- XVI -

DE LA MISSION A L’EMPIRE

(631-632)


“La terre m’a été assignée comme oratoire1 et pour moi,
son sol est pur;
aussi, en quelque endroit qu’il soit à l’heure de la prière,
le fidèle de mon peuple
2 doit prier”

Muhammad ibn Abdallah3


I
“Les gens du Dimanche”

Premiers débats et premiers combats contre les chrétiens

L’expansion continue de la puissance musulmane l’ entrane vers des contacts de plus en plus fréquents avec les chrétiens, dans et hors d’Arabie, c’est-à-dire au contact de l’empire byzantin4 . Ils sont d’ordre théologique, rarement, juridico-diplomatique, souvent et militaire, toujours. Les deux moments-clés sont la bataille de Tabuk et la soumission de Najran. Mais clairmeent, à la fin du règne de Muhammad, la Syrie chrétienne est la cible essentielle, repérée par Muhammad et ses compagnons depuis leurs voyages commerciaux et réputée pour sa richesse.
Avant d’ouvrir le chapitre des faits historiques, un petit rappel de l’évolution doctrinale de l’islam, sous la direction de Muhammad, est nécessaire. Au départ, les chrétiens sont considérés comme un appui, dans l’affrontement contre les juifs. Ils sont ensuite rapprochés de ceux-ci dans la même opprobre.


1-Genèse de l’antichristianisme.

Il est utile, à ce stade ultime de l’aventure mohamédienne, de s’arrêter sur les textes qui encadrent la conception que les premiers musulmans se fontdes chrétiens. Pour autant, personne ne doit oublier que l’islam est alors une pratique bien plus qu’une doctrine. Ici, l’évolution, d’une relative faveur à une opposition féroce, est clairement visible5.

1-La faveur des chrétiens.
Il faut remarquer que cette faveur est présentée au détriment des juifs, d’une part, et qu’elle est à sens unique, d’autre part: les chrétiens sont amicaux, mais il n’est rien dit de l’attitude musulmane en retour.

(Mahomet, Coran 5/85-7)

Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les juifs, et les associateurs, et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient, par l’amitié, sont ceux qui disent:
-Nous sommes chrétiens.
C’est que parmi ceux-ci, se trouvent des prêtres et des moines et que ces gens ne s’enflent pas d’orgueil.

Mahomet, Coran 5/70
S’ils avaient traduits la Torah, l’Evangile et ce qu’on a fait descendre vers eux, de leur seigneur, ils auraient mangé ce qui est au-dessus d’eux et sous leurs pieds.
Parmi eux est une communauté allant sans dévier.
Mais pour beaucoup, combien mauvais est ce qu’ils font6.

2- Les reproches doctrinaux.

(Mahomet, Coran 5/76-7)
A quiconque donnera des associés à Allah, Allah interdit le jardin.
Celui-là aura le feu comme refuge.
Aux injustes, point d’auxiliaires.
Impies ont été ceux qui ont dit: Allah est la troisième d’une triade.
Il n’est de divinité qu’une divinité unique.
S’ils ne cessent point leur dit, ceux qui parmi eux sont impies seront touchés par un tourment cruel.
(Mahomet, Coran 5/56)
O vous qui croyez!
Ne prenez pont les juifs et les chrétiens comme affiliés7 : ils sont affiliés les uns aux autres8 .
Quiconque, parmi vous les prendra comme affiliés sera des leurs.
Allah ne conduit point le peuple des injustes.

3-Le début de la colère.
(Mahomet, Coran 1).

Au nom d'Allah, le Bienfaiteur miséricordieux.
Louange à Allah, Seigneur des Mondes,
Bienfaiteur miséricordieux, Souverain du jour du jugement!
C'est toi que nous adorons, toi dont nous demandons l'aide!
Conduis-nous dans la voie droite, la voie de ceux à qui tu as donnés tes bienfaits qui ne sont ni l'objet de ton courroux, ni les égarés9.

Commentaire de Tabari.
(Tabari, Tafsir 1,4,2-3).

On nous demandera peut-être: qui sont ceux qui sont égarés? et au sujet desquels Allah nous a ordonnés de lui demander la protection contrel’égarement?
On dit qu’il s’agit de ceux auxquels Allah s’adresse dans le verset suivant10 .
Il est légitime de citer ce verset pour décrire ceux qui se sont égarés car de nombreux hadiths témoignent que le prophète a dit au sujet du dernier verset de la Fatiha11:
-Les égarés sont les chrétiens.

(Mahomet, Coran 5/77).
Ne suivez point les opinions pernicieuses de gens qui, antérieurement, ont été égarés, qui en ont égaré beaucoup et que se sont gérés loin du chemin uni12.

4-Pratique de l’anti-christianisme.
Elle prend de multiples allures: de l’invasion militaire à la destruction des symboles.

(Hadith, Bukhari 64/53, 7).

Mujahid ayant dit à Ibn Omar:
-Je veux émigrer en Syrie.
Ce dernier lui répondit:
-Il n’y a plus d’émigration dorénavant, il ne reste que le jihad. Va donc en Syrie, expose ta vie si tu trouves à le faire pour le jihad. Sinon, reviens.

Le témoignage d’un chroniqueur chrétien.
(Théophile d’Edesse, Chronicon 1234, p. 178-179).
Lorsqu’il eut atteint l’âge et la taille de jeune homme, il se mit, à partir de Yathrib sa ville, à aller et venir vers la Palestine pour le commerce, pour acheter et vendre. S’étant habitué à la région, il fut attiré par la religion de l’unique Allah et il revint chez les gens de sa tribu. Il leur proposa cette croyance. Il en persuada un petit nombre qui adhérèrent à lui. De plus, il leur vantait l’excellence de la terre de Palestine, leur disant:
-C’est à cause de la croyance à l’unique Allah que leur a été donnée cette terre si bonne et si fertile.
Et il ajoutait:
-Si vous m’écoute, Allah vous donnera à vous aussi une bonne terre où coulent le lait et le miel.
Comme il voulait renforcer sa parole, il dirigea une troupe de ceux qui avaient adhéré à lui, et il commença à monter vers la terre de Palestine, attaquant, ravageant et pillant. Ils revinrent chargés13 sans avoir subi de dommages, et ils ne furent pas frustrés de ce qu’ils leur avait promis. Dès lors, mus par l’ardeur de posséder, ils s’en firent une habitude. Ils se mirent à monter de nouveau pour piller, et à revenir. Ceux qui n’avaient pas encore adhéré à lui virent que ceux qui s’étaient soumis à lui jouissaient d’abondantes richesses, et ils furent entraînés à se soumettre à lui sans résistance. Ensuite, comme les hommes qui le suivaient étaient devenus une troupe très nombreuse, il ne les conduisit plus (lui-même) pour piller et il resta à Yathrib, dans les honneurs.14

(Bukhari, Hadith 77/90).
Aïsha a rapporté que le prophète ne laissait dans sa maison aucune chose portant une croix, mais il la détruisait plutôt15 .

2-La “drôle de bataille” de Tabuk.

Cette deuxième tentative contre l’empire byzantin16 , hors des limites de l’Arabie confirme les ambitions de la nouvelle puissance. L’attaque est conçue comme la revanche de l’échec de Muta et de gros moyens sont mis en oeuvre, mais dans une ambiance de découragement général et presque de sédition du côté des Médinois. Il faut ajouter au tableau une fin d’été caniculaire et les récoltes à faire dans les vergers, qui achèvent d’effondrer les vélléités des guerriers pillards de l’armée de Muhammad.
Un gros paquet de longs versets coraniques tente de faire surmonter ces mauvais moments que connaissent toutes les troupes des conquérants ambitieux: dans le livre, il est longuement question des exemptions de tel ou tel groupe peu disposé à risquer sa vie hors de l’Arabie, dans une armée trop grande et démotivée17 .
L’affaire tourne à une démonstration de force, qui contraint quelques seigneurs chrétiens à la soumission18. Mais la tradition tente de faire briller une tournée qui brasse plus de vent que de succès.

1-Tabuk de Syrie.
(Abulfeda, Géographie 87)19 .

Tabuk se trouve dans le troisème climat, aux environs des campagnes de Syrie. Sa situation est entre al Hijr20 et la Syrie. On y remarque une source et des palmiers. C’est là, dit-on, que demeuraient les hommes d’Ayka, auxquels Allah a envoyé Shoayb21 .

(Ibn Asakir, Tarikh Dimashq)22 .
Abu al Bahili a dit:
-J’ai entendu parler l’apôtre d'Allah qui a dit: en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et m’a dit:
-Ô Muhammad! J’ai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain23.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 306-11).
La ville de Tabuk était située aux confins de la Syrie; les habitants étaient Grecs et chrétiens24 . Le prophète voulut les attaquer, pour prendre une revanche de la défaite de son armée à Muta et de la mort de Zayd25 et de Jafar.

La valeur des troupes byzantines26
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 901-2).
Un groupe de munafiqun... qui accompagnaient l'apôtre, alors qu'il partait pour Tabuk27, disaient les uns aux autres:
-Penses-tu que combattre contre les Byzantins, c'est un peu comme une guerre entre Arabes? Par Allah, nous avons déjà l'impression de te voir enchaînés...

2- “L’expédition pénible”.
Elle est dite ainsi à cause de la chaleur, de la pénurie et globalement de la lassitude. Du fait des conquêtes, l’armée musulmane devient pléthorique, et elle perd de sa rapidité brutale qui avait fait sa force des débuts.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 893).

L’apôtre d'Allah resta à Médine de dhul hijja à rajab28 , puis donna des ordres pour aller attaquer les Byzantins29. L’apôtre d'Allah donna l’ordre à ses compagnons de les attaquer, à un moment où les hommes étaient accablés: la chaleur était écrasante et la sécheresse est là.


(Bukhari, Hadith 37/5).

Je fis avec le prophète l’expédition dite “Expédition Pénible”, et ce fut pour moi un de mes actes les plus méritoires. J’avais avec moi un mercenaire qui engagea le combat avec un des ennemis. L’un des combattants mordit le doigt de son adversaire et celui-ci, en le retirant, arracha et fit tomber une des incisives de son agresseur30.
Ce dernier se rendit auprès du prophète qui déclara qu’il n’y avait pas lieu à composition en disant:
-Croyais-tu donc qu’il mettait son doigt dans ta bouche pour que tu le mordes?31 ...

(Hadith, Bukhari 58/15).

Awf ibn Malik a dit: Je me rendis auprès du prophète pendant l'expédition de Tabuk, et je trouvai sous une tente de peau.
-Compte bien sept signes, me dit-il, qui apparaitront avant l'heure du jugement; d'abord ma mort, puis la conquête de Jérusalem32 ; après, une épidémie qui vous frappera comme la clavelée33 frappe les brebis; puis une surabondance des richesses telle qu'un don de cent dinars laissera celui qui l'aura reçu plein de dégout, puis une sédition qui entrera dans les tentes de tous les Arabes34; puis enfin, après une trêve conclue avec eux35 , une trahison des Banu Asfar36, qui s'avanceront vers vous en quatre-vingts cohortes de chacune douze mille hommes sous quatre-vingts étendards.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 306-11).

