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L’ARABIE SANS PROPHÈTE

HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE DES PEUPLES ARABES







Le climat (du Hedjaz)1 amaigrit le corps,
dessèche la matière cérébrale,
fortifie le coeur,
détruit les pensées généreuses et prédispose à la haîne
(Masudi, Prairies d’Or 977).







Avec un constant mépris, les musulmans ont présenté la période précédant l’islam comme un temps marqué par l’obscurité, la terreur et la superstition. Il est temps de rejetter cette conception avec force, et de soutenir le contraire avec l’appui d’une une grande quantité de documents, dont très peu sont en fait issus de la période elle-même.
Les Arabes2 d’avant l’islam n’ont pas pris le soin de se présenter à la postérité. Ils ont laissé cette tâche à ceux qui leur rendaient visite de temps à autres et finalement à ceux, devenus musulmans, qui les ont détruits. Ils se sont contentés de vivre, de chanter leurs poésies, de construire leurs villes et temples, d’échanger et se combattre. Aucun n’était parti à la conquête du monde, dans le but de le soumettre.
L’exposé des sources laisse entrevoir un monde soumis à de rudes conditions naturelles, mais aux caractéristiques originales, d’une grande vigueur cuturelle et religieuse, où l’individu, l‘homme et la femme, voire le chameau ont leur place, sous l’égide de divinités plutôt conciliantes3.
L’établissement de l’islam n’a a priori laissé que peu de chances de survie à cet ancien monde. Il n’est resté de la révolution de Muhammad que des vestiges involontaires de trop longues habitudes, ou de secrets objets d’admiration et de respect. Ces quelques pages ne veulent prouver qu’une chose: les populations arabes ont vécu, lutté et prospéré avant l’Hégire4.
Dans les études sur la naissance de l’Islam, il manque souvent un exposé des conditions générales dans lesquels s’est construit ce mouvement. Les auteurs habituels5 veulent promouvoir l’idée d’une religion surgie du sable, toute armée, telle Athéna, incomparable et imperfectible, absolument universelle. Ce n’est pas une méthode sérieuse: il faut au contraire établir avec insistance le contexte, le théâtre, la scène arabe dans lesquels l’islam s’est établi, d’autant plus que les sources documentaires sont nombreuses à fournir des renseignements nombreux et solides.



I
Données
de la géographie


Il existe plusieurs interprétations de ce mot “Arabie”6: la péninsule arabique7 un espace bien délimité de trois millions de kilomètres, au sens strict, le territoire occupé par les populations de langue arabe, ou l’espace désertique8 occupé par les bédouins9. Après le VIIème siècle, le mot prend un sens nouveau: il correspond à la région d’origine des envahisseurs arabo-musulmans, et bien plus tard, une référence mythique.



1-Descriptions de l’Arabie.

1- La première description.
(Hérodote, Histoires III 510 ).
Le géographe Hérodote tente une première description de l’Arabie, qui correspond en fait un territoire des Nabatéens.

L’Arabie est la seule voie qui donne aux Perses accès en Egypte11. Depuis la Phénicie jusqu’aux frontières de la ville de Cadytis12, le pays appartient aux Syriens dits Syriens de Palestine; de Cadytis, ville à mon avis aussi grande que Sardes jusqu’à la ville d’Iénysos, les comptoirs maritimes appartiennent au roi d’Arabie13; après Iénysos, c’est de nouveau la terre syrienne jusqu’au lac Serbonis, auprès duquel le mont Casion s’avance dans la mer; à partir du lac Serbonis, où, dit-on se cache Typhon14, c’est l’Egypte.

2-Catalogue des villes arabes.
(Ptolémée: Géographie 6,7,31-3715 ).

Le géographe Ptolémée intègre l’Arabie dans sa cartographie du monde connu, et répertorie des localités pour la première fois: Yathrib et Makoraba, “Le sanctuaire”.

Mokhura, Thoumna, Alouarè, Phalbinu, Salma, Gorda, Marata, Ibirtha, Lathrippa16 , Karna, Biabana, Goiratha, Katara, Bayba (ou Rayba), Makoraba17 , Sata, Masthala, Domana, Attia, palais de Rabana, Khabuata, Olaphia, Inapha, Tiagar, Apa, Agdamu, palais de Karman, Irala, métropole de Naskos, Labris, village de Hiérakôn, Alabana, Khargatha, Lattha, marché de Omanon18, Marasdu, métropole de Mara, métropole de Nagara19 ...

3-Les régions de l’Arabie.
Strabon, au Ier siècle avant J.-C., commence à décrire avec précision le territoire: il bénéficie du témoignage des marchands d ela route de l’encens, et des explorateurs romains. Ses informations sont destinées à ceux qui voudront s’emparer de cette terre.
Les populations arabes20 ont obéi à une répartition simple du territoire: le nord, dans la boucle du Croissant Fertile, le centre, les vastes étendus steppiques, le sud, les montagnes arrosées du Yémen21.


(Strabon, Géographie 16, 3, 1)22 .

Vers le sud23 se trouve l’Arabie toute entière, sans compter les habitants des tentes en Mésopotamie. Dans ces régions qui suivent après la Mésopotamie jusqu’en Syrie Creuse, les Arabes vivant sous la tente occupent la partie la plus proche du fleuve et de la Mésopotamie, et ils sont divisés en petites principautés vivant dans des régions dénudées du fait du manque d’eau. Ils cultivent un peu ou pas du tout, mais possèdent des troupeaux de toute nature, surtout des chameaux. Au dessus de ces peuples, il y a un grand désert. Les parties plus au sud sont occupés par des gens dont on dit qu’ils habitent l’Arabie Heureuse. La partie plus au nord est un désert. A l’est, se trouve le golfe persique, à l’ouest, le golfe arabe; au sud, la grande mer qui est en dehors de ces golfes, qui dans son ensemble est appelée la Mer Rouge24.


2-Le “Berceau de l’islam”.

L’Arabie obtient un statut tout particulier parce qu’elle devient le lieu de naissance de cette idéologie, dans sa partie la moins développée. Cela devient donc une référence, parfaitement mythique, pour tous les musulmans, d’origines diverses, implantés partout dans le monde. Des auteurs tentent donc de fournir des informations, scientifiques ou folkloriques, sur les conditions matérielles de la naissance de l’islam.
L’ironie est que le territoire, par la faute même de l’islam, est totalement négligé politiquement, et abandonné culturellement par les musulmans. Il ne reprendra sa place qu’après 1945, très artificiellement, grâce aux énormes et fragiles ressources pétrolières.


1-“La Terre des Arabes”.
(Chronique du Khuzistan 38-39 -c. 650)
Ce chroniqueur anonyme conçoit encore le territoire arabe de façon dispersée, après la soumission du territoire à l’islam.

Hasor, que les Ecritures appellent “la tête des royaumes”, appartient aux Arabes, tandis que Médine est appelée ainsi d’après Midian, le quatrième fils d’Abraham donné par Qetura. On l’appelle aussi Yathrib. Et Dumat al Jandal leur appartient, et aussi le territoire du peuple d’Hajar, qui est riche en eau, palmiers et bâtiments fortifiés. Le territoire de Khatt est situé sur la mer près des îles de Qatar, et il est aussi riche; il est densément couvert de plantes variées. La région de Mazun25 lui ressemble et il se trouve aussi sur la mer, sur une longueur de plus de cent parasanges26. Appartient aussi aux Arabes le territoire de Tauf, et la cité de Hira27, qui est la capitale du roi Mundhir, surnommé “Le Guerrier”.

La gloire des anciens peuples arabes
(Ibn Khaldun28 ).

Ils demeurèrent alors dans les solitudes de leurs déserts, ne sachant plus ce que c’est qu’un empire et l’art de le gouverner, ignorant même, pour leur plus grand ombre, qu’ils avaient autrefois possédé un empire, quand aucun peuple au monde n’eut jamais empire comme celui que détinrent leurs tribus, témoins les dynasties d’Ad, Thamud29, des Amalékites30, de Himyar et des Tobba du Yémen31 .

(Dawud, Hadith 14/ 268532).
Le prophète fixa le montant de la rançon des gens de l’Arabie d’avant l’islam33 à 400 dirhams34 par tête, le jour de la bataille de Badr35.

2-La clarification musulmane.
L’expansion musulmane permet d’établir une conception plus claire du territoire, dans ce trop célèbre hadith36 prophétique au sens étroit du terme.

(Muwatta, Hadith 45/17-19 )37.

Une des dernières que le messager d’Allâh... a dites, est: qu’Allâh combatte les juifs et les chrétiens. Ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prosternation. Deux religions ne peuvent pas cohabiter sur la terre des Arabes38 .

(Bukhari, Hadith 56/176).
D'après Sayd ibn Jobayr, Ibn Abbas dit39 :
-Le jeudi, ah! ce qu'est le jeudi! et il se mit à pleurer si fort, que ses larmes mouillaient les cailloux du sol.
-C'est le jeudi, reprit-il, que les souffrances du prophète devinrent plus vives; alors il dit:
-Qu'on m'apporte de quoi écrire, afin que je mette par écrit ce qui, dans l'avenir, vous préservera de l'erreur.
Une discussion, à ces mots, s'élève; et la discussion auprès d'un prophète est inconvenante. On déclare que l'envoyé d'Allâh avait le délire; mais lui, dit :
-Laissez-moi, ce qui m'occupe maintenant vaut mieux que ce m à quoi vous m'invitez.
A a moment de la mort, il fit des recommandations sur trois points :
-Expulsez, dit-il, de l'Arabie les polythéistes; donnez aux députations qui viendront vers vous, de la même facon que moi-méme je leur donnais.
J'ai oublié, dit Ibn Abbas, la troisième recommandation.
Yaqub ibn Muhammad a dit:
-Je demandai à al Moghira ibn Abd ar Rahman ce qu'était l'Arabie; il me répondit :
-C'est la Mecque, Médine, le Yamama et le Yémen40.
Yaqub dit encore: El Ardj est le commencement du Tihama41.

3-Le point de vue chinois42 .
(Histoire Officielle des T’ang)43 .

Le pays des Arabes faisait d’abord partie de la Perse. Les hommes ont des grands nez, sont noirs et barbus. Les femmes sont jolies, mais elles se voilent le visage quand elles sortent. Cinq fois par jours, ils vénèrent Dieu. Ils portent des fourreaux en argent avec des poignards en argent dedans. Ils ne boivent pas de vin et ne font pas de musique. Leur lieu de culte peut contenir plusieurs centaines de personnes.

4-Les extrémités de l’Arabie.
(Ibn Asakir, Tarikh Dimashq)44.
Abu al Bahili a dit:
-J’ai entendu parler l’apôtre d'Allâh qui a dit: en vérité, Allâh a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et m’a dit:
-Ô Muhammad! J’ai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain45.


3-Le critère linguistique.

C’est le premier critère, et le plus apparent, même si l’irruption de l’islam a apporté de la confusion à cette situation. Al Hamdani a écrit ce bref mémoire à destination d’un public soucieux de pureté linguistique et avide de savoir quelle était l’état de l’Arabie géographique à ce point de vue, puisque celle-ci, à cause du Coran, notamment, était perçue comme la référence suprême.
Le bilan est très surprenant: l’auteur ne cache pas sa déception face aux déformations, aux barbarismes, aux solécismes46 courants parmi les habitants.
Il apparaît aussi que l’antique langue himyarite subsiste largement, ce qui ne laisse pas de surprendre à une date aussi tardive.


(al Hamdani, Langues des Habitants de cette péninsule, Xème siècle après J.-C.)47 .

Langues des habitants de cette Péninsule.

1-Les habitants d'ash Shihr et d'al Asa ne parlent pas un arabe correct.

2-Les Mahra parlent d'une manière inintelligible
48, comme les étrangers.

3-Les Hadramaut ne parlent pas un arabe correct; cependant, il arrive qu'on en rencontre certains qui s'expriment convenablement ; le meilleur arabe est celui des Kinda, des Hamdan et de certains groupes d'as Sadaf.

