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LE COUP-DETAT DE YATHRIB
Etablissement dun Etat prophétique
La récompense1 de ceux qui font la guerre à Allah et à son envoyé
et qui sévertuent à semer le scandale sur terre
sera seulement dêtre tués ou dêtre crucifiés,
ou davoir les mains et les pieds opposés tranchés,
ou dêtre bannis de leur pays.
Mahomet, Coran 5/35-7.
Cette ville, au nord de la Mecque, est déjà appelée Médina (ou Médinta en araméen), avant linstallation de Muhammad. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes2 . La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad3 .
En 622, des Arabes se convertissent, plus ou volontairement, à la doctrine nouvelle, qui est en train de se construire peu à peu. Pour maintenir sa domination, leur nouveau chef établit une sorte de constitution qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Une fois la pacificaiton acehvée, Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids contre les tribus voisines.
Après 630, Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore pour longtemps la capitale du nouvel empire, jusqu'à l'établissement des Ommeyades. Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans4 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée5 .
Il sagit dun nouveau type de pouvoir, uneAuto-théocratie: cest bien sur un néologisme quil faut justifier. Une théocratie est un régime politique dont la souveraineté proviendrait dune puissance surnaturelle à travers ses relais humains: pour résumer, le gouvernement des prêtres, auto-proclamés et auto-recrutés que lhumanité a souvent réussi à éviter, pour son bonheur. Mais la plupart du temps, ce régime nest pas celui du fondateur de la religion, mais plutôt de ses disciples, ou ses héritiers lointains.
A Médine, le chef est le fondateur et la chaîne de commandement est la plus courte possible: le totalitarisme6 en devient éclatant: il ne tire pas sa référence du passé, mais il est sa propre référence, immédiate et progressive7, comme une tautologie, qui pourrait faire sourire sil est ne sétait pas appliquée durant huit à une société humaine.
Lautocrate - dont le pouvoir ne se justifie que par sa propre personne, et sa force, cest la définition de ce type- cumule les attributs du pouvoir, dont le plus puissant est le rapport mystique avec la puissance surnaturelle, quil sefforce de démontrer. Le résultat de ses efforts est un livre nommé Coran, lequel, rappelons-le, nest pas encore rédigé et collecté à cet époque, contrairement aux apparences.
Le but de ce chapitre est de présenter de très nombreux documents concernant lorganisation et la vie à lintérieur du nouvel Etat, fondé par un homme politique8. Il sagit en effet dun Etat de type nouveau, de type prophétique, révolutionnaire9 , qui règle le fonctionnement dune société. Les institutions sont embryonnaires10, mais la place du guide, le zèle de ses séides et lobéissance à ses volontés en tiennent lieu11. Le nouvel organisme politique est de nature totalitaire12 parce quil nadmet quun seul type dautorité, théocratique, parce quil naccepte aucune institution en dehors de lui-même, parce quil construit une vision du monde particulière, parce quil rejette la notion dautonomie de lindividu, parce quil édicte des lois qui nadmettent aucune exception et qui ne sinterdisent aucun domaine de compétence, et parce quenfin, se profile peu à peu lidée dun être humain nouveau, distinct du reste de lHumanité, le musulman. Cest lUmma, la Communauté, supérieure et distincte absolument de toutes les autres, familles, tribus ou royaumes.
Un tel programme suscite vite des oppositions, de la part de ceux qui sont en danger: les Juifs et tous ceux qui navaient pas compris au premier abord ce que signifiait larrivée à Yathrib des musulmans à Muhammad. On peut même ajouter que cest grace à ces opposants, à la suite de longues luttes, d apres investives, dactes brutaux que le régime se met en place, et trouve sa forme définitive.
Cest un exemple exceptionnel de formation étatique, exceptionnel voire unique dans lHistoire de lHumanité13.
I
Yathrib avant Médine
Cette ville, au nord de la Mecque, est déjà appelée Médina, avant linstallation de Muhammad14. Elle est habitée par des Juifs et des Arabes. La tradition en a fait ensuite la ville de Muhammad15 .
Son nom le plus ancien, déjà connu de Ptolémée est Yathrib: cet oasis se situe dans le Hedjaz, à 350 Km au nord de la Mecque16. Ce n'est pas un centre urbain, mais plutôt un agrégat de palmeraies, de collines, de villages, de marchés17 et de forteresses18 . Sa population est complexe: deux tribus arabes19, trois tribus juives20, qui pratiquent l'élevage, l'agriculture et l'artisanat. Muhammad découvre donc un situation totalement différente de celle de la Mecque.
En 622, les Arabes se convertissent, plus ou volontairement, à la doctrine nouvelle, et leur nouveau chef établit une sorte de constitution qui fixe les rapports entre eux et avec lui-même. Médine devient la base de la lutte contre la Mecque et des raids.
Après 630, Muhammad revient à Médine et y meurt. La "ville du prophète" est encore la capitale du nouvel empire21, jusqu'à l'établissement des Ommeyades. Elle est toujours la deuxième ville sacrée pour les musulmans22 et la tombe de Muhammad y est toujours visitée23 .
1-Situation de Médine.
Abulfeda, Géographie 86.
Médine se trouve dans une plaine: au nord, elle a la montagne dOhod, et au midi, celle de Eyr. Elle abonde en palmiers. La plus grande partie de son territoire consiste en marais salins. On y remarque le tombeau de lapôtre dAllah ainsi que la mosquée qui laccompagne. A côté sont ceux dAbu Bakr et Omar. Médine est entourée dun mur de brique.
L'agglomération de Médine.
(Yaqubi, Les Pays, p. 149) .
La richesse des habitants de imédine consiste en palmiers, dont. ils leur nourriture et leurs moyens d'existence. Comme impôts, ils versent la dime de la récolte des palmiers et paient la dime aumônière sur le bétail.
Médine est à trois jours de marche de la mer: le port le plus proche est où mouillent les navires de commerce et les vaisseaux qui transportent le blé d'Égypte.
A 6 milles de Médine se trouve Kuba , où résidaient avant l'islam les Aws, et les Khazraj, et où s'arrêta l'envoyé d'Allah avant d'arriver à Médine. A Kuba, il logea chez Kulthum ibn Hidm, puis, après la mort de Kulthum, chez Sad ibn Khaithama Ansàri: la demeure de Sad était voisine de la mosquée de Kubà.
C'est de là qu'il partit pour Médine, où il fit rédiger les "Pactes de 1a fraternité"24. Puis la population délimita ses quartiers: auparavant les logements étaient séparés les uns des autres, mais dès cet instant les constructions se touchèrent et l'ensemble forma une cité.
Les environs de Médine.
(Ibn Jubayr25 ).
Lundi, au moment du zhur, aussitôt après la prière, nous quittames Khulays et nous poursuivimes notre route jusqu'au dernier isha. Alors nous nous arrêtames pour faire un court somme. Le kus retentit et nous partimes pour un voyage de nuit qui se prolongea jusque dans la matinée, moment où nous fimes halte pour nous reposer jusquau début du zbur, mardi. Puis nous gagnames une vallée du nom de Wadi as-Samk26 , nom qui ne va guère à ce lieu! Nous y campames au moment du dernier isha et y séjournames, mercredi, pour nous ravitailler en eau: on en trouve dans cette vallée dans des mares et parfois en creusant dans le sable. Au début du jhur, mercredi, nous levames le camp puis nous franchimes la nuit un versant caillouteux et abrupt où périrent de nombreux chameaux. Nous campames dans une plaine où nous dormimes jusqu'à minuit. Nous traversames alors un immense désert plat de dunes amoncelées, s'étendant à perte de vue. Alors, les chameaux purent avancer sans être en caravane à cause de la largeur de la route. Nous fîmes une halte pour nous reposer pendant la canicule, jeudi 29 dhu al-hijja.
2-Les noms de Médine.
(Bukhari, Hadith 29/ 2).
Lenvoyé dAllah a dit: jai reçu lordre de ma rendre dans un bourg qui dévorera les autres bourgs; cetains lappellent Yathrib, mais son nom est Médine...
(Bukhari, Hadith 29/ 3).
Nous arrivions de Tabuk avec le prophète. Quand nous fumes en vue de Médine, il sécria: voici Taba!
(Mahomet, Coran 33, 13).
La ville est appelée une seule fois par son nom originel dans le texte.
Rappelez-vous quun parti dentre eux vous a dit:
-Ô gens de Yathrib! ne restez point! retournez-vous-en!
(Mahomet, Coran 33, 60).
Le nom est déjà prononcé dans le Coran.
Certes, si les hypocrites, ceux au coeur de qui est un mal et ceux qui tremblent ne cessent point, à Médine...
3-Lantiquité de Médine.
Les plus anciens habitants de Yathrib.
(Al Isfahani 19, p. 94-9827).
Le premier peuple à avoir occupé Médine avant les Banu Israël était un peuple ancien applé les Amalekites. Ils faisaient peur à toute la région parce quils étaient un peuple puissant et injuste. Les tribus de Haff, Sad, Al Azra, Matruq étaient parmi celles qui ont occupé Médine. Le roi du Hedjaz était issu deux, un homme appelé Al Arqam, qui a vécu dans la région de Tayma et Fadak. Les Amalékites ont occupé la ville et ils avaient de nombreux champs et palmeraies.
Linvasion de Yathrib par le roi du Yémen Abu Karib Tiban28
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 13).
Quand il vint de lest, il traversa Médine sans maltraiter les gens, mais laissa là un de ses fils qui fut lachement assassiné. Alors il revint avec lintention de détruire la ville et dexterminer la population et de raser les palmiers. (...) Un des hommes des Banu Adiy ibn al Najjar, appelé Akhmar surprit un des hommes de Tubba quand il les menait à médine, et il le tua parce quil lavait trouvé dans ses palmiers, en train de couper des dattes. Il le frappa avec sa serpe et le tua en disant: les fruits appartiennent à ceux qui les cultivent.
fit enrager les Tubba contre eux et le combat éclata. Les Ansar29 affirment quils les combattaient de jour, et les traitaient en invités la nuit. Tubba fut étonné de cela et disait:
-Par Allah, vous êtes des gens généreux!.
4-Une guerre civile.
La bataille de Buath (c. 616).
(Ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 372-3,385-6).
Il y avait deux camps: les Banu Qaynuqa et leurs affiliés, alliés aux Khazraj; et les al Nadir, les Banu Qurayza et les affilis, alliés aux Aws. Quand il y eut une guerre entre les Aws et les Kharaj, les Banu Qaynuqa, allèrent du côté des Khazraj et les al Nadir et Banu Qurayza avec les Aws30 , chacun aidant ses alliés en contradiction avec ses orgines, de telle façon qu'ils versèrent leur sang les uns les autres, tandis que la Torah étai entre leurs mains, par laquelle ils savaient ce qui leur était permis et interdit. Les Aws et les Khazraj étaient polythéistes adorant les idoles, ne connaissant rien au paradis ou à l'enfer, le réveil et la résurrection, les écritures, le licite et l'illicite. (...)
A la bataille de Buath, les Aws et les Khazraj combattirent et la victoire alla aux Aws, qui étaient commandés à cette époque par Hudyr ibn Simak al Asshali le père de Usayd ibn Hudayr, les Khazraj étant commandés par Amir ibn al Numan al Bayadi, et tous les deux furent tués.