Les musulmans avaient une grande répugnance pour cette expédition, à cause de la longueur de la route, des grandes forces de l'ennemi, et parce que, lors de la première expédition contre les Grecs, un grand nombre de musulmans avaient trouvé la mort37 . En outre, il y avait, cette année, une disette; il régnait de grandes chaleurs; il y avait peu de provisions, et, en attendant la nouvelle moisson, les hommes étaient réduits à la misère. On était au moment de cueillir les dattes et les fruits. Ordinairement, quand le prophète projetait une expédition, il n'apprenait pas à l'armée où il allait marcher, afin de pouvoir fondre sur l'ennemi inopinément. Mais cette fois, à cause de la durée de la campagne, il en fit connaitre le but aux soldats afin qu'ils pussent se préparer. Ceux-ci trouvèrent cette expédition très pénible et l'appelèrent la campagne de la détresse. C'est alors qu'Allah révéla le verset suivant :
Marchez, vous tous, chargés et non chargés, etc. 38 ,
c'est-à-dire riches et pauvres; puis cet autre verset
Si vous ne marchez pas, Allah vous exterminera et vous remplacera par un autre peuple, etc. 39 .
Quelques-uns des munafiqun se montrèrent et dirent :
-Ne marchez pas par ces chaleurs.
Il leur fut répondu par ce verset :
Dis : La chaleur du feu de l'enfer est encore plus ardente. 40
Le prophète ayant ordonné aux riches de venir en aide aux pauvres pour leur équipement, chacun donna selon ses moyens; mais Othman ibn Affan, surpassa tous les autres en contribuant de sa fortune aux dépenses de cette expédition41 . Lorsque tous les musulmans, riches et pauvres, valides et infirmes, furent sortis de la ville, le prophète les passa en revue, et renvoya les infirmes, les aveugles et ceux qui étaient absolument sans ressources. Les versets suivants furent révélés à leur intention:
Les infirmes, les malades et ceux qui ne peuvent pas s'équiper sont exemptés de l'obligation de partir... de même que ceux qui sont venus pour te demander des montures et qui, lorsque tu leur dis que tu ne peux pas leur en donner, s'en retournent les yeux remplis de larmes, etc.42
.. Plusieurs des Banu Ghatafan vinrent s'excuser, et demandèrent la permission de rester. Le prophète la leur accorda; puis le verset suivant fut révélé :
Plusieurs des Bédouins sont venus s'excuser,
etc.43 ;
ainsi que cet autre :
Que Allah te pardonne! pourquoi leur as-tu accordé la permission? Tu aurais du les obliger à partir, car tu aurais pu ainsi reconnaitre ceux qui croient sincèrement en toi, etc. 44
Enfin Abdallah ibn Obayy45 , à la tête de plusieurs des munafiqun46, demanda également à être exempté, en déclarant par serment que, s'il avait pu, il aurait pris part à l'expédition. Il lui fut répondu par le verset suivant du Coran:
Certes, ils jurent par Allah, en disant: Si nous avions pu, nous serions partis avec vous, etc. 47.
La sourate du Repentir48 qui renferme tous ces versets est la première de celles qui furent révélées à l'occasion de cette expédition.


3-La décision du départ.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1683).
L’apôtre d'Allah partait rarement en expédition sans donner une fausse destination. L’expédition de Tabuk est une exception parce qu’il l’expliqua au peuple. C’était à cause de la longue distance, de la saison pénible et de la supériorité numérique de l’ennemi. Il voulait que les gens soient bien préparés, alors il leur dit de se préparer et que l’objectif était les Byzantins. Ils se préparèrent en dépit de leur mauvaise volonté.

(Bukhari, Hadith 56/103,1-4).
Le plus souvent, l’envoyé d'Allah dissimulait le but véritable d’une expédition projetée et laissait croire à une autre. mais, lorsque ce fut l’expédition de Tabuk, comme il faisait une chaleur très forte, qu’il y avait une route longue et en pays désert, que les ennemis étaient nombreux, il dévoila aux musulmans ce dont il s’agisait pour eux, afin qu’ils fissent tous les préparatifs nécessaires à la rencontre de l’ennemi; et il leur annonça le but véritable de l’expédition.

D’après Kab ibn Malik, l’envoyé d'Allah se mit en route le jeudi, pour l’expédition de Tabuk; il choisissait de préférence le jeudi comme jour de départ.

(Bukhari, Hadith 52/ 199)49 .
Le prophète fit partir l’expédition de Tabuk un jeudi parce qu’il avait l’habitude de les faire partir un jeudi.

Difficultés logistiques
(Bukhari, Hadith 64/78,1).

Abu Musa a dit: Mes compagnons m'avaient dépêché au- près de l'envoyé d'Allah pour lui demander des moyens de transport lors de l'expédition terrible, ou expédition de Tabuk, dont ils faisaient partie.
-Ô envoyé d'Allah, lui dis-je, mes compagnons m’ont envoyé vers toi te demander des moyens de transport.
-Par Allah, me répondit-il, je ne vous en donnerai aucun.
Sans le savoir je m'étais adressé à lui au moment où il était en colère, et je m'en retournai attristé de son refus et redoutant qu'il n'eut comme un ressentiment contre moi. De retour auprès de mes compagnons, je les avisai de la réponse que m'avait faite le prophète. Il y avait à peine un instant que j'étais revenu que j'entendis Bilal crier:
-Hé! Abdallah ibn Qays!
Je répondis à son appel et il me dit :
-Va vers l'envoyé d'Allah qui. t'appelle.
Aussitôt que je fus près de lui, il me dit :
-Prends cette paire de chameaux; prends cette paire de chameaux.
En tout six chameaux qu'il avait achetés alors de Sad.
Puis il ajouta:
-Emmène ces chameaux à tes compagnons et dis-leur: Allah -ou l'envoyé d'Allah - vous ordonne ces moyens de transport, servez-vous en comme montures.
J'emmenai les chameaux et dis à mes compagnons:
-Le prophète vous donne ces moyens de transport; mais, par Allah, je ne vous laisserai pas eu repos, tant que quelques-uns d'entre vous ne seront pas venus avec moi vers ceux qui ont entendu les paroles du prophète, afin que vous ne supposiez pas que je vous rapporte des paroles qui n'auraient pas été prononcées par l’envoyé d'Allah
-Nous sommes surs de ta sincérité, cependant nous ferons ce que tu nous demandes, répondirent-ils.
Abu Musa emmena donc quelques-uns de ses compagnons; ils trouvèrent ceux qui avaient entendu les paroles de l’envoyé d'Allah, son refus d’abord, sa concession ensuite, et qui leur répétèrent exactement ce que leur avait rapporté Abu Musa.

4-Les dissensions.
La puissance musulmane a grandi trop vite, elle n’est unie que par l’appât du gain, le charisme d’un chef, et des malentendus. Tabuk est l’occasion d’observer un début de désagrégation, et les troupes trainent des pieds.

Désagrégation de l’armée.
(Hadith, Bukhari 56/35).

Anas a dit: Nous revenions de l'expédition de Tabuk avec le prophète - ou suivant un autre isnad - nous étions en expédition, lorsque le prophète dit :
-Il y a des gens demeurés derrière nous à Médine, qui cependant nous ont accompagnés dans tous les défilés, dans toutes les vallées que nous avons parcourus; ce sont ceux qu'une excuse valable a retenus loin de notre expédition.

Manoeuvres des munafiqun.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 306-7).

Ce fut au milieu de ces difficultés que le prophète donna à l'armée l'ordre du départ. Abdallah, ibn Obayy, et les munafiqun le suivirent jusqu'à la première étape; alors ils s'en retournèrent50 . Trois musulmans qui n'étaient point munafiqun rentrèrent également à Médine sans permission, savoir: Kab ibn Malik, et père d'Obayy; Morara ibn Rabia, et Hilal ibn Omayya51 . C'est de ceux-ci qu'il est dit dans le Coran :
Il pardonna aussi à ces trois qui étaient restés en arrière. La terre, malgré son étendue, leur devint étroite, etc. 52
Le prophète avait laissé, comme son lieutenant à Médine, Siba ibn Orfota, de la tribu des Ghifar, et avait ordonné à Ali ibn Abu Talib, de rester également pour veiller sur sa maison et sa famille53 . Il était parvenu à la première étape, lorsque les munafiqun répandirent à Médine le bruit qu'il n'avait pas emmené Ali, parce qu'il l'avait en aversion. Ali prit ses armes et se mit en route; le lendemain, il rejoignit le prophète et l'informa des discours que tenaient les munafiqun. Le prophète lui dit:
-Ils mentent, ô Ali! car je te considère comme un autre moi-même54, et je t'ai confié ma maison et ma famille. Tu es pour moi ce qu' Aaron était à Moïse. S'il était possible qu'il y eut un prophète après moi, je suis certain que ce serait toi.
Puis il le fit retourner et renvoya avec lui les infirmes et les pauvres qu'il ne voulait pas emmener; les munafiqun partirent de leur propre mouvement. Le prophète leva son camp. A la station suivante, ceux qui avaient hésité à le suivre le rejoignirent, et Allah les loua en ces termes:
Allah pardonne au prophète, aux muhajir, aux ansar et à tous ceux qui l'ont suivi au moment de la détresse, etc. 55 .
Un musulman, nommé Abu Khaythama, était resté à Médine. Le troisième jour après le départ de l'armée, il alla, vers le milieu du jour, pendant la chaleur, dans son jardin, que ses deux femmes avaient arrosé et où elles avaient préparé un lieu de repos pour la sieste; elles avaient mis des nattes et des coussins. Abu Khaythama vint s'y reposer. Puis, pensant au prophète, il dit en lui-même:
-Je me réjouis ici dans un lieu frais et délicieux, tandis que le prophète souffre la chaleur et la fatigue; cela n'est pas juste.
Il se leva aussitôt et se dirigea vers le prophète jusqu'à ce qu'il l'eut rejoint. Le prophète lui donna des éloges.
Cependant, il y avait plusieurs munafiqun dans l'armée du prophète. Arrivé à une certaine station, on ne trouva pas d'eau. Les munafiqun dirent :
-Voilà maintenant qu'il va périr, lui et tous ses compagnons.
Allah amena un nuage, et il tomba une si grande quantité de pluie, que toute l'armée put se désaltérer. A un autre campement, l'un des chameaux du prophète s'échappa du lieu de paturage, et l'on ne put le retrouver. Le prophète en éprouva du chagrin. Les munafiqun dirent :
-Si Muhammad est un prophète, il doit savoir où se trouve ce chameau.
Ces paroles furent rapportées au prophète, qui dit:
-Je ne sais que ce qu'Allah me fait connaitre; maintenant mon chameau se trouve dans telle vallée, et sa bride s'est embarrassée dans un arbre; allez le chercher. On s'y rendit, on trouva le chameau, ainsi que le prophète l'avait dit, et on le ramena. Abu Dhurr, des Banu Ghifar, était resté en arrière, à Médine. On le dit au prophète, qui répondit:
-S'il y a de bons sentiments en lui, Allah l'amènera.
Le lendemain, en effet, il arriva à pied, et dit :
-Apôtre d'Allah, mon chameau est resté en route, et je viens à pied.
Certains munafiqun disaient encore:
-Muhammad croit qu'on peut attaquer les Grecs comme les Arabes; mais il n'y a pas analogie entre ceux-là et les Arabes. Allah fit connaître au prophète ces propos. Les munafiqun, ne pouvant les nier, prétendaient avoir plaisanté. Le verset suivant fut révélé:
Si tu les interroges, ils répondent : Nous plaisantions en causant. Dis : Raillez-vous Allah, ses signes et son apôtre? 56

(Mahomet, Coran 9/116-121).
Il n'est point d'Allah d'égarer un peuple après qu'il l'a dirigé jusqu'à lui et qu'il lui a montré ce envers quoi il doit être pieux.
Allah, sur toute chose, est omniscient.
A Allah la royauté des cieux et de la terre.
Il fait vivre et fait mourir.
Vous n'avez, en dehors d'Allah, nul patron et nul auxiliaire.
Certes, Allah est revenu de sa rigueur contre le prophète, les muhajirun et les ansar qui l'ont suivi à l'heure de la gêne.
Certes, Il est revenu de sa rigueur contre eux envers eux, il est indulgent et miséricordieux -, après que les cœurs d'une fraction d'entre eux ont failli obliquer57 .
Il est revenu de sa rigueur contre les trois croyants qui furent laissés à l’arrière, en sorte que la terre, en dépit de son étendue, leur parut trop étroite, en sorte que leurs âmes furent à l’angoisse et qu’ils pensèrent qu’’il n’existait acun refuge contre la rigueur d’Allah en dehors de lui-même.
Allah est revenu de sa rigueur afin qu’ils reviennent de leur faute.
Allah est le révocateur, le miséricordieux.
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques !
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des bédouins qui sont autour d'eux, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le Chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une oeuvre pie ne soit inscrite à leur avoir : Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.