4-Sarw Madhhij, Marib, Baybàn et Harib parlent un arabe correct ; la corruption de la langue y est limitée.

5-Sarw Himyar et Jada ne parlent pas un arabe correct; dans leur parler, on sent quelque chose d'himyarite. Ils parlent d'une voix traînante et abrègent les mots: ils disent yà bnu m- lamm au lieu de yà bnu 1-amm et sima au lieu de isma.

6-Labj, Abyan et Dathina parlent un arabe plus correct. Les Amiriyyun de Kinda et les Awdiyyùn ont le meilleur.

7-A Adan, la langue est dénaturée et mauvaise; certains, mais non ceux qui sont cultivés, se signalent par la stupidité et la bêtise.

8-Les Banu Majid, les banu Waqid et les al Ashar ont une langue qui n'est pas mauvaise.

9-Les Maafir du bas-pays s'expriment d'une manière inintelligible; ceux du haut pays parlent mieux; quant aux Sakasik, ils sont dans la moyenne.

10-Dans le Pays d'al Kala, ceux des hautes terres parlent excellemment, malgré une certaine gêne due à la langue himyarite; chez ceux du versant, on comprend difficilement.

11-Sahlan, Jayshan, Warakh, al Khadir, as Suhayb et Badr ont une langue comparable à celle de Sarw Himyar.

12 Yahsib et Ruayn parlent un arabe plus correct que Jublan; quant à la langue de Jublan, on la comprend difficilement.

13 De Haql Qitab à Dhamar, on parle une langue himyarite pure, difficile à comprendre.

14-Le versant de Madhhij, de même que Radman, Qaran avec ses hautes terres, ainsi que Rada, Isbil, Kawman, al Hada, Qayfa et Diqrar parlent un arabe correct.

15-Les Khawlan al Aliya en sont proches.

16-Les Sahmar, Qard, al Jibla, Mulh, Labj, Hamd, Utuma, Watyah, Simh, Anis et Alhan sont dans la moyenne, avec une tendance au charabia
49.

17-Haraz, al Akhruj, Shumm, Madih, al Ahbùb, al Jahadib, Sharaf Aqyan, at Tarf, Wadi et alMalal se caractérisent par un mélange, à mi-chemin entre l'arabe correct et le charabia. Parmi ces tribus, notamment chez celles du Hadur, on trouve ce qui est le plus caractéristique dans la langue himyarite de compréhension difficile.

18-Le Pays d'al Ashar; le Pays de Akk et celui de Hakam Ibn Sad, au centre de la Tihama et dans ses dépendances, ont une langue qui n'est pas mauvaise, sauf ceux d'entre eux qui habitent les villages.

19-Dans Hamdan, ceux de Hashid qui occupent la Sara de Hamdan sont mélangés, avec des tribus qui parlent un arabe correct, comme Udhar, Hinwan et Hajur, et d'autres qui parlent d'une manière inintelligible, comme certains Qudam et certains al Jabar.

20-Dans les hautes terres du Pays de Hamdan, le Bawn, y compris al Mashriq et al Khashab, s'exprime dans un arabe mêlé de langue himyarite; les régions les plus élevées des hautes terres de Hamdàn parlent un arabe plus ou moins correct, les Khaywan parlent un arabe correct. Cependant, parmi eux et jusqu'à Sada, beaucoup parlent himyarite.

21-Le pays de Sufyan Ibn Arhab parle un arabe correct sauf dans des tournures telles que am ragul, qayyid ba'irak et ra'aytu ahawak. Partagent avec eux l'emploi du mim à la place du làm (dans al ragul, al bair et ce qui y ressemble) al Ashar, Akk et certains Hakam parmi les gens de la Tihama.

22-Udhar Matira, Nihm, Murhiba, Dhayban et ceux de Bal Harith qui habitent ar Rahba parlent un arabe correct.

23-Sanaf dans le Jawf supérieur parle un arabe moins correct.

24-Kharfan et Athafit ne sont pas mauvais quant à la correction de leur langue.

25-Les habitants du Jawf parlent un arabe correct, à l'exception de leurs clients de la Tihama, qui vivent mêlés à eux.

26-Le Haut Nihm septentrional, Naman de Murhiba, puis les régions les plus élevées des Banu Aliyyan et celles de Sufyan et de Shakir parlent un arabe correct.

27-Dans le Pays de Wadaa, les Banù Harb ont l'imala dans l'ensemble de leur parler quant aux Banu Sad, ils parlent un arabe plus correct.

28-De Dhamar à Sanaa, on parle un arabe de qualité moyenne: c'est le Pays de Dhu Jura.

29-Chez les habitants de Sanaa, on trouve des restes d'arabe pur et des traits du parler de Himyar. La ville de Sanaa parle plusieurs langues et dialectes; à chaque quartier correspond une langue; celui qui habite du côté de Shuub parle différemment de tous les autres.

30-Shibam Aqyan, al-Masani et Tukhla parlent un himyarite pur.

31-Dans Khawlan Sada, les hautes terres parlent un arabe correct; les brèches
50 et les basses terres parlent d'une manière inintelligible.

32-Un arabe correct est parlé depuis al Ird dans Wadaa, en passant par Janb, Yam, Zubayd, Banu Harith, les régions qui jouxtent le Pays de Shakir de Najran jusqu'au territoire de Yam, celui de Sinhàn, celui de Nahd et des Banu Usama, Anz, Khatham, Hilal, Amir Ibn Rabia, la Saradal Hajr, Daws, Ghamid, Yashkur, Fahm, Thaqif, Bajila, Banu Ali, si ce n'est que les régions basses des versants de ces tribus, qui sont entre la Sara de Khawlan et at Ta’if, parlent un arabe moins correct que les régions supérieures.

33-Quant à al Arud, on y parle un arabe correct, sauf dans les villages.

34-Il en est de même au Hejaz, dans les régions basses du Najd et jusqu'en Syrie, jusqu'au Diyar Mudar et au Diyar Rabia, où on parle un arabe correct sauf dans les villages.

Voici en bref quelles sont les langues de la péninsule sans divisions ni catégories.

4-Division climatique.

Les érudits arabes reprennent l’antique tradition grecque de découpage géographique de la terre en fonction des climats. Ici, Ibn Khaldun applique la méthode à la péninsule.

(Ibn Khaldun, Muqaddima I)51 .
À l'est de la montagne d'al Muqattam se trouve le désert des Aydhab, qui s'étend dans la cinquième section et arrive, jusqu'à la mer de Suez, c'est-à-dire la mer d'al Qulzum. Cette mer se détache de la mer de l'Inde en allant du sud au nord. Sur son littoral est, dans cette cinquième section se trouve la terre du Hedjaz, qui va de la montagne de Yalamlam jusqu'à Yathrib. Au centre du Hedjaz, il y a la Mecque et, au bord de la mer, la ville de Jedda, qui fait face à Aydhab, située sur la rive ouest de la mer d'al Qulzum.
Dans la sixième section vers l'ouest, le pays du Najd - avec Jurash et Tabala au sud- s'étend vers le nord jusqu'à Ukaz. Au nord du Najd, dans la même section, se trouve le reste de la terre du Hedjaz. Au même niveau que le Najd, vers l'est, c'est le pays de Najran et de Janad, plus au nord, c'est le Yamama. Directement à l'est de Najran, on trouve la terre de Saba et de Marib, suivie de terre d'ash Shihr, qui se termine dans la mer du Fars, deuxième mer qui sort de la mer Indienne et se dirige vers le nord, comme nous l'avons vu précédemment, retourne vers l'ouest, au niveau de la sixième section. Elle baigne ainsi, à l'est, et, sur sa partie concave, à l'ouest, le territoire de forme triangulaire. Au sud de celui-ci, il y a ville de Qalhat, port d'ash Shihr. Au nord, sur le littoral, il y a le pays d'Oman, suivi par al Bahrayn avec Hajar, à la limite de la sixième section.

Le climat du Hedjaz.
(Masudi, Prairies 977).

Le Hedjaz52 est une barrière entre la Syrie, le Yémen, et les plaines maritimes. Sa température est chaude, ses nuits sont splendides. Ce climat amaigrit le corps, dessèche la matière cérébrale, fortifie le coeur, détruit les pensées généreuses et prédispose à la haîne; c’est une région sèche et stérile, où la vie est rude.

5- La première exploration.


L’empereur Auguste a envoyé Aelius Gallus pour découvrir et contrôler les richesses de l’Arabie. Même si cette tentative est un échec, elle fournit de nombreuses informations sur le territoire. Strabon fait une description précise et romanesque de cette aventure sans équivalent53 .

