- XII -


MÉDINE
laboratoire théocratique

(622-630)


“Du vivant du prophète,
nous évitions de causer et plaisanter avec nos femmes,
de peur que cela nous attirat quelque révélation.
Mais, quand le prophète est mort,
nous causâmes et plaisantâmes avec elles.”

Ibn Omar
1.






I

Le carcan des rituels


L’étape médinoise n’apporte rien ou presque sur le fond des choses: reprise des thèmes prophétiques Juifs, rejet des thèses juives et chrétiennes, continuation des méthodes ayant fait leurs preuves à la Mecque. Muhammad s’applique alors à l’établissement d’une législation, et la mise en place du rituel, toujours en rapport avec le judaïsme, pour se conformer à lui ou pour s’en éloigner. C’est à partir du début de l’année 624 que la nouvelle religion commence à se singulariser, au point de vue formel, quand a lieu la rupture avec les Juifs. Le rituel2 sert constamment à rythmer la progression de l’encadrement des nouveaux fidèles3. Le talent politique de Muhammad consiste à encadrer la population médinoise4 par l’imposition de règles rituelles contraignantes, publiques et régulières, qui accompagnent ou précédent la mise au pas politique5 .
Les réflexions théologiques ont à ce moment très peu de place6 dans l’établissement de ce que l’on nomme avec justesse les “piliers de religion”7.
Commençons donc par observer les éléments les plus importants de la religion musulmane, et finir par les plus accessoires8 .


(Mahomet, Coran 22/35).
A chaque communauté, nous avons donné une pratique cultuelle9 pour que ses membres invoquent le nom d’Allah sur la bête de troupeaux qu’il leur a attribué.
Votre divinité est une divinité unique.
Soumettez-vous!

(Mahomet, Coran 22/66).
A chaque communauté nous avons donné une pratique cultuelle que se membres suivent.
Qu’ils ne se disputent point contre toi au sujet de l’ordre!

(Mahomet, Coran 2/122).
Seigneur! fais de nous des soumis à toi, et de notre descendance, fais une communauté soumise à toi!
Fais nous voir nos pratiques cultuelles!



1-Les préalables cathartiques.

Comme dans toute religion primitive, l’état de pureté10 rituelle est obtenu (ou perdu) à la suite du respect ou non de règles extrêmement strictes, dites “cathartiques” 11. Ceux-ci sont issus pour la plupart de coutumes païennes bien attestées12 et d’autres de la tradition juive13.
Il existe un nombre considérable de procédés permettant d’atteindre cet état, et autant d’occasion de le perdre, tout au long de la journée. Muhammad est capable dans ces domaines d’une invention et d’une fantaisie tout simplement prodigieuses: les aspects les plus triviaux de la physiologie humaine sont exposés, à fin d’information. Le chef de la communauté en personne donne l’exemple14, après, selon lui, avoir reçu ces règles de Gabriel en personne15.

On distingue, selon les souillures, deux grands types de procédures: la petite ablution16:

1-invocation.
2- 3 lavages des mains et poignets.
3- 3 rinçages de la bouche et des narines.
4- 3 lavages du visage.
5- 3 lavages de la main et de l’avant-bras droits.
6- 3 lavages de la main et de l’avant-bras gauche.
7- lavage du crâne.
8-lavage du pavillon des oreilles.
9- 3 lavages du pied et de la cheville droits.
10-3 lavages du pied et de la cheville gauche.
Soit 24 opérations pour la petite ablution.


La grande17:
1-Invocation.
2-Lavage du sexe.
3-Lavage de l’anus.
4-Lavage du ventre et du pli de l’aine
18.
5- 3 lavages des mains.
6-gargarisme.
7-2 rinçage de la bouche.
8- 3 aspirations et expirations d’eau dans les narines.
9- 3 lavages du visage.
10- lavage de la tête entière et de la nuque.
11- 3 lavages de l’oreille droite.
12-3 lavages de l’oreille gauche.
13- lavage du corps entier sur sa partie droite en évitant les parties sexuelles.
14-lavage de la partie gauche en évitant les parties sexuelles.
15-lavage des aisselles, du nombril, de l’intérieur des cuisses et du creux du genou.
16-lavage du dos.
17-lavage de la poitrine.


Le ritualisme est poussé très loin, comme souvent dans les systèmes primitifs.


La force du détail.
(Dawud, Hadith 1/175)19

Le prophète a vu une personne faisant la prière et dont l'arrière du pied n'avait pas été lavé sur une superficie de la taille d'un dihram20; l'eau ne l'avait pas atteint. Le prophète lui ordonna de recommencer l'ablution et la prière. 

Ne pas se toucher.
(Dawud, Hadith 1/181)21

Marwan a dit: Busrah, la fille de Safwan, m'a rapporté qu'elle avait entendu le prophète dire :
- Celui qui touche son pénis devra pratiquer l'ablution. 

Souillure du poil.
(Dawud, Hadith 1/ 248)22

L'envoyé d'Allah a dit :
- Il y a de la souillure sexuelle sous chaque poil donc lavez les poils et nettoyez la peau. 

A droite, toute!
(Bukhari, Hadith 8/47).

Aïsha a dit: le prophète aimait donner la préséance à la droite23: en matière de pureté rituelle, pour descendre de monture et pour se chausser.

(Muslim, Hadith 2/512)24
Le messager d'Allah a dit :
- Quand quelqu'un entre dans les latrines, il ne doit pas toucher son pénis de la main droite. 

(Bukhari, Hadith 69/ 534)25
Le prophète a dit :
- (...) Quand vous urinez, ne touchez pas votre pénis avec la main droite. Et quand vous vous lavez après la défécation, n'utilisez pas la main droite. 

(Hadith, Bukhari 4/18).
Lorsque l'un de vous boit, qu'il ne souffle pas dans le vase. Lorsqu'il se rend aux latrines, qu'il ne se touche pas la verge de la main droite et qu'il ne se torche pas de la main droite.

(Hadith, Bukhari 79/51).
La fitra26 exige cinq choses: la circoncision, l'épilation du pubis,
l'épilation des aisselles, la taille des moustaches, le fait de se rogner les ongles27 .

(Bukhari, Hadith, 77/4).
Abu Horayra rapporte que le prophète a dit:
-Toute partie du vêtement qui descend au dessous des chevilles ira en enfer28 .

Un oubli.
(Bukhari, Hadith 65/ 316)29

Le prophète a mangé la viande d'une épaule, puis il est sorti et a fait la prière sans ablution. 

L’écuelle.
(Bukhari,Hadith 4/ 173)30

L'envoyé d'Allah a dit :
-Si un chien boit dans le récipient de l'un d'entre vous, il faut le laver sept fois31

Conseil de dentiste.
(Muslim, Hadith 2/ 488)32

J'ai demandé à Aïsha ce que le messager d'Allah faisait en premier quand il rentrait chez lui, et elle répondit :
- Il utilisait un cure-dent33.

Bien rasée, bien peignée.
(Bukhari, Hadith 62/ 174)34

Le prophète a dit (à un jeune marié qui rentrait avec lui d'une expédition35 ) :
- Attends la tombée de la nuit avant de rentrer chez toi, que la femme dont les cheveux sont en désordre puisse se coiffer et que la femme dont l'époux était parti puisse se raser les poils pubiens. 

Chasse au mucus.
(Bukhari, Hadith 54/ 516)36

Le prophète a dit :
- Si l'un d'entre vous se réveille et pratique les ablutions, il devra se laver le nez en y mettant de l'eau et en la soufflant trois fois parce que Satan s'est caché dans la part supérieure du nez toute la nuit. 

Odeurs fortes.
(Bukhari, Hadith 65/ 363)37

Le prophète a dit :
- Celui a mangé de l'ail ou de l'oignon, qu'il reste éloigné de nous (ou de la mosquée). 

(Muwatta, Hadith 1/ 30).38
Le messager d'Allah a dit :
- Quiconque mange de cet plante ne devra pas s'approcher de nos mosquées. L'odeur de l'ail nous offense. 

Exemplarité.
(Dawud, Hadith 1/ 5)39

Un jour, je me trouvais avec l'envoyé d’Allah. Il voulait uriner. Alors il alla sur un sol meuble au pied d'un mur et urina. Il dit alors :
- Si quelqu'un veut uriner, il devra chercher un endroit comme celui-ci pour uriner. 

Précision lexicale.
(Bukhari, Hadith 4/ 137)40

L'envoyé d'Allah a dit :
- La prière d'une personne qui fait hadath ne doit pas être acceptée jusqu'à ce qu'il refasse ses ablutions.
Quelqu'un de Hadramut41 demanda à Abu Hurayra :
- Qu'est ce que hadath ? Abu Huraira répondit :
- Hadath est le passage d'un pet par l'anus. 

Flatulences.
(Bukhari, Hadith 4/ 139).42

Mon oncle a présenté à l'envoyé d'Allah le cas d'une personne qui pensait avoir laché un pet durant la prière. L'envoyé d'Allah a répondu :
- Il ne doit pas abandonner la prière, à moins qu'il n'entende un bruit ou qu'il sente quelque chose. 

(Bukhari, Hadith 69/ 534)43
Le prophète a dit :
- [...] Quand vous urinez, ne touchez pas votre pénis avec la main droite. Et quand vous vous lavez après la défécation, n'utilisez pas la main droite. 

(Bukhari, Hadith 86/ 86)44
Le prophète d'Allah a dit :
-Allah n'accepte pas la prière de quiconque lâche un pet avant qu'il n'ait refait son ablution45

(Bukhari, Hadith 4/5)46 .
...de Ibn Abbas: Durant son sommeil le prophète lâcha un gaz. Puis il se leva et accomplit la prière.
Sufyan nous l'a rapporté plusieurs fois, d'après Amir, qui le tenait de Kurayb, d'après Ibn Abbas qui disait:
-Une fois je passai la nuit chez ma tante Maymuna. Le prophète se leva à un certain moment de la nuit et il fit une ablution légère avec l'eau d'une petite outre qui était suspendue, Amir lui versant doucement un tout petit peu d'eau; puis il se mit debout pour accomplir la prière. Je fis mes ablutions de la même manière que lui. Puis je vins et me tins debout à sa gauche; il me fit changer de place et me mit à sa droite; puis il accomplit la prière; puis il se recoucha et dormit et, à un certain moment, il lâcha un gaz.
Puis vint quelqu'un lui annonçant le moment de la prière. Il se mit debout avec lui pour prier; il accomplit la prière et ne fit pas d'ablution. Nous dîmes à Amir:
- Il y a des gens qui disent que l'envoyé d’Allah, son oeil dort mais son cœur ne dort pas.
J’ai entendu Ubayd ibn Umar dire:
-Le songe d’un prophète est une inspiration.

(Bukhari,Hadith 54/ 452)47

Le prophète a dit :
-Aussi longtemps que quelqu'un attend pour la prière, il est considéré comme priant réellement, et les anges disent : “Ô Allah, sois miséricordieux avec lui !”, à moins qu'il quitte la salle de prière ou qu'il lâche un pet. 

(Dawud, Hadith 1/ 205)48
L'envoyé d'Allah a dit :
-Si quelqu'un parmi lâche un pet durant la prière, il devra s'écarter, refaire ses ablutions et recommencer la prière. 

Scatologie.
(Muwatta, Hadith 2/2.6.28)49

Le messager d'Allah était interrogé à propos du nettoyage après la défécation. Il répondit :
- Parmi vous, personne n'est capable de trouver trois pierres ?

(Muslim, Hadith 2/458)50
Le messager d'Allah a dit :
- Quand quelqu'un se torche avec des pierres, il doit en utiliser un nombre impair, et quand quelqu'un fait ses ablutions, il doit nettoyer son nez avec de l'eau. 

(Dawud, Hadith 1/7)51

On a dit à Salman :
- Votre prophète vous a tout appris, même en ce qui concerne les excréments.
Il répondit :
- Oui. Il a nous a interdit de faire face à la qibla au moment de déféquer ou d'uriner et de nous nettoyer avec la main droite, avec moins de trois pierres ou avec du crottin ou un os. 

