muni d’un sabre pointu ; et que chacun frappe un coup et le tue. Ainsi , ils en seraient débarrassés , et la responsabilité pour son sang reposerait sur eux tous.

Un récit alternatif du complot des Quraysh.
(Wahb b. Munabbih , Sira et Maghazi de l’Envoyé d’Allah , PB 5).577

Il donna la lettre à Ghazwan , un protégé d’Othman , qui se rendit ensuite avec la lettre à la Kaba, pour prendre congé de lui, et pour partir.
Il l’oublia dans la Kaba; et Abu Jahl la trouva , la fit circuler à la réunion des Quraysh et il déclara:
-Muhammad n’est pas satisfait de ceux qui sont avec vous dans ce territoire. Il veut mobiliser contre vous ceux qui habitent dans le Najd. Si vous ne l’affrontez pas le plus vite possible , il va certainement vous jeter dans le malheur.
Ils se rassemblèrent et appelerent les hommes les plus renommés et et arrivèrent au conseil.
Le diable prit a leurx yeux l’apparence dun homme de la descendance des Banu Hanifa, ibn Nujaym. D’autres traditions disent qu’il prit l’apparence de Dahhak ibn Qays, un habitant de Tihama.
Ils dirent:
-Ô sheikh, ou veux tu aller. Nous sommes occupés par une affaire que nous tenons comme secrètes pour les gens.
Il repondit:
-Je suis de votre côté dans cette affaire, dans celle que vous traitez. Je suis plus engagé que vous ; et je suis un homme aisé , je possede un bon nombre d’hommes et de la sagesse. Si vous me demandez un conseil, je vais vous aider. Si vous voulez de l’argent, je le dépenserai pour vous à pleines mains. Et si vous avez des projets avec mes hommes, ils viendront aussi nombreux que des fourmis.


2. — Le subterfuge.

Le caractère romancé de l'épisode est patent , car il doit surtout accentuer l'importance symbolique du personnage d'Ali , substitut et donc remplaçant de Muhammad avant la lettre. Ce qui est aussi important ici , c'est que Ali se met en position de martyr , c'est-à-dire la posture quasi-innée du shiite.
On en peut guère demander d'autre service à Ali , étant donné ses très faibles capacités de raisonnement. C'est aussi un ressort romanesque un peu facile , même s'il a pu servir de support à une théologie échevelée.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 122).

Alors Allah envoya Gabriel pour avertir le prophète , et lui révéla le verset suivant , en lui disant :
-Ô Muhammad , récite ce verset:
Lorsque les infidèles complotent contre toi , pour te saisir , te tuer ou te chasser , Allah aussi complote contre eux578
Il ajouta :
-Va et sors de la Mecque.
Le prophète se rendit chez Abu Bakr , qu'il informa de ce qui se passait.
Puis il dit à Ali:
-Reste , cette nuit , dans ma maison , et couche sur mon lit. Ali fit ainsi. Lorsque la nuit fut un peu avancée , les quarante hommes vinrent se placer près de la maison du prophète , chacun dans un coin , dans l'intention de tuer Muhammad , quand il sortirait , le matin , pour la prière. Mais , vers minuit , ils se dirent entre eux :
- Allons , entrons dans sa maison pour le tuer ; car il se pourrait qu'au jour les Banu Hashim fussent avertis , et que , en nous voyant , ils reconnussent que nous voulons tuer Muhammad. Ils se précipitèrent donc , tous ensemble , dans la maison du prophète. Ayant trouvé seulement Ali , qui était couché , ils furent désappointés ; ils lui demandèrent où était Muhammad. Ali répondit qu'il ne le savait pas. Il y avait parmi eux un homme de la tribu de Makhzum579 , nommé Soraqa ibn Malik , qui dit aux autres:
-Puisque nous sommes entrés ici , tuons celui que nous avons trouvé , ensuite nous chercherons Muhammad.
Ali , entendant ces paroles , sauta de son lit , tira son épée et se mit à les attaquer. Tous s'enfuirent ; en s'en allant , ils dirent:
-Nous sommes venus pour chercher Muhammad , qu'avons-nous à faire d'Ali?
Ali n'avait alors que dix-sept ans.

Ali dans le lit de Muhammad.
(Wahb b. Munabbih , Sira et Maghazi de l’Envoyé d’Allah PB 8).580

L’envoyé d'Allah me fit chercher quand les étoiles se trouvaient comme un filet dans le ciel.
Il dit:
-Ali , dors dans mon lit et couvre toi avec mon manteau, et il me récita le verset jusqu a la fin.
Je conclus:
-Par Allah, envoyé d'Allah!
Je passai à côté d eux alors qu’ils étaient en embuscade, en deux rangées.
Le prophète me dit:
-Je vais maintenant passer à côté d’eux.
Je dis alors:
-Envoyé d'Allah , c’est une nuit dans laquelle ils ont aiguisé la lame des sabres brillants, et je suis inquiet pour ta situation, à cause d’eux.
Il me dit:
-Ô Ali, ne sais tu pas qu Allah est avec moi, qu’il est une aide dans mes main, derrière moi, à ma droite et à ma gauche, et aussi, devant moi et en dessous de moi.
Ali dit:
-Le prophète s’en alla et je le suivis pour savoir ce qui allait lui arriver.
Il changea de couler et dit:
-Ali , si Abu Bakr vient chez toi, fais lui savoir que je suis dans la grotte de la montagne Thawr.
Il ajouta:
- Ali, voila Gabriel devant qui a étendu ses ailes devant moi, pour qu’Allah avec sa lumière couvre leurs yeux.

(Le Livre des Ruses 167-8).581
Le prophète usa de ruse la nuit où il s‘enfuit pour se réfugier dans la caverne. En effet , lorsqu’il sortit de la Mecque , il craignit qu’on ne le suivit. Alors il donna l’ordre à Ali ibn Abu Talib de dormir à sa place dans la maison et de se couvrir de son manteau d’étoffe rayée.
-Si Allah le veut , lui dit-il , aucun mal ne te parviendra de la part de mes ennemis.
Ali se conforma à cet ordre. Lorsque vint le milieu de la nuit , les idolâtres entourèrent la maison et se préparèrent à se saisir du prophète par la force , le confondant avec Ali. Ali ouvrit les yeux , les regarda , puis toussota exprès. Ils reconnurent sa voix et s’enfuirent précipitamment. Les uns tombèrent , d’autres moururent d’émotion sur le champ , d’autres se brisèrent les membres , d’autres sortirent indemne de l’aventure. La cause de cet assaut contre Ali était la suivante: un homme était venu vers le prophète et l’avait averti.
-Les idolâtres se sont rassemblés et ont pris la décision de t’attaquer cette nuit et de te tuer.
Le prophète s’enfuit alors pour se réfugier dans la grotte , conformément à la volonté d’Allah , et Ali dormit à sa place.


§ 288. — "La fuite".

Tout est conté avec beaucoup d'art, pour rehausser l'importance d'un moment pas si glorieux que cela. C'est une puissante ironie qui fait qu'un système religieux dont la raison d'exister est la conquête ait pris pour point de départ une fuite. Cela s'explique pourtant très bien, si l'on considère que cette fuite est une étape vers de plus grands objectifs , et finalement le petit point de départ d'une expansion mondiale. C'est du moins ce que la Tradition Islamique prétend démontrer.


1. — Le départ du chef et d'Abu Bakr.


Des aspects très techniques sont évoqués au moment du départ , qui en augmente le vraisemblable: les affaires financières de Muhammad , l'imprévoyance d'Abu Bakr , le choix du guide , etc...

(ibn Sa’d , Tabaqat I 272).

L’apôtre d'Allah chevauchait derrière Abu Bakr , sur sa chamelle (...) quiconque le rencontrait et lui demandait qui il était , il répondait:
-Je suis un chercheur en recherche.
Et quand on lui demandait qui était derrière , il disait:
-C’est le dirigeant qui me dirige.

(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 121).

Il y avait entre les mains du prophète de nombreux dépôts qui lui avaient été confiés. Il appela Ali ibn Abu Talib , et lui dit :
-Je partirai pendant la nuit ; toi reste encore ici deux ou trois jours , pour rendre aux hommes leurs dépôts. Quand la nuit fut venue , le prophète se rendit chez Abu Bakr. Celui-ci tenait prêtes pour la fuite deux chamelles. Il dit:
-Ô apôtre d'Allah , il y a , à une parasange d'ici , une montagne , dans laquelle se trouve une caverne582 ; c'est là qu'il faut aller.
Muhammad dit:
-J'y irai à minuit ; toi , tu partiras après moi. Ensuite le prophète rentra dans sa maison et dit à Ali: Je partirai cette nuit ; couche-toi à ma place et couvre-toi de mon manteau , pour que les incrédules croient que je suis là. Ne crains rien , ils ne pourront pas te tuer. Rends les dépôts demain , et ensuite viens me rejoindre.
Abu Jahl avait réuni les hommes des différentes tribus , qui , pendant la nuit , vinrent se cacher. Ils virent le prophète rentrer dans sa maison , et ils passèrent la nuit à sa porte , tandis que lui se coucha à l'intérieur. Quand la nuit fut un peu avancée , le prophète se leva , fit coucher , Ali à sa place et sortit de sa maison.
Abu Bakr dit à sa fille Asma:
-Je vais avec Muhammad dans la montagne ; il se pourra que nous y restions deux ou trois nuits ; apporte-nous chaque nuit de la nourriture et des informations concernant les Quraysh.
Abu Bakr avait un affranchi abyssin , nommé Amir , auquel il confia les deux chamelles , en lui recommandant de les leur amener le lundi.

