VI
LE LIVRE DES PAYS
-Ô envoyé d'Allah, repris-je, prie Allah quil donne laisance à ton peuple.
Les Persans et les Grecs, qui cependant dadorent pas Allah,
sont à leurs aises et ont reçu les biens de ce monde.
Le prophète, qui était accoudé, se mit sur son séant et dit:
-Comment! Cest toi, ibn al Khattab, qui parles ainsi.
Ces peuples-là ont reçu par avance de bonnes choses durant la vie de ce monde1 .
-Demande pardon pour moi, ô envoyé d'Allah, répliquai-je.
Omar ibn Khattab2
Cette quatrième partie3 présente dabord le contexte général dans lequel va évoluer lindividu Muhammad, de la naissance jusquà lage de 40 ans: tout dabord, la situation des deux grandes puissances voisines, Byzance et la Perse des Sassanides, ainsi que leurs vassaux arabes respectifs, Ghassanides et Lakhmides. Un intermède sera ensuite consacré à lobservation de quelques événements historiques dont on retrouve la trace dans la mentalité collective arabe, à travers ce document exceptionnel que constitue le Coran.
Le contexte suivant a pour objet la région du Hedjaz et ses deux centres, la Mecque et Yathrib, et leurs évolutions récentes et respectives, comme villes, marchés, sanctuaire. Le personnage-clé, Muhammad, nest pas encore présent physiquement. Il lest en fait grace à la description dun milieu très particulier, qui sera celui de toute son existence et qui dans tous les domaines le façonnera. Il faut sy ahabituer pour comprendre à quel point la notion dindividu nexiste pas dans ces sociétés archaïques.
Cette partie a donc pour but de rappeler une sorte dévidence: la révolution politico-religieuse musulmane nest pas intervenue ex-nihilo.
Chronologie politique de lArabie de 450 à 6054 .
464: Sarahbil Yakuf roi dHimyar.
473: Amor Kesos nommé phylarque des Arabes par lempereur byzantin Léon II.
474: Aswad remplace al Mundhir à Hirah;
474:mariage avec la fille dAmir ibn Hugr.
476: révolte des Samaritains; attaque de Césarée.
488: Kavadh roi des Perses sassanides.
c. 490: Saga des Himyarites: Hassan Tubba envoie son neveu Hartih ibnAmir à lattaque de Hira.
491: Anastase I empereur à Byzance.
494: al Mundhir ibn al Mundhir remplace Aswad à Hirah.
496: Martadilan Yanuf roi dHimyar.
500: Numan II ibn Aswad au pouvor à Hirah.
500: Les Arabes Scènites5 battus par Eugenios en Euphratesia.
500: Agar ibn Arith repoussé de Palestine.
502: Début de la guerre entre Kavadh et Anastase I
503: Mort de Numan II dHirah après un combat contre les Perses.
503: Règne dAbu Yafur à Hirah pendant deux ans.
503: Echec dun complot juif pour livrer Constantia à Kavadh.
505: Trève de sept ans entre Byzance et la Perse.
505: Al Mundir III ibn Numan roi dHirah épouse Hind bint Harith.
513: Arrivée des Kushites à Himayr.
513: envoi dun évêque à Himyar par Anastase I ?
513: guerre de Maadi Karib Yafur contre Kata et lalliance des Banu Talabat et al Mundir III
515: campagne de Yusuf Asar roi de Mimyar contre les Abyssiniens à Zafar, Mukha et Najran.
518: Justin I empereur.
Le négus Ella Asbeha prépare linvasion de Himyar.
522: Sumu Yafa Aswa fortifie Kanè pour se prémunir contre les Abyssins.
Massacre dHimyarites en Abyssinie.
523: Attaque de Yusuf contre Najran: deuxième persécution.
523:Simon de Beth Arsham informé par Tayiyayè et Maaddayè.
523:Envoyés de Yusuf arrivés à la cour dal Mundir.
524: Siméon écrit en Syrie.
524: Daus Dhu Talaban appelle lempereur Justin à laide.
524: Daus envoyé à Axum.
524: Navires byzantins confisqués.
525: Qais ibn Khuzaa de Maadd senfuit de la cour de Shumu-Yafa.
525:Yusuf, abandonné, est tué par les Abyssins dans une bataille navale.
526: Ella Asbeha nomme Sumu Yafa roi.
526: Harith ibn Amir senfuit de chez Diomèdos, gouverneur byzantin de Palestine.
526: al Mundir attaque les Ghassan.
526:al Mundir repoussé dans le désert par une armée byzantine
527: reprise de la guerre entre Kavadh et Justin.
527:Justinien devient empereur.
527: Nomination comme phylarques de Harith ibn galabat et Abu Karib ibn Galabat.
529: le brigand Julianos devient roi des Samaritains.
529:Répression de la révolte en Samarie.
529: Présence de Harith ibn Amir à Hirah.
531: ambassade de Julianos à Ella Asbeha et Shumu Yafa.
531: proposition de paix de Justinien et refus de Kavadh.
531: règne de Khosroès I en Perse.
532: trève entre Justinien et Khosroès I.
532: retour de al Mundir à Hirah.
532: al Mundir gouverne Bahrayn et le Yamama.
533: prise du pouvoir de Abraha à Himyar.
Himyar refuse de payer le tribut au Négus.
534: expédition des Abyssins contre Abraha.
536: mort de Ella Asbeha.
536: Abraha reconnu roi par le nouveau Négus.
539: essai darbitrage byzantin entre Harith ibn Galaba et al Mundir.
539: ambassade de Yazid pour Abraha dans lHadramut.
539: rupture de la digue de Marib.
539: accord de paix en Himyar.
540: reprise de la guerre, entre Khosroès I et Justinien.
540: Silko Basiliskos6 de tous les Ethiopiens.
544: envoi dambassades auprès dAbraha.
544: expédition dAbraha contre Maadd.
545: trève entre Justinien et Khosroès I.
546: meurtre du fils dHarith ibn Galaba par al Mundir.
554: al Mundir tué après une bataille contre Harith ibn Galaba.
554: Amir succède à al Mundir à Hirah.
554: Abu Murrah appelle à laide Khosroès I contre Abraha.
561: paix entre Byzance et les Perses7 .
565: règne de Justin II à Byzance.
565: répression anti-monophysites à Byzance.
570: Année de lEléphant.
570: mort dAbraha.
570: épidémie de variole.
570: inter-règne à Hira.
570: règne de Yaksum ibn Abraha à Himyar.
572: règne de Masruq ibn Abraha à Himyar.
572: fuite de Maadi Karib ibn Saif Abu Murrah dHimyar vers Khosroès I.
572: reprise de la guerre entre Khosroès et Justin II.
575: mort de Masruq au combat contre les Perses.
575: Maadi Karib roi dHimayr.
575: départ des Perses dHimyar.
577: Qabus nommé roi à Hirah.
575: Maadi Karib assassiné par des Abyssins.
575: retour des Perses en Himyar.
578: Hormizd IV remplace Khosroès I en Perse.
578: Abdication de Justin II.
578: arrivée au pouvoir de Maurice Tibère à Byzance.
580: al Mundir IV règne à Hirah.
582: règne effectif de Maurice à Byzance.
582: règne de Numan III ibn al Mundir à Hira.
590: anarchie en Perse.
602: occupation du territoire des Lakhmides par les Sassanides.
604: mort de Numan III.
604: nomination de gouverneurs perses en Arabie.
I
Les puissances voisines.
LArabie du VIème siècle est une région très peu importante en considération des grandes puissances voisines8. Dans la tradition musulmane, dans le Coran lui-même, apparaissent des allusions nombreuses à ces Etats autrement prestigieux, et à leurs luttes perpétuelles9 et aux peuples qui se distinguent des Arabes10.
1-Le regard arabe.
Cest le point de vue dun peuple tenu à lécart, dominé culturellement, qui prend une brusque revanche, grâce à ladoption dune idéologie offensive.
Faire comme les Perses et les Romains
(Muslim, Hadith 4, 824).
Il sagit pour Muhammad de rejeter les références culturelles extérieures, connues par les commerçants mecquois11.
Il12 regarda vers nous alors que nous étions debout, et il fit le geste de sasseoir. Nous nous sommes assis et nous avons dit notre prière avec sa prière en position assise. Après la salutation, il dit: vous étiez sur le point dagir comme ceux des Perses et des Romains. Ils se tiennent debout devant leurs rois, qui sont assis. Alors ne le faites pas. Suivez vos imams13 .
Science politique.
(Ibn Hisham, Conduite de lenvoyé dAllah 744).
Il14 séloigna de la présence de lapôtre en ayant constaté comment ses compagnons le traitaient. Quand il faisait ses ablutions, ils couraient pour récupérer leau qui avait utilisée. Quand il crachait, ils se ruaient sur le crachat. Si un cheveu tombait de sa tête, ils se précipitaient pour le récupérer. Il retourna chez les Quraysh et dit:
-Je suis allé voir Chosroès dans son royaume, le César dans son royaume, le Négus15 dans son royaume, mais je nai pas vu un roi parmi son peuple comme Muhammad et ses compagnons. Jai vu un peuple qui ne labandonnera pour aucune raison...16
Lettres aux puissances voisines.
(Muslim, Hadith 19,4382).
Ces lettres sont considérés par lensemble des historiens comme des faux, constitués a posteriori pour rehausser limportance du dirigeant musulman. Mais ils sont omniprésents dans la tradition, et ils serviront de modèles pour la correspondance des souverains musulmans17.
... le prophète avait écrit à Chosroès roi de Perse, César18, empereur de Rome, Négus, roi dAbyssinie19 et à dautres dirigeants pour les inviter à se soumettre à lislam.
Promesse
(Ibn Sab, Tabaqat I/1, 134).
Protégez-moi et suivez ma parole, et bientôt, et bientôt vous serez maîtres des empires voisins des Perses et des Romains.
(Tabari, Tafsir 3/26).
Qatada a dit: il nous a été rapporté que le prophète avait demandé à son seigneur quil remette les royaumes des Perses et des romains entre les mains de sa communauté. Allah lui révêla le verset:
-Dis! Ô Allah! Maitre de la royauté! Tu accordes la royauté à qui tu veux et retires la royauté à qui tu veux...
2- Les Romains: l'empire byzantin.
Lempire byzantin connait des troubles politico-militaires au début du VIIème siècle, qui laffaiblissent face aux Perses puis aux Arabes20 . Le règne de Phocas savère particulièrmeent catastrophique. Il sachève par le rétablissement dHéraclius et ses fils21 . Lempire continue dexercer sa souveraineté sur lOrient, malgré les troubles dus aux nomades et aux divisions théologiques. Ce sont les Rhomaioi, en grec, ce qui a donné Rum22 ou Rumi en arabe, manière de nommer les Occidentaux pour des siècles.
1-Un empire puissant et tourmenté.
Lempire est encore dans son premier âge dor, à la suite du règne de Justinien. Mis les discordes religieuses et les usurpations laffaiblissent au point dencourager les agressions perses.
L'empire chrétien23 .
(Cosmas Indicopleustès, Topographie Chrétienne 1,75)24 .
L'empire des Romains participe ainsi à la dignité du royaume du seigneur Christ car il transcende, autant qu'il est possible dans cette existence, tout autre pouvoir et il demeurera invaincu jusqu'à la consommation finale car on a dit « Jamais il ne sera détruit » 25 ... Et j'affirme avec confiance que, bien que des ennemis barbares se soient élevés un court moment contre la puissance romaine en punition de nos péchés, cependant, par la puissance de celui qui nous gouverne, l'empire demeurera invincible pourvu qu'il ne restreigne pas, mais qu'il élargisse l'influence du christianisme. C'est en effet le premier Etat qui a cru au Christ avant les autres et cet empire est le serviteur des règles établies par le Christ en vertu desquelles Dieu, qui est le Seigneur de tout, le conservera invaincu jusqu'à la consommation finale...