(Muslim, Hadith 2/505)52

Salman a dit que quelqu'un parmi les polythéistes avait fait la remarque :
- Je vois que votre ami vous apprend aussi des choses à propos des excréments.
Il répondit :
- Oui, il nous a interdit de se laver avec la main droite, ou face à la qibla. Il a interdit l'utilisation de crottin ou d'os pour cela et il nous a aussi dit de ne pas utiliser moins de trois cailloux. 

(Bukhari, Hadith 58/ 200)53

Le prophète a dit :
- Apporte-moi des pierres pour laver mes parties intimes et n'apporte pas d'os ou de crottin. Abu Huraira continue de raconter : alors j'ai apporté des pierres (...) et j'ai demandé :
- Pourquoi pas l'os ou le crottin ?
Il dit :
- Parce que c'est la nourriture des djinns54. Les délégués des djinns de la cité de Nasibin55 sont venus me voir - comme ils étaient gentils ces djinns - et m'ont demandé des restes de nourriture humaine. J'ai invoqué Allah pour eux afin qu'ils ne passent pas à côté d'ossements ou de crottin sans y trouver de la nourriture dessus. 

(Dawud, Hadith 1/ 39)56
Une délégation de djinns vint voir le prophète et dit :
-Ô Muhammad, interdis ta communauté de se nettoyer avec un os, du crottin ou du charbon, parce que
c'est ce que Allah nous a donné comme aliments.
Alors le prophète interdit de faire cela. 

Faute.
(Muslim, Hadith 2/ 507)57

Le messager d'Allah a dit :
- Quand vous allez dans le désert, ne vous placez jamais face ou de dos à la qibla pour faire vos besoins, mais soyez face à l'Est ou à l'Ouest. Abu Ayyub a dit :
- Quand nous sommes arrivés en Syrie58, nous avons trouvé que les latrines déjà construites étaient orientées vers la qibla. Nous les avons refusées et avons demandé pardon à notre seigneur.
Il répondit :
-Oui.

(Muslim, Hadith 2/ 510)59

Abdullah ibn Omar a dit :
- Je suis allé sur le toit de ma soeur Hafsa et j'ai vu le messager d'Allah faire ses besoins face à la Syrie, orienté de dos à la qibla.

(Dawud, Hadith 1/ 15)60
J'ai entendu le prophète dire :
-Quand deux personnes vont se soulager en découvrant leurs parties intimes et en parlant ensemble, Allah, le grand et majestueux, est furieux de cela. 

(Muwatta, Hadith 9/ 52)61

J'ai entendu le messager d'Allah dire :
- Si vous voulez déféquer, faites-le avant la prière. 

Tranquille nulle part
(Dawud, Hadith I 6)62 .

L'envoyé d'Allah a dit :
- Ces toilettes sont fréquentées par des djinns et des démons. Si quelqu'un parmi vous y va, il devra dire : je cherche refuge chez Allah contre les démons mâles et femelles.

(Mahomet, Coran 9/104-9)63 .
Prophète!, prélève sur leurs biens une aumône par laquelle tu les purifieras et tu les repurifieras!64
(...)

Une mosquée fondée sur la piété, dès le premier jour, est certes plus digne que tu t’y tiennes. En celle-ci sont des hommes qui aiment à se purifier.
Or Allah aime ceux qui se purifient.

(Mahomet, Coran 82/13-14).
En vérité, les purs65 seront certes dans un délice, alors qu’en vérité les libertins66 seront certes dans une fournaise.

(Mahomet, Coran 4/46).

Ô vous qui croyez !, n'approchez point de la prière, alors que vous
êtes ivres, avant de savoir ce que vous dites !
N'en approchez pas en état de pollution - exception faite pour ceux qui font route67 -, avant de vous être lavés!
Si vous êtes malades ou en voyage, ou si l'un de vous vient du lieu secret68 ou si vous avez caressé vos femmes et que vous ne trouviez pas d'eau, recourez à du bon sable et passez-vous-en sur le visage et les mains!69
Allah est indulgent et absoluteur.
N'as-tu point vu ceux à qui a été donnée une part de l'Écriture ?
Ils achètent l'égarement pour eux-mêmes et veulent que vous vous égariez avec eux, en chemin.
Allah connait bien vos ennemis.
Combien Allah suffit comme patron et combien il suffit comme auxiliaire!


(Mahomet, Coran 5/8).

Ô vous qui croyez! quand vous vous disposez à la prière, lavez-vous le visage et les mains jusqu'aux coudes!70 passez-vous la main sur la tête et les pieds jusqu'aux chevilles!
Si vous êtes en état de pollution, purifiez-vous!
Si vous êtes malades ou en voyage, ou si l'un de vous vient du lieu secret, ou si vous avez caressé vos femmes et que vous ne trouviez pas d'eau, recourez à du bon sable et passez-vous-en sur le visage et sur les mains!
Allah ne veut vous imposer nulle gêne71, mais il veut vous purifier et parachever on bienfait envers vous.
Peut-être serez-vous reconnaissants.


(Tabari, Tafsir 2/124).

D'autres disent que ces prescriptions sont dix recommandations caractéristiques propres aux normes traditionnelles de l'islam72. Ils se réfèrent aux propos suivants :
... Ibn Abbas a dit : Allah éprouva Abraham en lui prescrivant l'ablution dont cinq choses se rapportent à la tête et cinq au reste du corps. Les cinq choses se rapportant à la tête sont : la taille des moustaches, le rinçage de la bouche, l'aspiration de l'eau par le nez, l'utilisation de la brosse à dent73 et passer les mains sur la tête. Les cinq choses se rapportant au reste du corps sont : la coupe des ongles, le rasage du pubis, la circoncision, l'épilation des aisselles et le lavage des souillures après les besoins naturels ( ... ).
Certains disent que ces prescriptions sont dix recommandations dont les unes concernent la purification du corps et les autres, les rites du pèlerinage. Ils se réfèrent aux propos suivants :
... Ibn Abbas a dit: Dans le verset
lorsque son seigneur éprouva Abraham par des prescriptions et qu'il les accomplît parfaitement,
six prescriptions se rapportent à l'homme lui-même et quatre aux rites du pèlerinage. Les six se rapportant à l'homme sont : le rasage du pubis, la circoncision, l'épilation des aisselles, la coupe des ongles, la taille des moustaches et la grande ablution74 le vendredi. Les quatre concernant les rites du pèlerinage sont : la circumambulation, le septuple parcours entre Safa et Marwa, la lapidation des stèles et le reflux des pèlerins.


2-La prière.

Les innovations touchent essentiellement le rituel. La prière en est l’élément primordial récurent75 comme manifestation fondamentale de soumission76. Déjà, à La Mecque, la prière avait fait l’objet de plusieurs modifications: il faut adapter la contrainte aux capacités des fidèles77, encadrer sans décourager: les obligations évoluent vers un assouplissement des contraintes. Mais chez les plus zélés, le geste devient une mortification, et Muhammad en donne l’exemple; le corps doit souffrir et porte le signe de la souffrance, comme la “marque du prophète” qui distingue les pieux78 .
A Médine, on observe une interrogation -pittoresque- sur les moyens d’appel79 à la prière80: les musulmans rejettent les symboles Juifs et chrétiens. Le choix du vendredi81 pour la prière principale obéit aux mêmes principes: le vendredi plutôt que le samedi des Juifs82 ou le dimanche des chrétiens, et avant eux. Les horaires, de leur côté, sont institués pour ne pas coïncider avec les mouvements du soleil, pour renter de rompre avec les habitudes ancestrales83. Les postures, elles, sont inspirées du christianisme oriental: ni les Juifs ni les Arabes païens ne pratiquent de telles prosternations.
Dans tous ces domaines, l’islam des débuts fait preuve d’une remarquable faculté d’adaptation84.
Comme le cycle des prières quotidiennes est particulièrement éprouvant et rébarbatif, un immense nombre de récits est là pour renforcer la discipline, rappeler à l’ordre les paresseux et retardataires, secouer les distraits, menacer les réfractaires.
Il suffit de noter à la fin que le contenu même des prières n'est pas même évoqué. La superficialité est totale à cet égard.


(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 136)

Dans cette même année, Allah ordonna la prière de quatre rakat 85, tandis que, à l'origine, à la Mecque, elle ne fut que de deux rakat. Dans l'année même de l'arrivée du prophète à Médine, Allah ordonna pour la première et la deuxième prière, et pour la prière du coucher, quatre rak'at, et deux pour la prière du matin et celle du voyage, comme à l'origine.

(Ibn Sad, Tabaqat III/1, 83).

....alors Musab leur récitait le Coran86 et leur apprenait. Il écrivit à l'envoyé d'Allah87 pour lui demande la permission de faire avec eux le rite du vendredi. Le prophète lui accorda et leur écrivit:
-Le jour où les Juifs font leurs préparations publiques pour le sabbat et que le soleil se lève, approche toi d'Allah avec deux arcs88 et fais un sermon.
Alors Musab ibn Umayr fit la prière du vendredi avec eux dans le domaine de Sab ibn Khaythama.


(Muslim, Hadith 4/735).

Quand les musulmans sont arrivés à Médine, ils se rassemblèrent et cherchèrent à savoir le moment de la prière, et personne ne les appelait. Un jour, ils se mirent à discuter du sujet et l’un d’entre eux dit:
-Employons quelque chose comme la cloche des chrétiens.
Un autre dit:
-Employons une corne, comme les Juifs89.
Le messager d’Allah dit:
-Bilal, lève-toi et appelle les gens à la prière90.


(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois VII 1256).

Parmi ces événements de la première année de l’Hégire, il y a la pratique de la prière du vendredi pour ses compagnons, le jour où il quitta Qoba pour Médine91 . Ce fut un vendredi, et le temps de la prière - la prière du vendredi- l’accapara dans le territoire des Banu Salim dans le lit d’un wadi92 qui leur appartenait, et où il y a une mosquée de nos jours. Ce fut la première prière du vendredi que l’ envoyé d'Allah a dirigé dans l’ islam. Ce vendredi, il fit un sermon, le premier sermon prononcé à Médine.


L’appel à la prière à Médine
(Ibn Hisham, Conduite de l'Envoyé d'Allah 347-8).

Un fois que l’envoyé fut fermement établie à Médine, et que ces frères les émigrants furent rassemblés autour de lui et que les affaires concernant les auxiliaires furent réglées, l’islam se trouva solidement établi. La prière fut instituée, l’aumône et le jeûne furent prescrits, les punitions légales fixées, l’illicite et le licite prescrits, et l’islam installa son emprise sur eux. C’est ce clan des auxiliaires qui “a installé son emprise (dans la cité du prophète) et dans la foi”93.
L’envoyé vint d’abord, le peuple s’assembla autour de lui pour la prière aux moments fixés sans avoir été convoqués. Au début, l’envoyé pensa utiliser une trompe comme celle que les Juifs employaient pour l’appel à la prière. Après, il désapprouva cette idée et ordonna de fabriquer un claquoir, et ainsi, il fut de coutume de le frapper quand les musulmans devaient prier.
C’est alors que Abdullah ibn Zayd ( ...) entendit une voix dans un rêve, et il vint voir l’envoyé en disant:
-Un fantôme est venu me visiter cette nuit. Passa ensuite un homme vêtu de deux habits verts portant un claquoir à la main et je lui ai demandé de me le vendre. Quand il m’a demandé pourquoi je le voulais, je lui ai dit que c’était pour la convocation à la prière; alors, il me proposa de me montrer un meilleur moyen: c’était de dire trois fois Allah akbar! J’atteste qu’il n’y a pas de dieu sinon Allah; je témoigne que Muhammad est l’envoyé d’Allah. Venez à la prière, venez à la prière. Venez au service divin. Venez au service divin. Allah akbar, Allah akbar94 ; il n’y a pas de Allah sinon Allah.”
Quand l’envoyé d’Allah entendit cela, il dit que c’était une vision véridique si Allah l’avait voulu, et qu’il devrait aller voir Bilal et lui transmettre cela pour qu’il puisse faire ainsi la prière, car celui-ci avait une voix puissante.
Quand Bilal remplit cette fonction de muezzin95, Omar l’entendit et alla voir l’envoyé en traînant son manteau sur le sol et disant qu’il avait eu la même vision.
L’envoyé dit:
-Allah soit loué pour cela.