(Bukhari, Hadith 58/186)
Récit d'Aïsha: Allah a fait en sorte que la bataille de Buath ait lieu avant l'arrivée de l'apôtre d'Allah comme apôtre, pour que quand l'apôtre d'Allah est arrivé à Médine, ces gens étaient déjà bien divisés et leurs chefs avaient été tués ou blessés. Donc, Allah a fait en sorte que cette bataille précède l'arrivée de l'apôtre d'Allah pour qu'ils puissent accepter l'islam.
(Mahomet, Coran 2/79-80).
Par la suite, vous êtes devenus ces Juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement; vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs, vous les rançonnez.
Or, les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'Écriture et êtes-vous incrédules en une autre ?
Quelle sera la récompense31 de ceux parmi vous qui font cela, sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être, au jour de la résurrection, repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière, le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.
(Tabari, Tafsir 2/86).
Ibn Abbas commente ainsi ce verset:
Ce passage signifie: vous prêtez main-forte aux associateurs pour accabler vos coreligionnaires de crime et dhostilité jusquà verser leur sang et les expulser de leur habitat (...) Allah attire ici leur attention sur la anture de leur acte car il leur était interdit dans la Torah de verser le sang de lun dentre eux et ils étaient tenus également de payer la rançon pour racheter ceux dentre eux qui avaient été faits prisonniers par les ennemis.
Or à Médine, ils se répartissaient en deux groupes: dautre part, les banu Qaynuqa qui étaient allés des Khazraj, et dautre part, les Banu Nadir et Banu Qurayza qui étaient alliés des Aws.
Lorsque les Aws et les Khazraj entraient en conflit, les Banu Nadir et les Banu Qurayza soutenaient les premies, et les Banu Qaynuqa les seconds, en sorte quils combattaient leurs frères et versaient leur sang. Or les uns et les autres détenaient la Torah et savaient ce qui leur était permis et ce qui ne létait pas, alors que les Aws et les Khazraj sadonnaient à limpiété et adoraient les idoles sans rien connaitre du paradis, du feu, de la résurrection et du jour dernier, sans livre et sans discerner les choses interdites et licites32 .
Lorsque le conflit fut terminé, ils rachetaient ceux dentre eux qui avaient été prisonniers, fidèles en cela à la Torah.
Le faisant, ils respectaient une partie du livre et en délaissaient un autre.
5-La société à Yathrib.
Les tribus de Médine
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I p 303).
Médine était occupée par deux tribus: les Aws et les Khazraj. Ces derniers étaient les plus nombreux. Les villages du territoire de Médine33 , comme Khaybar, Qurayza, Wadil Kura et Yanbu étaient habités par des Juifs ou Arabes descendants des Banu Israël, de ceux qui étaient venus de la Syrie et de Jérusalem, fuyant devant Nabuchodonosor, antérieurement à Alexandre. Les Aws et les Khazraj voulaient semparer de ces villages, mais ils ny réussirent pas; car les Juifs avaient des chateaux forts grands et solides.
Les lettrés de Yathrib.
(Baladhuri, Futuh34 ).
D'après al-Waqidi:
L'écriture de l'arabe était rare chez les Aws et les Khazraj35 .
C'était un juif qui l'avait apprise, et il l'enseignait autrefois aux enfants de Médine. Aussi, lorsque vint l'islam, un certain nombre de gens parmi les Aws et les Khazraj connaissaient l'écriture. C'étaient Sad Ibn Ubada ibn Dulaym, al Mundhir Ibn Amr, Ubayy Ibn Ka'b, Zayd Ibn Thabit36 , lequel écrivait l'arabe et l'hébreu37, Rafi ibn Malik, Usayd Ibn Hudayr, Man Ibn Adi al Balawi, allié des Ansar, Bashir Ibn Sad, Sad Ibn al Rabil, Aws Ibn Khawli, Abdallah Ibn Ubayy l'hypocrite. Ceux d'entre eux qu'on appelait « les parfaits » - un parfait38 étant celui qui, en plus de sa connaissance de l'écriture, connaissait le tir à l'arc et la nage- étaient Rafi Ibn Malik, Sad Ibn Ubada, Usayd Ibn Hudayr, Abdallah Ibn Ubayy et Aws Ibn Khawli. Ceux de Yathrib39 qui,40 avant l'islam, avaient toutes ces qualités, étaient Suwayd ibn al Samit et Hudayr al Katayb.
Juifs et Arabes médinois.
(Kitap al Aghani 19, 95-97).
Quand les Aws et les Khazraj sont arrivés à Médine, ils se sont installés dans les harras41. Ensuite, ils se sont répandus en dehors: certains se sont réfugiés dans des zones sèches et inhabitées et se sont implantés là; dautre se sont réfugiés dans des hameaux déjà établis et ont vécu en commun avec les habitants. Les Aws et Khazraj sont restés là, vivant pauvrement et misérablement de leurs chameaux et chèvres, parce que Médine nétait pas adaptée au paturage. Ils ne possédaient ni palmeraies ni champ cultivable, sauf quelques-uns qui avaient pris quelques palmiers ou champs sans propriétaires. Les fermes les plus prospères appartenaient en fait aux Juifs.
Les liens familiaux de Muhammad avec Médine.
(Ibn Khaldun p. 306).
La mère du prophète, Amina, fille de Wahb, fils de Abd Manaf, fils de Zuhra, l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel42 de son grand-père Abd al Muttalib, les Banu Adi Ibn an Najjar, à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.
6-Les religions à Yathrib.
Les pèlerins de Yathrib.
(Ibn al Kalbi 10 b-d.).
Aucune tribu n'avait pour Manah autant de vénération que les Aws et les Khazraj (...).
Les Aws, les Khazraj et ceux parmi les Arabes de Yatrib43 et d'autres localités, qui adoptaient leurs usages, allaient en pèlerinage et s'arrêtaient, avec tout le monde, à toutes les stations rituelles. Mais ils ne se rasaient pas la tête et, lorsque commençait la fuite sacrée, ils se rendaient auprès de Manah, se rasaient la tête dans son sanctuaire et y accomplissaient une visite.
Les cultes de Yathrib.
Il existe un témoignage rare des pratiques religieuses de la cité de Yathrib (future Médine)44.
(1) Il dit: chaque clan des Aws et des Khazraj, (...) avait une idole dans un chambre appartenant à lensemble du clan, quils honoraient et vénéraient et à qui ils sacrifiaient.
-les Banu Abd al Ashhal avaient al Harish.
-les Banu Haritha avaient Shakhr.
-les Banu Zafar avaient Shams.
-les Banu Muawiya avaient al Banu Ham.
-les Banu Khatma avaient Shafr.
-les Qawaqila avaient al Habs.
-les Banu Umayya vaient Ghayyan.
-les Banu Salima avaient Isaf.
-les Banu Adi ibn an Najjar avaient Samul.
-les Banu Dinar ibn an Najjar avaientHusa.
-les Banu Malik ibn an Najjar avaient at Tamm.
-les Banu Zurayq avaient as Samh.
(2) Chaque noble avaient une de ces idoles. Dans la maison dAmir ibn al Jamuh, il y avait un idole appelée Saf (...)
Al Bara ibn Marur avait une idole appelée ad Dibaj.
Al Jadd ibn Qays avait une idole appelée az Zabr.
Les Salima avaient une idole appelée Manaf. (...).
(7) Les Banu al Harith ibn al Khazraj vénéraient une idole appelée Huzam qui était située dans leur maison de prière, elle aussi appelée Huzam, à Buthan.
(Maqrizi, al Khabar anil Bashar)45 .
Abu Darda était la seule personne sur le territoire de son clan à n'avoir pas accepté l'islam. Abdallah ibn Rawaha le poussait à le faire et il refusait. Et c'était pourtant son ami. Il attendit une opportunité favorable, et quand Abu Dadda sortit de chez lui, il entra à l'intérieur et détruisit l'idole, en récitant:
-Je rejette les noms des démons, tous les démons. En vérité, tout ce qui est associé à Allah dans la prière est nul.
sa femme dit:
-Tu m'as ruiné, ibn Rawaha!
Ensuite, il sortit. Abu Darda arriva et trouva sa femme en pleurs. Il dit:
-Qu'as-tu donc?
Elle dit:
-Ton ami ibn Rawaha est entré et il dit: "Y a t-il quelque chose de bon dans cette idole qui fait qu'elle va se défendre elle-même?".
Alors il alla voir le prophète et accepta l'Allah.
(Maqrizi, al Khabar anil Bashar)46 .
L'islamisation de Kab ibn Ujra était tardive; il avait une idole dans sa maison. Ubada ibn as Samit était son ami. Un jour, il entra dans la maison de Kab alors que celui-ci était absent et il détruisit l'idole. Quand Kab rentra et vit ce quil avait fait, il dit:
-Cette idole est inutile.
Les fêtes de Médine
(Dawud, Hadith 3/1130).
Quand l'apôtre d'Allah est venu à Médine, les gens avaient deux jours durant lesquels ils se consacraient à des joutes.
Il demanda:
-Que signifient ces jours?
Ils répondirent:
-Nous avons coutume de nous livrer à cela dans la période pré-islamique.
ôtre d'Allah dit:
-Allah les a substitués pour vous en quelque chose de meilleur que cela: le jour du sacrifice et le jour de rupture du jeune.
II
Linstallation des immigrés mecquois
Muhammad arrive à Médine et cest le début dune nouvelle ère47. Pour autant, le transfert dune ville à lautre est un mouvement long et saccadé. Avec prudence, le chef des musulmans sinstalle dabord dans un faubourg48 de Médine, pour jauger les réactions des autochtones. Il fait ensuite venir par groupes ses partisans, les muhajirun49. Médine est une oasis prospère, mais lirruption de centaines de personnes, militants religieux accompagnés de leurs familles, ne peut que bouleverser léquilibre social, économique, et démographique de lendroit. De tels déséquilibres ne doivent pas être oubliés quand surviennent des événements autrement plus manifestes.
Le problème de la subsistance physique du groupe commande aux premières décisions, notamment celle de pratiquer le pillage des caravanes et des campaments nomades, aussitôt après linstallation50. Il existe peu de témoignages concernant dautres activités pratiquées par les premiers musulmans autres que la guerre et le partage du butin51.
1- Lentrée dans les meubles.
Les chroniques ont voulu présenter des aspects pittoresques de laccueil de Muhammad. Cest autant de façons de masquer à la postérité lattitude du reste de la population de loasis. Ces récits sont aussi marqués par linfluence a posteriori des familles de Médine, soucieuses du prestige qui découlait de telle ou telle relation ancienne et privilégiée avec le fondateur de leur religion.
1-La halte à Qoba.
Le site de Qoba est plus tard transformé en une mosquée très vénérée; cétait auparavant un lieu destiné aux ablutions de purification52 .
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 124 ).
Il s'arrêta à Qoba, près de Médine, et s'assit sur une éminence de terrain, dans l'ombre. Les habitants de Médine, à la nouvelle de son arrivée, se rendirent auprès de lui. Le prophète arriva à Qoba le lundi; le vendredi53 il y fit la prière, après avoir prononcé le sermon54 . Ensuite il monta sur son chameau.
2-Choix du domicile.
