- IX -


LA SECTE CONTRE LA CITÉ










Allah propose la parabole d'une cité
qui a été paisible et tranquille,
qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts
et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci, en punition de ce que les gens
de la cité ont accompli,
leur a fait goûter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux,
mais ils l'ont traité d'imposteur
et le tourment les a emportés
alors qu'ils étaient injustes.
(Mahomet, Coran 16/113-4).








I
L'exposition du missionnaire




1-Un prophète dans son terroir.

La question est importante sur un plan théologique: Muhammad aurait-il été "envoyé" pour convertir (et punir) sa cité, ou le monde entier. On mesure les conséquences d'un tel débat. Cela se joue sur quelques mots. A l'évidence, du fait de son échec à la Mecque, la conception évoluera, du local à l'universel, faute de mieux.

Un "prophète" pour la Mecque.
(Mahomet, Coran 42/5).

Ainsi nous t'avons révélé une prédication en langue arabe pour que tu avertisses la Mère des Cités et ceux qui sont autour d'elle1 et que tu avertisses de la venue du jour de la réunion où sans nul doute, une fraction sera dans le jardin et une fraction dans le brasier.

(Mahomet, Coran 90/1-3).
Non! J'en jure par cette ville -or tu n'es pas sans liens en cette ville, j'en jure par un procréateur et ce qu'il a engendré.

(Mahomet, Coran 27/93).
J'ai seulement reçu ordre d'adorer le seigneur de cette ville qu'il a déclarée sacrée.
A lui appartient toute chose!
J'ai reçu ordre d'être parmi les soumis à lui.

Prophète de malheur.
(Mahomet, Coran 7/92-94).

Nous n'avons envoyé dans une cité aucun prophète sans frapper la population de cette cité de calamité et de malheur, espérant que peut-être ils s'humilieraient (...).
Si les populations des cités avaient cru et avaient été pieuses, nous leur aurions octroyé des dons du ciel et de la terre.
Mais elles ont crié au mensonge et nous les avons emportés en prix de ce qu'elles se sont acquis.

(Mahomet, Coran 16/113-4).
Allah propose la parabole d'une cité qui a été paisible et tranquille, qui a reçu ses dons en abondance de toutes parts et qui a nié les bienfaits d'Allah.
Celui-ci, en punition de ce que les gens de la cité ont accompli, leur a fait goûter la faim et la peur.
Un apôtre issu d'eux est venu à eux, mais ils l'ont traité d'imposteur et le tourment les a emportés alors qu'ils étaient injustes.


2- La prédication publique.

On distingue habituellement la prédication de la Mecque en deux périodes: celle où Muhammad s’exprime devant un cercle restreint 2, puis celle où l’activité devient publique. Le passage de l’un à l’autre, dans la perspective théologique est un commandement divin.
On peut aussi noter que dans une société tribale, il n’y a pas de coupure franche entre les sphères privées et publiques et les enseignements de Muhammad, révolutionnaire au sens strict du terme3, ne pouvaient que se répandre et attirer la curiosité puis l’inquiétude des autorités. C’est ce moment là que l’on a la trace des premières conversions en masse, dans les catégories intermédiaires, jeunes et parfois marginales de la population. Les thèmes nouveaux apparaissent dans la matière coranique4, de plus en plus polémiques.


1-Début de la propagande.
Le mot n'est pas péjoratif: Muhammad est là pour propager sa foi, son sytème et sa conception du monde.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 166).

Les gens commencèrent à accepter l’islam, hommes et femmes, en grand nombre, juqu’à ce que la rumeur de cela se propage à travers la Mecque, et on commença à en parler. Alors Allah commanda à son envoyé de déclarer la vérité de ce qu’il avait reçu, de faire connaître ses ordres et de les appeler à lui. Trois ans s’étaient passés pendant lesquels l’envoyé cachait son état, jusqu’à ce qu’Allah lui commande de rendre sa religion publique (...)
Alors Allah dit:
-Proclame ce qui t’a été ordonné et mets les polythéistes de ton côté.
Puis:
-Avertis ta famille, tes relations proches...
Puis:
-Dis, je suis celui qui avertis clairement.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 76).

A partir de ce moment, Muhammad y accomplissait sa prière, et venait librement au temple, lui et ses compagnons. Trois ans après, Allah lui envoya ce verset:
-Ô envoyé, fais connaître ce qui t'a été envoyé de la part de ton seigneur,
etc.5
Alors le prophète adressa publiquement sa prédication à tous.
Après avoir reçu ce verset, le prophète se rendit au temple de la Ka’ba et le récita devant les hommes. C'est dans la mosquée qu'il leur adressa le premier appel. Ensuite il alla au mont Safa, éleva la voix, et tous les habitants de la Mecque s'y réunirent. Muhammad leur parla ainsi :
-Quelle conduite ai-je tenue parmi vous?
Ils répondirent:
-Tu es un homme véridique et sûr; nous n'avons jamais entendu de toi un mensonge6 . Muhammad reprit :
-Maintenant je dis: je suis l'envoyé d'Allah, envoyé vers vous. Adorez Allah et abandonnez les idoles, sinon le châtiment descendra sur vous du ciel et vous serez exterminés7.

(Ibn Ishaq, Maghazi)8 .
Toutes les fois qu'un fragment du Coran était révélé, le prophète le récitait d'abord dans l'assemblée des hommes puis dans l'assemblée des femmes9 .

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1169).
Trois ans après le début de sa mission, Allah a ordonné à son prophète de proclamer le message divin qu’il avait reçu, à le déclarer publiquement au peuple, et à les appeler à lui. Allah lui a dit:
-Publie ce qui t’est ordonné et détourne toi des associateurs10 .



2-Subversion des rituels.
Une fois de plus, c’est le rite qui préfigure les évolutions dogmatiques. On peut placer cet épisode comme une des premières manifestations de la rupture du personnage avec son milieu d’origine. Refuser le sacrifice revient à refuser le banquet, donc la sociabilité.

(Bukhari, Hadith 58/ 169)11.

Un repas lui fut présenté mais il refusa d’en manger. (Il dit:)
-Je ne mange rien de ce qui est sacrifié au nom des idoles de pierre. Je ne mange rien qui ne soit sacrifié avec la mention d’Allah.

(Maqrizi, Imta)12.
Le prophète sortait de la Ka'ba au début du jour et faisait la prière13. C'était une prière que les Quraysh ne pouvaient pas contester. Quand ensuite il priait pendant le reste du jour, Ali et Zayd s'asseyaient et le protégeaient. Quand ce fut le temps de la prière d'après-midi14, le prophète et ses compagnons s'installèrent dans les ravins15, un par un ou par deux; ils priaient donc les prières de dua et asr.


3-Premiers discours.
Le chef de la secte emploie la méthode des harangues, comme faisait Saint Paul six siècles auparavant, et subit les mêmes avanies. Il faut distinguer deux niveaux de discours: le témoignage de la Tradition, ou les chroniques, d'un côté, qui reconstituent tant mieux que mal ce qu'aurait peu être la teneur des paroles, et d'autre part, bien sûr, le Coran, qui, à sa façon s'adresse aussi aux Mecquois à travers les réflexions in petto, les triturations intellectuelles de l'orateur.

(Mahomet, Coran 5/71).
Ô apôtre! fais parvenir ce qu’on a fait descendre vers toi, de ton seigneur!
Si tu ne le fais point, tu n’auras pas fait parvenir son message et Allah te mettra hors d’atteinte des hommes.
Allah ne saurait conduire le peuple des impies.

Rhétorique de prédication
( Tabari, Tafsir16 21/191).

Le prophète monta un jour sur as Safa17 et poussa un cri d’appel:
-Ô compagnons!
Et les Quraysh s’assemblèrent autour de lui, en disant:
-Qu’as tu donc?
-Que penseriez-vous si je vous annonçais que l’ennemi vous arrive ce matin ou ce soir? Me croiriez-vous?
-Certainement!
-Eh bien!Je vous avertis que vous êtes devant un châtiment terrible!
-Va t-en au diable, lui cria son oncle Abu Lahab18, est-ce pour cela que tu nous as convoqués?

(Ibn Sa'd, Tabaqat I/1 p. 133).
L'envoyé d'Allah appelait à l'islam en secret et ouvertement. Ceux que Allah voulut parmi les jeunes et les faibles l'écoutèrent favorablement de sorte que ceux qui croyaient en lui devinrent nombreux. Les infidèles quraysh critiquaient pas ce qu'il disait. Lorsqu'il passait auprès leurs groupes, ils le montraient en disant:
-C'est le homme des Banu Abd al Muttalib qui parle du ciel19.

Discours de Muhammad devant les notables Quraysh20 .
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 171).

-Ô fils d’Abdul Muttalib21 , je ne connais pas d’Arabe qui ne soit venu vers son peuple avec un message plus noble que le mien. Je vous ai apporté le meilleur de ce monde et du suivant. Allah m’a intimé l'ordre de vous appeler à lui.
Lequel d’entre vous m’assistera dans cette tâche, comme mon frère, mon exécuteur testamentaire, mon successeur, parmi vous?

4-L'embarras d’Abu Talib.
Abu Talib sert dès le départ d'intermédiaire entre Muhammad et les autres Mecquois. C'est son rôle, en cas de problème dans cette société.
L'analyse de ses arguments est très intéressante: elle nous montre un être marqué fondamentalement par le mode de vie et de pensée tribal, avec sa part d'humanisme, qui le contraint à protéger son neveu. Sa personnalité, n'impressionne pas beaucoup, mais il faut là aussi se méfier de la Tradition, qui est une mise en scène constante: un diplomate doit se contenter de sa place de diplomate, et laisser la place aux vrais hommes d'action.


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 73).

Le premier qui en eut connaissance fut Abu Talib, qui demanda à Muhammad quelle était la religion qu'il avait établie. Le prophète le lui dit et voulut le convertir. Abu Talib lui répondit:
- Je ne veux pas abandonner ma religion, qui est celle de mes pères; si Allah t'a ordonné cette œuvre, accomplis-la; je te protègerai, et personne ne pourra te molester.
Un jour, Abu Talib vit Ali faire la prière. Il lui dit:
-Mon fils, qu'est-ce que ce culte?
Ali, craignant la colère de son père, répondit :
-C'est Muhammad, le prophète d’Allah, qui m'a converti à cette religion.
Abu Talib dit:
-Si Muhammad te l'a dit ainsi, observe-le; car Muhammad n'a jamais dit et ne dit pas le mensonge.

Abu Talib s’adresse aux idoles pour protéger Muhammad22 .
(Al Kalbi, Livre des idoles 24d/25a).
A ces idoles s’adresse Abu Talib, les prenant à témoin, lors de la coalition des Quraysh contre les Banu Hashim au sujet du prophète (...):
J’ai fait venir du temple mes gens et mon clan, et, parmi les ornements, j’ai saisi les tentures dorées.
Et là où les Asar laissent s’agenouiller leurs chameaux, à la rencontre des torrents, entre Isaf et Nayla23.


5-Manoeuvres claniques.
Muhammad commence alors à utiliser les paraboles des prophètes, surtout arabes à ce moment, auquel il est facile et inévitable de l'identifier24. On pourrait se demander l'efficacité d'un tel recours: ces prophètes ne sont pas les ancêtres de la tribu. Mais il doit commencer à marquer sa rupture avec la tradition, et l'appel aux thèmes terrifiants de la colère divine lui vient en secours dans ton oeuvre de subversion sociale

(Mahomet, Coran 26/214-220).
Avertis ton clan 25 le plus proche!26
Sois tutélaire pour ceux des croyants qui te suivent!
S’ils te désobéissent, dis-leur: je suis innocent de ce que vous faites.
Et mets ta confiance dans le puissant, le miséricordieux qui te voit durant tes vigiles et voit tes gestes parmi les fidèles prosternés.
Il est l’audient, l’omniscient.

La protection du clan.
(Mahomet, Coran 11/93-4).
-Ô Shoayb!27 , répondirent les impies, nous ne saisissons pas une grande part de ce que tu dis. En vérité, nous te voyons certes faible parmi nous et, sans ton clan nous t'aurions certes lapidé car tu n'es pas puissant sur nous.
-Ô mon peuple!, répliqua Shoaïb, mon clan, sur vous, est-il donc plus puissant qu'Allah, en sorte que vous tourniez le dos ouvertement à Celui-ci ?
Mon seigneur embrasse en sa connaissance ce que vous faites.

Tentative de conversion du clan.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 77).