(Bukhari , Sahih 64/28 , 8).
Aïsha a dit: Comme il était vivement persécuté , Abu Bakr demanda au prophète la permission de quitter La Mecque.
-Demeure ici , lui répondit le Prophète.
- Ô envoyé d'Allah , reprit Abu Bakr , espères-tu donc qu'Allah va t'autoriser à partir?
-Certes oui , je l'espère , répliqua l'envoyé d'Allah.
Abu Bakr attendit donc.
Un certain jour , vers midi , l'envoyé d'Allah vint chez lui et lui cria :
-Fais sortir les personnes qui sont chez toi.
- Je n'ai auprès de moi que mes deux filles , répondit Abu Bakr.
- Sais-tu bien , reprit le prophète , que j'ai reçu l'autorisation de partir ?
-Et tu m'emmènes , ô envoyé d'Allah?
-Je t'emnène.
-Ô envoyé d'Allah , répliqua Abu Bakr , j'ai deux chamelles que j'avais préparées pour notre départ. Abu Bakr donna l'une de ces chamelles , qui avait l'oreille fendue583 , au prophète , puis ils enfourchèrent tous deux leurs montures et se mirent en route. Arrivés à la caverne du mont Thawr , ils s'y cachèrent. Amir ibn Hohayra était esclave d'Abdallah ibn Tofayl ibn Sakhira , ce dernier frère utérin d'Aïsha , et Abu Bakr avait une chamelle laitière. Chaque jour après midi , Amir allait chercher la chamelle et reveùait avant le jour de façon à arriver le matin à la fin de la nuit. Ensuite il remmenait la chamelle au pâturage , en sorte qu'aucun berger ne savait ce qui se passait. Quand le prophète partit (pour Médine) , Amir l'accompagna avec Abu Bakr ; ils montaient à tour de rôle en croupe sur l'une des deux chamelles , et c'est ainsi qu'ils arrivèrent à Médine. (...)

Le guide de l'Hégire.
(Bukhari , Sahih 36/464).

Le prophète et Abu Bakr ont employé un païen de la tribu des Banu Ad Dayl et de la tribu des Banu Abu ibn Adi comme guide. Il était un expert , et il brisa son serment qu'il avait établi avec la tribu d'al As , et pourtant c'était quelqu'un de la religion des Quraysh païens. Le prophète et Abu Bakr avaient confiance en lui et leur donnèrent leurs chameaux de marche , et lui dirent d'aller à la grotte de Thawr après trois jours. Il leur apporta donc les deux chameaux pour chacun d'eux...

(Bukhari , Sahih 37/2).
D'après Aïsha: ... et l'envoyé d'Allah et Abu Bakr employèrent comme guide et moyennant salaire un homme des Banu ad Dil de la tribu des Banu Abd ibn Adi. Il était Khirrit , c'est-à-dire très expert dans le métier de guide. Il s'était engagé par serment dans la ligue formée par la famille de al As ibn Qayl et sa religion était celle des infidèles des Quraysh.
Muhammad et Abu Bakr avaient eu confiance en cet homme et chacun d'eux lui avait remis sa monture en lui donnant rendez-vous trois jours après dans la caverne de Thawr. Dans la matinée du troisième le guide amena les montures et les deux personnages se mirent en route emmenant avec eux Amir ibn Hohayra et le guide adilite qui leur fit prendre le chemin du littoral.

Abu Bakr laisse les siens sans ressources à la Mecque.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 330-1).

Quand l’apôtre est parti avec Abu Bakr , ce dernier emportait tout son argent pour une somme de cinq à six mille dirhams. Mon grand-père Abu Quhafa , qui avait perdu la vue , est venu pour nous dire qu’il pensait qu’Abu Bakr nous avait mis en difficulté en prenant pour son argent. Je lui ai dit qu’il nous avait laissé beaucoup d’argent. J’ai pris quelques pierres et je les ai mises dans une niche où Abu Bakr gardait son argent ; puis j’ai mis un tissu par dessus , j’ai pris sa main et j’ai dit:
-Mets ta main sur l’argent , mon père. Il dit alors: il n’y a pas à s’inquiéter: il a bien fait en nous laissant ça et j’aurai ce qu’il faut.
En fait , il ne nous avait rien laissé , mais j’ai voulu que l’esprit du vieil homme ne soit pas troublé.


2. Le refuge dans la grotte.

C'est l'épisode qui est resté le plus populaire dans la tradition musulmane et dans les croyances populaires alors qu'il n'apporte strictement rien sur le fond. Mais on aime , dans l'islam , les histoires simples.
Il pourrait s'agir aussi d'une contamition par le point de départ de toute l'affaire , dans la grotte du mont Hira584 , replacée judicieusement à un autre moment-clé de l'aventure. La grotte est de toute façon le lieu par excellence de résidence des ermites chrétiens: il faut bien que les récits musulmans trouvent quelque part des points d'appui à leurs inventions.
Enfin , l'épisode fixe le personnage d'Abu Bakr comme compagnon principal de Muhammad , et légitime sa prise de pouvoir en 632585 .

Le miracle de l’araignée.586
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 121).
Dans la même nuit , le prophète , accompagné d'Abu Bakr , se mit en route pour se rendre à Médine. Il y avait sur la route une caverne.
Le prophète dit à Abu Bakr:
-I1 faut nous cacher quelque part , car ils viendront immédiatement à ma poursuite. Ils entrèrent donc dans cette caverne , et Allah en cacha l'entrée par un buisson d'épines ; d'après l'ordre d'Allah , une araignée587 vint fixer sa toile sur l'entrée , et un pigeon vint y déposer ses oeufs et y couva aussitôt ses petits588.

Un extrait de récit inédit de l’Hégire: le refuge dans la grotte.

(Wahb b. Munabbih , Sira et Maghazi de l’Envoyé d’Allah PB 8).589
Si les chefs se perdent, leurs hommes se perdent aussi, même s’ils chevauchent sur les chemins.
Sur les rochers je voyais une trace fraîche, comme je n’en avais jamais rencontrée, sauf le vent d’est ou du sud qui souffle sans être vu. Je n ai jamais rencontre une trace pareille.
La main d Allah l’a a caché devant vous et moi pour que nous ne puissions pas le voir.
(...)
Abu Bakr raconta aussi:
-Ils s éloignèrent et passerent à côté de la grotte . Ils se disaient entre eux:
-Peut-être sont-ils passés par ici.
Mais on leur répondit:
-S ils étaient venus ici, la toile de l’araignée serait déchirée et la colombe envolée.
Et les gens s’éloignèrent.
Ali et Asma bint Abu Bakr leur apportèrent, à l’envoyé d'Allah et à Abu Bakr , de quoi manger.
Le troisième jour arriva, Ali et Asma se retrouvèrent dans la grotte, comme s’ils étaient des chevaux de compétition.

Le miracle des pigeons.
(Hanbal , Musnad 1/138).590
Durant l’Hégire , quand l’apôtre d'Allah s’est abrité de la poursuite des infidèles dans la grotte de Thawr , deux pigeons ont monté la garde à l’entrée , comme deux sentinelles , et une araignée , comme un garde , a couvert l’entrée par une toile épaisse. Comme Ubayy ibn Khalaf , un des chefs des Quraysh était sur le point d’entrer dans la grotte , ses amis lui suggérèrent d’entrer , mais il répondit:
-Il y a une toile ici , qui a été tissée avant même la naissance de Muhammad.
Les autres ajoutèrent:
-Les pigeons seraient-ils là si quelqu’un était dans la grotte?

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 123).
Après avoir tout réglé , le prophète et Abu Bakr partirent et entrèrent dans la caverne.
Quand le jour fut venu , et que les infidèles , à la place du prophète , ne trouvèrent qu'Ali , ils saisirent celui-ci et lui demandèrent où était Muhammad.
-Qu'en sais-je? répondit Ali , il s'est enfui d'auprès de vous.
Ils l'emmenèrent à la mosquée , et les Quraysh s'y rassemblèrent. Pendant quelque temps , Ali fut maltraité ; ensuite ils le laissèrent libre et se rendirent à la porte d'Abu Bakr , qu'ils ne trouvèrent pas. Alors ils firent proclamer qu'ils donneraient cent chameaux à poil roux591 à quiconque ramènerait Muhammad. On alla de tous côtés ; mais on ne découvrit aucune trace.
A la tombée de la nuit , Asma se rendit à la caverne et porta à manger à Muhammad et à Abu Bakr , et leur fit connaître les mouvements des Quraysh. Ils restèrent , comme ils l'avaient dit d'avance , trois jours dans la caverne , jusqu'à ce que les Quraysh eussent cessé leurs recherches. Alors Abu Bakr ordonna à Asma d'apporter , ce soir-là , une plus grande quantité de vivres et de dire à Amir d'amener les chameaux. La quatrième nuit , ils sortirent de la caverne , montèrent sur les chameaux et prirent avec eux un guide pour les conduire à Médine par un chemin détourné.