(Mahomet, Coran 62/ 9-10).96

Ô vous qui croyez! quand on vous appellle à la prière, le vendredi, accourez à l’invocation d’Allah et laissez vos affaires!
Cela sera un bien pour vous, si vous vous trouvez savoir.
Quand la prière est terminée, répandez vous en tous lieux!
Recherchez un peu de la faveur d’Allah!
Invoquez beaucoup Allah!
Peut-être serez vous bienheureux!
Quand ils voient un négoce ou un plaisir, ils s’y précipitent et te laissent debout, prophète. Dis-leur:
-Ce qui est auprès d’Allah est meilleur que le plaisir et que le négoce.
Allah est le meilleur des attributeurs.

(Mahomet, Coran 73/20).
En vérité, ton seigneur sait que toi et une fraction de ceux qui sont avec toi, vous vous tenez en prière moins des deux tiers, de la moitié ou du tiers de la nuit.
Allah détermine la mesure de la nuit et du jour.
Il sait que vous ne compterez pas cela et il vous a pardonné.
Récitez donc à haute voix ce qui vous sera possible de la prédication.
Il sait qu'il y aura parmi vous des malades, d'autres qui iront par le monde recherchant quelque profit accordé par Allah, d'autres qui combattront dans le chemin d'Allah97 .
Récitez donc à haute voix, ce qui vous sera possible de la prédication.
Accomplissez la prière!
Acquittez-vous de l’aumône!

L’encouragement au zèle à la prière.
(Bukhari, Hadith 52/30, 3).

L’envoyé d'Allah a dit:
-Si les fidèles savaient ce qu’il y a de mérite à l’appel à la prière et dans le premier rang, et qu’ils n’eussent d’autre moyen d’y atteindre qu’en tirant au sort, ils tireraient au sort. S’ils savaient ce qu’il y a dans la prière de nuit, ils se hâteraient d’y accourir. S’ils savaient ce qu’il y a dans la prière du soir et dans celle du matin, ils y viendraient même en rampant sur les genoux.

(Bukhari, Hadith 81/20, 2).
Le prophète priait tant qu’il en avait les pieds gonflés -ou selon une variante, enflés-.
Et quand on lui en faisait l’observation, il répondait:
-Comment ne serais-je pas un adorateur reconnaissant?98

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 219).

Pendant ces trois jours, le prophète accomplit la prière du danger, et le verset suivant fut révélé :
Lorsque tu fus au milieu de tes soldats et que tu leur fis accomplir la prière, une partie d'entre eux faisaient la prière avec toi sous les armes, etc. 99
Le prophète divisa l'armée en deux corps, dont l'un se rangea en ordre de bataille en face de l'ennemi, et l'autre, placé derrière lui, accomplit avec lui la prière et une seule prosternation. Ensuite il se leva, et le corps qui était en face de l'ennemi vint se mettre derrière le prophète et accomplit avec lui la seconde prosternation. Après avoir prononcé la formule du tekbir100, et après avoir prié, ce deuxième corps s'assit avec lui pour réciter la profession de foi, et puis se leva en prononçant le salut. De cette manière, chaque corps avait accompli une prosternation avec le prophète, et la deuxième en particulier. Les théologiens ne sont pas d'accord sur l'obligation de la prière en commun. Quelques-uns d'entre eux prétendent que la prière en commun est obligatoire, quand on peut se rendre à la mosquée et prier avec l'assemblée. Ils appuient leur opinion de ce verset du Coran et disent que, si elle n'était pas obligatoire, Allah ne l'aurait pas ordonnée en présence de l'ennemi et au milieu du danger. D'autres prétendent qu'elle n'est pas obligatoire, que ce n'est qu'une coutume; qu'il vaut cependant mieux accomplir la prière en commun et qu'elle est plus méritoire; mais que la prière privée est permise, quoique moins méritoire. Quelques docteurs disent que la prière du danger ne doit pas être accomplie par tous; d'autres disent qu'elle ne pouvait l'être que par le prophète, à cause de la bénédiction attachée à sa prière, et qu'un imam ne peut pas l'accomplir de cette manière.

Mortification par la prière.
La “marque du prophète”101.
(Mahomet, Coran 48/29).

Mahomet est l’envoyé d’Allah.
Ceux qui sont avec lui sont violents à l’égard des infidèles et compatissants entre eux.
Tu les voix dans la prière, inclinés, prosternés, recherchant une faveur d’Allah et sa satisfaction.
Leur marque est sur leur visage, à la suite de leur prosternation.

(Hadith, Bukhari 93/52).
Abu Horayra rapporte que l’envoyé d'Allah a dit: j’en jure par celui qui tient mon âme en sa main, je songe à ordonner de rassembler du bois mis en morceaux, puis à ordonner de faire l’appel à la prière, ensuite je laisserai ces gens et je mettrai le feu à leurs habitations. J’en jure par celui qui tient mon âme en sa main, si l’un de vous savait qu’il dit y avoir un os gras ou deux bons pieds de mouton, il assisterait sûrement à la prière du soir.

Discipline de la prière.
(Mahomet, Coran 107/4-7).

Malheur aux orants102 qui,
dans leur prière, sont distraits
qui sont pleins d’ostentation
et refusent l’aide103.

Coupable distraction
(Bukhari, Hadith 72/ 842)104

Aïsha avait un rideau épais (avec des images) et elle a caché une partie de la maison avec.
Le prophète lui a dit :
- Écarte-le de ma vue, parce que ses images viennent à mon esprit pendant mes prières. 

(Mahomet, Coran 4-142).
Les hypocrites leurreraient Allah alors que c’est lui qui en fait, les leurre.
Quand ils se lèvent pour la prière, ils se lèvent, paresseux; ils sont emplis d’ostentation envers les gens; ils n’invoquent cependant guère Allah, hésitent dans leur attitude en penchent ni vers ceux-ci ni vers ceux-là.


(Bukhari, Hadith 78/75).
Abdallah ibn Omar a dit: Pendant que le prophète faisait la prière, il aperçut, dans la qibla de la mosquée, de la morve qu'il gratta avec sa main.
Puis se mettant en colère, il dit:
-Certes, quand l'un de vous est en prière, Allah a sa face tournée vers vous. Ne vous mouchez donc pas en face de Allah, durant la prière.

(Bukhari, Hadith 9/6).
Abu Horayra dit qu'il a entendu l'envoyé de Allah dire: si une rivière passait devant la porte de l'un de vous, et s'il s'y lavait chaque jour cinq fois, pensez-vous qu'après cela, il serait encore souillé de quelque ordure ?
-Non, lui répondit-on, il n'en resterait rien.
- Il en est de même, reprit-il, des cinq prières journalières obligatoires. C'est par elles que Allah efface les péchés.

(Bukhari Hadith, 9/15).
Qui néglige l'heure de la prière de l'après-midi perd le fruit de ses œuvres.

(Bukhari, Hadith 10/30).
La prière accomplie en assemblée est supérieure de vingt-cinq degrés à celle faite isolément105.

Précaution.
(Bukhari, Hadith 12/ 718)106

Aïsha a demandé à l'envoyé d'Allah pourquoi il regardait ici et là pendant la prière. Il répondit :
- C'est une façon de surveiller que Satan n'emporte pas la prière de quelqu'un. 

(Bukhari, Hadith 59/11)
Aïsha a dit: J'interrogeai le prophète au sujet de celui qui se retourne durant sa prière. Il répondit :
- C'est un larcin que Satan arrache à la prière de l'intéressé.

(Bukhari, Hadith 10/1).
Ibn Omar disait Au début de leur arrivée à Médine, les musulmans se réunissaient et s'indiquaient entre eux le moment de la prière sans qu'on les y appelât. Un jour, comme on s'entretenait à ce sujet, un des fidèles dit:
- Servez-vous d'une crécelle pareille à la crécelle des chrétiens.107
- Non, dit un autre, employez une trompette pareille à la corne dont les Juifs font usage.
-Pourquoi, demanda Omar, ne chargeriez-vous pas un homme d'entre vous de faire l'appel à la prière ?
Là-dessus, l'envoyé de Allah dit à Bilal (son esclave nègre) :
-Ô Bilal, lève-toi et appelle à la prière.

(Bukhari, Hadith 10/9).
Si les fidèles savaient tout ce qu'il y a (de mérites) à faire l'appel à la prière et à occuper le premier rang (à la prière) et qu'ils ne trouvassent pas d'autres moyens pour y arriver que le tirage au sort, certes ils tireraient au sort. S'ils savaient le mérite qu'ils y a à prier de bonne heure, ils se hâteraient d'y accourir. Et enfin, s'ils savaient tout ce qu'il y a (de mérites) dans la prière du soir et celle du matin, ils y accourraient, fussent-ils obligés de se traîner à quatre pattes.

(Bukhari, Hadith 10/7).
Quand vous entendez l'appel à la prière, répétez ce que dira le muezzin.

(Bukhari, Hadith 22/6).
Lorsqu'on vous appelle à la prière, Satan, tournant le dos, lâche un pet, afin de ne pas entendre cet appel.

(Bukhari/ Hadith 10/29).
Par celui qui tient ma vie entre ses mains, j'ai songé parfois à donner l'ordre d'apporter du bois à brûler, puis, quand il serait là, d'enjoindre de faire procéder à l'appel à la prière et de désigner quelqu'un pour la diriger, afin de pouvoir retourner sur mes pas et de mettre le feu aux habitations des gens qui ne sont pas allés à la prière. Par celui qui tient ma vie entre ses mains, si l'un de ces gens-là savait y trouver quelques os gras ou deux beaux pieds de mouton, il n'aurait pas garde de manquer à la prière du soir.

(Bukhari, Hadith 10/74).
Egalisez bien vos rangées dans la prière en assemblée, car être bien en rang fait partie du bon accomplissement de la prière.

(Bukhari, Hadith 10/62).
Celui qui préside à la prière en assemblée108 doit être bref, car il a derrière lui des gens faibles, malades ou âgés109 .

(Bukhari, Hadith 10/65).
Certes, quand j'entame la prière en assemblée, mon désir est de faire la prière lentement, mais si j'entends un enfant pleurer, j'accélère ma prière, parce que je sais la peine extrême que sa mère éprouve en entendant ses pleurs.

(Bukhari, Hadith 10/53).
Ne craint-il pas celui de vous qui relève la tête avant l'imam, qu’Allah change sa tête en une tête d'âne, ou son corps en un corps d'âne ?

Panne de réveil.
(Bukhari,Hadith 21/245)110

On a parlé de quelqu'un au prophète et on lui a dit qu'il avait dormi jusqu'au matin et qu'il ne s'était pas réveillé pour la prière. Le prophète a dit :
- Satan111 a uriné dans ses oreilles.

Distraction.
(Muwatta, Hadith 3/ 72)112

Abu Jahm ibn Hudhayfa a donné un beau vêtement rayé de Syrie au messager d'Allah, qui l'a mis pour prier. Quand il eut fini, il dit :
- Rendez-le à Abu Jahm. J'ai regardé les rayures pendant la prière et cela m'a presque perturbé113.

(Bukhari, Hadith 10/117).

Ikrima a dit: Je priais derrière un vieillard à La Mecque. Il prononça la formule Allah akbar vingt-deux fois.
Je dis à Ibn Abbas:
-Il est fou!
Il me répondit:
-Malheur à toi! c'était une pratique d'Abu1 Qasim114.
Abu Huraya disait:
-L’envoyé d’Allah, lorsqu'il se levait pour la prière, récitait Allah akbar lorsqu'il se levait, puis lorsqu'il s'inclinait, puis il disait:
-Allah écoute celui qui le loue.
...au moment où il se redressait, puis, une fois dressé, il disait:
-Notre seigneur, à toi la louange.
...puis il disait:
-Allah akbar.
...au moment où il se mettait en posture de prosternement, puis à nouveau au moment où il relevait la tête, puis au moment où il se prosternait, puis au moment où il relevait la tête. Puis il faisait cela tout au long de la prière jusqu'à la fin; puis il disait:
-Allah akbar
...au moment où il se relevait des prosternements après la station assise.