Ensuite Allah envoya à Muhammad le verset suivant:
Adresse l'appel à tes proches parents28.
Le prophète dit :
-Mes parents, ce sont les Banu Hashim et les banu Abd Manaf29 .
Il dit à Ali d'aller préparer un repas. Ali, ayant fait cuire dans le four un mouton sur du gruau30 , invita tous les Banu Hashim et les Banu Manaf, de même qu' Abu Talib, Hamza, Abbas et un grand nombre d'autres personnes, et leur servit ce repas. Ils mangèrent beaucoup, cependant la quantité de la nourriture ne diminuait pas31 .
Abu Lahab dit:
-Muhammad nous a invités aujourd'hui pour nous faire voir sa magie.
Le prophète, très affligé de ces paroles, ne leur parla point ce jour-là. Le lendemain, il fit préparer un nouveau repas et les invita. Pendant qu'ils mangeaient, il leur parla ainsi :
-Ô mes oncles et mes cousins, je suis l'envoyé d'Allah, envoyé vers tous les hommes en général, et vers vous en particulier. Croyez en Allah et à ma mission32 , et Allah vous donnera le paradis éternel.
Personne ne répondit. Puis Abu Talib dit:
-Mon fils, tu as parlé et nous avons entendu; laisse-nous aller et réfléchir jusqu'à demain.
Le prophète dit ensuite:
-Mes oncles et mes cousins, si vous ne cherchez pas l'autre monde, au moins recherchez le bonheur de ce monde; car Allah répandra ma religion, et l'empire de l'Arabie, de la Perse et de Rum33 m'appartiendra. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui veuille répondre à mon appel, et que je puisse nommer mon vicaire34?
Tous gardèrent le silence. Alors Ali dit:
-Ô envoyé d'Allah, si personne ne croit, moi je suis croyant35 .
Le prophète répondit :
-Ô Ali, tu as cru, et tu es mon frère et mon vicaire36. Les autres se levèrent et sortirent. Ils se moquèrent d'Abu Talib, en lui disant:
-Muhammad a fait de ton fils ton maître.

6-Le rejet de l’aveugle.
Le personnage évoqué serait un aveugle, Abdallah ibn Umm Maktum, que Muhammad aurait délaissé au cours d'un altercation, tournant son attention vers des individus plus utiles à sa démarche. Rien n'est assuré à ce sujet.

(Mahomet, Coran 80/1-10).

Il s’est renfrogné et détourné.
Car à lui est venu l’aveugle.
Qui peut te faire savoir?
Peut-être celui-ci se purifiera t-il ou s’amendera t-il, en sorte que le rappel lui aura été utile?
A celui qui affecte la suffisance, tu portes intérêt (pourtant tu n’es pas responsable qu’il ne purifie pas), mais de celui qui vient à toi empli de zèle et plein de crainte, toi, tu te désintéresses37 .

7-Premières conversions collectives.
Les listes sont tenues avec soi, et sans doute bien artificielles. Des dizaines de miliers de personnes, bien plus tard, peuvent tirer un prestige immense uniquement par la vertu d'un seul nom, présent dans cette liste.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 73-4).

J'ai lu dans toutes les traditions qu'Abu Bakr, après sa conversion, tint sa foi secrète; mais chaque fois qu'il se trouvait dans la mosquée à causer avec quelqu'un, il lui en parlait et l'engageait à l'islam; il conduisait auprès du prophète ceux qui acceptaient; et ils prononçaient la profession de foi. Le premier qui fut converti par Abu Bakr fut Othman38 ibn Affan; il convertit ensuite Abd er Rahman ibn Awf, puis Zubayr ibn Awwam, puis Talha ibn Obaydallah, puis Sad ibn Abu Waqqas39. Ils furent ainsi trente-neuf adhérents, qui tenaient leur foi secrète40. Ils n'osaient pas se rendre à la mosquée de la Mecque pour prier, ni eux ni le prophète; ils priaient, soit à la maison, soit sur le mont Hira. (...) On disait, dans les réunions de la mosquée41, que Muhammad avait fondé une nouvelle religion, qu’il prétendait être le prophète d’Allah et avoir reçu d’Allah un message, que quelques personnes avaient cru en lui et pratiquaient la prière en secret.

La liste des premiers convertis.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 162)42 .
Othman ibn Affan43 ibn Abul As ibn Umayya ibn Abdu Shams ibn Abdu Manaf ibn Qusayy ...ibn Luayy;
al Zubayr ibn al Awwam ibn Khuwaylid ibn Asad ibn Abdul Uzza ibn Qusayy ... ibn Luayy;
Abdu1 Rahman ibn Auf ibn Abd Auf ibn Abd ibn al Harith ibn Zuhra ... ibn Luayy (appelé aussi Sad ibn Abu Waqqas);
Malik ibn Uhayb ibn Abdu Manaf . . . ibn Luayy;
Talha ibn Ubaydullah ibn Uthman ibn Amir ibn Kab ibn Sad ... ibn Luayy.

La liste des convertis suivants.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 163-4).
Abu Ubayda ibn al Jarrah dont le nom était Amir ibn Abdullah ibn al Jarrah ibn Hilal ibn Uhayb.
Dabba ibn al Harith ibn Fihr. Abu Salama dont le nom était Abdullah ibn Abdul Asad ... ibn Luayy.
Al Arqam ibn Abul Arqam (le nom de ce dernier était Abd Manaf ibn Asad et Asad portait le nom honorifique de Abu Jundub ibn Abdullah ibn Amir . . . ibn Luayy.)
Uthman ibn Mazun ibn Habib ibn Wahb ibn Hudhafa... ibn Luayy.
Ses deux frères Qudma and Abdullah, filsde Mazun. Ubayda ibn al Harith ibn alMuttalib ibn Abdu Manaf ... ibn Luayy.
Sayd ibn Zayd ibn Amir ibn Nufayl ibn Abdul Uzza ibn Abdullah ibn Qurt . . . ibn Luayy, et sa femme Fatima44 bint al Khattab ibn Nufayl déjà mentionné, étant le soeur de Umar ibn al Khattab.45 .
Asma bint Abu Bakr, avec sa petite fille Aïsha46 .
Khabbab ibn al Aratt, allié des ibn Zuhra.
Umayr ibn Abu Waqqas, frère de Sad.
Abdullah ibn Masud ibn al Harith ibn Shamkh ibn Makhzum ibn Sahila ibn Kahil ibn al Harith ibn Tamim ibn Sad ibn Hudhayl, allié des ibn Zuhra47.
Masud ibn alQari qui était le fils de Rabia ibn Amir ibn Sad ibn Abdul Uzza ibn Hamala ibn Ghalib ibn Muhaffim ibn Aydha ibn Subay ibn al Hun ibn Khuzayma from al Qara.
Salit ibn Amir ibn Abdu Shams ibn Abdu Wudd ibn Nasr ... ibn Luayy.
Ayyash ibn Abu Rabia ibn al Mughira ibn Abdullah ibn Amir ... ibn Luayy, et sa femme Asmad. Salama ibn Mukharriba le Tamim.
Khunays ibn Hudhafa ibn Qays ibn Adiy ibn Sad ibn Sahm ibn Amir ... ibn Luayy.
Amir ibn Rabia des Anz ibn Wayl, allié de la famille de al Khattab ibn Nufayl ibn Abdul Uzza.
Abdullah ibn Jahsh ibn Riab ibn Yamar ibn Sabira ibn Murra ibn Kabir ibn Ghanm ibn Dudan ibn Asad ibn Khuzayma, et son frère Abu Ahmad, tous deux alliés des ibn Umayya.
Jafar ibn Abu Talib et sa femme Asma bint Umays ibn Numan ibn Kab ibn Malik ibn Quhafa des Khatham.
Hatib ibn al Harith ibn Mamar ibn Habib ibn Wahb ibn Huahafa ... ibn Luayy, et sa femme Fatima bint al Mujallil ibn Abdullah ibn Abu Qays ibn Abdu Wudd ibn Nasr ibn Malik ... ibn Luayy.
Son frère Hattab ibn al Harith et sa femme Fukayha bint Yasar. Mamar ibn al Harith déjà cité.
Al Sayb ibn Uthman ibn Mazun déjà cité.
Al Muttalib ibn Azhar ibn Abdu Awf ibn Abd ibn al Harith . . . ibn Luayy, et sa femme Ramla bint Abu Auf ibn Subayra ibn Suayd ... ibn Luayy.
Al Nahbam dont le nom était Nuaym ibn Abdullah ibn Asid ... ibn Luayy. Amir ibn Fuhayra, affranchi des Abu Bakr.
Khalid ibn Sayd ibn al As ibn Umayya ... ibn Luayy et sa femme Umayna bint Khalaf ibn Asad ibn Amir ibn Bayada ibn Subay ... de Khuzaa;
Hatib ibn Amir ibn Abdu Shams ... ibn Luayy;
Abu Hudhayfa;
Waqid ibn Abdullah ibn Abdu Manaf ibn Arin ibn Thalaba ibn Yarbu ibn Hanzala ibn Malik ibn Zayd Manat ibn Tamim un allié des ibn Adiy ibn Kab48 ;
Khalid, Amir, Aqil, Iyas, les fils de al Bukayr ibn Abu Yam ibn Nashib ibn Ghiyara ibn Sad ibn Layth ibn Bakr ibn Abdu Manat ibn Kinana, alliés des ibn Adiy;
Ammar ibn Yasir, allié des ibn Makhzum ibn Yaqaza;
Suhayb ibn Sinan, membre des Namir ibn Qasit, allié des ibn Taym ibn Murra.




3-Les thèmes de la prédication.

Le Coran, si l’on tente de distinguer les périodes de composition de ses versets, porte la trace, pour cette période, d’intenses efforts visant à la conversion49. On distingue aussi à ce moment des considérations sociales, qui visent souvent l’aristocratie marchande50. L'argumentation la plus efficace répose sur le rappel sec et répété de la fin du monde et du jugement dernier51. L'effet recherché est celui de la terreur, qui s'exprime souvent de façon physique.
Mais la religion traditionnelle n’est pas tout de suite attaquée de front: cela apparait à la fin de cette période. Il n'apparaît pas encore de thèmes véritablement universaliste52.



1-La férocité verbale.
Dès le début, ce style inimitable se reconnait sans difficulté.

(Mahomet, Coran 68/14).
N'obéis donc pas à ceux qui crient au mensonge!
Ils aimeraient que tu sois doux pour qu'ils le soient.
N'obéis pas au jureur vil,
au détracteur, semeur de calomnie,
interdisant le bien, plein d'insolence et de péché,
arrongant et par surcroît, bâtard!53
Ne lui obéis pas parce qu'il est riche et a des fils pour le soutenir
Quand nos signes lui sont communiqués, il s'écrie: Histoire d'Anciens54 !
Nous le stigmatiserons sur le mufle!55.

La malédiction contre "le calomniateur"56
(Mahomet, Coran 114).
Malheur au calomniateur acerbe qui a amassé une fortune et l'a comptée et recomptée!
Il pense que sa fortune l'a rendu immortel.
Qu'il prenne garde!
Il sera certes précipité dans la Hotama.
C'est le feu d'Allah allumé qui dévore jusuq'aux entrailles, qui est sur eux refermé en longues colonnes de flammes.

( Mahomet, Coran 64/25-29)57 .

Plût au ciel qu’on ne m’eût pas remis mon rôle et que je ne connusse pas ce qu’est mon jugement!
Plût au ciel que cette mort fût définitive!
De rien ne m’a servi ma fortune!
Disparu, loin de moi, est mon pouvoir!

2-Défense et organisation de la secte.
Muhammad, devant son petit succès, au sein de son clan, doit se préoccuper des autres, les "croyants": ceux qui ont confiance en lui, et aussi en Allah, la divinité dont il parle.
Il faut assumer la défense du groupe, sa direction, sa subsistance. Quelques indices apparaissent à ce sujet. Mais ce n'est pas encore la logorrhée juridique de Médine.


(Mahomet, Coran 8/2).
Les croyants sont ceux dont le coeur frémit et la foi augmente lorsque Allah est convoqué et que ses signes sont seulement communiqués.

( Mahomet, Coran 39/24).
Allah fait descendre le plus beau des discours en une écriture en ses parties, semblables à des répétées par laquelle se hérisse l'épiderme de ceux qui redoutent le seigneur, par laquelle ensuite leur épiderme et leur coeur se font tendres envers l'édification d'Allah.

(Mahomet, Coran 96/9-19).
Penses-tu, prophète, que celui qui défend à un serviteur d’Allah de prier, penses-tu qu’il soit dans la direction ou qu’il ordonne la piété? (...) Ne sait-il pas qu’Allah le voit?
Qu’il prenne garde!
S’il ne s’arrête, en vérité, nous le traînerons en enfer par le toupet de son front58 ...
Prends garde!
Ne lui obéis pas!
Prosterne-toi et rapproche-toi d’Allah.