La visite de la grotte.
(ibn Zubayr , Relation de voyages 146-7).592
Parmi les montagnes où restent de nobles vestiges et des monuments vénéres citons la montagne Abu Thawr qui se trouve dans la direction du Yémen , à une parasange ou davantage. Elle renferme la grotte où le prophète s'est réfugié avec son compagnon as Siddiq (...) comme Allah l'a raconté dans son livre glorieux. J’ai , moi-même , lu dans les Chroniques de La Mecque d'Abu al Walîd al Azraqi593 que la montagne avait appelé le prophète en ces termes:
-Viens à moi , Muhammad Viens à moi , Muhammad! J'ai déjà abrité un prophète.
C'est là qu’Allah , puissant et majestueux , a donné tout particulièrement des signes évidents de prophétie
594 à Muhammad. Celui-ci egt en effet entré dans cette grotte avec son compagnon par un passage de deux tiers d'empan de large et une coudée de long. Lorsque les deux fugitifs furent en sûreté , Allah ordonna à une araignée de choisir 1a grotte comme asile et à une colombe d'y faire son nid et d’y pondre. Les polythéistes arrivèrent à la grotte conduit par un guide habile à reconnaître les traces de pas. Celui-ci s'arrêta devant la grotte et leur dit:
-C'est là que la piste se termine. Ou bien Muhammad est monté au ciel , ou il s'est enfoncé sous terre!
Ils virent l'araignée qui avait tissé sa toile dans l'ouverture de la grotte et la colombe avec se , oisillons éclos. Aussi les polythéistes dirent-ils:
-Personne n’est entré par là! et ils se retirèrent.
Alors As Siddiq dit au prophète:
-Envoyé d'Allah , si ces gens avaient pénétré dans la grotte , qu'aurions-nous fait ?
-S'ils avaient pénétré , nous serions sorti.s par là , dit-il , et il indiqua de sa main bénie l'autre côté de la grotte où il n'y avait aucune ouverture.
Un passage s'ouvrit immédiatement de par la force d’Allah , puissant et majestueux. Il peut faire tout ce qu'il veut!
Beaucoup de fidèles se rendent à cette grotte bénie. Ils s’abtiennent d'entrer par le passage qu’Allah , puissant et majestueux , a ouvert , mais désirent y pénétrer par l'ouverture par laquelle le prophète est entré , cela pour s'attirer ses faveurs. Celui-ci fait cette tentative s'étend sur le sol , tend la joue en face de l'ouverture , introduit en premier les deux bras et la tête , tentant de faire passer le reste du corps ; il en est qui réussissent , grâce à leur minceur , d'autres qui passent la moitié du corps dans la fente qui les retient. Alors ils essaient d'entrer ou de sortir , mais en vain. Ils restent donc coincés et éprouvent bien de la peine et de la difficulté , si bien qu'on est obligé de les tirer violemment en arrière. C’est pour cette raison que les gens sensés s'abstiennent. Mais il y a une autre raison choquante et infamante: le peuple prétend que celui qui n'est pas assez mince pour pénétrer dans cette grotte et y reste coincé sans pouvoir y entrer est un bâtard. Cette légende a été tellement véhiculée qu'elle a fini par devenir une vérité indubitable.
Celui qui reste bloqué dans l'ouverture de la grotte sans pouvoir y pénétrer non seulement est suspecté de façon honteuse et ignominieuse , mais encore souffre dans son corps de rester coincé dans ce passage étroit , risque de mourir de douleur , de suffocation et de dure souffrance. On dit en manière de proverbe:
Ne parvient à monter au mont Thawr que le taureau
595.

(ibn Battuta , Relation de Voyages 499).
Le mont Thawr , à une distance d'une parasange de la Mecque sur la route du Yémen. C'egt là que se trouve la dans laquelle se réfugia l'envoyé d'Allah lorsqu'il s’enfuit de La Mecque en compagnie du véridique596 comme le conte le noble livre. Al Azraqi a dit dans son ouvrage que le mont Thawr appela l'envoyé d'Allah:
-Viens à moi , Muhammad , viens a moi , viens à moi! J'ai abrité avant toi soixante-dix prophètes !
Une fois que le prophète fut entré dans la grotte , et se sentit en sécurité son compagnon le véridique , une araignée tissa ausitôt sa toile dans l'ouverture , une colombe y bâtit son nid et pondit ses œufs , par la grâce d'Allah. Les idolâtres parvinrent à la grotte , accompagnés de pisteurs qui dirent: c’est là que la piste s'arrête. Ils virent qu'une araignée tissé sa toile dans l'ouverture de la grotte et qu'une colombe avait pondu ses œufs. Ils dirent:
-Personne n'est entré là , et ils partirent.
Le véridique dit alors:
-Envoyé d’Allah , et s'ils avaient passé l'ouverture ?
- Nous serions partis par là , et il montra de sa main bénie le côté opposé.
Il n'y avait aucune issue , mais aussitôt une ouverture grâce à la puissance du souverain généreux.

L’allusion coranique à la grotte.
(Corpus coranique d'Othman 9/40).
Si vous ne le secourez point , Allah , en revanche , l’a secouru quand , expulsé par les infidèles , avec un seul compagnon , il disait à celui-ci alors qu’ils étaient tous deux dans la grotte597 :
-Ne t’attriste point! Allah est avec nous!
Allah fit descendre sur lui sa présence divine et le soutint de ses légions que vous ne voyiez point.
Allah fit de l’arrêt des infidèles celui qui a le dessous , tandis que l’arrêt d’Allah fut celui qui l’emporta.
Allah est puissant et sage.

(Tabari , Histoire des prophètes et des rois III 121).
Après avoir quitté la maison du prophète , les infidèles s'étaient dit que , le jour étant venu , il fallait aller à la recherche de Muhammad. Ils engagèrent donc un guide connaissant bien la route de Médine , marchèrent sur les pas de Muhammad , et arrivèrent à l'entrée de cette caverne. On prétend aussi qu'Iblis598 était venu avec eux et leur servait de guide. Alors , perdant de vue les traces de Muhammad et d'Abu Bakr , le guide dit:
-Je ne peux plus suivre leurs traces ; cependant il fait grand jour , et je les ai bien suivies jusqu'ici ; il faut qu'ils soient dans cette fissure.
Les autres lui dirent:
-Idiot ! cette fissure est couverte d'une toile d'araignée , et un pigeon y a fait son nid et a couvé des petits ; si quelqu'un y était venu , cela ne serait pas ainsi. Muhammad et Abu Bakr , dans la caverne , entendirent les voix de ces hommes , et purent aussi les voir. Abu Bakr dit:
-Ô apôtre d'Allah , les Quraysh infidèles sont arrivés , je crains qu'ils ne nous fassent périr. Le prophète répliqua:
-Ne crains rien , car Allah est avec nous ; cela est ainsi rapporté dans le Coran599 .
Voyant l'insuccès de leurs recherches , les hommes de la Mecque s'en retournèrent. Le prophète et Abu Bakr sortirent alors de la caverne , continuèrent leur route et arrivèrent à Médine.


3. — L'itinéraire.


Il est connu d'une façon très précise , comme s'il s'agissait d'un pèlerinage. Cela permet au moins de découvrir la géographie de la région sise entre les deux villes. Il s'agit sans doute aussi d'une reconstitution, selon des points de repères inventés plus tard sous le coup de mythes locaux.

Chanson d’un djinn sur l’hégire.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 330).

...Nous sommes restés pendant trois jours sans nouvelles jusqu’à ce qu’un des djinns soit apparu dans la partie basse de la Mecque en chantant des vers à la façon des Arabes. Les gens le suivaient et écoutaient sa voix alors qu’ils n’arrivaient pas à le voir , jusqu’à ce qu’il surgisse dans la partie haute de la Mecque , en chantant ceci:
Allah le seigneur des hommes a donné la meilleure des récompenses aux deux compagnons qui se sont reposés dans les tentes de Umm Mabad.
Ils sont venus avec de bonnes intentions et sont partis à la tombée de la nuit.
Puisse le compagnon de Muhammad prospérer!
Puisse le campement de la femme des Banu Kab leur apporter de la chance parce qu’elle a été un avantage pour les croyants.

Asma disait: quand nous avons entendu ces paroles , nous avons su que l’apôtre approchait de Médine. Ils étaient quatre: l’apôtre , Abu Bakr , Amir et Abdullah ibn Arqat leur guide.

L’étape de Qoba.
(Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois III 124).

Le prophète sortit de la Mecque le premier jour du mois rabîa premier ; il fut trois jours dans la caverne et arriva le douzième jour du mois à Médine. Il s'arrêta à Qoba , près de Médine , et s'assit sur une éminence de terrain , dans l'ombre. Les habitants de Médine , à la nouvelle de son arrivée , se rendirent auprès de lui. Le prophète arriva à Qoba le lundi ; le vendredi il y fit la prière , après avoir prononcé le sermon. Ensuite il monta sur son chameau. Tous voulurent saisir la bride du chameau et dirent :
-Descends chez moi!
Le prophète dit :
-Posez la bride sur le cou du chameau , il sait lui-même où il doit s'arrêter.
Le chameau marcha jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la mosquée. Là il se mit à genoux , et le prophète descendit. Ce terrain appartenait à deux orphelins , nommés Sahl et Sohayl. Le prophète alla demeurer dans la maison d'un homme nommé Khalid ibn Zayd , surnommé Abu Ayyub , qui avait une nombreuse famille et point de fortune. Pendant qu'il conduisait le prophète dans sa maison , chacun en particulier invita Muhammad à venir demeurer chez lui ; mais le prophète dit :
-La place d'un homme est là où se trouvent ses vêtements et ses bagages.

Itinéraire de l’Hégire.
(ibn Hisham , Conduite de l'envoyé d'Allah 333).