(Mahomet, Coran 9/82-97).
Ceux laissés en arrière se sont réjouis de leur exemption, par opposition à l'apôtre d'Allah, et ont éprouvé répulsion à mener combat de leurs biens et de leurs personnes, dans le chemin d'Allah.
Ils ont dit :
-Ne vous lancez point en campagne durant l'ardeur de l'été !
Réponds-leur :
-Le feu de la Géhenne sera plus ardent!
Ah! s'ils se trouvaient comprendre!58
Qu'ils rient un peu sur cette terre!
Qu'ils pleurent beaucoup dans l'au-delà, ce sera en récompense de ce qu'ils se seront acquis!
Si Allah te remet en présence d'une partie de ces gens et s'ils te demandent permission de partir en campagne, réponds-leur:
-Vous ne partirez plus jamais avec moi en campagne et vous ne combattrez plus aucun ennemi avec moi! Vous avez en effet trouvé l'exemption agréable, une première fois.
Abstenez-vous donc avec ceux restés en arrière59 ! jamais tu ne prieras sur celui d'entre eux qui sera mort, et jamais tu ne te dresseras sur sa tombe.
Ces gens sont infidèles envers Allah et son apôtre, et ils meurent pervers.
Que ni leurs biens ni leurs enfants ne te soient un attrait !
Allah veut seulement, de leur fait, les tourmenter en la vie immédiate et il veut que leurs ames s'exhalent alors qu'ils sont infidèles.
Quand descend une sourate ordonnant: croyez en Allah et menez combat avec son apôtre! , ceux qui, parmi eux, détiennent le prestige te demandent la permission de s'abstenir et disent: -Laisse-nous avec les exemptés!
Ils ont été satisfaits d'être avec ceux restés en arrière.
Un sceau a été mis sur leurs cœurs et ils ne comprennent point.
Que l'apôtre et ceux qui croient avec lui mènent néanmoins combat de leurs biens et de leurs personnes !
A eux les biens de ce monde.
Ceux-là seront les bienheureux.
Allah a préparé pour eux des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils demeureront.
C'est là le succès immense.
Ceux qui invoquent des excuses, parmi les bédouins, sont venus à toi, prophète !, afin d'avoir permission de ne pas combattre.
Ceux qui ont traité d'imposteurs Allah et son apôtre se sont abstenus de partir en campagne. Un tourment cruel atteindra ceux, parmi eux, qui sont infidèles.
S'ils sont loyaux envers Allah et son apôtre, nul grief n'est à faire ni aux faibles ni aux malades ni à ceux qui ne trouvent point de quoi faire dépense pour s'armer, si tous ces gens s'abstiennent d'entrer en campagne.
Il n'est nulle voie de contraint à l'encontre des bienfaisants. Allah est absoluteur et miséricordieux.
Pas de voie de contrainte à l'encontre de ceux qui, étant venus à toi , prophète !, afin que tu leur donnes une monture pour participer à la guerre s'en retournent, les yeux versant tristement des flots de larmes, après que tu leur as répondu :
-Je ne trouve aucune monture pour vous.
Ah ! que ne trouvent-ils de quoi faire dépense pour se procurer cette monture !
Il n'est aucune voie de contrainte à l'encontre des bienfaisants.
La voie de contrainte n'est qu'à l'encontre de ceux qui te demandent permission de ne pas entier en campagne: ils sont riches; ils ont trouvé agréable d'être avec ceux restant à l'arrière. Allah a scellé leurs cœurs et ils ne savent point.
Ces gens s'excuseront auprès de vous, quand vous reviendrez parmi eux.
Dis-leur alors :
-Ne vous excusez point!
Nous ne vous croirons point!
Allah nous a avisés de ce qui se dit de vous.
Allah et son apôtre verront vos actions et, par la suite, vous serez ramenés à celui qui sait l'inconnaissable et le témoignage.
Alors il vous avisera de ce que vous vous serez trouvé avoir fait.
Ils vous feront des serments par Allah, quand vous reviendrez parmi eux, pour que vous vous détourniez d'eux.
Détournez-vous d'eux!
Ils sont souillure60 et leur refuge sera la Géhenne, en récompense de ce qu'ils se seront trouvé s'être acquis.
Ils vous font des serments pour que vous les agréiez à nouveau.
Si vous les agréez à nouveau, sachez qu'Allah n'agréera point le peuple des pervers.

(Mahomet, Coran 9/120-123).
Ô vous qui croyez !, soyez pieux envers Allah et soyez avec les véridiques!
Il n'est point des habitants de Médine ni de ceux des Bédouins qui sont autour d'eux, de rester aux arrières de l'apôtre d'Allah ni d'avoir désir de leurs aises plus que de lui.
Ni soif ni fatigue ni faim ne sauraient en effet les toucher, dans le chemin d'Allah.
Ils ne fouleront nul sol qui, foulé par eux, ne soit source de colère pour les infidèles61.
Ils n'obtiendront nul avantage sur un ennemi, sans qu'en prix de ces exploits une œuvre pie ne soit inscrite à leur avoir:
-Allah ne laisse point perdre la rétribution des bienfaisants.
Ils ne font nulle dépense dans le chemin d'Allah, petite ou grande, ils ne franchissent aucune vallée sans que cela soit inscrit à leur avoir, afin qu'Allah les récompense de ce qu'ils faisaient de mieux sur terre.
Les croyants n'ont point à se lancer en campagne, en totalité62.
Pourquoi, de chaque fraction parmi eux, un groupe ne se lancerait-il point en campagne pour s'instruire en la religion et avertir les siens, quand ce groupe reviendra à eux ?
Peut-être seront-ils sur leur garde.

(Mahomet, Coran 9/38-52).
Ô vous qui croyez !, quand il vous est crié: Lancez-vous en campagne63 dans le chemin d'Allah64 ! qu'avez-vous à rester cloués à la terre ?
Agréez-vous plutôt la vie immédiate que la vie dernière ?
Qu'est la jouissance de la vie immédiate au prix de la vie dernière, sinon peu de chose ?
Si vous ne vous lancez pas en campagne, Allah vous infligera un tourment cruel et vous substituera un peuple autre que vous et vous ne lui porterez nul dommage.
Allah, sur toute chose, est omnipotent.
Si vous ne le secourez point, Allah, en revanche, l'a secouru quand, expulsé par les infidèles, avec un seul compagnon, il disait à celui-ci alors qu'ils étaient tous deux dans la grotte: Ne t'attriste point !65
Allah est avec nous !
Allah fit descendre sur lui sa présence divine 66 et le soutint de légions que vous ne voyiez point.
Allah fit de l'arrêt67 des infidèles celui qui a le dessous, tandis que l'arrêt d'Allah fut celui qui l'emporta68.
Allah est puissant et sage.
Lancez-vous légers et lourds!69
Menez combat de vos biens et de vos personnes, dans le Chemin d'Allah!
Cela sera un bien pour vous, si vous vous trouvez savoir.
S'il s'était agi d'une affaire s'offrant à leur portée ou d'un voyage non éloigné, ils t'auraient suivi, prophète!
Mais longue leur a paru la distance70 !
Ils jureront par Allah : Si nous avions pu, nous serions partis en campagne avec vous!
Ils se perdent eux-mêmes.
En vérité, Allah sait qu'ils sont des menteurs.
Qu'Allah efface pour toi ton erreur, prophète !
Pourquoi leur as-tu permis de rester à l'écart, jusqu'à ce que se manifestent à toi ceux qui étaient véridiques et que tu reconnaisses les menteurs ?
Ceux qui croient en Allah et au dernier jour ne te demandent pas la permission de mener combat de leurs biens et de leurs personnes.
Allah connait les pieux.
Seuls te demandent permission de ne pas le faire ceux qui ne croient point en Allah et au dernier jour, ceux dont les cœurs sont emplis de doute, en sorte qu'en leur doute ils demeurent hésitants.
S'ils avaient voulu partir en campagne, ils s’y seraient préparés.
Allah a toutefois trouvé mauvais qu'ils entrent en mouvement.
Il leur a inspiré l'indolence et il leur a été dit :
-Abstenez-vous avec les exemptés !
S'ils étaient partis en campagne à vos côtés, ils n'auraient été pour vous qu'un trouble superflu et auraient semé la défiance parmi vous, en cherchant à faire naître la tentation de désobéir71 .
Parmi vous se trouveront des gens à eux qui sont tout oreilles, mais Allah connait bien les injustes.
Ils ont certes antérieurement cherché à faire naitre la tentation [de désobéir.
Pour toi, prophète ! ils ont bouleversé les affaires jusqu'à ce que vint la vérité et qu'apparut l'ordre d'Allah, en dépit de leur aversion.
Parmi eux, il en est qui te disent :
-Permets-moi de ne pas partir en campagne!
Ne me mets pas en tentation de désobéir !
Eh quoi !
Certes, si tu les interroges, ils disent: nous ergotions seulement et jouions!
Demande-leur: D'Allah, de ses signes et de son apôtre vous railliez-vous ?72
Ne vous excusez point!
Vous avez été infidèles après avoir reçu la foi73 .
Si nous effaçons la faute d'un groupe d'entre vous, en revanche, nous tourmenterons un autre groupe pour prix qu'il a été coupable.
Les munafiqun, hommes et femmes, s'ordonnent mutuellement le blâmable et s'interdisent le convenable74 .
Ils referment leurs mains pour ne point donner.
Ils ont oublié Allah et celui-ci les a oubliés.
Les munafiqun sont les pervers.
Allah a promis aux munafiqun, hommes et femmes, ainsi qu'aux infidèles, le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront.
Ce feu sera leur suffisant.
Qu'Allah les maudisse !
Ils auront un tourment permanent.

(Bukhari, Hadith 79/21).

Abdallah ibn Kab dit: J’ai entendu Kab ibn Malik raconter qu’après la défection de Tabuk, l’envoyé d'Allah avait défendu d’adresser la parole aux coupables. J’allai trouver l’envoyé d'Allah pour le saluer, me demandant en moi-même s’il remuerait ou non les lèvres pour me rendre mon salut.
Cinquante jours s’étaient écoulés et le prophète nous annonça alors après la prière de l’aurore que Allah nous avait accordé le pardon.

5-Le passage de Muhammad à Hégra75.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, 898-9).
Quand l’apôtre passa à côté d’al Hijr76 , il s’arrêta, et ses hommes allèrent prendre de l’eau au puit. Comme ils le faisaient, l’apôtre leur dit:
-Ne buvez pas cette eau, et ne l’employez pas pour vos ablutions. Si vous en avez utilisé pour la pâte, donnez-la aux chameaux et n’en mangez pas. Ne laissez aucun partir seul la nuit, ou donnez lui un compagnon. Les hommes firent ainsi qu’il leur avait été dit, sauf deux de la tribu des Banu Sayda: l’un se leva pour se soulager, et l’autre, pour aller voir son chameau. L premier fut preque étranglé sur le chemin, et l’autre, emporté par un coup de vent qui l’envoya dans les montagnes des Tayyi77.

Localisation d’al Hijr.
Abulfeda, Géographie 8878 .

Hijr, lieu rocailleux.
La sitation de Hijr est au milieu de gorges, à une journée de Wadil Qura. (...) Ces gorges portent le nom de Roches Fendues
79. J’ajouterai que Hijr est un lieu de station pour les pèlerins de Syrie.

(Bukhari, Hadith 60/225).
Récit d’Abdullah ibn Umar: Alors que nous étions en marche pour la bataille de Tabuk, nous avons atteint les régions des gens d’al Hijr, et l’apôtre d’Allah a dit à propos de ces gens:
N’entrez pas dans les habitations de ces gens, à moins d’entrer ne pleurant. Parce que sinon, si vous n’entrez pas ne pleurant, vous serez affligés de ce qui les a affligé.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes)80 .
J’ai entendu ce qu’a dit Az Zuhri:
-Quand l’apôtre est passé par al Hijr, il a couvert son visage avec sa cape et a ordonné à son chameau:
-Ne va pas parmi les maisons de ceux qui ont péchés, ou alors va vite, de crainte de rencontrer le même destin qui les a accablés.

