- VII -


MUHAMMAD,
fils d’Abdallah, père de Qasim, du clan des Hashim, de la tribu des Quraysh.


570-610







Enfin, au cours des années 5701, un enfant naît, du nom de Muhammad, fils d’Abdallah. Fabulant sans frein, la tradition populaire musulmane a développé à l’extrême cet épisode, qui se voit orné d’une multitude de légendes et d’événements miraculeux. La suite de la vie de Muhammad, la majorité du temps qu’il passe sur terre, celle où il ne se distingue en rien, est très mal connue, et les données fournies par la tradition musulmane sont très peu sûres et rares, surtout si on les compare avec la période suivante2. D'une certaine façon, le dogme méprise et rejette la vie de Muhammad avant la prophétie, pour mieux exhalter sa vie ultérieure3. Mais les exigences des fidèles ont provoqué un phénomène contraire, une fiévreuse curiosité, que tente d'épancher le flot d'historiettes qui sont souvent des copies naïves des traditions chrétiennes.
Il faut pourtant en évoquer les grands moments, en n’oubliant jamais qu’il s’agit d’une reconstitution hagiographique4 , qui fait feu de tout bois5 .


La vie de Muhammad avant la prédication
(Mahomet, Coran 10/17).

Dis encore: si Allah avait voulu, je ne vous aurais pas communiqué cette prédication et il ne vous l’aurait pas fait connaître.
Je suis demeuré une vie parmi vous, avant la prédication.
Eh quoi! ne raisonnerez-vous pas?



I

Muhammad et toute la famille


Avant de présenter les documents concernant Muhammad lui-même, il faut reconstituer son lignage, présenté bien sûr de façon laudative par les sources. Par l’accumulation de toutes leurs qualités, ces personnages sont les dignes précurseurs de la perfection de Muhammad, et ils préparent sa venue.
Le clan de Muhammad aurait été fondé par l'ancêtre Hashim ibn abd Manaf, au sein de la tribu des Quraysh. Il reste célèbre pour son organisation des cérémonies religieuses autour de la Ka'ba, et ses voyages lointains. Le clan est en déclin au début du VIIème siècle, soumis à la concurrence des Abd Shams et ce n'est pas le placide Abu Talib qui a les moyens de réagir à ces transformations. Muhammad est de toute façon, dès son enfance, en position délicate à la Mecque.
Après Muhammad, les Hashim fournissent deux familles dirigeantes au monde musulman: les Alides et les Abbassides. Les chérifs6 de la Mecque, au cours de l'histoire moderne, ont revendiqué cette ascendance, et à partir d'eux, l'actuelle dynastie jordanienne7 .


1-Prééminences en cascades.
Un monde musulman imaginaire est théoriquement dominé par la tribu des Quraysh, puis par d'autres groupes de moins en moins prestigieux: c'est l'idéologie que les textes tenteront longtemps de défendre, une conception inégalitaire et hiérarchisée de l'humanité musulmane.

(Muslim, Hadith 30/5653).

Wathila ibn al Asqa a rapporté: J'ai entendu le messager d'Allah dire:
-En vérité, Allah a accordé la prééminence des Kinana8 parmi les descendants d'Ismaël9 , et il a accordé la prééminence des Quraysh parmi les Kinana, et il a accordé la prééminence des Banu Hashim sur les Quraysh, et il m'a accordé la préminence sur les Banu Hashim.

(Bukhari, Hadith 93,2 )
Certaines personnes parmi vous rapportent des hadith qui ne figurent pas dans le livre d’Allah et qui ne sont pas transmis par l’envoyé d'Allah. Ce sont ces gens qui sont les ignorants parmi vous. Méfiez-vous des espoirs qui risquent de vous égarer. Car j’ai entendu l’envoyé d’Allah qui disait10 :
Le commandement appartient aux Quraysh; personne ne se dresse contre eux en ennemi tant qu’ils ont en charge le culte, sans qu’Allah ne le renverse la face contre terre.

2-Les ancêtres.
Voici les pieux ancêtres, mentionnés pour leurs vertus tribales et leur fort caractère. Mais ils ont le défaut terrible de ne pas être musulmans, ce qui les condamne automatiquement à l'enfer.

1-al Muttalib, Le Vertueux.

(Ibn Khaldun, p. 300)

Lorsque Hashim mourut à Gaza11, (...) ce fut al Muttalib, frère de Hashim, qui hérita de son autorité. Il était un homme d'honneur et de vertu. Les Quraysh l’appelaient “le Vertueux12 ” à cause de sa générosité.

2- Salma bint Amir, une forte femme.

L'arrière-grand-mère de Muhammad, et femme de Hashim, se distingue par une position sociale remarquable et un caractère tout particulier. Elle vient de Médine, ce qui bien plus tard, facilitera l'Hégire, au moins au niveau de la rhétorique.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 88)
Hashim était allé à Médine et avait épousé Salma bint Amir, un des Adiyy ibn al Najjar13. Avant, elle avait été mariée à Uhaya ibn Julah ibn n Harish ibn Jahjaba ibn Kulfa ibn Auf ibn Amir ibn Malik ibn Aws14 et lui avait donné un fils appelé Amir. En accord avec la haute situation qu'elle avait parmi ses gens, elle ne désirait se marier à la condition qu'elle puisse conserver le contrôle sur ses propres affaires. Si elle n'aimait pas un homme, elle le quittait.
Hashim, elle donna Abdul Muttalib, qu'elle appela Shayba.

3- Abd ul Muttalib, l’ “esclave”.

Il s’agit d’un récit aitiologique classique, qui tente d’expliquer l’origine étrange du nom de ce personnage: il serait "l’esclave15 de son père", ce qui est gênant pour ce haut personnage16 . A des moments cruciaux de sa carrière, Muhammad affirme en public que son père est Abdul Muttalib17. Une longue légende le présente aussi dans la posture du père contraint par le sort de tuer son fils: c'est une séquelle du thème abrahamique bien connu, adapté au milieu arabe18.
Les sources menagent de courtes scèens où Muhammad, très jeune, est en présence de cet ancêtre prestigieux.


(Ibn Khaldun, p. 300-1).

Hashim était autrefois descendu à Yathrib et avait alors pris femme chez les Banu Adi. Son épouse avait ét mariée auparavant à Ahiha, (...) qui était le seigneur des Aws. A cause de sa
haute naissance, elle était habilitée à fixer elle-même les conditions de son rnariage. Elle mit au monde Abd al Muttalib et lui donna 1e nom de Shayba; Hashim laissa l'enfant chez elle jusqu'à son adolescence. Lorsqu'il mourut, son frère al Muttalib alla chercher l'enfant auprès d'elle. Elle fut contrariée et le lui donna à regret, et al Muttalib l'emmena, ils entrèrent à la Mecque, l'enfant en croupe derrière son oncle. Les Quraysh s'exclamèrent
-Voilà un esclave
19 acheté par al Muttalib!
Shayba prit, depuis lors, le nom de Abd al Muttalib. Al Muttalib périt à Radman, au Yémen. Abd al Muttalib lui succéda à la tête des Banu Hashim. il s’acquitta des charges de la nourriture et de la boisson des pèlerins mieux que ses prédécesseurs. Il fit partie des délégations qui se rendirent auprès du roi himyarite du Yémen et du roi d'Éthiopie.


Mort d’Abdul Muttalib
(Tabari, Histoire des prophètes V 980).

Abd al Muttalib est mort quand l’apôtre d’Allah avait huit ans. Mais une autre autorité20 dit dix ans.

L’oeuvre d’Abdul Muttalib
(Tabari, Histoire des prophètes VI 1088).
Après la mort de son oncle Al Muttalib, Abd al Muttalib assuma la fonction de fourniture de nourriture et de boisson aux pélerins, que les fils d’Abd Manaf avaient tenu auparavant. Il était honoré parmi le peuple et était un homme de grande importance parmi eux, et personne ne lui était équivalent. C’est lui qui a découvert le puit de Zemzem21 , le puit d’Ismaël, le fils d’Abraham, et a sorti tout avait été enterré, soit deux gazelles d’or dont on dit que ce sont les Jurhum22 , quand ils ont été expulsés de la Mecque, des sabres qa’li23 et des cottes de mailles. Il a intégré les sabres dans la porte de la Ka’ba et a recouvert la porte avec les gazelles, en sous forme de plaques dorées. On dit que c’est le premier or dont la Ka’ba a été ornée.

Négociation entre Abdul Muttalib et Abraha24.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah ).
Abraha envoya le Himyarite Hunata à la Mecque avec instruction de savoir qui était le chef de cette région et de lui transmettre le message selon lequel il ne fallait pas le combattre, mais seulement démolir le temple. S'il n'y avait pas de résistance, il n'y aurait pas de sang versé et s'il voulait éviter la guerre, il reviendrait avec lui. En arrivant à la Mecque, Hunata su que c'était Abdul Mutttalib ibn Hashim ibn Abd Manaf ibn Qussay qui était le chef des notables, alors il vint le voir et lui transmit le message.
Abdul Muttalib répondit:
-Allah sait que je ne veux pas combattre contre lui, parce que nous n'en avons pas le pouvoir. C'est le sanctuaire d'Allah et le temple de son ami Abraham -ou des mots semblables-. S'il le défend contre lui, c'est parce que c'est son sanctuaire et le temple de son ami Abraham...

Le creusement du puit de Zemzem.25
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 91-94).
L’épisode tente de lier assez tôt le sanctuaire de la Mecque avec la tradition biblique. On y voit aussi les prémisses de l’affrontement entre les Quraysh et Muhammad. Du point de vue des premiers, cette action est un véritable sacrilège26. On est aussi en présence d'une "pré-révélation": la tradition ose user de ce moyen pour retenir l'attention du public.

Alors qu’Abdul Muttalib dormait dans le Hijr27, il lui fut commandé par une vision de creuser le puit de Zemzem (...):
- je dormais dans le Hijr28 quand un visiteur surnaturel vint et me dit “creuse Tiba” .
Je dis:
-Qu’est-ce que Tiba?
Puis il me laissa. J’allais me coucher le jour suivant, je dormais et il vint de nouveau pour dire:
- “Creuse Barra” et quand je demandais ce qu’était Barra, il partit. (...)
Quand le lieu exact me fut présenté par lui, et qu’il sut qu’il correspondait avec les faits, il prit une pioche et alla avec son fils al Harith (...) pour creuser. Quand le haut du puit apparut, il s’écria:
-“Allah ou Akbar!29”.
Alors les Quraysh surent qu’il avait atteint son objectif et virent lui dire:
-C’est le puit de notre père Ismaël, nous avons un droit sur lui, donc donne nous en une part.
-Je ne le ferai pas, dit-il, parce que j’ai été personnellement averti de cela, et pas vous, donc c’est à moi qu’il a été donné.
Ils dirent:
-Fais nous justice, sinon, nous ne te laisserons pas avant que nous ayons une décison judiciaire à ce sujet...
(...)
On dit que quand cela lui a été dit et quand il a demandé où était Zamzam, on lui dit qu’il se trouvait là où était la fourmilière où un corbeau allait planter son bec demain (...). Le jour suivant, Abdul Muttalib et son fils al Harith allèrent trouver la fourmillière et le corbeau picorant, entre les deux idoles de Isaf et Nayla30 , là où les Quraysh sacrifiaient. Il prit une pioche et commença à creuser là où il lui avait été ordonné. Les Quraysh, le voyant au travail virent et refusèrent de lui permettre de creuser là où se trouvaient les deux idoles auxquelles ils sacrifiaient. Abdul Muttalib dit alors à son fils de s’interposer et de le protéger pour qu’il continue à creuser. Quand ils virent qu’il ne cesserait pas son travail, ils le laissèrent seul. Il n’eut pas à creuser bien plus profond avant de trouver la pierre supérieure du puit, et il rendit grâce à Allah d’avoir été aussi bien informé. En creusant un peu plus, il découvrit les deux gazelles d’or que les Jurhum aviaent enterrées là au moment de fuir la Mecque31. Il découvrit aussi des épées et des cottes de maille de Kala32 . (...) Abdul Muttalib s’empara de la charge de la fourniture de l’eau de Zemzem pour les pèlerins33.