Leur guide , Abdullah ibn Arqat , les a pris en dessous de la Mecque. Ensuite , le long du rivage , ils traversèrent la route en dessous de Usfan ; plus sous Amaj ; ensuite , ils dépassèrent Qudayd par le chemin de al Kharrar et Thaniyyatul Marra jusqu’à Liqf.
Il les fit traverser par le point d’eau de Liqf , et descendit vers Madlajatu Mahaj , puis Marjih Mahaj , puis Marjih dhul Ghadwayn , puis la vallée de Dhu Kashr , puis al Jadajid puis al Ajrad , puis Dhu Salam de la vallée d’Ada , le point d’eau de Tahin , puis al Abadid puis le chemin d’al Fajja. Il les emmena ensuite vers al Arj ; et comme une de leurs montures a été abandonnée derrière eux , un homme des Aslam , Aws ibn Hujr de son nom a pris le prophète vers Médine sur son chameau , qui s’appelait ibn al Rida , envoyant avec lui un serviteur appelé Masud ibn Hunayda. Depuis Arj le guide les emmena vers Thaniyyatul Ayr à droite de Rakuda jusqu’à ce qu’il les fasse arriver à la vallée de Rim. Enfin , de Quba jusqu’aux Banu Amir ibn Awf le lundi 12 du mois de rabi ul awwal l’après-midi.

(Yaqubi , Les Pays , p. 149).
De Médine à la Mecque , il y a dix jours de marche , au milieu d'une région prospère et très peuplée. on y rencontre les localités suivantes:
Tout d'abord , Dhul Khulayfa , à 4 milles de Médine , où les pélerins venant de Médine se mettent en tenue de pèlerinage ; Khufayra , où habitent les Banû Fihr , clan de la tribu de Quraysh ; Malal , habitent actuellement des descendants de Jafar ibn Abi Talib ; Salyala , où habitent des descendants de Hasan ibn Ali ibn Talib ; autrefois , il y avait des groupes de Quraysh et d'autres tribus. Rawha , où habitent des Muzayna ; Muwaytha , où habitent les descendants d'Othman ibn Affan et d'autres Arabes ; habitent également des Muzayna ; Sukya Banu Ghitar , résidence des Banu Kinana ; Abwa résidence des Aslam ; Juhfa , où habitent des groupes des Banu Sulaym: à 2 milles de Juhfa et à l'écart de la route se trouve Ghadir Khumm ; Kudayd , résidence des Khuzaa ; Usfan ; Marr Zahran , résidence des Kinana ; la Mecque.

(Malik , Muwatta 45/4 , 14).600
Il dit:
-Ô Allah! Fais nous aimer Médine autant que la Mecque , ou même plus.





Chapitre 50


"Le beau modèle"
ou
La Perfection au masculin...



§ 289. — Présentation.

Le texte coranique n'est pas un éloge constant de la personne de Muhammad601 ; les éloges et les affirmations de perfection602 sont assez isolés603 mais toujours très appropriées aux circonstances. Il est même parfois sérieusement rabroué , ce qui n'empêche pas dès le début de le présenter comme un exemple.604
Il est surtout question du pouvoir absolu exercé sur les fidèles et l' obéissance due au chef et à l'évidence , légitimés par le lien privilégié entre lui et sa divinité.
Pourtant , les musulmans les plus érudits , et aussi les plus fanatiques s'accordent pour rappeler que la doctrine elle-même refuse toute conception surnaturelle de Muhammad , qui s'apparenterait à de l'idolâtrie , notamment pour l'opposer à la figure du Christ sur ce point605.

En revanche , la Tradition Islamique va fonder pour longtemps le dogme absolu de l'impeccabilité de la personne de Muhammad , parvenu au poste de prophète. Dans tous les domaines , il devient un modèle606 absolu pour l'Humanité607 , prototype du genre humain , exemple de comportement idéal pour tous (et surtout les hommes) , alliant toutes les qualités , physiques , morales , spirituelles et intellectuelles608. Chaque parole609 et chaque geste est destiné à guider les millions de musulmans à venir et devant la masse des dizaines de milliers de hadiths , la critique ou l'indifférence ne sont pas les bienvenus. Celui qui se rend coupable d' "insulte au prophète"610
risque la mort , qu'il soit musulman ou non. Les critiques face au phénomène sont rarissimes611.

La mystique musulmane s'est aussi emparé de cette matière: le nom est devenu sain , magique , symbolique612: il est considéré comme une lumière613 , une force, une essence propre614 , et parfois même l'entité qui a donné naissance au monde lui-même615. Les soufis veulent aussi atteindre une forme d'union réelle avec le personnage susnommé616. Les shiites s'appuient sur le culte du personnage pour gloriflier toute la lignée qu'il aurait fondée , et sur le dogme de son infaillibilité pour asseoir celle de leur imam suprême. Des milliers d'individus ont fondé leur prestige et leur domination , en tant que "nobles"617 sur une ascendance imaginaire avec ce personnage. La religion populaire s'est emparée du thème avec passion, hors de contrôle des instances religieuses , et la passion devient délire.618
Il n'est possible ici que de présenter une petite quantité de textes représentatifs ou incongrus mais toujours éditfiants , parmi une masse prodigieuse. Mais cela ne suffira certes pas à faire comprendre au non-musulman l'ampleur de ce phénomène unique dans l'Histoire de l'humanité619 , un phénomène qui est allé s'amplifiant620 et qui , gardant toute son intransigeance , reste incontournable621 .
C'est tout simplement , et absolument et de toute éternité , "le meilleur des êtres de la terre"622 . L'essentiel est de le croire623 , ou pas.

Pour finir, il serait peut-être intéressant de réfléchir aux origines probables de ce traitement dithyrambique de la figure prophétique, alors que le texte coranique réprouve ces excès. C'est sans doute la confrontation avec les chrétiens (l'empire byzantin surtout), qui placent la figure du Christ au centre de leur théologie, qui a poussé les musulmans à développer leur passion pour Muhammad, et à inventer tous ces récits le concernant. Par la masse d'information, le Christ est surclassé , et les Byzantins submergés!


La règle...
(Ibn Hanbal, Musnad I 47,55).
...L'envoyé d'Allah a dit:
-Ne me louez pas à l'excès comme on a loué Jésus fils de Marie624 , et dites "Serviteur d'Allah et son envoyé".625



§ 290. — "Le beau modèle".

Muhammad ou l'exemplarité absolue , la quintessence du paradigme. Les mots manquent. Par chance le Corpus coranique lui-même fixe les règles de l'exemplarité.

(Corpus coranique d'Othman 33/21).

Croyants! vous avez dans l'apôtre d'Allah , un bel exemple pour quiconque espère en Allah et au dernier jour et invoque Allah fréquemment.

(Corpus coranique d'Othman 68/2-3).
En vérité , tu auras certes une rétribution exemple de reproche.
En vérité , tu es d'une condition morale éminente.

(Corpus coranique d'Othman 4/82).
Quiconque obéit à l'apôtre obéit à Allah.

(Bukhari , Sahih 73/ 120)626
Le meilleur discours est le livre d’Allah et le meilleur exemple est l’exemple de Muhammad.

(Bukhari , Sahih 78/70 ,2).
Abdallah a dit: la meilleure des traditions627 , c'est le livre d'Allah , la plus belle attitude est celle de Muhammad.

(Bukhari , Sahih 112/ 401)628 .

Le prophète portait un anneau d’or et les gens le suivirent en portant des anneau d’or. Puis le prophète dit:
-J’ai cet anneau fait pour pour moi.
Puis il le jeta et dit:
-je ne le mettrai plus.
Alors les gens les jettèrent aussi.

(Bukhari , Sahih 78/68 , 8).
Aïsha a dit :
-Je n'ai jamais vu le prophète rire à gorge déployée au point de montrer sa luette. Il se contentait du sourire.

Le prestige du nom de Muhammad.
(ibn Sa’d , Tabaqat 1 ,1 , 66).629

Si vous avez cent fils , appelez-les tous Muhammad.

(Bukhari , Sahih 77/103).
Abdallah ibn Zayd a rapporté qu'il avait vu le prophète étendu sur le dos à la mosquée , une jambe relevée au-dessus de l'autre.

Science des oiseaux.
(Tabari , Tafsir 6/39).

Abu Dharr ahjouta :
-Vraiment nous avons quitté l'apôtre d'Allah , ... et pourtant il n'est pas d'oiseaux qui bougent ses ailes dans le ciel sans que cela ne nous rappelle une science630 venant du prophète.

(ibn Sad , Tabaqat I 11).
Parmi les choses de votre monde m'ont été rendus chers les femmes et le parfum631 ; et la fraîcheur de mon oeil632 est dans la prière.

Conseils pratiques.
(Muslim, Sahih 2/ 0505).633

... quelqu’un parmi les polythéistes remarquait:
-Je vois que votre ami vous apprend aussi des choses à propos des excréments...

De l'inconvénient d'être prophète.
(Muslim, Sahih 2/ 510).634

Abdullah ibn Umar a dit:
-Je suis allé sur le toi de ma soeur Hafsa et j’ai vu le messager d’Allah déféquer face à la Syrie , avec le dos contre la qibla.

(ibn Hanbal , Musnaf 6/226-5/364).
Urwa dit: La femme de Uthman ibn Mazun s'appelait , je crois , Khawla bint Hakim , entra chez Aïsha ; elle était mal mise et négligée. Aïsha lui demanda:
-Mais que t'arrive t-il.
-Mon mari , dit-elle , la nuit , il se lève pour prier et le jour il jeûne .
Le prophète entra , et Aïsha lui rapporta cela. Et lorsqu'il rencontra Othman , l'envoyé d'Allah lui dit:
-Le monachisme ne nous a pas été prescrit. N'as-tu pas en moi un modèle à imiter? Par Allah , parmi vous , je suis celui qui a le plus la crainte de Allah et la connaissance de ses lois.