3-Attaque contre l'aristocratie marchande.
Muhammad, au statut social très médiocre, attire à lui nombre de déclassés, des jeunes, des pauvres, mal à l'aise dans une société aristocratique placide mais rigide. Le discours est très directement dirigé contre les riches marchands mecquois, oisifs, calmes et heureux, d'où une accumulation terrifiante d'allusions infernales, et la naissance du thème névrotique de la "Vie Dernière". Des auteurs marxistes59 ont pensé, après avoir été séduits par ce discours "de classe", que Muhammad était le héros d'une révolution socialiste.

(Mahomet, Coran 89/18-22).

Prenez garde! Vous n’honorez pas l’orphelin!
Vous n’incitez pas pas à nourrir le pauvre!
Vous dévorez l’héritage du faible goulûment!
Vous aimez la richesse d’une passion sans borne!
Prenez garde!

(Mahomet, Coran 43/22-4).
Ils disent seulement:
- Nous avons trouvé nos pères en une communauté60 et nos suivons leurs traces!
Et quand cet avertisseur61 a dit:
-Eh quoi! si je vous apportais ce qui est plus droit que ce que vous avez suivi par vos pères?
Les riches ont dit:
-Nous sommes sans foi dans ce qu'on vous a donné en message!
Nous nous sommes vengés de ces incrédules.
ère donc quelle fut la fin des dénégateurs.

(Mahomet, Coran 90/10).

Ne lui avons nous pas indiqué les deux voies?
Pourtant il ne s’est nullement engagé dans la voix ascendante?
Et qu’est-ce qui t’apprendra ce qu’est la voie ascendante?
C’est affranchir un esclave ou bien, par un jour de disette, nourrir un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement?
C’est être, en outre, du nombreux de ceux qui ont la foi, se conseillent mutuellement la constance, se conseillent mutuellement la douceur.
Ceux-là seront les gens de la droite.
Ceux qui au contraire n’auront pas cru en nos aya62 seront les gens de la gauche.
Un feu sur eux sera refermé.

(Mahomet, Coran 6/123-7).
Ainsi, dans chaque cité, nous avons placé des grands, pécheurs de cette cité, afin qu'ils y machinent contre les croyants.
Mais ils ne machinent que contre eux-mêmes sans qu'ils le pressentent.
Quand un signe63 vient à eux, ils s'écrient: Nous ne croirons pas avant que soit venu à nous ce qui est venu aux Apôtres d'Allah antérieurs à toi, prophète!
Mais Allah sait bien où placer son message.
Ceux qui ont été coupables seront frappés d'une humiliation auprès d'Allah et d'un tourment terrible, pour prix de ce qu'ils auront machiné.
Celui qu'Allah veut diriger, il lui ouvre la poitrine64 à l'islam.
Celui qu'il veut égarer, il lui rend la poitrine étroite, le met à la gêne 65 comme s'il montait au ciel.
Ainsi Allah fait peser le courroux sur ceux qui ne croient point.
C'est la voie de ton seigneur, s'étendant droite.
Nous avons exposé intelligiblement les signes à un peuple qui s'amende.
Pour ces gens, est la demeure du salut, auprès de leur seigneur.
Il est leur patron en prix de ce qu'ils faisaient sur terre.

La parabole du riche Qorè.
(Mahomet, Coran 278/7682).

Qoré66 faisait partie du peuple de Moïse. Il fut empli d'insolence envers eux car Nous lui avions donné tant de trésors que les clefs en étaient trop lourdes pour une troupe d'hommes pleins de force. Or son peuple lui dit :
-Ne te réjouis pas !
Allah n'aime pas ceux qui sont réjouis.
Parmi ce qu'Allah t'a donné, recherche la demeure dernière!
N'oublie pas ta part de la vie immédiate et sois bon comme Allah le fut envers toi !
Ne recherche pas le scandale sur la terre !
Allah n'aime pas les fauteurs de scandale.
-Ce qui m'a été donné , répondit Qoré, je le détients par une science qui est en moi.
Eh quoi! Qorè ne savait-il pas qu'Allah avait fait périr, avant lui, des générations pluis redoutables que lui par la force et plus importantes par le nombre ?
Mais les coupables ne sont pas interrogés sur leurs péchés.
Qoré sortit vers son peuple, avec toute sa pompe.
Ceux qui voulaient la joie de la vie immédiate s'écrièrent:
-Plût au Ciel que nous eussions ce qui a été donné à Qorè! En vérité, il détient certes une grande fortune !
Mais ceux à qui avait été donnée la science, répondirent:
-Malheur à vous! La récompense d'Allah vaut mieux pour celui qui croit et fait ceuvre pie. Seuls les constants la recueilleront.
Nous fîmes engloutir par la terre Qorè et sa maison et il n'eut pas de clan pour le secourir67 , à l'encontre d'Allah, et il ne fut lui pas porté secours.
Au matin, ceux qui la veille avaient souhaité sa place s'écrièrent:
-Malheur à nous! Allah dispense et mesure son attribution à qui il veut parmi ses serviteurs. Si Allah n'avait pas répandu sur nous sa bonté, il nous aurait fait engloutir par la terre. Malheur! les infidèles ne seront pas les bienheureux.

La parabole des maîtres des jardins.
(Mahomet, Coran 88/17/34).

En vérité, nous les avons éprouvés comme nous avons éprouvé les maîtres du jardin, quand ils jurèrent de le cueillir au matin sans rien excepter.
Or sur le jardin s'abattit un fléau envoyé par ton seigneur, durant que dormaient ces gens, et le jardin, au matin, fut comme si tout y avait été coupé.
Ils s'appelèrent les uns les autres, le lendemain, disant:
-Partez au matin à votre champ, si vous vous trouvez devoir en couper la récolte.
Ils se mirent en route, devisant mutuellement tout bas.
Certes, aujourd'hui, nul pauvre n'entrera dans ce jardin, malgré nous!
Ils partirent donc au matin, décidés, résolus.
Ayant vu toutefois le jardin, ils s'écrièrent :
-Nous sommes certes égarés ! Non! nous n'avons plus rien!
Le plus avisé d'entre eux s'écria alors :
-Ne l'avais-je pas dit ? Que ne dites-vous: Gloire à Allah !
- Gloire à notre seigneur! , dirent-ils. Nous avons été des injustes!
et ils se tournèrent les uns vers les autres, se blâmant et disant :
-Malheur à nous! Nous avons été des rebelles! Peut-être notre seigneur nous donnera-t-il, en échange, un jardin plus beau que celui-ci! En vérité, à notre seigneur nous nous trouvons aspirer!
Tel est le tourment d'ici-bas, mais certes le tourment de la vie dernière est pire. Que ne le savaient-ils !
En vérité, aux pieux appartiennent, auprès de leur seigneur, les jardins de délice.

(Mahomet, Coran 11/28-9).

- N'adorez qu'Allah!
Je crains pour vous le tourment d'un jour cruel.
Le conseil68 qui fut infidèle parmi son peuple répondit:
Nous ne te voyons que comme un mortel semblable à nous.
Nous te voyons seulement suivi, sans réflexion, par ceux qui sont les plus vils d'entre nous. Nous ne voyons en vous aucun mérite sur nous.
Bien plutôt nous pensons que vous êtes des menteurs.


4-La terreur du jugement dernier.
Face à la tranquille aristocratie de sa cité natale, le thème est efficace, et rappelle les paroles de tous les prédicateurs rigoristes, qui fustigent le confort et le bonheur pour y substituer l'angoisse.

(Mahomet, Coran 84).

Quand le ciel se déchirera, qu'il écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir, quand la terre sera nivelée, qu'elle rejettera ce qui est en elle et se videra, qu'elle écoutera son seigneur et qu'il lui en sera fait devoir, alors, ô homme!, toi qui te tournes vers ton seigneur, tu le ren- contreras.
Celui qui recevra son rôle en sa dextre, sera jugé avec mansuétude et s'en ira vers ses pareils, en allégresse.
Celui qui au contraire recevra son rôle derrière son dos, appellera l'anéantissement alors qu'il sera exposé à un brasier il aura été allègre, parmi les siens, sur terre il aura pensé qu'il ne reviendrait pas.
Mais si!
Son seigneur était clairvoyant à son sujet!
Non! j'en jure par le crépuscule, par la nuit et ce qu'elle enveloppe, par la lune quand elle est pleine, vous monterez certes couche après couche!
Donc, qu'ont-ils à ne point croire et, quand la prédication leur est prêchée, à ne pas se prosterner ?
Bien plus! ceux qui sont impies69 crient au mensonge.
Or Allah sait bien ce qu'ils cachent.
Fais-leur annonce heureuse d'un châtiment cruel!
Exception pour ceux qui ont cru et accompli des œuvres pies à ceux-là appartient une rétribution exempte de rappel.

(Mahomet, Coran 54/1-7)
L’heure70 approche.
Le terre se fend (...)
Les infidèles pensent ce tourment éloigné, alors que nous le pensons proche.





II

La subversion de la Mecque




L’apostolat très offensif de Muhammad fait peu à peu réagir la population de la Mecque et ses dirigeants en premier lieu, qui sont gardiens de l’ordre de la société, garants de la prospérité et serviteurs du sanctuaire. Pour eux, une attaque des traditions et les valeurs ne peut qu’entrainer la ruine de la cité. La tradition donne le tableau constrasté d’un homme inflexible et obstiné, confronté à une masse fluctuante d’aristocrates veules, prêts à tout pour ramener le calme dans la ville. Deux grands personnages71 se dinstinguent dans l'opposition:
-Abu Lahab, "le père de la flamme", qui devient le chef du clan des Hashim à la mort d'Abu Talib, qui a l'honneur d'être maudit jusque dans le texte coranique.
-Abu Jahl, "père de l'Ignorance"72 qui dirige le clan quraysh des Makhzum, tué à la bataille de Badr.
Là encore, c'est une reconstitution édifiée à la gloire de celui qui va agir et réussir, et acharnée à abaisser ceux qui s' opposent à son ambition.


1-La montée de la tension.

Les sources musulmanes présentent sans complexe le prophète en position d’infériorité, qui non seulement ne cède en rien face à ses adversaires mais ne cesse de les harceler. Le personnage d’Abu Talib doit amortir le choc entre le fondateur de la secte et le reste de la société.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 183).

Quand les Quraysh se mirent à être troublés par le désordre causé par l’opposition entre eux et l’apôtre ainsi que les gens qui suivaient son enseignement, ils exhortèrent contre lui des fous, qui l’accusèrent de mensonges, l’insultèrent, l’accusèrent d’être un poète, un sorcier, un devin, et d’être possédé. Néanmoins, l’apôtre continua à proclamer ce qu’Allah lui ordonnait de proclamer, ne cédant sur rien, excitant leur agacement en méprisant leur religion, en rejetant leurs idoles et en les laissant à leur incroyance.

(Ibn Sa'd, Tabaqat I/1 p. 133).
L'envoyé d'Allah appelait à l'islam en secret et ouvertement. Ceux que Allah voulut parmi les jeunes et les faibles l'écoutèrent favorablement de sorte que ceux qui croyaient en lui devinrent nombreux. Les infidèles quraysh critiquaient pas ce qu'il disait. Lorsqu'il passait auprès leurs groupes, ils le montraient en disant:
-C'est le homme des Banu Abd al Muttalib qui parle du ciel73.
Cela dura jusqu'à ce que Allah, dans le Coran parle avec mépris des idoles qu'ils vénéraient, autres que lui-même et mentionna la perdition de leurs ancêtres qui étaient morts dans l'incroyance. A ce moment, ils devinrent haîneux et hostiles à l'envoyé d'Allah.

Les reproches d’Abu Talib contre l’intolérance de Muhammad.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 168).

Abu Talib l’envoya chercher et lui dit ce que son peuple avait dit:
-Epargne-toi et épargne-moi, dit-il. Ne mets pas sur moi un fardeau plus lourd que ce que je puis porter.
L’apôtre pensait que son oncle avait l’idée de l’abandonner ou de le trahir, et qu’il allait donc perdre son aide et son soutien. Il répondit:
- ô mon oncle, par Allah, s’ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche à la condition que j’abandonne cette tâche, jusqu’à ce qu’Allah ne me rende victorieux ou que je périsse, je ne l’abandonnerai pas. Comme il partait, son oncle le rappela et lui dit:
-Reviens, mon neveu (...) va dire ce qui te plait, par Allah, je ne t’abandonnerai pas sur ce motif.

Le refus des présents.
(Musa ibn Oqba)74 .

Amir, appelé le Joueur de Lance, vint vers l’apôtre d’Allah quand il était polythéiste, et l’apôtre d’Allah lui expliqua l’islam, mais il refusa. Il donna un cadeau à l’apôtre d’Allah qui le refusa, disant qu’il n’acceptait rien de la part d’un polythéiste75 .


2- Le combat par les paroles.