Les prières dans la tradition juive.
(Psaume 55/17-18).

Et moi je crie vers Elohim
et Yahvé me sauvera.soir, le matin, le midi,
je me plains et je gémis,
il entendra ma voix.

Limitation des prières dans l’église nestorienne.
Georges d’Arbèles115 .

Les Pères ont fixé trois prières dont nous devons nous acquitter dans l’église, c’est-à-dire: le soir, la nuit, le matin; c’est ce qu’ils ont transmis... A tous les laïcs, sont prescrites la prière du matin et la prière du soir. Mais la prière nocturne, qui marque l’attente du seigneur, est la charge particulière des clercs et de ceux qui aiment les oeuvres.


Un très jeune imam.
(Ibn Sa’d, Tabaqat § 120)116 .

Quand les habitants de nos villages se convertirent, ils ne trouvèrent personne qui connaissait le Coran, sinon moi, parce que je l’avais appris par des voyageurs de passage.
Alors ils me désignèrent, et me mirent en avant, pour faire la prière. J’avais six ans117.
Mais le manteau118 que j’avais se soulevait chaque fois que je me mettais à genoux.
Une femme du village dit alors:
-Que l’on recouvre le cul du récitateur du Coran!
Ils me mirent alors une chemise119 de Bahreyn sur le dos.
Je n’ai jamais autant chéri quelque chose que ce vêtement.


3-L’affaire de la qibla.

C’est la traduction rituelle de la rupture avec les Juifs120 et de la victoire de Badr, qui donne confiance aux musulmans: la prière dans la direction121 de Jérusalem, de concert avec les Juifs, ne pouvait s’effectuer que pour favoriser un rapprochement avec ceux-ci.
La rupture étant consommée, les musulmans doivent se singulariser et procéder à une modification radicale et mesquine: il faut donc se tourner dans la direction opposée, la Ka’ba de la Mecque122. Le plus embarassant est alors de présenter le monument comme le centre et l’origine du monothéisme. C’est à cette époque un temple païen parmi d’autres, qui continue d’être honoré comme tel par les populations arabes. Des légendes et traditions nouvelles surgissent alors dans la communauté.



(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 134-5).
Dans le même mois de shaban, au milieu du mois, Allah ordonna au prophète de ne plus se tourner pendant la prière vers Jérusalem, mais vers la Kaba. Les Arabes123 , en priant, se tournaient vers la Ka’ba, tandis que les Juifs et les chrétiens se tournaient vers Jérusalem124, où était le temple bati par Salomon, fils de David, endroit illustre, vers lequel se tournaient également Moyse et Jésus. Lorsque le prophète reçut sa mission prophétique à la Mecque, il se tournait, en priant, vers la Ka’ba. Comme les idolatres de la Mecque, en adorant les idoles, se tournaient aussi vers la Ka’ba, quand le prophète vint à Médine, où dominait le culte des chrétiens et des Juifs, qui se tournaient vers Jérusalem, Allah lui ordonna de se tourner également, en priant, vers Jérusalem, afin de ne pas les contrarier et pour qu'ils lui fussent favorables125 . Le prophète fit ainsi. Cependant il désirait que le point vers lequel il devrait se tourner en priant fut la Ka’ba, qui avait été aussi la qibla d'Abraham et d'Ismaël. Il priait journellement Allah d'exaucer ce désir; enfin, au milieu du mois de schaban de la seconde année de l'hégire, le mardi, Allah révéla le verset suivant:
Nous avons vu que tu tournais ton visage vers le ciel. Mais nous voulons que tu te tournes vers une qibla qui te plaira. Tourne-toi vers le saint temple. 126
La raison de cette révélation fut que les Juifs et les chrétiens disaient au prophète:
-Ô Muhammad, si ta religion est différente de la nôtre, comment se fait-il que tu te tournes en priant vers le même point que nous127 ?
Le prophète, ayant invoqué Allah, reçut le verset que nous venons de dire.


Un habile compromis de la tradition...
(Ibn Hisham, Conduite de l’envoyé d’Allah 190).

Quand il était à la Mecque, il faisait face à la Syrie pour sa prière et quand il priait, il priait entre le coin du sud et la pierre noire, mettant ainsi la Ka’ba entre lui-même et la Syrie.


(Bukhari Hadith 2 /30)

La priere est un acte de foi. De ces mots du Coran :
Ce n'est pas Allah qui vous fera perdre le fruit de votre foi...128,
c'est-à-dire les prières que vous avez faites auprès du Temple129.
Voici ce que rapporte El Bara: aux premiers temps de son arrivée à Médine, le prophète logea chez ses grands-parents ou, suivant d'autres, chez ceux des ansar qui lui étaient apparentés du côté maternel. Durant seize ou dix-sept mois, il fit la prière en se dirigeant vers le temple de Jérusalem, bien qu'il eut préféré se tourner du côté du temple. La première prière qu'il fit dans cette seconde direction fut une prière de l'après-midi. Un des fidèles du groupe qui venait de prier avec lui passa, en s’en allant, auprès d'un oratoire où d'autres fidèles étaient dans l'attitude, de la prière:
-Je jure par Allah, leur dit-il, que je viens de prier avec l’envoyé d'Allah et que nous étions tournés vers la Mecque. Aussitôt ces gens, tout en conservant la même attitude, se tournèrent vers la Kaba.
Juifs et chrétiens avaient vu avec plaisir que le prophète se tournàt, pour la prière, du côté du temple de Jérusalem; aussi, quand ils virent qu'il prenait maintenant comme direction la Kaba, ils le lui reprochèrent.
El Bara a dit encore: certains fidèles étaient morts avant que la qibla130 eût été changée. Ces musulmans, qui avaient été tués en combattant, nous ne savions que penser de leur sort quand Allah révéla ce verset:
Ce n'est pas Allah qui vous fera perdre le fruit de votre foi ...131

(Bukhari, Hadith 7/29).
De la qibla des gens de Médine, de celle des gens de Syrie132 et de l'Orient.
Ni l’Est, ni l'Ouest ne sont des qibla, car le prophète a dit :
-Ne vous tournez jamais du côté de la qibla pour aucun des deux besoins naturels, mais tournez-vous du côté de l'Est ou de Ouest.
D’après Abu Ayyub al Ansari, le prophète a dit:
-Quand vous allez satisfaire un besoin naturel ne faites pas face à la qibla et ne lui tournez pas non plus le dos, mais regardez à l'Est ou l'Ouest. Lorsque, ajoute Ayyub, nous allâmes en Syrie, nous y trouvames des latrines construites faisant face à la qibla. Nous nous y mettions de travers et demandions pardon à Allah (pour ceux qui les avaient construites).

(Bukhari, Hadith 7/31).
On doit se tourner du côté de la qibla en quelque endroit qu'on soit.
D'après Abu Horayra, le prophète a dit :
-Fais face la qibla et fais le tekbir133 .
al Bara a dit: L’ envoyé d'Allah fit la prière en se tournant du côté de Jérusalem pendant seize ou dix-sept mois. Il désirait vivement qu'on lui fit tourner le visage du côté de la Ka’ba, aussi Allah révéla-t-il ce verset :
Nous voyous ton visage scruter le ciel; eh! bien, tourne-toi du côté de la Ka’ba134.
Les imbéciles parmi les hommes, c'est-à-dire les Juifs, dirent:
-Pourquoi leur a-t-il fait abandonner la qibla qu'ils avaient?
Réponds:
A Allah appartient l'Orient ainsi que l'Occident; il conduit qui il lui plaît vers une voie droite135.
Un homme avait prié avec le prophète. Après avoir terminé sa prière, il sortit et passa près d'un groupe d'ansar qui faisaient la prière de l'après-midi en tournant leur visage du côté de Jérusalem. Il leur affirma qu'il avait fait la prière avec l’envoyé d'Allah et que celui-ci s'était tourné du côté de la Ka’ba. Aussitot les ansar changèrent de direction et se tournèrent du côté de la Ka’ba.

(Mahomet, Coran 2/136-147).

Les insensés parmi les hommes diront:
-Qu’est ce qui a détourné ces gens de la qibla vers laquelle ils s’orientaient?
Réponds-leur:
-A Allah l’orient et l’occident. Il dirige qui il veut vers une voie droite136 .
Ainsi nous avons fait de vous, croyants! une communauté éloignée des extrèmes, pour que vous soyez témoins à l’encontre des hommes et que l’envoyé soit témoin à votre encontre.
Nous n'avons établi la qibla vers Jérusalem, vers laquelle tu t'orientais, prophète! que pour connaître ceux qui suivent l'envoyé, de ceux qui s'en retournent sur leurs pas.
En vérité, c'est là certes grand péché, excepté pour ceux qu'Allah dirige.
Allah ne pouvait faire se perdre votre foi.
En vérité, Allah est certes, pour les hommes, bienveillant et miséricordieux.
Souvent nous te voyons tourner en tous sens ta face, vers le ciel.
Nous te tournerons donc vers une qibla que tu agréeras.
Tourne donc ta face dans la direction de la mosquée sacrée137!
Où que vous soyez, croyants! tournez votre face dans sa direction.
Ceux qui ont reçu l'écriture savent certes que c'est là la vérité venue de leur seigneur.
Allah n'est point insoucieux de ce qu'ils font.
Certes, si tu viens, avec quelque signes, à ceux à qui l'écriture a été donnée, ils n'adopteront point ta qibla et tu n'adopteras point leur qibla. Certains d'entre eux n'adoptent d'ailleurs point la qibla des autres. Certes, si tu suis leurs doctrines pernicieuses, après ce qui est venu à toi de science138, tu seras alors parmi les injustes.
Ceux à qui nous avons donné l'écriture la connaissent comme ils connaissent leurs fils. Pourtant une fraction d'entre eux cèlent certes la vérité alors qu'ils savent.
La vérité venue de ton seigneur.
Ne sois donc point parmi les sceptiques!
A chacun, une orientation vers laquelle il se tourne.
Rivalisez dans les bonnes œuvres!
Où que vous soyez, Allah marchera avec vous ensemble.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
D'où que tu sortes, tourne ta face vers la mosquée sacrée139!
En vérité, c'est là la vérité venue de ton seigneur.
Allah n'est pas insoucieux de ce que vous faites.
D'où que tu sortes, tourne ta face dans la direction de la mosquée sacrée!
Où que vous soyez, tournez votre face dans sa direction afin que les gens n'aient point d'argument contre vous-, excepté les injustes, parmi eux, mais ne redoutez pas ceux-ci!
Redoutez-moi afin que je parachève mon bienfait envers vous!
Peut-être serez-vous dans la bonne direction.
Ainsi, nous avons envoyé parmi vous un envoyé issu de vous qui vous communique nos signes, vous purifie, vous enseigne l'écriture et la sagesse, vous enseigne ce que vous vous trouviez point savoir.
Invoquez-moi! et je me souviendrai de vous.
Remerciez-moi et ne soyez point ingrats envers moi!

(Mahomet, Coran 3/89-92).

Dis aux fils d’Israël: Allah est véridique.
Suivez donc la religion d’Abraham, un hanif, qui ne fut point parmi les associateurs.
En vérité, le premier temple qui ait été fondé, pour les hommes, est certes situé à Bakka140, temple béni et direction pour le monde.
Il s’y trouve des signes évidents: le maqam141 d’Abraham où quiconque entre est en sécurité. Allah a imposé aux hommes le pèlerinage à ce temple.
A quiconque a moyen de s’y rendre.
Quiconque est incrédule.... car Allah est suffisant à soi-même à l’égard du monde.