Lautorité des Byzantins.
(Muhallabi, Masalik)26 .
Lorsquune église avait besoin de réparations, dit-on, il était de pratique des Byzantins de réquisitionner les étrangers qui se trouvaient dans leurs villes. Anciennement, avant lislam, les Quraysh voyageaient en Syrie-Palestine pour commercer. Une fois, Omar entra précisément au moment où lon avait besoin dimposer la corvée aux étrangers, et il du se soumettre à la corvée dans léglise durant plusieurs jours27.
Largent des Romains.
(Mahomet, Coran 3/68).
...Et parmi les détenteurs de lEcriture, il en est, si tu leur confies un quintar28 , te le rendent, tandis quil en est qui, si tu leurs confies un dinar29, ne te le rendent que lorsque tu les harcèles.
La valeur des troupes byzantines30
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 901-2).
Un groupe d' hypocrites... qui accompagnaient l'apôtre, alors qu'il partait pour Tabuk31 , disaient les uns aux autres:
-Penses-tu que combattre contre les Byzantins, c'est un peu comme une guerre entre Arabes? Par Allah, nous avons déjà l'impression de te voir enchaînés...
La mort de Maurice Tibère en 602
(Sébéos, Histoire dHéraclius 2132 ).
La quatorzième année du règne de Chosroès, et la vingtième année du règne de Maurice, larmée grecque qui se trouvait en Thrace, se révolta contre lempire et se donna pour roi un cerrtain Phocas. Toutes les troupes marchèrent dun commun accord sur Constantinople, firent mourir Maurice et ses fils et placèrent Phocas sur le trône impérial. (...) Il y eut alors de grands troubles dans lempire romain, dans la capitale, à Alexandrie dEgypte, à Jérusalem, à Antioche, partout on prenait les armes pour sentretuer.
2-Lempire et les Arabes.
Sur son flanc sud-est, Byzance longe la terre des Arabes. Lempire tente dadopter une politique combinant sécurité et économie, en alternant les coups de force et la négociation, en déléguant la défense à des tribus alliées.
(Théophanès, Chronographie 14133)
La même année34, il y eut une invasion des Arabes appelés Saracènes35 en Euphratesia. Eugenios, un homme habile à la fois en paroles et en actes, qui commandait larmée dans cette région, les rencontra à Bithrapsa, dans la Syrie Première, et les défit au combat. Les Arabes vaincus étaient les tributaires des Perses et ils étaient de la tribu du phylarque36 Naaman37.
Au même moment, Romanos était commandant de larmée en Palestine, un excellent homme. Grace à une bonne organisation et un bon commandement, il captura au combat Ogaros, le fils dArethas38 (...) avec un grand nombre de prisonniers. Avant la bataille, Romans avait défait et mis en fuite un autre Saracène, du nom de Gabala39, qui avait conquis la Palestine avant la venue de Romanos. A la même époque, lile de Iotabè, qui se trouve sur la Mer Rouge et était sujette à lempereur des Romains, lui payant un considérable tribut, mais occupée entretemps par les Arabes saracènes, fut libérée par Romanos après de durs combats, et rendue aux marchands romains, pour vivre sous leurs propres lois, pour importer des marchandises des Indes et amener la taxe prévue à lempereur.
(Théophanes, Chronographie 179)
A la même période40, le dux41 de Palestine se disputa avec le phylarque42 des Saracènes soumis aux Romains. Inquiet, le phylarque vint alors se réfugier dans la zone-frontière. Quand Alamoundaros43 entendit cela, il se mit à sa poursuite, le captura, le tua, prit ses femmes et ses enfants, et repartit. Alors, les duces de Phénicie, Arabie, Mésopotamie et le phylarque se mirent à le chasser. Quand il le sut, Alamoundaros partit pour le territoire indien là où aucun Romain nest jamais allé. Les Romains ont capturé les tentes des Saracènes et ont pris beaucoup de prisonniers, hommes, femmes, enfants, et autant de captifs romains quils ont trouvés, plus des chameaux, des moutons, des boeufs et de la soie et des vêtements.
Desprit dindépendance à la volonté de domination.
(Poème dAbid al Abras contre Imr ul Qays44).
Si tu penses que tu dois chercher du secours auprès de lempereur, tu mourras comme un Syrien. mais pour nous, nous refusons à nous soumettre à la direction dautres hommes, jusquà ce que nous les dirigions nous-mêmes, sans rênes.
3-Jérusalem.45
Une cité toute particulière, pour son passé et son avenir, à ce moment occupée par Byzance46 .
(Ibn Khaldun Muqaddima IV47 ).
Jérusalem est la mosquée éloignée48 . A lorigine, au temps des Sabéens, le site était occupé par un temple de Vénus. Les Sabéens y faisaient une offrande dhuile, quils répandaient sur le rocher qui se trouve à lintérieur.
Hérode rebatit le temple de Jérusalem daprès le plan de Salomon. Il y mit tous ses soins et le termina en six ans. Puis Titus, empereur des Romains, vint combattre les Israélites, les défit et les soumit à son autorité. Il détruisit Jérusalem et son temple. Dans l'emplacement de celui-ci, il ordonna de cultiver un champ.
Par la suite, les Romains embrassèrent la religion du Messie49 , qu'ils se mirent à vénérer. Puis leurs empereurs oscillèrent entre l'adoption et le rejet du christianisme qu'au règne de Constantin. La mère de celui-ci, après s'être convertie, se rendit à Jérusalem pour chercher la planche de bois sur laquelle, selon les chrétiens, le Messie aurait été crucifié50. Les prêtres lui apprirent cette planche avait été jetée par terre et quelle était enfouie sous les balayures et les ordures. Hélène lexhuma et batit l'église dal Qumama sur l'emplacement des ordures. Les chrétiens croient que cette église était batie sur la tombe du messie. Hélène détruisit ce qui était resté du temple et ordonna qu'on répandit le fumier et les ordures sur le rocher, de sorte qu'il fut entièrement recouvert qu'on n'en distinguat plus l'emplacement. C'était, elle, sa réponse à ce qu'avaient fait les juifs au tombeau du messie. En face de l'église dal Qumama, on construisit plus tard Bethléem, la maison natale de Jésus.
4-Lempereur Héraclius.
Il est empereur de 610 à 641, cest-à-dire au moment de la révolution qui se déroule en Arabie. La première partie de son règne est vouée à la lutte contre les Sassanides, au point de ne pas prêter attention à lislam naissant. Lempire est alors totalement pris au dépourvu: il perd la Palestine et lEgypte, la Syrie, la Mésopotamie en peu de temps.
Pour les sources musulmanes, il est lempereur chrétien par excellence.
Une entrevue mythique avec lempereur.
(Bukhari, Hadith 1/ 6).
Abu Sufyan51 ibn Harb a raconté qu'il fut mandé par Héraclius52 à l'époque où il se trouvait en Syrie à la tête d'une caravane de marchands quraysh, et au cours de la trève que le prophète avait conclue avec lui et les infidèles quraysh53. Les envoyés d'Héraclius arrivèrent auprès d'Abu Sufyan au moment où l'empereur et sa suite se trouvaient à Ilya54. Entouré de grands personnages grecs, Héraclius convoqua les Quraysh dans sa salle de réception; puis, il les fit introduire en sa présence et invita son interprète à leur dire :
-Lequel d'entre vous est le plus proche parent de cet homme qui prétend être prophète?
-C'est moi, répondit Abu Sufyan.
-Qu'on fasse approcher cet homme de moi, dit l'empereur; qu'on fasse également rapprocher ses compagnons et qu'ils soient placés contre son dos. Alors, s'adressant à son interprète:
-dis-leur, reprit-il, que je vais interroger cet homme sur le prétendu prophète; si cet homme ment, ses compagnons devront relever ses mensonges.
En faisant ce récit, Abu Sufyan ajouta :
-Par Allah! si je n'avais eu honte de voir relever mes mensonges par mes compagnons, j'aurais hardiment menti sur son compte...
5-Les mots grecs et latins dans le Coran.
Dans cet ouvrage, les mots étrangers abondent, notamment issus de langues dites orientales: araméen, hébreu, éthiopien, persan.55
Il existe aussi un nombre conséquent de termes issus des langues latines et grecques, donc des territoires de lempire byzantin.
Ce vocabulaire est le fruit de fréquents échanges commerciaux entre les différentes cultures. La Mecque et lArabie sont des territoires privilégiés de transit.
A lévidence, une telle présence, si manifeste, est un démenti sans égal de linanité du mythe musulman du Coran en pur arabe.
Le vocabulaire grec.
Pyrgos (tour, fort) =>BURUJ (id).
Diabolos (Diable)=>IBLIS (id).
Drakhmè (drachme)=>DARAHIM (id).
Paradeisos (Paradis)=>FIRDAWS (id).
Hodos (route)=> HUDA (voie du salut)56 .
Euuangelia (Evangile)=>INGIL (id).
Magos (mage, mazdéen)=>MAJUS (id).
Kleida (clé)=>MAQALID (id).
Margaritès (corail)=>MARGAN (id).
Kalamos (roseau)=> KALAM (stylet).
Khartès (papier)=> QIRTAS (rouleau de parchemin)57 .
Xestès (mesure)=>QIST (équité).
Xestès (mesure)=>QASTAS (mesure).
Khronon58 (temps)=>QURUN (siècles).
Rhègma (déchirure)=RAQIM (gouffre).
Sèma (signe)=> SIMIYA (id).
Tekhnè (art)=>ATQAN (fabriquer avec art).
Historia (Histoire)=>USTURA (légende, histoire ancienne).
Hyakinthos (Jacynthe)=>YAQUT (id).
Ziggigeris (gingembre)=>ZANJABIL (id).
Zôgraphia (tableau)=> ZUKHRUF (id).
? (tapisserie?)59 => ISTABRUQ (brocard)60 .
Le vocabulaire latin.
Denarius (denier) =>DINAR (id).
Romani (Romains)=>RUM (id).
Sigillium (sceau)=> SIJJIL (id)61 .
Cupa (coupe)=>AKWABUN (cratère62 ).
Stratum (rue)=>SIRATA (voie)63 .
Centenarium (poids de cent livres)=> QINTAR (unité de valeur métallique)64.
3- Les vassaux des Byzantins: les Ghassanides.
Ces gens sont des Arabes chrétiens qui assurent la défense65 de lempire byzantin sur sa frontière orientale, au niveau de la Syrie et de la Palestine. Ces successeurs des Nabatéens sont associés à Byzance sur la base de traités66 et reçoivent le titre grec de phylarques67.
1-Une dynastie vassale.
Les Ghassanides sont bien connus grâce aux sources grecques et arabes. On commence à identifier aussi leurs centres de pouvoir, et leur politique monumentale.
Petite chronique des Ghassanides
Yaqubi, Histoire I 206-768.
Les circonstances dans lesquelles les Ghassan accédèrent à la royauté avec les Byzantins furent les suivantes. Les Dajaym (...) étaient les rois dans le Sham69 avant larrivée des Ghassan. Les Salih prélevaient l'impôt pour le compte des Byzantins sur les tribus de Mudar70 et autres qui s'établissaient sur leur territoire.
Les Ghassan arrivèrent en très grand nombre, se dirigeant vers le Sham. Ils s'établirent sur le territoire des Salih. Les Salih leur dirent:
-Si vous êtes daccord pour payer l'impôt annuel, cest bon. Autrement, nous vous combattrons.
Ils refusèrent. Les Salih les combattirent et les défirent. Le chef des Ghassan, en ce temps-là, était Thallaba ibn Amir (...): les Ghassan acceptèrent donc de payer l'impôt annuel aux Salih. Ceux-ci les imposèrent d'un dinar par tête, et un dinar et demi et deux dinar chaque année selon l'importance de leurs groupes.