Avant la permission de la violence, les premiers musulmans doivent se limiter à une série de menaces et de malédictions, dont on retrouve de nombreuses traces dans le Coran76. Il s’agit soit de procédés magiques, soit de menaces débouchant sur de l’élimination future de tel ou tel adversaire, et d'encouragement à l'inflexibilité envers les infidèles. C’est dans ce contexte qu’un personnage véritable, opposant farouche de Muhammad est directement maudit dans le livre sacré.

1-Menaces contre la Mecque.

C'est d'abord contre la communauté toute entière que Muhammad prèche, comme les prophètes hébreux devant les cités pécheresses et maudites. Ensuite, les institutions, et la classe dirigeante, et pour finir, des individus particulièrement réfractaires à ses paroles.

(Mahomet, Coran 46/25-7).

Certes, nous les avions établis dans une position où nous ne vous avons point établis.
Nous leur avions donné ouïe, vue ou coeur.
A rien ne leur ont servi leur ouïe, leur vue et leur coeur quand ils nièrent les signes d'Allah, et ils furent enveloppés par ce dont ils se raillaient.
Certes, nous avons fait périr les cités qui étaient autour de vous.
Nous leur avions adresé nos signes, espérant que peut-être elles reviendraient de leur erreur.

Menaces contre le "Sénat" des Mecquois.
( Mahomet, Coran 11/28-9).
- N'adorez qu'Allah! Je crains pour vous le tourment d'un jour cruel.
Le conseil77 qui fut infidèle parmi son peuple répondit:
Nous ne te voyons que comme un mortel semblable à nous.
Nous te voyons seulement suivi, sans réflexion, par ceux qui sont les plus vils d'entre nous. Nous ne voyons en vous aucun mérite sur nous.
Bien plutôt nous pensons que vous êtes des menteurs.

(Mahomet, Coran 247-8)78.
-N'as-tu point vu le Conseil des Fils d'Israël79 quand, postérieurement à Moïse, il dit à un prophète qu'ils avaient:
-Désigne-nous un roi! nous combattrons dans le Chemin d'Allah!
Ce prophète dit:
-S'il vous est prescrit de combattre, pourriez-vous ne pas combattre ?
- Pourquoi, répondirent les gens du conseil, pourquoi ne combattrions-nous point dans le Chemin d'Allah, alors que nous avons été expulsés de notre habitat ainsi que nos fils ?
Toutefois, quand il leur eut été prescrit de combattre, ils tournèrent le dos sauf un petit nombre d'entre eux.
Allah connaît bien les injustes.
Le prophète dit au Conseil des Fils d'Israël:
-Allah vous a envoyé Saül80 comme roi.
-Comment Saül aurait-il la royauté sur nous, répondirent ces gens, alors que nous avons plus droit que lui à la royauté et qu'il n'a pas reçu grande largesse de bien ?
-Allah l'a élu sur vous, répondit leur prophète, et il lui a donné plus de grandeur qu'à vous, pour ce qui touche la science et le corps.
Allah donne sa royauté à qui il veut.
Allah est large81 et omniscient.

2-Menaces contre les Quraysh.
La tribu entend des paroles inouïes dans un système tribal, où tout est fait pour garantir l'équilibre par la mesure. La verve satirique, elle-même, tient lieu de véritable violence. Muhammad innove en mentionnant "le massacre", et d'autres paroles peu amènes.
Les Quraysh restent interloqués face à ce nouveau style.


La première menace de Muhammad
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1185).

... Le messager d’Allah apparut soudain, et alla embrasser la Pierre Noire. Il passa parmi eux pour faire la circambulation et comme il le faisait, ils firent des remarques injurieuses sur lui. J’ai vu le visage de l’envoyé d’Allah quand il les a entendu. Quand il est passé une seconde fois, ils ont fait les mêmes remarques, et il est passé. Puis une troisième fois, ils font ont fait les mêmes remarques. mais cette fois, il s’est arrêté et a dit:
-Ecoutez, hommes des Quraysh. Par celui qui détient l’esprit de Muhammad entre ses mains, je vous apporterai le massacre.
Ils furent terrorisés par ce qu’il a dit, et c’était comme si tous les hommes avaient un oiseau sur la tête82. Même ceux qui avaient pris avant des mesures sévères contre lui lui parlèrent de manière conciliante.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 183).

Ils disaient qu’ils n’avaient jamais connu quelque chose comme les ennuis qu’ils supportaient à cause de cet individu. Il a déclaré leur mode de vie absurde, insulté leurs ancêtres, avili leur religion, divisé leur communauté et maudit leurs dieux. Ce qu’ils avaient supporté dépassait tout ce qui était supportable et les mêmes mots pour le dire.
Alors qu’ils parlaient ainsi, l’apôtre vint vers eux et embrassa la pierre noire, il les dépassa et marcha autour du temple. A on passage, ils dirent des choses insultantes pour lui. Je le voyais à son expression...
Il s’arrêta et dit:
-M’écoutez-vous, ô Quraysh? Par celui qui tient ma vie dans sa main, je vous apporte le massacre.
Ce mot les a tellement choqués qu’ils se tinrent silencieux et calmes.

3-Malédiction contre les Quraysh.
La menace se distingue de la malédiction, qui est à la fois plus lointaine et plus vague. Mais les images que la seconde propage sont encore plus violentes et peut-être efficaces, dans un monde où l'on croit encore à la puissance magique des mots83.
Muhammad use de la puissance de la magie, et à ce que l'on écrit dans les chroniques, celle-ci est atrocement efficace. Un vestige de ces discours subsiste dans le Coran lui-même, dans la malédiction des mains de son ennemi principal, Abu Jahl.


(Bukhari, Hadith 60/ 215).

Quand le prophète se rendit compte que les Quraysh étaient lents à se convertir à l’islam, il dit:
-Ô Allah, Protège-moi du mal qu’ils représentent, en leur infligeant sept années de famine, comme les sept années du prophète Joseph84 .
Alors ils furent frappés par une année de famine qui détruisit tout jusqu’à ce qu’ils aient plus que des ossements à manger, et que chaque homme regarde le ciel en cherchant de la fumée entre lui et le ciel.
Allah dit:
-Alors surveille le jour où le ciel produira une sorte de fumée bien visible.85 .
Et Allah ajouta:
-Vraiment, nous retirerons le châtiments un petit peu, et vous retournerez à l’incroyance.86

(Muslim Hadith 19/ 4421-2).
Alors il a dit:
-Ô Allah, c’est à toi de t’occuper d'Abu Jahl, Uqba, Shayba ibn Rabia, Walid ibn Rabia, Umayya ibn Khalaf, Uqba ibn Ab Muhit ( et il a mentionné une septième personne dont je ne me souviens plus)...
J’ai vu tous ceux qu’il a nommé gisant massacrés le jour de Badr. Leurs cadavres ont été tirés pour être jetés dans un puit près du champ de bataille. - à l’exception du corps d’Umayya ou d’Ubayy qui a été découpé en morceaux et jeté dans le puit.

Le destin des moqueurs.
(Muslim, Hadith 19, 4424).
... Le messager d'Allah s'est tourné la Ka'ba et a invoqué la malédiction divine contre six hommes des Quraysh, parmi lesquels Abu Jahl, Umayya ibn Khalaf, Utba ibn Rabia, Rabia et Uqba ibn Abu Muayt. Et je jure que je les ai vus à terre, massacrés sur le champ de bataille de Badr. C'était un jour de chaleur et leur chair pourrissait déjà.

Verset contre les moqueurs.
(Mahomet, Coran 15/95).

Nous te suffisons contre les railleurs qui placent, à côté d’Allah, une autre divinité, car bientôt ils sauront?
Nous savons certes que ta poitrine se serre à cause de ce qu’ils disent.

Malédiction d’Abu Lahab.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 76).

Abu Lahab, son oncle, qui se trouvait dans l'assistance, se leva et dit :
- Toi, Muhammad, tu veux nous appeler à une religion. Sois maudit, toi et ta religion.
Il engagea le peuple à se retirer, en disant :
- Allez, ce Muhammad est fou.
Alors Allah envoya à son intention les versets suivants :
Que les deux mains d'Abu Lahab périssent, etc.
Abu Lahab, par hostilité envers le prophète, avait l'habitude de mettre des épines sur son chemin et sur celui de ses amis, de sorte qu'ils se blessaient les pieds. Sa femme faisait de même.

(Muslim, Hadith 1/406).
Le messager d'Allah grimpa sur Safa87 et dit très fort:
-Soyez sur vos gardes!
Les gens dirent:
-Mais qui hurle ainsi?
-Muhammad.
Ils se rassemblèrent autour de lui.
Il dit:
-Vous fils de untel! Vous fils de Untel! et vous fils d'Abd Manaf, fils d'Abd al Muttalib!88
Alors ils se rassemblèrent autour de lui.
Il dit:
-Si je vous disais qu'il y avait des cavaliers qui arrivaient au pied de cette montagne, me croiriez-vous?
Ils dirent:
-Nous n'avons pas souvenir de mensonges de ta part.
Il dit:
-Je suis un avertisseur89 pour vous, avant un terrible tourment.
Abu Lahab s'écria alors:
-Que le tourment soit sur toi d'abord! Tu nous as rassemblé pour ça!
...alors fut révélé le verset suivant:
-Périssent les mains d'Abu Lahab...90

Malédiction contre Abu Lahab.
(Mahomet, Coran 111)91 .

Les mains d’Abu Lahab ont péri!
Il a péri!92
Ses troupeaux et sa fortune ne lui ont servi à rien.
Il sera exposé à un feu ardent, tandis que sa femme, portant du bois aura au cou une corde de fibre93.

La tombe d’Abu Lahab.
(Ibn Zubayr, Relation de voyages 141).

En poursuivant, à la distance d’une portée de flèche on trouve sur le bord du chemin, à gauche de celui qui se dirige vers la Mecque, deux tombes sur lesquelles ont été entassées de grosse pierres. Ce sont, dit-on, les tombes d’Abu Lahab et de son épouse - qu’Allah les maudisse! Les gens, de tout temps, ont adopté l’habitude de les lapider si bien que les tombes sont recouvertes d’une montagne de pierres.

Invocations et malédictions.
(Bukhari, Hadith 63/7, 1).

Se tournant vers la Ka'ba, le prophète lança une invocation contre un groupe de Quraysh, comprenant Shayba ibn Rabia, Oqba ibn Rabia, Al Walid ibn Oqba, et Abu Jahl. J'atteste devant Allah que j'ai vu ces quatre personnages étendus sur le sol, le corps décomposé par le soleil, le jour ayant été très brûlant.


4-La magie contre les moqueurs94.
Les moqueurs, usant de la verve satirique habituelle aux Arabes95, sont particulièrement visés par les imprécations, qui confinent à la magie noire. Muhammad n'aime pas que l'on se moque de lui, et l'humour apparaît comme une arme efficace contre son mouvement. Il est aidé dans sa tâche répressive par l'apparition de l'archange Gabriel, toujours présent dans les bons coups.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 271).

L’apôtre restait ferme, avec le soutien d’Allah, et il interpelait son peuple en dépit de leurs calomnies, leurs insultes et leurs moqueries. Les principaux moqueurs (...) étaient cinq hommes qui étaient honorés et respectés dans leurs tribus.
(...)
... Gabriel vient à l’apôtre alors que les moqueurs étaient autour du temple. Il se dressa et l’apôtre se mit à côté de lui. Et alors qu’Al Aswad ibn al Muttalib passait, Gabriel lui lança une feuille verte dans la figure, et il devint aveugle.
Alors, Al Aswad ibn al Abdu Yaguth passa et il pointa du doigt son ventre qui se mit à gonfler et il mourut de dropsie. Ensuite, al Walid passa. Il pointa du doigt une vieille calosité au coude (la séquelle d’une blessure...). Et la blessure s’ouvrit à nouveau et il en mourut. Al As passa. Il montra son pied. Il partit à dos d’âne pour Ta’if. Il accrocha l’animal à un arbre épineux et une épine lui rentra dans le pied et il mourut de cela. A la fin, al Harith passa. Il pointa du doigt sur sa tête: aussitôt, elle se remplit de pus et cela le tua.



3- Tactique offensive et défensive.

Malgré l’injonction à la patience, des heurts entre la minorité musulmane et le reste de la société ont eu lieu. Le sang est versé, mais on ne déplore pas encore de victimes graves: dans une structure tribale, on tente de limiter le plus possible les actes extrêmes, préludes à des vengeances incontrôlables. Les textes insistent sur la première effusion de sang de l'islam.