Le fait que ce soit la chamelle qui choisisse le domicile est une marque dhabilité politique: il fallait éviter de choisir personnellement, pour ne pas créer de jalousies parmi les habitants.
(Ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 335-6).
Itban ibn Malik, Abbas ibn Ubada (...) et dautres des Banu Salim ibn Awf vinrent lui demander de vivre parmi eux et de profiter de leurs biens et de leur protection. Mais il déclara:
-Laissez-la poursuivre son chemin.
Sa chamelle 55 avait reçu ses ordres dAllah.
Ils la laissèrent partir jusquà ce quelle sarrêta au niveau de la maison des Banu Bayada, où il fut en face de Ziyad ibn Labid et Farwa ibn Amir avec dautres membres de leur clan. Ils firent la même invitation et reçurent la même réponse. La même chose arriva avec les Banu Sayda quand Sad ibn Ubada et al Mundhir ibn Amir linvitèrent à rester (...).
Finalement, la chamelle arriva à la maison des Banu Malik ibn al Najjar et elle sagenouilla au niveau de la porte de sa mosquée56 , qui était à ce moment utilisée comme lieu de séchage de dattes et appartenait à deux orphelins des Banu al Najjar du clan des Banu Malik, et qui étaient sous la protection de Muadh ibn Afra, Sahl et Suhayl les fils dAmir. Quand elle sagenouilla, lapôtre ne descendit pas et elle repartit sur une courte distance. Lapôtre avait relaché ses rênes, ne la dirigeant pas et elle revint sur ses pas, à lendroit où elle sétait arrêté la première fois. Elle trembla et sefffondra épuisée sur le sol. Lapôtre descendit et Abu Ayyub Khalid ibn Zayd prit ses bagages dans sa maison, et lapôtre resta chez lui.
Quand il demanda à qui appartenait le lieu de stockage des dattes, Muadh ibn Afra lui dit que les propriétaires étaient Sahl et Suhayl les fils de Amir qui étaient orphelins à sa charge et quil pouvait lutiliser comme mosquée et quil payerait les jeunes hommes pour celui-ci57.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 124-5).
Tous voulurent saisir la bride du chameau et dirent :
-Descends chez moi!
Le prophète dit :
-Posez la bride sur le cou du chameau, il sait lui-même où il doit s'arrêter. Le chameau marcha jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la mosquée. Là il se mit à genoux, et le prophète descendit. Ce terrain appartenait à deux orphelins, nomniés Sahl et Sohayl. Le prophète alla demeurer dans la maison d'un homme nommé Khalid ibn Zayd, surnommé Abu Ayyub, qui avait une nombreuse famille et point de fortune. Pendant qu'il conduisait le prophète dans sa maison, chacun en particulier invita Muhammad à venir demeurer chez lui; mais le prophète dit :
-La place d'un homme est là où se trouvent ses vêtements et ses bagages.
Muhammad fit acheter le terrain où son chameau s'était arrêté pour y construire la mosquée, et il demeura dans la maison d'Abu Ayyub jusqu'à ce que la mosquée fut terminée. On construisit une demeure pour le prophète, tout à côté de la mosquée.
En recevant le prophète chez lui, Abu Ayyub disposa le rez-de-chaussée de sa maison pour le prophète, et lui-même demeura sur la terrasse.
On dit à Abu Ayyub :
-Comment as-tu été hier?
Il répondit :
-Comment peut se trouver un homme qui a au-dessus de lui Allah, et au-dessous de lui le prophète d'Allah?
3-Opérations foncières.
Larrivée des musulmans provoque des changements matériels dans la communauté médinoise. Ces documents, trop prosaïques, sont rarement présentés.
Au début, le mouvement a dû provoquer des crispations, et lélimination des tribus juives a laissé de lespace libre dans loasis.
(Samhudi, Wafa al Wafa)58 .
Le prophète a planté sa tente au cimetière dal Zubayr et a dit:
-Ceci est votre marché59.
Ensuite, le chef des juif Kab ibn Ashraf60 est arrivé, il est entré et a coupé les cordes.
Alors le prophète a dit:
-En vérité, je vais me déplacer dans un endroit qui sera plus pénible encore pour lui.
il se déplaça au lieu dit Marché de Médine.
à il dit:
-Ceci est votre marché. Ne le divisez pas et nimposez pas de taxes sur lui61.
(Samhudi, Wafa al Wafa)62 .
Lenvoyé d'Allah, aussitôt après son arrivée à Médine, a trouvé une grande étendue de terrain à Zuhra, qui appartenait aux gens de Ratij et Husayka. Ils avaient été expulsés de Médine avant larrivée du prophète, laissant derrière eux une grande étendue de terrain; dedans se trouvait une vaste portion de terre sans production agricole et sans arbre63 ; aussi un espace non-irrigué avec des palmiers, appelé al Hashshashina. il en donna une partie à Omar; le domaine dappelait Thamg et il acheta la terre adjacente à quelques Juifs. ce fut un domaine qui suscita ladmiration.
2-La construction de la mosquée.
Un de premiers actes de Muhammad est la construction de ce qui a vite été appelé la Mosquée64. A bien observer sa description, cest bien plus que cela: autour de la salle de prière, on trouve des appartements, et une cour65. Le guide de la communauté, très habilement, matérialise demblée la nature de son pouvoir, sous lapparence dun palais de type nouveau, qui mêle religion, administration, représentation et vie familiale du chef: une confusion elle-aussi de nature totalitaire, que seule lautorité du chef transcende.
Cest aussi une façon de mobiliser les énergies des nouveaux arrivants et de les unir avec celles des Auxilaires66.
Le monument subit les aléas du temps, et destructions puis réparations se succèdent. Mais il reste un centre pour la religiosité des pélerins, dont certains la décrivent encore avec une dévote précision, dans leurs relations de voyage67 .
1-Terrain et terrassement.
Le détail macabre de la destruction du cimetière païen indique la volonté de rejeter totalement le passé, y compris en commettant un acte scandaleux pour les contemporains.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 112)
Muhammad ibn Jarir rapporte un fait qui est fort peu croyable. Il dit :
-Lorsque Muhammad arriva à Médine, il fit construire une mosquée sur l'emplacement d'un verger de dattiers et d'un cimetière, qu'il avait achetés. Il fit arracher les arbres et retirer les cadavres de leurs tombeaux, ensuite il y fit bâtir. Mais cela ne peut pas être; c'est un fait inouï, et il ne faut pas croire une telle chose du prophète68. Quoique ces morts fussent des infidèles, un lieu d'adoration n'a cependant pas assez d'importance pour qu'on arrache des morts de leurs tombeaux et pour qu'on détruise un champ cultivé. Les hommes intelligents rejettent un tel fait.
(Bukhari, Hadith 30/92)69 .
Il y avait (à Médine) des tombes de polythéistes, des ruines et des palmiers; le prophète ordonna de fouiller les tombes, de raser les ruines et de couper les palmiers (pour construire la mosquée)
(Bukhari, Hadith 58/269)70 .
... dans ce jardin, il y avait les choses que je vous dis: tombes de païens, terre en désordre avec des trous... et des palmiers-dattiers. Lapôtre dAllah ordonna que les tombes des païens soient exhumées, que la terre soit nivelée et les palmiers coupés. Les troncs des arbres furent placés pour faire un mur en face de la qibla.
(Bukhari, Hadith 7/48).
-Peut-on fouiller les sépultures des polythéistes des temps anté-islamiques et se servir de ces emplacements pour y batir des mosquées. (...)
Anas a dit: Le prophète vint à Médine et descendit dans la partie la plus haute de cette ville chez une tribu qu'on appelait les Banu Amir ibn Awf. Il séjourna au milieu deux quatorze nuits, puis il envoya chercher les Banu Najjar. Ceux-ci arrivèrent le sabre en bandoulière et il me semble encore voir le prophète monté sur sa chamelle, Abu Bakr en croupe derrière lui et les notables des Banu Najjar autour deux. Ils marchèrent ainsi et arrivèrent à la demeure de Abu Ayyub. Le prophète aimait à prier là où le surprenait lheure de la prière, il priait (parfois) dans des parcs à moutons.
Il ordonna de bâtir la mosquée et il manda les principaux des Banu Najjar :
-Ô Banu Najjar, leur dit-il, quel prix me demandez-vous de cet enclos.
-Par Allah! répondirent-ils, rien; nous n'en demanderons aucun prix, sinon à Allah.
Or, ajoute Anas, je vais vous dire ce qu'il avait dans cet enclos; il y avait des sépultures de polythéistes, des ruines et des palmiers. Le prophète ordonna de fouiller les tombes, de raser les ruines et de couper les palmiers. Cela fait, on aligna les troncs de palmiers comme qibla de la mosquée, et on les encastra dans deux chambranles en pierres. Puis on commenca à apporter des pierres en chantant, le prophète se joignant aux autres et disant :
-Ô Allah, il n'y a d'autre bien que celui de l'autre monde. Pardonne aux ansar et aux muhajir71.
2-Lérection du monument.
Le monument est peut-être un peu fort, pour un bâtiment de terre séchée. Cest loccasion de voir des musulmans travailler, en commun et dans la joie. Le tableau est donc populaire et naïf.
(Baladuri, Livre des Conquêtes I 6)
Abu Umamah conduisait la prière du vendredi pour ses fidèles dans sa mosquée, quutilisait aussi le prophète.
Le prophète demanda ensuite à Assad de lui vendre un lot de terre contigu à la mosquée.
Assad proposa de lui offrir et de payer aux orphelins72.
Mais le prophète refusa et paya dix dinars.
Sur ordre du prophète des briques furent préparées et servirent à construire la mosquée.
Ses fondations étaient constituées de pierres. Son toit était de palmes, ses colonnes faites de troncs darbres. Quand Abu Bakr fut calife, il ne fit aucun changement.
Les chansons sur la construction de la mosquée
(Ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 337).
Lapôtre ordonna quune mosquée soit construite, et il resta chez Abu Ayyub jusquà ce que la mosquée et les habitations annexes soient terminées. Lapôtre se joignit aux travaux pour encourager les musulmans au labeur et les émigrés et les auxiliaires ont travaillé dur73. Un des musulmans chantait:
Si je massois alors que le prophète travaille
Il sera dit que nous avons paressé.
Pendant quils travaillaient, les musulmans chantaient un vers rajaz:
Il ny a pas de vie sinon la vie dans lautre monde
ô Allah, aie pitié des auxiliaires et des émigrés.
Lapôtre le chantait74 de cette façon:
Il ny a pas de vie sinon la vie dans lautre monde
ô Allah, aie pitié des émigrés et des auxiliaires75 .
(...)
Ali a composé un vers rajaz76 sur ce jour:
Il y en a un qui travaille jour et nuit
pour nous construire une mosquée de brique et dargile
et un autre qui finira en poussière!
Malheureux maçon.
(Bukhari, Hadith 56/17).
....
Abdallah: Allez trouver Abu Sayd et écoutez ses hadiths.
-Nous allames donc le trouver, dit Iqrima, et le trouvames lui et son frère dans un jardin enclos qui leur appartenait, occupés à arroser. Lorsqu'il nous aperçut, il vint, s'accroupit en tenant ses genoux, s'assit et nous dit :
-Nous portions les briques crues de la mosquée une par une, tandis que Ammar les portait deux par deux. Le prophète venant à passer auprès de lui, lui essuya la poussière de la tète et dit :
-Malheureux Ammar! la troupe des injustes77 le tuera! Ammar les appellera à Allah et ils l'appelleront à l'enfer.