Ils prélevèrent ainsi l'impôt sur les Ghassan un certain temps jusquAu jour où Jidh ibn Amir, des Ghassan, tua le percepteur des Salih qui se nommait Sabit ibn al Mundhir (...). Les Salih appelèrent aux armes et les Ghassan firent de même. La rencontre se produisit au lien dit al-Muhaffaf. Les Ghassan anéantirent les Salih. L'empereur byzantin craignit que les Ghassan ne se retournent contre lui en salliant aux Perses. Il envoya un émissaire à Thallaba pour lui dire: - Vous êtes un peuple nombreux et très redoutable; vous avez fait périr cette tribu qui, entre tous, Arabes, était la plus vaillante et la plus nombreuse. Je vous mettrai à leur place en établissant entre nous un traité écrit: si êtes attaqués par des Arabes, je vous fournirai 40 000 combattants grecs tout équipés. Et si nous sommes attaqués par Arabes, vous nous fournirez 20 000 combattants. La condition sera que vous ne vous immiscerez point entre nous et Perses.
Thallaba accepta, et le traité fut établi entre eux écrit. L'empereur institua Thallaba comme roi et le couronna. L'empereur des Byzantins se nommait Décius71 . (...)
La royauté se maintint chez eux jusquau dernier d'entre Jabala Ibn al-Ayham (...). C'est lui dont le règne fut suivi du califat dOmar. Il se soumit72 se rétracta et retourna en terre byzantine. Il existe un récit à ce propos.
Des Ghassanides païens.
(Bukhari, Hadith 6, 60, 384).
L'idole de Manat était à al Mushaylal, dans la région de Qudayd. Aïsha a ajouté:
Le verset73 a été révélé en rapport avec les auxuliaires74. Eux et les Ghassanides avaient l'habitude de pratiquer l'ihram au nom de Manat avant de se soumettre à l'islam. (...) Il y avait des gens des auxiliaires qui pratiquaient l'ihram au nom de Manat, qui était une idole entre la Mecque et Médine.
2-La richesse de la Syrie.
Au cours de leurs voyages de commerce, Muhammad et ses compagnons on tpu observer la richesse de ce territoire, surtout si on ne compare à lArabie centrale. Dès lors, la Syrie (et la Palestine) sont très tôt considérées comme des proies75 pour des conquérants avides.
(Baladuri, Livre des conquêtes 72).
Jai demandé un jour à Mujahid:
-Mais pourquoi Omar a t-il levé une capitation plus lourde sur les Syriens que sur les Yéménites?
Il a répondu:
-Parce quils ont les moyens de payer.
Ibn Asakir, Tarikh Dimashq76 .
Abu al Bahili a dit:
-Jai entendu parler lapôtre d'Allah qui a dit: en vérité, Allah a tourné mon visage vers la Syrie, et mon dos vers le Yémen, et ma dit:
-Ô Muhammad! Jai fait en sorte que ce qui est derrière toi soit ton renfort, et ce qui est devant soit un butin et un gagne-pain77.
(Tabari, Tafsir, 34/19)78 .
... et celui qui veut du vin et du pain au levain79 , du brocard et de la soie, du pouvoir80 et la royauté, laissez le partir à Kutha et Bostra; ceux-là sont les Ghassanides, et plus précisément les Banu Jafna, le rois de Sham, et ceux des Ghassanides qui sont en Iraq.
3-Défenseurs de lempire.
Les Ghassanides ont parfaitement tenus leur rôle de défenseurs de lempire et nont cédé que face aux musulmans, après 632. Ils ont encouru la haîne des premiers musulmans et de Muhammad, du fait de leur obstruction.
La peur des Ghassanides.
(Ibn Sad, Tabaqat VIII p.134).
Nous pensions que les Ghassanides étaient prêts à nous attaquer. Un jour, alors que cétait mon tour81, mon ami est descendu. Il est revenu le soir, et a tapé très fort dans la porte et a dit: -Il est là?
Jai été surpris et je suis venu le voir. Il a dit:
-Quelque chose de terrible est arrivé.
-Quoi, les Ghassanides ont attaqué ? ai-je demandé.
Il dit alors:
-Non, quelque chose de pire et de plus grave: lenvoyé dAllah a divorcé de toutes ses femmes!82
Lettre à un prince ghassanide83 .
De Muhammad envoyé d'Allah à al Harith ibn al Shamir:
paix sur qui suit la vraie voie et croit en Allah et le déclare. Je te convie donc à croire en Allah l'unique qui n'a point d'associé, pour que ta royauté te reste.
Malédiction de Muhammad contre les Ghassanides.
(Jahiz, Bayan, II 28)84 .
Allah! Fais disparaitre la royauté des Ghassanides!
4- Les Perses: l'empire sassanide.
La Perse est gouvernée par une dynastie puissante, celle des Sassanides, remarquable par son organisation administrative et militaire85. Elle se distingue aussi par le renouveau de la doctrine mazdéenne, fortement associée au pouvoir. Mais lempire est aussi occupé par des populations chrétiennes, juives, et des mouvements religieux hétérodoxes (Manichéisme...). Le roi Khosroès II apparait le plus souvent dans les sources musulmanes: cest un réformateur qui redonne sa puissance à la Perse. Les recherches actuelles ont tendance à insister sur la domination sassanide en Arabie, jusqu'à Médine, même s'il ne s'agit que d'une autorité théorique86 . Elle explique le très fort et très ancien ressentiment des Arabes à l'égard des Perses87 depuis le début du VIème siècle.
1-Limpérialisme sassanide.
Cest une constante de la politique perse, depuis Cyrus mais qui reçoit avec les Sassanides un coup de fouet remarquable, grâce à une réorganisation étatique et un nationalisme soutenu par une doctrine religieuse.
La frontière avec Byzance
(Aithéria, Journal de Voyage)88 .
L'endroit que vous demandez, ma fille, est à la dixième étape d'ici, à l'intérieur de la Perse... Maintenant les Romains n'y ont plus accès, toute cette région est occupée par les Perses.
Lidéologie achéménide.
(Inscriptions: titulature de Darius)89 .
Darius, seul roi de toute la multitude, seul maitre de la multitude. Je suis Darius le grand roi, le roi des rois, le roi des pays de toutes les ethnies, le roi sur cette grande terre qui sétend au loin, le fils dHystapes, un Achéménide, un Perse fils de Perse, un aryen de souche aryenne.
Un cavalier sassanide.
La puissance militaire des Perses Sassanides a fasciné les Arabes et les auteurs musulmans. Les victoires remportées ultérieurement sur eux apparaissent donc comme une manifestation de la grace divine.
(Tabari, Histoire des prophètes V 964).
Léquipement quun cavalier de larmée devait prendre avec lui comprenait une cotte de maille pour le cheval, une cotte de maille pour le cavalier, une cuirasse, des jambières de métal, une épée, une lance, un bouclier, une masse darme, et, accroché à la taille, un fouet, une hache, ou une massue, un carquois contenant deux arcs avec leurs cordes, trente flèches, et deux cordons en forme de nattes, que le cavalier laisse retomber sur le dos depuis le casque.
Limpérialisme sassanide.
(Res Gestae Sapori 1.19-36)90 .
Au cours de la troisième campagne, comme nous avions attaqué Carrhes et Édesse et assiégions Carrhes et Édesse, le César Valérien marcha contre nous. Il avait avec lui des troupes venant de Germanie, de Rhétie, de Norique, de Dacie, de Pannonie, de Mésie, d'Istrie (?), dEspagne, de Maurétanie, de Thrace, de Bithynie, d'Asie, de Pamphylie, d'Isaurie, de Lycaonie, de Galatie, de Lycie, de Cilicie, de Cappadoce, de Phrygie, de Syrie, de Phénicie, de Judée, d'Arabie, d'Asie (?), de Mésopotamie : une force de 70 000 hommes. Et au-delà de Carrhes et d'Édesse nous avons eu une grande bataille avec le César Valérien. Et le Valérien, nous le fimes prisonnier nous mêmes de nos propres mains; et les chefs de cette armée, préfet du prétoire, sénateurs et officiers, tous nous les fimes prisonniers. Et nous les avons déportés en Perside. Et la Syrie et la Cilicie et Cappadoce, nous les avons incendiées, dévastées, pillées.
Dans cette troisième campagne, nous avons conquis sur l'Empire des Romains: la ville de Samosate et le plat-pays, la ville d'Alexandrette et le plat-pays, la ville Catabolos et le plat-pays, la ville d'Aegeae et le plat-pays, la ville de Mopsuesta, la ville de Mallos, etc., la ville d'Adana, etc., la ville de Tarse, etc., la ville d'Augusta, etc., la ville de Zephyrium, etc., la ville de Sebastè, etc., la ville de Corycus, etc., la ville d'Anazarbos, etc., la ville de Castabala, etc., la ville de Néronia etc., la ville de Flavias, etc., la ville de Nicopolis, etc., la ville d'Epiphania etc., la ville de Celenderis, etc., la ville d'Anemurion, etc., la ville de Selinous, etc.. de Myonpolis, etc., la ville d'Antioche, etc., la ville de Séleucie, etc., la ville de Domitioupolis, etc., la ville de Tyane, etc., la ville de Césarée, etc., la ville de Comana, etc., la ville de Cybistra, etc., la ville de Sébasteia, etc., la ville de Barata etc., la ville de Rhacoundia, etc., la ville de Laranda, etc., la ville d'Iconion.- Toutes ces villes avec leur plat-pays : 36.
Et des hommes pris sur l'Empire romain, sur les non-Iraniens, nous en emmené en déportation. Et dans notre Empire d'Iran, en Perside, en Parthie, en Susiane et dans l'Assyrie et dans chaque autre pays où il avait des domaines de père, de nos grands-pères et ancêtres, là nous les avons établis.
Une persécution des chrétiens par les Perses
(Agapius, Kitab al Onwan)91
La seconde année, Khosroès fils dHormizd commença à faire violence aux peuples de son empire qui étaient dune autre croyance. Il laissa renverser les églises de Syrie et de Mésopotamie et fit amener dans sa capitale le marbre et des objets dor, dargent et de bois.
2- Le Roi des Rois.
Le shah est la clé du système politique. Il est à la tête dune monarchie modernisée, qui sest débarassé du poids politique de laristocratie. Le regard arabe sur le roi perse est fait dadmiration, de jalousie, puis de haîne.
(Bukhari, Hadith 78/114).
Abu Horayra rapporte que l'envoyé d'Allah a dit : Le nom qui, au jour de la Résurrection, sera le plus haï de Allah sera celui de l'homme qui s'appellera : roi des rois92.
(...) Le nom qui sera le plus ignoble aux yeux de Allah, sera celui de l'homme qui s'appellera : roi des rois. Et Sofyan ajoute que cette dénomination a été expliquée par : shahan-shah93.
Le fondateur de lempire sassanide.
(Masudi, Prairies 579-81).
Ardéshir disait : Rien n'est plus préjudiciable à un roi, à un chef ou à un homme d'un savoir réel que la société d'un sot ou la compagnie d'un homme vulgaire. En effet, autant l'on gagne a commerce d'un lettré noble par sa naissance ou son mérite, autant l'on se gate au contact du vulgair » car cette fréquentation dégrade l'ame, lui fait perdre sa vertu et la détourne de ses tendances nobles et louables. De même que le vent, en passant sur des parfums, s'imprègne de senteurs qui vivifie l'ame et fortifient les organes du corps, de même, s'il effleure des matières corrompues et se charge d'exhalaisons fétides, celles-ci provoquent, une souffrance pénible et nuisent considérablement à la santé. Les effets de la corruption sont plus prompts sur l'ame que ceux du bien, car il est plus facile de détruire » que d'édifier; un sage qui demeure pendant un mois auprès d'un homme ignorant et abjec risque de voir son intelligence troublée pendant longtemps .