(Strabon XVI 22-24)54 .
Ce qui nous a encore beaucoup appris sur les curiosités de l'Arabie, c'est la récente expédition des Romains, expédition entreprise de nos jours et commandée par Aélius Gallus55. César Auguste avait confié à Gallus la mission de sonder les dispositions des Arabes et d'explorer en même temps leur pays (...) il avait entendu vanter la richesse séculaire de ce peuple, qui échange ses parfums, ses pierres précieuses, con
tre l'or et l'argent des autres nations, sans jamais rien dépenser ni rien écouler au dehors de ce qu'il a ainsi reçu en paiement; il avait donc tout lieu d'espérer trouver dans les Arabes ou bien des amis riches capables de l'aider de leurs trésors, ou bien de riches ennemis faciles à vaincre et à dépouiller. Et ce qui achevait d'exalter sa confiance, c'est qu'il croyait pouvoir compter sur l'amitié des Nabatéens, qui lui avaient promis de l'assister dans toutes ses entreprises.
Voilà sur quelles assurances Auguste fit partir l'expédition de Gallus; mais celui-ci se laissa tromper par le ministre du roi nabatéen56 Syllaios, qui, après lui avoir promis de lui servir de guide en personne, d'assurer ses approvisionnements et de lui prêter en tout un loyal concours, ne fit, au contraire, que le trahir, ne lui indiquant jamais la route la plus sûre, soit pour sa flotte le long des côtes, soit pour son armée dans l'intérieur des terres, engageant l'armée dans des chemins impraticables par exemple, ou bien l'amenant, après d'interminables détours, dans des lieux où tout manquait, engageant de même la flotte, au bout d'une longue côté droite et dépourvue d'abris, au milieu de bas-fonds hérissés de rochers à fleur d'eau, où le danger du flux et du reflux, toujours si redoutable pour les vaisseaux romains, se trouvait singulièrement aggravé. (...).
Après quinze jours d'une traversée pénible et malheureuse, il arriva à Leucécômé57 , qui est le grand marché des Nabatéens: il avait perdu une bonne partie de ses embarcations (quelques-unes même avec leur équipage), mais du fait de la mer uniquement et à cause des difficultés de la navigation; l'ennemi n'y avait été pour rien, et la responsabilité de ce désastre incombait tout entière à Syllaios, qui, méchamment, avait affirmé que la route de terre jusqu'à Leukékômé n'était point praticable pour une armée (...) Du reste, si pareille trahison avait pu se produire, c'est que le roi Obodas58 , par une négligence commune à tous les rois arabes, s'oecupait à peine des affaires publiques, et surtout des affaires militaires, se reposant sur son ministre Syllaios du soin de les conduire et de les administrer. Mais, maintenant, quand je réfléchis aux procédés de Syllaios et à sa façon d'user en tout et toujours de ruse et de perfidie, j'ai idée qu'il s'était proposé pour but, en guidant les Romains dans leur expédition et en les aidant à réduire quelques-unes des forteresses et des tribus de l'Arabie, d'explorer le pays pour son propre compte et d'en rester seul maître quand la faim, la fatigue et les maladies, jointes au bon effet de ses ruses et machinations, l'aurait débarrassé de la présence de ses alliés. Et de fait, quand Gallus atteignit Leukèkômè , son armée était déjà très éprouvée par la stomakakkè59 et la skélotyrbè, maladies du pays, causées, dit-on, par la mauvaise qualité des eaux et des herbes, et caractérisées, la première, par une altération des gencives, et la seconde, par une sorte de paralysie des membres inférieurs; aussi, fut-il obligé, après avoir passé l'été à Leukékômé, d'y rester encore tout l'hiver pour laisser à ses malades le temps de se remettre.
(...) Gallus put enfin quitter Leukèkômé et se remettre en route avec, son armée; mais telle était la sécheresse du pays qu'il traversait, qu'il dut faire porter l'eau à dos de de chameaux : c'était encore là un méchant tour de ses guides, et qui retarda singulièrement son arrivée dans les États d'Arétas, parent d'Obodas60 . Celui-ci du moins l'accueillit avec bienveillance, il alla même jusqu'à lui offrir de riches présents; mais Syllaios, par ses trahisons, trouva moyen de lui susciter des embarras, même sur cette terre amie. Ainsi l'armée mit trente jours à la traverser, ne trouvant sur son passage, à cause des mauvais chemins qu'on lui avait fait prendre, que de l'épeautre61 , de rares palmiers et du beurre au lieu d'huile. La contrée qu'elle dut franchir tout de suite après -celle-là était peuplée que de nomades et constituait dans sa majeure partie un vrai désert: on l'appelait l'Ararène, et elle avait pour roi Sabos62. Égaré encore une fois par les fausses indications de ses guides, Gallus employa cinquante jours à traverser ce désert et à atteindre la ville de Négrana63 et l'heureuse contrée qui l'entoure. Le roi du pays s'était enfui et sa ville fut enlevée d'assaut. Six jours après, l'armée arrivait au bord du fleuve de ...64 ; les Barbares l'y attendaient et lui livrèrent bataille dix mille des leurs succombèrent et du côté des Romains, deux hommes seulement furent tués; mais ces Barbares sont très peu belliqueux de leur nature, et rien n'égale la maladresse avec laquelle ils manient leurs différentes armes, l'arc, la lance, l'épée, la fronde, voire même la hache à double tranchant qui était l'arme du plus grand nombre. Plus loin Gallus prit la ville d'Asca qué son roi avait également abandonnée; puis, marchant sur Athrula, il s'en empara sans coup férir, y mit garnison et s'y approvisionna largement surtout en blé et en dattes; après quoi il poussa en avant jusqu'à Marsiaba65 , chez les Rhammanites66 .(...) Il attaqua cette ville et la bloqua six jours durant, mais le manque d'eau lui fit lever le siège. Il n'était plus là qu'à deux journées de marche du pays des Aromates67, à ce que donnaient à entendre les rapports des prisonniers.
Son expédition, par la faute de ses guides, lui avait donc pris six grands mois. Il comprit, en effectuant son retour, ce qui s'était passé, et parce qu'on finit par lui révéler la trahison de Syllaios, et parce, que, pour revenir, il ne suivit pas les mêmes chemins. Ainsi, en neuf jours, il avait regagné Négrana où s'était livrée la bataille, une autre marche de onze jours l'amena à une localité dite des Sept-Puits parce qu'il s'y trouve effectivement ce nombre de puits, et de là, traversant une contrée parfaitement paisible, il atteignit le bourg de Chaalla, et, plus loin, sur le bord d'une rivière, celui de Malotha ensuite à franchir un désert, mais un désert où se trouvaient encore quelques puits ou aiguades, et finit par atteindre Egrarômè, localité maritime dépendante du territoire d'Obodas. Or tout ce voyage de retour s'était effectué en soixante jours, quand l'aller avait pris six mois. D'Êgrakômè68 , il fit repasser le golfe à son armée, atteignit Myoshormos en onze jours, franchit rapidement l'espace qui le séparait de Coptos, et, avec tous les hommes valides et transportables qui lui restaient, s'embarqua sur le canal pour Alexandrie.
Il avait perdu tout le reste non par les coups de l'ennemi (les différents combats ne lui ayant coûté en tout que sept hommes), mais par le fait des maladies, des fatigues, de la faim, et des fautes volontaires de ses guides, lesquels furent cause en somme que l'expédition ne profita pas autant qu'elle aurait dû à la connaissance géographique du pays. Quant à Syllaios, le vrai coupable, il subit sa peine à Rome: malgré ses protestations de dévouement, il fut convaincu, non seulement de trahison dans cette dernière circonstance, mais de maint autre méfait antérieur, et eut la tête tranchée.


II

Le désert,
milieu de vie.




Un désert69 est simplement un espace qui n’est pas occupé par l’homme; il faut donc écarter l’image populaire des grandes dunes sableuses: en Arabie, du nord au sud, le milieu géographique est particulièrement varié: la montagne, la steppe, la vallée irriguée. Le sable est le plus souvent remplacé par les grandes étendues rocheuses ou caillouteuses.
Ce monde est ponctué par le seul repère, d’une importance vitale: le point d’eau, le puits70.
L’islam primitif ne décrit pas le désert, qui n’est qu’un espace de transit ou de combat. Il ne faut pas dire trop vite, comme E. Renan, que “Le désert rend monothéiste”. Les Arabes ont au contraire développé un monde divin clairement polythéiste71.



1- Le désert et la steppe.

Le désert est au sens strict un espace dépourvu d’occupation humaine, quel qu’il soit, si l'on s'en tien tà la définition géographique. Dans le cas de l’Arabie, seul un quart du territoire correspond vraiment à cette définition. Aileurs, on peut trouver des milieux de vie très florissants et densément peuplés, où l’eau, souvent cachée, est pourtant présente72 .
La steppe est un espace de transition, souvent de transformation. La définition est plus économique: c’est le domaine de l’élevage extensif. Des humains l’occupent, et ne font pas que la traverser.


1-Définition de la steppe73.
(al Khalil, Kitap al Ayn)
La badiya est une terre où il n’y a pas d’établissement permanent, c’est-à-dire, aucune occupation permanente. Si vous quittez la zone sédentaire pour les terres à pâturages, ou des déserts, vous parlerez des bédouins de la steppe.


2-La traversée du désert.
Il est très peu décrit par les témoignages. En 399 avant J.-C., L’aventurier Xénophon le compare à la mer, et remarque, avec son habitude de chasseur, la faune qui s’y trouve.
(Anabase V 1-374 )
De là, il fait à travers l'Arabie, ayant l'Euphrate à sa droite, trente-cinq parasanges en cinq étapes dans des pays déserts. Dans cette région, la terre était une plaine ininterrompue, unie comme la mer et couverte d'absinthe. S'il s'y trouvait d'autres plantes, arbrisseaux ou roseaux, elles étaient toutes odoriférantes comme des aromates. On n'y voyait aucun arbre; mais il y avait des bêtes sauvages de toute sorte, quantité d'onagres75, beaucoup d'autruches, et aussi des outardes76 et des gazelles. Les cavaliers donnaient quelquefois la chasse à ce gibier. Les onagres, quand on les chassait, gagnaient de vitesse et s'arrêtaient; car ils courent bien plus vite que les chevaux; puis, quand les chevaux s'approchaient, ils recommençaient leur manège et les cavaliers ne pouvaient les prendre, à moins de s'échelonner de distance en distance et de chasser en se relayant. La chair de ceux que l'on capturait ressemblait à celle des cerfs, mais elle était plus délicate. Quant aux autruches, personne n'en prit. Les cavaliers qui leur donnaient la chasse y renonçaient vite; car elles gagnaient beaucoup d'avance en fuyant, parce qu'elles couraient avec leurs pattes et en même temps se soulevaient sur leurs ailes, dont elles se servaient comme d'une voile. Pour les outardes, en les faisant lever brusquement, on peut les attraper; car elles ont le vol court, comme les perdrix et se fatiguent vite. Leur chair était très agréable.


3-La solitude du bédouin.
Berger ou carabvanier, ou héros déchu par sa tribu, les sccènes sont nombreux dans la littérature qui montrent le bédouin isolé dans le désert, seul avec son chameau. Ces longues et totales périodes influent sans doute sur une conception particulière du monde: ce que W. M.Watt appelle “l’humanisme tribal”, et ce que Henri Lammens a décrit avec autant de précisions que de préjugés.

(Bukhari, Hadith 59/12,1).

Abu Sayd al Khudri a dit un jour:
-Je vois que tu aimes la vie pastorale et le désert, Quand tu seras au milieu de tes troupeaux ou dans le désert, et que tu feras l’appel à la prière, élève ta voix en le prononçant, car, aussi loin que porte la voix de celui qui appelle à la prière, quiconque l’entendra, djinn77, homme ou objet, ne manquera pas de venir témoigner en sa faveur le jour de la résurrection.

4-Le choix du bédouin?
L’encyclopédiste Masudi expose ici tous les avantages supposés de la vie dans le désert. C’est une vie qui en retour modifie le caractère de cette population, selon lui.
Mais il ne faut pas oublier que l’auteur est lui-même un urbain et que son analyse est sans doute artificielle et intellectuelle.

(Masudi, Prairies d’Or 1108-9-1112).

Les Arabes virent dans la vie nomade et dans le choix continuel d’une nouvelle region la condition la plus digne d’une race noble et la plus confrome à sa fierté naturelle. leurs yeux, être maîtres du choix de leur territoire et habiter où bon leur semble vaut mieux que tout autre genre de vie, et c’est pourquoi ils ont adopté le séjour du désert.

Selon une autre opinion, doués par Allâh d’aspirations sublimes, de desseins généreux, et de nobles facultés, d’une énergique fierté, cherchant toujours à se soustraire à l'infamie et à fuir toute honte, les anciens Arabes étudièrent sérieusement les contrées habitables et pesèrent le fort et le faible de chacune. Convaincus, après un examen attentif, que les villes et les demeures bâties par l'homme ne recélaient que des hontes et des vices de toutes sortes, ceux d'entre eux qui se distinguaient par leur expérience et leur discernement déclarèrent:
-Les pays sont, comme le corps humain, exposés aux maladies et aux calamités; il faut par conséquent opter pour telle ou telle contrée, à raison des conditions de salubrité qu'elle présente, puisque bien souvent l'influence du climat est telle qu'il appauvrit la race qui l'habite et altère la constitution de ses habitants.
Les sages, parmi les Arabes, dirent aussi:
-Les maisons, la vie entre quatre murs sont des entraves à la libre disposition de ce monde, qui arrêtent l'homme dans sa course indépendante, enchainent ses plus nobles ambitions, retiennent ses instincts qui le poussent à rivaliser de noblesse. Il n'y a donc aucun avantage à demeurer dans cette situation. Les abris fixes, disaient-ils encore, et les maisons ralentissent la digestion, entravent le passage de l'air, gênent sa marche et l'empêchent de circuler librement.
En conséquence, ils s'établirent dans les vastes plaines, là où ils n'avaient à redouter ni gêne, ni mal d'aucune sorte; l'air y était exempt de toute impureté, vivifiani et pur de tout germe pestilentiel; ce séjour trempait leur caractère, et le passage continuel d'un campement à un autre purifiait leurs inclinations, fortifiait leur tempérament et donnait plus de vigueur à leur esprit, plus de pureté à leur teint et plus de robustesse à leur corps. L'intelligence et la pensée participent en effet de la nature de l'air et des conditions de l'atmosphère; le désert était à leurs yeux un abri contre les fléaux, les maladies, les accidents et les souffrances; aussi, en préférant le désert et la vie nomade, les Arabes l'emportent-ils sur tous les autres peuples par la vigueur de leurs nobles instincts, la force de leur caractère et la robustesse de leur tempérament; nul peuple ne pratique avec plus d'ardeur les devoirs de la protection due aux faibles et ne défend son droit avec plus de chaleur. Ils puisent dans l'air limpide et pur de leur pays la plus grande générosité et les pensées les plus nobles. L'atmosphère des villes contient au contraire des impuretés agglomérées qui, provenant de toutes les eaux croupissantes et corrompues, s'élèvent vers les différentes couches du ciel où elles s'entrechoquent comme des vagues; l'air conserve ainsi tous les miasmes qui montent vers lui, et c'est pourquoi les poussières s'agglomèrent, provoquant des maladies et des infirmités qui sont le lot des citadins, deviennent inhérentes à leur organisme et se traduisent notamment par la faiblesse du système pileux
78 et de la vue79. Parmi tous les peuples dispersés qui vivent à l'état nomade, les Arabes occupent le premier rang, grâce aux avantages particuliers que leur offrent les contrées de leur choix et le soin qu'ils ont mis à les rechercher.