La très lente édification.
(Ibn Battuta, Voyages78 ).
L'envoyé d'Allah arriva près de la noble Médine où a pris fin sa fuite, le lundi 13 rabi al awwal. Il logea alors chez les Banu Amir ben Awf pendant vingt deux nuits (on dit aussi quatorze ou encore quatre). Puis il se rendit à Médine et logea chez les Banu an Najjar de la demeure d'Abu Ayyub al Ansari où il séjourna un mois jusqu'à ce qu'il eut construit ses habitations et sa mosquée. L'endroit où fut édifiée la mosquée était un enclos appartenant à Sahl et Suhayl (...) qui étaient orphelins, sous la tutelle d'Assad Zurara ou, dit-on, Abu Ayyub. Le prophète acheta ou, dit-on, Abu Ayyub en dédommagea les deux orphelins ou encore ils donnèrent l'enclos au prophète.
Muhammad édifia donc la mosquée et y travailla avec ses compagnons. Il l'entoura d'un mur d'enceinte, mais ne la couvrit pas de toit reposant sur des colonnes. Il lui donna forme carrée, de cent coudées de côté; cependant, on que la largeur était moindre. La hauteur du mur denceinte était de la taille d'un homme. Mais lorsqu'il fit chaud, les compagnons du prophète parlèrent de couvrir la mosquée. Muhammad érigea donc des colonnes en troncs de palmier et fit un toit à l'aide de palmes. Lorsquil plut, la mosquée fut inondée79. Les compagnons parlèrent alors au prophète de faire un toit en boue séchée. Muhammad leur dit:
-Que non! Il nous suffira cabane comme celle de Moïse ou d'une couverture, ce qui serait plus proche de la vérité.
On lui demanda ce quétait la couverture de Moïse.
-Quand il se levait, sa tête touchait le toit.
Il perça trois portes, puis obstrua la porte sud , lorsque la qibla80 changea de direction. La mosquée demeura en cet état durant les vies du prophète et Abu Bakr.
Querelle de minarets.
(Ibn Battuta, Voyages81 ).
Sous Omar ibn al Khattab, la mosquée fut agrandie.
-N'aurais-je entendu le prophète dire qu'il fallait agrandir que je ne l'aurais fait, dit-il.
Il démolit les colonnes en bois pour les remplacer par des colonnes en briques cuites. Il fit des fondations en pierre, d'une taille d'homme et perça six portes, deux de chaque côté, sauf sur la face sud. Il dit que l'une d'entre devait être réservée aux femmes et ne l'emprunta plus à sa mort. Puis il émit l'avis suivant:
-Si nous agrandissions la mosquée jusqu'au cimetière, elle serait toujours la mosquée de l'envoyé d'Allah.
Omar voulut, l'agrandir, empiéter sur un terrain qui appartenait à Abbas, oncle paternel du prophète, mais celui-ci refusa de céder. La maison construite sur ce terrain avait une itière qui se déversait dans la mosquée, Omar la supprima parce qu'il pensait qu'elle gênait les fidèles. Abbas le querella à ce sujet. Ce fut Ubayy ibn Kab qui fut choisi comme arbitre par les deux antagonistes qui vinrent le trouver, mais Ubayy ne les reçut qu'un long moment après, parce que sa servante lui lavait la tête, comme ils l'apprirent après avoir été introduits. Omar voulut parler, mais Ubayy lui dit:
-Laisse Abu al Fadl parler le premier au nom de sa parenté avec l'envoyé dAllah.
Al Abbas dit donc:
-Il s'agit d'un terrain tracé par le prophète. J'y ai bâti une maison avec lui et j'ai monté sa gouttière en grimpant sur les épaules du prophète. Omar avait enlevé la gouttière et veut que mon terrain serve à l'agrandissement le la moquée.
Ubayy dit alors eu connaissance de ce que prétend al Abbas et j'ai entendu le prophète dire:
-David voulut édifier 1a maison dAllah, or, il y avait à l'emplacement choisi une maison appartenant à deux orphelins a qui il demanda de vendre, ceux-ci refusèrent; mais sur son insistance acceptèrent enfin. Puis les deux orphelins se rendirent coupables d'une fraude. La vente fut annulée et la maison rachetée. Mais les orphelins firent encore annuler. David trouva que le prix en était trop élevé. Alors Allah lui inspira que, s'il la payait sur sa propre fortune, lui seul savait ce qu'il avait à faire, toutefois s'il la payait sur le bien public, il devrait satisfaire les orphelins, car la maison qui devait être acquise sans que la moindre injustice commise, était bien celle dAllah et il lui défendait de construire lui-même. David demanda donc à Allah de confier son édification à Salomon. C'est alors quOmar demanda qui lui certifierait que le prophète avait ces paroles. Ubayy alla donc trouver un groupe qui lui confirmèrent la chose. Alors Omar lui fit remarquer que si Ubayy avait été le seul à dire cela, il l'aurait cru mais quil avait préféré recevoir une confirmation.
Il ajouta à ladresse de Abbas:
-Tu ne remettras la gouttière qu'en grimpant sur mes épaules.
Al Abbas ajouta:
-Puisque la propriété de la maison a été certifiée mienne, j'en fais aumône pour l'amour dAllah.
Omar la démolit et agrandit la mosquée grace à ce terrain.
Plus tard, Othman l'agrandit encore. Il s'occupa de sa construction avec ardeur, prit lui-même en charge les travaux et y passait la journée. Il la blanchit, lembellit en pierres sculptées, l'élargit de tous les côtés, sauf du côté est. Il érigea, dans la mosquée, des piliers de pierre consolidés par des colonnes en fer et en plomb. Il la recouvrit d'un toit en teck82 et construisit un mihrab83. Cependant on dit que c'est Marwan qui, le premier, construisit un dans la mosquée, ou encore Omar ben abd al Aziz, sous le califat d'al Walid.
Une description médiévale.
(Ibn Jubayr, Relations de voyage84 ).
La mosquée du prophète (...).
La mosquée bénie est de forme rectangulaire, elle est entourée sur les quatre côtés de galeries qui lui font enceinte. L'intérieur est entièrement occupé ar une cour recouverte de sable et de gravier. La face sud a cinq galeries85 qui s'étirent d'est en ouest, la face nord a aussi cinq galeries du même genre, la face est en a trois et la face ouest quatre.
La rawda86 sainte est à l'extrémité sud-est. Elle occupe deux galeries du côté de la cour, en profondeur, et un peu plus de quatre empans de la troisième. Elle a cinq angles et cinq faces. Sa forme est si merveilleuse qu'on ne pourrait la dessiner, ni la représenter. Les quatre faces accessibles sont écartées de la qibla d'une façon parfaite ce qui ne permettrait à quiconque de les prendre pour qibla, car il s'en éloignerait. (...)
La rawda occupe aussi, vers l'est, la profondeur de deux galeries à l intérieur desquelles elle s'ordonne en six nefs. La largeur de la face sud est de vingt-quatre empans87 et celle de la face est trente. Entre l'angle est et l'angle nord, la face mesure trente-cinq empans, entre l'angle nord et l'angle ouest trente-neuf et entre l'angle ouest et l'angle sud vingt-quatre. Sur cette dernière face, on voit un coffre en ébène marqueté en bois de santal et recouvert de plaques d'argent en forme d'étoiles. Ce coffre est placé en face de la tête du prophète. Il a cinq empans de long, trois de large et quatre de haut. Sur la face entre l'angle nord et l'angle ouest, il y a un endroit recouvert d'un voile flottant qu'on dit être celui où est descendu Gabriel. L'ensemble des côtés de la Rawda vénérée a deux cent soixante-douze empans. Ils sont recouverts de marbre joliment taillé et d'excellente qualité. Ce revêtement arrive à un tiers ou un peu moins de la hauteur, le deuxième tiers du mur vénéré étant recouvert sur une hauteur d'un demi-empan d'un enduit de musc et de parfum qui a noirci, s'est écaillé et a épaissi au long des jours et des ans. Au-dessus, on voit des grilles en bois qui vont jusqu'au plafond car le haut de la rawda bénie touche le plafond de la mosquée. Les tentures arrivent à la hauteur du revêtement en marbre ; elles sont couleur bleu azur avec des dessins blancs octogonaux et carrés à interieur desquels on voit des cercles et des ints blancs qui en font le tour. C'egt un ensemble beau à voir de forme merveilleuse. Dans la partie supérieure court un rideau tirant sur le blanc.
Sur la face sud, devant le noble visage du prophète on voit un clou en argent devant lequel les fidèles se tiennent pour saluer Muhammad88. Au pied du prophète est la tête d'Abu Bakr as Siddiq tandis que celle de Omar al Faruq touche aux épaules d'Abu Bakr as Siddiq89 . Le musulman se tient le dos urné à la qibla, face au noble visage et salue. Puis il se dirige, à droite, vers le visage d'Abu Bakr, puis vers celui Omar.
Vis-à-vis de cette face vénérée brulent près de vingt lampes d'argent suspendues dont deux sont en or. Au nord de la rawda sainte, on voit un petit bassin en marbre portant à sa qibla le dessin d'un mihraibn On dit que c'était la chambre de Fatima encore son tombeau. Mais Allah seul sait la vérité.
À droite de la vénérable Rawda et à quarante-deux pas, dresse la noble chaire90; elle se trouve dans le bassin. qui a vingt quatre pas de long, six de large et un empan de profondeur ; il est entièrement en marbre. Entre ce bassin et la petite rawda qui se trouve entre le noble tombeau et la chaire et qui est selon la Tradition un des parterres du Paradis, il y a huit pas. Les èles se bousculent dans cette rawda pour célébrer la prière et c'est avec raison. En face du côté de la qibla, se dresse un pilier qu'on dit recouvrir les restes du tronc de palmier qui gémissait vers le prophète et dont un morceau est apparent dans le pilier. Les fidèles le baisent et s'empressent de rer la bénédiction en le touchant et en s'y frottant les joues. Ce coffre se trouve sur le bord de la Rawda, au sud.
La noble chaire a environ une taille d'homme ou davantage de hauteur, cinq empans de largeur et cinq pas de longueur. Elle comporte huit marches. Sa porte est fermée: cest une grille en bois qu'on ouvre le vendredi; elle mesure quatre empans et demi. Le minbar est recouvert de bois d'ébène. Le haut de la chaire où le prophète s'asseyait, est visible. On l' recouvert d'une planche d'ébène mobile; elle est là pour empêcher les fidèles de s'asseoir dans la chaire. Ils gliss donpc la main sous la planche, puis s'en frottent le corps pour s'attirer la bénédiction d'avoir touché ce siège béni.
Au sommet du pied droit du minbar, là où le prédicateur pose la main quand il prêche, on voit un anneau d'arge creux et long qui ressemble, pour la forme, au dé que tailleur met au doigt, mais qui est plus grand et qui mobile et tourne sur lui-même. (...) La noble mosquée a cent quatre-vingt-seize pas de long et cent vingt-six de large. Elle a deux cent quatre-vingt dix piliers sur lesquels repose diretement le plafond, par l'intermédiaire d'arcs qui les prolongeraient; ils ressemblent donc à des étais considérables. Ils sont en pierre taillées, pièce à pièce, assemblées et creusées pour sencastrer l'une dans l'autre et jointes avec du plomb fondu pour former un énorme pilier revêtu d'un enduit de chaux qui a été poli et poncé parfaitement jusqu'à le faire ressembler du marbre blanc.