Le rôle d'Adul Muttalib dans la reconstruction de la Qa'ba
Une tradition très rare affirme que c'est Abdul Muttalib, vénérable autorité de son temps, qui a été l'arbitre du déplacement de la pierre noire. Ainsi, le rôle traditionnellement dévolu à Muhammad serait une usurpation. S'il est vivant à cette époque, il est évident que c'est plutôt cet aïeul qui doit s'acquitter de cette tâche. De plus, l'épisode est en concordance avec l'affaire du creusement de Zemzem. Il faut en conclure que la rareté d'une tradition n'est donc pas synonyme de fausseté.

(Ibn Bukayr)34 .
Il l'a appelé en lui disant:
-Qu'ai-je entendu au sujet d'Abdul Muttalib? Que c'est celui qui a mis la pierre noire à sa place?
Allah te préserve, dit al Araj, quelqu'un m'a dit qu'il avait entendu Omar ibn Abdul Aziz dire qu'il avait entendu dire que Hassan ibn Thabit35 disait:
-J'étais présent à la Ka'ba a été reconstruite, et c'est comme si je voyais encore Abdul Muttalib assis sur le mur, un vieil homme avec ses sourcils retenus en arrière par un turban, attendant que la pierre lui soit amenée. C'est lui qui a mis la pierre de ses propres mains.
(...) Puis il se retourna vers moi et me dit:
-C'est vraiment quelque chose dont je n'avais jamais entendu parler. Personne d'autre que l'apôtre d'Allah a mis la peirre à sa place de ses propres mains.

Le "père" de Muhammad
(Hadith, Boukhari 4, 52, 126).

... le prophète chevauchait sa mule blanche, et Abu Sufyan tenait ses rênes, et le prophète disait:
-Je suis le prophète en vérité, je suis le fils d'Abdul Muttalib.

4-Abu Talib.
L’oncle de Muhamad est une figure peu développée, qui servira pourtant de protecteur efficace au cours de la période de prédication, en tant que chef en titre du clan des Hashim. Comme père d’Ali, il sera au contraire mis en avant par la tradition shiite.
Sa mort et son refus de se convertir, attriste profondément Muhammad. Privé de ce soutien, il doit préaprer l'émigration à Médine. Son véritable nom est païen: Abd al Manaf36 , mais les textes préfèrent employer son surnom, exempt de l'impureté du paganisme.

Le protecteur de Muhammad
(Ibn Khaldun, p. 306).

Abd al Muttalib mourut lorsque le prophète avait huit ans. Il le laissa sous la tutelle de son fils Abu Talib. Celui-ci fut pour lui un bon tuteur et un bon éducateur. L'enfance et la jeunesse du prophète s'étaient déroulées de façon merveilleuse37 .


3-Les géniteurs.

1- Abdallah.
De son nom, Abdallah ibn Abd al Muttalib. Il est le demi-frère d'al Abbas38 et d'Abu Talib, et appartient à un clan de la tribu marchande des Quraysh.
Le personnage du père de Muhammad est très peu développé par les textes. Il est mort jeune et sans responsabilité. On peut aussi voir dans ce manque d’intérêt une volonté de s’écarter de la doctrine chrétienne qui s’appuie sur la question de la paternité de Jésus, et de libérer à l'avance Muhammad du poids d'un père trop puissant, dans une société patriarcale. Il vaut mieux pour lui qu'il meure vite.
Son nom, pourtant, "Serviteur d'Allah", est courant chez les juifs et les chrétiens et il se distingue nettement des noms théophores païens39. Fils de personne, il ne sera père de personne, dans un clan en déclin: situation déplorable dans un milieu tribal.
Les calculs savants concernant son âge et la date de sa mort n'existent que pour maintenir un écart cohérent avec la naissance de son fils. En dehors de cet aspect comptable, il n'intéresse personne. C'est un fantôme, à la fonction strictement génétique, ou un masque.


La naissance d’Abdallah
(Tabari, Histoire des prophètes V 967)
Abdallah40 ibn Abd Muttalib, le père du messager d’Allah, est né la 24ème année du règne de Khosroès Anusharvan.

La mort d’Abdallah
(Waqidi
41)
Abd al Muttalib a envoyé Abdallah à Médine pour lui apporter une provision de dattes. Et il est mort.

(Ibn Khaldun, p. 305).
Son père Abdallah, parti en Syrie, avait péri à Médine, sur le chemin du retour. Notre seigneur l’envoyé d’Allah vint au monde quelques mois après la mort de son père.

(Baladhuri Ansab 1, 92)

Certains disent qu’il avait 28 ans quand il est mort et que son père lui envoya son frère al Zubayr, qui fut présent à sa mort. Il est enterré dans la cour de al Naghiba.

La tombe d’Abdallah
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 33)

A Médine était également la tombe du père du prophète, Abdallah, fils d"Abdul Muttalib, qui, au retour d'un voyage de commerce en Syrie, était tombé malade à Médine et y était mort; il avait été enterré au cimetière de Médine, qu'on appelle Dar al Nabigha, et qui se trouve à droite de la route, quand on vient du Khorasan42: c'était au cinquième mois de la grossesse d’Amina.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 980)
Abdallah ibn Abd al Muttalib est revenu de Syrie dans un caravane des Quraysh et il a campé à Médine, y est resté jusqu’à sa mort. Il a été enterré dans la bâtiment de al Nabighah, dans une petite hutte, qui est dans le bâtiment, sur votre gauche, quand vous entrez.


2- Amina.
La mort rapide de cette femme empêche d’en faire une figure comparable à la Marie de Jésus. Elle serait de plus contestée par l’influence d’une multitude d’autres femmes de l’entourage de Muhammad, et surtout de la figure puissament maternelle de Khadidja43. En fait, le personnage n'a subsisté que pour créer un lien symbolique avec Yathrib, la base des conquêtes musulmanes.
Le public musulman a dû être choqué d'imaginer la propore mère de Muhammad cruellement vouée à l'enfer pour son incroyance, dans le Coran. On a donc développé d'ingénieux détours pour l'épargner, elle et son époux44. Au final, ces tentatives se révèlent plus pathétiques qu'efficaces.

La mort d’Amina45 bint Wahb
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 980)

La mère du messager d’Allah est morte à al Abwa entre la Mecque et Médine quand le messager d’Allah avait six ans. Elle l’emmenait à Médine pour lui faire visiter ses oncles des Banu Adi ibn al Najjar46 , mais elle est morte au retour avec lui. (...) La tombe d’ Amina se trouve dans le ravin d’Abu Dharr à la Mecque.

Le pèlerinage sur la tombe maternelle
(Ibn Sa'd, Tabaqat I 1 73).

C'est la tombe de ma mère. J'ai demandé à Allah de la visiter et il me l'a permis. Alors je l'ai prié de pardonner à ma mère47, mais il n'a pas voulu m'entendre. C'est pour cela que je pleure.

L'intervention d'une révélation dans le deuil.
(Mahomet, Coran 9/114).
Il n'est ni du prophète ni des croyants de demander pardon à Allah pour les associateurs -fussent-ils ses proches- après que s'est manifesté aux croyants et au prophète que ces associateurs seront les hôtes de la fournaise.



II
Muhammad,
fils d’Abdallah.





Voici l'Homme.


Biographie.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 3)
Abu Muhammad Abdul Malik ibn Hisham le grammairien a dit:
C'est le livre de la biographie de l'envoyé d'Allah .




1-Mythologies.

Il s’est établi un dogme audacieux qui a présenté Muhammad comme le descendant direct d’Adam, à travers Abraham et Ismaël. La conception et la naissance de Muhammad ont été ornées d’un grand nombre de signes48 surnaturels et de présages confirmant son importance future49 . Des influences de l’Evangile de l’Enfance, consacré à Jésus et écrit en langue arabe sont probables. Dans ces épisodes, le romanesque le dispute au merveilleux50 . La tradition a aussi profité d'un événement marquant de l'Histoire de la Mecque, l'échec du siège d'Abraha de 57051 , en établissant une synchronie avec la naissance du personnage.
De fait, toute la chronologie est établie artificiellement à partir de la seule date à peu près assurée, celle de la mort de ce personnage52.

Qu'on ne s'offusque pas de lire le mot "Mythologies"53 qui est exactement à sa place et que rien ne saurait déplacer.

La version officielle: la “pure origine de Muhammad depuis Adam”
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 3).

Muhamnad54 était le fils d’Abdullah, ibn Abdul Muttalib (dont le nom était Shayba), ibn Hashim55 (dont le nom était Amir), ibn Abdu Manaf56 (dont le nom était al Mughira), ibn Qusayy57 (dont le nom était Zayd), ibn Kilab, ibn Murra, ibn Kab, ibn Luayy, ibn Ghalib, ibn Fihr58 , ibn Malik, ibn al Nadr, ibn Kinana, ibn Khuzayma, ibn Mudrika (dont le nom était Amir), ibn Ilyas, ibn Mudar59, ibn Nizar, ibn Maadd, ibn Adnan60 , ibn Udd (ou Udad), ibn Muqawwam, ibn Nahur, ibn Tayrah, ibn Yarub, ibn Yashjub, ibn Nabit, ibn Ismaël61 , ibn Ibrahim, l’ami du miséricordieux62 , ibn Tarih (qui est aussi Azar), ibn Nahur, ibn Sarugh, ibn Rahu, ibn Falikh, ibn Aybar, ibn Shalikh, ibn Arfakhshadh, ibn Sham, ibn Nuh, ibn Lamk, ibn Mattùshalakh, ibn Akhnukh, qui est le prophète Idris63 d’après ce qu’ils disent mais Allah sait le mieux (il fut le premier des fils d’Adam à qui le don de prophétie et l’art d’écrire lui fut donné), ibn Yard, ibn Mahlil, ibn Qaynan, ibn Yanish, ibn Sheth, ibn Adam.

Confirmation de la généalogie.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 37).
La généalogie du prophète est constatée par les généalogistes; elle commence à son père et remonte jusqu’à Adam. Dans cet ouvrage, on a indiqué des opinions différentes relatives à la série entre Maadd fils d’Adnan et Ismaël, les uns prétendent qu’il y a trois générations, d’autres cinq, et d’autres encore, dix. La généalogie que nous allons donner n’est pas contestée, et se trouve exactement dans les traités de généalogie.



2-Conception.

La tradition hésite toujours entre la relation prosaïque ou même triviale de l'origine du personnage, et la tentation du merveilleux ou du fantastique, par contamination du christianisme. Le résultat n'est pas très heureux et on est encore loin de la figure si populaire du "Petit Jésus"64.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1081).
Abdallah était le plus beau des hommes des Quraysh. Ils parlèrent à Amina de sa beauté et de son apparence, et lui demandèrent si elle voulait l’épouser. Il consomma le mariage avec elle, et conçut le messager d’Allah.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 56)
Il y avait à la Mecque un chrétien nommé Waraqa65, fils de Naufal, qui était devin66. Il avait une sœur devineresse67 , nommée Umm Iqbal. Celle-ci, étant assise un jour à la porte de la Ka'ba, lorsque Abdallah en sortit et se dirigea vers sa maison, remarqua sur son front un éclat, qui était celui du prophète. Elle avait lu dans les Écritures que le prophète devait naître. Elle appela Abdallah auprès d'elle et lui dit :
-Qui es-tu?
Il répondit :
-Je suis le fils d’Abdul Muttalib.
- Es-tu celui qu'Aldul Muttalib a voulu offrir en sacrifice, par suite de son vœu?
- Oui.
- Je suis, dit-elle, la fille de Nawfal, sœur de Waraqa; si tu me prends pour femme, je te donnerai cent chameaux.
Elle ne savait pas qu’Abdallah était marié. Il consentit et lui dit :
- Reste ici, je vais à la maison pour en parler à mon père. Quand il entra dans sa maison, Amina se jeta à son cou; cédant à sa passion, il s'unit à elle, et le prophète fut conçu dans le sein d'Amina. L'éclat dont avait été entouré le front d’Abdallah avait disparu lorsqu'il se rendit ensuite auprès d'Umm Iqbal. Celle-ci, ne voyant plus le rayonnement sur sa figure, reconnut que le trésor qu'il avait porté en lui était sorti de son corps. Ayant appris de lui qu'il avait une femme et qu’ il venait de s'unir à elle, Umm Iqbal lui dit:
- Va, je n’ai plus de désir.
Abdallah s'en alla68 .