Les Arabes, en faisant choix de leurs campements, distinguent les campements d'hiver de ceux d'été. Parmi eux, il y a les mundjids et les muthims; les premiers sont ceux qui habitent les plateaux du Nadjd; les seconds, ceux qui habitent la Tihama. D'autres résident dans les vallées déprimées
80 comme celles de Baysan et de Murra, en Syrie, dans la Palestine et la contrée du Jourdain, pays habité par les tribus de Lakhm et de Judham. En outre, toutes les tribus ont des points d'eau autour desquels elles se réunissent, et des terrains de parcours qui leur appartiennent et où elles dressent leur campement; tels sont les déserts de la Dahna, de la Samawa, les Tihamas, les plateaux81 , les plaines 82 , les dépressions 83 et les ravins84. Il est rare de voir une tribu arabe s'écarter de ses campements ordinaires et des points d’eau qu’on sait lui appartenir, comme ceux de Darij, d’al Aqiqi, d’al Habaa, etc...



2- La pluie et la soif.

L’élément aquatique85 est décrit sous une forme positive, quand il favorise la vie dans les oasis, mais aussi sous sa forme dangereuse, quand il déclenche des inondations périodiques. Le sanctuaire de la Mecque lui-même, très mal situé sur ce point, subit des destructions considérables et récurrentes86.
Le puits est le point de repère fondamental en milieu désertique, et le point de départ de nombreux phénomènes de sacralisation87.
Muhammad n’oublie pas qu’il s’adresse à un public qui a soif, qui vit selon la présence ou l’absence de l’eau: le vocabulaire qu’il emploie pour évoquer la transmission de son message est issu de la notion de pluie.88 Il s’inscrit dans une tradition, car les Arabes antiques demandent avant tout à leurs dieux qu’ils leur apportent une pluie salvatrice.


1-Bienfaits et dangers de l’eau.
L’occupation humaine est exclusivmeent liée à la présence ou non de l’élément liquide, sousune forme cachée, discrète ou dangereusement surabondante. On en connait les manifestations les plus claires, les oasis, et on oublie les accidents, de subites inondations, qui pourtant leurs marques dans les wadi89
.

(Diodore, Bibliothèque III 42, 2-390 )

Après le fond (du golfe91 ), il y a un endroit en bordure de la mer qui est tout particulièrement honoré par les indigènes à cause des ressources qu'il présente. Il se nomme la Palmeraie et il contient un grand nombre de ces palmiers, dont les fruits sont extrêmement abondants et qui procurent une jouisssance et des délices extraordinaires. Toute la région voisine est pauvre en eaux vives et son exposition au midi fait qu'elle est torride; aussi cet endroit couvert d'arbres, qui est situé au milieu d'une région absolument déserte et qui pourvoit à la nourriture, a-t-il été tout naturellement consacré à la divinité par les barbares92. C'est qu'il y a en grand nombre des sources et des ruisseaux où coule une eau dont la fraîcheur ne le cède en rien à la neige; ces ruisseaux rendent la terre de leurs deux rives verdoyante et tout à fait agréable.


Une inondation dévastatrice.
Le poète arabe Imru al Qays décrit une inondation dévastatrice sans oublier ses aspects bénéfiques.

(Imru ul Qays, Muallaqât93)
Ami! vois tu cet éclair qui luit comme des paumes brillantes s’agitant dans un épaix nuage, dont la lumière étincelante ressemble à celle de plusieurs lampes de moine,
aux mèches gorgées d’huile?
Je me suis assis avec mes compagnons, entre Dharij94 et El Udhayb95 pour contempler le nuage qui s'enfuyait dans le lointain.
À bien l'observer,
j'imaginai que de son côté droit devaient tomber des gouttes de pluie sur le mont Qatan96
et que son côté gauche avait crevé au-dessus des monts Sitar et Iadhbul.
L’eau tomba à torrent sur Kutayfa,
déracinant et entraînant d'énormes chênes.
Une telle trombe s'abattit sur le mont Qanan
qu'elle fit descendre les chamois de leurs demeures.
À Tayma97, le torrent98 emportait jusqu'au moindre tronc de palmier,
n'épargnant que les châteaux forts en pierres de taille.
Dès les premières gouttes, le mont Thabir avait pris l'allure d'un seigneur de tribu enveloppé d'un manteau rayé.
Au petit matin, les détritus charriés par le torrent étaient tels, autour de la colline d'El Mujaymir, que son sommet ressemblait au bout conique et arrondi d'un fuseau.
Le nuage avait aspergé de sa pluie fécondante la plaine assoiffée, tel un marchand yéménite sortant de ses malles, pour les étaler, des étoffes aux couleurs luxuriantes.
À l'aube, on entendit s'élever de la vallée la voix des passereaux comme enivrés d'un vin mêlé de poivre.
Le soir, on vit le torrent charrier les cadavres des bêtes, semblables à des racines d'oignons sauvages arrachées avec leur terre boueuse.


(Bukhari, Hadith 78/68, 9).
Anas rapporte qu'un jour de vendredi, un homme vint trouver le prophète à Médine au moment où il faisait son prône99 et lui dire:
-La pluie fait défaut, demande à ton seigneur qu'il fasse pleuvoir.
Le prophète leva les yeux vers le ciel où à ce moment nous ne voyions pas un seul nuage; il pria pour avoir de la pluie et aussitôt les nuages commencèrent à se rapprocher les uns des autres, puis la pluie se mit à tomber et l'eau dévala dans les ravins de Médine; la pluie ne cessa de tomber sans s'arrêter jusqu'au vendredi suivant. Alors le même, homme - ou, suivant une variante, un autre - vint trouver le prophète au moment où il faisait son prône et lui dit:
-Nous sommes inondés, invoque ton seigneur afin qu'il retienne les eaux.
Alors le prophète se mit à rire et dit par deux ou trois fois :
-Autour de nous, mais pas sur nous.
Aussitôt les nuages s'écartèrent de Médine à droite et à gauche; il plut tout autour de nous sans qu'une goutte, d'eau tombât sur Médine. Allâh montra ainsi qu'il favorisait son prophète et qu'il exauçait ses prières.

L’inondation de la Mecque.
(Azraqi, Chroniques de la Mecque I 107).
Les averses sont puissantes et la Mecque a sa part de pluies torrentielles et d'inondations. L'une d'elles a dévalé sur la Kaba et ses murs se sont craquelés100 , au point que les Quraysh furent très inquiets d'utiliser le lieu tel quel d'une part, et de le reconstruire en risquant qu'un mal ne les atteignent.


2-L’eau dans le Coran.
Muhammad compose beaucoup sur le thème de l’eau, face à un public qui dans sa vie quotidienne lutte pour en jouir ou s’en préserver. Il suit en cela la tradition des prophètes juifs101, qui ont eux aussi abusé de l’image trop facilement efficace des bienfaits de l’eau, évoqués devant un public assoiffé.
Le thème terrifiant de l’inondation, très amplifié dans l’image du Déluge, est longuement développé dans le Coran. La légende de Noé semble efficace auprès du public mecquois, qui subi de type de cataclysme périodiquement.

(Mahomet, Coran 21/31).

...les cieux et la terre était un chaos que nous les avons séparés et que, de l’eau, nous avons fait toute choses vivante.

(Mahomet, Coran 14/37).
Allâh est celui qui a créé les cieux et la terre, qui a fait descendre du ciel une eau par laquelle il fait pousser des fruits formant une attribution pour vous.
Il vous a soumis le vaisseau afin que celui-ci, sur son ordre, vogue sur la mer.
Il vous a soumis les rivières.

(Mahomet, Coran 16/10102 ).

C’est lui qui a fait descendre du ciel une eau dont vous tirez de quoi boire et dont vivent les arbustes où est une nourriture par vous donnée.

(Mahomet, Coran 54/11-12).
Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une eau torrentielle; nous fîmes jaillir la terre en sources et les deux flots se rejoignirent selon un ordre décrété.

(Mahomet, Coran 13/18).
Il a fait descendre une eau du ciel à laquelle des vallées servent de lit, selon leur grandeur. Le flot débordé a charrié une écume flottante et semblable à celle-ci est l’écume provenant de ce qu'on porte à fusion, dans le feu, pour fabriquer des bijoux et des ustensiles.
Ainsi Allâh représente en parabole la vérité et le faux: l'écume du torrent et du métal tondu s'en va, au rebut, tandis que l'eau et les objets utiles aux hommes demeurent sur la terre.
Ainsi Allâh propose des paraboles103.


3-La gestion de l’eau.


La rareté de l’eau impose sa gestion stricte, autour des puits, des canaux, des citernes. Cette constante préoccupation est toujours visible dans les textes, à travers divers incidents ou règlements juridiques.

1-Le miracle du puits.
Le point d’accès aux nappes phréatiques est toujours un petit miracle en milieu désertique, et il est considéré comme tel par les populations en bénéficiant. Très vite, le lieu est sacralisé, voire divinisé104.

(Ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allâh 742).
Il dit aux gens de démonter105. Ils dirent qu’il n’y avait pas d’eau là où ils devaient faire halte. Alors il prit une flèche de son carquois, en donna à un de ses compagnons qui descendit dans un des trous d’eau. Il perça le fond et l’eau surgit jusqu’à ce que les chameaux et les hommes soient satisfaits et se reposent là106.

Forage d‘un puits en Arabie du Sud.
(Inscription de Sari)107 .

Lahayat Bariyan ibn Maahir et Dhu Khawlan, grand seigneur108 de Radman et Khawlan a creusé, foré, foré109 , édifié et achevé son puits Nazilal pour sa palmeraie Dhu Bariratan, qui est dans la vallée Ilan, avec Attar Dhu Adam et Amm Dhu Mabraq, maître de Sulaym et de Lamam110.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 150 et 151)

Au cours de la battaille de Badr111, Muhammad fait combler tous les puits de l’oasis, sauf un, pour gêner son adversaire. Les combats se déroulent autour de ce point d’eau. Un autre sert ensuite de fosse commune pour les tués, au grand étonnement de ses propres troupes112. D’ordinaire, les puits sont des leiux que l’on respecte.

Pendant la nuit, un des ansar113, un homme de la tribu des Najjar, vint trouver le prophète et lui dit:
-Ô apôtre d’Allâh, nous ne devons pas rester ici. L'armée quraysh viendra demain à Badr et occupera les puits, et nous n'aurons pas d'eau. Il faut nous y rendre cette nuit, nous établir près du puits le plus rapproché de l'ennemi, creuser un grand réservoir, remplir nos outres, parce que, pendant le combat, nous ne pourrons pas puiser de l'eau; puis il faut mettre à sec tous les autres puits, afin que, quand ils viendront, ils ne trouvent pas d'eau, tandis que nous en aurons. Le prophète, approuvant cet avis, marcha en avant et fit halte près des puits, dont l'un fut rempli, et les autres mis à sec.
(...) Hamza114 le frappa et d’un coup de sabre, lui trancha une jambe. Aswad tomba , et traîna son corps et la jambe détachée, dont le sang coulait, vers le bassin... Hamza le frappa d’un autre coup et le fit tomber dans l’eau, qui fut mêlée de sang115 .
(...) Laissez-les, car tout infidèle qui boira de cette eau sera tué.
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps de vingt-quatre chefs116 des Quraysh soient jetés dans des puits secs de Badr... il s’adressa aux corps des chefs en les appelant par leurs noms: et toi fils d’untel, toi fils d’untel etc... cela ne vous aurait-il pas plu d’obéir plutôt à Allâh et son apôtre?
Le jour de Badr, le prophète ordonna que les corps des vingt-quatre chefs des Quraysh soient jetés dans un des puits sales et secs de Badr.