Ardéchir disait aussi: Un roi doit être débordant de justice. La justice est la source de tous les biens; c'est une citadelle élevée pour la défense de l'État contre la destruction et la ruine; la suppression de la justice est le premier symptôme du déclin d'un pays. Dès que les étendards de la tyrannie flottent sur un peuple, les aigles de la justice doivent les combattre et les mettre en déroute. Parmi tous ceux qui fréquentent les cours, personne ne doit posséder plus de qualités et de talens, dêtre doué d'un esprit plus aimable et plus ingénieux que le familier94 du prince. Il doit unir à la noblesse d'un roi l'humilité d'un esclave, la chasteté du dévot à la licence du libertin, et la gravité du vieillard à l'enjouement du jeune homme. Chacune de ces qualités lui est nécessaire en un moment où il convient qu'aucune d'elles ne lui fasse défaut; il doit avoir assez de ressources dans l'esprit pour fortifier le moral du roi dont il est le familier, d'après l'expérience qu'il a acquise de son caractère; un coup d'il, un geste doivent lui laisser deviner les volontés du maitre. Enfin un courtisan n'existe qu'à la condition d'être beau et digne. Sa beauté, c'est une mise recherchée, une odeur agréabile, une élocution facile; sa dignité consiste en une grande réserve dans la manifestation de sa gratitude, un maintien noble uni à un visage ouvert, mais sans aucun mélange de vulgarité, car la dignité n'est parfaite que si l'on sait se détacher du plaisir.
Après avoir établi cette organisation, Ardéchir créa sept corps d'État. Le premier était celui des ministres. Le second celui des mobed95 ; ce nom, qui signifie juge suprême, désignait le préposé aux affaires religieuses et le supérieur des prêtres; ces derniers étaient chargés du culte dans tout le royaume, et ils prononçaient des arrêts en qualité de juges. Ardéchir nomma quatre ispahbadhs: le premier dans le Khorassan, le second dans les provinces occidentales de l'empire, le troisième dans le Sud et le quatrième dans le Nord. Ces quatre fonctionnaires étaient les principaux agents de l'État; chacun d'eux était le maitre de l'administration d'une partie de l'empire, dont il gouvernait le quart; il avait sous ses ordres un marzuban96 qui était son lieutenant. Ardéchir réunit dans ces quatre premières classes les hommes du gouvernement, tous ceux qui tenaient les rênes du pouvoir et étaient consultés sur l'administration de l'État. Puis il répartit les chanteurs, les autres artistes et les musiciens en différentes classes.
Le trône97 des Perses.
(Thaalibi, Histoire des Rois Perses)98 .
(Le trône) est fait d'ivoire et de bois de teck dont les plaques et les balustrades étaient d'argent et d'or. Sa longueur était de 180 coudées, sa largeur de 130 et sa hauteur de 15. Sur les gradins se trouvaient des sièges de bois noir et d'ébène dont les cadres étaient d'or. Ce trône était surmonté d'un baldaquin fait d'or et de lapis-lazuli où étaient représentés le ciel et les étoiles, les signes du zodiaque et les sept climats ainsi que les rois en leurs différentes attitudes, soit dans le banquet, soit dans la bataille ou à la chasse. Il y avait aussi un mécanisme qui indiquait les heures du jour. Le trône lui-même était entièrement recouvert de quatre tapis de brocart broché d'or et orné de perles et de rubis et chacun de ces tapis se rapportait spécialement à l'une des saisons de l'année.
Lettre à l'empereur sassanide.
(Yakubi II 83)99.
De Muhammad à Khosroès, grand-chef des Perses.
Paix sur celui qui suit la vraie voie et croit en Allah et son envoyé, proclamant qu'il n'y a d'autre dieu qu'Allah seul n'ayant point d'associé, et que Muhammad est son serviteur et son envoyé!
Or, je t'appelle de tout l'appel de l'islam, car je suis l'envoyé d'Allah auprès de la totalité des humains, afin que j'avertisse quiconque est vivant et que s'accomplisse la parole contre les mécréants. Soumets-toi donc et tu seras sauf; mais si tu refuses, alors le crime des mages retombera sur toi100.
3-La reine Shirin.
On observe dans le document qui suit un tableau dune sorte de tolérance religieuse, perçue comme exceptionnelle à cette époque. Le roi perse tient essentiellement à conserver le calme dans ses Etats, selon la tradition achéménide: il favorise les autres cultes, sils ne mettent pas en cause son pouvoir. Le concept musulman de dhimmitude est très éloigné de ce système de pensée.
Cest loccasion de mentionner une personnalité hors du commun et peu connue, la reine Shirin, dont lexemple est peu apprécié par les musulmans.
(Sébéos, Histoire dHéraclius 4).
Chosroès avait plusieurs femmes, selon la loi des mages101 qui était la sienne. Il prit pour femmes des chrétiennes; une femme chrétienne102, nommé Shirin, très belle, originaire du Khuzistan, était la reine des reines; elle batit un couvent et une église près de la résidence royale, et elle y établit des prêtres et serviteurs ecclésiastiques; elle leur assigna sur le trésor royal des salaires et des frais dentretien et les orna dor et dargent. Elle préchait lEvangile des cieux dans le palais royal, avec hardiesse et la tête haute; et aucun mazdéen, pas même les grands, nosait ouvrir la bouche ni dire quoi que ce fut contre un chrétien. (...) Chosroès donna lordre suivant: quaucun infidèle ne se fasse chrétien, et quaucun chrétien ne devienne infidèle, chacun doit rester ferme dans la loi de ses pères. Quiconque ne tiendra pas à la religion de ses pères et sinsurgera contre les lois de ses pères mourra. A la grande fête des Rameaux, ceux qui venaient du monastère de Shirin et les autres chrétiens allaient à la porte de la chambre du roi, lisaient lEvangile en cérémonie, recevaient des cadeaux du roi et sen retournaient. Et personne nosait leur rien dire.
La reine des Perses.
(Bukhari, Hadith 9/88,219).
...quand le prophète a su que le peuple de Perse avait fait de la fille de Khosroès leur reine, il dit:
-Jamais une nation naura le succès si elle fait dune femme son dirigeant103 .
4- Les Perses en Arabie.
Les recherches historiques actuelles modifient radicalement la vison précédente dune Arabie autonome, rejetant avec dédain les influences extérieures. De nouveaux documents attestent au contraire que la puissance perse occupait directement ou indirectement lArabie. Mais la chose na pas plu aux sources arabes, qui lont dissimilée le plus possible...
Les Perses au Yémen
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes)104 .
Quand Wahriz est mort, Khosroès a nommé son fils al Marzuban105 comme chef du Yémen. Quand Marzuban est mort, Khosroès a nommé son fils al Taynujan chef au Yémen, et quand il est mort, il a nommé son fils, qu'il a ensuite déposé, et anommé Badhan. Cet homme était en fonction quand Allah a envoyé Muhammad le prophète.
On m'a dit, selon Az Zuhri, que Khosroès avait envoyé la lettre suivante à Badhan:
J'ai entendu dire qu'un homme des Quraysh est apparu à la Mecque, en déclarant qu'il était prophète. Va le voir, et invite le à se retirer. S'il se retire, c'est tant mieux. Sinon, apporte moi sa tête. (...)
Lexpansion sassanide au Yémen.
(Masudi, Prairies dOr 1020-1021,1024).
Lexpédition des Perses dans le Yémen et la victoire quils remportèrent sur les Abyssins ont inspiré les vers suivants à un poète originaire de la Perse:
Nous avons traversé les mers pour affranchir Himyar de la tyrannie des Noirs,
Avec une armée de lions de la race de Sasan,
héros aux regards superbes qui faisaient aux femmes un rempart de leurs lances,
Et de leurs sabres acérés et brillants qui pénétraient dans le corps, rapides comme léclair.
Vous avons tué 1'orgueilleux Masraq,
tandis que les tribus abyssines nous provoquaient au combat.
Le rubis qui brillait sur son front a été fendupar la flèche du guerrier de Sasan,
Wahriz ad Daylamb, quand il le vit plein de sang-froid et solidement campé sur ses jambes.
Alors notre armée victorieuse apris possession du pays de Qahtan;
elle a pénétré je que sous les portiques de Ghumdan.
Là nous avons gouté toutes les voluptés et comblé de nos bienfaits les fils de Qathan106.
Abu Ubada a traité du même sujet dans des vers adressés à un noble de Perse (...):
Quelle générosité est la vôtre et qu'il est doux de la louer!
Vous avez accordé un bienfait dont la mémoire durera autant que les siècles.
Quand vous l'avez fait ce n'était pas le premier,
mais aucun service ne vaut celui que vous avez rendu au Yémen,
Le jour où votre ancêtre Anushirvan107 déchira le voile d'humiliation qui recouvrait Sayf ibn Dhu Yazan,
Et que les chevaux de Perse ne cessaient de défendre Sanaa et Aden par le sabre et la lance.
Vous êtes les fils d'un bienfaiteur généreux
et non les fils de ceux qui ont bénéficié de vos graces et de vos faveurs.
Abu Zama (...) récita alors le poème qui commençait ainsi:
Pour chercher à se venger, des rois pareils à Ibn Dhi Yazan ont affronté les périls de la mer.
Enfin le roi de Perse envoya des fils de nobles qui semblaient des montagnes dans les ténèbres de la nuit.
Quelle excellente troupe que celle qui se mit en campagne!
Je n'en ai jamais vu de pareille au monde.
Tu as déchainé des lions contre ces chiens de Noirs et,
le soir de la bataille, les débris de l'armée en fuite jonchaient le sol.
Bois gaiement, le front ceint du diadème,
au sommet du Ghumdan, ta demeure si prospère.
Maintenant qu'ils sont anéantis, parfume-toi de musc
et drape-toi avec fierté dans les deux manteaux de satisfaction et d'orgueil.
De pareilles prouesses ne sont pas comme deux vases de lait mêlé d'eau qui se transforme ensuite en urine.
Les taxes des Sassanides: l'exemple de Médine
(Ibn Khuradadhih)108 .
Dans la jahiliyya, Médine et Tihama étaient sous le contrôle d'un officier choisi par le Marzuban al Badiya109 qui levait des taxent sur Médine. Les tribus juives de Qurayza et Nadir régnaient alors sur Médine, exerçant la suprématie sur les Aws et les Khazraj.
Un poète des Ansar a rappelé cette circonstance, quand il adit:
-Après un tribut payé à Khosroès, après un tribut pour les Qurayza et les Nadir110, on nous rançonne encore!
5-La culture perse.
La civilisation perse, dimportance mondiale, écrase culturellement une avaste espae vide tel que lArabie. Tous les documents témoignent de cette influence, jusque dans la vie quotidienne.
A la mode des Perses
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 15753).
Les deux hommes vinrent auprès de l'apôtre et Babawayh lui dit que le Shahansha111 Khosroès avait écrit au gouverneur Badhan lui ordonnant d'envoyer des hommes pour le ramener (...); mais s'il refusait de venir, il saurait quelle sorte d'homme il était: il détruirait son peuple et viderait son pays. Ils arrivèrent en présence de l'apôtre avec des barbes rasées et de longues moustaches, de telle manière qu'il ne put supporter de les regarder. Il avança vers eux et dit:
-Qui vous a ordonné de faire cela?
Ce à quoi ils répondirent:
-Notre seigneur (évoquant Khosroès).
L'apôtre répondit:
-Mais moi, mon seingeur m'a ordonné de laisser pousser ma barbe, très longue et de me couper la moustache112.
L'hostilité de la Perse.
(Bukhari, Hadith 3/7, 1).