Parmi les cinq galeries dont nous avons parlé, celle qui touche la qibla est entourée d'une maqsura qui la clôt dans le sens de la largeur d'ouest en est. Le mihrab s'y trouve. L'imam célèbre la prière dans la petite rawda a côté du coffre. Entre la maqsura, la rawda et le saint tombeau on voit un grand lutrin91 vernis sur lequel repose un énorme exemplaire du Coran enserré dans une couverture avec fermoir. C'est un des quatre exemplaires qu'a envoy Uthman ibn Affan dans le royaume. En face de la maqsura, du côté de l'est, on voit deux grandes armoires: elles renferment des livres et des exemplaires coraniques, legs pieux constitués au bénéfice de la mosquée bénie.
Dans la deuxième travée, du côté de l'est également, on voit dans le sol une trappe fermée par une serrure; elle donne sur un souterrain auquel on accède par des degrés et qui aboutit à l'extérieur de la mosquée à la maison d'Abu Bakr as Siddiq. C'était un chemin que Aïsha prenait. En face, se trouvaient la maison de Omar ibn al Khattab et celle de son fils Abd Allah. Cette ouverture est sûrement al khawkha qui conduisait à la maison d'Abu Bakr et le prophète a ordonné de conserver tout particulièrement.
En face de la sainte rawda, il y a aussi un grand coffre dans lequel sont serrés les cierges et les candélabres qu'on me devant la Rawda chaque nuit. A l'est on voit une pièce faite en bois, qui est l'endroit où un gardien de la mosquée bénie passe la nuit. Ces gardiens sont des eunuques abyssins et slaves dont l'allure est élégante, les vêtements et la tenue soignés. Le muezzin qui est appointé la mosquée est un descendant de Bilal92.
Au nord de la cour, se dresse une grande qubba93 récente neuve du nom de Qubba az-Zayt94: elle est isée comme resserre pour tout le matériel nécessaire à la mosquée bénie. En face de cette qubba, dans la cour, poussent quinze palmiers. Dans la partie supérieure du mirhab qui se trouve dans le mur de la qibla, a l'intérieur la maqsura95 on voit une pierre jaune carrée d'un empan côté qui brille et luit et qu'on dit être le miroir de Khosroès96. Au-dessus, à l'intérieur du mihrab, on voit un clou enfoncé dans le mur auquel est pendue une espèce de petit pot fait d'on ne sait quelle matière. On prétend que c'est aussi le gobelet de Khosroès.
La moitié inférieure du mur de la qibla est revêtue de marbre lambrissé de couleurs et d'agencement différent formant une splendide marqueterie. La moitié supérieure entièrement recouverte de petits cubes dorés appelés ayfisa97 que les artistes ont réalisés merveilleusement et qui reproduisent des arbres d'espèces différentes dont les branches ploient sous les fruits. l'oute la mosquée ainsi décorée, toutefois la décoration du mur de la qibla plus riche ainsi que celle du mur donnant sur la cour du côté de la qibla et du côté du nord; les murs ouest et egt urnés vers la cour sont nus et blancs, ornés de décors en stalactites, décorés d'un bandeau peint de couleurs variées. Mais il serait trop long de décrire et de parler de la splendeur de cette mosquée bénie qui renferme le tombeau pur saint dont lemplacement est plus noble et l'endroit plus vénéré que toute la décoration de la mosquée. Le sanctuaire béni a dix-neuf portes toutes fermées sauf quatre: à l'ouest Bab98 ar Rahma99 et Bab al Khashiya100 et à l'est Bab Jibril101 et Bab ar Rakba102. La porte Jibril103 fait face à la maison de Uthman104 où il mourut en martyr. (...) En face de la rawda vénérable, on voit une grille en fer ouverte sur le tombeau du prophète d'où s'exhalent souffles et parfums. Au sud, il n'y a qu une petite porte fermée, au nord quatre, à l'ouest cinq et à l'est cinq, toutes fermées. Avec les quatre qui restent ouvertes, cela fait donc dix-neuf portes.
La mosquée bénie a trois minarets: l'un à l'angle attenant à la qibla, et deux petits en forme de tours, dans les deux angles nord. Le premier seulement a la forme d'un minaret105.
3- Mauvais départ.
Les débuts sont donc difficiles: Muhammad doit assurer la survie de la communauté, en se conciliant les autochtones, et en organisant lhébergement, lapprovisionement et les occupations de ses fidèles qui supportent mal un climat trop humide. Les allusions aux maladies des émigrés sont un écho de cette situation précaire, où la communauté aurait pu disparaître.
1-Les maladies.
Les cas ne sont pas décrits, mais on pense bien sûr à la malaria, qui accueille les immigrants.
Ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 413-5.
Quand lapôtre d'Allah est venu à Médine, cétait lendroit du monde le plus infesté de maladies, et les compagnons de lapôtre d'Allah en ont beaucoup souffert, et Allah a préservé lapôtre d'Allah. Amir ibn Fuhayra et Bilal, affranchis dAbu Bakr, étaient avec lui dans une maison quand la fièvre les a atteint, et je suis venue106 les visiter, parce que le voile navait pas été ordonné à notre encontre. Seul Allah sait comme ils ont souffert de la fièvre.
(...)
Quand lapôtre d'Allah est venu à Médine avec ses compagnons, la fièvre de Médine les frappa très fort et ils en furent très malades, à tel point quils ne pouvaient prier en position assise (mais Allah en a préservé lapôtre d'Allah107 ).
Lapôtre d'Allah est sorti vers eux quand ils priaient ainsi, et il leur dit:
-Savez vous que la prière assise est inférieure de moitié en valeur à celle faite debout?
Alors les musulmans ont péniblement essayé de se remettre sur leurs pieds, en dépit de leur faiblesse et de leur maladie, à la recherche de la bénédiction.
Ensuite, lapôtre d'Allah prépara la guerre en réponse à lordre dAllah de combattre les ennemis et de combattre les polythéistes qui étaient alliés avec ceux quAllah ordonnait de combattre. Cétait treize ans après son appel.
(Muwatta, Hadith 45/4, 14)
Quand lapôtre d'Allah est arrivé à Médine, Abu Bakr et Bilal ont été atteints par une fièvre. Je108 les ai visités et jai dit:
-Père, que se passe t-il? Bilal, que se passe t-il?
(...)
Quand la fièvre dAbu Bakr sest aggravée, il109 a déclaré:
-Chaque homme est frappé parmi les siens le matin, la mort est plus proche que le lacet dune sandale.
(...)
Il dit:
-Ô Allah! Fais nous aimer Médine autant que la Mecque, ou même plus.
(Bukhari, Hadith 75/8).
Aïsha a dit: Quand lenvoyé d'Allah arriva à Médine, Abu Bakr et Bilal furent pris de la fièvre. J'entrai chez eux et je dis:
-Mon cher père, comment te trouves-tu ? Ô Bilal, comment te trouves-tu ?
Lorsque Abu Bakr avait un accès de fièvre, il récitait ce vers:
Pour tout homme, au moment où on lui dit bonjour au milieu des siens,
la mort est plus proche que les cordons de sa chaussure.
Quand son accès de fièvre cessait Bilal disait ces vers:
Ah! plut à Allah que je pusse passer une nuit dans une vallée au milieu d'idzkhir110 et de
jaltl111.
Ou encore que je pusse boire de l'eau de Mijanna112 ou bien apercevoir Chama et Tafil113.
Aïsha a dit:
J'allai trouver l'envoyé d'Allah et l'informai de cela.
-Ô envoyé d'Allah, s'écria-t-il, fais-nous aimer Médine comme nous aimons la Mecque ou plus encore. Ô envoyé d'Allah, fais que ce pays soit sain, que son modd et son sa114 soient bénis pour nous; emporte la fièvre de Médine et mets-la à Jobfa115.
(Bukhari, Hadith 52/30)
...Umm al Ala, une des femmes des ansar qui avait prêté serment de fidélité au prophète, lui a raconté ceci116 :
-Lorsque les ansar tirèrent aus sort pour loger les muhajir, le sort nous attribua Othman ibn Mazun. Ce muhajir, continua Umm al Ala, après être resté chez nous un certain temps, tomba malade; nous le soignâmes jusquau jour où il mourut et nous lensevelîmes dans ses vêtements.
2-Heureux événements.
Cette naissance est mise en valeur: cest le premier né dans la communauté des musulmans, lUmma, récemment constituée.
(Bukhari, Hadith 58/249)117
Le premier enfant qui est né en terre musulmane parmi les émigrants118 a été Abdullah ibn Az Zubayr119.
Ils l'apportèrent au prophète. Le prophète prit une datte et après l'avoir machée, il mit le jus dans sa bouche. Donc, la première chose qui vint dans le ventre de l'enfant fut la salive du prophète.
(Bukhari, Hadith 71/1, 3).
Urwa rapporte que Asma bint Abu Bakr devint enceinte de Abdallah ibn Zubayr à La Mecque.
-Je quittai La Mecque, dit-elle, au moment de la fin de ma grossesse et me rendis à Médine. Arrivée à Qoba120, j'accouchai en cet endroit; j'apportai l'enfant à l'envoyé d'Allah qui le prit sur ses genoux. Puis il demanda une datte, la macha et cracha dans la bouche de l'enfant. La première chose qui pénétra dans son ventre fut donc la salive de l'envoyé d'Allah. Ensuite le prophète lui frotta l'intérieur de la gorge avec la datte, puis il fit une invocation et bénit l'enfant. Ce fut le premier enfant né parmi les musulmans. On éprouva une joie excessive de cette naissance, parce que l'on avait dit que les Juifs avaient ensorcelé les musulmans en sorte quils nauraient plus denfants.
(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 114-5)
Quand Zubayr arriva à Médine, sa femme Asma était enceinte, et Abdallah ibn Zubayr, naquit à Médine. Les Juifs de Khaybar prétendaient avoir jeté un sort sur tous les partisans de la religion de Muhammad, tant sur ceux qui étaient venus de la Mecque que sur ceux de Médine121. Il ne leur naitra pas d'enfants, avaient-ils dit, ni mâles, ni femelles; et ils avaient fait dire aux habitants de la Mecque:
-Soyez contents, nous avons enrayé la descendance de Muhammad et de ses adhérents: quand il mourra, sa race sera éteinte. Les Mecquois en furent très heureux, tandis que les compagnons du prophète, étant informés de cela, furent affligés. Muhammad leur dit:
-Ne vous affligez pas, car Allah m'a donné la promesse que ma religion durera jusqu'au jour de la résurrection; vous aurez des enfants et des descendants. Or, cette même année, naquit, parmi les réfugiés, Abdallah ibn Zubayr, ce que les musulmans firent valoir très haut; car les paroles de Muhammad furent justifiées parmi eux, tandis que les Juifs reçurent un démenti.
3-Laide aux muhajirun.