(Mahomet, Coran 91/11-15).
Les Thamud ont crié au mensonge, par rébellion, quand se dressa leur très impie, et l’apôtre d’Allah leur dit:
-Ne touchez pas à la chamelle d’Allah, ni à son lait81.
Les Thamud le traitèrent d’imposteur et sacrifièrent la chamelle.
Leur seigneur les maudit pour leur péché et les anéantit, sans craindre la suite de leur disparition.

(Muslim Hadith 5/2319 et 2320)82
.... il dit aussi: si je les trouve, je les tuerais certainement, comme ont été tués les gens de Thamud.

6-Le séjour de Tabuk.
L’expédition ne ressemble à rien: il n’y a pas de grand combat, et l’armée tourne à vide. On rançonne un peu quelques gens, puis on rentre. Le plus grande pour la suite des événements est que les Byzantins ont montré leur léthargie.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 309)

Lorsque le prophète arriva à Tabuk, grande ville habitée par des chrétiens, il ne rencontra pas de trace de l'armée romaine qu'il y croyait réunie. Il y résidait un prince, nommé Yuhanna83 , fils de Ruba, qui possédait une grande fortune. Quand le prophète vint camper aux portes de Tabuk, Yuhanna sortit de la ville et fit la paix avec lui, en consentant à lui payer un tribut. Il y avait près de Tabuk deux villes, Jarba et Adsroh, dont les habitants vinrent également trouver le prophète; ils firent des propositions de paix et offrirent de payer tribut. Le prophète leur donna des lettres de paix.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).
Dans l’année 9, le prophète marcha sur Tabuk en Syrie, pour attaquer les Grecs... qui s’étaient assemblés contre lui, il ne rencontra pas de résistance. Il passa par Tabuk, dont les habitants acceptèrent de payer la capitation.

Anecdote utile84 .
(Hadith, Bukhari 64/81).

Al Mughira ibn Shaba a dit:
-Le prophète était allé faire satisfaire ses besoins85 , et je me mis ensuite à lui verser de l’eau - et ceci se passait, disait-il, durant l’expédition de Tabuk-. Il lava son visage, et comme il voulut laver ses deux bras, les manches de sa tunique se trouvant trop étroites, il en sortit ses bras sous sa tunique et les lava. Ensuite, il frotta ses deux bottines86 .

(Dawud Hadith 14/ 2707)87
Nous sommes entrés en territoire byzantin avec Maslamah. Un homme qui avait été malhonnête avec le butin a été amené... Maslamah demanda que faire de lui à Salim:
-J’ai entendu de mon père racontant d’Umar ibn al Khattab qui avait entendu le prophète:
il a dit: quand vous trouvez un homme qui a été malhonnête avec le butin, brûlez ses biens et battez-le.

Test d’autorité sur le retour
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 904).

L’apôtre d'Allah resta à Tabuk dix jours, pas plus. Puis il rentra à Médine. Sur le chemin, il y avait de l’eau sortant d’un rocher, assez d’eau pour deux ou trois cavaliers. C’était un wadi88 appelé al Mushaqqaq. L’apôtre d'Allah ordonna de ne pas boire l’eau avant son arrivée. Un certain nombre de gens assoiffés sont arrivés et ont bu. Quand l’apôtre d'Allah est arrivé, il est arrêté, et a vu que l’eau s’était tarie. Il demanda qui était venu, et demanda aussi leurs noms. Il s’exclama:
-Ne vous ai-je pas interdit de prendre l’eau avant moi?
Alors il les maudit et appela la vengeance d’Allah sur eux. Il mit sa main sous le rocher, et l’eau revint, couler dans sa main, comme Allah le voulait.

7-Un témoignage byzantin.
(Michel le Syrien89 ).
En plus, il vanta la richesse de la terre de Palestine, en disant:
-A cause de votre foi en un seul dieu, cette bonne et fertile terre leur sera donnée.
Et il ajouta:
-Si vous m’écoutez, si vous abandonnez ces dieux inutiles et si vous ne croyez qu’en un seul dieu, alors à vous Dieu donnera un terre d’où coulent le lait et le miel.
Pour confirmer ses paroles, il conduisit une bande de ceux qui lui obéissaient et commença à piller la terre de Palestine, asservisant et ravageant. Il revint chargé de butin et sans pertes, et ainsi, il ne les déçut pas par rapport à sa promesse.




3-La soumission d’Ukaydir des Banu Kinda90 .

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 309)
A quelques parasanges91 de là, était la forteresse de Duma, commandée par un prince arabe et chrétien, des Banu Kinda, nommé Ukaydir ibn Abdul Malik. Le prophète y envoya Khalid, ibn Walid, avec un petit détachement, et lui dit :
-Tu le trouveras à la chasse, car il est grand chasseur.
Khalid, s'approcha de la forteresse. Il faisait nuit et la lune brillait. La porte de la forteresse était fermée, et Ukaydir se trouvait sur la terrasse. Khalid, après avoir fait le tour de la forteresse, voyant qu'il ne pouvait rien entreprendre, se cacha derrière le mur. Un peu plus tard, Ukaydir, qui veillait encore, apercevant des antilopes et d'autre gibier s'approcher des murs, donna l'ordre de seller son chameau, et sortit de la forterese avec trois de ses parents, pour aller chasser. Khalid le fit prisonnier et l'amena auprès du prophète. Les musulmans regardaient avec étonnement la robe d'Ukaydir, qui était de brocart brodé d'or92; ils n'en avaient jamais vu de pareille. Après s'être engagé à payer un tribut93 , Ukaydir s'en retourna.

La délégation des chrétiens de Kinda
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 953).

Al Ashath ibn Qays vint voir l’apôtre d'Allah avec une délégation de Kinda. Ils étaient 80 cavaliers de Kinda, et sont arrivés jusqu’à la mosquée. Ils avaient peigné leurs mèches et noirci leurs yeux avec du kohl94, et ils portaient des robes95 rayées avec de la soie96. L’apôtre d'Allah leur demanda s’ils avaient accepté l’islam. Ils lui dirent qu’ils s’étaient soumis. Il leur demanda alors pourquoi ils avaient de la soie autour de leurs cous. Alors ils la déchirèrent et la jetèrent.

4-Conversions individuelles de chrétiens.
De rares conversions chrétiennes ont droit à une grande publicité dans les sources. Elles restent anecdotiques.

La conversion de Jarud.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 320
Après la députation des Zubayd, arriva une députation des Abdul Qays, qui étaient chrétiens. Leur chef, Jarud ibn Amir, vint auprès du prophète et embrassa l'islam. Après la mort du prophète, il resta fidèle à la religion musulmane, tandis que sa tribu apostasia97.

La conversion de Adiy ibn Hatim.
(Tabari, Histoire des prophètes IX 1707).

On m'a rapporté que Adi ibn Hatim des Tayyi98 disait:
-Aucun Arabe n'a détesté le messager d'Allah autant que moi, quand j'ai entendu parler de lui pour la première fois. En ce qui me concerne, j'étais un noble, un chrétien, voyageant parmi mon peuple, collectant le quart de leurs prises de guerre. Je professai ma propre religion, et la façon dont j'étais traité, c'était comme si j'étais un roi chez moi.
J'ai entendu parler du messager d'Allah, et je l'ai détesté (...).
-Ô Adi, (...) j'ai vu des bannières, je99 me suis informé et on m'a dit que c'était l'armée de Muhammad.
Je lui ai demandé d'apporter mes chameaux, ce qu'il fit, j'ai pris ma famille et mes enfants et je lui ai dit que j'allais rejoindre mes co-religionnaires en Syrie.
(...100 )
Puis il dit:
-Adi, n'es-tu pas à moitié chrétien et à moitié sabéen101 ?
J'ai répondu:
-Oui.
-Et ne vas-tu pas parmi ton peuple pour collecter le quart de leurs prises de guerre?
Je l'ai admis et il a dit:
-Mais ce n'est pas permis par ta religion!102
-En effet.
Et j'ai réalisé qu'il était le prophète envoyé par Allah, qui sait ce qui n'est pas su103.

La conversion de Farwa ibn Amir al Judhami.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 958).

Farwa, du clan des Nufatha, fit dire à l’apôtre d'Allah qu’il se soumettait à l’islam, et il lui donna une mule blanche. Il était gouverneur des Arabes pour le compte des Byzantins, sur la frontière, à l’apôtre d'Allah104 et sur les environs de la Syrie. Quand les Byzantins l’apprirent, ils l’attrapèrent, et le mirent en prison.
Quand ils vinrent pour le crucifier105 , il dit:
-Dites aux chefs des musulmans que j’ abandonne à mon seigneur mon corps et mes os106 .
Ils le décapitèrent et l’accrochèrent au dessus de l’eau.
Qu’Allah ait pitié de lui.

5-La soumission de Najran.
Najran est la grande ville chrétienne d’Arabie, qui a déjà eu des contacts avec Muhammad à Médine, sous forme d’une fastueuse ambassade107. La conjoncture a radicalement changé et les gens de Najran doivent se soumettre, non sans négocier. Le dossier est bien connu, et montre comment Muhammad tire profit de la soumission sans conversion108, en exigeant un tribut particulièrement lourd et précis109 . Ces chrétiens sont les précurseurs involontaires des dhimmis,110 les “protégés” de l’empire musulman. L’impérialisme est aussi une méthode de domination économique, et les biens des Arabes chrétiens ont toujours fasciné les musulmans111 .

1-La procédure de soumission.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois I X 1724).
Le prophète envoya Khalid... à Najran avec ordre de faire à la population trois fois l’appel à l’islam avant de leur livrer bataille. S’ils y répondaient, leur conversion serait acceptée, sinon, il faudrait les réduire par la force:
-Convertissez-vous et vous serez sauvés!112

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 58).
L’apôtre d’Allah a conclu la paix113 avec le peuple du Najran à condition qu’ils donnent aux musulmans deux mille vêtements... qu’ils prêtent trente cottes de mailles, trente chevaux, trente chameaux, et trente armes de chaque sorte utilisée dans la bataille114. Les musulmans leur accorderont la sureté à moins qu’ils ne se retournent contre eux en cas de complot ou de trahison au Yémen. Aucune de leurs églises ne sera démolie et aucun de leurs religieux ne sera maltraité, à moins qu’ils n’apportent quelque chose de nouveau (à l’accord) ou qu’ils ne pratiquent l’usure.
Ismaïl a dit:
-Ils ont pratiqué l’usure.”115

La soumission des Banu Haritha.116
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 959).

L’apôtre d'Allah envoya Khalid contre les Banu Haritha ibn Kab de Najran, pour leur ordonner de se soumettre à l’islam; pendant trois jours et ensuite, de les attaquer. S’ils acceptaient, il devait accepter leur soumission; s’ils refusaient, il devait les combattre. Alors Khalid est arrivé chez eux, envoya des cavaliers dans toutes les directions, pourles inviter à l’islam, disant:
-Si vous accepter l’islam, vous serez saufs!
Alors les gens ont accepté l’islam.
Khalid est resté chez eux pour leur enseigner l’islam et le livre d’Allah et la sunna117 de son prophète, parce que l’apôtre d'Allah lui avait ordonné de faire cela, s’ils acceptaient l’islam.
Khalid écrivit ensuite à l’apôtre d'Allah:
Au nom d’Allah le clément le miséricordieux.
A Muhammad le prophète et l’apôtre d'Allah. De Khalid ibn al Walid.
La paix soit sur toi, ô apôtre d'Allah et la bénédiction d’Allah.
Tu m’as envoyé auprès des Banu Haritha ibn Kab et je suis venu, non pour combattre mais pour les inviter à l’islam; si’ils acceptaient, je devais rester parmi eux, accepter la soumission, et leur apprendre les institutions de l’islam, le livre d’apôtre d'Allah et la sunna de son prophète.
Et s’ils ne se rendaient pas, de les combattre. Je suis venu vers eux, comme prévu et je les ai invité à se soumettre durant trois jours, comme l’apôtre d'Allah l’avait ordonné. J’ai envoyé des cavaliers partout avec ton message. Ils se sont rendus et n’ont pas combattre et je suis resté pour les instruire des ordres positifs et négatifs118 de l’islam et de la sunna du prophète comme l’apôtre d'Allah me l’a demandé.
Paix soit sur toi...