2-L’irrigation et ses problèmes.
Les tentatives de gestion de l’eau aboutissent à des bouleversements sociaux et juridiques: l’espace est découpé précisément, l’effort humain doit être organisé, le temps doit être compté, et les litiges réglés. C’est l’Arabie du Sud qui monopolise cette technique. On en trouve néanmoins quelques traces dans l’oasis de Médine.

(Bukhari, Hadith 42/6).

...un homme des ansar117 plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra118 qui servaient à l'irrigation des palmiers, l'ansar ayant demandé que Zubayr laissat l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires, l'envoyé d'Allâh s'adressa à Zubayr en ces termes:
-Arrose tes arbres, ô Zubayr, mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors, plein de colère, l'ansar s'écria :
-On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
A ces mots, le visage de l’envoyé d'Allâh changea de couleur119 :
-Arrose tes arbres, ô Zubayr, reprit-il, puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
-Par Allâh! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 120

(Bukhari, Hadith 42/7).
D'après Zuhri, Urwa a dit :
-Zubayr eut une contestation avec un homme des ansar. Le prophète dit :
-Ô Zubayr, creuse et laisse ensuite l'eau couler.
-On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle, s'écria l'ansar.
-Arrose, ô Zubayr, reprit le prophète, jusqu'à ce que l'eau arrive à la hauteur du tronc et alors arrête-toi.
Et Zubayr ajouta :
-Je crois que c'est ma cause de cela que le verset suivant fut révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t’auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux
121 .

3-Les oasis.
Autour des points d’accès à l’eau se développe une vie autonome122, dans un cadre souvent verdoyant, qui tranche avec l’aridité ambiante. C’est là que se concentre la population, que se règle les questions importantes, et que s’affrontent les hommes. Une ville peut y naître, mais souvent, l’activité reste strictement agricole.

(Procope, Histoire des Guerres I 19, 8-9123 ).

Cette côte immédiatement au-delà des limites de la Palestine, est occupé par les Saracènes124, qui sont installés depuis longtemps dans les palmeraies. Ces palmeraies se trouvent dans l’intérieur, s’étendant sur une grande superficie de terre, et il n’y pousse absolument rien en dehors des palmiers. (...) Formellement, l’empereur125 tient seulement les palmeraies, parce que pur lui, posséder réellement le reste du territoire est tout à fait impossible. En effet, la terre est totalement dépourvue d’occupation humaine il y a une extrème sécheresse entre elles, sur des distances d’un périple de dix jours. De plus, les oasis semblent sans aucune en elles-mêmes...


III
Les richesses de l’Arabie

La richesse de l’Arabie est essentiellement un fantasme alimenté par la quantité d’épices qui en est tirée ou qui y transite. Mais des régions, au nord et au sud, connaissent une véritable prospérité, due aux profits du commerce ou aux productions agricoles. Le coeur du territoire, dont le Hedjaz, est bien moins favorisé.


Le projet d’Alexandre (Strabon XVI 28).
On pourrait au surplus invoquer, comme un sûr garant de la réalité de cette richesse séculaire des Arabes le témoignage d’Alexandre lui même, puisqu’il avait rêvé, dit-on, après son retour de l’Inde, d’établir chez les Arabes le siège de son empire.


1- Le chameau.

Cet animal126 à l’aspect saugrenu alimente la curiosité des géographes, des naturalistes et l’affection des bédouins eux-mêmes, pour qui l’animal est un véhicule, un art de vivre et un moyen de survie, un objet de culte et même une source d’inspiration poétique127.
Muhammad est lui-même très lié à à sa chamelle, et celle-ci prend parfois les meilleures décisions possibles à sa place128.


1- La générosité du chameau.
L’omniprésence de l’animal dans cette culture a conduit à y voir une réservoir de tous les aspects bénéfiques de la vie, dans des conditions toujours difficiles. Il existe d’étonnantes transcriptions poétiques de ce véritable sentiment de dépendance.

(Diodore III 45, 3-6).

Le pays qui est immédiatement voisin de cette région montagneuse est occupé par les Arabes connus sous le nom de Dèbes. Ils élèvent des chameaux et ils utilisent pour tous les besoins essentiels de la vie les services de ces animaux: leurs ennemis, c'est du haut des chameaux qu'ils les combattent, les marchandises, c'est à dos de chameaux qu'ils les transportent, de sorte qu'ils accomplissent aisément toutes leurs affaires; c'est en buvant leur lait qu’ils pourvoient à leur subsistance et c’est sur des dromadaires qu’ils parcourent l’étendue du pays.


(Clément d’Alexandrie, Pédagogos 3,25,1129 ).

Les jeunes, parmi les Arabes, destinés à porter les armes, sont des chameliers. Ils montent leurs chameaux même quand ceux-ci sont en grossesse. Ils se nourrissent et courent en même temps qu’ils portent leurs maîtres et leurs maisons avec. Et si ces barbares manquent d’eau, ils leur donnent leur lait même si eux-mêmes n’ont rien mangé; ils n’épargnent même pas leur sang130, comme on le dirait de loups enragés. Ils sont plus tempérés de caractère que les barbares, ne devenant pas fous quand on les maltraitent, mais ils courent à travers le désert, courageusement, portant et nourissant leurs maîtres.

Le “don d’Allâh”
(Mahomet, Coran 16/5-7).

.... Les chameaux ont par lui été créés pour vous. Pour vous s’y trouvent vêture et utilités et nourriture dont vous mangez; pour vous ils sont orgueil quand vous revenez le soir ou partez le matin; ils portent vos fardeaux vers une contrée que vous n’atteindriez qu’avec peine. En vérité, votre seigneur est bienveillant et miséricordieux.


2-Description naturaliste du chameau.
(Pline VII 26,1131 ).

On trouve les chameaux en troupeaux en Orient. (...) Toutes les espèces, comme le boeuf, n’ont pas de dents sur la mâchoire supérieure. Ils sont tous employés comme bête de somme, portant des charges sur son dos, et ils peuvent aussi servir de cavalerie de combat. Leur vitesse est la même que celle du cheval mais leur capacité à porter est proportionnée pour chacun à leur force physique (...). Le chameau a une antipathie naturelle pour le cheval132. Il peut endurer la soif pendant quatre jours, et quand vient la possibilité de boire, il boit à la fois pour sa soif passée et celle à venir. (...) Ils vivent cinquante ans et certains atteignent les cent ans. Ces animals sont aussi sujets à des coups de panique.

3-L’affection des chameliers.
L’animal est le point de départ d’un développement métaphorique virtuose: la monture du poète devient aussi une ville, une femme et le monde. Ce morceau poétique est typique de l’expression dense et haletante des anciens Arabes.

(Tarafa, Muallaqat133).
...je la fouette sur la robe rayée du grand chemin elle a les chairs aussi denses qu'un mâle,
elle trotte comme l'autruche accourt au-devant du chauve cendreux,
elle défie à la course les plus racées ses canons se poursuivent sur la piste domptée.
Elle a passé le printemps sur les deux collines
parmi des chamelles aux pis allégés à brouter des parterres
que ranime sur les meilleurs sols la seconde pluie de l'année.
Elle revient à l'appel guttural du chamelier,
mais se protège avec son porte-houppe des terreurs d'un noirâtre au pelage feutré,
on dirait que deux ailes d'aigle blanc l'escortent rivetées de part et d'autre à l'attache de sa queue
et tantôt elle en fouette par-derrière mon compagnon et tantôt ses mamelles taries comme une outre fripée.
Son entrecuisse est si parfait de chairs qu'il rappelle un porche monumental
et lisse ses côtes se maçonnent à ses vertèbres en arceaux
l'intérieur de son cou s'emboîte sur un dos à étages,
on dirait que le flanquent deux gîtes sous un jujubier sauvage et que les cintres s'en recourbent pour lui renforcer le dos ses jarrets se délient puissamment l'un de l'autre comme si elle emportait les deux seaux d'un énergique puisatier.
On dirait d'une voûte que son propriétaire romain se serait juré de coffrer jusqu'à faire tenir sa bâtisse de briques...134
Rousse barbiche, dos résistant longue foulée de l'arrière, balancement des antérieurs des avant-jambes au toron dur et recroisé des avant-bras se croisant en ogive
elle s’incline de biais en courant véloce, la tête grosse, les épaules remontant d'une poussée continue.
Les traces des sangles sur ses flancs ressemblent à des creux d'eau sur la roche lisse d'un plateau de pierrailles convergentes et parfois distinctes comme des empiècements plus clairs sur une tunique déchirée,
son long col érectile une fois dressé devient le gouvernail d'une barge remontant le Tigre135;
son crâne, pareil à un sommet l'attache en tient par une pointe aussi dure qu'une lime; sa joue: un parchemin syriaque136 ses lèvres: un cuir yéménite à la découpe sans bavure ses yeux : deux miroirs blottis dans les grottes d'un frontal de rocher
(...) Frémissante et vivace, légère et ramassée dense comme le silex dont on martèle une dalle; nez percé mufle tendre.
La noble bête chaque fois qu'elle en touche le sol accélère si je veux elle baisse l'allure et si je veux la force,
par crainte des lacis d'une dure lanière et si je veux sa tête se met à hauteur du pommeau et la voici nageant des avant-bras au rythme d'une autruche.



(Harith ibn Hilliza, Muallaqât137
).
En enfourchant une chamelle rapide comme une autruche longue et cambrée qui ne connaît que les déserts, et qui, pleine de frayeur, entendrait, à la nuit tombante, s’approcher la voix lointaine des chasseurs.
Ses pieds, enfrappant la terre, soulèvent une fine poussière.
Et le désert, derrière elle, se hâte d’engloutir ses pas.
Je la monte, en pleine fournaise, à l’heure où d’autres que moi, accablés par la chaleur, titubent comme des chamelles aveugles.


4- Profession chamelier.

Il ne faut pas oublier que Muhammad a passé la première moitié de sa vie comme chamelier, employé d’une entreprise de commerce au long cours. Il n’a pas été le seul durant des siècles, mais c’est lui qui est sans doute le chamelier le plus célèbre de l’Histoire, même s’il préfère se présenter comme un berger, pour des raisons idéologiques138.

Adage de chamelier.
(Bukhari, Hadith 76/ 505 )139.

J'ai entendu l'apôtre d'Allâh dire :
- Les gens sont comme les chameaux : sur plus de cent, difficile d'en trouver un que l'on puisse monter. 

Le bâton du chamelier.
Muhammad emploie pour paraphraser un épisode biblique un terme intéressant, qui trhait sa profession véritable: au lieu d’utiliser le mot “sceptre”, il emploie celui de “bâton de chamelier”, ustensile indispensable et quotidien140 .

(Mahomet, Coran 34/13).

Quand nous eûmes décrété la mort de Salomon, les djinns n’eurent indication de sa mort que parce que la bête de terre141 rongea le sceptre142 sur lequel s’appuyait Salomon.

Les chameliers.
(Ibn Khaldun, Muqaddima II 2)143 .

Ceux qui vivent de l'élevage des chameaux se déplacent davantage et pénètrent plus avant dans le désert. En effet, les pâturages, les plantes et les arbres des collines peuvent pas remplacer les arbustes et l'eau salée du dé, dont le chameau a besoin pour son équilibre. En outre, le chameau doit revenir en hiver aux régions désertiques pour fuir les rigueurs du froid et retrouver une température plus clémente, et les chamelles doivent mettre bas dans les sables. Car, de tous les animaux, cefles-ci ont l’accouchement le plus difficile et ont le plus besoin de chaleur. Les chameliers sont donc obligés d'aller très loin à la recherche du fourrage. Souvent, repoussés par les milices hors du pays des collines, ils s'enfoncent encore plus avant dans les déserts pour échapper à la justice et éviter d’actes punis pour leurs actes d'agression. Ils apparaissentainsi comme les hommes les plus farouches. Comparés habitants des villes, ils sont des fauves indomptables des bêtes féroces.