Les centaines de personnes arrivées souffeent dans une oasis déjà peuplée. En attendant la mise en place des expéditions de pillage, elle est en position de parasite. Muhammad exhorte donc les ansar à les aider financièrement. Des allusions sont perceptibles dans le Coran.
(Mahomet, Coran 2/273-5).
Si vous donnez ouvertement vos aumônes, combien elles sont bonnes!
Mais si vous les cachez en les donnant aux besogneux, c'est mieux pour vous et efface pour vous une partie de vos mauvaises actions.
Allah, de ce que vous faites, est bien informé.
Diriger ces infidèles ne t'incombe pas, prophète! Mais Allah dirige qui il veut.
Ce que vous dépensez en bonnes uvres est pour vous-mêmes, et vous ne dépensez que pour rechercher la face d'Allah.
Ce que vous dépensez en bonnes uvres vous sera exactement rendu et vous ne serez point lésés.
Aux besogneux122 qui ont été réduits à la misère par leur uvre dans le chemin d'Allah123 , qui ne peuvent se déplacer sur la terre, que le Sans-Loi juge riches à cause de leur abstinence, que tu reconnais à leur aspect, qui ne demandent point l'aumône aux gens, avec importunité, à ces besogneux revient ce que vous dépensez en bonnes uvres, car Allah les connait bien.
Ceux qui, en aumône, dépensent leurs biens, la nuit et le jour, en secret et en public, auront leur rétribution auprès de leur seigneur.
Nulle crainte sur eux, et ils ne seront point attristés.
Le soutien financier dAbd al Rahman ibn Awf.
Selon lexégèse, cest ce personnage qui est mentioné dans cet extrait du Coran.
(Mahomet, Coran 9/80).
Ce sont là ceux qui critiquent et les croyants faisant de bon gré des aumônes et ceux qui, se trouvant seulement leur nécessaire, font de maigres dons.
Ils se moquent deux, mais Allah se moquera deux dans lau-delà, et ils auront un tourment cruel.
Menaces contre les avares.
(Mahomet, Coran 3/175-6).
Que ceux qui sont avares de la faveur quAllah leur a accordée ne considèrent pas cela comme un bien pour eux.
Cest au contraire un mal.
Au jour de la résurrection, ils recevront, autour du cou, ce dont ils auront été avares.
A Allah lhéritage des cieux et de la terre.
Allah, de ce que vous faites, est bien informé.
4-Les musulmans au travail.
Les mentions dactivités économiques auxquelles se consacrent les musulmans de Médine sont très rares, hormis bien sur les expéditions de pillage. Voici une de ces rares allusions124 , parmi dautres qui insistent plutôt sur la domination des Juifs dans ces domaines. Fondamentalement, lislam primitif reste très méprisant envers les activités agricoles, qui sont laissés aux inférieurs125.
(Bukhari, Hadith 34/1, 1).
Sayd ibn El Nosayyib et Abu Salama ibn Abderrahman racontent que Abu Hurayra a tenu le discours suivant: Vous dites:
-Abu Hurayra fournit un grand nombre de traditions relatives à lenvoyé d'Allah, et vous ajoutez: pourquoi les muhajir et les ansar ne rapportent-ils point sur l'envoyé d'Allah autant de traditions que Abu Hurayra?
- C'est que mes frères, les muhajir, s'occupaient de trafiquer sur les marchés, tandis que moi je restais toujours auprès de l'envoyé d'Allah, me contentant d'avoir de quoi apaiser ma faim. J'étais donc là alors qu'ils étaient absents et je meublais ma mémoire tandis que la leur restait vide. Quant à nos frères, les ansar, ils donnaient tous leurs soins aux travaux des champs pendant que moi, je demeurais pauvre au milieu des autres pauvres de la Soffa126 et j'emmagasinais des traditions au moment où eux ne pouvaient en faire autant.
(Bukhari, Hadith 42/6).
...un homme des ansar plaida devant le prophète contre Zubayr au sujet des barrages de la Harra127 qui servaient à l'irrigation des palmiers, l'ansar ayant demandé que Zubayr laissàt l'eau couler et celui-ci s'y étant refusé. Le procès ainsi porté devant lui et les parties ayant exposé leurs dires, l'envoyé d'Allah s'adressa à Zubayr en ces termes:
-Arrose tes arbres, ô Zubayr, mais ensuite laisse couler l'eau chez ton voisin.
Alors, plein de colère, l'ansar s'écria :
-On voit bien qu'il est le fils de ta tante paternelle.
-A ces mots le visage de lenvoyé d'Allah changea de couleur:
-Arrose tes arbres, ô Zubayr, reprit-il, puis arrète-toi aussitôt que l'eau arrive à la hauteur du tronc.
Et Zubayr dit alors:
-Par Allah! je crois que c'est à ce sujet que le verset suivant a été révélé:
Non, j'en jure par ton seigneur, non, ils ne croiront pas tant qu'ils ne t'auront pas pris pour juge des contestations qui s'élèvent entre eux. . . 128 .
(Bukhari, Hadith 78/74).
Jabir ibn Abdallah a dit que Moaz ibn Jabal priait avec le prophète, puis allait trouver ses gens et faisait de nouveau laprière avec eux. Il avait commencé la lecture de la Vache129 et comme cela durait longtemps, un homme pressé fit une prière très courte. Moaz, ayant appris cela, dit que cet homme était un munafiq130. L'homme, ayant appris la chose, alla trouver le prophète et lui dit:
-Ô envoyé d'Allah, nous sommes des gens qui travaillons de nos mains, et qui arrosons nos terres à laide de nos chameaux, or Moaz hier a fait la prière avec nous et a entamé la lecture de la Vache. Aussi ai-je rapidement fait ma prière; or, aujourdhui il prétend que je suis un munafiq.
-Ô Moaz, dit le prophète -à trois reprises différentes131 - , veux-tu donc provoquer des complications, récite donc:
J'en jure par le soleil et sa clarté 132, ou: Proclame le nom élevé de ton seigneur 133,
ou des sourates analogues134.
III
La prise du pouvoir
Technique du coup-dEtat dans une oasis
En arrivant à Médine, la secte des musulmans devient une religion: cest pour cela que lannée 622 est considérée comme le début du comput musulman. Ce nest pas encore lislam: cest la Religion, la religion de Vérité, ou la religion dAbraham.
A la Mecque, la nouvelle croyance et son porte-parole étaient contestés. A Médine, Muhammad espère obtenir des conditions plus favorables: la société est plus diverifiée, lautorité politique moins forte, et linfluence juive semble préparer les esprits à une forme de monothéisme.
Après son intrusion, lidée politique essentielle de Muhammad est la fondation dune nouvelle organisation, lumma135, distincte et autres et soumise exclusivement à la volonté divine, évidemment par lintermédiaire de son prophète. Il faut donc bouleverser les règles habituelles de fonctionnement de la société. Mais comme il nintervient pour linstant quen tant que corps étranger, avec la fonction officielle darbitre136, il doit établir une base ferme à patir de laquelle il pourra asseoir son pouvoir. Cette base serait une convention137, appelée La constitution de Médine. Cest certainement le document le plus important de toute lhistoire musulmane.
1- La prise de contrôle des Banu Najjar.
Muhammad profite dun coup du sort pour prendre le pouvoir sur une petite tribu, dont on ne ait si elle est juive ou arabe138. Cest une répétition en petit de ce qui adviendra plus tard. Il sagit de la tribu avec laquelle son clan avait de lointains liens familiaux, remontant à son grand-père.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 88)
Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir, un des Adiyy ibn al Najjar139. Avant, elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn n Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Awf ibn Amir ibn Malik ibn Aws140 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens, elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme, elle le quittait.
Hashim, elle donna Abdul Muttalib, qu'elle appela Shayba.
(Ibn Khaldun p. 306).
La mère du prophète, Amina bint Wahb ibn Abd Manaf ibn Zuhra, l'emmena en visite chez les oncles du côté maternel 141 de son grand-père Abd al Muttalib, les Banu Adi Ibn an-Najjar, à Médine. Elle aussi avait avec eux des liens de parenté en ligne maternelle.142
(Ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 346).
Au cours des mois de la construction de la mosquée, Abu Umama Asad ibn Zurara est mort; il fut pris par la diphthérie et de râclements de gorge.
... lapôtre a dit:
-Quel malheur que la mort dAbu Umama! Les Juifs et les Arabes munafiqun diront sans doute: sil est prophète, son compagnon ne serait pas mort mais vraiment je nai pas de pouvoir dAllah concernant mes compagnons et moi-même.
... Quand Abu Umama est mort, les Banu al Najjar sont venus voir lapôtre, parce quAbu Umama était leur chef, quil tenait un rang élevé, que lapôtre connaissait, et quil pouvait nommer quelquun parmi eux pour le remplacer; à cela, lapôtre répondit:
-Vous êtes mes oncles maternels, nous sommes de la même famille, donc je serai votre chef.
Lapôtre ne voulait pas préférer lun ou lautre. Alors, les Banu Najjar se sont considérés comme très honorés davoir lapôtre comme leur chef.
(Bukhari, Hadith 78/47).
Abu Osayd as Saydi rapporte que le prophète a dit:
-La meilleure famille des ansar est celle des Banu Najjar.
2-La constitution de Médine.
La plupart des historiens estiment que le document143 transmis par Ibn Ishaq et ibn Hisham est authentique144 . On hésite en revanche sur la date 145 de la rédaction et sur son unité146 ; elle correspond à la première phase de limplantation de Muhammad, quand son pouvoir nest pas absolu, et quand les tribus juives sont censées accepter de bon gré la nouvelle doctrine. Par conséquent, le texte ne présente pas encore les marques de lautoritarisme qui sera à loeuvre par la suite. Il nest encore quun cadre, un point de départ. Mais déjà, on distingue les prémisses de lexpansion de cette puissance.
Dans le fond, la convention précise les rapports entre les différents éléments de la population de Médine: les muhajirun, les ansar, autochtones convertis (ou munafiqun), et même païens et les tribus juives. Les rapports avec les Juifs sont définis mais assez vaguement pour quils soient considérés comme à lécart du groupe.
La société musulmane primitive - et idéale- possède une structure archaïque, constituée de communautés agrégées, aux droits inégaux, et la notion dindividu lui est totalement étrangère. Le seul indice de solidarité réside dans le paiement du prix du sang147.
Elle règle aussi les relations avec létranger, considéré dès ce moment comme absolument différent, ce qui est signifié dans larticle suivant (§ 1): Ils forment une communauté unique distincte des autres peuples. Cest peut-être lorigine véritable de ce document: présenter un front uni du groupe face à un monde présumé hostile ou qui va bientôt le devenir (§ 15 et 17,19,21) pour ensuite le combattre148 .
La solidarité tribale est largement remplacée par celle ayant pour critère exclusif la religion: lislam et lautorité de Muhammad forme un nouveau ciment et le stade de larbitrage149 est largement dépassé, ne serait ce quen sa qualité dinitiateur et rédacteur du document150 . Mais il ny a pas encore de trace de son autoritarisme et de ses ambitions totalitaires: Cest Muhammad première période qui se satisfait dêtre considéré comme Messager dAllah (§ 47).
Le document juridique ainsi rédigé scelle le fonctionnement de la nouvelle société; pour autant, il ne réapparait pas dans la course des événements: comme sil navait servi à rien, comme sil navait été quun document pour lHistoire, au lieu dêtre un document historique.