2-Les documents de la soumission.

Première lettre de Muhammad aux habitants de Najran.
(Yaqubi II119 ).
De Muhammad apôtre d'Allah aux évêques de Najran.
Au nom du dieu d'Abraham, d'Isa apôtre d'Allah120 et de Jacob121 ! Or donc, je vous appelle hors de l'adoration des créatures à l'adoration d’Allah et vous appelle hors de l'alliance des créatures à l'alliance avec Allah122 . Si donc vous refusez, ce sera la jizya123 ; si vous refusez aussi la jizya, je vous déclarerai la guerre.

Traité de soumission des chrétiens de Najran
(Ibn Sa’d n° 72124 ).
Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le prophète Muhammad apôtre d'Allah, aux habitants de Najran sur qui il avait autorité, au sujet toute récolte de fruits, de toute monnaie jaune ou blanche125, de tout esclave. Or, il leur fut généreux en leur abandonnant le tout contre 2000 habits onciaux126, dont 1.000 chaque mois de rejeb et 1.000 à chaque mois de safar avec en surcroit, une once d'argent par habit. Etant entendu que tout excédent, sur l'impôt ou tout manquant à la quantité d'onces serait mis en compte;que tout ce qu'ils remettraient, comme cottes de mailles ou comme chevaux ou montures127 ou autres objets, leur serait mis en compte; qu’aux Najranites incomberait le soin de l'approvisionnement et des fournitures de mes envoyés pour la durée maximum d'un mois; que mes envoyés ne pourraient être retenus au-delà d'un mois qu'au cas d'une guerre ou d'un crime dans le Yémen, ils auraient à prêter à mes envoyés 30 cottes de mailles, 30 chevaux et 30 chameaux; que ce qui aurait été prêté des cottes de mailles, chevaux, montures et autres objets, à mes envoyés, resterait à la charge de mes envoyés jusqu’à restitution aux gens de Najran. La protection d’Allah et la garantie du prophète, apôtre d'Allah s'étendent sur Najran et alentours, soit sur leurs biens, leurs personnes, la pratique de leur culte, leurs absents et présents, leurs familles, leurs sanctuaires et tout ce qui, grand ou petit, se trouvent en leur possession. Aucun évêque ne sera déplacé de siège épiscopal ni aucun moine de son monastère, ni aucun prêtre de sa cure. Aucune humiliation ne pèsera sur eux ni le sang d’aucune vengeance antérieure à la soumission. Ils ne seront ni rassemblés ni assujettis à la dîme. Aucune troupe ne foulera leur sol lorsque 1'un d'eux réclamera un du, l'équité sera de mise parmi eux. Ils ne seront ni oppresseurs ni opprimés. Et quiconque d'entre eux pratiquera à l'avenir l'usure, sera mis hors de ma protection. Aucun homme parmi eux ne sera tenu responsable faute d'un autre.
Donc, la garantie d’Allah et l'assurance du prophète Muhammad apôtre d'Allah sanctionnent le contenu de cet écrit pour jusqu'au jour où Allah manifestera son autorité, tant qu'ils demeureront dans de bonnes dispositions et agiront en conformité de leurs devoirs; sans subir aucun outrage128 .

Ont témoigné:
Abu Sufyan ibn Harb129, Ghallan ibn Amir, Malik ibn Awf de 1a tribu des Banu an Nasr, Aqra ibn Habis de la tribu de Hanzala; et al Mughira ibn Shubah, Les présentes ont été écrites par eux par Abd Allah ibn Abu Bahr.


Autre version du traité (Tabari130 ).
Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
Voici ce qu'a fixé par écrit le serviteur d’Allah, Abu Bakr, vicaire131 du prophète Muhammad, pour les habitants de Najran.
Il les garantit par la garantie d’Allah et l'assurance du prophète, garantie allant à leurs personnes, à leurs terres, à la pratique de leur culte, à leurs biens, à leur personnes, à leurs fantassins, à leurs absents et présents, à leurs évêques, à leurs moines, à leurs églises, à toute chose grande ou qui se trouve en leur possession. Qu'ils ne puissent être, ni assujettis à la dime; qu'aucun évêque ne soit déplacé son siège épiscopal ni aucun moine, de son monastère, en accomplissement de ce que le prophète Muhammad leur avait fixé par écrit. Et sur tous les points contenus dans cet écrit jouieront à jamais132 la garantie d’Allah et la garantie du prophète Muhammad, la paix soit sur lui ! Et à eux d'avoir de bonnes dispositions et de bien faire en ce qui leurs devoirs.


6-La soumission d’Aylah.

(Baladuri, Livre des conquêtes XII 59).

Durant son séjour à Tabuk, vint le rencontrer Yuhanna ibn Rubah, chef d’Aylah133, qui fit un accord, acceptant de payer pour chaque adulte de son territoire un dinar par an, soit 300 dinars en tout. Le prophète imposa comme condition qu’ils fournissent le gite et le couvert à ceux des musulmans qui passaient par là. Il écrivit un pacte selon lequel ils seraient saufs et protégés134 .

Lettre de Muhammad
(Ibn Sa’d, n° 45135 ).

Au nom d’Allah, le clément, le miséricordieux.
A Mar Yuhannah136 ibn Rubah et aux chefs du peuple
Soyez en paix! Or, je vous mande les louanges d’Allah hors duquel il n'y a point de dieu. Car, je n'ai pas été homme à vous combattre avant de vous avoir écrit. Soumets-toi donc ou acquittez la jizyah et obéis à Allah et à son envoyé et aux envoyés de son envoyé. Honore-les et vêts-les de vêtements convenables qui soient autre chose que des vêtements rêches137. Vêts Zayd de vêtements convenables138. Et quoi que mes envoyés acceptent, je l'accepterai. Et l'on connait la jizyah. Si donc vous désirez la sécurité sur terre et sur mer139 , tu devras obéir à Allah et à son envoyé. Et que vous soit interdite toute redevance, ayant appartenu jusqu'ici aux Arabes et aux non-Arabes, la redevance revenant à Allah et la redevance revenant à Envoyé. Mais, si tu les renvoies sans les donner satisfaction, je n'accepterai de vous que combat. Je ferai alors les petits captifs, et ferai périr les adultes, car, je suis en droit l'apôtre d'Allah140.
Je crois en Allah et en ses livres et en ses envoyé et en le Messie fils de Marie qui est le Verbe d’Allah que je crois être l'envoyé d’Allah.
Or, viens avant qu'aucun mal ne vous touche141. En effet, je vous ai recommandés à mes envoyés, et remets à Harmalah trois charges d'orge. Car, Harmalah a intercédé pour vous. Quant à moi, sans Allah et cela142 je n'aurais pas correspondu avec vous autrement qu'en vous faisant voir l'armée. Si donc, vous vous soumettez à mes envoyés, Allah sera votre sauvegarde, ainsi que Muhammad et ceux qui sont siens.
Et mes envoyés sont: Shurahbil, Ubayy, Harmalah et Huraith ibn Zayd des Banu Tayyi. Ceux-ci, quoi qu’ils concluent avec toi, je l’accepterai; et sur vous iront la protection d’Allah et la protection de Muhammad l’apôtre d'Allah. La paix soit sur vous si vous obéissez. Envoyez les habitants de Maqna, tout équipés, dans leur pays.

7-La soumission de Tabalah et Jurash.


(Baladuri, Livre des conquêtes XI 59).
Les populations de Tabalah et Jurash acceptent l’islam sans résistance. Le prophète les épargna en échange de quoi ils sont devenus musulmans, imposant sur chaque adulte du “peuple du Livre” parmi eux un dinar de capitation, et exigeant d’eux qu’ils fournissent aux pèlerins le gite et le couvert. Abu Sufyan fut désigné gouverneur143 de Jurash par le prophète.144

8-La soumission de Maqna.
Les juifs de Maqna et le cheval de Muhammad.
(Maqrizi I 469-70145).
Et Ubayd ibn Yasir ibn Numayr ainsi qu'un homme de la tribu de Judham se rendirent à Tabuk et se convertirent à l'islam. Le prophète octroya à ces deux hommes le quart de Maqna : de ce qui provient de la mer et des produits de ses dattiers, ainsi que le quart des quenouilles; et il octroya à Ubayd ibn Yasir cent tresses, c'est-à-dire manteaux, puisqu'il était à cheval et le Judham à pied. Puis tous les deux se rendirent à Maqna, où il y avait des Juifs, qui s'occupaient de son cheval. Et il lui146 octroya soixante tresses de son cheval. Et Ubayd fit cadeau d'un cheval de race au prophète, appelé Murawih, en disant qu'il était gagnant de la course. Le prophète organisa une course hippique à Tabuk, et ce cheval l'emporta. Puis le prophète donna ce cheval à al Miqdad ibn Amir.

9- Soumission de Hadas.

(Ibn Sa’d § 16).

Muhammad écrivit à ceux de Hadas, qui devaient accepter l’islam, faire la prière et donner l’aumône, la part147 d’Allah et de l’envoyé d'Allah et qu’ils devaient se déparer des idoles148 , et ainsi ils seraient assurés de la protection d’Allah et de son envoyé. Celui qui quittait l’islam, il perdait la protection de Allah et son envoyé.
(...)
Et celui qui voulait attester de sa soumission à l’islam, il devait amener avec lui un musulman, pour être sur de la protection de Allah et son envoyé, et pour être sur de faire partie des musulmans.

10- L’expédition de Usama ibn Zayd.
Elle est particulièrement bien connue à cause du contexte de Médine à la fin mai 632: Muhammad est déjà bien malade, et les troupes en profitent pour contester le choix du chef de l’expédition, Ussama, considéré comme trop jeune, exhalté, et métis de surcroit149. L’erreur a sans doute été de lui adjoindre les grognards de la vieille garde mohammédienne.
Le raid pénêtre profondément en Palestine byzantine, sans autre résultat qu’une accumulation de destructions. On peut encore la considérer comme un test des capacités de réactions des Byzantins.


1-Les objectifs de la mission.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 338)

Le prophète fut informé qu'il y avait, à la frontière de Syrie, des mouvements et des rassemblements de troupes romaines. Malgré sa maladie, il donna l'ordre aux musulmans de se préparer pour aller en Syrie, et nomma Usama ibn Zayd, chef de l'expédition. Usama établit son camp aux portes de Médine, et tous firent leurs préparatifs.

Ibn Habib, Muhabbar, p. 125
En l’an 9, (le prophète) envoya Usama ibn Zayd vers le Darum, en terre de Palestine, à la tête d’une troupe. Il fit du butin et revint indemne.150

Hadith de Dawud (Jihad 83)
... Usama m’a rapporté que l’envoyé d’Allah lui avait fait une injonction en disant:
-Attaque Ubna de bon matin et mets-y le feu.151

(Ibn Sa’d, Tabaqat IV 67).
... Hisham ibn Urwa nous a rapporté ce qui suit: Mon père m’a informé que l’envoyé d’Allah confia le commandement à Usama ibn Zayd et lui ordonna d’attaquer Ubna qui est du côté de la mer152.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 970).
L’apôtre d'Allah rentra et s’arrêta à Médine pour le reste de dhul hijja, muharram et safar. Il ordonna que les gens fassent une expédition en Syrie et mit à sa tête Ussama ibn Zayd ibn Haritha, fils de son affranchi. Il lui ordonna de mener la cavalerie dans le territoire de Balqa et al Darun, en Palestine. Les hommes se tinrent prêts, et tous les premiers muhajirun partirent avec Ussama.


2-La contestation.
Elle est ouverte, alors qu’auparavant, elle couvait seulement. Une décision prophétique est contestée en public, ce qui est inouï, de la part de musulmans. Ils songent surtout à leur sécurité, et sur un plan strictement hiérarchique, ils refusent d’obéir à un blanc-bec.
Mais la raison profonde au malaise est que le chef est affaibli, et qu’en l’absence d’institutions pérennes, son pouvoir est aussitôt contesté.