Abdallah ibn Abbas informe que l'envoyé d'Allah expédia un messager porteur d'une lettre, avec mission de la remettre au prince de El Bahreyn. Ce prince envoya cette lettre à Chosroès113 qui, après l'avoir lue, la déchira en mille morceaux. Ibn El Mosayyab (si je ne me trompe dit Ez Zuhri) ajoute que le prophète (en apprenant cette nouvelle) maudit ces gens en disant qu'eux aussi soient mis en mille pièces114 .
(Bukhari, Hadith 819).
Abu Huraira rapporte que le prophète d'Allah a dit:
Le nom le plus détesté par Allah est "Roi des Rois"115.
Rejet des échecs
(Muslim 28/5612).
Ce jeu116 est le jeu des Perses par excellence. la détestation de ce peuple se traduit par les interdictions les plus diverses.
Lapôtre dAllah a dit: celui qui joue aux échecs est commme celui qui trempe sa main dans la chair et le sang du porc.
Largent des Perses
(Mahomet, Coran 12/20).
Ils se défirent de Joseph à vil prix -pour quelques dihrams117 - car ils ne tenaient pas à le garder.
Le mérite des Perses
(Muslim, Hadith 31/6177).
... le messager d'Allah disant: s'il y avait une religion dans les Pléiades118, même une personne de Perse pourra s'en emparer, ou quelqu'un d'origine perse la trouvera surement119.
Linfluence culturelle perse.
Le commantateur Tabari remarque la présence de mots étrangers -surtout persans- dans le texte coranique120 .
(Tabari, Tafsir, introduction 2,1).
Ainsi, larabe et le persan ont de nombreux mots en commun: dirhem, dinar121, dawat (encrier), qalam (plume à écrire) et bien dautres encore quil serait fastidieux dénumérer122 .
6- La vie de Salman.
Salman est une figure populaire des légendes musulmanes; même si son importance politique est négligeable, il est le précurseur des rapports ambigus entre l'islam et l'Iran. De plus, il devient par la suite un des premiers partisans d'Ali. Ici, ce sont plutôt les errements de sa jeunesse qui sont intéressants123 .
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois IX 1779).
Salman al Farisi124 , surnommé Abu Abdallah, était originaire d' un village de la région d'Ispahan. On dit qu'il est en fait originaire du village de Ramhurmuz, qu'il est entré en captivité, à cause de gens de Kalb, et qu'il a été vendu à des juifs dans la région de Wadil Qura. Il a fait ensuite un contrat écrit avec son maitre juif pour payer sa propre rançon, et après cela, il fut affranchi. Le messager d'Allah et les musulmans l'ont aidé à remplir ses obligations dans le contrat.
Des généalogistes perses affirment que Salman venait des villages de la région de Sabur et que son nom était Mabih ibn Budhakhshan ibn Dih Dirih.
7-Menaces sur lempire.
Cela devient un véritable thème littéraire à part entière, dorigne conjointe, perse et arabe, à portée théologique.
Un poème sur le destin de la Perse
(Tabari, Histoire des prophètes I, p. 28).
En chemin, il125 récita en lui-même une pièce de vers très belle, dont on ne sait que quelques vers. Il dit :
Apprête-toi, toi qui es prompt et résolu!
La peur et la préoccupation ne tatteignent pas.
Si le royaume est perdu pour les enfants de Sasan126 ,
c'est que la fortune consiste en changements.
Dans leur demeure leurs attaques effrayent les lions féroces;
eux, habitants du chateau, Mihran et ses frères,
et les Hormuzd, et Schapur et Schapur.
Les hommes sont enfants d'un même père;
mais lorsqu'ils savent que quelqu'un est diminué,
alors il est méprisé et abandonné par eux.
Ils sont fils d'une même mère, quant à leur naissance;
mais quelques-uns sont favorisés par la Providence.
Le bien et le mal se trouvent rattachés ensemble;
mais le bien est à suivre, le mal à éviter127.
La terreur de la Perse.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 27).
Le présage explique la future destruction de la dynastie par les musulmans128 .
Dans la même nuit, Nurshirvan vit en songe les tours de son palais renversées. Le grand mobed129 eut un songe dans lequel il vit comment de grands chameaux vigoureux luttèrent contre de petits chameaux arabes en petit nombre, comment ils furent mis en fuite, comment les chameaux arabes passèrent le Tigre, pénétrèrent dans la Perse et s'y répandirent. Le matin, le mobed se leva et ne dit le songe à personne; mais son cur fut très affligé. Le lendemain, on reçut de la Perside la nouvelle que le principal feu s'était éteint dans le pyrée, dans la même nuit que Nushirwan avait eu ce songe. Il y avait mille ans que ce feu ne s'était éteint. Nurshirwan fut stupéfait et dit:
-C'est là une grave nouvelle; il faut en avertir le peuple. Il réunit ses ministres, les principaux officiers et les mobeds, leur raconta le songe et leur fit lecture de la lettre qui était arrivée de la province de Perse130 . Le mobed dit :
-Moi aussi jai eu, dans la même nuit, un songe, dans lequel j'ai vu des chameaux.
Et il raconta son songe et ajouta :
-Un grand événement se passe parmi les Arabes.
5-Les vassaux des Perses: les Lakhmides.
La dynastie des Lakhmides, regroupée autour de la ville dHira131 , centre actif du christianisme, pôle culturelle132 , assure le même rôle que les Ghassanides pour Byzance: ces vassaux surveillent la marche sud de lempire et contrôle les circuits commerciaux133.
La ville a été un centre de diffusion du manichéisme. Les sources arabes y citent comme adhérent à cette doctrine un Quraysh important: Abu Sufyan lui-même134.
Notice géographique
Abulfeda, Géographie 300135 .
Hira est une ville anté-islamique où coulent de nombreux cours deau. Située à environ une parasangue de Kufa. (...) Cétait la résidence de la dynastie de Numan ibn al Mundhir136 . Mundhir ibn Imrul Qais, un des rois de Hirah, y embrassa le christianisme et y construisit de grandes églises. Hirah est située sur un emplacement appelé Nadjaf137.
1-La monarchie des Lakhmides.
Elle est vue comme une copie en petit de lempire perse, avec le même luxe, qui émerveille les nomades.
La couronne du roi dHira138 .
(Tabari, Histoire des prophètes V 946).
Kisra était dans la salle du trône, là où sa couronne était gardée. Cette couronne était un grand récipient de mesure à grain, décorée de rubis, de perles139, dor, dargent, et était accrochée par une chaine dor à la voute de la salle. Cette couronne était tellement grosse que son cou ne pouvait pas la supporter. Alors, il senroulait dans son manteau avant de montrer sur le trône. Sa tête était alors insérée dans la couronne et il sinstallait confortablement sur le trône.
Abu al Baqa (XIIème siècle)140
La majeure partie de leurs revenus leur provenaient des bénéfices quils tiraient du commerce, du butin quils faisaient lors des incursions contre les tribus arabes et aux confins du Sham et dans tous les territoires quils attaquaient. Ils percevaient le tribut des Arabes qui leur obéissaient et dont ils avaient triomphé. Cest de cette manière quils avaient accumulé une quantité considérable de bétail.
2-Les reines Hind.
Une série de reines homonymes a vécu à Hira, et a laissé nombres dindices de leur piété et générosité autour de Hira.
Yaqut, Géographie II 709141.
Cette église a été costruite par Hind, fille dal Harith, fils dAmir fils dHujr, la reine, fille des rois et mère du roi Amir, fils dal Mundhir, servante du Christ, mère de son serviteur, et fille de ses serviteurs, du temps du règne du roi des rois, Khosroès Anushirwan, et du temps de lévêque Mar Iphraem.
Une église dédicace de la reine Hind
(Yaqut 4,184142 ).
Cette église a été érigée par Hind, fils dal Harith ibn Amir ibn Hujr, le reine, fille des rois, et mère du roi Amir ibn al Mundir, la servante du Christ, mère de son serviteur et fille de son serviteur, sous le règne du roi des rois Khosroès Anushirvan, au temps de lévêque Mar Ephraïm.
Puisse Dieu, pour qui elle a bâti ce monastère, lui pardonner ses péchés; puisse t-il avoir pitié delle et de son fils; puisse t-il la recevoir avec son peuple dans la sauvegarde de sa vérité et puisse Dieu être avec elle et avec son fils pour toujours.
3-La capitale du christianisme arabe.
Les Lakhmides, bien qualliés des Sassanides, sont chrétiens, et laffirment ouvertement par une intense activité monumentale. Hira a laissé le souvenir dune ville couverte déglises et de monastères.
Le monastère de al Jaraa.
(Yaqut, Buldan II 521a-b)143 .
Ce monastère, dit Yaqut, se trouve à l'extérieur de Hira, au lieu dit al Jaraka. Abd al Masih est celui qui rencontra Khalid Ibn al Walid lorsque celui-ci attaqua Hira. Puis Abd al Masih demeura dans ce monastère jusqu'à sa mort après avoir conclu la paix avec les musulmans pour le prix de 100 000 dirhams. Au bout d'un certain temps, le monastère tomba en ruines. Il en apparut un portique vouté en pierres. On pensa que s'y trouvait un trésor. On l'ouvrit. Sy trouvait une banquette de marbre sur laquelle était étendu un homme mort. À sa tête il y avait une planchette avec une inscription144:
Moi, Abd al Masih fils de Amir fils de Buqayla. En noblesse j'ai presque atteint la hauteur des Pléiades. Mais il n'est aucun moyen d'atteindre l'éternité.
Le Serviteur du Messie à Hira.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 27)
Envoie-moi145 un Arabe savant et agé, afin que nous lui demandions quelque chose touchant les traditions arabes.
Il y avait à Hira un chrétien nommé Abdul Masih, fils dAmir le Ghassanide, descendant des rois de Syrie. Cet homme avait déjà vécu trois cent soixante ans; il était très versé dans les anciennes traditions et avait lu beaucoup de livres.
Les archives de Hira.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois 769-70)146 .
Nous nous appuyons sur ce que nous avons eu la possibilité de trouver d'authentique dans ce qui a été transmis au sujet des rois de Hira. Car tout ce qui concerne la famille de Nasr Ibn Rabihal et ceux d'entre eux qui furent gouverneurs pour les rois perses et leurs agents chez les Arabes dans les confins désertiques de l'Irak, est très connu des habitants de Hira et attesté chez eux dans leurs églises et leurs livres147.
On m'a rapporté que Hisham Ibn al Kalbi148 disait:
- À Hira, où était le siège de leur royauté et de toutes leurs entreprises, c'est des monastères que j'ai tiré les informations concernant les Arabes, les généalogies de la famille de Nasr Ibn Rabia, la durée du règne de ceux d'entre eux qui uvrèrent pour la dynastie des Kisra149, ainsi que la chronologie de leur règne.
4-La ruine de Hira.
Les vestiges de la ville ont impressionné les voyageurs, partagés entre la fierté de voir une ville chrétienne abaissée et la nostalgie inévitable aux esprits raffinés.
(Masudi, Prairies dOr 1075).
A dater de cette époque, la décadence de Hira s'accrut rapidement jusqu'aux premières années du règne d'al Mutadid, où elle disparut sous ses ruines. Quelques califes abbasides, tels qu'as Saffah, al Mansur et ar Rashid, aimaient à s'y arrêter et à y séjourner, à cause de l'agrément de son climat, de la pureté de son ciel, de la nature forte et salubre de son terroir, et aussi à cause du voisinage du Khawarnaq et de Najaf. Elle renfermait plusieurs monastères; mais quand elle tomba en ruine, les moines qui les occupaient émigrèrent dans d'autres contrées.
Aujourd'hui, Hira n'est plus qu'un désert dont la chouette et le hibou sont les seuls hôtes. Cependant, beaucoup de gens, qui prétendent lire dans les secrets de l'avenir, assurent que sa prospérité renaitra et que cette ville se relèvera de ses ruines. On en dit autant de Kufa.