1-Tactique défensive.
Dans les circonstances du début de son apostolat, Muhammad doit expliquer théologiquement à ses disciples un attitude défensive, dite "de patience"96 tout en maintenant l’espoir d’un changement radical d’attitude: le recul est strictement tactique.
Ce type d'effort d'explication est rare de sa part: les tensions sont fortes et la situation exige ce type de pédagogie. L'argumentation est heureusement simple puisqu'elle résume à la vengeance et à la promesse de violence. On est ici très loin de l'attitude des premiers chrétiens faisant face aux persécutions97 .


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 79).
Les adhérents du prophète qui avaient à souffrir ces actes d'hostilité de la part des incrédules s'en plaignaient à lui; mais il leur recommandait la patience, parce qu'il n'avait pas encore reçu l'ordre d'agir. Chaque verset du Coran qu'il recevait lui ordonnait la patience. Allah lui rappelait les faits des prophètes antérieurs, comment ceux-ci avaient supporté de la part de leur peuple beaucoup de violences, qu'ils avaient endurées pour obtenir le rang de martyrs. Patiente, toi aussi, lui disait-il, afin d'acquérir ce rang, dont tu es le plus digne.
Dans un autre verset, Allah lui disait :
Il y a eu avant toi des prophètes qui ont été accusés de mensonge par leur peuple, et qui ont été maltraités. Ils ont patienté jusqu'à ce que je leur eusse donné la force. Patiente aussi jusqu'à ce que je te fortifie plus que ceux-là.
Allah l'ordonnait ainsi, parce que les adhérents du prophète étaient moins nombreux que les incrédules, et que le moment d'agir n'était pas encore venu. Lorsque, plus tard, Muhammad accomplit sa fuite à Médine, que les habitants de cette ville se rallièrent à lui et que le nombre des musulmans fut considérable, alors Allah lui ordonna de faire la guerre aux incrédules, de les attaquer par l'épée et de les tuer partout où il les rencontrerait. Il lui ordonna alors l'action violente, comme il lui avait ordonné à la Mecque la patience. Les incrédules étaient embarrassés devant l'attitude des musulmans: plus ils les attaquaient et les insultaient, plus ceux-ci leur opposaient de patience.

Les versets de la patience
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 79).

Ces paroles d'Abu Talib rassurèrent le prophète, qui continua de prêcher publiquement sa religion. Les incrédules n'osaient pas l'attaquer: seulement ils le raillaient, frappaient ses amis, qui ne pouvaient pratiquer les inclinations et les prières, sans recevoir sur leurs têtes des pierres et sans être maltraités. En outre, ils faisaient des pièces de vers satiriques eontre le prophète et contre ses amis. Cependant Muhammad accomplissait sa mission et récitait le Coran, sans que personne y répondit ou y crût.
A l'époque du pèlerinage, le prophète allait à Arafat98 et appelait à Allah les hommes des différentes contrées, qui, en retournant dans leur pays, y répandaient sa réputation. Alors il venait de tous côtés des Arabes pour voir quel était cet homme et ce qu'il disait; et ils devenaient croyants. De cette manière, le nombre des adhérents du prophète s'accrut des Arabes de la Mecque et de Batha, et des Arabes du désert99 . Les Quraysh incrédules les attaquaient, partout où ils les trouvaient réunis, par des railleries, des injures et en lançant sur eux des pierres, et ils les dispersaient. Il se passa ainsi un certain temps. Les adhérents du prophète qui avaient à souffir ces actes d'hostilité de la part des incrédules s'en plaignaient à lui; mais il leur recommandait la patience, parce qu'il n'avait pas encore reçu l'ordre d'agir. Chaque verset du Coran qu'il recevait lui ordonnait la patience. Allah lui rappelait les faits des prophètes antérieurs, comment ceux-ci avaient supporté de la part de leur peuple beaucoup de violences, qu'ils avaient endurées pour obtenir le rang de martyrs.
-Patiente, toi aussi, lui disait-il, afin d'acquérir ce rang, dont tu es le plus digne.
Dans un autre verset, Allah lui disait:
-Il y a eu avant toi des prophètes qui ont été accusés de mensonge par leur peuple, et qui ont été maltraités. Ils ont patienté jusqu'à ce que je leur eusse donné la force. Patiente aussi jusqu'à ce que je te fortifie plus que ceux-là.
Allah l'ordonnait ainsi, parce que les adhérents du prophète étaient moins nombreux que les incrédules, et que le moment d'agir n'était pas encore venu. Lorsque, plus tard, Muhammad accomplit sa fuite à Médine, que les habitants de cette ville se rallièrent à lui et que le nombre des musulmans fut considérable, alors Allah lui ordonna de faire la guerre aux incrédules, de les attaquer par l'épée et de les tuer partout où il les rencontrerait. Il lui ordonna alors l'action violente, comme il lui avait ordonné à la Mecque la patience. Les incrédules étaient embarrassés devant l'attitude des musulmans: plus ils les attaquaient et les insultaient, plus ceux-ci leur opposaient de patience. Enfin les musulmans leur abandonnaient la mosquée et se renfermaient dans leurs maisons pour faire la prière, ou se rendaient dans la montagne pour n'être pas vus des incrédules.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 85).
Les incrédules devinrent plus ardents contre le prophète et contre ses compagnons. Les croyants, ne pouvant plus endurer cet état fâcheux, dirent au prophète:
-Nous pourrions bien nous défendre d'eux, car nous avons des parents et des hommes; mais nous t'en demandons l'autorisation. Si tu as encore de la patience, quant à nous nous n'en avons plus. Autorise-nous à nous défendre; s'il faut combattre, nous combattrons.
Le prophète répliqua :
-Je ne peux rien vous dire par moi-même avant d'avoir reçu l'ordre d'Allah.
Pendant la nuit, le prophète pria, et Allah lui envoya ce verset:
Patiente comme ont patienté les hommes résolus d'entre les apôtres.100
Muhammad récita ce verset aux croyants et leur recommanda la patience.

(Mahomet, Coran 70/5).
Supporte avec douce patience!

2-Le premier acte de violence: la vengeance d’Hamza.
Cet oncle paternel de Muhammad est déjà un personnage bien connu à la Mecque pour son courage, son habilité et son goût excessif pour le vin101 : un personnage dans l'esprit de la jahiliyya. Il met ensuite son caractère emporté au service de Muhammad, dont il assure la protection, par solidarité tribale et par esprit d'aventure. C'est le martyr le plus célèbre de l'islam: sa mort à la bataille d'Ohod en fait un véritable héros guerrier pour toutes les générations102 . Le plus piquant est qu'il est pas véritablement musulman et ce n'est que par le martyre finalement qu'il s'islamise un petit peu, et pour de bon. S'il n'avait pas été aussi efficace sur le plan militaire, nul doute qu'il aurait grossi les rangs des "hypocrites"103.
En un mot un personnage héroïque, stupide mais sympathique, du genre qui est utile à toutes les causes, bonnes ou mauvaises, et qui y plonge totalement, sans réfléchir.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 87-8).
Hamza, ayant accompli les tournées autour du temple, alla voir Muhammad. En voyant le prophète blessé à la tête, il pleura et dit :
-Ô mon cher et excellent Muhammad, voilà ce qui t'est arrivé aujourd'hui sans que j'en eusse connaissance!
Le prophète répliqua :
-Mon oncle, ne t'occupe pas d'un homme qui n'a ni père, ni mère, ni oncle, ni autres parents. Hamza dit:
-Ô Muhammad, je t'ai procuré satisfaction d'Abu Jahl, en lui brisant la tête avec mon arc104.
- Cela n'est pas une satisfaction pour moi, dit Muhammad.
Hamza dit:
- Qu'y a-t-il qui puisse te satisfaire, pour que je l'accomplisse?
Muhammad répliqua:
- Que tu dises: Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah, et Muhammad est l'apôtre d'Allah, et que tu embrasses ma religion.
Hamza dit :
-C'est précisément dans cette intention que je suis venu.
Le prophète fut rempli de joie, se leva, embrassa Hamza sur la tête et lui dit :
-Ô mon oncle, tu me rends heureux.
Hamza prononça la profession de foi. Lorsque les Quraysh en eurent connaissance, ils furent découragés. Il n'y avait pas un seul des oncles et des cousins du prophète, des membres de la famille de Hashim et d'Aldul Muttalib, même de ceux qui n'étaient pas croyants, qui ne fût prêt à le soutenir, sauf Abu Lahab, dont le vrai nom était Abdul Uzza105, fils d'Abdul Muttalib.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 80).

Or, un jour, Sad ibn Abu Waqqas, s'étant rendu avec les adhérents du prophète sur le mont Hira, pour y prier, un homme d'entre les incrédules Quraysh vint sur la montagne et vit comment Sad accomplissait la prière. Lorsque celui-ci baissa la tête pour faire l'inclination, il saisit une pierre et la lança sur le dos de Sad, qui supporta en patience la douleur qu'il en ressentit. Sa'd accomplissant l'inclination une autre fois, cet homme prit une autre pierre et l'en frappa sur le dos avec plus de violence que la première fois. Sad. ayant fini le salut, saisit un os du cadavre d'un chameau qui se trouvait là, en frappa l'infidèle sur la tête et lui brisa le crâne. Cet homme, couvert du sang qui coulait de sa blessure sur tout son corps et sur son vêtement, rentra à la Mecque. Les incrédules le voyant dans cet état, se rassemblèrent. Sa'd appartenait à la tribu de Zohra et était un homme respectable et très considéré, ayant un grand nombre de parents; c'était l'homme le plus respectable parmi les Quraysh. Les incrédules, n'osant rien contre lui, dirent:
-Il faut nous en prendre à Muhammad; nous le tuerons pour nous en débarrasser.
Mais ils n'osèrent pas l'attaquer, à cause d'Abu Talib; car les Banu Haschim, très nombreux à la Mecque, obéissaient tous à Abu Talib Les incrédules de toutes les tribus se réunirent à la mosquée, et de là se rendirent chez Abu Talib. qui refusa de les recevoir. La dignité d'Abu Talib était telle qu'il avait un portier et que, selon son bon plaisir, il donnait audience aux gens ou refusait de les recevoir. Cette distinction, à la Mecque, n'appartenait qu'à lui. Les incrédules s'étant réunis de nouveau et étant venus à la porte d'Abu Talib celui-ci leur refusa encore audience. Enfin, le troisième jour, Abu Talib les reçut. Ils entrèrent, firent entendre des plaintes

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1170).
Ils en vinrent aux coups, Sad frappa un des polythéistes avec une mâchoire de chameau et lui ouvrit le crâne. Ce fut la première effusion de sang de l’islam.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 87).
Hamza ibn Abdul Muttalib, oncle de Muhammad, qui n'était pas encore croyant, était le plus fort et le plus brave de tous les Banu Hashim. Les Mecquois l'estimaient et le respectaient. Il aimait beaucoup la chasse, et, comme il savait tirer de l'arc, c'est avec cette arme qu'il allait habituellement chasser. Or ce jour, revenant de la chasse et passant par le mont Safa, il entendit les sanglots de la vieille femme; il s'arrêta, et lui demanda ce qui lui était arrivé. Elle lui répondit :
-Ô Hamza, il ne m'est rien arrivé, à moi; c'est à cause de ton neveu Muhammad ibn Abdallah, que je pleure. Abu Jahl l'a frappé et lui a fait une grave blessure à la tête.
Hamza entra dans une grande colère. Il se rendit dans la mosquée pour faire des tournées autour de la Ka’ba et retrer ensuite dans sa maison. Il rencontra dans la mosquée Abu Jahl en conversation avec plusieurs personnes. Il s'approcha de lui, l'injuria et le frappa avec la poignée de son arc sur la tête, au point de faire jaillir le sang. Les Banu Makhzum106 s'élancèrent pour frapper Hamza. Abu Jahl leur dit:
-Ne le faites pas; car si vous lui faites quelque mal aujourd'hui, le dépit lui fera embrasser la religion de Muhammad; le parti des Quraysh en serait affaibli, et celui de Muhammad, fortifié.

Agression de Tulayb contre Abu Jahl.
(Ibn Sa'd, Tabaqat 8/30).

Abu Jahl et un certain nombre d'incroyants des Quraysh avait abordé le prophète et l'avait insulté, alors Tulayb ibn Umayr est allé voir Abu Jalh et lui a donné un coup qui lui a atteint la tête. Ils l'ont saisi et enchaîné. Ensuite Abu Lahab l'a libéré.



4- Les réactions des Quraysh.

Les Quraysh sont décrits comme les membres d'une aristocratie oisive et marchande peu portée sur les choses militaires, et adoptant des attitudes syncrétiques en matière de religion. Leur mentalité et leur attitude est particulièrement visible dans les sources musulmanes, y compris le Coran107 . C’est l’attaque contre l’ensemble du système religieux qui les pousse à réagir: en effet, celui-ci structure la société, fournit des bienfaits matériels et assure le lien entre les générations et la confiance dans les dieux. Mais ils n'ont pas fait l'objet de recherches et alors que leurs arguments méritent d'être étudiés108 et qu'on s'y attarde.