(Bukhari, Hadith 83/2,1).

Abdallah ibn Dinar rapporte qu’ibn Omar a dit: l’envoyé d'Allah avait envoyé une expédition dont il avait donné le commandement à Usama ibn Zayd. Certains fidèles ayant critiqué cette nomination, l’envoyé d'Allah se leva et dit:
-Vous critiquez cette nomination comme vous aviez déjà critiqué celle de son père auparavant153; eh bien, par Allah, son père a été digne du commandement et il a été un des hommes que j’ai le plus aimé et celui-ci est un des hommes que j’ai le plus aimé après lui.

(Musa ibn Uqba 8)154
Des hommes contestaient le commandement d’Usama, et l’apôtre d'Allah s’est levé et a dit:
-Si vous contestez le commandement d’Usama, vous contestez aussi celui de son père. Par Allah, il était digne d’être chef. Il était des hommes les plus chers pour moi, et Usama est le plus cher après lui. Alors traitez-le bien quand je ne serai plus, parce qu’il était le meilleur d’entre vous.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1794-5).
L’apôtre d'Allah ordonna à son peuple d’entreprendre une expédition en Syrie. Il mit Ussama le fils de son affranchi Zayd à sa tête, avec ordre de conduire la cavalerie dans les territoires de al Balqa155 et al Darum156, en Palestine. Le peuple se tint prêt, et les premiers muhajirun faisaient partie de l’affaire.
(...)
Les munafiqun critiquèrent le commandement d’Ussama alors le prophète les contredit, en affirmant qu’il était digne de commander, et qu’ils avaient critiqué son père avant lui, alors que Zayd était digne de commander.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 1006).
Les gens critiquaient le commandemant d’Usama, en disant:
-Il a mis un jeune homme à la tête des meilleurs des muhajirun et des ansar.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 338)

Cependant les soldats murmuraient en disant :
-Il fait du fils de son affranchi, le chef des muhajir, des Quraysh et des ansar157 .
Le prophète, apprenant ces propos, dit:
-Il est digne du commandement. Lorsque j'ai placé son père Zayd ibn Haritha, à la tête de l'armée de Muta, on a tenu le même langage158 .
Quand Usama vint chez le prophète, celui-ci attira sur sa poitrine la tête de ce chef et lui dit:
-Ne t'afflige pas de ce que disent les hommes; ils ont dit la même chose de ton père, et il était bien digne du commandement; tu l'es pareillement. Il lui donna des éloges et le combla d'honneurs. Usama se rendit au camp, et les soldats, après avoir terminé leurs préparatifs, y vinrent également.

(Bukhari, Hadith 64/42).
L’envoyé d'Allah avait nommé Usama et un groupe de fidèles qui protestèrent contre cette désignation. Le prophète dit alors:
-Vous protestez contre cette nomination comme vous avez déjà protesté contre celle de son père autrefois. Eh bien! J’en jure par Allah, il est digne des fonctions qui lui ont été conférées, et si son père a été pour moi le plus cher des hommes, lui est pour moi le plus cher des hommes après son père.

(Bukhari, Hadith 85/31)159 .
Urwa rapporte que Aïsha a dit:
-L'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux, la face resplendissante de gaieté.
-Sais-tu bien, me dit-il, que Mujazziz vient de regarder tout à l'heure Zayd ibn Haritha et Usama ibn Zayd et il di :
-Voici des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.

Urwa rapporte que Aysha a dit:
-Un certain jour l'envoyé d'Allah entra chez moi tout joyeux.
-Ô Aïsha, me dit-il, sais-tu bien que, Mujazziz al Mudliji vient de venir; il a vu Usama et Zayd la tête couverte d'une pièce d'étoffe et laissant voir leurs pieds.
-Voici, a-t-il dit, des pieds qui sont apparentés les uns aux autres.

3-L’expédition.
( Dawud,Hadith Jihad/ 82).
L’envoyé d’Allah m’a ordonné - et c’est la dernière recommandation qu’il m’a faite- de presser la marche pour prévenir la diffusion de la nouvelle de mon arrivée, de lancer l’attaque sans appeler à l’islam, d’incendier et de dévaster.

(Dawud, Hadith 19/ 3035)160.
Il lança l’attaque. Aucun chien n’avait aboyé, personne n’avait bougé et ne s’était aperçu de rien avant de voir les assaillants fondre sur eux au cri de :
-Ô toi qui est assisté (par Allah), donne la mort!
Il tua tous ceux qui lui apparaissaient, il fit captifs tous ceux qu’il put capturer; il brula au feu leurs groupements, incendiant leurs maisons, leurs cultures et leurs palmiers, dont s’élevèrent des nuages de fumée; et il fit galoper les cavaliers dans les enclos et les pourtours de leurs demeures. Ils arrêtèrent là leurs poursuites. S’emparant de tout ce qui était à leur portée, ils passèrent ce jour-là à mettre en ordre le butin qu’ils avaient fait.161

11-L’union avec Mariyah.
Muhammad aurait reçu de la part de l’évêque d’Alexandrie une esclave chrétienne du nom de Marie, qu’il conserve comme concubine. Elle lui donnera un fils, Ibrahim, mort peu de temps après. La véracité de l’épisode est largement douteuse. Mais il est problable que le chef a pu récupérer d’un lot d’esclaves une chrétienne, pour son usage personnel.

(Ibn Sad, Tabaqat, 1/134-5).
Le messager d'Allah la logea - soit Mariayh la Copte 162 et sa soeur- avec Umm Sulaym bint Milhaan, et le messager d'Allah alla chez elle pour leur parler de l'islam. Il prit Mariyah comme concubine et il la déplaça vers une de ses propriétés à al Awaali. Ensuite, elle devint bonne musulmane.

(Ibn Sad, Tabaqat 1/151).
Il présenta au prophète Mariyah et sa soeur Sirin, un âne et une mule blanche. L'apôtre d'Allah aimait bien Mariyah qui avait la peau blache et des cheveux bouclés et qui était jolie. Alors il fit de Mariyah sa servante, et il l'envoya dans une de ses propriétés qu'il avait pris aux Banu Nadir.


II
Les prophètes arabes
L’éradication des doctrines concurrentes


L’essor de l’islam, dans l’Arabie du VIIème siècle, est assurément un phénomène historique unique, mais qui en laisse un autre dans l’ombre, celui des anti-prophètes, ceux qui contestent l’unicité et l'originalité du projet musulman. La réussite remarquable de Muhammad ibn Abdallah a suscité des répliques, en dehors de l’islam et peut-être déjà à l’intérieur. Le sujet a été très peu abordé en Occident, à peu près inconnu. Il faut noter que les sources sont là encore musulmanes, donc très partiales et même caricaturales. En passant outre leur point de vue unilatéral et caricatural, il est possible d’émettre l’idée que ces prophéties étaient de toute façon présentes, sur la scène arabe, avant même l’arrivée de Muhammad163. La répression de ces mouvements concurrents se fait de façon particulièrement brutale. Entre concurrents, il n’y a pas de pitié quand on doit s’emparer d’un marché porteur.


1-La mosquée de la nuisance.

Les sources musulmanes préfèrent donner des informations très superficielles sur cet incident curieux, qui a laissé des traces dans le Coran: la destruction par Muhammad d’une mosquée dite “de la nuisance164 ”, située à Qoba165, et la dispersion de ses fidèles. On ne saura sans doute jamais ce qui est advenu: hérésie, schisme, manichéisme166, rébellion167 ?
Les événements qui suivent la mort de Muhammad indiquent bien les dissensions hérétiques qui agitent déjà la communauté musulmane, et qui font de cet épisode la première hérésie de l’islam. Derrière l’affaire, on a suspecté l’influence d’Abu Amir, un ermite chrétien de Médine, opposant de la première heure à Muhammad.
Il faut noter, sans trop sourire, que c’est l’inventeur de l’islam en personne, qui détruit la première mosquée de l’Histoire.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 311).

Les munafiqun avaient construit près de la porte de Médine une mosquée pour pouvoir s'y réunir sous prétexte de prier, mais, en réalité, pour y délibérer et se communiquer leurs griefs. Ils avaient dit au prophète :
-Apôtre d'Allah, nous avons construit une mosquée à une extrémité de la ville, afin que les infirmes et tous ceux qui ne peuvent pas se rendre à la grande mosquée aient un lieu pour prier. Il peut arriver que quelqu'un se trouve malade, ou que la nuit soit obscure, ou qu'il tombe de la pluie et qu'il y ait de la boue; dans ces cas, nous accomplirons notre prière dans cette mosquée. Viens-y prier, afin que ta bénédiction y reste attachée168.
Le prophète avait répondu:
-Ne soyez pas si pressés, attendez que je sois de retour de cette expédition.
Or, lorsqu'il revint et qu'il s'arrêta à la porte de Médine, les munafiqun vinrent lui demander de prier avec eux dans cette mosquée. Allah révéla les versets suivants :
Il y en a qui ont construit une mosquée pour te nuire et pour produire l'infidélité... N'y entre jamais ... 169
En conséquence, le prophète appela quelques-uns de ses compagnons et leur dit:
- Allez détruire cette mosquée; brisez tout ce qui est pierre et maçonnerie, et brûlez tout ce qui est bois.
Ces hommes firent ainsi; et le prophète rentra dans la ville. Les trois musulmans qui n'avaient pas suivi le prophète, Kab ibn Malik, Morara ibn Rabi, et Hilal ibn Omayya, se présentèrent devant le prophète. Celui-ci ne leur adressa pas la parole et défendit aux musulmans de leur parler.
Ces trois hommes demeurèrent ainsi interdits dans la ville pendant quarante jours. Enfin Allah exauça leurs prières et agréa leur repentir; il révéla le verset suivant:
Il pardonna à ces trois qui étaient restés en arrière, etc170.
Le prophète les fit appeler et leur annonça que leur repentir était agréé.


(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 907).
Les douze hommes171 qui l’avaient construit:
-Khidham ibn Khalid (sa maison ouvrait sur la mosquée).
-Thalaba ibn Hatib
-Muattib ibn Qushayr
-Abu Habiba ibn al Azar
-Abbab ibn Hunayf
-Jarmiya ibn Amir et ses deux fils Mujammi et Zayd
-Nabtal ibn al Harith
-Bahzaj
-Bijad ibn Othman
-Wadia ibn Thabit.

(Baladuri, Livre des conquêtes I 3).
La mosquée de Quba a été bâtie par Sad ibn Khaythamah et son site était une propriété de Labbah où elle gardait son âne. Les dissidents dirent:
-Devons-nous prier là où Labbah attache son âne? Jamais! Nous devons plutôt choisir pour nous même un autre endroit pour faire la prière, jusqu’à ce qu’Abu Amir172 vienne et conduise notre culte.
A ce moment, Abu Amir était en fuite, s’éloignant du visage d’Allah et de son prophète vers la Mecque, et de là, en Syrie, il s’était converti au christianisme.
(...)
Les Banu Amir ibn Awf ont construit une mosquée dans laquelle le prophète les conduisait à la prière. Alors vint de la jalousie de la part de leurs frères Banu Ghann ibn Awf qui dirent:
-Nous aussi nous pouvons construire une mosquée et y inviter le prophète comme il l’a fait chez vous!
... Donc ils ont érigé une mosquée et envoyé une invitation au prophète pour venir et prier dedans173.