Khalaf dit: J'arrivai à Médine , au temps où j'étais encore jeune homme. J'étais enveloppé d'un manteau qui j'avais , à rayures , et que je traînais.
Un homme m'aborda il fit un clin d'œil à mon sujet à quelqu'un qui était avec lui puis il me dit:
-Si tu relevais ton vêtement , il te ferait plus d'usage et ce serait plus propre. Je me retournai et voici que c'était l'envoyé d'Allah qui était avec lui. Je dis:
-Envoyé d'Allah , ce n'est qu'un manteau à rayures.
-Et quand bien même , me dit-il! Que ne fais-tu selon le modèle que je te donne à imiter!
-Alors je regardai son vêtement: sous les mollets , son manteau arrivait au-dessus des chevilles.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 243).
Hudayfa a dit: quand l’envoyé d'Allah s’allongeait dans un lit, il disait:
-Ô Allah! En ton nom je vis et je meurs.635
Quand il se réveillait, il récitait cette prière: Louage à Allah celui qui nous rend à la vie, nous donne la mort et en qui il y aura la résurrection.636

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 244).
Aïsha raconte: chaque nuit, l’envoyé d'Allah dormait dans son lit, il mettait ensemble ses mains, soufflait dessus et récitait les sourates..., et essuayit les parties de son corps accessibles. Il commençait par la tête, le visage, puis la partie avant de son corps. Il le faisait trois fois.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 247).
Abu Qatada a raconté: si l’envoyé d'Allah faisait une pause matinale dans la dernière partie de la nuit, au cours de ses voyages, il dormait sur son côté droit. S’il restait jusqu’au matin, il tirait son bras, posait sa tête dessus et dormait.


§ 291. — La merveille suprême.
Muhammad comme stade ultime de la perfection humaine. Il est encore licite d'en sourire.

Prophète par dessus tout.
(ibn Sad , Tabaqat 8/35).637

J'ai dit:
-apôtre d'Allah , quand e tu devenu prophète?
Il a dit:
-Quand Adam était encore entre le corps et l'esprit.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 427).
L’apôtre d'Allah était le meilleur homme de toute l’humanité.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 428-9).
-Comment l’apôtre d'Allah se comportait chez lui?638
-Il était le plus doux et le plus gentil de toute l’humanité ; et il était un homme comme toi , mais avec un sourire aimable.
(...)
-Comment l’apôtre d'Allah se comportait chez lui?
Il faisait comme tout le monde , il rapiéçait ses vêtements , et réparait ses chaussures.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 431).
L’apôtre d'Allah n’a jamais battu de serviteur ou de femme ; il n’a jamais frappé avec sa main , sauf dans le combat sur le chemin d’Allah.

Le dogme de l'infaillibilité.
(Corpus coranique d'Othman 33/36-39).

Il n'est ni d'un croyant ni d'une croyante , and Allah et son apôtre ont décrété une affaire , d se donner à choisir sur cette affaire. Quiconque désobéit à Allah et à son apôtre est dans un égarement immense.
(...)
Contre le prophète , nul grief à l'égard de ce qu'Allah lui a imposé , conformément à la coutume d'Allah , à l'endroit de ceux qui furent antérieurement - que l'ordre d'Allah soit un décret décrété-!639

Le monde et moi.
(Bukhari , Sahih 2/14).640

Personne d’entre vous n’aura la foi s’il ne m’aime pas plus que son père , ses enfants et toute l’humanité.

(ibn Sad , Tabaqat I 148-9).
J'étais le serviteur d'Allah et le sceau des prophètes alors qu'Adam était encore de l'argile641 gisant à terre. Je fus le premier des hommes à être créé et le dernier à être envoyé par Allah.

Douceurs de la foi.
(Bukhari , Sahih 2/ 15).642

Le prophète a dit:
-celui qui possède ces trois qualités profitera des douceurs de la foi643 :
-celui pour qui Allah et son apôtre sont plus chers que tout le reste.
-celui qui aime une personne en l’aimant seulement par la grâce d’Allah.
-celui qui déteste la possibilité de retourner à l’incroyance , comme il détesterait être jeté dans le feu.”

Le trésor.
(Dawud , Hadith).

Le prophète a dit:
-Ce n'est pas de ma responsabilité d'accorder ou de refuser. Je suis simplement un trésor , distribuant ce qui m'est ordonné.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 213).
Aïsha a raconté que la parole de l’envoyé d'Allah n’était pas rapide et continu comme les vôtres. Il parlait clairement, mot après mot. Une personne assise en sa compagnie se souvenait de tout ce qu’il avait dit.


(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 215).
J’ai demandé à mon oncle Hind ibn abu Halah qui avait toujours décrit les caractéristiques de l’envoyé d'Allah de me décrire comment l’envoyé d'Allah parlait. Il répondit que l’envoyé d'Allah s’inquiétait beaucoup de l’au-delà. et qu’il était toujours en train de réfléchir. A cause de ces choses, il n’était jamais libre de penser et ne se reposait pas. Il parlait toujours clairement du début jusqu’à la fin. Il parlait de façon concise, quand les mots sont rares et signifient davantage. Chaque mot était plus clair que le précédent. Il n’y avait pas de discours insensé, ni de demi-discours dont le sens n’était pas complet et ne pouvait être compris. Il appréciait toujours grandement les bénédictions d’Allah, même si elles étaient très soudaines, il ne les critiquait pas. Il ne critiquait pas la nourriture, ni ne la louait de manière exagérée. Si quelqu’un exagérait en matière religieuse ou contre la vérité, il se mettait en colère au point que personne ne pouvait le supporter, et personne ne pouvait cesser avant qu’il ne se venge. Si pour quelque raison il faisait un geste ou pointait dans une direction, il le faisait avec sa main entière. Quand il était surpris par quelque chose, il retournait ses mains, et quand il parlait, parfois, dans la conversation, il bougeait les mains, ou parfois frappait dans la paume de sa main droit avec la partie intérieure de son pouce gauche.
Quand il se fâchait contre quelqu’un, il détournait son visage de cette personne, et ne faisait plus attention à cette personne ou il oubliait cette personne. Quand il était heureux à cause de son humilité, il semblait que c’était comme s’il fermait les yeux. Le rire de l’envoyé d'Allah était plutôt un sourire, au moment où sa dent de devant brillait comme une pierre blanche et brillante.


§ 292. — Le pouvoir absolu.

Muhammad comme dépositaire et gestionnaire de la puissance divine sur terre, sur laquelle il n'est pas dit grand chose. Des modèles politiques réels, basileis, shahs, califes, ont dû servir de repères pour exprimer ici la puissance politique ultime et l'obéissance absolue qui lui est due. Ces exhortations à l'obéisance date des époques où tant de califes voient leurs pouvoirs contestés: de tels textes doivent ramener les sujets au silence.
Si l'on constate actuellement l'avancement démocratique dans tous les pays musulmans, on ne peut que constater l'efficacité de ces mots!


Lieutenant d'Allah sur terre.
(Bukhari , Sahih 4/ 171).644

L’apôtre d’Allah a dit:
-Celui qui m’obéit obéit à Allah , et celui qui me désobéit , désobéit à Allah et celui qui obéit au chef que j’ai nommé , m’obéit , et celui qui lui désobéit , me désobéit.

(Bukhari , Sahih 93/1 , 1).
Abu Hurayra a rapporté que l'envoyé d'Allah a dit:
-Quiconque m'obéira , obéira à Allah ; quiconque me sera rebelle , sera rebelle à Allah ; celui qui obéira à mon délégué m'obéira ; quiconque sera rebelle à mon délégué me sera rebelle.

(Bukhari , Sahih 93/4 , 3).
Abdallah ibn Omar a rapporté que l'envoyé d'Allah a dit:
-La soumission et l'obéissance sont dues par tout homme musulman , qu'il s'agisse d'une chose qu'il approuve ou qu'il juge répréhensible tant qu'on ne lui ordonne pas d'être rebelle à Allah. Alors seulement il ne devra ni se soumettre , ni obéir645 .


§ 293. — De capacités surhumaines.

Muhammad dépassant les normes physiques de la condition humaine. Dans ces moments, la Tradition Islamique perd tout contrôle et sombre dans le grotesque.

Des yeux derrière la tête.
(Bukhari , Sahih 12/709).646

Le prophète a dit: accomplis ton inclinaison et tes prosternations correctement. Par Allah , je te regarde depuis derrière moi , quand tu te penches et que tu te prosternes.

La puissance sexuelle incarnée
(Bukhari , Sahih 5/268).647

Le prophète avait l’habitude de rendre visite à toutes ses femmes à la suite , jour et nuit et elles étaient au nombre de onze.
J’ai demandé à Anas:
-Le prophète avait assez de force?
Anas répondit:
- Nous avions l’habitude de dire que le prophète avait reçu la force de trente hommes...

(Bukhari , Sahih 67/ 6).648
Le prophète avait des relations sexuelles avec toutes ses femmes en une nuit et il avait neuf femmes. 

(ibn Sa’d , Tabaqat I 439).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Gabriel a apporté une casserole dans laquelle j’ai mangé et j’ai reçu la pouvoir sexuel de 40 hommes.
(...)
A l’apôtre d'Allah a été accordé d’avoir la puissance sexuelle de 40 hommes.

Prophète ou Satan
(Muslim , Sahih 29/5635).