(Tabari, Tafsir 2/142-145).
La première injonction qui a été abrogée dans la Coran est celle concernant la direction de la prière. Ceci eut lieu parce que le prophète préférait avant le rocher de la maison sacrée de Jérusalem, qui était la direction de prière des Juifs. Le prophète fit face à elle durant 17 mois après son arrivée à Médine dans l’espoir qu’ils croient en lui et le suivent. Ensuite, Allah a dit:
-A Allah appartiennent l’est et l’ouest...
(...)
Le prophète d’Allah reçut le choix de se tourner dans la direction qu’il voulait. Il choisit la maison sacrée de Jérusalem pour se concilier le peuple du livre.
Ce fut la direction pendant 16 mois après son arrivée; pendant tout ce temps, il tourna son visage vers les cieux, jusqu’à ce qu’Allah ne le fasse se retourner vers la maison.

(...)

Quand l’envoyé d'Allah a émigré à Médine, la plupart des habitants étaient Juifs142 , Allah lui a commendé de se tourner vers Jérusalem; et les Juifs en furent heureux.
Le prophète fit face à cela pendant 10 mois, mais il aimait la direction d’Abraham, c’est-à-dire la Ka’ba. Alors il pria Allah et regarda les cieux jusqu’à ce que Allah fasse descendre le verset "Nous t’avons vu tourner ton visage vers nous143.
Les Juifs devinent suspicieux et ont dit:
-Pourquoi se tournent-ils maintenant dans une autre direction dans laquelle ils priaient avant?
Alors Allah dit:
-Dis, à Allah appartiennent l’est et l’ouest.
(...)
D'après certains, il s'agit là d'un choix délibéré du prophète et ils fondent cet avis sur les propos suivants :
Akrama et Hasan al Basri ont dit: La première chose énoncée dans le Coran et qui fut transférée d'une modalité à une autre fut l'orientation rituelle. En effet, le prophète... s'était orienté pendant dix-sept mois vers le rocher de Jérusalem, orientation qui était aussi celle des Juifs, dans l'espoir qu'ils croiront en lui et le suivront. Pendant ce temps il appelait les "illettrés" arabes à entrer en islam et Allah - puissant et majestueux fit descendre ce verset :
A Allah appartient l'Orient et l'Occident; où que vous vous tourniez, là est la Face d'Allah 144 .
D'après d'autres, la nouvelle orientation avait été imposée par ordre divin et ils se fondent sur les propos suivants :
... Ibn Abbas a dit: Lorsque l'envoyé d'Allah émigra à Médine dont beaucoup d'habitants étaient juifs, Allah lui ordonna de s'orienter vers Jérusalem et les Juifs s'en réjouirent. L'envoyé agit ainsi pendant plus d'une dizaine de mois; or il aimait avant tout l'orientation d'Abraham, que la paix soit sur lui, et il invoquait et regardait vers le ciel en souhaitant une réponse. C'est alors qu'Allah fit descendre ce verset :
Vraiment nous avons vu au Ciel ton cœur se tourner et se retourner; tourne donc ta face du côté de la Mosquée sacrée... 145 ».
... Ibn Jurayj a dit: Au début de l'institution de la prière, le prophète pria tout d'abord vers la Kaba, puis il se tourna vers Jérusalem : les ansar avaient prié trois ans durant vers Jérusalem avant l'arrivée du prophète à Médine et lui-même pria encore seize mois selon cette orientation après son arrivée. Ensuite Allah le fit se tourner définitivement vers la Kaba .

(Tabari, Tafsir 7/16-34).
D'après certains commentateurs, le sens de ce passage est le suivant: où que vous soyez lors de la prière 146, orientez vos faces vers la Kaba !
... Mujahid a dit à propos de ce passage :
- Lorsque vous accomplissez la prière, dans les églises147 ou ailleurs, prenez l'orientation rituelle vers la Kaba.
... Dans un autre propos, Mujahid précise :
-Où que vous soyez.
... Ibn Zayd explique ainsi ce passage :
-Dressez vos faces dans la direction de l'orientation rituelle, cette orientation qu'Allah vous a ordonné d'adopter !
D'après d'autres, le sens de ce passage est le suivant: faites en sorte que votre prosternation 148 ne soit vouée qu'à Allah, exclusivement 149 , et non à quoi que ce soit d'autre que lui!
... Rabia dit à propos de ce passage et de ce qui suit :
-Lors de toute prosternation 150 maintenez vos faces purement tournées vers lui et n'invoquez que lui, en lui vouant exclusivement le culte !
Tabari conclut: c'est ce dernier commentaire qui est correct, car, dans ce verset, les gens auxquels Allah s'adressait reçurent l'ordre de faire face à leur Seigneur lors de leur prière et de ne pas s'orienter vers les idoles, de faire en sorte que leur prière 151 soit adressée exclusivement à lui et qu'elles ne soient ni des lamentations152 ni des battements de mains153 . Allah s'adresse en effet ici à des gens faisant partie de ces associateurs arabes qui n'ont ni église ni synagogue 154, car il n'y a que les gens des deux Livres qui ont de tels lieux de culte. Il serait donc illogique de dire à des gens qui ne prient pas en de tels lieux qu'ils y tournent leur face vers la Kaba.


L’effet sur les fidèles.
(Bukhari, Hadith 65/ 16-18).

Ibn Omar a dit: Pendant que, à Qoba155, les fidèles faisaient la prière du matin, un homme vint et dit :
-La nuit dernière, Allah a révélé un passage du Coran à l'envoyé d'Allah, et il lui a ordonné de se tourner pour prier vers la Ka’ba. Dirigez donc vos visages de ce côté.
Les fidèles qui, à ce moment, avaient le visage tourné vers la Syrie, tournèrent leurs visages du côté de la Kaba.

Ibn Omar a dit: Pendant que les fidèles, à Qoba, faisaient la prière du matin, quelqu'un vint qui leur dit:
-La nuit dernière, le prophète a reçu la révélation d'un passage du Coran qui lui a ordonné de tourner son visage (pour prier) vers la Kaba. Tournez-vous donc de ce côté. Les fidèles, qui avaient le visage tourné vers la Syrie, se détournèrent pour faire face à la Kaba.

El Bara a dit: Nous fîmes la prière avec le prophète en nous tournant du côté de Jérusalem pendant seize ou dix-sept mois. Ensuite Allah fit tourner le prophète du côté de la qibla.


L'énigme de la qibla à l’intérieur de la Ka’ba.156
(Bukhari, Hadith 64/77,6).

Ibn Omar a dit: L'année de la prise de La Mecque, le prophète s'avança monté sur sa chamelle El Qaswa; il avait en croupe Osama et était accompagné de Bilal et de Othman ibn Talha. Il fit agenouiller sa monture auprès du Temple et dit à Othman:
-Apporte-moi la clé.
Il apporta la clé; il ouvrit la porte et le prophète entra, suivi de Usama, Bilal et Othman, puis la porte fut refermée sur eux. Il séjourna toute une longue journée et sortit ensuite. Alors les fidèles se précipitèrent pour entrer à leur tour et je les devançai. Comme je trouvai Bilal debout derrière la porte, je lui dis :
-Où l'envoyé d'Allah a-t-il fait sa prière?
- Entre ces deux colonnes qui sont en avant, me répondit-il157.
Le Temple renfermait six colonnes placées sur deux rangs, et c'est entre les deux colonnes de la première rangée que le prophète avait prié. Il avait la porte du Temple derrière lui, le visage tourné du côté du mur qui fait face à celui qui entre dans le Temple158, et était à peu de distance de ce mur. J'oubliai de demander combien il avait fait de prières. A l'endroit où il avait prié, il y avait une plaque d'onyx rouge.

(Bukhari, Hadith 57/ 4, 4).
Abdallah ibn Omar a dit:
-Etant monté au dessus de la chambre d’Hafsa, j’aperçus l’envoyé d'Allah qui satisfaisait un besoin, tournant le dos à la qibla, et faisant face au côté de la Syrie.

(Bukhari, Hadith 78/75, 3).
Abdallah ibn Omar a dit: pendant que le prophète faisait la prière, il aperçut sur le mur de la qibla un peu de morve; il l’enleva avec sa main; puis furieux, il dit:
-Chaque fois que l’un de vous fait la prière, Allah a la face tournée vers vous; ne vous mouchez donc pas en face d’Allah, pendant la prière.

(Bukhari, Hadith 81/18/8).
Un jour, l’envoyé d'Allah nous fit faire la prière , puis il monta en chaire et faisant un geste en direction du côté de la qibla de la mosquée, il dit:
-Pendant que je dirigeais votre prière je viens de voir à l’instant même le paradis et l’enfer représentés sur ce mur devant moi159. Jamais, jusqu’à ce jour, je n’avais vu le bien et le mal; jamais jusqu’à ce jour, je n’avais vu le bien et le mal.

La magie de la prière160 .
(Mahomet, Coran 7/203).

Quand la prédication est récitée, écoutez-la et taisez vous!
Peut-être vous sera t-il fait miséricorde.

4-Les festivités.

La communauté nouvelle a besoin d’une fête161, à l’image des Juifs, qui en possèdent plusieurs, grandes et vénérables162. L’épisode célèbre du sacrifice d’Isaac par Abraham en fournit un prétexte idéal. La fête du sacrifice faisait au départ partie des rites du pèlerinage du hajj (d’où le nom du mois dhul Hijjah). Muhammad l’extirpe de ce contexte trop mecquois à son goût.

La fête du sacrifice

(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois VII 1362).

Alors l’envoyé d'Allah retourna à Médine, et la fête d’al Adha163 fut établie. On dit que l’envoyé d'Allah fit le sacrifice avec ses compagnons qui avaient les moyens de l’accomplir, le dix du mois de Dhu al Hijja. Il emmena les gens à al Musalla pour une fête. Durant la fête, il sacrifia deux moutons à cet endroit de ses propres mains, et selon d’autres, un seul mouton.
(...)
Quand nous sommes rentrés du combat contre les Banu Qaynuqa, nous avons sacrifié le matin du dix de Dhu al Hijjah. C’était le premier Adha que les musulmans ont vu. Nous avons sacrifié sur le territoire des Banu Salimah, et dix sept victimes furent comptées à ce moment.


(Bukhari Hadith 83/32, 2).

Zyad ibn Zubayr a dit:
-J’étais avec Ibn Omar quand un homme lui a posé a la question suivante:
-J’ai fait voeu de jeûner tous les mardis ou tous les mercredis tant que je vivrai. Or ce jour tombe le jour de la fête des sacrifices.
-Allah, répondit Ibn Omar, a ordonné d’accomplir les voeux que l’on fait et il nous a interdit de jeûner le jour de la fête des sacrifices.
L’homme renouvela alors sa question, et Ibn Omar lui fit la même réponse sans y rien ajouter.

La justification mythologique.
(Mahomet, Coran 37/103-9).
Or quand ils eurent prononcé le salam164 et qu’il eut placé l’enfant front contre terre, nous lui criames:
-Abraham! Tu as cru en ton rêve! En vérité, c’est là l’épreuve évidente!
Nous le libérâmes contre un sacrifice solennel et nous le perpétuames parmi les modernes. Salut sur Abraham.

La fête de rupture du jeûne.165
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VII 1281).

(Cette année, il ordonna aux gens de payer la zakat al fitr166 . On dit que c’est un ou deux jours avant le fitr que le prophète s’est adressé aux gens pour le commander de faire cela. Cette année, il est parti à al Musalla et a fait la prière de id. C’est la première fois que les gens sont sortis faire la prière de id à al Musalla.



5- Les sacrifices.

Comme dans tout système religieux, notamment les plus archaïques, le sacrifice reste l’acte fondamental et fondateur. Il constitue le lien entre les hommes et le surnaturel, et regroupe les individus dans la consommation des viandes. Ici, le rite est laissé dans toute sa nature primitive167 . Il n’y a aucune différence entre le rituel précédent et celui qu’organise le mouvement provoqué par Muhammad 168.
La codification du meurtre dans le cadre du jihad doit aussi être froidement considéré comme un sacrifice humain169.
Le judaïsme, qui est la référence dans ce domaine, propose plusieurs types de sacrifices170 , et tend peu à peu à le rejetter comme un point secondaire de la doctrine171. Le christianisme, pour sa part, préfère l’exclure complètmeent, pour le remplacer par des substituts symboliques172 .