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 101)69 .

Abdallâh était chez une femme, qu'il avait en plus Amina bint Wahb. Il avait travaillé dans de l'argile sur qu'il possédait, et il restait sur lui des traces d'argile. Il lui fit des avances, mais elle le renvoya à plus à cause de ces traces d'argile qu'il avait sur lui70. Il sortit cliez elle, fit ses ablutions et se lava de cette argile qu'il ait sur lui. Puis il sortit, se dirigeant vers Amina. Il passa nouveau auprès de cette femme qui l'appela à elle. Mais il la repoussa et se dirigea vers Amina. Il entra chez elle et prit. Elle conçut alors Muhammad, que (...). Puis il repassa auprès de cette femme et lui dit :
-En veux-tu?
Elle répondit :
-Non! Quand tu étais passé près de moi, il y avait entre tes yeux une lueur blanche. Je t'ai appelé et tu m'as repoussée. Tu es entré chez Amina et elle a enlevé cette lueur.

Grossesse d'Amina.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 974).

Je71 suis le premier-né de ma mère, et elle me conçut et me porta comme le plus lourd fardeau qu’elle ne porta jamais et commença à se plaindre au près des femmes de son entourage.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 102)
On raconte dans les histoires qui se disent (mais Allah connait seul la vérité72 ) que Amina, mère de l’apôtre d’Allah a dit que, quand elle était enceinte de l’apôtre d’Allah, une voix lui dit:
-"Tu es enceinte du seigneur de ton peuple". (...)
Alors qu’elle était enceinte, elle vit une lumière73 sortir d’elle par laquelle on pouvait voir les forteresses de Bostra en Syrie. Peu après, Abdallah, le père de l’apôtre d’Allah, mourut, quand sa mère était encore enceinte.


3-La naissance.74

On ne s'y attarde guère: là encore, l'influence du christianisme est fâcheuse, et l'on veut éviter que surgissent une crèche, un âne, un boeuf et des Mages au détour d'un récit!
La tradition islamique préfère décrire les humains pubères, barbus et guerriers plutôt que les enfants75 , et de toute façon, il faut absolument éviter le rapprochement avec l'Incarnation chrétienne.


Le cadre chronologique.
(Ibn Asakir, Tarikh76).
Les Quraysh décomptaient le temps avant l'ère du prophète, depuis l'année de l'éléphant. Entre l'Eléphant et les guerres sacrilèges, ils décomptent quarante ans. Entre les guerres sacrilèges et la mort de Hisham ibn al Mughira ils décomptent six ans. Entre la mort d'Hisham et la reconstruction de la Ka'ba, ils décomptent neuf ans77 . Entre la reconstruction de la Ka'ba et le départ du prophète pour Médine, ils décomptent quinze ans; il est resté cinq ans de ces quinze ans sans recevoir de révélation. Ensuite, la chronologie est celle qui suit...

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 29).

Le prophète naquit, comme nous l’avons dit, dans la nuit de lundi78.

(Tabari, Histoire des prophète et des rois V 967)
Son grand père disait: le messager d’Allah et moi même sommes nés l’année de l’Eléphant.
(...) le messager d’Allah est né la quarante deuxième année du règne79 .

L'intégration de Muhammad à la chronologie.
(Ibn Khaldun, p. 305)
L’envoyé d’Allah (...) naquit l’année de l’Eléphant, le 12 du mois de Rabi I, à la quarantième année du règne de Khosroès Anushirvan, (ou, dit-on, à la quarante-huitième) et la la 882ème de celui d’Alexandre le Grand.


4-Muhammad avant Muhammad.

Le nom80 était très rare dans le monde arabe, avant la prédication81: des composés, des formules dans les inscriptions; quelques cas bien antérieurs dans la tradition et un autre, contemporain82. Comme le nom intrigue, parce qu'il n'est pas vraiment un nom, il faut l'expliquer, ce que font les sources, dans de récits joliment inventés.
C'est un nom laudatif, un participe passif, qui apparait seulement dans les dernières sourates83. Des chercheurs contemporains se sont donc demandé s'il s'agissait d'un surnom ou d'une expression, une formule rituelle, en usage en araméen, c'est-à-dire dans le monde chrétien84 .

Presque un Muhammad.
(Inscription de Palmyre85).

Cette statue est celle de Taimohammed, fils de Nesa, ... de la tribu des Banu Samad.

Une invocation juive au Yémen.
(fin de l'inscription royale de Yusuf, à Bir Hima).

... au nom de Rahmanan.
Dresse cette inscription, Taminum, celui de Hadayat, seigneur des Juifs.
B- M-h-m-d86 .

Muhammad ibn Khuzaa.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 31).
Abraha était furieux et jura d'aller jusqu'à à ce temple et de le détruire. Avec Abraha, il y avait aussi des Arabes qui étaient venus à la recherche de butin, parmi lesquels Muhammad ibn Khuzaa ibn Khuzaba ibal Dhakwani al Sulami, avec d'autres de sa tribu, parmi lesquels son frère appelé Qays87.

Muhammad ibn Maslama.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 550).
L'apôtre d'Allah me dit:
-Qui voudrait me débarasser d'Ibn al Ashraf88 ?
Muhammad ibn Maslama, frère des Banu Abdul Ashhal dit:
-Je vais m'occuper de lui pour toi, ô apôtre d'Allah, je vais le tuer.

(Ibn Rusteh 194-201)89 .

Les rares personnes qui, au temps du paganisme, portèrent le nom de Muhammad, avant le prophète, furent:
Muhammad ibn Uhayha, frère utérin d'Abd al Muttalib.
Muhammad ibn Sufyan
Muhammad ibn Suwa.
(...)
Muhammad ibn Barr.
Muhammad ibn Hirmaz
Muhammad ibn Oqba.
Muhammad ibn Humran.




5-Le choix du nom.

De son vivant, Muhammad n'est presque pas appelé par son nom90 , semble t-il: seuls les adversaires l'interpellent ainsi91. Il refuse aussi son nom tribal et exige d'être appelé par son titre d' "envoyé d'Allah".

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 26).

La mère du prophète a raconté que, quand elle le portait dans son sein et que, au bout de neuf mois, le temps de sa délivrance approchait, elle vit, dans un songe, un ange descendre du ciel, qui lui dit :
-Celui que tu portes dans ton sein est le plus grand de tous les hommes et la plus noble de toutes les créatures; quand tu en seras délivrée, donne-lui le nom de Muhammad92, et prononce ces mots: "J’ai recours pour lui au Allah unique contre la mauvaise influence de tout envieux". 93.
Elle fit part de ce songe à Abdul Muttalib94.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 33).
Quand je l’ai porté dans mon sein, j’ai vu en songe quelqu'un qui m’a dit:
-C'est le meilleur et le plus grand de tous les hommes; quand il viendra au monde, donne-lui le nom de Muhammad95 .

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 29).
Le lendemain, Adul Muttalib lui donna le nom de Muhammad; car son père était mort depuis quatre mois96 .

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois V 968).
Amina disait que, alors qu’elle était enceinte, les anges venaient à elle pour dire:
-Tu portes le seigneur de la communauté97 , quand il est sorti d’elle, elle s’écria:
-Je cherche refuge dans l’Unique98, contre le mal des envieux!
Puis elle l’appela Muhammad.

Le choix d'Abd al Muttalib.
(Ibn al Athir II 2).
A l'occasion de la cérémonie de la coupe des cheveux99 , son grand-père (son père étant déjà mort) l'appela Katham, mais sa mère le nomma Muhammad.

(Masudi, Prairies 1446).
La kunya du prophète était Abul Qasim, comme on le voit par les vers suivants:
A Allah appartient, parmi ses créatures, une race pure,
et la race la plus pure de la création est celle des Banu Hashim.
La quintessence de Hashim est le Muhammad de la lumière, Abul Qasim.

On l'appelait Muhammad, ou Ahmad, et aussi al Mahi, parce que Allah, par son intermédiaire, efface les péchés, al Aqib, parce qu'il n'y a pas de prophète après lui, al Hashir, parce que Allah réunira tous les hommes derrière lui.


6-Des Muhammad par milliards.

Le nom "Muhammad", à travers tous ses dérivés, est ensuite le nom le plus répandu chez les musulmans et le plus sacré après celui d'Allah. Des milliards d'individus, par mimétisme social, et sans le vouloir, ont repris ce nom, sous différentes formes100.
C'est pour cela que l'on composera une immense quantité de textes pour en expliquer le sens et la genèse. C'est l'ocasion de donner quelques règles précises.


(Bukhari Hadith, 110).

Le prophète a dit:
-Nommez vous avec mon nom101 mais ne vous nommez pas avec ma kunya102 .

(Bukhari, Hadith 57, 7)103 .
De cette parole du Coran :
A Allah appartient le quint du butin et à son envoyé... 104 .
c'est-à-dire: ... et à son envoyé appartient le partage de ce quint. L'envoyé d'Allah a dit:
Je ne suis, moi, qu'un partageur, un gardien, et c'est Allah qui donne105.

1-Jabir ibn Abdallah a dit :
-Un fils étant né à un ansar106 d'entre nous, cet homme voulut donner à l'enfant le nom de Muhammad.
D'après une autre version, l'ansar a dit :
-Je portai l'enfant sur mes épaules au prophète.
D'après une autre version : et un fils lui naquit (à cet ansar),
et il voulut lui donner le nom de Muhammad.
Le prophète dit alors: Donnez mon nom comme nom, mais ne prenez pas pour kunia ma kunia. Car, moi, je n'ai été institué que comme un partageur chargé de partager entre vous.
D'après une autre version : J'ai été envoyé comme partageur, chargé de partager entre vous.
Suivant une autre version : L'ansar voulut donner à son fils le nom de El Qasim107.

2. Jabir ibn Abdallah al Ansari a dit:
-L'un d'entre nous, ayant eu un fils, lui donna le nom d'al Qasim.
Les ansar lui dirent:
-Nous ne te donnerons pas pour kunya108 Abul Qasim109 ; certes nous ne te ferons pas cet honneur.
L'homme s'en vint trouver le prophète et lui dit :
-envoyé d'Allah, un fils m'est né et je lui ai donné le nom d'al Qasim; alors les ansar m'ont dit qu'ils ne me donneraient pas pour kunya Abul Qasim, qu'ils ne me feraient pas cet honneur!
-Les ansar ont bien dit, répliqua le prophète. Donnez mon nom comme nom, mais ne prenez pas ma kunya pour kunya. Je ne suis, moi, qu'un partageur.

3. Moawiya a dit: L'envoyé d'Allah a dit :
-Celui à qui il veut du bien, Allah lui fait acquérir la science110 dans la religion. C'est Allah qui donne, moi je partage. Ce peuple-ci ne cessera de se maintenir, triomphant de ses adversaires, jusqu au jour viendra l'ordre d'Allah; et ce jour les trouvera triomphants.

4-D'après Abu Horayra, l'envoyé d'Allah a dit :
-Je ne vous donne pas, et je ne vous refuse pas. Je ne suis qu'un partageur; et je mets les biens là ou j'en ai recu l'ordre.

5. Khawla l' ansar111 a dit : j'entendis le prophète dire à des gens qui administreront injustement le bien d'Allah auront l'enfer pour lot, au jour de résurrection.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 336).
Les noms par lesquels le prophète avait l’habitude de se désigner lui-même sont: Muhammad, Ahmad112, Al Aqib, nom qui signifie qu’il était le dernier des prophètes....

(Ibn Bukayr)113 .
... et quand il sera né, appelle-le Muhammad, parce que le nom dans la Torah est Ahmad, que les habitants du ciel et de la terre loueront. Son nom dans les Evangiles est Ahmad que les habitants du ciel et de la terre moueront, et son nom dans le Furqan114 est Muhammad, alors appelle-le de ce nom.

Le prestige du nom de Muhammad
(Ibn Sa’d, Tabaqat 1,1, 66).

Si vous avez cent fils, appelez-les tous Muhammad.