(Mahomet, Coran 9/109-111).
Ceux qui ont pris pour eux une mosquée, par nuisance174 , impiété, schisme entre les croyants et pour faire le guet, pour ceux qui ont fait la guerre à Allah et à son apôtre antérieurement... et ceux-là jurent certes:
Nous n'avons voulu que la très belle récompense!
Mais Allah est témoin, en vérité, qu'ils sont certes des menteurs, prophète !, ne te tiens pas en cette mosquée de la nuisance!
Une mosquée fondée sur la piété175 , dès le premier jour, est certes plus digne que tu t'y tiennes. En celle-ci sont des hommes qui aiment à se purifier.
Or Allah aime ceux qui se purifient.
Eh quoi! qui vaut le mieux ? celui qui a fondé son édifice sur de la piété envers Allah et sur son agrément, ou bien celui qui a fondé son édifice sur le bord d'une berge rongée qui s'est abimée avec lui dans le feu de la Géhenne ?
Allah ne dirige point le peuple des Injustes.
L'édifice qu'ils ont construit ne cessera d'être doute en leurs cœurs, à moins que leurs cœurs ne se déchirent176.
Allah est omniscient et sage.


2-Les prophètes concurrents.

Ils sont trois, tous dans une zone d’influence juive: Mosaïlima, Aswad et Tolayhah, suivi d’une prophétesse après la mort de Muhammad177 . Le tableau qu’on en dresse est particulièrement grotesque et méprisant. Tout est fait pour dénigrer ces individus qui sont des sacrilèges pour Muhammad de par leurs existences, leur prétentions, et leur mimétisme.
La violence de la répression est là pour montrer que ces tentatives ont été considérées comme de sérieux dangers pour l’islam naissant. Elles se sont répandues dans les régions soumises aux influences chrétiennes, perses178 et surtout juives.


Mosaïlima et Aswad.
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1750).

Le prophète rentra à Médine après avoir fait le pèlerinage de la perfection de la religion, et il commença à se plaindre de sa maladie. Comme les voyages étaient à nouveau permis après le pèlerinage, la nouvelle de la maladie du prophète se répandit, et al Aswad et Mosaïlima saisirent l’opportunité et proclamèrent qu’ils étaient prophètes, le premier au Yémen et le second au Yamama, et ces nouvelles sont arrivés jusqu’au prophète. Après la rémission du prophète, Tolayhah saisit l’opportunité et se proclama prophète dans le pays des Banu Asad. Puis au mois de muharram, le prophète se plaignit d’une douleur et il en mourut.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 964).

Les grands menteurs Mosaïlima et Aswad ibn Kab al Ansi ont parlé du temps de la vie de l’apôtre d'Allah, le premier au Yamama, le second à Sanaa.
(...)
J’ai entendu l’apôtre d'Allah dire du haut de la chaire:
-J’ai vu sur mon bras deux bracelets en or, et je les ai détestés, je les ai frappés et ils sont partis. J’ai interprêté cela comme si c’étaient les deux grands menteurs, l’homme de al Yamama et celui du Yémen.

La répression
(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1798).

L’apôtre d'Allah partit en guerre contre les faux prophètes en envoyant des messagers. Il envoya un messager à des descendants des soldats perses dans le Yémen et leur ordonna de se débarasser d’al Aswad par un habile stratagème. Il leur donna instruction de chercher d el’aide auprès des Banu Tamim et Qays, et envoya des lettres aux uns et aus autres pour s’aider. Ils firent ce qui était dit. Les possibilités de fuite des apostats furent coupées, et ils furent attaqués partout où ils étaient, en état de faiblesse. Al Aswad fut tué alors que le prophète était vivant, un jour ou une nuit avant sa mort. Tolayhah, Mosaïlima179 et les autres de cette espèce furent éliminés par les messagers.

3-Le prophète Mosaïlima.

Le personnage paraît pittoresque180, mais derrière ces apparences quasi-satiriques, on pressent qu’il a été le concurrent le plus sérieux. Le dénigrement commence avec la rencontre entre les deux hommes. Par la suite, Mosaïlima181 est présenté comme un anti-Muhammad, qui prend le contre-pied de la doctrine musulmane dans tous ces aspects. Il serait plus habile d’identifier dans sa doctrine des influences chrétiennes, pour lui et pour sa femme Sajah, qui le remplace comme prophétesse après sa mort182.
La courte correspondance entre les deux est un document exceptionnel, et remarquable par le contraste très fort entre les deux, dans le fond et la forme183 .

1-Le début d’une carrière prophétique.
Le but exclusif des documents est de montrer un personnage dans toute son imposture , son artificialité et son ridicule.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 945-6).

La députation des Banu Hanifa vint vers l’apôtre d'Allah apportant avec elle Mosaïlima ibn Habib, le grand menteur. Un des érudits de Médine dit qu’ils l’avaient mis sous des tissus. L’apôtre d'Allah était assis avec ses compagnons avec une branche de palmier au dessus de lui. Il apparut à l’apôtre d'Allah quand ils le firent sortir de dessous ces tissus. Il lui parla et lui demanda un cadeau. L’apôtre d'Allah répondit:
- Même si tu me demandais cette branche de palmier, je ne te la donnerai pas.
(...)

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 320-22).
Ensuite il arriva du Yamama une députation des Banu Hanifa, composée de dix hommes, parmi lesquels se trouvait Mosaïlima, l'imposteur184 , qui était déjà auparavant venu à Médine, qui avait entendu le prophète et qui, ensuite, était retourné dans le Yamama. C'était un homme très éloquent et sachant s'exprimer en beau langage rimé. Or, les Banu Hanifa, voyant que tous les Arabes envoyaient au prophète des députations et embrassaient l'islam, firent également partir une députation de dix hommes, et parmi eux Mosaïlima. Celui-ci savait que le prophète avait l'habitude de prononcer la maxime suivante185 :
-Quand plusieurs hommes voyagent, le meilleur d'entre eux est celui qui sert les autres.
Or, en entrant dans Médine, les dix messagers firent halte à Baqi al Gharqad.
Mosaïlima dit à ses compagnons :
-Allez, moi je resterai ici pour garder vos bagages. Si Muhammad vous demande “Pourquoi vous n'êtes qu'au nombre de neuf, puisque vous êtes entrés dix à Médine”, répondez-lui que l'un de vous est chargé du service et garde vos bagages.
Ces hommes vinrent se présenter au prophète, qui leur dit :
- Vous étiez dix lorsque vous êtes entrés dans la ville; qu'est devenu le dixième?
Ils répondirent :
-Apôtre d'Allah, il est notre serviteur, il garde nos bagages.
Le prophète, selon son habitude, répliqua :
-C'est le meilleur d'entre vous.
Quand ils revinrent auprès de Mosaïlima et qu'ils lui répétèrent les paroles du prophète, Mosaïlima dit:
-Ce prophète vient de confirmer mon mérite.
Après avoir enseigné à ces neuf députés la religion musulmane, le prophète leur donna par écrit les institutions et les obligations de l'islam, et leur recommanda d'appeler à la religion les Banu Hanifa et les habitants du Yamama. Quelques-uns disent que Mosaïlima vit le prophète, mais cela n'est pas exact. Quand ils furent de retour avec Mosaïlima dans leur pays, et qu'ils exposèrent les lois de l'islam aux Banu Hanifa, ceux-ci les trouvèrent trop rigoureuses.

2-L’exposé de la doctrine hérétique.
La Tradition présente là une caricature de l’hérésie, à laquelle personne ne peut prêter crédit.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 945)
Quand ils arrivièrent à al Yamama186, l’ennemi d’Allah apostasia, se présenta comme prophète, et s’amusa à mentir. Il disait:
-Je suis son collègue dans cette affaire.
Il dit aussi à la délégation:
-Ne vous a t-il pas dit, quand vous m’avez présenté “Sa position n’est pas pire que la mienne”? Cela veut bien dire que c’est un collègue, pour moi.
Ensuite, il se mit à réciter des vers rythmés187 et parlait en imitant le style du Coran188:
Allah a été agréable à la femme enceinte; il lui a apporté un être vivant qui peut bouger; depuis l’intérieur d’elle189.
Il leur permit de boire du vin, de forniquer et il les dispensa de la prière, tout en reconnaissant que l’apôtre d'Allah était un prophète190. Et les Banu Hanifa étaient d’accord avec lui.
Mais Allah sait la vérité191.

(Tabari, Livre des prophètes et des rois I 320-22).
Alors Mosaïlima dit:
-Je suis prophète, comme Muhammad; la moitié de la terre est à moi, l'autre moitié à lui. Vous avez vu Muhammad, dit-il à ses neuf compagnons en invoquant leur témoignage, et vous savez qu'il a confirmé ma supériorité, en me déclarant, le meilleur d'entre vous.
Puis il ajouta:
-Vous ne trouverez pas de meilleur prophète que moi; pourquoi suivre un prophète étranger? Ma doctrine est plus facile que celle de Muhammad.
Mosaïlima donna à ses compatriotes des institutions religieuses, les dispensa de la prière, et déclara licites la fornication et le vin. Ces lois leur plurent: ils le reconnurent comme prophète et acceptèrent sa religion. Il débitait des discours rimés, non rythmés, qu'il prétendait avoir reçus du ciel.
Du vivant du prophète, il disait:
-J'ai la mission prophétique pour une moitié de la terre, et Muhammad également pour une moitié. Muhammad a reçu ses révélations de Gabriel, et moi de Michel192. Lorsque ses adhérents furent devenus, nombreux, il prit le nom de Rahman du Yemama193.
Devenu puissant, il adressa au prophète une lettre ainsi conçue:
“Moi Mosaïlima, Rahman194 du Yemama, à Muhammad ibn Abdallah, apôtre d'Allah parmi les Quraysh. (Il omettait le nom de son père, qui était Habib.) En ton nom, ô Allah, secours constant! Or à moi la moitié de la terre, à toi l'autre moitié. Mais vous, les Banu Abdul Muttalib, vous n'aimez pas le partage équitable. “
Il fit porter cette lettre par quelques hommes des Banu Hanifa. Le prophète, après avoir lu cette lettre, demanda aux messagers quelle était leur propre opinion.
Ils répondirent :
-Nous pensons de même que tu dois exercer la fonction prophétique dans une moitié de la terre, et lui dans l'autre moitié.
Le prophète répliqua :
-On ne doit pas tuer des députés; sans cela je vous ferais mettre à mort. Ensuite il fit écrire une réponse en ces termes:
“Moi Muhammad, apôtre d'Allah, à Mosaïlima, l'imposteur.
Au nom du Allah clément et miséricordieux. Or la terre est à Allah, il en donne la possession à celui de ses serviteurs qu'il veut. La récompense finale sera à ceux qui le craignent.”

Le prophète renvoya les deux messagers avec cette lettre. Il y avait dans le Yamama un chef des Banu Hanifa, nommé Madjaa ibn Asad, homme distingué par son éloquence, auquel on présenta les deux lettres. Il dit :
-La dernière de ces deux lettres ressemble aux paroles des prophètes.
Lorsque le prophète mourut, Mosaïlima dit:
-Gabriel est venu me trouver et m'a confié la mission prophétique sur toute la terre.
Il demeura dans cette prétention jusqu'à ce que Abu Bakr envoya contre lui une armée sous les ordres de Khalid ibn Walid, qui le tua.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 86).

Parmi les délégués se trouvait Mosaïlima, le faux prophète, Thumamah, qui dit à l’apôtre d’Allah:
-Si tu le veux, nous te laisserons toute autorité sur ton territoire, et nous te prêterons allégeance, mais après ta mort, tout retournera à nous.
-Non! dit l’apôtre d'Allah, absolument pas. Et qu’Allah vous frappe!

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 87).
Quand la délégation des Banu Hanifa rentra au Yémen, Mosaïlimah, le faux prophète, déclara qu’il était prophète... Les Banu Hanifa et d’autres au Yaman le suivirent.
Alors il écrivit le message suivant:
“De Musaïlimah, messager d’Allah à Muhammad, messager d’Allah, salut.
La terre appartient à nous pour la moitié, et aux Quraysh, l’autre moitié. Mais les Quraysh n’agissent pas avec équité.”
L’apôtre d'Allah répondit:
“Au nom d’Allah, le compatissant, le miséricordieux.
De Muhammad, le prophète, à Mosaïlimah le faux prophète, salut.
terre est à Allah. A celui de ses serviteurs, qu’il lui plaise de la donner comme héritage.
Et que la paix soit sur ceux qui suivent la juste voix.
(...)
Je suis prophète, comme Muhammad; la moitié de la terre est à moi, l’autre moitié est à lui... Vous ne trouverez pas de meilleur prophète que moi; pourquoi suivre un prophète étranger? Ma doctrine est plus facile que celle de Muhammad.
ïlima donna à ses compatriotes des institutions religieuses, les dispensa de prières, et déclara licites la fornication et le vin. Ces lois plurent: ils le reconnurent comme prophète et acceptèrent sa religion.