Visite de Hira.
(Yaqubi, Buldan)150 .
On rattache aussi à Kufa la ville de Hira, qui en est éloignée de trois milles, dit Yaqubi. Hira domine Najaf... Cest là quhabite, entre autres, la famille de Buqayla. Cétait autrefois la résidence des princes lakhmides, de la famille de Numan ibn al Mundhir. La haute société de Hira est composée de chrétiens, et certains appartiennent à des tribus arabes, entre autres, aux Banu Tamim, dont la famille du poète Adi Ibn Zayd Ibadi, aux Sulaym, aux Tayyi.
5-LEthiopie.
LEthiopie chrétienne151 apparait dans les événements dArabie, par lintermédiaire des marchands, des esclaves, des mercenaires152 et de ses incursions au Yémen. LAbyssinie est le nom arabe de ce royaume153, Axum, son nom indigène. Au tournant du VIIème siècle, cette puissance alliée des Byzantins saffaiblit au contact des Sassanides.
Les musulmans croient entretenir de bonnes relations avec le Négus154. Les mots éthiopiens sont dailleurs assez nombreux dans le texte du Coran.
1-Un réservoir de main-doeuvre.
LAbyssinie, séparée dun étroit bras de mer, fournit les aristocraties arabes en esclaves domestiques et en mercenaires. Ce trafic na été interrompu quau milieu du XXème siècle, sous pression occidentale.
Les esclaves éthiopiens.
(Dawud, Hadith 23, 4976)155 .
Aïsha a appelé sa servante abyssinienne et lui a demandé:
-Est-ce lui ou toi qui a préparé le nabidh156 pour lapôtre dAllah?
La servante abyssinienne a répondu:
-Jai préparé le nabidh pour lui et je lai mis dans une outre pour la nuit, lié lembouchure et suspendu, pour quil puisse le boire le matin.
Les esclaves éthiopiens de Médine
(Hadith, Dawud 41, 4905)157 .
Quand lapôtre dAllah est venu à Médine, les Abyssiniens jouaient pour exprimer leur joie; ils jouaient avec des lances158 .
Les esclaves-concubines éthiopiennes des Quraysh.
(Ibn al Kalbi, Livre des Défauts)159 .
Les Quraysh fils dEthiopiennes:
-Nadla ibn Hashim ibn Abd Manaf (il na pas de postérité; il eut pour mère Sohak.
-Nufayl ibn Abd al Uzza ... (il eut pour mère Sohak).
-Amir ibn Rabia ... Ils eurent pour mère Sohak, une Ethiopienne qui appartenait à Hashim Abd Manaf.
-Rabia al Makhzumi: sa mère était éthiopienne chrétienne.
-Al Abbas ibn Walid...
-Abdallah ibn Ubayy.
-Abdallah ibn Abu ... Amir ibn Hafs.
Le jeu des Ethiopiens.
(Dawud Hadith 4,1941).
Je me souviens que lapôtre dAllah se tenait à la porte de ma maison, empêchant avec son manteau que je puisse voir le jeu des Abyssiniens alors quils samusaient avec leurs dagues dans la mosquée.
2-Le christianisme éthiopien.
Autour de 350, lEthiopie est christianismée, par les marchands, sous linfluence dAlexandrie. Elle adopte la doctrine monophysite.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 85).
Le prophète leur accorda cette autorisation, en leur disant:
-Allez dans l'Abyssinie, dont les habitants sont chrétiens, possesseurs d'un livre sacré, et plus rapprochés des musulmans que les idolâtres. Le Négus est un roi qui ne commet jamais d'injustice envers personne.
Les églises éthiopiennes.
(Bukhari, Hadith 8/419)160 .
Umm Habiba et Umm Salama ont mentionné une église quelles avaient vues en Ethiopie, dans laquelle il y avait des images161. Elles en parlèrent au prophète, qui dit à ce sujet: si un homme pieux meurt parmi ces gens, ils feront un sanctuaire sur sa tombe et mettront des images dessus. Ils sont parmi les pires créatures sous le regard dAllah le jour de la résurrection.
Légendes monétaires dAxum (350-750)162 .
Cela convient au pays.
Christ avec nous!.
Joie pour les Nations!
Sois conquérant par le Christ
Grâces aux Nations.
3-Le Négus.
La tradition musulmane a cherché à prouver que le Négus sétait converti à lislam163 , pour expliquer le bon traitement dont avaient bénéficié les musulmans réfugiés à sa cour. Il est le seul des dirigeants étrangers à recevoir un traitement favorable par ces sources.
Si lon en croit les sources numismatiques, le nom du souverain est Yoel164 .
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 89).
Le Négus était intérieurement croyant. Or il voulait faire connaitre publiquement sa foi, et à cet effet il convoqua le peuple abyssin, les grands, les officiers et les troupes, et il leur parla ainsi:
-Je pense que ce Muhammad est le personnage dont il est parlé dans l'Évangile. Ne pourrions-nous pas croire en lui et le faire venir dans notre pays, avant que sa religion ait conquis le monde entier?
Les Abyssins protestèrent en disant:
-Nous ne consentons pas; nous ne voulons pas abandonner la religion chrétienne; celui qui le fera sera répudié et abandonné par nous.
Le Négus, craignant de perdre la couronne, dit :
- Je n'ai fait que vous éprouver, pour voir ce que vous en diriez. Le peuple fut rassuré. Le Négus continuait de bien traiter les musulmans, et professait lui-même en secret l'islamisme. Il en fit part, par un messager, au prophète, qui agréa sa conversion et l'autorisa à pratiquer165.
L'accueil du Négus.
(Ibn Sad, Tabaqat 8/116).
Jafar arriva et sautilla autour du messager d'Allah. Le prophète dit:
-Que t'arrive t-il, Jafar?
Il répondit:
-Messager d'Allah, quand le Négus veut faire plaisir à quelqu'un, il se lève et sautille autour de lui.
Le fils du Négus.
(Ibn Bukayr)166.
J'ai vu Abu Nayzar, le fils du Négus. Jamais je n'ai vu un homme, Arabe ou étranger, plus fort, plus grand, plus beau que lui. Ali est venu vers lui en compagnie d'un marchand à la Mecque et l'a acheté, l'a affranchi en retour de la bonté du Négus envers Jafar et ses compagnons. J'ai demandé à mon père si Abu Nayzar était un homme noir comme les Abyssins et il a dit que si je l'avais vu, j'aurai dit que c'était un Arabe.
II
Les événements
La trace de quelques rares événements survenus en Arabie a été conservée dans les textes; pour les trois qui suivent, le plus remarquable est leur présence dans le Coran: cest le signe quils ont eu une forte influence dans les mentalités des populations de lArabie, parmi lesquelles celle d'un simple Mecquois, Muhammad ibn Abdallah.
1- Les martyrs du fossé de Najran (523).
Un roi dArabie du sud, du nom de Dhu Nuwas167, puis baptisé Yusuf après sa conversion au judaïsme168, a persécuté les populations chrétiennes de la région de Najran169. Cest surtout le mode de lexécution qua retenu la tradition, chrétienne et musulmane: les victimes furent brûlées vives dans des fosses.
La découverte dune inscription a confirmé la réalité de lépisode dont le Coran avait conservé le souvenir, par l'énigmatique formule "gens du Four"170.
1-Le persécuteur.
La conversion de Dhu Nuwas.
(Tabari, Histoire des prophètes V 920).
Zurah Dhu Nuwas, quand il se convertit au judaïsme, prit le nom de Yusuf. Cest lui qui a creusé la tranchée à Najran et qui a tué les chrétiens.
(Inscription de Bir Hima , ca. 523)171 .
Que Dieu, à qui sont le ciel et la terre, bénisse le roi Yusuf Asar Yathar, roi de toutes les tribus, et qu'il bénisse les grands seigneurs Lahayat Yarkham, Sumuyafa Ashwa, Sharahil Ashwa et Shurahbiil Asad, fils de Shurahbiil Yakmul, (du lignage) de Yazan et Gadan. Ils sont partis avec leur seigneur le roi Yusuf Asar Yathar quand il a brulé l'église et massacré les Abyssins à Zafar, fait la guerre à Asharan172 , à Rakban173 , à Farasan et à Mukhawan 174 , attaqué et assiégé Najran, enfin fortifié la chaine de Maddaban175 , quand il a fait un rassemblement auprès de lui et qu'il les a envoyés avec une armée, quand ce que le roi a réussi à prendre comme butin au cours de cette campagne se monte à 12 500 tués, 11 000 prisonniers, 290 000 chameaux, vaches et moutons; a écrit cette inscription le grand seigneur176 Sharahil dhu Yazan, quand il faisait le siège de Najran avec la tribu dhu Hamdan, villageois et nomades, un contingent de Yazanites et dauxiliaires arabes de Kinda, Murad, Madhhij, tandis que les grands seigneurs, ses frères, étaient avec le roi en position au bord de la mer contre l'Abyssinie et fortifiaient la chaine de Maddaban, et quand tout ce qu'ils ont mentionné dans cette inscription comme massacre, butin et siège, ceci fut en une campagne qu'achevèrent ceux qui rentrèrent chez eux en treize mois.
Que bénisse Rahmanan leurs fils, Sharahbiil Yakmul et Haan Asar, fils de Lahayat, ainsi que Lahaycat Yarkham, fils de Sumuyafa, et Marthadilan
Yamgud, fils de Sharahil, du lignage de Yazan, au mois de dhu madhraan 633.
Puisse, avec la protection du ciel et le loyalisme et les capacités des hommes, cette inscription être protégée contre tout briseur et déprédateur, et Rahmanan Très Haut contre tout briseur qui la mutilerait. A consigné, écrit et supervisé au nom de Rahmanan le secrétaire Tamim dhu Hadya. Seigneur des juifs.
Par le Louangé177 .
2-La persécution.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 24).
Dhu Nuwas partit en guerre contre eux avec ses armées et les incita à se convertir au judaïsme, donnant le choix entre cela et la mort: ils choisirent la mort. Alors il fit creuser des tranchées pour eux; il en brûla certains, en fit massacrer par le sabre et en mutila d'autres, jusqu' à tuer un total de 20 000 d'entre eux. (...)
On dit aussi que parmi les morts de Dhu Nuwas, il y eut Abdullah al Thamir, leur chef et imam178 .
Le précédent biblique179 .
La référence coranique (ou même le comportement du roi) a pu être influencée par la contamination de cet épisode de persécution biblique.
(Livre de Daniel 3,21-22).
Alors ces hommes, avec leurs tuniques, leurs robes, leurs tiares et leurs autres vêtements furent jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Mais comme lordre du roi180 était pressant et que la fournaise était extraordinairement chauffée, la flamme du feu tua les hommes qui y avaient jeté Sidrach, Misach et Abdénago.
Inscription du roi Dhu Nuwas181.
Une inscription provenant du roi Dhu Nuwas, et datée de 518, mentionne le même épisode. Mais les Fosses182 pourraient aussi bien être le nom dun localité.
...ils furent tués, les compagnons des fosses, par le feu en brasier, alors quils étaient auprès, assis... Ils leur reprochaient de croire en Dieu!
Lallusion byzantine.
(Théophanes, Chronographia 169).
Dans la même année des faits concernant le saint Arethas et ceux perpétrés dans la cité de Negra183 par les Homérites184 , une guerre fut entreprise par Elasbaas, empereur des Ethiopiens, contre les Homérites, et il fut victorieux.
Lallusion coranique.
(Mahomet, Coran 85/5-11).
Ils ont été tués185, les hommes du four -feu sans cesse alimenté- tandis quils étaient assis autour, témoins de ce quils faisaient aux croyants; ils ne les tourmentèrent que parce que ceux-ci croyaient en Allah, le puissant, le digne de louanges, à qui revient la royauté des cieux et de la terre. Allah, de toute chose est témoin.