7-L’interprétation théologique du nom.

La biographie officielle de Muhammad veut démontrer que Muhammad est nommé dans le Nouveau Testament: la démonstration va du grec à l’arabe en passant par le syriaque, et sans tenir compte du sens des mots: ainsi, le paraklètos115 (défenseur) devient vite le périklètos (très honoré)116. La jonglerie linguistique n'a pas convaincu les hellénistes, mais elle est pieusement répertoriée par les érudits musulmans117 car la théologie mérite de violer la philologie...

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 150).

Parmi les choses qui ont retenu mon attention de ce que Jésus fils de Marie a déclaré dans l’Evangile qu’il a reçu d’Allah pour les fidèles de l’Evangile, dans la recherche d’un terme définissant l’apôtre d’Allah, se trouve ce qui suit: cela provient de ce que Jean l’apôtre leur dit quand il écrivit l’Evangile pour eux à partir du testament de Jésus fils de Marie: “(...), mais quand le menahhema118 sera venu celui qu’Allah vous a envoyé depuis la présence divine, et que l’esprit de vérité qui provient dela présence du seigneur, il témoignera pour moi et vous aussi, parce que vous avez été avec moi depuis le début. Je vous ai parlé de cela pour que vous ne soyez pas dans le doute.”
Le Munahhemena, en syriaque, c’est Muhammad; en grec, c’est le paracletos119 .

Le texte de référence: l’Evangile selon Saint Jean 15, 26-16,1120 .
Lorsque sera venu le défenseur que je vous enverrai d’auprès du père, l’esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous êtes mes témoins, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses afin que vous ne soyez pas scandalisés.

Jeu de noms
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 234).
Les Quraysh appelaient l’apôtre Mudhammam121 pour le dénigrer. Il disait alors: n’êtes-vous pas surpris des injures des Quraysh, qu’Allah a détournées de moi? Ils maudissent et se moquent de Mudhammam alors que je suis Muhammad122 .

(Bukhari Hadith 56/ 733).

L’apôtre d’Allah a dit:
-Ne vous étonnez-pas si Allah me protège des insultes et des malédictions des Quraysh. Ils insultent Mudhamman et maudissent Mudhammam alors que je suis Muhammad.

(Hassan ibn Thabit, Diwan I 306)123 .
Et il124 fit dériver de son nom pour l'honorer:
ainsi, le possesseur du trône est Mahmud125, et ceci est Muhammad.


8-Les événements miraculeux.

La naissance de tout personnage important de l’Histoire suscite la production d’une abondante tradition mythique126, plus ou moins naïve, et parfois puérile, suivant en cela l'exemple chrétien127. La tradition doit combler le silence du Coran à ce sujet128 et doit s'adresser au public musulman féminin, en inventant de belles, édifiantes et lénifiantes histoires129 .

La lumière vers la Syrie.130
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 26).

Ensuite, dans la nuit où le prophète vint au monde, sa mère regarda et vit qu'il jaillissait de lui une lumière rayonnant jusque vers la Syrie, et elle vit tous les palais131 de ce pays; et la lumière sortant de lui rayonnait aussi vers le ciel et atteignait les étoiles.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 33).
Et quand je fus délivrée, je vis jaillir de lui une lumière qui rayonnait jusqu’aux étoiles132 et jusqu'à la terre de Syrie, et je vis les palais de Syrie; puis je regardai, l'enfant était couché sur le dos, tenant son doigt élevé vers le ciel.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).
Quand ma mère était enceinte de moi, elle aperçut une lumière qui se dégageait d'elle et illumina pour elle les palais de Syrie.

(Ibn Bukayr)133 .
Le signe de ceci sera qu'un lumière surgira avec lui et emplira les châteaux de Bosra en Syrie.

La menace contre le paganisme.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 26-7).

Une autre tradition rapporte que, au moment de la naissance du prophète, toutes les idoles qui se trouvaient dans la ville de la Mecque et dans le temple de la Ka’ba furent renversées et tombèrent sur la face

La fin du mazdéisme.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 27).

...le feu des mages de tous les pyrées134 , dans l’Arabie135 et dans la Perse, s'éteignit dans cette nuit.

La terreur de la Perse.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 27).
Le présage explique la future destruction de la dynastie par les musulmans136 .
Dans la même nuit, Nurschirvan vit en songe les tours de son palais renversées. Le grand mobed137 eut un songe dans lequel il vit comment de grands chameaux vigoureux luttèrent contre de petits chameaux arabes en petit nombre, comment ils furent mis en fuite, comment les chameaux arabes passèrent le Tigre, pénétrèrent dans la Perse et s'y répandirent. Le matin, le mobed se leva et ne dit le songe à personne; mais son cœur fut très affligé. Le lendemain, on reçut de la Perside la nouvelle que le principal feu s'était éteint dans le pyrée, dans la même nuit que Nouschirwan avait eu ce songe. Il y avait mille ans que ce feu ne s'était éteint. Nurchirwan fut stupéfait et dit:
-C'est là une grave nouvelle; il faut en avertir le peuple. Il réunit ses ministres, les principaux officiers et les mobeds, leur raconta le songe et leur fit lecture de la lettre qui était arrivée de la province de Perse138. Le mobed dit :
-Moi aussi j’ai eu, dans la même nuit, un songe, dans lequel j'ai vu des chameaux.
Et il raconta son songe et ajouta :
-Un grand événement se passe parmi les Arabes.


9-La mise en nourrice.

La figure de la nourrice tend à remplacer celle de la mère. Cette institution est caractéristique d’un milieu social urbain et aisé. Elle vise traditionnellement à nouer des relations indéfectibles de protection mutuelle avec le milieu des nomades. Muhammad gardera longuement le souvenir de cette période, y compris au moment de la soumission militaire de ces tribus139 .
Cette période est le cadre d’événements qui là encore, tendent à montrer la prédestination de Muhammad et sa nature surnaturelle140.
Ce type d'épisodes est aussi destiné au public féminin et maternel: on lui présente un modèle de comportement envers les enfants (mâles). Dans toute la production littéraire islamique, masculine et violente, les passages consacrés aux activités considérées comme féminines sont rares141 .


Croissance impressionnante.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 31).
Le prophète grandisssait autant en un jour qu’un autre enfant en un mois, et un mois qu’un autre en un an142.

Mise en nourrice chez les Banu Sad.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 29)
Les principaux habitants de la Mecque avaient la coutume de donner leurs petits enfants en nourrice en dehors de la ville, pour les y faire élever, parce que l’air de la Mecque est pestilentiel, surtout en été. Dans les montagnes du désert et du Hedjaz, à deux journées de la Mecque, demeuraient les Banu Sad (...), des gens pauvres. Chaque année, à l’époque du printemps, ils venaient à la Mecque, emportaient les nourissons qu’on leur confiait, les élevaient jusqu’à ce qu’ils fussent grands et les rapportaient ensuite à leurs parents.

Le choix de la nourrice Halima.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 30).
Quand ls femmes durent arrivées à la Mecque, elles prirent chacun un nourrisson; mais aucune de celles à qui on présenta le prophète ne voulut le prendre, disant que c’était un orphelin, n’ayant plus de père, et que la nourrice recevait du père différentes gratifications, et n’eurent pas confiance dans les promesses que leur fit Abdu Muttalib. Celui-ci le présenta aussi à Halima, qui refusa également, disant:
-J’ai assez de ma pauvreté, je n’ai pas besoin d’y ajouter un enfant orphelin.
Toutes les femmes des Banu Sad avaient trouvé des nourrissons, excepté Halima.
Les femmes se disposèrent à s’en retourner; alors Halima dit:
-Je serai honteuse de voyager avec ces femmes, qui toutes ont trouvé des nourrissons, moi n’ en n’ayant pas trouvé; je vais prendre cet enfant orphelin, pour l’emporter. Au moins, je n’aurai pas honte devant les autres femmes.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes)143 .
L’apôtre, Hamza et Abu Salama ibn Abdul Asad avait été frères de lait, qu’une affranchie d’Abu Lahab avait allaités.

Le récit de la nourrice
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 103144 ).
... avec son mari et un petit enfant qu'elle allaitait, elle partit de son pays avec d'autres femmes du clan de Sad ibn Bakr à la recherche d'enfants à nourrir. C'était une année de sècheresse, dit-elle, qui ne laissait rien indemne. Je partis sur une ânesse jaune que j’avais et avec nous suivait une vieille chamelle
-Par Allah!145 qui ne nous donnait pas une goutte de lait. Aucune de nous ne dormit de la nuit à cause du petit enfant qui criait parce qu'il avait faim. Je nAvais pas assez de lait pour lui dans mes seins et la chamelle n'avait rien dans ses mamelles... Nous attendions la pluie et la fin de nos misères.
Ainsi je partis sur cette anesse; elle davait plus de force, était toute maigre et marchait si lentement qu'elle causait de l'embarras aux autres. A la fin, nous parvinmes à La Mecque, à la recherche de nourrissons. Une femme d'entre nous se vit proposer le messager d’Allah146 (...), mais quand elle apprit qu'il était orphelin, elle refusa. Nous pensions toutes au cadeau que nous escomptions du père.
Nous nous exclamions:
-Un orphelin! Qu'est-ce que sa mère et son grand-père pourront bien faire pour lui!
Nous n'en voulions pas. Et toutes les femmes de notre bande trouvèrent un enfant, sauf moi. Si bien que lorsque nous nous préparâmes à retourner au pays, je dis à mon mari:
-Allah! je vais à la maison de cet orphelin et le prends avec moi. Je ne veux pas revenir avec les autres sans enfant.
- Il ne te causera pas de souci, dit-il, peut-être Allah voudra-t-il nous bénir au travers de lui.
-J’allai et le pris, continua-t-elle, et la seule raison était que je n’en avais pas trouvé d’utre. L’ayant pris, je repartis avec lui où se tenait notre caravane; je le plaçai alors contre ma poitrine et lui donnai le sein pour y téter tout le lait qu'il voudrait. Il but jusqu'à ce qu'il en eut assez et son frère (ici le propre enfant de la femme) but aussi. Les deux furent rassasiés et s'endormirent alors que nous avions pu dormir avec l'enfant auparavant. Mon mari se leva et se rendit près de notre vieille chamelle qu'il trouva, tout surpris, gonflée de lait. Il se mit à la traire. Lui et moi bûmes tout notre saoul, puis passâmes une excellente nuit. Le matin mon mari dit :
-Par Allah! Halimah, tu sais maintenant qu’on t’a confié une créature bénie.
Je répliquai :
-Je l'espère! Nous partîmes et j'enfourchai mon ânesse en tenant l'enfant, et elle alla d'un si bon pas qu'aucune des autres ânesses ne pouvait plus la suivre, si bien que mes compagnes me dirent:
-Le diable t'emporte! Bint Abu Dhu Ayb, attends-nous. Ne nous dis pas que tu montes l’anesse que tu avais emmenée à l’aller?
- C'est pourtant bien la même, répondis-je.
-Par Allah, il lui est arrivé quelque chose. Nous arrivâmes à nos campements au pays du clan de Sad. De la terre entière je ne connais rien de plus dénudé. Eh bien, après que je l'eus ramené là-bas, les bêtes se mirent à rentrer le soir, satisfaites et pleines de lait. Nous les trayions et buvions. Et pourtant personne d'autre ne pouvait tirer une seule goutte des pis de ses bêtes. Si bien que ceux de notre tribu qui étaient là disaient à leurs bergers :
-Le diable vous emporte! menez donc paître les bêtes où Bint Abl Dhu Ayb conduit son troupeau. Mais le soir leurs bêtes revenaient non rassasiées et sans donner une goutte de lait de plus, tandis que les miennes n’avaient plus faim et étaient pleines de lait.
Nous continuâmes à éprouver ainsi les bontés d’Allah jusqu'à ce que l'enfant atteignit ses deux ans et je le sevrai. Il était plus vigoureux qu’ aucun autre enfant. Nous l’avions séparé de sa mère, mais espérions plus que tout le garder avec nous pour les bienfaits qu'il nous apportait. Nous parlames à sa mère et je lui dis :
-Peut-être voudrez-vous bien me laisser l'enfant jusqu'à ce qu'il ait grandi, je crains qu'à La Mecque il ne contracte la peste147 . Nous insistâmes auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle décida de le laisser repartir parmi nous.