Les offrandes.
(Ibn Kalbi, Livre des Idoles 29 d).

Les Arabes avaient l’habitude de sacrifier gros et menu bétail en l’honneur de ces pierres et de leur présenter des offrandes


La distribution des viandes.
(Ibn Kalbi, Livre des Idoles 17 a).

Ils avaient, en effet, l’habitude de distribuer la chair des victimes à ceux qui assistaient aux sacrifices ou se trouvaient là à l’occasion.


(Ibn Kalbi, Livre des Idoles 50c-d).
Al Kalbi poursuivit son rapport-sur la répartition des idoles: (...) L'idole fut érigée à Ruhat, une localité de la vallée de Nakla, où elle était adorée par les Hudayl et leurs alliés parmi les Mudar.
Un poète arabe a dit:
Tu les vois attroupés autour de leur chef,
comme les Hudayl s'attroupent autour de Suwa;
Des sacrifices, fleur de chaque troupeau,
sont immolés sans cesse en son honneur.


(Mahomet, Coran 3/179).
Allah a entendu ceux qui ont dit: Allah a conclu un pacte avec nous, ordonnant de ne point croire en un envoyé avant qu’il ne nous impose une oblation173 que consume le feu174 .

Conseils pratiques pour le sacrifice
(Dawud, hadith 22/4845)175 .
... l’apôtre d’Allah commanda qu’on lui apporte un bélier176 avec des pattes noires, un ventre noire et des cercles noirs autour des yeux pour qu’il puisse le sacrifier. Il dit à Aïsha:
-Donne-moi un grand couteau, puis il ajoute: aiguise-le sur une pierre.
Elle le fit. Puis il prit le couteau et le bélier; il le place sur le sol et le sacrifia en disant:
-Ô Allah, accepte ce sacrifice de la part de Muhammad et de la famille de Muhammad et de l’ ummah177 de Muhammad.


Les victimes.
(Mahomet, Coran 5/2).

Ô vous qui croyez! ne déclarez pas non sacrés ni les choses sacrées d’Allah, ni le mois sacré, ni les offrandes, ni les victimes sacrées se rendant au temple sacré recherchant faveur et satisfaction de leur seigneur.


(Mahomet, Coran 22/37-38).
Pour vous, nous avons placé les animaux sacrifiés, parmi les choses sacrées d’Allah.
Un bien s’y trouve pour vous.
Invoquez sur eux, vivants, le nom d’Allah.
Quand ils sont sans vie, mangez-en et nourrissez l’impécunieux et le démuni.
Ainsi, vous ont été livrées ces victimes, espérant que peut-être vous serezreconnaissants.
Ni leurs chairs ni leur sang n’atteindront Allah, mais seule la piété de vous l’atteindra.
Ainsi, ces victimes vous ont été livéres pour que vous178 proclamiez la grande d’Allah, en reconnaissance de ce qu’il vous a accordé.
Annonce la bonne nouvelle aux bienfaisants.

(Bukhari, Hadith 72/21).
D’après Aïsha, certains fidèles dirent au prophète:
-Des gens (des bédouins) nous apportent de la viande et nous ne savons pas si on a invoqué ou non le nom d’Allah.
-Invoquez le nom d’Allah sur cette viande, répondit le prophète, et mangez-la.
Ces fidèles, ajoute Aïsha, avaient cessé depuis peu d’être idolâtres.


(Bukhari, Hadith 64/12,2).
...lorsque Abu Sayd ibn Malik al Khudri revint d’expédition179, sa femme lui présenta de la viande qui venait des sacrifices.
-Je ne mangerai pas de cette viande, s’écria t-il, avant de m’être renseigné.
Il se rendit alors chez son frère utérin, Qutada ibn an Numan, qui avait asisté à Badr, et il lui posa la question.
-Il est survenu, répondit-il, une décision infirmant la défense180 de manger de la viande provenant des sacrifices après trois jours de leur durée.

(Bukhari, Hadith, 73/1).
D'après El Bara, le prophète dit:
-Aujourd'hui nous allons tout d'abord faire la prière, puis au retour nous immolerons les victimes. Quiconque aura agi ainsi se sera conformé, à notre tradition. Celui qui aura immolé tout d'abord n'aura fait autre chose que procurer de la viande à sa famille, mais il n'aura en rien participé au rite religieux. Alors Abu Borda ibn Dinar, qui avait déjà immolé sa victime, se leva et dit :
-J'ai une jeûne chèvre d'un an181 .
-Immole-la, lui répondit le prophète, mais pareille chose ne sera plus valable désormais pour personne après toi.
Suivant un autre isnad, d'après al Bara également, le prophète a dit :
-Celui qui fera l'immolation après la prière aura accompli les rites et se sera conformé à la tradition des musulmans.

D'après Anas ibn Malik, le prophète a dit :
-Quiconque aura égorgé sa victime avant la prière n'aura fait qu'un acte personnel et celui-là seul qui aura immolé après la prière aura accompli les rites et se sera conformé à la tradition des musulmans.

(Bukhari, Hadith 73/7).
Le prophète immolait deux béliers et nous, nous en immolions deux également.

...L’envoyé d'Allah se retourna vers deux béliers blancs182 tachés de noir et à longues cornes et les immola de sa main.

Oqba ibn Amir rapporte que le prophète lui ayant donné un troupeau de chèvres afin de le répartir entre ses compagnons pour le sacrifice rituel, il resta après le partage une jeûne chèvre. Comme il faisait part de cela au prophète, celui-ci lui dit:
-Sers t-en pour ton sacrifice rituel.


(Bukhari, Hadith 73/ 13).

Anas rapporte que le prophète immola deux béliers blancs tachés de noir à longues cornes, en posant le pied sur la joue de chacun d’eux et leur coupant ensuite de sa main les deux carotides.



6-Le calendrier.

Dans ce domaine, il faut citer l’important commentaire de Tabari, qui observe avec finesse et une curiosité d’esprit rare l’établissement du calendrier chez les musulmans et dans les autres cultures.
Ainsi, se distingent les centres d’intérêt véritables de chacun des peuples de ce temps.


(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 115).

Dans l'année même de l’Hégire, le prophète ordonna de dater les lettres et les actes à partir de cette année-là, comme point de départ d'une ère. L'usage de compter les années à partir d'une ère est très ancien chez les Arabes et chez les Persans183, comme chez toutes les nations dans toutes les contrées. Quand il se passait un événement, comme par exemple l'avènement d'un roi ou une guerre entreprise par un roi, ou une famine, ou quelque autre fait important, dont la renommée s'était répandue dans le monde, on le prenait comme point de départ d'une ère, et l'on datait les lettres et les actes, tel jour, tel mois et telle et telle année depuis tel grand événement, qui servait d'ère. Puis, s'il se passait un autre fait important, on comptait à partir de ce dernier fait, en abandonnant le précédent.
Tel était l'usage des habitants de la terre. Cette manière de compter est très ancienne, parce qu'il est absolument nécessaire de connaître l'époque où chaque écrit a été fait. Or on ne connaît pas exactement l'espace de temps qui s'est écoulé depuis qu'Allah a créé le monde. On avait établi un comput184 depuis l'apparition d'Adam sur la terre jusqu'à sa mort, ensuite depuis le déluge de Noé; car ce sont des événements importants dans le monde. On aurait bien pu compter à partir de cette époque; mais on ne sait pas exactement depuis combien de temps ces événements ont eu lieu; il y a désaccord sur chacun d'eux. Par conséquent, il est nécessaire pour tous les hommes et tous les peuples de prendre comme point de départ d'une ère quelque grand événement qui s'est passé parmi eux. On dit que les descendants d'Abraham comptaient les années à partir de l'époque où il fut jeté dans le feu. Plus tard, parmi les Arabes, chaque événement important survenu parmi eux servait de point de départ d'une ère. Or, au temps de Qusayy ibn Kalab, il survint, parmi les Banu Nazar et les Banu Maadd ibn Adnan, un événement mémorable. Il y avait, à cette époque, chaque année, à un endroit nommé Okaz, une foire de sept jours, où se réunissaient tous les Arabes du Hedjaz, de Syrie, du désert, du Bahreyn, du Yemama, du Yémen et de toutes les autres contrées. Une certaine année, lors de cette réunion, il éclata une guerre parmi eux, dans laquelle un grand nombre d'hommes furent tués. C'était un événement important, dont le bruit s'était répandu dans le monde entier, jusque dans le pays de Rum185 , dans la Perse et dans la Mésopotamie. Les Arabes donnaient à cette année le nom de am, et comptaient à partir de cette année. Plus tard, ce fut l'année de l'Éléphant qui servit de point de départ d'une ère. Les Abyssins ayant amené d'Abyssinie un éléphant pour détruire le temple de la Kaba, Allah les avait fait périr186. C'était également un événement important, dont le bruit s'était répandu dans le monde entier. Puis, lorsque le prophète eut atteint l'age de quinze ans, et que les habitants de la Mecque entreprirent de démolir et de reconstruire le temple de la Kaba, cet événement, également important, servit de point de départ d'une ère parmi les habitants de la Mecque, tandis que les autres Arabes continuaient de compter à partir de l'année de l'Eléphant187.
Lorsque le prophète vint à Médine, il ordonna de compter le temps à partir du jour de la fuite, parce que cet événement était important, et que ce jour l'islam se manifesta. Ce jour est devenu mémorable, et cette ère est restée jusqu'à aujourd'hui; car, depuis lors, aucun événement plus important ne s'est passé, pour motiver un changement d'ère, et il n'arrivera jamais qu'elle soit changée.
Muhammad ibn Jarir, dans cet ouvrage, dit que, d'après une tradition, ce n'est pas le prophète lui-même qui établit cette ère; que, du temps du prophète, on ne comptait pas les années, et que cette ère fut établie après lui. Quelques-uns prétendent qu'elle fut fixée du temps d'Abu Bakr, par son lieutenant dans le Yémen, nommé Yaya ibn Omayya. D'autres disent qu'elle a été établie par Omar ibn Khattab, dans les circonstances suivantes: Abu Musa al Ashari lui écrivit un jour que les lettres du prince des croyants lui arrivant toujours sans être datées, il ne savait pas à quelle époque remontaient ses ordres, et, pour qu'il le sut, il faudrait dater les lettres. Omar, trouvant qu'Abu Musa avait raison, établit alors l'année de la Fuite. Muhammad ibn Jarir rapporte une autre version, d'après laquelle le fait se serait passé ainsi:
Un jour, Omar lisant un écrit où la date était marquée, on lui fit observer que c'était l'usage des Perses de dire: “tel jour de tel mois, entelle année depuis l'année où tel événement mémorable s'est passé”.
Omar, trouvant cette coutume très bonne, réunit tous les compagnons du prophète et leur dit :
-Nous allons compter nos années à partir de l'année de la naissance du prophète, car il n'y en a pas de plus sacrée pour les musulmans188.
Quelques-uns répliquèrent :
-Comptons à partir de l'année où il reçut sa mission prophétique, qui est plus sacrée; car c'est le moment de l'origine et de l'apparition de l'islam.
Omar dit :
-Comptons à partir du jour où le prophète effectua sa fuite à Médine; car en cette année se manifesta le pouvoir de l'islam, la vérité s'affermit et l'erreur fut confondue189 ; aucun fait plus important que celui-là n'est survenu dans le monde. Par conséquent, l'année de la Fuite fut établie comme ère.
Les traditionnistes et les chronologistes regardent avec raison la première version comme plus vraie. En effet, une ère est une chose généralement connue, qui ne peut être ignorée par personne, et Omar en connaissait l'usage. Il est constant, d'après des traditions avérées, que les Arabes comptaient anciennement à partir de l'année de l'Éléphant et à partir de la reconstruction de la Kaba. Il n'est donc pas possible que le prophète ait négligé cet usage, et qu’Omar ait du en être informé, pour l'établir. On rapporte une parole du prophète, que nous allons transcrire, quoiqu’elle ne se trouve pas dans cet ouvrage de Tabari, qui est inexact en ce qui concerne l'établissement de l'ère de l'Hégire.
Le prophète a dit :
-Certes, le temps est revenu en sa révolution au jour où furent créés les cieux et la terre. L'année se compose de douze mois, et chaque mois a trente jours. Quatre de ces mois sont sacrés: rejeb et trois autres consécutifs : dhul qalda, dhul hijja et muharram.
La raison de cette parole était que les Arabes rejetaient chaque année l'un des douze mois, en disant, au mois de rejeb, qu'ils s'abstiendraient pendant ce mois de faire la guerre, et qu'ils ne compteraient cette année que de onze mois. Quelquefois ils déclaraient qu'ils feraient la guerre pendant ce mois, et, la guerre terminée, ils tiendraient pour sacré à sa place le mois de shaban ou de ramadan. Ils appelaient ces mois nusa, au singulier nasi, c'est-à-dire retard, parce qu'ils transportaient la sainteté du mois de redjeb au mois de ramadhan ou à un autre mois. Or, une certaine année, ils avaient observé la sainteté du mois de rejeb, et n'avaient pas fait la déclaration relative à la guerre; et, l'année suivante, Allah révéla ce verset:
Le nasî'190 est un surcroît d'infidélité, » etc. 191
Ensuite Allah ordonna au prophète de porter de nouveau l'année à douze mois, comme il est dit dans le Coran:
Le nombre des mois est de douze devant Allah, etc. 192
Donc ces manières de compter le temps ont été révélées d'en haut. Depuis qu'il y a des hommes sur la terre, ils en ont eu besoin, et quant aux grandes époques, ils les comptaient à partir d'une année où il était survenu un événement important. Puisque le prophète réglait l'année et les mois, comment aurait-il pu négliger l'ère?
La version de Muhammad ibn Jarir est d'ailleurs contestée par les savants. La véritable ère a été établie par le prophète193 ; elle subsiste encore aujourd'hui, parce que depuis la fuite il ne s'est point passé d'événement plus important, pour que cette ère ait du être changée.