En vérité, à ceux qui auront soumis, çà une épreuve, des croyants et des croyantes, puis ne se seront pas repentis, à ceux-là sont réservés le tourment de la géhenne et le tourmant de la calcination.
3- Epilogues.
La persécution, provoquant un grand émoi, entraine une réaction des Byzantins, qui chargent leurs alliés éthiopiens de punir Dhu Nuwas. Cest ce qui est rapidement exécuté: avec laide de seigneurs locaux, le trop sinistre personnage est promptement éliminé.
La mort du persécuteur (525?).
(Inscription de Husn al Ghurab)186 .
Sumyafa Ashwa et ses fils, Shurahbiil Yakmul et Madikarib Yacfur, fils de Lahiat Yarkham, (seigneurs) de Kalan, dhu Yazan, Gadan, Mathlan, Shariqan, Habb, Yathian, Yashur, Yaras, Makrab, Aqahat, Basiiyyan, Yalghub, Ghayman, Yasbur, Shabah, Gadawiyan, Kasaran, Rakhyat, Girdan, Qabilan, Shirgay, Banu Malham, de leurs tribus Wahazat, Alhan, Sulufan, Dayfatan, Rathah, Rakban, Matiafatan, Sakalan et Sakrad, également chefs et gouverneurs de Sayban Dhu Nasaf, ont écrit cette inscription sur le mont Mawiyat, quand ils en ont aménagé les murailles, la porte, les citernes et les voies d'accès, quand ils s'y sont retranchés à leur retour du pays d'Abyssinie et que les Abyssins ont envoyé leur corps expéditionnaire au pays de Himyar, quand ils ont tué le roi de Himyar187 et ses grands seigneurs188, Himyarites et Rahbatites.
Au mois de dhu hillatan de l'an 640189.
Archéo-théologie.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 25).
A l'époque d'Omar ibn Khattab190, un habitant de Najran a creusé dans les ruines de Najran pour pouvoir utiliser la terre, et ils sont tombés sur Abdullah ibn al Thamir, dans sa tombe; il était en position assise, sa main couvrant une blessure à la tête, et la tenant solidement. Sa main fut déplacée, et du sang sortit de la blessure. Alors ils ont replacé la main à sa place. Il avait au doigt une bague sur laquelle il était écrit: Allah est mon dieu191 .
2-La rupture de la digue de Marib (542).
Cet épisode de 542192 est attesté par une inscription, les allusions, musulmanes, mais aussi par des fouilles archéologiques récentes193 .
Il semble avoir marqué durablement les mentalités.
1-La construction de la digue.
Les inondations périodiques qui affectaient la région ont incité la population à ériger ce monument toujours visible. Cest aussi une marqued e laffirmation dun pouvoir politique très organisé, une monarchie, en loccurence. De ce barrage, qui en soi est aussi un chef doeuvre, découle la prospérité dune grande partie de lArabie Heureuse194 du VIème siècle.
Linscription dAbraha195 .
Par la puissance et la clémence et la miséricorde du Tout miséricordieux196 et de son messie et du Saint Esprit. Cette inscription est gravée par Abraha,197 délégué du roi ge'estite198 Ramm Zubayman, roi de Saba et de Dhu Raydan et de Hadramut et de Yamanat et de ses Arabes de Tihamah et de Najd.
Et il écrivit cette inscription lors de la révolte de Yazid ibn Kabshah, gouverneur de Kindah et de Di... Il envoya Jarrah Dhu Zinbur... mais Yazid le tua... Recevant la nouvelle, le roi rassembla ses troupes abyssines et himyarites par milliers au mois de Dhul Qiyat de lannée 7199; il se mit en marche et pénétra dans les plaines de Saba... Alors Yazid se rendit auprès de lui à Nabat, et capitula devant les chefs de l'armée... A ce moment vint de Saba la terrible nouvelle qu'au mois de Dhul Madhrah de lannée 7, la digue s'était brisée ainsi que le mur, les réservoirs d'eau, et le bassin dAfan... Et le roi donna l'ordre aux tribus de ramasser la terre de la construction, les pierres des fondations, les pierres rouges de construction, les autres matériaux de construction, les feuilles de l'arbre Khafaj, les pierres blanches ainsi que le plomb de fonte, pour res taurer la digue, les murs et les dégats causés à Marib. Ce travail de rassemblage s'acheva au mois de Dhul Surab de lannée 7... Le roi se rendit à Marib pour consacrer son église... ensuite, il alla à la digue, creusa jusqu'au niveau des fondations et dégagea le rocher pour ériger le mur. Et lorsqu'il eut commencé, arriva la nouvelle de la révolte des tribus. Les rebelles se soumirent au roi. De là, il rentra dans la ville de Marib de la digue. Les chefs qui restèrent fidèles, furent Aksum, Murjazif de Dhirnah, Adil chef de Faysh, etc... Alors vinrent à lui l'ambassade du Négus, et l'ambassade du roi des Rum, et l'ambassade du roi des Perses, et l'envoyé d'al Mundhir200, et un envoyé de Harith ibn Jabalah, et un envoyé d'Abu Karib ibn Jabalah, ainsi que les envoyés de tous ceux qui cherchaient son amitié, grace au Tout Miséricordieux... et le roi restaura le mur bati par Yafur à Saba...201
(Masudi, Prairies dor 1253).
Les eaux, représentant la majeure partie de celles qui arrivaient dai-is le pays de Saba, remplissaient une écluse202 faite en pierres dures et en fer, qui partait de l'ensemble formé par] la digue et la montagne. La longueur de cette écluse était, comme nous l'avons dit, d'une parasange; et derrière la digue et les montagnes, il y avait de grands fleuves. Dans cette écluse, à laquelle aboutissaient les eaux de ces fleuves, on avait pratiqué 30 ouvertures d'une rondeur et d'une proportion parfaites, dont le diamètre, en tous sens, était d'une coudée. Les eaux sortant par ces ouvertures formaient des ruisseaux qui, dans leurs cours, arrosaient les jardins et fournis- saient à la boisson de tous les habitants. Avant que le pays de Saba jouit de la fertilité et de la riche culture dont nous venons de faire le tableau, il était recouvert par la crue de ces cours d'eau.
2-Le cataclysme.
Cest, selon des études récentes, la rupture de cette digue qui a causé le déclin de toute la région. Muhammad semble sen réjouir dans son oeuvre.
Les sources musulmanes attribuent la catastrophe, au mieux, au mauvais entretien de lédifice, à des rats obéissant à des ordres divins, ou à la colère dAllah contre des hommes trop heureux.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, p. 693203 ).
Amr vit un rat en train de creuser dans le barrage à Marib, là où ils retenaient leau et lamenaient là où elle était la plus utile. Il sentait que le barrage nallait pas durer et il se résolut à quitter le Yémen. (...) Alors Allah envoya un torrent contre le barrage et le détruisit.
(Baladuri, Livre des Conquêtes 15-6).
Alors Allah créa des rats qui commencèrent à ronger le barrage, qui se trouvaient entre deux montagnes, et qui comportait des canalisations pour que les gnes qui le souhaitaient puissent retirer autant deau quils voulaient. Cétait le barrage dArim. Les rats sactivèrent sur la barrage jusquà ce quil rompe. Ainsi, Allah inonda leurs jardins et leurs arbres disparurent; il les changea en khamt204, tamariniers et quelques jujubiers205 .
La rupture de la digue, punition dAllah.
(Mahomet, Coran 34, 14).
Les Saba se détournèrent cependant de nous.
Nous déchainames contre eux linondation dal Arim et, au lieu de leurs deux jardins, nous leur donnames deux jardins poussant des végétaux aux fruits amers, des tamaris et de rares baies de jujubiers.
(Masudi, Prairies dor 1255).
Les enfants de Qahtan ayant fixé leur demeure dans le pays que nous venons de faire connaitre et ayant soumis tous ses habitants, ne se doutèrent pas de la catastrophe qui les menaçait du fait de la dégradation et de l'affaiblissement de la digue et de l'écluse. Quand la digue, la batisse et l'écluse en furent venues à un tel point de faiblesse qu'elles ne furent plus capables de soutenir l'effort des eaux, elles cédèrent à leur violence, furent entrainées dans le courant et renversées par.leur impétuosité. Cela arriva à l'époque de la crue des eaux, qui submergèrent tout le pays: jardins, terres cultivées et batiments; cette catastrophe en éloigna tous les habitants et entraina son entière dépopulation.
(...)
Voilà en peu de mots l'histoire de l'inondation d'al Arim et du pays de Saba. Tous les gens instruits, parmi ces peuples, conviennent que le mot arim désigne la digue206 qu'ils avaient solidement construite pour mettre leurs campagnes à l'abri des ravages de la crue. Ce fut un rat qui y pratiqua une fente, pour accentuer le merveilleux de l'événement, de même que Dieu avait fait jaillir les eaux du Déluge du milieu d'un four afin que l'enseignement qu'il comportait fut plus frappant et la preuve de la toute-puissance divine plus convaincante. Les descendants de Qahtan, qui habitent encore aujourd'hui cette contrée, ne contestent pas la catastrophe d'al Arim, car le fait est chez eux célèbre et connu de tous.
3-Lannée de lEléphant (570?).
Cette fameuse année207 de 570 a servi de point de repère immuable pour la tradition musulmane: il y aurait eu synchronisme entre lattaque éthiopienne208 et la naissance de Muhammad. Les historiens contestent bien sur ce rapprochement. Mais la protection miraculeuse du sanctuaire contre lattaque éthiopienne fournit un contexte symbolique particulièrement séduisant209. Il est certain que cet événement fondateur pour les Mecquois a laissé une impression profonde sur les esprits210. On connait donc laffaire dans un grand luxe de détails, par des développements héroïques, comiques et fantastiques211. Elle permet de montrer les Quraysh dans la posture de défenseurs de la Kaba, contre les Yéménites chrétiens212 . Léléphant, au service dun roi chrétien se soumet devant le dieu de la Kaba, dans une scène frappante: il accomplit ainsi, lui, léléphant chrétien, en sagenouillant des rites qui font de lui le premier des musulmans...
Il est pourtant permis de douter, hélas, de la présence pittoresque dun éléphant durant lévénement: plus simplement, les Ethiopiens étaient appelés traditionellement Gens de lEléphant213...
1-Le vice-roi Abraha.
Procope, Histoire des Guerres I 20, 5 et 8.
Ces gens214, un peu plus tard, en compagnie de quelques autres, se souleva contre le roi Esimiphaios215 et lenferma dans une de ses forteresses et ils établirent un nouveau roi, du nom dAbraha. Il était alors chrétien, mais avait été lesclave dun citoyen romain (...). Quand Hellesthaios216 lapprit, il voulut le punir en même temps que tous ceux qui sétaient révoltés, à cause de leur comportement injustce envers Esimiphaios, et il envoya contre eux une armée de 3.000 hommes avec un de ses parents comme commandant. Larmée, une fois sur les lieux, refusa de rentrer chez elle, et elle souhaitait plutôt rester là où il y avait de bonnes terres, et sans en avertir leur chef, ils ouvrirent des négociations avec Abraha. (...) Après la mort dHellesthaios, Abraha accepta de payer tribut au roi dEthiopie qui lui succéda, et de cette façon, il renforça son pouvoir.
Inscription du roi Abraha217.