La législation de la mise en nourrice dans le Coran.
(Mahomet, Coran 2/233)
Les mères allaitent leurs enfants deux années entières, ceci pour quiconque veut donner un complet allaitement.
Au père de l'enfant incombe la subsistance et la vêture des mères, de la manière reconnue convenable: chaque personne mais n'est imposée qu'à sa capacité.
Nulle mère ne subira contrainte en son enfant et nul père, en l'enfant qui lui est né.
A l'héritier incombe pareille charge qu’au père.
Si d'un commun agrément, le père et la mère désirent sevrer l'enfant, nul grief à leur faire.
Si vous désirez mettre vos enfants en nourrice, nul grief à vous faire, à condition de verser ce que vous donnez en rétribution de la manière reconnue convenable.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).

L’apôtre d’Allah disait à ses compagnons: je suis le plus arabe d’entre vous. Je viens des Quraysh et j’ai été mis en nourrice chez les Banu Sad Banu Bakr.

Muhammad élevé par sa mère.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 34)
Muhammad était resté trois ans parmi les Banu Sad, et fut ensuite rendu à sa mère, qui le garda jusqu'à l'âge de cinq ans. Alors elle demanda à Abdul Muttalib la permission de se rendre à Médine pour voir ses oncles, leur présenter son fils, et pour visiter la tombe de son père. Abdallah ibn Abdul Muttalib y consentit. Elle se rendit donc avec son fils à Médine. C'était là le premier voyage du prophète, qui resta à Médine avec sa mère pendant un an, jusqu'à sa sixième année.
Ensuite elle le ramena.

Mort d’Amina.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 34).

Il y a, entre la Mecque et Médine148, une station appelée Al Abwa, où Amina tomba malade et mourut. Muhammad, resté seul, fut ramené par ses compagnons de voyage auprès d’Aldul Muttalib, qui le garda jusqu'à ce qu'il eut atteint l’âge de huit ans.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 107).

Il avait six ans, quand sa mère Amina mourut. Elle mourut à Abwa entre la Mecque et Médine, au retour d’une visite à ses oncles maternels.

La nouvelle maman.
(Ibn Sa'd, Tabaqat I/1 p. 71).
Nous tenons de Abdallah ibn Numayr al Hamdani qui le tenait de Yahya ibn Sayd al Ansari, que Muhammad ibn al Munkadir racontait: une femme frappa chez prophète qu'elle avait nourri. Lorsqu'elle entra, il s'écria:
-Maman! maman!
Il alla prendre son manteau, l'étendit devant elle, et elle s'assit dessus.


10-Souvenirs d'enfance.

Ils sont répartis tout au long de la vie de Muhammad, comme des réminiscences, forcément suspectes.

Le petit berger.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106)
L’apôtre d’Allah disait:
-Il n’y a pas d’autre prophète qui n’ait pas gardé un troupeau.
Quand ils demandèrent:
-Toi aussi, apôtre d’Allah?
Il répondit:
-Oui.

(Ibn Sad, Tabaqat I/, p. 69).
Faites attention aux fruits noirs149, c'est ceux que je cueillais lorsque je faisais paître les moutons.
Ils lui dirent:
-Envoyé d'Allah, tu as donc été pâtre de moutons?
Il répondit:
-Oui, et il n'y a pas de prophète qui ne l'ait pas été.

Rixe enfantine et vengeance tardive
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 158).

-Quiconque d'entre vous rencontrera Abu Jahl150, qu'il ait soin de ne pas le laisser échapper. Si vous ne le rencontrez pas, recherchez-le parmi les morts; car Allah m'a promis qu'il serait tué aujourd'hui. Si vous ne le reconnaissez pas à son visage, qui pourrait être couvert de poussière, vous pourrez le distinguer à une cicatrice qu'il a au pied. Dans notre enfance, nous nous trouvâmes un jour dans la maison d'Abdallah ibn Diwdan, l'un des nobles de la Mecque. En quittant la table, après avoir mangé, Abu Jahl me poussa et voulut me faire tomber; mais il n'y réussit pas. Ensuite je le bousculai, et son pied ayant frappé le seuil de la maison, il se blessa, et son genou a gardé la trace de cette blessure. Vous le reconnaîtrez à ce signe; tranchez-lui la tête et apportez-la moi.
En terminant ses recommandations, il dit:
-Maintenant, au nom d'Allah, allez et exécutez ce que je vous ai dit.


11-Le cauchemar de Muhammad.

C’est un épisode largement repris par la tradition151, et qui a été diversement analysé par la théologie la psychanalyse depuis Freud. Il réapparait plus tard, au moment du “Voyage céleste” et dans le Coran, le traitement s'applique aussi à Moïse152 .
C’est un développement populaire d’un verset énigmatique du Coran153 sans doute issu d'un fond légendaire chrétien154 et c'est pour la tradition islamique un moyen commode de se débarrasser de la notion gênante de péché originel.
Les petits musulmans ont dû être fortement impressionnés par cet épisode, inventé sans doute à leur intention.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 31-32)155

Celui-ci alla faire paître quelques moutons sur la montagne; Muhammad et d’autres petits garçons allèrent avec lui. Là, après quelque temps, quand la journée fut avancée, il se passa un événement qu’on rapporte de deux manières. Les uns prétendent que Muhammad était éveillé; d’autres, qu'il dormait. Trois hommes vêtus de blanc156 descendirent du ciel, s'approchèrent de Muhammad, le saisirent et le couchèrent sur le côté, lui ouvrirent le ventre, en retirèrent tout le contenu et y cherchèrent quelque chose. Son frère de lait et les autres enfants, voyant cela, s'enfuirent et vinrent en criant auprès de Halima, et lui dirent:
-Viens, on a tué Muhammad.
Halima et son mari coururent sur la montagne, pour aller trouver Muhammad. Lorsqu'ils furent en sa présence, ils s’aperçurent que sa mine était altérée; ils le prirent, l'embrassèrent sur la tête et sur les yeux et lui dirent:
-Ô Muhammad, que t'est-il arrivé?
Il répondit:
-Trois hommes, avec un bassin et une cuvette d'or, sont venus, m'ont ouvert le ventre, ont pris tous mes intestins et les ont lavés dans ce bassin, puis ils les ont remis dans le corps, me disant : "Tu es né pur, maintenant tu es plus pur". Ensuite l'un d'eux a plongé sa main dans mon corps, en a arraché le cœur, l’a ouvert par le milieu et en a enlevé le sang noir, disant: "C'est la part de Satan157 , qui est dans tous les hommes; mais je l’ai enlevée de ton sein". Ensuite il m’a remis le cœur à sa place. L'un d'eux avait un anneau, avec lequel il m’a marqué, et le troisième a plongé sa main dans mon corps, et tout a été remis en ordre.
Halima prit Muhammad et le ramena à la maison.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 103).
...il était encore là au milieu des agneaux avec son frère dans nos tentes, lorsque Bon frère courut un jour vers nous pour nous dire :
Mon frère Quraysh, deux hommes en habits blancs viennent de le prendre, l'ont jeté à terre, lui ont ouvert le corps et sont en train d'y fouiller des mains ! Son père et moi courumes vers lui. Nous le trouvames debout et tout pâle. Je le serrai contre moi, mon père le serra contre lui et nous lui dimes :
-Que t’a-ton fait de mal, mon fils ? Deux hommes vêtus de blanc sont arrivés, dit-il, ils m'ont ouvert le corps, y ont cherché quelque chose, je ne sais quoi.

(Muslim, Hadith 1/311).
Gabriel158 est venu auprès du messager d'Allah alors qu'il jouait avec ses camarades. Il s'en empara et le mt en état de prostration sur le sol; il déchira sa poitrine, préleva son coeur et en fit sortir un caillot de sang. il dit:
-C'est la part de Satan en toi.
Ensuite il l'a lavé avec l'eau de Zamzam, dans un bassin doré; enfin, il remit tout à sa place. Les enfants se sont mis à courir chez sa mère (c'est-à-dire sa nourrice) en disant:
-Muhammad a été tué!
Ils sont tous arrivés autour de lui et l'ont trouvé en forme.
-Sa couleur avait changé, a dit Anas. Moi, j'ai vu les traces d'aiguille sur sa poitrine.

(Ibn Khaldun, p. 305).
La famille de Muhammad lisait dans ses traits les signes de la bonté et des grâces de d'Allah. C'est ainsi qu'il y eut l'histoire (racontée par l'envoyé de Allah - sur lui la prière et le salut de Allah -) des deux anges qui lui avaient ouvert le ventre, extrait de son cœur le caillot de sang noir, et lavé les intestins et le cœur avec de la glace. Cela s'était passé à sa quatrième année, alors qu'il se trouvait derrière les maisons, en train de faire paître les moutons. Il rentra, le teint altéré. Et lorsque Halima apprit le récit de ce qui lui était arrivé, elle craignit qu'il ne fut possédé par les démons et elle le ramena auprès de sa mère Amina...

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 106).
J’ai d’abord été élevé dans le clan de Sad ibn Bakr. Un jour que j'étais avec un frère sous la tente abritant les agneaux, deux hommes vêtus de blanc vinrent à moi avec un bassin d'or empli de neige. Ils se saisirent de moi et m'ouvrirent le corps, puis ils me tirèrent le cœur, l'ouvrirent et en tirèrent un caillot noir qu'ils jetèrent. Alors ils me lavèrent le cœur et le corps avec la neige jusqu'à les purifier. L'un dit à son compagnon:
-Pèse-le contre dix de son peuple ; et il me pesa contre eux, et je pesais plus qu'eux.
Puis il dit :
-Pèse-le contre cent de son peuple et il me pesa contre eux, et je pesais plus qu'eux.
Puis il dit:
-Pèse-le contre mille de son peuple ; et il me pesa contre eux; et je pesais plus qu'eux.

L’ouverture de la poitrine dans le Coran.
(Mahomet, Coran 94/1)
N’avons-nous point ouvert ta poitrine et déposé loin de toi le faix qui accablait ton dos?159

Interprétation du devin160
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 32-33)

Le mari de Halima dit à sa femme :
-Je crains que cet enfant n'ait eu quelque accès démoniaque; viens, que nous le menions auprès d'un tel, devin très habile, qui demeure dans telle tribu; nous lui raconterons son histoire. S'il doit devenir possédé, nous le rendrons à sa mère.
Le lendemain, Halima et son mari se rendirent auprès du devin, emmenant Muhammad avec eux. Halima lui dit:
-Voilà un enfant que j'ai pris à la Mecque, des Banu Quraysh, et que j'ai élevé; maintenant les diws le tourmentent, comme s'il devait devenir un possédé; vois ce qui en est.
Ce devin était idolâtre, ayant la religion des Arabes. Il dit :
-Quel signe de possédé vois-tu en lui?
Halima lui raconta son aventure. Le devin répliqua :
-Fais approcher l'enfant, pour que je l'entende lui-même, car il doit mieux savoir son histoire. Ils firent approcher Muhammad du devin, qui l'interrogea sur la manière dont tout s'était passé, et Muhammad lui raconta ce qu'il avait vu. Quand l'enfant eut terminé son récit, le devin se leva, prit Muhammad sur sa poitrine et cria à haute voix :
-Arabes, celui-ci est votre ennemi et l'ennemi de votre religion et de vos dieux; il changera votre religion et renversera vos idoles.
Les hommes de la tribu se rassemblèrent, et le devin leur dit:
-Tuez-le et coupez-le en deux.
Halima se précipita sur lui, lui arracha l'enfant et lui fit:
-Tu es beaucoup plus possédé que cet enfant.
Ensuite elle ramena Muhammad à la maison.





III
Muhammad,

le pupille d'Abu Talib



Le personnage poursuit sa vie, celle d'un individu normal dans une tribu. Il n'est certes pas favorisé par le destin, et contraint en toute circonstance de rester en position de soumission -ou de protection- sur le plan social. Personne ne peut vivre autrement dans une société archaïque. C'es un fait remarquable: une personne ayant vécu durant quarante années comme un être soumis en tout aux autres, un homme, certes, mais jamais libre (donc pas véritablement un homme, dans le milieu arabe) et qui soudain invente un système de soumission à l'encontre de tous ses contemporains, pour l'Humanité toute entière. Un fait remarquable et peu évoqué, dont la psychanalyse devrait s'emparer avec profit .