Abu Hurayra rapporte que l'envoyé d'Allah a dit:
-Celui qui m'a vu dans un rêve m'a vraiment vu , parce que Satan ne revêt pas ma forme dans un rêve.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 393).
Yazid al Farsi ibn Hormuz, qui était un calligraphe du Coran, a vu l’envoyé d'Allah dans un rêve, au temps d’ibn Abbas. Il raconta son rêve à ibn Abbas, qui dit:
-L’envoyé d'Allah disait que le satan ne pouvait pas l’imiter, et que la personne qui le voyait en rêve le voyait vraiment.
Après cela, il demanda:
-Peux-tu me décrire la personne que tu as vue dans ton rêve?
-Oui, je peux, je vais te décrire un homme dont le corps et la taille sont moyennes. Il a un teint couleur de blé, avec un peu de blancheur. Les yeux comme ceux qui ont du kohl. Un visage souriant. Un visage beau et rond. Une barbe compacte autour de son auguste visage, qui pointait au bout de sa poitrine...

Insomnie.
(Bukhari , Sahih 4/5).

Puis vint quelqu'un lui annonçant le moment de la prière. Il se mit debout avec lui pour prier ; il accomplit la prière et ne fit pas d'ablution.
Nous dîmes à Amir:
- Il y a des gens qui disent que l'envoyé d’Allah , son oeil dort mais son cœur ne dort pas.


(Sharani, Kashf al Ghumma).649
Le prophète pouvait voir dans les quatre directions , et voyait aussi bien de jour que de nuit. Quand il marchait avec un homme grand, il paraissait plus grand, et quand il était assis, ses épaules étaient plus hautes de celles des autres hommes.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 117).
Quand l’envoyé d'Allah marchait, il portait sa jambe avec vigueur. Il ne trainait pas le pied par terre, comme font les femmes. Quand il marchait, à cause de la rapidité et de la force de ses jambes, on aurait dit qu’il descendait d’un endroit élevé.




§ 294. — Une icône idolâtrée.

Muhammad objet d'un culte à sa mesure. L'on verra ici de surprenantes pratiques relevant du fétichisme le plus échevelé.

(Bukhari , Sahih 79/41).

D'après Anas , Umm Sulaym étendait un tapis de pour pour le prophète afin que celui-ci y fit la sieste quand il était chez elle. Quand le prophète était endormi , elle recueillait sa sueur qu'elle mettait avec des cheveux du prophète pour les incorporer ensuite dans une pâte parfumée. Quand Anas fut sur le point de mourir , il recommanda qu'on mit dans son linceul un peu de cette pâte , ce qui fut fait.

(Bukhari , Sahih 4/171).650
J’ai dit à Abida:
-J’ai quelques cheveux du prophète que je tiens d’Anas et de sa famille.
Abida dit:
-Aucun doute que si j’avais un seul cheveu il serait plus important pour moi que le monde entier et tout ce que se trouve dedans.

Témoignage sur le pouvoir de Muhammad.
(ibn Hisham , Conduite de l’envoyé d’Allah 744).

Il651 s’éloigna de la présence de l’apôtre en ayant constaté comment ses compagnons le traitaient. Quand il faisait ses ablutions , ils couraient pour récupérer l’eau qui avait utilisée. Quand il crachait , ils se ruaient sur le crachat. Si un cheveu tombait de sa tête , ils se précipitaient pour le récupérer. Il retourna chez les Quraysh et dit:
-Je suis allé voir Khosroès dans son royaume , le César dans son royaume , le Négus dans son royaume , mais je n’ai pas vu un roi parmi son peuple comme Muhammad et ses compagnons. J’ai vu un peuple qui ne l’abandonnera pour aucune raison...

(Bukhari , Sahih , 54/15).
Urwa , jetant ensuite un regard de ses deux yeux sur les compagnons du prophète , dit :
-Par Allah! l'envoyé d'Allah ne peut lancer un crachat sans qu'il ne tombe dans la main d'un de ses compagnons qui s'en frotte ensuite le visage et la peau. Quand il donne un ordre , tout le monde s'empresse de l'exécuter ; s'il fait ses ablutions , on se bat pour en recueillir l'eau. S'il parle , tous ceux qui sont auprès de lui baissent la voix. Personne ne fixe son regard sur lui , tant est grand le respect qu'il inspire.
Urwa retourna auprès de ses concitoyens et leur dit :
-Ô mes concitoyens , par Allah! j'ai été en députation chez des princes ; j'ai été en ambassade auprès des César , des Khosroès et des Négus.
Eh bien! Par Allah! je n'ai vu aucun prince que son entourage honorât autant que les compagnons de Muhammad honorent Muhammad.
Par Allah! il ne peut lancer un crachat sans qu'il ne tombe dans la main d'un de ses Compagnons qui s'en frotte ensuite le visage et la peau. Quand il donne un ordre , tout le inonde s'empresse de l'exécuter. S'il fait ses ablutions , on se bat pour en recueillir l'eau. S'il parle , tous ceux qui sont auprès de lui baissent la voix. Personne ne fixe son regard sur lui , tant est grand le respect qu’il inspire. Il vous offre une chose juste652 , acceptez-la.

(Bukhari , Sahih 56/ 751).653
Le prophète était de taille modérée avec des épaules larges et des cheveux longs atteignant les lobes des oreilles. Une fois , je l’ai vu en cape rouge et je n’ai jamais vu personne de plus beau.

(Bukhari , Sahih 56/ 762).654
Je n’ai jamais touché une soie plus douce que la paume du prophète , et je n’ai jamais senti un parfum aussi bon que la sueur du prophète.


§ 295. — Bon appétit!

Muhammad guide des manières et usages de table.655 comme il l'a fait de ceux de la défécation. Des milliards de musulmans ont pu calquer leur comportement sur celui-ci.

Un pieux repas.
(Hanbal , Musnad 1/460).

Nous pouvions entendre la nourriture glorifier Allah , quand nous étions à manger avec l’apôtre d'Allah.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 452).
L’apôtre d'Allah avait coutume de faire trois pauses pour respirer quand il buvait de l’eau , et il en disait:
-C’est plaisant , béni et délicieux.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 448).
J’ai vu manger l’apôtre d'Allah , avec trois doigts (...) avec le pouce , l’index et le majeur (...). Je l’ai vu lécher ses trois doigts pour les nettoyer. D’abord le majeur , puis l’index puis le pouce.656

(Muslim, Sahih 2-531).
D'après ibn Abbâs , l'envoyé d'Allah après avoir mangé de l'épaule de mouton, pria sans refaire ses ablutions.

(Muslim, Sahih 2-533).
Amir ibn Umayya raconte qu'il a vu l'envoyé d'Allah dépecer une épaule de mouton et en manger; puis, il a prié sans refaire ses ablutions.

(Muslim, Sahih 2-535).
D'après Maymûna, la femme du prophète , le prophète mangea chez elle de l'épaule de mouton et pria ensuite sans refaire ses ablutions.

(Muslim, Sahih 2-537).

D'après ibn 'Abbâs , l'envoyé d'Allah ayant bu du lait, se fit apporter de l'eau et se rinça la bouche; puis dit :
-"C'est parce que le lait contient de la graisse".

Bon appétit
(Hadîth: Bukhari 67/ 426)657 .

J’ai vu le prophète manger du poulet.658

Sucré-salé.
(Bukhari , Sahih 70/47).

Abdallah ibn Jafar a dit:
-J'ai vu l'envoyé d'Allah manger des dattes fraîches avec des concombres.

(Bukhari , Sahih 72/26 ,1).
Abu Musa al Ashari a dit:
-J'ai vu le prophète manger des poules659.


(Bukhari , Sahih 70/8 , 5).
D’après ibn Abbas660 , Umm Hofayd bint al Harith ibn Hazn , la tante d’ibn Abbas , offrit à manger au prophète du beurre , du fromage blanc et des lézards661. Elle fit servir les lézards et on en mangea à la table du prophète qui , lui , les laissa sans y toucher , comme s’il en éprouvait du dégoût. Si un tel mets était interdit , on n’en aurait pas mangé à la table du prophète et il n’aurait pas invité à en manger.

(Bukhari , Sahih 70/14).
Aibn Abbas rapporte que Khalid ibn Walid a dit:
-On apporta du lézard rôti. Comme il étendait la main pour en prendre , on lui dit que c’était du lézard.
-Serait-ce interdit? lui demanda Khalid.
-Non , répondit-il , mais il n’y en a pas dans mon pays natal , il me répugne d’en manger.
Khalid mangea le lézard sous les yeux de l’envoyé d'Allah qui le regardait.

(ibn Sad , Tabaqat 8/29) . 662
J’ai demandé à l’envoyé d'Allah des informations sur le fait de manger des renards.
Il répondit:
-Mais qui peut manger des renards?
J’ai demandé pour les loups.
-Qui peut trouver bon de manger des loups?
J’ai demandé pour les hyènes et il dit:
-Des gens mangent des hyènes?
J’ai demandé à propos des lézards , et il a dit:
-Je ne les mange pas , mais je ne les interdits pas.

(Dawud , Hadith 26/ 3708)663
Le prophète a interdit qu'un homme boive alors qu'il est debout. 

(Muslim, Sahih 2-542).
D'après ibn 'Abbâs , l'envoyé d'Allah passa un jour auprès d'un mouton crevé qui avait été offert en aumône à une affranchie de Maymûna.
-"Pourquoi, dit-il, ne profitez-vous de sa peau; tannez-la et en faites usage?"
-"C'est un animal crevé", répondit-on.
-"Il est interdit seulement d'en manger", reprit le prophète.