Réglements de comptes entre chameliers
Les troupeaux de chameaux sont à l’origine de nombreuses guerres tribales, et de punitions expéditives. Quand il s’agit de défendre son troupeau, Muhammad innove dans le sens de l’atrocité. D’ordinaire, ces affaires se règlaient par la négociation. Mais dans le cas présent, les voleurs avaient associer le larcin à l’apostasie, qui est inexcusable...

(Muslim hadith 16/ 4130 )144 .

... des gens appartenant à la tribu d’Urayna vinrent voir le messager d’Allâh à Médine et ils trouvèrent le climat malsain; alors le messager d’Allâh leur dit:
-Allez boire l’urine et le lait des chameaux de Sadaqa145.
Ils le firent et allèrent mieux. Puis ils tombèrent sur des bergers, les tuèrent et prirent les chameaux du prophète. La nouvelle vint au messager d’Allâh qui envoya des hommes à leur recherche et ils furent amenés devant lui. Il leur fit couper les mains, les pieds, enlever les yeux et les fit jeter sur un sol de pierre jusqu’à ce qu’ils meurent.146

5-L’animal sacré.
Un animal omniprésent et vital pour l’homme finit par acquérir un statut supérieur, surnaturel et sacré. Il est là, dans les rites des religions arabes dans l’islam et dans la compilation coranique, trônant, majestueux en dépit de sa laideur.

Le choix rituel des animaux
( hadith, Bukhari 60,147).

Bahira est une chamelle dont le lait est gardé pour les idoles et personne n’est autorisé à la traire.
Sayba
est une chamelle qu’ils laissent libre pour leurs dieux et elle ne doit rien porter. (...) Wasila est une chamelle qui donne naissance à une chamelle la première fois, puis une autre la deuxième fois. Les gens laissent cette chamelle libre pour les idoles si elle donnait deux chamelles sans chameaux entre les deux.
Hami est un chameau qui sert à la reproduction. Quand il a fini le nombre de saillies qui lui sont assignées, on le laisse libre pour les idoles, et on l’exhonère de tout fardeau, et on l’appelle hami.

(Ibn Kalbi, Livre des Idoles 32 d.).
L'un de ses fidèles147 vint un jour avec un certain nombre de chameaux pour les consacrer à l'idole et obtenir ainsi sa bénédiction. Or, lorsqu'il approcha les chameaux du rocher, ils furent effarouchés et, courant de tout côté, ils se dispersèrent.

Le chameau métaphorique
(Bukhari, Hadith 80/4,2).

D’après Anas, l’envoyé d'Allâh a dit:
-Allâh est plus heureux du repentir d’un de ses adorateurs que l’un d’entre vous ne l’est quand il retrouve son chameau alors qu’il l’a perdu dans le désert.

La chamelle de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1784).

Al Qaswa était une chamelle des Banu al Harish et a été acheté avec d’autres chameaux par Abu Bakr pour 800 dirhams148.
Le messager d’Allâh l’a acheté à Abu Bakr pour 400 dihrams, et il est resté à lui jusqu’à sa mort. C’est le chameau avec lequel il émigré. Quand il est arrivé à Médine, il avait sept ans. Son nom était al Qaswa, al Jada, al Adba. (..) elle avait les oreilles fendues149.

(Ibn Sad, Tabaqat I/132).
J’ai vu la révélation lui venir150 alors qu’il était sur sa chamelle, et celle-ci mugissait et se tordait les jambes de sorte que je craignais qu’elles ne se rompent. Parfois, elle s’asseyait et parfois elle restait debout, les jambes fichées comme des pieux, jusqu’à la cessation de cet état, et cela à cause du poids de la révélation; et alors la transpiration lui traînait en perles.

La chamelle sacrée.
(Mahomet, Coran 91/11-15).

Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l’apôtre d’Allâh leur dit:
-Ne touchez pas à la chamelle d’Allâh, ni à son lait151.
Les Thamud le traitèrent d’imposteur et sacrifièrent la chamelle. Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.



2- Le cheval.

L’animal est considéré comme un luxe, avant tout, superbement évoqué par les poètes. Il est le symbole par excellence de l’aristocratie, et suscite pour cela la suspicion de Muhammad.
Mais avec le début de l’aventure musulmane, il devient un véhicule de combat et un instrument de la conquête, de plus en plus important152.
Le chef lui-même préfère voyager à dos de mules: il laisse les chevaux aux jeunes guerriers.


(Dawud, Hadith 14/2540).

L’envoyé d'Allâh avait l’habitude d’appeler une jument comme un étalon153.

(Bukhari, Hadith 56/51).
D’après Ibn Omar, l’envoyé d'Allâh assigna au cheval deux parts de butin et à son maître une part154.

Poème pour une jument.
(Hubairah ibn Abd Amnaf 155 ).


Ode à sa jument, Sauterelle.

Les Banu Jusham ibn Bakr m’ont demandé si Sauterelle avait une tache blanche éclatante sur le front, ou si elle était toute blanche.
et le coursier qui se précipite sur eux, portant sur son dos le vieux guerrier blessé, comme un lion.
Quand sa charge l’a portée à travers leurs rangs, elle revient à la charge, et les lances la retiennent et elle ne peut plus avancer.
Trois de ses pattes sont semblables, un rond blanc au niveau du paturon, tant qu’une patte est de couleur unie.
Elle est bai156 , d’une couleur bien assurée, alors que la couleur de shirf157 dans laquelle le cuir est teint doit être imprégnée une seconde fois.



L’entretien du cheval158 .
(Bukhari, Hadith 56/45).
Abu Horayra a dit: le prophète a dit:
-Celui qui fait donation perpétuelle d’un cheval dans la voie d’Allâh, par un effet de sa foi en Allâh et de sa confiance en ses promesses, verra mettre en sa faveur dans la balance, au jour de la résurrection, la nourriture, la boisson, le crottin et l’urine de ce cheval.

Sacrifice de cheval.
(Bukhari, Hadith 72/24, 1-3).

Hisham ibn Urwa a dit: Ma femme Fatima ibn al Mundhir rapporte que Asma a dit:
-Au temps du prophète, nous avons saigné un cheval au défaut de l’épaule et nous l’avons mangé159.
Au temps de l’envoyé d'Allâh, pendant que nous étions à Médine, nous avons coupé les deux carotides d’un cheval160 , et nous l’avons mangé.

Au temps de l’envoyé d'Allâh nous avons saigné un cheval au défaut de l’épaule et nous l’avons mangé.



3- Le bétail.

Les sources littéraires et épigraphiques évoquent sans cesse les troupeaux161: c’est le capital de la tribu, l’assurance de la survie, et la fierté de la famille. Si une maladie, un fauve ou un pilleur s’empare des moutons ou des chameaux, le groupe peut disparaître. Il est donc sensible aux thèmes eschatologiques.

1-Les animaux domestiques.
(Bukhari, Hadith 3/ 28).

D'après Zayd ibn Khalid al Juhani, un homme interrogea le prophète au sujet des objets trouvés.
-Regarde bien, répondit-il, le cordon de l'objet trouvé - ou sa bourse - et aussi son enveloppe. Puis, pendant un an, annonce ta trouvaille; après quoi fais usage de la chose. Toutefois si son propriétaire vient te trouver, remets-lui l'objet.
-Et s'il s'agit d'un chameau égaré? demanda l'homme.
A ces mots le prophète entra dans une telle fureur que ses joues - ou son visage, suivant une autre version - devinrent cramoisies.
-Qu'as-tu à t'occuper de cet animal, s'écria-t-il; il a en lui une réserve de boisson; il a des pieds, rien ne l'empêche d'aller à l'abreuvoir et de brouter des plantes. Laisse-le donc en sorte qu'il rejoigne son maître162.
-Et si l'animal égaré est un mouton, ajouta l'homme.
-Alors, répondit le prophète, il sera à toi, à ton frère ou au loup.

Les animaux d’élevage dans le Coran
(Mahomet, Coran 16/8).

Il a créé le cheval, le mulet, l’âne pour que vous les montiez et comme apparat...

Les moutons arabes
(Hérodote III 113).

Il y a dans ce pays deux espèces de moutons assez extraordinaires et qu'on ne voit nulle, part ailleurs: les uns ont une longue queue, de trois coudées pour le moins; si on laissait les bêtes la traîner sur le sol, le frottement, y provoquerait des ulcères, mais tout berger sait travailler le bois, assez dur, moins pour confectionner un petit chariot qu'il attache sous la queue de la bête, en liant la queue sur le chariot. L'autre espèce a une large queue, qui peut même en largeur atteindre une coudée.

(Dawud, Hadith 14/2551).

Il est interdit de monter un animal qui mange ses propres excréments163.

2-Les éleveurs.
(Bukhari, Hadith 54/ 520164).

L'apôtre d'Allâh a dit :
La principale source de l'incroyance est à l'est165. Orgueil et arrogance sont les caractéristiques des propriétaires de chevaux et de chameaux, ces bédouins s'occupent de leurs chameaux et ne s'intéressent pas à la religion; alors que la modestie et la douceur sont les caractéristiques des propriétaires de moutons166.

(Bukhari, Hadith 59/15,1-2).
L’envoyé d'Allâh a dit:
-Il est proche le temps où la meilleure fortune pour l’homme sera la possession d’un troupeau de moutons, qu’il mène paître sur les cimes des montagnes, dans les lieux arrosés par la pluie; il fuira ainsi avec sa religion loin des troubles167 .

L’envoyé d'Allâh a dit:
-La tête de l’infidélité se trouve en Orient168 ; l’orgueil, la présomption se recontrent chez les possesseurs de chevaux et de chameaux, à la voix rude, qui habitent les tentes de poils; la paix169 existe chez les possesseurs de moutons.

Bergers et bergères170 .
(Bukhari, Hadith 67/90).

.. le prophète a dit:
-Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Le prince est un berger; l’homme est un berger vis-à-vis de ceux qui sont sous son toit; la femme est une bergère pour la maison de son mari. Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau.

Le chantage sur les Hawazin.
(Hadith, Bukhari 64/54,5).

Marwan et El Miswar ibn Makhrama racontent que l'envoyé d'Allâh se leva lorsque la députation des Hawâzin, devenus musulmans, vint le trouver, comme les Hawazin demandaient qu'on leur rendit leurs troupeaux et leurs captifs, l'envoyé d'Allâh leur répondit:
-J'ai avec moi les fidèles que vous voyez, et quand je parle j'aime par-dessus tout dire la vérité. Choisissez donc l'un de ces deux partis: Ou vos captifs, ou vos troupeaux171. Je vous ai attendus (avant d'en disposer).
Le prophète avait en effet attendu leur venue pendant dix et quelques jours après son retour de Ta’if. Quand ils virent que l'envoyé d'Allâh, ne leur rendrait que l'une des deux choses, ils déclarèrent qu'ils optaient pour les captifs.
Alors l'envoyé d'Allâh se leva au milieu des musulmans; il loua l’ envoyé d'Allâh autant qu'il en est digne et, passant au fait, il dit:
-Nos frères sont venus à nous pleins de repentir, aussi j'estime que je dois leur rendre leurs captifs. Que ceux d'entre vous qui veulent accepter cette restitution sans indemnité, le fassent. Quant à ceux dentre vous qui désirent jouir de leur butin, mais qui acceptent que je les en indemnise sur le premier butin que Allâh fera tomber entre nos mains, qu'ils le disent.
Les fidèles répondirent à la fois :
-Ô envoyé d'Allâh, nous acceptons la restitution sans indemnité.
-Je ne puis savoir ainsi, reprit le prophète, ceux qui acceptent et ceux qui n'acceptent pas. Rentrez chez vous, et vos chefs me feront connaître votre décision.
Les fidèles rentrèrent chez eux, où leurs chefs les consultèrent, et revinrent ensuite trouver l'envoyé d'Allâh et lui annoncèrent que tous accepteraient la restitution sans indemnité.
-Tel est, dit Ibn Shihab, ce que j'ai appris au sujet des captifs des Hawazin172.