1- Les tutorats.

Muhammad perd rapidement sa mère, ce qui fait de lui un orphelin161: mais il est protégé aussitôt par les personnages dominants du clan, parmi lesquels l'affable Abu Talib162.

La situation de l'orphelin.
(Tabari, Tafsir 2/220).
D'autres commentateurs partagent l'avis fondé sur le propos de Dahhak:
...Ubayd ibn Sulayman rapporte avoir entendu Dahhak dire ceci à propos de ce passage : Dans la jahiliyya les Arabes accordaient beaucoup d'importance au cas des orphelins : ils ne touchaient à aucun de leurs biens ne chevauchaient pas leur monture et ne mangeaient pas leur nourriture. Or, en islam les compagnons eurent une vie très difficile et ceux qui avaient la charge d'orphelins en arrivèrent à avoir besoin des biens des orphelins. Ils interrogèrent le prophète à ce sujet pour savoir s'ils pouvaient mêler leurs biens aux leurs et c'est alors qu'Allah fit descendre ce passage:
... Si vous les mêlez à vous il n'y a aucun mal à cela car ils sont vos frères.
Le fait de les mêler 163 concerne ici l'utilisation de leur monture, l'emploi de leur serviteur, ou la consommation de leur nourriture comme le lait.

Tutorat d’Abdul Muttalib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 107-8).

L’apôtre d’Allah fut laissé à son grand père pour qui on avait fabriqué un lit à l’ombre de la Ka’ba. Ses fils s’asseyaient autour du lit vide, et quand il arrivait, ils se levaient, par respect pour lui. L’apôtre d’Allah, encore enfant, vint et s’assit et ses oncles voulurent le repousser. Quand Abdul Muttalib vit cela, il dit:
-Laissez mon fils, car par Allah, il connaîtra un grand destin.

Mort d’Abdul Muttalib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 108).

Quand l’apôtre d’Allah eut huit ans, son grand père mourut. Quand il sut que la mort était proche, il convoqua ses six filles, Safiyya, Barra, Atika, Umm Hakim, Umayna, Arwa, et leur dit:
-Composez des élégies sur moi que je pourrais entendre quand vous les direz avant que je ne meure164.

Tutorat d’Abu Talib.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 114).

Après la mort d’Abdul Muttalib, l’apôtre d’Allah vécut avec son oncle Abu Talib.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 34).
Alors Abdul Muttalib mourut, laissant les fonctions de chef de la Mecque à Abu Talib, nommé aussi Abdul Manaf165 ; il lui confia Muhammad. Abu Talib lui prodigua ses soins.

Consultation de devin.
(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 114)

Il y avait un homme de la tribu de Lihb qui était devin. Quand il vint à la Mecque, les Quraysh lui présentèrent leurs garçons pur qu’ils les observent et disent leur avenir. Alors Abu Talib l’amena parmi les autres. Le devin le vit et quelque chose attira son attention.
Il cria donc:
-Amène cet enfant!
Quand Abu Talib vit son empressement, il cacha l’enfant et le devin dit:
-Malheur à toi, apporte-moi l’enfant que je viens de voir, parce que par Allah il est promis à un grand avenir166.

L’orphelin selon le Coran
(Mahomet, Coran 93/6,10).

Certes ton seigneur te donnera et tu seras satisfait!
Ne te trouve t-il point orphelin si bien qu’il te donna un refuge167 ?
(...)
L’orphelin, ne le brime donc pas!

2-La guerre sacrée (c. 590).

Guerre sacrée168, ou plutôt guerre sacrilège, qui affecte la communauté mecquoise, et qui concerne le sanctuaire. Le jeune homme y participe modérément.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 119).

Cette guerre éclata quand l’apôtre d’Allah eut 20 ans. Elle est appelée ainsi parce que les deux tribus, les Kinana et les Qays Aylan ont combattu durant le mois sacré. Au début du jour, les Qays l’emportaient, mais au milieu du jour, la victoire alla aux Kinana.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah, notes)169 .
Un messager est venu dire que al Barrad avait tué Urwa alors qu'ils étaient à Ukaz170 durant le mois sacré, et ils sont montés tout de suite sans rien savoir sur les Hawazin171. Quand ceux-ci surent qu'ils étaient partis, ils se mirent à les poursuivre et ils les rattrapèrent avant qu'ils aient pu atteindre le territoire sacré. Ils se battirent jusqu'à la nuit. Ils entrèrent dans le territoire sacré, et les Hawazin cessèrent le combat. Des rencontres sporadiques eurent lieu les jours suivants, mais les hommes n'avaient pas de commandant en chef, et chaque tribu suivait son chef. L'apôtre était présent à ces rencontres, ses oncles l'avaient pris avec eux. Il disait qu'il ramassait les flèches que l'ennemi avait tirées et qu'il les donnait ensuite à ses oncles.

(Masudi, Prairies d'Or 1451).
La guerre du Fijar eut pour cause une rivalité de gloire et de force numérique entre les tribus. Elle se termina au mois de shawwâl, et le Hilf al Fudul172 eut lieu après le retour des tribus belligérantes.
Un poète a dit:
Nous étions les rois des habitants du Najd;
nous protégions nos sujets contre les disgrâces de la fortune.
Nous avons interdit al Hajun à toutes les tribus
et évité le sacrilège pen-dant la guerre du Fidjâr.


Khidash ibn Zuhayr al Amiri a dit sur le même sujet
Ne me menace pas du Fidjâr;
car il a établi, dans la plaine d'al Hajun, les turpitudes.

(Masudi, Prairies d'Or 1484).
La victoire, après avoir penché du côté des Qays, se déclare pour les Quraysh dès que Muhammad se trouve sur le lieu de l'action. Le chef des Quraysh était ce jour là Abdallah ibn Judan al Taymi, qui, avant l'islam, exerçait le métier de négrier et vendant des femmes esclaves. Cette victoire est un des signes annonciateurs de la mission prophétique de Muhammad et des bénédiction qui s'attachent à sa présence.


3- Les voyages.

Vers la fin du VIème siècle, Muhammad participe à des caravanes qui ont pour destination naturelle la Syrie. C’est là qu’il prend contact avec la doctrine chrétienne. La légende en a conservé le souvenir, en le synthétisant, avec l'épisode de la rencontre avec le moine Bahira.
Plus sérieusement, ces contacts répétés de Muhammad avec le Proche-Orient, qu'il partage avec ses futurs compagnons, et qui sont sa seule formation professionnelle, lui permettent d'avoir des informations solides sur ces territoires et leurs richesses. C'est sans doute l'explication essentielle de la politique d'agression ultérieure de la nouvelle puissance musulmane, obstinément dirigée vers le nord.


Péripétie d'un voyage d'Omar en Syrie.
(Masudi, Prairies d'Or 1199).
Parmi les compagnons du prophète qui ont rapporté ces faits, Umar ibn al Khattab raconte qu'il a été témoin oculaire de la chose dans un de ses voyages en Syrie, que les ghul173 se sont présentées à lui sous différentes formes, et qu'il les a frappées de son sabre; cela se passait avant l'islam, et le fait est célèbre dans les traditions des Arabes. Mais, d'après quelques adeptes de la philosophie, les ghuls seraient des animaux appartenant à une classe tout à fait à part des autres espèces, d'une forme hideuse et contrefaite de nature.

Muhammad influencé par les étrangers?
(Mahomet, Coran 16/105).

Nous savons que les infidèles disent:
-Cet homme a seulement pour maître un mortel! Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare, alors que cette prédication est en pur arabe174.

Muhammad en Syrie.
(Théophanes, Chronique 334).

Chaque fois qu’il allait en Palestine, il se liait avec des juifs et des chrétiens, et tirait d’eux des données concernant les Ecritures.

Ermitages dans le désert.
Muhammad décrit dans le Coran un spectacle souvent observé dans le désert par les bédouins: les lueurs des lampes que les ermites chrétiens accrochent aux parois de leurs grottes.

(Mahomet, Coran 24/35b-36b175).

Sa lumière est à la ressemblance d'une niche où se trouve une lampe176; la lampe est dans un récipient en verre; celui-ci semblerait un astre étincelant; elle est allumée grâce à un arbre béni, grâce à un olivier177 qui n'est ni oriental ni occidental, dont l'huile est si limpide qu'elle éclairerait même si nul feu ne la touchait.
Sa lumière est à la ressemblance d'une lampe dans une niche, et en des oratoires qu'Allah a permis d'élever, dans lesquels son nom est invoqué, dans lesquels le glorifient, à l'aube et au crépuscule des hommes que nul négoce et nul troc ne distraient de l'invocation d'Allah, de l'accomplissement de la prière, du don de l'aumône ...

L'inspiration biblique.
(Livre de Zacharie 4/2).

Je regarde et voici: il y a un chandelier d'or surmonté d'un vase portant sept lampes qui sont au sommet du chandelier, et il y a près de lui deux oliviers, l'un à droite, l'autre à gauche du vase.

(Imru ul Qays, Muallaqât178)

Ami! vois tu cet éclair qui luit comme des paumes brillantes s’agitant dans un épaix nuage, dont la lumière étincelante ressemble à celle de plusieurs lampes de moine,
aux mèches gorgées d’huile?


Le voyage en Syrie.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 34).

Après un an, il179 se disposa à faire un voyage en Syrie pour le commerce. Muhammad, ayant alors neuf ans, le pria de le prendre avec lui; mais Abu Talib n'y consentit pas, disant:
-Tu es encore un enfant.
Et il le confia aux soins de son frère Abbas180. Lorsque Abu Talib fut sur le point de monter sur le chameau et qu'il prit congé des gens, Muhammad se tint devant lui, pleura beaucoup et dit :
-Ô mon oncle, prends-moi avec toi.
Le cœur d’Abu Talib fut touché, il le prit et l'emmena avec lui.

(Masudi, Prairies d'Or 1454).
Un intervalle de quinze ans sépare cette quatrième guerre et la reconstruction de la Ka'ba; ce fut 4 ans 9 mois et 6 jours après que le prophète eut assisté en témoin au quatrième Fidjâr qu'il entreprit un voyage commercial en Syrie pour le compte de Khadidja et que le moine Nestor l'examina, dans sa cellule, alors que Muhammad était accompagné de Maysara et, voyant un nuage projeter sur lui son ombre, s'écria :
-Voilà un prophète, et le dernier des prophètes.


(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 115).
Plus tard, Abu Talib leva une troupe pour aller faire du commerce en Syrie. Quand les préparatifs furent achevés et la troupe rassemblée, le messager d’Allah témoigna de son affection pour lui. Abu Talib fut ému et dit :
-Par Allah, je le prendrai avec moi et nous ne nous quitterons plus - ou quelque chose d’analogue181 .
Ainsi il l'emmena avec lui.

Le second voyage en Syrie
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 57-8).