Les Quraysh font preuve d’une grande variété d’expression: insultes grossières, malédiction, ironie, dédain, plaisanterie. Dans le milieu tribal, la violence s'exprime d'abord par la parole, pour éviter que le sang ne coule109. Cela donne l'occasion de lire de savoureux discours.
La réaction de Muhammad face à la moquerie est sans appel: ceux qui seront capturés au cours des combats auront la tête tranchée110 .

On remarquera enfin que les femmes sont au premier rang de la réaction, comme si elles pressentaient un danger.


1-La réussite d'un Mecquois: Walid ibn al Moghira.
Un notable mecquois apprait en filigrane dans un certain nombre d'agressions verbales. On peut à partir de cette matière dresser un semblant de portrait du personnage: le prototype du Mecquois qui a réussi sa vie, qui est riche, estimé, et entouré par ses fils: en tous points l'opposé du prédicateur.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 171).
... un certain nombre de Quraysh vint voir al Walid111 ibn al Moghira112 , qui était un homme important, et il il s’adressa à eux en ces termes:
Le temps de la fête est revenu113 , et des représentants des Arabes vont venir et ils ont entendu parler de l’un d’entre vous, donc il faut s’accorder à ce sujet sans dispute pour que personne ne puisse mentir à l’autre. Ils répondirent:
-Dis nous ton opinion à son sujet.
Ils dirent:
-non, dites-moi votre opinion et je vous écouterai.
Ils dirent:
-C’est un devin.
Il dit:
-Par Allah, il n’est pas ça, parce qu’il n’a pas le murmure stupide et le discours rythmé du devin.
-Alors il est possédé, dirent-ils.
-Non, il n’est pas cela, dit-il, nous en avons vu, et il n’en a pas les mouvements saccadés, les spasmes et les soupirs.
-Alors il est poête, dirent-ils.
-Non, il n’est pas poête, puisque nous connaissons la poésie sous toutes ses formes et les vers.
-Alors il est sorcier.
-Non, nous avons vu les sorciers et la sorcellerie et il n’y a pas de crachats et de noeuds.

(Mahomet, Coran 70/1-21).
Un questionneur a réclamé un tourment échéant aux infidèles, que nul ne peut repousser et qui vient d'Allah, Maître des Degrés.
(...)114 Supporte avec douce patience!
Les infidèles pensent ce tourment éloigné alors que Nous le pensons proche, en ce jour où le ciel sera comme airain fondu, où les monts seront comme flocons de laine, où nul ami fervent n'interrogera un ami fervent en vue de qui il sera mis, - où le coupable aimerait à se racheter du tourment de ce jour-là, en livrant ses fils, sa compagne, son frère, son clan qui lui donne asile, et tous ceux qui sont sur la terre pour qu'enfin cela le sauvât.
Prenez garde!
L'enfer est un brasier arrachant les membres, qui appellera celui qui aura reculé, tourné le dos, amassé et thésaurisé.
En vérité, l'homme a été créé versatile, timide, quand le bonheur le touche, violent, quand le bonheur le touche!

Walid ibn Moghira, le précurseur de Muhammad.
(Ibn Rusteh 191).
Walid ibn Moghira fut le premier à enlever ses sandales pour être dans la Qa'ba, avant l'islam, et la coutume fut suivie par tout le monde sous l'islam.
Il fut le premier à introduire la prestation de serment au temps du paganisme, et l'envoyé d'Allah la prescrivit à tous sous l'islam.
Ce fut Walid encore qui, le premier, avant l'islam, s'interdit l'usage du vin. Ce fut lui qui, le premier, institua la peine de l'amputation pour le vol, au temps du paganisme, et l'envoyé d'Allah prescrivit la même peine sous l'islam.

La réponse par une révélation coranique115.
(Mahomet, Coran 74/11-25).
Laisse moi seul avec celui que j'ai créé,
à qui j'ai donné une vaste fortune,
des fils présents pour le soutenir,
à qui j'ai tout rendu aisé
et qui pourtant convoite que je lui donne encore
Qu’il prenne garde!
En vérité, il a été hostile à nos signes!
Je lui ferai gravir une pente!
Il a réfléchi et décidé!
Qu’il périsse comme il a décidé!
Oui, qu’il périsse comme il a décidé!
Oui, il a examiné, puis s’est renfrogné et rembruni, puis a tourné le dos à la foi et s’est montré superbe.
Et il a dit: cela n’est que magie apprise!
Cela n’est que parole de mortels.
Je l’exposerai au feu Saqar.
Elle n’épargne ni ne laisse rien.

2-Changement d'attitude.

Les Mecquois, et en première ligne les Quraysh, commencent à manifester un agacement certain face à l'agitateur. Mais leurs méthodes répressives restent très modérées.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 166-8).
Quand l’apôtre prêcha l’islam comme Allah lui avait ordonné, son peuple ne l’abandonna pas et ne tourna pas comme lui, autant que je sais, jusqu’à ce qu’il parle en dénigrant leurs dieux. Quand il le fit, ils en furent blessés et résolurent unanimement de le traiter comme un ennemi, sauf ceux qu’Allah a protégé d’un tel mal, par l’islam, mais ils étaient une minorité méprisée.
(...)
L’apôtre d’Allah continua sur la même voie, appelant publiquement les hommes à la religion d’Allah. En conséquence, ses relations avec les Quraysh se détériorèrent et les hommes s’écartèrent de lui avec animosité. Ils parlaient toujours de lui et se montaient les uns les autres contre lui.

L'embarras.
(Mahomet, Coran 40/29).
Toutefois, un homme, un croyant de la famille de Pharaon qui célait sa foi, s'écria:
-Tuerez-vous un homme parce qu'il dit "Mon seigneur est Allah"?
S'il est un imposteur, que sur lui retombe son imposture.
est véridique, vous serez atteints par une patie de ce qu'il vous menace.
Allah ne dirige point celui qui est impie et imposteur.

La surprise.
(Tabari, Tafsir 21,78).
Les associateurs116 des Quraysh furent surpris qu'un avertisseur viennent les avertir (...) parmi eux, et non un ange du ciel. Ceux qui déniaient l'unité d'Allah (...) dsaient que Muhammad était un devin menteur...
Muhammad a transfrmé les êtres que nous adorons117 en un seul! qui entend toutes nos prières ensemble et qui connait la dévotion de chaque adorateur qui le vénère parmi nous!

(Bukhari, Hadith 8/465).
Mon père Abu Bakr avait eu l'idée de faire une mosquée dans la cour de sa maison, et il l'a fait. Il priait et récitait le Coran devant. Les femmes païennes et leurs enfants se mettaient autour de lui et le regardaitent avec surprise. Abu Bakr était quelqu'un de sensible et il ne pouvait pas s'empêcher de pleurer en récitant le Coran.
Les chefs des Quraysh païens s'inquiétaient de cela.

3-Les défis.
Les Quraysh prennent Muhammad au mot, et lui demandent d'accomplir des miracles, sur le modèle chrétien. Celui-ci refuse d'entrer dans leur jeu, et poursuit les imprécations.

Mise au défi.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 188).
-Donc, Muhammad, dirent-ils, si tu n’acceptes aucun de nos propositions, tu sais qu’il n’y a pas de peuple plus en manque de terre et d’eau et qui vit une vie plus dure que la nôtre, alors demande à ton seigneur, qui t’a envoyé, pour déplacer ces montagnes qui nous bloquent, d’améliorer notre terre, d’ouvrir des rivières comme celles de Syrie et d’Irak, de faire revivre nos ancêtres, de faire qu’il y ait parmi eux Qussayy118 ibn Kilab, qui fut un vrai chef, pour que nous puissions lui demander ce qui est vrai ou faux.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 198-199119).
Et ils dirent:
-Nous ne croirons pas en toi avant que des fontaines sortent du sol pour nous, ou que tu fasses un jardin de dattes et de raisins et que tu fasse des rivières qui coulent abondamment, ou que tu fasses que les cieux tombent en morceaux comme tu le prétends, ou apporte Allah et les anges comme une preuve, ou apporte une maison en or ou monte au ciel; à moins de cela, nous ne croirons pas à ton ascension avant que tu ne nous donnes un livre que nous puissions lire.

La réponse coranique.
(Mahomet, Coran 17/47-53).

Quand tu récites la prédication, entre toi et ceux qui ne croient point en la vie dernière, nous plaçons un voile120 tendu et plaçons, sur leurs coeurs, des enveloppes, et une fissure, dam leurs oreilles, afin qu'ils ne comprennent point.
Quand tu invoques ton seigneur, l'unique, dans la prédication. ils tournent le dos par répulsion.
Nous savons très bien ce qu'ils écoutent, quand ils tendent l'oreille vers toi ou qu'ils sont en conciliabule et que les injustes disent: Vous ne suivez qu'un homme ensorcelé!
Considère comment ils te proposent des exemples, s'égarent et ne peuvent retrouver le chemin.
Ils ont dit:
Quand nous serons ossements et poussière121 , serons-nous rappelés en une nouvelle création ?
Réponds: Soyez pierre ou fer ou tout objet qui s'impose à votre esprit, vous serez ranimés
Ils diront: Qui nous fera revenir ?
Réponds: Celui qui vous créa une première fois.
Ils secoueront alors la tête vers toi disant : Quand cela ?
Réponds: Peut-être est-ce proche.


4-Menaces.
Les paroles des Quraysh se situent dans la tradition d'indépendance d'esprit des Arabes anciens122. Plutôt que d'agir, ils disent ce qu'ils font ou voudraient faire, dans un processus cathartique. Muhammad est encore protégé par son clan et son oncle.

Menaces d’Abu Jahl
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 74).

Abu Jahl, ibn Hischam, parla ainsi :
-Si j'apprends que quelqu'un ait cru en lui, j'écraserai sa tête comme celle d'un serpent; et si je vois Muhammad venir à la mosquée et adorer un autre objet que Hobal, je lui lancerai à la tête une pierre et ferai jaillir son cerveau123; et Abu Talib perdra le commandement, quand j'aurai frappé son neveu.
Abu Talib était le chef des descendants de Hashim: le chef des Banu Makhzum était Abu Jahl ibn Hischam qui portait le surnom d'Abul Hikam. C'est le prophète qui l'avait appelé Abu Jahl.

Menaces d’Abu Jahl sur les partisans de Muhammad.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 206-7).
C’est ce mauvais homme d’Abu Jahl qui excitait les Mecquois contre eux. Quand il apprenait que quelqu’un était devenu musulman, si c’était quelqu’un d’important et qu’il avait des relations pour le défendre, il le réprimandait et l’accablait de reproches, en disant:
-Tu as abandonné la religion de ton père qui était meilleur que toi. Nous allons faire un blocus autour de toi, te présenter comme un fou et briser ta réputation. Si c’était un marchand, il disait, nous allons boycotter tes marchandises et te réduire à la mendicité. Si c’était quelqu’un de peu d’importance, il le battait et poussait les gens contre lui.

Menaces d’Abu Jahl.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 190).
J’appelle Allah à être témoin que je vais l’attendre jusqu’à demain avec un pierre que je peux à peine porter, et je me mettrai face à lui et quand il s’agenouillera pour la prière, je lui écraserai la tête avec.


5-Moqueries.
La réponse la plus efficace est certes encore la moquerie contre le chef de la secte, qui d'ailleurs le sait, et prend au sérieux toute attaque contre sa personne, et surtout contre sa fonction. Les attaques portent sur les discours, particulièrement pris en défaut.

Moquerie sur le nom de Muhammad.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 234).
Les Quraysh appelaient l’apôtre Mudhammam124 pour le dénigrer. Il disait alors:
-N’êtes-vous pas surpris des injures des Quraysh, qu’Allah a détournées de moi? Ils maudissent et se moquent de Mudhammam alors que je suis Muhammad125.

(Bukhari, Hadith 56/ 733).

L’apôtre d’Allah a dit: ne vous étonnez-pas si Allah me protège des insultes et des malédictions des Quraysh. Ils insultent Mudhamman et maudissent Mudhammam alors que je suis Muhammad.

Moqueries d’al Nadir ibn al Harith.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 191).
Al Nadir était un des satans des Quraysh. Il avait coutume d’insulter le prophète et de montrer son hostilité. Il était allé à al Hira126 et avait appris là-bas les contes des rois de Perse, les contes de Rustum et Isbandiyar. Alors que l’apôtre tenait une réunion dans laquelle il tenter de leur rappeler Allah, et menaçait les gens de ce qui était arrivé autrefois par les générations précédentes comme vengeance d’Allah, al Nadir se leva quand il s’assit et dit: je peux être un meilleur raconteur d’histoires que toi, viens me voir.
Alors il se mit à parler des contes des rois de Perse, Rustum et Isbandiyar, puis il dit:
-Alors, Muhammad est-il un meilleur raconteur d’histoires que moi?