(Mahomet, Coran 9/36-7).

Auprès d'Allah, marqués dans l'Écriture d'Allah au jour où il créa les cieux et la terre, les mois sont au nombre de douze.
Parmi eux, quatre sont sacrés.
Voilà la religion immuable.
Ne vous lésez point mutuellement, durant ces quatre mois!
Combattez toutefois les associateurs194 totalement, comme ils vous combattent totalement, et sachez qu'Allah est avec les pieux !
Allah fit alors descendre sa présence divine sur son envoyé et les croyants.
Il fit aussi descendre des légions que vous ne voyiez point.
Il infligea le tourment à ceux qui étaient infidèles.
Voilà la récompense des infidèles.
Ensuite, Allah reviendra plus tard de sa rigueur, contre qui il voudra.
Allah est absoluteur et miséricordieux.


7-Les jeûnes.

Le jeûne195 a pour but de renforcer la cohésion d’une communauté religieuse par la contrainte d’une commune obligation. La religion musulmane use sans restriction de la méthode, efficace puisqu'elle implique le corps, l'asservit à une discipline insensée. Le rite est copié sur les usages juifs, et développé largement196. Les chrétiens ont tendance à le reléguer bien en deça des exigences spirituelles197.
Il existe un grand flottement doctrinal chez eux. On sent qu’il ne s’agit pas d’une activité essentielle, selon les textes canoniques. En Orient, le jeûne est plus suivi: il est pratiqué une quarantaine de jours chez les coptes, les Ethiopiens et les nestoriens.


L’Ashura.
(Muslim, Hadith 6/2499).
Aïsha rapporte que les Quraysh faisiaent le jeûne le jour de l’ashura dans l’époque de la jahiliyya198 et l’envoyé d'Allah l’observait aussi. Quand il a émigré à Médine, il a observé lui-même le jeûne et a ordonné aux autres de le respecter. Quand le jeûne est devenu obligatoire au moment du ramadan, il a dit:
- Celui qui désire observer le jeûne de l’ashura peut le faire, et celui qui veut l’abandonner peut le faire.

(Muslim, Hadith 19/4364).

Quand l’envoyé d'Allah est arrivé à Médine, il a trouvé les Juifs observant le jeûne le jour de l’ashura199. On demanda aux Juifs pourquoi et ils ont répondu:
-C’est le jour où Allah a accordé la victoire de Moïse et de son peuple, les fils d’Israël, sur le pharaon, et nous observons le jeûne pour exprimer notre gratitude.
Là dessus, l’envoyé d'Allah a dit:
-Nous avons des liens plus proches que vous avec Moïse.
Et il ordonna de faire le jeûne ce jour là.


(Tabari, Histoire des Prophètes et des Rois I 135-6).

Le prophète était venu à Médine au mois de rabia premier. Au mois de muharram de l'année suivante, il remarqua que les Juifs célébraient un jeûne, le dix du mois, en appelant ce jour ashura. Le prophète leur demanda pourquoi ils distinguaient ce jour. Ils répondirent :
-C'est le jour où Allah a fait noyer Pharaon dans la mer, et où il a délivré Moïse, qui a jeuné ce jour-là pour rendre grâces à Allah; depuis lors nous aussi nous consacrons chaque année ce jour au jeûne. Le prophète ordonna aux musulmans de jeûner, eux aussi, ce jour, en leur disant: -Je suis plus digne de suivre l'exemple de mon frère Musa ibn Imran.
Ensuite le prophète, voyant que les chrétiens jeunaient pendant cinquante jours, désira avoir dans sa religion un jeûne pareil200. A la fin du mois de shaban de cette même année, Allah établit le jeûne du mois de ramadan, en révélant le verset suivant :
Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit, comme il l'a été à ceux qui : vous ont précédés 201 ,
c'est-à-dire aux Juifs et aux chrétiens.
Jésus n'avait ordonné qu'un jeûne de trente jours; ce sont les chrétiens eux-mêmes qui ont porté ce chiffre à cinquante. Moïse aussi n'avait du observer le jeûne que pendant trente jours, les trente jours du mois dhul qada, le temps de sa conversation avec Allah; mais il y ajouta onze autres jours. Le prophète, interrogé sur l'époque de ce jeûne de trente jours, reçut le verset suivant :
Au mois de ramadhan, dans lequel a été révélé le Coran, etc. 202
(...) A l'expiration du mois de ramadan, le prophète établit l'obligation de l'aumône à la fête de la rupture du jeûne. Ce jour, il sortit de Médine, se rendit à Mossalla, y fit la prière et recommanda, dans le sermon, l'aumône de la rupture du jeûne.
L'année suivante, au mois de muharram, le prophète laissa les musulmans libres de jeûner, ou non, le jour d’ashura203.
Quelques-uns observèrent ce jeûne, d'autres ne l'observèrent pas.

(Mahomet, Coran 2/181-3).

Ô vous qui croyez !, le jeûne vous a été prescrit204 comme il a été prescrit à ceux qui furent avant vous, espérant que peut- être vous serez pieux.
Jeunez des jours comptés!
Celui qui, parmi vous, sera malade ou en voyage jeûnera un nombre égal de jours.
A ceux qui peuvent jeûner mais ne le font point incombe un rachat, la nourriture d'un pauvre; quiconque fait volontairement un bien plus grand, cela est bien pour lui.
Jeûner est un bien pour vous! , si vous vous trouvez savoir205.
Le mois du jeûne est le mois de ramadan dans lequel on a fait descendre la révélation comme direction pour les hommes et preuves de la direction et de la salvation.
Quiconque verra de ses yeux la nouvelle lune, qu'il jeûne ce mois!
Celui qui, parmi vous, sera malade ou en voyage jeunera un nombre égal d'autres jours.
Allah veut pour vous de l'aise et ne veut point de gêne.
Achevez cette période de jeûne!
Magnifiez Allah par gratitude qu'il vous a dirigés!
Peut-être serez-vous reconnaissants.
Quand mes serviteurs t’interrogent sur moi, dis-leur que je suis près et réponds à l'appel de qui me prie quand il me prie!
Qu'ils répondent à mon appel et qu'ils croient en moi!
Peut-être seront-ils dans la rectitude.
Durant la nuit du jeûne, je déclare pour vous licite de faire galanterie avec vos femmes: elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles206.
Allah a appris que vous vous êtes trahis vous-mêmes, mais il est revenu de sa rigueur contre vous et a effacé votre faute.
Maintenant, cohabitez avec elles et recherchez ce qu'Allah a prescrit pour vous207 .
Mangez et buvez jusqu'à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir, à l'aube! Ensuite, faites jeûne complet jusqu'à la nuit!
Ne cohabitez point avec elles alors que vous êtes en retraite dans la mosquée sacrée!
Voilà les lois d'Allah.
Ne vous en approchez point pour les transgresser!
Ainsi Allah expose ses signes aux hommes, espérant que peut-être ils seront pieux.

Jeûne et Jihad.
(Bukhari, Hadith 56/29).

Anas ibn Malik a dit: Abu Talha ne jeunait pas, à l'époque du prophète, à cause des expéditions208 . Mais, après la mort du prophète, je ne le vis jamais rompre le jeûne que les jours de la rupture de Ramadan et de la fête des Sacrifices.

(Bukhari, Hadith 56/36).
J’ai entendu l’envoyé d'Allah dire:
-Quiconque jeûne un seul jour dans la voie d’Allah, Allah éloignera son visage du feu de l’enfer d’une distance de soixante-dix années de marche.


(Bukhari, Hadith 79/38).
Abdallah ibn Amar rapporte ce qui suit: on avait parlé de mon jeûne au prophète. Il vint chez moi, et je lui offris un coussin de cuir bourré de fibres de palmiers. Mais il s’assit sur le sol, laissant le coussin entrelui et moi. Un jeûne de trois jours par mois ne te suffit-il donc pas?
-Ô envoyé d'Allah! répondis-je.
-Cinq?
-Ô envoyé d'Allah!
-Sept?
-Ô envoyé d'Allah!
Neuf?
-Ô envoyé d'Allah!
-Onze?
-Ô envoyé d'Allah!
-Il n’y a pas, ajouta t-il de jeûne supérieur au jeûne de David209 ; il durait la moitié du temps; un jour il jeûnait, un jour il rompait le jeûne.


Mise en pratique selon le rite malékite.
(al Qayraawani, Risala210 ).