On note simplement quil a pu servir de prétexte à lélimination ultérieure des tribus juives151. Il est simplement remplacé dans les faits par les décisions de Muhammad.
1-Le texte.
0-Présentation du document.
(Ibn Hisham 341-4)152 .
Le messager d Allah153 (que Allah le bénisse et le protège!154 ) rédigea un écrit155 ayant trait aux muhajirun et aux ansar156 , écrit par lequel il établissait un traité157 et une alliance158 avec les Juifs, les confirmait dans leur religion159 et leurs possessions, leur donnant certains droits et les obligeant à certains devoirs.
1-Le traité communautaire.160
Au nom dAllah161, le miséricordieux, le compatissant!
Ceci est un écrit162 de Muhammad le prophète163, concernant les croyants164 , les musulmans165 Quraysh166, ceux de Yathrib, ceux qui les suivent, qui leur sont attachés et qui combattent avec eux167.
§ 1. Ils forment une communauté168 unique distincte des autres peuples169.
§ 2. Les Émigrants Quraysh170, proportionnellement à leur condition première171, doivent payer en commun la compensation pour le sang versé par groupe et ils rançonnent leurs prisonniers (le faisant) avec droiture et justice entre croyants.
§ 3. Banu Awf172, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers173, le faisant avec droiture et justice entre croyants174.
§ 4. Banu Harith, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 5. Banu Saydah proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 6. Banu Jusham, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 5. Banu Najjar, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 8. Banu Amir ibn Awf, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 9. Banu Nabit, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
§ 10. Banu Aws, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
175 .
§ 11. Les croyants ne doivent pas laisser sans secours celui qui est endetté176 et qui est parmi eux, mais doivent lui donner de l'aide selon ce qui est juste, pour payer une rançon ou une compensation pour le sang versé.
§ 12. Un croyant ne doit pas prendre comme confédéré le client d'un autre croyant sans que celui-ci soit consentant.
§ 13. Les croyants imbus de la crainte de Allah177 s'opposent à quiconque parmi eux agit mal, ou prémédite une action contraire à la justice ou à l'honneur, un acte d'hostilité ou de corruption qui serait dirigé contre les croyants; que les mains des croyants soient unies contre lui, même si le coupable est le fils de l'un d'entre eux.
§ 14. Un croyant ne tue pas un autre croyant à cause d'un incroyant178 et ne donne pas de l'aide à un incroyant contre un croyant179.
§ 15. La sécurité180 dAllah est une; la faveur d'une protection accordée à son prochain (ou à son voisin) par le moindre des croyants crée à celui-ci une obligation; les croyants sont les patrons (ou clients) les uns des autres à l'exclusion des autres personnes181 .
§ 16. Si quelqu'un parmi les Juifs182 nous suit, il a droit à la même aide, au même appui (que les croyants), à condition que ceux-ci183 ne soient pas lésés par lui et qu'il n'aide pas d'autres gens contre eux184.
§ 17. La paix185 des croyants est une; aucun croyant ne fait la paix en dehors d'un autre croyant, lors d'un combat qui a lieu dans la voie dAllah186, excepté dans la mesure où l'égalité et la justice sont maintenues entre les croyants187.
§ 18. Dans chaque expédition entreprise avec nous, les différentes parties présentes se relaient à tour de rôle188.
§19. Les croyants peuvent se remplacer l'un l'autre pour exercer la vengeance quand un homme a versé son sang dans la voie d Allah189. Les croyants imbus de la crainte de Allah sont guidés par l'inspiration la meilleure et la plus droite190.
2-Le complément du traité communautaire.
§ 20. Aucun idolâtre191 ne doit donner sa protection en tant que voisin, que ce soit pour des biens ou pour une personne, à un Quraysh192, et il ne peut davantage intervenir en faveur d'un Quraysh vis-à-vis d'un croyant193.
§ 21. Lorsque quelqu'un tue un croyant sans raison, il est alors passible de mort, en représailles, sauf si le représentant de l'homme assassiné se déclare satisfait194. Les croyants s'opposent tous au meurtrier195; rien d'autre ne peut-leur être permis que de s'opposer à lui.
§ 22. Il ne peut être permis à un croyant qui a donné son accord à ce qui est écrit dans ce document196 et qui croit en Allah et au dernier jour, d'aider un malfaiteur197 ou de l'héberger, car sur cet homme se porterait alors la malédiction dAllah et sa colère au jour de la résurrection des morts198, et rien ne sera accepté de lui pour effacer sa faute ou la racheter.
§ 23. Quand survient entre vous un différend, remettez-vous-en199 à Allah et à Muhammad200.
3- Le traité sur le statut des Juifs dans la communauté.
§ 24. Les Juifs supportent les frais de la guerre201 en même temps que les croyants aussi longtemps qu'ils demeurent en guerre.
§ 25. Les Juifs des Banu Awf202 forment une communauté203 semblable à celle des croyants. Que les Juifs aient leur religion204 et que les croyants aient la leur205, cela s'applique aussi bien à leurs clients206 qu'à eux-mêmes, à l'exception de celui qui aurait mal agi207 ou qui se serait conduit en traitre, il n'attire le mal que sur lui-même ef sur sa famille.
§ 26. Pour les Juifs des Banu Najjar, il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.
§ 27. Pour les Juifs des Banu Harith, il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.
§ 28. Pour les Juifs des Banu Saydah, il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.
§ 29. Pour les Juifs des Banu Jusham, il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.
§ 30. Pour les Juifs des Banu Aws, il en est comme pour les Juifs de Banu Awf.
4- Premier complément du traité sur le statut des Juifs.
§ 31. Pour les Juifs des Banu Thalabah, il en est comme pour ceux de Banu Awf, à l'exception de celui qui aurait mal agi ou qui se serait conduit en traitre; il n'attire le mal que sur lui-même et sur sa famille208 .
§ 32. Ceux de Jafnah209, subdivision de Thalabah, sont comme eux.
§ 33. Pour Banu Shutaybah, il en est comme pour les Juifs des Banu Awf ; les agissements loyaux ont le pas sur la traitrise210 .
5- Second supplément au traité sur le statut des Juifs.
§ 34. - Les clients211 des Thalabah212 sont comme pour eux.
§ 35. Les bilanah213 de certains Juifs sont comme pour les Juifs des Banu Awf ; les agissements loyaux ont le pas sur la traîtrise .
§ 36. Nul d'entre eux ceux appartenant à 1'ummah ne peut partir en guerre214 sans la permission de Muhammad215 mais il ne lui est pas défendu de se venger des blessures reçues216 . Si quelqu'un agit avec témérité217 , cela ne retombe que sur lui-même et sa famille218, sauf quand un homme a été lésé. Allah sera le parti le plus loyal en ce qui concerne les clauses de ce document219.
(§ 36b. Un homme ne doit pas se conduire avec traitrise avec son allié220 .
§ 36c. Le soutien est du à une personne qui est maltraitée.)221
6- Réaffirmation du statut des Juifs dans la communauté.
§ 37. C'est aux Juifs de supporter leurs dépenses et aux musulmans de payer les leurs. Parmi eux c'est-à-dire l'un vis-à-vis de l'autre il y a de l'entr'aide contre quiconque entre en guerre avec le peuple de ce document. Un homme n'est pas coupable de trahison à cause d'un acte de son confédéré. Entre eux existe une amitié sincère et une façon d'agir loyale et non la trahison.
§ 38. Les Juifs supporteront les frais en même temps que les croyants aussi longtemps que durera la guerre.
7-La protection de Yathrib comme enclave sacrée222.
§ 39. La vallée de Yathrib est sacrée pour le peuple de ce document223.
§ 40. Le voisin protégé224 , tient la place du protecteur lui-même, à condition qu'il ne fasse aucun mal et qu'il n'agisse pas traitreusement.
§ 41. Aucune femme ne peut obtenir la protection au titre de voisin sans le consentement des siens225.
§ 42. Quand, parmi le peuple de ce document226 , il arrive quelque incident trouble227 ou querelle dont on craint qu'il n'amène un désastre228 pour ce peuple, qu'on s'en remette229 à Allah et à Muhammad, le messager d Allah. Allah est le plus scrupuleux et le plus loyal exécuteur de ce qui est stipulé dans ce document230.
§ 43. - Aucune protection ne doit être accordée aux Quraysh ni à ceux qui les aident231.
§ 44 - Parmi eux existe une entr-aide contre quiconque attaquerait soudainement Yathrib.
§ 45 - Quand ils sont réunis pour conclure et accepter un traité, ils doivent le conclure et l'accepter; quand eux, à leur tour, lancent un appel pour la même chose, c'est à eux sur les croyants, sauf pour quiconque entre en guerre à propos de religion, car (il incombe) à chacun d'avoir sa part de leur côté qui est vers eux232.
§ 46 -Les Juifs de al Aws, à la fois leurs clients et eux-mêmes, sont dans la même position que celle du peuple de ce document. Une façon d'agir loyale a le pas sur la trahison.
§ 47 - Une personne qui est coupable ne l'est que vis-à-vis d'elle-même. Allah est le plus loyal et le plus sur exécuteur de ce qui se trouve dans ce document. Cet écrit n'est pas fait pour protéger un malfaiteur ou un traitre233. Celui qui sort est en sécurité, celui qui se tient assis sans bouger est en sécurité dans Médine, sauf celui qui fait le mal et agit en traitre. Allah est le voisin protecteur234 de celui qui agit loyalement et qui craint Allah, et Muhammad est le Messager dAllah235.
2-Données complémentaires sur la Constitution.
Des documents annexes tentent de présenter les circonstances de rédaction et dapplication du document, qui laisse au demeurant peu de traces, tel un fantôme.
(Baladuri, Livre des Conquêtes I 16)
On dit quà larrivée du prophète à Médine, il écrivit un accord et fit un pacte avec les Juifs de Yathrib.
(Dawud, Hadith 19/23).
Cette convention fut conclue après la bataille de Badr et après la mort de Kab ibn al Ashraf.
Allah, affidé, et garant236 .
(Mahomet, Coran 59/23).
Il est Allah - nulle divinité excepté lui -, le roi, le très saint, le Salut (?), le pacificateur237 , le préservateur, le Puissant, le Violent, le Superbe.
Combien Allah est plus glorieux que ce qu'ils lui associent !
Lallusion coranique: laccusation de rupture du pacte par les Juifs.
(Mahomet, Coran 2/77-80)
Et rappelez-vous quand nous fimes alliance avec les fils dIsraël en leur disant: vous nadorez quAllah. marquez de la bienfaisance vos père et mère, ainsi quau proche, aux orphelins, aux pauvres! dites du bien aux hommes! accomplissez la prière et donnez laumône238 ! par la suite, vous vous êtes détournés et vous êtes écartés, sauf un petit nombre, parmi vous.
rappelez-vous quand nous fimes alliance avec vous, vous disant: vous ne répandrez pas mutuellement votre sang. vous ne vous expulserez pas mutuellement de vos habitats.
Vous avez confessé cette alliance et en portez témoignage.
Par la suite, vous êtes devenus ces Juifs que nous connaissons.