Lorsqu'on parla de lui à Khadija, elle le fit appeler et lui dit:
-Fais, cette année, le voyage commercial en Syrie avec mon esclave.
Il n'y avait presque personne à la Mecque qui eut une si grande quantité de marchandises que Khadija. Quelques-uns disent qu'elle engagea Muhammad pour un salaire, d'autres prétendent qu'elle le prit comme associé.
Muhammad partit avec Maysara. Pendant le voyage, chaque fois que le soleil devenait brulant, un nuage venait abriter la tête de Muhammad; quelquefois il venait un ange qui lui donnait de l'ombre. Ces circonstances étaient observées par Maysara. Arrivée près du territoire de la Syrie, la caravane fit halte près d'un ermitage, à l'ombre d'un arbre. Pendant que Muhammad dormait à l'ombre de cet arbre, à un certain moment, le soleil étant monté plus haut, l'ombre s'éloigna. Alors l’arbre se courba vers la terre, les branches s'étendirent du côté où tombaient les rayons du soleil, et abritèrent ainsi Muhammad. L’anachorète182 qui habitait cet ermitage, regardant au dehors et voyant ce phénomène, descendit et demanda quel était le chef de la caravane.
Ayant été conduit auprès de Maysara, il lui dit:
-Qui est cet homme qui dort là?
Maysara répondit :
-C'est un de mes serviteurs.
L’anachorète dit:
-Garde-toi de le considérer comme un serviteur; il est prophète de Allah, c'est le plus parfait de tous les êtres. Ensuite les gens de la caravane entrèrent en Syrie et vendirent les marchandises; les objets qu'ils avaient achetés pour un dirham183 , ils les vendirent avec un profit de dix dirhams; puis ils s'en retournèrent.
Quand la caravane de Maysara rentra à la Mecque (...), Khadija, assise sur son balcon et regardant sur la place, remarqua que Muhammad sur le chameau, au milieu de la caravane, était abrité par un nuage contre l’ardeur du soleil. Elle s'en étonna en silence. Lorsque toutes les marchandises furent vendues avec grand profit, Khadija dit à Maysara :
-Ce jeune homme de la famille de Hashim m’a porté bonheur; quand tu conduiras encore une caravane, prends-le avec toi.
Alors Maysara lui raconta ce qu'il avait vu concernant Muhammad pendant le voyage, ainsi que les paroles de l’anachorète.


4-La rencontre du moine Bahira.

La populaire figure du moine a servi de terrain d’affrontement entre chrétiens et musulmans: les premiers y ont déceler la preuve de l’influence d'un christianisme hérétique sur Muhammad, les autres , l’acceptation -la soumission doit-on dire- par un chrétien de la future révélation184 .

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 34-35).
Or ils arrivèrent près de Bostra, qui est la première ville du territoire de Syrie185 . Il y a aux portes de la ville un couvent où résidait un moine nommé Bahira186 , qui avait lu les anciens écrits et y avait trouvé la description du prophète. Il y avait près de là une station où s’arrêtaient toutes les caravanes qui y passaient. La caravane d’ Abu Talib y arriva pendant la nuit. Quand le jour fut venu, laissant brouter les chameaux, les gens se mirent à dormir. Muhammad était assis et gardait leurs effets. Lorsque le soleil devint plus chaud, un nuage ayant la forme d'un grand bouclier vint ombrager la tête du prophète. Voyant cela, le moine ouvrit la porte du couvent et en sortit ; les gens de la caravane se réveillèrent. Bahira prit Muhammad sur son cœur et l'interrogea sur sa position, sur son père, sa mère et son grand-père. Muhammad lui raconta tout, ainsi que l'histoire des anges qui lui avaient ouvert le corps, exactement comme cela s'était passé. Bahira lui demanda ce qu’il voyait la nuit en songe, et Muhammad le lui dit. Tout cela s’accordait avec ce que Bahira avait trouvé dans les livres. Ensuite il regarda entre ses deux épaules et y aperçut le sceau de la prophétie. Alors il dit à Abu Talib:
-Cet enfant que t'est-il?
L’autre répondit:
-C'est mon fils.
Bahira dit :
-Il est impossible que son père soit vivant.
Abu Talib dit alors:
-C'est mon neveu.
Bahira demanda:
-Où le mènes-tu?
L’autre dit:
-en Syrie.
Bahira dit:
-Celui-ci est le meilleur de tous les hommes de la terre et le prophète de Allah. Sa description se trouve dans tous les écrits de l'ancien temps, ainsi que son nom et sa condition. J’ai maintenant soixante et dix ans, et il y a bien longtemps que j’attends sa venue comme prophète. Je te conjure par Allah de ne pas le conduire en Syrie, de peur que les juifs ou les chrétiens ne le voient et ne te l'enlèvent. Ils ne pourront pas le tuer, parce que personne ne peut enfreindre la décision d'Allah; mais il se peut qu'ils l'estropient des mains ou des pieds ou du corps. Renvoie-le chez lui à la Mecque.
Abu Bakr as Siddiq187 , qui était présent, dit à Abu Talib:
-Renvoie-le à la maison, pour éviter ces dangers.
Abu Talib le renvoya sous la garde de l'un de ses esclaves, et Abu Bakr envoya avec lui Bilal188 . Une tradition rapporte qu’Abu Talib retourna lui-même, renonçant à son voyage.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 115)
La troupe vint à camper à Bostra en Syrie. Il y avait là un moine dans sa cellule du nom de Bahira, fort versé dans le savoir des chrétiens. De temps immémorial, il y avait eu là dans une cellule un moine versé dans leur savoir tiré d'un livre qui était là; quand un moine devenait vieux, il le passait à un autre. Ainsi, ils campèrent près de Bahira, cette année-là. Bien d'autres fois auparavant, ils étaient passés là, et le moine ne leur avait pas parlé et ne s'était même pas montré. Mais cette fois, quand ils campèrent près de sa cellule, le moine leur prépara une abondante nourriture à cause de quelque chose qu'il avait vu dans sa cellule; alors qu'il s'y tenait, continue l'histoire, il avait vu le messager d’Allah au milieu de la troupe qui approchait et il avait vu un nuage blanc le couvrir de son ombre tout seul au milieu des autres; alors ils arrivèrent et se mirent à l’ombre d'un arbre; le moine vit alors le nuage couvrir l'arbre et les branches se courber sur le messager d’Allah si bien qu'elles lui firent un abri189. Ayant vu cela Bahira descendit de sa cellule après avoir déjà donné des ordres pour la nourriture. Quand tout fut prêt, il alla vers la troupe en disant:
- Je vous ai préparé de la nourriture, ô gens de la tribu des Quraysh et j'aimerais vous voir tous venir, petits et grands, esclaves et libres.
L'un d'eux lui dit :
-Par Allah, Bahira, qu'est-ce qui te passe par la tête, aujourd'hui? Tu ne nous as jamais traités de la sorte, et nous sommes pourtant passés bien des fois par ici. Qu'est-ce que tu as aujourd'hui?
Bahira répondit :
-C'est vrai, mais vous êtes des hôtes et il m’a plu de vous honorer et de vous préparer de la nourriture pour que puissiez manger.
Ils se rassemblèrent auprès de lui; toutefois en raison de son jeune âge le messager d’Allah n'était pas parmi eux. Il était resté en arrière auprès des marchandises sous l’arbre. Lorsque Bahira parcourut des yeux la troupe, il ne vit pas le signe qui lui était familier et qu'il avait découvert dans son livre, aussi dit-il:
-Ô tribu des Quraysh, qu'aucun de vous ne se tienne à l'écart de ma nourriture.
Ils dirent :
-Ô Bahira, aucun d'entre nous ne se tient à l'écart, à l'exception d'un garçon, le plus jeune de notre troupe. Il est resté avec les marchandises.
-Ce n'est pas bien, dit-il, appelez-le et qu'il se joigne au repas.
Alors un Quraysh dit :
-Par al Lat et al Uzza, il est inadmissible que le fils d’Abdallah ibn Abd al Mutthalib ne soit pas avec nous et ne participe pas au repas.
Il alla vers lui, l'embrassa et l’amena auprès des autres. Quand Bahira le vit, il commença à le considérer avec attention et à observer des traits de son corps qu'il avait déjà reconnus.
Quand la troupe eut fini de manger et se fut dispersée, Bahira se leva et allant vers lui, lui dit :
-Jeune homme, je t’adjure par al Lat et par al Uzza de répondre à mes questions.
Bahira ne lui parla ainsi que parce qu'il avait entendu son peuple jurer par ces deux noms190 . On dit que le messager d'Allah lui dit:
-Ne me pose pas de questions par al Lat et par al Uzza, car par Allah, il n'est rien que je déteste plus que ces deux-là191.
Bahira reprit:
-Alors, au nom de Allah, réponds à ce que je te demande.
-Demande-moi ce que bon te semblera.
Alors Bahira commença à l'interroger sur certains détails de son sommeil, sur son apparence extérieure et ses affaires. Le messager d'Allah se mit à lui répondre, et ce qu'il dit concordait avec la description dans le (livre) de Bahira. Bahira porta les yeux sur son dos et vit le sceau de la prophétie entre ses épaules, à la place où il était dit qu'il devait se trouver dans son livre. (... ) C'était comme l'empreinte d'une ventouse192.
Ibn Ishaq193 poursuit: Quand il eut fini, il alla vers son oncle Abu Talib et dit :
-Ce jeune homme est-il ton parent?
-C'est mon fils.
Bahira reprit :
-Ce n'est pas ton fils. Le père de ce jeune homme ne peut plus être en vie
-A dire vrai, c'est le fils de mon frère.
-Que faisait son père ?
-Il est mort durant la grossesse de sa femme.
-C'est exact, retourne dans ton pays avec ton neveu et prends soin de lui contre les Juifs194; car par Allah, s'ils le voient et savent ce que je sais à son sujet, ils lui voudront du mal. Une grande surprise attend ton neveu. Retourne vite avec lui dans votre pays.
Abu Talib repartit sans tarder avec lui, et sitôt ses affaires avec la Syrie terminées, ils furent bientôt de retour à La Mecque.

(Masudi, Prairies d'Or 150).
Un des personnages de l'intervalle fut enfin le moine Bahira. C'était un chrétien zélé dont le nom, dans les livres chrétiens, est Sergios195 ; il appartient à la tribu des Abd al Qays. Lorsque le prophète, âgé de douze ans, se rendit en Syrie pour y commercer avec son oncle Abu Talib, accompagné d'Abu Bakr et de Bilal, ils passèrent devant la cellule où vivait Bahira. Celui-ci reconnut le prophète à ses traits et à certains signes particuliers, tels que ses livres les lui avaient révélés; il vit le nuage qui l'ombrageait partout où il s'asseyait. Il donna l'hospitalité196 à ces voyageurs, les reçut avec honneur et leur prépara un repas. Il descendit de sa cellule pour reconnaître le sceau de la prophétie entre les épaules du prophète, posa la main sur ce signe et crut à la mission de Muhammad. Il révéla ensuite à Abu Bakr et à Bilal ce qui devait arriver à Muhammad, qu'il pria de renoncer à ce voyage en mettant ses parents en garde contre les tentatives des gens du Livre. Abu Talib, l'oncle du prophète, averti de ce danger, ramena son neveu. C'est à la suite de ce voyage que commence l'histoire du prophète avec Khadija, qui fut éclairée sur les signes de sa prophétie et informée de ce qui s'était passé en cours de route.

La rencontre avec Bahira.
(Ibn Khaldun p. 306).

Ils s’arrêtèrent près du moine Bahira, à l'entrée de Bostra. Le moine vit le nuage qui l'ombrageait et l’arbre qui se prosternait devant lui. Il appela les gens et leur apprit que Muhammad serait un prophète, et d’autres détails de son destin. Toute l'histoire de cette rencontre est très connue.

Le conseil de Bahira.
(Ibn Sad, Tabaqat I/ 99).
Retourne avec ton neveu dans ton pays et protège-le contre les juifs, car s'ils le voient et savent sur lui ce que je sais, ils essayeront de lui nuire.

Bahira au coeur de la polémique islamo-chrétienne.
Sous les Abbassides, le personnage est à nouveau sollicité pour affronter les chrétiens. L'argumentation reste très superficielle dans sa violence et le recours au Coran clôt tout débat.

(pamphlet anonyme)197 .

Vous prétendez encore que ce sont Yàs198... et Nasthûr199 qui ont tous deux appris à notre prophète la religion qu'il nous a apportée. Or tous deux buvaient du vin, se tournaient vers l'Orient pour prier, tenaient en grand respect la croix, l'eucharistie et le baptême, repoussaient la circoncision et mangeaient fréquemment de la viande de porc. Est-ce que notre prophète a suivi quelque chose de leur enseignement ou nous en a ordonné quoi que ce soit ? Même si c'étaient eux qui lui avaient enseigné la religion, eux ou bien quelque autre chrétien ou juif, il n'a ni suivi leur religion ni observé leurs prescriptions. Déjà d'autre part les infidèles parmi son peuple avaient dit lorsque Allah l'eut envoyé vers eux :
-Cet homme a pour maître un mortel.
- La langue de celui auquel ils pensent est barbare alors que cette prédication est en langue arabe claire
200, leur fut-il répondu.
Et Allah dit encore à Muhammad:
-Tu ne récitais, avant celle-ci, aucune Écriture ni n'en traçais de ta dextre. Les tenants du faux sont donc dans l'incertitude, Tout au contraire ce sont là des signes clairs dans les poitrines de ceux à qui la science a été donnée et seuls les injustes récusent nos signes
201.