Moqueries contre le Coran.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 201).
L’un d’entre eux dit:
-N’écoutez pas ce Coran, traitez le comme une absurdité et ainsi vous le verrez comme il vaut mieux, c’est-à-dire absurde et faux...

Moqueries des Quraysh.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 204).
Quand l’apôtre leur récitait le Coran et les appelait à Allah, ils disaient en ca moquant: nos coeurs sont voilés, nous ne comprenons pas ce que tu dis. Il y a quelque chose dans nos oreilles qui fait que nous n’entendons rien de ce que tu dis, et un rideau nous sépare de toi, alors suis ton propre chemin et nous suivrons le nôtre, nous ne comprenons rien à ce que tu dis.

Le malentendu sur "Le Miséricordieux".
(Ibn Durayd 37).127

Quand le prophète prononça le nom d’ar Rahman, les Quraysh demandèrent:
-Savez vous qui est ar Rahman que Muhammad nomme? C’est un devin de la Yamana128 !

Allah ou Rahman.129
(Mahomet, Coran 17/110).

Dis: Priez Allah ou priez Rahman!
Quel que soit celui que vous priez, il possède les noms les plus beaux!

Moqueries d’Abu Jahl.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 201-2).
Abu Jahl, comme il se moquait de l’apôtre et de son message, un jour, dit:
-Muhammad prétend que les troupes d’Allah qui vont nous punir dans l’enfer et nous enfermer là sont seulement dix-neuf, alors que vous êtes une population nombreuse. Se peut-il que chaque centaine d’entre vous soit l’égale d’un seul de ceux-là! (...)
Puis comme l’apôtre récitait le Coran à voix haute, ils commenèrent à se disperser et refusèrent de l’entendre.

La réponse coranique.
(Mahomet, Coran 74/31).
Qu’est-ce qui t’apprendrace qu’est la Saqar?
Elle n’épargne ni ne laisse rien.
Elle est dévorante pour les mortels.
Sur elle veillent dix-neuf archanges130 .
Nous n'avons pris comme gardiens du feu que des archanges.
Nous avons pris ce nombre seulement pour éprouver ceux qui sont incrédules, pour que soient convaincus ceux qui ont reçu l'écriture, pour que grandisse la toi de ceux ont cru, pour que ne doutent ni ceux qui ont reçu l’écriture, ni les croyant, pour que ceux dont le cœur est troublé et les infidèles disent: Qu'a voulu signifier Allah par ceci, en parabole ?
Ainsi Allah égare qui il veut et guide qui il veut !
Nul ne connait les armées de ton seigneur, sauf lui.
Ce n'est qu'une édification pour les mortels.
Prenez garde !
Par la lune !
Par la nuit quand elle recule!
Par l'aube quand elle point!
La Saqar est un des plus grands tourments131 donné en avertissement aux mortels, à ceux, parmi vous, qui veulent s'avancer vers la foi ou reculer devant elle.

Moqueries des Quraysh sur l’au-delà.
(Mahomet, Coran 27/69-70).
Ceux qui sont infidèles ont dit: quand nous serons poussière, comme nos pères132, serons-nous en vérité expulsés de nos sépulcres?
Certes, nous avons reçu promesse de cela, nous et nos pères, aupravant!
Ce ne sont qu’histoires des anciens.

Moqueries d’Umm Jamil, femme d’Abu Jahl.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 233).
Nous rejettons le dépravé.
Nous repoussons ses discours.
Nous haïssons et abhorrons sa religion!




4-Les accusations: un portrait alternatif.

Les Quraysh restent surpris et désemparés face à un nouveau type d’agitateur; la faible présence de juifs et de chrétiens dans la ville ne les a pas habituer à la notion de prophétie et d’apostolat. Ils interprêtent donc le message et l’action de Muhammad à l’aide des catégories habituelles, visant aussi à la dénigrer de cette façon, en dénaturant le rôle qu’il se donne. Le Coran permet de présenter avec précision toute la gamme des interprétations données par les gens de la Mecque. C'est une façon de donner la parole à un groupe jamais entendu, passé sous silence et dénigré.

1-Le dossier d'accusation.
Les auteurs musulmans n'hésitent à faire le catalogue de tous les reproches faits à Muhammad, sans penser que les faits rapportés puissent avoir une quelconque réalité. Pourtant ce sont ces discours, si l'on y réfléchit, qui sont ceux de la majorité des Mecquois, l'expression de la norme sociale.
C'est par son Coran que Muhammad réplique.


(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1185).
Quand les Quraysh virent qu’ils n’avaient aucun moyen de l’attaquer physiquement, ils l’ont accusé de sorcellerie, de divination, de folie, et de pratiquer la poésie. Ils commencèrent à écarter de lui ceux dont ils craignaient qu’ils l’écoutent et qu’ils le suivent.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois VI 1185).
Il a dénigré nos valeurs traditionnelles, dénoncé nos ancêtres, abaissé notre religion, créé la division parmi nous, et insulté nos dieux.”

Un poète, fou et devin
(Mahomet, Coran 52/29-30).
Edifie donc car tu n’es, par la grâce de ton seigneur, ni un devin, ni un possédé! Diront-ils: Poète! Nous l’attendons lors de l’incertitude du trépas!

(Mahomet, Coran 69/40-43).
En vérité, c’est là, certes, la parole d’un apôtre bienfaisant!
Ce n’est pas la parole d’un poète!(Comme vous êtes de peu de foi!),
ni la parole d’un devin! (comme vous êtes de courte mémoire!).
C’est une révélation du seigneur des mondes!

2-Un imposteur.
Il est d'abord accusé de ne pas être sincère dans sa prédication: les faux prophètes ont été légions en Orient, usant de leur apostolat pour acquérir du bien et du pouvoir. Il est bien entendu impossible de juger d'emblée sur ce point, qui a été sujet de polémique très tôt. Les chrétiens notamment ont repéré que le personnage et son expression était un maillon faible de la doctrine musulmane: c'est un moyen aussi de remettre en cause la révélation elle-même.
Les témoignages sont nombreux sur la question de l'escroqueire spirituelle: les Quraysh devaient avoir des preuves, et des éléments de comparaison avec d'autres prédicateurs, juifs ou chrétiens.

(Bukhari, Hadith 56/ 814 133 )

Un chrétien s'était converti à l'islam, il lisait la sourate al Baqara et al Imran134 et il écrivait (les révélations) pour le prophète. Plus tard, il est revenu au christianisme et a dit :
- Muhammad ne sait rien d'autre que ce que j'ai écrit pour lui.
Ensuite, Allah l'a fait mourir et les gens l'ont enterré. Mais le matin, ils virent que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
-C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent à nouveau profondément pour lui, mais le matin, ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Ils dirent :
- C'est l'oeuvre de Muhammad et de ses compagnons. Ils ont creusé dans la tombe de notre compagnon et l'ont exhumé parce qu'il les avait quittés.
Ils creusèrent dans la tombe le plus profondément possible pour lui mais le matin, ils virent à nouveau que la terre avait rejeté son corps. Alors, ils pensèrent que ce qu'il lui était arrivé n'avait pas été causé par des êtres humains et ils durent le laisser sur le sol135

Un falsificateur.
(Mahomet, Coran 67/8-9).
... Un avertisseur136 n’est-il pas venu à vous?
Oui, répondent-ils, un avertisseur est venu à nous, mais nous avons crié au mensonge et avons dit: Allah n’a fait descendre aboslument rien.
Toi et tes adeptes êtes dans un grand égarement.

(Mahomet, Coran 10/42).
Cette prédication ne saurait être forgée en dehors d'Allah, mais elle est venue pour marquer la véracité des messages antérieurs et pour exposer137 l'Ecriture venue, sans nul doute, du seigneur des mondes.
Diront-ils :
-Cet homme l'a forgée!
Réponds-leur: Apportez une sourate semblable et priez pour cela qui vous pourrez, en dehors d'Allah, si vous êtes véridiques!
Loin de croire, ils ont traité de mensonge ce dont ils n'embrassent point la connaissance et dont l'explication ne leur est pas encore venue.
De même ont crié au mensonge ceux qui furent avant eux.
Or, considère quelle fut la fin des injustes!
Parmi eux, il en est qui croient en cette prédication, tandis que, parmi eux, il en est qui n'y croient point.
Ton seigneur connaît bien les semeurs de scandale.
S’ils te traitent d’imposteur138 , dis-leur: à moi mes actes et vous les vôtres.
Vous êtes irresponsables de ce que je fais et je suis iresponsable de ce que vous faites.

( Mahomet, Coran 35/4 et 23).
Si les impies vivants t’ont traité d’imposteur, d’autres apôtres, avant toi, ont été traités aussi d’imposteurs.
A Allah sont ramenées toutes choses. (...)
Si les présents infidèles te traitent d’imposteur, de même crièrent au mensonge ceux qui furent avant eux, quand leurs apôtres vinrent à eux avec les preuves, avec les écritures et avec l’écriture lumineuse.

( Mahomet, Coran 83/10-12).
Malheur, ce jour-là, à ceux qui auront crié au mensonge et traité de mensonge le jour du jugement!
Seul le taxe de mensonge un adversaire plein de péchés, qui, lorsqu’on lui communique nos aya, s’écrie: ce sont histoires des anciens!

(Mahomet, Coran 16/103).
Quand nous substituons une aya139 à une aya -Allah sait très bien ce qu’il fait descendre-, les infidèles disent: tu n’es qu’un faussaire!
Mais la plupart ne savent point.

(Mahomet, Coran 30/58).
Nous avons certes proposé aux hommes, dans cette prédication, toutes sortes d’exemples, et quand tu viens certes avec un signe, à ceux qui sont incrédules, ils s’écrient:
-Toi et les tiens, vous n’êtes que des tenants du faux!

(Mahomet, Coran 7/202).
Quand tu viens à eux avec un signe, ils s’écrient: ne l’aurais-tu point inventée?
Réponds-leur: je suis seulement ce qui m’est révélé, de mon seigneur.

Un copieur 140
(Mahomet, Coran 25/6).
Ils ont dit: ce sont histoires de nos aïeux qu’il s’est écrites et qui lui sont dictés matin et soir.

(Mahomet, Coran 27/70).
Certes, nous avons reçu promesse de cela, nous et nos pères, auparavant! Ce ne sont qu’histoires des anciens!

(Mahomet, Coran16/26 et 105).
Et quand on leur demande: qu’a fait votre seigneur. Ils répondent: des histoires des anciens141 ! (...)
Certes nous savons que les infidèles disent:
-Cet homme a seulement pour maître un mortel142! Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare143, alors que cette prédication est en claire langue arabe144 .

(ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 260).

Selon mes informations, l’apôtre allait souvent d’asseoir à al Marwa là où vivait un jeune chrétien appelé Jabr145, esclave des Banu al Hadrami, et les gens disaient:
-Celui qui enseigne à Muhammad ce qu’il apporte, c’est Jabr le chrétien, esclave des Banu al Hadram.

3-Un sorcier.
Autre type d'argumentation, qui replace Muhammad dans le contexte païen, et qui lui enlève le bénéfice de la révélation, en lui conservant celui de la prophétie et de la magie. Les Quraysh sont incrédules, et intègrent le personnage dans leurs schémas habituels de pensée, et cela constitue pour eux un mortel danger.

Un sorcier146 et magicien. 147
(Mahomet, Coran 46/6-8).
Quand nos signes, en matière de preuves, leur sont communiquées, les infidèles disent de la vérité, quand elle est venue à eux:
-C’est une sorcellerie évidente.
Disent-ils:
-Il l’a forgée148 !
Réponds-leur:
-Si je l’ai forgée, vous ne possédez rien pour moi contre le châtiment que cela me vaudra d’Allah.

(Mahomet, Coran 38/3).
Les infidèles s’étonnent qu’à eux soit venu un avertisseur issu d’eux et ils disent: c’est un sorcier, un imposteur!

(Mahomet, Coran 11/10).
Certes, si tu dis aux incrédules: vous serez rappelés après la mort.
Ils répondent: ceci n’est que sorcellerie évidente!

(Mahomet, Coran54/1-4).
L’heure approche.
La lune se fend.
S’ils voient un signe, ils s’écartent disant: magie continuelle!
Ils crient au mensonge, suivent leurs caprices.
Or tout décret est immuable.

(Mahomet, Coran 43/29).
Et quand la vérité est venue à eux, il sont dit: ceci est magie et nous n’y ajoutons pas foi.

(Mahomet, Coran 21/3).
Ceux qui ont été injustes ont dit en secret: qu’est celui-ci sinon un mortel comme vous?
Eh quoi! vous abondonnerez-vous à la sorcellerie alors que vous êtes clairvoyants?