Le jeûne du mois du Ramadan est une prescription à caractère d'obligation divine. On commence le jeûne à la vue de la nouvelle lune 211 et on le rompt à la vue de la nouvelle lune 212 , que le mois soit de trente ou de vingt-neuf jours. Si le croissant est caché par des nuages, on compte trente jours à partir du premier du mois précédent, puis on jeûne et l'on fait de même pour la rupture du jeûne.
Le fidèle devra nourrir en son cœur l'intention de jeûner dès la première nuit de ramadan; mais cette intention n'est pas requise pour le reste du mois. Le jeûne sera poursuivi jusqu'à la nuit. La tradition veut que l'on fasse diligence pour rompre le jeûne et que l'on prenne le repas nocturne dit sah'ur le plus tard possible. Quand on a des doutes sur le lever du jour, il faut s'abstenir de manger. On ne doit pas jeûner le jour du doute et ce, à titre de précaution, pour éviter de l'englober par erreur dans le mois de ramadan. jeûner ce jour-là n'est pas valable, même s'il se trouve qu'il fait partie du mois de ramadan. Cependant, on peut le faire, à titre purement bénévole.
Celui qui, au matin de ce jour de doute, ne mange ni ne boit et qui acquiert ensuite la certitude que ledit jour fait partie du mois de ramadan, n'aura pas accompli un jeûne valable. Il devra s'abstenir de manger pendant tout le reste de la journée et jeûner pendant un autre jour à titre compensatoire.
Quand un voyageur arrive de voyage, non à jeun, ou quand la femme ayant ses menstrues recouvre l'état de pureté légale durant la journée, l'un et l'autre pourront manger pendant le reste du jour.
Celui qui, jeunant bénévolement, rompt - intentionnellement ce jeûne, ou entreprend un voyage en cet état et rompt son jeûne en raison de ce voyage, est tenu d'un jour de jeûne à titre compensatoire. Mais, s'il a rompu le jeûne par simple oubli, il n'est tenu d'aucune compensation. Au contraire, quand il s'agit d'un jour de jeûne obligatoire et qu'il l'a rompu dans ces conditions, il est tenu de le compenser.
L'usage du cure-dents est permis pour le jeûneur durant toute la journée. Il n'est pas blamâble qu'il se fasse poser des ventouses (ou tirer du sang) à moins qu'on ne craigne que cela ne provoque une grande faiblesse. Celui qui est pris de vomissements en ramadan, n'est pas tenu d'un jeûne compensatoire. Mais, s'il cherche lui-même à se faire vomir et qu'il y parvienne, il est tenu d'une compensation.
Si la femme enceinte a des craintes pour (la vie de) l'enfant qu'elle a dans son sein, elle rompra le jeûne et ne sera pas tenue de fournir (à un pauvre) la nourriture (expiatoire d'usage). Selon une autre opinion, elle doit fournir cette nourriture. La femme qui allaite son enfant, si elle craint pour la santé de celui-ci et ne trouve point de remplaçante salariée, ou si le nourrisson n'accepte d'être allaité que par elle, aura la faculté de rompre le jeûne, avec obligation de fournir la susdite nourriture (à un pauvre). Il est recommandé au vieillard très avancé en âge, quand il rompt le jeûne de fournir ladite nourriture. Celle-ci consiste dans tous ces cas en un mudd
213 pour chaque jour de jeûne à compenser.
De même cette nourriture devra être fournie par celui qui a négligé de compenser le jeûne d'un ramadan précédent et qui se laisse ainsi surprendre par la venue du ramadan suivant.
Les impubères ne sont pas tenus du jeûne, tant que le garçon n'a pas de pollutions nocturnes et que la fille n'a pas ses règles. C'est la puberté qui entraîne pour eux l'obligation d'accomplir les actes religieux corporels. Allah Très Haut a dit:
Quand les enfants parmi vous ont atteint la puberté qu'ils demandent la permission d'entrer
214.
Quand l'homme se trouve au matin en état d'impureté légale et quand il ne s'est pas purifié, ou quand la femme ayant eu ses menstrues est redevenue en état de pureté légale avant l'aurore et que, l'homme comme la femme n'ont procédé au lavage qu'après l'aube, l'un et l'autre jeuneront valablement ce jour-là.
Il n'est pas permis de jeûner le jour de la fête de la rupture du jeûne, ni le jour des Sacrifices
215 . On ne jeunera pas non plus les deux jours qui suivent celui des Sacrifices. Exception est faite pour le mutamatti qui ne trouve point d'animal à sacrifier. Le quatrième jour de 1’Aïd al Kabir ne doit pas être jeuné par le jeuneur bénévole, mais il sera jeuné par celui qui en a fait vœu ou par celui qui se trouve dans une période de jeûne continu (compensatoire) commencée avant ce jour.
Celui qui, par oubli, rompt le jeûne un jour de ramadan est tenu de la compensation seulement. De même pour celui qui le rompt par nécessité, pour cause de maladie.
Celui qui fait un voyage dans les conditions où les prières peuvent être abrégées, peut rompre le jeûne même s'il n'y est pas contraint par la nécessité. Il est alors tenu de la compensation. Mais en ce cas, nous, malékites
216, nous préférons qu'il jeûne.
Celui qui fait un voyage d'une distance de moins de quatre barid et qui s'imagine qu'il a licence de rompre le jeûne et le rompt effectivement,
n'est pas tenu de l'expiation
217 et doit seulement la compensation. Quiconque rompt le jeûne par suite d'une interprétation fausse (des textes sacrés) n'est pas tenu de l'expiation. Celle-ci n'est due que par celui qui rompt sciemment le jeûne, en mangeant ou en buvant ou en coïtant, et il est alors tenu aussi bien de la compensation que de l'expiation. L'expiation, en ce cas, consiste à nourrir soixante pauvres, à raison d'un mudd de la valeur du mudd du prophète (...) pour chaque pauvre. C'est là le mode d'expiation qui est préférable selon nous, malékites. Mais il peut aussi expier en affranchissant un esclave218 ou en jeûnant deux mois de suite.
Celui qui a un évanouissement pendant la nuit et qui reprend ses sens après le lever du jour, doit compenser le jeûne, mais, il ne fait à titre compensatoire que les prières au moment légal desquelles il a repris connaissance.
Il convient que le jeuneur tienne sa langue et surveille ses gestes et qu'il rende au mois de ramadan les honneurs qu'Allah lui a lui-même rendus (dans son Saint Livre). Le jeûneur n'approchera pas les femmes, par le coït, ni par l'attouchement, ni par le baiser donné en vue de la jouissance, et ce, pendant toute la journée du ramadan. Mais rien de cela ne lui est interdit pendant les nuits du ramadan.
Il n'y a pas d'inconvénient à ce que le fidèle soit, au matin, en état d'impureté par suite de coït. Quiconque, pendant une journée de ramadan, a éprouvé une jouissance par suite d'attouchement ou de baiser et a eu une émission de liquide prostatique à cause de cela, est tenu du jeûne compensatoire. S'il a fait ces actes de propos délibéré, au point d'avoir une émission spermatique, il est tenu (en outre) de l'expiation.
Celui qui accomplit les pieuses pratiques de ramadan avec foi en comptant sur la récompense divine, ses péchés (véniels) antérieurs lui seront remis. Si, en ramadan, on fait des récitations coraniques dans la mesure du possible, on est en droit d'en attendre du mérite auprès d'Allah et l'expiation de ses péchés. On accomplit les pieuses pratiques du ramadan dans les mosquées publiques et sous la direction d'un imam. Mais, si l'on veut, on peut s'y livrer chez soi etcela est mieux pour celui dont le ferme propos se fortifie dans la solitude. Les vertueux compagnons se livraient aux dites pratiques de ramadan dans les mosquées en faisant vingt raka dont les deux premières étaient séparées de la troisième par une formule de salut. Puis, les successeurs desdits compagnons firent, à cette occasion, trente-six raka, sans compter le groupe impair et le groupe pair. Mais pour tout cela, les fidèles ont toute latitude. Après chaque groupe de deux raka, on doit prononcer le salut.
Aïsha (...) a dit
-L'envoyé d'Allah (...) n'a jamais fait, en ramadan, ou en un autre temps, plus de douze raka suivies du groupe impair (de trois raka).





II

La loi du monarque



La loi musulmane, la célèbre Sharia219, est une loi globale, totale, qui régit en un bloc l’ensemble de la communauté. Elle a pour origine les prescriptions du Coran, qui sont confirmées et complétées par la tradition, les hadiths. C’est à Médine qu’est promulgué l’essentiel de cette législation, sous la forme de révélations coraniques. C’est aussi à Médine qu’elle s’applique pour la première fois au monde, dans sa rigueur native220 .
Il serait intéressant, et même cruel, de comparer cette structure à la fois archaïque et totalitaire au Code Justinien, antérieur pourtant d’un siècle221: celui-ci rassemble l’essentiel du corpus juridique de l’empire romain, assurant ainsi une base incontournable pour le droit européen. Une référence plutôt glorieuse que l’Europe a hélas oublié.

L’observateur attentif fera quelques remarques:

-Cette législation ne prétend avoir d’autre source que la volonté divine transmise au chef de la communauté.
-Elle ne prend jamais l’être humain en tant que tel, et ne considère jamais ses propres intérêts, et n’obéit à aucun principe directeur hors de la soumission à la divinité et des décisions du chef: la morale individuelle et autonome n’existe pas.

-Elle est suscitée exclusivement par les circonstances qui affectent la communauté, ou la vie de Muhammad.

-Elle ne forme pas un ensemble cohérent et organisé: ce sont les circonstances qui la construisent. De véritables codes naîtront beaucoup plus tard.
-Elle privilégie, comme toute loi archayque, les intérêts du groupe, au détriment de celui de l’individu. Il serait donc vain de penser y trouver une quelconque forme d’humanisme.

-Elle distingue fondamentalement le musulman du non-musulman, et des règles différentes s’appliquent à ces deux catégories d’êtres humains.
-A l’intérieur du groupe des musulmans, elle consacre la distinction entre plusieurs catégories au statut inégal.

-Enfin, elle ne connait aucune limite dans son champ d’action et ne comporte aucune explication.



1-Les vertus de l’obéissance.

Dans la nouvelle société, comme dans toute organisation sectaire, le chef est la loi vivante, la source du droit, et le premier axiome est l’obéissance absolue due à sa personne.

(Mahomet, Coran 45/17).
Ensuite, nous t’avons placé sur une voie222 procédant de l’ordre.
Suis la donc et ne suis point les doctrines pernicieuses de ceux qui ne savent point!

(Mahomet, Coran 24/56).
Accomplissez la prière!
Donnez l’aumône!
Obéissez à l’envoyé!
(Mahomet, Coran 24/62).

Les croyants sont seulement ceux qui croient223 en Allah et en son apôtre et qui , se trouvant avec celui-ci dans une affaire qui les concerne, ne se retirent point sans en avoir demandé la permission!
Prophète!, ceux qui te demandent la permission d’entrer ou de se retirer, ceux-là sont cex qui vraiment croient en Allah et en son apôtre.

(Mahomet, Coran 57/28).
Ô vous qui croyez! soyez pieux envers Allah!
Croyez en son envoyé!

(Mahomet, Coran 7/157).
Le seigneur répondit : Que mon tourment atteigne qui je veux et que ma miséricorde s'étende à toute chose !
J'inscrirai une belle existence pour ceux qui sont pieux et donnent l'aumône224, ainsi que pour ceux qui croient à nos signes et qui suivent l'apôtre, le prophète des Gentils225 qu'ils trouvent annoncé chez eux dans la Torah et l'Évangile.
Ce prophète qui leur ordonne le convenable et leur interdit226 le blamâble, qui déclare licites Pour eux les excellentes nourritures, et illicites les immondes227, leur ôte le lien et les entraves qui pesaient sur eux.
Ceux qui auront cru en lui, l'auront soutenu, l'auront secouru et auront suivi la lumière228 qu'on avait descendu avec lui, ceux-là seront les bienheureux.

(Bukhari, Hadith 79/2,2).

Abu Sayd al Khudri rapporte que le prophète a dit :
-Evitez de tenir des réunions sur des lieux de passage publics.
-Ô envoyé d'Allah, répondirent les fidèles: il faut bien que nous nous réunissions pour nous entretenir de nos affaires.
-Si, reprit le prophète, vous ne pouvez vous dispenser de ces réunions, donnez à la voie publique ce à quoi elle a droit:
-Et à quoi a-t-elle droit? demanda-t-on.
-Elle a droit, reprit-il, à ce que vous soyez discrets, à ce que vous ne fassiez de mal à personne, à ce que vous rendiez le salut, et enfin à ce que vous ordonniez le bien et interdisiez le mal.


2-Les limites du chef.

Autant la Tradition est quasi-unanime à célébrer l’absolue sublimité totale et impeccable du guide suprême, autant lui-même, dans son oeuvre, ne s’épargne pas: il sait intimement ses manques et ses vices. Il a la candeur d’en témoigner ouvertement.
“Quasi-unanime”, en effet, car parfois se fait jour une attitude ouvertement déplaisante, intolérable, violente envers les disciples eux-mêmes, telle d’un petit tyranneau de méchante humeur.


(Mahomet, Coran 5/101).
Ô vous qui croyez! n’interrogez pas sur des choses qui, si elles vous sont divulguées, vous feront mal.
Si toutefois vous interrogez à leurs propos, quand la prédication descend, elles vous seront divulguées et Allah effacera votre faute à leur propos.
Allah est absoluteur et miséricordieux.

(Tabari, Tafsir 5/101-2).

... Abu Juwayriyya rapporte qu’Ibn Abbas a dit à un bédouin des Banu Sulaym2