Le "sceau202 " de la prophétie203 .
(Bukhari, Hadith 61/22).
As Sayb ibn Yazid (a dit):
-Ma tante maternelle me conduisit vers l'envoyé d'Allah et lui dit:
-Ô envoyé d'Allah, le fils de ma soeur est malade.
Le prophète me passa la main sur la tête, appela sur moi la bénédiction et fit ses ablutions. Je bus de l'eau de ses ablutions, puis je me levai derrière son dos, et j'aperçus le sceau de la prophétie entre ses deux omoplates.





IV

Abul Kasim,
le père de famille


La "kunya"204, le nom honorifique dans le société arabe, donne à l'individu la fonction de parent: Abu, père pour les hommes205 , Umm, mère, pour les femmes. Muhammad recevra le nom d'Abu Kasim, d'après un fils, mort en bas-âge206.
A plusieurs reprises, notamment lors des négociations avec ses adversaires, son nom honorifique réapparaît.



1-Le mariage avec Khadija.

Khadidja est la figure majeure et dominante, pour ainsi dire maternelle de la première partie de la vie de Muhammad. Elle est sa première et seule épouse durant une quinzaine d'année. Cette dame de la tribu des Quraysh, patronne d’entreprise caravanière207, et veuve bien plus âgée que lui et sans attraits, assure à Muhammad une protection, un niveau de vie et une position sociale indispensable, mais qui n'atténue pas son infériorité sociale. De plus, sa position d'employé au service d'une femme n'est pas enviable dans un milieu arabe fondamentalement marqué par les valeurs viriles208, et sarcastique envers les incapables.
Elle avait déjà eu deux époux et s'occupait de plusieurs enfants209: expérimentée, responsable, énergique, ce n'est pas seulement dans les affaires qu'elle se révêle entreprenante210.
Elle est ausi remarquablement représentative de la condition féminine en Arabie pré-islamiques, infiniment plus favorable211 telle qu’on ne verra jamais plus par la suite.

1-La vie de Khadidja avant Muhammad.
Elle a bien vécu, avant Muhammad, profitant de toutes les opportunités (des veuvages, n'ayons pas peur des mots), non pas en femme libre, mais en femme autonome.

(Ibn Sad, Tabaqat 8, p. 9212 ).

Son nom était Khadidja bint Khuwaylid ibn Assad. (...) Avant que quiconque ne l’épouse, elle fut offerte à Waraqa ibn Nawfal, mais il n’y eut pas de mariage213 . Alors elle épousa Abu Hala. (...) Son père était un noble au sein de son peuple. Il s’installa à la Mecque et forma une alliance avec les Banu Abdul Dar ibn Qusayy. Les Quraysh avait coutume de se marier avec leurs alliés. Khadidja apporta à Abu Hala un fils appelé Hind214 et un autre appelé Hada.
Après Abu Hala, elle se maria avec Atiq ibn Abid de Makhzum. Elle lui donna une fille appelée Hind. (...) Khadidja était appelée Umm Hind.

(Tabari, Histoire des prophètes IX 1766-7).
Il épousa Khadija bint Khuwaylid ibn Asad ibn Abd al Uzza à l'époque pré-islamique, alors qu'il avait 21 ans. Elle fut la première femme qu'il épousa. Avant, elle avait été mariée à Atiq ibn Abid ibn Abdallah ibn Omar ibn Makhzum. Sa mère était Fatima bint Zaydah ibn al Asamm ibn Rawahah ibn Hajar ibn Mais ibn Luayy. D'Atiq, elle eut une fille, et après, il mourut. Elle se maria ensuite avec Abu Halah ibn Zurarah ibn Nabbash ibn Zurarah ibn Habib ibn Salamah ibn Ghuzayy ibn Jurwah ibn Ussayid ibn Amr ibn Tamin215, qui faisait partie des Banu Abd al Dar ibn Qussayy. D'Abu Hahal elle eut Hind bint Abu Halah, et après il mourut.

(Ibn Ishaq)216 .
La première femme que l'apôtre épousa fut Khadija... Comme vierge, elle épousa Utayyiq ibn Abdullah... et lui donna une fille. Ensuite, il mourut et elle épousa Abu Hala al Nabbash ibn Zurara, un des banu Amir ibn Tamin, un allié des Banu Abdul Dar et lui donna un fils et une fille. Puis il mourut et l'apôtre l'épousa et elle lui donna quatre filles, Zaynap, Ruqayya, Umm Kulthum et Fatima. Tous les garçons moururent alors ils étaient encore au sein217 .

2-Khadidja commerçante.
Elle a réussi à accumuler des richesse et à obtenir un réel pouvoir économique. Les sources musulmanes, pourtant très peu favorables aux femmes, ne peuvent le dissimuler.

(Tabari, Histoire des prophètes I 58).

Khadidja était de la parenté de Muhammad, de la tribu de Quraysh: elle était fille de Khuwaylid ibn Asad ibn Aldul Uzza ibn Kussay218. Elle avait perdu son mari, qui lui avait laissé une fortune considérable, et elle faisait le commerce.

(Ibn Sad, Tabaqat I/1 84-5)219 .

...la disette de plusieurs années nous a frappés lourdement; va chez Khadija, qui connait ton honneteté, et demande-lui qu'elle te confie quelque chose, comme elle le fait aux autres, pour que tu puisses voyager avec la caravane qui va partir pour la Syrie; tu pourras ainsi gagner quelque chose.

3-Le mariage avec Khadija.
Tabari ose développer les circonstances du mariage, ce que ne fait pas la biographie officielle: il présente d’une façon comique les ruses de Khadidja pour arriver à ses fins. On peut deviner les origines populaire de ce type de récit.
D'autres récits s'amusent à broder sur le sujet, avec une légèreté qu'on ne reverra pas de sitôt dans la vie de Muhammad. C'est sans doute aussi une façon, paradoxalement, de camoufler la brutale réalité de l'épisode: l'union d'un jeune sans-le-sou avec une vieille bourgeoise.
Après cela, il ne sera plus question de plaisanter avec le sujet.


(Tabari, Histoire des prophètes I 59-59).

Khadija, qui était une femme intelligente, dont les affaires étaient très étendues et la fortune considérable, avait été demandée en mariage par les principaux personnages de la Mecque; mais elle n'en avait accepté aucun. Elle appela Muhammad et lui dit:
-Tu sais que je suis une femme considérée et que je n’ai pas besoin d'un mari; j’ai refusé tous les hommes importants qui m'ont demandée. Mais j’ai beaucoup de biens qui se perdent, et j’ai besoin d'un surveillant. J’ai jeté les yeux sur toi, car je t’ai trouvé honnête, et tu prendras soin de ma fortune. Va trouver ton oncle Abu Talib et dis-lui qu'il me demande pour toi à mon père.
Le père de Khadidja, Khuwaylid, vivait encore. Muhammad parla à Abu Talib, qui alla trouver Khuwaylid et lui demanda la main de Khadidja pour Muhammad. Khuwaylid lui dit :
-Tous les grands personnages des Quraysh ont demandé ma fille en mariage; je ne la leur ai pas accordée; et je la donnerais maintenant à un orphelin pauvre, qui a été son commissionnaire!
Informée de cette réponse, Khadidja prépara, le lendemain, un festin, auquel elle invita les principaux habitants de la Mecque, son père, Abu Talib et Muhammad. Elle dit à ce dernier:
-Dis à Abu Talib que, lorsque mon père sera ivre, il me demande en mariage pour toi, et que, si mon père donne son consentement, Abu Talib lui demande de conclure le mariage dans cette réunion même, sans tarder.
Khadidja fit verser à son père du vin en grande quantité et plus qu’à Abu Talib. Quant à Muhammad, il n’a jamais bu de vin, ni avant, ni après ma mission prophétique220 . Quand Khuwaylid fut ivre, Abu Talib lui fit la dernande de Khadidja; Khuwaylid consentit, et l'on conclut le mariage. A la tombée de la nuit, les hôtes se retirèrent, et Khadidja fit coucher son père et le couvrit d’aromates, de khaluq221 et de safran. Il était d'usage chez les Arabes que, lorsqu'un père mariait sa fille, il se couvrit d’aromates, de khaluq et de safran. Au matin, lorsque Khuwaylid se réveilla, voyant ces aromates, il dit:
- Que signifie ceci?
On lui répondit :
-Tu as marié hier Khadidja à Muhammad, le neveu d’Abu Talib.
Khuwaylid le nia. On lui dit :
-Tu lui as donné Khadidja en présence de tous les Quraysh et des habitants de la Mecque. Alors il se rendit auprès de Khadija et lui dit :
-Que signifie ce langage? Je t'aurais mariée hier à Muhammad?
Khadidja répondit:
-Tu le sais bien, que te dirai-je...
Khuwaylid dit:
-J'irai aujourd'hui dans l’assemblée des Quraysh, au temple de la Ka’ba222, et je me dédirai; j'intenterai un procès à Abu Talib et je querellerai Muhammad, afin qu'il te répudie.
Khadidja dit:
-Ne le fais pas, tu me déshonorerais; si ce n'est pas une honte de séparer une femme de son mari, il est déshonorant pour elle de le quitter si tôt. Je suis une femme considérée; personne ne me soupçonne de rien, et l'on sait que je n’ai pas de passion pour Muhammad; on dira donc que tu as conclu cette affaire avec Abu Talib, par amitié pour lui. Mais si tu en fais un litige, on causera sur moi, et cela sera fâcheux pour moi.
Khuwaylid répliqua:
-Les personnages les plus importants de la Mecque t'ont demandée en mariage, et j'ai refusé de te donner, et je t’accorderais maintenant à un homme pauvre! Que dira-t-on?
Khadija répondit :
-On sait que je n'ai pas besoin de la fortune d'un autre; ce qu'il faut, c'est que j'épouse un homme qui soit mon égal. Or Muhammad est mon égal dans la famille des Quraysh; il a une bonne réputation parmi les hommes, il est connu pour sa probité et son honnêteté; personne ne le soupçonne d'aucun des vices dont on accuse d'ordinaire les jeunes gens. Plus tu considéreras cette affaire, plus elle te semblera acceptable.
Khuwaylid garda le silence, et ne parla plus de ce mariage. Le lendemain, Khadija installa Muhammad chez elle.
Quelques traditions rapportent que le père de Khadija était déjà mort, et que c'est son oncle Amir ibn Asad, qui la maria223.

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 120).

L’apôtre d’Allah dit à ses oncles la proposition de Khadija, et son oncle Hamza ibn Abdul Muttalib alla avec lui voir Khuwaylid ibn Asad, lui demandèrent sa main, et il se maria avec elle.

(Ibn Sa'd,Tabaqat I/ 89)
Khadija était assise sur un siège élevé quand elle vit Muhammad revenir, sur sa mule; deux anges le protégeaient du soleil. Peu de temps après, elle lui fit demander s'il n'avait pas dessein de se marier. Comme il invoquait sa pauvreté, la messagère de Khadija elle-même demanda sa main. On raconte que Khadija, craignant de se voir refuser son consentement par son père, enivra celui-ci qui eut la main forcée. Quand il sortit, en effet, des fumées de l'ivresse, il se vit déjà revêtu du vêtement spécial dont le gendre, selon l'antique usage, avait coutume d'honorer son beau-père, pendant la cérémonie.

(Ib Sa'd, Tabaqat I/184).
La marieuse Nafissa propose ses services pour motiver un Muhammad peu dégourdi. Plus sérieusement, l'anecdote expose cruement la mauvaise situation économique du personnage.

Khadija m'envoya vers Mohammad pour le sonder après son retour de Syrie avec sa caravane.
Je lui dis :
-Mohammad! Qu'est-ce qui t'empêche de te marier?
Il me dit :
-Je ne possède pas de quoi me marier224.
Je lui répondis:
-Et si ce souci t'était évité? Et si on te conviait à la beauté<