A Table.
(Bukhari , Sahih 70/3 ,1).

Abu Salama , le fils d’Umm Salama , la femme du prophète a dit:
-Un jour que je mangeai , avec l’envoyé d'Allah , je me mis à prendre des morceaux dans le plat de tout côté.
-Mange ce qui est devant toi , me dit l’envoyé d'Allah.

(Dawud , Hadith 27/ 3763)664
Le prophète a dit :
- Quand l'un d'entre vous mange , il ne doit pas manger en haut du plat , mais il doit manger en bas ; parce que la bénédiction vient d'en haut. 

(Bukhari , Sahih 72/34).
ibn Abbas rapporte d’après Maymuna qu’une souris était tombée dans de la graisse et qu’elle y était morte.
Interrogé à ce sujet , le prophète dit:
-Enlevez la souris et la graisse qui l’entoure et mangez le reste.

(ibn Sad , Tabaqat 8/30)665 .
Elle666 a dit:
-Nubaysha est venue alors que nous mangions dans un bol et elle a dit: l’envoyé d'Allah nous a dit que celui qui mangeait dans un bol ,et qui le lêchait ensuite était pardonné.

Courges.
( Bukhari , Sahih 70/4).

Un tailleur avait préparé un repas et y convia l'envoyé d'Allah. Je me rendis à cette invitation avec l'envoyé d'Allah , et je vis celui-ci chercher dans tous les coins du plat les morceaux de courge. Depuis ce jour-là , je n'ai cessé d'aimer les courges.
Omar ibn Abu Salama ajoute:
Le prophète me dit:
-Mange de la main droite.

(ibn Sad , Tabaqat 8/26).
Anas ibn Malik a dit:
-Des cavaliers de l'envoyé d'Allah sont venus nous attaquer667 et je suis allé voir l'apôtre d'Allah alors qu'il mangeait. Il a dit:
-Viens et mange.
J'ai dit:
-Je jeûne.
Il dit:
-Allah a allégé le jeune pour le voyageur , la femme enceinte et qui allaite.
Par Allah , le prophète a parlé pour d'eux et de chacun d'eux.
Je regrette toujours de ne pas avoir mangé de la nourriture du prophète!

(ibn Sa’d , Tabaqat I 460)
L’apôtre d'Allah aime bien les douceurs et le miel.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 461).
J’ai approché du prophète et j’ai apporté du pain , avec du gras et une citrouille. J’ai vu qu’il désirait la citrouille , alors je l’ai mise devant lui.
(...)
Depuis que j’ai vu le prophète désirer manger une citrouille , je n’ai jamais cessé de le faire.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 461).
J’ai vu le prophète manger des concombres avec des dattes.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 462).
J’ai vu le prophète manger une épaule (d’agneau?) debout , se rincer la bouche puis faire la prière , sans ajouter une ablution.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 463).
J’ai vu le prophète mélanger la viande et les dattes.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 463).
Le mets préféré du prophète était le tharid de pain668 , et le tharid de dattes669 .

(ibn Sa’d , Tabaqat I 464).
Un plateau de dattes a été présenté devant le prophète. Il s’est agenouillé , en a pris des poignées et en a donné à ses femmes. Il en a pris ensuite d’elles , les a mangées et a jeté les noyaux sur son côté gauche. Une chèvre noire les a mangés.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 464).
J’ai dit:
-Ô apôtre d'Allah! Quand tu m’envoies de la nourriture , je vois la marque de tes doigts dessus , alors j’y mets mes doigts aussi. Mais cette nourriture ne contient pas de marques!
-Oui! C’est un oignon , et je n’aime pas le manger , parce que l’ange me rend visite ; mais toi tu peux en manger.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 465).
De la poudre d’amande fut apportée devant le prophète et il sembla effrayé par elle.
-Qu’est-ce que c’est?
-De la poudre d’amande.
-Ecartez-moi ça! C’est la boisson des gens riches.

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 748)670 .
Selon ibn 'Abbâs, le messager d'Allah a dit :
-"Quand l'un de vous mange, qu'il ne s'essuie pas les doigts avant de les avoir léchés ou de les faire lécher".

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 749).
Ka'b ibn Mâlik a dit : "J'ai vu le messager d'Allah manger avec trois doigts. Une fois qu'il avait fini de manger, il les léchait".

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 750).
Selon Jâbir , le messager d'Allah a ordonné de se lécher les doigts et de lécher le plat. Il disait :
-"Vous ne savez pas dans quelle partie de votre (façon de) manger se trouve la bénédiction d'Allah".

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 751).
Encore selon lui, le messager d'Allah a dit :
-"Quand l'un de vous laisse tomber une bouchée, qu'il la ramasse, l'essuie et la mange sans la laisser au Diable. Qu'il ne s'essuie pas les doigts à la serviette avant de les avoir léchés car il ne sait pas dans quelle partie du manger se trouve la bénédiction d'Allah".

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 752).
Toujours selon lui, le messager d'Allah a dit :
-"Le Diable ne cesse d'épier l'un de vous dans tout ce qu'il fait jusqu'à ce qu'il se trouve à ses côtés quand il mange. Quand l'un de vous laisse tomber une bouchée, qu'il la ramasse, l'essuie et la mange sans la laisser au Diable. Une fois qu'il a fini de manger, qu'il se lèche les doigts car il ne sait pas dans quelle partie du manger se trouve la bénédiction d'Allah".

(An Nawawi, Le Jardin des Vertueux 753).
Anas rapporte que le messager d'Allah , une fois qu'il avait mangé quelque chose, se léchait les trois doigts et disait :
-"Quand l'un de vous laisse tomber une bouchée, qu'il la ramasse, l'essuie et la mange sans la laisser au Diable". Il leur a ordonné de racler le fond du plateau en leur disant :
-"Vous ne savez pas dans quelle partie du manger se trouve la bénédiction d'Allah".

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 130).
L’envoyé d'Allah léchait ses doigts trois fois après avoir mangé.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 137).
ibn Abbas a rapporté: l’envoyé d'Allah et sa famille ont passé plusieurs nuits sans manger, parce qu’il n’y avait pas de dîner. Le pain de l’envoyé d'Allah était souvent fait de froment.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 138).
Quelqu’un a demandé à Sahl si l’envoyé d'Allah avait mangé du pain faite de bonne farine blanche.
Il répondit:
-La bonne farine blanche n’est pas arrivée chez l’envoyé d'Allah avant ses derniers jours.
L’interrogateur poursuivit:
-Les gens tamisaient de la farine au temps de l’envoyé d'Allah?
Il répondit:
-Non.
-Comment le pain était fait, à partir du froment?
Sahl répondit:
-Nous soufflions dans la farine et les particules plus grosses partaient. Le reste était mis dans une pâte.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 140).
Masruq a dit: je suis allé voir Aïsha. Elle préparait de la nourriture pour moi et elle me dit:
-Je n’ai jamais mangé sans ressentir l’envie de pleurer. Et elle se mit à pleurer.
Masruq a demandé: pourquoi pleures-tu?
Elle répondit:
-Je me souviens de la condition matérielle de l’envoyé d'Allah, au moment où il nous a laissé pour l’autre monde. Je jure par Allah qu’il n’a jamais rempli son estomac deux fois en une journée avec de la viande ou du vin.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 141).
Aïsha a dit: l’envoyé d'Allah n’a jamais rempli son ventre de pain fait de froment deux jours de suite avant de mourir.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 196).
Ibn Abbas a dit: Khalid et moi nous avons accompagné l’envoyé d'Allah dans la maison de Maymuna. Elle servait du lait dans un récipient. L’envoyé d'Allah buvait dedans. J’étais à sa droite et Khalid à sa gauche. L’envoyé d'Allah dit alors que nous avions le droit de boire...
Quand Allah vous donne du lait, vous devez dire:
Ô Allah, accorde nous la bénédiction dans cela et fais le s’accroître pour nous.671
... L’envoyé d'Allah a dit:
-Il n’y a rien qui ne serve comme nourriture et boisson, à part le lait.



§ 296. — Arbitre des élégances.

Il existe un certain nombre de témoignages sur les costumes672 appréciés par Muhammad. Ces allusions à la mode sont sans doute postérieures et veulent légitimer tel ou tel goût d'une époque ou d'une région. La référence aux couleurs et à leur symbolique est en revanche plus intéressante.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 533-9).
L’apôtre d'Allah a dit:
-Le vêtement le plus apprécié par Allah est de couleur blanche donc faites vos prières dedans et mettez vos morts dedans.
(...)
J’ai entendu al Bara dire , en décrivant le prophète:
-Je l’ai vu avec une cape rouge et j’ai jamais vu quelqu’un mieux que lui.
(...)
(Le prophète) a pris un bain. Nous avons cherché un drap jaune , teint au safran. Il s’est entouré de ça , et j’ai bien vu jusqu’aux traces jaunes sur son ventre.
(...)
J’ai vu l’apôtre d'Allah et il avait deux draps verts sur lui.
(...)
Un drap de laine noire avait été faite pour le prophète et il l’a mis sur lui. (...) Quand il transpirait dedans , il sentait l’odeur de la laine...
(...)
Quand il est entré dans la Mecque , le prophète portait un turban noir.