3-Les produits de l’élevage.
Ce sont des produits précieux et peu imposants, qu servent dans les échanges avec les populations sédentaires: lait, viande, cuir, laine...

Le lait.

( Muslim, Hadith 18/4284).
L’envoyé d'Allâh a dit:
-Personne parmi vous ne doit tirer le lait de l’animal d’un autre sauf avec sa permission. Aimez-vous que votre maison soit dévastée, que les poutres soient brisées, et le garde-manger déplacé? Vraiment, les trésors qu’on tire de ceux qui gardent des animaux sont les mamelles des animaux qui les nourissent. Personne d’entre vous ne doit tirer le lait d’un animal appartenant à un autre.


Métaphore intestinale.
(Muwatta, Hadith 49/ 10)173

Le messager d'Allâh avait donné l'hospitalité à un infidèle. Le messager d'Allâh ordonna qu'on amène une brebis et elle fut traite. Il but son lait. Une autre vint et il but son lait. Une autre encore, jusqu'à ce qu'il ait bu le lait de sept brebis. Le matin il était devenu musulman. Alors le messager d'Allâh ordonna d'amener une brebis pour lui. Elle fut traite et il but son lait. Il en demanda une autre pour lui et il ne put finir le lait. Alors le messager d'Allâh dit :
- Le croyant boit avec un seul intestin, l'infidèle boit avec sept intestins174

(Mahomet, Coran 16/68).

En vérité, vous avez certes un enseignement dans vos troupeaux175!
Nous vous abreuvons d’un lait pur, exquis pour les buveurs, venant de ce qui, dans leurs ventres, est entre un aliment digéré176 et du sang.

Le poil et la peau.
(Mahomet, Coran 16/82).
Allâh vous a procuré, dans vos tentes, un lieu habitable.
Il vous a procuré, dans la peau de vos troupeaux des tentes que vous trouvez légères le jour où vous vous déplacez ou le jour où vous vous fixez.
Il vous a procuré, dans leur laine, leur poil ou leur crin des effets et des objets d’une certaine durée.

La viande.
(Hadith, Bukhari 64/12,2).
...lorsque Abu Sayd ibn Malik al Khodri revint d’expédition, sa femme lui présenta de la viande qui venait des sacrifices.
-Je ne mangerai pas de cette viande, s’écria t-il, avant de m’être renseigné.
Il se rendit alors chez son frère utérin, Qutada ibn en Noman, qui avait assisté à Badr, et il lui posa la question.
-Il est survenu, répondit-il, une décision infirmant la défense177 de manger de la viande provenant des sacrifices après trois jours de leur durée.


4- Le palmier.

Cet arbre constitue autant un milieu de vie favorable, dans les oasis, et une source énergétique considérable sur le plan alimentaire. C’est “La tante et la mère des Arabes”178.
Il servira aussi de support d’écriture179 , de couverture pour les toits et pour les sols, de soutiens pour les murs180 et de fouets...
Il est aussi sacralisé, voire même divinisé, dans certains cas181 .

1-L’arbre.
Description du palmier et de ses dattes
(Pline, Histoire Naturelle XIII 29, 33-34182).

Il existe également de grands palmiers qui forment une forêt, leur tronc même donnant naissance sur tout leur pourtour à une multitude de feuilles pointues disposées en dents de peigne....
Le noyau des dattes est fusiforme et non arrondi comme l'olive; de plus il est fendu sur le dos par une cicatrice bordée de bourrelets et porte généralement du côté ventral un ombilic, par où s'échappera la jeune racine. Au semis, on les place par deux côte à côte, le dos en dessus, et, sur eux, deux autres disposés de même, cela parce que chaque plantule isolée serait trop faible, tandis qu'à quatre elles se soudent ensemble.
Le noyau est séparé de la pulpe par de nombreuses membranes blanches, tandis que d'autres adhèrait à la chair, et il n'est rattaché à celle-ci, à travers l’espace libre, que par un filament à son extrémité. La pulpe mûrit en une année.
On dit qu'en Arabie les dattes sont douceâtres et fades, quoique Juba183 mette au-dessus de toutes, pour la saveur, la datte du pays des Arabes Scénites184, appelée par eux dabla.

Une devinette de Muhammad
(Bukhari Hadith 3/ 58, 59, 60, 61, 62 et 72 ).

L’apôtre d’Allâh a dit:
-Parmi les arbres, il y a un arbre dont les feuilles ne tombent pas et qui est comme un musulman. Dites-moi le nom de l’arbre.
Chacun se mit à réfléchir aux arbres du désert. J’ai pensé au palmier-dattier, mais je me suis senti trop timide pour répondre. Les autres ont donc demandé:
-Mais quel est cet arbre, ô apôtre d’Allâh?
Il répondit:
-C’est le palmier-dattier.185

Muhammad et la palmeraie de la tribu juive des Banu Nadir
D’ordinaire, dans ce milieu de vie difficile, les bédouins respectent les moyens de subsistance. Il y existe pourtant de peu glorieuses exceptions de saccages, dont on devine qu’elle ont suscité le scandale.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I, p. 218.186 )
Il ordonna de couper les dattiers, et lorsque, après avoir toute une journée abattu les arbres, on se disposa à continuer pendant plusieurs jours, les juifs crièrent du haut de la forteresse:
-Ô Muhammad, s’il nous est permis de donner un avis, nous te dirons que ces arbres nous appartiennent, et, s’ils doivent t’appartenir, ils te seront utiles; pourquoi donc les couper?
Le prophète répondit:
-C’est Allâh qui l’ordonne.
Ils lui répliquèrent:
-Allâh n’ordonne pas les crimes, et couper des arbres est un crime.
Allâh révèla le verset suivant:
c’est avec la permission d’Allâh que vous avez coupé un certain nombre de palmiers et que vous en avez laissé debout un certain nombre...187
Ensuite, le prophète défendit de couper d’autres palmiers188.

2-Les dattes.
Qu’elle soit sur les arbres ou dans les crottes de chameau, on la retrouve partout; c’est avant tout un produit riche en calories et peu encombrant, emporté par les pillards musulmans dans toutes leurs expéditions.
Muhammad est intarissable et compétent en matière de dattes: il légifère, vante les qualités de telle ou telle espèce et compare avec tendresse Aïsha à une datte couverte de beurre189.


La récolte de dattes
(inscription de Ikma)190 .

N-m-r191 Q-r-m-l-h a offert le sacrifice à Dhu Gabat, à K-h-l, en faveur de sa récolte de dattes à B-n-l et à Tym-m. Il a été satisfait de lui et l’a aidé. Alors il a été satisfait de lui.

Les dattes dans le Coran
(Mahomet, Coran 6/99).

...Tandis que de la spathe192 du palmier sortent des régimes de dattes à portée de main...

La récolte de dattes: conseils de Muhammad
(Dawud, Hadith 14, 2616).

J’étais un enfant, et je jetais des pierres dans les palmiers des auxiliaires. Alors ils m’ont amené devant le prophète qui a dit:
-Garçon, pourquoi jettes tu des pierres aux palmiers?
J’ai dit:
-Pour manger des dattes.
Il a dit:
-Ne jette pas de pierres aux palmiers, mais mange celles qui sont tombées.
Il essuya sa tête et ajouta:
-Allâh, remplis son ventre....

Législation sur les dattes
(ibn Sad, Tabaqat n°70)193 .

Voici un écrit de Muhammad, envoyé d’Allâh à l’adresse de la tribu des Bariq.
Que leurs régimes de fruits ne seront pas coupés, ni leur territoire pris pour servir de pâturage au printemps ou en été, si ce n’est par demande adressée à Bariq.
Et quiconque parmi les musulmans passera par leur pays en temps de détresse ou de disette y aura droit à l’hospitalité trois jours durant. Lors donc que leurs fruits arriveront à maturité, le passant aura droit de ramasser ceux tombés à terre, afin d’en avoir le ventre rebondi; mais sans qu’il puisse toutefois s’en approvisionner194.

Dettes et dattes
(Bukhari, Hadith 64/ 18, 2-3).
Jabir ibn Abdallah rapporte que son père, qui périt martyr au combat de Ohod, laissa des dettes et six filles. Lorsque le moment de la récolte des dattes fut venu, raconte Jabir, j'allai trouver l'envoyé d'Allâh et lui dis:
-Tu sais que mon père a péri martyr au combat de Ohod et qu'il a laissé de nombreuses dettes. Je voudrais que ses créanciers te voient.
-Va, répondit le prophète, et dispose chaque espèce de dattes en tas séparés.
Je fis ce qu'il m'avait dit et le priai ensuite de venir. Quand les créanciers le virent, ils semblèrent plus exigeants à ce moment. Voyant comment ils agissaient, le prophète tourna trois fois autour du plus gros tas et s'assit ensuite sur ce tas en me disant :
-Appelle maintenant tes créanciers.
Il ne cessa de leur donner des mesures de dattes jusqu'à ce que, grâce à Allâh, les dettes de mon père fussent payées. Je me serais estimé satisfait qu’Allâh eût payé les dettes de mon père, même si je n'avais plus eu une seule datte à rapporter à mes murs. Or Allâh avait épuisé tous les tas, sauf celui sur lequel le prophète était assis, qui me parut n'avoir pas diminué du tout, même d’une seule datte195 .

Les dattes au mariage
(Bukhari, Hadith 67/77).

Lorsque Abu Osayd as Saydi se maria, il invita le prophète et ses compagnons à la noce. Le repas et le service furent faits par la nouvelle mariée, Umm Osayd. Elle fit tremper des dattes dans un pot en grès196 toute la nuit et quand le prophète eut achevé de manger, elle lui présenta ces dattes et le fit boire en les lui offrant197.

Faim de dattes
(Bukhari, Hadith 70/6,3).

Aïsha a dit: le prophète mourut au moment où nous pouvions enfin apaiser notre faim avec les deux choses noires: les dattes et l’eau.

Recettes
(Bukhari, Hadith 74/11,2-3).
Jabir a dit: le prophète a interdit de mêler le raisin sec avec les dattes, avec des dattes et des dattes vertes avec des dattes mûres.

Abu Qatada a dit: le prophète a interdit de mêler des dattes mûres avec des dattes vertes et des dattes avec le raisins secs. Qu’on fasse macérer séparément chacune des choses198 .

La conquête des dattes.
(Bukhari, Hadith 59/ 547)199 .
Quand Khaybar a été conquis200, nous avons dit:
-Nous mangerons tout ce que nous voulons comme dattes!201

(Bukhari, Hadith 59, 548)202 .
Nous manquions de dattes jusqu’à la conquête de Khaybar.

3-Le miel.
C’est l’autre produit sucré offert aux Arabes, considéré comme friandise.

(Mahomet, Coran 16/70-72).

Ton seigneur a révélé aux abeilles203 :
-Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres et ce qu’élèvent les hommes.
Mangez en outre de tous les fruits et dociles, empruntez les chemins du seigneur!
Du ventre des abeilles204 sort une liqueur de différents aspects où se trouve une guérison pour les hommes.
En vérité, en cela est certes un signe pour un peuple qui réfléchit.


5- Les parfums.

C’est par cette ressource que l’Arabie est connue à l’extérieur. Les géographes constituent de longues listes de ces produits très appréciés. La description d’Hérodote reste “merveilleuse”.
C’est pour cette raison que l’Arabie est sujette aux convoitises.