Par le pouvoir du Miséricordieux et son envoyé218, le roi Abraha... a écrit cette inscription quand il a ravagé Maadd dans sa razzia de printemps au mois davril, alors que la tribu des Banu Amir sétait révoltée. Maintenant, le roi a envoyé Abu Jabr avec les tribus de Kinda219 et Ali et il a envoyé Bishr ibn Hisin avec les tribus de Sad et Murad. Kinda et Ali étaient dans lavant-garde de larmée contre les Banu Amir dans la vallée de Dhu Markh, et Murad et Sad dans une vallée dans la direction de Turaba220 . Puis ils massacrèrent et capturèrent les ennemis et semparèrent dun butin satisfaisant. Le roi, dun autre côté, combattit à Haliban221 et les troupes de Maadd furent battues et contraintes à livrer des otages. Après cela, cet Amr fils de Mundhir négocia avec Abraha et accepta de donner des otages à Abraha, parce que Mundhir avait donné à cet Amir la charge de gouverneur de Maadd. Alors Abraha quitta Haliban par le pouvoir du miséricordieux, lannée 662222.
2-Lattentat scatologique de Sanaa.
Le sacrilège dans léglise.
(Ibn Kalbi 40 c, 41a-b223).
Abraha al-Asram fit construire un édifice à Sanaa, une église qu'il nomma al-Qalis224 . Elle était construite de marbre et du meilleur bois doré. Puis il écrivit au roi dAbyssinie:
-Je tai construit, disait-il, une église telle que personne n'en a jamais construit de semblable. Et je naurai point de cesse que les Arabes ne soient détournés du pèlerinage qu'ils font à leur propre Temple.
La nouvelle parvint à l'une des autorités du calendrier religieux225 qui envoya deux de ses hommes avec ordre de ne point revenir avant davoir déféqué à l'intérieur même de l'église226 . Ce que firent les deux hommes.
En apprenant ce sacrilège, Abraha al Asram demanda, tout irrité:
-Oui a osé faire pareille chose?
On lui répondit:
-Des gens de la Kaba.
A la tête de ses éléphants227 et de ses troupes dAbyssins, il s'élança avec fureur. L'on connait la suite de son équipée.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 934).
Cétait un des hommes des Banu Fuqaym, une partie du groupe des Banu Malik. Il sarrangea pour pénétrer dans la cathédrale et ensuite déféqua dedans, repartit et réussit à rejoindre son pays. Abraha fut informé de cet incident et sexclama:
-Qui a commis cet acte?
On lui répondit:
-Un homme de la maison de la Mecque, où les Arabes font un pélerinage, la commis, parce quil avait entendu tes paroles Je vais détourner les pélerins arabes de là. Cela la rendu furieux et il est entré et a déféqué dedans, pour montrer que cela nétait pas un endroit digne de cette fonction.
3-La légende du siège de la Mecque.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 35-36).
Le matin, Abraha se prépara à entrer dans la ville, mit son éléphant en position et disposa ses troupes. Son intention était de détruire le temple et de retourner au Yémen. Quand ils placèrent léléphant (son nom était Mahmud228) face à la Mecque, Nufayl ibn Habib vint à ses cotés, attrapa une de ses oreilles et dit:
-A genoux, Mahmud, ou retourne doù tu viens, parce que tu es sur la terre sainte dAllah. Il lacha loreille et léléphant sagenouilla... Les soldats ont battu léléphant pour le faire avancer, mais il refusait toujours. Ils lui frappaient la tête avec des barres de fer, ils lui mettaient des crochets sur son ventre et le balafraient. Alors ils le placèrent face au Yémen, et aussitôt, il se leva et se mit en mouvement. Quand ils le placèrent face au nord et lest, il fit la même chose, mais dès quil était en face de la Mecque, il se mettait à nouveau à genoux.
Alors Allah leur envoya des oiseaux de mer comme des hirondelles ou des étournaux. Chacun tenait trois cailloux dans les serres. Chaque homme touché mourut mais ils ne furent pas tous touchés. Ils senfuyèrent par là où ils étaient venus.
Précision sur les attaquants
(Ibn Bukayr)229 .
La ville est une ville qui doit être dévorée.
Les Akk et les Asharites et l'Eléphant vont la détruire.
La punition d'Abraha
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 36).
Abraha fut frappé dans son corps même: ils l'emportaient, mais ses ongles tombaient les uns après les autres. Il lui apparut une plaie qui produisait du pus et du sang, et quand il est arrivé à Sanna, il ressemblait à un tout petit oisillon. On raconte aussi qu'il est mort d'une explosion de son coeur dans sa poitirne.
Poème sur lévénement (Abu Qays230).
... Son oeuvre ce fut le jour de lEléphant abyssinien.
Quoi quils firent, il resta à sa place.
Ils tirent avec leurs crochets sur ses flancs,
ils lui lacérèrent la trompe et elle fut arrachée.
Ils usèrent dun couteau comme dun fouet.
Quand ils le frappèrent avec sur le dos,
cela fit une blessure.
Il finit par se retourner
et rentra par là où il était venu.
Ceux-là supportèrent le poids de leur injustice.
Allah envoya un vent qui apportait des cailloux den haut
et ils tentèrent de se cacher comme des agneaux.
Leurs prêtres les enjoignaient à supporter cela,
mais ils étaient frappés comme des moutons.
La sourate de lEléphant231 .
(Mahomet, Coran 105).
232 Nas tu pas vu comment ton seigneur a traité les hommes de lEléphant?
Na t-il point fait tourner leur stratagème en confusion?
Na t-il point lancé contre eux des oiseaux, par vols, qui leur jetaient des pierres dargile233 , en sorte que ton seigneur en fit comme feuillage dévoré?234
Léléphant, lennemi des dieux.
Léléphant est un animal énorme et anormal dans lAntiquité, qui frappe les imaginations; son existence semble en soi un véritable défi à la divinité et il est de plus devenu un symbole des grandes monarchies orientales. Quand le roi séleucide Antiochos V attaque Jérusalem, la littérature religieuse juive sempare du thème.
(I Maccabées 6).
Le roi se leva de grand matin, et lança son armée d'un seul élan sur le chemin de Bethzakharia235 ; les troupes se rangeaient en ordre de bataille, et on sonna des trompettes. On présenta aux éléphants du jus de raisin et de mures pour les exciter au combat236. Les bêtes furent réparties entre les phalanges. Près de chacune, on rangea mille hommes cuirassés de cottes de mailles et coiffés d'un casque de bronze, et cinq cents cavaliers d'élite étaient affectés à chaque bête. Ceux-ci prévenaient tous les mouvements de la bête et l'accompagnaient partout sans jamais s'en éloigner. Sur chaque bête, une solide tour de bois, fixée par des sangles, formait abri, et dans chaque tour, se trouvaient les trois guerriers combattant sur les bêtes ainsi que leur cornac.(...)
Eléazar, surnommé Awaran, vit l'une des bêtes caparaçonnée d'un harnais royal et surpassant toutes les autres par la taille. Il pensa que le roi était dessus et il se sacrifia pour sauver son peuple et acquérir un nom immortel. Il se précipita avec audace vers la bête et au milieu de la phalange, tuant à droite et à gauche si bien que les ennemis s'en écartèrent de part et d'autre. Il se glissa sous léléphant et par en dessous lui porta un coup mortel: il s'écroula sur Eléazar qui mourut sur place. Les Juifs, constatant la force impétueuse des troupes royales, rompirent le contact.
4-Manipulations chronologiques.
Tout est fait pour adapter lévénement à la chronologie musulmane: le synchronisme est articifiel mais adopté.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I p. 116).
Plus tard, ce fut lannée de lEléphant qui servit de point de départ dune ère. Les Abyssins ayant amené dAbyssinie un éléphant pour détruire le temple de la Kaba, Allah les avait fait périr. Cétait également un événement important237, dont le bruit sétait répandu dans le monde entier238 .
(Tabari, Histoire des prophètes V 966).
Lannée de la naissance de lapôtre dAllah se place sous le règne de Khosroès Anusharwan, lannée où Abraha al Ashram abu Yaksum marcha contre la Mecque avec les Abyssiniens, apportant avec lui un éléphant, dans lintention de démolir la maison dAllah.
La chronologie des Quraysh.
(Ibn Asakir, Tarih 1, p. 28).
Les Quraysh décomptent le temps, avant lère du prophète, depuis lannée de lEléphant. Entre lEléphant et les guerres sacrilèges, ils décomptent quarante ans. Entre les guerres sacrilèges et la mort dHisham, ils décomptent six ans. Entre la mort dHisham et la reconstruction de la Kaba, ils décomptent neuf ans. Entre la reconstruction de la Kaba239 et le départ du prophète pour Médine, ils décomptent quinze ans; il est resté cinq ans sans recevoir de révélation. Ensuite, le décompte est le suivant...
La preuve par la bouse.
(Tabari, Histoire des prophètes V 967).
Qubath ibn Ashyam a dit:
- Jai vu la bouse de léléphant, de couleur noire et réduite en poudre, un an après lapparition de lanimal.
5-Le traumatisme de lEléphant.
Laffaire de léléphant a touché les esprits, et on voit réapparaître cette histoire bien plus tard.
Le souvenir de l'éléphant240 .
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 243).
Lorsqu'il arriva à Hodaybiya241, non loin de la Mecque, son chameau s'arrêta et s'agenouilla; il fut impossible de le faire avancer. Les musulmans dirent:
-Apôtre d'Allah. qu'est-il arrivé à ce chameau?
Le prophète répondit:
-Il est retenu par celui qui a retenu l'éléphant. C'est la volonté d'Allah qui l'arrête, de même qu'elle a arrêté l'éléphant, du temps d'Abraha.
(Bukhari, Hadith 26/ 667)242.
Des traces de lévénement se retrouvent dans les dernières prophéties de Muhammad à lagonie.
Lapôtre dAllah a dit: lhomme aux jambes maigres243 viendra dEthiopie pour démolir la Kaba.
(Dawud, Hadith, 37/ 4295)244 .
Le prophète a dit: laisse les Abyssiniens aussi longtemps quils vous laissent tranquilles, parce que cest seulement un Abyssinien aux jambes courtes qui voudra semparer du trésor de la Kaba245.
III
LA MECQUE
La cité sacrée
La Mecque246 est à la fois une ville, un centre commercial et un sanctuaire247 et ces trois natures du même lieu cohabitent parfaitement, pour la prospérité de sa florissante aristocratie.
Nos connaissances sur le sujet sont extirpées du passé par leffort antiquaire des musulmans, et ceux-ci se satisfont de toute information dorigine mythique; elles sont à manipuler avec précaution, lhistoire, la légende et la fantaisie étant mêlées. Mais on peut clairement établir lorganisation générale de la cité-sanctuaire, qui changera peu après létablissement de lislam248.
Un des aspects les plus mystérieux de la cité est son organisation politique249. Très peu de recherches ont été faites à ce sujet. On conclut généralement que son fonctionnement est aristocratique: de grandes familles dominent en contrôlant une sorte de Sénat250, en gérant le sanctuaire, et faisant preuve de générosité envers la population et les pèlerins.
Il ne reste presque plus rien de la physionomie de la ville antique, ce qui détruit largement le sens du pèlerinage ancien, dans la forme et dans le fond251.
1-Cité maudite et sacrée.
Dans le Coran, Muhammad altère les éloges pour sa cité natale et les menaces contre la cité quil a quittée, cest-à-dire, dans les deux cas, la Mecque. Dans toutes les sources, lambiguité subsiste quant à son attitude face à la ville, jusquaux dernières heures avant la conquête de 630.
Il y avertit clairement son intention de la soumettre ou de la détruire: la Mecque devient une cité maudite de plus, comme il y en a tant dans la Bible.
La parabole de la cité perverse.
(Mahomet, Coran 16/113-4).
Allah propose la parabole d'une cité qui a été paisible et tranquille, qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci, en punition de ce que les gens de la cité ont accompli, leur a fait gouter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux, mais ils l'ont traité d'imposteur et le tourment les a emportés alors qu'ils étaient injustes.
(Mahomet, Coran 27/93).
J'ai seulement reçu ordre d'adorer le seigneur de cette ville qu'il a déclarée sacrée.
A lui appartient toute chose!
J'ai reçu ordre d'&e