(ibn Sa’d , Tabaqat I 574).
L’apôtre d'Allah voyageait en emportant avec lui un peigne , un miroir , le nettoie-dent673 , de l’huile , et du collyre.
(...)
L’apôtre d'Allah appliquait de l’huile sur sa barbe , et se lavait les cheveux avec de l’eau.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 71).
J’ai demandé à Anas de me décrire les chaussures de l’envoyé d'Allah:
-Chaque chaussure avait deux lacets.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 107).
... quand la Mecque a été conquise, l’envoyé d'Allah portait un turban noir.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 109).
... l’envoyé d'Allah déclamait son sermon, et il portait un turban noir sur son auguste tête.

(at Tirmidhi, Les vertus et le noble caractère de l’envoyé d'Allah, Hadith 3).
Il portait un lunghi674 à bandes rouges, et un shawl. Je n’ai jamais vu quelqu’un ou quelque chose de plus beau que lui.

§ 297. — Le prolongement de l'adulation.


Il est amusant de constater que le texte pitoyable qui suit figure au commencement d'un livre de 600 pages. On mesure ici le désastre qu'est l'abandon de l'esprit critique et scientifique , sa soumission au dogme , qui apparaît même comme jouissive.

Avant-propos des éditions el-Najah.675

Pour tous les musulmans du monde , quelque soient leurs différences culturelles , géographiques ou politiques , Mohammad (P.S.L676) est l'homme le plus illustre qu'ait jamais crée Allah , le sauveur qu'il envoya à l'humanité toute entière. Les millions de musulmans qui peuplent la terre n'ont besoin d'aucune étude , ni d'aucune preuve pour arriver à cette Conclusion677 . Que Mohammad (P.S.L) soit le plus grand , est un article de Foi irrévocable. Pour en savoir plus , et pour répondre au besoin certain et croissant d'une saine connaissance de la biographie du prophète de l'Islam Mohammad (P.S.L) que la société EL-NAJAH a l'honneur de réediter et de présenter à tous les musulmans et à tous ceux qui sont intéressés par une telle étude , cette grande œuvre entreprise par notre proffesseur Muhammad Hamidullah. En effet , celui-ci a eu l'amiabilité extrême de réviser le manuscrit , de l'enrichir et de présenter au public francophone celui (le prophète) dont la Umma islamique entoure d'honneur et de grand respect , bref l'exemple fervent , le modèle de toutes les vertus à imiter parmi les vivants.
Honorer notre Prophète (P.S.L) , lui manifester notre amour , est le meilleur moyen d'accéder à la transcendance. Tout ce message étérnel de notre Prophète (P.S.L) reste une sollicitude pour toute l'humanité et un témoignage qui vaudra jusqu'à la fin des temps
678 .


L’adulation hagiographique de T. Ramadan.
(T. Ramadan , Muhammad, vie du Prophète, 321-8).679

La Révélation avait averti les compagnons comme elle en informe aujourd'hui, et pour l'éternité, les musulmanes et les musulmans à travers l'histoire des hommes et au sein de la multitude des sociétés et des cultures : Il y a certes pour vous, dans le Messager de Dieu, le meilleur des modèles pour qui désire [aspire à s'approcher de] Dieu et l’Au-delà et se souvient de Dieu intensément. » L'Envoyé est le maître dont on étudie les enseignements, le guide que l'on suit sur la Voie, le modèle auquel on aspire à ressembler et, surtout, l'élu dont on est invité à méditer les paroles, les silences et les actions.

Un modèle, un guide.
Pendant les vingt-trois années de sa mission, Muhammad a cherché la voie de la liberté et de la libération spirituelles. Il recevait la Révélation, étape par étape, aux détours des circonstances de la vie, comme si le Très-Haut dialoguait avec lui dans l'Histoire, pour l'éternité. Le Prophète L'écoutait, Lui parlait, et contemplait Ses signes le jour comme la nuit, dans l'entourage chaleureux de ses compagnons comme dans la solitude du désert d'Arabie. Il priait quand le monde des Hommes dormait, invoquait Dieu quand ses frères désespéraient, et restait patient et persévérant devant l'adversité et l'insulte quand tant d'êtres tournaient le dos. Sa spiritualité profonde l'avait libéré de la prison du moi, et il ne cessait de voir et de rappeler les signes du Très Rapproché aussi bien dans l'oiseau qui vole que dans l'arbre qui se dresse, le crépuscule qui s'installe ou l'étoile qui brille.
Il a su exprimer et répandre l'amour autour de lui. Ses épouses furent comblées par sa présence, sa tendresse et son affection, et ses compagnons l'aimaient d'un amour intense, profond, et extraordinairement généreux. Il donnait et offrait sa présence, ses sourires, son être, et si, d'aventure, une esclave s'adressait à lui ou voulait l'emmener à l'autre bout de la ville, il allait, il écoutait, il aimait. Appartenant à Dieu, il n'était la possession de personne et offrait son amour à tous, simplement, et avec simplicité680 . Quand il donnait sa main à un individu qui le saluait, il ne la retirait jamais le premier, et il savait la lumière et la paix qui peuvent jaillir dans le cœur d'un être à qui l'on offre un mot tendre qui le rassure, un nom affectueux qu'il apprécie, un réconfort auquel il aspire. Des détails, les choses de la vie: libéré de son moi, il ne négligeait le moi de personne. Sa présence était un refuge, il était l'Envoyé.
Il aimait, il pardonnait. Pas un jour ne passait sans qu'il demande pardon à Dieu pour ses propres insuffisances et ses oublis, et lorsqu'une femme ou un homme venait à lui avec le poids d'une faute, aussi grave soit-elle, il recevait cette conscience et lui indiquait les voies du pardon, de l'allégement, du dialogue avec Dieu et de la protection du Très Doux. Il couvrait les fautes d'autrui aux yeux d'autrui, tout en apprenant à chacun l'impératif de l'exigence et de la discipline personnelles. À celui, paresseux, qui venait lui demander le minimum de la pratique, il répondait toujours positivement et l'invitait à user de son intelligence et de ses qualités pour comprendre, s'améliorer, et enfin se libérer de ses propres contradictions tout en acceptant ses fragilités. Il enseignait la responsabilité sans la culpabilité, et l'exigence de l'éthique comme condition de la liberté.
La justice est une condition de la paix, et le Prophète ne cessait de rappeler qu'il est impossible de goûter au parfum de l'équité si l'on ne sait respecter la dignité des individus. Il libérait les esclaves681 et recommandait que les musulmans s'y engagent de façon permanente: la communauté de foi des croyants devait être une communauté d'êtres libres682 . La Révélation lui montra la voie, et il ne cessa, nous l'avons vu maintes fois, de prêter une attention particulière aux esclaves, aux pauvres et aux laissés-pour-compte de la société. Il les invitait à affirmer leur dignité, à exiger leurs droits, et à se départir de tous complexes: le message était un appel à la libération religieuse, sociale et politique. Au terme de sa mission, dans la plaine qui se situe au pied du mont de la Miséricorde (jabal ar-Rahma), les riches et les pauvres, les femmes et les hommes de toutes les races, de toutes les cultures et de toutes les couleurs étaient là, et ils écoutaient ce message affirmant que le meilleur d'entre les hommes l'est par le cœur que ne détermine ni la classe, ni la couleur ni la culture683 . « Le meilleur d'entre vous est celui qui est le meilleur pour les hommes », avait-il confié un jour. Au nom de la fraternité des hommes - en s'adressant « aux gens » (an-nâs) comme il le fit lors du sermon d'adieu -, il apprenait à chaque conscience à dépasser les apparences qui pourraient parasiter son chemin vers le juste (al-adb). Dans sans demander son avis à leur fille. L'Envoyé transmit aux femmes la double exigence de la formation spirituelle et de l'affirmation d'une féminité qui ne soit pas emprisonnée dans le miroir du regard masculin ou aliénée au sein de rapports de force ou de séduction malsains. Leur présence dans la société, dans l'espace public et dans l'engagement social, politique, économique et même militaire était une donnée objective que le Prophète, non seulement n'a jamais niée ni rejetée, mais qu'il a clairement encouragée. À la lumière des enseignements spirituels, il les aida à s'affirmer, à être présentes, à s'exprimer et à revendiquer la vraie liberté du cœur et de la conscience. Elles avaient à la choisir par elles-mêmes et à en dessiner les contours pour elles-mêmes dans la confiance de l'Infiniment Bon.
L'Envoyé aimait les enfants684, leur innocence, leur douceur et leur présence. Proche de Dieu, proche de son cœur, il restait attentif à celles et à ceux qui d'abord comprenaient le langage du cœur. Il les embrassait, le portait sur ses épaules, jouait avec eux en allant à la rencontre de leur innocence qui, par essence, était l'expression d'une perpétuelle prière à l'Infiniment Bon. Les enfants, comme les anges, sont pleinement à Dieu. Ils sont signes. L'attitude du Prophète en était un constant rappel : ainsi, si sa prière rituelle pour Dieu était perturbée par les pleurs d'un bébé - qui, somme toute, priait Dieu en invoquant sa mère -, alors l'Envoyé écourtait sa prière d'adulte comme s'il s'agissait d'une réponse à la prière de l'enfant. L'Envoyé avait en outre le sens du jeu685 , de l'innocence et de l'esthétique - les enfants lui enseignaient à entretenir ce regard toujours émerveillé sur les hommes et les éléments. Face à la beauté, il pleurait, s'émouvait et parfois sanglotait, et il était souvent envahi de bien-être par la musicalité poétique d'un vers686 ou par l'appel spirituel d'un verset offert par le Très Généreux, l'Infiniment Beau.

Liberté et Amour687.
Le Prophète est venu aux Hommes avec un Message de foi, d'éthique et d'espérance. L'Unique y rappelle à l'humanité entière Sa Présence, Ses exigences, et le