(Mahomet, Coran10/2).
Avertis les hommes et annonce à ceux qui croient qu’ils auront auprès de leur seigneur, le mérite antérieur de la croyance149 .
Les infidèles ont dit: en vérité, cet homme est certes un magicien avéré.

3-Un malade mental.
Il est dément, dans le sens où un sort a été jeté sur lui. Comme l'accusation est vexante, le Coran ne développe pas trop le thème. La démence n'est pas un défaut en soi, dans un système archaïque de pensée, c'est même plutôt un avantage, qui dans ce cas, l'avantage réintègre Muhammad dans la religion traditionnelle.

(Mahomet, Coran 25/9).
Et les injustes d’ajouter: vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.

(Mahomet, Coran 17/50).
Nous savons très bien ce qu’ils écoutent quand ils tendent l’oreille vers toi ou qu’ils sont en conciliabule et que les injustes disent: vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.


5- Les brimades.

Il est difficile de parler de véritable persécution 150, sur le modèle du christianisme primitif151 . Il eut été facile pour les Mecquois de faire disparaitre la secte naissante, s’ils avaient constitué un Etat puissant. Les textes emploient plus les expressions de “séductions” pour décrire les pressions sur les nouveaux convertis. Les Quraysh, respectueux de l’ordre social, prennent garde à bien respecter les règles sociales et tribales: Muhammad est protégé, ses disciples riches sont épargnés et les mauvais traitements tombent sur les plus faibles. Du fait de la protextion d’Abu Talib, ils se limitent à des protestations verbales et des gestes d’humiliation symbolique152 . Il est remarquable qu'au bout de dix ans d'agitation, aucun musulman n'ait été tué par les Mecquois153 . Dans les dix années suivantes, ce sont des milliers de personnages qui perdent la vie.

1-La faiblesse des persécutions.
Toutes les source ssont en accord sur ce point. Il eut été facile, pourtant, de présenter Muhammad en martyr, mais cela aurait été pris comme une posture chrétienne, et aurait mis en cause la grâce divine du personnage.

(Bukhari, Hadith 57/ 27154 ).

J’ai demandé à Abdullah ibn Amir:
-Quelle a été la pire chose que les païens ont faite à l’envoyé d’Allah?
Il dit:
-J’ai vu Uqba155 ibn Abi Muhit venir quand le prophète était en train de prier. Uqba a mis son manteau autour du cou du prophète et a serré très fort. Abu Bakr est venu et il a tiré Uqba et a dit:
-Veux-tu seulement tuer un homme parce qu’il dit seulement:
-Mon seigneur est Allah et il m’a été apporté des signes évidents de mon seigneur ?

(Bukhari, Hadith 56/ 814156).
(...)
Le messager d'Allah disait:
-Les Quraysh ne m'ont jamais fait rien de désagréable avant la mort d'Abu Talib.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 207).
... des hommes des Banu Makhzum était venus chez Hisham ibn al Walid parce que son frère al Walid était devenu musulman. Ils furent d’accord pour s’emparer de jeunes hommes devenus musulmans, parmi lesquels Salma (...) et Ayyash (...). Ils s’inquiétaient de son tempérament violent et donc ils lui dirent; nous voulons gronder ces hommes à cause de leur religion qu’ils ont récemment introduite; (...) D’accord, répondit-il, grondez le, mais faites attention à ne pas le tuer.

2-Les agressions contre les companons.
Le martyrologue va donc concerner les compagnons de Muhammad, et les plus humbles, pour épargner les séides principaux, ceux qui joueront plus tard un rôle politique, et qu'il faut éviter de souiller, au propre et au figuré. Il est remarquable que le martyr le plus représenté est Bilal, l'Africain, que le public musulman croit voir souffrir, sans que cela pose problème. Des femmes sont aussi présentées ainsi: on ne souhaite vraiment pas concevoir un homme musulman martyr de persécutions. Le modèle du musulman est viril, c'est le martyr au combat.

(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 86).
Ces paroles d'Abu Talib rassurèrent le prophète, qui continua de prêcher publiquement sa religion. Les incrédules n'osaient pas l'attaquer: seulement ils le raillaient, frappaient ses amis, qui ne pouvaient pratiquer les inclinations et les prières, sans recevoir sur leurs têtes des pierres et sans être maltraités. En outre, ils faisaient des pièces de vers satiriques contre le prophète et contre ses amis. Cependant Muhammad accomplissait sa mission et récitait le Mahomet, Coran, sans que personne y répondît ou y crût. (...) Les Quraysh incrédules les attaquaient, partout où ils les trouvaient réunis, par des railleries, des injures et en lançant sur eux des pierres, et ils les dispersaient. Il se passa ainsi un certain temps. Les adhérents du prophète qui avaient à souffrir ces actes d'hostilité de la part des incrédules s'en plaignaient à lui; mais il leur recommandait la patience, parce qu'il n'avait pas encore reçu l'ordre d'agir.

Agression contre Abu Bakr.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 184).
Quelqu’un de la famille d’Umm Kulthum, la fille d’Abu Bakr me dit qu’elle avait dit:
-Abu Bakr revint un jour avec sa barbe tordue. C’était un homme très barbu et ils lui avaient tiré dessus.

L’agression d’Oqba.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 87).
Un jour, pendant que le prophète accomplissait la prière, Oqba ibn Abu Moayth, lui jeta au cou une corde, le traîna hors de la mosquée et lui serra la gorge de sorte qu'il faillit mourir. Abu Bakr arriva et le dégagea d'entre les mains des infidèles.

L’agression d’Abu Jahl.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 87).
Un autre jour, le prophète se trouvant sur le mont Shafa, Abu Jahl ibn Hischam, s'approcha de lui, l'accabla d'injures, lança contie lui une pierre et lui fit une blessure à la tête. Le sang coula sur la figure du prophète; mais il ne dit rien, se leva et retourna dans sa maison. Une vieille femme, affranchie d’Aldallah ibn Jodhan, qui demeurait sur cette colline, fut témoin de ce fait; elle fut saisie de pitié et se mit à pleurer et à sangloter.

L’agression contre Abdallah.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 88).
De tous les adhérents du prophète, le plus faible était Abdallah ibn Masud. C'est lui qui mettait par écrit toutes les parties du Coran qui étaient révélées au prophète, et qui les apprenait par coeur. Un jour, le prophète dit :
-Qui d'entre vous veut se sacrifier à Allah, en se rendant à la mosquée pour réciter à haute voix un chapitre du Coran?
- C'est moi qui m'y rendrai, dit Abdallah ibn Masud.
Mais comme il n'était pas un personnage marquant, n'ayant pas une nombreuse parenté, le prophète dit:
- Il faut quelqu'un qui ait une nombreuse parenté, pour être soutenu s'il lui arrivait un accident. Abdallah dit:
- Allah me protégera.
Abdallah se rendit à la mosquée157, et à un moment où un grand nombre de personnes y étaient réunies, il se plaça près du Maqam Ibrahim, en face de la Ka'ba, et commença à réciter la sourate Er Rahman.
-Qu'est-ce qu'il récite? dirent les Quraysh entre eux.
-C'est quelque chose des paroles de Muhammad.
Ils s'élancèrent sur lui, l'entourèrent et le frappèrent à coups de pierres, pendant qu'il continuait à réciter la sourate jusqu'à la fin. Couvert de sang, il retourna auprès de Muhammad, qui lui dit :
-Voilà ce que je redoutais.

Mauvais traitement contre une esclave musulmane.
(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 206).
Omar ibn Khattab la punissait pour lui faire abandonner l’islam. A cette époque, il était polythéiste. Il la frappait jusqu’à ce qu’il se fatigua et dit:
-J’arrête seulement parce que je suis fatigué.
Elle lui répondit:
-Puisse Allah te traiter de la même façon.
Abu Bakr l’acheta et la libéra.

Mauvais traitements contre Bilal.
Esclave d'origine éthiopienne, sans doute chrétien, il est racheté par Abu bakr, qui l'affranchit au moment de sa conversion. Il est ensuite le serviteur personnel de Muhammad et le muezzin officiel à Médine. Du fait de ses origines, il n'obitendra jamais aucun poste de responsabilité, malgré son intimité avec Muhammad.

(Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 205).
Ummaya (...) le faisait sortir au plus chaud de la journée dans la vallée avec une grosse pierre sur la poitrine et ensuite il lui disait:
-Tu resteras ici jusqu’à ce que tu meurs ou dénonce Muhammad et honore Allât et al Uzza. Celui-ci disait en endurant:
-Un seul! un seul!158

(Mahomet, Coran 16/108-9).
Celui qui renie Allah après avoir eu foi en lui - excepté celui qui a subi la contrainte et dont le coeur reste paisible en sa foi- ceux dont la poitrine s'est ouverte à l'impiété, sur ceux-là tomberont le courroux d'Allah et un tourment terrible.
C'est là le prix de ce qu'ils ont plus aimé la vie immédiate que la vie dernière et de ce qu'Allah ne saurait conduire le peuple des infidèles.

L'émeute contre Unays.
(Muslim Hadith 31/6046).
Les gens de la vallée m'ont attaqué en me lançant des mottes de terre, et en me frappant avec leurs arcs et je suis tombé inconscient. Je me suis redressé après cela, et j'ai vu que j'étais comme une idole rouge159. Je suis allé à Zamzam, je me suis lavé de tout mon sang, et je suis resté, je vous assure, trente jours et nuits sans nourriture sinon l'eau de Zamzam. Je suis pourtant devenu énorme et mon ventre faisait des plis, et je ne ressentais aucune faim160.

3-Les brimades contre Muhammad.

Ce sont des passages à l'acte, de mauvaises farces, et des traitements humiliants. Mais Muhammad ne subit pas de coups: les agressions sont supeficielles, et visent à lui ôter son état de pureté rituelle.

Jet de boue.
(Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 96).
Celui-ci fut en butte aux violences des Quraysh, qui lui lançaient des pierres et lui jetaient de la boue sur la tête. Un jour qu'il faisait sa prière dans la mosquée, au moment où il se prosterna la face contre terre, les infidèles, ayant apporté une grande quantité de boue, la lui versèrent sur la tête. Muhammad avait des cheveux qui lui allaient jusqu'aux épaules; ses cheveux, sa tête et ses joues furent entièrement couverts de boue. Il se leva et s'en alla dans sa maison. Une de ses filles, en lui nettoyant la tête, pleura. Le prophète lui dit :
-Ô ma fille, ne pleure pas, invoque Allah et aie patience. Ces choses arrivent quand on perd ses parents et ses oncles. Du vivant de mon oncle Abu Talib, personne n'a osé faire cela.

Jet d’intestins de chamelle.
(Bukhari, Hadith, 9/109).
Abdallah a dit: Pendant que l'envoyé d'Allah debout faisait la prière dans la Ka’ba et que le groupe des Quraysh tenait une de ses réunions, l'un des Quraysh se mit à dire:
-Hé! voyez donc l'ostentation de cet homme. Quel est celui d'entre vous qui voudra aller à l'abattoir des Banu un tel, y prendre des tripailles, du sang, des membranes de foetus, les apporter ici et ensuite attendre que cet homme se prosterne pour lui mettre le tout sur les épaules?
Le plus misérable d'entre eux se décida à le faire et, au moment où l'envoyé d'Allah se prosterna, il lui déposa ces débris sur les épaules. Comme le prophète était prosterné, les Quraysh se mirent à rire au point qu’ils se cognaient les uns contre les autres à force de rire. Quelqu'un alla aussitôt prévenir Fatima, qui était alors une toute jeune fille. Elle arriva en courant et le prophète resta prosterné jusqu'au moment où elle le débarrassa de ces immondices. Cela fait, elle se tourna vers les Quraysh et les invectiva. Quand l'envoyé d'Allah eùt terminé sa prière, il s'écria:
-Ô Allah, à toi les Quraysh! ô Allah, à toi les Quraysh! ô Allah, à toi les Quraysh!
Ensuite il en désigna nominativement quelques-uns et dit :
-Ô Allah à toi Amir ibn Hisham; Oqba ibn Rabia, Shayba ibn Rabia, El Walid ibn Oqba, Omayya ibn Khalaf; Oqba ibn Abu Moayt et Omara ibn al Walid!
Abdallah ajoute:
-J'ai vu tous ces gens-là étendus morts le jour de la bataille de Bedr. On traîna leurs corps jusqu'au puits dit Qalib Badr. L'envoyé d'Allah dit alors:
-Poursuis de ta malédiction les hommes du puits!

Jet de placenta de chamelle.
(Hadith, Boukhari 4, 68, 1).
Abdallah ibn Masud rapporte le fait suivant: Le prophète était prosterné