1-L’odeur de l’Arabie.
(Hérodote, Histoires III 107-113)

Du côté du midi maintenant, l'Arabie est la dernière des terres habitées; on y trouve, et là seulement, l'encens, la myrrhe, la cannelle, le cinname, et le laudanum. Mais pour récolter ces produits (sauf la myrrhe), les Arabes doivent se donner beaucoup de mal. Ils recueillent l'encens en faisant brûler du styrax, une gomme dont les Phéniciens font le commerce avec la Grèce, car les arbres qui donnent l'encens sont gardés par des serpents ailés, petits et de couleurs diverses (ceux-là mêmes qui envahissent l'Égypte), massés nombreux autour de chaque arbre; rien ne peut les en écarter, sinon la fumée du styrax (...)
Les Arabes prétendent même qu'ils envahiraient la terre entière s'il ne se produisait pour eux ce qui arrive, comme je le savais déjà, aux vipères. Sans doute la divine providence a-t-elle, dans sa sagesse - ainsi d'ailleurs qu'on peut s'y attendre -, donné aux animaux craintifs et bons à manger une fécondité exceptionnelle pour en sauvegarder l'espèce, et peu de fécondité aux animaux féroces et malfaisants.
Voilà comment on récolte l'encens; pour la cannelle, les Arabes s'enveloppent le corps tout entier et le visage, sauf les yeux, dans des peaux de bœufs ou d'autres bêtes, avant d'aller la récolter; elle pousse dans un lac peu profond, mais dont la rive et les eaux servent de demeure à des bêtes pourvues d'ailes, fort semblables à nos chauves-souris, qui poussent des cris effrayants et sont d'une force redoutable; il faut protéger ses yeux contre leurs attaques pour pouvoir recueillir la cannelle.
La manière dont les Arabes se procurent le cinname est plus curieuse encore. Où pousse-t-il et dans quel sol? Ils n’en peuvent rien dire; toutefois, certains prétendent, non sans vraisemblance, qu'il croit dans les régions où fut élevé Dionysos205. Des oiseaux de grande taille transportent, dit-on, ces morceaux d'écorces desséchées que nous appelons cinname, d'un nom pris au phénicien; ils les apportent à leurs nids, qui sont faits de boue et accrochés à des falaises escarpées, absolument inaccessibles à l'homme.
Les Arabes ont donc trouvé une ingénieuse façon de les obtenir: ils découpent en quartiers aussi gros que possible lés bœufs, ânes et autres bêtes de somme qui viennent à mourir, pour les transporter dans la région voulue et les disposer près des nids; puis ils s'en vont à l'écart. Les oiseaux s'abattent aussitôt sur cette viande et l'emportent, dans leurs nids qui s'effondrent, trop faibles pour en soutenir le poids. Les Arabes viennent alors ramasser le cinname qui, recueilli par leurs soins, est ensuite expédié dans les autres pays.
Le laudanum (les Arabes disent ladanon) s'obtient d'une manière encore plus curieuse. Son odeur est des plus suaves, mais il vient d’un endroit des plus malodorants: on le trouve dans la barbe des boucs ou il se forme, comme la gomme sort de certains arbres. Il entre dans la composition de nombreux parfums, et les Arabes s'en servent de préférence pour leurs fumigations.
Nous n'en dirons pas plus sur les parfums, mais de l’Arabie entière s'exhale une odeur divinement suave.

L’encens et la myrrhe, produits d’exportation
(Extrait de l’hymne delphique à Apollon I206 )

Une inscription du sanctuaire de Delphes rappelle l’usage très répandu de ces produits rares et chers, jusque dans la liturgie.


Péan207 et hyporkhème208 en l’honneur du dieu qu’a composés Athénaios.

Ecoutez vous qui avez reçu en partage l’Hélicon aux bois profonds, filles aux beaux bras de Zeus retentissant, accourez pour charmer de vos chants Phoibos à la chevelure d’or, qui, sur la bouble crête de cette roche parnassienne, accompagnée de nobles Delphiennes, s’achemine vers les ruiseaux de Castalie aux belles eaux, sur le promontoire de Delphes, le sommet prophétique.
Voici l’Attique, la grande cité209 qui, grâce aux prières de la guerrière Tritonide, habite un sol à l’abri de toute atteinte.
Et, sur les autels, Héphaïstos consume les cuisses des jeunes taureaux; et pendant que vers l’Olympe s’élève la vapeur d’Arabie, le clair lotus au son frémissant fait entendre son chant aux phrasés changeants et la cithare d’or, de sa belle voix, répond aux hymnes.


2-L’exploitation des parfums.
Ce produit si rare et particlier a suscité la curiosité des observateurs occidentaux, qui en rajoute un peu dans le genre merveilleux.

(Diodore, Bibliothèque Historique III 46,2-4; 47,1-2)

Un parfum naturel l'imprègne tout entière210, parce que presque toutes les plantes qui ont les meilleures senteurs poussent sans interruption dans ce pays. Sur la côte poussent ce qu'on appelle le baumier, le laurier-casse et une autre plante dont la nature est particulière: fraîchement coupée, elle offre aux yeux la vue la plus charmante, mais, si on laisse passer du temps, elle se défraîchit très vite. A l'intérieur du pays, on trouve des forêts épaisses où poussent de grands arbres à encens et à myrrhe, ainsi que des palmiers, des roseaux des arbres à cinnamome et ceux qui exhalent des parfums semblables: il n'est pas possible, en effet, d'énumérer les particularités et la nature de chacun d'entre eux, à cause de leur nombre et de la surabondance des senteurs qui résultent de leur accumulation. C'est, en effet, manifestement une chose divine et qui dépasse le pouvoir des mots que ce parfum qui envahit les sens de chacun et les émeut. Car même aux navigateurs qui passent, serait-ce très loin de la côte, il ne manque pas de leur faire partager une telle jouissance : durant l'été, quand il y a un vent de terre, il arrive que les parfums exhalés par les arbres à myrrhe et les autres plantes odoriférantes pénètrent jusque dans les proches régions de la mer; en effet, contrairement à ce qui se passe chez nous, ce parfum n'a pas son arôme naturel vieilli, pour avoir été conservé, mais sa force est au plus haut point de son développement et de sa fraîcheur et elle pénètre jusqu'aux parties les plus subtiles des sens. Et, comme la brise transporte les effluves des plantes les plus parfumées, les navigateurs qui approchent de la côte sont assaillis par un mélange fait des meilleures odeurs, délicieux et abondant, en même temps que salubre et exotique: le produit de ces arbres, en effet, n'a pas été coupé et n'a donc pas encore exhalé le plus fort de son parfum; il n'a pas non plus été conservé dans des récipients faits d'une matière étrangère, mais le parfum provient de la plante dans toute la fraicheur de sa jeunesse et au moment où sa nature divine conserve la floraison intacte; voilà pourquoi, ceux qui peuvent respirer ce mélange unique pensent goûter l'ambroisie211 de la légende, parce que l'extraordinaire qualité des parfums ne permet pas de trouver une autre appellation adéquate.
Et pourtant, ce n'est pas un bonheur sans faille et entièrement enviable que la fortune a accordé à ces hommes: à des bienfaits si considérables, elle a joint quelque chose de nuisible, pour servir d'avertissement à ceux que la jouissance continue des biens habitue à mépriser les dieux. En effet, ces bois si parfumés sont infestés de serpents, à la couleur pourpre, longs d'un empan212 et qui font des morsures absolument incurables; pour mordre, ils s'élancent sur leurs victimes et, sautant très haut, ils mordent la peau jusqu'au sang. D'autre part, un phénomène particulier aux habitants du pays se produit chez ceux dont le corps est affaibli par une longue maladie. En effet, comme le corps s'imprègne d'une substance pure et pénétrante et que cela transforme les masses compactes en tissus poreux, il s'ensuit une dissolution difficile à soigner. Aussi, on fait brûler auprès de ces malades du bitume et de la barbe de bouc pour combattre par des substances opposées l'excès des parfums. Les bonnes choses, en effet, si elles sont mesurées en quantité et en ordre, sont utiles et agréables à l'homme; mais si elles sont dépourvues de la juste proportion et de l'opportunité, elles présentent un bien inutile.

3-Le goût pour les parfums.
Les sources musulmanes insistent sur la popularité de ce produit, tant pour l’usage corporel que pour les fumigations de l’espace. C’est un milieu de vie où l’eau est rare, les bains peu fréquents213 , et les animai omniprésents.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 181)

Kab214 avait une chevelure qui lui tombait sur le cou. Elle était parfumée de musc et d'ambre. A chaque instant Silkan lui prenait la tête, l'attirait vers lui et en respirait les parfums, en disant:
-Quelle délicieuse odeur!
Lorsqu'une bonne partie de la nuit fut passée, Kab dit:
-Déposez quelques-unes de vos armes pour que nous les mettions de côté.
Silkan dit:
-Allons nous promener un peu dans ce verger, pour chasser notre chagrin; nous te remettrons ensuite les armes, que tu pourras emporter dans ta maison, et demain nous amènerons des bêtes de somme pour chercher les vivres.
Kab se leva et alla avec eux, tout en causant. Silkan, de temps en temps, passait dans la chevelure de Kab sa main, qu'il portait ensuite à son nez pour en respirer l'odeur. Quand ils furent arrivés au milieu du verger, Silkan saisit fortement Kab par les cheveux et dit :
-Chargez!
Muhammad ibn Maslama, le serra également, et Harith ibn Aws, vint à leur aide, et tous les trois le maintinrent ainsi. Les autres prirent leurs sabres et le frappèrent. Quelqu'un du château, apprenant cet événement, donna l'alarme; on alluma des torches, et la femme de Kab jetait des cris du haut de la terrasse.
Elle fut tuée par les Arabes, qui se retirèrent ensuite.






IV
Ismaël et les siens.
Les sources bibliques et mésopotamiennes.


En voilà assez sur le théâtre géographique et naturel. Les hommes qui ont habité ces terres durant des milliers d’années se sont regroupés en vastes unités ethniques. Les premières sources proviennent des écrits bibliques et en parallèle des inscriptions mésopotamiennes: des informations précieuses mais aussi un regard extérieur et agressif.

La Bible215 présente la conception traditionnelle de l’origine des populations arabes216: Ismaël217 est le fils d’Abraham et de sa première femme Agar218. Les musulmans seront longuement mentionés sous le nom d’Ismaélites ou Agarites par les observateurs chrétiens, du temps où ils les considéraient encore comme une étrange hérésie, plus brutale que les autres.


1-La Bible.

1-Le texte de référence: la Genèse.
La postérité d’Agar: Ismaël
(Genèse 16,4; 17,19-20).

Celui-ci alla vers Agar, et elle conçut. (...) Agar enfanta un fils à Abraham et Abraham appela le nom de son fils qu’Agar lui avait enfanté Ismaël. Abraham était âgé de quatre-vingt six ans, quand Agar enfant Ismaël à Abraham. (...)
Et Dieu dit:
-Bien sûr, Sara, ta femme, t’engendrera un fils, tu l’appeleras du nom d’Isaac, j’établirai mon alliance avec lui, alliance à jamais pour sa postérité après lui. Quant à Ismaël, je t’ai exaucé: voici, je l’ai béni, je le rendrai fécond et je le multiplierai extraordinairement; il engendrera douze princes219 et je ferai de lui une grande nation.

La version biblique de la division entre Hébreux et Arabes

Sur la demande de sa nouvelle femme Sara, Abraham rejette Agar et Ismaël, au profit du nouveau fils, Isaac, à l’origine du peuple juif.
(Genèse 21,14-21).
Abraham se leva de bon matin et, ayant pris du pain et une outre d'eau, il les donna à Agar, lui mit l'enfant sur l'épaule et la renvoya. Elle s'en alla et erra çà et là dans le désert de Bersabée220. Quand l'eau de l'outre fut épuisée, elle laissa tomber l'enfant au pied d'un des arbrisseaux, et elle alla s'asseoir en face à la distance d'un trait d'arc, car, disait-elle:
-Je ne peux pas voir mourir l'enfant.
Comme elle s'était assise en face, l'enfant se mit à pleurer bruyamment. Et Dieu entendit la voix de l'enfant et l'ange de Dieu appela des cieux Agar et lui dit :
-Qu'as-tu Agar? ne te laisse pas abattre; car Dieu a entendu la voix de l'enfant là, où il est. Lève-toi et relève