Vous vous tuez mutuellement; vous expulsez une fraction d'entre vous de leur habitat239 et faites assaut contre eux de péché et d'abus de droit et s'ils deviennent vos captifs, vous les rançonnez. or, les expulser est illicite à vous.
Eh quoi! croyez-vous à une partie de l'êcriture et êtes-vous incrédules en une autre ? quelle sera la récompense de ceux parmi vous qui font cela, sinon l'opprobre en la vie immédiate et d'être, au jour de la résurrection, repoussés jusqu'au plus dur du tourment ?
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
Pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière, le tourment ne sera point allégé et ceux-là ne seront point secourus.
(Mahomet, Coran 33/13).
Rappelez-vous quand un parti d'entre eux vous dit:
-Ô gens de Yathrib240 !, ne restez point! retournez-vous-en!
Rappelez-vous quand une fraction d'entre eux demanda la permission au prophète de se retirer, en disant:
-Nos demeures sont sans défense! Elles n'étaient point sans défense ! Ils voulaient seulement fuir.
Si Yathrib241 avait été forcée, et si, ensuite, on leur avait réclamé le reniement242 de leur foi, ils leussent accordé, mais ne seraient demeurés que peu de temps, dans Yathrib.
Ils avaient certes fait pacte antérieurement, avec Allah, de ne point tourner le dos.
Or, du pacte conclu avec Allah, il sera demandé compte.
(Mahomet, Coran 13/20-26).
Eh quoi ! celui qui sait que ce qu'on a fàit descendre de ton seigneur vers toi, prophète!, est la vérité, celui-là est-il comme celui qui est aveugle?
Seuls réfléchissent ceux doués d'esprit.
Ceux qui tiennent fidèlement le pacte d'Allah et ne violent point l'alliance, qui maintiennent le lien qu'Allah a ordonné de maintenir, qui redoutent leur seigneur et craignent le détestable rendement de compte, ceux qui auront été constants à rechercher la face de leur seigneur, qui auront accompli la prière et fait dépense en secret et en public sur ce que nous leur avons attribué, qui auront répondu au mal.
Par le bien, ceux-là auront l'inéluctable demeure :
les jardins d'Éden où ils entreront ainsi que ceux qui furent saints parmi leurs pères, leurs épouses et leur descendance.
Les anges entreront par chaque porte auprès d'eux, disant:
-Salut sur vous, en prix d'avoir été constants !
Combien agréable est l'inéluctable demeure!
Au contraire, ceux qui violent le pacte d'Allah après son alliance, qui tranchent les liens qu'Allah a ordonné de maintenir, qui sèment le scandale sur la terre, sur ceux-là la malédiction! à ceux-là la détestable demeure !
(Ibn Sad, Tabaqat I 486)
Amir a dit: jai lu sur le fourreau de Dhul Faqar, le sabre243 de lapôtre d'Allah: sacquitter du prix du sang versé est un devoir pour les croyants et dans lislam, on ne délaisse pas quelquun qui na pas de famille, et on ne tue pas un musulman pour venger la mort dun infidèle.
(Waqidi , Kitab al Maghazi)244.
Quand lenvoyé d'Allah vint à Médine, les Juifs, tous ensemble, firent une trêve245 avec lui, et entre lui et eux, il écrit un document246. Lenvoyé d'Allah fit une affiliation de chaque tribu247 avec ses alliés248, et il plaça entre lui-même et eux un garantie mutuelle. Il fit aussi un notification les concernant, pour quils nassistent pas un ennemi contre lui. Quand lenvoyé d'Allah eut le dessus sur les gens de Badr, et revint à Médine, certains Juifs brisèrent249 ce qui avait été créé entre eux et lenvoyé d'Allah par le moyen de ce traité250.
(Waqidi , Kitab al Maghazi)251 .
Lenvoyé d'Allah vint à Médine, et ses habitants constituaient alors un ensemble mélangé, constitué de musulmans, que lappel252 à lislam avait unis253, (et?254 ) en partie des gens possèdant cottes de mailles et forts, en partie des alliés unis avec les deux tribus des Aws et des Khazraj. Lenvoyé d'Allah espérait, quand il arriva à Médine, établir la paix entre eux tous, en créant une collectivité255 , et faire la paix avec eux. Un homme pouvait alors être musulman et avoir un père païen256 .
Une allusion au document?257
(Bukhari, Hadith 58/10, 1).
Yazid ibn Sharik a dit: Ali nous dit dans son prêche:
-Nous autres n'avons aucun texte que nous récitions en dehors du livre dAllah, et de ce qui se trouve consigné sur ce feuillet. Il contient des prescriptions relatives aux blessures, et à lage des chameaux de composition pécuniaire; il établit le caractère sacré du territoire de Médine entre Ayr et tel endroit. Celui qui y commettra quelque infraction ou donnera tsile à celui qui en aura commis une aura contre lui tout à la fois la malédiction dAllah, celle des anges et celle des hommes; et on n'acceptera de ce coupable, ni repentir, ni expiation. Celui qui se choisira d'autres patrons, que ses patrons aura contre lui la même malédiction. Les musulmans sont solidaires en matière de protection; et celui qui n'observera pas l'engagement de protection d'un musulman aura contre lui la même malédiction.
(Bukhari, Hadith 58/17, 2).
Ali a dit: Nous n'avons rien consigne par écrit du prophète; nous n'avons que le Coran et les enseignements contenus dans ce feuillet; il contient la déclaration par le prophète du caractère sacré du territoire de Médine depuis el Ayr, jusqu'à tel point. Celui qui, dans ces limites, commettra quelque infraction ou donnera asile à celui qui en aura commis une, aura contre lui tout à la fois la malédiction dAllah, celle des anges et celle des hommes; et on n'acceptera de ce coupable ni repentir, ni expiation. Les musulmans sont solidaires pour ce qui concerne la protection; le plus infime d'entre eux peut l'accorder; et celui qui n'observe pas l'engagement de protection d'un musulman aura contre lui tout à la fois la malédiction dAllah, celle des anges et celle des hommes; et l'on n'acceptera de ce coupable ni repentir ni expiation. Enfin celui qui se choisira des patrons sans l'autorisation de ses vrais patrons aura contre lui tout à la fois la malédiction dAllah, celle des anges et celle des hommes, et l'on n'acceptera de lui ni repentir, ni expiation.
3-La meilleure communauté au monde.
Voici une petite somme de documents qui mentionnent la naissance de ce nouveau genre politique, lUmma258. Ce sont surtout des extraits du Coran, où Muhammad aurait consigné un certain nombre de réflexions, admonestations et exhortations, qui toutes, tendent à donner à la communauté un statut supérieur et à ses membres une position dominante.Ces extraits doivent consolider la constitution en lui donnant une apparence de sacralité et lautorité absolue du chef est aussi rappelée avec constance.
La communauté est certes celle de Médine, mais elle est larchétype exacte de la communauté de tous les musulmans. Exclusivité et supériorité sont les caractères fondamentaux de la première et de la seconde. Cest ainsi que la notion de Communauté, toujours dactualité, soppose absolument à la notion dHumanité.
Tabari , Histoire des Prophètes et des Rois 117.
Omar dit :
-Comptons à partir du jour où le prophète effectua sa fuite à Médine; car en cette année se manifesta le pouvoir de l'islam, la vérité s'affermit et l'erreur fut confondue; aucun fait plus important que celui-là n'est survenu dans le monde. Par conséquent, l'année de la Fuite259 fut établie comme ère.
(Mahomet, Coran 8/ 73-76).
Ceux qui croient, qui ont émigré et mené combat, de leurs biens et de leurs personnes, dans le chemin d'Allah, ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus, - tous ceux-là sont affiliés les uns aux autres260.
Avec ceux qui croient, mais n'ont pas émigré, vous n'aurez aucune affiliation jusqu'à ce qu'ils émigrent; s'ils vous demandent secours, eu égard à la religion, à vous de les secourir sauf contre des gens entre lesquels et vous existe une alliance261.
Allah, sur ce que vous faites, est clairvoyant.
Ceux qui sont infidèles sont affiliés les uns aux autres. Si vous n'assistez pas les croyants262 non encore émigrés263, il y aura tentation d'abjurer sur la terre et grand scandale.
Ceux qui croient, qui ont émigré et mené combat dans le chemin d'Allah, ceux qui leur ont donné refuge et les ont secourus, - tous ceux-là sont véritablement les croyants264.
A eux pardon et généreuse attribution, dans l'au-delà.
Ceux qui, ayant cru par la suite, ont émigré et mené combat avec vous, ceux-là sont aussi des vôtres.
Toutefois, ceux liés par la consanguinité sont mutuellement plus proches, dans la prescription d'Allah265.
Allah, sur toute chose, est omniscient.
(Mahomet, Coran 2/122).
Seigneur! fais de nous des soumis à toi, et de notre descendance, fais une communauté soumise à toi!
Fais nous voir nos pratiques cultuelles!
(Mahomet, Coran 22/35).
A chaque communauté, nous avons donné une pratique cultuelle266 pour que ses membres invoquent le nom dAllah sur la bête de troupeaux quil leur a attribué.
Votre divinité est une divinité unique.
Soumettez-vous!
(Mahomet, Coran 22/66).
A chaque communauté nous avons donné une pratique cultuelle que se membres suivent.
Quils ne se disputent point contre toi au sujet de lordre!
(Mahomet, Coran 6/42).
Certes nous avons envoyé des messages à des communautés avant toi, prophète! et nous les avons frappées dinfortune et de malheur, espérant que peut-être elles shumilieraient.
(Mahomet, Coran 9/100)
Allah e été satisfait des précesseurs des premiers parmi les émigrés et des auxiliaires, ainsi que de ceux qui suivirent en leur bienfaisance.
(Mahomet, Coran 2/137).
Ainsi nous avons fait de vous, croyants, une communauté éloignée des extrèmes267 , pour que vous soyez témoins à lencontre des hommes et que lenvoyé soit témoin à votre encontre.
(Mahomet, Coran 98/4-5).
Cest là la communauté immuable268. Ceux qui auront été incrédules, parmi les détenteurs de lEcriture et les associateurs269, seront dans le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront.
Ceux-là sont le pire de lhumanité.
(Mahomet, Coran 3/100-6).
Que surgisse de vous une communauté dont les membres appellent au bien, ordonnent le convenable, interdisent le blamable, et demandent aide à Allah contre ce qui les frappe!
Ceux-là sont les bienheureux.
(...)
Vous êtes la meilleure communauté quon ait fait surgir pour les hommes: vous ordonnez le convenable, interdisez le blamable et croyez en Allah.
(Mahomet, Coran 18/102).
Ceux qui sont infidèles pensent-ils quils pourront prendre mes serviteurs comme patrons, en dehors de moi?
Nous avons préparé la Géhenne, en partage, aux infidèles.
(Mahomet, Coran 9/85-6).
Jamais tu ne prieras sur celui dentre eux qui sera mort, et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe. Ces gens sont infidèles envers Allah et son envoyé, et ils meurent pervers.
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait!
Allah veut seulement , de leur fait, les tournmenter en la vie immédiate...
(Mahomet, Coran 9/114).
Il nest ni du prophète ni des croyants de demander pardon à Allah pour les associateurs -fussent-ils leurs proches- après que sest manifesté aux croyants et au prophète que ces associateurs seront les hôtes de la fo