(Baladuri, Livre des conquêtes XVIII 90).
... Mosaïlimah, le faux prophète était petit, très pale, avec un nez camus et plat. Il était surnommé Abu Thumamah, ou selon d’autres, Abu Thumalah. Son muezzin, Hujayr, appelé à la prière, déclamait:
-J’atteste que Mosaïlimah déclare être195 l’apôtre d’Allah.
A ce sujet, on a dit “Hujayr s’exprimant avec éloquence”, ce qui est devenu un proverbe.

La carrière du messager de Muhammad à Mosaïlima.
(Ibn al Kalbi, Jamharat al Ansab)196.

L’envoyé d'Allah chargea Amir par cinq fois de missions diplomatiques: une fois chez le Négus pour l’inviter à embrasser l’islam, une fois chez les Négus pour lui demander de célébrer le mariage du prophète en son absence avec une réfugiée musulmane en Abyssinie, une fois pour faire rentrer Jafar ibn Abu Talib197, une fois avec une lettre pour l’imposteur Mosaïlima, et une fois pour assassiner Abu Sufyan, lorsqu’Amir enleva, après l’avoir détaché de la croix, le corps de l’ansar Khubayb ibn Abu Adi, crucifié par les Quraysh.

La lettre de Mosaïlima
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 965).

Musaylima a écrit à l’apôtre d'Allah:
De la part de Mosaïlima l’apôtre d'Allah à Muhammad l’apôtre d'Allah. La paix soit sur toi. Je t’ai fait mon collègue en autorité. A nous appartient la moitié de la terre et aux Quraysh l’autre moitié, mais les Quraysh sont un peuple hostile.
Deux messagers ont apporté la lettre.
(...)
J’ai entendu l’apôtre d'Allah leur dire:
-Que dites vous de cela?
Ils dirent la même chose que Mosaïlima.
Il répliqua:
-Par Allah, on ne doit pas tuer les messagers. Sinon, je vous aurai décapité tous deux!
Il écrivit à Mosaïlima:
“De Muhammad l’apôtre d'Allah à Mosaïlima le menteur.
La paix soit sur celui qui suit la voix juste.
La terre est à Allah. Il laisse en hériter celui qu’il veut et la fin heureuse va aux pieux.”198


3-La répression de l’anti-prophétie.
Le mouvement semble avoir tracassé Muhammad et ses amis. Son écrasement a été difficile, parce qu’il s’appuyait sur des forces sécessionnistes et tribales.
Ce serait dans ce contexte que le besoin de mettre par écrit les bribes coraniques s’est fait sentir, devant les pertes subies parmi les “lecteurs”.

Un rêve de Muhammad.
(Muslim, Hadith 29/5650).

L’apôtre d'Allah a dit:
-Je dormais, et je voyais dans mes mains deux bracelets d’or. Cela me dit une effet très perturbant et je me suis dit dans mon rêve que je devrai les écraser. Je les fais, et il n’en est rien resté. J’ai interprêté l’irruption de ces bracelets correspondait à ces deux grands menteurs qui allaient arrivés devant moi; l’un d’eux était Anasi l’habitant de Sanaa et l’autre Mosaïlima l’habitant du Yamama.

(Bukhari, Hadith 65/9,20).
Ibn Es Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit al Ansari, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit:
-Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama, m’y envoya chercher pendant que Omar était auprèsde lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, et qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties; et il estime que c'est toi qui devrais procéder à cette rédaction. Or, continua Abu Bakr, j'ai répondu à Omar que je ne voyais pas comment je pourrais faire une chose que l'envoyé d'Allah n'avait pas faite lui-même. Mais Omar m'a dit que cette rédaction serait préférable, et il a insisté sur ce point auprès de moi. Enfin Allah m'a fait adopter cette idée, et je suis de l'avis de Omar.

(Baladuri, Livre des conquêtes 88,93).

Le premier à rencontrer les musulmans fut ar Rajjal, qui fut aussitôt tué, avec l’aide d’Allah. Beaucoup de personnes importantes et de lecteurs du Coran199, parmi les musulmans, tombèrent en martyrs.
Les musulmans prirent la fuite, et revinrent ensuite, et Allah leur donna la victoire et fit fuir les gens du Yamama. Les musulmans les poursuivirent, et leur infligèrent des morts horribles. Muhakkir fut frappé par une flèche d’Abd ar Rahman200 et tomba mort. Les infidèles se réfugièrent à Hakikak, qui plus tard fut appelée Hakikak al Mawt201. (...) Hakikak fut appelé ainsi à cause du grand nombre de gens massacrés à l’intérieur.
A Hakikak, Mosaïlima fut tué, avec l’aide d’Allah202. (...) Concernant les pertes des martyrs à Yamama, il n’y a pas d’accord: le minimum s’établit à 700, le maximum à 1700, la plupart l’estimant à 1200.


(Bukhari, Hadith 56/39).
Musa ibn Anas dit en parlant de la journée de Yamama:
-Anas étant allé trouver Thabit ibn Qays, le trouva, les cuisses découvertes, qui se frottait de baume aromatique :
-Ô mon oncle, lui dit-il, qu'est-ce donc qui te retient de venir au combat?
- A l'instant, mon neveu, répondit Thabit.
Et il se mit à s'embaumer, c'est-à-dire à se frotter de baume. Puis, étant arrivé, il s'assit.
Anas, qui rapporte ce hadith, dit qu'à ce moment les musulmans s'étaient repliés :
-Toute cette distance devant nous, avant que nous ne puissions frapper l'ennemi! dit Thabit; vraiment ce n'était pas là notre manière de combattre avec l'envoyé d'Allah203; c'est une bien mauvaise habitude que vous donnez à vos adversaires.

La dureté des combats.
(Tabari, Tafsir, introduction 2,3).

Les compagnons de l’envoyé d'Allah ont été décimé au Yémen comme des papillons sur un brasier, et je crains qu’il n’e soit de même ailleurs. Or ils étaient porteurs du Coran car ils le savaient par coeur et s’ils venaient à disparaitre, le Coran se perdrait, et disparaitrait.

(Bukhari, Hadith 65/9, 20).
Ibn As Sabbaq rapporte que Zayd ibn Thabit El Ansari, un de ceux qui mirent par écrit la révélation, a dit: Abu Bakr, au moment du combat contre les gens du Yamama, m'envoya chercher pendant que Omar était auprès de lui.
-Omar, dit Abu Bakr, vient de m'annoncer que, dans le combat du Yamama, un grand nombre de fidèles ont péri, qu'il craint que la mort ne fauche largement parmi les récitateurs du Coran dans d'autres combats, met qu'une grande partie du Coran ne se perde ainsi, si on n'en réunit pas les diverses parties; et il estime que c'est toi qui devrais m procéder à cette rédaction.

Le meurtre de Mosaïlima.
(Bukhari, Hadith 64/23)

Lorsque l'envoyé d'Allah eut rendu son âme à Allah, l'imposteur Mosaïlima se mit en campagne.
-Je vais, m'écriai-je alors, aller en expédition contre Mosaïlima, et peut-être réussirai-je à le tuer et à racheter ainsi le meurtre de Hamza.
Je partis avec les fidèles et, après divers événements qui se produisirent, je trouvai ,tout à coup un homme debout dans une brèche de muraille. Cet homme semblait un chameau gris et ses cheveux flottaient au vent. Je lui lançai mon javelot qui se planta entre ses deux seins et sortit entre les deux omoplates. Aussitôt un homme des ansar bondit sur lui et, de son sabre, le frappa sur la tête.
Sulayman ibn Yesar a raconté à Abdallah ibn El Fadl qu'il avait entendu Abdallah ibn Omar dire :
-Quand Mosaïlima fut tué, une femme cria du haut d'une maison:
-Malheureux prince des Croyants204, c'est un esclave noir qui l'a tué205.

4-Le sort des partisans de Mosaïlima.
(Dawud, Hadith 14/ 2755)206 .
J’ai entendu l’apôtre d’Allah dire quand il a lu la lettre de Mosaïlima:
-Que croyez vous vous même?
Ils dirent:
-Nous croyons ce qu’il croit.
Il dit:
-Je jure par Allah que s’il n’était pas dit que les messagers ne doivent pas être tués, je vous aurai tranché la tête.

(Dawud, Hadith 14/ 2756)207 .
... je passais par une mosquée des Banu Hanifa. Les gens croyaient en Musaïlima. Abdullah les convoqua. Ils furent amenés et il le demanda s’ils se repentaient, ce qu’ils firent, sauf Ibn an Nawwahah. Il lui dit: j’ai entendu l’apôtre d’Allah dire:
-Si vous n’étiez pas des messagers, je vous aurai décapité. Mais aujourd’hui, tu n’es pas un messager.
Il ordonna que Qarazah ibn Kab le tue. Il le décapita sur la place du marché. Tous ceux qui voulaient voir mourir Ibn an Nawwahah sur le marché purent le faire.

La conversion de Thumama.
(Muslim, Hadith 19/ 4361)208 .
Le messager d’Allah a envoyé des cavaliers dans le Nadj; ils capturèrent un homme. Il était de la tribu des Banu Hanifa et s’appelait Thumama ibn Uthal. Il était chef du peuple de Yamama. Les gens l’attachèrent au pilier d’une mosquée.... Il entra dans la mosquée et dit:
-... Ô Muhammad, il n’y avait pas de visage plus haïssable que le tien sur terre et maintenant, ton visage est devenu le plus cher des visages. Par Allah, il n’y avait pas de religion plus détestable que ta religion, et maintenant ta religion est devenue la plus précieuse pour moi...


(Bukhari, Hadith 41/ 604)209

L’apôtre d’Allah a envoyé des cavaliers dans le Najd et ils ont pris et amené un homme appelé Thumama ibn Utha, chef des Yamama, et ils l’ont ligoté à un des piliers de la mosquée. Alors L’apôtre d’Allah est venu le voir et l’apôtre d’Allah a dit:
-Qu’as-tu à déclarer, Thumama?
Il répondit:
-J’ai de bonnes nouvelles, ô Muhammad!210

(Bukhari, Hadith 44/ 7)
L’envoyé d'Allah avaut envoyé un détachement de cavalerie du côté du Najd. Ce détachement ramena un homme des Banu Hanifa, nommé Thumama ibn Othal et qui était le chef des gens d’al Yamama. Le prisonnier fut attaché à une colonne de la mosquée. Sortant de son appartement, l’envoyé d'Allah vint trouver le prisonnier et lui dit:
-Qu’as-tu? Ô Thumama?
-Ô Muhammad, j’ai du bien211 .
Le récit complet se termina par ces mots du prophète:
-Relâchez Thumama.

4-Le prophète Aswad.

Cet autre concurrent, Aswad , a occupé le Yémen, et il semble qu’il ait connu quelques succès militaires, avant d’être réduit. Il est tué juste avant la mort de Muhammad, et cette nouvelle lui procure son dernier moment de bonheur sur cette terre...212
Le personnage d’Aswad -Le Noir- est aussi connu sous le nom de “L’Homme voilé”213 , ou même “L’Homme sur l’âne”214 , dénominations qui ont en commun le but de le dénigrer215.


(Tabari, Livre des prophètes et des rois IX 1795-6).
La première apostasie216 en islam eut lieu dans le Yémen, alors que l’apôtre d'Allah était encore vivant. Elle était dirigée par Dhu al Khimar Abhalah ibn Kab, appelé Aswad. (...) Al Aswad était un devin et un jongleur. Il montrait des choses merveilleuses pour gagner les coeurs de ceux qui l’écoutaient. La première fois qu’il proclama sa prophétie, ce fut au sortir d’un gro